L’Association Mille Fleurs fête à Terre-de-Haut le 34ème anniversaire de sa création

Avec Mille Fleurs,
les Saintois des deux îles se rencontrent à nouveau

Depuis que, pour d’obscurs calculs électoraux, l’Association des Marins-Pêcheurs Saintois (AMPS) a vu ses subventions communales mesquinement supprimées, les rencontres entre la population de Terre-de-Haut et celle de Terre-de-Bas s’étaient faites rares pour ne pas dire mises en sommeil. Plus de Fêtes traditionnelles de la Pêche et du lambi organisées alternativement chaque année sur l’une et l’autre commune, la première à la Pentecôte, la seconde en Novembre. Manifestations de convivialité qui permettaient aux Saintois de fraterniser, sans distinction d’origine ni arrière-pensée de rivalité. Une rivalité d’ailleurs largement imaginaire car en dépit du bras de mer qui les isole géographiquement et de la volonté négative de certains de nos dirigeants farouchement séparatistes, nos deux populations ne s’étaient jamais véritablement opposées. Pour preuve ces rassemblements de fraternité inter-iles dont nous avons publié en leur temps le compte-rendu et que l’on peut retrouver en cliquant sur les liens suivants :

Fête de la pêche et du poisson

Fête du lambi

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Aujourd’hui, grâce aux initiatives et à la vitalité de l’Association Mille Fleurs dont le siège est aux Petites Anses à Terre-de-Bas, la relève semble en marche pour des rencontres populaires plus assidues d’Union Fraternelle entre les deux îles, du nom déjà prédestiné du premier syndicat de nos marins-pêcheurs saintois, créé en 1905, sous l’égide de Benoît Cassin et de Paul-Émile Joyeux.

Trente-quatre ans d’existence et d’amitié

Fondée le 23 février 1985 par Madame Marie-Josette Létang, Mille Fleurs, Association du type loi 1901, est dirigée aujourd’hui par une dynamique équipe de bénévoles ayant à sa tête depuis maintenant 11 ans Nadine Félicité qui a succédé elle-même à Mme Jeanine Vala, restée 18 ans aux commandes du groupe. À l’origine, Pour permettre  aux aînés de Terre-de-Bas de se retrouver à l’occasion de modestes manifestations festives, de sorties régulières à la découverte de la Guadeloupe, de repas amicaux, de prestations chorales et autres réjouissances, Mille Fleurs compte aujourd’hui plus de 150 adhérents actifs parmi lesquels une trentaine de membres originaires de Terre-de-Haut.

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C’est pour célébrer le 34ème anniversaire de la création de l’Association, que les adhérents de Terre-de-Haut ont amicalement invité ceux de Terre-de-Bas ce samedi 23 février 2019, à un repas fraternel afin de les remercier aussi pour leur accueil régulier chez eux à Petites Anses. Profitant de la mise en service de la nouvelle navette maritime Bleu-Azur II, nos amis de Terre-de-Bas sont donc venus retrouver leurs collègues de l’île-sœur auxquels se sont joints de nombreux sympathisants, invités pour la circonstance. Ce sont les adhérents de Terre-de-Haut, bien évidemment, qui ont préparé les mets principaux, laissant à la charge de nos amis de l’autre bord le soin d’apporter entrées et desserts.

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Sous trois grands chapiteaux loués à la municipalité de Terre-de-Haut et dressés sur la plage du raisinier, sous l’œil vigilant et avisé de Nise, maîtresse de cérémonie, près de deux cents personnes se sont ainsi retrouvées par cette magnifique journée du samedi 23 février pour partager un repas de l’amitié qui avait tout l’air d’un festin, tant la variété des plats, par leur saveur et leur abondance, a étonné et ravi les convives enthousiastes.

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De la musique, de la danse et un DJ à la hauteur

Ainsi, faisant mentir ceux qui prétendent que nos deux communautés saintoises se font on ne sait quelle stupide guerre fratricide, la preuve a été faite une fois de plus qu’il n’en est rien et que c’est dans la plus grande entente et la convivialité qu’elles se sont retrouvées sous l’égide de l’Association Mille Fleurs, la bien nommée, pour commémorer ce 34ème anniversaire. Et comme, semble-t-il, chez nous comme ailleurs, toutes les bonnes choses se terminent par des chansons, les convives ont passé l’après-midi à danser et chanter sans complexe accompagnés par la musique modérée mais entraînante de notre DJ local : Peggy Bocage, avant que nos amis de Terre-de-Bas reprennent la navette de 18 heures… Et que la poétesse Michèle Ragache nous propose ci-dessous, pour résumer cette belle journée, un très beau poème de sa composition, écrit dans le feu de l’action, sur les lieux mêmes de la manifestation.

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Les sœurs de l’archipel

J’ai vu de mes yeux vu
L’archipel réuni,
Ce que je n’aurais cru,
Depuis des décennies.

Au-delà des querelles,
Laissant parler leur coeur,
Les deux îles jumelles
Deviennent enfin sœurs.

Sans aucune vergogne
Dans les verres en joie
Coule le rhum Bologne
Qui peut être sournois.

Abondant et créole
Un fin repas saintois
Tempéré par Eole
A l’ambiance pourvoit.

Puis la musique invite
A entrer dans la danse
Et les rythmes incitent
À suivre la cadence.

Terre-de-Bas, de Haut,
Partagent le champagne,
Les gâteaux, le chaudeau,
La cordialité gagne…

En bordure de plage,
Mer calme sous ciel bleu,
Proches îlets, image
De temps de fête heureux !

