Le rude métier de marin-pêcheur aux Saintes

Réputés les meilleurs de la Caraïbe

Îles par définition à vocation maritime, nos deux communes saintoises sont réputées pour compter parmi leur population les marins-pêcheurs les plus hardis, les plus habiles et les plus expérimentés de la Caraïbe. Et même si aujourd’hui peu de jeunes s’engagent dans cette activité traditionnelle et que le nombre d’inscrits maritimes ne cesse chez nous de diminuer, la pêche reste de loin l’activité professionnelle la plus attachée à l’essence même de nos deux communautés. Certes les techniques de pêche ont grandement changé depuis quelques années et les moyens matériels à la disposition des pêcheurs ont évolué dans la même mesure, améliorant sensiblement les dures conditions de la pratique halieutique.

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Boat saintois au siècle dernier – Collection Marc-Alain Foy, via Alain Joyeux

Ainsi, la modification des embarcations pour mieux les adapter aux puissants moteurs hors-bord qui ont avantageusement remplacé la voile traditionnelle, l’introduction des filets en nylon devenus imputrescibles, plus légers et plus solides que les sennes en fil de coton de jadis, et surtout, alliée au GPS, l’utilisation du DCP (dispositif de concentration du poisson) qui permet des prises plus abondantes et moins aléatoires, tout en réduisant le temps passé en mer, sont autant d’innovations qui ont, au fil des années, rendu moins pénible la vie de nos marins-pêcheurs. Pourtant, si leur activité semble aujourd’hui plus aisée qu’il y a quarante ou cinquante ans, il faut l’avoir exercé ou l’avoir vu pratiquer de près pour comprendre et mesurer la rudesse et les contraintes du métier de pêcheur.

Remontée de la senne- Photo bulletin municipal de TDH 1995

La pêche à la traîne en 1901

Source inépuisable d’informations sur la vie dans nos îles au début du XXème siècle, le docteur militaire Sauzeau de Puybernau – auteur déjà maintes fois cité  sur ce blog – n’a pas manqué de nous décrire, avec poésie, un certain romantisme et parfois un zeste de commisération, la rude vie des marins-pêcheurs saintois de son époque. Voici ce qu’il écrivait à ce propos en 1901 sur la pêche à la traîne :

 » Le genre de pêche varie selon la saison. Pendant les quatre ou cinq premiers mois de l’année, les pêcheurs saintois font « la traîne ». Avant le lever du soleil, trois ou quatre hommes montant un boat d’une tonne environ, quittent les Saintes et filent vers Marie-Galante, la Dominique ou dans le Sud, croisent des heures entières sous les ardeurs d’un ciel de feu, luttent contre la lame tour à tour violente ou perfide, tantôt inquiets et fermes, tantôt souriants et nonchalants ; ils ne rentrent que le soir au coucher du soleil. À cette heure où le calme est très grand, on peut jouir alors d’un petit spectacle charmant et pittoresque.

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Retour de pêche à la senne aux Saintes – Photo Raymond Joyeux 1971

C’est la fin la plus suave des jours longs. Les femmes et les enfants des pêcheurs vont sur la berge épier l’horizon ; ils se groupent en causant, ils se querellent aussi. Petit à petit se dessine dans le lointain une voile blanche qui oscille légèrement ;  à  peine entrevue, elle est reconnue et désignée par tout ce monde dont la vie tient à la vie de cette voile. Après celle-ci en vient une autre, puis plusieurs, et pendant un gros moment on voit ces petites embarcations s’approcher, lutter inconsciemment de vitesse et atterrir lentement, comme fatiguées de ce voyage d’un jour, toujours obéissantes néanmoins.

Voiles saintoises – Tableau d’Alain Joyeux – 2018

Les hommes, eux, trempés et las, réintègrent avec peines leurs agrès et versent sur le sable leur pêche. Trop souvent ils n’ont « rien piqué », ils en expliquent les raisons : « la lune, les courants, les hameçons… » Ils retourneront demain. En attendant, le travail n’a rien produit : il n’y a rien pour la famille. On mangera demain ; pour ce soir on jeûne. Demain, si « rien n’est piqué » on se serrera encore le ventre ou l’on se contentera d’une croûte de pain achetée sur la pêche à venir. C’est affreux, mais c’est réel. Et j’ai vu, trop souvent ai-je dit, ces scènes se reproduire. Oh, comme ces êtres paient cher leur indépendance !

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Pêcheur saintois au casier – Photo Raymond Joyeux 

La traîne cesse au moment où commence l’hivernage, à l’époque bien connue d’avance des marins, où les traitrises des éléments deviennent trop grandes et trop fréquentes. Ils fréquentent alors davantage les bancs de grand et de petit fond, à la ligne, au « casier », ou bien encore collaborent aux opérations des seines (sic) dont ils constituent les diverses équipes… »

Sauzeau de Puyberneau
(Monographie sur les Saintes, dépendances de la Guadeloupe Bordeaux 1901)

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Préparation de la senne à Terre-de-Haut années 50 – Cliché Candalen

Ma modeste contribution poétique au sujet 

Appareillage 

Le soleil dort encore
mais la maison s’éveille où le Saintois repose
et la mer, cette nuit, comme les autres nuits,
a bercé son sommeil
car le rivage est proche et la mer babille
au pied des cocotiers qui tanguent
sur son toit.
Il se lève avant l’aube
l’homme de l’île belle
et tandis que sa femme au pauvre feu de bois
fait couler goute à goutte
l’amer café d’ébène
il hume sur la plage la route de la brise
et regarde le ciel comme un ordre du jour.
Les courants seront durs, la rafale est sud-est
il faudra aujourd’hui mettre deux hommes au vent
et tirer des bordées allant jusqu’à la passe
pour prendre avant midi le cap
du port d’attache.
L’équipage un à un aux salacos blanchis (1)
a rejoint avec lui leur boat fidèle et fier.
Déjà la Croix du Sud
au bout de l’horizon
plonge dans l’eau sa queue
ouvrant la porte au jour.
Et les pêcheurs s’embarquent
sous le signe de la Croix
qu’ils font chaque matin
jetant leur main calleuse
dans l’immense bénitier bleu de la mer.
Ils sont partis ces hommes
fils brunis
nés de la houle et du vent.
Pour eux la vie commence
au creux salé des vagues
lorsque la risée fraîche
gonfle en éventails blancs
Leurs voiles raides.
1- Salaco : chapeau traditionnel saintois à larges bords fait de lamelles de bambou tressées et recouvert d’un tissu.

Raymond Joyeux – Poèmes de l’archipel -1986

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Pêcheur saintois au tazard – Photo Henry Migdal – 2016

Une vidéo de Dominique Perruchon

Pour clore ce sujet, je vous propose, en cliquant directement sur la flèche ci-dessous, de visionner la video de M. Dominique Perruchon sur la pêche à la senne, également visible sur le site Maria Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Mieux que des mots, ce film nous montre le savoir-faire de ces pêcheurs aguerris, leur technique élaborée et la somme d’efforts déployés pour capturer le poisson, et souvent pour ne ramener qu’un dérisoire butin…. Parfois au péril de leur vie. Aussi, ayons une pensée pour tous ces marins-pêcheurs qui, connus ou inconnus, sont morts ou ont disparu en mer dans l’exercice de leur périlleuse profession.

