À voir aux Saintes…

Autoportrait 1992

Alain Joyeux, artiste peintre, présente ses créations dans un nouvel espace d’exposition à Terre-de-Haut, archipel des Saintes en Guadeloupe. Connu et apprécié aux Saintes pour ses représentations très hautes en couleurs de la vie insulaire, Alain propose cette exposition-rétrospective en rendant visibles  des  créations originales de styles souvent très divers qui se côtoient et parfois se combinent. En différents formats, sur toiles, panneaux de bois, papiers, cette présentation privilégie l’acrylique comme médium principal et le bleu comme tonalité dominante.

Tireurs de barque #3

Actuellement éloigné de l’archipel, je laisse à présent la parole à l’artiste afin qu’il puisse présenter lui-même cette exposition, son contenu, son contexte, ainsi que ses projets…

Raymond Joyeux

LA PAROLE À L’ARTISTE :

«  J’ai à nouveau le plaisir de pouvoir présenter au public saintois et aux visiteurs de passage une exposition de mes créations dans le centre bourg de Terre-de-Haut aux Saintes, 50 rue Benoit Cassin.

L’expo est ouverte aux visiteurs le samedi et dimanche et le sera lors d’événements festifs sur l’île … «  Ouvert, quand c’est ouvert » indique la pancarte extérieure…. Le fait est que je m’active la plupart du temps à mon atelier qui est à mon domicile, atelier qui est également ouvert à la visite  :  354  route du Bois Joli à Terre de Haut.

ECRITURES

Le lieu propose également un petit espace librairie  où seront accessibles des ouvrages disponibles du « poète à la mer », Raymond JOYEUX.  Cet espace « plumes », bien que minimaliste, a aussi pour vocation d’accueillir d’autres auteurs saintois ou ouvrages relatifs à notre histoire, culture et patrimoine insulaire. Avis aux intéressés.

QUELQUES MOTS SUR LES CREATIONS EXPOSEES

Les œuvres rassemblées et exposées actuellement ( une trentaine de pièces originales) présentent une rétrospective de tableaux et de « bannières » peintes ainsi que, pour la gourmandise, quelques « mini-art-dises » comme j’aime à les nommer  : des petits formats à vocation plutôt décorative appréciées des voyageurs notamment par leur format réduit.

Il n’y pas proprement dit de thématique spéciale dans la présentation actuelle qui regroupe une sélection de peintures exécutées pour la plupart  entre 2019 et 2021. Certaines peintures plus anciennes et plus récentes complètent, si j’ose dire, le tableau !

Si l’ambiance générale s’ouvre sur une tonalité très « saintoise » de bleus océaniques et autres inspirations de scènes pittoresques de l’archipel  (assez peu relativement à une production antérieure), une deuxième salle fait davantage état d’une atmosphère plus mystérieuse et énigmatique, interpellant souvent le visiteur, le questionnant parfois, pour les plus curieux… mais questionner n’est-il pas  une des fonctions de l’art ?

« Gwadanesh » – 2022 empilée sur « Net » 2018

Profiter des présentes colonnes qui me sont ici ouvertes serait bien sûr une opportunité pour développer plus avant mes sources d’inspiration, mes influences, ainsi qu’une occasion de préciser mes motivations, postures esthétiques ou objectifs pour tel ou tel tableau, ou pour l’ensemble de ma démarche.

Toutefois, l’art dit « visuel » doit-il forcément céder à la tentation de l’explication ? Le commentaire s’il a lieu, se partage pour moi (et avec moi) de visu, en direct. .J’invite naturellement tout amateur d’art ou critique professionnel pour approfondir toute question…

Posez-moi vos questions lorsque vous viendrez voir l’exposition !

Sillage – 2018/2022

Bienvenue alors à toutes et à tous, (avec ou sans question !) dans ce nouvel espace saintois pour voir, sentir, échanger…

Cette actuelle rétrospective n’appelant pas d’inauguration particulière préfigure néanmoins une présentation prochaine de nouveautés en cours de gestation qui seront exposées prochainement  ( à suivre …) 

un vernissage dans les règles sera alors annoncé !

ATELIER ET REALISATIONS SUR MESURE

Je rappelle que mon atelier, Rte du bois joli, est également ouvert à la visite, et que je réalise, sur mesure et à la commande, tableaux et panneaux décoratifs à partir de vos projets. Un de mes plaisirs est la mise en couleurs de photographies anciennes en noir et blanc.

Bon matin – 2022

Par ailleurs …

  • Cours d’arts (dessin peinture) pour enfants, adolescents et adultes : LE MERCREDI ET VENDREDI
  • ateliers d’art thérapie : sur rendez-vous

LE LIEU DE L’EXPOSITION … UN AIR DE FAMILLE !

Le lieu d’exposition se situe sur le bord de mer dans le quartier du Fond de Curé, entre le plan d’eau  et le restaurant Ti Bo doudou. Il n’est pas à proprement parler une «  galerie d’art », mettant seulement et  temporairement ses murs à ma à disposition dans la perspective d’une réhabilitation à venir.

En attendant, son âme de case ancienne traditionnelle continue à vivre à travers les couleurs des créations exposées. A noter que le lieu n’a pas pour vocation, actuellement, à être un espace d’accueil pour d’autres artistes peintres, ce privilège m’étant pour l’instant réservé !

Petite parenthèse historique qui intéressera les Saintois dont la géo-généalogie est un sport très pratiqué :  les murs, pour rafraîchir la mémoire locale, furent construits par mon arrière-grand-père Jean-Marie JOYEUX, puis habités par leurs enfants Joubert (mon grand-père) et sa sœur Reine, jusqu’en 2008. Leur neveu Aimé Bertille époux de Nise Boulon ont ensuite habité les lieux.
On reconnaît sur la photo ci-contre mes grands-parents Joubert et Léontine Joyeux, mon père Raymond, mon oncle Joseph en barboteuse, mes deux tantes Nadège et Odile, et trois cousines du côté de ma grand-mère.. (En arrière plan la maison familiale côté mer où se situe l’expo d’aujourd’hui.)

