Une tradition ancestrale : la pêche à la senne

Une prise miraculeuse

Fin mars 2017, des pêcheurs de Basse-Terre en Guadeloupe ont ramené dans leurs filets, selon leur estimation, pas moins de 10 tonnes de poisson. Événement rare et spectaculaire qui a fait les choux gras de la presse locale, dont un reportage de RFO TV, Guadeloupe 1ère. Ce type de pêche devenu exceptionnel aujourd’hui était très courant autrefois chez nous, aux Saintes, où les équipages étaient beaucoup plus nombreux et les « pirogues à senne » prêtes à s’élancer, aussi bien dans la baie elle-même que dans les eaux profondes avoisinantes. On peut épiloguer sur les raisons de la rareté du phénomème, disons même de la disparition irréversible d’une tradition ancestrale : diminution du stock de poissons, impossibilité de lancer ses filets dans la rade à cause de la présence de bouées d’ancrage et des nombreuses embarcations qui s’y amarrent, navigation quasi permanente et bruit incessant des moteurs, antifouling délétère des carènes en suspension dans l’eau…
Qu’importe, ce qui est sûr, c’est que les Saintois d’aujourd’hui ne voient plus les pêcheurs senner dans leur rade comme autrefois, à l’époque où la baie était silencieuse, libre de toute entrave flottante ou immergée et où toute la communauté insulaire participait joyeusement au coup de senne…
http://la1ere.francetvinfo.fr/guadeloupe/peche-miraculeuse-basse-terre-457655.html

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Coulirous pêchés à Basse-Terre le 27 mars 2017 – Ph. Guadeloupe 1ère

Une réalité vécue 

Cette tradition ancestrale de la pêche à la senne dans la baie des Saintes, aujourd’hui disparue, je l’ai évoquée dans mon récit autobiographique Fragments d’une enfance saintoise, petit ouvrage sans prétention paru aux Ateliers de la Lucarne en 2008 et trois fois réédité depuis. Ce récit que je me permets de vous présenter aujourd’hui, ne le prenez pas comme le signe d’une absence présomptueuse de modestie, mais comme le témoignage d’une réalité vécue à laquelle enfant puis adolescent, j’ai maintes fois participé, comme tant d’autres Saintois de ma génération et des précédentes. Nous sommes ici en septembre 1952. Juste après le passage de l’ouragan Charly qui ravagea le littoral et laissa meurtries les façades des maisons situées comme la nôtre à deux pas de la mer. Mais qui occasionna aussi, comme toujours en pareille circonstance, un élan de solidarité propre aux petites communautés éloignées de tout et dont les membres, pour survivre, n’ont d’autre choix que de se serrer les coudes et de s’entraider, en dépit des divergences inévitables qui habituellement les séparent ou les divisent.

DÉBUT DU RÉCIT

Une manifestation de solidarité

Dans les deux ou trois jours qui suivirent le passage de l’ouragan Charly, une arrivée massive de poissons dans la baie mit notre île en émoi et fut pour nous l’occasion d’une nouvelle manifestation de solidarité spontanée. Car si nous savions nous serrer les coudes face au danger, nous savions aussi nous retrouver dans d’autres circonstances comme celle qui se présenta après la dure épreuve du cyclone : une pêche miraculeuse.

Pêcheurs saintois à la senne au large – Ph. L’IGUANE 1994

Disparues aujourd’hui pour mille raisons qu’il serait fastidieux d’énumérer ici, et parfait exemple d’entraide collective, les procédures ancestrales de repérage, d’approche, d’encerclement, de capture et de partage du poisson se déroulaient toujours selon le même immuable scénario.

Un scénario immuable

D’un bout à l’autre de la chaîne communautaire, chacun tenait son rôle : alertés par une inhabituelle concentration d’oiseaux marins, les guetteurs aux yeux d’aigle épiaient de la crête d’un morne les indices du passage des bancs de coulirous, de bonites ou des thons ; le maître-senneur et son équipage déroulaient au plat-bord de la pirogue, selon une technique éprouvée, leur longue senne préalablement lestée de galets ; les batteurs d’eau, rabatteurs et plongeurs, munis d’un simple masque, canalisaient et contenaient le poisson en bataille dans le piège de fil, à la foncière bien établie, solidement maillée de chanvre ou de coton, et la population tout entière se tenait prête à tirer sur la grève l’immense et lourd filet, avant l’attribution généreuse des lots* à chacun des participants. (* prononcez lottes).

Le partage du butin

Femmes et enfants, jeunes et vieux se rassemblaient aux deux bâtons extrêmes de l’interminable senne arrondie et, à la manière de sportifs se mesurant à la corde, ramenaient à terre au prix d’efforts soutenus, d’endurance et d’encouragement mutuel, la bouillonnante capture qui rougissait la mer à l’approche du rivage.

Extrait du carnet de pêche de mon père Joubert Joyeux – 1952

Sans émeute ni sauvagerie, mais au contraire, dans une liesse rigolarde, bruyante et colorée, fers-blancs, calebasses, paniers de fibres de bambou, sacs de jute, bassines cabossées d’aluminium passaient de mains en mains et se remplissaient de prises frétillantes, vivants ressorts de muscles et de chair, juste récompense de la participation de chacun au miracle du coup de senne. Personne n’était oublié et à ceux qui n’avaient pas eu l’opportunité d’être présents, une part était réservée, la plus belle, comme l’étaient celles du curé, du douanier, du maire et, chose impensable aujourd’hui, du… gendarme.

Préparation de la senne – Ph. R. Joyeux

Ayant eu maintes fois la chance de participer dans mon enfance à ces extraordinaires élans de solidarité insulaire, ces scènes de fraternité active qui abolissaient nos antagonismes et nos petites mesquineries m’ont profondément marqué. Elles m’ont enseigné et convaincu que si la solidarité des peuples s’exerçait surtout à l’occasion des coups durs qu’ils subissaient : cataclysmes naturels ou technologiques, épidémies, guerres ou autres, elle s’exprimait tout autant lors d’événements plus heureux comme celui que je viens d’évoquer.

Albert Camus à la rescousse

Aujourd’hui comme hier, la petite communauté saintoise à laquelle j’appartiens n’a jamais failli à cette règle. Malgré ses évidentes divisions et ses inévitables dissensions, conséquences de l’exiguïté de son territoire et d’une trop grande proximité des individus et des familles, la légendaire solidarité des gens de mer a toujours prévalu chez elle lorsqu’il le fallait, aussi bien dans l’épreuve que dans la joie de l’effort partagé, de la générosité mutuellement consentie.

Plus tard, me souvenant de ces événements de mon enfance – sécheresse, cyclone, coups de senne – je compris la portée de cette phrase d’Albert Camus dans La Peste, je cite de mémoire : « Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser ».

FIN DU RÉCIT

Des règles tacites ancestrales

Balaou à utiliser comme appât ou à déguster grillé – Ph. R. Joyeux

Pour revenir à notre époque, il faut préciser que si les pêcheurs saintois ne font plus de nos jours de « gros coups de senne » dans la rade pour l’une ou l’autre des raisons évoquées plus haut, ils continuent de capturer au filet dans des secteurs limités de la baie des poissons dits d’appât comme le balaou, le quiaquia, le caillu et la pisquette… Et qu’en haute mer ou le long des côtes éloignées du bourg ils perpétuent la tradition de la pêche à la senne, même si tout ce qui l’environnait autrefois – comme le guetteur des mornes – n’est plus systématiquement pratiqué. Des règles non écrites existent néanmoins lorsque plusieurs équipages se présentent pour la même arrivée massive de poisson. Ce sera le premier sur les lieux qui aura d’abord droit de pêche. Les autres attendront leur tour pour tenter la capture si les précédents ratent leur coup… Précisons que ces règles ont souvent donné lieu à des altercations entre pêcheurs, pas toujours d’accord sur leur interprétation. À ma connaissance, seul Victor VALA, dans son ouvrage Une perle blanche à Terre-de-Haut, les a consignées à ce jour par écrit. Leur mise en œuvre est en effet assez compliquée car les prétendants successifs au coup de senne doivent au préalable signaler leur intention par un canot tiré à terre ou ancré à proximité du lieu de pêche. (Voir ma chronique sur Victor VALA en cliquant sur le lien) :
https://raymondjoyeux.com/2014/02/20/victor-vala-premier-romancier-saintois/

Pêcheur saintois ravaudant ses filets – Ph. R. Joyeux

Réalité ou superstition ?