 Un grand merci à M. Dominique Perruchon pour ces images exceptionnelles et son intérêt pour les traditions saintoises. Intérêt qu’il manifeste par la publication régulière sur Youtube de nombreuses vidéos tournées aux Saintes.

Raymond Joyeux

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Un document pour l’Histoire : la création de L’IGUANE voilà 29 ans

Un long combat qui a finalement porté ses fruits

Au vu des graves événements en cours qui touchent notre commune, on peut considérer que le journal L’IGUANE et son Association L’Œil de l’Iguane sont le point de départ d’un dénouement attendu à Terre-de-Haut depuis près de 30 ans. À l’époque, la loi électorale interdisant à l’opposition d’avoir des représentants au sein du Conseil municipal, la majorité était alors seule à diriger la commune. Voici, pour l’Histoire, ce que nous écrivions dans le 1er N° du journal L’IGUANE, paru en octobre 1989 :

Tenir le pari

(Éditorial du N°1 du journal L’Iguane)


Iguane
Un journal d’information aux Saintes ? Non, ce n’est pas un rêve ! Avec votre concours, nous pouvons tenir ce pari. Si vous nous soutenez par votre ouverture d’esprit, votre désir de suivre l’actualité locale, votre souci de la vérité, L’IGUANE deviendra votre journal… Il l’est déjà. Notre projet n’est pas à priori polémique. Nous souhaitons avant tout informer, mettre au grand jour, dans le respect des personnes et des faits, tous les problèmes susceptibles de vous intéresser : actualités communales, départementales et régionales dans les domaines politiques, maritimes, touristiques, culturels, sportifs… Nous voulons aussi, en vous proposant chaque mois des sujets de réflexion, en vous ouvrant les dossiers brûlants de l’actualité saintoise, aiguiser votre esprit critique, éclairer vos jugements et vos choix.

Mais pourquoi L’IGUANE, direz-vous ? Tout simplement parce que c’est l’emblème saintois par excellence. Animal inoffensif et peu agressif de nature, il sait observer de son œil placide et rond, garder son sang-froid et attendre patiemment son heure. Alors gare aux réactions s’il est dérangé ou brutalisé !

Et puisque nous voulons avec vous travailler dans l’Intérêt Général et l’Union pour l’Action Nouvelle et l’Évolution, l’I.G.U.A.N.E. sera naturellement notre sigle et notre ambition.

Intérêt Général et Union pour l’Action Nouvelle et l’Évolution – Ph. R Joyeux

Un comité de vigilance pour quoi faire ?

(Suite de la première page du N°1 de L’IGUANE)

Le samedi 21 octobre 1989, s’est créé à Terre-de-Haut le Comité Saintois de Vigilance dénommé L’ŒIL DE L’IGUANE. Cette association en cours de constitution légale vise essentiellement un double objectif :

Légalité et information

Elle veillera, d’une part, comme son nom l’indique à faire en sorte que les débats et les décisions qui déterminent la gestion quotidienne de la commune et conditionnent son avenir se déroulent et se prennent dans la plus stricte légalité. Elle assurera d’autre part auprès de la population la plus large diffusion des informations relatives aux affaires communales. Dans le cadre de ce double objectif, le Comité, sans pouvoir ni prétendre se substituer à l’Assemblée municipale, s’attachera à mettre les élus en permanence face à leurs responsabilités. C’est-à-dire qu’il alertera chaque fois que cela sera nécessaire les autorités départementales, ministérielles ou judiciaires, s’il estime que les dispositions règlementaires en matière d’administration communale ne sont pas respectées. Il demandera le cas échéant aux autorités compétentes le contrôle des opérations budgétaires et la vérification des comptes de la commune.

Une plus grande participation

En définitive, par son existence même et les actions qu’il a l’intention d’engager, le Comité Saintois de Vigilance se propose de briser l’inertie de la population face à l’arbitraire des dirigeants municipaux et de susciter une plus grande participation des citoyens aux affaires publiques. Ce faisant, il entend contribuer à éliminer chez les élus la tentation fortement enracinée de considérer la Commune comme propriété privée sans contrôle ni transparence.

Une association ouverte à tous

Comme toute association déclarée, le Comité Saintois de Vigilance est ouvert à tous. La seule condition pour y adhérer est la volonté de respecter les statuts et les objectifs y définis. Chacun et chacune d’entre vous peut donc dès aujourd’hui prendre contact avec le secrétariat du Comité pour recevoir sa carte d’adhérent et régler sa cotisation qui donne droit pour un an à la gratuité du journal L’IGUANE.

Le Bureau de l’Association élu le samedi 21 octobre 1989

Président : Raymond Joyeux
Vice-Président Marc-André Bonbon
Trésorier : Jean-Yves Lognos
Secrétaire : Louly Bonbon
Secrétaire adjoint : Yolaine Hoff
Membres : Pierre Dabriou et Philippe Lognos

————————————- (fin de citation du journal)———————————

Un « Mot du Maire » édifiant

Rappelons que le journal L’IGUANE et son Comité de Vigilance ont été créés suite à l’échec de l’opposition aux élections municipales du 12 Mars 1989. À ce sujet il n’est pas inintéressant de rappeler ce qu’écrivait le maire de l’époque, M. Robert Joyeux, dans le Bulletin municipal de la Fête patronale du 15 août de la même année :

Bulletin 1 1« À cette nouvelle équipe municipale constituée d’hommes et de femmes compétents et animée d’une certaine volonté de servir la commune, une nouvelle confiance s’est largement manifestée le 12 mars 1989 par la majorité des Saintoises et Saintois pour la Continuité du Développement de notre île.

Cette confiance, certes justifiée, une fois de plus ne sera pas trahie. Tel est aujourd’hui encore l’un de mes engagements et évidemment celui de toute l’équipe municipale qui a à cœur cette gestion communale autant, sinon plus que ceux qui ont la prétention d’avoir le monopole des idées et le don des succès d’un développement « miracle » pour notre île. À ceux-là, je leur dis qu’il serait peut-être temps de mettre les « pieds par terre » (sic) et de cesser de « rêver » !… et qu’il faudrait d’abord qu’ils soient capables de se rendre utile (sic) avant de chercher à être utiles au risque de créer une mutation profonde, désastreuse et irreversible. (sic)

À ceux-là je leur dis enfin que bien des portes sont ouvertes pour assurer ensemble le développement de l’île, mais qu’il faudrait pénétrer normalement et ne pas chercher à les enfoncer car dans ce cas la chute sera inévitable et les dégâts que plus importants… »

Bulletin 2 1

Mars 2000 : intronisation du nouveau maire – Photo Bulletin municipal TDH

Début de l’an 2000, soit onze après ces écrits prémonitoires, à la suite d’une succession de déficits communaux record, ce maire « compétent » a été forcé de démissionner pour devenir simple conseiller municipal, prenant soin de désigner à la tête de la commune son successeur qui sera élu en 2001, puis réélu en 2007 et 2014. Aujourd’hui sa prédiction de 1989 d’une « chute brutale et de dégâts que plus importants » s’est confirmée… pas pour ceux, malheureusement, qu’il croyait, mais bien, hélas, pour lui, son successeur et leurs amis… Qu’ajouter de plus ? Sinon que 18 ans plus tard, à la suite des déboires judiciaires que l’on sait, c’est au tour du maire, successeur du précédent, écopant de 10 années d’inéligibilité, d’être contraint à la démission.

