LES DEUX JARRES ET LE PORTEUR D’EAU

Chers lecteurs, j’ai le plaisir de partager avec vous en ce Noël 2018 ce conte indien publié sur le site Internet topevolution.

Conte très connu par ailleurs sous le titre suivant :

La jarre abîmée

Le porteur d’eau avait deux grandes jarres, suspendues aux 2 extrémités d’une pièce de bois qui épousait la forme de ses épaules.

L’une des jarres conservait parfaitement toute son eau de source jusqu’à la maison du maître. L’autre jarre avait un éclat et perdait presque la moitié de sa précieuse cargaison en cours de route. Chaque jour, le porteur d’eau ne livrait qu’une jarre et demie d’eau à chacun de ses voyages.

porteur-d-eauLa jarre parfaite était fière d’elle, puisqu’elle parvenait à remplir sans faille sa fonction du début à la fin.

La jarre abîmée avait honte de son imperfection et se sentait déprimée parce qu’elle ne parvenait à accomplir que la moitié de ce qu’elle aurait voulu faire. Elle vivait cela comme un échec permanent. Au bout de deux années, la jarre endommagée s’adressa au porteur d’eau, au moment où celui-ci la remplissait à la source.

« Je me sens coupable, j’ai honte et je te prie de m’excuser. »
« Pourquoi ? » demanda le porteur d’eau. « De quoi as-tu honte ? »
« Depuis 2 ans, à cause de cet éclat qui fait fuir l’eau, je n’ai réussi qu’à porter la moitié de ma cargaison d’eau. Par ma faute, et malgré tous tes efforts, tu ne livres à notre maître que la moitié de l’eau. Tu n’obtiens pas la reconnaissance complète de tes efforts », lui dit la jarre abîmée.

Touché par cette confession, et plein de compassion, le porteur d’eau répondit : « Pendant que nous retournons à la maison du maître, je te demande de regarder les fleurs magnifiques qu’il y a au bord du chemin ».

En montant la colline, la vieille jarre pu voir sur les bords du chemin, de magnifiques fleurs baignées de soleil. Cela lui mit du baume au coeur. Mais à la fin du parcours, elle se sentait toujours aussi mal parce qu’elle avait encore perdu la moitié de son eau.

Le porteur d’eau dit à la jarre « Tu t’es rendu compte qu’il y avait de belles fleurs uniquement de ton côté, et presque aucune du côté de la jarre parfaite ? J’ai toujours su que tu perdais de l’eau, et j’en ai tiré parti. J’ai planté des semences de ton coté du chemin, et chaque jour tu les as arrosées. Grâce à toi, pendant 2 ans, j’ai pu cueillir de magnifiques fleurs pour décorer la table du maître. Sans toi, jamais je n’aurais pu trouver des fleurs aussi fraîches et aussi belles. »

focus-fleurs-bach

Nous sommes tous des jarres abîmées ou ébréchées, avec des éclats, des blessures, des défauts. Trop jeune ou trop vieux, trop ou pas assez intelligent, trop grand ou pas assez grand, trop gros ou trop maigre… Ce sont les éclats, les défauts en nous qui rendent nos vies intéressantes et exaltantes.

Prenons les autres tels qu’ils sont, et sachons voir ce qu’il y a de bien et de bon en eux. Il y a beaucoup de positif partout. Il y a beaucoup de bon et de bien en vous ! Appréciez les gens différents qui peuplent votre vie ! Car sans eux, la vie serait bien triste.
Sachez aimer vos imperfections !

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Comment se reproduisent les lambis ?

Ouverte en Guadeloupe du 1er octobre au 31 décembre, jusqu’à 25 mètres de profondeur, puis du 31 décembre au 31 janvier au-delà de 25 mètres, la pêche au lambi, très réglementée chez nous pour éviter la raréfaction de l’espèce, est réservée aux seuls pêcheurs professionnels. Aux Saintes, comme dans toute la Caraïbe, nous sommes très friands de ce mollusque marin, le Strombus gigas, apprécié aussi bien pour sa chair que pour son coquillage, cette splendide conque vernissée qui ornait jadis les tombes et les allées de nos cimetières. Mais combien d’entre nous savent avec précision comment il se reproduit, naît et se développe dans nos eaux cristallines ? Dans une superbe brochure publiée sous l’égide de l’Archipel des Sciences et abondamment illustrée de dessins et schémas, les auteurs Liliane Frenkiel et Dalila Aldana Aranda nous apprennent tout de la vie à hauts risques du lambi, de sa naissance à l’âge adulte en passant par les différents stades de son évolution. C’est donc dans cette brochure que nous avons extrait, parmi d’autres, ce chapitre de la reproduction du lambi, en complément de notre précédente chronique publiée le 25 septembre 2013 et qui, depuis, est très souvent consultée par les internautes sous le titre suivant : le lambi, une espèce sous haute surveillance.

Lambi 1

Une coquille indifférenciée

Comme la plupart des animaux, il y a des mâles et des femelles mais on ne peut pas reconnaître les lambis mâles des lambis femelles sans les sortir de leur coquille car leurs coquilles ne sont pas assez différentes. Lorsque les lambis ont fini de grandir et sont devenus adultes, la femelle a développé son appareil génital qui se termine par un sillon qui court le long du côté droit du pied et qui lui permet de pondre ses œufs. L’appareil génital du mâle se termine par un grand pénis noir placé à droite en arrière de la tête et au-dessus du pied. Il est devenu capable de fabriquer des spermatozoïdes nécessaires pour féconder les œufs et leur permettre de se développer.

Lambi 2

Quand les lambis s’accouplent, ils se mettent tout près l’un de l’autre jusqu’à ce que leurs coquilles se touchent. Le mâle se met derrière la femelle ; le pénis du mêle s’allonge sous le manteau de la femelle pour déposer le sperme et féconder les œufs. Chaque femelle adulte est capable de pondre 8 fois chaque année et dans chaque ponte il peut y avoir 400 000 œufs.

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Alors on peut se demander ce que deviennent tous ces petits lambis pour qu’il y ait de moins en moins de lambis dans la mer.

Qui mange les lambis ?

Qui mange les petits lambis dans le plancton, qui mange les petits lambis quand ils se métamorphosent et qui les mange quand ils ont grandi ? Et surtout combien, des millions de bébés lambis qui naissent chaque année, survivront jusqu’à devenir des adultes capables de se reproduire ?

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Beaucoup de petits animaux carnivores du plancton mangent les bébés lambis qui ne sont pas encore protégés par une coquille solide. Quand ils se métamorphosent et jusqu’à ce qu’ils aient un an, ils se cachent dans le sable et ne sortent manger que la nuit mais beaucoup sont quand même mangés par les poissons et par de nombreux animaux carnivores.

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Quand ils ont un an et une coquille assez solide, ils sortent plus souvent mais ils sont obligés de se défendre contre leurs cousins carnivores les conques (1), contre les langoustes (2), les bernard-l’ermite (3), les autres crabes carnivores (4), les poissons carnivores (5) et tous les animaux qui, dans la mer, sont leurs prédateurs naturels. Ceux qui ont survécu jusqu’à deux ans sont presque sauvés car leur coquille est devenue assez dure pour bien les protéger.

