En préambule à la Pologne, escale ensoleillée au port de Montceau-les-Mines

Bienvenue à la navigation fluviale

Pour les puristes, fluvial est ici sans doute inapproprié car ce n’est pas un fleuve qui traverse Montceau-les-Mines, mais un canal. Le Canal du Centre, pour ne pas le nommer, appelé autrefois Canal du Charolais dont la construction s’échelonna de 1784 à 1791. Longue de 114 km, cette magnifique voie d’eau qui va de Digoin à Chalon-sur-Saône, est jalonnée de 61 écluses, permettant aux plaisanciers de franchir une dénivellation de 121 mètres, passant de 300 m à son apogée à Digoin, à 179 m, sa plus basse altitude à Chalon.

 

Une cité minière devenue ville fleurie et port de plaisance

Petite ville minière de 20 000 habitants, située au cœur de la Bourgogne, Montceau-les-Mines eut son heure de gloire avec l’exploitation charbonnière, dont l’activité s’est achevée en l’an 2000, et l’industrie textile aujourd’hui également en partie éteinte. Privée de sa principale ressource industrielle et de ses mines, la ville a su tirer profit du passage sur son territoire du Canal du Centre que les municipalités successives, anticipant la dureté des temps, aménagèrent, modernisèrent et embellirent progressivement pour le plus grand plaisir des habitants et des amateurs de navigation fluviale.

Anciens bureaux de la mine reconvertis en ateliers culturels

 

Aujourd’hui, Montceau-les-Mines peut se targuer d’être un véritable port de plaisance, accueillant chaque jour nombre de familles de navigateurs en escale longue ou de passage, souhaitant visiter au fil de l’eau les villes et régions traversées… ou aller plus loin et rejoindre agréablement, en flânant au gré des écluses, soit la Méditerranée par la Saône et le couloir rhodanien, soit l’Atlantique par la Loire, soit enfin Paris et la Manche, grâce au Canal de Briare qui relie la Loire à la Seine.

 

Pour certaines localités maritimes de chez nous aux Antilles qui attendent impatiemment leurs installations portuaires, de pêche ou de plaisance, tant de fois promises et jamais réalisées, Montceau pourrait être en ce domaine un modèle de simplicité et d’efficacité par l’aménagement de ses pontons flottants offrant de nombreux emplacements et d’anneaux d’amarrage judicieusement disposés.

 

Ainsi, sans se gêner le moins du monde, les bateaux de faible ou de moyen tonnage trouvent facilement non seulement une place où séjourner, mais un espace suffisamment large pour manœuvrer, qu’ils descendent ou remontent le canal, selon leur destination. Une capitainerie, hébergeant l’Office du tourisme, accueille visiteurs et plaisanciers et assigne à ces derniers, moyennant une modeste contribution, selon la durée de l’escale et le tonnage du navire, un emplacement sécurisé adéquat, disposant du WIFI gratuit et de prises d’eau et d’électricité qui peuvent être utilisées en cas de besoin.

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Quant à nous, c’est par la route, rassurez-vous, que le lundi 31 juillet à quatre heures du matin, nous prendrons de Montceau la direction de la Pologne pour un périple de 10 jours dont, peut-être, je vous ferai part ici même, si les dieux me sont favorables, que la Vierge Noire me l’autorise… et que mon vieil ordi supporte la Zubrowka !

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Le bien nommé Centre des Arts de Montceau, sur la rive gauche du Canal

Pont-levant sur le Canal

 

 

Passerelle piétonnière reliant les deux rives du Canal

Texte et photographies : Raymond Joyeux
Pour en savoir plus, si vous le souhaitez, sur le Canal du Centre, Montceau et sa région,  vous pouvez vous rendre sur les sites suivants :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Canal_du_Centre_(France)
http://www.creusotmontceautourisme.com

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Chronique d’un désastre annoncé ou les racines du mal saintois

Un lourd passé politique encombrant

Le séisme politique et judiciaire qui secoue depuis quelques mois la commune de Terre-de-Haut, contrairement aux tremblements de terre naturels, était prévisible. Prévisible et inévitable. Les signes précurseurs de la catastrophe nous avaient en effet depuis longtemps alertés et le mal qui ronge l’actuelle municipalité saintoise ancre ses racines dans un long passé politique délétère remontant au milieu des années 1970. Soit plus de quarante ans d’administration communale menés par des équipes pratiquement inamovibles, reconduites d’élection en élection par un électorat encadré, conditionné, manipulé, hypnotisé. Électorat sélectif, illégalement surnuméraire par la magie de commissions annuelles partisanes, faisant à leur guise la pluie et le beau temps en matière d’inscriptions et de radiations sur les listes électorales, sans aucun contrôle efficient des instances préfectorales, malgré moult interventions de ce qu’il est convenu d’appeler l’opposition.

Un processus irréversible amplement engagé

Déficit de 1993 : un lourd héritage

Mais à supposer même que ces élections successives depuis 1977 aient été parfaitement régulières, sans listes truquées, sans procurations abusives, sans clientélisme honteux, sans bureaux de vote non conformes à la légalité, le premier responsable du fiasco saintois actuel, selon nous, n’est pas d’abord un homme, mais une loi électorale aberrante qui a trop longtemps privé les petites communes de moins de deux mille habitants d’une représentation proportionnelle aux différents conseils municipaux. Il aura fallu attendre en effet les élections de mars 2014 pour que cette loi change enfin et que l’opposition ait pleinement sa place au sein de notre assemblée communale, constituant ainsi une force de vigilance, de propositions et de contrôle, agissant comme un frein aux irrégularités de gestion manifestes et à leurs désastreuses conséquences. Malheureusement, il était déjà trop tard. Le processus des malversations présumées, maintes fois pointées du doigt par la CRC (Chambre Régionale des Comptes), et aujourd’hui par la Justice, était depuis très longtemps, à la date de mars 2014, amplement enclenché.

Une opposition honnie systématiquement rejetée

Imaginons néanmoins que cette loi eût instauré la proportionnalité, ne serait-ce que depuis les élections de 2001, les choses se seraient sans doute passées autrement et ceux qui sont pris aujourd’hui dans la tourmente, n’auraient peut-être rien eu à se reprocher. La présence d’une opposition active, même minime, au sein de l’assemblée municipale aurait logiquement permis d’éviter le pire. Aussi bien pour les personnes actuellement incriminées que pour l’intérêt général et le redressement de la commune. Encore aurait-il fallu que les débats au sein du conseil municipal aient été respectueux de l’esprit démocratique de transparence et que les dossiers transmis, comme il se doit, à tous les participants, fussent complets et sincères, et la minorité associée aux décisions. Ce qui a été et est encore loin d’être le cas, chez nous, chacun le sait parfaitement. Aussi, ceux qui depuis des lustres n’ont eu de cesse de fustiger et de rejeter les opposants considérés comme leurs pires ennemis doivent s’en mordre aujourd’hui les doigts.

Un système électoral aberrant

Pour revenir à la loi électorale qui a défavorisé jusqu’en 2014 les petites communes, si elle n’est pas la seule responsable de nos maux actuels, elle y a singulièrement contribué. D’abord, nous l’avons dit, par le principe de la liste bloquée, excluant de l’administration communale les membres de l’opposition, alors même qu’ils ont régulièrement représenté un pourcentage non négligeable de la population. Mais aussi et surtout par la possibilité qu’elle a donnée et donne encore aux mêmes éternels élus de se porter indéfiniment candidats d’une élection à l’autre, accaparant ainsi, sans partage, pendant des décennies, le pouvoir local. Carence aberrante d’un système électoral que la prochaine loi sur la moralisation de la vie publique devrait combler… Mais, hélas, apparemment, encore une fois, pas pour les petites communes dont les élus, considérés à tort comme des modèles d’honnêteté et de vertu démocratique, pourraient continuer à accumuler un nombre indéfini de mandats municipaux, sans être tenus de passer la main.