Mars 2000 : passation de pouvoir – Photo bulletin municipal Terre-de-Haut

C’est ainsi qu’en ce mois de mars 2018, toute la communauté saintoise est suspendue à la nomination de celui ou de celle qui tiendra les rênes de la commune jusqu’aux prochaines élections municipales de 2020… Mais, en attendant l’émergence d’une nouvelle ère démocratique plus glorieuse que les précédentes, que d’événements malheureux la population de Terre-de-Haut a vécus pour une si petite commune !

Documents pour l’histoire

Pour mémoire : plusieurs fois traduit en justice par le maire d’alors, aux frais du contribuable, mais jamais condamné, le Journal L’IGUANE, fer de lance de l’opposition de 1989 à 1992, a publié 28 N°, soit 224 pages, format A4, d’articles, de réflexions et de propositions en faveur de la démocratie locale et de la transparence. Aujourd’hui, il récolte dans la douleur le fruit de son juste combat. Puisse notre commune reconquérir pour les années à venir et dans l’apaisement retrouvé les voies de la liberté d’expression, de l’égalité et de la fraternité. 

Raymond Joyeux

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À la découverte des cétacés de Guadeloupe

Jeudi 1er mars 2018

imageDate importante pour nos deux ex-étudiants parisiens aujourd’hui diplômés, Anne et Alexandre, déjà présents et mentionnés lors de nos périples à Rome en 2014, en Périgord et en Scandinavie en 2016, en Pologne en 2017… (voir les précédentes chroniques sur ces sujets). Profitant des congés de février et fuyant les grands froids sibériens de la métropole, les voilà momentanément en Guadeloupe, qui nous emmènent à la découverte du milieu marin de notre belle région. C’est la gracieuse Anne, experte en plans pas foireux du tout et grande manipulatrice du clavier et d’Internet, qui, comme d’habitude, nous a concocté cette sortie exceptionnelle. Un clic sur le site de Guadeloupe Évasion Découverte (Ged) https://www.guadeloupe-evasion-decouverte.com et la réservation est enregistrée pour le jeudi 1er mars.

Une journée particulièrement ensoleillée

Pour arriver à Deshaies à l’heure du départ du petit catamaran, il faut quitter Pointe-à-Pitre de bonne heure, car même si c’est dans l’autre sens que le monstrueux embouteillage du matin bloque la circulation, des aléas de parcours sont toujours possibles, et pas question de rater la sortie programmée. Après le mauvais temps relatif des jours gras, le soleil revenu s’est installé durablement sur l’archipel. Il est 8 heures et la mer promet d’être belle :  conditions idéales pour une rencontre amicale avec les cétacés.

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Recommandée par le Parc National de la Guadeloupe

Partenaire entre autres du Parc National de la Guadeloupe et de l’Agence des aires marines protégées (AGOA), Guadeloupe Évasion Découverte est une entreprise touristique à vocation écologique, versée comme son nom l’indique dans la découverte et la protection du milieu naturel maritime guadeloupéen. Elle propose des sorties en mer pour l’observation des mammifères marins, mais aussi des excursions dans la mangrove et les ilets du grand cul de sac. L’une de ses principales activités est de permettre la recherche et l’observation de plus d’une vingtaine de mammifères marins évoluant dans le sanctuaire dévolu aux cétacés, principalement sur la côte occidentale de la Guadeloupe, dite Côte sous le vent..

Une espèce sauvage aux apparitions imprévisibles

Sitôt montés à bord, pieds nus mais casquette ou chapeau solidement fixé sur la tête, bardés de crème solaire, nous sommes prévenus : animaux sauvages, libres de leurs déplacements, nos amis les cétacés du large ne nous attendent pas pour se montrer comme de vulgaires bêtes de cirque bien dressées et obéissantes. Claire et Cédric, nos deux sympathiques et prévenants accompagnateurs, nous expliquent les inattendus de l’expédition : nous pouvons très bien revenir bredouilles et frustrés, comme, au contraire, la tête pleine d’images insolites de dauphins joueurs et gracieux, de grands cachalots placides, de globicéphales facétieux et de mythiques baleines à bosse, fières d’exhiber leur étonnante gibbosité…

Bilingue et compétent, Cédric nous renseigne sur nos hôtes et les conditions de leur observation

Un hydrophone pour repérer les mammifères

À l’occasion de cette sortie en mer à vocation pédagogique, les explications de Cédric nous seront fort utiles pour nous permettre de participer activement à la recherche des animaux et de les identifier facilement au besoin. Mais, pour le moment, après une petite heure de navigation apparemment au jugé, rien ne se montre à l’horizon, ni aux abords de notre catamaran. Seule la mer scintille sous le soleil, sans aucune nervosité chez la vingtaine de passagers qui savent qu’ils ne sont pas maîtres de la nature et qu’il serait inutile de s’impatienter. C’est alors que Claire, ayant coupé le moteur, se charge de son hydrophone et tente de repérer une présence, assistée de Cédric en alerte sous des écouteurs.

Claire aidée de son hydrophone indique la direction d’une possible présence

Enfin jaillit un cri … 

Là, là, là !… Et ce n’est pas une fausse alerte ! En même temps que Claire revenue à son poste de commande, un observateur plus attentif que les autres a repéré, juste devant notre étrave, un jaillissement d’écume, signe de la présence d’une petite compagnie de dauphins. Cédric, en marin expérimenté, grimpé sur le pont d’observation, confirme la bonne nouvelle. Alors, au risque que l’eau rentre par l’avant, tous, nous nous précipitons à la proue du petit navire pour admirer les évolutions de nos amis. Ce sont de grands dauphins à dos sombre qui nous accompagnent en un grandiose ballet de nage acrobatique et de petits sauts joyeux, juste pour nous saluer et montrer leur étonnant savoir-faire. Durant près d’une demi-heure et par deux fois, ces splendides animaux nous offrent le privilège de leur présence et de leurs facéties. Notre expédition est sauvée, nous savons d’ores et déjà que nous ne rentrerons ni bredouilles ni frustrés.

Dauphin à dos sombre évoluant devant notre navire

Une attente récompensée

Pourtant la recherche continue

Forts de cette première et inoubliable observation, l’espoir naît en nous de faire d’encore plus spectaculaires rencontres. Tels des capitaines Achab du Moby Dick, nous voudrions apercevoir « notre » baleine, sinon blanche, du moins à bosse, comme nous l’a si bien décrite Cédric. Aussi, après une demi-heure de navigation sans succès, monteur coupé, Claire replonge son hydrophone à l’arrière et Cédric coiffe ses écouteurs. De forts signaux sont perçus, mais trop lointains et que nous poursuivons en vain. D’autant plus qu’un gros plaisancier traverse à grand bruit le sanctuaire, nous enlevant tout espoir d’une nouvelle récompense. En dépit d’une observation à la jumelle d’Alexandre, nous regagnons la base nautique, ayant devant nous jusqu’à Deshaies, une heure et demie de navigation…

