La tempête Isaac semble vouloir faire pschitt….

Jeudi 13 septembre 2018

Pour rassurer nos amis de métropole et d’ailleurs, inquiets du mauvais temps régnant actuellement sur nos îles, je me permets de partager ces informations plutôt optimistes publiées ce jour par  M Olivier Tisserant sur son compte Facebook : Météo tropicale. On constate que la tempête Isaac très menaçant ces jours derniers a considérablement perdu de son intensité.

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Olivier TisserantàMétéo tropicale

Bonjour,

L’agonie de Isaac s’est poursuivie durant la nuit et ses caractéristiques sont désormais un peu éloignées de ce qui détermine habituellement une tempête tropicale. La circulation des vents autour du centre ne semble plus être fermée et la convection profonde a quasiment totalement disparue à proximité. La seule seule chose qui amène le NHC à maintenir le statut de tempête est probablement la présence de vents forts (40 kt) à son nord.

Le centre (si centre il y a encore !) se situe à une centaine de km au large du nord de la Dominique et se déplace vers l’ouest à 15 kt.

Les images radar de la Guadeloupe et de la Martinique montrent pour le moment assez peu de précipitations, mais une zone de convection un peu plus dense devrait concerner la Guadeloupe en milieu de matinée et une autre zone de convection plus étendue devrait toucher l’arc un peu plus tard et plus largement. Il faut continuer à être prudent parce que le bourgeonnement convectif peut reprendre d’un moment à l’autre de manière importante et que la pluie n’est pas encore là et devrait vraiment s’intensifier plus tard dans la journée.

Bref, ça se présente mieux que prévu, surtout pour la Martinique, mais le système n’est pas encore au niveau de l’arc et le risque demeure.

Restez tranquillement chez vous même si tout vous semble calme.

Bonne journée.

Crédit images : NHC et Trpical Tidbits

***

Aux Saintes

Rien de spécial à signaler, peu de vent, des ondées sporadiques et la mer qui monte tout doucement, sans danger immédiat pour les canots et habitations.

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Je vous tiens au courant et publierai d’autres photos dans la journée si aggravation significative de la situation… 

Bonne journée.

Raymond Joyeux

Dernières nouvelles : à 11 heures locales, Isaac est passé entre la Dominique et la Martinique comme le montre l’image ci-dessous. La mer reste forte à Grand’Anse aux Saintes avec du vent. Dans le bourg et sur le littoral, RAS. Tout danger majeur semble donc écarté concernant la Guadeloupe.

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18 heures ce jeudi 13 septembre : Tout est normal, aucun dégât..

Voici une petite vidéo de la mer du Fond Curé au niveau de la « nouvelle’ plage :

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Poésie de la rentrée

Voici, sous le signe de la bonne humeur, en cette rentrée scolaire 2018, deux poèmes qui ne vont peut-être pas dans le sens de la vocation officielle de l’école, mais qui permettront à nos jeunes écoliers, collégiens et lycéens, d’oublier pour un temps la nostalgie des vacances et d’aborder cette nouvelle année scolaire avec le sourire en compagnie de deux célèbres poètes : Guy Tirolien et Jacques Prévert.

La prière du petit enfant nègre

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Guy Tirolien 1917-1988

Seigneur, je suis très fatigué.
Je suis né fatigué.
Et j’ai beaucoup marché depuis le chant du coq
Et le morne est bien haut qui mène à leur école.

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus.

Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches
Quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois
Où glissent les esprits que l’aube vient chasser.
Je veux aller pieds nus par les rouges sentiers
Que cuisent les flammes de midi,
Je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers,
Je veux me réveiller
Lorsque là-bas mugit la sirène des blancs
Et que l’Usine
Sur l’océan des cannes
Comme un bateau ancré
Vomit dans la campagne son équipage nègre…

Tableau d’Alain Joyeux

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus.

