(Le petit auvent d’une boutique, une table, trois chaises éparses)
Le chœur, voix basse, mains en porte-voix
Voilà, madame, l’argousin qui vient avec ses gardes. Pour votre magasin soyez bien sur vos gardes.
L’argousin, faussement gai, suivi de ses gardes
Madame servez-moi du houblon dont la mousse onctueuse sur ma bouche lippeuse laisse son ourlet blond
Le chœur, chantant
Sur sa bouche lippeuse Laisse son ourlet blond
La tenancière, avenante, au fort accent étranger
Monsieur mettez-vous donc à l’aise car voici la pressione et voici table et chaise pour la dégoustatione
le chœur, alerte
Et voici table et chaise pour la dégoustatione
L’argousin, faux derche
Madame c’est vraiment trop aimable je ne peux qu’apprécier votre hospitalité m’offrir chaise et table me touche en vérité
Le chœur, joyeux
M’offrir table et chaise Me touche en vérité
La tenancière, se courbant jusqu’à terre
Monsieur c’est simplé convénance et votre rang m’oblige à dé la prévénance pour bannir tout litige
Le chœur, approuvant
À dé la prévénance Pour bannir tout litige
L’argousin, se levant, mousse aux lèvres
Madame votre sincérité est gage de confiance
(puis changeant brusquement de registre)
mais trêve de pitié avez-vous la licence ?
Le chœur, dubitatif
Mais trêve de pitié A-t-elle la licence ?
La tenancière, déconfite
Hélas, no, monsieur, yé né lé pas y’avoue mon inconscience et votre grandé science vous l’aura dit déyà
Le chœur, hochant la tête, moqueur
Et votre grandé science Vous l’aura dit déyà
L’argousin, tempêtant, postillonnant la mousse du houblon
Madame présentez vos papiers votre table est de trop je suis agent douanier tolérance zéro
le chœur, imitant l’argousin
Je suis agent douanier Tolérance zéro
L’argousin, rageant, aux gardes
Gardes saisissez chaises et table cette dame est coupable et prend trop à son aise
(puis, par devers lui)
Ah, traquer l’infraction et donner du bastion par mon foie et mon râble quel métier délectable !
le chœur, agitant l’index levé
Par son foie et son râble Quel métier délectable
La tenancière, pleurnichant
Moi qui pensais si bien récévoir oun notable mé voilà comme oun chien et sans chaise et sans table !
le chœur, compatissant
La voilà comme oun chien Et sanchez et sans table et dans de jolis draps
(puis changeant de ton)
mais flatter oun notable cela loui apprendra !
Envoi
La foule haineuse à la tenancière
Cela vous apprendra cela vous apprendra Votre table est de trop tolérance zéro Cela vous apprendra cela vous apprendra
Un passant sentencieux
Ne savait-elle donc pas cette étrangère-là que dans ce pays-ci foi d’abruti faire mamours au douanier c’est donner sa tête à tranchier.
Le chœur en écho
Faire mamours au douanier nier… nier … C’est donner sa tête à tranchier, chier… chier…
Pendant que l’argousin, revolver à la ceinture, verbalise d’autorité la tenancière qui l’implore, le chœur et la foule chuchotent entre eux,
le passant par dépit fait un doigt d’honneur en direction du rideau qui se baisse.
À l’intention de qui ? Toute la question est là.
Ce texte est extrait du recueil Au hasard de la nuit publié aux Ateliers de la Lucarne en Avril 2010. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé serait purement fortuite.
Texte de Raymond Joyeux Publié le mardi 11 novembre 2025
Nuages de lumière Pluies de soleil bleu Réverbération sur les mornes édentés Couleur de maïs.
Joie de te revoir ô ma terre ! De dénouer les lacets de ces chaussures Où blanchit encore le dos de mes orteils ramollis.
Hâte de poser à nouveau le pied Sur le ciment d’enfer de ton débarcadère De dégrafer la chemise qui me boucle le cou Et cadenasse mes poignets Serre étanche où fermentent encore Les taches de rousseur de mes bras Et de mon ventre pâli.