Un goût immodéré de domination

Cette absence institutionnalisée et pérenne d’alternance électorale a porté un coup fatal au jeu démocratique. Elle a conduit des élus indélicats, à l’appétit insatiable pour le pouvoir (dont on sait que l’abus rend fou)à considérer comme leur bien propre ce qui en fait appartient à la collectivité : personnel communal, bâtiments publics, matériel et surtout gestion budgétaire… Alors qu’ils n’en sont que les dépositaires passagers, censés rendre des comptes aux administrés non seulement à la fin, mais tout au long de leur mandat. L’imbécile et vindicatif slogan, bien connu à Terre-de-Haut, haineusement braillé par la populace après chaque élection municipale : « Mairie-la cé tan nous ; mairie-la cé pas ta yo »1, est symptomatique de cet état d’esprit archaïque, devenu une sorte d’aberrant réflexe conditionné, inculqué à leurs partisans fanatisés par ceux-là mêmes qui ont la responsabilité morale d’élever le niveau civique et démocratique de la population.

Une mairie confisquée : mairie-la cé pas ta yo ! Ph. R.Joyeux

Une conception égocentrique du pouvoir

Comment dès lors s’étonner de la situation dramatique actuelle de Terre-de-Haut ? Elle n’est à l’évidence que l’enfant monstrueux d’une conception hyper personnalisée de l’exercice du pouvoir local, venin mortel qui contamine et paralyse depuis près d’un demi-siècle tous les rouages de notre administration communale. Certes la municipalité actuelle, judiciairement mise en cause, a hérité du lourd fardeau d’un déficit budgétaire colossal, cyniquement élaboré par l’homme en place depuis 1971 et dont l’ombre maléfique hante encore, tel un vautour déplumé, les couloirs, bureaux et officines de la mairie. Mais n’est-ce pas ce même homme qui a mis en place sa succession sans jamais se départir de son influence néfaste ? Traçant la voie tortueuse que ses adorateurs zélés ont imprudemment suivie, sans le moindre sursaut de clairvoyance, ce qui les a conduits, la commune et nous avec, au désastre d’aujourd’hui.

Des résolutions sans lendemain

Lorsqu’un an tout juste après sa première élection à la tête de la commune, interrogé par un correspondant local du quotidien France-Antilles daté du 12 juin 2002, le maire actuel de Terre-de-Haut, s’étant félicité d’avoir réglé le problème du déficit, avait déclaré : « Je souhaite donner une plus grande lisibilité à notre action, plus de démocratie avec des règles qui valent pour tous… Je suis un homme de dialogue, soucieux d’équité et de solidarité… » 2, il aurait été bien inspiré de suivre lui-même ces règles et de mettre en pratique ces belles paroles. Mais le ver était déjà sans doute dans le fruit et nous savons, 15 ans plus tard, ce qu’il est advenu de ces déclarations qui n’étaient en réalité que du vent. Un vent qui aura fini au bout du compte par tout balayer !

Raymond Joyeux
14 juillet 2017

1 – La mairie est à nous. La mairie n’est pas à eux.
2 – Propos recueillis par Philippe Capy – France-Antilles du 12 juin 2002

Une image symbolique : Terre-de-Haut dans la tourmente – Ph. R. Joyeux

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Terre-de-Haut : le dispensaire dégraine !

Une métaphore osée

Deux ouvriers venus de Guadeloupe, sans doute dépêchés par le Conseil Général, se sont affairés ces jours derniers (mi-juin 2017), avant les grosses pluies d’hivernage, à reprendre l’étanchéité de la dalle de toit de notre Dispensaire dont la charpente d’origine et la couverture en tôle n’existent plus depuis longtemps. Est-ce un premier pas vers une rénovation générale de cet établissement qui mérite indiscutablement, ne serait-ce qu’extérieurement, un sacré coup de neuf ? Nous osons l’espérer. Les Saintois doivent en effet se souvenir de l’humoristique mot d’esprit prononcé il y a 22 ans dans un discours par un candidat aux élections cantonales des Saintes de 1995 : « Le Dispensaire dégraine » ! Créolisme imagé qui signifie littéralement, vous l’aurez deviné, « perdre ses graines », c’est-à-dire, pour un homme, sa virilité. Et, dans le cas qui nous intéresse, par extension : tomber en déconfiture, menacer ruine.

Désormais  séparés de quelques mètres, ces deux containers ont longtemps habité côte à côte

Si beaucoup se sont esclaffés d’entendre dans la bouche d’un honorable candidat au Conseil Général une telle expression, il n’est pas moins vrai que le futur élu avait vu juste. Car s’il s’était permis cette métaphore osée, c’est qu’il savait que ce dispensaire, comme tous les autres, était (et est toujours) un établissement public départemental de santé, donc géré et entretenu par les services ad hoc du Conseil Général. Lesquels services auraient été, selon lui, manifestement défaillants et qu’il allait, lui, s’il était élu, taper du poing sur la table et restituer ses « graines » à notre dispensaire ! L’a-t-il fait ?  Là est une autre question. En tous cas, si restauration il y a eu, elle aura été bien éphémère, du moins extérieurement. Car 22 ans après ce fameux discours, nous en sommes toujours au même point. Et le panneau que le maire M. Robert Joyeux avait fait malicieusement accrocher en 1995 au grillage rouillé de la clôture du bâtiment est plus que jamais d’actualité. Il est vrai qu’il était alors à couteaux tirés avec le Président socialiste de l’Assemblée départementale de l’époque, M. Dominique Larifla, par ailleurs cardiologue de son état.

Une date et des fonctions confirmées

Inauguré en février 1951, comme l’a noté mon père, Joubert JOYEUX, dans son carnet de route, cet établissement a été construit au Fond Curé sur un terrain ayant appartenu à M. Jules Corbin, à l’emplacement d’une ancienne prison cantonale dont on a conservé une partie du mur d’enceinte. Ainsi que je l’ai précisé dans une précédente chronique, sa création allait apporter un confort certain et une sécurité non négligeable à la population saintoise en matière de structure sanitaire de proximité. Outre de remplir sa fonction de Protection Maternelle et Infantile, (PMI), il était également, et l’est toujours, centre de soins, de vaccinations pour les scolaires, de consultations et d’obstétrique, autant d’actes médicaux assurés aujourd’hui par un médecin généraliste qui y a établi depuis peu son cabinet.

Sur le carnet retrouvé de mon père Joubert Joyeux – Archives R.Joyeux

Le témoignage du Docteur Yves Espiand

Un témoignage irremplaçable sur le sujet est celui du Docteur Yves Espiand, toujours bon pied bon œil à l’heure où nous publions cette chronique, et qui y avait établi son cabinet dans les années 60. Affecté aux Saintes de novembre 1962 à septembre 1965, le jeune et dynamique docteur a eu tôt fait de prendre la mesure des besoins sanitaires de nos îles. En commençant par l’absence de pharmacie, problème qu’il résolut grâce à sa ténacité et son savoir-faire médical. Dans son livre-souvenirs d’Esculape à Thémis, publié à compte d’auteur en 2014, voici comment le Docteur Espiand évoque sa prise de fonction au dispensaire de Terre-de-Haut : «  Le département avait mis à ma disposition un centre de P.M.I., avec une sage-femme d’origine saintoise : consultations hebdomadaires de nourrissons et femmes enceintes, un cabinet jumelé avec le centre et une chambre à deux lits en arrière de la PMI, mais attenant à elle pour les accouchées en difficulté de logement. J’étais propharmacien, prescrivant bien entendu les médicaments que j’avais dans ma réserve… [en les commandant au besoin] aux laboratoires métropolitains, et en cas d’urgence à mon ami Lamothe, un pharmacien de Basse-Terre. Ils étaient livrés par le bateau qui faisait la ligne dans l’après-midi. » Précisons qu’en ce qui concerne la pharmacie, cette époque lointaine est désormais révolue puisqu’il existe depuis de longues années un pharmacien à temps plein qui s’est installé dans la commune, pour la satisfaction de tous, d’abord au cœur du bourg puis au Mouillage à l’ancienne maison Martin…