La journée finira
Départ de la navette
Et chacun attendra
La prochaine goguette !

Le 23-II-2019
MICHÈLE

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Nous exprimons nos plus sincères félicitations et remerciements aux organisateurs bénévoles qui n’ont pas ménagé leur peine pour que la fête réussisse au-delà de toute espérance. Un merci aussi à Michèle Ragache  pour son poème, à nos amis de Terre-de-Bas, aux responsables et adhérents des Mille Fleurs des deux îles, à tous les participants et à toutes celles et tous ceux qui ont aidé à préparer les plats, à servir, à ranger, bref, à faire de cette journée ensoleillée un moment d’amitié partagée qui restera à coup sûr dans le cœur et la mémoire de tous.

Texte et photos : Raymond Joyeux

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Un jeune sportif Saintois champion du monde junior de Windsurf !

Lohan Jules : un talent précoce plein d’avenir

2Fils de Nora et de Lyonel et petit-fils de nos amis Jacqueline et Hubert Jules, Lohan est né le 6 avril 2002 à Baie-Mahault en Guadeloupe continentale. Sans avoir jamais vécu à Terre-de-Haut, mais fréquentant régulièrement notre île avec ses parents et ayant sans conteste dans son ADN les gènes de son ascendance saintoise, c’est très jeune qu’il se jette à l’eau au sens propre du terme et découvre précocement les joies de la natation. D’abord avec son grand-père Hubert qui, à 3 ans à peine, sans complexe mais avec brassière, le fait traverser en l’accompagnant la baie du Gosier, entre l’îlet du même nom et la plage de la Datcha ; puis avec son instituteur Marc-André Bonbon, enseignant émérite, grand susciteur de talents de toute nature.
Féru de compétitions dès son plus jeune âge, Lohan pratique la natation jusqu’à 8 ans avant de tenter l’aventure dans d’autres disciplines plus terre à terre, comme le basket, le football et les sports de combat. Mais c’était sans compter sur l’atavisme marin qui le pousse à rejoindre rapidement l’élément liquide qui devient dès lors son milieu de prédilection.

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En stage à l’UCPA de Terre-de-Haut

Ne ratant jamais une occasion de se perfectionner en s’adonnant à sa passion naissante, alors qu’il n’a pas encore 10 ans, Lohan s’inscrit à un stage à L’UCPA des Saintes et participe en vainqueur aux compétitions de canoé-kayak de la fête du 15 août de Terre-de-Haut. Ces expériences répétées affinent ses potentialités et le confortent dans sa volonté de se spécialiser dans la pratique des sports nautiques en se confrontant aux dures exigences de ces disciplines, sans négliger pour autant sa scolarité, en garçon sérieux, soutenu et encouragé par sa famille.

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En 2014, âgé de 12 ans, il fait définitivement le choix de la planche à voile et s’inscrit au Club Cataraïbes de Petit-Bourg qu’il avait découvert lors d’une sortie scolaire alors qu’il était au primaire avec Marc-André Bonbon, le bien nommé, déjà mentionné. À partir de là, coaché par Hugo Thélier, le neveu de Claude, ce navigateur hyper connu dans le monde de la voile traditionnelle guadeloupéenne, Lohan, sans être né, selon ses propres mots,  dans le milieu de la planche, va enchaîner les compétitions qui vont le mener de victoires en victoires jusqu’au sommet mondial de sa catégorie. 

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Premiers pas en planche à voile à Petit-Bourg

Un parcours impressionnant

De sa première compétition de planche à voile à 12 ans en 2014 où il termine bon dernier à celles locales, nationales et internationales de 2017 et 2018 où il rafle souvent les premières places, que de chemin parcouru en quatre ans de travail, de persévérance, de passion et de pratique intensive ! Voici en résumé, sauf omission involontaire de notre part, le fabuleux parcours de Lohan jusqu’au championnat du monde Junior en Italie où, surclassant superbement ses adversaires, il termine premier :

1 – Sur le plan local :

  • 2014 : première compétition – classé dernier
  • 2015 : 10ème du championnat de Guadeloupe
  • 2016 : 1er du Kiddy Tour Guadeloupe
  • 2017 : Double champion du Kiddy tour U17 et U21
  • 2018 : Champion de Guadeloupe, toutes catégories U17, U21, et Séniors, St-François

 2 – Sur le plan national :

  • 2017 : 5ème  du Championnat de France U17 Glisse espoir à Quiberon
  • 2017 : 3ème de la Finale AFF Coupe de France Jeune à Ouistreham
  • 2018 : 1er de la Coupe de France U17 à  Marignane Le Jaï

3 – Sur le plan international :

  • 2017 : 3ème du Championnat d’Europe IFCA à La Tranche sur Mer
  • 2018 : 1er du Championnat du Monde IFCA Junior au Lac de Garde Torbole en Italie. (IFCAInternational Funboard Class Association)

Championnat du monde IFCA 2018 en Italie :  » Ma plus belle expérience »