Hâte que ton sel me taraude à nouveau le visage Que ton soleil inouï me pigmente comme autrefois Le corps
À la manière des œufs de minimes Dans l’anfractuosité de leurs nids de rocaille Sur la ceinture volcanique De tes sept sentinelles de basalte.
L’enfant Prodigue
Je reviens
Peu m’importe le temps passé les ans, les heures perdues Je reviens à la source du nouvel avenir
Peu m’importe les jours en allés les nuits sans mémoire
Je reviens
La mer me reconnaît comme son enfant prodigue
je suis blanchi de mes errements couronné d’écume foisonnante
Oubliés mes oublis effacés à jamais les regrets et les serrements de cœur Nostalgie tu n’es plus
Je reviens
Le sable m’invite le ciel m’honore
Le sel m’oint de son ambre je ne sais plus où donner du regard
Le vent me cerne de courbettes et le soleil s’offusque que je tarde à le saluer.
Je reviens au pays des fantasmes futurs j’ai semé à la vague des souvenirs qui ne germeront pas.
hivers lointains fondus en stérile compost images surannées d’un séjour bien plus qu’imaginaires
Je reviens
les feuilles m’ouvrent leurs fenêtres la lumière me fait une ovation
C’est la congratulation générale de toutes ces choses que je n’ai jamais quittées
Je reviens
Seuls les miens ne me reconnaissent pas je lis sur leur visage l’insuffisance de l’exil
Dans leurs yeux oublieux je lis l’écaille de l’absence
Peu m’importe leur présence leur arrogance ou leur indifférence l’horizon de leur regard ne me concerne pas.
Mais dès lors qu’exultent à ma rencontre toutes les forêts surexcitées avec leurs touffes d’herbes folles
toutes les plages fébriles et leurs falaises fastueuses
j’ai dans la tête suffisamment de feu pour faire exploser tous les volcans du monde.
Publié le jeudi 30 octobre 2025
Textes et illustrations de Raymond Joyeux
Le premier poème est extrait du recueil Poèmes de l’archipel, publié en 1986 aux Imprimeries réunies. Le second poème est extrait du recueil Domaine privé maritime publié en 2004 aux Ateliers de la Lucarne
La météo semble figée depuis près d’une semaine sur le département (de la Saône et Loire), avec des brouillards matinaux qui laissent place progressivement à un très beau soleil arrivant par le Nord du département. Les hautes pressions responsables de ce temps vont céder en fin de semaine, annonçant le retour de la pluie probablement dimanche en toute fin de journée, et une semaine prochaine plus dynamique.
Le temps de ces prochains jours en détail
Ce lundi 13 octobre 2025
Brouillards denses sur la totalité du département jusqu’à 14h, puis le soleil arrive par le Nord du département et progresse lentement jusqu’au Sud. Températures matinales : 4° à 9°Températures l’après-midi : 13° à 18°Vent : Très faible de Nord-Est. Précipitations/24h : 0 mm. Risque d’orages : nul
Entre deux piquets – Versaugues – Photo Raymond Joyeux
Mardi 14 octobre 2025
Même type de temps.Températures matinales : 4° à 9°Températures l’après-midi : 13° à 18°Vent : Très faible de Nord-Est. Précipitations/24h : 0 mm. Risque d’orages : nul
Mercredi 15 octobre 2025
Le ciel se dégage beaucoup plus vite au Nord d’une ligne Paray/Charolles/Mervans. Au Sud de cette ligne, il faudra probablement attendre le milieu d’après-midi pour voir le soleil.Températures matinales : 4° à 10°Températures l’après-midi : 13° à 17°Vent : Très faible de Nord-Est.Précipitations/24h : 0 mm. Risque d’orages : nul
Jeudi 16 octobre 2025
Même scénario que mercredi.Températures matinales : 3° à 8°. Températures l’après-midi : 12° à 18°Vent : Très faible de Nord-Est. Précipitations/24h : 0 mmRisque d’orages : nul
Champ ensemencé -Versaugues – Photo Raymond Joyeux
Vendredi 17 octobre 2025
Même scénario que les deux jours précédents.Températures matinales : 3° à 8°Températures l’après-midi : 12° à 17°Vent : Très faible de Nord-Est. Précipitations/24h : 0 mm. Risque d’orages : nul
Samedi 18 octobre 2025
Toujours le même type de temps.Températures matinales : 1° à 7°Températures l’après-midi : 12° à 17°Vent : Très faible de Nord-EstPrécipitations/24h : 0 mmRisque d’orages : nul
Dimanche 19 octobre 2025
Arrivée d’une perturbation assez active par l’Ouest du pays, changement de temps avec redoux, vent passant au Sud et devenant modéré à assez fort dans l’après-midi et retour de la pluie en soirée.Températures matinales : 3° à 8°. Températures l’après-midi : 14° à 19°Vent : Très faible de Nord-Est le matin, tournant au Sud modéré/assez fort l’après-midi. Précipitations/24h : 0 à 35 mm ( à affiner prochainement). Risque d’orages : très faible
La semaine prochaine
Début de semaine perturbée, temps ponctuellement pluvieux, retour des hautes pressions en fin de semaine.
