Peinture : vernissage réussi pour Alain Joyeux à LO Bleu

Une récidive très appréciée

Après l’OMCSL de Terre-de-Bas en février dernier, le public est venu nombreux ce samedi soir 9 décembre 2017 dans les locaux agréables et spacieux de l’hôtel LO Bleu à Terre-de-Haut pour le premier jour d’exposition Couleurs pays d’Alain JOYEUX. Les tableaux particulièrement attrayants qu’il a présentés, dont certains très récents, ont ravi les visiteurs enthousiastes. Méditant devant les œuvres du peintre, chacun y allait de son admiration et de ses commentaires, prouvant, s’il en était besoin, que le Saintois, résident ou d’adoption, abreuvé en continu des mirifiques colorations changeantes de la mer et du ciel – colorations sublimées par le talent explosif d’Alain – n’est pas insensible à cet art subtil et délicat qu’est la peinture.

Au vernissage de ce samedi soir, il convient de noter la présence amicale et chaleureuse de deux artistes de renom : le designer et graphiste Bruno Coiffard, bien connu en Guadeloupe, récemment installé aux Saintes, auquel on doit, entre autres, le design des verres à punch d’une célèbre distillerie du Sud Basse-Terre, à la production particulièrement appréciée ici… Et Ella Helman, artiste-peintre d’origine polonaise de renommée internationale, en voie de monter son atelier chez nous, à Terre-de-Haut. De quoi satisfaire pleinement Alain Joyeux dont l’exposition à LO Bleu est appelée à durer jusqu’à fin décembre, permettant ainsi aux amateurs, empêchés samedi dernier, de ne pas rater cette occasion unique de se faire plaisir.

Alain Joyeux en famille, au milieu de ses œuvres

Retour aux sources poétiques et familiales

Satisfaction d’autant plus grande et émouvante pour Alain que l’hôtel dont le nom renvoie au célèbre poème d’Arthur Rimbaud, Voyelles : (A noir, E blanc, I vert, U rouge, O bleu), est construit sur l’ancienne propriété de son arrière grand-père Jean-Marie JOYEUX, maître-senneur et notable reconnu aux Saintes, qui y avait édifié sa résidence et rangeait autrefois ses filets, cordages et autres engins de pêche dans un entrepôt jouxtant une plantation en tonnelle de ce fameux et succulent raisin muscat qui fit pendant longtemps la juste renommée de notre île.

Pêcheurs saintois

Un accueil bienveillant et passionné

Les sympathiques et très accueillants actuels maîtres des lieux, Stéphane Nicolas et son épouse Véronique, amoureux tous deux, sans retenue, de l’art et de notre archipel, et qui ont su imprimer leur touche personnelle à la fois rustique et moderne à ce bel ensemble hôtelier, ne sont pas à leur coup d’essai en matière d’exposition artistique. Avant Alain, d’autres artistes ont accroché avec succès leurs œuvres aux cimaises de ce splendide hall, s’ouvrant directement sur la baie illuminée des Saintes, cadre particulièrement propice et adapté à ce genre de manifestation. L’Eau bleue – LO Bleu, subtil et poétique jeu de mots que ne manquent certainement pas de relever et d’apprécier les amateurs de couleurs, de nature et de poésie, clients privilégiés, habituels ou épisodiques de l’établissement et de son environnement exceptionnel.

Vague

Pour un festival d’art pérenne et reconnu aux Saintes

Merci à Alain Joyeux, au public et au couple Nicolas pour cette manifestation culturelle de haut niveau, esthétique et conviviale, qui devrait devenir une tradition, dans le sillage des festivals artistiques réguliers de certaines communes, (musique, chants, poésie, peinture, cinéma…) et qui nous font tant défaut aux Saintes… Espérons que ce premier pas réussi sera suivi de beaucoup d’autres tout aussi enthousiasmants. Ce ne sont pas les artistes en tous genres qui manquent à Terre-de-Haut… à eux de se faire connaître et apprécier !

 

Pour plus d’informations sur les motivations, les influences et l’œuvre picturale d’Alain Joyeux, cliquer sur le lien suivant :

https://raymondjoyeux.com/2015/01/19/alain-joyeux-ou-linspiration-tropicale/

L’homme qui plantait des arbres

« Puisse l’arbre de la peinture et de l’œuvre d’Alain prospérer dans notre imaginaire et y porter ses fruits apaisants et colorés. » J’ai voulu terminer par cette petite note poético-philosophique… à vous de juger si ma formulation est ratée ou non ! Merci de votre indulgence…

Raymond Joyeux

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Terre-de-Haut : hommage et reconnaissance à nos agents communaux

Se prendre en charge :
une spécificité majoritairement inconnue des Saintois

S’ils ne sont pas les seuls, les Saintois sont rouspéteurs de nature. Tout le monde le sait. La majorité d’entre eux, de tout temps, ne comptent que sur la commune pour résoudre leurs problèmes. Qu’ils soient personnels ou collectifs. Et si ça tarde un peu, ils rouspètent ! Il faut dire que depuis près de 50 ans, ON les a habitués à ne jamais se prendre personnellement en charge, ou si peu ! Pourquoi se gêneraient-ils aujourd’hui ?

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Bâtiment des services techniques de la commune de TDH

Une étrange habitude imposée : la mairie comme lieu géométrique centralisateur de la vie communale

Il n’y a pas si longtemps encore tout passait par la mairie. C’était une obligation imposée et une bien étrange pratique. Une réunion de parents d’élèves : à la mairie ; une rencontre des marins-pêcheurs : à la mairie ; un bilan associatif (du temps où existaient les associations), à la mairie ; une manifestation prévue de commerçants : encore à la mairie ; la programmation d’une chorale ou l’organisation d’une soirée récréative, toujours à la mairie, et j’en oublie certainement… Tout cela bien entendu orchestré et dirigé par M.M nos maires en personne. Personnages publics importants certes, polyvalents de nature, ça va de soi, mais aussi histoire sans doute de se tenir informés des moindres faits et gestes de la vie de leurs administrés et d’ y mettre leur grain de sel. Belle et noble raison ! Et comme on n’a jamais eu l’idée (et surtout pas la volonté) – au cas où les opposants en bénéficieraient –  de créer une maison des associations, au fonctionnement indépendant des instances politiques et municipales, comme cela existe partout ailleurs, il faut bien se réunir quelque part, alors pourquoi pas à la mairie ? N’est-elle pas appelée, après tout, maison du peuple ?

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Étrange maison du peuple, accueillante plus souvent qu’à son tour !