Un des signes de la présence du poisson au large est la concentration inhabituelle d’oiseaux de mer, appelés chez nous gibiers marins, survolant le ban (thon, bonites, carangues, colas, orphies…). Mais il existe aussi, semble-t-il, des signes météorologiques avant-coureurs inscrits dans le ciel, auxquels beaucoup croient encore, même si rien n’est scientifiquement prouvé en ce domaine. Ainsi deux jours avant la pêche miraculeuse de Basse-Terre le 27 mars 2017, le ciel est resté étrangement pommelé toute la journée, ce qui a fait dire à beaucoup de Saintois  – comme le disaient autrefois les anciens – que c’était un « ciel à coulirous ». Or la chose s’est bel et bien produite pour la grande satisfaction des pêcheurs basse-terriens, comme on peut le voir dans le reportage de Guadeloupe 1ère. Alors, vérité, coïncidence ou superstition ? Voici la photo du ciel de Terre-de-Haut, deux jours avant la prise miraculeuse de Basse-Terre.

Ciel à coulirous : vérité ou coïncidence ? Photo R. Joyeux,  25 mars 2017

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Présidentielle(s)

Prendre conscience de notre inconscience

41WC-ScIDbL._SX334_BO1,204,203,200_L’acte citoyen que nous allons accomplir les dimanches 23 avril et 7 mai prochains (la veille de ces dates aux Antilles), en votant pour les élections présidentielles, conditionnera pour longtemps l’avenir de la France et des outre-mer. C’est la raison pour laquelle je vous propose cette réflexion de Pierre Rabhi publié dans son dernier livre La convergence des consciences paru aux Éditions Le Passeur en octobre 2016. Mais qui est Pierre Rabhi, me direz-vous ? C’est un philosophe agroécologiste de réputation mondiale et fondateur de nombreuses associations non gouvernementales. Il est l’auteur de plusieurs livres parmi lesquels Manifeste pour la Terre et l’Humanisme (Actes Sud 2008), Vers la sobriété heureuse (Actes Sud 2010), Éloge du génie créateur de la société civile (Actes Sud 2011) La Puissance de la modération (Hozhoni 2015). En préface de son livre, l’auteur écrit : « Plus j’avance dans la vie et plus s’affirme en moi la conviction selon laquelle il ne peut y avoir de changement de société sans un profond changement humain. Et plus je pense aussi  – c’est là une certitude –  que seule une réelle et intime convergence des consciences peut nous éviter de choir dans la fragmentation et l’abîme. Ensemble, il nous faut de toute urgence prendre « conscience de notre inconscience », de notre démesure écologique et sociale, et réagir. »

Voici le texte de Pierre Rabhi, les sous-titres et les illustrations sont de moi.

La croissance n’est pas la solution

9782755500073-T« En 2002, poussé  par des amis, j’ai entrepris de recueillir les 500 signatures nécessaires pour postuler au suffrage universel. Nous étions alors quasiment inconnus et j’imaginais que seuls quelques conseillers ou maires, en état d’ébriété, peut-être, en viendraient à nous donner subrepticement leurs voix. Avec les moyens du bord, nous avions entamé une sorte de tour de France et enchaînions les conférences. Les salles se remplissaient doucement.  Finalement, en dépit de notre manque d’expérience, de l’absence d’appareil politique et de moyens, nous sommes tout de même parvenus à recueillir quelque 184 signatures et nous avons pu présenter le programme qui est encore le mien aujourd’hui. Nous affirmions déjà que « la croissance n’est pas la solution » qu’il faut « consommer local », « se libérer de la société de surconsommation », récuser en doute « le dogme du progrès »,  » promouvoir une autre école », et « remettre le féminin au cœur du changement » et, enfin, nous appelions à saisir « le pouvoir qui est entre nos mains ». Nous prônions aussi « le respect de la vie sous toutes ses formes » et aspirions à « une insurrection des consciences ». Nous pension clairement qu’il était urgent de « remettre les pieds sur terre » et nous nous interrogions sur « la planète que nous allions laisser à nos enfants » mais aussi sur « les enfants que nous allions laisser à la planète »…

Des attentes toujours d’actualité

Cette mobilisation exceptionnelle nous a permis – exclusivement grâce à des dons individuels – de réunir les moyens financiers nécessaires à notre campagne consistant essentiellement en 23 conférences données sur tout le territoire national dans des salles toujours combles. Un climat festif et convivial, animé par les chants de Graeme Allwright, accompagnait cet élan citoyen et nous avons pu vérifier que nos exigences et attentes, qui ne figurent pas dans le registre politique conventionnel, étaient partagées par un nombre de personnes plus important que nous ne l’imaginions… Quinze ans plus tard, tous ces thèmes restent d’une totale actualité, en bonne logique ils devraient se retrouver au cœur du débat citoyen. La société civile innove, expérimente, invente abondamment de nouvelles manières d’éduquer, de cultiver ou de construire et ceci sans que la sphère politique s’y intéresse vraiment. Elle a même tendance à faire passer ces citoyens engagés et inventifs pour de doux marginaux…

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Marche pour le climat à Londres

La méchanceté érigée en doctrine politique

N’étant affilié à aucun parti et pas du tout convaincu que la claudication gauche-droite – peut-être utile ou nécessaire dans un contexte passé – soit aujourd’hui pertinente, je me suis en effet demandé ce que je pourrais faire d’utile avec ces signatures au moment même où la conjoncture nouvelle produit de l’insécurité dans l’âme des citoyens. L’anxiété engendre une demande accrue de choix sécuritaires avec la très dangereuse illusion que la méchanceté érigée en doctrine politique sera la solution à tous nos maux. Difficile d’œuvrer utilement et d’être audible dans un tel contexte et c’est, entre autres, pourquoi j’ai abandonné toute velléité électorale. Plutôt que d’investir de l’énergie dans une campagne aléatoire, je préfère en effet mettre en avant les alternatives concrètes, écologiques et humaines émanant du « génie créateur de la société civile ». Ainsi, avec l’aide de tous les amis qui m’honorent de leur confiance, pourrons-nous, ensemble, agir – par-delà tous les antagonismes stériles et meurtriers – pour ce qui est fondamental, ce qui s’inscrit dans la permanence et qui, au-delà d’une échéance politique, détermine l’avenir commun…

Construire et habiter un monde apaisé

Au-delà de l’éternel dilemme entre un pessimisme démobilisateur et un optimisme rassurant, c’est le réalisme qui doit désormais éclairer nos actes. Nous sommes tous invités à témoigner et à œuvrer pour que la vie dont l’intelligence et la beauté sont évidentes nous inspire pour construire et habiter un monde apaisé et digne de cette intelligence et de cette beauté. Nous n’avons pas d’autre choix. »

Texte de Pierre Rabhi extrait de son livre : La convergence des consciences, chapitre intitulé : Présidentielle(s)- Page 168

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Et chez nous, quel réalisme écologique pour éclairer nos actes ?