Ils racontent qu’il faut qu’un petit nègre y aille
Pour qu’il devienne pareil
Aux messieurs de la ville
Aux messieurs comme il faut.

Mais moi, je ne veux pas
Devenir, comme ils disent,
Un monsieur de la ville,
Un monsieur comme il faut.

Je préfère flâner le long des sucreries
Où sont les sacs repus
Que gonfle un sucre brun autant que ma peau brune. bm_CVT_Balles-dor_8133
Je préfère, vers l’heure où la lune amoureuse
Parle bas à l’oreille des cocotiers penchés,
Ecouter ce que dit dans la nuit
La voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant
Les histoires de Zamba et de compère Lapin,
Et bien d’autres choses encore
Qui ne sont pas dans les livres.

Les nègres, vous le savez, n’ont que trop travaillé.
Pourquoi faut-il de plus apprendre dans des livres
Qui nous parlent de choses qui ne sont point d’ici ?

Et puis elle est vraiment trop triste leur école,
Triste comme
Ces messieurs de la ville,
Ces messieurs comme il faut
Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune
Qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds
Qui ne savent plus conter les contes aux veillées.

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école !

Guy Tirolien, Balles d’or (Présence africaine 1961)

Le cancre

Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges

 

Jacques Prévert (1900-1977)

et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec les craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.

Paroles (Gallimard 1949)

Pour plus d’informations sur ces deux auteurs vous pouvez consulter sur Internet les articles qui leur sont consacrés :

Guy Tirolien

Jacques Prévert

Bonne lecture, excellente rentrée à toutes et à tous et à bientôt pour une prochaine chronique

Sortie de classe à Terre-de-Haut-  Années 50 – Archives Joyeux

Raymond Joyeux

Pointe-à-Pitre, le 3 septembre 2018

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Un 15 Août historique sous le signe de la réconciliation !

Vue de loin, puisqu’éloigné pour quelques jours encore de la Guadeloupe et des Saintes, il nous a semblé que jamais de mémoire de Saintois la fête patronale de Terre-de-Haut, en ce 15 août 2018, n’avait suscité dans nos îles autant de satisfaction et d’unanimité. Tant auprès de la population résidente, des Saintois en général que de nos irréductibles visiteurs.

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Messe solennelle du 15 Août en l’église de Terre-de-Haut

Cette petite révolution est d’abord à mettre au compte des administrateurs municipaux, toutes tendances confondues. Avec à leur tête le nouveau maire Louly Bonbon, dont la volonté évidente et éclairée de réconciliation vient balayer 50 années de division organisée, ourdie par une clique inamovible de dirigeants à l’esprit étroit, dépourvus du sens du dialogue et de la démocratie, aux conceptions et pratiques politiques désuètes, plus qu’archaïques.

Un incontestable élan d’unanimité

Mais elle n’aurait pas eu lieu non plus cette révolution, si les acteurs économiques et sociaux de la commune, – commerçants, hôteliers, restaurateurs, associations… et la population elle-même en son ensemble – avaient boudé la main tendue de la municipalité et refusé de participer, et pas seulement pour la plupart financièrement, à l’organisation de cette manifestation traditionnelle, incontournable de notre histoire et de notre culture insulaire. À tous, il convient de rendre un hommage appuyé et d’exprimer des remerciements mérités.

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Cinq sujets parmi d’autres de satisfaction

1 –  Un financement en grande partie hors budget communal

Cette unanimité populaire porte d’abord sur la décision municipale de restreindre le coût des manifestations en tenant compte de la situation budgétaire pour longtemps encore déficitaire de la commune, héritage des précédents déboires financiers que l’on sait. Et cela, si on se réfère au programme précédemment diffusé, sans affadir l’esprit de la fête auquel nos compatriotes sont particulièrement attachés.

