Histoire locale : le jour où Terre-de-Bas devint autonome

Une pétition et deux années d’attente…

Nous le savons tous maintenant, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas ont longtemps formé une seule et même collectivité dénommée Commune des Saintes. Le conseil municipal unique dont les assemblées se tenaient à la mairie de Terre-de-Haut, était alors constitué de 16 membres, également répartis, puisque huit sièges étaient dévolus à chacune des deux îles. C’est d’abord face aux difficultés rencontrées pour se rendre à ces réunions, le plus souvent en soirée, que les conseillers municipaux de Terre-de-Bas, soutenus par une pétition de la population, sollicitèrent en novembre 1880 l’érection de leur île en commune autonome de plein droit, séparée de Terre-de-Haut. Cette demande était d’autant plus justifiée qu’en période de mauvais temps ces conseillers se trouvaient le plus souvent en minorité face à ceux de Terre-de-Haut alors qu’ils représentaient à l‘époque un nombre plus important d’habitants. Mais l’époque étant ce qu’elle était et les lenteurs administratives encore plus pénalisantes qu’aujourd’hui, il leur a fallu attendre deux ans pour obtenir gain de cause, puisque c’est par un décret du Président de la République Jules Grévy, en date du 9 août 1882, que Terre-de-Bas fut enfin érigée en commune autonome.

Fac-similé intégral de l’original de la pétition

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 Texte retranscrit de cette pétition :

Page  3 : premières signatures autographes de la pétition

4ème et dernière page des signatures de la pétition

Décret érigeant Terre-de-Bas en commune autonome
et attribution des ilots aux deux localités

Mémorial de Terre-de-Bas – Photo Raymond Joyeux

Premier conseil municipal de Terre-de-Bas élu en octobre 1882
et liste des maires de cette commune depuis cette date

Jean-Pierre Lognos, dernier maire des Saintes

Voir sa biographie sur le lien suivant :

https://raymondjoyeux.com/2013/10/17/jean-pierre-lognos-loublie-de-lhistoire-des-saintes/

Le square de la mémoire

Mémorial de Terre-de-Bas, inauguré  le 6 août 2017 – Ph. R. Joyeux

Ainsi, après plus de deux siècles de cohabitation mouvementée, nos deux îles de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas, quoiqu’unies encore aujourd’hui sous le drapeau du canton des Saintes, poursuivent séparément leur destin municipal respectif depuis 137 ans. Longtemps jumelée à sa voisine, le plus souvent à ses dépens, Terre-de-Bas a su obtenir à juste titre son autonomie administrative grâce à la persévérance et à la ténacité de ses représentants et de sa population. Le grand mérite de la municipalité actuelle, sous la conduite de son maire Emmanuel Duval, c’est d’avoir su par l’inauguration d’un mémorial, informer et sensibiliser la population à son histoire, acte citoyen positif, indispensable à l’équilibre de tous.

***

Je remercie chaleureusement M. Louis-Guy Brudey, des services de l’urbanisme à la municipalité de Terre-de-Bas, de m’avoir aimablement transmis le fac-similé de la pétition de 1880 ainsi que de nombreux autres documents qui m’ont permis de rédiger cette chronique. À lui, à vous toutes et tous, comme il est mentionné au bas de cette historique pétition, je dis à mon tour, salut et fraternité.

                                                                    Raymond Joyeux, le 7 mai 2019

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Circulation : une pétition adressée au maire de Terre-de-Haut

Devenue inextricable et particulièrement dangereuse pour la population et les visiteurs, la circulation des véhicules à moteur dans les rues de Terre-de-Haut, qu’ils soient à quatre ou deux roues, électriques ou à essence, pose depuis très longtemps un sérieux problème aux autorités, impuissantes à ce jour à la maîtriser. Forts de cette constatation, des résidents tentent aujourd’hui d’alerter la mairie – et autres instances administratives –  en lançant une pétition, exposant clairement leurs revendications. 

 2003 : déjà pas de place pour les piétons – Photo France-Antilles

Voici le texte scanné de cette pétition que nous nous sommes procuré :

 

Des tentatives de réglementation restées lettres mortes

Nous ignorons combien cette pétition obtiendra de signatures et si elle a des chances d’aboutir, mais l’initiative est assez rare pour être signalée et témoigne d’un ras-le-bol évident des résidents soumis en permanence aux inconvénients et dangers de l’anarchie qui règne en ce domaine. Il convient toutefois de rappeler que les deux précédents maires, MM Robert Joyeux et Louis Molinié n’étaient pas restés les bras croisés face à cette situation. Chacun d’eux avait pris, sans succès malheureusement, un certain nombre d’arrêtés pour tenter d’une part de limiter l’afflux de véhicules entrant sur le territoire de la commune et de règlementer d’autre part une circulation inadaptée à la topographie de l’île, et particulièrement du centre-bourg où la vie est devenue infernale aux nombreux piétons et riverains.