Un personnel mis à rude épreuve, toujours sur la brèche

Mais trêve d’ironie de mauvais aloi et de persiflage. Malgré son toit rouillé, la mairie de Terre-de-Haut existe et fonctionne bien. Et c’est tant mieux. Avec son maire d’abord qui répond systématiquement de bonne grâce à tous vos courriers ; avec son personnel administratif ensuite, accueillant et coopératif, toujours prêt à vous écouter, à vous informer et à satisfaire vos demandes,… sans attendre des mois pour vous fournir une fiche d’état civil. Mais aussi et surtout avec ses agents techniques qu’on pourrait qualifier des « services extérieurs », chargés de tout ce qui touche à l’entretien et à l’embellissement des biens communaux ; à la propreté du bourg et à la sauvegarde de son patrimoine et de son environnement : abattage, élagage, broyage, balayage, nettoyage, ramassage, jardinage… Tâches ingrates s’il en est, mais indispensables, et qui méritent qu’on s’y attarde au lendemain des intempéries de septembre qui nous ont si cruellement touchés.

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Jean-Charles, le roi incontesté du râteau

Impatience et rouspétance

Bien entendu, les choses ne se passent jamais assez vite et aussi bien que nous le souhaitons. D’où la rouspétance évoquée plus haut et un sentiment de frustration, voire d’injustice de certains qui attendent que l’on déblaie devant leur porte où s’accumulent encore, plus de deux mois après le passage de l’ouragan, les méfaits trop visibles de Maria.

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Que l’ON déblaie ! Oui, mais qui ? Sinon justement ces agents communaux qui dès le lendemain de la tempête jusqu’au jour d’aujourd’hui (1er décembre 2017) n’ont ménagé ni leur peine ni leur temps pour redonner progressivement à la commune son cachet d’avant : noria journalière incessante d’engins, bennes et camions pour collecter les encombrants de toute nature, polluant les rues et le littoral : tôles et ferrailles rouillées, antennes de TV délabrées, branchages enchevêtrés, vieilles planches vermoulues, gouttières plastiques endommagées, filets, cordages et bâches échoués qu’il faut désensabler… Ajouté à cela le service régulier de ramassage des déchets ménagers et des appareils électriques hors d’usage qui viennent s’additionner aux lourds sacs de vinyle noir, remplis à ras bord, bien connus – mais mal aimés à juste titre – des éboueurs matinaux.

Et après cela il serait injuste et déplacé de rendre hommage à ce personnel exceptionnel sans qui toutes les communes, dont la nôtre, crouleraient sous les décombres et la pestilence ? ! Bien au contraire, c’est ne pas le faire qui serait injuste !

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René, symbole souriant de l’agent technique impliqué dans le nettoyage communal

 Et si chacun y mettait du sien ?

Et si, pour les aider, chacun y mettait un peu du sien ? Râteaux, pelles, brouettes, sachets poubelles, cela coûte si peu en comparaison des efforts fournis par nos agents communaux. Et, à vrai dire, tout le monde n’est pas resté les bras croisés. On en a vu – souvent les mêmes – qui quotidiennement se sont retroussé les manches sans attendre le secours providentiel de la collectivité. Et c’est grâce au travail combiné et complémentaire des uns et des autres que Terre-de-Haut commence à redevenir propre et belle, en dépit de quelques amoncellements toujours visibles mais qui, avant Noël, nous en sommes persuadés, auront disparu pour la satisfaction de tous.

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Mieux vaut se munir des gants solides et résistants pour ce genre de récolte !

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Reconnaissance et hommage amplement mérités

Voilà l’hommage que je tenais, en votre nom et au mien, chers compatriotes, à rendre à tous ces particuliers et à nos nombreux agents communaux des « services extérieurs » qu’il faudrait citer individuellement tant ils sont tous aussi méritants et généreux les uns que les autres. Merci et bravo mesdames et messieurs pour votre engagement et votre sens du bien commun au service de la collectivité de Terre-de-Haut.

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Un bon bricoleur fouineur et persévérant y trouverait son compte !

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Amoncellement hétéroclite de déchets sur fond de navire de croisière : 29/11/17

 La délation : pratique policière ou sport favori de certains

Dans ce remue-ménage incessant de remise en état de notre île, on peut être sûr en tout cas que ce n’est pas vous, particuliers responsables et agents techniques communaux, qui perdez votre précieux temps à téléphoner aux autorités pour leur rapporter qu’ intel ka koupé piébois ; qu’ intel ka planté pikets ; qu’ intel ka fè ci ; ka fè ça … Ceux-là, ce sont des makos patentés, comme on dit vulgairement chez nous. Des tontons macoutes décérébrés qui, en d’autres temps, auraient dénoncé à coup sûr leurs voisins innocents pour les envoyer à la mort. On peut être certain aussi que ce ne sont pas eux qui ont tenu un râteau ou une pelle pour nettoyer, après le cyclone, devant leur porte. Ils ont préféré ou préfèrent encore attendre en délateurs, qu’on vienne le faire à leur place. Triste et pitoyable réalité que ce sport imbécile et honteux que pratiquent certains habitants de notre commune, au cerveau dérangé, toujours à l’affût du mal qu’ils pourraient faire aux autres. Ce à quoi il faudrait ajouter que cette attitude maladive et perverse devrait être depuis longtemps  éradiquée de nos mœurs saintoises si, au lieu de l’encourager, les responsables politiques successifs – car la politique sert aussi à éduquer – l’avaient désapprouvée en remettant à leur place ces minables petits rapporteurs, en quête, faute d’intelligence, d’une hypothétique et monnayable reconnaissance.

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Élagage individuel pour suppléer à la surcharge municipale : autorisation officielle indispensable

Car la vraie et respectable reconnaissance, s’il faut en attribuer une, c’est à nos agents communaux qu’elle revient. À ceux et celles qui chaque jour font leur boulot de façon désintéressée. Sans chercher à nuire à qui que ce soit. Pour la simple et unique satisfaction d’accomplir une responsabilité honnêtement assumée.

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Toutes les photos sont de Raymond Joyeux. Celles présentant des personnes sont publiées avec l’autorisation des intéressés que l’auteur remercie pour leur collaboration.

Raymond Joyeux

PS : Une pensée particulière en ce début décembre pour la famille Bocage qui vient de perdre coup sur coup deux de ses membres : Michel, resté 23 ans paralysé à la suite d’un accident cérébral et Jean-Michel, le fils de Carmen et de notre regretté Francis. À leurs parents, proches et amis nous adressons nos très sincères condoléances et notre plus vive sympathie. Condoléances et sympathie à partager avec les familles Hoff et Bride à l’occasion du décès en métropole de Maryse, épouse de notre ami Philippe.