2 – La circulation motorisée interdite au centre-bourg

Elle porte ensuite, cette unanimité, sur la bonne idée très appréciée de canaliser la circulation et de libérer le centre-bourg de l’insécurité et des embarras engendrés par l’anarchie en ce domaine, objet par ailleurs, semble-t-il, d’une réflexion en cours. Expérience positive qu’il serait heureux de renouveler régulièrement selon le vœu de beaucoup, afin que les Saintois retrouvent, ne serait-ce qu’épisodiquement, (pourquoi pas une fois par mois ? ) calme et sérénité dans leurs déplacements.

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La rue libre de véhicules, livrée aux seuls piétons

3 – La présence du maire de Terre-de-Bas à nos côtés

Unanimité aussi sur la présence à nos côtés de nos amis de la municipalité de Terre-de-Bas, en la personne de son Maire Emmanuel Duval, prémices d’une fructueuse collaboration à venir, espérons-le, entre nos deux îles, et qu’à ce jour les précédents dirigeants de Terre-de-Haut s’étaient systématiquement refusés d’envisager.

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Le maire Emmanuel DUVAL, à gauche, représentant la Municipalité de Terre-de-Bas – Capture d’écran reportage TV Guadeloupe la 1ère

4 – L’nauguration de la Place des Héros

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Unanimité encore quant à l’inauguration de la Place du Plan d’Eau désormais dénommée Place des Héros, en hommage à Cyprien SAMSON et Masséna DESBONNES, deux fils de Terre-de-Haut morts pour la France au cours de la Seconde Guerre mondiale et dont la mémoire, le courage et le sacrifice n’avaient jamais été officiellement évoqués à ce jour aux Saintes. Cérémonie émouvante avec la présence de Madame Yvette Samson- Martinet, fille de Cyprien Samson, résidant en métropole, invitée à juste titre à cette occasion par la municipalité, et qui avait 9 ans à l’arrestation de son père, le 17 octobre 1942.

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Madame Yvette Samson-Martinet, avec le Maire et son adjointe Marie-Paule Lassalle

5 – L’opposition invitée à la tribune

Unanimité enfin sur l’incroyable retournement de situation – du jamais vu à Terre-de-Haut – qui a consisté pour le maire Louly Bonbon, à donner, en parfait démocrate, la parole à un représentant de l’opposition en la personne d’Hilaire Brudey, Conseiller régional, dont l’intervention respectueuse et modérée a suscité, aux dires de notre correspondant sur place, enthousiasme et applaudissements.

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Hilaire Brudey s’exprimant à la mairie

Une sélection non exhaustive

En sélectionnant ces cinq sujets qui ont fortement marqué, selon nous, la fête du 15 août 2018 à Terre-de-Haut nous n’avons pas oublié les autres manifestations habituelles inscrites au programme officiel. Mais il nous serait impardonnable, en terminant cette chronique, de ne pas évoquer explicitement la traditionnelle Fête des Marins du 16 août avec sa messe solennelle, sa procession hautement colorée et ses gerbes aux monuments dédiés à la mémoire de ceux qui sont morts ou disparus en mer, avec une pensée particulière pour leur famille.

 

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Ainsi, si la population de Terre-de-Haut, nos amis de Terre-de-Bas et nos visiteurs ont particulièrement apprécié, à l’occasion de ce 15 août chaleureux et convivial, le nouvel état d’esprit qui règne désormais dans notre commune, formons le vœu qu’il se perpétue en actes et dialogue au cours des années à venir, et qu’il scelle pour longtemps une fraternité saintoise enfin retrouvée.

Raymond Joyeux – 19 août 2018

PS. Je remercie Alain JOYEUX pour les informations et photographies qu’il a bien voulu me transmettre. Sans sa précieuse collaboration, cette chronique n’aurait pu être publiée.
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Programme Fête du 15 Août 2018

Deux mille exemplaires sponsorisés

Ce lundi 6 août 2018, la Mairie de Terre-de-Haut a publié le programme du 15 août.
Je vous laisse le soin d’en prendre connaissance

JOYEUSES FÊTES À TOUS !

