À la découverte de nos archives (2)…

Dans la continuité du partage de nos archives communales, voici aujourd’hui un texte publié par l’Association L’œil de l’Iguane il y a exactement trente ans, jour pour jour,

le 14 octobre 1989.

Le contexte :
Les élections municipales, qui ont eu lieu en mars de cette année-là, sont gagnées de justesse par la liste conduite par un certain Robert Joyeux, à la tête de la commune depuis 18 ans.
L’opposition qui a obtenu 48% des voix s’est organisée en association sous le nom de L’œil de l’Iguane, mais n’est pas représentée au CM par la faute d’une loi électorale défavorable à la proportionnelle dans les petites communes.
Le 16 septembre, l’ouragan Hugo dévaste la Guadeloupe.
Sous l’égide de l’opposition, une collecte de vivres et de vêtements est organisée pour les habitants de la Désirade, durement touchés par le cyclone.
Deux navires des 
compagnies maritimes locales, Déher et Lorgé, acceptent d’acheminer bénévolement les colis à destination.
La commune, de son côté, ne fait aucun geste de solidarité en faveur de nos compatriotes désiradiens.
Pour la troisième fois consécutive, le maire et son conseil siègent en séance secrète, faisant évacuer la salle des délibérations, privant ainsi les administrés de leur droit au débat et à l’information.

Terre-de-Haut :
Une séance très ordinaire du Conseil municipal

Samedi 14 octobre 1989 :  session publique du Conseil municipal.
Neuf conseillers sur 15 que comporte l’assemblée communale, plus le maire, sont présents.

18 heures : M. le maire ouvre la séance. Avant d’aborder l’ordre du jour, il fait un tour d’horizon de l’actualité saintoise des dernières semaines. Les quatre personnes qui forment le public écoutent stoïquement l’interminable exposé sur l’après-Hugo et la « malhonnêteté des Saintois » toujours prêts, selon lui, à profiter des circonstances pour « se remplir les poches ». (65 déclarations de sinistre).

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Place de la mairie 1942 – Photo Catan

Trois-quarts d’heure de considérations vaseuses pour une conclusion laconique mais somme toute vraie : « Terre-de-Haut a peu souffert de l’ouragan ». Merci Saint Robert.

Pas un mot en revanche de l’initiative des jeunes qui, dès le lendemain du cyclone ont organisé une collecte pour nos compatriotes désiradiens. Pas un mot de la générosité de la population après ce drame qui touche toute la Guadeloupe ! L’initiative populaire, la solidarité, ne sont pas des atouts électoraux. Ils n’intéressent donc pas M. le maire ! N’a-t-il  pas refusé l’utilisation des panneaux électoraux – toujours en place – pour l’appel à la solidarité  ?

Mais nous ne sommes pas au bout de notre étonnement. Deuxième volet des préoccupations municipales : des tracts récents dénonçant la passivité des conseillers municipaux et des méthodes de travail surprenantes du CM. Celui-ci affectionnerait, semble-t-il, les réunions secrètes et les comités restreints. M. le maire se défend vigoureusement de ces « accusations mensongères » et vitupère contre ces « petits oisifs » qui n’ont d’autres visées que de prolonger outrageusement la campagne électorale, de saborder l’action municipale et de diviser un conseil si parfaitement uni autour de sa rayonnante autorité ! Bref, plus d’une heure après l’ouverture de la séance, l’ordre du jour n’est toujours pas abordé. Le public, impatient mais attentif, s’est enrichi d’une unité. Cinq personnes désormais le composent. Autant dire la foule !

19h25 : L’auguste monologue s’achève enfin. Les questions prévues vont pouvoir être discutées. C’est le soulagement dans l’assemblée… Mais, puisqu’il a la parole, M. le maire la garde et annonce le programme :

  • Examen et vote du compte administratif
  • Examen et vote du budget supplémentaire
  • ZAC du Marigot
  • Aides scolaires
  • Révision TLE
  • Affaire S.M.

Médusé, le public n’en croit pas ses oreilles lorsqu’il comprend qu’aucune de ces questions ne sera débattue en séance plénière.

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Place et mairie de TDH années 50-60 – Archives R.Joyeux

Abusant en effet d’un article explicite du code des communes, le maire déclare la séance secrète et ordonne l’évacuation de la salle. Personne ne bouge. Le vrai débat peut alors commencer : celui de la parole libérée, de la démocratie directe et du droit de la population d’assister librement aux délibération du C.M.

L’assistance refusant d’obtempérer exige des explications : Si un maire peut déclarer secrète à tout moment et sur n’importe quel sujet une séance publique du CM, que devient le droit fondamental des citoyens ? Exiger le respect de la loi est une chose mais l’appliquer soi-même en est sans doute une autre !

M. le maire sait-il que (selon le code des communes), « Le C.M. ne peut systématiquement siéger en comité secret sans risquer une sanction du Tribunal administratif » ? D’ailleurs a-t-il informé  la population de la tenue de cette séance et de son ordre du jour comme le lui commande expressément ce même Code communal ? Les délibérations de son conseil sont-elles régulièrement et règlementairement affichées ? Non, bien sûr. Détails que tout cela !

– Qu’avez-vous donc à cacher ? interpelle un assistant !
Absolument rien, répond le maire, mais c’est une question de principe…

Une question de principe en effet que de vouloir écarter systématiquement la population de ses propres affaires !
Une question de principe que de bafouer le droit à l’information.
Une question de principe que de se livrer bassement et pour la 3ème fois consécutive à la provocation.

Le souci de ne pas répondre à cette provocation a raison de la résistance du public qui accepte finalement d’évacuer la salle.