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Les tortues (6), les poulpes (7) et les raies (8) arrivent encore à manger les jeunes lambis de deux ou trois ans et même des lambis adultes. Mais plus encore que tous ces animaux, l’homme (9) est le plus grand ennemi des lambis lorsqu’ils sont assez gros pour se défendre contre leurs prédateurs naturels. Un lambi peut se défendre en se retournant brusquement et en donnant un bon coup de pied aux agresseurs. Il peut aussi rentrer dans sa coquille et fermer l’opercule.

Évolution de la coquille

Quand on commence à voir les petits lambis de 8 ou 10 centimètres dans les herbiers, ils ont déjà à peu près un an. Leur coquille forme des épines pointues, une vraie forteresse ! Quand le lambi grandit, sa coquille s’allonge et continue à s’enrouler en spirale. À deux ans, il est toujours enroulé en spirale avec un bord coupant. Quand il a 3 ans, sa coquille commence à former un large pavillon étalé qu’on appelle aussi lèvre. Ce pavillon montre que le lambi a fini de grandir et qu’il sera bientôt mûr c’est-à-dire capable de se reproduire. Le lambi est comme un adolescent ; le pavillon de sa coquille est encore fin et fragile. Il s’épaissit et atteint sa taille adulte à peu près entre trois ans et demi et quatre ans. Après 4 ans, la lèvre est épaisse.

Conques avec chair

Lambis adultes – Photo Raymond Joyeux

Quand il vieillit, sa coquille devient de plus en plus épaisse et plus lourde. Les épines qui étaient longues et pointues deviennent émoussées, usées ou cassées.  Souvent la coquille se couvre d’algues et des petits animaux se fixent dessus comme si c’était un rocher. Sa coquille épaisse est souvent plus petite que celle du lambi adulte parce que le bord est usé. On appelle ces vieux lambis « Samba Conch » dans de nombreuses îles de la Caraïbe, dans d’autres on les appelle « stone conch », ce qui veut dire « lambi de pierre. »

Pour rappel

Ce texte est extrait de la brochure  La vie du Lambi, éditée en 2005 sous l’égide de l’Archipel des Sciences, dont les auteurs sont Liliane Frankiel et Dalila Aldana Aranda.
Hormis la dernière photo, les illustrations sont de Vonic Laubreton. 
La publication de cette chronique à des fins non lucratives et strictement éducatives a été autorisée par la direction de L’Archipel des Sciences que nous remercions vivement pour son aimable contribution et dont vous pouvez consulter le site en cliquant sur le lien suivant : https://www.archipel-des-sciences.org

Raymond Joyeux

 

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Maria : les Saintois n’oublient pas…

Belle initiative que celle de Marijoé Métayer : recueillir le témoignage d’une quarantaine de nos compatriotes de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas qui avaient vécu aux Saintes, dans la nuit du 18 septembre 2017, l’enfer de l’ouragan Maria.

Un ouvrage indispensable à conserver

Dans une élégante présentation de 140 pages, éditée aux Éditions Nèg Mawon, cette navigatrice bretonne, installée aux Saintes avec son mari depuis bientôt cinq ans mais absente lors du passage de l’ouragan, a consigné par écrit ces témoignages, illustrés de photographies en noir et blanc, immortalisant ainsi les terribles effets tant matériels que psychologiques occasionnés par le phénomène.

Maria 1

Un public attentif et intéressé

Présentant son ouvrage ce samedi 24 novembre 2018 à la mairie de Terre-de-Haut, en présence d’une assistance particulièrement intéressée, parmi laquelle quelques-uns de ceux qui avaient témoigné, Marijoé a expliqué la genèse de son projet et sa rencontre avec la population. Répondant aux questions des participants, elle a précisé comment elle avait enregistré sur son portable, toujours avec la plus grande émotion de part et d’autre, ces précieux témoignages, sélectionné les photos et procédé à la mise en pages.

Des témoignages poignants

Mais où l’émotion fut à son comble dans la salle ce samedi soir, – comme cela a été le cas le matin à Terre-de-Bas – c’est au cours de la lecture de certains témoignages, extraits de l’ouvrage. Lecture particulièrement expressive qui a suscité les réactions du public et remué les souvenirs. Si bien que certains ont ressenti le besoin d’exprimer spontanément leur propre vécu de l’événement, comme une sorte de thérapie personnelle et d’exutoire tardif à leurs angoisses d’alors, certes atténuées aujourd’hui, mais toujours bien présentes à leur mémoire.

Lecture émouvante du témoignage de Fofo par Marine

Puis ce fut la séance des dédicaces à laquelle l’auteure, avec empressement et gentillesse, s’est naturellement prêtée… Pour la satisfaction des nombreux acheteurs, soucieux d’acquérir l’ouvrage, afin de conserver, sans doute pour mieux survivre à la leur, ces tranches de vie partagées, témoignages poignants de la faiblesse de l’homme face aux forces de la nature, mais aussi leçon de vigilance pour l’avenir et rappel à l’amour et au respect que nous devons à la planète…

Séance de dédicace pour Marijoé à Terre-de-Bas


Extraits de témoignages tirés de l’ouvrage

Olivier de la saintoise Momo retrouvée coulée à Nevis…

Jusqu’ à aujourd’hui, j’étais incapable de parler de tout ça… Un si joli bateau sur lequel j’étais bien à l’aise !

… Je pense qu’on a oublié ce qu’est un ouragan. Jamais on n’a connu ça ici… Celui-là, il était vraiment impressionnant ! Car malgré les constructions plus solides qu’avant, on a eu des dégâts. Cette année, ça a été terrible, tous ces cyclones. Avec José, on a vu la mer de Grande Anse déchaînée comme jamais… Des vagues de 15 mètres à l’Anse Rodrigue ! Je me dis qu’une prochaine fois, il se pourrait que la mer passe de l’autre côté de l’île. Je crains ce qui peut nous arriver… Là, il y aura des morts. Heureusement que l’ouragan passe toujours la nuit. Pourquoi ? C’est calculé. Quand il arrive à l’approche de la terre, il ralentit et décide ce qu’il va faire… par le nord ou le sud ? Et la nuit, il attaque. C’est plus effrayant mais au moins les curieux restent chez eux et c’est moins dangereux…

Sarah de Ti Kaz’la

Moi, j’avais mon casque de moto tant j’avais peur que quelque chose me tombe sur la tête et l’avantage c’est qu’il me protégeait également du bruit qui était terrifiant.

...Je vis ici depuis 6 ans et n’avais encore jamais connu de cyclone. En Bretagne, ma région natale, des vents de 150 k/h, c’est assez fréquent ! En revanche, ce qui diffère c’est que les vents de l’Atlantique sont constants alors qu’ici on a eu affaire à un broyeur continuel tournant de 360°. On était en fait comme dans une essoreuse ! C’est plus déroutant, ce vent qui n’est pas de face… Ça tourne dans tous les sens et on ne sait plus où aller se protéger…

Marc à Pompierre

On dirait que Maria a fouetté la nature et, qu’après ce coup de stress, la terre est plus fertile  et les plantes poussent mieux ! La vie est la plus forte…

… J’avais l’impression que toute la toiture allait s’envoler, la maison vibrait fort… Les enfants étaient terrorisés, ne voulaient pas rester à l’étage. Heureusement que mon toit est fixé sur du bois car la toiture montait et descendait sans arrêt ! On aurait dit qu’elle se contorsionnait en craquant de tous côtés. Et l’eau de pluie s’infiltrait comme si on avait passé le karcher sur le toit. On est restés toute la nuit à éponger l’eau, à rassurer les enfants, à se rassurer soi-même. Tous les projectiles qui volent, les gouttières qui se cassent… C’est un bruit assourdissant, comme un monstre à l’extérieur…

Tina à Marigot

Terre-de-Haut n’est plus comme avant… Le paysage a changé ! On en parlera encore longtemps..

