Les Saintes vues de l’espace

J’ai le plaisir de partager avec vous cette splendide photographie de notre archipel prise depuis l’espace par l’astronaute français Thomas PESQUET. De mon point de vue, Terre-de-Bas, à gauche, a la forme d’une tête de taureau avec une corne bien en évidence et les pattes antérieures prêtes à se jeter sur Terre-de-Haut, couchée sur le dos, qui demande grâce ! Mais à chacun son interprétation, la mienne ne valant pas plus qu’une autre…

Le texte qui suit est un extrait original d’un livre ancien sur la Guadeloupe publié sur Internet par Gallica. La dernière photographie représentant Terre-de-Haut est l’œuvre de ULM Archipel Guadeloupe.

Vous souhaitant un heureux moment de lecture, je vous adresse toutes mes amitiés et vous dis à très bientôt pour une prochaine chronique.

Raymond Joyeux

Publié par Raymond Joyeux
Le 17 Octobre 2021

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Max Samson : un exemple et un modèle sportif pour les jeunes Saintois d’aujourd’hui

Désormais à la retraite, Max Samson est revenu à Terre-de-Haut. Les jeunes Saintois d’aujourd’hui le connaissent certainement. Mais savent-ils qu’il a été le champion incontesté de la natation saintoise, guadeloupéenne et caribéenne, à une époque où l’association L’Avenir Saintois faisait parler d’elle sur le plan sportif et pas seulement en natation ? L’article de Joseph Laurent que m’a aimablement transmis Marc-André Bonbon nous retrace l’exceptionnel parcours d’un garçon doué auquel il faut associer parmi d’autres les noms de Geo Petit, Yvan Samson, Gilles Dabriou, Gilbert Samson, Roger et Raymond Cassin, Christian Bonbon, Auguste Bartoche, Jocelyn Joyeux… mais aussi les filles comme Maryse et Patricia Bordy … (pardon pour ceux et celles que j’ai oubliés) – qui furent nos dignes représentants sur de nombreux podiums sportifs et qui peuvent servir de modèles d’engagement et de persévérance à la jeune génération d’aujourd’hui. R.J.

Max SAMSON : la glisse saintoise

Un texte de Joseph Laurent

Max Samson incarne l’implication et l’influence saintoises dans la natation guadeloupéenne des années 1970. Né à Saint-Claude en 1951 de parents saintois (son père est marin-pêcheur), il vit jusqu’à l’âge de 16 ans à Terre-de-Haut.

Le leader du club Avenir Saintois

C’est Georges Petit (dit Geo), à l’occasion d’animations sportives en mer, qui découvre ce jeune nageur qui affiche déjà de grandes qualités de glisse. Il l’entraînera pendant toute sa carrière en Guadeloupe, en mer et en piscine. Max est licencié à L’Avenir Saintois. Ce club, fierté de l’île, cultive un esprit de fraternité, un désir de progresser par l’effort et une volonté farouche de s’affirmer par les performances. Les nageurs de l’AS se veulent les meilleurs nageurs de la Guadeloupe et de la Caraïbe.

De gauche à droite : Geo Petit – Max Samson – Yvan Samson – Christian Bonbon

Un grand compétiteur de mer et de piscine

Samson, nageur de fond excelle dans les épreuves de mer en Guadeloupe et dans la Caraïbe. Son plus bel exploit reste l’édition de 1972 de la course Basse-Terre – Rivière Sens, contre Alain Mosconi, champion d’Europe. Max se classe en deuxième place, victime d’une faute de signalisation de l’entonnoir d’arrivée. À la Barbade il est sacré champion de la Caraïbe en 1971.

Au cours de sa carrière, Max défie de grands nageurs internationaux. Il affronte Michel Rousseau (champion d’Europe et vice-champion du 100 m nage libre en 1973), sur 100 m nage libre et réalise 4’36 » aux 400 m nage libre à la piscine de Baimbridge contre Alain Mosconi. En 1973, il bat Bernard Combet, finaliste au JO, sur 100 m papillon à Basse-Terre en 1’05 ».

Alain Mosconi- Ph. Internet
Michel Rousseau – Ph Internet

Un homme attaché à son pays

En 1977, Max Samson quitte la Guadeloupe pour exercer à la piscine communale de Saint-Ouen. Depuis 1991, il est maître-nageur – sauveteur (MNS) à la piscine du Bourget. Ce garçon de grande taille, sculpté pour la natation, doté d’une excellente technique sur les quatre nages, aurait pu aisément embrasser une carrière nationale. Il est resté tout au long de sa vie de sportif d’une grande humilité. Il n’a jamais oublié son île des Saintes. Il revient régulièrement en Guadeloupe et pense mettre ses compétences au service des jeunes de son pays à l’heure de la retraite.

Max Samson récompenséColl privée

Palmarès entre autres de Max Samson :
– Champion de la Caraïbe en mer à la Barbade (1971)
– Premier nageur antillo-guyanais à descende sous la minute (59’76 ») aux 100m nage libre.Chro

Joseph Laurent

Publié par Raymond Joyeux
Le 19 septembre 2021

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Les Astres noirs ou l’éloge de la poésie

Ô convoi solennel des soleils magnifiques,
Nouez et dénouez vos vastes masses d’or
Doucement, tristement, sur de graves musiques,
Menez le deuil très lent de votre sœur qui dort.

