Dépaysement en Pologne – 3

Après la parenthèse des ouragans du début septembre qui ont lourdement touché la Guadeloupe et ses îles, nous voilà revenus à nos chroniques sur la Pologne…

Nous sommes le jeudi 3 août. Depuis notre arrivée le soleil ne nous a pas quittés. Dès le matin, la température extérieure avoisine les 35 degrés. Le ciel est d’un bleu cobalt intense, sans le moindre soupçon de nuage. L’air immobile inciterait plutôt au farniente. Mais si nous sommes venus ici ce n’est pas pour nous endormir en restant tranquillement au frais dans nos chambres d’hôtel. Aujourd’hui, deux visites importantes sont prévues : Auschwitz-Birkenau et la maison natale de Jean-Paul II à Wadowice.

Au cœur de l’inconcevable
1- Auschwitz N° 1 – le Stammlager

Dans un important ouvrage collectif abondamment illustré sur les camps de la mort au cours de la deuxième guerre mondiale, intitulé, en référence à la liturgie nocturne de la semaine Sainte,  LEÇONS DE TÉNÈBRES, publié par les Éditions Perrin en 2004, l’ancien déporté André Rogerie écrit : « Contrairement à ce qu’on pense communément, ce qu’on appelle le camp de concentration d’Auschwitz représente en réalité trois camps situés au sud de la Pologne, à 60 kilomètres de Cracovie … Le camp d’Auschwitz N°1, le Stammlager (camp principal) ; le camp d’Auschwitz N°2, Birkenau ; le camp N°3, Buna-Monowitz. C’est cet ensemble de trois camps qu’on appelle AUSCHWITZ. »

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Portail d’entrée du camp principal d’Auschwitz. il est écrit en allemand : « Le travail rend libre. »

C’est en début de matinée que notre bus se gare aux emplacements réservés non loin de l’entrée du camp N°1 d’Auschwitz, première étape de nos deux importantes visites d’aujourd’hui. Bien qu’ayant fait par le passé en individuels la visite de ce trop célèbre camp de la mort, c’est toujours avec la plus grande émotion que l’on franchit le seuil de ce « musée » unique, heureusement, dans le monde, et qui perpétue la mémoire d’une partie de ces millions d’hommes, de femmes et d’enfants innocents, victimes de la « barbarie nazie », comme on dit souvent machinalement, sans penser peut-être, sans imaginer ce que cette expression galvaudée exprime d’insupportable. Et surtout sans comprendre vraiment ce qui s’est déroulé ici, au Sud de la Pologne, durant ces cinq terribles années de la Seconde Guerre mondiale. Sans comprendre, comme le soulignent les mots du déporté feu Edmond Michelet étreignant à sa libération son ami Maurice Schumann venu à sa rencontre :  » Tu vas voir, tu vas pleurer, mais tu ne comprendras pas. Pour comprendre, il faut avoir été ici avec la mort. »

D’anciens casernements polonais

Lors de l’invasion de la Pologne par les Allemands en 1939, c’est naturellement que ces derniers occupèrent une ancienne caserne polonaise qu’ils transformèrent en avril 1940 en camp de concentration. « C’est là que furent incarcérés et souvent exterminés, lit-on dans Leçons de Ténèbres, de nombreux Polonais, des Russes et des Juifs de toutes nationalités ».  Au début, le camp comportait 20 bâtiments dont 14 pavillons et 6 blocs indépendants d’un étage. Par la suite les prisonniers furent chargés de travailler à l’agrandissement des bâtiments et à ajouter un étage aux pavillons. Au total le camp comporta 28 bâtiments pour recevoir jusqu’à 20 000 prisonniers, avant l’arrivée en masse des déportés voués à l’extermination. Bureaux, cachots, chambres à gaz et fours crématoires y furent en effet aménagés en vue de leur funeste destination et, aujourd’hui, ce sont ces mêmes tristes locaux et ces installations – celles qui n’ont pas été détruites par les Allemands en tout cas – qui servent de salles au musée. Salles que notre guide, maîtrisant parfaitement le français, nous fait successivement découvrir, apportant toutes les explications nécessaires dans une écoute respectueuse, malgré l’affluence des autres groupes de visiteurs se succédant dans un ordre relativement fluide.

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Des témoignages plus qu’émouvants

Sans entrer dans des détails indécents que, par respect pour le million et demi estimé de victimes assassinées ici par les nazis, j’ai évité personnellement de photographier, nous avons pu voir, au rez-de-chaussée des différents Blocs, les salles où ont été recueillis les effets personnels des déportés à qui l’on faisait croire qu’ils n’étaient que de passage : valises, chaussures, lunettes, affaires de toilette, ustensiles de cuisine… Mais les plus émouvantes de ces reliques sont sans conteste les amas des cheveux entremêlés et les photographies aux murs des bustes, face et profil, des prisonniers en habit rayé, le N° de matricule inscrit sur la poche. Ce qui nous marqua aussi fortement ce sont les explications du guide concernant la virtuosité cynique des nazis à inventer supplices et tortures aussi bien physiques que morales infligées aux prisonniers avant leur extermination. Et c’est ici que prend toute sa terrible confirmation l’adage qui dit que : « Ce que l’homme a fait subir à son semblable, aucun animal ne l’a jamais fait. »

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Entrée d’un four crématoire illuminée à l’occasion d’une cérémonie du souvenir à Auschwitz.