Il est 20h 30. Le voile du secret tombe une nouvelle fois sur la démocratie…
Voilà le lamentable spectacle auquel se livrent depuis les dernières élections les élus de la commune de Terre-de-Haut. On n’a vraiment pas envie de rire…

Mais il paraît que cette affaire n’est pas close. À suivre donc, M. le maire, et à la prochaine séance…

L’Œil de l’Iguane


P.S. : Ce texte, reproduit ici dans son intégralité, provient des archives personnelles de Raymond Joyeux 

Commentaires :

1 – J’avoue avoir été présent dans le public ce jour-là à la mairie de TDH, comme les précédentes fois après les élections de mars 1989. 
2 – 30 ans plus tard, découragé par les pratiques récurrentes, à mes yeux peu orthodoxes de la classe politique saintoise, je me suis éloigné définitivement de cette sphère de dirigeants toxiques dont certains ont eu à faire avec la justice et condamnés.
3 – Les démocrates de TDH ont nourri beaucoup d’espoir lors de l’éviction du précédent maire et de l’élection du nouveau.
4 – Quelque chose a-t-il vraiment changé depuis 1989 ? La réponse nous est (partiellement) donnée par Mme Daniele Hayet dont je me permets de vous proposer le commentaire suivant, daté du 8 septembre 2019, à lire sur le compte Facebook de l’intéressée en cliquant sur le lien ci-dessous :

Dur apprentissage de la démocratie

Conseil municipal du vendredi 11 octobre 2019 – Photo N.B.

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Origine de l’appellation de nos lieux-dits : appel aux détectives…

Qui pourra identifier le lieu exact où a été prise cette photographie
de Terre-de-Haut datant de 1900 ?

Presbytère (1)

Elle est tirée du livre de Jacques Schirmann intitulé IPHIGÉNIE, Journal de bord de l’aspirant Charles Millot, dit Gervaise, dernière campagne 1899-1900, publié en 2001 aux Éditions Marcel-Didier-Vrac (MDV).

Pour ceux qui s’interrogent sur l’origine des noms des lieux-dits de notre commune, voici un indice intéressant qui pourrait peut-être expliquer l’origine de l’appellation FOND CURÉ ou FOND DU CURÉ : la présence d’un presbytère sur cette photo et, parmi les personnages, un prêtre en soutane noire. Je précise que ce lieu n’est pas indiqué dans le livre.

Nous connaissons l’origine de L’Anse Mire, La Rabès, Bois-Joli, Pavillon, l’Anse à Cointre qui sont des nom de personnages historiques ; ainsi que Le Mouillage, Grand’Anse, Petite Anse, la Savane, Marigot, Pain de Sucre… qui sont, eux, d’origine géographique ou topographique. Mais beaucoup d’appellations nous restent inexpliquées comme justement Fond-Curé et bien d’autres : Crawen, Anse Figuier, Rodrigue, Pompierre… Pour la petite histoire, l’Îlet à Cabris s’appelait autrefois Petite Martinique. Et pour les Anglais, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas s’appelaient respectivement St Peter et St Paul.

Merci d’avance à toutes celles et ceux qui pourraient nous donner la réponse concernant l’emplacement du presbytère de 1900 – photo du haut.

Anse mire 1

Anse Mire 2 (1)

Anse Mire Années 50 – Photos Catan

Ps : Si vous récupérez les photos pour une publication, Facebook ou autre, veuillez SVP indiquer leur origine :  Nom des auteurs et blog raymondjoyeux.com.
Merci de votre compréhension.

 

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Municipales 2020 : Ginette Samson, première candidate officiellement déclarée…

Ginette 2Bien avant Engel Molinié, présenté dans notre chronique du 9 septembre, prenant tout le monde de court, la première à annoncer sa candidature à la mairie de Terre-de-Haut n’est autre que Mme Ginette Samson, ex-première adjointe dans deux précédentes mandatures. C’est en effet très opportunément à la veille de la fête des mères, le 23 mai 2019, soit dix mois avant les prochaines échéances électorales, que les Saintois ont découvert sa déclaration. Une prose élégante et claire, savamment orchestrée en quinze paragraphes parfaitement articulés, bien détachés les uns des autres pour en faciliter la lecture. Qualité d’expression non négligeable en l’espèce, obligeant cependant la candidate à utiliser sa feuille recto-verso, ce qui présente un léger inconvénient pour un tract électoral. Mais qu’à cela ne tienne ! Accompagnant ses vœux affectueux et tendres de « bonne fête des mères à toutes les mamans des Saintes », une splendide photo en plan américain, reproduite ci-dessus, pour clore la déclaration, toute en couleurs et franc sourire aux lèvres, compense astucieusement ce désavantage et incite le lecteur – l’électeur – à passer outre.

Dès l’entame de son texte, Mme Ginette Samson se veut résolument proche et familière. L’apostrophe initiale, « Mes très chers amis », annonce le ton intimiste de l’ensemble. Et, après avoir exprimé sa fierté d’être « originaire de l’archipel des Saintes et d’avoir grandi en osmose avec l’une des 3 plus belles baies du monde », comme d’ailleurs tous les Saintois j’imagine, elle adopte même, dans le deuxième paragraphe, sans complexe apparent, une phraséologie carrément gaullienne, avec l’emploi de l’anaphore pour enfoncer le clou : « Je vous ai écouté, je vous ai entendu, je vous ai compris », et l’accord volontairement au singulier des participes passés, sans doute parce que son message s’adresse à chacun de ses « chers amis » en particulier…

05-04

Puis, ayant échangé, écrit-elle, avec beaucoup d’entre nous,  « au hasard de rencontres fortuites » (sic), l’évidence, telle une apparition divine, a sauté aux yeux de notre égérie quelque peu exaltée : « Il m’est apparu évident, que je devais m’engager encore davantage et mettre ma riche expérience au service de notre commune ». Car, tenons-nous-le pour dit, Mme Samson se pose, ni plus ni moins, en sauveur providentiel de notre commune. Une commune en faillite dont les deux précédents édiles, avec lesquels, semble-t-il, elle ferait aujourd’hui étrangement bon ménage, (politiquement s’entend !), avaient organisé et précipité le naufrage. Ce qui lui avait valu en son temps de démissionner de son poste de capitaine en second, abandonnant le navire en perdition aux soubresauts houleux des pathétiques événements que nous avons si dramatiquement vécus.

