Terre-de-Haut pendant la guerre : une page de notre Histoire

Revenir sur le passé d’un peuple n’est pas toujours une mauvaise chose. C’est en effet l’Histoire avec une majuscule qui souvent permet de connaître l’origine des mentalités et de comprendre les comportements d’aujourd’hui. Les Saintes sont un petit archipel au peuplement relativement récent. Si l’on excepte les occupations épisodiques des Amérindiens avant l’arrivée des premiers Européens en 1648 puis en 1652, moins de quatre siècles nous séparent de l’installation progressive et permanente sur nos îles de ceux dont nous sommes les descendants. Sans remonter aux origines, voici une nouvelle page de notre Histoire, que notre ami, feu Félix FOY a rédigée en 1993 pour le journal L’IGUANE déjà plusieurs fois cité.

Félix Foy, dit Féfé, en habit de diacre – Ph. Église de Guadeloupe

Difficultés et ténacité

Nous sommes en pleine période de guerre mondiale, celle de 1939-45. Le 14 mars 1941, la commune de Terre-de-Haut, dont le conseil municipal élu en 1936 a été dissout par le gouverneur Sorin, sur ordre de Vichy, est dotée d’une nouvelle municipalité nommée par ce même gouverneur. Elle est dirigée par une personnalité d’origine martiniquaise, Louis de Maynard, et comprend un certain nombre de notables de l’île, dont un instituteur à la retraite, Nestor Azincourt ; un père de famille nombreuse, Octave Jacques ; un charpentier, Hervé Bonbon ; un marin-pêcheur représentant la profession, Jean-Marie Joyeux. Ces hommes dirigeront la commune jusqu’à ce que le maire élu, M. Théodore Samson retrouve son poste en juillet 1943. Il sera réélu en 1947.

Texte de Félix Foy

Une vie de misère

La misère est là en ces années 1939-1945. Pourtant, plutôt que de mourir, l’homme se bat, se surpasse et gagne à vivre ces épreuves qui le forment et le fortifient. Aux Saintes, nous vivons un peu cela. Livrés à nous-mêmes, toutes nos actions sont optimisées. Un meilleur rendement avec nos faibles moyens, tel est, tacitement, le but fixé.

Approvisionnement et rationnement

Plus de pain ? Qu’à cela ne tienne ! Les enfants partent joyeusement vers l’école, ayant pris pour petit-déjeuner du café clair ou du cacao (gros caco, sans lait) mélangé à la farine de manioc. Réchauffé, cela donne une épaisse pâte d’amidon appelée « grignogo »Tout est rare ici. S’alimenter est un problème. La distribution des vivres est organisée. Les cartes de ravitaillement sont là. La cargaison des navires venus des Etats-Unis est équitablement répartie sur toute la Guadeloupe par les grossistes ayant chacun leur secteur de distribution. Le fournisseur désigné pour les Saintes est le magasin Belmont de Basse-Terre. À Terre-de-Haut, notre part est centralisée chez M. Louis Azincourt, au bas du Coq d’Or, plus tard chez M. Guy Jacques et Mme Amilcar Bocage. La farine est distribuée à nos cinq boulangers du moment : MM. Henri Déher, Émilien Azincourt, Bermond Quintard, Montavel Procida et Mme Vve André Foy, ma mère. Munis de nos cartes, nous retirons nos rations chez notre commerçant désigné : un demi-litre d’huile, 200 gr de saindoux, 500 gr de riz ou de haricots secs, 100 gr de pain par personne. Pour combien de temps ? Nous n’en savons rien. Ce qui est sûr, le stock sera épuisé avant l’arrivée du prochain cargo.

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Type de voilier assurant le ravitaillement de Terre-de-Haut pendant la guerre

Comment cela nous parvient-il à Terre-de-Haut ? Par des barges et des boats qui mettent plusieurs heures pour venir de Basse-Terre, de Trois-Rivières ou de Pointe-à-Pitre. Ces bateaux sont : Maroc appartenant à M. Quintard ; La Belle Saintoise à la famille Jacques ; Nuage, à la famille Lorgé ; Vénus, à M. Bernard Quintard ; Sorin, à M.Létang ; Pétain, à M. Yves Célestine ; Cassiopée, à M. Robert Joseph (barré par M. Émile Pineau), et les vapeurs Ballata, Espéranto, Trois-Îlets.

Arrivée d’un navire de ravitaillement 

Sacs à farine pour les habits,
chambres à air et pneus usagés pour les chaussures

Se vêtir n’est pas plus facile. Ce qui n’est pas trop usé est reprisé, rapiécé. Les boutons sont soigneusement récupérés. Mais la trouvaille est la confection des vêtements avec les sacs ayant contenu la farine. Nous sommes surnommés Gold Médal, (la marque de farine US). Pour la lessive, nous utilisons des plantes à forte teneur en glycérine. Le séchage sur l’herbe et la chlorophylle aidant, notre linge se trouve relativement propre. Plus tard, à Vieux-Habitants, M. Blandin fabriquera du savon à base de copra (amande de la noix de coco). Résultat, nos vêtements sont mieux lavés. D’où la chanson : « Bay coco pou savon ! » Notre cordonnier, Jojo Judes, nous fabrique des sandalettes avec des bandelettes taillées dans de vieilles chambres à air et les semelles dans des pneus hors d’usage. Nouveau surnom : Michelin. Jojo est aussi tanneur et produit du bon cuir pour les chaussures convenables. Sa cordonnerie est assez importante car il emploie son frère Sadi, M. Lancastre de Basse-Terre et Alex Molza formé aux ateliers BATA.

Pénurie de médicaments

Le docteur Monrose et sa compagne, sage-femme, sans grand médicament, font l’impossible pour nos malades. La malnutrition aidant, les maladies sont nombreuses : angines et diarrhées tuent les enfants. Les plaies soignées à la teinture d’iode et à la pommade iodoforme ne guérissent pas. Seule la cautérisation en arrive à bout. Pas de pharmacie mais un dépôt de médicaments tenu par Éléonore Quintard (épouse Guy Jacques) qui devient par la suite notre infirmière et sage-femme.

La maison du Docteur Monrose, aujourd’hui à Terre-de-Haut – Photo R. Joyeux

Matériel de pêche manquant ou hors d’usage : il faut s’adapter

Les sennes sont en mauvais état ; les lignes se cassent ; pas de toile métallique pour nos nasses aussi nous les tressons en bambou tillé. Il y a moins de poisson et notre pouvoir d’achat baisse. Une partie de nos maigres prises est vendue à M. Bennet, mareyeur à l’ïlet à cabris. Le reste est gardé comme monnaie d’échange car à Trois-Rivières, c’est le troc : poissons contre légumes.

L’invention de la drague à lambis

La pêche aux lambis qui se pratique à la folle connaît une révolution. Le masque de plongée, fabriqué à partir d’une vieille chambre à air et d’une vitre découpée au diamant permet un travail plus facile aux plongeurs. Mais il y a mieux : M. Raymond Fougasse introduit à Terre-de-Haut la première drague à lambis, qu’il confie à M. Eugène Foy, et qui fait des pêches miraculeuses. La drague est bien cachée dans un sac et enroulée dans une voile. Mais le secret est vite percé. L’équipage Foy est surpris et la drague découverte. Tous nos jeunes se mettent alors à la pêche aux lambis et des montagnes de conques jonchent nos plages, faisant la joie des rares touristes que nous appelons les étrangers !