Très bonne semaine à tous !
Pendant ce temps aux Saintes…
28 degrés à l’ombre
Un petit coin de plage à Terre-de-Haut – Photo Raymond Joyeux
Texte : Bulletin météo de Saône et Loire, semaine du 12 au 19 octobre 2025 Carte de France : Météo-Climat de France 2 du mardi 13 octobre Photos : Raymond Joyeux
Publié par Raymond Joyeux le mardi 14 octobre 2025
Atmosphère d’hiver toute la journée avec grisaille intégrale et basse température. J’en profite pour arracher tuteurs et pieds de tomates mis en terre le premier mai, voilà bientôt cinq mois. Avec pincement au cœur et remerciement intérieur pour leur floraison et leur généreuse productivité.
Trois récipients bien garnis : une cagette pour les vertes, une autre pour les mûres, un seau pour les irrécupérables. Superbe récole gâchée en partie par les aléas climatiques successifs : canicule intense, pluie persistante, humidité et grande fraîcheur nocturne. C’est notre ami François, amateur de confitures en tous genres, qui bénéficiera des vertes. Les irrécupérables alimenteront le compost et ce qui restera des mûres finira en coulis. Les pieds séchés seront brûlés et enrichiront le potager en cendres. Rien n’est donc jamais tout à fait perdu, la boucle est bouclée.
Après-midi, le maire M. Louis Accary me transmet ad domo la feuille d’inscription pour le repas des aînés fixé au dimanche 12 octobre. Eh oui, à partir de 70 ans vous êtes hissés au rang des aîné.e.s de la commune. Une belle tradition qui perdure depuis plus de trente ans, occasion de rencontres, de cohésion sociale et de convivialité ! Je termine la chronique de notre sortie de mercredi au Cadran de Saint-Christophe et la publie sur ce blog pour la satisfaction des participants et autres amateurs de curiosités originales…
Vendredi 26
Petite pluie au départ pour notre rendez-vous au restaurant du pont levant à Montceau-les-Mines avec nos amis de Sivignon et d’Évelle en Côte d’Or. Sympathique rencontre suivie d’une visite à Emmaüs. Retour en ville et pause dans un bar face à la capitainerie où nous croisons Madame la maire. Avant éventuelle publication, je confie le manuscrit de La malédiction de la Saline pour relecture et commentaires à Chantal d’Évelle, l’illustratrice du conte La petite fée de l’arc-en-ciel, publié ici même en son intégralité. Merveilleuses retrouvailles sans pluie avec nos amis, et peut-être un dernier repas à venir avant notre départ en novembre, nous l’espérons vivement.
Pont levant sur le Canal du Centre. Ph. R. Joyeux
Samedi 27
Brouillard au lever. Il faudra attendre midi et demi pour qu’il se dissipe et laisse la place à la lumière. La température est plus douce aujourd’hui, mais le poêle est toujours allumé à l’intérieur. Heureux cependant de retrouver un peu de chaleur après une semaine de froidure. J’en profite pour désherber la plate-bande des tomates… sous le soleil, coiffé de mon chapeau.