Quoi qu’il en soit, soyons rassurés : Mme Ginette Samson, forte, dit-elle modestement, de sa « riche expérience » (1) souhaite mettre ses « compétences, sa passion, sa flamme et sa force » au service de la collectivité. Quel bel élan, en vérité, que cette exaltation soudaine pour une candidate plus que discrète jusqu’ici qui a « ressenti un grand nombre de nos besoins et de nos attentes, qui a perçu notre vision» et qui nous propose « un mode de fonctionnement basé sur l’anticipation, l’innovation, mais surtout sur l’implication et la concertation », et plus loin, pour compléter le catalogue des ions : sur « de véritables et nouvelles impulsions » !

(1) : Rappelons que Mme Ginette Samson a présidé la Jeune Chambre Économique de la Basse-Terre en 1998-1999.

Terre-de-Haut change de cap !

Ironie du sort, parodiant un célèbre slogan des municipales de 2001, Mme Ginette Samson fixe pour notre île un « un cap ambitieux ». Autrement dit un changement radical de direction, en vue de « satisfaire les besoins quotidiens de la population ». Démarche qui, poursuit-elle, « va de pair, obligatoirement, avec une ouverture d’esprit, une écoute, une communication intergénérationnelle. » Autant de vertus qui sont l’exact contraire de celles pratiquées par celui dont elle avait intégré l’équipe successivement en 2007 et 2014. Et c’est, sans doute là, entre autres raisons, la pierre d’achoppement à l’origine de son départ du conseil municipal évoqué plus haut. Une démission logique à l’époque et, selon ses propres termes, « mûrement réfléchie », (1) qui rend plus incompréhensible encore aux yeux de beaucoup son alliance d’aujourd’hui avec qui nous savons. Nous sommes en effet très loin du « vrai sens et de la cohérence de l’action municipale » prônés par la candidate dans sa déclaration.

(1 )- Voir le France-Antilles du 17- 12 -2014

Écoute, ouverture d’esprit, communication intergénérationnelle

01-20-intergen

On comprend aisément dès lors qu’aucune évocation fâcheuse des pratiques passées et encore moins leur condamnation publique, ne doivent venir ternir et contrarier les amitiés renouées de Mme Samson. Et que sa déclaration de candidature, lisse et sans accroc sur ce point, doive au contraire s’en tenir uniquement à de belles considérations générales, sans que nous soient révélés les moyens concrets de les mettre en application.

Mais ne soyons ni pressés ni trop impatients. La campagne électorale est loin d’être officiellement ouverte. Et la subtilité tactique de Mme Ginette Samson, son intelligence hors du commun, ses compétences en psychologie sociale et management opérationnel, sa maîtrise de la communication savamment dosée, le tout, bien entendu, soutenu et fécondé par sa « riche expérience », la conduisent à ne nous présenter pour le moment que les  lignes directrices de sa future politique, son cadre idéologique en quelque sorte… un peu à la manière du sommaire abrégé d’un livre à venir. Elle nous met tout simplement l’eau à la bouche avec l’intention évidente de nous tenir la dragée haute jusqu’à l’échéance finale…
Et si par hasard, en dépit de sa grande « détermination », de sa « force d’agir », de son « envie d’innover », il lui arrivait d’échouer dans son « challenge audacieux », dans son « projet ambitieux pour notre île », autrement dit si les électeurs de Terre-de-Haut venaient majoritairement à bouder son appel à rejoindre sa « démarche visionnaire », elle aura déjà gagné sur un point : celui de passer à la postérité. Pour la simple et bonne raison qu’elle aura été la première femme saintoise à briguer chez nous une place de maire, ce qui ne s’était jamais vu dans l’histoire de notre commune. Et c’est d’ores et déjà pour Mme Ginette Samson, davantage qu’un honneur, une réussite calculée indéniable.

Raymond Joyeux

PS  : La déclaration recto-verso de Mme Ginette Samson peut se lire sur le site de
Terre-de-Haut Indiscrétions du 24 mai 2019.

Crédit photos et illustrations :
1 – Mme Ginette Samson :  photo déclaration de candidature du 23 mai 2019
2 – De Gaulle, Je vous ai compris : journaldugeeek.com
3 – Jeanne d’Arc : enluminure 1431
4 – Valkyrie : Peter Nicolaï Arbo 1869
5 – Logo Terre-de-Haut change de cap  2001 : archives Raymond Joyeux
6 – Communication intergénérationnelle : dessin de Jim Ucciani
7 – Femmes de l’histoire de France : Couverture livre de Catherine Valenti, édition First
8 – L’extase de Sainte Thérèse : Le Bernin, Rome 1652
 

 

 

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Municipales 2020 : les candidats frappent à la porte…

20190905_073347 (1).jpgDécidément, hormis la liasse imposante de pubs, d’invitations et de factures habituelles, ma boîte aux lettres de Terre-de-Haut m’a réservé bien des surprises en ce début septembre 2019. Après deux mois d’absence, outre la lettre du maire à propos du 3ème prix obtenu par notre commune au concours télé du Village préféré des Français, lettre dont j’ai rendu compte par ailleurs, (voir la chronique précédente) voilà que m’atterrit sous les yeux la profession de foi d’un candidat inattendu, parmi d’autres, semble-t-il, aux municipales de 2020. La surprise passée et bien qu’ayant pris mes distances d’avec la politique, c’est avec une attention toute particulière et un grand intérêt que j’ai pris connaissance du texte de M. Engel Molinié, jeune professeur de physique-chimie, récemment nommé au Collège Archipel des Saintes. (1)
Au placard donc la sempiternelle bipolarisation de l’exercice électoral qui a prévalu chez nous jusqu’à ce jour. Avec à la clé un renouvellement potentiel de la classe dirigeante saintoise pour une alternance souhaitée et un changement radical, espérons-le, de nos mœurs politiques locales, corrompues, partisanes et inefficaces.