Etudiant au CREPS et meilleur jeune sportif guadeloupéen 2018

S’il ne nous est pas possible, dans le cadre de cette chronique, de rendre compte de toutes les compétitions de haut niveau auxquelles Lohan Jules a participé ainsi que de toutes les victoires qu’il a remportées, il nous paraît important d’indiquer que ce passionné et prometteur sportif, Saintois par son père et Sainte-Rosien par sa mère, lauréat du meilleur jeune sportif guadeloupéen 2018, est actuellement inscrit en 1ère ES au CREPS des Abymes où, en plus de l’enseignement scolaire traditionnel, le programme sportif est loin d’être une sinécure, comme Lohan lui-même le précise : «  Une journée d’entraînement à la cité scolaire du CREPS, c’est la préparation physique le matin dès 5 H. Puis un entraînement en slalom, ou foil, de 14H00 à 17H00 avec mon entraîneur Hugo Thélier et mes autres camarades, Joël, Mattéo, Olivia, Thibault, Niels, Enzo, Mathéo. » 

Trophée du meilleur jeune sportif 2018 décerné le 17 décembre à la Marina

Enchaînant volontiers sur son ressenti à l’occasion de ses déplacements, il ajoute avec enthousiasme mais non sans lucidité : « Je suis heureux d’avoir pu organiser avec l’aide de mes parents tous mes déplacements… Les compétitions sont des moments uniques que je partage non seulement avec mon père qui m’accompagne, mais avec mes amis de métropole ou de la Nouvelle Calédonie. Il y règne une ambiance très sympathique. Tout est mis en place pour nous accueillir chaleureusement. Ces compétitions sont pour moi importantes, car elles me permettent de progresser en me confrontant aux autres. Elles m’apportent de l’expérience sur tous les plans. » Et sur son compte Facebook c’est, conscient et reconnaissant des aides qu’il reçoit, qu’il remercie « ses parents, sa famille, ses amis, toutes les personnes qui l’encouragent depuis toujours, sans oublier ses sponsors pour leur soutien financier. »

Une remise de coupe à Lohan parmi tant d’autres, ici à Vieux Fort en Mai 2018

 2019 : une saison qui débute bien et des projets plein la tête…

En remportant la régate du week-end des 05 et 06 janvier de cette année à Ste-Rose en Slalom du Wind & Kite Festival, Lohan débute bien sa saison 2019, avec pour objectif avoué diverses compétitions dont le Championnat du monde qui se déroulera cet été à la Tranche sur Mer, le championnat de France, les étapes AFF, une Etape expérimentale de PWA, et un training expérimental. Précisons pour les non initiés que AFF signifie Association Française de Funboard et PWA Professional Windsurfers Association, qui comme son nom l’indique est américaine. En prenant bonne note de ces passionnantes rencontres à venir, nous félicitons Lohan pour ses incroyables performances et lui souhaitons bonne chance et bon vent pour ses prochaines compétitions…

Bravo et merci Lolo !...

PS : Nous remercions vivement les parents de Lohan,  Nora et Lyonel Jules ainsi que son  grand-père Hubert, ancien marin du Qui Sait, nageur amateur en haute mer et supporter admiratif et inconditionnel de son petit-fils, de nous avoir fourni les précieux documents qui ont permis la rédaction de cette chronique.

Raymond Joyeux

Pour plus d’informations sur Lohan Jules, qui se définit lui-même comme « altruiste, persévérant, intègre, aventurier et sympathique »,  autant de qualités que nous confirmons  en y ajoutant talentueux, modeste et volontaire, vous pouvez vous rendre sur les liens suivants et visionner la video ci-dessous :

Facebook : lohan jules

http://lgvoile.com/windsurf/actualites-windsurf/571-champ-g-windsurf-2018.html

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La vigie : une coutume saintoise aujourd’hui disparue

UnknownPremier romancier saintois auquel nous avons consacré une chronique en février 2014, (voir lien 1) Victor Vala, originaire de Terre-de-Bas, nous a laissé un ouvrage original et instructif sur les mœurs saintoises d’autrefois, publié en 1978 aux éditions Jeunes Antilles, préfacé par Laurent Farrugia et intitulé Une perle blanche à Terre-de-Haut. Cet ouvrage malheureusement épuisé nous renseigne entre autres sur la vie des pêcheurs du milieu du siècle dernier, en particulier sur les techniques de la pêche à la senne et ses minutieux préparatifs, mettant en émoi aussi bien les professionnels de cette pratique ancestrale que la population de notre île, hommes et femmes confondus. Véritable étude sociologique, le passage qui suit présente la coutume de la Vigie qui permettait aux pêcheurs d’être informés de l’arrivée du poisson sur les côtes saintoises et de se préparer à l’encercler. Les techniques de pêche ayant fortement évolué aux Saintes, cette coutume n’a plus cours aujourd’hui dans notre archipel. Sa disparition a mis fin du même coup au fort lien communautaire qu’elle générait.  

Texte de Victor Vala

Sur la falaise…

À demi voilé par de rares nuages oblongs où, parmi tant d’autres couleurs, le rose et le violet dominaient à qui mieux-mieux, le pâle soleil qui se mourait à l’horizon, coiffait encore de sa douce lumière la verdâtre colline. Elle n’était guère éloignée la minute où la vigie n’aurait plus de raison d’être. L’homme lentement se leva. D’un geste long et las il s’étira tout en continuant à fouiller de son regard perçant et averti cette mer déjà trop brune que toute la journée il avait scrutée, en vain, pour repérer le banc de coulirous signalé à plusieurs reprises précédemment et qui, aux dires exagérés de ceux qui l’avaient aperçu, était de beaucoup le plus important qu’il fût jamais donné à un Saintois de voir.