En Guadeloupe continentale, c’est un réalisme positif en tout cas qui anime ces élèves du Lycée de Massabielle de Pointe-à-Pitre partis du 17 au 26 mars en Belgique discuter environnement. Le quotidien France-Antilles du 13 mars 2017 qui rapporte le fait précise : « Outre l’action écologique, cette opération incite les jeunes à faire des efforts pour maîtriser l’anglais, langue d’échange. Elle leur permet de découvrir d’autres cultures et de partager leur culture avec les autres ». Pour lire l’intégralité du reportage cliquer sur le lien :
http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/education/massabielle-des-lyceens-vont-discuter-environnement-en-belgique-419854.php

Une partie des déchets sortis de la mer, non loin du rivage, par R. Joyeux le 16.10.2016

Alors qu’aux Saintes et à Terre-de-Haut en particulier, en dépit d’efforts certains, souvent individuels et répétés, nous avons encore de sérieux progrès collectifs à faire sur le plan environnemental et écologique où une réalité quotidienne parfois sordide, côtoie et défigure les somptueux paysages qui font notre fierté et la réputation désormais mondiale de notre baie et de notre archipel. En ce domaine, avons-nous vraiment « conscience de notre inconscience », comme le dit Pierre Rabhi, en laissant subsister sur le littoral et ailleurs ces points noirs qui nous empoisonnent et nous interdisent de construire ensemble et d’habiter sereinement, loin de toute méchanceté et discrimination, un monde – notre petite île – apaisé et digne de l’intelligence et de la beauté de la vie qui nous environnent ?

Avoir conscience de notre inconscience : section de littoral pollué de TDH – Ph. R.Joyeux

Remerciements

En ce début d’avril 2017 et du printemps qui s’installe, je tiens à remercier chaleureusement tous les lecteurs et lectrices de ce Blog, les nombreux commentateurs, ainsi que ceux et celles qui par leurs partages permettent de multiplier le nombre de consultants, en particulier Patrick Rogers, toujours au RDV, et Terre-de-Haut Indiscrétions. C’est ainsi qu’à ce jour, l’article sur la Généalogie d’une famille saintoise, Les Lognos, plusieurs fois partagé, a été consulté 747 fois depuis sa publication le 14 mars  et généré 19 commentaires.
Merci à nouveau pour votre intérêt et un joyeux printemps à tous et à toutes. 

Raymond Joyeux 

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L’actualité politique ou l’éternelle répétition de l’Histoire

Quand le présent rejoint et dépasse allègrement le passé

À la veille  du premier tour des élections présidentielles, il semble opportun de proposer à nos lecteurs cette réflexion sur les agissements de nos hommes politiques et le traitement   souvent très particulier que leur réserve la justice. Parue voilà bientôt 25 ans dans le Journal L’IGUANE d’octobre-novembre 1992, cette réflexion n’a de toute évidence rien perdu de son actualité. Ce qu’elle dénonçait alors tourne aujourd’hui en boucle sur tous les médias et concerne la plupart des candidats à ces élections, surtout les plus en vue. Perquisitions, détournements de fonds publics, soupçons de corruption, conflits d’intérêt, enrichissements personnels, trafics d’influence, faux et usage de faux, mises en examen… Autant de turpitudes qui dans d’autres pays auraient sinon conduit à des arrestations immédiates, du moins interdiraient à ces candidats de briguer toute fonction élective à plus forte raison celle de la magistrature suprême… mais qui, en France, tout en étant une redoutable épée de Damoclès, en dépit de la présomption d’innocence, leur laissent libres (pour l’instant) les mains, le verbe et l’action… Ce qui est totalement incompréhensible pour les simples citoyens de base que nous sommes.

1992 : un vent rafraîchissant de moralisation

Depuis quelques mois (nous sommes en 1992), un vent de moralisation publique et de justice, prenant le plus souvent ses origines dans la conscience indignée des citoyens, relayée par des magistrats courageux, souffle sur certaines pratiques politiques et ébranle, parfois même déracine sans ménagement, les hommes et les femmes sans scrupule qui les mettent en œuvre.
Du Brésil à la Guadeloupe en passant par Paris, ce sont des présidents, des anciens ministres, des députés, des maires, bref des élus de haut rang ou des responsables politiques en vue, qui sont inculpés, destitués, voire carrément incarcérés pour corruption, trafic d’influence, délit d’ingérence, détournement de fonds publics, gestion douteuse, irrégularités électorales, que sais-je encore ?…

Une volonté citoyenne de transparence

Simples citoyens, appelés périodiquement à choisir par voie d’élections libres nos représentants aux diverses assemblées institutionnelles, si nous nous réjouissons d’une telle volonté d’assainissement et d’incitation à la transparence, nous constatons aussi, hélas, que le chemin est encore long qui mène à la parfaite intégrité des hommes publics et surtout à l’instauration d’une justice enfin crédible et efficace dans le domaine politique. C’est André Jacques, Président de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture qui écrit dans le Monde Diplomatique de septembre 92 : « Les auteurs de délits très graves, d’atteinte à la sécurité, à la vie, à la dignité de populations entières, les artisans d’une prévarication à grande échelle demeurent le plus souvent hors d’atteinte de la justice… Les problèmes soulevés par l’impunité sont si graves que, grâce à de véritables mobilisations au sein de la société civile, la question a commencé d’être posée : comment remédier à l’absence de justice au niveau national et d’instruments contraignants à l’échelle internationale ? »

Palais de l’Élysée – Ph. Le Monde

Pourquoi pas au niveau des communes ?

Niveau national et international, certes, mais pourquoi ne pas commencer par ce qui est, si j’ose dire, à portée de main, la cellule de base de la vie démocratique, le village, et ce qui en fait une entité institutionnelle, la commune ? Combien de fois n’avons-nous pas dénoncé ici (dans L’Iguane ndlr), avec nos modestes moyens, les abus de pouvoir flagrants et la corruption de certains maires de petites communes oubliées qui profitent justement de leur éloignement des grandes métropoles et des médias nationaux pour perpétrer impunément leurs forfaits dans le dos des populations impuissantes ? Combien de fois la presse guadeloupéenne elle-même n’a-t-elle pas montré du doigt les agissements d’élus locaux notoirement indélicats qui n’ont jamais été inquiétés par la justice, en tout cas jusqu’à ces dernières semaines jamais sérieusement condamnés ? Les délits avérés qu’ils commettent, pour folkloriques qu’ils pourraient paraître à certains, ne sont pas moins répréhensibles et passibles des rigueurs de la loi.

Mairie de Terre-de-Haut – Ph. R.Joyeux

Une démocratie à deux vitesses

C’est à croire qu’aux yeux d’une certaine justice, l’intouchabilité de nos élus est et reste proportionnellement supérieure au degré d’insularité et d’exiguïté de leur électorat et… corollairement le degré de citoyenneté et de dignité des administrés que nous sommes, inversement proportionnel à cette intouchabilité. D’ailleurs n’est-ce pas le législateur lui-même (le plus souvent à multiple casquette) qui a institué la démocratie à deux vitesses et incite à considérer les habitants des petites communes comme des citoyens de seconde zone en plaçant certains élus privilégiés au-dessus de la loi ?