Le premier bus touristique à passagers débarque aux Saintes en 1974
et des arrêtés municipaux jamais appliqués

Si le premier bus touristique est arrivé à Terre-de-Haut en 1974, le premier des arrêtés  municipaux censés réglementer la circulation remonte au 4 avril 1991. Et le dernier, qui date du 31 janvier 2003, n’a, quant à lui, jamais été abrogé. Malheureusement, aucun d’entre eux n’a eu les effets escomptés et c’est toujours davantage de voitures, golfettes, scooters, motos, vélos, trottinettes et autres skates à moteur électrique ou non, qui sillonnent parfois à des vitesses inconsidérées les rues du bourg, au milieu d’enfants, d’adultes et de personnes âgées qui n’ont même pas la ressource de se réfugier sur des trottoirs trop étroits, la plupart du temps d’ailleurs inexistants…

Les attendus pertinents de l’arrêté de janvier 2003 non encore abrogé mais jamais appliqué

1° Considérant que le territoire de la commune abrite des espèces fragiles protégées d’intérêt national (cactacées, orchidacées, oiseaux, iguanes, tortues), ainsi que des sites archéologiques précolombiens, et qu’il est nécessaire de règlementer la circulation afin d’assurer leur protection;
2° Considérant la nécessité de protéger l’environnement et la tranquillité publique dans une commune à vocation touristique;
3° Considérant que les voies carrossables de l’île se caractérisent par leur étroitesse, leur déclivité, leur sinuosité, et partant par leur dangerosité;
4° Considérant que la multiplication des véhicules à moteur est incompatible avec le réseau routier de la commune, nuit à la commodité de passage dans les rues, et qu’elle porte par conséquent atteinte à la sécurité des citoyens;
5° Considérant par ailleurs que l’exiguïté et la topographie de l’île font obstacle à la construction de trottoirs, la création de parcs de stationnement et l’élargissement du réseau routier;
6° Considérant que l’affluence touristique constatée le week-end et pendant la haute saison (Décembre à Mai) aggrave davantage encore les dangers de la circulation, et que l’augmentation de la fréquentation touristique depuis dix ans (170 000 visiteurs par an en 2002 contre 85 000 en 1990) laisse craindre une dégradation de la situation.
7° Considérant que la tranquillité des citoyens est troublée par les nuisances sonores inhérentes à la circulation des véhicules à moteur…

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On ne saurait mieux dire… Pourtant cet arrêté, approuvé par les autorités préfectorales de l’époque, aux considérants éloquents, n’est jamais entré en application. Pour la raison simple qu’il comportait outre une interdiction absolue de circulation sur tout le territoire de la commune, un certain nombre d’exceptions et de passe-droits qui le rendaient inapplicable et caduc à la date même de sa publication !

Espèce protégée, cet imprudent iguane s’apprête à traverser la rue ! – Ph.R.Joyeux

Il ne reste plus qu’à souhaiter que la pétition actuellement en cours mobilise les autorités qui prendront enfin, espérons-le, les mesures nécessaires pour permettre à tout un chacun de vivre et de circuler paisiblement à Terre-de-Haut, sans craindre pour sa sécurité et celle de ses enfants.

Sécurité routière

Journal France Antilles – 8/9 mars 2003

Hormis la première et la dernière, les illustrations dont de l’auteur.
Raymond Joyeux – Terre-de-Haut, 06 avril 2019

À quand le retour de l’insouciant repos d’après-midi à Terre-de-Haut ? Photo extraite de la Brochure Guadeloupe – Éditions du Pacifique 1974

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Ma contribution au grand débat

Le lundi 18 mars était le dernier jour pour présenter sa contribution sur le site Internet gouvernemental du grand débat national. Sans trop y croire, j’ai donc posté la mienne sur le thème Démocratie et citoyenneté, en ne publiant que le paragraphe sur la nécessaire égalité d’obligations légales des élus. Ceux des grandes comme des petites communes. Si j’avais eu l’opportunité de le faire sur un éventuel cahier de doléances de la mairie de Terre-de-Haut voici, en ma qualité de citoyen, ce que j’aurais écrit.

Pour une démocratie égalitaire participative

Depuis 1965 que, sur le plan local, je me suis engagé en politique, jusqu’en 2014 où je me suis définitivement retiré de toute compétition électorale, à part aux municipales de 1971 qui ont vu l’équipe dont je faisais partie arriver à la mairie, pas la moindre de mes idées ou de mes propositions n’a triomphé de quelque manière que ce soit en ma commune de Terre-de-Haut. C’est dire que c’est avec circonspection et incrédulité quant à sa portée et sa prise en compte, ne serait-ce que partiellement, par les instances ad hoc, que je livre aujourd’hui ma contribution à ce qu’il est convenu d’appeler le grand débat.

En analysant la pratique politique saintoise depuis près d’un demi siècle et les multiples déboires qu’elle a générés pour notre communauté, collectivement et individuellement, on arrive à la conclusion que peu de choses auraient pu suffire à les éviter. La première étant de modifier radicalement les rapports exécrables qui sont encore les nôtres aujourd’hui entre les élus des deux bords d’une part, et entre ces mêmes élus et la population d’autre part.