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Le pâle soleil se mourait à l’horizon… Photo Raymond Joyeux

Outre son côté commercial, la pêche aux coulirous, à la Guadeloupe (voir lien 2), constitue en elle-même un événement, et cela est vrai aux Saintes plus que partout ailleurs. Ici, en effet, tout le monde, hommes et femmes de tout âge, de toute classe, prend une part, sinon toujours active, du moins intéressée aux opérations qui durent parfois quatre ou cinq jours. On suit dans ses moindres détails la compétition serrée dans laquelle se trouvent engagés les propriétaires de sennes qui aspirent, chacun pour son propre compte, à capturer le banc signalé.

Des règles unanimement admises et respectées

Le premier d’entre ceux-ci qui est avisé de la présence des poissons, s’empresse d’aller occuper, avec son équipage, la plage où la pêche paraît devoir se dérouler dans les meilleures conditions. L’adoption de ce point de la côte dépend de multiples facteurs dont les senneurs savent tenir compte et qui sont, pour ne citer que les principaux : la position initiale du banc, son déplacement présumé, la direction et la force du courant, et enfin la nature du fond, de même que celle du rivage. Seule une solide expérience permet de prendre une décision rapide et efficace. Aussi, rares sont les fois où les coulirous se font capturer ailleurs qu’à l’endroit ainsi choisi. Sitôt ce premier stade accompli, la nouvelle se répand comme le feu dans une traînée du poudre. Les autres « maîtres de sennes » interviennent alors et c’est à qui prendra pied le plus tôt sur l’anse la mieux placée parmi celles qui restent.

vala-couvertureAinsi donc, lorsque la vigie, cet homme de confiance, se résigna enfin à quitter son poste, tout en haut, à l’extrême pointe de la falaise, il ne faisait pas très clair. Comme si elle ne voulait plus laisser lire en elle, la mer s’assombrissait de minute en minute. Or c’est cet obscurcissement trop rapide qui frappa tout à coup notre veilleur. Il retint son souffle, lorsque, clignant les yeux, il distingua sans netteté la noirceur caractéristique des coulirous. Il riva son regard sur ce qui lui sembla être une limite du banc, la bordure la plus proche. Elle se déplaçait, s’approchait. Mais si peu, si peu, qu’on hésitait à l’affirmer. Comme pour défendre son bien, l’eau se fit alors plus opaque, au point de créer dans l’esprit du pêcheur un véritable doute quant à la présence réelle des poissons. Il resta un moment à s’interroger. S’était-il trompé ? Y avait-il eu simple illusion d’optique ? Existait-il parmi les indices révélés au moins un qui fût assez probant ? Il en était là quand, à la suite d’un bref remous produit au large les coulirous en nombre considérable se mirent à sauter pour retomber en pluie dans l’eau noire et tranquille. Cette fois il n’y avait pas d’erreur possible. L’homme n’en continua pas moins, satisfait, à les observer du haut de son perchoir. Leur danse dura peu. Deux minutes à peine. Puis tout redevint calme, du moins là ; car il ne s’écoula guère de temps pour que le village fût au courant. De bouche en bouche, la nouvelle allait se répétant : « Le coulirou est rentré, le coulirou est rentré, au  Pain de Sucre. C’est pour Eugène. On l’entourera demain au petit jour ».

Comme une trainée de poudre…

Dans la rue, au café, dans chaque maison, à toutes les tables, on ne parlait que de cela. Tout laissait prévoir que l’assistance serait nombreuse, vu que cela tombait un dimanche. À l’exception du curé et de quelques fidèles de bon âge qui simulaient un attachement primordial à la messe dominicale, chacun avait des raisons pour ne pas manquer « le coup de senne ». Les uns pour la part de poisson parfois importante revenant à toute personne présente sur les lieux, les autres pour ne rien changer à la coutume, d’autres enfin moins nombreux, pour le spectacle lui-même qui vraiment en valait la peine…

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Pêcheurs de Terre-de-Haut préparant leur senne. Photo Raymond Joyeux

Ce texte est extrait du livre de Victor Vala, Une perle blanche à Terre-de-Haut – 1978

Pour plus d’informations sur l’auteur et la pêche aux coulirous, vous pouvez consulter les liens suivants :

1 – https://raymondjoyeux.com/2014/02/20/victor-vala-premier-romancier-saintois/

2 – https://raymondjoyeux.com/2017/04/06/une-tradition-ancestrale-la-peche-a-la-senne/

Le 5 février 2019 – Raymond Joyeux

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Plaidoyer pour la marche

Des îles, autrefois… sans voitures

Lorsque nous étions enfants aux Saintes, avant les années 60, et bien entendu, plus encore pour les générations antérieures, nous ne connaissions qu’un seul moyen de locomotion : la marche. D’ailleurs, nous étions la risée de nos amis et compatriotes guadeloupéens continentaux pour la simple raison que nos communes étaient dépourvues de voitures !

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Rue de Terre-de-Haut début du XXème siècle

Cette réflexion, considérée par eux comme la pire des insultes, si elle nous laissait à vrai dire indifférents, stigmatisait à leurs yeux notre état supposé d’arriération, notre absence avérée de progrès et de modernisme ! Aujourd’hui, ceux qui pensaient à cette époque nous rabaisser, en nous renvoyant à notre état de nature, seraient sans doute les premiers à s’insurger contre l’envahissement actuel de nos rues par des véhicules motorisés en tous genres, entravant leur bien-être de touristes en changement d’air ! Et le pire c’est qu’ils n’auraient pas tort !