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Drague à lambis ayant appartenu à M. André Bonbon – Photo Marc-André Bonbon


Rentrée d’argent, marché noir et bonne humeur

Un peu d’argent entre dans les familles et permet l’acquisition de quelques produits au marché noir. Une vie dure, un travail rude, un résultat merveilleux et la bonne humeur est sauve. Pendant ce temps la dissidence continue vers la Dominique et nous chantons « France, bay adan, France » !…(1)

1 : Traduction : France ne t’arrête pas, continue le combat !

Félix Foy

Pour mémoire, Félix Foy, auteur de ce texte, publié en juillet 1993, nous a quittés en août 2015 à l’âge de 81 ans. Gardien de notre Histoire saintoise, cet enfant du pays nous manque aujourd’hui pour ses connaissances et ses récits toujours palpitants, empreints de simplicité, de sagesse et de bonne humeur, quelle que soit la situation relatée. Merci Féfé.

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Actualité politique : une ère nouvelle pour Terre-de-Haut ?…

Une élection sans surprise

Le samedi 17 mars 2018 sera peut-être à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire politique de Terre-de-Haut. Avec l’élection de Louly Bonbon à la tête de la commune, en remplacement du précédent maire, démissionnaire d’office et condamné, faut-il le rappeler ? à dix ans d’inéligibilité, tous les espoirs sont en effet permis de voir s’instaurer chez nous une nouvelle gouvernance municipale. S’il renonce à agir dans la continuité de ces 50 dernières années qui ont fait tant de mal à notre collectivité, en prenant l’exact contrepied de la calamiteuse gestion de ses prédécesseurs, Louly Bonbon a toutes les chances non seulement d’initier l’indispensable redressement financier de la commune (plus de 6 millions d’euros de déficit), mais aussi à réconcilier les Saintois sur la base d’une fraternité retrouvée, vertu tant de fois appelée ici de nos vœux. (Voir notre chronique du 19 février 2018 : le nécessaire retour à la fraternité

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Le futur maire Louly Bonbon en attente du vote – Ph. Raymond Joyeux

Un lapsus malheureux

Certes sa première prise de parole à la mairie le 17 mars dernier a été maladroite puisqu’ il a justement affirmé le contraire en évoquant cette fameuse continuité comme fil directeur de son action à venir. Mais oublions ce lapsus malencontreux  et mettons sur le compte d’une émotion bien compréhensible une déclaration par trop spontanée qui va, nous le pensons sincèrement, à l’encontre de ses réelles convictions.

Condamné à suivre une voie différente

On peut en effet difficilement croire, le connaissant, que notre nouveau maire soit sérieusement persuadé que c’est en suivant les politiques précédentes qu’il pourrait apporter le sang neuf nécessaire à notre communauté. Car si la continuité évoquée est celle des malversations et autres amères fantaisies illégales et dérives budgétaires qui ont abouti au fiasco que l’on sait ; si c’est celle antidémocratique des rapports exécrables avec l’opposition, le personnel communal et une partie de la population, on serait vraiment mal barré. En d’autres termes, pour réussir ses deux ans de mandature avant les élections de 2020, Louly Bonbon est condamné à suivre une voie différente. Celle qu’il prônait en 2001, lorsque, membre actif de l’opposition, il fustigeait avec véhémence la politique désastreuse de l’époque. Politique inaugurée, 30 ans plus tôt par celui qui, lui aussi démissionnaire malgré lui, avait mis en place en l’an 2000 son successeur, et que ce dernier a poursuivie et fait plus qu’aggraver au cours de ses 18 tristes années de mandat.

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Louly Bonbon, le nouveau maire, accroupi, 2ème en partant de la gauche

On nous rétorquera que, bien que très largement au-dessus du lot de ses autres collègues du même  camp, Louly Bonbon faisait partie de la majorité municipale de 2014 avec à sa tête l’homme qu’il a remplacé le 17 mars 2018, et dont il fut 4 ans durant le cinquième adjoint. À ce titre, nous dira-t-on, il serait lui aussi comptable de tout ce qui a été reproché au précédent maire et que la justice a lourdement sanctionné. Mais ce serait aller vite en besogne et oublier qu’il s’est quelquefois abstenu de voter avec la majorité, preuve qu’il a refusé de cautionner systématiquement toutes les propositions souvent farfelues présentées au conseil municipal.

Lucidité, responsabilité, courage

Ces faits ne sont pas sans importance. À eux seuls ils tendraient à prouver que l’homme est lucide, responsable et courageux. Trois vertus parmi d’autres, que nous lui connaissions déjà, qui plaident en sa faveur et qu’il saura, nous l’espérons, mettre à profit pour redresser la commune et tendre la main à l’opposition dont il fut membre jusqu’en 2014 et au programme de laquelle il a naguère collaboré. Un programme qu’il n’a certainement ni oublié ni renié, que résumaient à l’époque les trois valeurs essentielles de Réalisme-Démocratie-Solidarité, raccourcis elles-mêmes en RDS, et qui n’étaient pas, loin de là, qu’un simple et creux slogan électoral.

 

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Remettre à l’honneur ces trois valeurs essentielles

À Louly Bonbon de remettre à l’honneur ces trois valeurs fondamentales qui, qu’on le veuille ou non, sont la clé de voûte incontournable d’une action municipale digne de ce nom et qui nous ont fait cruellement défaut durant près d’un demi-siècle. C’est à cela que l’on jugera dans deux ans si une ère politique nouvelle avait vraiment commencé pour Terre-de-Haut le 17 mars 2018.

D’ores et déjà un réel sentiment de liberté

En attendant cette heure de vérité, force est de constater que, depuis la prise de responsabilité de Louly Bonbon à la mairie, consécutive à l’éviction de l’ex-maire et de son indéboulonnable mentor aujourd’hui abattu, (en tout cas nous l’espérons), un vent rafraîchissant de soulagement et de liberté semble souffler sur Terre-de-Haut. Sur le personnel communal d’abord en proie à toutes les brimades et les vexations que leur faisait subir un chef d’édilité maladivement imbu de son pouvoir ; sur nombre de nos compatriotes ensuite, interdits de parole et qui retrouvent aujourd’hui la liberté de s’exprimer sans craindre les réprimandes et les rappels à l’ordre. Les langues se délient et beaucoup qui ne se parlaient plus ont retrouvé le sens du dialogue en se soulageant de la chape de plomb qui leur avait été autoritairement imposée. C’est déjà un pas timide vers la fraternisation.

Un souhait unanime

Puisse notre nouveau maire, délaissant l’obsession maladive du pouvoir et ses pratiques abusives, prendre conscience de cet indéniable soulagement populaire. Puisse-t-il ne rien faire pour l’entraver, mais au contraire s’attacher à l’encourager. Car, fût-il à ses débuts totalement spontané, ce soulagement bienvenu, s’il est entretenu et pérennisé, serait alors pour lui un premier pari gagné sur l’avenir et sur l’accomplissement de ses deux prochaines années de mandature à la tête de la commune. C’est, nous le pensons sincèrement, le souhait que toute la population de Terre-de-Haut a exprimé le 17 mars dernier.