Dimanche 28
Pas plus de six degrés ce matin au réveil avec ciel bleu, sans vent. Le poêle est éteint mais le thermomètre intérieur indique 20°. Premier réflexe : ranimer le feu. Je profite de cette accalmie météo pour bêcher le carré aux tomates. Le sol est meuble et le travail se fait sans gros efforts. Envisager de semer du trèfle ou poser un film de protection. C’est à réfléchir. Le trèfle nécessitera de bêcher la terre à nouveau au printemps pour l’enfouir avant plantation. Le film empêchera la terre de respirer. Dilemme. Après-midi désherbage des rangs de poireaux. À 17 heures, nous partons pour une marche en passant par l’ancienne maison de nos voisins et amis du Bessay. Passage acrobatique entre les ornières boueuses du chemin des haies récemment taillées, saccagées par le boyeur. Popeye a jappé comme d’habitude au portail du voisin Pierre. De gros oiseaux noirs sillonnent le ciel en patrouilleurs. Je pense à ce haïku du poète japonais Bashô :
«Sur une branche morte Un corbeau s’est posé Soir d’automne. »
Lundi 29
La température a baissé de deux degrés dans la maison, passant de 22 à 19. Le brouillard est plus dense aujourd’hui. Tout est mouillé à l’extérieur comme s’il avait plu. Même ma brouette-pluviomètre, que j’avais vidée presque pleine la veille, témoigne de l’intensité de la rosée, cette manne pour les orties et autres plantes dites sauvages, plus épanouies, plus touffues et vigoureuses que jamais.
Il a fallu attendre 14 h pour voir enfin un rayon du parcimonieux dieu Râ. Et dire que depuis 8 heures du matin, sans se montrer, il se pavane en nous narguant au-dessus de sa coupole brumeuse, avare de ses bienfaits. Mais ne soyons pas injuste, pendant plus d’un mois, il nous a octroyé sans discontinuer ses prodigalités. Avec un thermostat parfois au plus haut. Le jardinier jamais satisfait oublie qu’il n’est pas maître des horloges météorologiques! Maître des horloges, formule vaseuse de certains de nos dirigeants qu’ils proclament pour signifier que ce sont eux qui décident des opportunités. Des dieux omnipotents, quoi ! au mépris de leurssujets. Avant de répondre à l’invitation à dîner de nos voisins, nous recevons l’élagueur pour un devis d’intervention sur les espaces verts.
Mardi 30
Toujours ce sacré brouillard au lever en ce denier jour de septembre. L’humidité s’est installée qui glace les os et la tête. Aucune envie de chausser les bottes et de se rendre au potager avant l’apparition d’un petit rayon réconfortant. À moins d’être un écrivain face à sa page blanche, au chaud devant le poêle, en attente d’inspiration, la matinée jusqu’à 14h est fichue.
Fin d’après-midi, profitant d’un soleil à demi voilé qui hésite à se montrer, je m’apprête à sortir enfin de la maison pour une marche en solitaire de 45 minutes autour du quartier. Les champs qui ont retrouvé leur verdure habituelle s’étendent à perte de vue, compartimentés par leurs piquets d’acacia, leurs clôtures de barbelés ou leurs haies de charmille. Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Même pas troublé par un meuglement, j’observe une vache limousine, toutes mamelles dehors, et un taureau de la même race qui m’observe en ruminant, semblant perdu dans ses pensées.
Je ne serais pas étonné que ce soit ce type d’atmosphèrequi aura inspiré à Baudelaire son Invitation au voyage. Tout concorde : la douceur, les soleils mouillés, lesciels brouillés, les rares fleursqui mêlent leurs odeurs aux vagues senteurs de l’ambre, les soleils couchants qui revêtent les champs, le monde qui s’endort dans une chaude lumière. Fin septembre en Bourgogne, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté...
