Terre-de-Haut : d’un 15 août à l’autre

Une victoire contre les Anglais

Selon diverses sources, la paroisse de Terre-de-Haut des Saintes en Guadeloupe a été dédiée à la Vierge Marie en l’honneur de la victoire française du 15 août 1666, jour de l’Assomption, contre les troupes anglaises. Et que c’est le Sieur Claude François Du Lyon qui instaura le culte et la fête dans l’île en commémoration de cette victoire. Notre-Dame de l’Assomption devint dès lors la sainte patronne de Terre-de-Haut.

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Bataille navale dans les eaux saintoises

Voici, historiquement, comment sur Internet, Wikipédia relate les événements : «  Le 4 août 1666, alors que les Anglais attaquent l’archipel, leur flotte est mise en déroute par le passage d’un cyclone et les quelques Britanniques qui assiègent ce « Gibraltar des Indes occidentales » sont rapidement expulsés par les hommes des sieurs Du Lion et Desmeuriers, avec l’aide des Caraïbes. Les Anglais se rendent le 15 août 1666, jour de l’Assomption de la Vierge Marie, et un Te Deum est entonné à la demande de Du Lion qui institue la commémoration annuelle de cette victoire. »

Une fête paroissiale devenue civile et communale

À l’origine, fête exclusivement religieuse, teintée vraisemblablement d’un zeste de parade militaire, (le sabre et le goupillon, on le sait, étaient jusqu’en 1905 étroitement liés à l’époque), le 15 août devint sans doute très vite manifestation civile et républicaine. Si les informations nous manquent sur la façon dont était célébrée autrefois publiquement cette commémoration, on peut imaginer que les différentes municipalités qui se sont succédé à la tête de la commune, sans écarter son caractère religieux, l’ont progressivement transformée en fête populaire, l’étoffant au fil des ans de manifestations ludiques et festives pour la plus grande satisfaction de la population.

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Militaires en exercice aux Saintes en 1898 – Photo aimablement communiquée par Igor Schlumberger

Sans remonter à la nuit des temps, les plus anciens doivent se souvenir du simple feuillet  volant distribué aux habitants, et qui tenait lieu de programme officiel. Informant le public des lieux, dates et heures des festivités, et invitant la population non seulement à y assister mais également à y participer : discours solennels, réception et vin d’honneur en mairie, défilés militaires, fanfare, feux d’artifice, bal public… Avec aussi et surtout de nombreuses manifestations sportives, gastronomiques et culturelles dotées, les années fastes, de prix conséquents, afin de les rendre le plus possible incitatives et attractives.

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Réception  et vin d’honneur à l’occasion de la fête patronale – Bulletin du 15 août 1980

1972 : le premier bulletin municipal du 15 août

Il a fallu attendre l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle équipe municipale avec le Docteur René Germain en mars 1971, pour voir apparaître le premier vrai bulletin communal de la fête patronale de Terre-de-Haut. Outre le programme détaillé des manifestations, s’étalant sur 5 jours, la brochure présentait pour la première fois l’historique de la commune, ses sites naturels, ses fortifications, ses monuments caractéristiques et, bien entendu, l’annonce de la traditionnelle Messe des Marins du 16 août avec procession à la Chapelle du même nom, bénédiction de la mer en canot et lancer de gerbe précédé du Libera me chanté en grégorien par M. le curé, vêtu d’un surplis blanc et d’une  étole noire.

Bénédiction de la mer et lancer de gerbe le 16 août à Terre-de-Haut- Années 50

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Bulletin et programme du 15 août 1972 – Archives Raymond Joyeux

Fête patronale programme 2

L’impression aussi bien des textes que des photos en noir et blanc laissait fortement à désirer. Mais le ton était donné et les années suivantes, les mêmes textes de présentation étaient repris jusqu’à récemment avec quelques modifications et ajouts dans des brochures couleur de plus en plus luxueuses dont sont reproduites ci-dessous les couvertures des exemplaires des années 1979 et 80 :

Couvertures Bulletins

De fil en aiguille, en l’absence d’un bulletin communal régulier, le programme du 15 août finit par se transformer en tribune politique où étaient présentés projets et réalisations de la municipalité avec un « Mot du Maire » particulièrement virulent à l’égard de l’opposition sans possibilité pour cette dernière de répondre par les mêmes moyens. D’autant plus qu’elle n’était pas représentée au Conseil municipal, par l’effet d’une loi électorale excluant les petites communes de la proportionnelle…

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Conseil municipal de 1983 – Archives Raymond Joyeux

Une fête patronale emblématique, très prisée des visiteurs

De la petite manifestation communale, quasi familiale à l’origine, le 15 août de Terre-de-Haut n’a pas tardé à devenir l’événement festif le plus couru des Guadeloupéens et autres visiteurs en mal de dépaysement et de divertissements faciles en plein cœur des  vacances scolaires. À partir des années 79-80, Terre-de-Haut sera littéralement envahie à cette occasion, entrainant des problèmes de plus en plus aigus d’organisation et de sécurité publique. Néanmoins, estimant que cet événement était une aubaine en matière de publicité et de fierté pour la commune, les municipalités successives, jusqu’à ces dernières années, n’ont pas hésité à investir des sommes de plus en plus importantes pour maintenir un haut niveau de manifestations, d’animations, d’invitations et de réceptions en tous genres. Auxquelles venaient s’ajouter, à la charge du contribuable, les frais de transport, d’hébergement et de restauration des invités de marque et de leur inévitable suite. Tant et si bien qu’à la longue la rubrique fêtes et cérémonies était devenue l’un des plus importants postes budgétaires de la trésorerie communale.

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Réception de M. Chirac et autres personnalités en 1979

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Visite de Mme Giscard d’Estaing – Bulletin du 15 août 1979-Archives R.Joyeux

Et aujourd’hui ?

Depuis deux ou trois ans, déficit record et restrictions budgétaires obligent, s’il reste encore très attractif pour nos compatriotes et nos amis de l’autre côté du Canal des Saintes, le 15 août à Terre-de-Haut a singulièrement perdu de son faste et de ses excès : un public aussi nombreux, certes, mais beaucoup moins d’animations tapageuses, moins d’invitations onéreuses de stars du show-biz, moins de réceptions et banquets gargantuesques, en un mot… moins de champagne municipal à profusion en mairie et ailleurs … et ce n’est pas peu dire, (suivez mon regard !)