 

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Terre-de-Haut : d’un 15 août à l’autre

Une victoire contre les Anglais

Selon diverses sources, la paroisse de Terre-de-Haut des Saintes en Guadeloupe a été dédiée à la Vierge Marie en l’honneur de la victoire française du 15 août 1666, jour de l’Assomption, contre les troupes anglaises. Et que c’est le Sieur Claude François Du Lyon qui instaura le culte et la fête dans l’île en commémoration de cette victoire. Notre-Dame de l’Assomption devint dès lors la sainte patronne de Terre-de-Haut.

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Bataille navale dans les eaux saintoises

Voici, historiquement, comment sur Internet, Wikipédia relate les événements : «  Le 4 août 1666, alors que les Anglais attaquent l’archipel, leur flotte est mise en déroute par le passage d’un cyclone et les quelques Britanniques qui assiègent ce « Gibraltar des Indes occidentales » sont rapidement expulsés par les hommes des sieurs Du Lion et Desmeuriers, avec l’aide des Caraïbes. Les Anglais se rendent le 15 août 1666, jour de l’Assomption de la Vierge Marie, et un Te Deum est entonné à la demande de Du Lion qui institue la commémoration annuelle de cette victoire. »

Une fête paroissiale devenue civile et communale

À l’origine, fête exclusivement religieuse, teintée vraisemblablement d’un zeste de parade militaire, (le sabre et le goupillon, on le sait, étaient jusqu’en 1905 étroitement liés à l’époque), le 15 août devint sans doute très vite manifestation civile et républicaine. Si les informations nous manquent sur la façon dont était célébrée autrefois publiquement cette commémoration, on peut imaginer que les différentes municipalités qui se sont succédé à la tête de la commune, sans écarter son caractère religieux, l’ont progressivement transformée en fête populaire, l’étoffant au fil des ans de manifestations ludiques et festives pour la plus grande satisfaction de la population.

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Militaires en exercice aux Saintes en 1898 – Photo aimablement communiquée par Igor Schlumberger

Sans remonter à la nuit des temps, les plus anciens doivent se souvenir du simple feuillet  volant distribué aux habitants, et qui tenait lieu de programme officiel. Informant le public des lieux, dates et heures des festivités, et invitant la population non seulement à y assister mais également à y participer : discours solennels, réception et vin d’honneur en mairie, défilés militaires, fanfare, feux d’artifice, bal public… Avec aussi et surtout de nombreuses manifestations sportives, gastronomiques et culturelles dotées, les années fastes, de prix conséquents, afin de les rendre le plus possible incitatives et attractives.

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Réception  et vin d’honneur à l’occasion de la fête patronale – Bulletin du 15 août 1980

1972 : le premier bulletin municipal du 15 août

Il a fallu attendre l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle équipe municipale avec le Docteur René Germain en mars 1971, pour voir apparaître le premier vrai bulletin communal de la fête patronale de Terre-de-Haut. Outre le programme détaillé des manifestations, s’étalant sur 5 jours, la brochure présentait pour la première fois l’historique de la commune, ses sites naturels, ses fortifications, ses monuments caractéristiques et, bien entendu, l’annonce de la traditionnelle Messe des Marins du 16 août avec procession à la Chapelle du même nom, bénédiction de la mer en canot et lancer de gerbe précédé du Libera me chanté en grégorien par M. le curé, vêtu d’un surplis blanc et d’une  étole noire.

