Lors de la réunion pour l’élection du maire et la désignation des adjoints qui s’est tenue en mairie le vendredi 20 mars 2026, Louly Bonbon, massivement réélu, a fait une déclaration fracassante :
« Au lendemain de notre élection, c’est-à-dire lundi dernier, a-t-il annoncé, j’ai reçu un mail de l’ARS (Agence Régionale de Santé) avec les services préfectoraux en copie, me demandant de prendre un arrêté pour interdire de manière permanente, je dis bien de manière permanente, la baignade au Fond de Curé. «
S’agissant d’un problème de salubrité publique, on pourrait s’étonner du caractère tardif de cette déclaration. Retard auquel il faut ajouter la fréquence et les délais de prélèvement, d’analyse biologique par les services de santé et la transmission des résultats à la commune. Dans ce domaine, comme sans doute pour les autres cités balnéaires de la Guadeloupe (prétendument l’île aux belles eaux !), nous sommes coutumiers du fait, sachant que, comme à l’impossible nul n’est tenu, de la lenteur administrative nul n’est préservé. Mais, en l’occurrence, chez nous, peut-être fallait-il attendre la nomination du maire et la mise en place du nouveau conseil municipal pour officialiser l’information, rédiger, signer et publier l’arrêté. Cela tombait très mal il est vrai et on peut le comprendre.
Toujours est-il que, pendant ce temps, sans information publique par voie d’affichage ou de drapeau signalétique, nombre de locaux et de visiteurs dont des enfants, se sont adonnés, insouciants, aux joies de la baignade et à la confection de châteaux de sable dans un environnement hautement pollué.
Rejet en mer d’eaux usées et dysfonctionnement du réseau d’égouts
Tout le monde sait aux Saintes, la population comme les autorités, qu’en cas de fortes pluies, ce sont les eaux de la baie qui reçoivent les effluents contaminés inconsidérément déversés dans des caniveaux inappropriés. Quand ce ne sont pas les plaques d’égout qui se soulèvent et débordent, et la station d’épuration qui remplit mal son office. Ce problème n’est pas nouveau et il serait mal venu d’incriminer la dernière municipalité, ainsi que celles des années précédentes, qui, les unes après les autres, se sont à leur niveau préoccupées en vain de résoudre cette calamité.
Canal du Fond-Curé, l’éternel point noir du quartier du Pont qui traverse le lotissement de la Savane avant d’aller nourrir la mer de ses bactéries délétères. Ph R.Joyeux -22.3.26
Des conséquences désastreuses pour tous
Cette situation calamiteuse impacte bien évidemment en premier lieu la population résidente, les marins-pêcheurs du secteur, mais aussi les visiteurs de plus en plus nombreux à fréquenter notre belle île tout au long de l’année, en quête de soleil et de baignade sécurisée. Est-ce pour ne pas effrayer ces derniers que les résultats des analyses sont très tardivement affichés – quand ils le sont – sur les panneaux ad hoc et que le drapeau rouge n’a jamais flotté au mât prévu à cet effet. Nous n’osons le penser, car en cas d’infection bactérienne grave, par staphylocoque entre autres, par exemple, ce serait la commune qui serait responsable, et cela pourrait lui coûter très cher.
Panneau d’affichage de la qualité des eaux et mât orphelin de signalisation Ph. R. Joyeux
Entre pollution marine récurrente et déjections canines, quelle solution ?
Si la question de la pollution des eaux de mer ne relève qu’en partie de la responsabilité communale, en obligeant entre autres les particuliers à mettre aux normes leurs installations sanitaires et en interdisant tous rejets dans les caniveaux, c’est au service départemental de la gestion de l’eau (SMGEAG) qu’il revient de régler au plus vite le problème des égouts défectueux. Mais vu l’état de ses finances et de ses capacités de maintenance pour le moins chaotiques, le pourra-t-il de sitôt ? Toute la question est là.
En revanche pour ce qui concerne la présence libre quasiment permanente de chiens sur la plage, dont les propriétaires contreviennent aux interdictions clairement affichées, les services de police municipale ont leur mot à dire. Et pas seulement leur mot. Des contraventions en bonne et due forme inciteraient à coup sûr ces propriétaires négligents à plus de civilité pour le bien de tous. Car déjections, vers à chien et pollution microbienne d’origine canine dans le sable ne sont pas moins inoffensifs que les Escherichia coli et autres staphylocoques des eaux de baignade.