Beaucoup de Saintois ont pris l’annonce du cyclone à la rigolade mais moi j’avais un pressentiment qu’on allait souffrir le martyre. Alors j’ai commencé à ranger nos affaires et j’ai cherché à joindre Jean-Marc qui était comme d’habitude au bord de la mer, il donnait des coups de main pour faire monter les bateaux. À son arrivée, je l’ai informé de la nouvelle trajectoire de Maria, mais peut-être pour ne pas m’alarmer, il disait qu’on ne craignait rien. Pourtant ça avait commencé à souffler sur Pompierre et ça venait directement sur nous.

David à l’Anse Rodrigue

L’épisode le plus flippant de la nuit, c’est la chute de pression. J’ai réellement cru que c’était la fin pour moi, que la mort était là.

… J’ai été très vite totalement inondé pendant le passage de Maria. J’avais de l’eau jusqu’aux genoux et je suis grand. Soit environ 70 cm d’eau. On avait mis nos affaires en hauteur là où on ne pensait pas prendre de l’eau mais ça a été pire que prévu. De l’eau absolument dans toute la maison ! Avec l’aide du propriétaire, on s’est aussi protégés en barricadant toutes les ouvertures à l’exception de la porte en bois du salon qui donne sur la terrasse côté mer. Celle-là, il l’a sans doute oubliée si bien que toute la nuit j’ai dû la tenir ! Le vent l’ouvrait tant sa force était intense. Je la bloquais en haut et en bas, je faisais des glissades dans l’eau, je tombais… j’y retournais tant bien que mal. Cette porte s’ouvre vers l’extérieur, il fallait sans cesse tenter de la caler. C’est sûr que ça m’a marqué car je ne voyais rien dans la nuit sauf les éclairs d’orages impressionnants. Je luttais contre le vent, je suis costaud mais c’était vraiment dur. Et pourtant j’ai un physique de baraqué !

Gaby à Terre-de-Bas

J’ai pu observer qu’il y avait beaucoup plus de fruits que d’habitude en juillet août. Et je me suis dit que quelque chose se préparait.

…La nature est formidable, elle produit plus de fruits car elle sait que l’arbre va mourir. Ainsi les jeunes pousses pourront renaître. Comme si l’arbre anticipait sur son avenir. Le bois pelé, par exemple, qui passe sa vie à changer de peau, a produit énormément de  fruits l’été dernier. Ce sont des sortes de petits cassis. Nous avons eu aussi des merises en quantité, des goyaves, le raisin bord de mer… Celui-là à la base est un arbre médicinal. Et il proposait de belles grappes, c’était à profusion… Il y avait en revanche peu de poissons, ils se cachaient déjà un mois avant. J’ai compris après pourquoi… Cela présageait un cyclone ! Sinon, au début, alors que le vent soufflait assez fort du nord, j’ai remarqué que les frégates étaient comme perdues, elles ne savaient plus où aller… Leur habitat c’est le Grand Îlet au sud, mais c’était trop exposé, elles ne pouvaient le rejoindre…

Remerciements

Un grand merci à Marijoé Métayer et à son mari Jean-Alain pour cet indispensable travail de résilience et de mémoire.
Merci à ceux qui ont accepté de témoigner pour l’histoire et aux photographes amateurs qui ont immortalisé les effets dévastateurs de cet impressionnant ouragan du
18 septembre 2017.
Je rappelle aux lecteurs qu’ils trouveront l’intégralité et la totalité des témoignages et des photos dans le livre Maria, les Saintois n’oublient pas, édité par Neg Mawon, en vente  aux Saintes pour la modique somme de 16 €…

Raymond Joyeux

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Un mouillage historique aux Saintes en février-mars 1900 (première partie)

Au cours d’une campagne qu’il effectua entre octobre 1899 et juillet 1900, sur le navire-école d’application l’Iphigénie, précurseur de la moderne Jeanne d’Arc, l’aspirant Charles MILLOT âgé de 19 ans, a consigné au jour le jour les événements survenus en mer et au cours des différentes étapes de son voyage à travers l’Atlantique. En escale aux Saintes du 16 au 28 février 1900, puis du 8 au 14 mars de cette même année, il a illustré ses observations de photographies, d’aquarelles, de dessins et de croquis, nous transmettant ainsi un précieux patrimoine journalistique et iconographique qui enrichit l’histoire maritime de notre archipel de documents inestimables. Vu la longueur de la relation de ces deux mouillages en rade des Saintes, celle-ci fera l’objet de deux chroniques successives dont je vous livre aujourd’hui la première.

 Départ de Brest

9 octobre 1899
Ce matin, le largage des voiles et ce soir la manœuvre sont exécutés avec entrain qui semble de bon augure au commencement de la campagne…

L’Iphigénie en rade de Funchal (Madère) Octobre 1899

 

Mouillage aux Saintes

(Après une dizaine d’escales qui le mènent de Brest à Fort-de-France, en passant par Madère, Ténériffe, Dakar…, l’Iphigénie mouille en rade des Saintes.)

16 février 1900
Nous avons mouillé aujourd’hui aux Saintes. Cette rade est abritée de presque tous les côtés. C’est une des plus sûres des Antilles. Ses faibles dimensions expliquent qu’on y ait pas placé de point d’appui pour nos forces navales des Antilles. On n’y compte qu’un sinistre. C’est en 1865, année où un petit bâtiment de guerre français (Vautour) s’est jeté à la côte dans un cyclone.

Carte 1

17 février
Très beau temps, presque calme, quelques nuages.
10 h 00 : visite du curé et du maire des Saintes.
3 heures : 2° division à la baignade (chaloupe et canot n° 1).
La soirée d’hier a été consacrée à déverguer nos voiles. Toutes, voiles carrées, focs, goélettes etc., ont été débarquées ce matin à terre où on va procéder à leur nettoyage et leur réparation. Ce jeu de voiles n’est pas le même que celui que nous avions en quittant la France. L’Iphigénie possède en effet deux jeux de voiles, l’un plus solide que l’autre. Les premières nous ont servi et nous serviront dans les régions les plus élevées en latitude de notre campagne, à cause des nombreux grains ou coups de vent que l’on peut y rencontrer. Le second jeu est destiné aux régions tropicales où l’on n’a guère à craindre de mauvais temps…

Marins plage

18 février
Très beau temps, quelques gouttes de pluie dans la matinée.
5 h 50 : youyou aux vivres, 7 h 15 : idem,  8 h 10 : youyou va chercher le pain, 8 h 30 : youyou conduit un fourrier à terre. 0 heure (midi) : équipage aux sacs, jeux. 3 heures : 1° division à la baignade.