2- Auschwitz N°2 – Birkenau

Une terrible impression de malaise et de compassion

Au sortir de ce musée, c’est un sentiment mêlé de malaise et de compassion qui domine chez nous tous. Malaise quant à ce qui pousse les hommes à tant de haine et de créativité dans l’accomplissement de tels actes gratuits de barbarie ; compassion pour les victimes de cette barbarie touchant de si nombreuses personnes, sans distinction d’âge, de nationalité, d’origine, de religion, jusqu’à la solution finale visant exclusivement les Juifs. Sentiment de malaise que nous continuerons à éprouver lors de notre arrivée à Birkenau. Ce camp N°2, situé à 3 Km d’Auschwitz comprenait 300 bâtiments qui ont été construits sur 175 ha, lorsque le camp principal était devenu trop petit pour les projets criminels des nazis d’élimination massive. Sur la totalité de ces 300 bâtiments, seuls 42 baraquements en briques et 22 en bois sont restés intacts.  Ils constituent un  témoignage poignant des atrocités et de la mort cruelle infligées à plusieurs centaines de milliers de détenus innocents. L’entrée principale avec les voies ferrées de sinistre usage sont également en parfait état.  C’est le seul vestige de cette folie humaine, avec le mirador et les barbelés ci-dessous que j’ai osé photographier.

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Entrée principale de Birkenau

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Que dire après cela ?

Que dire, au-delà de la grande émotion éprouvée, sinon que, malgré une dérive un peu trop touristique de notre point de vue, mais sans doute inévitable, une visite à ces hauts lieux de mémoire est indispensable et nécessaire à qui veut se rendre compte d’une triste et tragique réalité pas si lointaine qui a marqué de façon indélébile notre humanité. Que dire encore, sinon notre incompréhension face à ceux qui s’obstinent à mettre en doute cette réalité. Que dire enfin sinon que la lecture des récits de ceux qui ont survécu à cet enfer ne pourrait que renforcer notre prise de conscience de ce que des hommes ont fait  méthodiquement subir à leurs semblables : je veux parler, parmi d’autres, du livre de Primo Levi : Si c’est un homme, de celui de Robert Antelme : L’espèce humaine et de celui de Jorge Semprun : l’Écriture ou la vie.

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Fragment du Camp de Birkenau en hiver

Texte de Raymond Joyeux

Crédit photos :
1 – Portail du camp d’Auschwitz  : ouvrage collectif en polonais : Auschwitz- Birkenau
2 – Barbelés : ibidem
3 – Entrée d’un four crématoire : Auschwitz Les Voix des ténèbres -2001 – Adam Bujak
4  et 5 – Raymond Joyeux
6Fragment du camp de BirkenauAuschwitz Les Voix des ténèbres -2001 – Adam Bujak
  • Prochaine chronique : visite de la maison natale de Jean-Paul II à Wadowice
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Quand MARIA fait des siennes..

La Dominique, les Saintes et le Sud Basse-Terre durement touchées 

À la demande des nombreux lecteurs et amis internautes de ce blog, je fais une parenthèse sur mes pérégrinations polonaises dont j’avais commencé la publication des premières chroniques. Cela pour vous transmettre quelques photos des Saintes après le passage de l’ouragan Maria. Je précise que n’étant pas à Terre-de-Haut au moment du cyclone (et ne le suis toujours pas), je n’ai pu, ni ne peux, me rendre compte personnellement des dégâts et n’ai pas pu prendre de photos comme à l’accoutumée. Mon correspondant sur place, Alain Joyeux, doit m’en transmettre, mais l’île étant privée d’électricité (et d’eau), il ne peut pour le moment recharger la batterie de son portable et a du mal à me joindre. Je me contenterai donc de vous proposer deux liens pour vous permettre de visionner photos et vidéos publiées par des amateurs de Terre-de-Haut et Terre-de-Bas témoins directs des événements : Maria Terre de haut et Terre de Bas   . Ces images, également publiées pour la plupart sur le Facebook de  Terre de Haut Indiscretions vous donneront une idée de la situation. Images que leurs auteurs acceptent de partager mais qui restent leur propriété personnelle. Merci à ces photographes amateurs, témoins de ces graves événements et aux sites diffuseurs.

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L’ouragan sur les Antilles. Le petit point foncé sur la Dominique c’est l’œil du cyclone

En attendant que vous ouvriez facilement le lien, voici quelques photos récupérées sur Terre-de-Haut Indiscrétions et dont vous trouverez le nom des auteurs sur le site.