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Quartier de la poissonnerie avant l’arrivée des scooters – Photo Plé 1973

Le paradis perdu des marcheurs…

Devenues en effet un véritable et grouillant panier à crabes au sens littéral du terme, les rues de Terre-de-Haut sont désormais difficilement praticables pour le piéton ordinaire, quelles que soient l’heure et sa bonne volonté. Autrefois paradis des marcheurs, notre île, au fil des années, a vu la circulation motorisée prendre le pas sur celui des adeptes de cet exercice naturel qui consiste à mettre instinctivement un pied devant l’autre et à déambuler paisiblement dans le calme et la sérénité.

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Rue piétonne préservée à Terre-de-Haut – Photo Anne de Floris – 2018

Bien sûr, il reste encore de nombreux lieux protégés aux Saintes où, loin du bourg et de sa fièvre, le marcheur trouve encore son plaisir. Mais quand on voit les enfants des écoles, lorsqu’ils ne sont pas, dès sept heures du matin, transportés par leurs parents en voiture, à moto ou à scooter, se rendre en classe sur un engin à propulsion électrique (vélo, skate ou trottinette), et rentrer solitaires à la maison par les mêmes moyens, on s’interroge sur leurs aptitudes à développer le sens de l’effort physique et du plaisir social à flâner en chemin entre copains, là où se nouent souvent et se développent les plus solides amitiés.

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Chemin exceptionnellement désert vers la plage de Grand’Anse à TDH – Ph. A. de Floris

Marcher c’est faire preuve de dignité 

Le quotidien Le Monde/Éditions de l’Aube vient de publier un petit livre fort intéressant pour les amateurs ou non de la pratique pédestre, intitulé Philosophie de la marche, et que j’ai la chance de posséder. L’intérêt de cet ouvrage collectif d’une centaine de pages, réside dans les réflexions des auteurs sur le sujet, mais aussi et surtout dans les citations d’écrivains et de philosophes parmi lesquels Jean-Jacques Rousseau, Arthur Rimbaud, Victor Hugo, Henry David Thoreau, Jacques Lacarrière, David Le Breton, Walt Whitman…
Des auteurs du livre et des écrivains cités, j’ai sélectionné pour vous les citations suivantes :

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Un contact vivifiant avec la nature – Photo R. Joyeux 2018

Marche de solidarité. Ici, Je suis Charly – Terre-de-Haut 2015 – Ph. R. Joyeux

Au bout du chemin quelque chose nous attend – Terre-de-Bas  2015 – Ph . R. Joyeux

Je ne peux, bien évidemment, vous présenter ici la totalité du contenu de cette petite Philosophie de la marche. Aussi je vous invite fortement à vous la procurer au plus vite. Pour la modique somme de 12 € (prix métropole), non seulement vous serez encouragé à vous adonner à cette pratique naturelle qu’est la marche, si ce n’est déjà fait, mais vous y puiserez de sublimes réflexions qui vous conforteront dans l’idée que marcher n’est pas seulement bon pour le corps, mais qu’il produit sur l’esprit tout autant de bienfaits : plaisir de l’effort, rêverie, détente, sérénité, découverte de la nature et de soi, élan de solidarité… et plus encore selon votre complexion et votre humeur du moment !

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Petit clin d’œil sympathique et tranquille

Tellement pris par sa passion de peintre et sa pratique intensive de la marche enjouée, notre talentueux artiste Alain Joyeux, auteur de cette amusante toile colorée, a oublié une  ou deux lettres supplétives dans son texte, ce qui fait l’originalité et la valeur du tableau. Comme moi, je pense que vous lui pardonnerez volontiers cette étourderie. C’est bien connu, les vrais artistes comme les marcheurs impénitents, bien qu’ayant les pieds sur terre, sont souvent un peu sur la lune, perdus dans leurs rêveries !

Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne année de marche et de méditation en vous remerciant de votre amicale fidélité.

Raymond Joyeux

Pour mémoire : en 2018, 37 articles ont été publiés qui ont été vus 52.653 fois par 29.179 visiteurs.

Depuis la création de ce blog en juillet 2013,
224 articles ont été publiés.
Vous êtes 113.422 à les avoir consultés, pour un total de 223.302 vues.

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Ça chauffe pour l’Iguane des Petites Antilles

Chers lecteurs, 

En vous souhaitant une très bonne année 2019, j’ai le plaisir de vous proposer cet article du quotidien France-Antilles paru sous la plume de Marc ARMOR et publié le samedi 5 janvier 2019. Cet article, très bien documenté, rejoint sur beaucoup de points notre chronique du 7 juin 2018 dont je vous communique le lien : 

L’iguane des Saintes a-t-il été protégé à tort ? 

Je remercie vivement l’auteur de l’article Marc Armor du journal France Antilles de m’avoir aimablement autorisé ce partage.

Raymond Joyeux

ENVIRONNEMENT

Marc ARMOR  France-Antilles, Samedi 05 janvier 2019

Notre iguane, très délicat comme chacun le sait, est désormais classé en « danger critique d’extinction » par l’Union internationale de conservation de la nature.