Ce que je préconise

I – Sur le plan national

On peut regretter qu’en dépit du principe d’égalité qui devrait s’appliquer à tous, les petites communes comme la nôtre aient toujours été tenues à l’écart dès l’origine de toutes les lois électorales qui ont régi le fonctionnement de la représentativité démocratique jusqu’en 2014. Ce n’est qu’à cette date en effet que l’opposition chez nous a pu envoyer au Conseil Municipal des élus issus de sa mouvance. Pourquoi avoir attendu jusque là pour instaurer le respect de ce qui constitue depuis toujours l’essence même de la démocratie ? Peut-être que, si pendant d’interminables décennies, les représentants de la moitié de la population n’avaient pas été exclus de la conduite des affaires communales, nombre de dysfonctionnements et leurs désastreuses conséquences nous auraient été épargnés !

Mais si, en l’exemple cité, on peut dire qu’il vaut mieux tard que jamais, ce que nous réclamons aujourd’hui à l’État c’est, une fois pour toutes, de placer toutes les collectivités sans exception sur la même ligne. C’est-à-dire, appliquer à tous les élus communaux, quelle que soit l’importance de la communauté qu’ils administrent, les mêmes obligations et responsabilités. À savoir :

 1 – limiter à deux, en plus du nombre de mandats, celui des candidatures à une même élection. (Actuellement les maires des petites communes – contrairement à ceux des grandes agglomérations – peuvent se représenter autant de fois qu’ils le veulent aux élections municipales, et ce jusqu’à leur mort.)

 2 – appliquer le principe de la déclaration de patrimoine à tous les candidats avant toute élection. (Actuellement les maires des petites communes en sont exemptés et peuvent s’enrichir sans contrôle sur le dos des contribuables.)

3 – rendre les élus personnellement responsables des délits de détournements, malversations et faillites budgétaires dont ils se rendraient coupables par négligence ou mauvaise gestion avérée, avec démission immédiate d’office, inéligibilité à vie et comparution devant les tribunaux en vue d’une éventuelle condamnation pénale.

Voilà trois mesures, faciles à prendre, nous semble-t-il, au plan national et qui, selon nous, en plus de mettre tout le monde sur un même pied d’égalité feraient réfléchir tout candidat aux élections municipales et éviteraient qu’un même maire reste indéfiniment au pouvoir pour finir par considérer la commune comme un bien personnel, s’en accaparer et l’administrer comme sa propriété privée… et la conduire en fin de compte au précipice. Ce qui est, hélas ! le cas pour nous aujourd’hui.

II – Sur le plan communal

Les élections municipales n’ont pas pour objectif d’investir le maire et son conseil de pouvoirs discrétionnaires illimités qui les autoriseraient à agir et à décider sans en référer à la population souveraine qui les a élus. Le mandat scellé par les élections n’est pas tant d’ailleurs une affaire de pouvoirs que de responsabilités partagées dont il convient constamment de rendre compte aux électeurs-citoyens.

           Je préconise, sur ce plan, qu’il doit être fait obligation aux maires de :

1 – Partager et répartir par délégation les responsabilités au sein du Conseil Municipal. Ainsi, plutôt que de se concentrer entre les mains d’un seul, les compétences municipales seront assumées par l’ensemble du corps des conseillers opposition comprise, qui, sous la conduite d’adjoints délégués, étudient et traitent en équipes les dossiers qui leur sont confiés. Cette méthode de fonctionnement présente le triple avantage d’éviter la confiscation par un seul d’un pouvoir discrétionnaire occulte dont il deviendrait le maître absolu ; de se répartir les tâches, devenues administrativement de plus en plus lourdes et complexes ; d’impliquer enfin personnellement chacun des élus dans la gestion des affaires communales.

2 – Rendre compte systématiquement à la population. Cette pratique des responsabilités partagées au sein du conseil ne peut que déboucher naturellement sur une transparence absolue de la gestion municipale et sur une information régulière aux administrés. Budget, projets, décisions prises ou à prendre doivent être impérativement rendus publics par tous les moyens à disposition du conseil : affichage systématique, presse, bulletin municipal…

3 – Susciter la participation citoyenne aux affaires. Comment imaginer que des décisions importantes qui engagent le présent et l’avenir des administrés et de leur commune soient prises à leur insu, sans aucune consultation populaire préalable ni échange ? À ce propos, l’exemple calamiteux parmi d’autres du ridicule et ruineux aménagement de la plage du Fond Curé est emblématique de la dérive autocratique et du manque condamnable de concertation.

Sans se départir de son pouvoir décisionnel, une assemblée municipale respectueuse de ses administrés a le devoir et l’obligation morale d’associer, sans préjugé ni exclusion, l’ensemble de ses membres à la gestion de la cité. Elle doit régulièrement lors des séances du Conseil Municipal donner la parole au public, aux associations, à toute personne qui le souhaite, en rompant avec l’habituel silence imposé aux participants à l’occasion de ces séances. Cela s’appelle la démocratie participative. Solliciter, entre autres, le concours de citoyens volontaires dans des commissions de réflexion extra-municipales ne peut qu’enrichir et éclairer le choix des élus tout en responsabilisant la population.