Nise Boulon-Bertille fut la  dernière à vivre sur les lieux. Elle nous a quittés l’an passé (août 2021). Nous regrettons tous sa disparition. Son hospitalité et sa générosité était connues et très appréciées ici à Terre de Haut. Un portrait lui est dédié dans l’exposition.  

Amatrice d’esthétique et d’art, gageons  que la réaffectation de son dernier lieu de vie saintoise en salon et chambre d’art lui est agréable depuis son séjour dans le monde d’au-delà du monde. Que son empreinte de cœur et de bienveillance soit de bon augure pour cette maison et la suite des évènements.

LES SAINTES, Terres d’artistes ?

Être visible est  vital pour un artiste d’arts « visuels ». Nous sommes déjà quelques-uns connus sur l’archipel saintois et nombreux sont les talents qui ne demandent qu’à s’exprimer chez les jeunes comme chez les aînés. Les lieux publics d’exposition, existant au demeurant  dans de nombreuses villes ou communes, ne courent pas les rues dans notre archipel. Un projet à Terre de Haut est attendu dans ce sens, des initiatives récentes d’un collectif d’artistes à Terre de Bas sont à suivre.

Le caractère exceptionnel de notre archipel, réputé pour sa beauté naturelle et sa culture insulaire spécifique,  parcouru par de nombreux visiteurs de passage ou en séjour, haut lieu touristique de la Guadeloupe, a tous les atouts pour y voir fleurir de l’art à chaque coin de rue à l’instar d’autres communes réputées qui ont fait ce choix depuis bien longtemps : St Paul de Vence dans le sud de la France ou Pont-Aven en Bretagne en sont des exemples bien connus.

Pour l’instant à Terre de Haut, hormis quelques salles dévouées au Musée du fort Napoléon et  les rares « spots » d’expositions privées (Martine Coten, Cathy Regnier, Pascal Foy), seuls quelques restaurateurs-hôteliers proposent leurs murs aux créateurs locaux. Ils se reconnaitront.

Pour ma part, j’ai pu  présenter des œuvres au public dans les établissements suivants : L’Ô bleu hôtel, le Café de la Marine, le Bon Vivre, le Citrus bar, la crêperie Douceurs de l’île. Merci à eux.  

Citrus Bar

Je remercie également L’OMCSL et la commune de Terre de Bas pour avoir accueilli ma première exposition aux Saintes en 2015.

MECENAT D’ARTISTE… une réalité nécessaire qui se pratique même discrètement !

Occuper un espace locatif  pour exposer  de l’art est un luxe qui n’est pas toujours accessible.  C’est pourquoi je tiens à remercier les héritiers de la maison JOYEUX-BERTILLE d’avoir bien voulu me proposer gracieusement cet espace.

Il s’agit ici de mécénat pur et simple, désintéressé, hormis peut-être l’opportunité assumée de faire vivre un espace qui sinon serait fermé et promis à une dégradation sûre et lente.

Laisser l’air y pénétrer, l’air de l’art, n’a « l’air de rien », mais ventile assurément du vivant :  un « courant d’art »…  en témoigne déjà quelques visiteurs ravis de voir la maison ouverte et momentanément affectée à l’exposition de mes  créations.

Pour ma part il s’agit, encore une fois, d’un coup de pouce de la solidarité familiale qui est, quoi qu’on en dise, le premier mécénat accessible lorsque cela est possible.

Cela dit, avis à d’autres mécènes collectionneurs qui me permettraient de me consacrer exclusivement à la peinture !

ALAIN JOYEUX
0690 40 49 45-
TERRE DE HAUT- Les Saintes

Publié par Raymond Joyeux
Le 1er Juillet 2022

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Poésie

« Certains poèmes nous conduisent en des lieux que nuls mots n’atteignent, nulle pensée, ils vous guident jusqu’à l’essence même, la vie s’immobilise l’espace d’un instant et devient belle, limpide de regrets ou de bonheur. Il est des poèmes qui changent votre journée, votre nuit, votre vie. Il en est qui vous mènent à l’oubli, vous oubliez votre tristesse, votre désespoir, votre vareuse, le froid s’approche de vous : touché ! dit-il et vous voilà mort… »

Jon Kalman Stefansson – Entre ciel et mer
Édition Folio-Gallimard 2010

Nous avons reçu d’Antonella René-Boisneuf cet émouvant poème sur le navire Béatrix qui, après plusieurs années de navigation entre les Saintes et la Guadeloupe est aujourd’hui désarmé. Ce qui est particulièrement triste pour un navire dont la destinée est de prendre la mer parfois contre vents et marées, par plaisir ou nécessité, mais toujours pour satisfaire aux besoins des hommes.
C’est avec plaisir que nous le publions sur ce blog en remerciant son auteur pour son talent et son extrême sensibilité.

BÉATRIX

Quand les vagues me bousculent…
Je pleure en silence
Quand le ponton sans cesse me heurte…
Je me laisse chavirer contre vents et marées… 
Quand j’aperçois d’autres navires partir…
Mes larmes coulent silencieusement et se laissent emporter par les flots…

En silence… Je pleure…
Car personne ne se soucie de moi… 
Car personne ne se soucie de mon avenir… 
Finirais-je rouillée au milieu des autres vestiges oubliés..?
Quand les vagues me bousculent….
Quand les flots me chavirent… 
Incessamment jour et nuit…

Je pleure en silence…
Je ne serai probablement bientôt qu’un souvenir…
Malheureusement je ne choisirai pas mon destin….
Malheureusement je ne choisirai pas ma fin…. 

Moi…
Si heureuse d’avoir transporté mes habitants …
Mes enfants que j’aime tant…
Moi… Tellement fière et heureuse de partir sur les flots…
Au-delà des tempêtes…
Au-delà des maux….

Vous m’avez abandonnée au milieu de l’eau…
Vous m’avez  abandonnée au milieu des flots… 
Le destin répondra t-il à mes questions ? 

Lorsque tous les soirs je pleure…. 
De ne plus naviguer…
De ne plus voyager… 

Redonnez moi vie…
Je vous en supplie…. 

BÉATRIX… 
Mon nom est BÉATRIX….