Proportionnalité du scrutin et déclaration de patrimoine

Deux exemples parmi d’autres nous le prouvent aisément. Le premier concerne le système électoral qui exclut du scrutin proportionnel lors des élections municipales les communes de moins de 2000 habitants, faisant qu’une liste qui obtiendrait 49, 9% des suffrages à ces élections n’aurait pas un seul élu au conseil municipal. (Rappelons pour mémoire que si Terre-de-Haut a subi pendant longtemps les méfaits de ce principe, depuis 2014 cette loi a été modifiée et les électeurs ont pu envoyer pour la première fois aux dernières élections municipales quatre conseillers d’opposition à la mairie. Ndlr).
Le deuxième exemple c’est le projet de loi qui sera bientôt discuté au parlement (Je rappelle que nous sommes en 1992. Ndlr) et qui concerne l’obligation de déclaration de ressources et de patrimoine pour les élus en début et fin de mandat. (Loi votée depuis). Or qui échapperont à cette obligation ? Encore et toujours les maires des communes de moins de 2000 habitants. (En réalité ne sont soumis à cette obligation que les maires des communes de plus de 20 000 habitants. On est très loin du compte et les petites communes comme Terre-de-Haut échappent à cette disposition !)

Enrichissement personnel et impunité

Qui ne connaît pourtant au moins un élu de ces petites communes isolées et sans contrôle réel de l’État qui, n’ayant pour seule ou principale ressource que ses maigres indemnités de fonction, mais confondant quotidiennement affaires privées et fonds publics, ne mène un train de vie de monarque, s’achetant ou se faisant construire en milieu de mandat de luxueux palaces, sans commune mesure avec ses possibilités financières propres ? Quand la loi elle-même encourage un délit, il faut avoir une sacrée dose d’honnêteté pour ne pas succomber aux tentations faciles que les circonstances et l’inertie de l’entourage et des institutions vous jettent chaque jour sous les pas ! L’essentiel étant d’éviter les glissades trop spectaculaires et de poursuivre en douce, comme si de rien était son petit bonhomme de chemin…

Cet article de R. Joyeux a été publié dans L’IGUANE en octobre 1992 sous le titre :
La démocratie à deux vitesses

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Généalogie d’une famille saintoise

De l’Hérault aux Saintes :
les LOGNOS

Dans le prolongement du précieux livre de Patrick Péron : Colons et engagés aux Saintes du XVII ème au XIX ème siècle, paru aux Éditions Nestor en août 2016 et dont j’ai rendu compte dans ma chronique du 12 décembre de cette même année, je vous propose la généalogie d’une famille saintoise établie à Terre-de-Haut probablement depuis 1835 et dont le fondateur, originaire de l’Hérault, n’était autre que Jean-Pierre LOGNOS, dernier maire des deux îles saintoises avant leur séparation en communes distinctes. Sauf pour la descendance saintoise actuelle, les informations qui suivent sont tirées d’un texte de Pierre Bardin, généalogiste, publié en novembre 1993 sur le site Généalogie et histoire de la Caraïbe bulletin Numéro 54, page 899.

Une famille d’origine occitane

Saint-Nazaire-de-Ladarez village d’origine des Lognos dans l’Hérault

Le patronyme occitan LOGNOS (on prononce LOG-NOS) est rare et peu porté aujourd’hui. Le berceau familial est le hameau de Laurenque dans la vallée de l’Orb (il y pousse des orangers), situé à 28 km au nord-ouest de Béziers. On pense que les LOGNOS y vivaient dès le Moyen-Age. Dans le courant du XVI ème siècle, ils partirent s’installer dans deux villages voisins, Roquebrun et Saint-Nazaire de Ladarez où un ancêtre de notre Jean-Pierre deviendra consul vers 1700. Un Jacques LOGNOS, né en 1760, va s’établir à Béziers où son fils Hippolyte, né le 29 fructidor an 13 (16 9 1805), se rendra célèbre, non pas comme riche négociant (son vrai métier) mais comme maire, de 1851 à 1856. En effet, en 1852, partisan de Napoléon III, il soutient le coup d’état du 2 décembre et fait réprimer une insurrection populaire menée par l’ancien maire, Casimir PERET. Bilan : 70 morts, 750 déportés, 2 condamnés à la guillotine et déportation à Cayenne de Casimir PERET qui y mourut en tentant de s’évader.

Aujourd’hui, s’il n’y a plus de LOGNOS à Laurenque et Saint-Nazaire de Ladarez, le nom reste représenté à Vieussan, Roquebrun, Cazouls lès Béziers, Agde, Bessan, Montpellier et   Saint-Georges d’Orques. A Béziers ne vivent plus que deux veuves LOGNOS dont les maris étaient originaires de Laurenque. Saint-Nazaire de Ladarez, village de 350 habitants à 32 kms de Béziers, a conservé ses registres paroissiaux, le plus ancien daté de 1689.

Arrivée de Jean-Pierre LOGNOS en Guadeloupe
et son mariage avec Antoinette DÉHER

Église du Mont-Carmel en Guadeloupe

Les registres de Roquebrun et Laurenque sont déposés aux Archives départementales et ne commencent qu’en 1738. Malgré les « trous » inévitables, il a été possible de retrouver les ascendants directs de Jean-Pierre, parti « vers les Amériques » à une date inconnue. Part-il pour la Guadeloupe comme soldat ou pour « y faire fortune » en perfectionnant son métier de cordonnier ? Lors de son mariage à Terre-de-Haut des Saintes, son premier témoin n’est autre, en effet, que Pierre SOLIER,  maître cordonnier à Basse-Terre. Son mariage avec Marie Antoinette DEHER va le faire entrer de plain pied dans l’histoire de l’archipel guadeloupéen puisque les DEHER figurent parmi les premiers habitants, recensés parmi les protestants de 1687 et très vite passés de Mont-Carmel aux Saintes. A l’instar de son ancêtre consul de Saint-Nazaire de Ladarez, Jean-Pierre LOGNOS deviendra maire de Terre de Haut. (En réalité de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas réunies. Ndlr)

                                                         Installation à Terre-de-Haut

Les LOGNOS sont surtout installés à Terre-de-Haut, plus précisément au Fond Curé, qui est en quelque sorte le creuset antillais de la famille. Certains en partiront pour Trois-Rivières ou Gourbeyre; une seule personne s’installera à Pointe-à-Pitre, Marie-Anne, arrière-grand-mère de notre correspondante (voir GHC 38, 92-118, page 579). Marie-Anne mettra au monde, en 1882, dans la maison de son père Jean-Pierre, un « enfant naturel » prénommé Parfait Joseph Célestin Albert. Elle le reconnaîtra pour son fils en 1884, lui permettant ainsi de porter le nom de LOGNOS, partira s’installer à Pointe-à-Pitre, à l’angle des rues Frébault et Abbé Grégoire, et y décèdera en 1913. Cet enfant aurait pour père, selon la tradition familiale, un enseigne de vaisseau âgé de 32 ans nommé Philippe de CHARTRAND. Notons qu’en 1882, Marie Anne a 32 ans et qu’elle est veuve de Christophe BAUMANN, caporal dans une compagnie disciplinaire. Succomber aux charmes d’un bel officier de marine dans la douceur de la nuit saintoise, rien de plus naturel.

Ancienne maison à Terre-de-Haut de René Lognos, petit-fils de J.P Lognos, aujourd’hui Kaz à Mimi

Mais cette tradition familiale, si elle repose sur un fond de vérité, se heurte à un obstacle majeur : il n’y a pas de dossier d’officier au nom de Philippe de CHARTRAND aux Archives de la Marine à Vincennes. Ajoutons qu’à 32 ans, on a passé le grade d’enseigne. Alors ?L’hypothèse d’un officier de la marine marchande n’est pas à écarter et, si elle n’enlève rien au romantisme de l’aventure, complique sérieusement la recherche. Autre hypothèse, celle d’une rencontre avec un militaire du 1er ou 2ème RIMA, dont on trouve la présence comme témoins dans de nombreux actes aux Saintes à cette époque. Signalons enfin qu’un Antoine LOGNOS figure en 1875 dans les archives du 1er RIMA à Vincennes. Compte tenu de la rareté du patronyme, on peut imaginer qu’il est originaire de l’Hérault et peut-être vint-il saluer des cousins éloignés. Voilà tout ce qu’il est possible de dire en l’état actuel des investigations effectuées.