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Publicité bulletin-programme 15 août 1980 – Archives Raymond Joyeux

Alors, que nous réserve le 15 août de cette année 2018 ?

La question restera posée jusqu’à la publication par la mairie du traditionnel programme des manifestations et cérémonies, puisqu’à l’heure où nous publions cette chronique, ce programme, à notre connaissance, n’est pas encore sorti. Mais gageons que le nouveau maire, en bon gestionnaire, et fort des recommandations de la Chambre Régionale des Comptes, saura modérer les ardeurs dépensières de certains de ses conseillers, habitués aux folles largesses de jadis. Et, sans pour autant réduire notre 15 août à une misérable peau de chagrin, fera de cette fête patronale un événement digne de notre réputation de joyeux drilles, attachés à leurs traditions festives de divertissement, d’accueil et de solidarité.

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Photo publiée dans le bulletin-programme du 15 août 1979 – Archives R. Joyeux

En tout état de cause, je souhaite à toutes et à tous, compatriotes et visiteurs, un joyeux 15 Août 2018, en attendant la prochaine chronique …

Raymond Joyeux – Le 1er août 2018

PS : Le programme du 15 août 2018 a été publié par la mairie de Terre-de-Haut le lundi 5 août à l’adresse ci-dessous, je vous invite à le consulter :

Programme 15 août

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Raz de marée à Terre-de-Haut

En cette période d’hivernage où nous subissons dans nos îles les caprices de la météo, (pluies, vents, raz de marée, dépressions, cyclones, ouragans), accompagnés parfois de terribles catastrophes, je vous propose ce poème de la poétesse guadeloupéenne Josée LATIVE. Institutrice et ancienne directrice d’école à Saint-Claude en Guadeloupe, elle a obtenu pour ce poème la Médaille d’argent au 8ème Grand Concours de l’Académie de Lutèce, à Paris en novembre 1976. (Sujet imposé : la mer.)

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Josée LATIVE interprétant un de ses poèmes – Année 1976

De ma fenêtre, je vois et j’admire
Les vagues qui viennent et se retirent,
Puis reviennent, dans un ultime bond,
Mourir lentement, sur le sable blond.

Brusquement, les lames se précipitent.
Elles avancent, reculent, hésitent,
Puis envahissent la petite baie,
Reculent encor, dressent une haie.

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Vague : Tableau d’Alain Joyeux

Les vagues se succèdent et déferlent ;
Elles se brisent et pleuvent en perles.
Les flots, soudain déchaînés, escaladent
Les dunes et retombent en cascades,

Puis charrient tout et tout sur leur passage.
Ensuite, ils ramènent sur la plage
Tout ce qu’ils ont pu arracher, racler
Au sein de l’océan bouleversé.

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Mer déchaînée et sargasses à Grand’Anse. Photo Alain Joyeux – Juin 2018

Maintenant c’est un vacarme infernal
Une danse endiablée ou un vrai bal
Aux tristes échos sonores, bruyants,
Une sarabande au rythme assourdissant.

Une vague affolée dans un éclat,
Se heurte à ma maison avec fracas.
le bourg s’affaire ; les embarcations
sont tirées avec mille précautions

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Raz de marée à Fond Curé, Terre-de-Haut – Photo Raymond Joyeux – Juin 2018

En pleine rue. Mais chacun s’inquiète
Et de sécurité il est en quête ;
Déjà notre sœur, la Martinique
Est dévastée. Prise de vraie panique,

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Les embarcations sont tirées en pleine rue –  Photo Raymond Joyeux – 1974

Je quitte ma fenêtre. « Oh ! là! là!
Qu’adviendra-t-il donc de nous si Beulah *
Nous visite ? » Ainsi va ma pensée
Je suis très absorbée par cette idée.

Mais peu à peu, la mer en furie se calme
Les cocotiers joyeux bercent leurs palmes.
Vers le soir, les eaux redevenues sages,
Se retirent en laissant sur la plage

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Le beau temps revenu, « les cocotiers joyeux bercent leurs palmes « – Ph R. Joyeux 2018

Un amas de débris hétéroclites
Et de ce raz de marée on a vite
Oublié les dégâts. La vie reprend
Son cours normal, sans grands incidents,

Dans la belle île de Terre-de-Haut
Dont on pourrait dire « Toujours plus haut ! »

Josée LATIVE

* Beulah : violent cyclone qui détruisit la Martinique en 1967

Ce texte est extrait d’une brochure syndicale de l’Enseignement public
de Guadeloupe, datée de l’année scolaire 1976 -77

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 Je vous souhaite à tous des vacances reposantes et méditatives à l’exemple de cet impassible pélican – Photo de Raymond Joyeux prise à Terre-de-Haut en Juin 2018

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Une nouvelle publication aux Ateliers de la Lucarne

Nautiques

Paysages

J’ai le plaisir de vous informer de la parution de mon nouveau recueil de poèmes intitulé Nautiques (Paysages). Il comprend en tirage limité une trentaine de textes inspirés de lieux-dits de Terre-de-Haut qui figurent sur une carte au début de l’ouvrage et reproduite ci-dessous.

Document5Avant propos

Hommage aux lieux-dits adulés de mon île natale, comme autant de jalons toponymiques d’une enfance heureuse, ces textes ne sont pas de simples illustrations des paysages évoqués dans ce recueil. Ils ne procèdent donc pas, à la manière objective de la photographie, de l’unique perception visuelle ou géographique, bien qu’ils s’y réfèrent de façon immédiate. Ma démarche a consisté à m’inspirer librement de données géologiques, historiques, sociologiques au sens large de ces termes, et bien entendu psychiques au sens où le sentiment exprime ici ce qui reste du vécu intime de tout individu. Vécu qui façonne à son insu son imaginaire et sa sensibilité. Le présent se mêle ici au passé pour traduire une révolte pas toujours implicite face aux saccages volontaires imposés à la terre impuissante mais qui prendra à coup sûr sa revanche à plus ou moins long terme. Le cadre de l’enfance, omniprésent, a le plus souvent conditionné le choix du vocabulaire et des procédés métaphoriques, indissociables des images conscientes ou inconscientes, mais toujours spontanées, générées par la mémoire. C’est en ce sens qu’il conviendra d’appréhender les éventuelles hésitations d’interprétation qui pourraient surgir ici ou là de l’emploi de termes que le langage ordinaire a relégués aux oubliettes, se délestant ainsi imprudemment d’un bagage précieux qui faisait avec d’autres sa richesse et sa précision.