Raymond Joyeux

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Samedi 17 mars 2018 : pour une fois une mairie pleine à craquer – Ph. Raymond Joyeux

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Le rude métier de marin-pêcheur aux Saintes

Réputés les meilleurs de la Caraïbe

Îles par définition à vocation maritime, nos deux communes saintoises sont réputées pour compter parmi leur population les marins-pêcheurs les plus hardis, les plus habiles et les plus expérimentés de la Caraïbe. Et même si aujourd’hui peu de jeunes s’engagent dans cette activité traditionnelle et que le nombre d’inscrits maritimes ne cesse chez nous de diminuer, la pêche reste de loin l’activité professionnelle la plus attachée à l’essence même de nos deux communautés. Certes les techniques de pêche ont grandement changé depuis quelques années et les moyens matériels à la disposition des pêcheurs ont évolué dans la même mesure, améliorant sensiblement les dures conditions de la pratique halieutique.

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Boat saintois au siècle dernier – Collection Marc-Alain Foy, via Alain Joyeux

Ainsi, la modification des embarcations pour mieux les adapter aux puissants moteurs hors-bord qui ont avantageusement remplacé la voile traditionnelle, l’introduction des filets en nylon devenus imputrescibles, plus légers et plus solides que les sennes en fil de coton de jadis, et surtout, alliée au GPS, l’utilisation du DCP (dispositif de concentration du poisson) qui permet des prises plus abondantes et moins aléatoires, tout en réduisant le temps passé en mer, sont autant d’innovations qui ont, au fil des années, rendu moins pénible la vie de nos marins-pêcheurs. Pourtant, si leur activité semble aujourd’hui plus aisée qu’il y a quarante ou cinquante ans, il faut l’avoir exercé ou l’avoir vu pratiquer de près pour comprendre et mesurer la rudesse et les contraintes du métier de pêcheur.

Remontée de la senne- Photo bulletin municipal de TDH 1995

La pêche à la traîne en 1901

Source inépuisable d’informations sur la vie dans nos îles au début du XXème siècle, le docteur militaire Sauzeau de Puybernau – auteur déjà maintes fois cité  sur ce blog – n’a pas manqué de nous décrire, avec poésie, un certain romantisme et parfois un zeste de commisération, la rude vie des marins-pêcheurs saintois de son époque. Voici ce qu’il écrivait à ce propos en 1901 sur la pêche à la traîne :

 » Le genre de pêche varie selon la saison. Pendant les quatre ou cinq premiers mois de l’année, les pêcheurs saintois font « la traîne ». Avant le lever du soleil, trois ou quatre hommes montant un boat d’une tonne environ, quittent les Saintes et filent vers Marie-Galante, la Dominique ou dans le Sud, croisent des heures entières sous les ardeurs d’un ciel de feu, luttent contre la lame tour à tour violente ou perfide, tantôt inquiets et fermes, tantôt souriants et nonchalants ; ils ne rentrent que le soir au coucher du soleil. À cette heure où le calme est très grand, on peut jouir alors d’un petit spectacle charmant et pittoresque.

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Retour de pêche à la senne aux Saintes – Photo Raymond Joyeux 1971

C’est la fin la plus suave des jours longs. Les femmes et les enfants des pêcheurs vont sur la berge épier l’horizon ; ils se groupent en causant, ils se querellent aussi. Petit à petit se dessine dans le lointain une voile blanche qui oscille légèrement ;  à  peine entrevue, elle est reconnue et désignée par tout ce monde dont la vie tient à la vie de cette voile. Après celle-ci en vient une autre, puis plusieurs, et pendant un gros moment on voit ces petites embarcations s’approcher, lutter inconsciemment de vitesse et atterrir lentement, comme fatiguées de ce voyage d’un jour, toujours obéissantes néanmoins.

Voiles saintoises – Tableau d’Alain Joyeux – 2018

Les hommes, eux, trempés et las, réintègrent avec peines leurs agrès et versent sur le sable leur pêche. Trop souvent ils n’ont « rien piqué », ils en expliquent les raisons : « la lune, les courants, les hameçons… » Ils retourneront demain. En attendant, le travail n’a rien produit : il n’y a rien pour la famille. On mangera demain ; pour ce soir on jeûne. Demain, si « rien n’est piqué » on se serrera encore le ventre ou l’on se contentera d’une croûte de pain achetée sur la pêche à venir. C’est affreux, mais c’est réel. Et j’ai vu, trop souvent ai-je dit, ces scènes se reproduire. Oh, comme ces êtres paient cher leur indépendance !

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Pêcheur saintois au casier – Photo Raymond Joyeux 

La traîne cesse au moment où commence l’hivernage, à l’époque bien connue d’avance des marins, où les traitrises des éléments deviennent trop grandes et trop fréquentes. Ils fréquentent alors davantage les bancs de grand et de petit fond, à la ligne, au « casier », ou bien encore collaborent aux opérations des seines (sic) dont ils constituent les diverses équipes… »

Sauzeau de Puyberneau
(Monographie sur les Saintes, dépendances de la Guadeloupe Bordeaux 1901)

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Préparation de la senne à Terre-de-Haut années 50 – Cliché Candalen

Ma modeste contribution poétique au sujet 

Appareillage 

Le soleil dort encore
mais la maison s’éveille où le Saintois repose
et la mer, cette nuit, comme les autres nuits,
a bercé son sommeil
car le rivage est proche et la mer babille
au pied des cocotiers qui tanguent
sur son toit.
Il se lève avant l’aube
l’homme de l’île belle
et tandis que sa femme au pauvre feu de bois
fait couler goute à goutte
l’amer café d’ébène
il hume sur la plage la route de la brise
et regarde le ciel comme un ordre du jour.
Les courants seront durs, la rafale est sud-est
il faudra aujourd’hui mettre deux hommes au vent
et tirer des bordées allant jusqu’à la passe
pour prendre avant midi le cap
du port d’attache.
L’équipage un à un aux salacos blanchis (1)
a rejoint avec lui leur boat fidèle et fier.
Déjà la Croix du Sud
au bout de l’horizon
plonge dans l’eau sa queue
ouvrant la porte au jour.
Et les pêcheurs s’embarquent
sous le signe de la Croix
qu’ils font chaque matin
jetant leur main calleuse
dans l’immense bénitier bleu de la mer.
Ils sont partis ces hommes
fils brunis
nés de la houle et du vent.
Pour eux la vie commence
au creux salé des vagues
lorsque la risée fraîche
gonfle en éventails blancs
Leurs voiles raides.
1- Salaco : chapeau traditionnel saintois à larges bords fait de lamelles de bambou tressées et recouvert d’un tissu.