Chien errant à proximité de la plage du Fond Curé ce dimanche 22 mars 2026
Publié par Raymond Joyeux Le dimanche 22 mars 2026
C’est une victoire sans appel qu’a remportée ce dimanche 15 mars 2026 la liste Terre-de-Haut en Mouvement conduite par le maire sortant Louly Bonbon.
Laissant aux spécialistes le soin d’analyser les raisons de la large défaite de Ginette Samson, voici ci-dessous le communiqué publié par les vainqueurs.
Et, en attendant la désignation du maire par les conseillers prévue ce vendredi 20 mars, nous souhaitons à l’équipe élue plein succès pour la mandature à venir.
Ces formes à première vue abstraites sont en réalité figuratives ! Les observer attentivement dans les méandres et leur « organisation organique » est une véritable expérience méditative : les « pleins » et les « vides » se combinent ouvrant et clôturant des espaces et contre-espaces, générant un premier effet hypnotique apaisé ou amplifié par la juxtaposition des couleurs. Contempler et peindre de telles architectures ouvrent naturellement des espaces intérieurs (sans additifs psychoactifs, oui vraiment!)
Il y a quelque chose de vibrant et de vitalisant dans ces formes sous-marines ; peut-être en écho à notre vie organique corporelle et à la dynamique de l’eau, élément au centre de toute la chimie du vivant qui semble ici, dans le corail, s’être figée, cristallisée dans le calcaire…. ?
Œuvre de Ernst Haeckel –
Ces formes en rappellent d’autres, minérales, végétales, animales ( nids d’abeilles par exemple ) ; il vrai que les coraux participent étonnamment à ces 3 règnes…
Ces structures du vivant ont depuis longtemps stimulé la curiosité des chercheurs, scientifiques et artistes qui longtemps furent associés.
Au XIX siècle, le naturaliste Ernst Haeckel fait un inventaire encyclopédique dessiné de structures coralliennes, de crustacés et autres curiosités… (Kunst formen der Natur – 1904) .
Avant lui, notre très normand et local chevalier de Fréminville, qui fut militaire-marin-cartographe-naturaliste-scientifique-artiste (excusez du peu!) eut un accident qui faillit lui coûter la vie aux Saintes en essayant d’extraire des coraux à Marigot…
Mémoires du Chevalier de Fréminville (hors-texte ajouté par Raymond Joyeux)
Photo Claire Jeuffroy (Couleurs marines)
« Le 6 (septembre 1822) de bonne heure je me rendis dans l’anse du Marigot pour y chercher les madréporesque je désirais et qu’on m’avait dit s’y trouver. Arrivé dans cette anse, sur une pointe basse formée par un plateau de roc, j’aperçus en effet, en face de moi, un banc de ces coraux qui élevaient un peu au-dessus de l’eau leurs ramifications foliacées… Je calculai qu’il ne me fallait pas plus de six minutes pour aller jusqu’aux coraux, en casser un rameau et revenir à terre avant le retour des grosses lames. Je me dépouillai de ma veste, j’ôtai mes bottes et, ne gardant sur moi qu’un pantalon de toile bleue, je me mis hardiment dans l’eau… Je m’étais muni d’une grosse pierre pour casser une grosse branchede madrépores et je m’avançai vers le but de mes désirs…J’atteignis les madrépores et j’en saisis un rameau lorsque j’entendis un mugissement de grosses lames qui arrivaient… Je me vis perdu, mais mon angoisse ne fut pas longue, en un moment la lame m’atteignit, me souleva, me fit perdre pied et me roula sur les expansions tranchantes des coraux qui me firent plusieurs blessures. Je les sentis à peine pourtant, car, entièrement submergé, je perdis connaissance presqu’aussitôt... »
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Les formes et structures naturelles occupent encore la recherche contemporaine, tant en biologie cellulaire (cellules de Bénard), en médecine pour des matériaux biocompatibles (prothèses osseuses) que pour la capacité de légèreté et de résistance des matériaux de synthèse inspirés du vivant (biomimétisme)…
Non sans rapports avec les structures fractales mises en évidence par Mandelbrot elles ont aussi fasciné Alan Turing , ces formes de géométrie vivantes portent aussi son nom.