Jules Laforgue

Photo Alain Joyeux – Terre de Haut Août 2021

Je songe aux Astres noirs, au troupeau planétaire

Des lourds soleils éteints que le Temps fit déchoir ;

Je songe à vous, Étoiles d’ombre et de mystère,

Qui gravitez parmi vos sœurs blanches du soir ;

            Et que la Terre

            Ne peut pas voir.

 

Ô grands astres d’orgueil dont la flamme est profonde,

Astres fructifiés au flanc fertile et noir,

Où l’Être germe, où l’âme pense, où l’Amour gronde,

Globes divins emplis de sève et de pouvoir,

            Nul œil au monde

            Ne peut vous voir !

 

Notre œil voit les soleils frivoles au cœur vide,

Les vains soleils de gaz dans l’éther se mouvoir ;

Mais ceux qui vont, pompeusement, au ciel livide,

Féconds et lourds, couverts de Vie et de savoir

            Notre œil stupide

            Ne peut les voir.

 

Photo Raymond Joyeux-Terre-de-Haut-Mars 2018

Oh ! vos flores de pourpre ! oh ! vos monts de porphyre !

Vos faunes de terreur qu’on ne peut concevoir !

Oh ! ruts d’amour qui, par les bois, devez sourire,

Oh ! pleurs géants qui d’yeux profonds devez pleuvoir !

            L’homme, ô délire !

            Ne peut vous voir !

 

Et moi, songeant à vous, Astres noirs que Dieu roule,

Je pense – et les yeux clos, je me sens émouvoir –

À ces hautains Poètes noirs, dont le front croule

Plein de pensers, de voix, d’amour, de feu, d’espoir,

            Et que la foule

            Ne sait pas voir.

Poème de Jean Rameau
Extrait de l’anthologie de Jean-Pierre LUMINET
LES POÈTES ET l’UNIVERS
Éditions Cherche Midi
Octobre 2012

Publié par Raymond Joyeux
Le
6 septembre 2021

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Hommage à Nise

C’est avec une infinie tristesse et une très vive émotion que nous avons appris le décès de notre amie Nise Boulon, veuve Bertille, emportée par la pandémie le 19 août dernier. Ce samedi 28 août, une messe à son intention a été célébrée en l’église de Terre-de-Haut au cours de laquelle a été lu le témoignage qui suit : simple hommage à une grande dame que sa famille et ses nombreux amis regretteront longtemps.

Nise, te voilà désormais au paradis. En compagnie de ton cher époux Aimé que tu as rejoint en silence.

Toi qui avais l’habitude de t’éclipser, parfois en douce, pour nous revenir plus en forme que jamais, tu nous fais faux bond aujourd’hui pour l’éternité.

À nous qui te pleurons, tu laisses le lourd et douloureux héritage de ta définitive absence.

Toi, toujours si présente parmi nous, tes amis du bord de mer, qui étions devenus ta seconde famille, par la magie de ton sourire et de ta générosité.

Que de grands bonheurs nous avons vécus avec toi et grâce à toi !

Tu avais, chacun le sait, le cœur et la porte toujours grands ouverts. Pour nous, bien sûr, mais aussi aux passants souvent inconnus, de la rue comme de la plage, à qui tu ne manquais jamais de faire le signe de l’amitié et du partage.

Ce sens de l’accueil et de la bonne humeur qui te caractérisait, pas un instant tu l’as enfoui dans le sable du Fond-Curé.

Pas un instant sans que tu l’accomplisses comme un don naturel émanant de ton être, rayonnant de joie de vivre et de soleil intérieur.

Le raisinier du bord de mer, illuminé de ton rire, était notre point de ralliement et de convergence. Le témoin silencieux et complice de nos folies sans extravagances, mais toujours avec éclat, où tu prenais généreusement ta part de réjouissances, sans réticence ni calcul.

Il était le lieu géométrique de nos rassemblements interminables. Celui de nos palabres enjoués, de nos connivences vivantes et joyeuses.

Avec toi, nous ne manquions jamais une occasion ou un prétexte pour nous retrouver sous son ombre et célébrer un anniversaire, une fête religieuse ou profane, quelle qu’elle soit. Ou tout simplement pour partager un repas amical dans la complicité et le rayonnement de ta présence.

Sans le revendiquer, tu étais alors, malgré toi, la reine du jour et de la nuit. Une reine toujours pimpante, parfumée, souriante, resplendissante de beauté et d’élégance naturelle.

Quelle lumière manquera à nos cœurs désormais orphelins ! Quel éclat de rire manquera à nos conversations devenues aujourd’hui sans intérêt. Sinon pour évoquer ton exceptionnelle gentillesse et tes bras grands ouverts à tous et à chacun.

Chère Nise, tant aimée, là où tu es maintenant, vois ta famille et tes amis sans exception et que j’aurai du mal à nommer, tant ils sont nombreux et nombreuses, terrassés par le chagrin.

Vois-les, celles et ceux des Saintes, mais aussi de Basse-Terre et de toute la Guadeloupe aujourd’hui meurtrie par ce mal qui t’a si douloureusement emportée.

Aussi, même si nous sommes peu nombreux aujourd’hui dans cette église, pour te dire au revoir, c’est au nom de tous que nous te remercions pour ce que as été pour nous : un soleil toujours rayonnant, une écoute toujours attentive, un accueil toujours généreux, une amitié toujours entière et partagée.