Raymond Joyeux – Poèmes de l’archipel -1986

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Pêcheur saintois au tazard – Photo Henry Migdal – 2016

Une vidéo de Dominique Perruchon

Pour clore ce sujet, je vous propose, en cliquant directement sur la flèche ci-dessous, de visionner la video de M. Dominique Perruchon sur la pêche à la senne, également visible sur le site Maria Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Mieux que des mots, ce film nous montre le savoir-faire de ces pêcheurs aguerris, leur technique élaborée et la somme d’efforts déployés pour capturer le poisson, et souvent pour ne ramener qu’un dérisoire butin…. Parfois au péril de leur vie. Aussi, ayons une pensée pour tous ces marins-pêcheurs qui, connus ou inconnus, sont morts ou ont disparu en mer dans l’exercice de leur périlleuse profession.

 Un grand merci à M. Dominique Perruchon pour ces images exceptionnelles et son intérêt pour les traditions saintoises. Intérêt qu’il manifeste par la publication régulière sur Youtube de nombreuses vidéos tournées aux Saintes.

Raymond Joyeux

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Un document pour l’Histoire : la création de L’IGUANE voilà 29 ans

Un long combat qui a finalement porté ses fruits

Au vu des graves événements en cours qui touchent notre commune, on peut considérer que le journal L’IGUANE et son Association L’Œil de l’Iguane sont le point de départ d’un dénouement attendu à Terre-de-Haut depuis près de 30 ans. À l’époque, la loi électorale interdisant à l’opposition d’avoir des représentants au sein du Conseil municipal, la majorité était alors seule à diriger la commune. Voici, pour l’Histoire, ce que nous écrivions dans le 1er N° du journal L’IGUANE, paru en octobre 1989 :

Tenir le pari

(Éditorial du N°1 du journal L’Iguane)


Iguane
Un journal d’information aux Saintes ? Non, ce n’est pas un rêve ! Avec votre concours, nous pouvons tenir ce pari. Si vous nous soutenez par votre ouverture d’esprit, votre désir de suivre l’actualité locale, votre souci de la vérité, L’IGUANE deviendra votre journal… Il l’est déjà. Notre projet n’est pas à priori polémique. Nous souhaitons avant tout informer, mettre au grand jour, dans le respect des personnes et des faits, tous les problèmes susceptibles de vous intéresser : actualités communales, départementales et régionales dans les domaines politiques, maritimes, touristiques, culturels, sportifs… Nous voulons aussi, en vous proposant chaque mois des sujets de réflexion, en vous ouvrant les dossiers brûlants de l’actualité saintoise, aiguiser votre esprit critique, éclairer vos jugements et vos choix.

Mais pourquoi L’IGUANE, direz-vous ? Tout simplement parce que c’est l’emblème saintois par excellence. Animal inoffensif et peu agressif de nature, il sait observer de son œil placide et rond, garder son sang-froid et attendre patiemment son heure. Alors gare aux réactions s’il est dérangé ou brutalisé !

Et puisque nous voulons avec vous travailler dans l’Intérêt Général et l’Union pour l’Action Nouvelle et l’Évolution, l’I.G.U.A.N.E. sera naturellement notre sigle et notre ambition.

Intérêt Général et Union pour l’Action Nouvelle et l’Évolution – Ph. R Joyeux

Un comité de vigilance pour quoi faire ?

(Suite de la première page du N°1 de L’IGUANE)

Le samedi 21 octobre 1989, s’est créé à Terre-de-Haut le Comité Saintois de Vigilance dénommé L’ŒIL DE L’IGUANE. Cette association en cours de constitution légale vise essentiellement un double objectif :

Légalité et information

Elle veillera, d’une part, comme son nom l’indique à faire en sorte que les débats et les décisions qui déterminent la gestion quotidienne de la commune et conditionnent son avenir se déroulent et se prennent dans la plus stricte légalité. Elle assurera d’autre part auprès de la population la plus large diffusion des informations relatives aux affaires communales. Dans le cadre de ce double objectif, le Comité, sans pouvoir ni prétendre se substituer à l’Assemblée municipale, s’attachera à mettre les élus en permanence face à leurs responsabilités. C’est-à-dire qu’il alertera chaque fois que cela sera nécessaire les autorités départementales, ministérielles ou judiciaires, s’il estime que les dispositions règlementaires en matière d’administration communale ne sont pas respectées. Il demandera le cas échéant aux autorités compétentes le contrôle des opérations budgétaires et la vérification des comptes de la commune.

Une plus grande participation

En définitive, par son existence même et les actions qu’il a l’intention d’engager, le Comité Saintois de Vigilance se propose de briser l’inertie de la population face à l’arbitraire des dirigeants municipaux et de susciter une plus grande participation des citoyens aux affaires publiques. Ce faisant, il entend contribuer à éliminer chez les élus la tentation fortement enracinée de considérer la Commune comme propriété privée sans contrôle ni transparence.

Une association ouverte à tous

Comme toute association déclarée, le Comité Saintois de Vigilance est ouvert à tous. La seule condition pour y adhérer est la volonté de respecter les statuts et les objectifs y définis. Chacun et chacune d’entre vous peut donc dès aujourd’hui prendre contact avec le secrétariat du Comité pour recevoir sa carte d’adhérent et régler sa cotisation qui donne droit pour un an à la gratuité du journal L’IGUANE.

Le Bureau de l’Association élu le samedi 21 octobre 1989

Président : Raymond Joyeux
Vice-Président Marc-André Bonbon
Trésorier : Jean-Yves Lognos
Secrétaire : Louly Bonbon
Secrétaire adjoint : Yolaine Hoff
Membres : Pierre Dabriou et Philippe Lognos

————————————- (fin de citation du journal)———————————

Un « Mot du Maire » édifiant

Rappelons que le journal L’IGUANE et son Comité de Vigilance ont été créés suite à l’échec de l’opposition aux élections municipales du 12 Mars 1989. À ce sujet il n’est pas inintéressant de rappeler ce qu’écrivait le maire de l’époque, M. Robert Joyeux, dans le Bulletin municipal de la Fête patronale du 15 août de la même année :

Bulletin 1 1« À cette nouvelle équipe municipale constituée d’hommes et de femmes compétents et animée d’une certaine volonté de servir la commune, une nouvelle confiance s’est largement manifestée le 12 mars 1989 par la majorité des Saintoises et Saintois pour la Continuité du Développement de notre île.

Cette confiance, certes justifiée, une fois de plus ne sera pas trahie. Tel est aujourd’hui encore l’un de mes engagements et évidemment celui de toute l’équipe municipale qui a à cœur cette gestion communale autant, sinon plus que ceux qui ont la prétention d’avoir le monopole des idées et le don des succès d’un développement « miracle » pour notre île. À ceux-là, je leur dis qu’il serait peut-être temps de mettre les « pieds par terre » (sic) et de cesser de « rêver » !… et qu’il faudrait d’abord qu’ils soient capables de se rendre utile (sic) avant de chercher à être utiles au risque de créer une mutation profonde, désastreuse et irreversible. (sic)

À ceux-là je leur dis enfin que bien des portes sont ouvertes pour assurer ensemble le développement de l’île, mais qu’il faudrait pénétrer normalement et ne pas chercher à les enfoncer car dans ce cas la chute sera inévitable et les dégâts que plus importants… »

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Mars 2000 : intronisation du nouveau maire – Photo Bulletin municipal TDH

Début de l’an 2000, soit onze après ces écrits prémonitoires, à la suite d’une succession de déficits communaux record, ce maire « compétent » a été forcé de démissionner pour devenir simple conseiller municipal, prenant soin de désigner à la tête de la commune son successeur qui sera élu en 2001, puis réélu en 2007 et 2014. Aujourd’hui sa prédiction de 1989 d’une « chute brutale et de dégâts que plus importants » s’est confirmée… pas pour ceux, malheureusement, qu’il croyait, mais bien, hélas, pour lui, son successeur et leurs amis… Qu’ajouter de plus ? Sinon que 18 ans plus tard, à la suite des déboires judiciaires que l’on sait, c’est au tour du maire, successeur du précédent, écopant de 10 années d’inéligibilité, d’être contraint à la démission.