Mandelbrot : chou romanesco
Plus récemment, l’ingénieur hydrologue allemand Théodore Schwenk (1920-86) a consacré aux forces de l’eau et de l’air liées à ces formes une étude consequente publiée dans un ouvrage remarquable : le Chaos sensible.
L’artiste curieux ne peut décidément pas ignorer ces trésors !
Ce qui est visible à l’extérieur appelle également une investigation supra- sensorielle…
Ateliers Alain JOYEUX Terre-de-Haut – 2026
Ces formes figées comme traces de mouvements arrêtés ?
Mouvements portés par des courants de « forces de vie » ?… aussi appelés » courants éthériques » , « lumière organique », « prana », « Qi »… tout un programme !
Mais tout d abord observer… fréquenter…s’imprégner …. dessiner… peindre !
Document Alain Joyeux
Texte et tableaux d’Alain Joyeux Excepté ceux des auteurs nommés.
Publié par Raymond Joyeux le mardi 24 février 2016
Entre l’ancien marché couvert, face à une célèbre boite de nuit, et un restaurant bien connu – et sans doute aussi ailleurs -il ne se passe pas un matin, et pas seulement le lendemain du samedi, sans que le promeneur ou les résidents du bord de mer ne découvrent, à leur corps défendant, quantité de papier hygiénique, comme autant de papillons de mauvais augure, accompagnés de leur odorante commission, grosse ou petite, pour le plaisir des mouches, heureuses de ces aubaines récurrentes.
Selon la définition du dictionnaire, un lieu d’aisance est un espace « conçu pour permettre aux personnes de se soulager de leurs déjections corporelles comme l’urine, la matière fécale ou le vomi. »
Une catiche à ciel ouvert : évitez de vos y aventurer
En l’occurrence, ici, pour ce faire, l’espace en question n’est autre que cette portion du littoral lui-même, conçu par la nature, agrémenté d’arbres d’espèces diverses : calpatas, cocotiers, raisiniers bord de mer ou autres espèces endémiques, propices aux accroupissements nocturnes anonymes, sans complexe, entre deux canots à l’abandon, quand ce n’est pas directement en face des habitations et si possible carrément au plus près de leur entrée.
22 février : à côté du petit banc vert du raisinier Désolé, cette image est sans odeur.
En ce matin du dimanche 22 février 2025, j’ai, pour ma part, dans mon environnement immédiat, dénombré pas moins d’une dizaine de déjections nauséabondes de toute nature manifestement humaines, même si parfois un chien errant s’est laissé aller en levant la patte sur un cocotier bienveillant.
Quelle image notre île résolument tournée vers le tourisme donne-t-elle au visiteur alors qu’elle dispose de toilettes publiques, payantes certes, mais facilement repérables et fonctionnelles ?
C’est à se demander si, au lieu du chien du panneau de la place des Héros – panneau certes utile mais qui s’est malencontreusementsubstitué à celui des noms de ces héros saintois morts pour la France – il ne faudrait pas remplacer le chien déféquant par un humain, homme ou femme ad libitum !
Une solution ?
Pour résoudre le problème, en plus d’enlever du littoral tous les canots inutiles servant d’abri aux malappris sans retenue, peut-être faudrait-il informer la population que tout excrément découvert sur la plage sera systématiquement brûlé et l’âme de leur propriétaire avec !
Cette légende à laquelle beaucoup croient encore aux Saintes inciterait peut-être les baisseurs et baisseuses de culotte ou de pantalon à recourir à un autre moyen pour satisfaire leurs pressants besoins !…
Un bon sujet entre autres, me suggère mon voisin, pour les prochains discours électoraux. Pourquoi pas après tout ? Puisque, pour parodier un célèbre dicton ; n’est ce pas dans le besoin que le bon peuple reconnaît ses amis… politiques ?
Publié par Raymond Joyeux le dimanche 22 février 2025
C’est sans surprise, à la suite de Ginette Samson, la première à se déclarer, que le maire sortant Louly Bonbon annonce à son tour son intention de se représenter aux élections municipales de Terre-de-Haut. Cette lettre de candidature, comme il l’intitule, pourrait se résumer en cette formule : Bilan et perspectives.
Un bilan que Louly Bonbon estime largement positif, puisqu’élu en 2023 dans les circonstances que l’on sait, il dit avoir en trois ans d’exercice, non seulement réussi à unifier la population et à placer la commune sur une trajectoire de stabilité, mais également à finaliser et à ouvrir maints chantiers, justifiant au passage son slogan de campagne : Terre-de-Haut en mouvement.
