L’iguane des Saintes a-t-il été protégé à tort ?

Entre naturalisation et plat cuisiné

Il est bien loin le temps où, pour se faire de l’argent de poche, les écoliers de Terre-de-Haut descendaient des mornes le mercredi après-midi, avec à l’épaule quatre ou cinq spécimens d’iguanes bien nourris, suspendus par les pattes à une gaule de merisier et destinés, les malheureux, au bistouri des taxidermistes de l’île. Exerçaient alors aux Saintes une demi-douzaine de ces naturalistes amateurs qui, après les avoir adroitement vidés de leurs entrailles et traités au formol, empaillaient consciencieusement ces inoffensifs reptiles, pour le bonheur malsain de quelques touristes en mal d’exotisme… et de nids à poussière. S’il faut en croire la rumeur, la chair de ces placides sauriens était également très prisée de certains qui la servaient en fricassée, sans le dire à leurs hôtes de passage, étonnés seulement, en dégustant leur mets, qu’il existât aux Saintes un élevage au grand air de poulets fermiers à la texture aussi délicate que savoureuse !

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Iguane commun des Saintes – Photo Raymond Joyeux

Un arrêté ministériel de protection contesté

Depuis bientôt 30 ans, la chasse aux iguanes et leur exploitation commerciale et culinaire, aussi bien en Guadeloupe qu’en Martinique, sont légalement prohibées. Un arrêté ministériel en date 17 février 1989 a institué en effet leur protection au prétexte que l’espèce, en sa globalité, était en voie d’extinction. Protection, OK, et surtout respect de la vie animale, tout à fait d’accord. Mais le hic, car il y en a un, c’est qu’il existe aux Antilles françaises au moins deux espèces d’iguanes dont une seule serait menacée de disparition. Il s’agit de celle dite Iguana delicatissima, endémique de Petite Terre et de la Désirade, et dont il convient d’assurer la survie afin de préserver à juste titre la biodiversité animale, si malmenée par ailleurs. En revanche, l’autre espèce, celle appelée iguane vert, iguane commun ou iguana iguana, n’a jamais été menacée d’extinction. C’est elle, à l’exclusion de toute autre famille d’iguanidés, (les anolis exceptés), qui vit et s’est multipliée aux Saintes et qui, selon diverses sources officielles, aurait été protégée à tort. (Voir document joint en annexe ).

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Iguana delicatissima de Petite Terre – Photo Raymond Joyeux – 2014

Deux personnes âgées interpellées

Or, si nous insistons sur le fait et avons pris l’initiative de cette chronique c’est parce qu’un couple d’un certain âge, et de surcroît, l’un et l’autre, sous traitement médical, a été récemment interpellé à Terre-de-Haut par la gendarmerie nationale et conduit au poste où il serait resté plus de deux heures. Tout simplement parce que le compagnon de la femme âgée, (laquelle, soit dit en passant, a la phobie de cet animal), aurait éloigné un peu rudement un iguane de bonne taille qui s’apprêtait, semble t-il, à s’introduire dans leur cuisine. Qu’un touriste bien intentionné qui passait par là ait assisté à la scène et ait cru bon d’en informer les autorités, passe encore, puisque la protection dudit animal est de notoriété publique. Que de leur côté les gendarmes se soient déplacés dare-dare, c’est, là aussi, dans l’ordre naturel et légal de leurs attributions. Mais que ces derniers, au vu des « contrevenants », de leur grand âge et de leur fragile état de santé, aient jugé nécessaire de les conduire à la gendarmerie pour interrogatoire, voilà qui mérite réflexion… Même si, à notre connaissance – et c’est heureux – aucun procès verbal assorti d’amende n’a été dressé.

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Un familier des habitations – Ph. Raymond Joyeux

Une espèce invasive dévastatrice pour les jardins

Nous pensons en effet qu’un simple avertissement sur place et un rappel aux dispositions de l’arrêté de protection auraient été nettement suffisants. Bien plus, sachant que cette espèce non seulement n’est pas du tout en voie d’extinction, mais est devenue au fil des ans particulièrement invasive, on aurait pu attendre des autorités policières davantage de souplesse et de compréhension. Dévastant jardins et clos, au grand dam des habitants de Terre-de-Haut qui ont en permanence à se plaindre de leur présence indésirable aux abords de leurs maisons et plantations, la population des iguanes des Saintes mérite à coup sûr d’être régulée. C’est d’ailleurs ce qui se fait déjà en Martinique où « l’arrêté préfectoral du 28 février 2005 ne protège pas l’espèce et autorise la neutralisation de l’iguane commun et de toutes les formes hybrides par les agents assermentés de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. »

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Une prolifération anarchique inquiétante – Photo Raymond Joyeux

Une intervention nécessaire des instances municipales

Notre intention n’est évidemment pas d’appeler à une tuerie massive et généralisée de l’iguane des Saintes ni à un retour à l’époque barbare de la naturalisation animale. Bien au contraire. Ce magnifique et majestueux reptile dont l’espèce remonte à la nuit des temps et qui peuple notre archipel, non seulement mérite notre respect et notre fascination, mais est une chance pour la diversité de notre faune sauvage. Comme tout être vivant, il a des droits qu’il nous faut reconnaître et accepter. Aussi, en l’absence de prédateurs naturels, pour régler le problème de sa surpopulation, seule une intervention circonstanciée des autorités municipales pourrait faire en sorte que la présence sur notre sol de l’iguane commun devienne moins nuisible et envahissante. En sollicitant par exemple des instances ministérielles ou préfectorales un encadrement strict pour une régulation progressive de son expansion, comme cela se pratique déjà en Martinique. Cette régulation contribuerait à rendre sa coexistence avec l’homme moins dommageable, limiterait les occasions individuelles d’élimination ou de maltraitance, tout en assurant un maintien raisonnable et équilibré de l’espèce. Atténuant du même coup les légitimes ardeurs répressives de nos sympathiques agents de la maréchaussée locale !