Bénédiction de la mer et lancer de gerbe le 16 août à Terre-de-Haut- Années 50

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Bulletin et programme du 15 août 1972 – Archives Raymond Joyeux

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L’impression aussi bien des textes que des photos en noir et blanc laissait fortement à désirer. Mais le ton était donné et les années suivantes, les mêmes textes de présentation étaient repris jusqu’à récemment avec quelques modifications et ajouts dans des brochures couleur de plus en plus luxueuses dont sont reproduites ci-dessous les couvertures des exemplaires des années 1979 et 80 :

Couvertures Bulletins

De fil en aiguille, en l’absence d’un bulletin communal régulier, le programme du 15 août finit par se transformer en tribune politique où étaient présentés projets et réalisations de la municipalité avec un « Mot du Maire » particulièrement virulent à l’égard de l’opposition sans possibilité pour cette dernière de répondre par les mêmes moyens. D’autant plus qu’elle n’était pas représentée au Conseil municipal, par l’effet d’une loi électorale excluant les petites communes de la proportionnelle…

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Conseil municipal de 1983 – Archives Raymond Joyeux

Une fête patronale emblématique, très prisée des visiteurs

De la petite manifestation communale, quasi familiale à l’origine, le 15 août de Terre-de-Haut n’a pas tardé à devenir l’événement festif le plus couru des Guadeloupéens et autres visiteurs en mal de dépaysement et de divertissements faciles en plein cœur des  vacances scolaires. À partir des années 79-80, Terre-de-Haut sera littéralement envahie à cette occasion, entrainant des problèmes de plus en plus aigus d’organisation et de sécurité publique. Néanmoins, estimant que cet événement était une aubaine en matière de publicité et de fierté pour la commune, les municipalités successives, jusqu’à ces dernières années, n’ont pas hésité à investir des sommes de plus en plus importantes pour maintenir un haut niveau de manifestations, d’animations, d’invitations et de réceptions en tous genres. Auxquelles venaient s’ajouter, à la charge du contribuable, les frais de transport, d’hébergement et de restauration des invités de marque et de leur inévitable suite. Tant et si bien qu’à la longue la rubrique fêtes et cérémonies était devenue l’un des plus importants postes budgétaires de la trésorerie communale.

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Réception de M. Chirac et autres personnalités en 1979

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Visite de Mme Giscard d’Estaing – Bulletin du 15 août 1979-Archives R.Joyeux

Et aujourd’hui ?

Depuis deux ou trois ans, déficit record et restrictions budgétaires obligent, s’il reste encore très attractif pour nos compatriotes et nos amis de l’autre côté du Canal des Saintes, le 15 août à Terre-de-Haut a singulièrement perdu de son faste et de ses excès : un public aussi nombreux, certes, mais beaucoup moins d’animations tapageuses, moins d’invitations onéreuses de stars du show-biz, moins de réceptions et banquets gargantuesques, en un mot… moins de champagne municipal à profusion en mairie et ailleurs … et ce n’est pas peu dire, (suivez mon regard !)

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Publicité bulletin-programme 15 août 1980 – Archives Raymond Joyeux

Alors, que nous réserve le 15 août de cette année 2018 ?

La question restera posée jusqu’à la publication par la mairie du traditionnel programme des manifestations et cérémonies, puisqu’à l’heure où nous publions cette chronique, ce programme, à notre connaissance, n’est pas encore sorti. Mais gageons que le nouveau maire, en bon gestionnaire, et fort des recommandations de la Chambre Régionale des Comptes, saura modérer les ardeurs dépensières de certains de ses conseillers, habitués aux folles largesses de jadis. Et, sans pour autant réduire notre 15 août à une misérable peau de chagrin, fera de cette fête patronale un événement digne de notre réputation de joyeux drilles, attachés à leurs traditions festives de divertissement, d’accueil et de solidarité.

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Photo publiée dans le bulletin-programme du 15 août 1979 – Archives R. Joyeux

En tout état de cause, je souhaite à toutes et à tous, compatriotes et visiteurs, un joyeux 15 Août 2018, en attendant la prochaine chronique …

Raymond Joyeux – Le 1er août 2018

PS : Le programme du 15 août 2018 a été publié par la mairie de Terre-de-Haut le lundi 5 août à l’adresse ci-dessous, je vous invite à le consulter :

Programme 15 août

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Raz de marée à Terre-de-Haut

En cette période d’hivernage où nous subissons dans nos îles les caprices de la météo, (pluies, vents, raz de marée, dépressions, cyclones, ouragans), accompagnés parfois de terribles catastrophes, je vous propose ce poème de la poétesse guadeloupéenne Josée LATIVE. Institutrice et ancienne directrice d’école à Saint-Claude en Guadeloupe, elle a obtenu pour ce poème la Médaille d’argent au 8ème Grand Concours de l’Académie de Lutèce, à Paris en novembre 1976. (Sujet imposé : la mer.)