Or, qui dit bilan, dit perspectives, en tout cas pour une personnalité politique qui sollicite le vote et la confiance de sa population en vue d’un nouveau mandat, avec l’intention de poursuivre l’œuvre accomplie. Un programme d’action évoqué dans la seconde partie de la déclaration du candidat où sont présentés les axes du développement communal envisagé, basé sur les trois piliers récurrents que sont pour notre île le tourisme, la pêche et l’artisanat. Une démarche, précise Louly Bonbon, fondée sur le rassemblement, la concorde et la concertation.
Raymond Joyeux
Publié par Raymond Joyeux le jeudi 19 février 2026
À un peu plus d’un mois du premier tour des élections municipales, Ginette SAMSON est la seule pour le moment à Terre-de-Haut à annoncer officiellement sa candidature. Voici, ci-dessous en intégralité sa déclaration. Des propositions claires et ciblées, dans une présentation sobre et directe, sans fioriture ni emphase.
Contrairement aux dernières consultations d’il y a six ans – quatre candidats déclarés -, il semble que les postulants à la fonction de maire ne se bousculent pas cette année au portillon. À moins que les jours qui viennent voient se multiplier d’autres annonces. Mais il faut faire vite car la campagne va bientôt commencer et la date limite des dépôts de candidature est fixée au 26 février, 18 heures.
Nous ne manquerons pas, le moment venu, de vous tenir informés sur ce blog au fur est à mesure des déclarations, si tant est qu’il y en ait d’autres, ce qui, selon nous, semble plus que vraisemblable.
Pour rappel, aux municipales de 2020, avaient obtenu :
Ce vendredi 23 janvier 2026, de 18 à 21 h, s’est tenue à MJC de Petite Anse, la seconde Nuit de la Lecture. Une date qui a dû être avancée d’un jour pour cause de défilé carnavalesque programmé le samedi 24, date initialement retenue.
En dépit d’un temps maussade, mais heureusement sans pluie, belle tenue encore cette année de cette soirée lecture dont le thème national, Villes et Campagnes, a permis aux participants, enfants et adultes, d’interpréter des textes en rapport avec le sujet.
C’est après maintes mises au point et répétitions que les membres du collectif, sous la conduite de Claudine, ont pu pour la seconde fois à Terre-de-Haut, organiser cette manifestation culturelle autour du livre et de la lecture. Aussi, nous ne saurions trop la remercier pour son implication ainsi que les autres membres de son équipe qui n’ont pas ménagé leur temps pour choisir les textes et établir le programme de cette soirée.
Un remerciement également à Catherine, Olivier et aux deux Rony, Bride et Joyeux, pour l’animation et la partie technique, particulièrement réussie. Sans oublier les élèves du primaire et du collège, lecteurs et lectrices assidus, qui, comme l’an dernier déjà, ont été à la hauteur de l’enjeu. De leur côté, guidés par leur professeur Cécile, des collégiens ont de plus réalisé dessins et maquettes sur le thème proposé.
Un public nombreux et enthousiaste, peu avare de ses applaudissements
Dessin d’élèves du Collège Archipel des Saintes
Récits, poésie, contes, chants et musique
Parmi la vingtaine d’auteurs sélectionnés (romanciers, poètes, musiciens, chanteurs) on peut citer les auteurs guadeloupéens suivants : Gisèle Pineau, Ernest Pépin, Max Rippon, Max Jeanne, Alain Vérin, Irène Le Guillochet, Raymond Joyeux.
Une palette d’auteurs de récits auxquels il faut adjoindre les textes de Gaël Faye, Marcel Pagnol, Walt Disney, Baptiste Morizot, J.C. Izzo, Patrick Cauvin, Émeline Octavie de la Guyane, Juliette Rousseau, de l’écrivain haïtien Lionel Trouillot et, lus par Monique, des extraits du livre de Jean-Marie Borderies sur la situation des Antillais exilés en France par le biais du Bumidom au milieu des années 1960.
Manuel lisant un extrait de La Gloire de mon père de Marcel Pagnol
Rony et Catherine ont magistralement interprété en créole La pli bel anba la bay pour le premier, et Le rat des villes et le rat des champs pour Catherine, fable de La Fontaine qu’elle a elle-même adaptée en créole guadeloupéen.