L’élément déclencheur

Pour ceux qui s’intéressent à la poésie, qui en sont passionnés et qui vont jusqu’à tenter, et parfois publier, l’exégèse d’une œuvre, sans doute, pour éviter de fausses interpré-tations, souhaiteraient-ils connaître de l’auteur lui-même, le point de vue sur la question. C’est ce que je vais tenter de faire ici.

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TDH pour Nautiques - copie (2)Comme la plupart des rêves, une œuvre littéraire (poétique ou romanesque) naît très souvent d’un élément déclen-cheur. C’est le cas pour ce présent recueil. C’est en observant un tableau chez une amie que j’ai eu l’idée d’écrire les poèmes de ce recueil. Ce tableau, de petites dimensions, mais très coloré, aux larges traits hachés, représentait un paysage. Un paysage typique, connu de moi depuis toujours, prétendait mon amie, mais que je n’arrivais ni à reconnaître ni à situer. Pour la simple raison que les contours et l’aspect général en étaient tellement stylisés, tellement simplifiés, que sans l’aide de mon hôte, j’aurais été incapable de le reconnaître. Et pourtant, c’était bien le Pain de Sucre de Terre-de-Haut, mon île natale, qui était représenté sur ce tableau. Mais pour en être sûr et le retrouver sans équivoque, il m’avait fallu faire une reconstitution mentale. À partir du souvenir très précis que j’en avais et les lignes déstructurées du tableau présent sous mes yeux, j’ai établi une correspondance et l’évidence m’est subitement apparue. Alors que j’avais en face de moi une reproduction non pas de la réalité objective, telle que tout un chacun peut l’appréhender directement et comme l’aurait fixée une photographie, mais une déconstruction totale du sujet, j’avais remis, par le biais de la mémoire, les lignes et les couleurs à leur place et l’avais reconstruit. Cette déconstruction-reconstruction est la définition même de la poésie. Et à ce titre, il convient de rendre hommage au peintre Didier Spindler-  (http://didierspindler.com) – d’avoir su, magistralement dans le cas présent, mettre en œuvre ce principe.

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Le Pain de Sucre – Dessin d’Alain Joyeux

À partir de là, m’est venue l’idée de tenter d’élaborer une poésie à l’image de ce tableau. Des textes courts le plus souvent, avec un sujet précis en titre et un sous-titre résumant la représentation mentale globale que j’avais de chacun de ces sujets au moment de leur composition. Le développement fournissant au lecteur des éléments pour lui permettre de reconnaître – ou de découvrir – le paysage en question, tels que l’imagination, le vocabulaire et le ressenti de l’auteur l’interprètent et le traduisent. L’effet recherché étant avant tout la surprise, sans le titre qui le met d’emblée sur la voie de la reconnaissance, l’égarement du lecteur peut être total ou presque. S’ensuit pour lui une nécessaire reconstruction du sujet-paysage s’il accepte de faire abstraction dans un premier temps de sa propre représentation, afin de la reconstruire au fur et à mesure de sa lecture, et de la retrouver au final en confrontant le texte à la mémoire qu’il a de la réalité objective du sujet.

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La démarche est loin d’être évidente d’autant plus qu’un vocabulaire inhabi-tuel peut à tout moment le dérouter ou le mettre dans l’embarras quant à la signification des termes utilisés et leur rapport avec le sujet du poème. Mais sitôt cette barrière franchie, on peut supposer que le lecteur, comme pour une œuvre picturale, procède à une reconstruction de la même nature que celle mise en œuvre pour la reconnaissance d’un tableau abstrait comparé à ce que le peintre a représenté ou voulu représenter.

Dans l’avant-propos du recueil, j’ai justifié l’emploi de la sémantique, des images et des métaphores, regrettant que des termes qui peuvent paraître précieux aujourd’hui aient déserté la langue au profit d’un vocabulaire plus banal, moins précis, alors qu’ils traduisent parfaitement, et plus poétiquement à mes yeux, la réalité qu’ils évoquent. C’est en fin de compte au lecteur de faire l’effort de s’informer, via le dictionnaire, de leur exacte signification, sans cependant se démarquer trop souvent de la linéarité du poème.

À côté de l’importance donnée à la séman-tique et aux images, la plupart de ces textes mettent en lumière l’aspect mémoriel, historique et sociologique des paysages décrits. Évoquer par exemple Petite Anse et oublier ce qu’a été autrefois ce site, aussi bien du point de vue écologique qu’humain, serait négliger l’essentiel de ce que représentait autrefois pour les Saintois ce lieu mythique d’explorations halieutiques et de bains enjoués d’enfants dans le bassin des sœurs. Enfoui aujourd’hui sous le béton inerte et impersonnel d’une place, l’estran de la Petite Anse ne parle plus qu’aux anciens et la réalité de ce qu’il a été pour nombre de générations disparaîtra fatalement avec le temps. D’où la nécessité d’un rappel ne fût-ce que par le biais d’un texte poétique, aussi maladroit qu’il puisse paraître. Et ainsi des poèmes comme Morel – Pavillon – Grand-Îlet – La Coche – Bois Joli… etc, qui ne se contentent pas d’en évoquer simplement la géographie mais aussi, par allusion, l’impact historique que ces hauts lieux de l’enfance ont imprimé dans la mémoire collective, impact inconnu le plus souvent des jeunes générations.

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Poésie de l’insularité, les textes de Nautiques se veulent comme une modeste contribu-tion à la re-connaissance et à l’éloge de notre exceptionnel environnement. S’ils réveillent chez le lecteur le sentiment légitime d’appartenance à cet environnement et suscitent chez lui un infime tourbillon d’émotion et de curiosité, ils auront rempli leur rôle. Un tourbillon  d’émotions, à l’image même de l’île qui, selon la poétesse bretonne Denise Le Dantec (1), « s’apparente à la génération circulaire. La spire qu’elle manifeste résulte de la contrainte des éléments et de leur violence : tout tourne sous l’effet de la rotation de la houle, mêlant à la transparence marine une clarté atténuée, presque violente, qui la charge d’ombre. D’autres éléments se rencontrent, dans leurs mouvements contraires, qui élargissent le regard. »

1 – Denise Le Dantec – L’estran – Autour d’Île Grande – Éditions Flammarion mars 2002

Spire – Alain Joyeux – 2018

Nautiques a été imprimé chez Speedyprint en mai 2018 – Immeuble Orlando – Jarry  –
97122 –  Baie-Mahault (Guadeloupe)
Illustrations et logo : Alain Joyeux

Pour toute information sur le recueil, contacter l’auteur : raymondjoyeux@yahoo.fr

Raymond Joyeux – 21 Juin 2018

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L’iguane des Saintes a-t-il été protégé à tort ?