 

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L’eau aux Saintes, suite !….

Bonjour à tous,

Face au problème récurrent de la distribution de l’eau aux Saintes, je souhaiterais publier un article paru en décembre 2013 sur le sujet. Malheureusement, l’informatique me jouant des tours, je ne peux que vous donner le lien de cet article dont j’ai quelque peu modifié le titre et l’introduction. Mille excuses pour cet incident.
Bonne journée à tous. Raymond Joyeux

https://raymondjoyeux.com/2013/12/18/leau-aux-saintes-un-epineux-probleme-aujourdhui-resolu/

 

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L’eau aux Saintes : un épineux problème aujourd’hui résolu ?..

Le jeudi 23 novembre à 13 heures, une rupture de canalisation à Trois-Rivières a privé d’eau Terre-de-Haut et Terre-de-Bas pendant deux jours. Maintenant que la distribution a été rétablie,  nous avons jugé bon de publier à votre intention cette chronique parue en décembre 2013, retraçant l’évolution de l’alimentation en eau de notre archipel. Si  nous avons ajouté un point d’interrogation au titre initial, c’est pour signifier que nous sommes à la merci d’un incident identique à n’importe quel moment et que le problème n’est pas aussi définitivement résolu qu’il y paraît. D’autant que nous sommes tributaires de la petite guerre politique que se livrent à nos dépens la CASBT dirigée par Mme Michaux-Chevry  et le Conseil Général de la Guadeloupe en la personne de Madame Borel-Lincertin. À preuve cette dernière publication de Terre-de-Haut Indiscrétion qui nous apprend que c’est sur l’intervention de Mme Borel que la réparation a pu être réalisée, la présidente de la CASBT refusant de la prendre en charge !.. 

Chassés par le manque d’eau

voyage labatL’histoire nous apprend que les premiers colons qui abordèrent les côtes saintoises en 1648 durent abandonner rapidement l’archipel à cause du manque d’eau. « Il n’y a qu’une chose désagréable dans ces Isles,  écrit Jean-Baptiste Labat, c’est le défaut d’eau douce. »Ces colons revinrent cependant quelques années plus tard, en 1652, et s’y installèrent définitivement, ayant sans doute trouvé un moyen quelconque (que les archives ne précisent pas), pour récupérer et conserver le précieux liquide.

Réservoirs militaires et communaux

Par la suite, nous savons que lorsque s’édifièrent les fortifications et bâtiments militaires (entre 1809 et 1870), les constructeurs prirent soin de doter la plupart d’entre eux d’immenses citernes, dont certaines souterraines, capables de fournir aux garnisons et à la population de l’époque un approvisionnement régulier en eau. Selon un document manuscrit authentifié en ma possession, voici la liste, le lieu, la date de construction et la contenance de ces citernes :

Citernes Bien

Citerne de la Caserne -1841. Photo R.Joyeux

Si l’on excepte le réservoir souterrain du Fort Napoléon, la plupart de ces citernes sont aujourd’hui abandonnées ou comblées et certaines d’entre elles totalement détruites. Une réhabili-tation des édifices existants, outre la préservation d’un patrimoine excep-tionnel, serait un hommage rendu à l’histoire et au passé de notre île.

Puis, au fur et à mesure que se cons-truisirent les édifices  publics : église, mairie, écoles, se sont édifiées simultanément des citernes com-munales gérées par les autorités et assurant en saison de sécheresse des ressources complémentaires.

Jarres, fûts et citernes privées

Modèle de jarre utilisée aux Saintes

Parallèlement à cet effort public, les particuliers se mirent à constituer leurs réserves personnelles en installant des gouttières autour du toit de leurs maisons pour alimenter jarres et fûts, au contenu éphémère, en attendant d’avoir les moyens de construire des citernes en dur. Certains avaient  creusé dans leur cour ou leurs « terres », des puits ou mares pour subvenir aux besoins en eau du bétail, et éventuellement s’en servir pour le ménage, la vaisselle ou la lessive. La commune elle-même possédait une mare au Marigot, qui existe encore et autour de laquelle se sont affairées pendant des décennies, des générations de femmes saintoises transformées en lavan-dières… quand elles ne se rendaient pas à l’îlet à cabris par canots entiers.

La mare du Marigot

Située au pied des Mornes du même nom et ancrée dans la mémoire collective des Saintois, la Mare du Marigot est régulièrement alimentée par les eaux de ruissellement. Plusieurs fois comblée de terres charriées lors de pluies abondantes, elle a été souvent désensablée, réaménagée et une partie de ses berges renforcée en dur, ce qui a altéré quelque peu son caractère naturel et modifié certainement son biotope originel.

La mare du Marigot aujourd'hui. Photo R. Joyeux

L’Étang Bélénus

 Avec la mare du Marigot, le plan d’eau douce le plus célèbre de Terre-de-Haut reste sans conteste l’Étang Bélénus aujourd’hui disparu. Cet étang, peu profond, mais très étendu, situé à l’entrée de la plage de Grand’Anse, constituait un élément exceptionnel et unique du biotope saintois par la présence en ses eaux et aux abords d’espèces animales et végétales d’une extraordinaire variété. Comblé en 1966 par les militaires du SMA (Service Militaire Adapté), à l’occasion des travaux de l’aérodrome, sa disparition prive Terre-de-Haut non seulement d’une appréciable et naturelle réserve d’eau douce, mais d’un patrimoine écologique et paysager irremplaçable.

Étang Bélénus avant sa disparition - Coll. Boisel

Les pompes-fontaines de Théodore Samson

Les plus anciens doivent s’en souvenir : lorsque les carêmes étaient particulièrement rigoureux, tout ce qui vivait aux Saintes, hommes, animaux, végétaux, ressentait douloureusement les effets du manque d’eau. C’est pour cette raison que la municipalité de Théodore SAMSON, dans les années 50, ordonna des forages pour tenter de faire monter l’eau du sous-sol. Des fontaines, actionnées par une pompe à bras, furent installées aux endroits stratégiques de l’île, (carrefour de la mairie, de la Poste, des écoles…), permettant à la population de venir s’approvisionner facilement. Ce fut la première tentative « scientifique » de résolution du problème de l’eau toujours crucial à Terre-de-Haut. Malheureusement, si l’idée était bonne et la technique relativement au point pour l’époque, la proximité de la nappe sous-marine, rendant l’eau saumâtre, donc inutilisable, fit échouer le projet et les pompes qui fonctionnèrent un certain temps, finirent par s’oxyder et disparurent l’une après l’autre.