19 février
6 h 10 : départ en canot à vapeur des canots 1 et 2 pour l’hydrographie.
Nous avons commencé aujourd’hui les séances d’hydrographie. Nous avons à faire la carte de la baie depuis la pointe de la Baleine jusqu’à la presqu’île du Pain de Sucre, ainsi que l’îlet à cabris. Le 6° poste a établi un signal sur le fort de la Tête Rouge. Cette position est bien placée car de là on aperçoit toute la baie et l’on peut mesurer au théodolite un très grand nombre d’angles. J’ai remarqué que pour placer un signal au pied d’une falaise, il est bien préférable de faire simplement une tache blanche plutôt que de placer un signal pavillon par exemple. Les taches blanches se voient de très loin. Sur un fond clair ou sur une arête où ils se détachent bien, un mât et un pavillon sont très commodes.

Marins plage (2)

20 février
Très beau temps, mer plate.
1 h 30 à 2 h 30 : école de chauffe, exercice d’embarcation.
Dans l’exercice d’embarcation de cette après-midi, nous avions à faire en régate le tour de l’îlet à Cabris. En contournant cet îlet, deux méthodes étaient applicables :
1° : tourner le plus près possible, en ne faisant pas de chemin inutile, mais la brise était plus faible.

Croquis2° : tourner assez loin pour conserver toujours une bonne brise. Cette solution semblait la meilleure, car il est toujours défavorable d’avoir une côte à falaise au vent (à cause des calmes) et même sous le vent. Dans ce dernier cas en effet, le vent allant frapper contre la falaise est réfléchi et revient en sens contraire. Les voiles sont donc en ralingue…
La brise étant assez faible et les roches empêchant d’approcher trop près de l’îlet à Cabris, l’avantage semble avoir été hier aux embarcations qui ont cherché à tourner le plus vite possible.

21 février
5 h 45 : canot à vapeur mouille deux buts.
5 h 50 : la chaloupe conduit à terre la corvée du maître-torpilleur.
6 h 10 : commencé le tir au revolver ;  7 heures : tir au fusil ; 10 heures : fin de tir.
1 heure : départ pour les explosions des torpilles. 5 heures : fin des tirs ;  5 h 50 : retour des aspirants.

22 février 
Très beau temps, ciel couvert se dégage.
6 h 45 : un paquebot français venant de la Basse-Terre fait route au Sud.
7 h 30 : un trois-mâts barque fait route au Nord.
L’équipage aux ordres du maître de manœuvre pour raidir le gréement.
7 h 25 : le cotre postal passe à l’arrière et donne le courrier.

Canots à rames 1

23 février 
Très beau temps, quelques nuages, lavage du linge et des hamacs.
5 h 40 : fait les tentes. 7 heures : disponibles aux ordres du maître canonnier. Visite des chaînes.
11 h 45 : amené le linge, inspection du linge.

24 février
Très beau temps, quelques rafales, ciel clair.
10 heures : préparatifs du lancement d’un cotre ; 12 h 30 : lancement du cotre. (Il s’agissait de mettre à la mer une embarcation saintoise construite sur la plage. NDLR).
Nous avons pu voir depuis le bord le lancement d’un cotre. Cette opération s’effectue d’une façon très rudimentaire. Ce cotre avait été construit sur la plage, parallèlement à elle, et à environ une trentaine de mètres du bord de l’eau. Lorsqu’il s’est agi de le lancer, on a d’abord été forcé de creuser le sol vers la quille, car le bâtiment s’était enfoui dans le sable mou. Puis à l’aide de rouleaux et à bras, toute la population s’en mêlant et poussant de grands cris – le cotre a été porté parallèlement à lui-même jusque vers le bord. Là, au moyen d’une amarre venant de l’avant et frappée sur une ancre mouillée au large, on l’a fait pivoter sur l’arrière et on a achevé le lancement, non sans difficulté. Toute l’opération n’a pas duré moins de une heure et demie.

Croquis du lancement d’une barque saintoise (cotre)

25 février
11 h 00 : arrivée d’une goélette.
1 heure : joutes à la voile, jeux et sacs.
3 heures : baignade (2° division). Aspirants de bâbord à terre.

26 février 
Très beau temps. Quelques nuages. Rafales.
12 h 10 : compagnie de débarquement aux sacs, disponibles aux ordres du maître de manœuvre.
12 h 30 : youyou à la corvée du maître voilier.
16 h : envergué les voiles majeures et les goélettes.
20 h – 21 h : exercice de signaux.

27 février 
10 h 45 : on prend un requin. Longueur du requin : 3 m 25.
1 h 30 : joute à la voile. 3h 30 : le canot 2 va porter le requin à terre.
5 h : joute à l’aviron. 5 h 30 : fin des joutes ; hissé les embarcations, distribution des prix.
5 h 30 : souper.

requin

28 Février 
Les Saintes – Basse-Terre, très beau temps, ciel nuageux.
6 h 45 : disposition d’appareillage. 7 h 57 : poste d’appareillage.
8 h 05 : appareillage. 8 h 20 : établi la voilure.
9 h 15 : cargué partout, serré les voiles.
9 h 54 : poste de mouillage.
10 h 03 : mouillé tribord par 36 m de fond.
Nous avons mouillé aujourd’hui en rade de Basse-Terre, après une traversée des Saintes à Basse-Terre faite en 1 h 45. C’est la plus petite traversée que nous ayons faite de toute la campagne.
Le mouillage de Basse-Terre est, paraît-il, le plus mauvais mouillage que l’on puisse imaginer. Il n’y a pas l’ombre d’une rade. De plus, les fonds descendent très rapidement, ce qui assure une tenue très médiocre…

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Cette relation de campagne est extraite du journal de bord de l’aspirant Charles MILLOT embarqué sur la Frégate-école l’Iphigénie du 9 octobre 1899 au 21 juillet 1900.
Journal de bord reproduit dans un ouvrage rare, paru en 2001 aux Éditions Marcel-Didier Vrac, et que m’a très aimablement offert Igor Schlumberger, que je remercie vivement au nom de tous les Saintois.
Vu la longueur de cette relation de croisière, j’ai scindé en deux 
texte et illustrations afin de ne pas alourdir la transcription. La seconde partie fera l’objet de la prochaine chronique. Je rappelle que toutes les illustrations sont de l’auteur du journal de bord, l’aspirant Charles Millot, âgé alors de 19 ans.

Raymond Joyeux

 

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Guerre de 1914-18 : treize soldats saintois morts pour la France

Des noms surgis de l’ombre

Terre-de-Haut étant une des seules et rares communes de France à ne pas posséder de monument aux morts honorant les soldats tombés au cours des deux dernières guerres mondiales, on aurait pu croire que tous les appelés ou engagés de ce lointain territoire avaient par bonheur échappé au sort cruel des millions de jeunes et moins jeunes français et étrangers, toutes origines confondues, morts au combat pour notre liberté… Jusqu’au jour où nous nous sommes rappelé les noms de Masséna Desbonnes et de Cyprien Samson, dont la municipalité vient à juste titre, le 15 août dernier, de célébrer le courage en inaugurant à leur nom la Place des Héros.