Entre naturalisation et plat cuisiné

Il est bien loin le temps où, pour se faire de l’argent de poche, les écoliers de Terre-de-Haut descendaient des mornes le mercredi après-midi, avec à l’épaule quatre ou cinq spécimens d’iguanes bien nourris, suspendus par les pattes à une gaule de merisier et destinés, les malheureux, au bistouri des taxidermistes de l’île. Exerçaient alors aux Saintes une demi-douzaine de ces naturalistes amateurs qui, après les avoir adroitement vidés de leurs entrailles et traités au formol, empaillaient consciencieusement ces inoffensifs reptiles, pour le bonheur malsain de quelques touristes en mal d’exotisme… et de nids à poussière. S’il faut en croire la rumeur, la chair de ces placides sauriens était également très prisée de certains qui la servaient en fricassée, sans le dire à leurs hôtes de passage, étonnés seulement, en dégustant leur mets, qu’il existât aux Saintes un élevage au grand air de poulets fermiers à la texture aussi délicate que savoureuse !

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Iguane commun des Saintes – Photo Raymond Joyeux

Un arrêté ministériel de protection contesté

Depuis bientôt 30 ans, la chasse aux iguanes et leur exploitation commerciale et culinaire, aussi bien en Guadeloupe qu’en Martinique, sont légalement prohibées. Un arrêté ministériel en date 17 février 1989 a institué en effet leur protection au prétexte que l’espèce, en sa globalité, était en voie d’extinction. Protection, OK, et surtout respect de la vie animale, tout à fait d’accord. Mais le hic, car il y en a un, c’est qu’il existe aux Antilles françaises au moins deux espèces d’iguanes dont une seule serait menacée de disparition. Il s’agit de celle dite Iguana delicatissima, endémique de Petite Terre et de la Désirade, et dont il convient d’assurer la survie afin de préserver à juste titre la biodiversité animale, si malmenée par ailleurs. En revanche, l’autre espèce, celle appelée iguane vert, iguane commun ou iguana iguana, n’a jamais été menacée d’extinction. C’est elle, à l’exclusion de toute autre famille d’iguanidés, (les anolis exceptés), qui vit et s’est multipliée aux Saintes et qui, selon diverses sources officielles, aurait été protégée à tort. (Voir document joint en annexe ).

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Iguana delicatissima de Petite Terre – Photo Raymond Joyeux – 2014

Deux personnes âgées interpellées

Or, si nous insistons sur le fait et avons pris l’initiative de cette chronique c’est parce qu’un couple d’un certain âge, et de surcroît, l’un et l’autre, sous traitement médical, a été récemment interpellé à Terre-de-Haut par la gendarmerie nationale et conduit au poste où il serait resté plus de deux heures. Tout simplement parce que le compagnon de la femme âgée, (laquelle, soit dit en passant, a la phobie de cet animal), aurait éloigné un peu rudement un iguane de bonne taille qui s’apprêtait, semble t-il, à s’introduire dans leur cuisine. Qu’un touriste bien intentionné qui passait par là ait assisté à la scène et ait cru bon d’en informer les autorités, passe encore, puisque la protection dudit animal est de notoriété publique. Que de leur côté les gendarmes se soient déplacés dare-dare, c’est, là aussi, dans l’ordre naturel et légal de leurs attributions. Mais que ces derniers, au vu des « contrevenants », de leur grand âge et de leur fragile état de santé, aient jugé nécessaire de les conduire à la gendarmerie pour interrogatoire, voilà qui mérite réflexion… Même si, à notre connaissance – et c’est heureux – aucun procès verbal assorti d’amende n’a été dressé.

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Un familier des habitations – Ph. Raymond Joyeux

Une espèce invasive dévastatrice pour les jardins

Nous pensons en effet qu’un simple avertissement sur place et un rappel aux dispositions de l’arrêté de protection auraient été nettement suffisants. Bien plus, sachant que cette espèce non seulement n’est pas du tout en voie d’extinction, mais est devenue au fil des ans particulièrement invasive, on aurait pu attendre des autorités policières davantage de souplesse et de compréhension. Dévastant jardins et clos, au grand dam des habitants de Terre-de-Haut qui ont en permanence à se plaindre de leur présence indésirable aux abords de leurs maisons et plantations, la population des iguanes des Saintes mérite à coup sûr d’être régulée. C’est d’ailleurs ce qui se fait déjà en Martinique où « l’arrêté préfectoral du 28 février 2005 ne protège pas l’espèce et autorise la neutralisation de l’iguane commun et de toutes les formes hybrides par les agents assermentés de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. »

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Une prolifération anarchique inquiétante – Photo Raymond Joyeux

Une intervention nécessaire des instances municipales

Notre intention n’est évidemment pas d’appeler à une tuerie massive et généralisée de l’iguane des Saintes ni à un retour à l’époque barbare de la naturalisation animale. Bien au contraire. Ce magnifique et majestueux reptile dont l’espèce remonte à la nuit des temps et qui peuple notre archipel, non seulement mérite notre respect et notre fascination, mais est une chance pour la diversité de notre faune sauvage. Comme tout être vivant, il a des droits qu’il nous faut reconnaître et accepter. Aussi, en l’absence de prédateurs naturels, pour régler le problème de sa surpopulation, seule une intervention circonstanciée des autorités municipales pourrait faire en sorte que la présence sur notre sol de l’iguane commun devienne moins nuisible et envahissante. En sollicitant par exemple des instances ministérielles ou préfectorales un encadrement strict pour une régulation progressive de son expansion, comme cela se pratique déjà en Martinique. Cette régulation contribuerait à rendre sa coexistence avec l’homme moins dommageable, limiterait les occasions individuelles d’élimination ou de maltraitance, tout en assurant un maintien raisonnable et équilibré de l’espèce. Atténuant du même coup les légitimes ardeurs répressives de nos sympathiques agents de la maréchaussée locale !