Un contexte insulaire favorable à la mise en place de ces mesures

De par sa configuration géographique, démographique et sociale, Terre-de-Haut est par excellence la collectivité où l’expérience d’une démocratie participative exemplaire devrait s’exercer sans problème. C’est ce que pendant plus de 30 ans mes amis partenaires et moi nous nous sommes efforcés, à chaque échéance électorale, de proposer sans succès à nos compatriotes. Mais les temps n’étant plus les mêmes, ce projet peut être rendu possible demain. À condition que ceux qui aspirent aux responsabilités communales mettent fin à leurs stériles querelles partisanes, fassent taire leurs ambitions personnelles et, sans se soustraire à leur louable volonté de servir, se laissent guider par l’esprit d’ouverture et de fraternité. Ils pourront ainsi, ensemble, actualiser cette déclaration du Président Chirac faite au lendemain des élections présidentielles de mai 2002 et qui est la définition même de l’engagement politique : « J’ai compris votre appel pour que la politique change. Pour que tout dans l’action qui doit être maintenant conduite doive répondre à cet appel et s’inspirer d’une exigence de service et d’écoute pour chaque Française et chaque Français. »

                                                                                      Terre-de-Haut, le 20 mars 2019
Raymond Joyeux
Simple citoyen

PS. Revoir sur le même sujet les chroniques précédentes :

https://raymondjoyeux.com/2018/02/19/terre-de-haut-le-necessaire-retour-a-la-fraternite/

https://raymondjoyeux.com/2017/07/16/chronique-dun-desastre-annonce-ou-les-racines-du-mal-saintois/comment-page-1/#comment-1490

 

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Inédit aux Saintes : une bibliothèque gratuite de partage et d’échange

Une info victime d’un problème technique

Le quotidien France-Antilles de Guadeloupe devait publier le vendredi 1er mars 2019 sous la plume de Marijoé Métayer une information relatant l’installation à Terre-de-Haut d’une bibliothèque urbaine participative, mettant gratuitement à la disposition du public un certain nombre d’ouvrages en libre service. Malheureusement un problème technique survenu sur les presses du journal n’a pas permis ce jour-là son impression sur papier. Si bien que les habituels lecteurs saintois de France-Antilles ont été privés de l’information. Celle-ci, visible sur le site Internet du journal, a été néanmoins relayée sur le compte Facebook de Terre-de-Haut indiscrétions  mais n’a suscité à ce jour que très peu de commentaires.

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Ancienne bibliothèque municipale endommagée par Maria – Ph R.Joyeux

Pour permettre une plus large diffusion de cette information,
voici relatés ici la genèse et l’historique de cette initiative :

C’est pour suppléer à la fermeture sine die de la bibliothèque municipale de Terre-de-Haut endommagée par l’ouragan Maria, et répondre à une demande croissante de lecteurs privés de leur passion, que cette bibliothèque a été créée. Mais l’idée de mettre gracieusement aux Saintes des ouvrages à la disposition du public est bien antérieure à la fermeture de la bibliothèque municipale. Nos pérégrinations estivales en France et en Europe nous avaient en effet permis d’observer bien avant Maria la présence dans de nombreux villages de ces dépôts de livres, présentés la plupart du temps dans des cabines téléphoniques désaffectées comme le montre la photo ci-dessous prise par nos soins en août 2015.

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Cabine à livres à ÉVELLE, près de Beaune en Bourgogne – Photo R. Joyeux 2015

Nous avions alors pensé que cette pratique pouvait parfaitement convenir aux Saintes et avions le projet, en faisant appel à la générosité du public, de faire profiter habitants et vacanciers de livres déjà lus par leurs propriétaires et dont ils n’avaient plus l’usage. Mais le projet tardant à voir le jour, l’après Maria a été l’occasion de le concrétiser. C’est  ainsi qu’avec Igor Schlumberger, toujours partant pour des initiatives citoyennes inédites, nous l’avons finalisé.

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La bibliothèque finie et opérationnelle, réalisée avec des matériaux de récupération

En utilisant des matériaux de récupération sélectionnés par Igor, nous avons commencé la construction de l’armoire à la Toussaint 2018. Aidés pour les finitions par Alain Bocage dont la réputation de charpentier n’est plus à faire, et par Alain Joyeux pour la peinture et l’inscription, alors que les livres offerts s’accumulaient, nous avons terminé le meuble en février 2019. Et le 28 du même mois, la bibliothèque, devenue opérationnelle, était inaugurée et placée à l’abri des intempéries grâce à la bienveillance de Mme Claudia Cassin, propriétaire de l’épicerie Vival, qui nous a gracieusement proposé la terrasse couverte de son magasin, face au petit marché du Fond Curé.

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Alain Bocage ajustant les pommelles de la porte vitrée – Ph. R. Joyeux 

De mains en livres : bientôt un site Facebook

Ainsi, résidents de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas, visiteurs de passage ou de longue durée, petits et grands lecteurs, peuvent désormais venir emprunter librement livres, BD ou revues, les rapporter à l’occasion après lecture pour ne pas épuiser le stock et, éventuellement, l’alimenter en offrant en partage leurs propres ouvrages. Chaque lecteur pourra de plus, s’il le souhaite, commenter ses lectures sur Facebook où un compte à cet effet sera bientôt ouvert. En attendant, nous remercions chaleureusement les artisans de cette initiative, les donateurs d’aujourd’hui et de demain, Mme Claudia Cassin, pour son accueil, et souhaitons bonne et fructueuse lecture à tous les passionnés.