Mars 2000 : passation de pouvoir – Photo bulletin municipal Terre-de-Haut

C’est ainsi qu’en ce mois de mars 2018, toute la communauté saintoise est suspendue à la nomination de celui ou de celle qui tiendra les rênes de la commune jusqu’aux prochaines élections municipales de 2020… Mais, en attendant l’émergence d’une nouvelle ère démocratique plus glorieuse que les précédentes, que d’événements malheureux la population de Terre-de-Haut a vécus pour une si petite commune !

Documents pour l’histoire

Pour mémoire : plusieurs fois traduit en justice par le maire d’alors, aux frais du contribuable, mais jamais condamné, le Journal L’IGUANE, fer de lance de l’opposition de 1989 à 1992, a publié 28 N°, soit 224 pages, format A4, d’articles, de réflexions et de propositions en faveur de la démocratie locale et de la transparence. Aujourd’hui, il récolte dans la douleur le fruit de son juste combat. Puisse notre commune reconquérir pour les années à venir et dans l’apaisement retrouvé les voies de la liberté d’expression, de l’égalité et de la fraternité. 

Raymond Joyeux

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À la découverte des cétacés de Guadeloupe

Jeudi 1er mars 2018

imageDate importante pour nos deux ex-étudiants parisiens aujourd’hui diplômés, Anne et Alexandre, déjà présents et mentionnés lors de nos périples à Rome en 2014, en Périgord et en Scandinavie en 2016, en Pologne en 2017… (voir les précédentes chroniques sur ces sujets). Profitant des congés de février et fuyant les grands froids sibériens de la métropole, les voilà momentanément en Guadeloupe, qui nous emmènent à la découverte du milieu marin de notre belle région. C’est la gracieuse Anne, experte en plans pas foireux du tout et grande manipulatrice du clavier et d’Internet, qui, comme d’habitude, nous a concocté cette sortie exceptionnelle. Un clic sur le site de Guadeloupe Évasion Découverte (Ged) https://www.guadeloupe-evasion-decouverte.com et la réservation est enregistrée pour le jeudi 1er mars.

Une journée particulièrement ensoleillée

Pour arriver à Deshaies à l’heure du départ du petit catamaran, il faut quitter Pointe-à-Pitre de bonne heure, car même si c’est dans l’autre sens que le monstrueux embouteillage du matin bloque la circulation, des aléas de parcours sont toujours possibles, et pas question de rater la sortie programmée. Après le mauvais temps relatif des jours gras, le soleil revenu s’est installé durablement sur l’archipel. Il est 8 heures et la mer promet d’être belle :  conditions idéales pour une rencontre amicale avec les cétacés.

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Recommandée par le Parc National de la Guadeloupe

Partenaire entre autres du Parc National de la Guadeloupe et de l’Agence des aires marines protégées (AGOA), Guadeloupe Évasion Découverte est une entreprise touristique à vocation écologique, versée comme son nom l’indique dans la découverte et la protection du milieu naturel maritime guadeloupéen. Elle propose des sorties en mer pour l’observation des mammifères marins, mais aussi des excursions dans la mangrove et les ilets du grand cul de sac. L’une de ses principales activités est de permettre la recherche et l’observation de plus d’une vingtaine de mammifères marins évoluant dans le sanctuaire dévolu aux cétacés, principalement sur la côte occidentale de la Guadeloupe, dite Côte sous le vent..

Une espèce sauvage aux apparitions imprévisibles

Sitôt montés à bord, pieds nus mais casquette ou chapeau solidement fixé sur la tête, bardés de crème solaire, nous sommes prévenus : animaux sauvages, libres de leurs déplacements, nos amis les cétacés du large ne nous attendent pas pour se montrer comme de vulgaires bêtes de cirque bien dressées et obéissantes. Claire et Cédric, nos deux sympathiques et prévenants accompagnateurs, nous expliquent les inattendus de l’expédition : nous pouvons très bien revenir bredouilles et frustrés, comme, au contraire, la tête pleine d’images insolites de dauphins joueurs et gracieux, de grands cachalots placides, de globicéphales facétieux et de mythiques baleines à bosse, fières d’exhiber leur étonnante gibbosité…

Bilingue et compétent, Cédric nous renseigne sur nos hôtes et les conditions de leur observation

Un hydrophone pour repérer les mammifères

À l’occasion de cette sortie en mer à vocation pédagogique, les explications de Cédric nous seront fort utiles pour nous permettre de participer activement à la recherche des animaux et de les identifier facilement au besoin. Mais, pour le moment, après une petite heure de navigation apparemment au jugé, rien ne se montre à l’horizon, ni aux abords de notre catamaran. Seule la mer scintille sous le soleil, sans aucune nervosité chez la vingtaine de passagers qui savent qu’ils ne sont pas maîtres de la nature et qu’il serait inutile de s’impatienter. C’est alors que Claire, ayant coupé le moteur, se charge de son hydrophone et tente de repérer une présence, assistée de Cédric en alerte sous des écouteurs.

Claire aidée de son hydrophone indique la direction d’une possible présence

Enfin jaillit un cri … 

Là, là, là !… Et ce n’est pas une fausse alerte ! En même temps que Claire revenue à son poste de commande, un observateur plus attentif que les autres a repéré, juste devant notre étrave, un jaillissement d’écume, signe de la présence d’une petite compagnie de dauphins. Cédric, en marin expérimenté, grimpé sur le pont d’observation, confirme la bonne nouvelle. Alors, au risque que l’eau rentre par l’avant, tous, nous nous précipitons à la proue du petit navire pour admirer les évolutions de nos amis. Ce sont de grands dauphins à dos sombre qui nous accompagnent en un grandiose ballet de nage acrobatique et de petits sauts joyeux, juste pour nous saluer et montrer leur étonnant savoir-faire. Durant près d’une demi-heure et par deux fois, ces splendides animaux nous offrent le privilège de leur présence et de leurs facéties. Notre expédition est sauvée, nous savons d’ores et déjà que nous ne rentrerons ni bredouilles ni frustrés.