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Josée LATIVE interprétant un de ses poèmes – Année 1976

De ma fenêtre, je vois et j’admire
Les vagues qui viennent et se retirent,
Puis reviennent, dans un ultime bond,
Mourir lentement, sur le sable blond.

Brusquement, les lames se précipitent.
Elles avancent, reculent, hésitent,
Puis envahissent la petite baie,
Reculent encor, dressent une haie.

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Vague : Tableau d’Alain Joyeux

Les vagues se succèdent et déferlent ;
Elles se brisent et pleuvent en perles.
Les flots, soudain déchaînés, escaladent
Les dunes et retombent en cascades,

Puis charrient tout et tout sur leur passage.
Ensuite, ils ramènent sur la plage
Tout ce qu’ils ont pu arracher, racler
Au sein de l’océan bouleversé.

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Mer déchaînée et sargasses à Grand’Anse. Photo Alain Joyeux – Juin 2018

Maintenant c’est un vacarme infernal
Une danse endiablée ou un vrai bal
Aux tristes échos sonores, bruyants,
Une sarabande au rythme assourdissant.

Une vague affolée dans un éclat,
Se heurte à ma maison avec fracas.
le bourg s’affaire ; les embarcations
sont tirées avec mille précautions

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Raz de marée à Fond Curé, Terre-de-Haut – Photo Raymond Joyeux – Juin 2018

En pleine rue. Mais chacun s’inquiète
Et de sécurité il est en quête ;
Déjà notre sœur, la Martinique
Est dévastée. Prise de vraie panique,

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Les embarcations sont tirées en pleine rue –  Photo Raymond Joyeux – 1974

Je quitte ma fenêtre. « Oh ! là! là!
Qu’adviendra-t-il donc de nous si Beulah *
Nous visite ? » Ainsi va ma pensée
Je suis très absorbée par cette idée.

Mais peu à peu, la mer en furie se calme
Les cocotiers joyeux bercent leurs palmes.
Vers le soir, les eaux redevenues sages,
Se retirent en laissant sur la plage

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Le beau temps revenu, « les cocotiers joyeux bercent leurs palmes « – Ph R. Joyeux 2018

Un amas de débris hétéroclites
Et de ce raz de marée on a vite
Oublié les dégâts. La vie reprend
Son cours normal, sans grands incidents,

Dans la belle île de Terre-de-Haut
Dont on pourrait dire « Toujours plus haut ! »

Josée LATIVE

* Beulah : violent cyclone qui détruisit la Martinique en 1967

Ce texte est extrait d’une brochure syndicale de l’Enseignement public
de Guadeloupe, datée de l’année scolaire 1976 -77

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 Je vous souhaite à tous des vacances reposantes et méditatives à l’exemple de cet impassible pélican – Photo de Raymond Joyeux prise à Terre-de-Haut en Juin 2018

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Une nouvelle publication aux Ateliers de la Lucarne

Nautiques

Paysages

J’ai le plaisir de vous informer de la parution de mon nouveau recueil de poèmes intitulé Nautiques (Paysages). Il comprend en tirage limité une trentaine de textes inspirés de lieux-dits de Terre-de-Haut qui figurent sur une carte au début de l’ouvrage et reproduite ci-dessous.