C’est cela que nous garderons de toi et qui restera à jamais inscrit dans nos cœurs et nos mémoires. Cela que notre raisinier, lui aussi orphelin, gravera dans son écorce et que ni le vent ni la mer ne sauront un jour effacer.

Texte et photos Raymond Joyeux

Publié le samedi 28 août 2021

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Pour un tourisme durable ou une destruction de la richesse sous-marine des Saintes ?

Chers amis,

Je vous propose aujourd’hui le témoignage d’un lecteur de Terre-de-Haut qui m’a fait part de son indignation à la suite de la capture illicite dans la baie des Saintes d’un hippocampe et d’une raie léopard, deux espèces protégées dont la chasse et la destruction sont punies d’une forte amende et de trois ans de prison. Ces gestes inconsidérés, en plus d’être légalement pénalisable, témoignent de l’inconscience et de la stupidité de certains pour qui le respect et la protection de notre environnement passent au second plan de leurs préoccupations égoïstes. Puisse ce témoignage publié avec l’accord de l’intéressé nous incite à prendre enfin conscience que la nature n’est pas à notre disposition mais qu’elle est avant tout un patrimoine commun avec lequel nous nous devons de vivre en harmonie et considération. Au nom de tous les amoureux de la mer, je dis un grand merci à ce lecteur qui a souhaité garder l’anonymat.

Un témoignage émouvant

Ce n’est pas la première fois, mais aujourd’hui, ça déborde… je suis en larmes. Une amie m’a appris qu’elle avait vu un jeune Saintois attraper un hippocampe et le mettre dans sa poche !

Cet hippocampe était un mâle, il allait donner naissance à plus de 100 bébés.

Il était magnifique, faisait confiance aux nageurs et se laissait photographier. Il représentait beaucoup pour moi et pour beaucoup d’amoureux de la mer

Aujourd’hui, il est sans doute mort inutilement en souffrant. Pourquoi ?  Quel intérêt il y a-t-il à tuer un hippocampe ???

Il me semble important de rappeler qu’en France l’hippocampe est une espèce protégée, listée par arrêtés ministériels.

Il est ainsi par exemple interdit de capturer, détenir, tuer cette espèce.

Le fait de ne pas respecter ces mesures de protection est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende.

J’ai cherché les autres hippocampes de la baie que je connais, qui sont des animaux sédentaires assez faciles à retrouver : 4 autres ont disparu !!!

C’est inadmissible.

Il est peut-être temps que les mentalités changent, que les habitants des Saintes réalisent que nous vivons dans un monde en évolution où la nature reprend de l’importance.

Les animaux rapportent davantage vivants, en évoluant dans leur milieu, que morts dans une assiette ou séchés sur un meuble.

Qui, aujourd’hui, va acheter un diodon mort transformé en lampe ??? Tout le monde préfère le voir « sourire » sous l’eau !

Qui, en ayant nagé avec une raie léopard la matin dans la baie, va avoir envie de la manger en chiquetaille le midi parce qu’elle vient juste d’être tuée et dépecée par un pêcheur ?

L’île vit du tourisme et il est certains les tourments d’amour ne vont pas suffire à faire venir des vacanciers.

Les fonds sous-marins de l’archipel doivent être respectés et protégés pour le bien de tous.

Chaque animal vivant et libre va générer une somme inestimable de revenus à tous en devenant une source d’intérêt alors qu’une raie morte va faire vivre une famille une journée.

Je suis terriblement triste d’avoir perdu mes amis de la baie et regrette que ça ne soit pas le cas pour tout le monde aux Saintes !

Un habitué de la plongée, amoureux de la mer et de ses merveilles, déçu du comportement de certains de ses compatriotes.

Je remercie Claire Jeuffroy de m’avoir aimablement autorisé à utiliser ses photos pour illustrer cette chronique.

Publié par Raymond Joyeux,
le 4 juin 2021

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Littérature : les auteur.es saintois.es ont le vent en poupe

Qui a prétendu que les Saintes étaient un désert culturel ? Si cela a été plus ou moins vrai il y a quelques décennies, cette idée est aujourd’hui largement battue en brèche, et pour cause. Au cours de cette période 2020-2021, en dépit des difficultés sanitaires que nous connaissons, pas moins de cinq auteur(e)s saintois(e)s ont fait l’actualité en matière de publication littéraire.

Patrick PÉRON

À tout seigneur, tout honneur, (en plus de sa participation à de nombreuses publications collectives), voici le dernier ouvrage personnel de notre ami Patrick Péron qu’on ne présente plus. Cet ancien professeur des écoles, qui a élu domicile à Terre-de-Haut dans les années 1970, ne cesse d’interroger patiemment les archives locales, départementales et nationales pour nous offrir, dans la lignée de ses précédentes publications, Une Histoire des Saintes 1648-1948. Cet ouvrage, le septième de l’auteur, divisé en sept chapitres aussi passionnants les uns que les autres, est paru en août dernier aux Éditions Nestor de Gourbeyre, dont le directeur, Willy, n’est autre, lui-même, qu’un ancien élève du collège de Terre-de-Haut. Willy – dont je garde un excellent souvenir – fait aujourd’hui une belle carrière dans l’édition qui porte son nom. Nous pouvons lire en quatrième de couverture le résumé de l’ouvrage de Patrick Péron, qui, mieux que tout autre commentaire, nous projette de plain-pied, trois siècles durant, au cœur de notre Histoire pour le moins tourmentée.