(1) – Le texte intégral de la déclaration de M. Molinié est publié sur le Facebook de l’intéressé

Une constatation lucide

Ce qui frappe d’abord chez M. Engel Molinié, c’est qu’il entre d’emblée dans le vif du sujet. Pas de salamalecs inutiles ni de périphrases alambiquées pour vanter ses mérites et se mettre en valeur, mais pour dire tout simplement que « depuis des années nous subissons des conflits politiques ». Une évidence qu’il résume en stigmatisant avec raison une « politique archaïque » qui « créé, précise-t-il, la méfiance et divisé les familles ». Comment ne pas être d’accord avec lui sur ce point ? Bien entendu, dans ce type de déclaration, on peut difficilement entrer dans des considérations qui alourdiraient le propos et rendraient inaudible la communication par des longueurs excessives. N’empêche qu’une analyse plus approfondie serait bien venue pour que l’électeur comprenne d’où viennent ces conflits, qui les provoquent et les entretiennent. Seraient-ils inhérents à la politique elle-même dont l’essence est d’opposer les candidats entre eux, ce qui génère nécessairement partisans et adversaires, mais qui, les élections passées, finissent, dans une démocratie normale, par s’oublier sinon se réconcilier ? Ou bien sont-ils liés aux individus dont l’indigence culturelle, la mentalité perverse et le comportement mal approprié défient les règles de la morale, des principes démocratiques et du respect de l’autre ?

Image babelio.com

Les exemples ne manquent pas en effet chez nous de ces conduites aberrantes distillant en permanence la haine et le mépris et que plus de 40 années consécutives de règne sans partage des mêmes et inamovibles dirigeants n’ont pas contribué à atténuer, encore moins à abolir. M. Engel Molinié est sans doute trop jeune pour se souvenir exactement de quoi nous parlons ici. Certains dans son entourage pourraient alors  lui rafraîchir la mémoire… peut-être même en musique et chansons ! Gardons-nous cependant de lui jeter trop vite la pierre. Nul n’est responsable des méfaits des autres, fussent-ils très proches, s’il n’y est pas personnellement associé. Et puisqu’il reconnaît, fustige et condamne avec courage ces agissements passés et souhaite pour l’avenir une « amélioration de la situation », laissons-lui le bénéfice favorable de la bonne foi et de la sincérité.

Un rappel des valeurs « traditionnelles »

Sans lier nécessairement pour ma part « le partage, le respect, la tolérance, la bonté et le courage » à la religion, comme le fait naïvement M. Engel Molinié, je ne peux que me réjouir de constater que ce futur candidat, reprend presque mot pour mot mes propres concepts, maintes fois exposés ici-même comme piliers d’une politique rénovée et fraternelle. Je le renvoie donc à mes écrits et propositions qu’il retrouvera facilement, s’il le souhaite, en naviguant sur ce blog.

https://raymondjoyeux.com/2018/03/26/actualite-politique-une-ere-nouvelle-pour-terre-de-haut/

À ce propos, ma seule réserve porterait sur l’adjectif « traditionnelles ». Si les vertus énoncées l’étaient tant que cela, traditionnelles, si elles étaient « inscrites dans notre façon de vivre », comme le prétend un peu facilement M. Engel Molinié, aurions-nous connu ces conflits et divisions qu’il pointe du doigt au début de sa déclaration ? Non, M. Molinié, les vertus que vous énumérez, si je ne doute pas que vous les pratiquiez assidument chez vous, elles ne sont pas toutes, ne vous en déplaise, inhérentes à notre mentalité saintoise. Loin de là, et vous le savez très bien. Sinon vous n’auriez pas souhaité qu’elles s’inscrivent dans la nouvelle pratique politique que vous préconisez. Je concède qu’il ne faille pas généraliser et connais nombre de nos compatriotes qui les revendiquent et les mettent en pratique, mais de là à prétendre qu’elles soient, comme le sens de l’accueil, inscrites dans notre façon de vivre, dans notre ADN en quelque sorte, c’est aller un peu vite en besogne. Permettez-moi de ne pas vous suivre sur ce terrain glissant pour ne pas dire démagogique.

Une condamnation sans appel du « monarchisme » municipal.

image wikipedia – maxicours.com

Un nouvel aveu courageux de la part de M. Engel Molinié s’exprime, dans sa déclaration, par la condamnation des pratiques récentes de nos dirigeants politiques. « Un maire ne peut plus diriger la commune comme un monarque. Ce temps est révolu », écrit-il. Voilà qui fait du bien à entendre. On s’étonne seulement que la lucidité dont fait preuve aujourd’hui M. Molinié n’ait pas influé sur les pratiques monarchiques instituées par ses amis alors au pouvoir à Terre-de-Haut, particulièrement au cours des 15 dernières années avant le vote du 17 mars 2018. Mais sans doute avait-il depuis longtemps pris ses distances avec eux, et qu’il a toujours réprouvé leurs turpitudes sans que nous le sachions. Ce qui constituerait non seulement une courageuse position de sa part, mais une première aux Saintes, tant famille et politique sont étroitement liées chez nous depuis la nuit des temps.