Quartier du Fond Curé

Le jardin saccagé de Paul-Henri et un pan de sa maison à droite

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Le petit marché en face de Vival

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Le Miss Guadeloupe échoué au Pain de Sucre

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Plage de l’Anse à Gilot : voiliers échoués et restaurant détruit

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Maison particulière endommagée

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Route du Marigot

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À proximité de la place de la Mairie

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Quartier du Marigot

Non loin du stade

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La maison bateau route de l’Anse Mire

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Pour Terre-de-Bas, encore plus gravement touchée que Terre-de-Haut, je vous transmets à nouveau le lien avec des images de Jordy Petit :

Maria Terre de Haut et Terre de Bas

En conclusion de cette chronique improvisée, voici un commentaire d’Igor Schlumberger, amoureux des Saintes et propriétaire d’une maison à l’Anse Mire qu’il vient de finir de rénover. Igor n’a pas vécu personnellement l’ouragan. Sa maison semble-t-il, n’a pas été endommagée, mais son commentaire résume la situation actuelle à Terre-de-Haut au lendemain du passage de Maria. J’espère qu’il vous intéressera, en souhaitant que sa prédiction finale un peu pessimiste restera sans lendemain… et que vous qui me lisez ayez des nouvelles rassurantes de vos familles, parents ou amis saintois. Pour ma part, tout va bien. Je rassure mes parents et amis : seulement du sable devant la maison côté mer, la végétation saccagée mais rien de sérieux. Même remarque pour le reste de ma famille aux Saintes : des arbres tombés, des barrières couchées, des poules envolées, mais tout le monde est sain et sauf et les maisons intactes… il faut dire que ma sœur aînée Maryse est présidente à Terre-de-Haut du Rosaire en équipe, autrement dit des Enfants de Marie  !… Ouf !…

Voici le témoignage d’Igor Schlumberger que je remercie pour son amitié :

« Je viens d’avoir le témoignage d’un ami sur place. C’était une véritable lessiveuse. Il fallait tenir les portes, car avec les vibrations, les crochets se relevaient tout seuls. Toutes les paraboles se sont envolées. Le toit de la maison bateau a été retrouvé au fort Napoleon (à vérifier quand même). Le toit de la bibliothèque a été abîmé, celui de l’école maternelle également. Son avocatier qui avait plus de 20 ans a été déraciné (alors qu’il était protégé par un mur). Beaucoup de barrières ont été endommagées. Les gens sont restés sagement chez eux. Peu ont dormi. Le calme est revenu sur Terre de Haut qui panse ses plaies et qui sait à quoi s’en tenir, car un prochain cyclone aussi fort s’abattra à nouveau sur Terre de Haut un jour. »

En attendant  les photos et commentaires d’Alain, je vous renouvelle à tous mon amitié et vous souhaite du courage à n’en plus finir pour que notre île retrouve rapidement son vrai visage et reparte de l’avant, ayant pansé les plaies de Maria, quoi que cela coûte…

Raymond Joyeux

P.S. : Sur cette photo satellite, on voit nettement en jaune, au centre du phénomène, l’œil de l’ouragan  qui s’apprête à traverser la Dominique.

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Dépaysement estival en Pologne – 2

En route pour Kraków

Après une bonne nuit de sommeil réparateur, n’ayons pas peur des clichés ! les fatigues du trajet depuis Montceau commencent à s’estomper. L’enthousiasme règne dans le groupe et c’est de bonne grâce, ce mardi 2 août, que tout le monde, requinqué par l’habituel copieux petit déjeuner, obtempère aux injonctions de notre ami Daniel : notre bus est prêt à démarrer. Un ultime comptage, une courte prière en polonais par Tadeusz qui nous recommande aux dieux de la route et nous voilà partis pour une longue journée ensoleillée de visite à Kraków.

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Kraków, Cracovie en français, est la capitale historique du royaume de Pologne.  Supplantée depuis 1596 par Varsovie, l’actuelle capitale située plus au nord, elle ne reste pas moins l’une des villes du pays la plus chargée d’histoire, de monuments prestigieux, tant civils que religieux, de trésors architecturaux les plus célèbres d’Europe … C’est dans cette ville que les rois se faisaient couronner et c’est le siège de l’université Jagellonne qui date du XIVème siècle. Université où ont étudié, à cinq siècles d’intervalle, l’astronome Nicolas Copernic, (1473-1543) et celui qui n’était pas encore canonisé, le futur Pape et Saint, Jean-Paul II, de son vrai nom Karol Wojtyła (1920-2005), dont nous visiterons plus tard la ville natale et la demeure familiale.

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Cour intérieure de l’Université Jagellonne

Le château de WAWEL et sa cathédrale

Outre sa célèbre université, Kraków abrite les prestigieux et incontournables Château de Wawel et sa Cathédrale, édifiés sur une colline fortifiée dominant la Vistule. Un guide, (ou plutôt une) – époustouflant d’érudition, (même si elle hésite à traduire jusqu’au bout les inscriptions et titres latins des tapisseries, extraits de la Bible !) – une guide, disais-je, nous attend pour nous expliquer dans les détails et en français l’historique de chacune des salles avec sa collection de portraits, de tapisseries, de bijoux, d’armures… Nous sommes éblouis par tant de richesses artistiques et de trésors amassés au cours des siècles, dont les joyaux de la couronne, (comme il se doit !), mais aussi par les effets architecturaux, la plupart d’époque, certains, dégradés par les guerres et le temps, ayant été reconstitués à l’identique. Les groupes de visiteurs se croisent avec leur guide entre deux portes monumentales de cette Tour de Babel aux multiples tonalités de langage. C’est l’été, saison touristique par excellence, et la Pologne, l’un des pays les plus visités d’Europe de l’Est, et riche de ses attraits et de son histoire, n’échappe pas à la règle.