La campagne en automne
C’est l’automne, la campagne de jour en jour se flétrit l’émeraude limpide de la rivière froide chatoie j’ai amarré ma jonque près d’un bourg barbare, et choisi une maison dans un village de Ch’u les jujubes sont mûrs, je laisse les gens les gauler les tournesols sont secs, je vais moi-même les déterrer la nourriture dans mon assiette de vieillard, je la partage avec les poissons de la rivière.
Tu Fu poète taoïste (712-770)
**** Texte et illustrations de l’auteur.
Publié par Raymond Joyeux le mercredi 1er octobre 2025
C’est l’hiver en automne : huit degrés au réveil à 7 heures du matin, ce mercredi 24 septembre. Avec quelques-uns des marcheurs et marcheuses de Versaugues, encapuchonnés dans leur anorak, nous nous préparons pour une visite du marché aux bovins de race charolaise de Saint-Christophe, en plein cœur du Brionnais, dit marché au Cadran. La plus importante des 41 structures de ce type existant en France. Cette visite guidée n’est possible que le mercredi matin, jour où vendeurs et acheteurs de bétail se retrouvent pour les tractations commerciales de la semaine.
Il fait un froid de canard devant le tableau de l’historique de l’établissement, en plein courant d’air, où notre guide nous a rassemblés. Les Anglais, habitués à la grisaille de Londres, disent, avec leur flegme légendaire : «Chez nous, le soleil c’est comme le bon Dieu, on ne le voit pas mais on y croit. » Je trouve cette formule géniale qui s’applique ici aussi aujourd’hui, depuis qu’un épais couvercle de plomb s’est posé sur le ciel de notre région, voilà maintenant près d’une semaine.
De 1488 à 2009
Après les rappels historiques évoquant les circonstances de la création du marché sous Charles VIII, en 1488, et ses évolutions successives jusqu’en juin 2009, date de l’inauguration du nouveau complexe, nous sommes invités à entrer dans le vif du sujet.
Terminés les tractations et marchandages d’autrefois où ventes et achats se négociaient exclusivement de gré à gré, de part et d’autre du célèbre mur d’argent, même si cette dernière possibilité, réduite à la portion congrue, existe encore aujourd’hui. Avec la modernisation, c’est un tout autre monde qui est offert aux éleveurs et marchands de bestiaux.
Au Cadran, à l’ouverture des ventes, les acheteurs sont assis dans un amphithéâtre, tels de studieux étudiants, vêtus de leurs blouses noires de maquignons, carnet, stylo, portable et calculatrice à la main. Il n’y a que des hommes. Devant eux, le bouvier fait entrer les bovins, un à un, dans un cercle qui a la forme d’un ring, circonscrit par une barrière métallique.
S’inscrivent alors sur un grand cadran placé en hauteur toutes les caractéristiques de l’animal, sa race, son origine, son poids, et les enchères commencent dont les montants successifs s’affichent sur le cadran en même temps que le directeur des ventes les annonce par haut-parleur. Pour le folklore, nous précise notre guide !
Lorsque plus personne ne renchérit, le cadran s’immobilise, et indique que la vache ou le taureau a été adjugé et vendu à tel prix. Les acheteurs récupèrent leurs bêtes et vont régler au guichet les modalités financières des transactions. Quarante-huit heures plus tard le vendeur perçoit son gain. Tout est régi automatiquement comme du papier à musique.
Nombreux panneaux explicatifs
Mais notre visite n’est pas terminée pour autant. S’il est interdit de photographier animaux et intervenants, de nombreux panneaux explicatifs nous informent sur les problématiques liées à la production de la viande bovine, de l’animal au steak, par exemple, et à la gestion des opérations nécessaires au bon fonctionnement de la structure, comme la récupération des eaux pluviales et le traitement de celles de lavage.
Une vidéo récapitulative
À midi, cette intéressante visite terminée, résumée ci-dessous dans la vidéo de F3 Bourgogne, nous sommes invités à une petite dégustation, en avant-goût du repas programmé, pour la plupart à l’inévitable tête de veau, au restaurant de proximité, comme une invite à prolonger le plaisir de la découverte de cet exceptionnel marché au Cadran de Saint Christophe en Brionnais.