Les interventions de la Marine nationale

Citerne ronde communale -Photo R.Joyeux

Au cours de la période 1960-1975, sous les municipalités successives de Georges AZINCOURT, d’Eugène SAMSON et de René GERMAIN, la Marine nationale est intervenue à maintes reprises  pour alimenter les Saintes en eau potable. Des navires citernes qui faisaient le plein en Guadeloupe venaient régulièrement en période de dure sécheresse remplir la citerne ronde de la mairie, obligeant malgré tout, sous la surveillance étroite du garde-champêtre Virgile Cloris,  à un rationnement de la population. Rationnement qui suscitait, pour autant que je m’en souvienne, de mémorables bousculades, contestations, altercations et « babillages » aux heures de distribution…

Une technique d’évaporation irréalisable

À la fin des années 60, le conseil municipal sous la conduite d’Eugène Samson, se pencha sérieusement sur une technique, capable, pensait-on, de  solutionner définitivement le problème récurrent de l’eau aux Saintes : un procédé d’évaporation-récupération dont une maquette expérimentale resta un certain temps installée en plein soleil devant la mairie de Terre-de-Haut. Difficilement réalisable à grande échelle, le projet resta à l’état de maquette et c’est une municipalité nouvelle élue en 1971 et dirigée par le Docteur René GERMAIN qui entreprit les travaux d’installation d’une usine de dessalinisation de l’eau de mer.

La dessalinisation ou dessalement de l’eau de mer

Cette technique révolutionnaire à l’époque, qui avait fait ses preuves en Israël, semblait être en effet, en dépit de son coût élevé, la solution de l’avenir. Une première unité de dessalement fut installée en plein bourg, dans le bâtiment désaffecté de l’ancien groupe électrogène. Les conduites d’alimentation de l’usine amenaient l’eau de mer directement de la rade, pompée à quelques encablures au large du débarcadère. Outre les risques de pollution et le bruit occasionné par le fonctionnement des appareils, cette unité de production à faible débit ne servit au début qu’à alimenter les citernes communales, en attendant que se construisent, aux flancs du Chameau et du Morne Mire, les châteaux-d’eau et, dans le bourg, les canalisations urbaines pour le branchement des particuliers.

Unités de dessalement de Morel en 1985 - Photo R.Joyeux

Lorsque, après plus de dix longues années de travaux particulièrement incommo-dants, furent achevées et  rendues opérationnelles ces importantes et coûteuses réalisations : (trois réser-voirs en béton d’une capacité totale de 2650 M3, et une grande partie du réseau urbain de canalisations souterraines), il fallut penser à réformer la petite usine du bourg devenue obsolète. La commune disposant d’un vaste emplacement à Morel, c’est l’UCDEM (Unité Caribéenne de Dessalement de l’Eau de Mer), une société spécialisée basée à Saint-Martin, qui se chargea de l’implantation de deux unités performantes de production d’eau douce, d’un débit quotidien de 90 M3.  Mises en service en 1985, elles étaient appelées à assurer désormais à la population une alimentation régulière en eau, à condition qu’elle y mette le prix : jusqu’à 60 F le M3, soit l’équivalent de 9€ 15 actuels. La distribution, gérée par un Syndicat communal des eaux, sous la houlette de la mairie, devint vite objet de pression électoraliste, les autorités municipales détenant seules le droit régalien de raccordement ou non des particuliers.

Vers la solution définitive

Alors qu’il semblait qu’avec cette nouvelle usine le problème de l’eau aux Saintes serait définitivement résolu, des pannes à répétition et des incidents techniques, (mauvais dosage entre autres des apports en sels minéraux), intervenant en pleine sécheresse, causèrent de sérieux inconvénients aux particuliers et aux hôteliers. Il s’est alors avéré que la fiabilité des installations et de leur mise en œuvre était loin d’être assurée à 100%. Incidents  auxquels était venu se greffer un grave contentieux financier entre le Syndicat des eaux et l’UCDEM, laissant les Saintois à la merci d’une pénurie généralisée.

Préparation d'un élément de la canalisation

C’est alors que les autorités départementales décidèrent de prendre les choses en mains. À l’instar de la Désirade qui venait d’être reliée en eau à la Guadeloupe par des canalisations sous-marines, le Conseil Général entreprit de rassembler les moyens financiers, techniques et humains susceptibles de régler le problème des Saintes une fois pour toutes.

Ce ne sont pas moins de 100 Millions de Francs (l’équivalent de 15 Millions d’Euros) qui allaient être consacrés à la mise en œuvre d’un gigantesque chantier, présenté comme une première mondiale en ce domaine. Une canalisation flexible de 14 kilomètres en continu, réalisée au Danemark et posée entre deux eaux, à des profondeurs atteignant parfois 320 mètres, par une barge spécialisée venue directement de Scandinavie, amènera désormais l’eau aux Saintes depuis la Guadeloupe.

Le chantier de raccordement

Débutés en septembre 1993, les travaux s’achèveront en février 1994 et c’est le Président du Conseil Général, M. Dominique Larifla, qui inaugura le 15 août de la même année cette liaison vitale des communes sain-toises avec la grande île, mettant définitivement, pour de bon cette fois, il faut l’espérer, un point final aux tracasseries de nos popu-lations, privées naturelle-ment sur leur sol de rivières et de sources, leur permettant d’assurer leur autonomie en eau douce, élément indispensable à toute vie sur la planète. Élément rare, précieux et fragile qu’il nous incombe  de préserver et d’économiser… en songeant aux efforts constants consentis par nos prédécesseurs pour nous rendre pratiques et sûres aujourd’hui ses multiples et vitales utilisations.

Mise à l'eau

Raymond Joyeux
Les photos du chantier m’ont été aimablement communiquées à l’époque
par un responsable du projet.

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9 commentaires pour L’eau aux Saintes : un épineux problème aujourd’hui résolu ?..