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Arboricole, herbivore et  friand de jeunes pousses d’hibiscus- Ph. R. Joyeux

 

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Hardi mais pas très fier, sur un canot à quelques mètres du rivage. Ph. R. Joyeux

Un projet d’arrêté ministériel portant sur le retrait de la protection de l’iguane commun 

Pour permettre à ceux qui le souhaitent d’accéder à plus d’informations et de prendre connaissance des arguments officiels en faveur du retrait de l’iguane commun de l’arrêté ministériel de protection, je les convie à se rendre sur le lien des consultations publiques ci-dessous. Apparemment, à ma connaissance, au jour d’aujourd’hui, 7 juin 2018, rien n’est encore fait en ce sens, et de toutes façons, en cas d’adoption, seuls des agents assermentés seraient en droit d’agir. Les particuliers, comme c’est le cas aujourd’hui, n’auraient que celui d’éloigner en douceur les indésirables, sans les capturer ni leur faire aucun mal. C’est le prix à payer pour nous permettre d’admirer encore longtemps ce reptile millénaire hors du temps qui colonise depuis toujours nos mornes et fourrés. Mais qui, devenu trop familier à cause d’une prolifération galopante non maîtrisée, nous crée quelques inconvénients dont beaucoup, amateurs sourcilleux de haies fleuries et de potagers créoles, répugnent avec raison à s’accommoder.

http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-ministeriel-portant-retrait-de-l-a162.html

Dossier établi par Raymond Joyeux  à Terre-de-Haut, le 7 juin 2018

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Tony Bourguit, un jeune Saintois au talent littéraire affirmé

Passionné très tôt de littérature et d’écriture

29541610_989974257833457_7986671241960266317_n (1)Fils de Chantal CASSIN originaire de Terre-de-Haut et d’Éric BOURGUIT, d’ascendance martiniquaise, Tony, aîné d’une fratrie de trois  enfants, est né le 4 mai 1983 à Évreux en Normandie où ses parents se sont rencontrés. Venu aux Saintes avec sa famille à l’âge de 16 mois, il suivra sa scolarité primaire à Terre-de-Haut et fréquentera le collège des Saintes jusqu’à la classe de 3ème, avant d’aller poursuivre ses études secondaires au lycée Gerville-Réache de Basse-Terre. Inscrit en section L de cet établissement il obtient le baccalauréat et part pour la Martinique afin de préparer une licence d’espagnol. Passionné très tôt par la littérature et l’écriture, mais peu enclin à collectionner les titres universitaires, il décide d’interrompre ses études au bout de deux ans et, le DEUG de lettres en poche, s’envole pour Paris où il ne fait que passer avant d’aller s’installer à Nantes. C’est dans cette cité médiévale de la Loire Atlantique, devenue sa ville d’adoption, « ma seconde femme, précise-t-il, après Terre-de-Haut », qu’il vit et travaille actuellement tout en s’adonnant à sa passion : l’écriture et la tenue d’un blog qui sert de support à ses productions.

Un parcours professionnel sinueux

De la gestion d’une discothèque à la responsabilité d’un réseau national d’avocats, on ne peut pas dire que la vie professionnelle de Tony Bourguit s’effectue en ligne droite. Selon lui, en effet, (je rapporte ici ses propres mots, mail du 17 mai ) : « L’accomplissement social n’est absolument pas une source de fierté ou un but. Il n’est que le résultat de l’extrême qualité de l’éducation qui m’a été dispensée par mes parents, des personnes formidables. Je ne suis que leur hommage. » Aussi, de son propre aveu, son parcours professionnel serait plutôt sinueux. Mais qui témoigne de la capacité à s’adapter aux opportunités et à réussir dans des secteurs sans rapports apparents entre eux sinon ceux de la motivation et de la conscience aiguë de toujours être à la hauteur de la tâche. Autant d’expériences qui mènent à la connaissance des hommes et des rapports sociaux, matériaux indispensables pour celui dont la passion primordiale est l’écriture.

Une production littéraire tous azimuts

À l’image de sa jeune vie professionnelle, qui fait de lui un touche à tout au sens noble du terme, c’est-à-dire d’exception, Tony explore avec le même bonheur différents genres littéraires, passant de la poésie à la nouvelle, de l’aphorisme au récit. Résumant sa vie en trois formules choc,  il se revendique, sans le dire, de l’hédonisme grec, associant dans sa vision de l’existence la philosophie d’Épicure à celle de Jean-Jacques Rousseau :

  • L’on n’est personne si l’on n’est pas quelqu’un pour quelqu’un d’autre.
  • L’espoir, c’est le bonheur qui procrastine. 
  • Quand un amour cesse de commencer, il commence à cesser.


    Émule de Bukowski et de Bret Easton Ellis

En littérature, l’un de ses modèles cultes – pour la modernité et l’exubérance du style et non, heureusement, pour les mémorables excentricités d’alcoolique avéré, assumé et revendiqué – n’est autre que Charles Bukowski, ce génial écrivain américain d’origine allemande qui fit scandale en 1978 sur le plateau d’Apostrophes, célèbre émission littéraire télévisée, animée à l’époque par Bernard Pivot.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Bukowski

Un blog original et un site gratuit, supports de ses nombreux écrits

Pour vous permettre d’apprécier aussi bien la poésie de Tony que ses autres productions littéraires, je vous invite à vous rendre sur son Blog personnel en cliquant sur le lien ci-joint :
https://sapiophilechrerophobe.wordpress.com 

Vous serez surpris par l’éclectisme des thèmes traités et la « flamboyance » d’un style alerte et vigoureux, hors du commun, truffé de trouvailles et de fulgurances littéraires. Signes d’un imaginaire explosif, débordant d’audace et de liberté. Mais aussi, excluant toute mièvrerie, de cette maîtrise élégante et naturelle de la langue qui fait les véritables écrivains. Étiquette qu’il refuse néanmoins de s’accoler car, lorsqu’on lui suggère de se faire éditer, il répond :  » je suis trop tributaire de mes émotions pour construire quelque chose d’aussi précis qu’une « carrière d’écrivain ».

Pour le moment donc, modeste, gêné même de ma proposition de lui consacrer une chronique sur ce blog, Tony se contente de publier ses textes sur un site Internet. Un moyen discret de se faire connaître et de livrer gracieusement ses écrits à un public forcément restreint. Se satisfaisant uniquement des retours de ses lecteurs, « comme ceux que tu peux lire, me précise-t-il, sur la page de mes nouvelles : voilà mon salaire véritable ». Ajoutant par ailleurs que, « dès lors qu’elle n’existe que parce que les autres la « consomment », une œuvre n’appartient plus à l’artiste dès sa création. Une œuvre est un enfant émancipé dès la naissance. » 

Partageant pleinement cette conception détachée du rapport de l’auteur à son œuvre, mais nourrissant l’espoir de solliciter un jour de lui une dédicace à la Bukowski sur un de ses ouvrages-papier (poésie, roman, nouvelle…), dûment imprimé et publié chez un éditeur de renom, je ne peux que vous suggérer de vous rendre sans tarder aux deux adresses ci-dessous où il a mis en ligne deux nouvelles remarquables que je vous laisse le soin et le plaisir de  découvrir :
https://www.monbestseller.com/manuscrit/8803-il-etait-urgent-de-vivre
https://www.monbestseller.com/manuscrit/5297-intensites-volage

***

En attendant, c’est ce très beau texte que j’ai choisi pour vous aujourd’hui qui témoigne de son amour pour son île natale, de ses qualités de styliste et de sa sensibilité poétique évidente :

Terre-de-Haut 

géographie de l’enfance et héritage à préserver

Un texte inédit de Tony Bourguit

J’ai ouvert la cage aux souvenirs : mon île, une terre d’exception

Brel disait que l’enfance était quelque chose de quasiment géographique. Un lieu.
Mon enfance est ici. Terre-de-Haut.
J’ai rouvert la cage pour que mes souvenirs se ravivent. Le temps érode ma présence ici et il faudra bientôt les sceller à nouveau. Mais pour l’heure, tout me revient :

Le soleil, ici, se lève à 6h00 car il est pressé d’éclairer ce joyau qui sertit l’océan. Il se couche à 17h30 car une fois la nuit tombée, des étoiles criblent le ciel et c’est un spectacle tout aussi mirifique.