Raymond Joyeux

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L’Association Mille Fleurs fête à Terre-de-Haut le 34ème anniversaire de sa création

Avec Mille Fleurs,
les Saintois des deux îles se rencontrent à nouveau

Depuis que, pour d’obscurs calculs électoraux, l’Association des Marins-Pêcheurs Saintois (AMPS) a vu ses subventions communales mesquinement supprimées, les rencontres entre la population de Terre-de-Haut et celle de Terre-de-Bas s’étaient faites rares pour ne pas dire mises en sommeil. Plus de Fêtes traditionnelles de la Pêche et du lambi organisées alternativement chaque année sur l’une et l’autre commune, la première à la Pentecôte, la seconde en Novembre. Manifestations de convivialité qui permettaient aux Saintois de fraterniser, sans distinction d’origine ni arrière-pensée de rivalité. Une rivalité d’ailleurs largement imaginaire car en dépit du bras de mer qui les isole géographiquement et de la volonté négative de certains de nos dirigeants farouchement séparatistes, nos deux populations ne s’étaient jamais véritablement opposées. Pour preuve ces rassemblements de fraternité inter-iles dont nous avons publié en leur temps le compte-rendu et que l’on peut retrouver en cliquant sur les liens suivants :

Fête de la pêche et du poisson

Fête du lambi

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Aujourd’hui, grâce aux initiatives et à la vitalité de l’Association Mille Fleurs dont le siège est aux Petites Anses à Terre-de-Bas, la relève semble en marche pour des rencontres populaires plus assidues d’Union Fraternelle entre les deux îles, du nom déjà prédestiné du premier syndicat de nos marins-pêcheurs saintois, créé en 1905, sous l’égide de Benoît Cassin et de Paul-Émile Joyeux.

Trente-quatre ans d’existence et d’amitié

Fondée le 23 février 1985 par Madame Marie-Josette Létang, Mille Fleurs, Association du type loi 1901, est dirigée aujourd’hui par une dynamique équipe de bénévoles ayant à sa tête depuis maintenant 11 ans Nadine Félicité qui a succédé elle-même à Mme Jeanine Vala, restée 18 ans aux commandes du groupe. À l’origine, Pour permettre  aux aînés de Terre-de-Bas de se retrouver à l’occasion de modestes manifestations festives, de sorties régulières à la découverte de la Guadeloupe, de repas amicaux, de prestations chorales et autres réjouissances, Mille Fleurs compte aujourd’hui plus de 150 adhérents actifs parmi lesquels une trentaine de membres originaires de Terre-de-Haut.

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C’est pour célébrer le 34ème anniversaire de la création de l’Association, que les adhérents de Terre-de-Haut ont amicalement invité ceux de Terre-de-Bas ce samedi 23 février 2019, à un repas fraternel afin de les remercier aussi pour leur accueil régulier chez eux à Petites Anses. Profitant de la mise en service de la nouvelle navette maritime Bleu-Azur II, nos amis de Terre-de-Bas sont donc venus retrouver leurs collègues de l’île-sœur auxquels se sont joints de nombreux sympathisants, invités pour la circonstance. Ce sont les adhérents de Terre-de-Haut, bien évidemment, qui ont préparé les mets principaux, laissant à la charge de nos amis de l’autre bord le soin d’apporter entrées et desserts.

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Sous trois grands chapiteaux loués à la municipalité de Terre-de-Haut et dressés sur la plage du raisinier, sous l’œil vigilant et avisé de Nise, maîtresse de cérémonie, près de deux cents personnes se sont ainsi retrouvées par cette magnifique journée du samedi 23 février pour partager un repas de l’amitié qui avait tout l’air d’un festin, tant la variété des plats, par leur saveur et leur abondance, a étonné et ravi les convives enthousiastes.

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De la musique, de la danse et un DJ à la hauteur

Ainsi, faisant mentir ceux qui prétendent que nos deux communautés saintoises se font on ne sait quelle stupide guerre fratricide, la preuve a été faite une fois de plus qu’il n’en est rien et que c’est dans la plus grande entente et la convivialité qu’elles se sont retrouvées sous l’égide de l’Association Mille Fleurs, la bien nommée, pour commémorer ce 34ème anniversaire. Et comme, semble-t-il, chez nous comme ailleurs, toutes les bonnes choses se terminent par des chansons, les convives ont passé l’après-midi à danser et chanter sans complexe accompagnés par la musique modérée mais entraînante de notre DJ local : Peggy Bocage, avant que nos amis de Terre-de-Bas reprennent la navette de 18 heures… Et que la poétesse Michèle Ragache nous propose ci-dessous, pour résumer cette belle journée, un très beau poème de sa composition, écrit dans le feu de l’action, sur les lieux mêmes de la manifestation.

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Les sœurs de l’archipel

J’ai vu de mes yeux vu
L’archipel réuni,
Ce que je n’aurais cru,
Depuis des décennies.

Au-delà des querelles,
Laissant parler leur coeur,
Les deux îles jumelles
Deviennent enfin sœurs.

Sans aucune vergogne
Dans les verres en joie
Coule le rhum Bologne
Qui peut être sournois.