Rien de tel pour nous priver de nos observations

Pas la moindre frégate qui signifierait la présence de nouveaux cétacés

Retour au port

Il est près de 13 heures. Ayant découvert Terre-de-Bas par le Sud, nous avons largement dépassé l’horaire prévu. Mais Claire et Cédric, en amoureux eux-mêmes de nos visiteurs aquatiques, ont voulu nous gratifier de davantage d’observations. Ce sera à coup sûr pour une autre fois. Nous  mettons le cap sur le port de Deshaies, plus que satisfaits de cette sortie à laquelle un planteur bienvenu, gracieusement servi à bord et joliment aromatisé, vient mettre un sympathique point d’orgue. Nous adressons un grand merci à Claire et Cédric et à Guadeloupe Évasion Découverte pour leurs actions en faveur de la préservation des cétacés de Guadeloupe. Ils contribuent ainsi à les protéger et à mieux les faire connaître à nos compatriotes insulaires et métropolitains, mais aussi aux étrangers qui nous ont accompagnés en ce jeudi ensoleillé du 1er mars 2018. Et pour finir et atténuer leurs imprudents coups de soleil, un merci particulier à Anne et Alexandre qui nous ont concocté cette expédition maritime hors du commun, en attendant l’été prochain pour une balade irlandaise déjà programmée…

Retour sur la terre ferme

Texte et photographies : Raymond Joyeux

 

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Marins-pêcheurs disparus : un souvenir douloureux

En ce 28ème anniversaire de la disparition en mer de Michel Bordy, Patrick et François Bride, le 21 février 1990, je vous propose la chronique que j’avais publiée en 2015 rappelant ce tragique événement. Puisse la population de Terre-de-Haut avoir une pensée pour ces marins-pêcheurs et leur famille alors que le temps venteux qui sévit actuellement sur nos îles rappelle étrangement les conditions météorologiques de l’époque. 

Par un mercredi venteux

Monument communal aux marins-pêcheurs disparus

Monument communal aux marins-pêcheurs disparus

Le mercredi 21 février 1990, il y a 25 ans jour pour jour, à trois heures du matin, Michel Bordy, 38 ans, Patrick Bride, 36 ans et son frère François, 29 ans, quittent la baie du Marigot à Terre-de-Haut sur leur saintoise Calou, comme ils le font presque chaque nuit depuis l’ouverture de la pêche à la traîne, au large de l’archipel. Le temps n’est pas très beau en cette période de vacances de Carnaval, mais c’est le lot quotidien des pêcheurs saintois,  au risque, hélas, de leur vie, de devoir affronter les éléments d’où ils tirent par tradition et nécessité leur principale subsistance et celle de leur famille, tentant parallèlement d’assumer les lourdes charges financières qui sont les leurs, et qu’alourdit d’année en année l’échéance trimestrielle du rôle d’équipage, leur garantissant la qualité d’inscrits maritimes et de professionnels.

Une communauté maritime solidaire

Patrick Bride, 36 ans

Patrick Bride, 36 ans

À terre, ce mercredi, jusque dans l’après-midi, malgré la mauvaise brise qui souffle de l’Est, personne n’est particulièrement inquiet, les familles étant habituées aux retours de pêche tardifs en cette saison. C’est seulement en fin de journée, alors que la nuit commence à tomber, que le retard des trois jeunes pêcheurs est pris au sérieux et que l’angoisse s’installe et grandit dans les cœurs. Après une nuit que l’on imagine sans sommeil pour les parents et amis tourmentés, l’alerte est donnée le jeudi matin 22 février. Sans attendre, la communauté des marins et pêcheurs saintois, solidaire de ceux qui manquent à l’appel, entreprend les premières recherches, conjointement menées par le dispositif départemental de secours et de repérage en mer. Elles vont durer officiellement quatre jours, sans résultat, amenuisant au fil des heures l’espoir de retrouver vivants Michel, Patrick et François.

Un naufrage inexpliqué

Michel Bordy, 38 ans

Michel Bordy, 38 ans

Le mardi 27, près d’une semaine après le naufrage présumé, alors que toute la Guadeloupe, indifférente aux soucis de la petite dépendance, se défoule, défile et danse au rythme du Carnaval, une épave est repérée au large de Capesterre Belle-Eau. Sitôt la nouvelle confirmée, les pêcheurs qui, eux, n’ont jamais cessé les recherches, reprennent la mer dans la direction signalée, trouvent le hors-bord partiellement immergé avec ses deux moteurs intacts et tout son attirail, et le ramènent à Terre-de-Haut vers 20 heures. Le cœur serré, la quasi totalité de la population abattue se rend au débarcadère comme pour interroger ce témoin silencieux du drame : nos amis ont dû sombrer le matin même de leur départ car les réserves d’essence sont à peine entamées et les appâts bien rangés dans un thermos enfermé dans le gaillard d’avant. Surpris sans doute par une lame, Calou a dû se trouver tout à coup rempli d’eau, le poids des moteurs ne tardant pas à le faire gîter par l’arrière. Mais sans doute pour éviter la perte de leur bateau, l’équipage a le temps d’arrimer des bouées à l’étrave, de solidariser les réservoirs de carburant et de mettre à l’abri le matériel de pêche. C’est ainsi en tout cas que les sauveteurs retrouvent l’épave, l’avant seul, soutenu par les bouées, émergeant de la surface des flots.

 Des recherches perçues à l’époque comme insuffisantes et inadaptées

François Bride, di Calou, 29 ans

François Bride, dit Calou, 29 ans

Ce même soir, on apprend qu’un corps a été retrouvé sur une plage de Marie-Galante. C’est celui de François. De ses camarades, aucune nouvelle. C’est la consternation et la rage, car on sait aujourd’hui que des recherches mieux organisées et mobilisant davantage de moyens, auraient peut-être permis d’éviter le pire, le naufrage ayant probablement eut lieu à quelques encablures de la Grande dépendance.
Il fallait être présent à l’enterrement de François en cet après-midi du 28 février 1990 écrasé de soleil, pour comprendre et partager la douleur des familles pleurant leurs enfants, mais aussi l’émotion de toute une population solidaire, bouleversée par ce drame.

Un mémorial aux marins-pêcheurs disparus en mer

momu busteLes deux frères Bride et Michel Bordy ne sont pas, hélas, les seuls pêcheurs saintois ayant payé de leur vie leur tribut à la mer. Avant eux, en 1978, un marin breton, connu sous le nom de Rémy, installé aux Saintes avec sa famille, habitué à sortir seul, disparaissait mystérieusement corps et biens dans des circonstances jamais élucidées. Deux ans plus tard, le 22 février 1980, c’est au tour de Camille et d’André Cassin de faire naufrage au large de Saint-Barthélemy. Seul Camille, dit Lazare, réussit à gagner la terre, son compagnon  à quelques mois de la retraite, n’a jamais été retrouvé. En juin-juillet 2013, Jean-Louis Cassin et Daniel Judes, suite au mauvais temps et à une avarie de leur voilier, sont retrouvés au large du Vénézuela après  32 jours d’errance sur l’océan, sans eau ni vivre, alors qu’ils faisaient route vers Saint-Barth. Déshydraté et inanimé, Jean-Louis a pu être ramené à la vie de justesse, mais Daniel Judes a été retrouvé mort sur le voilier. En mémoire de ces marins saintois morts ou disparus en mer, la municipalité de Terre-de-Haut a fait ériger un monument, à l’esthétique improbable, contestée, il est vrai, par beaucoup, et visible place de la mairie. Une plaque de marbre, malheureusement non nominative et mal entretenue, rappelle le souvenir de ces hommes qui ont tragiquement perdu leur vie en mer, élément qui leur est pourtant familier et qui depuis des générations est leur raison d’être et les fait vivre. En ce jour du 25 ème anniversaire de la mort et de la disparition de Patrick, François et Michel, associons les noms de Rémy, André, Daniel et, bien qu’il fût un enfant, celui de Jeoffrey, le fils de Fernand Samson, pour affirmer notre solidarité avec leurs familles et leurs proches et rendre hommage à leur mémoire.