Ce sont les « bêtes-à-beau-temps » qui viennent informer de la météo du lendemain, ou plutôt confirmer qu’il fera soleil de plomb et pétole sur l’eau.
Alors, bien entendu, j’ai toujours eu conscience de la beauté du lieu, mais pas toujours de son exception : hier j’ai ramené ma grand-mère de 82 ans, assise en amazone derrière mon scooter, et, chemin faisant, nous avons croisé une autre grand-mère conduisant un autre scooter : Je parle de ce genre d’exception.

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« Mon enfance : un lieu, Terre-de-Haut » Photo Raymond Joyeux

Entre modernisme et traditions

Terre-de-Haut a fait du progrès une coquetterie : elle y picore pour éterniser sa jouvence, mais elle puise la source de sa candeur dans son attachement indéfectible à ses traditions.

Les canots des pêcheurs partent toujours à l’aube même s’ils sont de moins en moins nombreux. Evidemment, il y a les scooters, les voitures électriques, la vie chère, etc. Mais l’endroit est rescapé de la frénésie sociétale que je m’en vais retrouver dans quelques jours.

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Pêcheurs saintois : retour de pêche – Tableau d’Alain Joyeux

Un héritage à préserver

A évoluer ainsi sur la terre de mes aïeux, il s’est produit une chose. Si je devais l’expliquer, je parlerais de la conscience d’un héritage. J’ai pris conscience que je devais une part de ma vie à ce lieu, sans savoir quand ni comment m’y consacrer.

Je ne parle pas seulement de l’héritage familial au sens « notarial ». Ici, ceux qui cherchent à se rappeler de moi m’identifient comme étant le fils de mon père ou de ma mère. Et, du respect manifeste qu’ils leur confèrent nait un accueil d’une chaleur touchante.

Florilège :

« Tu es devenu un si bel homme » (preuve que j’étais bien moche avant).

« Je suis très contente de te voir ici. Mais va bronzer, t’es blanc comme la chatte à Blanche-Neige » (je n’invente rien, je traduis juste le créole).

« Il est urgent de se boire un ti-punch pour fêter ton retour. Faut faire vite vu que tu ne restes pas longtemps »

Si ce lieu est un héritage, je me dois de le préserver avant de m’en occuper un jour.

Partir, revenir…

Roulant sur l’île en scooter, je me suis mis à y penser : tant que mon dos sera orphelin de bras pour l’étreindre, alors il ne sera pas encore temps de revenir. Je parle d’étreintes à l’échelle de la vie.
L’on ne va au nid qu’avec sa progéniture et sa moitié. Et en un sens, je suis satisfait de ces longueurs. J’ai toujours considéré que je ne mettrais qu’une seule femme à la table de mes parents. Et j’ai échoué –  (Aparté : À toi qui es la seule à avoir jamais partagé les bras de ma famille, je n’ai que tendresse pour toi. L’amour que je te voue est intact même s’il ne permet plus les mêmes promesses. Sois en certaine : J’ai échoué à la promesse que je m’étais faite, mais tu n’y es pour rien) –  mais il me reste encore la virginité du lieu. J’ai encore la possibilité du choix de la personne que je ramènerais ici. J’ai encore une promesse d’éternité à tenir.

Je m’y emploierais de toutes mes forces.

Il n’y a aucune négation de Nantes dans l’amour de Terre-de-Haut : J’aime l’une comme une mère, et l’autre comme une épouse. Il n’y a aucune hiérarchie. J’ai besoin des deux.

J’écris ceci tandis que le soleil fuit Terre-de-Bas, incendiant le ciel qui déjà s’obscurcit derrière Marie-Galante.
 
Août 2017

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Coucher de soleil sur Terre-de-Bas – Photo Raymond Joyeux

Bravo et merci Tony pour ton parcours, pour ton talent et pour cette splendide évocation.
Puissent de nombreux jeunes Saintois de ta génération – et les autres – suivre tes pas, sinon dans le domaine de l’écriture (et pourquoi pas ?) du moins dans celui de la sensibilité poétique, de l’émotion et de l’amour du pays natal, cet héritage à découvrir,
à préserver et à partager.

PS  et rappel : Le texte sur Terre-de-Haut est de Tony Bourguit ; la présentation de l’auteur, les sous-titres et les illustrations de Raymond Joyeux.
La photo initiale est de Tony qui m’a également fourni les infos le concernant. Informations complétées par sa mère Chantal Cassin-Bourguit que je remercie pour son extrême amabilité et sa précieuse collaboration. 

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Sargasses : face à l’adversité, les Saintois solidaires…

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Plage du Marigot à Terre-de-Haut

Alors qu’en haut lieu des solutions semblent timidement se dessiner pour contrer l’invasion des algues brunes sur les plages de Guadeloupe et ses îles proches, les habitants de Terre-de-Haut n’ont pas attendu pour mettre la main à la pâte afin de palier au plus pressé.

C’est ainsi qu’en cette veille de Pentecôte les riverains du Marigot aidés d’autres bénévoles, jeunes et moins jeunes, se sont investis avec pelles et râteaux, affrontant les désagréments d’un désastre écologique, économique et humain sans précédent.

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Les sites les plus impactés à Terre-de-Haut par cette invasion massive de Sargasses sont les plages de Grand’Anse, de Pompierre et du Marigot. Ces deux dernières proches, d’habitations et de restaurants, voient leurs établissements fermés (espérons-le, provisoirement) et leurs riverains particulièrement incommodés par les exhalaisons malodorantes de vapeurs toxiques, susceptibles d’affecter outre les installations électriques, la santé des personnes et des animaux.

