Terre-de-Haut 1965 : une page médicale de 55 ans…

À l’heure où une sévère épidémie de gastro-entérite affecte l’ensemble de l’hexagone et que ni la Guadeloupe ni les Saintes n’en sont épargnées, il est intéressant de relire la chronique du Docteur Yves Espiand, en poste à Terre-de-Haut entre 1964 et 67, sur une maladie du nourrisson sévissant alors épisodiquement dans notre archipel
et qui s’en approche par ses symptômes : la Toxicose.

Cet article, publié en février 1965, soit il y a 55 ans, dans le journal L’ÉTRAVE, (1) en plus de décrire les dramatiques conséquences et les conditions d’apparition de cette maladie, fait état de la situation sanitaire des Saintes et de Terre-de-Haut en particulier il y a un demi siècle. Heureusement, ce temps est bel et bien révolu. Mais ce document a l’avantage de nous renseigner par comparaison sur l’évolution positive de nos mœurs saintoises en matière d’hygiène individuelle et collective. À ce seul titre, il méritait d’être publié ici. Permettant au passage au lecteur d’apprécier le style hyperbolique et imagé de notre ami, le docteur Yves Espiand, en dépit du sérieux et de la gravité du sujet traité.

1 – L’ÉTRAVE : Premier mensuel saintois de 8 doubles-pages, créé par Georges Vincent, Yves Espiand et Raymond Joyeux en 1965. Cinq numéros ont vu le jour entre février et mai de cette année-là. Imprimé à Pointe-à-Pitre par Louis Martin.

Un mal qui répand la terreur : la Toxicose

 » Qu’elle réponde au vocable populaire de cholérine, à celui plus médical de toxicose ou qu’on l’appelle tout simplement « diarrhée-vomissement », elle arrive presqu’à dates fixes, environ deux fois par an, en étendant ses grandes ailes de rapace affamé, fondant, l’œil lubrique et inquiétant sur les fragiles enfants en bas-âge. C’est alors un cortège de larmes et de souffrances, de visages éplorés au rictus sardonique de toute une famille penchés avec angoisse sur un berceau où lutte contre la mort un nourrisson au teint blafard, aux yeux cerclés d’un cerne violacé, aux membres flasques, inertes, brusquement secoué par les spasmes fulgurants des vomissements incoercibles, à l’abdomen dilaté, parcouru par les vagues douloureuses des coliques intestinales.

Des symptômes très inquiétants

Pourtant, deux ou trois heures plus tôt, il était tout plein d’entrain, souriant à la vie, heureux, grignotant sa petite tartine avec le calme et la sérénité d’esprit d’un être sans soucis. Et subitement c’est la catastrophe : en peu de temps il est vidé de toute substance, selles et vomissements se succèdent à une cadence effrénée, provoquant cet aspect de moribond qui affole si justement la famille.

Cet effrayant tableau des signes extérieurs de la maladie objective à lui seul l’importance des problèmes tant curatifs que prophylactiques de ce fléau qui, heureusement, tend à perdre de son agressivité. Quels en sont les causes et les éléments favorisants, et pourquoi est-il presque saisonnier et épidémique ? Plusieurs facteurs peuvent être incriminés.

Jarre destinée à recueillir autrefois l’eau de pluie dans les maisons saintoises

Le rôle nocif de l’eau contaminée et des « cabanes ».

D’abord l’eau. À l’appui de cette thèse, il faut citer la nette diminution de la maladie parallèlement à l’augmentation de la construction de citernes familiales. Naguère et dans de trop nombreuses maisons encore, l’eau était recueillie dans des fûts dont le premier usage avait été le transport de vin, d’huile voire d’essence. Ces grands récipients ouverts à tous les vents, tapissés intérieurement d’une boue verdâtre, gluante, filamenteuse, sont un riche réservoir de microbes trop heureux de croître et se multiplier dans cette ambiance fétide, visqueuse et tiède. On imagine aisément les ravages que peut provoquer cette eau polluée, insuffisamment bouillie. 

Une pharmacie aux Saintes : un progrès considérable -Ph. R. Joyeux

Mais d’où viennent ces micro-organismes qui souillent l’eau ? Ils sont tout simplement véhiculés parmi les déchets qui entrent dans la formation de la poussière, cette dernière étant très abondante pendant la saison sèche. Il est aisé de conclure que l’atmosphère est particulièrement agressive en cette période, surtout quand on sait que la toxicose est une maladie infectieuse à microbes. Il faut noter ici le rôle nocif des « cabanes » (2), douillets nids à microbes, trop hâtivement et insuffisamment exposées aux rayons purificateurs du soleil.

(2) Cabanes : Aux Antilles, amas de vieux tissus disposés souvent à même le sol et servant de matelas pour les enfants dans les familles nombreuses.

Le péril fécal, vecteur de l’affection

Le troisième facteur favorisant, corollaire des deux premiers, est le manque d’hygiène. C’est lui qui conditionne la propagation de l’affection. Certains Saintois conçoivent difficilement que le fait de laisser « traîner » un enfant sur une natte de propreté douteuse, posée à même le sol, ou dans une vieille caisse en bois, l’expose à une contamination certaine. Une réaction énergique visant à faire disparaître cet état d’esprit s’impose, en même temps qu’une campagne vigoureuse contre le « péril fécal », contre toute forme d’exonération sur les plages ou dans les recoins, discrets peut-être, mais dans le voisinage immédiat d’une habitation (voir le défilé matinal des candidats à la garde-robe sous l’appontement), les selles étant le vecteur de la propagation microbienne. Et même si on pense que l’eau de mer purifie tout, elle rejette aussitôt sur le rivage le contenu des seaux et autres ustensiles qu’on a la paresse de déverser trop près du littoral : elle n’a pas le temps suffisant pour entreprendre son action antiseptique. 