Parmi les espèces endémiques de la Caraïbe, l’Iguane des Petites Antilles est l’une des plus menacées. Notre Iguana Delicatissima souffre notamment, mais pas uniquement, de la concurrence déloyale de l’iguane commun, espèce introduite. Classé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) comme « espèce vulnérable » en 1996, notre iguane a gagné le statut « d’espèce en danger » en 2010, avant de rentrer, sur la dernière liste de l’Union, dans le cercle peu enviable des « espèces en danger critique d’extinction » . Un plan national d’actions destiné à le préserver a été mis en place depuis plusieurs années, mais il va manifestement falloir passer à la vitesse supérieure, du moins dans son application.

La partie n’est pas gagnée. En Guadeloupe comme en Martinique, la population d’Iguana delicatissima régresse rapidement (1). Espèce introduite, l’iguane commun, plus fort et plus compétitif, non seulement lui dispute son territoire, mais encore altère son patrimoine génétique. Les deux sauriens peuvent en effet s’accoupler, mais les rejetons hybrides perdent les caractéristiques de l’Iguana delicatissima.

DES POPULATIONS FRAGILISÉES

Cette menace n’est pas la seule. La population d’Iguana delicatissima est également fragilisée par son morcellement, sur des zones géographiquement restreintes, dont la surface totale n’excède pas 1 000 km2. « Cette situation rend les populations très sensibles à des événements aléatoires du type catastrophe naturelle, maladie ou invasion biologique » , indique l’ONF, en charge des mesures de préservation. Maria, pour ne citer que ce dernier ouragan, a fragilisé un peu plus les populations restantes, notamment à La Dominique. À l’heure actuelle, les seules populations d’Iguanes des Petites Antilles qui ne sont pas menacées sont celles qui vivent sur des îlets, comme Petite-Terre en Guadeloupe (50% de l’effectif mondial) ou Chancel en Martinique.
Mais elles restent à la merci d’une submersion marine ou d’une introduction – accidentelle ou volontaire – d’iguanes communs. Ça n’est pas totalement improbable : c’est ce qui est survenu en 2016 à la Désirade, où Delicatissima est désormais menacé.

Un statut incompréhensible

L’un des éléments qui a permis l’expansion de l’iguane commun, c’est qu’il a bénéficié, pendant des années, du statut d’espèce protégée. Interdiction de lui nuire. Statut incompréhensible si l’on songe qu’il s’agit d’une espèce introduite, et qui plus est envahissante… Cette protection a été levée en 2014 par arrêté du ministre de l’Écologie, mais les dégâts sont faits. Cette levée autorise néanmoins des sessions de capture de cet envahisseur dans les zones les plus sensibles. Mais il est trop tard pour la Grande-Terre, Marie-Galante et Les Saintes d’où Delicatissima a totalement disparu.

L’impact de l’homme a été sévère

Autrefois, notre iguane aurait été en mesure de rivaliser avec l’iguane commun. Mais il a dégénéré au fil des siècles. Des travaux, menés par le Muséum d’histoire naturelle, sur les ossements d’iguanes découverts dans l’archipel de Guadeloupe, ont démontré la présence passée de populations d’iguanes présentant des tailles bien supérieures (+ 20%) à celle des spécimens actuels des Antilles françaises.
Ces lézards étaient chassés et consommés par les premiers habitants amérindiens (de – 3 000 à – 500 ans) sans que cela n’ait eu d’effet détectable sur leurs populations.
En revanche, la comparaison avec ce que l’on connaît des iguanes actuels démontre que la majorité des populations s’est rapidement éteinte et a subi une réduction importante de taille après l’arrivée des Européens au XVIIe siècle.
« Ces nouveaux résultats démontrent que l’impact de l’Homme sur les Iguanes des Petites Antilles durant les derniers siècles a été plus sévère encore que ce que l’on supposait précédemment, indique le Muséum.
Ces données permettront d’adapter les politiques de sauvegarde des iguanes dans les Antilles et ainsi d’envisager le sauvetage de l’iguane endémique, actuellement en grand danger. »

Une colonisation organisée ?

Parmi les solutions de préservation envisageables, l’une a été brièvement évoquée par l’ONF : compte tenu du bon état de conservation des populations sur les îlets isolés (Petite-Terre et Chancel), il pourrait être envisageable de peupler volontairement d’autres îlets du même type. Mais une introduction de ce genre ne se fait pas d’un coup de baguette magique.

Outre que les lieux envisageables ne sont pas légion – Kahouanne, où des spécimens ont été observés dans les années 1990, Fajou ? – il conviendrait d’abord d’analyser la faune et la flore de l’îlet choisi, afin d’estimer si une telle introduction ne risque pas de mettre en danger une espèce originelle, et si le site offre des possibilités de subsistance. Il faudrait aussi procéder à une éradication des éventuels prédateurs d’oeufs et de juvéniles, mangoustes et rats notamment. Et il faudrait en interdire l’accès à l’homme, le temps du moins que l’iguane implanté réussisse son installation.

Son alimentation est variée

Iguana delicatissima est un reptile végétarien généraliste. Son régime alimentaire comprend des feuilles, des fleurs et des fruits d’une grande variété d’arbres et de buissons.
À Petite-Terre, l’analyse de 240 excréments récoltés par des membres de l’AEVA amontré que les espèces les plus prisées sont le poirier, le mancenillier, l’amourette, le bois couleuvre et le bois noir, le mapou, le gaïac, le gommier rouge et le palétuvier gris.

L’alimentation varie avec les saisons.
 Pendant le Carême, les iguanes consomment essentiellement des feuilles et durant la saison humide, ils mangent plus de fleurs et de fruits charnus. Comme l’iguane commun, Iguana delicatissima consommerait des carcasses, voire des oeufs, et pourrait être un carnivore opportuniste.