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Vous trouverez ici quelques photos, communiquées par Cathy Foy, du site de Marigot où s’affairent riverains et bénévoles qui tentent avec les moyens du bord, de limiter l’envahissement de la plage par les algues et lui redonner un aspect plus convenable… en attendant, hélas, que d’autres cargaisons de sargasses fassent leur arrivée… et surtout que les pouvoirs publics s’investissent sérieusement pour nous débarrasser définitivement de ces visiteurs encombrants, particulièrement malvenus.

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MERCI et BRAVO à ces volontaires bénévoles qui n’ont pas hésité à se mobiliser face à l’adversité et à Cathy FOY pour ses photos, toujours pertinentes.

Raymond Joyeux

PS : Le journal France Antilles dans son édition du samedi 19 mai a publié un article complet sur le sujet dont je vous communique le lien ci-dessous :

http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/environnement/sargasses-la-riposte-prend-de-la-coherence-485772.php

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Cyprien Jérôme SAMSON : un héros saintois méconnu

SAMSON Cyprien (1)La commémoration de l’armistice de 1945 qui mit fin à la seconde Guerre mondiale est pour nous l’occasion, en ce 8 mai 2018, d’évoquer la mémoire d’un héros saintois méconnu, mort pour la France pour « faits de Résistance ».  Si, jusqu’à ce jour, nous connaissions le nom de Masséna Desbonnes, tombé sous les balles allemandes le 25 avril 1945 à l’âge de 23 ans, 15 jours avant la fin de la guerre, nous ignorions, pour la plupart, qu’un autre de nos compatriotes, Cyprien Jérôme Samson, engagé dans la Résistance en région parisienne, était mort, lui aussi, pour la France à une date imprécise, alors qu’il avait été arrêté par les Brigades Spéciales de la police française en 1942 et remis aux Allemands pour être jugé, condamné à mort et déporté en Allemagne puis en Pologne, où, selon certaines sources, il aurait été fusillé. 

Charpentier de marine au chantier de Coquelet à Terre-de-Haut

Né à Terre-de-Haut le 3 octobre 1897 de Eustache SAMSON et de Marie Stéphanie CASSIN,  Cyprien Jérôme SAMSON, avant de s’embarquer sur un cargo pour la France à l’âge de 25 ans, a travaillé au chantier naval de Coquelet comme apprenti d’abord, puis comme ouvrier qualifié, ainsi que le prouve l’attestation ci-dessous, signée de l’ex-maire de la commune et maître du chantier, M. Charles FOY, dont la signature est officiellement légalisée par l’adjoint au maire M. François CÉLESTINE, sous la mandature d’Emmanuel Laurent. Ce document exceptionnel qui date du 17 mai 1924 ainsi que les photographies et autres documents qui illustrent cette chronique nous  ont été aimablement communiqués par le petit-fils de notre héros, M. Michel Jérôme SAMSON, que nous remercions chaleureusement pour sa contribution.

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Situation familiale et parcours professionnel à Goussainville

Arrivé à Paris en 1922, Cyprien Samson travaille comme menuisier avant d’être embauché par la municipalité de Goussainville dans le Val d’Oise comme garde meules, c’est-à-dire chargé de surveiller les meules de blé, d’avoine et de foin au moment des récoltes. Il vivra alors maritalement avec la mère de ses enfants, Angèle Lecat, qu’il épousera le 9 mai 1942. Le couple aura six enfants : une fille et cinq garçons. Deux de ces enfants sont encore vivants. Dans les années 30, il est employé chez Bloch Aviation (devenu Marcel Dassault en 1946) et serait intervenu sur l’avion de Mermoz, La Croix du Sud, avec lequel le célèbre aviateur disparaîtra le 7 décembre 1936 au-dessus de l’Atlantique.

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Cyprien et sa famille en 1938 avec la fille aînée de son frère Bessarion. Photo communiquée par  son petit-fils Michel Jérôme Samson.

Parcours politique et militaire

À la veille de ses 18 ans, le 28 juillet 1915, Cyprien est ajourné par le Conseil de Révision de la Guadeloupe. Le 13 janvier 1916, il est néanmoins incorporé à la Compagnie de la Martinique, détachement de la Guadeloupe, pour être réformé le même jour par la Commission Spéciale de Réforme du Camp Jacob à Saint-Claude. Décision qui sera confirmée et rendue définitive pour insuffisance physique le 1er mai 1917, par la même Commission de Révision. Déclaré inapte à l’incorporation, sans doute retourne-t-il aux Saintes au chantier de Coquelet car c’est cinq ans plus tard qu’il se rendra en France où commencera pour lui une nouvelle vie. Selon nos informations, en septembre 1939, alors que la France décrète la mobilisation générale et s’apprête à entrer en guerre contre l’Allemagne, Cyprien est inscrit au Parti Communiste Français (PCF), sans savoir que son militantisme allait faire prendre à sa vie un tournant décisif. (Source : émission télé France O, mai 2016 : Le destin tragique d’un Résistant guadeloupéen).

Engagement dans les FFI et arrestation

C’est en effet après l’armistice de 1940 que Cyprien, militant communiste, répond à l’appel du général de Gaulle et entre dans les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI). Acte particulièrement courageux pour un homme de 45 ans, chargé de famille, quand on sait que ce sont généralement de très jeunes gens (hommes et femmes), sans charge de famille, qui s’engagent à l’époque dans la Résistance. À ce titre, il fait partie d’une formation de Francs-Tireurs Partisans de la région parisienne jusqu’à son arrestation à son domicile de Goussainville le 17 octobre 1942.

Cyprien SAMSON - Photo anthropomètrique - 20-10-1942

Photo de Cyprien Samson prise par la Police Parisienne après son arrestation

En même temps que lui, neuf membres de son groupe sont arrêtés, non pas pour avoir été dénoncés par l’entourage, mais à la suite de filatures effectuées par les hommes de la Brigade Spéciale antiterroriste des Renseignements Généraux de la Police Parisienne. Aucune arme n’est saisie chez lui mais des carnets de notes que porte Cyprien ainsi que deux feuillets où figurent des rendez-vous.

Prison et condamnation à mort

Le 16 février 1943, soit après quatre mois d’emprisonnement, d’interrogatoires et peut-être de tortures, Cyprien comparaît avec ses neuf camarades FTP devant le tribunal militaire allemand du Gross Paris siégeant rue Boissy-d’Anglas dans le VIIIème arrondissement. Les dix hommes sont condamnés à mort pour intelligence avec l’ennemi. Mais alors que ses camarades sont fusillés au Mont Valérien le 26 février, Cyprien se voit appliqué les directives du décret KEITEL, Nacht und Nebel, (en français « Nuit et Brouillard ») et est déporté en Allemagne pour y être rejugé par « un Tribunal du peuple ».

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Résistants français fusillés par les Allemands au Mont Valérien.

Tragique périple de la déportation et incertitudes sur les circonstances et la date de sa mort.