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Là-haut sur la colline…

Malheureusement aucune photo n’est permise à l’intérieur, règle compréhensible, surtout à cause des flashes qui altèrent les couleurs, mais règle que certains, en douce, ne se privent pas de contourner allègrement… Nous visitions dans la foulée la cathédrale, de style gothique et ses nombreuses chapelles baroques, ajoutées au fil des siècles. Seule la crypte échappe à nos déambulations : c’est pourtant là que se trouvent les tombeaux des rois de Pologne, mais aussi celui – très controversé – de l’ancien président Lech Kaczyński, décédé en 2010 dans l’accident de son avion à Smoleńsk, et frère de l’actuel président du parti conservateur le PIS.

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Un ensemble architectural unique : le château royal de Wawel et sa cathédrale 

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La cour Renaissance du château et ses colonnades

Visite de la vieille ville et de l’ancien quartier juif de KAZIMIERZ

Après Wawel, nous gagnons au pas de charge, au pied de la colline, la station de départ des voiturettes électriques, que, très inspirés, Daniel et Tadeusz nous ont réservées, comme à Wrocław. Aussi, c’est ensemble mais en trois groupes distincts, et tranquillement installés à l’ombre, que nous nous lançons à la visite guidée de la vieille ville de Cracovie avec sa superbe place médiévale, Rynek Glówny, la plus grande d’Europe, la Basilique Sainte-Marie, appelée aussi Basilique Notre-Dame, érigée en l’honneur de l’Assomption de la Vierge Marie, entre le XIIIème et de début du XVème siècle. Mélange d’architecture gothique et de style Renaissance, cette église est également célèbre pour son monumental retable de Wit Stwosz qui domine le chœur de ses 13 mètres de hauteur sur 11 de large, qu’il est interdit bien entendu de photographier mais que l’on peut retrouver facilement sur Internet.

Basilique Notre Dame à Cracovie

Toujours en voiturettes, nous parcourons l’ancien quartier juif de KAZIMIERZ, centre historique et social des Juifs de la ville jusqu’à la seconde Guerre mondiale. Autonome  à ses débuts mais rattaché à Cracovie en 1872, ce quartier de la ville fut fondé en 1335 par le roi Casimir le grand qui lui donna son nom. Autrefois entouré de murailles, il accueillit pendant plusieurs siècles la communauté juive de la ville mais aussi de nombreux réfugiés israélites venus des pays d’Europe centrale où ils étaient persécutés. La présence d’un ghetto témoigne de l’existence cloîtrée des membres de cette communauté, liquidés par les SS en mars 1943, à l’instar de celui de Varsovie de tragique mémoire.

Synagogues et autres monuments furent alors érigés dont on retrouve aujourd’hui les traces et même l’intégralité, comme l’ancien hôtel de ville transformé en musée ethnographique et 7 synagogues dont encore une est ouverte au culte. Certaines  de ces synagogues sont en rénovation, d’autres servent de salles d’exposition très appréciées des touristes qui parcourent rues, cours et placettes chargées souvent d’une histoire tragique, conséquence directe des atrocités de la guerre. C’est dans cet ancien quartier juif hébergeant une célèbre usine que le réalisateur Steven Spielberg tourna, sur les lieux mêmes des événements relatés,  plusieurs scènes de son film : La Liste de Schindler. 

 Façade de l’usine Schindler et photographies de quelques-uns des employés sauvés par l’industriel. 

Repas et quartier libre l’après-midi

De retour à notre point de départ, nous nous retrouvons tous au restaurant Hawełka situé non loin de la Grand’Place à deux pas de la Basilique Notre-Dame. Le décor est somptueux et la bière frappée à souhait est la bien venue. La soupe froide à la betterave ouvre agréablement le menu « presque trop copieux » … même pour nos trois jeunes végétariens condamnés volontaires aux salades composées et à l’éternel fromage pané. Si la salle est climatisée, la chaleur extérieure se marie parfaitement à la glace-dessert de fin de repas. Un petit café clôt ce moment reposant de convivialité et nous voilà repartis – à pied cette fois et délaissant le groupe –  à la découverte de la ville : l’université, l’intérieur de la Basilique, une ou deux autres églises, la Halle aux draps sont nos principaux points de prédilection. Et, comme le souligne si bien Jean-Christophe Bailly dans ses « Voyages en France » – Éditions du Seuil, avril 2011 – : « Aucun aménagement exagéré, aucun fléchage absurde ne vient perturber ici le mouvement naturellement sans règles de la flânerie… »

La terrasse arborée de notre restaurant

 

Intérieur baroque de l’église Sainte Anne, non loin de l’Université Jagellonne

La célèbre galerie marchande de La Halle aux draps

17 heures : retour à l’hôtel

Mais, avec Daniel et Tadeusz, les deux patients anges gardiens de notre expédition, on ne badine pas avec les horaires. Rassemblés au point de RDV, les cabas pour certaines bien remplis, nous nous apprêtons à regagner notre hôtel loin du centre-ville. Rassurez-vous ce n’est pas dans le carrosse de la photo ci-dessous, si beaux soient les chevaux, que nous nous embarquerons pour le Jurajski. Mais bien, hélas, dans notre bus diesel habituel, dont les chauffeurs nous accueillent toujours avec le sourire et sans réflexions désagréables malgré nos fréquents retards : de vrais princes polonais, discrets, silencieux, courtois et particulièrement prudents !