Antonella RENE-BOISNEUF  

Publié par Raymond Joyeux
Le 26 juin 2022

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Sortie pédagogique avec le géologue saintois Dario Jacques : une expérience scolaire à renouveler…

C’est avec le plus grand plaisir que nous publions ici le compte-rendu d’une sortie pédagogique avec les élèves de quatrième du collège Archipel des Saintes que nous a fait parvenir notre ami Dario Jacques de passage à Terre-de-Haut. Géologue de réputation internationale, auteur d’une carte géologique des Saintes, Dario, lui-même ancien élève de ce collège (autrefois CEG Jean Calo), a eu la bonne idée de répondre à la demande de leur professeur de Sciences M. Engel Molinié en accompagnant ses élèves sur des sites caractéristiques de la formation géologique de notre île-commune. Nous le remercions vivement pour cette initiative ainsi que ce professeur de sciences, avec l’espoir que les découvertes faites sur le terrain suscitent parmi nos jeunes scolaires des vocations de scientifiques de haut niveau à l’instar de nos deux éminents compatriotes Engel Molinié et Dario Jacques.

Texte de Dario Jacques

Contexte de l’excursion géologique du vendredi 8 avril 2022 avec les élèves du collège de Terre-de- Haut Les Saintes, classe de 4ème

J’étais en vacances aux Saintes depuis une semaine quand le professeur de Sciences Chimiques, Mr Engel MOLINIE, m’a contacté pour partager une demi-journée avec ses élèves de 4ème sur le thème de la géologie et géochronologie de Terre-de-Haut en tant que géologue saintois ayant réalisé la carte géologique de l’archipel des Saintes en 1982.
Cette carte a été ensuite publiée par le BRGM en 1988 sachant que les relevés ont été réalisés en 1983.

Les 15 élèves étaient répartis en 4 groupes de travail avec à leur tête un responsable d’équipe.

À la recherche d’échantillons sur le site du Chameau – Photo Dario Jacques

L’excursion a démarré le vendredi 8 avril 2022 à 6h30 au pied de La Colline pour étudier la plus vieille coulée de lave andésitique de Terre-de-Haut. Cette lave a été datée à 4,7 millions d’années par la méthode du Kr/Ar.
Les élèves ont pu prélever des échantillons à l’aide de leur marteau pour observer à l’oeil nu puis à la loupe les caractéristiques de leur échantillon (présence de plagioclases, pyroxènes) ( on peut se référer à la notice de la carte géologique pour plus de détails).

Observation d’un échantillon à la loupe.

Leur deuxième escale fut sur la route du Chameau, cet imposant dôme volcanique, où les futurs géologues de Terre-de-Haut ont pu montrer leur capacité à grimper à 309 mètres d’altitude. Ils ont pu admirer et prendre des photos du centre volcanique de Terre-de-Haut localisé aux environs de Grande Anse, bien que dessiner ce magnifique paysage leur fut quelque peu contraignant. (Leur aptitude à dessiner est encore sous développée et pourtant c’est une  base du métier de géologue !!!!!).
Ils ont pu comparer l’andésite du Chameau à celle de La Colline et remarquer que les couleurs sont différentes (gris foncé pour La Colline et claire pour le Chameau), les minéraux de l’andésite du Chameau sont nettement plus gros et plus visibles.

Au sommet du Chameau vers 10h, la consécration fut d’une part la splendide vue des Iles environnantes (Dominique, Grand Ilet, La coche, les Augustins et surtout Terre-de-Bas) mais aussi le casse-croûte préparé par les parents.


Une légère pluie s’est invitée et c’est à ce moment qu’ils ont probablement pris conscience que ce métier est aussi dépendant des conditions météorologiques.
Aucun d’entre eux n’a exprimé une quelconque remarque négative bien au contraire. Le fait de pouvoir étudier en plein air a contribué à les motiver et les questions posées au géologue fusaient à tout vent.

La dernière étape fut au Morne Morel où ils ont constaté d’eux-mêmes qu’il ne s’agissait plus de coulée de lave ou de Dôme mais bien de nuées ardentes sous la forme d’une alternance de niveaux blocs et de cendres. La pluie s’est intensifiée juste au moment de leur arrivée sur ce site sans pour autant les décourager.

Vers 11h30 l’excursion a pris fin avec un remerciement au géologue.

Pour la suite il faudrait interviewer les élèves eux-mêmes…

Carte géologique des Saintes – Source – © 2016 BRGM / InfoTerre

Texte de Dario Jacques Mai 2022
Publié par Raymond Joyeux,

le Mercredi 4 mai 2022


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Le Soleil est amoureux de la Terre ou les bons sentiments…

Le printemps a déjà un mois. Aux Saintes, le soleil a quitté son domaine du Chameau, se couche en son lit du Pâté et remonte lentement vers le nord. Dans les contrées septentrionales, la végétation explose; oiseaux et autres animaux s’en donnent à cœur joie en dépit des petits matins frisquets. Alors que la vie reprend chez nous, ailleurs c’est la mort qui est injustement infligée à des innocents… Ce cri de Jacques Prévert vient à propos nous rappeler que si les hommes pratiquaient un peu plus la politesse, entre eux mais aussi envers tout ce qui les entoure, notre planète serait certainement plus heureuseet la guerre n’aurait pas de sens.

Soyons polis

Couronné d’étincelles
Un marchand de pierres à briquet
Élève la voix le soir
Dans les couloirs de la station Javel
Et ses grands écarts de langage
Déplaisent à la plupart des gens
Mais la brûlure de son regard
Les rappelle à de bons sentiments

À Terre-d-eHaut, un soir d’avril 2022 – Photo Raymond Joyeux

Soyez polis
Crie l’homme
Soyez polis avec les aliments
Soyez polis
Avec les éléments avec les éléphants
Soyez polis avec les femmes
Et avec les enfants
Soyez polis
Avec les gars du bâtiment
Soyez polis
Avec le monde vivant.