En ce 25 ème anniversaire du drame de 1990, un petit effort de rénovation aurait pu être fait !

En ce 25 ème anniversaire du drame de 1990, un petit effort de rénovation aurait pu être fait !

PS : Les photos de Patrick et François Bride m’ont été aimablement communiquées par leur sœur Fanny. Celle de Michel Bordy par sa sœur Elza. Un grand merci à toutes deux pour ce geste qui perpétue le souvenir de leurs frères..
Raymond Joyeux

 

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Terre-de-Haut : le nécessaire retour à la fraternité

Abolir l’arbitraire

« Plus encore que le déficit financier, Terre-de-Haut souffre d’un déficit démocratique abyssal… Je ne crois pas à l’avènement d’un homme providentiel… Seule la fédération de toutes les intelligences nous sauverait du chaos qui couve. »
Chrysos Chrysostome Bélénus ( Terre-de-Haut Indiscrétions, 12 janvier 2018)

UnknownCe blog n’étant ni un magazine politique ni une tribune judiciaire, nous nous garderons bien de commenter ici les houleux événements qui ont marqué ces derniers mois et semaines notre petite communauté saintoise. À savoir, après les nombreuses, inhabituelles et inquiétantes perquisitions effectuées aux Saintes et ailleurs en 2017, la comparution devant le Tribunal correctionnel de Basse-Terre, les 11 et 12 janvier 2018, de son plus haut dignitaire et de quelques autres prévenus. Que les personnes impliquées dans cette affaire, bénéficiant jusqu’au verdict, pressons-nous de le rappeler, de la présomption d’innocence, encourent de lourdes peines dont, pour certains, la prison ferme et des années d’inéligibilité, cette situation infamante, loin de nous réjouir, nous plonge au contraire dans un abîme de tristesse et de honte. Car, au-delà de l’iniquité reconnue des faits et de leurs responsables présumés, il s’agit avant tout, de la réputation et de l’image de notre communauté, mises à mal et ternies pour longtemps par des agissements impardonnables et leurs éventuelles condamnations à venir, sur lesquelles nous serons définitivement fixés ce vendredi 23 février. Pas de commentaire donc mais une proposition d’abandon de l’état d’esprit partisan et arbitraire qui prévaut depuis plus de quarante ans à Terre-de-Haut au sein de notre gouvernance municipale. Autrement dit le souhait d’un retour à la fraternité perdue, telle qu’elle était pratiquée chez nous autrefois – il y a bien longtemps ! – par des élus intègres, étrangers à toute recherche d’intérêt personnel, soucieux uniquement d’une juste administration communale, pour la satisfaction de tous, sans distinction d’opinion ni exclusion malveillante systématique…

Une devise républicaine trop souvent malmenée

La devise républicaine, est-il besoin de le rappeler ? Liberté-Égalité-Fraternité, inscrite au fronton de nos mairies exprime et garantit, dans le principe, les droits fondamentaux des citoyens dans nos pays sous régime démocratique – y compris celui de prétendre légitimement exercer un jour à son tour les responsabilités électorales ! Dans la réalité, c’est une évidence que ces trois piliers du fonctionnement institutionnel de notre vie publique : sociale, politique et morale, sont souvent ébranlés. Dans les rapports des citoyens entre eux d’abord mais surtout dans les relations que ces derniers entretiennent avec le pouvoir établi, qu’il soit local, régional ou plus largement national. Proposer une politique de fraternisation et en établir les conditions et les modalités d’application nécessite d’abord de définir les termes de la proposition.

Une mairie entièrement à part – Photo R.Joyeux

Une conception oubliée de la politique 

« Une île qui devrait être si agréable à gérer loin de tout raisonnement politique ou personnel c’est-à- dire financier. » Docteur Yves Espiand – Médecin aux Saintes de 1962 à 1965

Tout le monde le sait, la politique, au sens large, c’est l’organisation au mieux des affaires de la cité. Elle a globalement pour objectif de réguler les interactions entre les aspirations des citoyens et les moyens mis en œuvre pour satisfaire leurs légitimes attentes. Concrètement, c’est, d’un côté, la possibilité pour les membres de la communauté  – quelles que soient par ailleurs leurs opinions – d’exprimer librement leurs aspirations ; de l’autre, pour le pouvoir élu, l’obligation d’entendre, de prendre en considération cette expression et de déterminer les priorités en fonction des moyens dont dispose la collectivité. Or cette nécessaire mise en adéquation des moyens et des fins, reposant principalement sur des richesses financières plus ou moins étoffées, – à condition qu’elles ne soient pas dilapidées sans contrôle, à tort et à travers comme c’est le cas aujourd’hui – aboutit fatalement à des choix et par là-même à des conflits d’intérêts souvent néfastes à l’harmonie des rapports entre administrés et administrants. Surtout lorsque ces choix, opérés sans consultation, ne sont ni justifiés ni portés explicitement au préalable à la connaissance de la population. Tel fut le cas chez nous de l’onéreuse réalisation de la fameuse plage artificielle du Fond Curé… aujourd’hui entièrement engloutie sous les flots.

Plage du Fond Curé : un gaspillage inconsidéré des deniers publics- R.Joyeux

La fraternisation : moteur et conséquence de l’action politique

Mais la politique ne se réduit pas à cette seule et unique question de rapport de force entre les citoyens et leurs élus, généré par un incontournable problème de trésorerie. Elle repose tout aussi essentiellement sur des considérations humanistes à haute valeur philosophique et morale qui devraient permettre de dépasser sinon d’éviter les conflits et de les apaiser au mieux dans un esprit et une volonté de conciliation. C’est en ce sens que nous parlons de politique de fraternisation. Aussi, loin d’être une simple invite, la notion de fraternité doit être considérée, par-delà le concept abstrait, comme le moteur premier de toute action politique digne de ce nom en même temps que sa conséquence naturelle, génératrice d’harmonie et de solidarité.

Fraternité : Marianne place du débarcadère à Terre-de-Haut – Ph. R.Joyeux

La collectivité communale : une grande famille ?

Sans tomber dans le cliché ou le lieu commun dépourvu de signification et de substance, on peut comparer l’entité communale à une grande famille. Avec ses modalités de fonctionnement, ses aspirations morales et éducatrices, ses réalisations concrètes et ses projets d’avenir, le tout chapeauté et mis en œuvre au sein des assemblées communales par une organisation institutionnelle ouverte, impartiale mais nécessairement hiérarchisée : le conseil municipal. Cette comparaison de la commune avec la famille a été évoquée maintes fois et continue de servir dans les discours électoraux de nos hommes politiques de tout bord. Nous savons tous, malheureusement, que ce n’est, le plus souvent, que vague formulation de style et de principe, sans contenu véritable ni réalité. Pour se donner bonne conscience, pour tenter de faire oublier leurs éventuelles turpitudes, combien de ténors de nos assemblées communales, ici comme ailleurs, tyranneaux avérés et parfaits briseurs d’égalité et de fraternité, ont usé et abusé sans honte de cette comparaison si belle en soi mais trompeuse et vide de sens dans leur bouche ?