La super deux-chevaux polonaise, bien trop « classe » pour nous !

Cette journée bien remplie du 2 août n’est pas terminée pour autant… une animation musicale, concoctée par D et T,  est prévue au souper à l’hôtel Jurajski : nous allons de surprise en surprise. Nos organisateurs ont vraiment bien fait les choses, et nous ne sommes qu’au deuxième jour !

Si les danseurs sont encore peu nombreux, les musiciens, eux, au fond, s’en donnent à cœur-joie

Texte et photos : Raymond Joyeux

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Dépaysement estival en Pologne

UnknownAprès la Scandinavie, la Pologne

Notre expédition en Pologne, cet été 2017, diffère de beaucoup de notre escapade de l’an dernier en pays nordiques. Alors que nous n’ étions partis que quatre en voiture pour la Hollande, le Danemark et la Suède, cette année, c’est en voyage organisé avec 36 autres personnes que nous avons parcouru le Sud de la Pologne. Un périple néanmoins inoubliable de 10 jours en dépit de longues heures de bus, à l’aller comme au retour, entrecoupées, heureusement d’arrêts réguliers nous permettant de nous dégourdir les jambes et de nous substanter de modestes repas tirés du sac, le premier et le dernier jour du voyage.

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Une initiative de la Chorale Traditions

C’est L’Amicale des Anciens de la Chorale Traditions de Montceau-les-Mines, sous l’énergique férule du dynamique et sympathique Daniel, secondé par le père Tadeusz de IŁOWA, chez qui nous faisons notre première escale, qui a eu la très bonne idée d’organiser ce mémorable « dépaysement ». Dépaysement au sens étymologique du terme dont l’itinéraire, minutieusement préparé ne nous a réservé que d’agréables surprises, tant pour les incontournables visites programmées que pour le gîte et le couvert dans trois hôtels différents, réputés pour leur accueil toujours cordial et empressé et pour la qualité exceptionnelle de leurs mets le plus souvent traditionnels.

17 heures de route à travers la France et l’Allemagne

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Mulhouse, dernier arrêt avant l’Allemagne

Partis des Gautherets en banlieue montcellienne le 31 juillet à 4 heures du matin, nous prenons la direction de Mulhouse, dernière ville française avant l’Allemagne, dont nous côtoyons sous le soleil, sans nous arrêter, les villes de Karlsruhe, Nuremberg et Dresde. Si les autoroutes allemandes sont gratuites, bien entretenues et sans limitation de vitesse, leurs aires de repos aux toilettes payantes, sans chauvinisme aucun, sont loin de valoir celles de la France. Malheureusement, en bus, notre vitesse à nous est forcément limitée et les innombrables zones de travaux nous ralentissent et nous font prendre un retard de deux heures sur l’horaire prévu. C’est donc à 21 heures, alors qu’il fait encore jour, que nous sommes heureux de mettre pied à terre et de découvrir notre première étape polonaise : IŁOWA, petite ville de 4000 habitants dont nous n’avons pas le temps de voir grand chose, et dont la visite d’ailleurs n’est pas prévue au programme. Accueillis pour le repas à la cure de Tadeusz, nous soupons, à volonté, comme des rois, pressés cependant de gagner nos chambres à l’hôtel Janków après ces 17 heures de route, interrompues seulement de trois courts arrêts plus que  bienvenus, en dépit d’une canicule qui n’a rien d’exceptionnel pour la saison…

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Hôtel Janków, ancienne villa allemande où nous passons notre première nuit.

Mardi 1er août :  BOLESŁAWIEC et WROCŁAW 

Le petit déjeuner à la résidence Janków est à l’image de tous ceux que nous aurons à déguster par la suite : choix de jus frais, fromages, œufs brouillés, charcuteries diverses, fruits de saison, lait, café, thé… petits pains exquis au sésame ou au pavot qu’on peut tartiner à volonté de beurre local, de confiture ou de miel, selon ses goûts et habitudes. Et même si ce n’est pas le cas, personne ne se prive de bien garnir assiette et soucoupe, histoire de faire honneur à la tradition du « buffet suédois » comme est appelé ici ce « p’tit dej » gargantuesque, à la mesure de la générosité légendaire de nos hôtes… Mais Daniel veille, il ne s’agit pas de flâner, le bus nous attend déjà et à 7 heures tout le monde, avec armes et bagages, doit être ceinturé à son siège. Nous n’avons que peu de temps pour faire quelques achats au magasin d’usine de céramique d’art de BOLESŁAWIEC et visiter WROCŁAW en voiturettes électriques… avant de prendre à 15 heures, juste après le déjeuner, la direction de Kraków et de notre prochain hôtel.