Descendance saintoise de Jean-Pierre Lognos :
de la première à la 5ème génération 

De son mariage avec Antoinette Déher le 11 mai 1841, Jean-Pierre Lognos eut 7 enfants :  dont les deux premiers meurent prématurément : Jean-Arthur (3.7.43-8.11.1843) et Marie (morte à la naissance le 7.9.1844) – puis viennent Marie-Anne (12.8.1845 -31.3.1913) – Olim Antoinette (12.6.1847- ?) – Jean Isidore (21.10.1849 – 7.8.1907) – Casimir André (28.9.1851 – 26.2.1924) – Rose Hortense (15.10.1856 – 28.2.1916).

Victor Lognos – 1884-1958petit-fils de Jean-Pierre. Lognos

Le 22 janvier 1877, l’un des fils de Jean-Pierre, Casimir André Lognos, âgé de 26 ansépouse à Terre-de-Haut Marie-Léontine Cassin, âgée de 25 ans, fille d’Étienne Guillaume Cassin et de Mariette Bride. Le couple aura six enfants dont Victor et René Lognos. Ces deux derniers, petits-fils de Jean-Pierre Lognos (enfants de la 3ème génération), sont les ascendants directs des actuels Lognos de Terre-de-Haut. Ils vont en effet épouser deux sœurs : Amélie et Thérèse Segrétier qui leur donneront au total 16 enfants.
Victor et Amélie auront pour leur part 6 filles, dont Hortense qui épouse Léon Lorgé, (9 enfants) –  Léontine qui épouse Joubert Joyeux, (5 enfants)- Marie qui épouse Martin Bourgeois (8 enfants) – et Éliane qui épouse Marcel Molinié (3 enfants). Vingt-cinq enfants au total qui portent le nom de leur père respectif :  Lorgé – Joyeux – Bourgeois – Molinié. Les trois autres filles de Victor (Yvette, Robertine et Cécile n’ont pas eu de descendance). La première, Yvette, a fini ses jours en Haïti comme religieuse, supérieure de la congrégation locale des sœurs de Saint-Joseph de Cluny.

René Lognos et Thérèse Segrétier auront de leur côté 10 enfants : 5 garçons et 5 filles. Les 5 garçons (André, René dit Loulou, Michel, Robert et Pierre) vont perpétuer le patronyme de Lognos, tandis que les 5 filles, (Lucienne, Thérèse, Lydie, Fernande et Gisèle) donneront naissance à des enfants qui porteront le nom de leur père : respectivement Lorgé, D’Huy, Dubois, Pouchoux et de nouveau Dubois. Il reste à tous ces descendants encore vivants des  5ème et 6ème générations des LOGNOS de la lignée saintoise, d’établir la généalogie de leur 2ème parent,  – si ce n’est déjà fait – les uns en cherchant celle de leur père, les autres celle de leur mère. 

Avec le salut amical d’un des nombreux descendants de Jean-Pierre Lognos (5ème génération), fils de Léontine Lognos, petit-fils de Victor Lognos, arrière petit-fils de Casimir Lognos et arrière-arrière petit-fils de Jean-Pierre LOGNOS, l’auteur de ce blog :  Raymond Joyeux.

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Ue autorisation de monter à bord de la Jeanne d’arc datant de 1937

Un document inestimable

Irénée Azincourt  dit Néné

À l’époque très lointaine où les navires de la Marine nationale fréquentaient régulièrement la baie des Saintes, certains habitants étaient autorisés à monter à bord pour vendre leurs produits ou proposer leurs services à l’équipage, comme récupérer le linge sale pour le laver et le repasser à domicile. Le document exceptionnel que nous présentons aujourd’hui est une autorisation de monter à bord délivrée au nom du Commandant de la Jeanne d’Arc, le Capitaine de Vaisseau Latham. Elle date de janvier 1937 et a été accordée à monsieur Irénée Azincourt, plus connu aux Saintes sous le diminutif de Néné. Autorisation délivrée « pour vendre des fruits et des curios », ce dernier mot d’origine anglaise, aujourd’hui tombé en désuétude, signifiant objets divers, bibelots. C’est notre ami Claude Déher, époux de la petite-fille de M. Irénée Azincourt qui, avec la photo ci-contre, nous a aimablement communiqué ce précieux document et que nous remercions vivement pour nous avoir permis de le rendre public… sachant que sa publication ne manquera pas d’intéresser nos compatriotes saintois toujours très sensibles à tout ce qui touche aux faits et à l’histoire maritimes de leur archipel.

Autorisation vente sur la Jeanne d'Arc - copie

Le Commandant Latham

Le Capitaine de Vaisseau au nom duquel cette autorisation a été accordée, et qui a commandé la Jeanne d’Arc de 1935 à 1937, se nommait Pierre Latham. Promu à la tête de l’aéronautique navale française en 1940, il a fini sa carrière comme contre-amiral, grade auquel il accéda en 1941. Il mourut en 1974 à l’âge de 88 ans, ayant été l’un des 20 Capitaines de Vaisseau qui commandèrent la Jeanne d’Arc de 1930 à 1964.

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La Jeanne d’arc en 1937

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C’est ce bâtiment présenté ici que les plus anciens d’entre nous ont connu et qui chaque année faisait une longue escale aux Saintes lors de son tour du monde. Voir notre chronique du 30 avril 2014 : https://raymondjoyeux.com/2014/04/30/quand-la-jeanne-darc-mouillait-aux-saintes/.

La Jeanne d’Arc sous pavois du temps de sa gloire

Lancé le 14 février 1930 après deux ans de construction aux chantiers de Saint-Nazaire et propulsé par des moteurs de 35 200 cv, le croiseur Jeanne d’Arc pouvait atteindre 27 nœuds à pleine vitesse. Il était long de 170 m et large de 17,70 m. Conçu pour être à la fois navire-école et navire de guerre, il était équipé de 8 canons de 155 mm en tourelles doubles, de 4 canons de 75 mm, de 10 canons de 40 mm et de 20 de 20 mm. Il eut un rôle très actif pendant la seconde Guerre mondiale. En août 1940, accompagné du croiseur Émile Bertin, il escorta le transfert de l’or de la Banque de France vers le Canada avant de rejoindre en Atlantique le porte-avions Bearn, puis les Antilles françaises. Immobilisé à Pointe-à-Pitre jusqu’en 1943, il rejoignit l’armée de la Libération et participa au débarquement en Provence. Après la guerre, il reprit du service comme navire-école et a compté à son actif pas moins de 27 croisières autour du monde. Retiré du service en 1964, il sera désarmé et remorqué de Brest à Toulon en janvier 1965 pour déconstruction. Sitôt achevé son désarmement, il sera remplacé par le porte-hélicoptères La Résolue qui fut baptisé peu après Jeanne d’Arc (la 3ème du nom de la Marine française), reprenant à son tour le rôle de navire-école pour officiers mariniers en formation.

Désarmée, la Jeanne d’Arc est remorquée à Toulon pour être déconstruite

De nos jours beaucoup de Saintois regrettent encore le temps où les navires de guerre français faisaient traditionnellement escale dans leur rade. C’était une période bénie pour tous où officiers en tenue et marins à pompon rouge fréquentaient bars et restaurants et déambulaient joyeusement dans les rues privées de l’afflux des touristes et des encombrements que nous connaissons aujourd’hui. Archipel à vocation essentiellement maritime, les Saintes ont ainsi perdu une tradition que sans doute elles ne retrouveront plus. Ainsi va le monde : un mode de vie chasse le précédent et ce changement inévitable génère de nouvelles traditions dont le charme aux yeux de beaucoup n’est pas toujours au rendez-vous.