Pharmacie actuelle de Terre-de-Haut

 

Une dégradation insoutenable

Si on peut logiquement penser, à l’exemple de la dalle, que les parties intérieures (salles et équipements) de notre dispensaire sont régulièrement entretenues, puisqu’on y pratique des actes médicaux, qu’un médecin y exerce à temps plein et qu’il a toujours existé une employée pour le ménage, il faut hélas reconnaître le parfait état de délabrement de certaines parties extérieures et surtout l’abandon pur et simple d’entretien et d’aménagement des abords et espaces verts. Les photos qui suivent sont la preuve d’une dégradation insoutenable, indigne d’un établissement de ce type, donnant, à l’époque où nous sommes, une piètre image des services sanitaires départementaux. Image négative qui rejaillit forcément sur la commune. D’autant plus que cette dernière non seulement semble inefficace pour obtenir du Conseil Général qu’il assume ses responsabilités, mais ajoute à l’insalubrité et à l’aspect déjà peu amène des lieux, avec l’installation devant le bâtiment, tels des sentinelles de mauvais augure, deux containers de tri qui n’ont pas leur place à proximité immédiate d’un établissement de soins, censé accueillir des nourrissons, des malades, des blessés, des patients fragilisés…

Le dispensaire après le passage du cyclone Cléo en 1964. Capture d’écran video INA 

Quelques détails du délabrement extérieur actuel

Portail et poubelle délabrés – Juin 2017

 

Clim hors service – Juin 2017

Container bondé –  Juin 2017 – souvent malodorant

Végétation sauvage envahissante – Juin 2017

À propos de végétation, rappelons qu’il y aura bientôt quatre ans, en octobre 2013, sous prétexte de procéder à un « grand nettoyage » des abords et du parc attenant, les services de santé du Conseil Général avaient dépêché sur place une équipe armée de tronçonneuses et d’un élévateur afin d’abattre tous les arbres du petit clos entourant le dispensaire. Pour faire passer l’élévateur, il avait fallu pratiquer, côté rue, une brèche dans le mur de clôture. Or, alors que cette brèche a été faite à plusieurs mètres d’un superbe frangipanier décoratif qui ne gênait en rien ni le passage de l’engin ni le travail des agents, celui-ci a été bêtement abattu, comme les flamboyants de l’arrière du bâtiment.

Souche du frangipanier abattu : travail parfait d’un amoureux des arbres !

Le dispensaire et son frangipagnier décoratif en juin 2009

Après le saccage des flamboyants en octobre 2013 

Juin 2017 : derrière la clôture, côté plateau sportif 

Il n’y a plus d’arbres aujourd’hui dans l’enclos. De hautes broussailles les ont remplacés et les détritus s’accumulent derrière les clôtures. Après ce massacre programmé, notre intervention téléphonique en novembre 2013 au Conseil Général pour explications n’avait eu que cette laconique et évasive réponse : « C’était nécessaire ! »…  Peut-être ! En tous cas, quatre ans plus tard, tout est à recommencer. Le soi-disant remède a été pire que le mal et, si l’on excepte l’étanchéité de la dalle régulièrement rénovée, notre dispensaire est à nouveau en plein « dégrainage ». Il a besoin d’un traitement de choc, d’un conseiller départemental actif et d’une municipalité bienveillante, pour retrouver agrément, santé et salubrité. C’est ce que réclament et espèrent aujourd’hui, semble-t-il, tous les Saintois. 

Deux containers pas très décoratifs qui n’ont pas leur place ici – Juin 2017

Merci chers amis lecteurs pour votre persévérance à me suivre sur ce blog. Merci pour vos partages, vos likes, vos commentaires.
Cet article est le 171 ème publié depuis juillet 2013, volontairement sans aucune annonce publicitaire. 171 articles illustrés qui ont généré à ce jour – 26 juin 2017 – de votre part 847 commentaires pour 69 247 visiteurs et 143 649 vues.
Les vacances approchent. Je vous les souhaite heureuses et reposantes. J’espère pouvoir vous entretenir bientôt de mes pérégrinations de cet été, et surtout de vous retrouver en pleine forme à la rentrée de septembre…

Je précise que toutes les photos de cette présente chronique sont de votre serviteur,
même celle du panneau « dispensaire abandonné » de 1995 de notre facétieux ancien maire, lui-même Conseiller général entre 94 et 95 !..

Raymond Joyeux

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Terre-de-Haut : la Fête-Dieu noyée sous la dépression…

Une tradition retrouvée

Voilà  plus de quarante ans que s’était perdue à Terre-de-Haut la traditionnelle procession de la Fête-Dieu. C’était l’époque, à la mi-juin, des maisons fleuries et décorées pour le passage du cortège religieux avec dais, ostensoir, bannières et ornements sacrés. L’époque où les pêcheurs exposaient le long des rues leurs filets piqués de pétales multicolores ; leurs casiers ornés de guirlandes et leurs canots, toutes voiles dehors, en vue de recevoir la bénédiction du Saint-Sacrement ; où les enfants habillés en anges, au pied du reposoir, jetaient des brassées de fleurs à l’approche de l’officiant et de la foule ininterrompue des fidèles dont les cantiques à la gloire de la Vierge attestaient d’une piété non dissimulée…

Tout avait bien commencé

Ce dimanche, 18 juin 2017, c’est avec le plus grand enthousiasme que la population saintoise avait retrouvé la ferveur de cette cérémonie chrétienne en renouant avec une tradition qui semblait oubliée. Prouvant s’il en était besoin que le sentiment religieux est encore bien ancré dans notre population et le catholicisme, ses rites et sa liturgie, toujours bien vivant chez nous. Tout avait commencé dans l’effervescence ce dimanche matin ensoleillé, en dépit d’une prévision météorologique des plus incertaines. Et c’est ainsi que tout au long du parcours prévu pour la procession de l’après-midi, chacun s’activait à orner sa maison, non dans un esprit de compétition, mais en y mettant tout son cœur, sa foi et son savoir-faire artistique : palmes de cocotier, fleurs de flamboyant ou de fragipane, filets de pêcheur, portraits ou statues du Sacré-Cœur ou de la Vierge, coquillages, bateaux miniatures… rien n’était trop beau pour honorer le Saint-Sacrement, avec l’espoir et la certitude d’attirer sur sa demeure et ses occupants les faveurs du ciel, de la Sainte Vierge et de Dieu le Père lui-même dont c’était la fête…

Et la pluie arriva…

À 17 heures, sous la conduite et l’impulsion du Père Luigi, en chasuble blanche sous son dais, portant l’ostensoir et la grande hostie consacrée, entouré de la chorale paroissiale, des enfants de chœur en habit de cérémonie, précédé des petits anges ailés en robes immaculées, des hommes portant bannières, encensoir et bénitier, et suivi des fidèles en grand nombre, le cortège s’ébranle, confiant, du parvis de l’église. Le ciel menaçant ne peut que devenir clément en cet après-midi de la Fête-Dieu. C’est en tous cas ce que souhaitent et croient tous les participants à cette tradition joyeusement retrouvée de la procession du Saint-Sacrement.