Dauphin à dos sombre évoluant devant notre navire

Une attente récompensée

Pourtant la recherche continue

Forts de cette première et inoubliable observation, l’espoir naît en nous de faire d’encore plus spectaculaires rencontres. Tels des capitaines Achab du Moby Dick, nous voudrions apercevoir « notre » baleine, sinon blanche, du moins à bosse, comme nous l’a si bien décrite Cédric. Aussi, après une demi-heure de navigation sans succès, monteur coupé, Claire replonge son hydrophone à l’arrière et Cédric coiffe ses écouteurs. De forts signaux sont perçus, mais trop lointains et que nous poursuivons en vain. D’autant plus qu’un gros plaisancier traverse à grand bruit le sanctuaire, nous enlevant tout espoir d’une nouvelle récompense. En dépit d’une observation à la jumelle d’Alexandre, nous regagnons la base nautique, ayant devant nous jusqu’à Deshaies, une heure et demie de navigation…

Rien de tel pour nous priver de nos observations

Pas la moindre frégate qui signifierait la présence de nouveaux cétacés

Retour au port

Il est près de 13 heures. Ayant découvert Terre-de-Bas par le Sud, nous avons largement dépassé l’horaire prévu. Mais Claire et Cédric, en amoureux eux-mêmes de nos visiteurs aquatiques, ont voulu nous gratifier de davantage d’observations. Ce sera à coup sûr pour une autre fois. Nous  mettons le cap sur le port de Deshaies, plus que satisfaits de cette sortie à laquelle un planteur bienvenu, gracieusement servi à bord et joliment aromatisé, vient mettre un sympathique point d’orgue. Nous adressons un grand merci à Claire et Cédric et à Guadeloupe Évasion Découverte pour leurs actions en faveur de la préservation des cétacés de Guadeloupe. Ils contribuent ainsi à les protéger et à mieux les faire connaître à nos compatriotes insulaires et métropolitains, mais aussi aux étrangers qui nous ont accompagnés en ce jeudi ensoleillé du 1er mars 2018. Et pour finir et atténuer leurs imprudents coups de soleil, un merci particulier à Anne et Alexandre qui nous ont concocté cette expédition maritime hors du commun, en attendant l’été prochain pour une balade irlandaise déjà programmée…

Retour sur la terre ferme

Texte et photographies : Raymond Joyeux

 

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Marins-pêcheurs disparus : un souvenir douloureux

En ce 28ème anniversaire de la disparition en mer de Michel Bordy, Patrick et François Bride, le 21 février 1990, je vous propose la chronique que j’avais publiée en 2015 rappelant ce tragique événement. Puisse la population de Terre-de-Haut avoir une pensée pour ces marins-pêcheurs et leur famille alors que le temps venteux qui sévit actuellement sur nos îles rappelle étrangement les conditions météorologiques de l’époque. 

Par un mercredi venteux

Monument communal aux marins-pêcheurs disparus

Monument communal aux marins-pêcheurs disparus

Le mercredi 21 février 1990, il y a 25 ans jour pour jour, à trois heures du matin, Michel Bordy, 38 ans, Patrick Bride, 36 ans et son frère François, 29 ans, quittent la baie du Marigot à Terre-de-Haut sur leur saintoise Calou, comme ils le font presque chaque nuit depuis l’ouverture de la pêche à la traîne, au large de l’archipel. Le temps n’est pas très beau en cette période de vacances de Carnaval, mais c’est le lot quotidien des pêcheurs saintois,  au risque, hélas, de leur vie, de devoir affronter les éléments d’où ils tirent par tradition et nécessité leur principale subsistance et celle de leur famille, tentant parallèlement d’assumer les lourdes charges financières qui sont les leurs, et qu’alourdit d’année en année l’échéance trimestrielle du rôle d’équipage, leur garantissant la qualité d’inscrits maritimes et de professionnels.

Une communauté maritime solidaire

Patrick Bride, 36 ans

Patrick Bride, 36 ans

À terre, ce mercredi, jusque dans l’après-midi, malgré la mauvaise brise qui souffle de l’Est, personne n’est particulièrement inquiet, les familles étant habituées aux retours de pêche tardifs en cette saison. C’est seulement en fin de journée, alors que la nuit commence à tomber, que le retard des trois jeunes pêcheurs est pris au sérieux et que l’angoisse s’installe et grandit dans les cœurs. Après une nuit que l’on imagine sans sommeil pour les parents et amis tourmentés, l’alerte est donnée le jeudi matin 22 février. Sans attendre, la communauté des marins et pêcheurs saintois, solidaire de ceux qui manquent à l’appel, entreprend les premières recherches, conjointement menées par le dispositif départemental de secours et de repérage en mer. Elles vont durer officiellement quatre jours, sans résultat, amenuisant au fil des heures l’espoir de retrouver vivants Michel, Patrick et François.

Un naufrage inexpliqué

Michel Bordy, 38 ans

Michel Bordy, 38 ans

Le mardi 27, près d’une semaine après le naufrage présumé, alors que toute la Guadeloupe, indifférente aux soucis de la petite dépendance, se défoule, défile et danse au rythme du Carnaval, une épave est repérée au large de Capesterre Belle-Eau. Sitôt la nouvelle confirmée, les pêcheurs qui, eux, n’ont jamais cessé les recherches, reprennent la mer dans la direction signalée, trouvent le hors-bord partiellement immergé avec ses deux moteurs intacts et tout son attirail, et le ramènent à Terre-de-Haut vers 20 heures. Le cœur serré, la quasi totalité de la population abattue se rend au débarcadère comme pour interroger ce témoin silencieux du drame : nos amis ont dû sombrer le matin même de leur départ car les réserves d’essence sont à peine entamées et les appâts bien rangés dans un thermos enfermé dans le gaillard d’avant. Surpris sans doute par une lame, Calou a dû se trouver tout à coup rempli d’eau, le poids des moteurs ne tardant pas à le faire gîter par l’arrière. Mais sans doute pour éviter la perte de leur bateau, l’équipage a le temps d’arrimer des bouées à l’étrave, de solidariser les réservoirs de carburant et de mettre à l’abri le matériel de pêche. C’est ainsi en tout cas que les sauveteurs retrouvent l’épave, l’avant seul, soutenu par les bouées, émergeant de la surface des flots.

 Des recherches perçues à l’époque comme insuffisantes et inadaptées

François Bride, di Calou, 29 ans

François Bride, dit Calou, 29 ans

Ce même soir, on apprend qu’un corps a été retrouvé sur une plage de Marie-Galante. C’est celui de François. De ses camarades, aucune nouvelle. C’est la consternation et la rage, car on sait aujourd’hui que des recherches mieux organisées et mobilisant davantage de moyens, auraient peut-être permis d’éviter le pire, le naufrage ayant probablement eut lieu à quelques encablures de la Grande dépendance.
Il fallait être présent à l’enterrement de François en cet après-midi du 28 février 1990 écrasé de soleil, pour comprendre et partager la douleur des familles pleurant leurs enfants, mais aussi l’émotion de toute une population solidaire, bouleversée par ce drame.