Une prestation réussie pour Rony et Cathy
N’oublions pas, pour finir, l’accompagnement à la guitare par Alain de la chanson de Jean Ferrat Que la Montagne est belle, et par Olivier, Comme un arbre dans la ville, suivie de L’hymne de nos campagnes du groupe Tryo et du célèbre Mwen domi dewo de Super Combo sur le BUMIDOM.
Les membres du collectif : Que la montagne est belle…
Une soirée exceptionnelle donc qui débuta par une présentation par Claudine du rapport des Nations Unies sur la situation actuelle mondiale des villes et campagnes et leur évolution, et que clôtura un extrait du film BIGUINE du réalisateur martiniquais Guy Deslauriers sorti en 2004.
Claudine annonçant l’ouverture prochaine d’une bibliothèque municipale à Terre-de-Haut
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Un grand bravo et un remerciement particulier à la municipalité, au collectif-lecture, aux interprètes, participants et public, pour cette manifestation très appréciée qui devrait se poursuivre l’année prochaine, si tout va bien, pour la satisfaction de tous…
En attendant, comme promis, l’ouverture de la bibliothèque qui fait tant défaut aux lectrices et lecteurs de tous âges, résidents et visiteurs de notre commune.
Publié par Raymond Joyeux le mardi 27 janvier 2026
L’étau de ton absence emprisonne le métal tendre de ma gorge. L’étau de ton absence aux mâchoires de solitude.
Dessin de Jean-Claude Lavaud
Je suis oppressé et mon sang sourd de tous mes pores à la fois.
Il ne me reste que le flou souvenir de moi-même l’ombre d’une pensée moribonde qui fut tienne imprégnante et tiède.
Quelle faille nous sépare ! Quelles pages entrouvertes ne se referment sur nos paroles !
Nous sommes les deux lèvres séparées de la même bouche jamais complètement fermée. Toi la supérieure moi l’inférieure.
Et la langue entre elles deux c’est notre vie souple et prisonnière qui se retire ou se présente selon les circonstances la conversation variable de l’existence.
Ô douce lèvre supérieure quand rejoindras-tu ta pâle sœur inférieure ? Quand enfin soudées formerez-vous le cœur ciselé de l’amour ?
L’étau de ton absence enserre le métal tendre de mon larynx. L’étau de ton absence aux mâchoires d’exil.
Je suis exsangue et ma vie répandue dessine l’empreinte de ta tendresse viscérale et révoltée.
Dans mon haleine haletante s’inscrit ton acharnement à me garder le souffle.
Ô douce lèvre supérieure quand rejoindras-tu ta pâle sœur inférieure
pour le seul baiser qui vaille que la langue notre vie souple et prisonnière se sacrifie sur l’autel du silence dans l’obscurité chaude de son humide caverne.
Ô l’inexorable étau de ton absence sur le métal palpitant de ma gorge ! Mâchoires intraitables qui me tiennent les lèvres ouvertes sans qu’un seul cri en sorte
dont l’écho te parvienne dans l’île inaccessible de ta solitude.
Un poète à la mer. Tableau d’Alain Joyeux
Texte de Raymond Joyeux Extrait du recueil Indécises saisons (Petits poèmes hallucinés) Éditions Les Ateliers de la Lucarne Terre-de-Haut 2016
En parcourant ce blog, en cette veille de Noël 2025, j’ai retrouvé cette chronique publiée en septembre 2013 sous la plume de notre regretté ami Félix Foy.
N’ayant rien perdu de sa criante actualité, et bien qu’ayant déjà été lu plus de 500 fois, j’ai pensé que ce texte pourrait intéresser les lecteurs d’aujourd’hui.
Aussi pour notre plaisir le voici dans son intégralité, introduction et illustrations comprises. Occasion pour nous de rendre hommage à son auteur, en cette année du dixième anniversaire de son décès.
R.J.
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À une époque où tout semble se perdre de notre passé, donc un peu de notre identité, je vous propose cette évocation nostalgique des Saintes d’autrefois, témoignage poétique et culturel de ce qu’ont connu il n’y a pas si longtemps nos compatriotes des générations précédentes. Sans sombrer dans un passéisme stérile ou des considérations d’arrière-garde, ce très beau texte de Félix FOY* se veut avant tout une page de notre histoire. Mais c’est aussi un cri d’alarme et une réflexion sur les ravages du modernisme à tout va, sur le changement radical des mentalités et des comportements induits par la transformation galopante du cadre de vie sur un minuscule territoire insulaire, sensible à toute modification de son écosystème. Souhaitons qu’il contribue à mettre un peu de baume au cœur des anciens et à faire prendre conscience aux plus jeunes qu’il y a encore quelque chose à sauver chez nous.