Malheureusement, la météo n’a que faire de la foi du charbonnier. Et c’est un déluge impressionnant que le ciel délirant déverse imperturbable sur les Saintes. Déluge et bourrasques réunis qui obligent tout le monde à trouver un abri au plus vite, malgré la protection dérisoire des parapluies que les rafales retournent, ballottent en tous sens et rendent inefficaces. Bien entendu, le cortège s’arrête au tiers de son parcours et, hélas, ne repartira plus. Pluie, vent, branches et feuilles qui s’envolent mettent fin à la procession à peine commencée. La foule, trempée, désemparée par le réveil brutal des éléments, attend courageuse l’éclaircie espérée, puis progressivement s’éparpille en silence… Et toutes les décorations, si amoureusement élaborées, soufflées en un instant par l’onde tropicale, finissent dans les rues, emportées par la bourrasque et l’eau ininterrompue qui n’en finit pas de tomber !.. Avec du travail supplémentaire en perspective pour nos sympathiques employés municipaux déjà si  généreusement sollicités !

Un mal pour un bien !

Bien entendu, même si chacun, transi, regagne ses pénates sans un mot, la déception est immense. Toute cette préparation de l’âme, ce travail méticuleux de décoration, ce soin dans l’habillement, cette ambiance religieuse et festive entretenue depuis des jours,  malencontreusement interrompus, n’auront-ils donc servi à rien ?

Servi à rien ? Non. C’est en tous cas ce que pensent beaucoup malgré la déception, et que dira certainement le Père Luigi à son prochain sermon. Surtout lorsqu’on apprendra que le podium dressé pour servir de reposoir s’est effondré sous la bourrasque ! Imaginons que la procession était arrivée à son terme et que l’onde tropicale si mal venue n’avait débuté que lorsque les enfants de chœur, la chorale, les petits anges innocents et l’officiant s’étaient retrouvés avec l’ostensoir au milieu du reposoir. Quelle catastrophe c’aurait été ! Il suffit de voir les photos ci-dessous pour le comprendre. Dieu finalement fait bien les choses. C’est ce qui se dit après le drame évité de justesse, et qui se dira certainement dimanche prochain à l’église…

 

La pluie et le vent qui se sont abattus prématurément sur le cortège et sa ferveur retrouvée auront permis miraculeusement que le podium s’effondre sans qu’il y ait personne dessous. C’est sans doute cela, la foi qui sauve et vivifie. Et l’année prochaine le ciel sera certainement plus clément. La tradition retrouvée de la Fête-Dieu, espérons-le, quelles que soient les circonstances, se poursuivra avec la bonne volonté de tous et de chacun, et avec le souvenir contrarié mais pieusement accepté de cette année 2017, sans aucun sentiment de regret ou d’injustice… Car même si le vent l’emporte prématurément, rien n’est inutile pour l’âme lorsqu’il est fait avec foi, jubilation et générosité !

Image d’une catastrophe miraculeusement évitée…

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Rues, ruelles, places et impasses de Terre-de-Haut (2ème partie)

Un intérêt populaire évident

Après la présentation, en première partie, des cinq maires qui ont donné leur nom à cinq des rues de notre commune – évocation qui a eu un franc succès, puisqu’à ce jour, elle a fait l’objet de plus de 50 partages et environ 600 internautes ont consulté la page – voici en seconde partie les cinq personnalités historiques qui complètent la panoplie des noms des rues du réseau routier communal.

2 – Les personnages historiques

Rue Jean Calot

Cette rue qui débute face à l’église où se trouve le N°1, c’est, après Benoît Cassin, dont elle est le prolongement, la deuxième plus grande rue de Terre-de-Haut. En partie piétonne, elle couvre le secteur Nord de la D. 214, traverse la place du débarcadère en passant devant l’ancienne Gendarmerie devenue Office Municipal du Tourisme, et s’achève au pied du morne Mire, à l’intersection des routes du Fort Napoléon et de la Maison Blanche. Le nom de cette rue n’a pas été choisi au hasard puisque, selon de nombreuses sources, notre personnage, pilote et aubergiste, aurait vécu dans l’actuel Café de la Marine, célèbre établissement que fréquentait également, dit-on, à la même époque Christophe de Fréminville lequel a lui-même donné son nom à une plus petite rue de la commune, dans le quartier dit de l’Hôpital. (Voir plus loin).

Jean Calot (ou Calo) était né à Hennebon dans le Morbihan en 1767. Il participa comme très jeune marin à la Bataille des Saintes de 1782 avant de devenir, vingt ans plus tard, aubergiste, propriétaire et capitaine d’un caboteur marchand qui faisait la navette entre Basse-Terre et les Saintes. En 1803, alors âgé de 36 ans, il épousa à Terre-de-Haut Luce-Adélaïde Lorgé de 12 ans sa cadette. Une de leurs petites filles, Marie Julienne Lucette, Calo épousa en 1859 un certain Pierre-Léonce Cassin, marin de son état. C’est de ce couple que naquit en 1865 Benoît-Georges Cassin, le maire dont nous avons parlé dans la précédente chronique.

Outre le fait d’être pour moitié à l’origine d’une des plus longues lignées de descendants à Terre-de-Haut, les Cassin, Jean Calot est surtout célèbre chez nous pour son exploit accompli le 14 avril 1809 dans les eaux de la baie des Saintes. En plein conflit franco-britannique, aidé de deux comparses, Charles Cointre et Solitaire dont les noms ne sont injustement jamais mis en valeur, il réussit à faire sortir de nuit trois navires français de la division Troude (Le Courageux, le D’Hautpoul et La Félicité), bloqués dans la rade par les Anglais. Si les historiens se chamaillent à propos des détails de cet exploit, il n’en est pas moins authentique en dépit des divergences qui l’émaillent.

Le Café de la Marine : auberge où aurait vécu Jean Calot en 1809

Rue de la Rabès 

Avant d’être celui d’une rue, (La) Rabès était – et est toujours – le nom d’un petit quartier tranquille du Mouillage situé hors du centre-bourg, entre l’école primaire et la Caserne. Ce quartier englobe la propriété Bertille baptisée autrefois Mon Paradis et que clôt, côté verger, un long mur de pierre. C’est d’ailleurs pour cette raison que cette petite rue, qui longe ladite propriété et débouche sur la mer face à l’école, s’appelle aujourd’hui Rue de La Rabès.

Célèbre surtout pour sa citerne de 55 M3 édifiée par les Anglais entre 1809 et 1814, (certaines sources donnent la date de 1803), ce quartier et cette rue doivent leur nom à un certain RABÈS Guillaume, propriétaire des lieux, qui fut commandant ou capitaine, affecté au magasin du roi, mais qu’on signale par ailleurs avoir été « maître de canot en Guadeloupe de 1788 à 1792 ».

Début de la Rue de La Rabès face à la Caserne – Sans plaque lisible

En 1792, à la création des municipalités par la Révolution Française, Guillaume Rabès fut l’adjoint de M. Sainte-Marie GRIZEL nommé premier maire des Saintes Terre-de-Haut et Terre-de-Bas réunies en une seule commune. On retrouve son nom comme parrain en 1773 de Cassin Sébastien, 5ème enfant de Cassin Étienne et de Dufait Catherine. Ce même Guillaume Rabès a eu une fille, Marie-Antoinette, née en 1783 à Terre-de-Haut et qui épousa un dénommé Charles Duvivier. Leur fille Sophie Duvivier, petite fille donc de Guillaume Rabès, épousera elle-même à Saint-Thomas, le 17 février 1817, son cousin M. Benoît Bouge originaire du Loir et Cher. On peut donc déduire, vu les liens de parenté de ces deux époux, que Guillaume Rabès était lui-même originaire du Loir et Cher.

Citerne abandonnée de La Rabès construite par les Anglais en 1809

Deux mystères demeurent cependant : pourquoi Rabès est-il devenu La Rabès ? Et pourquoi la citerne de ce quartier, considérée comme la première construite à Terre-de-Haut, n’est-elle pas restaurée et davantage mise en valeur alors qu’en toute logique elle aurait dû être préservée et entretenue comme monument historique ?