La Jeanne aux Saintes – Collection Catan – Années 1950-60

Sources : photos et informations sur la Jeanne d’Arc : Archives de la Marine nationale.
Remerciements à Claude Déher pour la photo d’Irénée Azincourt et l’autorisation de monter à bord.
Raymond Joyeux

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Alain JOYEUX expose à Terre-de-Bas

Un vernissage sous l’égide de l’OMCSL

aloa-006C’est le samedi 25 février 2017 à 11 heures qu’a eu lieu à l’OMCSL de Terre-de-Bas le vernissage de l’exposition de peinture d’Alain Joyeux. La trentaine de toiles présentée par l’artiste a vu la visite dès ce premier jour, des amateurs d’art des deux îles. Ceux de Terre-de-Haut, s’étant rendus sur place par navette maritime et bus, ont profité pour la plupart, après le vernissage, d’une halte-déjeuner dans les restaurants du lieu pour déguster poisson lion ou coffre grillé préparé à la mode locale. Prévue pour durer jusqu’au 4 mars, cette exposition se transportera bientôt pour partie à Terre-de-Haut après cette date, et sera visible quelque temps à l’Hôtel LÔ Bleu qui a mis gracieusement ses murs à la disposition de l’artiste pour une exposition temporaire.

Une initiative de Léonie Samson-Maisonneuve

img_9960C’est à l’initiative de la très active responsable de l’OMCSL de Terre-de-Bas, Léonie Samson Maisonneuve, que cette exposition initialement prévue à la Désirade et reportée à une date ultérieure a pu avoir lieu. Monsieur Vincent, Président de l’Office Municipal de la Culture et Monsieur Sully Duval, premier magistrat de la commune, accompagné de son épouse et d’adjoints au maire disponibles, ont honoré de leur présence cette originale manifestation qu’ils ont particuliè-rement appréciée, tout comme le public qui s’était déplacé et à qui une collation bien venue a été offerte. Alain Joyeux a pu commenter ses tableaux et son travail de création et répondre aux questions des visiteurs comme à celles du correspondant du quotidien France-Antilles dont nous publions ci-dessous le compte-rendu paru dans l’édition guadeloupéenne du 2 mars 2017. Regrettant que de telles manifestations culturelles n’aient pas lieu plus souvent, le maire, monsieur Duval s’est félicité en aparté que Terre-de-Bas puisse disposer d’une salle communale comme l’OMCSL pour recevoir les artistes et leurs œuvres, proposer aux  enfants des activités régulières et permettre aux habitants d’assister à des conférences, des représentations théâtrales, des concerts et des expositions épisodiques d’artisanat… Ce que, hélas, ajouterons-nous, Terre-de-Haut est dans l’incapacité d’offrir à ses administrés, notre commune ne disposant que d’une petite structure vieillissante et inadaptée, tirant financièrement le diable par la queue, et que Johana Sigiscar, la responsable méritante, tente, tant bien que mal, d’animer avec les moyens du bord.

L’article de France-Antilles

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Pour faire davantage connaissance avec Alain Joyeux

foto-alainNé à Lyon en 1969 et diplômé de l’Ecole Supérieure des Beaux Arts de cette ville, Alain Joyeux a vécu une partie de sa petite enfance à Terre-de-Haut. Il a enseigné les Arts plastiques dans un établissement de Pointe-à-Pitre et au collège de Terre-de-Bas. Après avoir exercé en Suisse comme travailleur social, il est actuellement employé à l’Ecole Steiner de Saint-Genis-Laval près de Lyon. Son activité parallèle d’Art-thérapeute indépendant lui permet de s’adonner à sa passion, la photographie, le dessin et la peinture. Pour mieux le connaître et accéder à son œuvre, je vous propose, si vous le souhaitez,  en le remerciant, lui et les organisateurs,  pour cette belle exposition, de le retrouver sur les liens suivants :

http://joyeuxart.blogspot.fr
https://raymondjoyeux.com/2015/01/19/alain-joyeux-ou-linspiration-tropicale/

 public-alainTexte et Photos : Raymond Joyeux

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Mini concert à Terre-de-Haut

Un ensemble vocal venu de Franche-Comté

orguesLe jeudi 23 février à 16 heures, l’ensemble vocal Chœur Opus 39 se produisait en l’église de Terre-de-Haut sous la direction de Christian Bacheley, en présence d’un public clairsemé mais attentif et sous le charme. C’est à l’initiative des Orgues de Guadeloupe, Association musicale bien connue, présidée par Joël GUSTAVE dit DUFLO, que cette chorale a été invitée dans le cadre du deuxième Festival International d’Orgues de l’association. « Festival qui promet, selon le mot de son président, de grands moments d’émotion autour de la musique où nous l’espérons tous nos amis mélomanes et néophytes trouveront leur compte. »  Ce  fut sans conteste le cas aux Saintes ce jeudi où ce type de manifestation plutôt rare chez nous, avouons-le, mérite d’être davantage signalé et encouragé par une assistance plus fournie afin d’inciter les organisateurs à nous rendre visite plus souvent pour le plus grand bonheur des amateurs saintois et visiteurs de musique et de chant.

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Le Chœur Opus 39

Créé en 1991 à l’initiative de Christian Bacheley, le Chœur Opus 39 est un ensemble mixte réunissant une cinquantaine de choristes amateurs de la région d’Arbois. Il a pour vocation d’interpréter des œuvres majeures puisées dans le répertoire de musiques sacrées, seul ou en association avec des orchestres et des artistes lyriques : Credo et Gloria de Vivaldi, Missa Criolla de Ramirez, Carmina Burana de Carl Orff, Requiem de Mozart, Petite Messe solennelle de Rossini, Musique pour les Funérailles de la reine Mary de Purcell, Requiem de Fauré, Oratorio de Noël de Saint-Saëns, Te Deum et Messe de Minuit de M-A. Charpentier, Deutsche Messe de Schubert, Requiem de Michaël Haydn…
Le Chœur Opus 39 a également le goût du voyage. Il s’est déplacé aux Etats-Unis (Iowa et Wisconsin) en 2008, puis à Prague en 2011, à Barcelone en avril 2013 et enfin en Guadeloupe en février 2017.

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Christian Bacheley,
organiste, pianiste et chef de chœur

img_9924-copieAprès avoir commencé l’étude de l’orgue à Besançon, Christian Bacheley est admis au Conservatoire de Lyon. Poursuivant son parcours musical comme Directeur de l’EMM d’Arbois de 1983 à 2015, puis comme titulaire de l’orgue de l’église Saint-Just de cette ville depuis 1985, il fonde en 1991 le Chœur 0pus 39 qui nous rend visite aujourd’hui. Organiste et pianiste soliste, il est aussi souvent amené à accompagner chanteurs et instrumentistes dans un art qu’il affectionne particulièrement. Sa carrière de concertiste lui permet de jouer en récital ou avec diverses formations instrumentales et vocales, en France et à l’étranger. À Paris, il a donné des concerts à la cathédrale Notre-Dame, en l’église de la Trinité et à la chapelle de la Salpétrière. Directeur artistique du « Festival International d’Orgue d’Arbois », il s’est produit en France dans divers festivals renommés : Bourges, Carcassonne, Mougins… En 2012, il a donné cinq récitals au Canada et s’est produit entre autres en Suisse, Allemagne, Pologne, Angleterre, Italie…

Le concert de Terre-de-Haut :
de Mozart à Léonard Cohen

Ce jeudi 23 février, le public présent en l’église de Terre-de-Haut a pu apprécier un programme de choix, raccourci cependant par la nécessité de reprendre la navette de Trois-Rivières à 17 heures. En un peu moins d’une heure cependant les choristes de Chœur Opus 39 nous ont gratifiés de l’Ave Verum de Mozart, d’un ensemble d’œuvres de John Rutter, du Notre Père de Duruflé, du Benedictus de Jacob De Haan, de File la laine de Robert Marcy et Marcel Corneloup, des Saltimbanques de Guillaume Apollinaire et Louis Bessières, de l’Alleluia enfin de Léonard Cohen. Pour ce dernier chant très applaudi, l’ensemble « À Cœur d’Hommes » de Guadeloupe s’est joint aux choristes d’Artois, ajoutant ainsi une note créole à la prestation de nos amis de Franche Comté.