Abondant et créole
Un fin repas saintois
Tempéré par Eole
A l’ambiance pourvoit.

Puis la musique invite
A entrer dans la danse
Et les rythmes incitent
À suivre la cadence.

Terre-de-Bas, de Haut,
Partagent le champagne,
Les gâteaux, le chaudeau,
La cordialité gagne…

En bordure de plage,
Mer calme sous ciel bleu,
Proches îlets, image
De temps de fête heureux !

La journée finira
Départ de la navette
Et chacun attendra
La prochaine goguette !

Le 23-II-2019
MICHÈLE

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Nous exprimons nos plus sincères félicitations et remerciements aux organisateurs bénévoles qui n’ont pas ménagé leur peine pour que la fête réussisse au-delà de toute espérance. Un merci aussi à Michèle Ragache  pour son poème, à nos amis de Terre-de-Bas, aux responsables et adhérents des Mille Fleurs des deux îles, à tous les participants et à toutes celles et tous ceux qui ont aidé à préparer les plats, à servir, à ranger, bref, à faire de cette journée ensoleillée un moment d’amitié partagée qui restera à coup sûr dans le cœur et la mémoire de tous.

Texte et photos : Raymond Joyeux

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Un jeune sportif Saintois champion du monde junior de Windsurf !

Lohan Jules : un talent précoce plein d’avenir

2Fils de Nora et de Lyonel et petit-fils de nos amis Jacqueline et Hubert Jules, Lohan est né le 6 avril 2002 à Baie-Mahault en Guadeloupe continentale. Sans avoir jamais vécu à Terre-de-Haut, mais fréquentant régulièrement notre île avec ses parents et ayant sans conteste dans son ADN les gènes de son ascendance saintoise, c’est très jeune qu’il se jette à l’eau au sens propre du terme et découvre précocement les joies de la natation. D’abord avec son grand-père Hubert qui, à 3 ans à peine, sans complexe mais avec brassière, le fait traverser en l’accompagnant la baie du Gosier, entre l’îlet du même nom et la plage de la Datcha ; puis avec son instituteur Marc-André Bonbon, enseignant émérite, grand susciteur de talents de toute nature.
Féru de compétitions dès son plus jeune âge, Lohan pratique la natation jusqu’à 8 ans avant de tenter l’aventure dans d’autres disciplines plus terre à terre, comme le basket, le football et les sports de combat. Mais c’était sans compter sur l’atavisme marin qui le pousse à rejoindre rapidement l’élément liquide qui devient dès lors son milieu de prédilection.

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En stage à l’UCPA de Terre-de-Haut

Ne ratant jamais une occasion de se perfectionner en s’adonnant à sa passion naissante, alors qu’il n’a pas encore 10 ans, Lohan s’inscrit à un stage à L’UCPA des Saintes et participe en vainqueur aux compétitions de canoé-kayak de la fête du 15 août de Terre-de-Haut. Ces expériences répétées affinent ses potentialités et le confortent dans sa volonté de se spécialiser dans la pratique des sports nautiques en se confrontant aux dures exigences de ces disciplines, sans négliger pour autant sa scolarité, en garçon sérieux, soutenu et encouragé par sa famille.

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En 2014, âgé de 12 ans, il fait définitivement le choix de la planche à voile et s’inscrit au Club Cataraïbes de Petit-Bourg qu’il avait découvert lors d’une sortie scolaire alors qu’il était au primaire avec Marc-André Bonbon, le bien nommé, déjà mentionné. À partir de là, coaché par Hugo Thélier, le neveu de Claude, ce navigateur hyper connu dans le monde de la voile traditionnelle guadeloupéenne, Lohan, sans être né, selon ses propres mots,  dans le milieu de la planche, va enchaîner les compétitions qui vont le mener de victoires en victoires jusqu’au sommet mondial de sa catégorie. 

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Premiers pas en planche à voile à Petit-Bourg

Un parcours impressionnant

De sa première compétition de planche à voile à 12 ans en 2014 où il termine bon dernier à celles locales, nationales et internationales de 2017 et 2018 où il rafle souvent les premières places, que de chemin parcouru en quatre ans de travail, de persévérance, de passion et de pratique intensive ! Voici en résumé, sauf omission involontaire de notre part, le fabuleux parcours de Lohan jusqu’au championnat du monde Junior en Italie où, surclassant superbement ses adversaires, il termine premier :

1 – Sur le plan local :

  • 2014 : première compétition – classé dernier
  • 2015 : 10ème du championnat de Guadeloupe
  • 2016 : 1er du Kiddy Tour Guadeloupe
  • 2017 : Double champion du Kiddy tour U17 et U21
  • 2018 : Champion de Guadeloupe, toutes catégories U17, U21, et Séniors, St-François

 2 – Sur le plan national :

  • 2017 : 5ème  du Championnat de France U17 Glisse espoir à Quiberon
  • 2017 : 3ème de la Finale AFF Coupe de France Jeune à Ouistreham
  • 2018 : 1er de la Coupe de France U17 à  Marignane Le Jaï

3 – Sur le plan international :

  • 2017 : 3ème du Championnat d’Europe IFCA à La Tranche sur Mer
  • 2018 : 1er du Championnat du Monde IFCA Junior au Lac de Garde Torbole en Italie. (IFCAInternational Funboard Class Association)