Ph. R. Joyeux

Il faut aussi être très poli avec la terre
Et avec le soleil
Il faut les remercier le matin en se réveillant
Il faut les remercier
Pour la chaleur
Pour les arbres
Pour les fruits
Pour tout ce qui est bon à manger
Pour tout ce qui est beau à regarder
A toucher
Il faut les remercier
Il ne faut pas les embêter… les critiquer
Ils savent ce qu’ils ont à faire
Le soleil et la terre
Alors il faut les laisser faire
Ou bien ils sont capables de se fâcher
Et puis après
On est changé

Photo Raymond Joyeux

En courge
En melon d’eau
Ou en pierre à briquet
Et on est bien avancé…

Le soleil est amoureux de la terre
La terre est amoureuse du soleil
Ça les regarde
C’est leur affaire
Et quand il y a des éclipses
Il n’est pas prudent ni discret de les regarder
Au travers de sales petits morceaux de verre fumé
Ils se disputent
C’est des histoires personnelles
Mieux vaut ne pas s’en mêler
Parce que
Si on s’en mêle on risque d’être changé
En pomme de terre gelée

Ou en fer à friser

photo Raymond Joyeux

Le soleil aime la terre
La terre aime le soleil
C’est comme ça
Le reste ne nous regarde pas
La terre aime le soleil
Et elle tourne
Pour se faire admirer
Et le soleil la trouve belle
Et il brille sur elle
Et quand il est fatigué
Il va se coucher
Et la lune se lève
La lune c’est l’ancienne amoureuse du soleil
Mais elle a été jalouse
Et elle a été punie
Elle est devenue toute froide
Et elle sort seulement la nuit

Ph; R. Joyeux

Il faut aussi être très poli avec la lune
Ou sans ça elle peut vous rendre un peu fou
Et elle peut aussi
Si elle veut
Vous changer en bonhomme de neige
En réverbère
Ou en bougie
En somme pour résumer
Deux points ouvrez les guillemets :

« Il faut que tout le monde soit poli avec le monde ou alors il y a des guerres… des épidémies des tremblements de terre des paquets de mer des coups de fusil…

Et de grosses méchantes fourmis rouges qui viennent vous dévorer les pieds pendant qu’on dort la nuit.»

Jacques Prévert

Tableau Alain Joyeux

Publié par Raymond Joyeux
Le dimanche 24 Avril 2022

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Disponibilité, partage et management municipal : réflexion sur la politique de proximité

Entre 1989 et 1993, l’opposition municipale à Terre-de-Haut s’était organisée en association déclarée et avait créé un périodique, sous la forme d’une publication mensuelle de format A4 de 8 pages d’articles, d’analyses, de propositions et, il faut le dire aussi, de critiques à l’égard du pouvoir en place depuis 1974. Ce journal avait pour nom L’IGUANE. Nom qui, en plus d’être celui de l’emblème officiel de notre commune, était en réalité un sigle résumant une démarche associative et une perspective ouvertement politique : Intérêt Général et Union pour l’Action Nouvelle et l’Évolution. Au total, 224 pages d’informations, de réflexion, de propositions en trois ans d’existence, aujourd’hui déposées aux Archives départementales et consultables par tous. Ce qui n’était quand même pas rien pour une petite commune comme Terre-de-Haut ! Et sans doute, toutes proportions gardées, du rarement vu ailleurs en Guadeloupe et, osons le dire, au-delà !

Ce qui était principalement reproché aux dirigeants de l’époque dans ce journal, c’était leur manque de disponibilité pour les administrés, le refus de partager les responsabilités au sein du conseil municipal, l’absence d’information à la population et un management communal où prédominaient le rejet de toute opposition à leurs prérogatives et une discrimination flagrante entre administrés, créant ainsi deux groupes antagonistes dans la population : ceux qui avaient bien voté et les autres, qualifiés d’irrécupérables, selon le mot même d’un ancien élu aujourd’hui disparu.

Disponibilité

Choisi par une majorité d’électeurs et confirmé dans sa fonction par le vote du conseil municipal, un maire, devrait, à l’évidence et avant toute chose, faire preuve de disponibilité. Il n’a pas été élu pour rester confiné en permanence dans son bureau, comme dans une tour d’ivoire. Sinon pourquoi se serait-il présenté aux suffrages de ses concitoyens qu’il a côtoyés journellement au cours de sa campagne pour solliciter leurs voix, puis pour leur donner, une fois élu, l’impression de ne plus être utiles et d’être abandonnés ? Dans une petite commune comme la nôtre rien ne serait plus facile que de parcourir régulièrement les rues pour un salut amical, une poignée de main, un mot, une simple présence qui renforceraient la confiance mutuelle et l’unité de la communauté. Des maires par le passé l’ont fait chez nous avec bonheur, et sans donner le sentiment de s’abaisser, bien au contraire. Nous pensons à Théodore Samson, Georges Azincourt, Eugène Samson, René Germain qui n’ont pas tous leur nom inscrit au palmarès des rues de la commune.

 Une autre forme de courtoisie et de civilité élémentaire serait de répondre au courrier des administrés et d’accepter les demandes de rendez-vous, en ménageant s’il le faut un planning avec des jours et horaires dédiés. Rien n’est plus frustrant en effet pour le citoyen lambda de ne jamais recevoir de réponse à ses lettres, quel qu’en soit l’objet, ou de toujours se voir refuser un rendez-vous, sous prétexte d’un dossier important à instruire ou d’un surplus de travail… Terre-de-Haut n’est quand même pas Paris ! La proximité immédiate avec la population devrait être un atout pour nos élus insulaires, censés être au service des citoyens. Le meilleur moyen de pervertir cette obligation de service serait de la reléguer au placard des slogans électoralistes mensongers et racoleurs… comme beaucoup d’autres, hélas !