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Un grand remerciement aux organisateurs et aux interprètes

En terminant cette chronique, nous nous permettons de nous faire le porte-parole de l’assistance de ce jeudi 23 février 2017 à Terre-de-Haut pour remercier chaleureusement les organisateurs de ce mini-concert en la personne de M. Joël Gustave dit Duflo, Président des Amis de L’Orgue de Guadeloupe et du Festival, les interprètes francs-comtois de Chœur Opus 39 et leur directeur, M. Christian Bacheley. Nous leur souhaitons un franc succès dans la poursuite de leur programme d’interprétation à travers la Guadeloupe : à savoir le vendredi 24 février en l’église Notre Dame du Mont Carmel et le samedi 25 en l’église Saint Dominique de Baillif. Puissent-ils garder de leur tournée en Guadeloupe continentale et aux Saintes un excellent souvenir avec le projet d’y revenir pour le plus grand bonheur des mélomanes antillais.

L'assistance après le concert

L’assistance après le concert

Raymond Joyeux
avec mes remerciements à M. Gustave Dit Duflo pour le programme du festival et du concert ; à M. Bacheley pour la notice concernant sa carrière et le parcours de Chœur Opus 39.

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L’innovateur Samba nous a quittés

L’étoffe d’un pionnier

rolan-2Le 7 janvier 2017, Roland DÉHER dit Samba, nous quittait à l’âge de 85 ans. Pour son inhumation le lundi 9 de ce même mois, la petite église de Terre-de-Haut était pleine à craquer, obligeant une bonne partie des fidèles et sympathisants à rester debout sur le parvis et aux abords. Ce qui prouve que notre ami était non seulement apprécié dans sa commune mais au-delà. Cela n’a rien d’étonnant car si Roland était bien évidemment très connu chez nous, il l’était aussi en Guadeloupe continentale, où sa réputation de pionnier dans nombre de domaines, et de propriétaire enjoué du restaurant La Paillotte au Marigot, avait depuis longtemps franchi le Canal des Saintes. Digne représentant de cette grande famille saintoise de marins et d’entrepreneurs que sont les Déher à Terre-de-Haut, Roland a été de tout temps un travailleur acharné et devrait à ce titre servir d’exemple et de modèle à certains de nos jeunes trop souvent oisifs et qui voudraient donner par l’action volontaire et déterminée un sens positif à leur vie.

Marin-Pêcheur, responsable de voirie et transporteur

palangr_33m_-1Enrôlé d’abord sur le thonier-palangrier Gouverneur Général Éboué au milieu des années 50, avant d’acquérir aux Saintes son propre bateau de pêche, Roland Déher poursuit une carrière de marin qu’il mène de front dans un premier temps avec une activité de responsable municipal de voirie. Propriétaire de l’une des seules camionnettes circulant à Terre-de-Haut au début des années 60, il obtient en effet le premier marché de voirie communale sous le mandat d’Eugène Samson. Avant cette date, c’est le maire Georges Azincourt qui avait initié timidement ce service de ramassage par canot des ordures ménagères qui étaient malheureusement déversées à la mer entre l’Ilet à Cabris et le Pain de Sucre. Au grand dam de nos amis  de Terre-de-Bas – et on les comprend – qui recevaient régulièrement nos déchets flottants sur leur unique plage fréquentable de Grand’Anse. Avec sa camionnette, Roland résolvait en partie le problème mais en partie seulement, car faute de structure adéquate, les déchets étaient entreposés sur un terrain vague, sans tri ni traitement. Lorsque la commune crée sa propre entreprise de voirie, Roland Déher, jamais à court d’initiative, recycle sa camionnette et devient le premier transporteur de marchandises et de matériaux de la commune.

Fabricant et fournisseur de parpaings et de gravier

mur-parpaing-preview-8145355Dans le même temps, étant encore le premier à faire l’acquisition de moules à parpaings et d’un concasseur à fonctionnement thermique, Roland, profite de l’essor de la construction et des difficultés d’approvisionnement pour se lancer dans la fabrication de parpaings et de gravier par concassage. Il rend ainsi grandement service aux futurs propriétaires et entrepreneurs de maçonnerie à qui il propose  parpaings et matériaux fabriqués sur place, livrés à domicile grâce à sa camionnette Citroën, parfaitement entretenue et aménagée en conséquence. Nombre de maisons saintoises construites à cette époque portent ainsi la marque de fabrique D.R, initiales, vous l’aurez compris, de Déher Roland, l’éternel pionnier toujours à l’affût de nouvelles innovations.

Le restaurateur averti

Enfin, si l’on en croit sa petite fille Maëlys, qui fit un émouvant témoignage aux obsèques de son papy le 9 janvier dernier en y associant sa grand-mère Nadia, au-dessus de toutes les entreprises novatrices évoquées dont Roland Déher fut l’initiateur, figure « l’œuvre de sa vie » qui ne serait autre que « la tenue d’un des premiers restaurants de l’île, où beaucoup de Saintois aimaient à se rassembler pour les grandes occasions. » Ce restaurant, La Paillotte, situé face à la baie du Marigot existe toujours et continue de fonctionner et d’accueillir chaque jour, sous la férule de Corine, une des filles de Roland, de nombreux clients, Saintois et visiteurs, qui n’attendent pas forcément une grande occasion pour aller savourer un ti-punch maison et déguster le fameux court-bouillon saintois que tous les Guadeloupéens nous envient et qui devrait figurer au patrimoine gastronomique de notre archipel.

À la Paillotte, Roland Roland et la fameuse dorade coryphène, base du court-bouillon senti.

À la Paillotte, Roland exhibant la fameuse dorade coryphène, base du court-bouillon saintois.

Une renommée au-delà de nos eaux

archipel_inacheve_l25-1Dans un célèbre ouvrage intitulé l‘archipel inachevé, publié sous la direction de Jean Benoist en 1972, aux Editions de l’Université de Montréal, le sociologue québécois Jean Archambault, sous le titre : De la voile au moteur. Technologie et changement social aux Saintes, écrit :
«  C’est un jeune marin de vingt-trois ans qui le premier acheta un moteur hors-bord. Son jeune âge, et plus encore sa personnalité, sont à l’origine de ce geste. Il est ce qu’on pourrait appeler un innovateur-né. En plus d’introduire le premier moteur à Terre-de-Haut, il est le seul marin de l’île à avoir travaillé sur un chalutier expérimental. Bientôt, il quitte la pêche et s’intéresse aux travaux de voirie. Voyant qu’à la suite du relèvement du niveau de vie on commence à construire en dur, il se lance dans la fabrication de parpaings de ciment, puis introduit un concasseur dans l’île et s’établit fabricant de gravier. Il est maintenant – nous sommes en 1972 – le seul habitant de l’île à posséder deux voitures avec lesquelles il fait du transport. »

Vous l’aurez compris, Jean Archambault parle de Roland Déher. En plus du témoignage de sa petite fille le jour de ses obsèques, (« ta bonne humeur perpétuelle, tes danses virevoltantes qui t’ont valu le surnom de SAMBA, tes petits blafs du matin, tes petits punchs préparés avec amour pour tes amis à La Paillotte »...) quel plus bel hommage rendre à ce Saintois « innovateur-né » que d’inscrire pour la postérité son nom et son œuvre dans un ouvrage qui fera date dans l’histoire et l’évolution de notre île ! Comme il est dit plus haut, souhaitons que ces mots ne soient pas pour nous seulement le témoignage d’une vie passée bien remplie, mais un exemple vivant à suivre, pour nos jeunes et moins jeunes… Pour peu qu’ils aient, comme l’a dit si bien Maëlys de son grand-père Samba, « le respect des autres, l’endurance au travail, l’amour de la nature, » en un mot, l’âme et l’étoffe d’un pionnier.