Nécessité d’une prophylaxie rigoureuse 

L’analyse rapide des facteurs favorisant la transmission de la toxicose permet d’établir une prophylaxie rigoureuse, une prévention assez sérieuse qui reste encore, grâce aux énormes progrès thérapeutiques, et le large éventail des médicaments à la disposition du praticien, le moyen le plus efficace pour lutter contre ce terrible mal qui nécessite parfois une perfusion intra-veineuse d’urgence en milieu hospitalier. Posant par là-même, chez nous, le délicat problème de l’évacuation sanitaire. »

Docteur Yves ESPIAND,
praticien aux Saintes entre 1964 et 1967, cofondateur et collaborateur du journal L’ÉTRAVE
.

Hélicoptère d’évacuation sanitaire dans le ciel des Saintes. Ph R. Joyeux

Publié par Raymond Joyeux
le 11 janvier 2020

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Municipales 2020 – acte 4…

Louly Bonbon – Hilaire Brudey :
entre désillusion et occasion manquée

Pratiquement de la même génération, 58 ans pour l’un, 60 pour l’autre cette année 2020, ces deux compatriotes de Terre-de-Haut, après vingt-cinq ans de lutte commune dans l’opposition, se présenteront en adversaires aux Municipales de mars prochain. L’information semble désormais officiellement confirmée, même si ni l’un ni l’autre n’ont encore publié, à ce jour, leur profession de foi, à l’instar d’Angel Molinié et de Ginette Samson, très en avance sur le calendrier. (Voir ci-dessous nos chroniques du 9 et du 20 septembre 2019).

https://raymondjoyeux.com/2019/09/09/municipales-2020-les-candidats-frappent-a-la-porte/

https://raymondjoyeux.com/2019/09/20/municipales-2020-ginette-samson-premiere-candidate-officiellement-declaree/

Unis dans l’opposition depuis 1989

La première apparition commune sur la scène politique saintoise de ces deux candidats remonte aux municipales de 1989. Avec déjà Hilaire Brudey comme leader du groupe. Cette année-là, le maire sortant, Robert Joyeux, au pouvoir depuis trois mandatures, l’emporte de justesse et se représentera seul en 1995. Rappelons qu’en dépit du bon score réalisé à ces élections, aucun des membres de l’opposition de l’époque, conformément à l’absurde loi électorale alors en vigueur, ne siègera au C.M. et ce jusqu’à la modification de cette loi en 2014…

Cependant, boostée par son encourageant succès de 89, cette opposition s’organise en Association et crée le périodique L’Iguane comme support écrit de ses analyses critiques, de ses propositions et de son action omniprésente sur le terrain. Louly Bonbon et Hilaire Brudey sont, bien entendu, totalement engagés dans le mouvement dont ils sont les cofondateurs. L’un en tant que premier secrétaire de l’Association, l’autre comme trésorier adjoint, ainsi que le confirme cet encart publié dans le premier numéro de L’Iguane daté d’octobre 1989.

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Retour aux urnes en 2001

Après avoir fait l’impasse sur les municipales de 1995, le groupe de L’Iguane revient aux élections de 2001 sous le sigle RDS, Réalisme-Démocratie-Solidarité, et le slogan de campagne Terre-de-Haut change de Cap. Naturellement, Louly Bonbon et Hilaire Brudey en font plus que jamais partie. Cette fois-ci, non contre Robert Joyeux qui a dû démissionner à la suite de ses déboires budgétaires mettant la commune au bord de la faillite, mais contre un ancien adjoint et dauphin désigné du maire démissionnaire, Louis Molinié, tout frais élu par ses pairs du C.M. à la place de ce dernier.

Affichette contre le maire Joyeux avant sa démission en mars 2000

Malheureusement, l’énorme travail de préparation, de rencontres et de concertation réalisé en équipe avec la population, avant et pendant la campagne électorale, en prévision de ces élections de 2001, n’a pas été payant. Le candidat de la majorité est élu et Louly Bonbon prend ses distances d’avec la politique pour raisons familiales, allant jusqu’à se faire rayer des listes électorales de Terre-de-Haut. Il ne participe plus, dès lors, aux actions du groupe, toujours actif sur le terrain, sans pour autant, à notre connaissance, s’en désolidariser…

Livret RDS

Élections 2001 – Livret de concertation – Arch. R. Joyeux


Le coup de théâtre de 2014 ou l’improbable alliance 

Alors que la campagne pour les municipales de 2014 est à peine entamée qu’à la surprise générale, sans crier gare ni expliquer clairement ses raisons, voilà que Louly Bonbon, qui a sollicité sa réinscription à Terre-de-Haut, revient en politique pour se rallier à son adversaire d’hier, Louis Molinié, et se retrouver sur la liste de ce dernier en 7ème position. En compagnie d’ailleurs de Ginette Samson, deuxième de la liste, élue première adjointe au maire avant de démissionner 6 mois plus tard, et, elle-même, rappelons-le, candidate déclarée pour les municipales de cette année 2020…

C’est la consternation chez les anciens compagnons de Louly Bonbon, transfuge du groupe RDS, dont certains membres se sentent à juste titre trahis, après 25 ans de lutte commune… De son côté, Hilaire Brudey, ayant constitué sa liste, se présente aux élections au nom de l’opposition et échoue une nouvelle fois à se faire élire. Avec trois de ses colistiers, il participe néanmoins au C.M., la loi électorale sur la proportionnelle ayant été modifiée entre temps. Ainsi les deux ex-amis, l’un conseiller de la majorité, l’autre de l’opposition siègent désormais à la même table et se rencontrent régulièrement aux séances du Conseil municipal… sans pour autant se faire ouvertement la guerre, mais sans non plus se faire des mamours ni clins d’œil complices, cela va sans dire.