  1. Alain Joyeux dit :

    Comme toujours, les dossiers sur le patrimoine local présentés sur ce blog ( le lambi, le tourment s d’amour…) sont d’un immense intérêt pour ceux qui aiment notre petit pays. Ce dossier sur l’eau est à la hauteur des précédents. La précision des informations ainsi que la rigueur du traitement, les documents iconographiques (souvent des images inédites ou rares), font de cette chronique un véritable travail d’historien et de journalisme tout en incluant des souvenirs personnels, précieux témoignages, qui nous rendent les description particulièrement vivantes : les « mémorables bousculades, contestations, altercations et « babillages » aux heures de distribution » mettent du piment dans ce qui aurait seulement pu être un simple inventaire de faits et de dates.
    Ce dossier insiste sur l’espoir de résoudre cette question essentielle de l’eau sur l’île. Cet espoir est à chaque fois la motivation de nouvelles installations, un véritable feuilleton sur plusieurs générations !
    Au final l’approvisionnement par tuyaux sous marin est présenté comme « la solution définitive » . Vu la récurrence du problème depuis les premiers colons il m’aurait semblé plus prudent d’y ajouter un point d’interrogation : l’abduction sous marine depuis la Guadeloupe est-elle vraiment l’épilogue de cette histoire d’eau ?… En effet il paraît hasardeux de faire une confiance absolue sur le long terme à une canalisation sous marine, fut-elle d’une technologie avancée, fiable et solide. Certaines rumeurs parlent de fuites considérables … est-ce vrai ? En tout cas, lorsque l’on prend conscience de la force des éléments, il est tout à fait possible que cette conduite se rompe un jour ou l’autre suite a des mouvements de mer plus fort qu’ à l’habitude. Qui est chargé de la maintenance de cette conduite ? Y aurait-il aujourd’hui dans le département les barges et technologies disponibles pour réparer rapidement en cas d’avarie ?
    Les citernes du chameau et autres sont elles pleines en permanence afin de palier momentanément aux besoins en eau de la population suite à une rupture de la dite conduite sous marine ?
    L’usine de Morel est elle encore en mesure de traiter l’eau ? Son bon fonctionnement est-il assuré au cas où ?
    Y-a-t-il un plan B en cas de rupture de la conduite sous marine. Si oui quel est-il ?
    Il semble que ce dossier, aussi excellent soit-il pour les repères historiques qu’il donne, mérite d’être complété par les réponses aux questions ci dessus.
    Par ailleurs il serait intéressant d’avoir des données chiffrées sur l’évolution de la quantité d’eau consommée par la population de Terre de Haut au fil du temps. Aujourd’hui, ce confort certain d’avoir une source inépuisable au robinet doit certainement changer la donne en matière de consommation, compte tenu , non seulement du « haut débit » relatif au structures hôtelières et touristiques, mais aussi du simple changement d’habitude de tout un chacun, savourant ce bienfait inestimable d’une eau de bonne qualité à profusion. Il n’est pourtant pas si lointain, le temps, où l’on faisait sa toilette avec un couï par personne pour économiser l’eau de la citerne familiale…
    D’un autre coté, les personnes bien avisées, qui ont bonne mémoire et surtout l’espace et les moyens de rénover ou de construire des citernes domestiques sont bien évidemment celle les mieux placés pour faire face à une avarie sur le réseau de distribution. Rappelons que les techniques de maçonnerie actuelle, les qualités des armatures et des ciments, certains matériaux composites, permettent la construction d’unité de stockage de l’eau de pluie anti-sismiques, sans parler des systèmes de filtrations qui sont loin de rendre obsolète le concept de la citerne domestique.
    Plutôt que se reposer exclusivement sur un système externe soumis à d’éventuels aléas (la conduite sous marine), Le bon sens voudrait que la politique encouragée soit celle de l’autonomie familiale en eau, surtout aux Saintes, vu les données géo climatiques. Avoir une citerne en réserve n’empêche pas d’avoir le branchement sur le réseau actuel de distribution. Le conseil régional de la Guadeloupe a un temps « sponsorisé » les particuliers pour les inciter à recueillir les eaux de pluie. Cette politique d’aide est-elle encore d’actualité ?
    Voilà pour les quelques questions.
    Si l’auteur ou des lecteurs de ce blog peuvent amener des réponses…

    A Noter : au registre des zones naturelles, il peut être fait mention de la fameuse « cascade » du chameau (sur l’anse Figuier) , très active certes lorsque la saison est bien arrosée, cascade qui peut couler à flot pendant quelques temps de grosses pluies, et qui garde généralement en permanence un filet d’eau même pendant le carême.
    Raymond, tu n’as pas mentionné l’épisode d’un sourcier qui serait venu (dans les années 60 ?) ainsi que ses conclusions sur d’hypothétiques réserves d’eau naturelle sur notre île. Est-ce une légende ? un oubli de ta part ? Il serait intéressant de mentionner cet épisode. Qui était ce sourcier ? Qui l’a fait venir ? A t-il découvert quelque chose ?
    Merci pour ce dossier qui, en tout cas, est une bonne référence pour notre histoire collective.
    AJ.

    • Analyse et questions pertinentes quant à la viabilité à long terme du procédé, jamais à l’abri d’incidents techniques liés à l’usure des matériaux, à une défaillance imprévue de l’installation et aux aléas climato-météorologiques. Incidents qui se sont déjà d’ailleurs produits, aussi bien sur le réseau désiradien que saintois. À ma connaissance, Il a fallu à chaque fois faire intervenir une barge, du matériel et des ouvriers spécialisés qui apparemment ne sont pas basés sur place. Incidents qui n’ont cependant pas affecté de façon significative la distribution d’eau, mais c’est vrai, des fuites sous-marines, souvent importantes, sont régulièrement signalées ici ou là et leur colmatage reste à chaque fois problématique en raison même de la complexité du système et de la profondeur où « flottent » les canalisations…

      J’ignore si les réservoirs de Terre-de-Haut sont toujours entretenus et opérationnels et s’ils sont programmés pour suppléer aux défaillances momentanées du réseau sous-marin. Je sais par contre que beaucoup de Saintois, peut-être un peu trop confiants, démolissent leurs citernes jugées inutiles, n’étant encouragés par aucune autorité à les conserver.

      Concernant le rapport du sourcier, en réalité un radiesthésiste, c’est volontairement que je ne l’ai pas signalé, ne possédant que des informations fragmentaires. De plus, les déductions qu’il avait faites voilà 30 ans n’entraient pas à proprement parler dans le cadre d’une mission rémunérée. Je ne citerai donc pas son nom mais selon lui, des forages au flanc du Chameau permettraient d’atteindre une nappe d’eau douce très importante, à une profondeur ne dépassant pas 36 mètres, pour un débit de 5 M3 heure ; 100 M3 si on fore plus en profondeur… Selon lui également, cette nappe d’eau se situerait à l’aplomb de l’ancienne décharge municipale, ce qui laisserait planer des doutes quant à la potabilité de l’eau… Mais c’est toujours bon à savoir, pour un futur à mon sens très éloigné, mais sait-on jamais …

  2. Chrysos dit :

    Merci Alain pour ta contribution, elle solde mes interrogations quant à la pérennité du cordon ombilical qui nous relie « au continent » …Les impondérables politiques , les catastrophes : il ne faudrait sous estimer aucun risque , selon moi.