Rue Félix Bréta

Cette petite rue transversale relie la rue Jean Calot, au niveau du restaurant Le Génois, à celle de Théodore Samson. Elle passe naturellement devant l’ancienne maison Bréta en longeant le pignon de l’épicerie-bistrot du maire feu M. Eugène Samson appelée autrefois Au Cœur Marin. Comme tant d’autres, la plaque de cette rue a elle aussi malheureusement disparu. Bien entendu, tous les Saintois connaissent le nom de Félix Bréta mais combien savent qui il était vraiment ? Car si c’est son livre sur les Saintes, publié aux Éditions Larose et aujourd’hui épuisé, qui l’a rendu célèbre chez nous, il ne faut pas oublier qu’il fut avant tout une personnalité influente et remarquée en Guadeloupe continentale, à Baie-Mahault où il était né le 19 avril 1872, et à Pointe-à-Pitre où il a vécu jusqu’à sa retraite en 1934.

Licencié en sciences naturelles, Félix Bréta a été professeur au Lycée Carnot de Pointe-à-Pitre avant d’en devenir le Proviseur, fonction qui ne l’empêcha pas de s’adonner à des recherches géologiques à la suite desquelles il présenta à l’administration coloniale une carte géologique de la Guadeloupe. Nommé peu après chargé de mission dans les ports de pêche de la Colonie et directeur d’un laboratoire des produits maritimes, il rédigea en 1929 une importante étude sur la ciguatera, assortie des noms, dessins et caractéristiques des poissons vénéneux incriminés.

Rue Félix Bréta

Ses compétences dans de nombreux autres domaines, sa grande disponibilité de cœur et son esprit ouvert l’ont amené à assumer diverses responsabilités telles que chef d’orchestre, Secrétaire de la Chambre d’Agriculture, Président de l’Association des anciens élèves du Lycée Carnot, Commissaire régional des Éclaireurs de France, entre autres… À sa retraite en 1934, promu Chevalier de la Légion d’Honneur, il se retira à Terre-de-Haut où il possédait une maison de vacances et créa le premier Syndicat d’Initiative de la commune. Authentique amoureux de notre archipel au point d’en connaître parfaitement l’histoire, la culture et la géologie, il rédigea son livre intitulé : Les Saintes (Dépendances de la Guadeloupe) – Recueil de notes et observations générales- qui fait référence. Il mourut à Paris d’une crise cardiaque le 27 mai 1938, et c’est son épouse, Évélie Bréta, qui se chargea de la publication posthume de son livre en octobre 1939. Rappelons que le fils adoptif d’Évélie Bréta-Rosier, Jean Bréta, fut élève à l’école primaire de Terre-de-Haut dans les années 1950, dont certains de ma génération doivent se souvenir…

Maison de Félix Bréta à Terre-de-Haut en 1920

La Rue Fréminville

La Rue Fréminville forme une petite boucle qui a son point de départ Rue Théodore Samson, à proximité de l’ancienne centrale électrique, longe l’ex-bâtiment des Douanes, traverse le quartier dit de l’Hôpital et rejoint plus haut l’extrémité de la même Rue Théodore Samson. Elle constitue en quelque sorte une déviation en arc de cercle de cette dernière et ne mesure pas plus de 150 m. Les deux plaques situées à l’entrée et à la sortie de cette rue sont effacées si bien qu’il faut se renseigner auprès des riverains pour s’assurer de son appellation.

Mais qui était Fréminville ? Christophe-Paulin de la Poix, dit le Chevalier de Fréminville doit sa renommée aux Saintes à l’histoire d’amour contrariée qu’il aurait vécue en 1822 à Terre-de-Haut avec une certaine Caroline C. fille d’une famille créole propriétaire au morne Morel d’une habitation dont les ruines sont encore visibles de nos jours, à l’extrémité Est de notre île, au lieu-dit, justement, Fort Caroline. Trop longue pour être rapportée ici dans les détails, je vous renvoie à la chronique que j’ai consacrée à cette histoire le 10 avril 2014 que vous pourrez lire, si vous le souhaitez, en cliquant sur le lien suivant :
https://raymondjoyeux.com/2014/04/10/amour-tragique-aux-saintes-en-1822/. Chronique qui a suscité à l’époque 43 commentaires, certains mettant en doute, arguments à l’appui, l’authenticité de cet événement.

Rue Fréminville – Plaque effacée

En résumé, né le 23 janvier 1787 à Ivry-sur-Seine d’une famille Bourguignonne établie à Paris, Christophe-Paulin de la Poix de Fréminville quitta très tôt la Capitale pour la Bretagne. À peine âgé de 14 ans, il s’engagea dans la marine pour un long et tumultueux périple à travers l’Atlantique qui le mènera de l’Afrique aux Antilles. Et c’est en escale aux Saintes en 1822 sur son navire La Néréide, qu’ à la suite d’un accident, où il faillit être emporté par une vague, il rencontra la belle Caroline dont il tomba éperdument amoureux. Devant repartir précipitamment pour Saint-Christophe, il promit à cette dernière de revenir aux Saintes afin de poursuivre et consolider leur idylle. Malheureusement, cette promesse tardant à se réaliser, Caroline se sentant trahie, se serait précipitée d’une falaise à l’endroit même où son amant avait failli périr quelques semaines plus tôt.

Tombe de Caroline au cimetière de Terre-de-Haut d’après un dessin de Fréminville

À son retour aux Saintes, Fréminville n’aura plus qu’à constater le décès de sa bien-aimée, à la suite de quoi, revenu en Bretagne, il devint à moitié fou, s’habillait en femme, avec, selon la légende, les habits de Caroline qu’il aurait récupérés. Il décédera le 12 janvier 1848 à Saint-Malo où l’on peut voir sa tombe. Vérité historique ou romance inventée par Fréminville ? Les avis sont partagés. Vous pouvez lire ou relire les commentaires sur le sujet en cliquant sur le lien donné plus haut et éventuellement en vous référant au livre de Jean Merrien, petit neveu de notre héros : Un certain Chevalier de Fréminville, paru aux éditions Maritimes et d’Outre-Mer en 1970. 

La Rue du Gouverneur Houël

Dernière voie communale dévolue à un personnage historique, la Rue du Gouverneur Houël se situe dans le secteur de La Savane. Elle commence par une montée en sens unique, perpendiculaire à la rue Benoît Cassin, et s’achève à plat, à l’intersection de celle de La Savane. Elle doit son nom à Charles Houël qui joua un rôle important dans l’histoire de la colonisation par la France des Isles d’Amérique.

Début Rue du Gouverneur Houël

Né en 1616 et décédé le 22 avril 1682, Charles Houël fut Gouverneur de la Guadeloupe de 1643 à 1664. À la suite de la dissolution de la Compagnie des Isles d’Amérique, devenu propriétaire des Saintes, il en prend possession le 18 octobre 1648. Ce jour-là, sous le commandement de DU MÉ, ce sont trente colons qui y débarquèrent une première fois mais sans succès puisqu’à peine installés, le manque d’eau les obligea à regagner la Guadeloupe. En 1652, conduite par Hazier Du Buisson, qui donnera son nom à la place de la mairie, une seconde tentative réussit cette fois, mais non sans tracas car une attaque des Caraïbes de la Dominique oblige Houël à intervenir par l’envoi du navire L’Étoile.

 Charles Houël – 1616- 1682 – propriétaire des Saintes en 1648.

En 1663, rappelé en France par le Roi, Charles Houël cède sa place de Gouverneur de la Guadeloupe à Prouville de Tracy, surnommé Dulion. C’est ce nouveau Gouverneur qui chassera une première fois les Anglais des Saintes en août 1666, à la faveur d’un ouragan qui détruisit une bonne partie de la flotte ennemie. Pour célébrer cette « victoire », Dulion, dont la Place du débarcadère porte le nom, accoste à Terre-de-Haut le 14 août et fait chanter le lendemain, 15 août, un Te Deum en l’église paroissiale, instituant ainsi, semble-t-il, la première fête patronale de Terre-de-Haut.