L’histoire des Saintes démarre en 1648, quand, au nom du roi de France Louis XIV, un officier et un père dominicain prirent possession de ce minuscule archipel situé au sud de la Guadeloupe. Les colons furent envoyés aux Antilles, les plus grandes comme Saint-Domingue ou les plus petites comme les Saintes, pour y installer des établissements de commerce destinés à faire la fortune des négociants et du gouvernement. Pour atteindre cet objectif, il fallut développer une flotte de commerce et une marine de guerre pour protéger les îles. Les mers étant peu sûres, les Etats se mirent en quête de sites susceptibles de répondre à des critères stratégiques, militaires et commerciaux. La rade des Saintes correspondant à tous ces points, de nombreuses fortifications y furent érigées, en 1777 d’abord puis en 1841. Elle devint naturellement l’objet de combats entre Français et Anglais. Ceux-ci profitèrent plusieurs fois de la situation en France entre 1782 et 1815 pour s’emparer des Saintes qui redevinrent définitivement françaises l’année suivante. Après les colons, engagés et esclaves, Les Saintes connurent l’arrivée des migrants indiens et madériens en 1854 et l’utilisation de la vapeur appliquée aux navires en 1857. Elles subirent ensuite la terrible épidémie de choléra en 1865. Elles assistèrent enfin au départ de la garnison en 1903, après deux siècles et demi de présence militaire.

Marie-José GARAY

Autre passionnée d’Histoire locale, Marie-José Garay explore dans son dernier ouvrage les coulisses pas très reluisantes – mais cela nous le savions – de l’esclavage en Guadeloupe avant l’abolition de 1848. Quel patient et méticuleux travail de recherches et d’écriture a réalisé l’auteure de Liberté savane pour nous livrer, dans un style aussi pudique que flamboyant, ce précieux document, basé sur des faits réels, et qui fera date dans notre connaissance d’un passé – pas si lointain – qui n’a pas fini de peser sur notre mémoire collective et parfois nos comportements ! Après L’orpheline de la colonie publié en 2015 chez Nestor, Liberté savane est paru en décembre 2020 chez le même éditeur, avec en exergue cette citation très à propos d’Édouard Glissant extraite de son recueil Les Indes : « L’Histoire les oublie, car ils sont les morts de ce côté du monde où le soleil décline (…) Ils sont conquérants de la nuit nue. Ouvrez les portes et sonnez les héros sombres… » Citation que Marie-Jo, a le grand mérite d’actualiser magistralement en ouvrant justement les portes (de son cachot) sur une héroïne que, sans le talent et la sagacité de l’auteure, nous aurions sans doute oubliée et enfouie comme tant d’autres, dans la nuit nue… dont parle Glissant.

En 1840, un propriétaire est accusé d’avoir séquestré vingt-deux mois durant son esclave Lucile dans le cachot de son habitation. Le procès houleux tenu devant la cour d’assise de Pointe à Pitre défraya la chronique, résonnant jusqu’en France métropolitaine en s’invitant aux débats pré-abolitionnistes de l’Assemblée Nationale.

Après cinq jours de procès animé, le maître, Gabriel Aldebert, est acquitté sous les applaudissements des planteurs de l’île qui jugeaient trop intrusives les mesures gouvernementales prises pour améliorer les conditions de vie des esclaves. Quant à l’esclave Lucile on l’oublia à une forme de liberté officieuse, dite « liberté de savane ».
Ce roman permet de traverser l’époque où l’évidence d’émanciper les esclaves se précise en France, mais restait posée la question de comment faire, sans trop déranger un système socio-économique organisé depuis 1685.

Carla VICTORIA

Fille de Nathalie Cassin et de Charles Maisonneuve, à 23 ans, Carla est une artiste complète. En plus de s’adonner depuis son plus jeune âge à la chanson (elle a interprété et enregistré plusieurs titres le plus souvent agrémentés de clips originaux), elle vient de publier son premier roman : La souffrance des mots aux Éditions Sydney Laurent. Dans un style alerte et moderne, Carla nous retrace le parcours haletant d’une jeune artiste prête à (presque) tout pour réussir. Trajctoire qui n’est pas sans rappeler la propre expérience de cette précoce, prometteuse et talentueuse auteure. Un livre étonnant, revigorant, aux nombreux rebondissements, qui se lit d’autant plus facilement que les personnages nous présentent à tour de rôle leur propre vision des événements auxquels, les uns et les autres, ils sont plus qu’étroitement liés. Cet ouvrage où les réflexions sur la vie d’artiste – la vie tout court – et la psychologie intime tiennent une place prépondérante, est à mettre entre toutes les mains en attendant le second tome promis par l’auteure. Elle même promise, nous en sommes persuadé, à un brillant avenir dans le monde de la littérature… et de la chanson, ne l’oublions pas !