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WROCŁAW : Capitale 2016 de la culture européenne

Fondée au 10ème siècle, cette capitale de la Basse-Silésie, est la quatrième ville de Pologne avec plus de 630 000 habitants. La ville est traversée par le fleuve Oder qui se divise en plusieurs bras dont les rives sont reliées par pas moins de 120 ponts. Caractéristique qui a valu à la cité le surnom de « Venise polonaise » ou Venise du Nord. Ville universitaire, WROCŁAW accueille près de 150 000 étudiants de toutes nationalités. De nombreux Prix Nobel y ont étudié et obtenu leur diplôme. Les organisateurs de notre voyage nous ont concocté avec bonheur un tour de ville en voiturettes électriques, particulièrement apprécié et instructif car un guide parlant impeccablement le français nous dévoile, souvent avec humour, les aspects les plus insolites de la ville dont la présence dans presque toutes les rues de lutins en bronze érigés à partir de 2001. On compte actuellement plus de 350 de ces figurines, protégées par le gouvernement et constituant avec nombre de monuments, d’églises, de théâtres, de musées, l’une des attractions principales de la ville…
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Sur l’un des bras de l’Oder nous découvrons avec surprise ce pont aux cadenas d’amour, semblable à ceux de Paris dont les grillages, comme au Pont des Arts, croulaient sous des tonnes de métal, ce qui a nécessité leur récent enlèvement par les autorités de la capitale. Ici, à Wrocław, les fameux cadenas sont encore parfaitement visibles et, pour l’instant, personne ne semble vouloir les enlever. Les amoureux qui les ont avec ferveur accrochés peuvent continuer à dormir tranquilles dans les bras l’un de l’autre, et à s’aimer sans souci !

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Le Pont aux Cadenas d’amour

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 Hôtel de ville gothique construite entre 1242 et le XVI ème siècle, rénové en 1950

À vrai dire, les merveilles architecturales et naturelles de cette magnifique ville avec ses îles sur l’Oder sont si nombreuses, qu’il m’est impossible de vous les présenter toutes, surtout que, délaissant nos voiturettes électriques, nous sommes attendus au restaurant Dwór Polski, non loin de la place principale, pour un repas bien mérité, avant de prendre à 15 heures la route de KRAKÓW. C’est à sa périphérie, à trois heures de route de WROCŁAW, que notre prochain hôtel a été réservé. Pressés par un Tadeusz inflexible sur l’horaire, ceux (surtout celles) qui avaient envisagé de faire du lèche-vitrines en restent pour leurs frais !

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L’Hôtel de ville et son beffroi vu sous un autre angle

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Sur la place chauffée au soleil...

Direction KRAKÓW et l’hôtel JURAJSKI

C’est autour de 19 heures que notre bus climatisé (il fait 35° au dehors) nous dépose à notre second hôtel : le JURAJSKI. Comme l’ascenseur est souvent utilisé, nous nous résignons à monter nos valises au deuxième étage par l’escalier et à prendre possession de nos chambres, toujours accueillantes avec salle de bains et toilettes attenantes. Lits séparés comme il se doit mais couchage moelleux à souhait, comme une invite exclusive au repos, après ces deux premières journées enrichissantes, mais pour le moins rythmées et quelque peu harassantes. Dans la touffeur atténuée du soir, petite promenade autour de l’hôtel après le repas bien arrosé de bière du pays, avant de regagner nos chambres aux lits séparés. Il est 22 heures 30, le ciel est étoilé, demain est un autre jour !…

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Notre hôtel à la périphérie de KRAKÓW : Le Jurajski

Texte et photographies : Raymond Joyeux

 

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Ouragan José aux Saintes

Des photos impressionnantes

des effets de José à Terre-de-Haut

Alain Joyeux

 Vendredi 8 Septembre

La plage de Grande Anse démontée

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La mer envahit la piste d’atterrissage

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Anse Galet

Samedi 9 septembre

Le calme est revenu

 

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Ici, le mer a fait le ménage

Merci Alain pour ces photos uniques

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Cyclone : il est temps de sceller la porte à la rafale…

Un cyclone à Terre-de-Haut

Le mauvais temps commença en douceur, sous un soleil inaccoutumé, par une houle ample et silencieuse, sans le moindre souffle de vent. Ce n’est qu’à la mi-journée que le ciel se voila et que le cyclone s’installa peu à peu par petites risées à peine perceptibles mais régulières. Une certaine excitation animait la population comme toujours à l’approche de ces grandes intempéries où l’homme se sent démuni et confusément dépossédé de ses forces. Cependant, en quelques heures, la solidarité jouant à plein, il ne restait sur la rade moutonneuse que les grosses embarcations impossibles à tirer sur le rivage ou dans les rues.

Partout, avec méthode mais sans affolement, portes et fenêtres étaient consolidées par des pièces de bois clouées de travers. Certaines cases dont les tôles sifflaient déjà au vent, étaient littéralement ficelées comme des paquets fragiles avec de robustes cordes de senne. Le ciel était devenu rapidement une chape de plomb où des vapeurs moites et basses couraient en tous sens. La large houle avait fait place à des rouleaux nerveux et déferlants, attaquant sans ménagement le littoral, léchant dangereusement les premières maisons.