Place de la Mairie – Hazier Du Buisson.

Sources :
Félix Bréta : Les Saintes 1939 et Rosier Web : MyHeritage pour les photos du visage et de la maison de F. Bréta – Patrick Péron : Petite Histoire de Terre-de-Haut 2003 – Colons et engagés aux Saintes 2016 – Jean Merrien : Un certain Chevalier de Fréminville 1970 –  Photos des rues, places et plaques  : Raymond Joyeux 2017. 

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Rues, ruelles, places et impasses de Terre-de-Haut (1ère partie)

Le nom des rues : une nécessité primordiale

Jusqu’à la fin des années 1990, le réseau routier et de voirie de Terre-de-Haut était totalement anonyme. La population, alors moins nombreuse, s’était depuis toujours accommodée de cette réalité, se contentant de savoir sans l’aide d’indication écrite, où se situaient la Place de la Mairie, celle du Débarcadère, la Rue de La Poste, ainsi que les différents quartiers du Mouillage, du Fond Curé, de la Rabès, du Marigot, de l’Anse-Mire… C’est la direction des Postes de la Guadeloupe qui mit fin à cette situation en exigeant que tous les maires du département nomment clairement rues, ruelles, places et impasses de leur commune afin de faciliter, entre autres, la distribution du courrier. Une nécessité d’autant plus impérieuse pour nous que le bourg ne cessait de se développer et que de nouveaux arrivants ou foyers s’installaient au gré des constructions neuves ou de locations éparpillées hors du centre. Sans compter que les homonymies n’étant pas rares dans les petites localités, une adresse incomplète ou inexacte est toujours susceptible de créer des confusions patronymiques avec tous les inconvénients liés pour les intéressés aux erreurs de destination.

Le choix des appellations

C’est ainsi qu’un groupe de réflexion s’est constitué sous la houlette du maire Robert JOYEUX, dit Louly, pour établir une liste de noms à affecter à chacune des voies de la commune, et que l’on a vu apparaître les fameuses plaques bleues que nous connaissons aujourd’hui… Malheureusement, au fil des ans, intempéries et ultra-violets ayant fait leur œuvre sur du matériel probablement de mauvaise qualité, la plupart des noms figurant sur ces plaques ont disparu. Du coup, pour les préposés à la distribution du courrier et les arrivants à la recherche d’une adresse, Terre-de-Haut, à de rares exceptions près, est redevenue comme avant les années 90, une commune sans nom de rues !

Grandeur et décadence des services de voirie 

Priorité aux personnages historiques et anciens maires 

À l’époque, c’est tout naturellement aux personnages historiques et anciens maires que les services municipaux ont arrêté leur choix pour nommer les principales voies de la commune. Sur les 21 rues qui sillonnent notre île, 5 sont dévolues aux maires, 5 à des personnages célèbres, 10 désignent la direction d’un secteur géographique, 1 celle d’un monument incontournable, en l’occurrence le Fort Napoléon.

1 – Les anciens maires :

Rue Benoît Cassin

Elle prend naissance au niveau de la poissonnerie et se déroule jusqu’au-delà du ponton du Morne Rouge jouxtant la plage de l’Anse à Gilot. Elle traverse ainsi la plus grande partie du bourg et passe devant le dispensaire en suivant le littoral. C’est la  plus longue rue de Terre-de-Haut, couvrant les 3/4 de la Départementale 214. Elle doit son appellation à Georges-Benoît Cassin né en 1865. Ayant accompli un premier mandat de 1902 à 1908, il fut réélu pour un second de 1929 à 1935. Propriétaire terrien, Benoît Cassin a donné son nom à un vaste secteur foncier au lieu dit Dans Fond, s’étendant des flancs du massif du Chameau à la plage de l’Anse Figuier, dénommé Les Prés Cassin. Son mariage avec une caraïbe dominiquaise, Edrode Edrozia, lui assurera une importante descendance et son patronyme reste aujourd’hui l’un des plus répandus à Terre-de-Haut. La plaque et son support qui portaient son nom ont carrément disparu et rien n’indique matériellement aujourd’hui à la population et aux visiteurs où se situe cette  importante rue.

Plaque effacée de la rue Emmanuel Laurent

Rue Emmanuel Laurent

Cette rue, parallèle à la précédente, mais moins longue, va de l’église au dispensaire en passant devant la mairie et la poste. Emmanuel Laurent était né la même année que Benoît Cassin, en 1865. Fils de Charles Laurent, Saintois blanc de Terre-de-Haut et d’Angelina Mathias, métisse de Terre-de-Bas, il poursuit ses études secondaires à Basse-Terre et devient bachelier puis instituteur. Envoyé à l’École Coloniale d’Intendance à Fort-de-France, il obtient un diplôme d’administrateur des Colonies, ce qui lui vaut de faire carrière en Indochine, au Sénégal, au Congo et à Madagascar où est né son fils Raymond, personnage haut en couleur bien connu des Saintois, aujourd’hui disparu. Revenu aux Saintes à sa retraite en 1915, Emmanuel Laurent est élu maire de Terre-de-Haut en 1919 et habite avec sa famille la villa l’Ermitage, face au petit marché du Fond Curé. En 1923, c’est lui qui fait installer une horloge sur la façade de l’église qu’il inaugure le 19 août en présence de Mgr Genoud évêque de la Guadeloupe. En fin de mandat, en 1928, il a la lourde tâche en sa qualité de maire, de faire face aux dégâts occasionnés par le fameux cyclone de sinistre mémoire qui dévasta cette année-là la Guadeloupe et les Saintes. Par miracle, l’une des seules maisons qui résista à la tempête fut la sienne, ce qui lui permit d’organiser secours et ravitaillement et de se consacrer sans relâche à la reconstruction de Terre-de-Haut avec une énergie et un dévouement illimités. Ne dormant plus que deux heures par jour, il mourut, selon Laurent Farrugia, d’épuisement dans le respect de tous.

L’Ermitage : maison Emmanuel Laurent à Terre de Haut- Ph. R. Joyeux

Une des rares plaques encore lisible

Rue Charles Foy 

Elle débute à la jonction de la Rue Jean Calot proche de la pharmacie, longe l’école maternelle et coupe la rue de La Rabès au niveau de la Caserne. Elle débouche sur la rue Théodore Samson au pied des marches qui mènent au Marigot. On imagine que c’est dans ce quartier que Charles Foy aurait été domicilié et aurait vécu. Malheureusement nous n’avons que peu d’informations le concernant. Un document en notre possession, datant du 17 mai 1924, indique simplement qu’un certain Charles Foy, né et domicilié à Terre-de-Hautétait maître charpentier de marine. Était-ce le même qui avait rempli par deux fois les fonctions de maire, la première de 1882 à 1884, la seconde, de 1892 à 1902 ? Nous savons néanmoins de façon certaine que c’est lui qui succéda à Jean-Pierre Lognos, le dernier maire des Saintes, lorsque Terre-de-Haut et Terre-de-Bas se sont constituées en communes séparées par un décret de Jules Grévy. À ce titre, il fut le premier maire de Terre-de-Haut et méritait bien une rue dans sa commune. C’est ici pour nous l’occasion d’exprimer notre étonnement de constater que rien à Terre-de-Haut ne rappelle la mémoire de Jean-Pierre Lognos qui fut à l’origine de la création de nos deux communes saintoises, même si nous comprenons qu’il fallait faire un choix. Par contre, mieux que nous, Terre-de-Bas a su immortaliser la mémoire de cet événement majeur en baptisant sa place de la Mairie Place du 9 Août 1882, date du décret de Jules Grévy. Pour revenir à Charles Foy, dont le patronyme constitue la quatrième en nombre des familles saintoises, sa présence est attestée lors de la bénédiction d’une cloche de l’église en 1884, baptisée Maria Antonia, en compagnie de l’abbé Ruffin, curé de la paroisse. Nous savons par ailleurs que c’est sous son mandat, en 1902, que le Pénitencier de l’îlet à Cabris a été supprimé après que la garnison militaire eut quitté les Saintes en 1889 et la compagnie de discipline en 1890, sous le mandat de Bernard Azincourt.