Le 1er juillet 1943, avec d’autres déportés, Cyprien est mis dans un train de la gare de l’Est et arrive le lendemain à Trèves où il sera transféré successivement à Hinzert, puis à Wittlich et Kiel pour y être rejugé. Du 10 novembre 1943 au 20 janvier 1944, il sera emprisonné à la forteresse allemande de Untermassfeld puis au camp de concentration nazi de Sonnensburg (aujourd’hui Slonsk) en Pologne occupée par les Allemands. C’est là que, selon certaines sources, il aurait été fusillé le 25 avril 1944 et où reposerait son corps, dans la tombe 662 au cimetière de cette ville. Information confirmée par la Commission Principale d’Analyse des crimes hitlériens en Pologne. D’autres sources, dont les informations officielles françaises, indiquent, sans doute à tort, que Cyprien serait mort non pas fusillé à Sonnensburg en Pologne, mais en Allemagne, à Wittlich, le 22 novembre 1943, dans des circonstances non élucidées.

Le décret Keitel : Nuit et Brouillard

2985504617_1_3_xWnVA5zYSi les recherches faites par la famille de Cyprien, en particulier par sa nièce Mme Claudine Samson-Aubert et par son petit-fils M. Michel Samson, permettent de retenir pour son décès la date du 25 avril 1944, il faut savoir que, selon les informations prises sur Internet,  « le décret Nacht und Nebel (NN) ordonnait la déportation de tous les ennemis intérieurs au Reich (opposants politiques et résistants) en Allemagne. Mesure de terreur et de dissuasion, ce décret faisait disparaître les personnes dans la plus totale discrétion, laissant ainsi la famille, les proches, et la population de manière générale, dans l’incertitude du sort des déportés. » C’est sans doute pour cela que, lors d’un voyage en Pologne avec son épouse en 2013, M. Michel Samson, n’ayant pas trouvé la tombe de son grand-père, m’a déclaré à juste titre dans un mail : « L’histoire de Cyprien, l’enfant des Saintes, n’est pas achevée. » Quoi qu’il en soit, à la date de sa disparition, Cyprien Jérôme Samson laisse six enfants âgés de deux à quatorze ans.

Hommage et reconnaissance

À Terre-de-Haut, sa commune d’origine, « Cyprien l’enfant des Saintes » reste un inconnu.  Mais il n’en va pas de même sur le plan national puisqu’un décret du 5 janvier 1959 signé par le Président René Coty, attribue à titre posthume à notre héros, qualifié de « magnifique patriote », de nombreuses décorations et médailles dont on peut lire le détail ci-dessous :

SAMSON Cyprien Citation

Reconnu officiellement au plan national, comme « Mort glorieusement pour la France », Cyprien Samson est aussi honoré à Goussainville, sa commune de résidence, en France métropolitaine. Son nom figure sur le monument aux morts de cette ville dont une rue porte également le nom.

Monument morts Vieux Pays

Monument au Morts de Goussainville où figure le nom de Cyprien Jérôme Samson

SAMSON Cyprien Plaque Rue

Et aux Saintes que pourrions-nous faire ?

Peut-être qu’à la suite de cette chronique, que personnellement nous nous chargerons de transmettre aux autorités communales, la municipalité de Terre-de-Haut pensera-t-elle à honorer comme il convient la mémoire de ses deux enfants « Morts pour la France » : Masséna DESBONNES précédemment cité, et Cyprien Jérôme SAMSON dont nous venons de lire l’histoire exemplaire. Au même titre que nos marins morts ou disparus en mer qui ont leur monument, ne serait-ce qu’une simple plaque à la mémoire des dissidents saintois et de nos deux héros de la seconde guerre mondiale serait la moindre des choses. Elle rappellerait aux Saintois d’aujourd’hui qu’ils doivent leur liberté au courage des enfants de la commune et à toutes celles et tous ceux, connus ou inconnus, qui, en Guadeloupe, en France et à travers le monde, n’ont pas hésité à se sacrifier pour qu’ils vivent libres et en paix. C’est le souhait que nous formons en ce jour de la commémoration de l’armistice du 8 mai 1945. Puisse-t-il être entendu.

Raymond Joyeux

Remerciements 
Nous adressons nos plus vifs remerciements à Madame Claudine Samson-Aubert et à Monsieur Michel Jérôme Samson, respectivement nièce et petit-fils de Cyprien Samson, à qui nous devons toutes les informations, les références et les documents manuscrits et iconographiques qui nous ont permis de rédiger, d’illustrer et de publier cette chronique. 

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Terre-de-Haut pendant la guerre : une page de notre Histoire

Revenir sur le passé d’un peuple n’est pas toujours une mauvaise chose. C’est en effet l’Histoire avec une majuscule qui souvent permet de connaître l’origine des mentalités et de comprendre les comportements d’aujourd’hui. Les Saintes sont un petit archipel au peuplement relativement récent. Si l’on excepte les occupations épisodiques des Amérindiens avant l’arrivée des premiers Européens en 1648 puis en 1652, moins de quatre siècles nous séparent de l’installation progressive et permanente sur nos îles de ceux dont nous sommes les descendants. Sans remonter aux origines, voici une nouvelle page de notre Histoire, que notre ami, feu Félix FOY a rédigée en 1993 pour le journal L’IGUANE déjà plusieurs fois cité.

Félix Foy, dit Féfé, en habit de diacre – Ph. Église de Guadeloupe

Difficultés et ténacité

Nous sommes en pleine période de guerre mondiale, celle de 1939-45. Le 14 mars 1941, la commune de Terre-de-Haut, dont le conseil municipal élu en 1936 a été dissout par le gouverneur Sorin, sur ordre de Vichy, est dotée d’une nouvelle municipalité nommée par ce même gouverneur. Elle est dirigée par une personnalité d’origine martiniquaise, Louis de Maynard, et comprend un certain nombre de notables de l’île, dont un instituteur à la retraite, Nestor Azincourt ; un père de famille nombreuse, Octave Jacques ; un charpentier, Hervé Bonbon ; un marin-pêcheur représentant la profession, Jean-Marie Joyeux. Ces hommes dirigeront la commune jusqu’à ce que le maire élu, M. Théodore Samson retrouve son poste en juillet 1943. Il sera réélu en 1947.

Texte de Félix Foy

Une vie de misère

La misère est là en ces années 1939-1945. Pourtant, plutôt que de mourir, l’homme se bat, se surpasse et gagne à vivre ces épreuves qui le forment et le fortifient. Aux Saintes, nous vivons un peu cela. Livrés à nous-mêmes, toutes nos actions sont optimisées. Un meilleur rendement avec nos faibles moyens, tel est, tacitement, le but fixé.