La démocratie confisquée – Image labrique.net

Sans nous étendre sur le cas de Terre-de-Haut, chacun se souvient de cet ex-élu qui, dans ses nombreuses et interminables interventions publiques, particulièrement celles des vœux de nouvel an, s’est imposé comme le plus grand diviseur historique de notre petite communauté et qui n’avait pourtant de cesse de ne parler, avec des trémolos de crocodile, que de notre grande famille saintoise. Grande famille saintoise dont il se considérait évidemment comme le tout puissant et vertueux gourou, s’arrogeant le droit et la liberté de dénigrer à sa guise, d’enfoncer et d’exclure, sans possibilité de contradiction ni de réponse, la moitié – considérée à ses yeux comme rebelle – de cette soi-disant famille, la traitant successivement d’irresponsable, de traître, d’ennemi public, d’irrécupérable, que sais-je encore. Et cela, en des termes haineux et méprisants d’une innommable et lâche mesquinerie…

Quatre maires dignes de ce nom 

Mais si nous remontons un peu plus loin dans le temps, nous trouverons heureusement l’exemple inverse. Nous trouverons des magistrats communaux comme Théodore Samson, Georges Azincourt, Eugène Samson et plus temporairement le docteur René Germain, pour qui la fraternité et la réconciliation avaient un sens et un visage. Ces maires successifs qui ont dirigé notre commune, sans arrogance, sans prétention ni fausse hauteur, ne se sont jamais focalisés sur leurs pouvoirs éphémères pour en abuser et chercher à les élargir au détriment de la collectivité. Ils ne se sont jamais focalisés sur leurs prétendus adversaires pour leur en faire voir de toutes les couleurs, celles du mépris, celles de l’exclusion, celles de l’obstruction systématique.

Portant l’écharpe, Théodore Samson et une partie de ses conseillers en 1936

Ils n’étaient certes pas tous des hommes de haute culture ou de science mais ils avaient tous le même cœur, la même intelligence pratique, le même sens de la justice, la même conception de l’action politique, si restreinte soit-elle ici. Avec eux, sitôt les soubresauts des consultations électorales enterrés, il n’y avait plus ni partisans ni adversaires. Avec eux, sitôt les élections passées, la communauté saintoise redevenait une et indivisible, c’est-à-dire constituait une vraie famille. Une famille où tous les membres étaient égaux, où personne n’était défavorisé au profit d’un autre. Une famille où il n’était pas interdit aux uns de parler aux autres, comme c’est le mot d’ordre officiel d’aujourd’hui. Une famille enfin où chacun avait libre accès à la maison commune sans se faire malproprement rejeté.

Respect mutuel et tolérance : un exemple venu d’en haut

Il ne s’agit pas ici de faire de l’angélisme et de prétendre qu’avec ces maires regrettés tout conflit disparaissait comme par miracle ou enchantement. Mais si, après les inévitables joutes électorales, chacun gardait ses idées et ses convictions, le respect mutuel et la tolérance étaient de mise et l’exemple en ce domaine venait toujours d’en haut. Car, ces quatre maires n’étaient pas des personnages exceptionnels, mais des êtres humains tout simplement équilibrés. Ces quatre maires dont nous avons cité le nom et dont l’action éducatrice, disons même, à notre échelle, civilisatrice, a été radicalement anéantie par le sabotage méthodique qui s’ensuivit. Ces quatre maires saintois non seulement étaient ouverts à toute discussion, à toute réflexion, à toute proposition des administrés, mais allaient au-devant d’eux, sans distinction d’opinions, sans arrogance. Ils écoutaient leurs doléances, examinaient leurs propositions, les rencontraient dans la rue, sans faire de différence entre « partisans » et « adversaires ». Toujours disponibles, leur bureau c’était la place publique, c’était leur chantier, c’était l’appontement, leur bateau ou leur cabinet médical. Ils n’étaient pas hommes à s’enfermer à double tour comme des taupes aveugles et sourds dans un cabinet secret, à refuser des rendez-vous, à prendre des semaines pour signer un document, à ne jamais répondre aux courriers, à renier la parole donnée, à dire oui en pensant non..

Sortir du tunnel

À leurs yeux, la commune considérée comme une grande et vraie famille, justement, n’était pas une simple comparaison, une figure de style pour faire bien dans des discours alambiqués et trompeurs. La grande famille communale, c‘était pour eux une réalité concrète, palpable. La grande famille communautaire, au bon sens du terme, il la vivait et la faisait vivre quotidiennement par leur écoute, par leur sens du rassemblement et de la fraternité, par leur compréhension, leur honnêteté foncière et la force de leur conviction. Ils n’étaient pas hommes à mettre de l’huile sur le feu et à attiser les haines et les conflits au sein des familles et de la population. Leur sens de l’équité et de la morale publique leur interdisait de pratiquer la discrimination en fonction de la couleur du bulletin de vote ou du slogan inscrit sur le tee-shirt électoral…

À Amsterdam en 2016 – Photo Raymond Joyeux

C’est tout cela, en moins de trois générations, qu’à Terre-de-Haut nous avons perdu. Et si, en près de 50 ans de gouvernance locale (*), tout a été fichu par terre, et qu’en 2018 nous sommes toujours politiquement et moralement dans un tunnel, ce n’est pas en reprochant sans rire à l’opposition « de vouloir prendre le pouvoir », c’est-à-dire à se considérer soi-même, implicitement, au sortir du tribunal le 12 janvier dernier, comme seul légitime à y prétendre, à l’exercer et à le conserver indéfiniment dans des conditions de régularité plus que douteuses, que s’instaurera malheureusement aux Saintes une autre politique. Celle plus que jamais nécessaire de l’acceptation de l’autre, de la tolérance et de la fraternité retrouvée.

Appel à la fraternité : Jeune fille à la fleur – Photo Marc Riboud

* Voir notre chronique du 16 juillet 2017 :

https://raymondjoyeux.com/2017/07/16/chronique-dun-desastre-annonce-ou-les-racines-du-mal-saintois/comment-page-1/#comment-1490

Raymond Joyeux

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Sport, loisir et culture à Terre-de-Haut : la série noire continue

Une conséquence inattendue de Maria :
la fermeture de la bibliothèque municipale

Après l’arrêt des activités de la voile traditionnelle et la disparition des deux associations de marins-pêcheurs ; après la fermeture par arrêté municipal de l’OMCS (Office Municipal de la Culture et des Sports) et la dissolution de l’AJSS (Association de la Jeunesse Sportive Saintoise) en novembre 2017, voici la condamnation pure et simple de la bibliothèque municipale suite aux intempéries de l’ouragan Maria. Autant dire que Terre-de-Haut ne dispose à ce jour (février 2018) d’aucune structure associative, de sport, de loisir ou de culture susceptible d’intéresser ou d’occuper intelligemment jeunesse, visiteurs et population. Un seul exemple significatif : cette année 2018, aucune manifestation carnavalesque digne de ce nom  organisée autrefois par l’OMCS et sa dynamique équipe… Rappelons que cette structure très active a été (momentanément) fermée pour incompatibilité entre la municipalité et les membres du nouveau bureau élus régulièrement mais supposés être de l’opposition !