 Sissi a 17 ans. C’est une jeune artiste avec une voix magnifique, qui a eu un passé douloureux. Elle ne le sait pas encore, mais elle aura un avenir brillant. Un soir, dans sa ville natale, John Pecci, un producteur de 27 ans, lui-même chanteur et compositeur, lui fait une proposition qui va bouleverser sa vie. Sa souffrance est palpable. Sissi quitte alors sa petite ville avec l’accord de sa mère et part ainsi s’installer avec John, chez lui, à Edmonton, en étant désormais sous sa responsabilité. Elle possède un carnet rouille pailleté, précieux à ses yeux, qu’elle ne quitte jamais et dans lequel elle écrit la souffrance de ses maux. John voudrait connaître un peu plus Sissi, percer son mystère et il essaiera d’ailleurs d’obtenir sa confiance, cependant, elle se gardera bien de dévoiler ses émotions. Beaucoup de querelles et d’incompréhensions émailleront de leur collaboration. Au fil du temps, John et elle créeront une solide amitié, Sissi n’en ayant jamais eu auparavant. Et malgré elle, elle se rapprochera de lui. Maceo, un autre artiste que John n’apprécie pas du tout, interviendra à un moment précis de sa vie. Pendant son séjour auprès de John, Sissi fera une découverte surprenante. Aurait-il, lui aussi, des secrets qu’il cache ?

Léa SAMSON

Saintoise par son père Alain Samson, Léa est née en métropole il y a 32 ans. Pour notre plus grand plaisir, elle vient de faire paraître aux Éditions Le Lys Bleu son premier roman intitulé Dans le cœur d’Émily. Dans une interview accordée au journal Presse-Océan à la parution de son ouvrage, la jeune auteure déclare : « C’est un livre de vie retraçant des histoires d’amour et d’amitié. Comme je l’ai souhaité, ce roman moderne, rebondissant, spontané, réaliste entraînera le lecteur dans les déboires d’une jeune femme de 25 ans, prénommée Émily. J’ai choisi ce thème car je voulais écrire un livre destiné aux femmes. Comme une histoire sur les pas de Bridget Jones et Sex and the city. » Et plus loin :  « C’est un projet de longue date. Je suis passionnée des arts comme la musique et le cinéma et, depuis mon jeune âge, j’écris des scénarios ainsi que des petites histoires. Mais ce n’est qu’en 2013 que j’ai pris la décision d’écrire un livre. J’ai mis du temps à l’écrire mais je n’ai jamais lâché. Et en janvier 2020, j’ai enfin tapé le point final de mon ouvrage. »

Incontestablement douée pour l’écriture et la composition littéraire, Léa Samson a le sens inné du dialogue bien mené, des réparties spontanées et des situations dramatiques – ou jouissives- à rebondissements. Tout comme moi, je suis persuadé que de la première à la dernière page, vous serez séduit (e) par ce roman singulier où les intrigues se succèdent dans un tourbillon de péripéties dont on a hâte de connaître le dénouement. Certes, comme l’indique justement l’auteure, Dans le cœur d’Émily, est une histoire d’amour(s) et d’amitié(s) – j’ajouterais : pimentée d’un zeste d’érotisme pour ne pas dire plus – mais qui se lit à toute allure, comme un roman policier à suspense, sans jamais perdre le fil directeur du récit… Récit en l’occurrence palpitant qui n’a pas été écrit, contrairement à ce que dit Léa, – désolé de la contredire – uniquement pour les femmes, je vous rassure. Ce livre est à conseiller en effet à tous ceux et toutes celles qui aiment les intrigues amoureuses inattendues, souvent contrariées et les méandres forcément tortueux des amitiés partagées pas toujours au beau fixe…comme dans la vraie vie, quoi ! Nous attendons avec grande impatience la prochaine publication de Léa Samson déjà mise apparemment sur le chantier …

Raymond JOYEUX

Oui, je sais : ajouter mon nom à cette liste paraîtra sans doute prétentieux et mal venu aux esprits chagrins, mais qu’y puis-je ? puisque CaraïbÉditions vient de publier le second volet de mes souvenirs d’enfance intitulé Les manguiers du Galion, livre que j’ai présenté dans une précédente chronique, il est bien normal, selon moi, qu’en tant qu’auteur saintois, j’en parle ici aussi ! Quitte à vous proposer – pour éviter de m’étendre sur mon propre cas – seulement la première et la quatrième de couverture dont je ne suis ni l’illustrateur, ni l’auteur du résumé.. Merci de votre compréhension. Et à bientôt pour une prochaine chronique.

Je remercie vivement les auteurs cités de m’avoir prêté leur concours pour cette chronique et surtout pour leur contribution littéraire ou historique, enrichissant ainsi le patrimoine culturel saintois. Je précise enfin que tous ces ouvrages se trouvent normalement en librairie aussi bien aux Antilles qu’en France métropolitaine, ou sur commande sur les sites dédiés comme entre autres, pour ne pas les citer, la Fnac et Amazon.

Publié par Raymond Joyeux, le 29 avril 2021

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L’origine du Samedi Gloria

Nous avons l’habitude aux Antilles d’appeler le Samedi Saint, vigile de Pâques, le Samedi Gloria. Mais d’où vient cette appellation ?

Pour le savoir il faut remonter avant 1962, année où, le 12 octobre, le  pape Jean XXIII, convoque le concile de Vatican II que son successeur, le pape Paul VI, clôturera le 7 décembre 1965. Ce concile dont les travaux dureront trois ans, allait modifier un certain nombre de pratiques liturgiques de l’Église catholique dont, entre autres, l’abandon de la messe en latin et les cérémonies de la Semaine Sainte.

Avant l’application de ces nouvelles dispositions, le Samedi Saint, dernier jour avant Pâques, de la Semaine Sainte, était réservé à la consécration des eaux baptismales. Une cérémonie qui avait lieu en matinée sur le parvis de l’église et qui consistait pour l’officiant à consacrer l’eau qui devait servir aux baptêmes et aux autres rites religieux de bénédiction.