Quand la Justice fait le ménage

Quatre ans passent ainsi, cahin-caha, et la gestion du maire Molinié, apparemment seul maître à bord, malgré les 14 conseillers de sa majorité censés le seconder, est épinglée par la justice. La suite est connue : condamné à une peine de prison ferme assortie de 10 ans d’inéligibilité et au remboursement à la commune des sommes présumées détournées, l’élu est destitué d’office par arrêté préfectoral, contraint de laisser le conseil municipal élire à sa place un nouvel édile. C’est ainsi que, le 18 mars 2018, Louly Bonbon, 5ème adjoint, devient momentanément par cooptation le nouveau maire de Terre-de-Haut, en attendant le verdict populaire de 2020. Dès lors, l’affrontement entre les deux anciens colistiers de 1989 et 2001 devient inévitable et quasi permanent à l’approche des prochaines élections.

Élection de Louly Bonbon le 18 mars 2018 – Photo TDH Indiscrétions

L’espoir d’une réconciliation anéanti

Ainsi, Louis Molinié évincé,  l’arrivée de Louly Bonbon pour deux ans à la tête de la commune, après la déception de 2014, suscite un moment chez beaucoup de ses anciens compagnons politiques, outre un sincère sentiment de satisfaction, l’espoir d’une réconciliation possible entre les deux anciens camarades de combat. Mais, même à écarter le passéiste calcul de préséance, c’était sans compter sur leur personnalité respective, leur vision étrangement antagoniste de l’action municipale, de la pratique, osons le dire, désintéressée du pouvoir, de la transparence à tous les niveaux et plus généralement de la démocratie.

https://raymondjoyeux.com/2018/03/26/actualite-politique-une-ere-nouvelle-pour-terre-de-haut/

Pourtant, cette réconciliation souhaitée et espérée par le plus grand nombre aurait été, à notre sens, plus que bénéfique pour Terre-de-Haut. Ayant travaillé 25 ans ensemble sur tous les dossiers touchant à la difficile et délicate gestion communale, à l’exercice exigeant de la démocratie, Louly Bonbon et Hilaire Brudey, main dans la main, mettant leur expérience, leur intelligence, leurs compétences et leur volonté en commun, étaient tout désignés, aux yeux de beaucoup, pour satisfaire ensemble, et au mieux, les intérêts, aspirations et attentes de notre population. Une population que 50 années de politique, moralement et économiquement désastreuse pour la commune, n’ont eu de cesse de spolier à tous les niveaux. Politique qu’ils ont tous les deux en leur temps, unanimement dénoncée, combattue et condamnée. C’est en ce sens que, instruit des calamiteux exemples du passé, nous parlions plus haut d’occasion manquée. Occasion unique, selon nous, que Terre-de-Haut en particulier et les Saintes en général auraient eu tout à gagner à voir se concrétiser pour demain, au lieu d’en faire amèrement aujourd’hui la regrettable et consternante économie… À moins qu’au probable deuxième tour… Il n’est pas interdit de rêver !

         Municipales 2001 : Accroupis, Louly Bonbon 2ème en partant de la gauche – Dernier rang, Hilaire Brudey 4ème en partant de la gauche.

Publié par Raymond Joyeux
 Le 02 janvier 2020

 

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Bonne et heureuse année 2020 !..

Je remercie pour leur précieuse amitié et leur fidélité toutes celles et tous ceux qui, depuis sa création en juillet 2013, font prospérer ce blog,
totalement indépendant, exempt de toute publicité.

À ce jour, 31 décembre 2019,

  • 253 chroniques ont été publiées, donnant lieu à
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Les sujets traités portent principalement sur :

– L’actualité locale et l’histoire saintoise
– La découverte de nos archives
-La vie politique, sportive et artistique
-La poésie, la littérature, la musique
-L’environnement
-Les voyages…

À chacune et chacun d’entre vous, je souhaite une année riche
en amour, partage et félicité.
Encore un grand merci à vous toutes et tous, collaborateurs occasionnels, lectrices, lecteurs, commentatrices et commentateurs habituels ou épisodiques.

À l’année prochaine… peut-être !

Raymond Joyeux

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Environnement : route touristique du Chameau, où en est la règlementation ?…

La saison touristique ouverte, Terre-de-Haut est, comme chaque année en cette période, particulièrement fréquentée. La tentation est grande alors, pour beaucoup de nos amis visiteurs, de louer pour une journée ou plus l’un de ces innombrables véhicules motorisés, électriques ou non, (scooters, voiturettes, vélos…) qui viennent s’ajouter à ceux déjà pléthoriques des résidents… Pour parcourir rues, routes et sentiers de la commune, parfois au détriment de la tranquillité générale et des règlements de circulation. Le témoignage qui suit concerne la route du Chameau, interdite en principe à tout véhicule quel qu’il soit. Et cela, pour laisser aux seuls marcheurs la possibilité de jouir du calme de ce massif mythique, d’apprécier pleinement, au détour d’un sentier, la beauté idyllique des paysages, de découvrir en silence la faune spécifique du site et l’exceptionnelle végétation qu’il abrite. Laissons la parole à Alain Joyeux, marcheur invétéré s’il en est, « va-nu-pied extasié, explorateur de confins innommés », comme l’a si justement défini un certain poète inspiré… (ce jour-là !)…

N.B. Lire ou relire la chronique de 2014 avec Roméo Léon en cliquant sur le lien ci-dessous, sans oublier le splendide commentaire d’Alain Joyeux sur le sujet...

https://raymondjoyeux.com/2014/01/17/une-balade-au-chameau/

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Tour Modèle du Chameau 1843 dont la plate-forme est aujourd’hui inaccessible  – Ph. R. Joyeux

Un témoignage éloquent adressé au Conservatoire du Littoral avec copie au Maire de Terre-de-Haut

Je suis Saintois résident et je parcours à pied l’île en permanence. Je gravis régulièrement le Chameau, empruntant la route bétonnée ainsi que la trace balisée en jaune qui mène de son sommet jusqu’au site de Crawen. Je me réjouis, comme tous ceux qui empruntent cette route à pied, que celle-ci ait été enfin libérée depuis quelques années de la circulation de véhicules et du va-et-vient des camions d’ordures qui ont arrosé quotidiennement de leurs détritus ce site protégé en « réserve de biotope » pendant des décennies.