Petite randonnée digestive
Mais n’oublions pas, comme précisé plus haut, que cette très instructive visite a été organisée par le groupe de marche de Versaugues que nous saluons joyeusement au passage pour cette belle initiative.
Aussi, après le repas, comme il se doit, sous la conduite avisée de notre ami Jacques, une balade d’une petite heure est proposée au groupe qui s’engage volontiers sur les sentiers d’un circuit d’une randonnée bien connue des participants n’hésitant pas à se salir les baskets pour la circonstance.
Et c’est ainsi que se termine cette magnifique journée, sans soleil à l’extérieur, certes, mais lumineuse au cœur de chacun, prémices d’autres sorties gratifiantes, occasion de rencontres amicales et de convivialité…. En attendant la saison d’hiver qui sera sans doute très rude, car comme le dit un proverbe indien du Canada :
« Quand homme blanc fait beaucoup de bois, l’hiver sera rude ! »
Photo Raymond Joyeux
Publié par Raymond joyeux le jeudi 25 septembre 2025
Et le soleil continue ce vendredi de nous être complice pour un périple touristique à la découverte de la Côte de granit rose et du Gouffre de Plougrescant. Une réplique monumentale de la modeste Roche Percée saintoise de Pompierre, fait observer Alex. Gouffre qui me ramène à mon très lointain passé lycéen et à mon camarade de seconde Louis D. dit Loulou, surnommé Le gouffre de Padirac à cause de sa corpulence et de son imposant postérieur… on se demande bien pourquoi. Lamentable facétie d’ado.
Ph. R. Joyeux
La célèbre maison entre deux rochers est intrigante. Classique pub pour la Bretagne, vue sur tous les magazines. Privilège de la découvrir in situ. Étonnant rêve d’un bâtisseur original avant la loi littoral et les interdits du conservatoire…
Photo R. Joyeux
Perros-Guirec
Ph. R.Joyeux
Escale bien venue et déjeuner à Perros-Guirec, occasion pour nous de nous souvenir de nos amis Annie et Marcel R. qui y possédaient une maison face aux îles. Parking ombragé le long d’un bassin nautique urbain où s’exercent les futurs amiraux de la Royale sur de minuscules embarcations à moteur, grossière imitation des paquebots d’antan et autres barcasses insolites.
Le personnel du Bistrot de la Rade où nous avons table dressée sur réservation opportune d’Alex nous attend. En ce domaine, rien n’a été laissé au hasard. C’est une chance que nous apprécions. Car en cette fin août les visiteurs sont encore nombreux et les restos submergés d’affamés patientant à la queue leu-leu sous le soleil. Je tente la pêche du jour : aile de raie sur coussin de légumes, particulièrement goûteuse qui change des innommables préparations ammoniaquées à l’huile rance servies parfois aux Saintes. Et nous voilà repartis pour l’escalade programmée des rochers roses de Perros.
Photo Google : Tourisme en Bretagne.Wikipédia
Petite déception : aucune place disponible aux nombreux parkings côtiers de Ploumanac’h – village préféré des Français en 2015 – en dépit d’une recherche assidue de notre opiniâtre conductrice. Ce changement de programme nous conduit à Trégastel et à la minuscule île Grande, qu’un pont relie au continent depuis 1891.
Photo R. Joyeux
Faute d’escalader les rochers roses, paisible marche le long de la plage de Saint-Sauveur encore découverte par la marée. Inutile de chercher à se rincer ne serait-ce que le bout du plus petit orteil mais la langue de sable, parsemée de varech séché, est plus agréable que la rugosité des cailloux du sentier !
De Trégastel, nous prenons la direction de Lannion par Trébeurden, ce village où j’ai eu le privilège il y a quelque vingt ans de rencontrer chez lui l’écrivain écossais, inventeur de la géopoétique, Kenneth White, aujourd’hui décédé, et son épouse Marie-Claude. La simplicité du personnage, sa modestie naturelle et l’image des feuillets manuscrits éparpillés à même le béton du sous-sol, en petits paquets retenus par des galets, et les dédicaces qu’il me fait l’honneur de signer me sont restées en mémoire.
