Les manguiers du Galion

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J’ai lu Les manguiers du Galion
par Alain Joyeux
Je dois dire que j’ai été captivé de bout en bout par ce voyage « mémorable ». J’ai pu construire aisément  mes propres images au fil du récit grâce au texte en lui-même, bien sûr, mais aussi en partie à l’évocation de lieux déjà connus (géographie locale : je vois par exemple très bien ce que cela veut dire de faire les trajets Blanchet/Basse-Terre ou encore plus St Éloi/ St Sauveur pour les avoir fait moi-même à pied). Récit qui s’enrichit aussi par les apports complémentaires des autres histoires entendues dans la famille.

Le récit respire bien entre les descriptions de faits et de lieux (l’alternance avec l’école et les vacances à St-Éloi, et le pensionnat), le vécu intérieur de l’enfant, et les commentaires actuels. La boucle est aussi bien bouclée entre le début et la fin, justifiant le titre s’il en était besoin …

J’ai particulièrement  aimé dans les manguiers : les histoires à St-Éloi : la partie de chasse, le grand étang avec le short égaré, la vie de l’habitation, la description des personnages (celle du grand-père Victor notamment, qui m’était inconnue), la virée au marché de Capesterre, la correspondante suédoise… Le dialogue théâtral imaginé est aussi un bon moment !

Les vacances « volées » grâce à une fausse lettre de la mère est un pur moment de jubilation !

( précurseur des fausses perm’ de l’armée, sans doute ?!) L’auteur ne dit pas quand ses parents ont été mis au courant de ce mensonge et quelle a été leur réaction lorsqu’ils ont fini par apprendre la nouvelle par la tante Marie…

Quant aux récits à propos de Blanchet, j’imagine qu’ils toucheront le coeur des anciens camarades de collège de l’auteur qui les liront…

C’est en tout cas instructif pour tous sur les moeurs d’une époque et d’une certaine mentalité du cadre éducatif … cela rappelle certaines ambiances de Pagnol (Le temps des Secrets) et même certains souvenirs personnels comme l’ambiance de l’expédition pour aller sauver des livres en péril en un lieu interdit me rappelle, sinon un événement comparable, du moins un état d’esprit relatif à cet âge…

Les anecdotes, mêmes scabreuses, sont bien amenées et contées. Le balancement entre le récit des faits et le point de vue actuel de l’auteur sur ces faits permet de ne pas rester cantonné dans « l’anecdotique » uniquement. La forme du récit évite l’immersion exclusive dans l’époque contée et, grâce à quelques digressions et commentaires « actuels » en va-et-vient avec les descriptions d’événements, le lecteur peut se plonger dans ses propres souvenirs et participer au geste et au regard autobiographiques. Grâce à ce choix formel, l’intérêt est augmenté pour le lecteur; le texte devient un miroir interactif et invite à la ré-animation des souvenirs de chacun. C’est en tout cas l’effet que ce récit a produit sur moi.

Le fait d’inclure un texte d’archives du séminaire est un authentique don historique qui permet une vue « objective » du contexte. C’est une très bonne idée, tout comme le fait d’avoir brossé le portrait et le parcours du Père Magloire, digression fort riche et selon moi utile pour décrire l’ambiance et le contexte de l’époque.

L’histoire de l’oncle Deverne et le rebondissement du revolver est également très bien placée avec sa suite contemporaine. Elle en raconte beaucoup au-delà des simples événements, sur le vécu, les interprétations et les croyances… Histoire singulière certes mais qui doit certainement bien refléter nombre de récits dans le même genre qui circulent un peu partout … Le fait de vouloir chercher et trouver le sens d’un événement (encore plus lorsqu’il est sensationnel ou traumatique) est sans aucun doute un trait particulier de la nature humaine et ce sens, tout rocambolesque ou irrationnel qu’il puisse être, est le ciment et le pouvoir de toutes les histoires vraies (ou vraies histoires!) sur notre psyché…

Une réserve toutefois sur le passage concernant la pédagogie et l’éducation, p 67 et 68 de « J’imagine… »  jusqu’à  « …dialogue ». : La digression, bien que pertinente en soi sur le fond , me semble parachutée et inutile. Cela fait un peu donneur de leçon, bien que l’auteur s’en défende – cela montre justement qu’il s’en est rendu compte !

Idem pour la remarque sur l’inculture des lycéens d’aujourd’hui (critique en filigrane du système éducatif…)  ainsi que le mépris  de la culture du gwoka, à peine voilé dans une forme habile (c’est en tout cas ce que je perçois à la lecture du texte). Cela dit, l’auteur a bien sûr le droit et le devoir d’écrire ce qu’il pense, mais dans ces deux cas c’est un peu comme s’il en avait trop dit ou pas assez…

Par contre je trouve très bien le commentaire et l’hommage rendu à ses éducateurs, précisant un vécu de non-sectarisme et d’ouverture d’esprit… Ce recul bienveillant est tout à son honneur tant il serait facile de critiquer et de condamner.

Pour revenir au début de chapitre p 67, même si la précision sur l’éloignement parental et l’absence de moyens de communication ( sms etc…) est sans doute importante pour de jeunes lecteurs afin qu’ils se rendent compte de la situation, ceux-ci peuvent aussi bien le déduire d’eux-mêmes vu l’époque…

Je suis resté sur ma faim quant aux expériences de scoutisme… Il y aurait sûrement quelques perles dans ce contexte qui auraient pu être exploitées, ainsi que d’autres anecdotes qui m’ont été racontées de vive voix par l’auteur et qui ne figurent pas dans le récit.

Je comprends bien évidemment le côté difficile de l’exercice : pour un tel récit, afin qu’il ne soit pas trop indigeste, la bonne mesure est délicate et des choix s’avèrent indispensables… Il est bien compréhensible que ce ne peut être une compilation exhaustive d’événements. La sculpture globale du récit, son rythme etc… sont, bien sûr, majeurs pour une publication.

Alain Joyeux

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