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Arboricole, herbivore et  friand de jeunes pousses d’hibiscus- Ph. R. Joyeux

 

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Hardi mais pas très fier, sur un canot à quelques mètres du rivage. Ph. R. Joyeux

Un projet d’arrêté ministériel portant sur le retrait de la protection de l’iguane commun 

Pour permettre à ceux qui le souhaitent d’accéder à plus d’informations et de prendre connaissance des arguments officiels en faveur du retrait de l’iguane commun de l’arrêté ministériel de protection, je les convie à se rendre sur le lien des consultations publiques ci-dessous. Apparemment, à ma connaissance, au jour d’aujourd’hui, 7 juin 2018, rien n’est encore fait en ce sens, et de toutes façons, en cas d’adoption, seuls des agents assermentés seraient en droit d’agir. Les particuliers, comme c’est le cas aujourd’hui, n’auraient que celui d’éloigner en douceur les indésirables, sans les capturer ni leur faire aucun mal. C’est le prix à payer pour nous permettre d’admirer encore longtemps ce reptile millénaire hors du temps qui colonise depuis toujours nos mornes et fourrés. Mais qui, devenu trop familier à cause d’une prolifération galopante non maîtrisée, nous crée quelques inconvénients dont beaucoup, amateurs sourcilleux de haies fleuries et de potagers créoles, répugnent avec raison à s’accommoder.

http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-ministeriel-portant-retrait-de-l-a162.html

Dossier établi par Raymond Joyeux  à Terre-de-Haut, le 7 juin 2018

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Tony Bourguit, un jeune Saintois au talent littéraire affirmé

Passionné très tôt de littérature et d’écriture

29541610_989974257833457_7986671241960266317_n (1)Fils de Chantal CASSIN originaire de Terre-de-Haut et d’Éric BOURGUIT, d’ascendance martiniquaise, Tony, aîné d’une fratrie de trois  enfants, est né le 4 mai 1983 à Évreux en Normandie où ses parents se sont rencontrés. Venu aux Saintes avec sa famille à l’âge de 16 mois, il suivra sa scolarité primaire à Terre-de-Haut et fréquentera le collège des Saintes jusqu’à la classe de 3ème, avant d’aller poursuivre ses études secondaires au lycée Gerville-Réache de Basse-Terre. Inscrit en section L de cet établissement il obtient le baccalauréat et part pour la Martinique afin de préparer une licence d’espagnol. Passionné très tôt par la littérature et l’écriture, mais peu enclin à collectionner les titres universitaires, il décide d’interrompre ses études au bout de deux ans et, le DEUG de lettres en poche, s’envole pour Paris où il ne fait que passer avant d’aller s’installer à Nantes. C’est dans cette cité médiévale de la Loire Atlantique, devenue sa ville d’adoption, « ma seconde femme, précise-t-il, après Terre-de-Haut », qu’il vit et travaille actuellement tout en s’adonnant à sa passion : l’écriture et la tenue d’un blog qui sert de support à ses productions.

Un parcours professionnel sinueux

De la gestion d’une discothèque à la responsabilité d’un réseau national d’avocats, on ne peut pas dire que la vie professionnelle de Tony Bourguit s’effectue en ligne droite. Selon lui, en effet, (je rapporte ici ses propres mots, mail du 17 mai ) : « L’accomplissement social n’est absolument pas une source de fierté ou un but. Il n’est que le résultat de l’extrême qualité de l’éducation qui m’a été dispensée par mes parents, des personnes formidables. Je ne suis que leur hommage. » Aussi, de son propre aveu, son parcours professionnel serait plutôt sinueux. Mais qui témoigne de la capacité à s’adapter aux opportunités et à réussir dans des secteurs sans rapports apparents entre eux sinon ceux de la motivation et de la conscience aiguë de toujours être à la hauteur de la tâche. Autant d’expériences qui mènent à la connaissance des hommes et des rapports sociaux, matériaux indispensables pour celui dont la passion primordiale est l’écriture.

Une production littéraire tous azimuts

À l’image de sa jeune vie professionnelle, qui fait de lui un touche à tout au sens noble du terme, c’est-à-dire d’exception, Tony explore avec le même bonheur différents genres littéraires, passant de la poésie à la nouvelle, de l’aphorisme au récit. Résumant sa vie en trois formules choc,  il se revendique, sans le dire, de l’hédonisme grec, associant dans sa vision de l’existence la philosophie d’Épicure à celle de Jean-Jacques Rousseau :

  • L’on n’est personne si l’on n’est pas quelqu’un pour quelqu’un d’autre.
  • L’espoir, c’est le bonheur qui procrastine. 
  • Quand un amour cesse de commencer, il commence à cesser.


    Émule de Bukowski et de Bret Easton Ellis

En littérature, l’un de ses modèles cultes – pour la modernité et l’exubérance du style et non, heureusement, pour les mémorables excentricités d’alcoolique avéré, assumé et revendiqué – n’est autre que Charles Bukowski, ce génial écrivain américain d’origine allemande qui fit scandale en 1978 sur le plateau d’Apostrophes, célèbre émission littéraire télévisée, animée à l’époque par Bernard Pivot.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Bukowski

Un blog original et un site gratuit, supports de ses nombreux écrits

Pour vous permettre d’apprécier aussi bien la poésie de Tony que ses autres productions littéraires, je vous invite à vous rendre sur son Blog personnel en cliquant sur le lien ci-joint :
https://sapiophilechrerophobe.wordpress.com 

Vous serez surpris par l’éclectisme des thèmes traités et la « flamboyance » d’un style alerte et vigoureux, hors du commun, truffé de trouvailles et de fulgurances littéraires. Signes d’un imaginaire explosif, débordant d’audace et de liberté. Mais aussi, excluant toute mièvrerie, de cette maîtrise élégante et naturelle de la langue qui fait les véritables écrivains. Étiquette qu’il refuse néanmoins de s’accoler car, lorsqu’on lui suggère de se faire éditer, il répond :  » je suis trop tributaire de mes émotions pour construire quelque chose d’aussi précis qu’une « carrière d’écrivain ».