Un mémorial aux marins-pêcheurs disparus en mer

momu busteLes deux frères Bride et Michel Bordy ne sont pas, hélas, les seuls pêcheurs saintois ayant payé de leur vie leur tribut à la mer. Avant eux, en 1978, un marin breton, connu sous le nom de Rémy, installé aux Saintes avec sa famille, habitué à sortir seul, disparaissait mystérieusement corps et biens dans des circonstances jamais élucidées. Deux ans plus tard, le 22 février 1980, c’est au tour de Camille et d’André Cassin de faire naufrage au large de Saint-Barthélemy. Seul Camille, dit Lazare, réussit à gagner la terre, son compagnon  à quelques mois de la retraite, n’a jamais été retrouvé. En juin-juillet 2013, Jean-Louis Cassin et Daniel Judes, suite au mauvais temps et à une avarie de leur voilier, sont retrouvés au large du Vénézuela après  32 jours d’errance sur l’océan, sans eau ni vivre, alors qu’ils faisaient route vers Saint-Barth. Déshydraté et inanimé, Jean-Louis a pu être ramené à la vie de justesse, mais Daniel Judes a été retrouvé mort sur le voilier. En mémoire de ces marins saintois morts ou disparus en mer, la municipalité de Terre-de-Haut a fait ériger un monument, à l’esthétique improbable, contestée, il est vrai, par beaucoup, et visible place de la mairie. Une plaque de marbre, malheureusement non nominative et mal entretenue, rappelle le souvenir de ces hommes qui ont tragiquement perdu leur vie en mer, élément qui leur est pourtant familier et qui depuis des générations est leur raison d’être et les fait vivre. En ce jour du 25 ème anniversaire de la mort et de la disparition de Patrick, François et Michel, associons les noms de Rémy, André, Daniel et, bien qu’il fût un enfant, celui de Jeoffrey, le fils de Fernand Samson, pour affirmer notre solidarité avec leurs familles et leurs proches et rendre hommage à leur mémoire.

En ce 25 ème anniversaire du drame de 1990, un petit effort de rénovation aurait pu être fait !

En ce 25 ème anniversaire du drame de 1990, un petit effort de rénovation aurait pu être fait !

PS : Les photos de Patrick et François Bride m’ont été aimablement communiquées par leur sœur Fanny. Celle de Michel Bordy par sa sœur Elza. Un grand merci à toutes deux pour ce geste qui perpétue le souvenir de leurs frères..
Raymond Joyeux

 

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Terre-de-Haut : le nécessaire retour à la fraternité

Abolir l’arbitraire

« Plus encore que le déficit financier, Terre-de-Haut souffre d’un déficit démocratique abyssal… Je ne crois pas à l’avènement d’un homme providentiel… Seule la fédération de toutes les intelligences nous sauverait du chaos qui couve. »
Chrysos Chrysostome Bélénus ( Terre-de-Haut Indiscrétions, 12 janvier 2018)

UnknownCe blog n’étant ni un magazine politique ni une tribune judiciaire, nous nous garderons bien de commenter ici les houleux événements qui ont marqué ces derniers mois et semaines notre petite communauté saintoise. À savoir, après les nombreuses, inhabituelles et inquiétantes perquisitions effectuées aux Saintes et ailleurs en 2017, la comparution devant le Tribunal correctionnel de Basse-Terre, les 11 et 12 janvier 2018, de son plus haut dignitaire et de quelques autres prévenus. Que les personnes impliquées dans cette affaire, bénéficiant jusqu’au verdict, pressons-nous de le rappeler, de la présomption d’innocence, encourent de lourdes peines dont, pour certains, la prison ferme et des années d’inéligibilité, cette situation infamante, loin de nous réjouir, nous plonge au contraire dans un abîme de tristesse et de honte. Car, au-delà de l’iniquité reconnue des faits et de leurs responsables présumés, il s’agit avant tout, de la réputation et de l’image de notre communauté, mises à mal et ternies pour longtemps par des agissements impardonnables et leurs éventuelles condamnations à venir, sur lesquelles nous serons définitivement fixés ce vendredi 23 février. Pas de commentaire donc mais une proposition d’abandon de l’état d’esprit partisan et arbitraire qui prévaut depuis plus de quarante ans à Terre-de-Haut au sein de notre gouvernance municipale. Autrement dit le souhait d’un retour à la fraternité perdue, telle qu’elle était pratiquée chez nous autrefois – il y a bien longtemps ! – par des élus intègres, étrangers à toute recherche d’intérêt personnel, soucieux uniquement d’une juste administration communale, pour la satisfaction de tous, sans distinction d’opinion ni exclusion malveillante systématique…

Une devise républicaine trop souvent malmenée

La devise républicaine, est-il besoin de le rappeler ? Liberté-Égalité-Fraternité, inscrite au fronton de nos mairies exprime et garantit, dans le principe, les droits fondamentaux des citoyens dans nos pays sous régime démocratique – y compris celui de prétendre légitimement exercer un jour à son tour les responsabilités électorales ! Dans la réalité, c’est une évidence que ces trois piliers du fonctionnement institutionnel de notre vie publique : sociale, politique et morale, sont souvent ébranlés. Dans les rapports des citoyens entre eux d’abord mais surtout dans les relations que ces derniers entretiennent avec le pouvoir établi, qu’il soit local, régional ou plus largement national. Proposer une politique de fraternisation et en établir les conditions et les modalités d’application nécessite d’abord de définir les termes de la proposition.

Une mairie entièrement à part – Photo R.Joyeux

Une conception oubliée de la politique 

« Une île qui devrait être si agréable à gérer loin de tout raisonnement politique ou personnel c’est-à- dire financier. » Docteur Yves Espiand – Médecin aux Saintes de 1962 à 1965

Tout le monde le sait, la politique, au sens large, c’est l’organisation au mieux des affaires de la cité. Elle a globalement pour objectif de réguler les interactions entre les aspirations des citoyens et les moyens mis en œuvre pour satisfaire leurs légitimes attentes. Concrètement, c’est, d’un côté, la possibilité pour les membres de la communauté  – quelles que soient par ailleurs leurs opinions – d’exprimer librement leurs aspirations ; de l’autre, pour le pouvoir élu, l’obligation d’entendre, de prendre en considération cette expression et de déterminer les priorités en fonction des moyens dont dispose la collectivité. Or cette nécessaire mise en adéquation des moyens et des fins, reposant principalement sur des richesses financières plus ou moins étoffées, – à condition qu’elles ne soient pas dilapidées sans contrôle, à tort et à travers comme c’est le cas aujourd’hui – aboutit fatalement à des choix et par là-même à des conflits d’intérêts souvent néfastes à l’harmonie des rapports entre administrés et administrants. Surtout lorsque ces choix, opérés sans consultation, ne sont ni justifiés ni portés explicitement au préalable à la connaissance de la population. Tel fut le cas chez nous de l’onéreuse réalisation de la fameuse plage artificielle du Fond Curé… aujourd’hui entièrement engloutie sous les flots.

Plage du Fond Curé : un gaspillage inconsidéré des deniers publics- R.Joyeux

La fraternisation : moteur et conséquence de l’action politique

Mais la politique ne se réduit pas à cette seule et unique question de rapport de force entre les citoyens et leurs élus, généré par un incontournable problème de trésorerie. Elle repose tout aussi essentiellement sur des considérations humanistes à haute valeur philosophique et morale qui devraient permettre de dépasser sinon d’éviter les conflits et de les apaiser au mieux dans un esprit et une volonté de conciliation. C’est en ce sens que nous parlons de politique de fraternisation. Aussi, loin d’être une simple invite, la notion de fraternité doit être considérée, par-delà le concept abstrait, comme le moteur premier de toute action politique digne de ce nom en même temps que sa conséquence naturelle, génératrice d’harmonie et de solidarité.