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Arbuste typique du Chameau – Photo Raymond Joyeux

A l’entrée du site, sur la route qui mène à son sommet, existe à ce jour une barrière de fortune, avec un panneau pas très « officiel » sur lequel est inscrit : « Piétons autorisés uniquement », (déjà une ambiguïté dans la formulation : un touriste piéton m’a demandé un jour s’il devait demander une autorisation..! )

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Une barrière de fortune amovible, vite déplacée – Ph. R.Joyeux

Je tiens à vous signaler toutefois les infractions multiples à cette injonction, et peux témoigner de la  présence régulière de véhicules (scooters essentiellement) sur ce site. La dernière en date, ce samedi matin, 24 août 2019.

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Scooters à l’arrêt sur la route du Chameau – Ph. Alain Joyeux

Signalisation non respectée

Ce site est le seul endroit à Terre-de-Haut où le marcheur peut jouir d’une totale tranquillité indispensable à la sérénité de ces forêts et panoramas uniques, et considère comme très dommageable que cette limitation aux piétons soit régulièrement bafouée. La plupart du temps par quelques Saintois irrespectueux (je ne veux citer personne pour le moment, mais je le pourrais) ainsi que, ponctuellement par des visiteurs non résidents et  inconscients de la valeur de cette restriction en faveur de ce biotope extraordinaire

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Une signalisation sans équivoque très souvent bafouée – Photo R. Joyeux

Au-delà de l’incivisme désolant des contrevenants et du préjudice pour le site alors dérangé par le bruit et les gaz d’échappements, il est particulièrement fâcheux et désagréable de devoir subir, en tant que marcheur dans l’effort de cette ascension, l’arrogance pétaradante de ceux qui n’ont pas le courage, ni le respect, ni la patience d’aborder le site comme simple piéton. Ce dernier non seulement dérangé, mais souvent sujet à une attitude d’intimidation, d’agressivité, voire insulté par les contrevenants si on leur fait remarquer l’illégalité de leur situation ou tout simplement le manque de respect pour ce site protégé.

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Sentier pittoresque avant l’accès à la Tour – Photo R.Joyeux

Descente rapide particulièrement périlleuse 

Par ailleurs, si l’emprunt de cette route par des vélos électriques (c’est aussi le cas très souvent) ne présente pas de désagréments en terme de bruit et de pollution gazeuse, cette route reste particulièrement dangereuse (surtout à la descente). Le danger réside en premier lieu pour les cyclistes (risques d’accidents graves) mais aussi pour les piétons qui doivent éviter, parfois au dernier moment à la sortie d’un virage, la descente de ces bolides souvent lancés à toute vitesse, considérant cette route comme une piste de descente sportive… L’accès aux vélos (électriques ou non et aux scooters ou autres véhicules) devrait être également découragés définitivement par vos services sous la forme d’une barrière digne de ce nom et d’une signalétique officielle explicite, claire, avec menace d’amende (applicable et appliquées) pour les contrevenants.

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Cactée sauvage du massif du Chameau – Photo R. Joyeux

Ayant déjà signalé oralement cette situation sensible (et pour beaucoup de piétons intolérable) à votre agent en place à Terre-de-Haut il y a maintenant plus d’un an, ce dernier m’avait affirmé qu’un projet de barrière fixe infranchissable aux scooters et autre vélos électriques ( pouvant être ouverte seulement pour des véhicules de service officiels) était en cours…  J’aimerais que vous puissiez me confirmer la véracité de cette information avec des documents à l’appui, merci . Dans le cas d’un projet réel, je m’inquiète et m’impatiente de savoir quand aboutira sa réalisation ? Par ailleurs, je ne vois jamais cet agent patrouiller sur ce site où il y aurait matière à moult contraventions pour ces effractions (recettes qui auraient sans doute déjà financé l’installation d’une vraie barrière). Sa présence régulière permettrait sans doute de décourager ceux qui seraient tentés de braver cette interdiction.

Table de lave solidifiée et son frangipanier- Photo Alain Joyeux

Merci de répondre sur ce dossier de l’accès à la route du chameau.

Alain JOYEUX – Août 2019

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Le bourg de Terre-de-Haut au petit jour, vu de la route du Chameau. Ph. R.Joyeux

PS. Quatre mois après l’envoi de cette missive, et jusqu’à ce jour – 20 décembre 2019 – aucune réponse n’est parvenue à son auteur, ni de la Mairie,
ni du Conservatoire du Littoral.
Par contre une simple chaîne en guise de barrière a été installée !…

Publié par Raymond Joyeux, le 20 décembre 2019

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Municipales 2020 (suite)…

Le nom des quatre candidats pour Terre-de-Haut dévoilé 

À trois mois des échéances électorales, bien que seuls deux candidats aient publié à ce jour leur déclaration écrite officielle de candidature, nous connaissons le nom des quatre prétendants probables à la mairie de Terre-de-Haut pour 2020. Il s’agit du maire sortant, M. Louly Bonbon, de Mme Ginette Samson, ex-première adjointe de deux précédentes mandatures, de M. Engel Molinié, professeur de collège et de M. Hilaire Brudey, conseiller municipal d’opposition et membre du Conseil départemental.