Plus de reconnaissance et de transparence

Enfonçant le clou de la bonne gouvernance, M. Engel Molinié préconise enfin la participation active aux affaires municipales de la population qui selon lui « ne veut plus subir la politique mais veut en être l’acteur principal ». Regrettant que « depuis des années nous sommes dépossédés de toute influence », M. Molinié revendique alors « plus de reconnaissance et de transparencec’est là, poursuit-il, une « exigence démocratique. »

image wikipedia- démocratie participative.gouv.fr

On ne peut être plus clair dans ses intentions et il serait mal venu de contester cette conception de la politique que beaucoup d’entre nous partageons sans restriction… et que surtout les autres candidats ne manqueront sans doute pas de reprendre à leur compte. Car qui, dans une déclaration préalable à toute candidature électorale, s’aviserait de dire le contraire ? Toute la question est de savoir si, parvenu au pouvoir, ce candidat, comme les autres, mettra en pratique la promesse faite d’instaurer enfin chez nous la démocratie participative, le dialogue et la transparence que depuis des lustres nous appelons nous-mêmes de nos vœux. Sur ce point, le passé politique calamiteusement ankylosé de notre île est loin de nous rassurer…

Un appel à l’union et à l’humilité

N’empêche qu’il est extrêmement agréable et réconfortant, en dépit des réserves exprimées d’entendre ce langage qui contraste étrangement avec des pratiques pas si lointaines qui ont plongé notre commune dans le gouffre moral et financier que nous connaissons. Le grand mérite de M. Engel Molinié c’est en définitive d’avoir eu le courage de condamner avec force et lucidité, sans aucun état d’âme, ces pratiques d’un autre âge et de préconiser pour l’avenir une gouvernance municipale basée sur l’union et la réconciliation, afin, dit-il, en conclusion de sa déclaration, que « chacun d’entre nous apporte sa pierre à l’édifice pour que Terre-de-Haut vive ! ». Puisse-t-il être entendu, en toute « humilité », comme il le souhaite, bien sûr… Cela va de soi !

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Une place très convoitée – Photo Facebook Mairie de Terre-de-Haut

                                                                          Raymond Joyeux  

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Terre-de-Haut : 3ème prix 2019 du Village préféré des Français

Une chanson impertinente mais… de circonstance

G. Brassens – Ph Télé Star

N’en déplaise à Georges Brassens, l’un de mes interprètes favoris, qui chantait ironiquement en 1972 la ballade des gens qui sont nés quelque part, il faut reconnaître que les Saintois dans leur globalité aiment et apprécient leur île natale. Et j’avoue que sans être chauvin je suis de ceux-là. Sachant pourtant, me semble-t-il, faire la part des choses en ce domaine, pour avoir eu et ayant encore le privilège de beaucoup voyager et de visiter nombre de « petits villages » français et étrangers autrement mieux lotis que nous en matière de services proposés, de calme, de mise en valeur des sites environnementaux, historiques et patrimoniaux : fleurissement, propreté, entretien… Aussi, à l’instar de mes compatriotes insulaires, le troisième prix des villages préférés des Français décerné à Terre-de-Haut le 26 juin dernier ne m’a pas laissé indifférent :

C’est vrai qu’ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n’ont qu’un seul point faible et c’est être habités
Et c’est être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part…

Paroles de Georges Brassens – Source : Musixmatch

Fierté, remerciements et encouragements officiels

À quelques nuances près, je ne peux que rejoindre le sentiment du maire Louly Bonbon exprimé dans le texte qu’il a publié à cette ocasion et que j’ai découvert dans ma boîte aux lettres à mon retour justement d’un fructueux périple en Espagne, le merveilleux pays entre autres de Pedro Almodovar, de Don Quichotte, de Cervantes et de Garcia Lorca. Pour ceux qui ne l’auraient pas lu, voici ci-dessous l’intégralité du texte de Louly Bonbon scanné à leur intention :

Village préféré

Village préféré… mais pourquoi pas le plus beau ?

Pour certains, sans doute du nombre de ceux dont parle ironiquement Brassens dans la conclusion de sa chanson, il n’y a aucune hésitation possible : Terre-de-Haut n’a pas à se contenter d’être le 3ème village préféré des Français. Selon eux, elle vaut bien mieux que cela !  C’est à leurs yeux non pas le village, mais le pays le plus beau non seulement de France, mais du monde et pour tout dire, de l’univers ! Pour ma part, – et pour beaucoup d’autres, j’imagine – je n’irai pas jusque là. Tout simplement parce que, selon moi, la beauté dont il est ici question ne se réduit pas à la seule configuration naturelle, si parfaite et exceptionnelle soit-elle. Elle est la résultante de nombreux autres critères auxquels notre commune est, à l’évidence, malheureusement très loin de satisfaire. Et si je rejoins Louly Bonbon lorsqu’il encourage la population « à prendre soin quotidiennement de notre espace, à l’embellir sans cesse et aussi à faire prendre conscience, notamment à nos jeunes, de la chance qu’ils ont de vivre dans un territoire aussi exceptionnel », je m‘interroge sur ce que les instances dirigeantes des générations précédentes ont laissé de positif à ces jeunes et plus globalement à la population actuelle. Principalement en matière d’aménagement collectif, de protection environnementale, de services publics efficaces, d’éducation civique, d’esprit de solidarité, de convivialité, de discipline, de respect mutuel, et bien entendu dans le domaine toujours sacrifié du culturel… autant de facteurs matériels et moraux qui contribuent non seulement à optimiser le cadre de vie, donc sa beauté naturelle, mais plus encore à améliorer les rapports humains jamais suffisamment policés. 

Un mauvais exemple parmi d’autres

Sans constamment revenir sur les questions récurrentes des embarras de la circulation, de la pollution et du traitement des déchets qui obèrent toute volonté publique et individuelle de lutter contre les dégradations incommodantes, la photo ci-dessous illustre, selon nous, cette absence de discipline précédemment évoquée. Ces immondices en plein bourg, entre deux maisons, au milieu d’un  passage très fréquenté menant à la plage du Fond Curé se sont progressivement accumulés, semble-t-il, durant plus d’un mois, sans que personne s’en préoccupe – et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres – ; occasionnant au surplus le dépôt anarchique d’autres déchets, alimentant ainsi l’importance du tas initial, pour la plus grande satisfaction des riverains, on l’imagine, qui pourtant s’échinent, lorsqu’ils sont présents, à rendre et à maintenir cet endroit propre et parfaitement accessible à tout un chacun ! Village préféré des Français, OK. Mais-est-ce le plus propre et le mieux entretenu du monde ?