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Hommage aux lieux-dits adulés de mon île natale, comme autant de jalons toponymiques d’une enfance heureuse, ces textes ne sont pas de simples illustrations des paysages évoqués dans ce recueil. Ils ne procèdent donc pas, à la manière objective de la photographie, de l’unique perception visuelle ou géographique, bien qu’ils s’y réfèrent de façon immédiate. Ma démarche a consisté à m’inspirer librement de données géologiques, historiques, sociologiques au sens large de ces termes, et bien entendu psychiques au sens où le sentiment exprime ici ce qui reste du vécu intime de tout individu. Vécu qui façonne à son insu son imaginaire et sa sensibilité. Le présent se mêle ici au passé pour traduire une révolte pas toujours implicite face aux saccages volontaires imposés à la terre impuissante mais qui prendra à coup sûr sa revanche à plus ou moins long terme. Le cadre de l’enfance, omniprésent, a le plus souvent conditionné le choix du vocabulaire et des procédés métaphoriques, indissociables des images conscientes ou inconscientes, mais toujours spontanées, générées par la mémoire. C’est en ce sens qu’il conviendra d’appréhender les éventuelles hésitations d’interprétation qui pourraient surgir ici ou là de l’emploi de termes que le langage ordinaire a relégués aux oubliettes, se délestant ainsi imprudemment d’un bagage précieux qui faisait avec d’autres sa richesse et sa précision.

L’élément déclencheur

Pour ceux qui s’intéressent à la poésie, qui en sont passionnés et qui vont jusqu’à tenter, et parfois publier, l’exégèse d’une œuvre, sans doute, pour éviter de fausses interpré-tations, souhaiteraient-ils connaître de l’auteur lui-même, le point de vue sur la question. C’est ce que je vais tenter de faire ici.

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TDH pour Nautiques - copie (2)Comme la plupart des rêves, une œuvre littéraire (poétique ou romanesque) naît très souvent d’un élément déclen-cheur. C’est le cas pour ce présent recueil. C’est en observant un tableau chez une amie que j’ai eu l’idée d’écrire les poèmes de ce recueil. Ce tableau, de petites dimensions, mais très coloré, aux larges traits hachés, représentait un paysage. Un paysage typique, connu de moi depuis toujours, prétendait mon amie, mais que je n’arrivais ni à reconnaître ni à situer. Pour la simple raison que les contours et l’aspect général en étaient tellement stylisés, tellement simplifiés, que sans l’aide de mon hôte, j’aurais été incapable de le reconnaître. Et pourtant, c’était bien le Pain de Sucre de Terre-de-Haut, mon île natale, qui était représenté sur ce tableau. Mais pour en être sûr et le retrouver sans équivoque, il m’avait fallu faire une reconstitution mentale. À partir du souvenir très précis que j’en avais et les lignes déstructurées du tableau présent sous mes yeux, j’ai établi une correspondance et l’évidence m’est subitement apparue. Alors que j’avais en face de moi une reproduction non pas de la réalité objective, telle que tout un chacun peut l’appréhender directement et comme l’aurait fixée une photographie, mais une déconstruction totale du sujet, j’avais remis, par le biais de la mémoire, les lignes et les couleurs à leur place et l’avais reconstruit. Cette déconstruction-reconstruction est la définition même de la poésie. Et à ce titre, il convient de rendre hommage au peintre Didier Spindler-  (http://didierspindler.com) – d’avoir su, magistralement dans le cas présent, mettre en œuvre ce principe.

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Le Pain de Sucre – Dessin d’Alain Joyeux

À partir de là, m’est venue l’idée de tenter d’élaborer une poésie à l’image de ce tableau. Des textes courts le plus souvent, avec un sujet précis en titre et un sous-titre résumant la représentation mentale globale que j’avais de chacun de ces sujets au moment de leur composition. Le développement fournissant au lecteur des éléments pour lui permettre de reconnaître – ou de découvrir – le paysage en question, tels que l’imagination, le vocabulaire et le ressenti de l’auteur l’interprètent et le traduisent. L’effet recherché étant avant tout la surprise, sans le titre qui le met d’emblée sur la voie de la reconnaissance, l’égarement du lecteur peut être total ou presque. S’ensuit pour lui une nécessaire reconstruction du sujet-paysage s’il accepte de faire abstraction dans un premier temps de sa propre représentation, afin de la reconstruire au fur et à mesure de sa lecture, et de la retrouver au final en confrontant le texte à la mémoire qu’il a de la réalité objective du sujet.