Partage des responsabilités

Un maire ne peut et ne doit évidemment pas tout faire seul dans sa commune. Quelle que soit par ailleurs l’importance de cette commune. Il est secondé par des conseillers et des commissions déléguées aux différentes affaires qui structurent la vie et l’essence même du conseil municipal et, au-delà, de la communauté. Ce sont ces commissions et ces délégations qui non seulement déchargent le maire de nombreuses responsabilités mais qui devraient avoir le pouvoir de mener leurs dossiers à leur terme, en passant bien entendu par l’approbation de l’ensemble des conseillers lors d’un vote. Si, par un excès d’autoritarisme ou prenant prétexte de ses prérogatives, (car il en a, et de trop nombreuses à notre avis), le maire s’oppose au travail des commissions ou l’oriente à son avantage, il entrave et annihile nécessairement le bon fonctionnement des délégations qu’il a lui-même créées et approuvées. Et c’est la débandade au sein du conseil et de la majorité… À ce propos, de l’écrivain Robert Procida, né de mère saintoise et dirigeant de diverses associations, citons le passage suivant extrait d’un récent ouvrage publié aux éditions Orphie : « Un président (d’association) est en mesure de réussir sa mandature dès lors qu’il est entouré d’une équipe soudée, forte de la reconnaissance qui est faite à chacun de ses membres pour son domaine de talents, de compétences et d’excellences. Chaque maillon de la chaîne a de la valeur, sa valeur, et c’est important de la distinguer. La confiance au sein du groupe est capitale et doit être naturellement réciproque. » Ce qui est valable pour une association n’est-il pas encore plus, a fortiori, pour une municipalité ?

Écoute et Information

À quoi servirait un maire qui n’aurait pas la faculté d’écouter ses conseillers et ses concitoyens lors d’échanges au sein et hors du conseil municipal ? Déjà, une réunion de ce conseil où les assistants n’ont pas droit à la parole est une aberration. Si c’est la loi qui l’exige, nul responsable n’est tenu de l’accepter et un maire attentif et ouvert devrait passer outre à cette disposition.On appelle cela la démocratie participative. Encore un beau slogan trop souvent relégué lui aussi au placard des oubliés ! Mais il ne suffit pas de se contenter d’écouter. Encore faut-il tenir compte des observations faites et surtout informer, informer, informer… On ne cessera jamais assez de le marteler : rien en effet ne doit se faire ou se projeter dans une commune au nom de la collectivité sans que le citoyen en soit informé. Ce sont ses impôts qui financent en grande partie projets et réalisations, il doit savoir où passe son argent. Mais informer de quelle façon, par quel moyen ? Un affichage en mairie ne suffit pas, encore moins une publication tronquée sur Facebook auquel tout le monde n’a pas forcément accès. Dans une petite communauté comme la nôtre, chaque foyer devrait recevoir chez lui, sur un support imprimé, les comptes rendus détaillés du conseil municipal, des décisions prises ou à prendre, du coût des opérations abouties ou entreprises. Ça peut coûter cher peut-être, mais quoi qu’il en coûte, c’est indispensable si l’on veut faire vivre chez nous – comme ailleurs – la démocratie, toute la démocratie où le citoyen se sentirait impliqué et partie prenante de la vie de sa commune… Un souhait exprimé voilà plus de 30 ans déjà dans L’IGUANE et que nous reformulons ici aujourd’hui, avec l’espoir qu’il sera enfin entendu. Pour que notre commune ne sombre pas, aux yeux de ses propres habitants, dans l’Atlas des îles abandonnées.

P.S.Tout rapprochement avec l’origine des malheureux événements qui ont récemment secoué le conseil municipal de Terre-de-Haut serait totalement inapproprié et relèverait de la plus malveillante imagination…

Publié par Raymond Joyeux
le 20 mars 202
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Du 12 au 28 mars : Le Printemps des poètes 2022…

Une fois n’est pas coutume. L’évocation de cet événement national est une primeur sur ce blog. Avec pour thème cette année, L’ÉPHÉMÈRE. Mais aussi en filigrane la forêt, l’arbre, la fleur. Ephémère comme le temps qui passe, comme le nuage au coucher du soleil, la fleur qui ne vit que « l’espace d’un matin » nous dit François de Malherbe. Mais aussi Ronsard dans sa célèbre

Ode à Cassandre :

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.
  
Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Une présentation de Sophie Nauleau

Il en va des mots comme des chansons d’amour qui reviennent par
surprise au détour d’une voix, d’un souvenir, d’une émotion. « J’ai pris la
main d’une éphémère… » Dansait dans ma mémoire. Sans que je sache qui
le premier, de Montand ou Ferré, avait semé ce trouble de l’étrangère en
moi. Adolescents nous ne comprenions pas tout à cette romance des années
folles, ni même à ce poème que l’on disait roman inachevé, mais pressentions
ce mystère de « l’éternelle poésie » qu’Aragon dilapidait sans crier gare.
Une seule et unique voyelle, quatre fois invoquée, entre la fièvre, le
murmure, la foudre, l’imaginaire, l’insaisissable, l’à-venir, l’impensé, le
maternel, le fugace, la soif, l’énigme, le précaire, l’effervescence, le friable,
l’envol, l’impermanence… Plus vaste que l’antique Carpe Diem et plus vital
aussi, L’Éphémère n’est pas qu’un adjectif de peu d’espoir. C’est un surcroît
d’urgence, de chance et de vérité. Une prise de conscience toute personnelle
et cependant universelle, comme un quatrain d’Omar Khayyam, un haïku
d’hiver, un coquelicot soudain, une falaise à soi, un solstice d’été, un arbre
déraciné ou la vingtaine de numéros d’une revue de poètes du siècle dernier.
Il est temps de sonder à nouveau L’Éphémère. De ne pas attendre
à demain. De questionner ici et maintenant la part la plus fragile, la plus
secrète, la plus inouïe de nos existences.

Éphémère coucher de soleil à Terre-de-Haut – Ph. Raymond Joyeux

L’instant présent

J’avance sur la pointe
du temps
Je me faufile entre les bornes
de l’éternité
Clandestinement comme un voleur
Je dénoue de la durée
l’inconsistante présence
L’illusoire permanence
de l’instant.