Les locaux de l’OMCS aujourd’hui fermés par arrêté municipal

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Porte de droite : entrée de la bibliothèque municipale

Une structure minimaliste plus qu’archaïque

Peu attrayante par sa vétusté et son exiguïté, (un local à demi délabré d’une ancienne et lépreuse caserne militaire), la minuscule bibliothèque municipale de Terre-de-Haut avait au moins le mérite d’exister. Sans autre aménagement intérieur que des rayonnages adossés aux murs, elle fonctionnait néanmoins tant bien que mal, jusqu’à l’arrivée de Maria. Et cela grâce à la persévérance et à la disponibilité de sa bibliothécaire attitrée, secondée par un agent communal détaché, mais aussi, il faut le dire, grâce à la générosité de quelques donateurs qui l’alimentaient régulièrement en ouvrages, revues et brochures de toute nature pour la satisfaction de tous. Malheureusement, l’ouragan du 18 septembre 2017 ayant emporté les tôles du toit, l’eau s’est infiltrée dans la structure, détériorant une partie de son contenu, rendant local et livres momentanément inexploitables.

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Une simple bâche sur le toit du bâtiment depuis 5 mois

Une négligence coupable

Mais si une fermeture passagère au public s’imposait, tous les ouvrages n’ayant pas été atteints, avec moins de négligence et un minimum de bonne volonté, beaucoup d’entre eux auraient pu être sauvés et transportés en lieu sûr. Au lieu de cela, pour suppléer à l’absence de toiture, la municipalité, laissant les ouvrages moisir sur place, s’est contentée d’installer une bâche sur la charpente que le vent et les pluies de ces derniers jours ont fini par déchiqueter avec les conséquences irréparables que l’on imagine… D’où, depuis le passage dévastateur de l’ouragan Maria, Terre-de-Haut se voit privée du seul lien qui la rattachait à un semblant de culture.

Et pourquoi pas la maison Monrose ?

Il faudra donc à l’évidence, pour reconstituer le stock de livres et remettre sur pied la bibliothèque, repartir à zéro. Dans ce cas, en attendant la réparation du toit de la caserne et la restauration du local, pourquoi ne pas utiliser la villa communale Monrose, le plus souvent inoccupée, pour y installer, ne serait-ce que provisoirement, un embryon de bibliothèque ? Quitte à solliciter les donateurs qui ne manqueront pas, nous en sommes persuadés, de répondre présents et de mettre à la disposition du public, leur surplus de livres et autres ouvrages comme ils l’ont fait jusqu’à ce jour. C’est le sens de notre appel d’aujourd’hui aussi bien à l’adresse de notre municipalité, très soucieuse, à n’en pas douter, de redonner un peu de vie chez nous à la culture, qu’aux amateurs éclairés qui ne savent que faire de leurs ouvrages déjà lus. Un double geste généreux que tout un chacun saurait apprécier à sa juste valeur.

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La villa Monrose pour redonner vie à la bibliothèque municipale

Nous tenons pour notre part un carton de livres, tous genres confondus, à la disposition de la bibliothécaire et de son adjoint qui peuvent à tout instant nous contacter pour en prendre possession quand bon leur semblera.

PS : Les photos sont de l’auteur.

Raymond Joyeux

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Quand les collégiens des Saintes découvrent et lisent un auteur saintois

Présentation de l’auteur

par Anne de Floris,

 ancienne élève de l’École Normale Supérieure, agrégée d’histoire, doctorante, enseignante à la Sorbonne

Il est particulièrement mal aisé, déplaisant et, sans doute quelque peu prétentieux, de parler de soi et de se mettre publiquement en avant. C’est avant tout sous couvert de modestie et d’une sincère pudeur que Raymond Joyeux repoussait sans cesse l’écriture de ce billet. Une bien noble attitude, certes, mais qui avait le grand inconvénient de priver son lectorat d’une réflexion passionnante sur l’émergence d’un fait nouveau aux Saintes : la lecture et l’étude par les collégiens de l’archipel des écrits d’un auteur saintois, en l’occurrence le rédacteur habituel de ce blog. C’est pour cette raison que nous lui avons proposé, en fin de compte, de rédiger cette présentation à sa place, estimant qu’il était bien dommage de passer sous silence les termes d’une rencontre féconde entre les traces d’une mémoire individuelle mise en prose et le regard d’une jeune génération, si souvent aveugle à l’histoire des lieux qu’elle côtoie chaque jour. Après de longues hésitations l’auteur a finalement accepté notre proposition, convaincu que le récit de cette expérience susciterait de fructueux débats sur les notions liées de lecture et de patrimoine, et saurait rencontrer de nombreux échos tant auprès des collégiens eux-mêmes que des nombreux lecteurs de ce blog. Et pour peu que le dialogue s’établisse par le biais des commentaires, ce serait, selon lui, une occasion supplémentaire de nous enrichir les uns les autres, culturellement parlant…

Écoliers de Terre-de-Haut du début du XXème siècle

Des ouvrages édités à compte d’auteur par et pour l’Association Les Ateliers de la Lucarne

À l’origine, nous explique l’auteur, un court récit autobiographique de 160 pages intitulé Fragments d’une enfance saintoise paru en novembre 2009 et postfacé aujourd’hui par Mme Scarlett Jesus, ancienne Inspectrice de l’Éducation nationale, critique d’art et de littérature. Pensant à tort ou à raison que ce modeste ouvrage pourrait intéresser les enseignants du primaire et des collèges, Raymond Joyeux, l’avait transmis à tout hasard aux bibliothécaires des établissements scolaires de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas, sans attendre particulièrement de réponse, ce qui fut le cas, précise-t-il, pendant trois ans. Jusqu’au jour où le gestionnaire du collège des Saintes de l’époque, M. Patrick Giorgi, à la demande d’une nouvelle prof de français, en commande, à sa grande surprise, une vingtaine d’exemplaires pour les classes de sixième.

Et c’est ainsi que, par l’entremise de leur professeur de français, Mme Hélène Rossignol, les collégiens saintois eurent pour la première fois entre leurs mains cet ouvrage et reçurent son auteur dans leur classe. De fil en aiguille, ce premier récit, étudié dès lors en 6ème, aussi bien à Terre-de-Haut qu’à Terre-de-Bas, fut suivi d’un second récit toujours autobiographique de 210 pages, plus spécialement accessible aux élèves de 3ème : Les manguiers du Galion, relatant son expérience de lycéen au séminaire-collège de Blanchet près de Gourbeyre. De son côté, le plus souvent disponible, puisqu’à la retraite, et navigant régulièrement entre Pointe-à-Pitre et les Saintes, Raymond Joyeux s’est proposé pour continuer à passer bénévolement dans les classes à la demande des enseignants intéressés. Aux Saintes, respectivement professeurs de français à Terre-de-Haut et Terre-de-Bas, M. Marbœuf et Mme Rossignol l’ont alors de nouveau sollicité pour rencontrer leurs élèves et répondre à leurs questions. C’est ce qui s’est encore fait cette année scolaire 2017-2018, juste au retour des congés de la Toussaint, aux collèges jumelés des deux îles, avec l’assentiment officiel de leur Principale, Mme Luce Cassin.*

* Rappelons pour mémoire que, voilà quelques années, M. Patrick Péron, professeur des écoles à Terre-de-Haut, aujourd’hui à la retraite, et auteur lui-même de nombreux ouvrages (poésie, roman, histoire), avait invité Raymond Joyeux dans sa classe de CM2 pour une séance de poésie.