Site K. White -Wikipedia
Lannion
À Lannion, nous nous garons en haut de la rue principale et parcourons le centre-ville jusqu’à la librairie Gwalarn au rayon poésie bien garni.
Une édition bilingue de poèmes d’Erri De Luca pour Anne et achat de Rue des fleurs de Jean-Michel Maulpoix et Mathématique générale de l’infini de Serge Pey, poète toulousain. Titre qui me fait penser à mon ami Bernard Bonbon et ses recherches et publications en géométrie parabolique.
«La poésie n’est pas faite pour être comprise, elle sert à comprendre. »
Rasade de bière, cidre et menthe à l’eau, à chacun selon ses goûts, nous faisons le plein de liquide avant retour à notre gîte de Plouézec, pour notre dernière soirée bretonne et repas pour une fois à domicile…
Samedi 23 août
Sur la route de Rennes
Branlebas dès le matin avant la visite des proprios et remise des clés. La confiance règne : aucun CR de l’état des lieux sur lesquels nous revenons après 20 minutes de route récupérer la veste d’Alex oubliée derrière la traitresse porte d’entrée. Heureuse coïncidence, nos véhicules se croisent à l’entrée du bourg. Ce qui favorise le retour à la résidence et la récup du bien d’Alex qui doit regagner Paris en train avec Anne depuis Rennes.
Notre logement à Plouézec – Photo R.Joyeux
Mais nous ne sommes pas au bout de nos petites frayeurs. Un accident sans gravité apparente ralentit la circulation. Puis c’est l’invraisemblable recherche de la gare en centre ville. Les panneaux se contredisent et les travaux affolent le GPS. C’était sans compter sur la légendaire perspicacité d’Anne. En moins de temps qu’il faut pour l’écrire, elle repère l’entrée de la gare et c’est l’inéluctable séparation… En attendant nos retrouvailles à l’anniv d’Alex en septembre.
Photo R. Joyeux
Retour:compter les pieds de l’infini
Quel périple, avons-nous ensemble accompli ! Quelle richesse désormais inscrite en nos mémoires et dans nos cœurs ! Exceptionnelle beauté de la géographie et de l’histoire, merveille de la gastronomie, plaisir des yeux et de la marche, redécouverte d’une boisson traditionnelle injustement oubliée… et la complicité qui nous unit. Mais rien de tout cela n’aurait été possible sans l’implication fructueuse en amont de nos deux chercheurs-randonneurs enthousiastes à l’affût des curiosités à partager.
Photo R. Joyeux
Curiosités ? Non. Splendeurs de la nature, œuvres de l’homme, traditions, art et culture. En un mot : poésie rayonnante qui, selon Serge Pey, est « l’art de renverser la terre ». Renverser la terre, ce que nous avons fait en six petits jours,
« en comptant deux fois nos pas courts au bout de nos sandales puis encore deux fois nos pas lents. Et encore les courts deux fois et les longs quatre fois jusqu’à compter les pieds de l’infini. » À 13h50 nous quittons Rennes, allégés de nos deux comparses et de leurs pesantes valises d’intenses images, le cœur un peu lourd aussi, jusqu’à notre point de départ qui semble désormais si lointain, pour mettre pied à terre après six heures de route et un périple de 2149 kilomètres ensoleillés au compteur de la Captur.
Texte inédit publié par Raymond Joyeux Le vendredi 19 septembre 2025
Lever avec ciel couvert et 16 degrés à l’extérieur. Dans deux mois, nous serons à Orly pour le retour programmé en Guadeloupe. L’an dernier, à la même date j’avais noté : « Pluie abondante dans la matinée. Le fût bleu déborde ». C’est le cas aujourd’hui mais l’eau restera probablement dans sa réserve jusqu’à l’été prochain.