    Par ailleurs, il se dit qu’ un esprit hante la mare du marigot. Serait-ce celui de l’enfant Casimir BELENUS( homonyme avec celui qui fit fonction de maire)retrouvé noyé en 1832 ( source: les archives départementales) si ma mémoire est bonne.

  3. Alain Joyeux dit :

    Un plan B officiel en cas de rupture du « cordon » ? Quelle serait l’alternative programmée ? Peut-être la compagnie des eaux peut-elle répondre à cette question ?

    • En ballade au Chameau avec Roméo Léon, le dimanche 29 décembre, à 5 heures du matin, il m’a expliqué que le réservoir du Chameau est parfaitement opérationnel car c’est là qu’arrive l’eau de la Guadeloupe qui est répartie après modération de la pression, chez les particuliers de TDH. Les autres réservoirs, selon lui, sont laissés à l’abandon. Donc, apparemment, il n’y a pas de plan B.

  4. peter christian dit :

    Je voudrais simplement rajouter que le réservoir du fort napoléon est aussi en fonction. A eux deux rempli constitue environ a peine 48 heurs en consommation normal voir moins. il y a disons 5 années il avais fait une étude a savoir si la citerne du chameau pouvais alimenter celle de terre de bas résultat non et j’ai cru comprendre qu’il envisage un procédé pour le futur afin de relier les deux îles

  5. Un grand merci Christian pour ton commentaire qui éclaire notre lanterne. J’ai toujours grand plaisir à te lire et toute information sur ce sujet (ou sur un autre) sera le bienvenu. Je profite pour te souhaiter, à toi, à ta famille et à tous nos lecteurs, une excellente année 2014, en attendant que je reprenne bientôt le fil de mes chroniques.

  6. Marc DUPUY dit :

    Je viens de tomber sur votre article qui est passionnant à lire et m’interpelle sur les problèmes de l’eau, qui n’est pas assuré partout…

  7. Alain Thouret dit :

    Merci Raymond pour ces détails historiques. L’eau, problème crucial pour tout ilien probablement, et l’électricité ? Acheminement sous marin également , mais apparemment moins problématique .
    En tout cas, ayant vécu MARIA , l’eau et l’électricité font parti de notre quotidien, et quand ils manquent…ça se complique, surtout l’eau, élément vital.

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La ballade de Pompierre

Privés de téléphone et d’Internet à Terre-de-Haut depuis la colère de Maria, je vous propose en urgence ce poème-méditation d’Alain JOYEUX sur la plage de Pompierre. Poème d’éloge de ce site mythique, écrit en 2016, bien avant le passage de l’ouragan dont la violence saccagea la cocoteraie et la plantation de raisiniers bord-de-mer dans la nuit du 18 au 19 septembre de cette année 2017. On sait que des initiatives se sont depuis fait jour pour restaurer cette admirable végétation qui faisait le charme et la beauté de ce site inégalable. Mais si on ne peut que louer sans réserve les bonnes volontés animées de cette belle intention, on sait aussi qu’avec ou sans sa végétation, Pompierre est et restera avant tout un lieu d’inspiration pour qui aime la beauté et l’harmonie des couleurs et des paysages, surtout lorsqu’ils nous sont familiers. Cette inspiration, Alain JOYEUX nous la fait partager avec ce poème, illustré de ses propres photographies mêlées à celles de Raymond Joyeux à qui le poème est dédié. Une histoire de famille en quelque sorte !

Voici l’ombre hospitalière des raisiniers bord-de-mer
et de ses cocotiers dont tu fus l’un des planteurs.

Pompierre 
Ton courant d’air permanent, douceur du jour et souvent froid la nuit
Silices douces aux pieds et farines de basalte
Sur ton rivage, le noir volcanique se mêle au blond marin.

 

Pompierre, accueil d’océan, ondes du large houleux qui s’épuisent en tes sables
Pâturages marins ondulant sur les fonds troublés par le courant
Anse de coraux morts immergés, agglomérés en cayes vertes et brunes, rugueuses et inquiétantes
Supports de chadrons, refuges de diodons, de langoustes, passages de bécunes, antres de congres
Tes oursins blancs nonchalants…

Pompierre et tes cendres refroidies
dans les nids de roches parsemés de capsules
témoins silencieux des nocturnes grillades au boucan et restes de cocos fendus

Et tes remplisseurs de poubelles, les entends-tu vrombir ?
Campeurs-zouk de Pâques, prédicateurs en sono de campagne et couleurs de Bologne…

Et voici à Pompierre la bête à mille pieds, squatteurs alignés en bivouacs-cocons
Voici le régiment-fourmis-vertes, voici le SMA… un jour, une nuit seulement ?
OK, adieu bérets.

Pompierre, adulée des touristes ensoleillés
qui regardent leur montre, inquiets de la corne du bateau
appel du retour du soir

Avec tes ouvriers râtisseurs de varech au matin
Avec tes chèvres errantes descendues des mornes 
mendiantes de sandwichs et profiteuses de reliefs

Avec les autres cabris, sur le dos de leur porteur à gué
dans la passe du banc de sable traversant
vers le vert versant de La Roche en novembre

Avec ton coureur de cinq heures, avant-dernier humain du jour
sur la plage en petites foulées, allers et retours

Pompierre et ta beauté, apaisée, révélée une fois le soir venu
Pompierre enfin désertée des plagistes et autres bavards-buveurs de paillottes
Pompierre enfin libérée des bécanes en grappes à son portail

Grand calme surligné de lointains agités :
vagues bruits de scooters vers le chemin du stade
Pompierre dans la lumière dorée où se promènent maintenant des poules et une famille de chats.

Horizon profondeur d’indigo
sur la baie le pélican qui pique sur sa proie

Enfin le voici apparaître
le contemplatif de tout cela. Celui-là :
un va-nu-pieds extasié explorateur des confins innommés
un familier de Pompierre : de ses matins roses, de ses jours longs à hamac
(lecture attentive des graffitis d’égos sur les bois des abris)
un familier des randonnées marines, des bains de bulles-champagne au trou isolé de
La Roche
Un adorateur de ses jours de pluie et de ses crépuscules intimes.