Le Pape Jean XXIII Journal Le Devoir Montréal

Au cours de la messe, alors que le crucifix du maître-autel et les statues de l’église, recouverts d’un voile violet durant la semaine sainte, avaient été découverts, lorsque le célébrant entonnait le Gloria in excelsis Deo, les cloches sonnaient à toute volée, d’où l’appellation de Samedi Gloria.

C’est ce jour-là, qu’aux Saintes, traditionnellement, les maisons étaient «curées»  de fond en comble (souvent avec des peaux de balistes séchées) et que les habitants se jetaient tout habillés à la mer au son des cloches. Alors que les jeunes garçons lançaient leurs voiliers pour une régate miniature qui ponctuait la baie d’une multitude de petites voiles blanches que le vent faisait pencher au gré de son humeur.

Tableau d’Alain Joyeux

Après le concile Vatican II, la bénédiction rituelle des eaux baptismales qui avait lieu dans la matinée a été remplacée par la fête de la lumière qui a lieu le soir. Ce qui a fait perdre aux Saintois leur bain de mer purificateur du Samedi Gloria et a anéanti du même coup le traditionnel lancer de voiliers dans la baie à la sonnerie retentissante des cloches de l’église.

https://liturgie.catholique.fr/accueil/sacramentaux/benedictions/298241-priere-benediction-eau-baptismale/

Raymond Joyeux
1er avril 2021

PS. Je suis désolé pour la présentation de cette nouvelle chronique, mon hébergeur a changé son modèle classique d’édition et l’a remplacé par un nouveau modèle
plus difficile à maîtriser.

Ce qui ne m’empêche pas de vous souhaiter à toutes et à tous
de joyeuses fêtes de Pâques

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Terre-de-Haut : évolution du clocher et de l’église

Notre ami Igor Schlumberger, grand amoureux des Saintes, par un patient et passionné travail de recherche dans les archives photographiques de notre commune, a sélectionné pour nous une série de clichés montrant l’évolution du clocher de l’église de Terre-de-Haut. Pratiquement depuis l’origine jusqu’à nos jours. Avec son aimable permission, je vous propose le lien de sa video que vous trouverez ci-dessous, en fin de chronique.

De Clochers en Clochers :
une brochure du Père Camille Fabre

En attendant de vous rendre sur la vidéo d’Igor, voici, extrait de la brochure de Clochers en Clochers, réalisée en 1979 par le père Camille Fabre, un article qui retrace l’évolution de l’église elle-même, et sa transformation par le Père Jean-Marie Offrédo, curé de Terre-de-Haut de 1945 à 1962, soit 17 années de ministère paroissial aux Saintes :

Les Origines
(Texte du Père Camille Fabre)

« Faute de documents, écrit le Père Fabre, il nous est impossible de parler de ce qui se passa à Terre-de-Haut du point de vue religieux entre 1648 et 1846, année où apparait dans nos archives le premier rapport paroissial. Il concerne d’ailleurs les deux îles de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas. Toutes deux sont administrées par l’abbé François Jégo, né en 1814 dans le Finistère. Ses deux églises ont une toiture défectueuse. Il donne 577 habitants pour Terre-de-Haut ; il y a une école de garçons avec 17 élèves, l’autre de filles avec 45. En 1852, c’est l’abbé Delpont, âgé de 29 ans, qui est curé de Terre-de-Haut…

L’église bâtie en pierres est en assez bon état, mais l’intérieur est pauvre. Il n’y a que le maître-autel qui soit passable. Elle est bénite sous le patronage de l’Assomption de la  Sainte Vierge, située au centre du bourg. Elle est commode et suffit à la population. Il n’y a point de fonts baptismaux, ni de reliques. Il y a une petite chapelle à l’hôpital où M. le curé dit la première messe aux principales fêtes. Elle est en bon état…

1856, le clocher est surélevé pour recevoir une cloche

1945- 1962 :
Le Père Jean-Marie Offrédo :
un curé bâtisseur

Des années durant, le Père Offrédo a fait le tour de son église, il l’a meublée, ornée, parée, embellie, mais ce n’était à ses yeux que des détails. Il rêve d’agrandissement, de transformations. Une longue étude est faite, dont nous ne connaissons pas l’auteur, propose des éléments à conserver, notamment pour préserver son caractère « d’église de littoral et d’enchantement pour les marins, il faut garder la façade, mais le clocher, cet affreux édicule de tôles sans formes, doit disparaître », et faire place à une haute tour carrée apparentée à un phare. L’agrandissement ne pouvait se faire que par allongement du sanctuaire et l’adjonction d’un transept. 1952 passe, on attend, car il faut entente avec la Mairie et même obtenir un bout de terrain pour permettre le développement de la nouvelle église.

On fouille les archives pour savoir de quelle surface réelle était le terrain donné par le sieur Sainte-Marie Grizel pour l’église, il est bien difficile d’ailleurs de trouver à Terre-de-Haut des titres officiels de propriété, alors finalement, on va ouvrir le chantier.

La mission de 1954, marquée par l’érection d’une croix, le passage de la « Jeanne » et un don important laissé par les équipages favorisent le démarrage. On traîne encore un peu et en octobre 1955 l’équipe de Ramkelaouan donne les premiers coups de pioche.