Raymond Joyeux
Indécises Saisons
Les Ateliers de la Lucarne 2016

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Personne n’est plus soi-même

Personne n’est plus soi-même quand la nuit guerrière
s’annonce, personne. On sent que l’ennemi n’est pas
loin, que chaque mur est dangereux et masque
des fureurs prêtes à fondre sur nous. Or le ciel – le

ciel est pleins d’étoiles filantes, on pourrait croire
qu’il suffit de faire un vœu pour que tout rentre
dans l’ordre, même la lune sourit aux fenêtres
inquiètes. Le monde semble paisible, il fait doux,

on aimerait entendre des rires, des voix chantantes,
pas ces tragiques coups de feu prêts à parler pour
nous. On touche du doigt le désastre, voici

les premières fusillades, on s’effondre, on rampe,
la mort boit, comme un ivrogne forcené, le sang
de ceux dont les chemins furent pourtant les mêmes.

Richard Rognet
Dans les méandres des saisons
Gallimard 2016

Nouveau Flamboyant du carrefour du dispensaire – Photo Raymond Joyeux

Bonne fête de la poésie à tous
avec une pensée solidaire pour le peuple ukrainien
honteusement massacré par un tyran.

Tout poème adressé au blog avec le nom de l’auteur sera bienvenu et publié dans les commentaires.
Merci pour votre participation.

Tourterelle à l’hibiscus, symbole de paix et d’innocence –
Photo Raymond Joyeux

Publié par Raymond Joyeux
le 14 mars 2022

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Alain Dabriou nous a quittés : les Saintes et le monde guadeloupéen de la voile traditionnelle en deuil

C’est avec une infinie tristesse que nous apprenons le décès de notre compatriote et ami Alain DABRIOU survenu le 5 mars, à l’âge de 71 ans.

Passionné de voile traditionnelle, Alain fut l’un des pionniers du renouveau de la voile aux Saintes. Membre-fondateur de l’Association ADIEU VAT, il a été de toutes les courses en qualité de barreur du temps de l’hégémonie de nos Saintoises sur les eaux guadeloupéennes.

Vainqueur à plusieurs reprises des nombreuses régates organisées par Adieu Vat, il remporte avec son équipage la seconde édition du Tour de la Guadeloupe sous l’égide du CGVT (Comité Guadeloupéen de Voile Traditionnelle).

Barreur et équipier hors pair, Alain a toujours donné l’exemple du sportif de haut niveau qui prenait à cœur son rôle de meneur, sans jamais se mettre personnellement en avant. Sa disparition est une perte douloureuse pour tous les amateurs et amoureux de voile traditionnelle des Saintes et de Guadeloupe.

À son épouse, sa dernière compagne, ses enfants, sa famille, ses proches, et ses anciens équipiers, nous adressons dans cette épreuve nos plus sincères condoléances et leur exprimons toute notre sympathie et notre amitié.

histoire

Camaraderie 2
Accroupi au centre, Alain Dabriou et son équipage

Publié le 07 mars 2022
par Raymond Joyeux

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Nous nous sommes tant aimés, ou l’impossible dialogue

Lettre ouverte aux élus de la majorité du Conseil municipal
de Terre-de-Haut

Chers amis,

Jamais, jusqu’à mars et juin 2020, une équipe municipale n’avait rassemblé autant de personnalités compétentes et déterminées pour sortir Terre-de-Haut du marasme politique, moral et financier dans lequel l’avaient engluée pendant plus de quarante ans des municipalités successives monolithiques, avides le plus souvent de division, de favoritisme et d’exclusion.

Or, c’était justement pour effacer ces années noires, trop longtemps pénalisantes pour notre communauté, que vous avez uni vos forces et votre enthousiasme, sans arrière-pensée de préséance ou de revendication personnelle. Oubliant, pour certains d’entre vous, vos alliances antérieures, vous avez donné aux yeux de tous l’exemple parfait d’un rassemblement jamais connu aux Saintes, où l’envie de réussir pour notre commune avait prévalu et séduit une large majorité de la population. Et vous avez été élus.

Vous aviez auparavant, les uns et les autres, rallié volontairement une tête de liste estimée que vous connaissiez de longue date. Et pour mieux asseoir votre choix, vous avez, chacun et chacune, rédigé et signé une courte déclaration qui semblait sincère, mettant en avant les qualités du chef d’équipe, ainsi que vos propres dispositions à travailler positivement avec lui pour le bien de notre commune.

Durant la campagne électorale, en plus du travail d’explication et de persuasion accompli sur le terrain par chacun et chacune d’entre vous, vous avez à maintes reprises pris librement la parole pour présenter votre programme et convaincre les électeurs de votre volonté de changer la donne à Terre-de-Haut en instaurant une politique du Mieux vivre ensemble dont le ferment affiché serait l’Union saintoise. À ce moment-là, au-delà des slogans, quels beaux et enthousiastes projets vous aviez alors fusionnés pour faire oublier l’immonde fossé de plusieurs décennies creusé par vos prédécesseurs et que, main dans la main, vous vous apprêtiez à combler !

Au soir du deuxième tour des élections, quelle euphorie a suscitée au sein de la population votre arrivée libératrice à la mairie de notre commune ! Car toutes et tous, nous y avons cru. Vous d’abord bien sûr, les élus, mais surtout nous, vos électeurs, chez qui pleurs de joie, rires et embrassades se mêlaient dans une ambiance de fête et de fraternité retrouvée, effaçant pour longtemps, pensions-nous, toutes les déceptions passées, les désillusions récurrentes des élections précédentes. C’étaient trente longues années de combat enfin récompensées !

Et vous vous êtes mis au travail sans attendre. En peu de semaines, la commune montrait un nouveau visage. L’entretien du bourg jusqu’alors négligé était devenu quotidien et apprécié ; le délicat problème de la circulation, pierre d’achoppement des municipalités précédentes, progressivement résolu ; la réorganisation des services administratifs finalisée ; un calendrier de réalisations à venir dûment chiffrées voyait le jour… Bref, quel exploit vous avez alors accompli en peu de temps pour mettre en état de marche une machine communale délabrée par des années de fonctionnement aberrant, avec, faut-il le rappeler ? des ressources financières réduites à néant ! Car, grâce à vous, en plus de cette dynamique collectivement impulsée – et c’est de loin le miracle le plus important de votre action commune – le budget communal retrouvait peu à peu son équilibre… Tout cela, au grand soulagement d’une majorité de la population qui commençait à percevoir le changement qu’elle attendait, passant outre les critiques des éternels insatisfaits.