Une interview très instructive

À la veille de ces élections et avec bientôt 55 ans de recul, voici l’interview qu’avait donnée au Journal L’Étrave M. Denis Cassin, à l’issue de son échec aux municipales du 14 mars 1965, contre M. Eugène Samson, le maire sortant de l’époque, réélu ce jour-là avec 64% des suffrages. 

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Candidat malheureux aux élections municipales, M. Denis Cassin a bien voulu répondre à  nos questions. Nous l’avons rencontré à Terre-de-Haut une semaine jour pour jour après son échec. Plus décontracté que le dimanche précédent, il était venu assister en simple citoyen à l’élection du Maire et de l’adjoint. (En l’occurrence un seul adjoint au maire en 1965 pour 11 élus.)

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Interview réalisée par Raymond Joyeux en mars 1965, publiée  dans le mensuel L’ÉTRAVE N° 3 du mois d’avril de la même année

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Raymond Joyeux  : M. Cassin, c’était la première fois que vous vous présentiez à des élections. Vous avez été battu, pensez-vous avoir subi une grande défaite ?

Denis Cassin : Il n’y a de défaite dans quelque domaine que ce soit que, lorsque celui qui en est le sujet vit un désenchantement personnel. Or aux dernières élections je ne cherchais pas une victoire personnelle. J’ai simplement représenté le choix d’une partie de la population. Il s’est trouvé que mon adversaire a obtenu la majorité des choix. On ne peut donc pas parler en ce qui me concerne de défaite au sens strict du mot.

R.J. : Estimez-vous cependant que ce choix aurait pu être plus étendu en votre faveur, autrement dit escomptiez-vous plus de voix que vous en avez obtenu ?

D.C : Certainement. Et j’ai été déçu par le revirement inattendu d’un bon nombre de mes partisans. D’autre part, certains éléments que je croyais abstentionnistes ont voté à mes dépens, ce qui fit pencher la balance contre mes prévisions.

R.J. : À quoi attribuez-vous ces revirements inattendus ?

D.C. : Je pense que c’est avant tout une question de mentalité. De nombreux Saintois ont peur de perdre leur voix, aussi votent-ils à la dernière minute pour le candidat qui, à leurs yeux, semble devoir obtenir la majorité.

R.J. : Ne croyez-vous pas plutôt que votre politique sur le terrain n’était pas assez mûre, et que votre campagne pas assez préparée ?

D.C. : Il y a sans doute un peu de cela. Mais n’oubliez pas que 3 mois avant les élections la majorité de la population de Terre-de-Haut réclamait à cors et à cris un candidat contre le maire sortant. À cette époque, on ignorait, tout aussi bien que moi, ma candidature. D’autre part, la répartition des secours au profit des sinistrés* avait fait pas mal de mécontents, et en janvier, une adjudication accentua ce mécontentement. Je pensais alors que ma politique était toute tracée et qu’il suffisait simplement de l’entretenir. Malheureusement je me trompais sur la mentalité saintoise, car ceux-là mêmes qui critiquaient le plus la municipalité ont été les premiers à voter pour son maintien.

* Sinistrés du cyclone Cléo qui en août 1964 avait ravagé la Guadeloupe sans épargner les Saintes. (NDLR)

Ravages du Cyclone Cléo aux Saintes en août 1964

R.J. : Trois mois avant les élections, vous prétendez que vous ignoriez vous-même si vous alliez être candidat, qu’est-ce qui vous a poussé brusquement à former une liste ?

D.C : Deux facteurs principaux ont été à l’origine de ma candidature à Terre-de-Haut. D’abord la carence traditionnelle du conseil municipal, puis ce mécontentement dont je vous ai parlé. Aussi mon but n’a jamais été de m’opposer systématiquement à un homme, comme beaucoup ont voulu le croire, mais de chercher à remédier à une situation que la population désapprouvait fortement. La responsabilité de ma candidature repose d’autre part uniquement sur moi. Aucun de mes amis, aucun de mes partisans doit être accusé de m’avoir contraint à une politique d’opposition, aucun parti politique ne m’a délégué.

R.J.: Pouvez-vous nous dire ce que vous pensez de la victoire du candidat UNR-UDT à Terre-de-Haut ?

D.C. : Le succès remporté par le candidat UNR à Terre-de-Haut devrait se passer de commentaires. La population a nettement fait son choix. Il lui revient désormais d’exiger de ses représentants la réalisation de leurs promesses, mais il lui revient également de ne point crier misère si par la suite elle se rend compte qu’elle a été trompée.

R.J. : Après ce coup d’essai quels sont vos projets ? Pensez-vous revenir dans 6 ans à Terre-de-Haut prendre une revanche ?

D.C. : Je m’attendais bien évidemment à cette question que se posent beaucoup de Saintois. Je dirai tout d’abord que je n’ai aucune revanche à prendre, car je n’ai pas combattu pour moi-même mais pour le bien de ma commune. D’autre part puisque ma commue n’a pas voulu de moi le 14 mars, ce n’est pas dans 6 ans qu’elle me sollicitera sincèrement.

R.J. : Elle ne vous a pas choisi le 14 mars sans doute en partie parce que, aux dires de certains, vous étiez trop jeune. Dans six ans vous aurez 34 ans. Peut-être alors ?…

D.C.: Ce n’est pas parce que je suis trop jeune que les Saintois n’ont pas voulu de moi. C’est surtout parce que je ne possède ni bateau, ni boulangerie ni bistrot.*

*Allusion aux différents biens de son adversaire à cette époque-là. (NDLR)

R.J. : À vous entendre on est porté à conclure que votre carrière politique n’aura duré qu’un  jour. Cette conclusion vous paraît-elle juste ?