Championnat du monde IFCA 2018 en Italie :  » Ma plus belle expérience »

Etudiant au CREPS et meilleur jeune sportif guadeloupéen 2018

S’il ne nous est pas possible, dans le cadre de cette chronique, de rendre compte de toutes les compétitions de haut niveau auxquelles Lohan Jules a participé ainsi que de toutes les victoires qu’il a remportées, il nous paraît important d’indiquer que ce passionné et prometteur sportif, Saintois par son père et Sainte-Rosien par sa mère, lauréat du meilleur jeune sportif guadeloupéen 2018, est actuellement inscrit en 1ère ES au CREPS des Abymes où, en plus de l’enseignement scolaire traditionnel, le programme sportif est loin d’être une sinécure, comme Lohan lui-même le précise : «  Une journée d’entraînement à la cité scolaire du CREPS, c’est la préparation physique le matin dès 5 H. Puis un entraînement en slalom, ou foil, de 14H00 à 17H00 avec mon entraîneur Hugo Thélier et mes autres camarades, Joël, Mattéo, Olivia, Thibault, Niels, Enzo, Mathéo. » 

Trophée du meilleur jeune sportif 2018 décerné le 17 décembre à la Marina

Enchaînant volontiers sur son ressenti à l’occasion de ses déplacements, il ajoute avec enthousiasme mais non sans lucidité : « Je suis heureux d’avoir pu organiser avec l’aide de mes parents tous mes déplacements… Les compétitions sont des moments uniques que je partage non seulement avec mon père qui m’accompagne, mais avec mes amis de métropole ou de la Nouvelle Calédonie. Il y règne une ambiance très sympathique. Tout est mis en place pour nous accueillir chaleureusement. Ces compétitions sont pour moi importantes, car elles me permettent de progresser en me confrontant aux autres. Elles m’apportent de l’expérience sur tous les plans. » Et sur son compte Facebook c’est, conscient et reconnaissant des aides qu’il reçoit, qu’il remercie « ses parents, sa famille, ses amis, toutes les personnes qui l’encouragent depuis toujours, sans oublier ses sponsors pour leur soutien financier. »

Une remise de coupe à Lohan parmi tant d’autres, ici à Vieux Fort en Mai 2018

 2019 : une saison qui débute bien et des projets plein la tête…

En remportant la régate du week-end des 05 et 06 janvier de cette année à Ste-Rose en Slalom du Wind & Kite Festival, Lohan débute bien sa saison 2019, avec pour objectif avoué diverses compétitions dont le Championnat du monde qui se déroulera cet été à la Tranche sur Mer, le championnat de France, les étapes AFF, une Etape expérimentale de PWA, et un training expérimental. Précisons pour les non initiés que AFF signifie Association Française de Funboard et PWA Professional Windsurfers Association, qui comme son nom l’indique est américaine. En prenant bonne note de ces passionnantes rencontres à venir, nous félicitons Lohan pour ses incroyables performances et lui souhaitons bonne chance et bon vent pour ses prochaines compétitions…

Bravo et merci Lolo !...

PS : Nous remercions vivement les parents de Lohan,  Nora et Lyonel Jules ainsi que son  grand-père Hubert, ancien marin du Qui Sait, nageur amateur en haute mer et supporter admiratif et inconditionnel de son petit-fils, de nous avoir fourni les précieux documents qui ont permis la rédaction de cette chronique.

Raymond Joyeux

Pour plus d’informations sur Lohan Jules, qui se définit lui-même comme « altruiste, persévérant, intègre, aventurier et sympathique »,  autant de qualités que nous confirmons  en y ajoutant talentueux, modeste et volontaire, vous pouvez vous rendre sur les liens suivants et visionner la video ci-dessous :

Facebook : lohan jules

http://lgvoile.com/windsurf/actualites-windsurf/571-champ-g-windsurf-2018.html

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La vigie : une coutume saintoise aujourd’hui disparue

UnknownPremier romancier saintois auquel nous avons consacré une chronique en février 2014, (voir lien 1) Victor Vala, originaire de Terre-de-Bas, nous a laissé un ouvrage original et instructif sur les mœurs saintoises d’autrefois, publié en 1978 aux éditions Jeunes Antilles, préfacé par Laurent Farrugia et intitulé Une perle blanche à Terre-de-Haut. Cet ouvrage malheureusement épuisé nous renseigne entre autres sur la vie des pêcheurs du milieu du siècle dernier, en particulier sur les techniques de la pêche à la senne et ses minutieux préparatifs, mettant en émoi aussi bien les professionnels de cette pratique ancestrale que la population de notre île, hommes et femmes confondus. Véritable étude sociologique, le passage qui suit présente la coutume de la Vigie qui permettait aux pêcheurs d’être informés de l’arrivée du poisson sur les côtes saintoises et de se préparer à l’encercler. Les techniques de pêche ayant fortement évolué aux Saintes, cette coutume n’a plus cours aujourd’hui dans notre archipel. Sa disparition a mis fin du même coup au fort lien communautaire qu’elle générait.  