Approvisionnement et rationnement

Plus de pain ? Qu’à cela ne tienne ! Les enfants partent joyeusement vers l’école, ayant pris pour petit-déjeuner du café clair ou du cacao (gros caco, sans lait) mélangé à la farine de manioc. Réchauffé, cela donne une épaisse pâte d’amidon appelée « grignogo »Tout est rare ici. S’alimenter est un problème. La distribution des vivres est organisée. Les cartes de ravitaillement sont là. La cargaison des navires venus des Etats-Unis est équitablement répartie sur toute la Guadeloupe par les grossistes ayant chacun leur secteur de distribution. Le fournisseur désigné pour les Saintes est le magasin Belmont de Basse-Terre. À Terre-de-Haut, notre part est centralisée chez M. Louis Azincourt, au bas du Coq d’Or, plus tard chez M. Guy Jacques et Mme Amilcar Bocage. La farine est distribuée à nos cinq boulangers du moment : MM. Henri Déher, Émilien Azincourt, Bermond Quintard, Montavel Procida et Mme Vve André Foy, ma mère. Munis de nos cartes, nous retirons nos rations chez notre commerçant désigné : un demi-litre d’huile, 200 gr de saindoux, 500 gr de riz ou de haricots secs, 100 gr de pain par personne. Pour combien de temps ? Nous n’en savons rien. Ce qui est sûr, le stock sera épuisé avant l’arrivée du prochain cargo.

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Type de voilier assurant le ravitaillement de Terre-de-Haut pendant la guerre

Comment cela nous parvient-il à Terre-de-Haut ? Par des barges et des boats qui mettent plusieurs heures pour venir de Basse-Terre, de Trois-Rivières ou de Pointe-à-Pitre. Ces bateaux sont : Maroc appartenant à M. Quintard ; La Belle Saintoise à la famille Jacques ; Nuage, à la famille Lorgé ; Vénus, à M. Bernard Quintard ; Sorin, à M.Létang ; Pétain, à M. Yves Célestine ; Cassiopée, à M. Robert Joseph (barré par M. Émile Pineau), et les vapeurs Ballata, Espéranto, Trois-Îlets.

Arrivée d’un navire de ravitaillement 

Sacs à farine pour les habits,
chambres à air et pneus usagés pour les chaussures

Se vêtir n’est pas plus facile. Ce qui n’est pas trop usé est reprisé, rapiécé. Les boutons sont soigneusement récupérés. Mais la trouvaille est la confection des vêtements avec les sacs ayant contenu la farine. Nous sommes surnommés Gold Médal, (la marque de farine US). Pour la lessive, nous utilisons des plantes à forte teneur en glycérine. Le séchage sur l’herbe et la chlorophylle aidant, notre linge se trouve relativement propre. Plus tard, à Vieux-Habitants, M. Blandin fabriquera du savon à base de copra (amande de la noix de coco). Résultat, nos vêtements sont mieux lavés. D’où la chanson : « Bay coco pou savon ! » Notre cordonnier, Jojo Judes, nous fabrique des sandalettes avec des bandelettes taillées dans de vieilles chambres à air et les semelles dans des pneus hors d’usage. Nouveau surnom : Michelin. Jojo est aussi tanneur et produit du bon cuir pour les chaussures convenables. Sa cordonnerie est assez importante car il emploie son frère Sadi, M. Lancastre de Basse-Terre et Alex Molza formé aux ateliers BATA.

Pénurie de médicaments

Le docteur Monrose et sa compagne, sage-femme, sans grand médicament, font l’impossible pour nos malades. La malnutrition aidant, les maladies sont nombreuses : angines et diarrhées tuent les enfants. Les plaies soignées à la teinture d’iode et à la pommade iodoforme ne guérissent pas. Seule la cautérisation en arrive à bout. Pas de pharmacie mais un dépôt de médicaments tenu par Éléonore Quintard (épouse Guy Jacques) qui devient par la suite notre infirmière et sage-femme.

La maison du Docteur Monrose, aujourd’hui à Terre-de-Haut – Photo R. Joyeux

Matériel de pêche manquant ou hors d’usage : il faut s’adapter

Les sennes sont en mauvais état ; les lignes se cassent ; pas de toile métallique pour nos nasses aussi nous les tressons en bambou tillé. Il y a moins de poisson et notre pouvoir d’achat baisse. Une partie de nos maigres prises est vendue à M. Bennet, mareyeur à l’ïlet à cabris. Le reste est gardé comme monnaie d’échange car à Trois-Rivières, c’est le troc : poissons contre légumes.

L’invention de la drague à lambis

La pêche aux lambis qui se pratique à la folle connaît une révolution. Le masque de plongée, fabriqué à partir d’une vieille chambre à air et d’une vitre découpée au diamant permet un travail plus facile aux plongeurs. Mais il y a mieux : M. Raymond Fougasse introduit à Terre-de-Haut la première drague à lambis, qu’il confie à M. Eugène Foy, et qui fait des pêches miraculeuses. La drague est bien cachée dans un sac et enroulée dans une voile. Mais le secret est vite percé. L’équipage Foy est surpris et la drague découverte. Tous nos jeunes se mettent alors à la pêche aux lambis et des montagnes de conques jonchent nos plages, faisant la joie des rares touristes que nous appelons les étrangers !

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Drague à lambis ayant appartenu à M. André Bonbon – Photo Marc-André Bonbon


Rentrée d’argent, marché noir et bonne humeur

Un peu d’argent entre dans les familles et permet l’acquisition de quelques produits au marché noir. Une vie dure, un travail rude, un résultat merveilleux et la bonne humeur est sauve. Pendant ce temps la dissidence continue vers la Dominique et nous chantons « France, bay adan, France » !…(1)

1 : Traduction : France ne t’arrête pas, continue le combat !

Félix Foy

Pour mémoire, Félix Foy, auteur de ce texte, publié en juillet 1993, nous a quittés en août 2015 à l’âge de 81 ans. Gardien de notre Histoire saintoise, cet enfant du pays nous manque aujourd’hui pour ses connaissances et ses récits toujours palpitants, empreints de simplicité, de sagesse et de bonne humeur, quelle que soit la situation relatée. Merci Féfé.