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Passant sans prévenir du nord à l’ouest puis au sud, les rafales s’enflaient pour souffler en saccades précipitées, soulevant sur la crête des lames des jaillissements d’écume tourbillonnante. Des centaines d’oiseaux marins, comme pris dans un piège infernal pour n’avoir pas perçu à temps l’approche de la dépression, mais mus par un mystérieux instinct de survie et de lutte, affrontaient les éléments maintenant déchaînés en un vol immobile au ras de la mer en ébullition. Leurs piaillements désespérés se mêlaient au rugissement des rafales et au grondement sourd des flots qui s’écrasaient sur le sable en gerbes meurtrières.

Çà et là, s’envolaient, dans des craquements sinistres, des branches de poirier et de flamboyant et il devenait imprudent de s’aventurer dans les rues transformées en coupe-gorge par la furie de l’ouragan. Quelques vieux cocotiers au tronc buriné résistaient encore et leurs crinières échevelées semblaient implorer le ciel comme des bras multiples sur des corps désarticulés.

La pluie était venue d’un seul coup, accompagnée d’éclairs et d’un tonnerre de tous les diables. Un crépitement de grains serrés et brûlants s’était abattu sur les toits ondulés et martelait rageusement les façades et le béton des chemins dans un fracas d’apocalypse. Des trombes d’eau, charriant dans leur démence aveugle feuilles, branches, ordures, carcasses d’animaux imprudents, ne tardèrent pas à dévaler les mornes, transformant rues et ravines en torrents boueux, s’infiltrant sous les portes, coloriant la rade démontée de l’argile sale des terres arrachées…

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Agenouillés autour de notre mère, au pied de la petite chapelle aux Saints de la chambre parentale, mes deux sœurs et moi guettions avec inquiétude l’arrivée de notre père parti apporter son aide et mettre à l’abri ses propres filets et canots, après avoir consolidé la maison et dicté ses recommandations.

La flamme vacillante de la veilleuse à huile, allumée par ma mère dès l’annonce du cyclone, projetait sur la cloison l’ombre tremblante de nos visages torturés par l’angoisse qu’accentuaient les gémissements de la charpente et les coups de boutoir des lames contre la porte de la cuisine.

Tout en récitant des Je vous salue Marie et des Jésus protégez-nous, je pensais aux deux couples de tourterelles et à leurs trois oisillons déjà presque adultes que, sur le conseil de mon père, j’avais libérés de leur cage et laissés s’envoler le matin, après le passage du garde champêtre. Qu’étaient-ils devenus au milieu de ce malstrom de vent, de pluie et d’orage  et qu’était devenue leur cage grillagée à neuf que je n’avais eu ni le temps ni le courage de démonter ?

En début de nuit, trois coups brefs frappés à la porte latérale de la maison, donnant sur le gros poirier déplumé de la cour, me sortirent de mes pensées. C’était mon père qui revenait.

Me recommandant la plus grande prudence, ma mère me chargea de faire pivoter lentement le barreau de fermeture de la porte tout en maintenant fermement celle-ci vers l’intérieur. Avant qu’une rafale ne me l’arrache des mains, mon père entra prestement et referma la porte derrière lui en rabattant violemment le barreau dans ses encoches.

 -Ne vous en faites pas, nous rassura-t-il, trempé de la tête aux pieds, le vent va bientôt se calmer, nous entrons dans l’œil du cyclone. Mais pour la mer, c’est une autre histoire, sa colère ne retombera qu’en fin de nuit. Tante Irène et tonton sont en lieu sûr, mes sennes et canots à l’abri et la maison ne craint rien, c’est l’essentiel.

Si la présence de mon père ramena un peu de sérénité dans nos esprits, elle ne nous permit pas de trouver totalement le sommeil. Une longue nuit commençait alors, peuplée de bruits insolites, de sifflements, de crépitements saccadés de la pluie sur les tôles. Mais c’était surtout le tumulte incessant de la mer qui nous tenait éveillés. Nous l’imaginions comme un rouleau compresseur aveugle et furieux, s’acharnant à déraciner la maison et à l’anéantir dans les flots.

Néanmoins, les prévisions de mon père s’avérèrent justes. À mesure que les heures s’écoulaient, le vent et les pluies se calmèrent et, vers trois heures du matin, les attaques de la mer se firent moins brutales. Ce répit des éléments, ajouté à la tension et aux péripéties de la journée, eut raison de nos corps fatigués…

Le spectacle de désolation qui s’étalait au petit jour sous nos yeux encore bouffis d’un restant de demi-sommeil ne nous surprit pas. Côté mer, le sable, jonché de détritus, de varech emmêlé, de poissons morts le ventre en l’air, bloquait à mi-hauteur la porte de la cuisine. Il était inutile de chercher à retrouver un quelconque vestige de la cage à tourterelles, emportée sans doute dès les premiers assauts des vagues.