ZOOM – La Désirade sous haute surveillance

L’observation, fin 2016, à La Désirade, d’un iguane commun, avait donné lieu à un véritable branle-bas de combat. Il avait fallu deux mois de mobilisation pour réussir à capturer l’intrus.
Trop tard, hélas. Il a manifestement réussi à s’accoupler et des hybrides sont désormais présents sur l’un des derniers territoires où Delicatissima se croyait à l’abri. Des formations à la capture ont donc été organisées à destination des services techniques et des gendarmes de La Désirade. Formations efficaces : depuis fin 2016, 13 iguanes communs y ont été capturés.

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(1) Il n’y a plus d’iguane delicatissima en Grande-Terre. Sur la Basse-Terre, on en trouve encore de Saint- Christophe (sud de Goyave) à la ravine du Grand Carbet, plage d’Anse à Sable à Pigeon, et plage de Cluny sur la côte Caraïbe. On en a également signalé au Morne Deshaies, à Fort-Royal et à l’îlet à Kahouanne.

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LES DEUX JARRES ET LE PORTEUR D’EAU

Chers lecteurs, j’ai le plaisir de partager avec vous en ce Noël 2018 ce conte indien publié sur le site Internet topevolution.

Conte très connu par ailleurs sous le titre suivant :

La jarre abîmée

Le porteur d’eau avait deux grandes jarres, suspendues aux 2 extrémités d’une pièce de bois qui épousait la forme de ses épaules.

L’une des jarres conservait parfaitement toute son eau de source jusqu’à la maison du maître. L’autre jarre avait un éclat et perdait presque la moitié de sa précieuse cargaison en cours de route. Chaque jour, le porteur d’eau ne livrait qu’une jarre et demie d’eau à chacun de ses voyages.

porteur-d-eauLa jarre parfaite était fière d’elle, puisqu’elle parvenait à remplir sans faille sa fonction du début à la fin.

La jarre abîmée avait honte de son imperfection et se sentait déprimée parce qu’elle ne parvenait à accomplir que la moitié de ce qu’elle aurait voulu faire. Elle vivait cela comme un échec permanent. Au bout de deux années, la jarre endommagée s’adressa au porteur d’eau, au moment où celui-ci la remplissait à la source.

« Je me sens coupable, j’ai honte et je te prie de m’excuser. »
« Pourquoi ? » demanda le porteur d’eau. « De quoi as-tu honte ? »
« Depuis 2 ans, à cause de cet éclat qui fait fuir l’eau, je n’ai réussi qu’à porter la moitié de ma cargaison d’eau. Par ma faute, et malgré tous tes efforts, tu ne livres à notre maître que la moitié de l’eau. Tu n’obtiens pas la reconnaissance complète de tes efforts », lui dit la jarre abîmée.

Touché par cette confession, et plein de compassion, le porteur d’eau répondit : « Pendant que nous retournons à la maison du maître, je te demande de regarder les fleurs magnifiques qu’il y a au bord du chemin ».

En montant la colline, la vieille jarre pu voir sur les bords du chemin, de magnifiques fleurs baignées de soleil. Cela lui mit du baume au coeur. Mais à la fin du parcours, elle se sentait toujours aussi mal parce qu’elle avait encore perdu la moitié de son eau.

Le porteur d’eau dit à la jarre « Tu t’es rendu compte qu’il y avait de belles fleurs uniquement de ton côté, et presque aucune du côté de la jarre parfaite ? J’ai toujours su que tu perdais de l’eau, et j’en ai tiré parti. J’ai planté des semences de ton coté du chemin, et chaque jour tu les as arrosées. Grâce à toi, pendant 2 ans, j’ai pu cueillir de magnifiques fleurs pour décorer la table du maître. Sans toi, jamais je n’aurais pu trouver des fleurs aussi fraîches et aussi belles. »

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Nous sommes tous des jarres abîmées ou ébréchées, avec des éclats, des blessures, des défauts. Trop jeune ou trop vieux, trop ou pas assez intelligent, trop grand ou pas assez grand, trop gros ou trop maigre… Ce sont les éclats, les défauts en nous qui rendent nos vies intéressantes et exaltantes.

Prenons les autres tels qu’ils sont, et sachons voir ce qu’il y a de bien et de bon en eux. Il y a beaucoup de positif partout. Il y a beaucoup de bon et de bien en vous ! Appréciez les gens différents qui peuplent votre vie ! Car sans eux, la vie serait bien triste.
Sachez aimer vos imperfections !

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Comment se reproduisent les lambis ?

Ouverte en Guadeloupe du 1er octobre au 31 décembre, jusqu’à 25 mètres de profondeur, puis du 31 décembre au 31 janvier au-delà de 25 mètres, la pêche au lambi, très réglementée chez nous pour éviter la raréfaction de l’espèce, est réservée aux seuls pêcheurs professionnels. Aux Saintes, comme dans toute la Caraïbe, nous sommes très friands de ce mollusque marin, le Strombus gigas, apprécié aussi bien pour sa chair que pour son coquillage, cette splendide conque vernissée qui ornait jadis les tombes et les allées de nos cimetières. Mais combien d’entre nous savent avec précision comment il se reproduit, naît et se développe dans nos eaux cristallines ? Dans une superbe brochure publiée sous l’égide de l’Archipel des Sciences et abondamment illustrée de dessins et schémas, les auteurs Liliane Frenkiel et Dalila Aldana Aranda nous apprennent tout de la vie à hauts risques du lambi, de sa naissance à l’âge adulte en passant par les différents stades de son évolution. C’est donc dans cette brochure que nous avons extrait, parmi d’autres, ce chapitre de la reproduction du lambi, en complément de notre précédente chronique publiée le 25 septembre 2013 et qui, depuis, est très souvent consultée par les internautes sous le titre suivant : le lambi, une espèce sous haute surveillance.