D.C. : Pas tout à fait puisqu’avant le jour du vote il y a eu toute la campagne électorale. Mais je crois qu’elle s’arrête effectivement au 14 mars. Il faut en effet un courage extraordinaire pour affronter les élections aux Saintes. Surtout lorsqu’on est sincère avec soi-même et avec les autres, c’est-à-dire lorsqu’on ne recherche pas les honneurs, lorsqu’on ne vient pas forcer le choix des électeurs et lorsqu’on reste intégraement loyal envers ses adversaires.

R.J. Les  lecteurs de L’Étrave vous remercient, M. Denis Cassin, pour vos réponses et pour votre dernière réflexion qui servira de conclusion à cette interview.

PS. Contrairement à sa déclaration de 1965, 12 ans après cette interview, M. Denis Cassin s’est représenté aux élections municipales de Terre-de-Haut en 1977, contre le maire sortant, M. Robert Joyeux, mais toujours sans succès…

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Place et Mairie de Terre-de-Haut début des années 60

Publié par Raymond Joyeux, le 12 décembre 2019

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À la découverte de nos archives…

Hommage à Monseigneur Ernest Cabo

À l’heure où nous apprenons avec tristesse le décès de Monseigneur Ernest Cabo, ancien évêque du diocèse de la Guadeloupe, je vous propose aujourd’hui, en hommage à ce dernier, le récit d’une visite épiscopale à Terre-de-Haut en 1874. Ce récit est extrait de la brochure De clocher en clocher consacrée à notre paroisse et publiée en avril 1979 par Camille Fabre, secrétaire à l’époque de Monseigneur Jean Gay.

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Une visite épiscopale à Terre-de-Haut il y a 145 ans

Le dimanche, 13 décembre 1874, la paroisse de Terre-de-Haut recevait l’évêque de Basse-Terre. Il y avait huit ans et sept mois qu’aucun évêque n’avait mis le pied sur cette île ; aussi, Mgr Blanger a-t-il voulu donner une marque particulière de sympathie en se dérangeant spécialement pour nous visiter, et en passant toute la journée du dimanche à Terre-de-Haut.

Sa Grandeur, qui devait arriver par l’Estafette, vers huit heures et demie du matin, n’a touché le rivage qu’à neuf heures et demie, par suite d’un accident arrivé au vapeur, lors du départ de la Basse-Terre. Elle était accompagnée de M. Gravier, vicaire général, et du R.P. Guilloux supérieur du Collège diocésain de la Basse-Terre.

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Reçu et complimenté tant bien que mal par M. le Maire (Jean-Pierre Lognos), sous l’arc de triomphe qui avait été élevé par des hommes de bonne volonté, à l’extrémité de l’estacade, en face de la maison qu’occupe le Commissaire de Marine. Monseigneur s’est ensuite rendu processionnellement à l’église, la foule des confirmands et des paroissiens précédant sur deux rangs garnis d’oriflammes et de bannières ; toutes les autorités escortaient le Prélat derrière le dais.

À l’entrée de l’église, et après les cérémonies d’usage, Monseigneur a reçu les compliments de M. L’Administrateur ecclésiastique de la paroisse, auquel il a répondu en remerciant la paroisse de l’accueil respectueux et empressé qui lui était fait ; les décorations de la rue et de l’église étaient pour lui l’éclatant témoignage de la bonne volonté de tous, et il était, en cela, d’autant plus agréablement surpris qu’il connaissait la pauvreté de la Fabrique* et de la Paroisse. À la suite de ces petits discours, a eu lieu la célébration d’une messe basse à laquelle ont communié tous les confirmands, au nombre de quatre-vingt-deux.

* La Fabrique était le conseil communal qui, avant la loi de la séparation de l’Église et de l’État, (1905),  était chargé financièrement et matériellement des affaires religieuses dans les paroisses catholiques.

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Après la messe, instruction par Monseigneur, cérémonie de la confirmation et seconde instruction donnée par sa Grandeur. Tout étant terminé à l’église, on s’est rendu solennellement au presbytère, au chant du Te Deum. Il était près de onze heures trente du matin…

À trois heures du soir a eu lieu le chant de vêpres, Monseigneur assistant au trône, et M. le Vicaire général officiant. Après les vêpres, salut solennel du Très Saint Sacrement, donné également par M. le Vicaire général..

Avant et après les vêpres, Monseigneur a visité successivement les Écoles des Frères et des Sœurs, l’Hôpital, les différentes autorités de l’endroit, et enfin, la Prison centrale de l’Îlet à Cabris où, jamais encore un évêque n’avait paru et où sa présence a produit le meilleur effet. Monseigneur est, à la nuit tombante, rentré dans le presbytère où il a dîné et passé la nuit.

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À plusieurs reprises, sa Grandeur avait constaté, dans la journée, combien le Curé de Terre-de-Haut a le droit de se plaindre en face des autres fonctionnaires de l’île, soit pour le logement, soit pour l’ameublement, soit enfin pour le traitement.

Le lendemain matin, vers sept heures du matin, Monseigneur quittait la Terre-de-Haut pour se rendre, sur l’Estafette, à la Terre-de-Bas, et de là à la Basse-Terre.

Dans une de ses allocutions du matin, Monseigneur a promis un lustre pour l’église. Le lundi, à Terre-de-Bas, M. Asselin, trésorier général de la Guadeloupe, qui accompagnait sa Grandeur, a promis également un tapis pour l’église de Terre-de-Haut. Ce sont là deux souvenirs particuliers qui rappelleront la visite épiscopale du 13 décembre 1874.

