
Le texte qui suit est extrait de mon ouvrage, L’arbre du dromadaire, publié en juin 2026 aux Ateliers de la Lucarne dans lequel je relate, comme il est indiqué en sous-titre, mon parcours d’exil en France hexagonale de 1960 à 1964. Ayant consacré un chapitre sur mes activités de moniteur de colonie de vacances en Forêt de Fontainebleau, je vous le propose en relation avec ces malheureux incendies qui ravagent depuis quelques jours cette merveilleuse forêt.
Ce chapitre s’intitule :
Colonies de vacances : Fontainebleau-Thonon-les-Bains La mare aux tourterelles
À l’obtention de mon brevet de moniteur (devenu BAFA en 1973), alors que j’étais étudiant à la Croix-Valmer, j’avais pris contact avec le patronage Le Chantier de la rue de Bercy à Paris et obtenu mon second poste d’animateur de colonie de vacances pour le mois d’août 1962.
Cette association parisienne possédait une vaste propriété à Thonon-les-Bains, sur les bords du Lac Léman, en Haute-Savoie, qui recevait des garçons l’été, pendant les grandes vacances. J’avoue ne pas avoir beaucoup de souvenirs de mon passage dans cette colonie de Thonon. Les rares images qui me sont restées sont celles de mes excursions en Suisse, les jours de repos, avec un cadre du patronage et son épouse. Nous avions dormi une nuit dans un hôtel d’Interlaken et j’avais été impressionné par la propreté proverbiale des Suisses, au point de m’être violemment heurté le front contre une vitre de la salle à manger, croyant la fenêtre ouverte. J’avais voulu passer la tête à l’extérieur pour mieux admirer le paysage et surtout le massif de la Dent D’Oche, du nom de cet impressionnant sommet des Alpes qui faisait face à l’hôtel…et n’avais vu que des étoiles !
Mais ce sont surtout des réminiscences de Recloses et de la forêt de Fontainebleau, l’année précédente, en Seine-et-Marne, avec les garçons de ce même patronage, qui me reviennent en flashes. Peut-être parce que j’ai conservé une série de photos en noir et blanc datant de cette année-là où sont gravés depuis plus de soixante ans les grands arbres centenaires, les rochers géants qu’escaladaient les colons, coiffés de leur bonnet blanc à étoile bleue, la mare aux tourterelles et tant d’autres scènes de randonnées sur les sentiers odorants et ombragés des sous-bois.

Du personnel d’encadrement, je ne me souviens que de quelques noms comme celui du directeur de la colo, Jean F., et des deux frères G. Mais c’est surtout le vieil aumônier dans sa longue soutane noire sans ceinture, tachée de graisse, la pipe à la bouche, qui m’a le plus marqué. Auteur de chansons de veillée, il avait adapté La Marche des Rois de l’Arlésienne de Bizet en une sorte de comédie musicale que les colons interprétaient le soir en tenue, autour d’un feu de camp. S’élevant contre la sieste imposée aux enfants, qu’il prétendait inventée par les Américains pendant la guerre, il pensait que les jeunes n’en avaient pas besoin et que c’était du temps perdu pour des activités récréatives ou de découvertes.
Ces emplois saisonniers d’animateur de colonie de vacances avaient été pour moi l’occasion de me faire un peu d’argent de poche, ce qui me permettait de prendre le train pour Lyon où je faisais une courte escale chez ma tante Cécile, avant de regagner la Croix-Valmer en stop.

Texte : Raymond Joyeux, extrait de L’arbre du dromadaire
Publié le 16 juillet 2016
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