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Des critiques inappropriées

Certains, sans aucun respect pour la mémoire et le sacrifice de ces deux valeureux compatriotes, victimes de leur engagement et de la barbarie nazie, ont cru bon, dans un tract courageusement anonyme, d’ironiser sur cette appellation et le choix de la municipalité. Arguant ridiculement du fait que, selon eux, « cette place n’avait de héros que ses joueurs de pétanque et que jamais ni Masséna Desbonnes ni Cyprien Samson n’en avaient foulé le sol » Que dire alors de la Place de la mairie rebaptisée place Hazier du Buisson, et de celle du débarcadère place du Gouverneur du Lion ? Quel rapport ces deux personnages, pour historiques qu’ils soient, ont-ils avec les lieux qui portent leur nom ?

Cyprien Samson, le jour de son arrestation par les Allemands

Masséna Desbonnes à gauche en compagnie de Raphael Cassin

Une publication du Conseil départemental

Mais trêve de polémique. Le sujet est trop grave pour s’arrêter à d’aussi viles et honteuses considérations dictées par la bêtise, le manque d’honneur et de dignité. Polémique d’autant plus stérile que le service éducatif du Conseil général vient de publier des extraits des archives départementales mentionnant, commune par commune, le nom de tous les soldats guadeloupéens morts pour la France au cours de la Guerre de 1914-18. Liste dans laquelle figurent les noms de treize de nos compatriotes saintois, cinq pour Terre-de-Haut, huit pour Terre-de-Bas.

Pour voir la liste des morts de toutes les communes, cliquer sur le lien suivant,
2ème ressource :

https://pedagogie.ac-guadeloupe.fr/histoire_et_geographie/ressources_pour_preparer_commemoration_11_novembre_2018

sodats 1GM (1)

Soldats antillais arrivant à Pau en 1917 – Photo Archives départementales

Nos Morts pour la France


Le tribut saintois à la guerre

Ainsi, à notre grande et triste surprise, balayant une idée reçue, nous découvrons que les Saintes ont, elles aussi, payé à leur mesure un lourd tribut à ce premier conflit mondial, et que le souvenir de ces héros aux noms bien connus chez nous, mérite lui aussi d’être honoré. De quelle façon ? ce n’est bien entendu pas à nous d’en décider. Mais sachons qu’à Terre-de-Bas, les autorités municipales n’ont pas attendu cette publication du Conseil général pour ériger une modeste et simple stèle où sont gravés les noms et prénoms des intéressés. Particulièrement bien entretenue, cette stèle se situe dans un enclos fleuri à proximité de la place de la mairie de Petites Anses.

Monuments aux morts de la Guerre 14-18 – Photo Raymond Joyeux

Aux Saintes : un anniversaire sans commémoration officielle

Renseignements pris, il s’avère que ni la municipalité de Terre-de-Bas, ni celle de Terre-de-Haut n’ont commémoré le centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Ainsi, dans nos deux communes saintoises, cet important anniversaire a été purement et simplement passé sous silence et occulté. Certes les maires et conseillers municipaux ont reçu par mail à cette occasion un message du Président de la République et le nom des trois soldats français qui ont perdu la vie en cette année 2018, mais il est pour le moins regrettable qu’aucune cérémonie, si modeste soit-elle, n’ait été programmée aux Saintes, ni d’un côté ni de l’autre. Sans doute l’an prochain, à Terre-de-Haut, puisque nous connaissons désormais leurs noms, nos cinq compatriotes morts pour la France lors de la Grande Guerre, seront honorés comme il se doit pour que personne dans cette commune n’oublie leur sacrifice

Un impérieux devoir de mémoire

Sans être ni militariste ni nationaliste, on peut légitimement estimer qu’honorer à certaines occasions ceux qui se sont sacrifiés pour notre liberté est en effet un devoir collectif de mémoire qu’il faut respecter et accomplir. Devoir de mémoire auquel nous a conviés, par les mots qui suivent, le Président de la République, à la fin de son discours de l’Arc de Triomphe le 18 novembre dernier : « Sur ce sol de France, le monde entier était venu combattre. Des jeunes hommes de toutes les provinces et de l’outre-mer, des jeunes hommes venus d’Afrique, du Pacifique, des Amériques et d’Asie sont venus mourir loin de leur famille dans des villages dont ils ne connaissaient pas même le nom… Souvenons-nous ! N’oublions pas ! Car le souvenir de ces sacrifices nous exhorte à être dignes de ceux qui sont morts pour nous, pour que nous puissions vivre libres ! »

Nov. 11, 2018. (Ludovic Marin/Pool Photo via AP)

Raymond Joyeux

 

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Terre-de-Haut : une vraie folie de chien

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les humains,

Depuis quelque temps, nos amis Saintois – les meilleurs paraît-il à notre égard – se sont pris d’une folie subite et effrénée pour nous les chiens qui subissons, de par notre race supérieure, l’injuste réputation d’être les malvenus en Guadeloupe continentale à cause d’une stupide et ignoble légende aujourd’hui obsolète. Sur notre petite île, en revanche, beaucoup possèdent au moins un ou une de nos congénères, quelquefois deux ou trois – pour faire bonne mesure – et pour la plus grande joie de la famille, sans oublier les enfants, nos presque semblables. Nous sommes de toutes les races, de tous les poils, de toutes les tailles, de tous les crocs…

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Nous ne pouvons que nous réjouir de cette situation privilégiée, car, si vous ne l’avez pas encore observé, à Terre-de-Haut, nous sommes particulièrement aimés, gâtés, dorlotés par nos propriétaires. Des chiens-rois en quelque sorte. Et si on nous affuble d’un collier, ce n’est pas pour y fixer une laisse (le vilain mot), ou par snobisme, mais tout simplement pour arborer notre supériorité, je le dis sans arrogance. Pour marquer notre différence d’avec ces errants SDF, bourrés de puces, mamelles pendantes et squelettiques comme des clous – expression purement saintoise mais qui veut dire ce qu’elle veut dire ! Et aussi surtout pour qu’on nous confonde pas avec l’ordinaire canis vulgus, individu à la dérive, sans pedigree, sans papier, sans matricule, sans famille ni patrie ! Rappelez-vous le beau titre du livre de Gilbert Cesbron : « Chiens perdus sans collier »…

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De plus en plus nombreux, nos compagnons hommes ou femmes de Terre-de-Haut on les appelle à tort nos maîtres ou nos maîtresses nous trimballent partout, sauf peut-être, pour le moment, à la messe et aux enterrements. Il nous arrive néanmoins de les accompagner religieusement à l’église mais c’est seulement en solitaires, lorsqu’il n’y a pas d’office. C’est déjà un début. Et, quand ils ne nous serrent pas avec amour dans leurs bras, comme de fragiles bébés humains nouveau-nés en nous gratouillant la caboche entre les oreilles, ils nous laissent gambader, libres à leurs côtés, ou plus souvent devant eux, nous suivant péniblement à pied, à trottinette ou à vélo, au milieu de la foule et de la tourbillonnante circulation urbaine… Si bien qu’on dirait que ce n’est pas nous, mais eux les vrais toutous. Lorsqu’ils nous font monter enfin fièrement sur leur scooter, la truffe au vent, entre leur conjoint grimaçant et le petit dernier de la famille, il ne nous manque que le casque pour respecter le règlement, mais ça viendra.