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Actualité politique : une ère nouvelle pour Terre-de-Haut ?…

Une élection sans surprise

Le samedi 17 mars 2018 sera peut-être à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire politique de Terre-de-Haut. Avec l’élection de Louly Bonbon à la tête de la commune, en remplacement du précédent maire, démissionnaire d’office et condamné, faut-il le rappeler ? à dix ans d’inéligibilité, tous les espoirs sont en effet permis de voir s’instaurer chez nous une nouvelle gouvernance municipale. S’il renonce à agir dans la continuité de ces 50 dernières années qui ont fait tant de mal à notre collectivité, en prenant l’exact contrepied de la calamiteuse gestion de ses prédécesseurs, Louly Bonbon a toutes les chances non seulement d’initier l’indispensable redressement financier de la commune (plus de 6 millions d’euros de déficit), mais aussi à réconcilier les Saintois sur la base d’une fraternité retrouvée, vertu tant de fois appelée ici de nos vœux. (Voir notre chronique du 19 février 2018 : le nécessaire retour à la fraternité

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Le futur maire Louly Bonbon en attente du vote – Ph. Raymond Joyeux

Un lapsus malheureux

Certes sa première prise de parole à la mairie le 17 mars dernier a été maladroite puisqu’ il a justement affirmé le contraire en évoquant cette fameuse continuité comme fil directeur de son action à venir. Mais oublions ce lapsus malencontreux  et mettons sur le compte d’une émotion bien compréhensible une déclaration par trop spontanée qui va, nous le pensons sincèrement, à l’encontre de ses réelles convictions.

Condamné à suivre une voie différente

On peut en effet difficilement croire, le connaissant, que notre nouveau maire soit sérieusement persuadé que c’est en suivant les politiques précédentes qu’il pourrait apporter le sang neuf nécessaire à notre communauté. Car si la continuité évoquée est celle des malversations et autres amères fantaisies illégales et dérives budgétaires qui ont abouti au fiasco que l’on sait ; si c’est celle antidémocratique des rapports exécrables avec l’opposition, le personnel communal et une partie de la population, on serait vraiment mal barré. En d’autres termes, pour réussir ses deux ans de mandature avant les élections de 2020, Louly Bonbon est condamné à suivre une voie différente. Celle qu’il prônait en 2001, lorsque, membre actif de l’opposition, il fustigeait avec véhémence la politique désastreuse de l’époque. Politique inaugurée, 30 ans plus tôt par celui qui, lui aussi démissionnaire malgré lui, avait mis en place en l’an 2000 son successeur, et que ce dernier a poursuivie et fait plus qu’aggraver au cours de ses 18 tristes années de mandat.

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Louly Bonbon, le nouveau maire, accroupi, 2ème en partant de la gauche

On nous rétorquera que, bien que très largement au-dessus du lot de ses autres collègues du même  camp, Louly Bonbon faisait partie de la majorité municipale de 2014 avec à sa tête l’homme qu’il a remplacé le 17 mars 2018, et dont il fut 4 ans durant le cinquième adjoint. À ce titre, nous dira-t-on, il serait lui aussi comptable de tout ce qui a été reproché au précédent maire et que la justice a lourdement sanctionné. Mais ce serait aller vite en besogne et oublier qu’il s’est quelquefois abstenu de voter avec la majorité, preuve qu’il a refusé de cautionner systématiquement toutes les propositions souvent farfelues présentées au conseil municipal.

Lucidité, responsabilité, courage

Ces faits ne sont pas sans importance. À eux seuls ils tendraient à prouver que l’homme est lucide, responsable et courageux. Trois vertus parmi d’autres, que nous lui connaissions déjà, qui plaident en sa faveur et qu’il saura, nous l’espérons, mettre à profit pour redresser la commune et tendre la main à l’opposition dont il fut membre jusqu’en 2014 et au programme de laquelle il a naguère collaboré. Un programme qu’il n’a certainement ni oublié ni renié, que résumaient à l’époque les trois valeurs essentielles de Réalisme-Démocratie-Solidarité, raccourcis elles-mêmes en RDS, et qui n’étaient pas, loin de là, qu’un simple et creux slogan électoral.

 

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Remettre à l’honneur ces trois valeurs essentielles

À Louly Bonbon de remettre à l’honneur ces trois valeurs fondamentales qui, qu’on le veuille ou non, sont la clé de voûte incontournable d’une action municipale digne de ce nom et qui nous ont fait cruellement défaut durant près d’un demi-siècle. C’est à cela que l’on jugera dans deux ans si une ère politique nouvelle avait vraiment commencé pour Terre-de-Haut le 17 mars 2018.

D’ores et déjà un réel sentiment de liberté

En attendant cette heure de vérité, force est de constater que, depuis la prise de responsabilité de Louly Bonbon à la mairie, consécutive à l’éviction de l’ex-maire et de son indéboulonnable mentor aujourd’hui abattu, (en tout cas nous l’espérons), un vent rafraîchissant de soulagement et de liberté semble souffler sur Terre-de-Haut. Sur le personnel communal d’abord en proie à toutes les brimades et les vexations que leur faisait subir un chef d’édilité maladivement imbu de son pouvoir ; sur nombre de nos compatriotes ensuite, interdits de parole et qui retrouvent aujourd’hui la liberté de s’exprimer sans craindre les réprimandes et les rappels à l’ordre. Les langues se délient et beaucoup qui ne se parlaient plus ont retrouvé le sens du dialogue en se soulageant de la chape de plomb qui leur avait été autoritairement imposée. C’est déjà un pas timide vers la fraternisation.

Un souhait unanime

Puisse notre nouveau maire, délaissant l’obsession maladive du pouvoir et ses pratiques abusives, prendre conscience de cet indéniable soulagement populaire. Puisse-t-il ne rien faire pour l’entraver, mais au contraire s’attacher à l’encourager. Car, fût-il à ses débuts totalement spontané, ce soulagement bienvenu, s’il est entretenu et pérennisé, serait alors pour lui un premier pari gagné sur l’avenir et sur l’accomplissement de ses deux prochaines années de mandature à la tête de la commune. C’est, nous le pensons sincèrement, le souhait que toute la population de Terre-de-Haut a exprimé le 17 mars dernier.

Raymond Joyeux

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Samedi 17 mars 2018 : pour une fois une mairie pleine à craquer – Ph. Raymond Joyeux

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Le rude métier de marin-pêcheur aux Saintes

Réputés les meilleurs de la Caraïbe

Îles par définition à vocation maritime, nos deux communes saintoises sont réputées pour compter parmi leur population les marins-pêcheurs les plus hardis, les plus habiles et les plus expérimentés de la Caraïbe. Et même si aujourd’hui peu de jeunes s’engagent dans cette activité traditionnelle et que le nombre d’inscrits maritimes ne cesse chez nous de diminuer, la pêche reste de loin l’activité professionnelle la plus attachée à l’essence même de nos deux communautés. Certes les techniques de pêche ont grandement changé depuis quelques années et les moyens matériels à la disposition des pêcheurs ont évolué dans la même mesure, améliorant sensiblement les dures conditions de la pratique halieutique.