Celui-là de tout ceci et ceux-là, à peine visibles et quelques fois vu-voyant
Des pages de croquis, aquarelles en carnet dans le sac de marche
Savoure au couchant les quelques volutes bleues de son unique spliff et médite sur l’ivresse du beau

Puis il regagne le bourg, chemin trop éclairé,
Celui-là, lorsqu’il les a, remet parfois ses sandales au retour
au croisement du Marigot

Les cheveux salés
et le cœur ébloui.

Merci Alain pour ce poème. Puisse-t-il mettre du baume au cœur de tous les amoureux de Pompierre, dont tu es l’un des plus fervents depuis ton enfance saintoise.
R.J.

 

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18 septembre – 18 octobre : Terre-de-Haut un mois après Maria

Dérogeant une seconde fois au suivi de mes chroniques estivales sur la Pologne, je vous présente, chers amis lecteurs qui me suivez sur ce sujet, toutes mes excuses pour cette nouvelle interruption momentanée et vous propose quelques commentaires, informations et photographies sur la situation de Terre-de-Haut, un mois jour pour jour après le passage de Maria de sinistre mémoire.

État des lieux :
u
ne situation qui a du mal à se débloquer

Beaucoup d’articles, de réflexions, d’analyses, de commentaires et d’images ayant déjà été publiés sur l’ouragan lui-même, sa puissance, sa trajectoire, ses effets, aussi bien sur les réseaux sociaux, sur les radios et télévisions, que dans les quotidiens et hebdomadaires départementaux, il paraît inutile de revenir sur le phénomène en tant que tel, largement connu aujourd’hui dans toute sa brutalité. Intéressons-nous plutôt, trente jours après, à la situation actuelle de notre commune, pour ne parler que d’elle. Sans oublier que d’autres collectivités, plus touchées que la nôtre, souffrent sans doute davantage des effets des deux monstres successifs que furent Irma et son exécrable sœur jumelle Maria. Collectivités qui sont encore loin d’être totalement relevées des désastres subis.

Eau et électricité : un rétablissement rapide et bienvenu

Sur ce point, il n’y a rien à redire, sinon que du bien, des félicitations et un grand merci aux responsables et techniciens. Les opérateurs de ces secteurs ont en effet procédé très rapidement au rétablissement de la distribution de ces deux services indispensables dans les délais très courts, si bien que dans ce domaine, la population de Terre-de-Haut n’a pas eu trop longtemps à souffrir de leur manque. Et aujourd’hui, la situation est redevenue tout à fait normale, comme avant les ouragans. Sauf pour l’éclairage public qui tarde à se rétablir. Concernant l’eau, un problème de potabilité survenu quelques jours, a vite été endigué par une distribution en mairie aux habitants de packs d’eau minérale avec service à domicile pour les « personnes âgées »… Comme ont été fournis « à ceux qui en avaient besoin » des groupes électrogènes et des tronçonneuses thermiques… sans favoritisme, évidemment, comme cela s’est toujours fait chez nous depuis la nuit des temps ! Ah bon ?

L’efficacité des agents EDF a permis de rétablir rapidement l’énergie électrique -Ph A. Joyeux

Téléphone et Internet : toujours pas de connexion et personne au bout du fil

On ne pas dire autant du réseau téléphonique. C’est un des points noirs qui subsistent encore à l’heure où nous publions cette chronique. Des techniciens venus de Guadeloupe ont bien dans un premier temps procédé aux réparations nécessaires au niveau du central de la TSF. Mais, malheureusement, l’après-midi même de leur départ, le feu se déclarait dans les installations, obligeant le service communal d’incendie à intervenir, noyant sous des trombes d’eau toute possibilité de reprise rapide des communications.

Containers de récupération saturés

Une seconde tentative a été faite quelques jours plus tard. Mais le réseau aérien non encore totalement restauré, et semble-t-il, l’antenne-relais de Vieux Fort, toujours au sol, interdisent le rétablissement du service téléphonique et par le fait même d’Internet. Les cellulaires eux-mêmes, commencent à peine à fonctionner, les opérateurs ayant encore du mal à stabiliser leurs réseaux. Information prise, ce n’est qu’au 28 octobre, si tout va bien, que tout pourrait rentrer dans l’ordre, espérons-le vivement. L’intervention du maire rappelant la nécessité d’enterrer les lignes aussi bien téléphoniques qu’électriques relève du pur bon sens. N’oublions pas cependant que voilà une quinzaine d’années, d’importants travaux d’enfouissement ont été entrepris dans la commune, avec pose de gaines orange pour le passage des câbles sans que les travaux aient été finalisés. Pourquoi l’arrêt brutal de ces travaux ? Mystère.

Encombrants et nettoyage du bourg et des plages : l’insupportable attente

C’est sur ce point que rien ne va plus. Sans aller très loin dans les investigations, il faut reconnaître que les services communaux sont totalement dépassés par la situation. Certes il y a beaucoup à faire, et certains secteurs du bourg, il faut le dire, ont commencé d’être très progressivement débarrassés des monceaux d’encombrants et de branchages générés par la puissance des vents et que les habitants ont entreposés en vrac, faute de mieux, le long des rues. Or Terre-de-Haut est l’une des petites communes la mieux dotée en matériel d’élagage, de broyage, de déblayage, de tri et de traitement de ses déchets. Nous sommes une île certes et il faut transférer ailleurs nos nombreux déchets et encombrants.

Cela suppose, personne n’en doute, une sacrée organisation, du matériel, du personnel, un calendrier, des emplacements de stockage et de traitement, mais d’ici à faire croire qu’un pneu crevé de camion empêche toute action de ramassage, il ne faut pas charrier non plus, pour parler vulgairement. Et il faut surtout, une fois pour toutes,  arrêter de tenir compte des opinions politiques pour procéder aux élagages sélectifs avant les périodes cycloniques. C’est de la responsabilité des maires de traiter indifféremment et dans le même sens tous les administrés. Cela faciliterait drôlement les choses après les intempéries et tout le monde y gagnerait. 