Fraternité : Marianne place du débarcadère à Terre-de-Haut – Ph. R.Joyeux

La collectivité communale : une grande famille ?

Sans tomber dans le cliché ou le lieu commun dépourvu de signification et de substance, on peut comparer l’entité communale à une grande famille. Avec ses modalités de fonctionnement, ses aspirations morales et éducatrices, ses réalisations concrètes et ses projets d’avenir, le tout chapeauté et mis en œuvre au sein des assemblées communales par une organisation institutionnelle ouverte, impartiale mais nécessairement hiérarchisée : le conseil municipal. Cette comparaison de la commune avec la famille a été évoquée maintes fois et continue de servir dans les discours électoraux de nos hommes politiques de tout bord. Nous savons tous, malheureusement, que ce n’est, le plus souvent, que vague formulation de style et de principe, sans contenu véritable ni réalité. Pour se donner bonne conscience, pour tenter de faire oublier leurs éventuelles turpitudes, combien de ténors de nos assemblées communales, ici comme ailleurs, tyranneaux avérés et parfaits briseurs d’égalité et de fraternité, ont usé et abusé sans honte de cette comparaison si belle en soi mais trompeuse et vide de sens dans leur bouche ?

La démocratie confisquée – Image labrique.net

Sans nous étendre sur le cas de Terre-de-Haut, chacun se souvient de cet ex-élu qui, dans ses nombreuses et interminables interventions publiques, particulièrement celles des vœux de nouvel an, s’est imposé comme le plus grand diviseur historique de notre petite communauté et qui n’avait pourtant de cesse de ne parler, avec des trémolos de crocodile, que de notre grande famille saintoise. Grande famille saintoise dont il se considérait évidemment comme le tout puissant et vertueux gourou, s’arrogeant le droit et la liberté de dénigrer à sa guise, d’enfoncer et d’exclure, sans possibilité de contradiction ni de réponse, la moitié – considérée à ses yeux comme rebelle – de cette soi-disant famille, la traitant successivement d’irresponsable, de traître, d’ennemi public, d’irrécupérable, que sais-je encore. Et cela, en des termes haineux et méprisants d’une innommable et lâche mesquinerie…

Quatre maires dignes de ce nom 

Mais si nous remontons un peu plus loin dans le temps, nous trouverons heureusement l’exemple inverse. Nous trouverons des magistrats communaux comme Théodore Samson, Georges Azincourt, Eugène Samson et plus temporairement le docteur René Germain, pour qui la fraternité et la réconciliation avaient un sens et un visage. Ces maires successifs qui ont dirigé notre commune, sans arrogance, sans prétention ni fausse hauteur, ne se sont jamais focalisés sur leurs pouvoirs éphémères pour en abuser et chercher à les élargir au détriment de la collectivité. Ils ne se sont jamais focalisés sur leurs prétendus adversaires pour leur en faire voir de toutes les couleurs, celles du mépris, celles de l’exclusion, celles de l’obstruction systématique.

Portant l’écharpe, Théodore Samson et une partie de ses conseillers en 1936

Ils n’étaient certes pas tous des hommes de haute culture ou de science mais ils avaient tous le même cœur, la même intelligence pratique, le même sens de la justice, la même conception de l’action politique, si restreinte soit-elle ici. Avec eux, sitôt les soubresauts des consultations électorales enterrés, il n’y avait plus ni partisans ni adversaires. Avec eux, sitôt les élections passées, la communauté saintoise redevenait une et indivisible, c’est-à-dire constituait une vraie famille. Une famille où tous les membres étaient égaux, où personne n’était défavorisé au profit d’un autre. Une famille où il n’était pas interdit aux uns de parler aux autres, comme c’est le mot d’ordre officiel d’aujourd’hui. Une famille enfin où chacun avait libre accès à la maison commune sans se faire malproprement rejeté.

Respect mutuel et tolérance : un exemple venu d’en haut

Il ne s’agit pas ici de faire de l’angélisme et de prétendre qu’avec ces maires regrettés tout conflit disparaissait comme par miracle ou enchantement. Mais si, après les inévitables joutes électorales, chacun gardait ses idées et ses convictions, le respect mutuel et la tolérance étaient de mise et l’exemple en ce domaine venait toujours d’en haut. Car, ces quatre maires n’étaient pas des personnages exceptionnels, mais des êtres humains tout simplement équilibrés. Ces quatre maires dont nous avons cité le nom et dont l’action éducatrice, disons même, à notre échelle, civilisatrice, a été radicalement anéantie par le sabotage méthodique qui s’ensuivit. Ces quatre maires saintois non seulement étaient ouverts à toute discussion, à toute réflexion, à toute proposition des administrés, mais allaient au-devant d’eux, sans distinction d’opinions, sans arrogance. Ils écoutaient leurs doléances, examinaient leurs propositions, les rencontraient dans la rue, sans faire de différence entre « partisans » et « adversaires ». Toujours disponibles, leur bureau c’était la place publique, c’était leur chantier, c’était l’appontement, leur bateau ou leur cabinet médical. Ils n’étaient pas hommes à s’enfermer à double tour comme des taupes aveugles et sourds dans un cabinet secret, à refuser des rendez-vous, à prendre des semaines pour signer un document, à ne jamais répondre aux courriers, à renier la parole donnée, à dire oui en pensant non..

Sortir du tunnel

À leurs yeux, la commune considérée comme une grande et vraie famille, justement, n’était pas une simple comparaison, une figure de style pour faire bien dans des discours alambiqués et trompeurs. La grande famille communale, c‘était pour eux une réalité concrète, palpable. La grande famille communautaire, au bon sens du terme, il la vivait et la faisait vivre quotidiennement par leur écoute, par leur sens du rassemblement et de la fraternité, par leur compréhension, leur honnêteté foncière et la force de leur conviction. Ils n’étaient pas hommes à mettre de l’huile sur le feu et à attiser les haines et les conflits au sein des familles et de la population. Leur sens de l’équité et de la morale publique leur interdisait de pratiquer la discrimination en fonction de la couleur du bulletin de vote ou du slogan inscrit sur le tee-shirt électoral…

À Amsterdam en 2016 – Photo Raymond Joyeux

C’est tout cela, en moins de trois générations, qu’à Terre-de-Haut nous avons perdu. Et si, en près de 50 ans de gouvernance locale (*), tout a été fichu par terre, et qu’en 2018 nous sommes toujours politiquement et moralement dans un tunnel, ce n’est pas en reprochant sans rire à l’opposition « de vouloir prendre le pouvoir », c’est-à-dire à se considérer soi-même, implicitement, au sortir du tribunal le 12 janvier dernier, comme seul légitime à y prétendre, à l’exercer et à le conserver indéfiniment dans des conditions de régularité plus que douteuses, que s’instaurera malheureusement aux Saintes une autre politique. Celle plus que jamais nécessaire de l’acceptation de l’autre, de la tolérance et de la fraternité retrouvée.

Appel à la fraternité : Jeune fille à la fleur – Photo Marc Riboud

* Voir notre chronique du 16 juillet 2017 :

https://raymondjoyeux.com/2017/07/16/chronique-dun-desastre-annonce-ou-les-racines-du-mal-saintois/comment-page-1/#comment-1490

Raymond Joyeux

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