Le chœur rénové est bénit le 19 février 1959 par Mgr Jean Gay –

Enfin, le 19 février 1956, c’était un jour de liesse aux Saintes et une douce consolation pour le Père Offrédo qui voyait récompenser plusieurs années d’efforts accomplis pour restaurer et agrandir son église…

Façade décapée, nouveau clocher et transept : œuvre du Père Offrédo

Magnifique journée consacrant une belle œuvre. Reste encore le clocher à édifier, mais le Père Offrédo a confiance en la Providence et en la générosité de ses nombreux amis.

Le clocher attendu ne tarda guère, avant la fin de l’année avec les conseils de M. de Salme, il couronnait l’ouvre d’agrandissement. »

Le clocher en béton de 1956, fragilisé par le séisme de 2004, sera abattu.

Une vidéo d’Igor Schlumberger

Voici pour finir, mieux qu’un simple texte, les différents stades de la transformation du clocher de Terre-de-Haut, mises en images par notre ami Igor :

https://www.youtube.com/watch?v=h-070lwliVI&feature=youtu.be

Le texte entre guillemets est du Père Camille Fabre
Les photos sont du Frère Marian et d’Igor Schlumberger
La video est d’Igor Schlumberger que je remercie pour sa contribution.
La présentation est de Raymond Joyeux
Article publié le mardi 23 mars 2021

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L’émouvant adieu à Fred SAMSON

Il venait d’avoir 70 ans et s’en est allé avant même que l’hélicoptère n’ait eu le temps de le conduire à l’hôpital pour un malaise cardiaque dans la nuit de ce triste dimanche du 28 février 2021. Commerçant tout azimut bien connu et aimé à Terre-de-Haut, aux Saintes et en Guadeloupe en général, Fred SAMSON ne savait pas ce qu’était le repos de la retraite. Infatigable jusqu’au dernier jour, il pilotait lui-même Diminute, la rapide saintoise de son fils Loïc. Diminute, un nom à son image, pour se rendre en Guadeloupe et revenir  par tous les temps approvisionner son commerce d’alimentation au bénéfice de la population des Saintes, et faire tourner sa boulangerie-café Au Petit Saintois, établissement jamais désempli en ces temps de Covid où la distanciation physique nous oblige pourtant à nous tenir éloignés les uns des autres.

Un hommage émouvant

C’est sur son hors-bord Wabap, onomatopée créole qui exprime encore et toujours le mouvement perpétuel qui caractérisait notre ami Fred ; qui caractérise le saut que fait le canot dans la vague, toujours vainqueur de la lame, toujours en train quoi qu’il arrive, que sa famille, ses amis et la population saintoise lui ont rendu un hommage émouvant avant l’inhumation. Tout simplement en l’emmenant faire une dernière fois le tour de la rade des Saintes en présence d’une foule silencieuse et accablée.

Le Diminute et la foule sur la Place des Héros

Le Wabap au retour du tour de la baie avec le cercueil de Fred

Cette baie en face de laquelle il était né, qu’il a aimée et tant de fois sillonnée pour son plaisir et son travail, et qui pour lui n’avait aucun secret. Puisse cette image qui symbolise le lien profond qui unit jusque dans la mort l’homme à son environnement naturel et humain, qui l’unit au lieu de sa naissance et de sa vie, nous rester longtemps dans les yeux et la mémoire.  Qu’ elle nous fasse  garder le souvenir  d’un homme simple et travailleur, toujours disponible pour les autres. Toujours prêt à aller jusqu’au bout de ses forces, un homme qui avait le cœur sur la main. Ce cœur qu’il a usé à rendre service et à aimer tout au long de sa vie.

À son épouse Marie-Michelle, à ses enfants Loïc et Vanessa, à ses petits-enfants, ses frères et sœurs, ses proches et amis, nous,  Saintoises et Saintois attristés, nous adressons nos plus sincères condoléances. Nous nous inclinons devant leur douleur pour leur exprimer notre profonde et amicale sympathie et leur souhaiter le courage d’affronter l’épreuve de la séparation.

Le cortège à la sortie de l’église

Fred, en te disant bon vent, nous t’adressons cette dernière  supplique :
en arrivant au paradis des copains, n’oublie pas de saluer de notre part tes amis qui furent aussi les nôtres : Dédé, Joseph, Michou, Éric, Pitt,  et quelques autres qui t’ont devancé et que tu reconnaîtras…

Publié par Raymond Joyeux
le mardi 3 mars 2021

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Une escale aux Saintes en 1935 – 5/5

Rappel : lors de son séjour aux Saintes en 1935, l’anthropologue navigatrice Marthe Oulié nous fait vivre les péripéties de ses rencontres avec les habitants, les marins de la Jeanne d’Arc et le maire de l’époque Benoît Cassin. Nous publions aujourd’hui le 5ème et dernier volet de son récit qu’elle termine en apothéose avec une présentation idyllique de notre île. Si beaucoup de choses ont changé à Terre-de-Haut en 86 ans, il faut reconnaître que le paysage est resté pratiquement le même, en dehors de quelques modifications majeures comme, entre autres, la création d’un aérodrome, le comblement de Petite-Anse avec la Place des Héros, le lotissement du Marigot… et, bien entendu, l’implantation inévitable de nombreuses constructions nouvelles et la prolifération des véhicules motorisés que n’aurait certainement pas manqué de stigmatiser notre navigatrice. Mais si nous payons, comme partout aujourd’hui, la rançon du progrès et de l’évolution, formons le vœu que nos dirigeants actuels et futurs, avec l’implication de la population, sauront autant que possible conserver à notre île son cachet, sa beauté et son charme pour que dans 100 ans, un voyageur talentueux puisse en rendre compte, comme l’a fait Marthe Oulié dans son livre dont je rappelle le titre : Les Antilles filles de France, publié à Paris en 1935 aux Éditions Fasquelle, 

Terre-de-Haut : un air de grandeur

La côte est si découpée qu’elle multiplie les aspects, et donne à l’île un air de grandeur. Un charme idyllique se dégage de ses sites, de la transparence de ses eaux bleues, aux beaux jours, des bêlements interrompus qui se répondent d’une vallée à l’autre.