Pour le moment donc, modeste, gêné même de ma proposition de lui consacrer une chronique sur ce blog, Tony se contente de publier ses textes sur un site Internet. Un moyen discret de se faire connaître et de livrer gracieusement ses écrits à un public forcément restreint. Se satisfaisant uniquement des retours de ses lecteurs, « comme ceux que tu peux lire, me précise-t-il, sur la page de mes nouvelles : voilà mon salaire véritable ». Ajoutant par ailleurs que, « dès lors qu’elle n’existe que parce que les autres la « consomment », une œuvre n’appartient plus à l’artiste dès sa création. Une œuvre est un enfant émancipé dès la naissance. » 

Partageant pleinement cette conception détachée du rapport de l’auteur à son œuvre, mais nourrissant l’espoir de solliciter un jour de lui une dédicace à la Bukowski sur un de ses ouvrages-papier (poésie, roman, nouvelle…), dûment imprimé et publié chez un éditeur de renom, je ne peux que vous suggérer de vous rendre sans tarder aux deux adresses ci-dessous où il a mis en ligne deux nouvelles remarquables que je vous laisse le soin et le plaisir de  découvrir :
https://www.monbestseller.com/manuscrit/8803-il-etait-urgent-de-vivre
https://www.monbestseller.com/manuscrit/5297-intensites-volage

***

En attendant, c’est ce très beau texte que j’ai choisi pour vous aujourd’hui qui témoigne de son amour pour son île natale, de ses qualités de styliste et de sa sensibilité poétique évidente :

Terre-de-Haut 

géographie de l’enfance et héritage à préserver

Un texte inédit de Tony Bourguit

J’ai ouvert la cage aux souvenirs : mon île, une terre d’exception

Brel disait que l’enfance était quelque chose de quasiment géographique. Un lieu.
Mon enfance est ici. Terre-de-Haut.
J’ai rouvert la cage pour que mes souvenirs se ravivent. Le temps érode ma présence ici et il faudra bientôt les sceller à nouveau. Mais pour l’heure, tout me revient :

Le soleil, ici, se lève à 6h00 car il est pressé d’éclairer ce joyau qui sertit l’océan. Il se couche à 17h30 car une fois la nuit tombée, des étoiles criblent le ciel et c’est un spectacle tout aussi mirifique.

Ce sont les « bêtes-à-beau-temps » qui viennent informer de la météo du lendemain, ou plutôt confirmer qu’il fera soleil de plomb et pétole sur l’eau.
Alors, bien entendu, j’ai toujours eu conscience de la beauté du lieu, mais pas toujours de son exception : hier j’ai ramené ma grand-mère de 82 ans, assise en amazone derrière mon scooter, et, chemin faisant, nous avons croisé une autre grand-mère conduisant un autre scooter : Je parle de ce genre d’exception.

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« Mon enfance : un lieu, Terre-de-Haut » Photo Raymond Joyeux

Entre modernisme et traditions

Terre-de-Haut a fait du progrès une coquetterie : elle y picore pour éterniser sa jouvence, mais elle puise la source de sa candeur dans son attachement indéfectible à ses traditions.

Les canots des pêcheurs partent toujours à l’aube même s’ils sont de moins en moins nombreux. Evidemment, il y a les scooters, les voitures électriques, la vie chère, etc. Mais l’endroit est rescapé de la frénésie sociétale que je m’en vais retrouver dans quelques jours.

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Pêcheurs saintois : retour de pêche – Tableau d’Alain Joyeux

Un héritage à préserver

A évoluer ainsi sur la terre de mes aïeux, il s’est produit une chose. Si je devais l’expliquer, je parlerais de la conscience d’un héritage. J’ai pris conscience que je devais une part de ma vie à ce lieu, sans savoir quand ni comment m’y consacrer.

Je ne parle pas seulement de l’héritage familial au sens « notarial ». Ici, ceux qui cherchent à se rappeler de moi m’identifient comme étant le fils de mon père ou de ma mère. Et, du respect manifeste qu’ils leur confèrent nait un accueil d’une chaleur touchante.

Florilège :

« Tu es devenu un si bel homme » (preuve que j’étais bien moche avant).

« Je suis très contente de te voir ici. Mais va bronzer, t’es blanc comme la chatte à Blanche-Neige » (je n’invente rien, je traduis juste le créole).

« Il est urgent de se boire un ti-punch pour fêter ton retour. Faut faire vite vu que tu ne restes pas longtemps »

Si ce lieu est un héritage, je me dois de le préserver avant de m’en occuper un jour.

Partir, revenir…

Roulant sur l’île en scooter, je me suis mis à y penser : tant que mon dos sera orphelin de bras pour l’étreindre, alors il ne sera pas encore temps de revenir. Je parle d’étreintes à l’échelle de la vie.
L’on ne va au nid qu’avec sa progéniture et sa moitié. Et en un sens, je suis satisfait de ces longueurs. J’ai toujours considéré que je ne mettrais qu’une seule femme à la table de mes parents. Et j’ai échoué –  (Aparté : À toi qui es la seule à avoir jamais partagé les bras de ma famille, je n’ai que tendresse pour toi. L’amour que je te voue est intact même s’il ne permet plus les mêmes promesses. Sois en certaine : J’ai échoué à la promesse que je m’étais faite, mais tu n’y es pour rien) –  mais il me reste encore la virginité du lieu. J’ai encore la possibilité du choix de la personne que je ramènerais ici. J’ai encore une promesse d’éternité à tenir.

Je m’y emploierais de toutes mes forces.

Il n’y a aucune négation de Nantes dans l’amour de Terre-de-Haut : J’aime l’une comme une mère, et l’autre comme une épouse. Il n’y a aucune hiérarchie. J’ai besoin des deux.

J’écris ceci tandis que le soleil fuit Terre-de-Bas, incendiant le ciel qui déjà s’obscurcit derrière Marie-Galante.
 
Août 2017

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Coucher de soleil sur Terre-de-Bas – Photo Raymond Joyeux

Bravo et merci Tony pour ton parcours, pour ton talent et pour cette splendide évocation.
Puissent de nombreux jeunes Saintois de ta génération – et les autres – suivre tes pas, sinon dans le domaine de l’écriture (et pourquoi pas ?) du moins dans celui de la sensibilité poétique, de l’émotion et de l’amour du pays natal, cet héritage à découvrir,
à préserver et à partager.