Rappel :
Ce récit a pour auteur l’abbé Th. Covin, curé de Terre-de-Haut de 1873 à 1876.
Il figure dans la brochure De clocher en Clocher du Père Camille Fabre, datant de 1979, mais également dans la revue diocésaine L’écho de la Reine, datée de novembre 1936.

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PS.  Cet épisode de notre histoire saintoise est publié en hommage à Monseigneur Ernest Cabo, évêque de Guadeloupe de juillet 1983 à mai 2008,
décédé à Basse-Terre le jeudi 28 novembre 2019, à l’âge de 86 ans.
Monseigneur Cabo a visité les Saintes de nombreuses fois au cours de son épiscopat.
Sa biographie a été écrite par Pascal Gbikpi, publiée récemment aux Éditions Nestor.

Pour plus d’informations concernant les obsèques de Mgr Cabo,
cliquer sur le lien suivant :
Obsèques de Mgr CABO

Raymond Joyeux
02.12.19

 

 

 

 

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Séisme des Saintes de novembre 2004 : 15 ème anniversaire

C’était le  plus important séisme depuis un siècle en Guadeloupe

Voilà quinze ans jour pour jour, le dimanche 21 novembre 2004, à 7 heures 41 locales, un séisme de magnitude 6,3 ébranlait la Basse-Terre et réveillait brutalement toutes les Saintes. Appelé dès lors Séisme des Saintes, son épicentre se situait entre le Sud du petit archipel et le Nord de la Dominique, voir illustration ci-dessous.

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Un décès à Trois Rivières et les Saintes ébranlées

Semant la panique parmi les populations, il a provoqué la mort d’une personne à Trois-Rivières et fait d’importants dégâts à Terre-de-Haut, mais davantage encore à Terre-de-Bas, l’île voisine. Ce fut le plus important séisme enregistré en Guadeloupe depuis plus d’un siècle. Outre la destruction de nombreux bâtiments et la peur de leur vie pour les habitants, en moins de 10 secondes, la secousse a généré un creux à la surface de l’océan, provoquant un tsunami à certains endroits des côtes saintoises, particulièrement au Marigot et à l’Anse Figuier pour ne parler que de Terre-de-Haut. Des débris laissés par la vague ont montré que la mer était montée sur plusieurs mètres à ces endroits. Toute la journée de ce triste dimanche pluvieux et les jours qui suivirent, de nombreuses secousses ont été ressenties, obligeant les autorités à installer un village de toile pour les personnes sinistrées et pour ceux qui craignaient de regagner leur maison par peur des  incessantes répliques, plus ou moins importantes.

Pour rappel,
à Terre-de-Haut : outre des dégâts dans certaines maisons, le clocher de l’église a été fragilisé et a dû être démoli intégralement. Un autre clocher, semblable au tout premier édifié à l’origine l’a remplacé. L’école primaire du Mouillage a également beaucoup souffert et a cédé sa place à une construction neuve .

À Terre-de-Bas : effondrement de nombreuses maisons et la façade de l’église entièrement écroulée. Des reconstructions dont celle de l’église, ont été nécessaires.

Livres et témoignages

Inutile de dire que cet événement dramatique a suscité nombre de commentaires officiels et populaires, ainsi que des témoignages poignants, aussi bien dans la presse écrite qu’à la télé et sur les radios locales. Des livres ont été édités par la suite qui racontent par le menu les conséquences matérielles du tremblement de terre et le ressenti psychosomatique de leurs auteurs et de leur entourage au cours et après le phénomène. Nous pensons particulièrement au très bel ouvrage de Madame Léoncie Vala-Nadille de Terre-de-Bas, paru chez Nestor en 2012 : 40 secondes pour 40 ans de travail, livre dont nous avons rendu compte ici-même, dans notre chronique du 3 septembre 2013 : raymondjoyeux.com/2013/09/03/40-secondes-pour-40-ans-de-travail/. De son côté, le poète et conteur marie-galantais, Max Rippon, publiait un petit livre fort intéressant dont le titre reprend tout simplement les termes de la magnitude du séisme : Six virgule trois. À la différence près que ce dernier ouvrage se veut une œuvre de pure fiction alors que celui de Mme Léoncie Vala-Nadille est un témoignage vécu d’une bouleversante authenticité.



Le livre de Max Rippon a été publié chez Jasor. Celui de Mme Vala-Nadille aux Éditions Nestor.

Sur le vif : le récit d’A…

Les enfants aussi ont été fortement marqués par la violence du séisme. D’autant plus que l’école primaire de Terre-de-Haut  a subi de gros dégâts, laissant imaginer le pire si la terre avait tremblé un jour de classe. C’est pourquoi, au lieu de vous exposer les savantes explications scientifiques et géologiques, fort instructives mais quelque peu rébarbatives pour les non initiés, explications que l’on peut par ailleurs trouver facilement sur Internet en tapant Séisme des Saintes, je vous propose le témoignage d’A…, collégien de 13 ans à l’époque, qui, dans le cadre d’une rédaction faite en classe, peu après l’événement, a simplement intitulé son récit :

 » Un dimanche à Terre-de-Haut « 

 « Atmosphère paisible, rêves charmants, sommeil calme, nombreuses sont les impressions que pendant cette nuit du 20 au 21 novembre je ressens. Je ne peux imaginer meilleur repos. Tout d’un coup, sur le matin, je suis secoué une première fois brutalement, sèchement. Je pense alors : “Quel chauffard peut conduire aussi mal ? !” Il est vrai que la petite maison, une façade sur mer, l’autre sur rue, est en position favorable en cas de dérapage. Mais malgré cela, La Lucarne (c’est comme cela qu’on l’appelle) est à mes yeux la demeure la plus belle des Saintes. Puis je pense à autre chose, beaucoup plus surprenante et inattendue : un tremblement de terre. Je suis alors parcouru d’un frisson d’effroi : la maison, moitié bois, moitié béton, ne tiendrait pas longtemps. Aussi n’écoutant que mon instinct de survie, je m’empresse d’ouvrir les yeux et de me sortir du lit.