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Une coquille indifférenciée

Comme la plupart des animaux, il y a des mâles et des femelles mais on ne peut pas reconnaître les lambis mâles des lambis femelles sans les sortir de leur coquille car leurs coquilles ne sont pas assez différentes. Lorsque les lambis ont fini de grandir et sont devenus adultes, la femelle a développé son appareil génital qui se termine par un sillon qui court le long du côté droit du pied et qui lui permet de pondre ses œufs. L’appareil génital du mâle se termine par un grand pénis noir placé à droite en arrière de la tête et au-dessus du pied. Il est devenu capable de fabriquer des spermatozoïdes nécessaires pour féconder les œufs et leur permettre de se développer.

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Quand les lambis s’accouplent, ils se mettent tout près l’un de l’autre jusqu’à ce que leurs coquilles se touchent. Le mâle se met derrière la femelle ; le pénis du mêle s’allonge sous le manteau de la femelle pour déposer le sperme et féconder les œufs. Chaque femelle adulte est capable de pondre 8 fois chaque année et dans chaque ponte il peut y avoir 400 000 œufs.

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Alors on peut se demander ce que deviennent tous ces petits lambis pour qu’il y ait de moins en moins de lambis dans la mer.

Qui mange les lambis ?

Qui mange les petits lambis dans le plancton, qui mange les petits lambis quand ils se métamorphosent et qui les mange quand ils ont grandi ? Et surtout combien, des millions de bébés lambis qui naissent chaque année, survivront jusqu’à devenir des adultes capables de se reproduire ?

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Beaucoup de petits animaux carnivores du plancton mangent les bébés lambis qui ne sont pas encore protégés par une coquille solide. Quand ils se métamorphosent et jusqu’à ce qu’ils aient un an, ils se cachent dans le sable et ne sortent manger que la nuit mais beaucoup sont quand même mangés par les poissons et par de nombreux animaux carnivores.

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Quand ils ont un an et une coquille assez solide, ils sortent plus souvent mais ils sont obligés de se défendre contre leurs cousins carnivores les conques (1), contre les langoustes (2), les bernard-l’ermite (3), les autres crabes carnivores (4), les poissons carnivores (5) et tous les animaux qui, dans la mer, sont leurs prédateurs naturels. Ceux qui ont survécu jusqu’à deux ans sont presque sauvés car leur coquille est devenue assez dure pour bien les protéger.

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Les tortues (6), les poulpes (7) et les raies (8) arrivent encore à manger les jeunes lambis de deux ou trois ans et même des lambis adultes. Mais plus encore que tous ces animaux, l’homme (9) est le plus grand ennemi des lambis lorsqu’ils sont assez gros pour se défendre contre leurs prédateurs naturels. Un lambi peut se défendre en se retournant brusquement et en donnant un bon coup de pied aux agresseurs. Il peut aussi rentrer dans sa coquille et fermer l’opercule.

Évolution de la coquille

Quand on commence à voir les petits lambis de 8 ou 10 centimètres dans les herbiers, ils ont déjà à peu près un an. Leur coquille forme des épines pointues, une vraie forteresse ! Quand le lambi grandit, sa coquille s’allonge et continue à s’enrouler en spirale. À deux ans, il est toujours enroulé en spirale avec un bord coupant. Quand il a 3 ans, sa coquille commence à former un large pavillon étalé qu’on appelle aussi lèvre. Ce pavillon montre que le lambi a fini de grandir et qu’il sera bientôt mûr c’est-à-dire capable de se reproduire. Le lambi est comme un adolescent ; le pavillon de sa coquille est encore fin et fragile. Il s’épaissit et atteint sa taille adulte à peu près entre trois ans et demi et quatre ans. Après 4 ans, la lèvre est épaisse.

Conques avec chair

Lambis adultes – Photo Raymond Joyeux

Quand il vieillit, sa coquille devient de plus en plus épaisse et plus lourde. Les épines qui étaient longues et pointues deviennent émoussées, usées ou cassées.  Souvent la coquille se couvre d’algues et des petits animaux se fixent dessus comme si c’était un rocher. Sa coquille épaisse est souvent plus petite que celle du lambi adulte parce que le bord est usé. On appelle ces vieux lambis « Samba Conch » dans de nombreuses îles de la Caraïbe, dans d’autres on les appelle « stone conch », ce qui veut dire « lambi de pierre. »

Pour rappel

Ce texte est extrait de la brochure  La vie du Lambi, éditée en 2005 sous l’égide de l’Archipel des Sciences, dont les auteurs sont Liliane Frankiel et Dalila Aldana Aranda.
Hormis la dernière photo, les illustrations sont de Vonic Laubreton. 
La publication de cette chronique à des fins non lucratives et strictement éducatives a été autorisée par la direction de L’Archipel des Sciences que nous remercions vivement pour son aimable contribution et dont vous pouvez consulter le site en cliquant sur le lien suivant : https://www.archipel-des-sciences.org

Raymond Joyeux

 

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