Une commune touristique livrée à elle-même

D’un autre côté, commune touristique s’il en est, mise en avant dans toutes les pubs vantant les charmes de l’archipel guadeloupéen (soi-disant Archiperle des Antilles,  – barbarisme on ne peut plus affreux !), Terre-de-Haut mériterait, c’est vrai, un traitement plus rapide et plus efficace de la part des instances départementales et régionales. De plus avec un responsable communal, président, rien que cela, du comité régional du tourisme, on aurait pu croire que… et s’attendre à… etc

Eh bien non, nous sommes à ce jour quantité plus que négligeable, et sauf à retrousser nous-mêmes nos manches et à mettre nos mains dans nos ordures – beaucoup le font ! – nous sommes réduits à voir notre commune pratiquement livrée à elle-même… Une lueur d’espoir cependant à la veille de l’ouverture de la saison touristique : financement, équipements et main d’œuvre sont prévus pour bientôt, comme l’aurait promis la Présidente du Conseil départemental lors de sa récente visite en mairie. Visite de laquelle aucune image ni déclaration publique n’a filtré mais dont le citoyen aimerait connaître la teneur exacte. Au même titre que l’administré de Terre-de-Bas, commune il est vrai autrement plus active et efficace que la nôtre en matière de demande, d’obtention d’aide et de communication. Bravo M. Duval !

E.Duval maire de TDB en réunion avec la Présidente du Conseil départemental – Ph.Site Mme Borel-Licertain

La plage artificielle du Fond Curé : un fiasco prévisible

Il n’y avait pas besoin d’un ouragan pour prévoir et constater que cette impensable entreprise était d’emblée vouée à l’échec. Échec financier sans précédent, on le savait dès le départ, mais aussi échec écologique et environnemental exorbitant. Avec cette digue de pierres inopérante qui défigure le secteur et la pollution générée par les égouts, les caniveaux et la proximité de la décharge, tout était réuni pour le plus grand fiasco décisionnel que Terre-de-Haut ait jamais connu. Seuls quelques naïfs ont fait semblant de croire un moment que cette fameuse plage serait une réussite. Aujourd’hui les faits sont là pour prouver plus qu’abondamment le contraire !

Plage artificielle du Fond Curé : la mer a repris ses droits – Ph R. Joyeux

Pollution marine : qui s’en préoccupe ? 

Bien avant les dernières intempéries majeures que nous avons connues fin août et le 18 septembre de cette année 2017, les fonds marins de Terre-de-Haut, particulièrement aux abords du littoral, étaient (et sont toujours) un dépotoir innommable de déchets de toutes sortes dont on ne parle jamais et dont personne en haut lieu ne se préoccupe. Ces amas d’objets immondes : assiettes, couverts et gobelets en plastique, gouttières délabrées, vieux cordages, sachets, filets pourrissants, carcasses de moteurs, bidons d’huile, bouteilles et autres canettes… défigurent outre les fonds qu’ils colonisent, mais aussi les plages sur lesquelles ils s’échouent au moindre raz de marée, générant une pollution permanente, indigne d’une commune maritime comme Terre-de-Haut.

La pêche aux déchets a de beaux jours devant elle – action et Ph. d’Alain Joyeux

Et ce n’est pas une journée par an organisée par des volontaires et les clubs de plongée qui résoudra le problème même si le travail de ramassage qu’ils font ce jour-là est loin d’être négligeable. Si chacun ne se sent pas responsable de son environnement immédiat, c’est la catastrophe assurée. Combien de Saintois en sont vraiment conscients ? On peut les compter assurément sur les doigts ; et se poser sérieusement la question n’est pas inutile, tant les mauvaises habitudes d’individualisme sont ancrées hélas dans nos mœurs.

Déchets régurgités  par l’ouragan sur la place du Plan d’eau. Ph R.Joyeux

Transports maritimes : restriction des liaisons inter- îles

Avec la disparition de la navette Bleu Azur, retrouvée éventrée à Saint Kits sans possibilité de rapatriement, les liaisons régulières entre Terre-de-Haut et Terre de Bas semblent  à ce jour définitivement interrompues. D’autre part, si la vedette à passagers Béatrix a pu être sauvée in extremis alors qu’elle était, semble-t-il, à la dérive en pleine tempête, ce ne fut pas le cas pour le joyau de la CTM DÉHER, Le Miss Guadeloupe, qui, rompant ses amarres dans la nuit du 18 au 19 septembre, s’est échouée au Pain de Sucre, sur les rochers de l’Anse Devant. Actuellement en cours d’expertise, il attend d’être fixé sur son sort. Dans l’espoir d’une rapide réparation et d’une remise à flot imminente, ses armateurs ont dû procéder à des modifications d’horaires, d’autant plus nécessaires qu’une autre unité de la compagnie est en arrêt technique. Un simple clic sur le site de la CTM vous informera sur les nouveaux horaires, provisoires, espérons-le, aussi bien pour les rotations vers Trois-Rivières que pour celles sur Basse-Terre. Quant à la Compagnie Saintoise de Transports, son navire La Parisienne, échoué lui aussi sur les cayes, n’assure plus son service régulier de transbordement des déchets vers Pointe-à-Pitre. Ce qui complique fortement la tâche des gestionnaires de la plate-forme de tri et les oblige à prévoir un autre moyen de transfert des containers.

La Parisienne entrant au port de Pointe-à-Pitre avant Maria – Ph R. Joyeux

De bonnes volontés se font jour : ne désespérons pas !

En arrivant au terme de cette chronique quelque peu déprimante, je reçois d’un ami une info réjouissante qui atténue en partie mes réflexions sur la pollution marine à Terre-de-Haut et l’individualisme saintois. Elle apporte une note positive à mes propos et c’est volontiers que je vous en fais part : un internaute de Baie-Mahault du nom de Lapin la, vient de publier sur sa page Facebook un appel aux bonnes volontés pour l’aider à replanter à Pompierre des cocotiers, en remplacement de ceux détruits par Maria.

Cocoteraie de Pompierre décimée

Voici son message que vous pouvez consulter avec les likes et les commentaires en cliquant sur le lien photographique ci-dessous :

En réponse à Lapin la

Cher ami inconnu, votre généreuse proposition me touche énormément comme elle touchera sans doute beaucoup de Saintois. Mais à moi, elle revêt une connotation toute particulière puisqu’en 1971, j’étais l’un de ceux qui avaient participé à la plantation de la cocoteraie de Pompierre aujourd’hui décimée par l’ouragan. Si je suis aux Saintes lors de votre venue, vous pourrez compter sur moi, avec d’autres, je l’espère, pour vous aider à rebâtir cette cocoteraie. Au nom de mes compatriotes, je vous adresse un grand merci, et, en attendant de vous connaître, vous exprime toute ma sympathie et mon entière solidarité. 

Raymond Joyeux

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