Bien entendu nous sommes souvent invités au restaurant, privilégiant surtout ceux du littoral. Ou chez des amis du bord de mer. Ce qui nous permet de faire les 400 coups en nous ébattant comme des (chiens) fous sur la plage. À nous la belle vie (de chien) ! Se rouler sans complexe dans le sable et se jeter à l’eau vingt fois, et vingt fois revenir en soupe (encore une expression saintoise !) s’ébrouer hardiment contre les jambes des clients, quel ineffable bonheur ! C’est vrai, y en a qui sont pas contents et qui rouspètent mais nous, on comprend pas pourquoi. Par la chaleur qu’il fait, une bonne petite rincée rafraîchissante sous les tablées, ça devrait au contraire les enchanter et, au lieu de nous lancer des coups de pied rageurs et pousser des cris hargneux, ils devraient nous en remercier. Ce serait la moindre des choses, mais bon !…

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Ce qu’ils n’aiment pas non plus les bizarres humains, ce sont les trous que nous creusons à tout bout de champ dans le sable, à la recherche d’un crabe chevalier – pas errant celui-là. Et pour le trouver, il faut parfois fouiller avec ardeur très en profondeur. Ils prétendent, ces chers humains, que lorsqu’ils déambulent en amoureux sur la plage, les soirs sans lune, ils risquent de se tordre malencontreusement une cheville ou de se briser carrément les deux jambes en basculant paraît-il dans un de ces trous. Tu parles, et alors ? Une petite virée en hélico n’a jamais fait de mal à personne. Et surtout on peut en profiter pour contempler d’en haut sa modeste case du bord de mer ou sa somptueuse villa des mornes, flanquée de sa piscine olympique éblouissante.

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Autre chose : les gens n’aiment pas non plus qu’on fasse nos besoins sur le sable. On se demande bien pourquoi. Y a rien de plus naturel. Autrefois, c’était bien à la mer qu’ils balançaient à la volée le contenu odorant de leurs moyenâgeux seaux hygiéniques, les Saintois chatouilleux ! Hygiéniques, hygiéniques, c’est bien le mot. Et nos déjections à nous, le seraient-elles moins que les leurs à l’époque ? Sauf que les nôtres contiennent, disent-ils, de sympathiques vers microscopiques et autres intéressantes cochonneries qui polluent leur précieux sable et pénètrent leurs chairs lorsqu’ils s’étalent huilés comme des sardines entre deux canots pour faire bronzette à moitié nus. Et que nos parasites seraient dangereux pour leur petite nature. Peut-être. Mais pensent-ils aux médecins qui doivent, les pauvres, gagner eux aussi leur chienne de vie ? !..

https://www.santevet.com/articles/vers-du-chien-quels-risques-pour-l-homme

Sans compter que nous sommes, nous les cabots, beaucoup moins hypocrites que ces matous grassouillets qui font semblant de recouvrir de sable leurs immondes diarrhées, soi-disant parce qu’ils seraient plus civilisés que nous ! Parlons-en de civilité. Ces prétentieux ne daignent même pas bouger le moindre poil de leurs minables oreilles quand on les appelle gentiment par leur nom. Ce sont des mal élevés, oui, fourbes et serviles qui restent le plus souvent à faire le dos rond en ronronnant hypocritement contre les gambettes glabres de leur maîtresse, ou à pioncer, les feignasses, sur une table de cuisine ou dans un couffin miteux sentant la pisse et le ranci. Pour le coup, puisqu’on en parle, bonjour l’hygiène…

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Bon, c’est vrai, il nous arrive comme à tout un chacun de nous défendre lorsque nous sommes pris à partie. Ou lorsqu’on veut faire taire nos saluts amicaux à un congénère de passage, ou nos mélodieux appels à l’amour à l’approche d’une femelle les soirs de pleine lune ! Alors quoi, on n’a plus le droit d’interpeler une avenante demoiselle sous prétexte que ça dérange ces susceptibles messieurs-dames, allergiques à ce qu’ils nomment, offusqués, nos abominables jappements. Dans ce cas, nos canines, les bien nommées, ne sont pas faites pour la galerie, et un beau steak saignant de mollet vaut bien un filet grillé de vivaneau.
http://www-bo.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/faits-divers/le-pitbull-de-son-voisin-s-acharne-sur-elle-510644.php

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Bref, respectez-nous un peu, vous les humains malintentionnés. Vous faites semblant de nous complimenter lorsque nous sommes tranquilles comme des chiens de faïence, mais pour peu que nous donnions libre cours à notre vraie nature, vous nous promettez illico la noyade comme dans la fable, nous accusant jalousement de propager la rage. N’est pas Pasteur qui veut quand même !

Bien sûr, certains de nos congénères attardés se laissent encore mener par le bout du collier, comme si la révolution de 1700 et quelque n’avait pas eu lieu ni l’abolition des privilèges et autres servitudes ! Toujours tenus en laisse, ceux-là ne fréquentent guère les plages, sinon celles isolées où ils peuvent se dégourdir les papattes et se rouler dans le sable sans gêner qui que ce soit. Et leurs maîtresses sont aux petits soins pour leur c…, qu’elles collectent  méticuleusement avec pelle et sachet adéquats. On aura tout vu !

Nous, par contre,  heureusement, nos maîtres ou nos maîtresses, (il faut bien finir par appeler un chat un chat !) nous laissent faire ce qu’on veut. Car, au moins eux, ils sont compréhensifs, nous adorent en toutes circonstances et s’amusent de nos bêtises, c’est le cas de le dire… Sans se soucier de nos échappées clandestines, ni de nos mélodieuses mélopées à la lune, ni de nos ébrouements intempestifs, ni de nos crottes, molles à la Dali ou empilées comme des osselets chinois, ni de nos soi-disant mortels parasites intestinaux, ni enfin, et à plus forte raison, de nos innocents cratères dans le sable des plages qu’ils ont bien raison de ne pas s’abaisser à reboucher ! Eux au moins sont de vrais connaisseurs et amis incontestés de notre race inégalable. Et c’est pour cela que nous leur adressons un joyeux, sincère et enjoué ouaf-ouaf… ce qui signifie en notre langue, vous l’aurez deviné : merci et bravo  !

À bon aboyeur, salut…
Au nom de tous mes semblables,
votre fidèle et dévoué Médor !

PS : pour ne pas m’attirer d’ennuis de la part de mes ennemis, vous comprendrez que je n’ai pas mis mon vrai prénom,
Ouaf-ouaf !…

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PCC Raymond Joyeux

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J’ai lu pour vous la dernière publication de Patrick Péron

Les Éditions Nestor de Gourbeyre viennent de publier à point nommé un nouvel ouvrage de Patrick Péron, instituteur à la retraite et, selon sa propre expression, « mondialement  connu à Terre-de-Haut ». En plus de sa participation à diverses publications collectives entre 1990 et 99, cet auteur nous gratifie régulièrement à peu près à la même période, (l’approche de Noël et des cadeaux !), d’une publication littéraire que ses inconditionnels découvrent toujours avec la même jubilation.

ArcadiaCette année, l’ouvrage proposé, paru en ce mois d’octobre 2018, met en scène, sur fond d’intrigues à rebondissements, certaines composantes habilement choisies de la vie locale que les lecteurs saintois identifieront sans peine tant elles sont en tout point conformes à la réalité. Une réalité pas toujours à l’honneur de nos compatriotes, il faut bien le dire, mais qui existe, qui se perpétue depuis des générations, et que Patrick Péron se plaît à stigmatiser avec parfois un zeste d’ironie, exposant néanmoins les faits sans porter de jugement moral : ni approbation complice donc, ni condamnation péremptoire ou démagogique ! À chacun en conséquence de les apprécier à l’aune de ses propres valeurs, disons  pour être plus précis, de ses propres conception et pratique de la moralité tant individuelle que  publique.