Raymond Joyeux
Nostalgie
Félix FOY (1934 – 2015) – Ph. R. Joyeux
Il était une fois une île baignée par l’Océan Atlantique, bercée par la Mer des Antilles, caressée par l’alizé, où il faisait bon vivre sous le soleil tamisé par le feuillage des poiriers. Cette île, c’était moi, Terre-de-Haut. Oui, je parle au passé, mes enfants, tellement mon présent est vu à la dérobée et mon avenir dérisoire. Je suis au bout du rouleau, au creux d’une déferlante, je suis submergée, dans le lac, ou plutôt le bec dans l’eau. Je meurs d’asphyxie, je suffoque : au secours !
Alors que Terre-de-Haut, ce nom qui était le mien pourrait être défini par : Terre Haute, île occupant une position élevée, avec des habitants portant tête haute, voilà que mes filles et mes fils m’ont oubliée. Cela me fait crier aujourd’hui : » N’y a-t-il pas parmi vous un seul qui veuille me raconter ? Devrais-je le faire moi-même ? «
Notre île vue du Chameau – année 1950
Il me reste encore un peu de force, un peu de vie, aussi aimerais-je vous demander simplement de me tenir la tête hors de l’eau, de me laisser souffler un peu et je vous conterai mon histoire :
Vous m’aviez reçue en héritage, moi, une île aux belles eaux, limpides et propres, avec des côtes harmonieusement découpées où plages et rochers se succédaient de manière enchanteresse ; des mornes et des vallées chatoyants où vos parents gambadaient, couraient ou tout bonnement se baladaient sur des sentes agréablement ombragées. Ils se souviennent encore comment il faisait bon d’aller du Mouillage au Marigot, ou du Fond de Curé à l’Anse Rodrigue et à Figuier ; comme il était doux de se coucher sur l’herbe dans Fond (le pré Cassin), se laisser bercer par le roucoulement de mes tourterelles.
Être à Marigot après une fine pluie, c’était se retrouver au milieu d’un spectacle merveilleux qu’on aimerait sans fin : la savane toute rouge de crabes de terre était un régal. Les enfants s’adonnaient à cœur joie dans une pêche toujours fructueuse qui était une occasion de plus pour que les mamans se distinguent à la cuisine en préparant un mets succulent : le matété .
Lagon du Marigot – Photo Iris – aujourd’hui comblé
Le tour du lagon offrait à leurs yeux toute la générosité de la nature où éclatait la vie : petits crabes à gros mordants, différentes espèces d’oiseaux. Les poules d’eau, alouettes, bécasses, jambes jaunes, kios… continuaient le spectacle en un concert de battements d’ailes, de cris et de chants.
Il y avait là aussi une véritable frayère. À la saison des pluies le lagon débordait vers la baie, les poissons y venaient pondre, frayer, et repartaient vers la haute mer : les alevins naissaient et se développaient en toute sécurité, car la saison sèche venue, le lagon se refermait. Nouvelle ouverture à l’hivernage suivant, et tout ce petit monde gagnait le large, croisant les gros qui revenaient pour un nouveau frai. Bécunes, grand’écailles, mayols, mulets, poissons chats, dormeurs, crevettes étaient les hôtes les plus nombreux.
Étang de Grand’Anse, dit Bélénus, avant la construction de l’actuel aérodrome
Les abords de l’Étang Bélénus étaient le passage obligé pour aller à Grand’Anse ou à Rodrigue et, là encore, admirer la flore et la faune était un ravissement. Les follettes et nénuphars, plantes aquatiques à larges feuilles circulaires et à fleurs blanches, embaumaient l’atmosphère et se mariaient bien avec les « chances » pour couvrir toute la surface de l’eau. Aigrettes, crabiers, hérons, sarcelles, canards sauvages complétaient le tableau, offrant de gracieuses et amoureuses arabesques de leurs danses nuptiales.
Crabier des Saintes Photo R.Joyeux
La saison des fruits attirait dans mes mornes et mes vallons une ribambelle de gamins qui se gavaient de pommes cannelle, corossols, mangues, muricifs, olives, cerises, merises, cajous ou anacardes, pommes surettes ou jujubes, surelles et icaques qui leur procuraient une réserve de vitamines pour la morte saison.