Bien sûr, tout ce travail difficile de reconstruction ne s’est pas fait d’un coup de baguette magique, dans des rouages toujours parfaitement huilés. À la longue, des divergences, des frictions, des accrocs, des erreurs, en dépit de la bonne volonté de chacun, étaient devenus inévitables. C’est le lot de toute assemblée humaine en action que le dialogue ne parvient pas toujours à aplanir. Et votre conseil municipal n’a pas fait exception à la règle. Mais ces divergences, au lieu de logiquement s’atténuer, se sont contre toute attente amplifiées au point de devenir ce qu’elles sont aujourd’hui, faisant exploser publiquement votre belle entente et votre complémentarité. Qui aurait pu l’imaginer après seulement 20 mois d’exercice pourtant bien entamé ?

Mon propos n’est pas de donner ici une quelconque leçon. De porter de jugement. D’accuser, d’excuser ou de condamner qui que ce soit. Mais puisque vous m’avez fait collectivement l’honneur de me donner la parole le jour de votre investiture en Mairie, au lendemain de votre élection, je me dois de réagir à la triste réalité d’aujourd’hui. Spectateur atterré de ce qu’il faut bien appeler un désastre, je ne peux que le constater impuissant, comme beaucoup, avec la plus grande amertume. Le spectacle affligeant de la discorde et de l’invective que vous donnez à la population saintoise et à la Guadeloupe toute entière sur les réseaux dits sociaux ou par tout autre moyen public, ne fait pas honneur aux fonctions que vous avez exercées et, surtout, n’est pas digne de ce que les uns et les autres vous êtes foncièrement. J’en suis intimement persuadé.

Certes, vous avez le droit et le devoir d’informer la population de vos désaccords, de vos ressentis, de vos déceptions et, on peut le comprendre aussi, de votre démission, mais sans dépasser la ligne rouge de la bienséance et du respect. Ce qui malheureusement, à ce jour, n’a pas toujours été le cas. À chacun de vous de faire son autocritique, de reconnaître et d’assumer sa responsabilité dans la situation actuelle, sans la rejeter systématiquement sur l’autre.

Mais maintenant que le mal est fait et qu’il semble irréparable, de grâce, ressaisissez-vous. S’il vous plaît, pour vos électeurs, pour l’ensemble de la population, pour l’image de la commune que vous avez eu l’honneur et le privilège de représenter et de servir, pour vous-mêmes en tant que personnes, cessez vos invectives. Les déclarations malveillantes intempestives appellent toujours d’autres déclarations malveillantes et c’est le cercle infernal de la haine qui est enclenché. Vous regretterez peut-être un jour vos écrits ou vos propos excessifs qui, loin d’assainir vos relations, les détériorent un peu plus. En un mot, sans renier forcément vos dissensions, retrouvez la dignité qui doit être la vôtre.

C’est le souhait que je forme au nom de l’amitié et de la considération que je porte à chacune et à chacun d’entre vous. En dépit des circonstances malheureuses que nous déplorons aujourd’hui.

À Terre-de-Haut, le 23 février 2022

Raymond Joyeux

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Bibliothèque de Terre-de-Haut : bientôt la fin de la disette culturelle ?

C’était une promesse électorale de l’actuel maire de Terre-de-Haut, Hilaire BRUDEY.

Ancien élève particulièrement doué et vif d’esprit du collège municipal des Saintes des années 70, Hilaire Brudey économiste patenté, n’est pas insensible à la nécessité d’instaurer un volet culturel au sein des communautés communales. Et c’est tout naturellement, se souvenant sans doute qu’il a acquis ses compétences professionnelles et le développement de ses facultés intellectuelles le plus souvent au contact des livres et à la fréquentation assidue des bibliothèques universitaires, qu’il avait inscrit au programme de sa campagne électorale la création d’une bibliothèque digne de ce nom dans la commune dont il est aujourd’hui le maire.

Ancien collège des Saintes à la Caserne du Mouillage – Archives Raymond Joyeux -1974

Le problème c’est qu’il a toujours cruellement manqué à Terre-de-Haut un édifice adéquat susceptible d’accueillir cette bibliothèque. Et le nerf de la guerre faisant défaut, il n’a pas été possible de construire à ce jour un établissement dédié non seulement aux livres mais aux autres moyens d’informations tous azimuts dont s’honorent la plupart des communes de la Guadeloupe. Mettant à la disposition du public, de plus en plus demandeur, un ensemble moderne, multimédia – appelé justement médiathèque. En attendant un mieux qui ne venait pas, aux Saintes, avant le cyclone Maria de sinistre mémoire, un embryon de bibliothèque avait été installé dans une petite salle de l’ancienne caserne du Mouillage où justement, avec d’autres, dont certains de ses collègues du Conseil Municipal, Hilaire Brudey a suivi ses classes de collège avant de s’exiler en Guadeloupe puis en Métropole pour poursuivre et terminer brillamment ses études supérieures.  

Malheureusement, non content de provoquer la mort, de saccager le paysage et les cultures, de détruire maisons particulières et édifices communaux, Maria a emporté le toit de cette mini-bibliothèque, mettant hors d’usage par ses pluies diluviennes beaucoup des précieux ouvrages qui la constituaient. Si bien que depuis cette date du 19 septembre 2017, Terre-de-Haut est privée de Bibliothèque. Et les amoureux de la lecture et du livre, frustrés de leur passe-temps favori qu’ils estiment indispensable à leur équilibre mental et à leur accès à la culture, n’ont eu d’autre ressource que de recourir à la modeste boîte aux livres que l’épicerie VIVAL a accepté gracieusement d’héberger à l’abri des intempéries. (Merci Madame Cassin !)