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Boat saintois au siècle dernier – Collection Marc-Alain Foy, via Alain Joyeux

Ainsi, la modification des embarcations pour mieux les adapter aux puissants moteurs hors-bord qui ont avantageusement remplacé la voile traditionnelle, l’introduction des filets en nylon devenus imputrescibles, plus légers et plus solides que les sennes en fil de coton de jadis, et surtout, alliée au GPS, l’utilisation du DCP (dispositif de concentration du poisson) qui permet des prises plus abondantes et moins aléatoires, tout en réduisant le temps passé en mer, sont autant d’innovations qui ont, au fil des années, rendu moins pénible la vie de nos marins-pêcheurs. Pourtant, si leur activité semble aujourd’hui plus aisée qu’il y a quarante ou cinquante ans, il faut l’avoir exercé ou l’avoir vu pratiquer de près pour comprendre et mesurer la rudesse et les contraintes du métier de pêcheur.

Remontée de la senne- Photo bulletin municipal de TDH 1995

La pêche à la traîne en 1901

Source inépuisable d’informations sur la vie dans nos îles au début du XXème siècle, le docteur militaire Sauzeau de Puybernau – auteur déjà maintes fois cité  sur ce blog – n’a pas manqué de nous décrire, avec poésie, un certain romantisme et parfois un zeste de commisération, la rude vie des marins-pêcheurs saintois de son époque. Voici ce qu’il écrivait à ce propos en 1901 sur la pêche à la traîne :

 » Le genre de pêche varie selon la saison. Pendant les quatre ou cinq premiers mois de l’année, les pêcheurs saintois font « la traîne ». Avant le lever du soleil, trois ou quatre hommes montant un boat d’une tonne environ, quittent les Saintes et filent vers Marie-Galante, la Dominique ou dans le Sud, croisent des heures entières sous les ardeurs d’un ciel de feu, luttent contre la lame tour à tour violente ou perfide, tantôt inquiets et fermes, tantôt souriants et nonchalants ; ils ne rentrent que le soir au coucher du soleil. À cette heure où le calme est très grand, on peut jouir alors d’un petit spectacle charmant et pittoresque.

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Retour de pêche à la senne aux Saintes – Photo Raymond Joyeux 1971

C’est la fin la plus suave des jours longs. Les femmes et les enfants des pêcheurs vont sur la berge épier l’horizon ; ils se groupent en causant, ils se querellent aussi. Petit à petit se dessine dans le lointain une voile blanche qui oscille légèrement ;  à  peine entrevue, elle est reconnue et désignée par tout ce monde dont la vie tient à la vie de cette voile. Après celle-ci en vient une autre, puis plusieurs, et pendant un gros moment on voit ces petites embarcations s’approcher, lutter inconsciemment de vitesse et atterrir lentement, comme fatiguées de ce voyage d’un jour, toujours obéissantes néanmoins.

Voiles saintoises – Tableau d’Alain Joyeux – 2018

Les hommes, eux, trempés et las, réintègrent avec peines leurs agrès et versent sur le sable leur pêche. Trop souvent ils n’ont « rien piqué », ils en expliquent les raisons : « la lune, les courants, les hameçons… » Ils retourneront demain. En attendant, le travail n’a rien produit : il n’y a rien pour la famille. On mangera demain ; pour ce soir on jeûne. Demain, si « rien n’est piqué » on se serrera encore le ventre ou l’on se contentera d’une croûte de pain achetée sur la pêche à venir. C’est affreux, mais c’est réel. Et j’ai vu, trop souvent ai-je dit, ces scènes se reproduire. Oh, comme ces êtres paient cher leur indépendance !

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Pêcheur saintois au casier – Photo Raymond Joyeux 

La traîne cesse au moment où commence l’hivernage, à l’époque bien connue d’avance des marins, où les traitrises des éléments deviennent trop grandes et trop fréquentes. Ils fréquentent alors davantage les bancs de grand et de petit fond, à la ligne, au « casier », ou bien encore collaborent aux opérations des seines (sic) dont ils constituent les diverses équipes… »

Sauzeau de Puyberneau
(Monographie sur les Saintes, dépendances de la Guadeloupe Bordeaux 1901)

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Préparation de la senne à Terre-de-Haut années 50 – Cliché Candalen

Ma modeste contribution poétique au sujet 

Appareillage 

Le soleil dort encore
mais la maison s’éveille où le Saintois repose
et la mer, cette nuit, comme les autres nuits,
a bercé son sommeil
car le rivage est proche et la mer babille
au pied des cocotiers qui tanguent
sur son toit.
Il se lève avant l’aube
l’homme de l’île belle
et tandis que sa femme au pauvre feu de bois
fait couler goute à goutte
l’amer café d’ébène
il hume sur la plage la route de la brise
et regarde le ciel comme un ordre du jour.
Les courants seront durs, la rafale est sud-est
il faudra aujourd’hui mettre deux hommes au vent
et tirer des bordées allant jusqu’à la passe
pour prendre avant midi le cap
du port d’attache.
L’équipage un à un aux salacos blanchis (1)
a rejoint avec lui leur boat fidèle et fier.
Déjà la Croix du Sud
au bout de l’horizon
plonge dans l’eau sa queue
ouvrant la porte au jour.
Et les pêcheurs s’embarquent
sous le signe de la Croix
qu’ils font chaque matin
jetant leur main calleuse
dans l’immense bénitier bleu de la mer.
Ils sont partis ces hommes
fils brunis
nés de la houle et du vent.
Pour eux la vie commence
au creux salé des vagues
lorsque la risée fraîche
gonfle en éventails blancs
Leurs voiles raides.
1- Salaco : chapeau traditionnel saintois à larges bords fait de lamelles de bambou tressées et recouvert d’un tissu.

Raymond Joyeux – Poèmes de l’archipel -1986

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Pêcheur saintois au tazard – Photo Henry Migdal – 2016

Une vidéo de Dominique Perruchon

Pour clore ce sujet, je vous propose, en cliquant directement sur la flèche ci-dessous, de visionner la video de M. Dominique Perruchon sur la pêche à la senne, également visible sur le site Maria Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Mieux que des mots, ce film nous montre le savoir-faire de ces pêcheurs aguerris, leur technique élaborée et la somme d’efforts déployés pour capturer le poisson, et souvent pour ne ramener qu’un dérisoire butin…. Parfois au péril de leur vie. Aussi, ayons une pensée pour tous ces marins-pêcheurs qui, connus ou inconnus, sont morts ou ont disparu en mer dans l’exercice de leur périlleuse profession.

 Un grand merci à M. Dominique Perruchon pour ces images exceptionnelles et son intérêt pour les traditions saintoises. Intérêt qu’il manifeste par la publication régulière sur Youtube de nombreuses vidéos tournées aux Saintes.

Raymond Joyeux

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