Rue Bernard Azincourt.

Comme pour Charles Foy auquel il succéda après le premier mandat de ce dernier, nous avons peu d’informations sur ce maire qui exerça ses fonctions de 1884 à 1892. Il semblerait qu’il aurait été instituteur, directeur d’école, et aurait vécu au Fond Curé dans le secteur qui porte son nom. Sa rue, dont la plaque est inexistante fait la jonction entre les rues Benoît Cassin et Emmanuel Laurent en longeant l’arrière de l’épicerie Carrefour Market. En 1881, avant son élection à la tête de la commune et sous la mandature de Jean-Pierre Lognos, Bernard Azincourt sera nommé président du Conseil de Fabrique, association laïque chargée à l’époque de la gestion paroissiale. La loi de la séparation de l’Église et de l’État n’intervenant qu’en 1905. Le nom de Bernard Azincourt apparaît également, en qualité de maire cette fois, lors de plusieurs cérémonies religieuses, en particulier celle du 10 juillet 1887 à l’occasion de la bénédiction d’une cloche de l’église paroissiale baptisée Marie-Jeanne-Jacques-Victoire ! Ne pas confondre Bernard Azincourt avec Georges Azincourt, lui aussi maire de Terre-de-Haut de 1959 à 1963, et qui fut le premier a instaurer un service communal de ramassage des ordures. À signaler qu’avant l’appellation officielle des rues et places, les Saintois avaient spontanément donné le nom de Georges Azincourt à la Place de la Mairie. Appellation qui parlait davantage aux habitants, en tout cas à la plupart d’entre eux, que le parfait inconnu Hazier du Buisson, nom actuel de cette place !

Rue Théodore Samson

S’il est une personnalité qui méritait à elle seule sa rue à Terre-de-Haut, c’est bien Théodore Samson. Né le 14 septembre 1892 et décédé mystérieusement à 67 ans, le 1er mars 1959 dans les locaux de la Gendarmerie nationale à Terre-de-Haut, en pleine campagne électorale – ce qui provoqua une véritable émeute populaire et de nombreuses arrestations – Théodore Samson a laissé dans la conscience collective saintoise le souvenir d’un maire populaire, adulé et compréhensif. Marin au long cours puis charpentier de marine, il possédait le chantier naval de Coquelet où sont sortis nombre de goélettes et caboteurs reliant à l’époque les Saintes à la Guadeloupe.

Plaque de la rue Théodore Samson, en face de la Caserne

Élu maire en 1936, succédant ainsi à Benoît Cassin à l’issue du second mandat de ce dernier, il fut destitué par le régime de Vichy en 1941 pour son ralliement au Général de Gaulle et à la France Libre. Recherché par la gendarmerie comme résistant et possible dissident, il prit le maquis dans les collines des Saintes jusqu’en 1944, date à laquelle il retrouvera son poste d’élu. Maire ouvert, proche et à l’écoute de la population, toujours disponible, sans préjugé discriminatoire ou partisan, Théodore Samson était un vrai démocrate qui a toujours considéré sa fonction comme un service dû aux administrés et non comme un piédestal pour exercer on ne sait quel pouvoir discrétionnaire incontrôlé. C’est sous son mandat que Terre-de-Haut a entamé sa modernisation. À commencer par la construction d’une nouvelle mairie en même temps que celle d’un appontement en dur, digne de ce nom, en remplacement des vieux quais en bois inadaptés et dangereux ; par l’arrivée de l’électricité ; la construction d’un dispensaire et d’un groupe scolaire ; par le bétonnage des rues ; l’extension de l’église et la construction d’un nouveau clocher sous le ministère du Père Jean-Marie Offrédo. Autant de réalisations effectuées dans le souci de l’équilibre financier en dépit d’un budget municipal autrement moins conséquent que celui d’aujourd’hui. La rue qui lui est dédiée débute au carrefour de l’église, côtoie l’ancienne caserne, passe devant son domicile et rejoint la rue Charles Foy. C’est l’une des rues les plus délabrées de Terre-de-Haut et les deux plaques à son nom sont bien entendu effacées. Pour un ancien maire tel que Théodore Samson, ne serait-ce que les plaques à son nom  mériteraient pour le moins une urgente rénovation. C’est une simple question de respect, de reconnaissance et de dignité.

Ceint de  l’écharpe, Théodore Samson et quelques-uns de ses conseillers. Ph. A-M Monpoix

Ainsi se termine cette première chronique consacrée aux rues de Terre-de-Haut portant le nom de cinq anciens maires de la commune. La prochaine chronique évoquera les personnages historiques choisis par le comité d’appellation : Jean Calot, Fréminville, La Rabès, Charles Houel, Hazier Dubuisson, Félix Bréta, Gouverneur Du Lion…

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Sources : Patrick Péron : Une petite histoire de Terre-de-Haut – Félix Bréta : Les Saintes. Laurent Farrugia : Emmanuel Laurent – Camille Fabre : De clocher en clocher.
Un grand merci à Anne-Marie Monpoix pour la photo de son grand-père Théodore Samson et à vous tous pour votre fidélité.

Raymond Joyeux

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1865 : une année terrible pour les Saintes ( suite )

2 – Le choléra asiatique

Suite de la chronique précédente. Toujours extrait de la brochure de clochers en clochers, sous  la signature de l’abbé Le Couturier, curé de Terre-de-Haut en 1865. Peu après le désastre du cyclone du 6 septembre, voilà que le choléra se déclare aux Saintes, probablement venu de la Guadeloupe proche où il fera, du 22 octobre de cette année-là au 1er juin de l’année suivante, près de 12000 victimes pour l’ensemble de la colonie. Aux Saintes, en deux mois et demi, 174 décès seront à déplorer pour nos deux communes dont plus de 100 pour la seule paroisse de Terre-de-Haut. L’abbé Le Couturier ne se contente pas de décrire l’origine, les causes et les effets de la maladie. Il s’étend longuement sur la façon dont elle a été combattue grâce au courage de quelques hommes et femmes, civils et religieux qu’il cite nommément. Il évoque les conséquences morales et religieuses que l’épidémie a déclenchées au sein de la population en déplorant en bon curé, qu’un an après le passage de « L’Ange exterminateur »,  les Saintois, à part quelques-uns, n’avaient guère changé…

Récit de l’abbé Le Couturier

L’année 1865 n’est pas seulement mémorable pour la Guadeloupe et ses dépendances, par les épreuves que leur fit subir le « coup de vent » du six septembre ; elle est encore et surtout par les dures étreintes de la maladie la plus cruelle qui se déclara contre les malheureux habitants de cette Colonie. Du 22 au 30 octobre, plusieurs personnes, dans le voisinage du Canal Vatable, à Pointe-à-Pitre, moururent au bout de quelques heures seulement de souffrances. Leur mal à toutes avait manifesté les mêmes symptômes, et ce mal, loin de cesser après ces huit jours, se répandit par la ville. Alors, toutes les classes de la population, et spécialement les gens de couleur parmi lesquelles presque toutes les victimes avaient été choisies, furent terrifiées. Beaucoup de familles espérant de trouver le salut à l’étranger se hâtèrent d’abandonner leurs demeures. Bientôt la Basse-Terre et les autres communes virent affluer chez elles l’abondance des fuyards.