PS  et rappel : Le texte sur Terre-de-Haut est de Tony Bourguit ; la présentation de l’auteur, les sous-titres et les illustrations de Raymond Joyeux.
La photo initiale est de Tony qui m’a également fourni les infos le concernant. Informations complétées par sa mère Chantal Cassin-Bourguit que je remercie pour son extrême amabilité et sa précieuse collaboration. 

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Sargasses : face à l’adversité, les Saintois solidaires…

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Plage du Marigot à Terre-de-Haut

Alors qu’en haut lieu des solutions semblent timidement se dessiner pour contrer l’invasion des algues brunes sur les plages de Guadeloupe et ses îles proches, les habitants de Terre-de-Haut n’ont pas attendu pour mettre la main à la pâte afin de palier au plus pressé.

C’est ainsi qu’en cette veille de Pentecôte les riverains du Marigot aidés d’autres bénévoles, jeunes et moins jeunes, se sont investis avec pelles et râteaux, affrontant les désagréments d’un désastre écologique, économique et humain sans précédent.

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Les sites les plus impactés à Terre-de-Haut par cette invasion massive de Sargasses sont les plages de Grand’Anse, de Pompierre et du Marigot. Ces deux dernières proches, d’habitations et de restaurants, voient leurs établissements fermés (espérons-le, provisoirement) et leurs riverains particulièrement incommodés par les exhalaisons malodorantes de vapeurs toxiques, susceptibles d’affecter outre les installations électriques, la santé des personnes et des animaux.

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Vous trouverez ici quelques photos, communiquées par Cathy Foy, du site de Marigot où s’affairent riverains et bénévoles qui tentent avec les moyens du bord, de limiter l’envahissement de la plage par les algues et lui redonner un aspect plus convenable… en attendant, hélas, que d’autres cargaisons de sargasses fassent leur arrivée… et surtout que les pouvoirs publics s’investissent sérieusement pour nous débarrasser définitivement de ces visiteurs encombrants, particulièrement malvenus.

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MERCI et BRAVO à ces volontaires bénévoles qui n’ont pas hésité à se mobiliser face à l’adversité et à Cathy FOY pour ses photos, toujours pertinentes.

Raymond Joyeux

PS : Le journal France Antilles dans son édition du samedi 19 mai a publié un article complet sur le sujet dont je vous communique le lien ci-dessous :

http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/environnement/sargasses-la-riposte-prend-de-la-coherence-485772.php

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Cyprien Jérôme SAMSON : un héros saintois méconnu

SAMSON Cyprien (1)La commémoration de l’armistice de 1945 qui mit fin à la seconde Guerre mondiale est pour nous l’occasion, en ce 8 mai 2018, d’évoquer la mémoire d’un héros saintois méconnu, mort pour la France pour « faits de Résistance ».  Si, jusqu’à ce jour, nous connaissions le nom de Masséna Desbonnes, tombé sous les balles allemandes le 25 avril 1945 à l’âge de 23 ans, 15 jours avant la fin de la guerre, nous ignorions, pour la plupart, qu’un autre de nos compatriotes, Cyprien Jérôme Samson, engagé dans la Résistance en région parisienne, était mort, lui aussi, pour la France à une date imprécise, alors qu’il avait été arrêté par les Brigades Spéciales de la police française en 1942 et remis aux Allemands pour être jugé, condamné à mort et déporté en Allemagne puis en Pologne, où, selon certaines sources, il aurait été fusillé. 

Charpentier de marine au chantier de Coquelet à Terre-de-Haut

Né à Terre-de-Haut le 3 octobre 1897 de Eustache SAMSON et de Marie Stéphanie CASSIN,  Cyprien Jérôme SAMSON, avant de s’embarquer sur un cargo pour la France à l’âge de 25 ans, a travaillé au chantier naval de Coquelet comme apprenti d’abord, puis comme ouvrier qualifié, ainsi que le prouve l’attestation ci-dessous, signée de l’ex-maire de la commune et maître du chantier, M. Charles FOY, dont la signature est officiellement légalisée par l’adjoint au maire M. François CÉLESTINE, sous la mandature d’Emmanuel Laurent. Ce document exceptionnel qui date du 17 mai 1924 ainsi que les photographies et autres documents qui illustrent cette chronique nous  ont été aimablement communiqués par le petit-fils de notre héros, M. Michel Jérôme SAMSON, que nous remercions chaleureusement pour sa contribution.

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Situation familiale et parcours professionnel à Goussainville

Arrivé à Paris en 1922, Cyprien Samson travaille comme menuisier avant d’être embauché par la municipalité de Goussainville dans le Val d’Oise comme garde meules, c’est-à-dire chargé de surveiller les meules de blé, d’avoine et de foin au moment des récoltes. Il vivra alors maritalement avec la mère de ses enfants, Angèle Lecat, qu’il épousera le 9 mai 1942. Le couple aura six enfants : une fille et cinq garçons. Deux de ces enfants sont encore vivants. Dans les années 30, il est employé chez Bloch Aviation (devenu Marcel Dassault en 1946) et serait intervenu sur l’avion de Mermoz, La Croix du Sud, avec lequel le célèbre aviateur disparaîtra le 7 décembre 1936 au-dessus de l’Atlantique.

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Cyprien et sa famille en 1938 avec la fille aînée de son frère Bessarion. Photo communiquée par  son petit-fils Michel Jérôme Samson.

Parcours politique et militaire

À la veille de ses 18 ans, le 28 juillet 1915, Cyprien est ajourné par le Conseil de Révision de la Guadeloupe. Le 13 janvier 1916, il est néanmoins incorporé à la Compagnie de la Martinique, détachement de la Guadeloupe, pour être réformé le même jour par la Commission Spéciale de Réforme du Camp Jacob à Saint-Claude. Décision qui sera confirmée et rendue définitive pour insuffisance physique le 1er mai 1917, par la même Commission de Révision. Déclaré inapte à l’incorporation, sans doute retourne-t-il aux Saintes au chantier de Coquelet car c’est cinq ans plus tard qu’il se rendra en France où commencera pour lui une nouvelle vie. Selon nos informations, en septembre 1939, alors que la France décrète la mobilisation générale et s’apprête à entrer en guerre contre l’Allemagne, Cyprien est inscrit au Parti Communiste Français (PCF), sans savoir que son militantisme allait faire prendre à sa vie un tournant décisif. (Source : émission télé France O, mai 2016 : Le destin tragique d’un Résistant guadeloupéen).