Dans les ténèbres de ma chambre, je me retrouve debout, lorsqu’une seconde secousse plus forte et plus longue me projette au sol. Abasourdi, à quatre pattes, je suis surpris de voir, du moins d’entendre avec quelle facilité les bibelots et autres livres tombent et se fracassent en s’éparpillant sur le carrelage en même temps que mon armoire. À l’estime, cette secousse dure une quinzaine de secondes. Désorienté, le temps de me remettre, je le vois enfin, ce filet de lumière salvateur qui filtre au bas de la porte. Je bondis hors de ma chambre et m’empresse de m’extirper de la maison.

Une fois dehors, je vois toutes les Saintes dans la rue, toutes classes d’âge confondues. Devant moi passe une vieille dame en pleine crise de nerfs. Plus loin, un groupe de personnes entoure un pan de mur effondré. Puis j’aperçois mon père, une baguette de pain à la main. Il accourt :
– Tout va bien, fiston ? Rien de cassé ?                                                
– Pour moi, tout va bien. Mais à l’intérieur !…
– Si tu es sain et sauf, c’est l’essentiel, dit-il, les dégâts matériels, ce n’est rien. J’ai bien cru qu’un Boeing nous tombait dessus ! Mais où est ta mère ?
– Où est maman ? répété-je, inquiet. Ah oui, je sais, chez le coiffeur !.. Et je la vois accourir vers nous, essoufflée, le visage décomposé.
– Ça va, mes chéris ? crie-t-elle.
– Ça va, répond mon père. 
– C’est horrible, mais je suis OK, répliqué-je à mon tour.
– Tant mieux, moi aussi, dit ma mère. Mais, mon Dieu, quelle frayeur ! Nous…

Elle n’a pas le temps de finir sa phrase qu’une nouvelle secousse fait vibrer la petite île qui tangue fortement. Partout, des voix de femmes s’élèvent. Certaines prient, les yeux au ciel. Je vois même les pires mécréants s’agenouiller en implorant miséricorde… 
Et la matinée se passe dans le stress et l’attente, la pluie incessante renforçant l’atmosphère d’apocalypse.
L’après-midi, après des secousses toutes les dix minutes environ, et une forte réplique vers 15 heures, nous nous décidons à pénétrer dans la maison, avec précaution, nous précipitant dehors à chaque alerte. En réalité, chez nous, peu de dégâts, quelques verres et assiettes brisés ainsi que l’armoire de ma chambre à terre. Un rapide coup de balai pour éliminer les tessons mais pas question de remettre quoi que ce soit sur les étagères…

Le repas du soir est frugal : sandwich et eau claire autour d’une lampe de fortune. La journée a été partagée entre secousses, rumeurs, visites et coups de téléphone. Lorsque le crépuscule commence de s’établir, mon père annonce :
– Ce soir, mon cousin Jean viendra passer la nuit chez nous.
– Pourquoi, dit ma mère, il est sinistré ?
– Sa maison n’est absolument pas praticable. Je l’ai visitée dans la journée, elle est fendillée de partout et menace de s’écrouler. Ici, il sera en sécurité.
– De toute façon, ajoute ma mère, personne ne pourra dormir avec les secousses et l’in-quiétude, alors tu fais bien de le faire venir.

C’est ainsi que regroupés sur la terrasse du bord de mer nous passons la nuit tous les quatre à épier les répliques, un œil à demi fermé, l’autre bien ouvert au cas où, nous précipitant sans réfléchir à l’extérieur chaque fois que le sol semble se dérober sous nos pieds… »

Merci A… pour ce beau texte, émouvant et réaliste !

Une video pour la reconstruction

Dans la vidéo suivante, mise en ligne sur youtube par la Région Guadeloupe, photos à l’appui, le maire de Terre-de-Bas évoque la reconstruction de sa commune après le séisme de 2004 :

 https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=eqonLqkL2-M

Un poème pour s’en souvenir

Séisme

21 novembre 2004

La terre se dérobe aujourd’hui à nos pas
Dans un fracas d’orage et d’oiseaux envolés
L’âme de la frégate éprouve le trépas
Et tous les corps tremblants semblent ensorcelés.

L’air saccadé de pluie n’adoucit pas les cœurs
Et les genoux meurtris implorent le répit
La pierre du sentier s’égare et dans sa peur
S’adosse à la clôture et délaisse l’épi.

Nul arbre dont les bras portent leur cargaison
D’indicibles tourments tel un fardeau d’hilote
Ne retrouve la paix au seuil de sa maison
Toute racine est vaine au sein de l’île morte.

Les navires au port palpitent aux répliques
Et l’amphore fourbue comme une nuit trop lasse
Sème au loin son secret à la vague sismique
Sous le regard absent de l’angoisse qui passe.

Fragile crépuscule aux sources des geysers
Le voile du sommeil parade à la Saint-Guy
Les yeux sont fatigués de plaies et de déserts
Et laissent aux vivants leur charge d’agonie.

Raymond Joyeux
in Le pire est à venir -Décembre 2004 – Les Ateliers de la Lucarne

Photo Raymond Joyeux

Raymond Joyeux

Cette chronique, aujourd’hui revue et complétée, a été publiée pour la première fois sur ce blog le 20 novembre 2014 pour les 10 ans de l’événement.

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