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La démarche est loin d’être évidente d’autant plus qu’un vocabulaire inhabi-tuel peut à tout moment le dérouter ou le mettre dans l’embarras quant à la signification des termes utilisés et leur rapport avec le sujet du poème. Mais sitôt cette barrière franchie, on peut supposer que le lecteur, comme pour une œuvre picturale, procède à une reconstruction de la même nature que celle mise en œuvre pour la reconnaissance d’un tableau abstrait comparé à ce que le peintre a représenté ou voulu représenter.

Dans l’avant-propos du recueil, j’ai justifié l’emploi de la sémantique, des images et des métaphores, regrettant que des termes qui peuvent paraître précieux aujourd’hui aient déserté la langue au profit d’un vocabulaire plus banal, moins précis, alors qu’ils traduisent parfaitement, et plus poétiquement à mes yeux, la réalité qu’ils évoquent. C’est en fin de compte au lecteur de faire l’effort de s’informer, via le dictionnaire, de leur exacte signification, sans cependant se démarquer trop souvent de la linéarité du poème.

À côté de l’importance donnée à la séman-tique et aux images, la plupart de ces textes mettent en lumière l’aspect mémoriel, historique et sociologique des paysages décrits. Évoquer par exemple Petite Anse et oublier ce qu’a été autrefois ce site, aussi bien du point de vue écologique qu’humain, serait négliger l’essentiel de ce que représentait autrefois pour les Saintois ce lieu mythique d’explorations halieutiques et de bains enjoués d’enfants dans le bassin des sœurs. Enfoui aujourd’hui sous le béton inerte et impersonnel d’une place, l’estran de la Petite Anse ne parle plus qu’aux anciens et la réalité de ce qu’il a été pour nombre de générations disparaîtra fatalement avec le temps. D’où la nécessité d’un rappel ne fût-ce que par le biais d’un texte poétique, aussi maladroit qu’il puisse paraître. Et ainsi des poèmes comme Morel – Pavillon – Grand-Îlet – La Coche – Bois Joli… etc, qui ne se contentent pas d’en évoquer simplement la géographie mais aussi, par allusion, l’impact historique que ces hauts lieux de l’enfance ont imprimé dans la mémoire collective, impact inconnu le plus souvent des jeunes générations.

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Poésie de l’insularité, les textes de Nautiques se veulent comme une modeste contribu-tion à la re-connaissance et à l’éloge de notre exceptionnel environnement. S’ils réveillent chez le lecteur le sentiment légitime d’appartenance à cet environnement et suscitent chez lui un infime tourbillon d’émotion et de curiosité, ils auront rempli leur rôle. Un tourbillon  d’émotions, à l’image même de l’île qui, selon la poétesse bretonne Denise Le Dantec (1), « s’apparente à la génération circulaire. La spire qu’elle manifeste résulte de la contrainte des éléments et de leur violence : tout tourne sous l’effet de la rotation de la houle, mêlant à la transparence marine une clarté atténuée, presque violente, qui la charge d’ombre. D’autres éléments se rencontrent, dans leurs mouvements contraires, qui élargissent le regard. »

1 – Denise Le Dantec – L’estran – Autour d’Île Grande – Éditions Flammarion mars 2002

Spire – Alain Joyeux – 2018

Nautiques a été imprimé chez Speedyprint en mai 2018 – Immeuble Orlando – Jarry  –
97122 –  Baie-Mahault (Guadeloupe)
Illustrations et logo : Alain Joyeux

Pour toute information sur le recueil, contacter l’auteur : raymondjoyeux@yahoo.fr

Raymond Joyeux – 21 Juin 2018

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