Mourir pour Arcadia

Cet ouvrage a pour titre : Mourir pour Arcadia. Titre qui peut paraître énigmatique mais dont on comprendra rapidement la signification dès les premières pages du roman. Car c’est bien d’un roman qu’il s’agit ici, même si la trame se greffe pour la presque totalité du livre sur des événements réels, des situations, des comportements, des lieux et personnages à peine transposés, et pour la plupart pas du tout imaginaires. Événements   et personnages puisés le plus souvent dans le vivier social, passé et présent, de notre département la Guadeloupe et de notre petite île en particulier, Terre-de-Haut. Une île et sa population observées à la loupe, depuis près du demi-siècle que notre auteur s’est immergé dans le microcosme local, dont il fait désormais viscéralement partie, et dont à juste titre, que certains le veuillent ou non, il n’a plus à se revendiquer.

Une satire politico-financière réussie
qui tourne à l’intrigue policière

Un promoteur immobilier peu soucieux de morale

Après avoir rappelé, par la voix de son personnage principal, qu’au début des années 60 des actionnaires « avant-gardistes » avaient obtenu du département de la Guadeloupe un bail emphytéotique pour l’implantation sur l’Îlet à Cabris d’un ensemble hôtelier fait de « cubes de béton disgracieux », et qui, « bien quéquipé de A à Z n’accueillit jamais le premier client », l’auteur imagine que 60 ans plus tard, un promoteur immobilier du nom de Norman Régy, propriétaire d’un hôtel 5 étoiles, le Blue Lagoon à Saint-François, et d’une luxueuse villa à l’Anse Galet, aux Saintes, remet sur le tapis un projet identique autrement plus grandiose que le précédent.

À la tête de sa puissante société la NOREP, ce fringant septuagénaire à qui tout réussit, projette en effet de faire l’acquisition pure et simple de l’îlet afin d’ériger sur « ce caillou de 38 hectares » un « complexe touristique de haut standing et d’y attirer une clientèle friquée, américaine, russe ou chinoise peu importe, pourvu que nous lui donnions l’opportunité d’y dépenser son argent. » C’est en ces termes que Norman Régy présente à ses associés son projet qui s’appellera Arcadia, du nom d’une région du Péloponnèse dans la Grèce antique, synonyme en poésie, est-il précisé, de « pays idyllique ».

Un entourage trié sur le volet à la botte du président-promoteur

Bien entendu, pour mener à bien son fabuleux projet, Norman Régy ne s’entoure pas d’enfants de chœur. C’est une équipe déjà bien rodée dans la conduite de son entreprise immobilière qui va le seconder dans ce nouveau challenge. Un avocat, un banquier, un architecte, un communiquant lettré, un responsable de sécurité, un gestionnaire de casino probablement d’origine corse, un entrepreneur de BTP qui s’était déjà « pincé le nez et bouché les oreilles » lors de la réalisation du Blue Lagoon à Saint François et, plus étonnant, pour finir, comme une « cerise sur le tourment« le Secrétaire Général de la Préfecture en personne dont on imagine l’influence déterminante en cas de difficultés administratives… On n’est jamais trop prudent !

Avec des hommes de main plus ou moins anonymes agissant dans l’ombre, tout ce beau monde est grassement rétribué en espèces comme en nature, selon l’importance des services rendus, et place sa fortune aux Bahamas ou aux Îles Caïmans, qui ne sont pas, loin de là, que des paradis exotiques… À voir Patrick Péron évoluer comme un poisson dans l’eau au milieu d’authentiques requins, certains esprits malicieux pourraient s’interroger sur ses véritables activités !… Je les rassure, qu’ils me croient, il n’y a pas plus honnête homme que notre auteur, adepte de la bicyclette, du Canard enchaîné et des accras pays aux pisquettes délicieusement relevés d’un filet de vinaigre à piment…

Une association écologique farouchement opposée au projet

En parfait instituteur cultivé qu’il a été, en plus d’être honnête, Patrick Péron connaît bien évidemment la structure du conte. Or, si son récit n’en est pas véritablement un (encore que..), il utilise à sa façon les ingrédients de ce genre littéraire qu’il a autrefois enseigné à ses élèves. Dans le rôle du méchant supposé nous trouvons la NOREP, son impitoyable président Norman Régy et ses acolytes, décidés à acquérir contre vents et marées un patrimoine public, l’Îlet à Cabris, afin d’en faire une propriété privée et de l’aménager à leur guise pour un objectif final avoué : se faire du pognon, pour parler comme un certain  E. M., président, semble-t-il, de la République.

Dans le rôle de l’opposant, voici l’APIC (Association pour la Protection de l’Îlet à Cabris) dont le sigle n’est pas sans rappeler celui de l’ASPP (Association Saintoise de Protection du Patrimoine) dont P. Péron fut pendant longtemps le très actif président. À la tête de l’APIC, une énergique trentenaire saintoise, Tessa Morel, titulaire du baccalauréat, obtenu à une époque où « l’on ne distribuait pas [ce diplôme] comme des bonbons, » précise l’auteur. Conseillère municipale écolo, soutenue par le maire en place, Tessa Morel veut que cet îlet soit « accessible à tous et en permanence ; elle souhaite que les vestiges soient mis en valeur et que les plages soient régulièrement entretenues ; sur l’emplacement de l’ancien lazaret, elle imagine l’édification d’un espace muséal dédié à l’histoire remarquable du site où artisans et artistes disposeraient d’un atelier et d’une salle d’exposition permanente… Condamnant par ailleurs « tout projet immobilier fumeux destiné à enrichir les promoteurs qui utilisent la défiscalisation pour se remplir les poches au détriment des intérêts locaux et leurs méthodes pour se débarrasser des gêneurs… » On ne saurait être plus clair !

Un puzzle adroitement agencé

À partir de ces deux pôles antagonistes, – Norman Régy et son projet immobilier, Tessa Morel et son association écolo – , les pièces du puzzle se mettent en place, formant l’architecture complexe du roman jusqu’à son dénouement final. Lequel n’interviendra qu’après que, spécialement venu du Pays Basque, comme dans un précédent ouvrage du même Péron, le commissaire à la retraite Iñaki Cassin eut résolu une énigme policière qui semble directement liée à l’entourage et au projet de la NOREP.

Aidé de son collègue monté en grade, l’inénarrable gendarme local Marcel Chougnard, susceptible et ventripotent, outrageusement caricaturé par l’auteur, Iñaki Cassin va tenter en effet de mener à bien une enquête difficile impliquant deux morts suspectes et des pratiques peu recommandables de destruction de matériel de chantier, d’espionnage, d’écoutes illégales, de trafic de stupéfiants et de perversions sexuelles perpétrées sur des jeunes femmes préalablement droguées au GHB, la fameuse drogue du viol.