Des rencontres enrichissantes

Classe de 6ème de Terre-de-Bas novembre 2017

Rencontrer des élèves qui étudient ses textes est toujours pour Raymond Joyeux, ancien professeur lui-même, une grande satisfaction. Cet enthousiasme revêt ici, aux Saintes, une dimension toute particulière, les collégiens trouvant dans les ouvrages étudiés les reflets d’une vie insulaire qu’ils connaissent bien mais dont la patine les surprend, les laissant avec nombre de questions. Pouvoir rencontrer l’auteur et l’interroger directement sur ses souvenirs est une chance incroyable, qui se résout dans un échange d’une grande richesse, intergénérationnel et collectif, passionné et curieux. Au-delà de la recherche avide de l’anecdote et du sympathique exercice de comparaison, il est plaisant de constater que l’intérêt qu’ils manifestent dévie toujours sur le travail d’écriture à proprement parler, permettant ainsi à l’auteur de répondre à leurs nombreuses questions sur sa conception du livre comme objet culturel et patrimonial.

Voici à ce propos les réflexions qu’a développées Raymond Joyeux à l’intention des élèves de 3ème. Réflexions regroupées ici en un bloc unique pour la nécessité de la présente chronique. Laissons donc la parole à l’auteur sur le rôle et l’importance, selon lui, du livre et de la littérature en général pour le grand public et à l’école en particulier.
Anne de Floris, agrégée d’Histoire, enseignante à la Sorbonne.

La parole à l’auteur :

Le livre, objet cultuel doublement patrimonial

Élèves de 3ème du collège de Terre-de-Haut, novembre 2017

1  – L’œuvre littéraire comme objet culturel

Saint-John Perse, poète guadeloupéen, Prix Nobel de littérature 1960 

En tant que tel, en dehors de son contenu et quel que soit celui-ci, le livre est, par nature, objet du patrimoine. C’est-à-dire que, sitôt publié, il n’appartient plus totalement à son auteur mais à la communauté dont celui-ci est originaire. Au même titre qu’une œuvre picturale, musicale, artisanale ou autre. Ces œuvres qui prennent racines au sein d’une communauté donnée enrichissent, par leur caractère culturel, le patrimoine immatériel de cette communauté, en ce sens qu’elles appartiennent à ses membres qui peuvent dès lors se l’approprier. Il arrive que lorsque leur importance est universellement reconnue, ces œuvres dépassent le cadre de la collectivité originelle restreinte pour faire partie du patrimoine de la communauté humaine en son ensemble : grandes œuvres artistiques de toute nature. (Littérature, musique, peinture, architecture etc.). Ainsi, on peut considérer que le poète guadeloupéen Saint-John Perse, bien qu’originaire d’une petite île, entre dans la catégorie des grands créateurs universels et a enrichi par son génie outre le patrimoine de la Guadeloupe, celui de toute la communauté humaine. De même que la musique de Mozart ou de Beethoven, les grandes œuvres picturales de la Renaissance italienne, la statuaire antique grecque et latine, les peintures rupestres des grottes de Lascaux… pour ne citer que ces exemples-là.

2 – Le livre en tant que support de la mémoire collective

Pour revenir à un aspect plus modeste – mais non moins essentiel – de la notion de patrimoine, celui d’une communauté restreinte comme la Guadeloupe dite continentale et ses îles, tous les écrivains guadeloupéens (pour ne parler que de littérature) l’ont enrichi par leurs talents et leurs écrits, que ceux-ci relèvent du domaine du roman, du théâtre, du conte, de l’histoire ou de la poésie… Si en plus, ces ouvrages sont des œuvres autobiographiques, évoquant des faits et gestes de notre passé en les mettant en valeur dans des situations de vie réelle, leurs auteurs auront contribué à les sortir de l’oubli, leur permettant de s’inscrire dans la mémoire collective. Sans eux, ces modes de vie d’autrefois auraient été, sans doute, définitivement perdus. Maryse Condé avec Le cœur à rire et à pleurer, Ernest Pépin avec Coulée d’or, Max Rippon et Le dernier matin, Daniel Maximin avec Tu, c’est l’enfance, entre autres auteurs connus, font partie de ces écrivains populaires dont les œuvres entrent sans conteste dans le patrimoine culturel de notre région.

Dans cette optique, mais beaucoup plus modestement que les auteurs et œuvres cités, certains de mes propres écrits, qu’on le veuille ou non, toutes proportions gardées et surtout toute vraie ou fausse prétention mise à part, entrent dans cette catégorie. Fragments d’une enfance saintoise d’abord, Les manguiers du Galion ensuite, ces deux récits autobiographiques, en s’inscrivant dans le contexte géographique et historique des années 50-60, contribuent à immortaliser, en quelque sorte, de nombreux aspects passés de la culture saintoise et guadeloupéenne. Ils entrent par conséquent, dans le patrimoine commun régional, pour peu que ce qualificatif se débarrasse de toute connotation péjorative. Les étudier en classe est le moyen le plus sûr de faire connaître aux membres de la jeune génération ce que fut notre passé et les leçons qu’on peut en tirer pour aujourd’hui. Passé vécu qui plus est par un auteur encore à leur portée par l’entremise de professeurs engagés, soutenus dans leur action de perpétuation de la mémoire par une programmation officielle appropriée.

Vue du collège de Terre-de-Bas côté jardin

3 – Pour conclure : que penser des journées dites du patrimoine ?

Les journées du patrimoine organisées annuellement sur le plan national, donc également chez nous en Guadeloupe et aux Saintes, permettent le plus souvent au public de ne visiter et découvrir que les grands monuments de la collectivité où ils sont implantés. Malheureusement d’autres aspects du patrimoine ne sont pas, à notre sens, suffisamment mis en valeur et présentés, comme si les arts (littérature, musique, peinture, sculpture…), et encore plus l’artisanat en étaient les parents pauvres et parfois pas parents du tout. Il est certes plus difficile de permettre l’appropriation d’une œuvre littéraire ou musicale en une journée que de visiter une cathédrale ou une fortification. D’où l’importance de l’école comme lieu, moyen et vecteur de cette appropriation. C’est là un des rôles primordiaux de l’Éducation nationale que mettent en œuvre les enseignants, soucieux de perpétuer ainsi, en l’élargissant, cette richesse patrimoniale que sont les livres en particulier et tous les autres arts en général.

Remerciements

Aussi, il ne me reste plus qu’à remercier Anne de Floris pour sa présentation trop aimable à mon égard, mes collègues du collège Archipel des Saintes, Madame Hélène Rossignol et Monsieur Marbœuf ainsi que leur directrice, Mme Luce Cassin, qui ont accepté d’accueillir avec gentillesse et sympathie mes ouvrages dans leur établissement. Comme le font certains professeurs de français d’autres collèges et lycées de la Guadeloupe continentale. En faisant lire et étudier ces ouvrages aux élèves, – les miens comme ceux d’autres auteurs – ces établissements contribuent à promouvoir le patrimoine littéraire de notre région tout en donnant aux jeunes générations le goût et le plaisir indicible de la lecture et de la culture. Raymond Joyeux

Classe de 6ème de Massabielle – PAP,  étudiant Fragments d’une enfance saintoise

PS : Tous les ouvrages de l’auteur (récits et poésie) sont imprimés par Speedyprint à Jarry, entreprise saintoise gérée par Sylvie Bonbon pour le compte de l’Association Les Ateliers de la Lucarne.
Les photos sont de Raymond Joyeux, sauf celles des écoliers du haut, de Saint-John Perse et des livres de M. Condé et D. Maximin.
Celles des classes sont publiées avec l’assentiment enthousiaste des intéressés.
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