Ce pan de mon enfance, définitivement englouti par la tempête, me fit monter les larmes aux yeux mais l’urgence des tâches à accomplir me ramena vite à la réalité et dissipa ma tristesse : il fallait se retrousser les manches et tous les bras étaient nécessaires.

La conviction que mes dernières tourterelles avaient échappé au mauvais temps me remplit au contraire de courage. Et la pensée qu’elles volaient maintenant libres dans le ciel délavé, se riant peut-être de nos malheurs de terriens, m’obséda toute la journée et m’accompagna jusqu’aux dernières heures de cette fin de vacances agitée…

Texte : Raymond Joyeux – extrait du récit autobiographique
Fragments d’une enfance saintoise
Photos des Saintes :  Alain Joyeux

Épilogue poétique

Lorsque le vent se lève
au Nord de mon pays
s’inscrit la fuite des courants
à la lisière des hauts fonds.

Et le ciel s’écartèle
aux quatre temps de la saison
lorsque septembre en transe
en voile de mariée
gravit les marche du cyclone.

La mer huilée
en tous ses muscles de lutteur
déploie sur toutes rives dévastées
ses grandes rages tapageuses.

Et le soir qui s’essouffle
à cerner l’œil de la tempête
grave l’espoir
au cœur de l’homme.

Raymond Joyeux

Extrait des Poèmes de l’Archipel :
L’œil du cyclone

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Plage de Grande Anse après le passage d’Irma – 7/9/17 – Photos Alain Joyeux

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En préambule à la Pologne, escale ensoleillée au port de Montceau-les-Mines

Bienvenue à la navigation fluviale

Pour les puristes, fluvial est ici sans doute inapproprié car ce n’est pas un fleuve qui traverse Montceau-les-Mines, mais un canal. Le Canal du Centre, pour ne pas le nommer, appelé autrefois Canal du Charolais dont la construction s’échelonna de 1784 à 1791. Longue de 114 km, cette magnifique voie d’eau qui va de Digoin à Chalon-sur-Saône, est jalonnée de 61 écluses, permettant aux plaisanciers de franchir une dénivellation de 121 mètres, passant de 300 m à son apogée à Digoin, à 179 m, sa plus basse altitude à Chalon.

 

Une cité minière devenue ville fleurie et port de plaisance

Petite ville minière de 20 000 habitants, située au cœur de la Bourgogne, Montceau-les-Mines eut son heure de gloire avec l’exploitation charbonnière, dont l’activité s’est achevée en l’an 2000, et l’industrie textile aujourd’hui également en partie éteinte. Privée de sa principale ressource industrielle et de ses mines, la ville a su tirer profit du passage sur son territoire du Canal du Centre que les municipalités successives, anticipant la dureté des temps, aménagèrent, modernisèrent et embellirent progressivement pour le plus grand plaisir des habitants et des amateurs de navigation fluviale.

Anciens bureaux de la mine reconvertis en ateliers culturels

 

Aujourd’hui, Montceau-les-Mines peut se targuer d’être un véritable port de plaisance, accueillant chaque jour nombre de familles de navigateurs en escale longue ou de passage, souhaitant visiter au fil de l’eau les villes et régions traversées… ou aller plus loin et rejoindre agréablement, en flânant au gré des écluses, soit la Méditerranée par la Saône et le couloir rhodanien, soit l’Atlantique par la Loire, soit enfin Paris et la Manche, grâce au Canal de Briare qui relie la Loire à la Seine.

 

Pour certaines localités maritimes de chez nous aux Antilles qui attendent impatiemment leurs installations portuaires, de pêche ou de plaisance, tant de fois promises et jamais réalisées, Montceau pourrait être en ce domaine un modèle de simplicité et d’efficacité par l’aménagement de ses pontons flottants offrant de nombreux emplacements et d’anneaux d’amarrage judicieusement disposés.

 

Ainsi, sans se gêner le moins du monde, les bateaux de faible ou de moyen tonnage trouvent facilement non seulement une place où séjourner, mais un espace suffisamment large pour manœuvrer, qu’ils descendent ou remontent le canal, selon leur destination. Une capitainerie, hébergeant l’Office du tourisme, accueille visiteurs et plaisanciers et assigne à ces derniers, moyennant une modeste contribution, selon la durée de l’escale et le tonnage du navire, un emplacement sécurisé adéquat, disposant du WIFI gratuit et de prises d’eau et d’électricité qui peuvent être utilisées en cas de besoin.

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Quant à nous, c’est par la route, rassurez-vous, que le lundi 31 juillet à quatre heures du matin, nous prendrons de Montceau la direction de la Pologne pour un périple de 10 jours dont, peut-être, je vous ferai part ici même, si les dieux me sont favorables, que la Vierge Noire me l’autorise… et que mon vieil ordi supporte la Zubrowka !

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Le bien nommé Centre des Arts de Montceau, sur la rive gauche du Canal

Pont-levant sur le Canal

 

 

Passerelle piétonnière reliant les deux rives du Canal

Texte et photographies : Raymond Joyeux
Pour en savoir plus, si vous le souhaitez, sur le Canal du Centre, Montceau et sa région,  vous pouvez vous rendre sur les sites suivants :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Canal_du_Centre_(France)
http://www.creusotmontceautourisme.com

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