Malgré la sécheresse qui souvent sévissait, quelques courageux de mes fils cultivaient la terre. C’est ainsi que de l’Anse Mire au Marigot, et de part et d’autre du sentier conduisant à Pompierre, s’étalaient des champs de maïs, pois de bois ou pois d’Angole, combos et coton. Sous ce couvert végétal poussaient aussi giraumons, patates douces et pois aux yeux noirs. Dans le bourg, toutes les portions non construites produisaient quelque plantation. Du Fond de Curé en passant par la Savane et jusqu’au Pain de Sucre on pouvait admirer ce même spectacle de culture vivrière et d’arbres fruitiers.
Pleine saison d’hivernage à Terre-de-Haut Photo Alain Joyeux
Tout autour de moi, le long de mes côtes, le poisson abondait. Les oiseaux marins, frégates, pélicans, gibiers blancs, nègres à Éloi et pailles en queue avertissaient de l’arrivée des bonites, thons, gros poissons, comme disaient les plus anciens. Pisquettes et cailleux affluaient sur les plages et faisaient le bonheur des pêcheurs à l’épervier. Les coquillages en grand nombre, paisiblement agrémentaient mes fonds et mes rochers.
Frégate superbe. Photo Ala in.Joyeux
Bercés par le murmure des flots et de la brise, vous viviez en mon sein, malgré le labeur quotidien, des journées paradisiaques clôturées par de radieux couchers de soleil. Dans le silence et le calme de mes soirées, vous rêviez en regardant, par nuits noires, le ciel étonnamment étoilé ; par clair de lune, la baie reflétait, et comme un gigantesque miroir vous envoyait mes formes et mes contours, un relief insoupçonné le jour. Des hululements de chouettes ou autres rapaces nocturnes vous tiraient de votre rêverie, annonçant l’heure du repos.
Peu exploitée aujourd’hui, une piste bétonnée a remplacé l’Étang Bélénus
Tout cela a bien changé. À qui la faute ? Je n’incriminerai personne. On ne peut arrêter, paraît-il, un certain progrès. Progrès dévastateur, bien des fois, si l’on n’est pas vigilant. Peut-être qu’une génération a vécu faute d’informations, sans souci de protéger la nature.
Les choses ne reviendront plus comme avant, mais tout n’est pas perdu. Il reste encore des choses à sauver. Je vous prie, mes fils, mes filles, regardez, réfléchissez sur l’écologie et sur ma démographie galopante. Sauvez-moi, faites en sorte que vous puissiez à nouveau vous baigner sur mes plages, sans risque de contamination, dans une eau régénérée, et vivre sur votre île sans pollution aucune, dans la merveilleuse fratrie d’antan.
Baie de Terre-de-Haut – mois de Septembre 18h – Photo Raymond Joyeux
Sauvez votre patrimoine. Sortez-moi de cette déferlante. Vous êtes bons nageurs et pour vous être baignés à Grand’Anse, vous connaissez la technique pour sortir d’une vague dangereuse. Deux méthodes : plonger dessous pour la laisser passer et nager très vite pour retrouver la terre ferme, ou se porter au sommet et se laisser déposer sur le sable, partir pour une nouvelle brasse ou plutôt repartir du bon pied, ce que j’attends de vous.
Toi, mon fils, qui me permets aujourd’hui de m’exprimer ainsi, comment t’appelles-tu déjà ?
Félix FOY*
* L’auteur de ce merveilleux texte, Félix Foy, est né à Terre-de-Haut en 1934 et décédé à Basse-Terre le 20 août 2015, à l’âge de 81 ans. Ancien technicien de France Télécom, il avait commencé sa carrière à Paris pour la terminer à Basse-Terre en Guadeloupe où il avait été muté en 1977. Grand amoureux de son île natale, Félix – Féfé pour les amis – était considéré comme un sage, réfléchi et pondéré. Parfait connaisseur de l’histoire et de la géographie de son île natale, il était père de trois enfants, grand-père et arrière-grand-père. Il a collaboré au journal L’IGUANE de 1990 à 1994. Ses chroniques sur la vie saintoise pendant la seconde guerre mondiale sont restées célèbres.
Publié par Raymond Joyeux Le vendredi 19 décembre 2025