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Photo Raymond Joyeux – 1er septembre 2019

Réalités et désillusions

Ce titre est celui que j’avais donné à une longue analyse de la situation de Terre-de-Haut à la veille des élections municipales de mars 1989, espérant modestement faire prendre conscience à la population saintoise de ce qu’il nous reste à réaliser pour améliorer notre cadre de vie et nos relations humaines. Cette analyse commençait ainsi :

 » Lorsqu’on arrive à Terre-de-Haut par bateau ou en avion, ce qui frappe d’abord c’est la beauté, la douceur et l’harmonie du site. Le paysage, symphonie de vert, d’ocre et de bleu, vibrant de la lumière particulière des Tropiques, semble avoir été conçu et ciselé par un architecte de génie. Hormis la piste d’atterrissage et le terre-plein de Petite Anse qui sont l’imbécile et malheureux tribut de la collectivité au mythe trompeur du progrès, chaque élément de l’archipel est taillé à la mesure de l’homme. Plaisir des sens, plaisir du cœur, plaisir de l’âme : tout contribue ici à l’élévation, à l’équilibre, à la musique intérieure. Et le Saintois qui répugne à quitter ce cadre unique de sa naissance et de sa vie, s’il n’en fait pas perpétuellement état, a conscience de son privilège… Mais l’impression n’est pas la même lorsqu’on entre plus avant dans le pays. Ce qu’on était en droit d’attendre des hommes comme un prolongement à la prodigalité de la nature fait cruellement défaut et le contraste est flagrant entre la perfection du décor et l’indigence des aménagements collectifs… » (1)

1 – À l’époque de ce texte (février 1989) la place du Plan d’eau, devenue Place des Héros, n’étant pas encore aménagée servait de dépotoir. L’aérodrome, un moment en activité, n’est plus fréquenté aujourd’hui que par de petits avion-écoles et l’hélicoptère d’évacuation sanitaire.

Baie du Fond Curé au lever du jour – Photo Raymond Joyeux

Trente ans après ce constat, le paysage étant resté le même, on peut se demander si dans  les domaines des aménagements publics du bourg et des plages, de la création d’espaces verts urbains, de l’entretien des routes, de la circulation motorisée, de la maitrise du traitement des eaux usées et des déchets, de la salubrité publique, et dans tant et tant d’autres secteurs, la situation s’est substantiellement améliorée et si d’autres problèmes ne se sont pas ajoutés à ceux existants.  Je laisse à chacun le soin et la liberté de répondre.

Les raisons d’un choix

« Même si nous n’avons pas gagné, écrit Louly Bonbon, ce classement constitue un très beau résultat qui nous honore tous. » Certes. Et celles et ceux, qui chez nous comme en Métropole, ont hissé Terre-de-Haut à cette brillante troisième place, n’ont pas manqué d’arguments objectifs pour étayer leur choix : paysages idylliques, harmonie des formes naturelles, limpidité des eaux, sécurité des plages et des sentiers pédestres, calme relatif, accueil ensoleillé de la population, ambiance festive et totale liberté de déplacement, gastronomie et j’en passe… tout ce qu’il faut en définitive  pour une existence paisible et un dépaysement assuré, loin des tracas de l’ultra-modernisme et du stress des agglomérations trépidantes. Mais, car il y a un mais, soyons lucides et réalistes : il nous reste encore, c’est une évidence, beaucoup à entreprendre pour égaler, humainement et structurellement parlant, ces nombreux villages de France et de Navarre qui, sans avoir concouru à ce challenge, méritaient autant sinon plus que nous d’être labellisés. Comme le furent les deux communes qui nous ont devancés, Saint-Vaast-la-Hougue en Normandie et Pont-Croix en Bretagne, respectivement 1er et 2ème prix… et que nous félicitons pour leur nomination amplement méritée.

Saint- Vaast-la-Hougue, premier prix des villages préférés 2019 – Ph. ihacom.ca

Recommandations concernant les illustrations :
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Raymond Joyeux

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À la découverte de nos archives (1)…

20190818_151420En fouillant incidemment dans ma « malle aux trésors », parmi de nombreux autres documents, j’ai retrouvé un ancien exemplaire du journal L’Étrave daté de mars 1965. Ce journal, faut-il le rappeler, a été créé voilà 54 ans par votre serviteur et un groupe d’amis dont Georges Vincent, ancien secrétaire de mairie et le docteur Yves Espiand en poste alors à Terre-de-Haut. Parmi les articles publiés dans ce N° 2, un texte du docteur Espiand sur la venue aux Saintes du navire La Foudre de la Marine Nationale m’a paru particulièrement intéressant. Aussi c’est avec plaisir que je vous le fais partager, d’autant plus que des photographies de l’époque, trouvées sur le site officiel de la Marine, permettent d’illustrer l’événement. Fort de cette découverte, je vous proposerai par la suite d’autres articles du même journal qui retracent modestement des pans de notre histoire, ravivant les souvenirs des plus anciens et faisant découvrir aux plus jeunes certains instantanés de la vie aux Saintes il y a un demi siècle.

La couverture de L’Étrave a été réalisée par Alain Foy et l’impression confiée à l’Imprimerie Louis Martin installée alors rue Victor Hugues à Pointe-à-Pitre. Outre le service aux abonnés par voie postale, la diffusion locale du journal était assurée par ses rédacteurs. Cinq numéros ont été publiés.

La Foudre aux Saintes

(Texte du docteur Yves ESPIAND)

« Mi li, Mi li », ce cri jadis réservé à l’arrivée de la Jeanne d’Arc, répété par cent poitrines enthousiastes, accompagnait l’entrée dans la splendide rade de Terre-de-Haut de l’un des fleurons de la Marine Nationale : La Foudre. Silencieusement, majestueusement, avec grâce même, en dépit de sa silhouette un peu lourde, elle avançait lentement pour jeter l’ancre dans un affreux bruit de ferraille, peu après la Bouée Rouge.