Rue Vatable à Pointe-à-Pitre d’ où est partie l’épidémie en octobre 1865

Origine de la maladie

Mais quelle avait été la cause de cette maladie ? Des étrangers l’avaient-ils apportée du dehors ou avait-elle pris naissance sur les lieux mêmes ? Personne ne pouvait le dire d’une manière certaine ; personne encore, jusqu’à présent, n’a pu le découvrir. Cependant les désastres du mal allaient en grandissant de manière la plus effrayante. Au 15 novembre, presque toutes les paroisses en étaient atteintes. Le 22 du même mois, les Saintes seules et l’Anse-Bertrand restaient intactes. Mais aux Saintes, pouvions-nous espérer de demeurer longtemps ainsi épargnés ? Non, à mon avis. Une quarantaine de cinq jours d’observation qui fut imposée aux embarcations venant des points contaminés ne me semble pas avoir été suffisante. Et puis, les relations fréquentes que nous étions obligés d’avoir, pour notre approvisionnement, avec Pointe-à-Pitre et surtout avec Basse-Terre, où l’on voyait mourir, à certains jours, plus de cent cinquante personne, nous présentaient le plus grave danger. D’autre part, il n’y avait que quelques jours qu’un beau nombre de personnes étaient venues de la Guadeloupe se réfugier sur notre île. Toutes ces circonstances ne nous étaient pas favorables ; elles nous faisaient craindre…

Le premier décès

Enfin, le 24 novembre, un pauvre père de famille de l’extrémité sud de notre bourg mourait. À partir de ce moment, le choléra, qui l’avait emporté, ne cessa de nous tourmenter jusqu’au commencement de février suivant. Dans ce court espace de temps, il nous emporta cent et quelques personnes à Terre-de-Haut, c’est-à-dire le sixième de la population.

Observation du maire de Basse-Terre : déclaration collective des décès

Mesures prises contre l’épidémie et désenchantement

Ici je dois, ce me semble, rapporter la manière dont le fléau fut combattu dans cette paroisse, et l’influence morale qu’il produisit sur les habitants. D’abord deux ambulances, destinées à recevoir, l’une les hommes, l’autre les femmes, furent établies grâce aux soins de MM. Sylvestre Thomas, adjoint au Maire, le Commissaire de la Marine Bonnefoy, le Docteur Pommeau et Émile Fournier. Il m’en coûte de l’avouer, mais la vérité m’y contraint, ces ambulances recueillirent certains malades qui, si les familles auxquelles ils appartenaient avaient eu plus de cœur, n’auraient pas dû y apparaître. Elles ne furent pas non plus souvent assistées par ceux de nos Saintois qui étaient en santé. Dire, en revanche, l’admirable dévouement qu’y déployèrent les Frères Justin et Barnabé, de la Maison de Ploërmel, et les sœurs Adélaïde et Delphine, de la Communauté de Saint-Joseph de Cluny, ne serait pas chose difficile. Cependant, ces bons frères et ces bonnes sœurs, pas plus que leur curé, n’ont été trouvés bien méritants aux yeux de l’Administration civile. Ici, quatre médailles avec mention honorable ont été accordées, au sujet de l’épidémie qui nous occupe, et nous n’y avons eu part ni les uns ni les autres.

Celles et ceux qui se sont dévoués

En dehors des ambulances où travaillèrent avec une bonne volonté remarquable plusieurs prisonniers de la Maison Centrale qui, en récompense, reçurent une large diminution de leurs peines, les personnes de cette paroisse qui, selon moi, ont, avec les bons frères et les bonnes sœurs précités, marqué le plus d’assiduité et de générosité dans le soin des cholériques sont : MM. le Docteur Poumeau, Floresty, Desvallons, Casimir Lognos, Schmüntz, capitaine du Génie, Bonnefoy, Commissaire de la Marine, les sœurs Saint-Valentin et Stéphanie, de la communauté de Saint-Paul de Chartres, M. Émile Fournier, M. Sylvestre Thomas, adjoint au maire, Melle Olympe Lognos, feu Mme Clément Ihaut et Mme Vve Tichon Saint-Romain. Bien d’autres personnes encore ont marqué un véritable dévouement ; mais comme ç’a été plutôt à l’égard de leurs parents qu’à l’égard du public, je ne cite pas leurs noms…

(NB : les patronymes en rouge ont encore aujourd’hui des descendants à Terre-de-Haut, NDLR)

Influence morale et religieuse de la maladie

Quant à l’influence morale que produisit le choléra sur les habitants de Terre-de-Haut, elle fut immense. Un beau nombre de concubinaires contractèrent mariage ; presque tous les autres cessèrent leurs désordres ; et, parmi les gens qui avaient négligé précédemment leurs devoirs de religion, il ne resta qu’un bien petit nombre de personnes qui ne reprirent pas le chemin de l’église et ne vinrent pas se confesser. Les victimes de la maladie aussi marquèrent les meilleurs sentiments. Toutes demandèrent et reçurent les secours de mon ministère, excepté trois dont deux furent emportés subitement et une mourut au Grand-Ilet sans qu’on soit venu me chercher. Mais ces bons effets religieux ont-ils persévéré ? Quelques-uns ont persévéré et sont pour mon cœur un vrai sujet de consolation. Mais il n’en est pas ainsi de tous, malheureusement. Aujourd’hui, l’indifférence pour l’assistance à la messe et l’immoralité recommencent. En un mot, les Saintois d’aujourd’hui, à quelques exceptions près, sont ce qu’ils étaient il y a un an.

Récolte et distribution des secours

Après avoir parlé des désastres du choléra, je devrais, ce me semble, annoncer que des secours abondants sont venus soulager la misère de nos veuves et de nos orphelins. Des sommes considérables, il est vrai (plus de douze cent mille francs) ont été recueillies en France tant pour nous relever des pertes que nous a occasionnées le coup de vent du 6 septembre que pour assister ceux que la maladie a plongés dans la détresse ; mais à part six cents francs que nous devons à la bienfaisance de Mgr Boutonnet, notre Évêque, pas un centime jusqu’ici n’a été donné à nos pauvres Saintois au sujet du choléra ; beaucoup même d’entre eux n’ont encore rien reçu pour les aider à rebâtir leurs maisons, détruites par l’ouragan du 6 septembre précité. Je n’accuse personne, je constate un fait.

Signé : P. Le Couturier

P.S. Il est à noter que quatre ans plus tard, exactement en avril 1869, une nouvelle épidémie se déclare à Terre-de-Haut : la fièvre jaune. Entre temps, l’abbé MOULY a remplacé le Père Le Couturier à la tête de la paroisse. À peine installé, voici ce qu’écrit le nouveau curé à propos de cette épidémie :
« J’ai eu à songer plutôt aux malades de l’hôpital qu’à mes paroissiens. Une épidémie venait de se déclarer. D’après le docteur chargé du service médical, il y aurait eu soixante-cinq personnes atteintes de ce terrible fléau, et nous avons eu à déplorer trente-cinq morts dont une sœur de Saint-Paul de Chartres : sœur Alexis, un officier du génie et une brigade entière de gendarmerie… Sur la demande de quelques personnes pieuses de la paroisse, et par l’autorisation de l’Évêché, j’ai fait édifier une petite chapelle à l’honneur de la Sainte Vierge, afin de mettre sous son patronage cette paroisse qui a tant besoin de la protection de la Reine des Anges. Parmi les personnes qui ont le plus contribuer à la construction de ce petit monument, je ne puis citer que M. Reimonet. »

Tombe de la sœur Alexis, décédée de la fièvre jaune le 6 avril 1889, comme le rapporte le paragraphe ci-dessus. Ignorant sans doute l’histoire de cette religieuse, ceux qui ont restauré sa tombe l’ont confondue vraisemblablement avec un militaire d’où la bande tricolore au-dessus de la croix et le masculin à décédé.

La petite Chapelle de la vierge

La petite chapelle de la Vierge, inaugurée le 1er mai 1870, telle qu’elle était à l’origine. Rénovée depuis, elle est appelée aujourd’hui Chapelle des Marins et donne lieu chaque 16 août à une traditionnelle procession à la Vierge.

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