De petits sentiers pleins d’imprévu escaladent les mornes pour re-dégringoler vers des fonds de lacs asséchés où l’on enfonce un peu. On dirait que les bêtes hésitent à s’y risquer. Et les seuls habitants de ces fonds sont les crabes de terre, les tourlourous, couleur de cuivre, qui à toute vitesse, avançant de côté, regagnent leur trou dès qu’on approche, serrant sur leur cœur ou tout au moins dans leur pince la plus courte ce qu’ils ont trouvé en route, voire un mégot de cigarette. Etranges petits manchots familiers des îles!

Des rideaux de mancenilliers masquent les plages. Leurs feuilles quand on les touche d’une main mouillée brûlent cruellement.

On arrive ainsi dans un creux des mornes au Marigot, une petite anse arrondie autour du rocher des Mauves. Parfois sur un gros galet, se tient perché sans crainte un iguane, gros lézard de la taille d’un petit chien, si immobile qu’il semble une statue de bronze vert-de-grisée par la mer. De temps en temps sa gorge se gonfle pour avaler, mais ses yeux restent fixes…

 

Un peu plus loin, du côté de l’Océan, c’est la Baie de Pont-Pierre, presque fermée par des roches percées, avec une plage qui s’enfonce lentement, lentement; on entend de là le ressac dans les grottes de la côte sauvage et on songe à Belle-Île…Du Mouillage, si on traverse l’île vers le Sud, on trouve le cimetière : à même la terre, des croix noires sont fichées sur les tombes parsemées de galets. L’entourage naïf est fait de grosses coquilles de lambis, et Pâques a fleuri ces pauvres sépultures d’admirables corolles mauves… Cimetière marin s’il en fut, en bordure de la plage de Grande-Anse. Il y a bien encore entre la mer et les tombes un « marigot » desséché d’où s’élèvent de hauts cocotiers qui rappellent à l’improviste qu’on est aux Tropiques. Puis c’est tout de suite les raisins de mer rampant sur le sable, les « passepied » obstinés, et la furie des grands rouleaux verts qui apportèrent jadis par surprise l’attaque anglaise.

J’habite chez les Saint-Félix, d’où je découvre le port. L’hospitalité de ces pauvres gens n’a de limites que l’exiguïté de leurs ressources. Ils viennent de perdre une fille en couches : elle est morte tandis qu’on la transportait à Trois-Rivières. Car il n’y a pas de médecin aux Saintes pour les deux mille habitants. Pas même de dispensaire. C’est un médecin de la Guadeloupe qui doit venir tous les quinze jours faire une visite dans les deux îles. Pour cela il touche mille francs par mois de l’Assistance. En réalité, il vient une fois tous les deux mois dans chaque île, et sa consultation, paraît-il, n’est pas longue. Les gens se plaignent, se sentant désarmés devant la maladie. «Qu’on nous envoie au moins des Sœurs infirmières, disent-ils, la commune aidera à leur entretien ».

En somme, aux Saintes, tout dépend de la pêche et du « boat ». On pourrait aisément alimenter une usine de conserves de poisson. Mais personne n’en a l’idée. Avec ces frêles esquifs, on fait la pêche à la traîne et la pêche de fond. Ce n’est pas seulement le thon qui se prend au fond et qui nécessite deux ou trois cents mètres de ligne, mais ce délicieux poisson, le thazard, qu’on appelle le «gros yeux », et même la dorade, sauf de février à mai, où on la prend à la traîne. Près des côtes on prend de l’orphie, du balaou. Les hommes partent à six heures, ils reviennent l’après-midi. Jadis les Saintes étaient le rendez-vous des baleiniers qui venaient y dépecer les monstres capturés au large. La passe Nord s’appelle toujours Passe de la Baleine. Plus de baleiniers, aujourd’hui, plus de grands navires. Seulement la Jeanne que Pâques ramène une fois l’an.

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« Les gens, ici, me dit-on, voudraient que leurs fils fassent leur service dans la marine. Le recrutement pourrait se faire sur le navire de guerre, sur place. Mais le ministère a répondu que s’ils voulaient servir dans la marine, les Saintois devaient venir à Brest! »

Je connais maintenant tous les coins de l’île qui mérita jadis le nom de Gibraltar des Antilles, pour avoir parcouru à pied les sentiers, à l’aviron les criques ; je connais les forts dont les mornes se couronnent : je sais que celui du sommet du Chameau se nomme la Tour Vigie. Et je connais la majestueuse beauté de la Passe des Vaisseaux, qui vit courir grand largue les frégates du Roi, entre Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Je connais chacun des îlets par son nom : le Pâté, le Pain-de-Sucre, la Rotonde, le Coche, et les Augustins.

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