Texte de Victor Vala

Sur la falaise…

À demi voilé par de rares nuages oblongs où, parmi tant d’autres couleurs, le rose et le violet dominaient à qui mieux-mieux, le pâle soleil qui se mourait à l’horizon, coiffait encore de sa douce lumière la verdâtre colline. Elle n’était guère éloignée la minute où la vigie n’aurait plus de raison d’être. L’homme lentement se leva. D’un geste long et las il s’étira tout en continuant à fouiller de son regard perçant et averti cette mer déjà trop brune que toute la journée il avait scrutée, en vain, pour repérer le banc de coulirous signalé à plusieurs reprises précédemment et qui, aux dires exagérés de ceux qui l’avaient aperçu, était de beaucoup le plus important qu’il fût jamais donné à un Saintois de voir.

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Le pâle soleil se mourait à l’horizon… Photo Raymond Joyeux

Outre son côté commercial, la pêche aux coulirous, à la Guadeloupe (voir lien 2), constitue en elle-même un événement, et cela est vrai aux Saintes plus que partout ailleurs. Ici, en effet, tout le monde, hommes et femmes de tout âge, de toute classe, prend une part, sinon toujours active, du moins intéressée aux opérations qui durent parfois quatre ou cinq jours. On suit dans ses moindres détails la compétition serrée dans laquelle se trouvent engagés les propriétaires de sennes qui aspirent, chacun pour son propre compte, à capturer le banc signalé.

Des règles unanimement admises et respectées

Le premier d’entre ceux-ci qui est avisé de la présence des poissons, s’empresse d’aller occuper, avec son équipage, la plage où la pêche paraît devoir se dérouler dans les meilleures conditions. L’adoption de ce point de la côte dépend de multiples facteurs dont les senneurs savent tenir compte et qui sont, pour ne citer que les principaux : la position initiale du banc, son déplacement présumé, la direction et la force du courant, et enfin la nature du fond, de même que celle du rivage. Seule une solide expérience permet de prendre une décision rapide et efficace. Aussi, rares sont les fois où les coulirous se font capturer ailleurs qu’à l’endroit ainsi choisi. Sitôt ce premier stade accompli, la nouvelle se répand comme le feu dans une traînée du poudre. Les autres « maîtres de sennes » interviennent alors et c’est à qui prendra pied le plus tôt sur l’anse la mieux placée parmi celles qui restent.

vala-couvertureAinsi donc, lorsque la vigie, cet homme de confiance, se résigna enfin à quitter son poste, tout en haut, à l’extrême pointe de la falaise, il ne faisait pas très clair. Comme si elle ne voulait plus laisser lire en elle, la mer s’assombrissait de minute en minute. Or c’est cet obscurcissement trop rapide qui frappa tout à coup notre veilleur. Il retint son souffle, lorsque, clignant les yeux, il distingua sans netteté la noirceur caractéristique des coulirous. Il riva son regard sur ce qui lui sembla être une limite du banc, la bordure la plus proche. Elle se déplaçait, s’approchait. Mais si peu, si peu, qu’on hésitait à l’affirmer. Comme pour défendre son bien, l’eau se fit alors plus opaque, au point de créer dans l’esprit du pêcheur un véritable doute quant à la présence réelle des poissons. Il resta un moment à s’interroger. S’était-il trompé ? Y avait-il eu simple illusion d’optique ? Existait-il parmi les indices révélés au moins un qui fût assez probant ? Il en était là quand, à la suite d’un bref remous produit au large les coulirous en nombre considérable se mirent à sauter pour retomber en pluie dans l’eau noire et tranquille. Cette fois il n’y avait pas d’erreur possible. L’homme n’en continua pas moins, satisfait, à les observer du haut de son perchoir. Leur danse dura peu. Deux minutes à peine. Puis tout redevint calme, du moins là ; car il ne s’écoula guère de temps pour que le village fût au courant. De bouche en bouche, la nouvelle allait se répétant : « Le coulirou est rentré, le coulirou est rentré, au  Pain de Sucre. C’est pour Eugène. On l’entourera demain au petit jour ».

Comme une trainée de poudre…

Dans la rue, au café, dans chaque maison, à toutes les tables, on ne parlait que de cela. Tout laissait prévoir que l’assistance serait nombreuse, vu que cela tombait un dimanche. À l’exception du curé et de quelques fidèles de bon âge qui simulaient un attachement primordial à la messe dominicale, chacun avait des raisons pour ne pas manquer « le coup de senne ». Les uns pour la part de poisson parfois importante revenant à toute personne présente sur les lieux, les autres pour ne rien changer à la coutume, d’autres enfin moins nombreux, pour le spectacle lui-même qui vraiment en valait la peine…

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Pêcheurs de Terre-de-Haut préparant leur senne. Photo Raymond Joyeux

Ce texte est extrait du livre de Victor Vala, Une perle blanche à Terre-de-Haut – 1978

Pour plus d’informations sur l’auteur et la pêche aux coulirous, vous pouvez consulter les liens suivants :

1 – https://raymondjoyeux.com/2014/02/20/victor-vala-premier-romancier-saintois/

2 – https://raymondjoyeux.com/2017/04/06/une-tradition-ancestrale-la-peche-a-la-senne/

Le 5 février 2019 – Raymond Joyeux

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