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La Foudre en rade de Terre-de-Haut – 17 février 1965 – Photo Marine Nationale

Immobile maintenant, tout fier de son glorieux passé, elle nous dictait sa biographie : originaire des USA, elle participe au débarquement allié de 1944 sur les côtes normandes comme bateau-atelier, assure ensuite le transport de locomotives entre la Hollande et la Grèce sous pavillon hellénique puis, suprême déchéance, devient bateau-poubelle.

Des USA à la France

Sans doute émus par sa peu reluisante situation, les USA la reprirent en mains pour la vendre à la France. Sous la bannière tricolore elle fit alors les deux campagne d’outre-mer : Indochine et Algérie. Elle continue actuellement son rôle de bateau-atelier et avait à son bord un remorqueur et plusieurs gabarres. Telle est brièvement résumée l’histoire de la Foudre qui nous a rendu visite du 17 au 19 février dernier. Son profil étroit et élancé explique sa fonction. En effet, la moitié antérieure est beaucoup plus haute que la postérieure assez basse et creusée d’une immense et profonde « piscine » fermée à l’arrière par une sorte de trappe ; la cale occupe le tiers inférieur du bateau.

Un bateau-Kangourou

INSIGNE-LSD-FOUDRE-navire-bateauPour effectuer certaines réparations en pleine mer sur un quelconque autre navire, on coule La Foudre en ouvrant les vannes, ce qui permet le remplissage de la cale. La moitié postérieure est alors presque totalement immergée donc au niveau de la mer, et la trappe s’ouvrant permet au navire à réparer de « rentrer » à bord. Un système de puissantes pompes assure la vidange de la cale et La Foudre remonte en surface avec son chargement. Elle peut ainsi « porter » un navire du tonnage des dragueurs de mines genre Altaïre et La Croix du Sud. Cette fonction de renflouement d’un genre spécial se retrouve sur l’écusson du bord qui représente un kangourou avec un de ses petits dans sa célèbre poche.

Un équipage sportif et bon vivant

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Marins de La Foudre dans les rues de Terre-de-Haut – Février 65 – Ph. Marine nationale

Le séjour de La Foudre, trop court d’ailleurs, fut marqué par plusieurs manifestations : match de football qui vit le triomphe de la marine sur l’Avenir Saintois (une fois de plus) sur le score serré de 2 buts à 1 ; réception à la mairie ; concert et cinéma en plein air très prisé par petits et grands. Et dans la douce fraîcheur du clair de lune saintois, l’allure un peu zigzagante et surtout très euphorique des marins témoignait du plaisir qu’ils avaient eu à faire escale dans un si beau coin de France. Au revoir Foudre, et à bientôt, nous l’espérons.
Yves Espiand (Journal L’Étrave N° 2 – Mars 1965)

Je salue mon ami, le docteur Yves Espiand, et le remercie pour son article, ainsi que la Marine Nationale pour l’utilisation de ses photos.

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La Foudre à Pointe-à-Pitre le 19 février 1965 à son retour des Saintes – Ph. Marine Nationale

Pour plus d’informations sur le navire La Foudre, cliquer sur le lien ci-dessous :

La Foudre- Photos 1965

 

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Méditation au sommet du Chameau

Au cours vraisemblablement des années 80-90 (la date n’est pas précisée), l’écrivain voyageur écossais Kenneth White, poète, essayiste et créateur de l’Institut International de Géopoétique décide de visiter les Antilles. Après la Martinique, la Guadeloupe et la Désirade, son parcours à travers la Caraïbe le conduit aux Saintes. Dans un ouvrage intitulé L’Archipel du Songe, paru en 2018 aux Éditions Le Mot et le Reste, il relate les étapes de ce « voyage transcendantal parmi les petites îles de l’Atlantique tropical « . C’est précisément le sous-titre du livre d’où est tiré l’extrait concernant Terre-de-Haut que je vous propose aujourd’hui.

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Kenneth White – Ph. fonds-culturel-leclerc.fr

Arrivée aux Saintes

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En flânant sur le quai de Grande-Anse, (
de la Désirade NDLR) j’avais rencontré deux pêcheurs qui avaient eu à faire à la Désirade et s’en retournaient chez eux, aux Saintes. Ils me débarqueraient à l’Anse Mire, juste après la passe de la Baleine, et je marcherais le long de la côte.
Si ces îles sont appelées Les Saintes, c’est parce que c’est le nom, Los Santos, que Christophe Colomb leur donna en passant par là en 1493, le jour de la Toussaint. 
Dans les Caraïbes, les Saintois ont la réputation d’être « différents ». Et ces deux pêcheurs saintois dont j’avais fait la connaissance – un vieil homme et son fils, plus tout jeune – étaient assez étranges. Tous deux portaient le chapeau traditionnel saintois, ces grands chapeaux de paille connus sous le nom de salako. Et leur cerveau était plein d’un mélange particulier de croyances. En tant que catholiques romains, ils avaient la croix du Christ bien en vue. Mais à côté d’elle, un flacon de parfum que le vieil homme considérait comme un talisman. Et puis, avec leur bateau, ils pratiquaient toutes sortes de rituels, des rituels qu’ils appelaient « un montage ». Ils trempaient le bateau dans une concoction de plantes qu’ils obtenaient d’un « gadé zafé » (« gardien des affaires »). « Avec la mer, on ne peut jamais être trop prudent » avait dit le plus jeune avec un sourire.

Les vieux Saintois étaient tous pêcheurs. Dans les îles, le mot « Saintois » est pratiquement synonyme de pêcheur. Et ils prétendaient tous être les descendants de pêcheurs venus de la côte atlantique française, de Normandie et de Bretagne jusqu’à la Saintonge plus au sud. C’était le cas de ces deux hommes avec qui j’ai voyagé ce matin-là. Ils disaient qu’ils étaient Bretons, de Brest. Leur « Brest » se référait à environ deux siècles en arrière.