Texte : Raymond JOYEUX
Mes remerciements à ses enfants pour les photos de Roland et à sa petite fille Maëlys pour le beau texte de son témoignage.

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Quand les collégiens de Terre-de-Haut faisaient le tour… du FRANCE

Janvier 1974 :
Le France mouille en rade des Saintes

Janvier 1974 : l’année même de son dernier voyage transatlantique, tous pavois déployés, le FRANCE mouille exceptionnellement en rade des Saintes. C’est un événement majeur sans précédent pour nos compatriotes. Aussi, pour récompenser les élèves du collège Jean Calo qui ont travaillé bénévolement plusieurs samedis après-midi à nettoyer les douves du Fort Napoléon, il est décidé de les emmener faire le tour du paquebot. Grâce à l’obligeance de M. Eugène Samson, maire de Terre-de-Haut et propriétaire de la vedette La Saintoise, rendez-vous est pris et voilà nos joyeux collégiens partis à l’assaut du plus luxueux paquebot du monde, juste fierté de la marine française de l’époque.

Un groupe d'élèves en partance pour l'aventure. Ph. R. Joyeux

Un groupe d’élèves en partance pour l’aventure. Ph. R. Joyeux

Douze années de navigation

C’est le 11 mai 1960 que le paquebot FRANCE fut lancé en présence du Général de Gaulle alors Président de la République. Construit aux Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire, il ne sera mis en service que deux ans plus tard, en janvier 1962, le temps d’être somptueusement aménagé, meublé, décoré par les plus grands professionnels de l’époque.

En rade des Saintes - Ph R.Joyeux

En rade des Saintes,  entre le Pain de Sucre et l’Îlet à Cabris- Ph R.Joyeux

Par la suite, après douze ans de traversées transatlantiques et de croisières autour du monde sous pavillon français, n’étant plus financièrement rentable aux yeux des autorités, son désarmement est brutalement décidé avec l’accord du Président de la République fraîchement élu, Valéry Giscard d’Estaing… Alors que ce dernier s’était engagé à le maintenir en service au cours de sa campagne électorale. Promesse non tenue qui provoque la colère des équipages et des admirateurs du paquebot, et inspire, à sa vente en 1975, à Michel Sardou, sa célèbre chanson : Ne m’appelez plus jamais France, que toutes les radios nationales passent en boucle dès sa sortie et qui restera six semaines N° un, se vendant dans la foulée à 950 000 exemplaires.

Ne m'appelez plus jamais France - Ph. R. Joyeux

Ne m’appelez plus jamais France – Ph. R. Joyeux

Décidé à s’en débarrasser au plus vite et passant outre la mutinerie de l’équipage, les manifestations et le mécontentement populaire, le gouvernement français le vend en 1977 à un homme d’affaires saoudien. Notre pays perd ainsi ce pur joyau des mers surnommé alors « le Petit Frère du Normandie », autre paquebot transatlantique de légende qui fut lui aussi le symbole maritime de la France des années 1930, et considéré à ce jour comme l’un des meilleurs paquebots jamais construits. Puis c’est un armateur norvégien qui le rachète en 1979, et le rebaptise NorwayPlusieurs fois radicalement transformé, il assurera quelques croisières en mer des Caraïbes avant d’être finalement revendu à un ferrailleur en 2006, pour être démantelé sous le nom de Blue Lady. Cette triste opération prendra fin en 2009 en Inde, sur le chantier d’Alang.

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Une population et des élèves émerveillés

france-3C’était sans connaître le sort déjà scellé du célèbre paquebot que la population saintoise et les élèves du collège Jean Calo profitèrent de son escale d’une journée dans la baie des Saintes en ce début janvier 1974pour le contempler à loisir, rêvant sans doute de croisières et de courses autour du monde. À cette date en effet, en dehors des bâtiments de guerre de la Marine Nationale, habitués à fréquenter nos eaux accueillantes, peu de navires de ce type programmaient un séjour touristique aux Saintes. Contrairement à notre époque où chaque jour nous déverse par pleines chaloupes son lot de visiteurs bigarrés, débarquant de ces monstres des mers d’un autre âge que sont les Club Med, Sea Cloud ou autres Clippers. J’imagine que ces jeunes collégiens, devenus adultes, ont gardé de cette journée et de ce tour improvisé du France, même s’il a été rapide, un souvenir impérissable. Interrogés en tout cas par nos soins récemment, et se reconnaissant pour la plupart sur les photos, c’est avec un enthousiasme sans mélange qu’ils évoquent cette journée précieusement gardée en mémoire.

Retour à quai

Retour à quai – Ph. R. Joyeux

Le Collège Jean Calo en 1974

Difficile d’évoquer cet épisode de sortie scolaire exceptionnelle sans dire un mot du Collège Jean Calo des années 1970 qui accueillait alors, sans aucun problème et sur un seul site, aussi bien les élèves de Terre-de-Haut que ceux de Terre-de-Bas. Créé en 1965 à l’instigation du Docteur René Germain, Conseiller général du Canton des Saintes, et sous la mandature du maire Eugène SAMSON, ce fut d’abord un établissement municipal ayant à sa tête un « directeur » enseignant secondé par un corps professoral restreint, sans autre personnel administratif ou de service qu’une femme de ménage rétribuée par la commune. Jusqu’à cette date, les élèves issus des classes du primaire des deux communautés étaient contraints d’aller poursuivre leur scolarité secondaire en Guadeloupe avec tous les inconvénients que l’on imagine.

Façade du CEG Jean Calo en 1974 - Ph. R. Joyeux

Façade du CEG Jean Calo à Terre-de-Haut  en 1974 – Ph. R. Joyeux

france-6À la rentrée de 1965, c’est l’ouverture à Terre-de-Haut, dans une salle aménagée de l’ancienne Caserne militaire, qui permit d’accueillir les premiers élèves de 6ème, provenant des CM2 des deux communes. En tout, un peu plus d’une trentaine de jeunes garçons et filles assurés de poursuivre leur scolarité sur place jusqu’en 3ème. D’année en année, les effectifs augmentant, les classes de 5ème, puis de 4ème et de 3ème furent créées, auxquelles se rattachèrent les classes dites de transition. En 1974, soit neuf ans plus tard, et année de notre pittoresque tour du FRANCE évoqué plus haut, l’effectif total du collège des Saintes, devenu CEG départemental Jean Calo, dépassait largement les cent vingt élèves, soit davantage qu’aujourd’hui pour les deux sites réunis de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas. Pour la petite histoire, faut-il rappeler que conçu au départ pour 200 élèves, et pour les deux communes saintoises, le site de Terre-de-Bas ne compte aujourd’hui que 28 élèves pour les 4 niveaux de classes, dont 4 seulement en 6ème. Souhaitons que ce magnifique établissement, faute d’effectif suffisant, ne finisse pas à la casse, comme ce fut le cas pour notre super paquebot, Le FRANCE, pourtant fierté nationale, à son époque, de notre marine marchande et commerciale …

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Texte et photos : Raymond Joyeux
Sources pour l’historique du FRANCE : Wikipédia

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