Boîte à livres de l’après Maria à l »initiative d’Igor Schlumberger et de Raymond Joyeux –
Réalisation Alain Bocage

C’est alors qu’Hilaire Brudey, candidat aux élections de mars 2020, avait programmé, s’il était élu, de transférer rapidement les ouvrages intacts de la caserne à la Maison Monrose. Maison rénovée, facile d’accès, située en plein bourg, acquise par la Mairie sous un précédent mandat, dont il promit de faire un sanctuaire exclusivement consacré à la culture. Mais les promesses étant ce qu’elles sont et les aléas de la vie communale imprévisibles, ce fut un docteur de l’île qui « hérita » de la maison pour son cabinet de consultation avec un contrat d’occupation qui est arrivé aujourd’hui à expiration. Désormais, cette Maison Morose étant libre, Hilaire Brudey et son conseil auront certainement à cœur d’honorer la promesse du candidat de 2020 et d’offrir enfin à la population, à la jeunesse et à nos visiteurs la bibliothèque -même provisoire – qu’ils espèrent depuis des années. Ce ne sera que justice, et pour notre municipalité un regain de popularité et de considération. Nous sommes convaincus que tous ceux qui attendent – dont votre serviteur – avec impatience cette nécessaire occurrence ne seront pas déçus. À toi de jouer mon cher Hilaire avec l’appui de ton conseil, au nom de notre amitié et de toute la population, je te le demande instamment. Ce sera un acte majeur de ton mandat de maire.

Maison communale Monrose – Sans doute future bibliothèque municipale – Photo Raymond Joyeux

 Texte et Photos Raymond Joyeux
Publié le 9 février 2021

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Honorons dignement nos dissidents et nos morts pour la France…

Un anniversaire historique

Cette année 2022 nous célèbrerons le quatre-vingtième anniversaire du départ à la dissidence de 27 de nos compatriotes. Compte tenu de la faible importance de la population de notre commune en 1942 ce nombre représente en pourcentage/population le taux le plus élevé de tous les dissidents guadeloupéens et martiniquais partis clandestinement à la Dominique pour tenter de rejoindre les forces alliées de la France combattante. Si peu d’entre eux sont, au bout du compte, parvenus sur le théâtre des opérations – à l’exemple de Loulou Azincourt qui a combattu à Monte Cassino, en Italie – tous, sans exception, ont eu le courage et la volonté de s’engager pour notre liberté au péril de leur vie. À ce titre, ils méritent d’être honorés dignement afin que leurs noms et leur exploit soient connus de tous et ne s’effacent jamais de notre mémoire collective.

Voir à ce sujet la chronique publiée sur ce blog à propos de la dissidence saintoise, en cliquant sur le lien ci-dessous

https://raymondjoyeux.com/2014/01/29/la-dissidence-saintoise-pendant-la-guerre-de-39-45/

Une requête au Maire de Terre-de-Haut

C’est dans cette optique que le 10 janvier dernier j’ai pris l’initiative d’adresser au Maire de Terre-de-Haut, M. Hilaire Brudey, une lettre dans laquelle je propose qu’une plaque commémorative soit gravée à leurs noms. Voici ci-dessous un extrait de cette lettre :

Monsieur le Maire et cher ami,

Après avoir œuvré avec votre prédécesseur, M. Louly Bonbon, pour faire reconnaître et honorer ceux de nos compatriotes qui ont donné leur vie pour notre liberté au cours de la seconde guerre mondiale, ce qui a donné lieu à l’inauguration d’une plaque en leur mémoire à l’ancienne place du Plan d’eau, j’ai l’honneur de vous adresser les requêtes suivantes :

1 – Serait-il possible pour compléter l’inscription Place des Héros au nom de Cyprien Samson et de Masséna Desbonnes, de donner le nom de ces deux compatriotes à nos écoles communales ? Par exemple : École primaire Cyprien Samson – École maternelle Masséna Desbonnes, ou inversement ? Cela permettrait aux élèves de mieux connaître ces deux héros.

2 –D’autre part, l’année 2022 fêtera le quatre-vingtième anniversaire des premiers départs à la dissidence d’une trentaine de nos jeunes compatriotes. Serait-il possible de faire graver à leurs noms une plaque commémorative de cet événement historique qui honore notre commune et qui pourrait être inaugurée le 15 Août prochain dans un lieu à définir ? Je vous joins à cet effet le nom de tous ceux qui se sont volontairement engagés dès 1942, toujours pour défendre nos libertés, ainsi que le nom des canots utilisés...

Une plaque commémorative détériorée : un manque de respect pour nos morts, une honte pour notre communauté

Dans le même ordre d’idée, rappelons que le 15 août 2018 était inaugurée la Place des Héros, au nom de Cyprien Samson et de Masséna Desbonnes, deux de nos compatriotes morts pour la France pendant la guerre de 1939/45. Cet événement avait donné lieu à une manifestation officielle présidée par M. Louly Bonbon, Maire de l’époque, en présence de Madame Yvette Martinet, fille de Cyprien Samson venue spécialement de métropole pour la circonstance: https://la1ere.francetvinfo.fr/guadeloupe/les-saintes/terre-de-haut/terre-haut-inaugure-sa-place-heros-617712.html

Malheureusement, la commune étant lourdement endettée en 2018, on peut supposer, qu’elle ne disposait pas d’un budget suffisant pour se doter d’un mémorial digne de ce nom. Et ce ne fut qu’un simple autocollant de mauvaise qualité fixé sur un support métallique que les intempéries ont rapidement détérioré ou qu’une main anonyme a irrespectueusement profané. Un manque total de respect pour nos héros, une honte infamante pour notre commune… que la nouvelle municipalité saura, espérons-le, réparer au plus vite.

État actuel de la plaque commémorative au 26 janvier 2022 étrangement fixée sur un panneau de jeux.
Photo Raymond Joyeux

Comme de juste, Terre-de-Haut a érigé un monument à la mémoire de ses marins-pêcheurs disparus en mer, une stèle à celle des émigrants hindous déportés et morts à l’Îlet à Cabris, pourquoi pas une plaque au nom de ses fils dissidents ? Le petit enclos devant la mairie deviendrait de ce fait le carré communal du souvenir. Une proposition qui pourrait être soumise au Conseil municipal.

Publié par Raymond Joyeux
Le 27 janvier 2022

Publié dans Histoire locale | 2 commentaires