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Pêcheurs saintois au salako. Tableau Alain Joyeux- 2019

En attendant sur la jetée de l’Anse du Fond un bateau qui me conduirait à l’extrême pointe de l’île où je savais qu’il y avait un hôtel, Le Havre de Paix, je lisais le tableau d’information sur Christophe Colomb, qui fournissait aussi des statistiques sur l’archipel : 
Situation : latitude 15’52 Nord, longitude 61’31 Ouest
Étendue : 512 ha.
Température : Moyen annuel 25°.
Altitude : Le Chameau 316 m.
Vent dominant : Alizé du Nord-Est.

Enfin, une vedette arriva dans le port et s’arrima à la jetée. J’ai pensé que cela pourrait être la connexion pour le Havre de Paix, mais je n’étais pas pressé. Un peu plus tard, le grand bateau régulier arriva de Pointe-à-Pitre, déchargea sa cargaison (bière, légumes et confitures de fraise) et un groupe de passagers : Européens en bermudas et businessmen guadeloupéens qui allaient passer un week-end pour respirer à l’abri de la chaleur et du bruit.

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Débarcadère de Terre-de-Haut aujourd’hui.- Ph. Raymond Joyeux

Le Havre de Paix

C’est alors que l’homme à la vedette présenta le panneau : Havre de Paix, tout en criant le nom. Deux jeunes françaises s’approchèrent de lui. Et moi de même. 
« Bonjour, bonjour. Bienvenue à bord. Bienvenue aux Saintes.
Bienvenue au Havre de Paix. »

Les bagages – trois sacs à dos, dont deux très remplis et très colorés – furent rangés, le moteur vrombit, et la vedette prenait déjà sa vitesse giclant le long de l’Ase Devant. Alors que nous contournions le Pain de Sucre, un promontoire de basalte envahi de cactus cierges, et que la vedette virait de bord vers l’Anse à Cointre, une de jeunes françaises s’écria : « C’est le paradis ! »

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Sillage d’une vedette rapide entre Terre-de-Bas et le Pain de Sucre Ph. R.Joyeux

C’était en effet très beau : les couleurs de la mer, les lignes du paysage, et les bancs de balaous bleu-argent qui volaient dans les airs à côté du bateau. L’autre fille était plus pragmatique et technicienne :
« Est-ce qu’on peut louer des scooters ? », dit-elle.
– Scooters de route ou scooters de mer ?, répondit le skipper.
– De route, pour commencer, dit la jeune fille.
– Pas de problème, répondit le skipper. Je vais téléphoner pour vous ce soir. Et nous avons deux scooters de mer à l’hôtel.

Je commençais à me demander si ça avait été après tout une bonne idée de venir à ce soi-disant Havre de Paix. La question devint encore plus pressante quand je vis ce que le « skipper », sans doute le fils play-boy du propriétaire de l’hôtel, avait réussi à faire pour montrer aux jeunes Françaises les joies du « sea-scootering ». Après avoir fait une course zigzagante et flamboyante, dans des gerbes d’eau et un boucan d’enfer, il avait laissé le rivage jonché de centaines de petits balaous bleu-argent, blessés, mourant ou morts.

Je suis parti grimper sur la montagne de l’île.

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Le Chameau et la rade de Terre-de-Haut – Ph. R. Joyeux 

Le Chameau est loin d’être une grande montagne, mais c’est le point culminant des Saintes, et c’est cela qui m’importait. Sur les pentes, des chèvres grignotaient les feuilles de ti-baume, des papillons jaunes voletaient ici et là entre les rochers, les cactus-chandelle et les buissons de frangipaniers. Au fur et à mesure que je montais, j’avais une vue des Saintes de plus en plus vaste : juste en bas, l’aride Terre-de-Haut ; plus loin vers l’ouest, Terre-de-Bas, avec ses petits champs et ses savanes ; vers le sud, le Grand-Îlet et la Coche ; au nord, l’Îlet à Cabrit. Du sommet, j’ai vu le soleil briller sur Marie-Galante, tandis que la Guadeloupe était grise de pluie.

Bourg de Terre-de-Haut vu du Chameau – Ph. Raymond Joyeux

Je me suis trouvé un rocher commode pour m’asseoir, et j’ai laissé vagabonder mon esprit… Bientôt, grâce à une association d’idées qui commença par les chameaux et les terrains pierreux et désertiques (ce que les poèmes métaphoriques arabes appellent « les portes de la maison d’Allah » je me mis à penser au philosophe-poète du XIIè siècle, Ibn Tufayl, et en particulier à un texte de lui : L’Histoire de Hayy ibn Yakzan :

« Pour devenir un voyageur, un vrai voyageur, il faut quitter la compagnie des violents, qui ne pensent qu’à tuer ; des gloutons, qui pensent que le monde est seulement là pour remplir leur estomac ; des bavards frivoles, y compris les créateurs de fictions.
Vous devez partir seul. Voilà le moyen pour devenir un vrai voyageur. »

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 Illustration arkakapak.com

Rappel : Ce texte est extrait du livre de Kenneth White : L’Archipel du Songe paru aux Éditions Le Mot et le Reste en 2018.
 Kenneth White  est né en 1936 à Glasgow en Écosse. Grand voyageur, i
nstallé en Bretagne depuis 1967, il est l’auteur de nombreux ouvrages de poésie et de réflexions sur le nomadisme.
En qualité de membre de la Géopoétique, j’ai eu le privilège de le rencontrer à son domicile breton en compagnie de son épouse et traductrice Marie-Claude White en 2008. Je 
garde le souvenir  d’un homme simple à l’immense culture.
Inutile de préciser que je possède et lis régulièrement la plupart de ses ouvrages, étant un fervent admirateur de son écriture et de sa pensée.
 
Raymond Joyeux

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