Le tout est de savoir si l’aboutissement de cette enquête conduira à la victoire de l’un ou de l’autre camp et si à la fin du roman les « bons » seront récompensés et les « méchants » punis, comme l’exige la finalité du conte, avec ou sans morale à la clé explicitement formulée. Notons au passage l’irrépressible admiration et l’extrême tendresse de Patrick Péron pour le langage, la tenue et les compétences de la maréchaussée ordinaire…

Un regard lucide sur la société saintoise

Comme il est dit plus haut, Patrick Péron, grand connaisseur des mœurs locales, profite de son livre pour stigmatiser certains de nos comportements individuels ou collectifs, en particuliers ceux liés :

– à l’oisiveté : « Aux Saintes, écrit-il, il est inconcevable de travailler bénévolement alors qu’une partie de la jeunesse est payée à ne rien faire. » P.15 – Ou encore, p.16 : » Jean traîne le plus souvent avec ses potes à l’ancien marché où, entre deux bières et un joint, il écoute à fond la caisse de la musique à la mode ou interpelle les filles qui se baladent. Il a le même œil pour ces demoiselles que le pélican pour les poissons imprudents. »

– à la politique : « Les Municipales de Terre-de-Haut : nous devons mettre un homme à nous à la tête de la municipalité, quelqu’un qui rendra nos terrains constructibles. »  Ce qui importe ce n’est pas de permettre l’élection d’un individu X à un poste Y, c’est d’évaluer ce ce que cela va nous rapporter. Voilà le seul critère objectif : qu’avons-nous à y gagner ? » P.108 – « La campagne (électorale) est une vraie foire où les idées n’ont pas cours. Ici, madame, monsieur, on ne vote pas pour une idéologie politique ; un point c’est tout ». P. 123 – « Ici on vote contre le parent, l’ami ou le voisin pour de sombres histoires de familles, de vieilles rancœurs et de solides jalousies, des problèmes de mitoyenneté, des retours de pêche mouvementés. » P. 144 – « Aux municipales, le secret du vote est un secret de polichinelle. Ici on ne prend qu’un bulletin et on ne passe pas par l’isoloir. Mieux, on le brandit, afin que nul ne doute. Honte à celle ou celui – ignoble « bécune » – qui s’avise de se planquer derrière le rideau ! P.145… etc.

– à la culture : « À la télé,  » la belle Angelina se dispute avec le beau Ricardo… » Cette telenovela sirupeuse et sans intérêt est suivie avec passion par une bonne partie de la population locale, hommes compris. » P.79 – « La culture peut-être mais pas trop, ni ici, ni maintenant. Le discours grandiloquent du maître lasse ; grossièretés et invectives fusent, accompagnées d’une volée d’œufs et de tomates sélectionnés pour leur état de fraîcheur. » P.128-129.

– à l’incivilité : En parlant du pillage des bâtiments de l’ancienne résidence hôtelière de l’blet à Cabris, Patrick Péron écrit  : « Tandis que les femmes lavaient leur linge avec l’eau de la citerne du Fort Joséphine, les hommes démontaient méthodiquement tout ce qui pouvait être transporté et chargeaient les canots de matelas, de rideaux, de lavabos. Même les carreaux de céramique furent enlevés un à un ! Aujourd’hui, il ne reste plus rien sinon la carcasse des bungalows. » P. 11-12.

On pourrait multiplier les exemples de ce genre sur d’autres sujets (les joyeusetés de la circulation entre autres) éparpillés dans l’ouvrage que je vous laisse le soin de découvrir. Précisons néanmoins qu’à plusieurs reprises, à côté de ces points négatifs, Patrick Péron fait l’éloge de la gastronomie locale, (il a un penchant particulier pour les accras de pisquettes arrosés de vinaigre à piment, nous l’avons dit), et de l’inimitable ti-punch saintois réputé pour la précision de son dosage et son irréprochable saveur. Entre travers collectifs et qualités individuelles, l’équilibre est ainsi (presque) respecté… Merci Patrick…

Fond, style et mise en pages

L’objectif de cette chronique n’est pas, empressons-nous de le dire, de donner des leçons à qui que ce soit. Nous avons aimé ce livre, sinon nous n’en parlerions pas. Et, bien que l’auteur le qualifie lui-même, à tort selon nous, de pochade, promettant d’être plus sérieux la prochaine fois, nous l’avons trouvé fort intéressant, réaliste et instructif, abordant un réel problème qui ne manquera pas de se poser un jour ou l’autre aux Saintes, tant nos précieux « cailloux » suscitent de convoitises. D’ailleurs beaucoup de ce qui est développé dans le livre s’est déjà bel et bien produit, aux dépens d’une population inconsciente peut-être des enjeux et qui mine souvent elle-même, soit dit en passant, volontairement ou par inertie, ses propres intérêts. Sur ce point et sous des abords parfois légers, Patrick Péron lance véritablement un sérieux cri d’alarme.

Un aspect cependant de la mise en pages nous chiffonne quelque peu : la disposition inhabituelle des différents épisodes. En ce qui nous concerne, nous aurions préféré que les chapitres soient mieux marqués, distincts les uns des autres selon le schéma classique traditionnel, et non constitués de longs paragraphes qui se suivent, souvent sans lien entre eux, séparés simplement par le signe §. Cette présentation, trop dense à nos yeux, ne facilite pas la lecture et nuit au souffle intérieur, à la respiration du texte et.. du lecteur. Mais c’est peut-être un parti-pris pour accentuer cette impression d’étouffement qui se dégage de l’ensemble du roman.

Quant au style, en plus de ponctuer son récit de références littéraires et de citations d’auteurs – (le fameux Bon appétit Messieurs de Victor Hugo dans Ruy Blas et autres morales volontairement tronquées de La Fontaine) -, il est clair que Patrick Péron est un fervent amateur de romans policiers, et pas seulement de gare. En particulier, selon nous, de Léo Malet, le père de Nestor Burma, (le détective de choc qui met le mystère KO), et surtout de Frédéric Dard, le bien nommé, génial créateur de San Antonio et de Bérurier, aux trouvailles souvent lestes mais jamais vulgaires. À vous, perspicaces lecteurs, de découvrir dans Arcadia les nombreux indices : jeux de mots foireux à dessein, homophonies approximatives, allusions salaces, faciles pléonasmes, et autres calembours, de la langue colorée, truculente et inventive de ces deux facétieux auteurs !

Un dernier conseil : sauf lorsqu’ils sont expressément nommés comme Eugène Samson, Chloé Déher, Christian Mas et 2 ou 3 autres – ou écrits en verlan comme Quintar – ne vous fatiguez pas le ciboulot à vouloir à tout prix trouver une correspondance improbable entre les personnages du livre et les personnes réelles « mondialement connues » aux Saintes. Ainsi, le « flagorneur et nécessiteux », poète « du terroir » Érick Trappon, aux discours culturels soporifiques, écoulant dans la rue à 10 € ses « écrits vains », mal édité à compte d’auteur sur Internet, et vivant de l’aide publique, n’a rien à voir, par exemple, avec Patrick Péron, talentueux poète lui aussi à ses heures, et dument pensionné de la fonction publique… Tenez-vous le pour dit !

Bonne lecture à tous et franc succès à ce nouveau roman et à son auteur.

L’Îlet à Cabris, objet de toutes les convoitises

Je rappelle les références de l’ouvrage : Mourir pour Arcadia – Patrick Péron – Éditions Nestor – Octobre 2018 – Illustration de couverture Christian Mas, photographe –  20 € en librairie et chez l’auteur à Terre-de-Haut.

Raymond Joyeux

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