Engagement dans les FFI et arrestation

C’est en effet après l’armistice de 1940 que Cyprien, militant communiste, répond à l’appel du général de Gaulle et entre dans les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI). Acte particulièrement courageux pour un homme de 45 ans, chargé de famille, quand on sait que ce sont généralement de très jeunes gens (hommes et femmes), sans charge de famille, qui s’engagent à l’époque dans la Résistance. À ce titre, il fait partie d’une formation de Francs-Tireurs Partisans de la région parisienne jusqu’à son arrestation à son domicile de Goussainville le 17 octobre 1942.

Cyprien SAMSON - Photo anthropomètrique - 20-10-1942

Photo de Cyprien Samson prise par la Police Parisienne après son arrestation

En même temps que lui, neuf membres de son groupe sont arrêtés, non pas pour avoir été dénoncés par l’entourage, mais à la suite de filatures effectuées par les hommes de la Brigade Spéciale antiterroriste des Renseignements Généraux de la Police Parisienne. Aucune arme n’est saisie chez lui mais des carnets de notes que porte Cyprien ainsi que deux feuillets où figurent des rendez-vous.

Prison et condamnation à mort

Le 16 février 1943, soit après quatre mois d’emprisonnement, d’interrogatoires et peut-être de tortures, Cyprien comparaît avec ses neuf camarades FTP devant le tribunal militaire allemand du Gross Paris siégeant rue Boissy-d’Anglas dans le VIIIème arrondissement. Les dix hommes sont condamnés à mort pour intelligence avec l’ennemi. Mais alors que ses camarades sont fusillés au Mont Valérien le 26 février, Cyprien se voit appliqué les directives du décret KEITEL, Nacht und Nebel, (en français « Nuit et Brouillard ») et est déporté en Allemagne pour y être rejugé par « un Tribunal du peuple ».

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Résistants français fusillés par les Allemands au Mont Valérien.

Tragique périple de la déportation et incertitudes sur les circonstances et la date de sa mort.

Le 1er juillet 1943, avec d’autres déportés, Cyprien est mis dans un train de la gare de l’Est et arrive le lendemain à Trèves où il sera transféré successivement à Hinzert, puis à Wittlich et Kiel pour y être rejugé. Du 10 novembre 1943 au 20 janvier 1944, il sera emprisonné à la forteresse allemande de Untermassfeld puis au camp de concentration nazi de Sonnensburg (aujourd’hui Slonsk) en Pologne occupée par les Allemands. C’est là que, selon certaines sources, il aurait été fusillé le 25 avril 1944 et où reposerait son corps, dans la tombe 662 au cimetière de cette ville. Information confirmée par la Commission Principale d’Analyse des crimes hitlériens en Pologne. D’autres sources, dont les informations officielles françaises, indiquent, sans doute à tort, que Cyprien serait mort non pas fusillé à Sonnensburg en Pologne, mais en Allemagne, à Wittlich, le 22 novembre 1943, dans des circonstances non élucidées.

Le décret Keitel : Nuit et Brouillard

2985504617_1_3_xWnVA5zYSi les recherches faites par la famille de Cyprien, en particulier par sa nièce Mme Claudine Samson-Aubert et par son petit-fils M. Michel Samson, permettent de retenir pour son décès la date du 25 avril 1944, il faut savoir que, selon les informations prises sur Internet,  « le décret Nacht und Nebel (NN) ordonnait la déportation de tous les ennemis intérieurs au Reich (opposants politiques et résistants) en Allemagne. Mesure de terreur et de dissuasion, ce décret faisait disparaître les personnes dans la plus totale discrétion, laissant ainsi la famille, les proches, et la population de manière générale, dans l’incertitude du sort des déportés. » C’est sans doute pour cela que, lors d’un voyage en Pologne avec son épouse en 2013, M. Michel Samson, n’ayant pas trouvé la tombe de son grand-père, m’a déclaré à juste titre dans un mail : « L’histoire de Cyprien, l’enfant des Saintes, n’est pas achevée. » Quoi qu’il en soit, à la date de sa disparition, Cyprien Jérôme Samson laisse six enfants âgés de deux à quatorze ans.

Hommage et reconnaissance

À Terre-de-Haut, sa commune d’origine, « Cyprien l’enfant des Saintes » reste un inconnu.  Mais il n’en va pas de même sur le plan national puisqu’un décret du 5 janvier 1959 signé par le Président René Coty, attribue à titre posthume à notre héros, qualifié de « magnifique patriote », de nombreuses décorations et médailles dont on peut lire le détail ci-dessous :

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Reconnu officiellement au plan national, comme « Mort glorieusement pour la France », Cyprien Samson est aussi honoré à Goussainville, sa commune de résidence, en France métropolitaine. Son nom figure sur le monument aux morts de cette ville dont une rue porte également le nom.

Monument morts Vieux Pays

Monument au Morts de Goussainville où figure le nom de Cyprien Jérôme Samson

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Et aux Saintes que pourrions-nous faire ?

Peut-être qu’à la suite de cette chronique, que personnellement nous nous chargerons de transmettre aux autorités communales, la municipalité de Terre-de-Haut pensera-t-elle à honorer comme il convient la mémoire de ses deux enfants « Morts pour la France » : Masséna DESBONNES précédemment cité, et Cyprien Jérôme SAMSON dont nous venons de lire l’histoire exemplaire. Au même titre que nos marins morts ou disparus en mer qui ont leur monument, ne serait-ce qu’une simple plaque à la mémoire des dissidents saintois et de nos deux héros de la seconde guerre mondiale serait la moindre des choses. Elle rappellerait aux Saintois d’aujourd’hui qu’ils doivent leur liberté au courage des enfants de la commune et à toutes celles et tous ceux, connus ou inconnus, qui, en Guadeloupe, en France et à travers le monde, n’ont pas hésité à se sacrifier pour qu’ils vivent libres et en paix. C’est le souhait que nous formons en ce jour de la commémoration de l’armistice du 8 mai 1945. Puisse-t-il être entendu.

Raymond Joyeux

Remerciements 
Nous adressons nos plus vifs remerciements à Madame Claudine Samson-Aubert et à Monsieur Michel Jérôme Samson, respectivement nièce et petit-fils de Cyprien Samson, à qui nous devons toutes les informations, les références et les documents manuscrits et iconographiques qui nous ont permis de rédiger, d’illustrer et de publier cette chronique. 

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