Entre 11h et midi, sous une forêt d’herbes, de celles dont l’extrémité de la tige s’accroche à vos basques comme du stratch et vous fait pester, à l’aide de ma bêche plate, je déterre les patates, facilité par la souplesse de la terre. À peine un fond de panier d’osier de cette maigre récolte de tubercules de Parmentier, dont certains attaqués par le ver blanc présentent des cavités qui font penser à de petits cratères de volcans éteints.
Comme il ne faut jamais laver les patates sorties de terre, je les étale sur le deck pour séchage et les termine délicatement à la brosse. Beaucoup de sueur pour peu de résultat. Faudra-t-il continuer à en cultiver ? La question se pose. Notre ami Sam, aux Ripaines près de Suin y a renoncé depuis longtemps.
Contrairement aux jours de canicule où elle était plus dure que pierre, la terre est tellement imbibée en profondeur que d’ici notre retour en 2026, je doute qu’elle parvienne à sécher ! L’inconvénient de cette région, lorsque l’humidité s’installe, à cette époque de l’année, le soleil sur le déclin n’arrive jamais à la résorber. Il en est de même dans la maison où seul le poêle bien alimenté, même en été, peut la combattre. Je me vois mal dans ces conditions passer tout un hiver sous la grisaille, herbe et terre toujours mouillées, engoncé dans des pulls qui vous alourdissent et vous entravent.
Samedi 6 septembre
Beau présage : 8 h, le soleil, plein Est, s’infiltre sous la porte de la chambre d’Alex. Ciel parfaitement dégagé au réveil. Température extérieure 14 degrés. Le thermomètre indique qu’elle serait descendue à 8 cette nuit. Et nous ne sommes pas encore en automne. Dans l’axe de l’entrée de l’ancienne étable, je photographie le clocher de l’église, bien visible à travers la haie de frênes déjà à demi dépouillés de leurs feuilles. Même image à l’étage depuis la fenêtre de la chambre.
Tué à la bombe deux frelons à demi engourdis qui grimpent péniblement près de la lampe de la marquise. Avec les trois précédents, gisant encore sur le rebord de la fenêtre, ça fait cinq de ces bestioles indésirables exterminées en peu de jours. Après vérification, ils ne semblent pas être de l’espèce asiatique. Il paraît qu’il ne faut jamais écraser un frelon sous peine d’en voir arriver d’autres à la rescousse, attirés par la phéromone dégagée suite au stress de leur congénère. Au potager, je commence à déraciner les pieds séchés de haricots.
L’herbe est archi mouillée comme elle l’était tous les matins avant la canicule. Peut-être se sera-t-elle essorée en fin d’après-midi pour un éventuel passage de la tondeuse. De11h 30 à 13h : sarclage parcelle haricots avec grand soleil. Il ne reste plus qu’à retourner la terre et la couvrir d’une bâche pour l’hiver.
Certains prétendent que c’est un mauvais choix car la bâche perturbe la vie du sol et l’empêche de respirer. Tant pis, ce sera du travail en moins ce printemps. Car, pour parodier L’Ecclésiaste : « que restera-t-il à l’homme de toute sa peine et de tout l’effort pour lequel son cœur aura peiné sous le soleil ? » L’herbe enlevée à l’automne, si elle repousse plus drue au printemps, mes efforts d’aujourd’hui n’auront servi à rien. « Mais cela aussi, poursuit la Bible, est vanité. » J’ai rechargé les deux batteries de la petite tondeuse électrique. On verra cet après-midi. 16h passage tondeuse jusqu’à 17h. Le soleil ne faiblit pas. 21h, moules-frites avec grosse lune.
Dimanche 7 septembre
Encore du très beau soleil au réveil sans un pouce de vent. Qui s’en plaindra ? Température douce à tiède à l’extérieur. On se croirait revenu au milieu du printemps.
Cueillette d’une bonne brassée de bettes que je dépouille de leurs fanes. À côté, les deux pieds de poivron plantés au printemps ont souffert de la chaleur. Aucun rouge récolté sinon des embryons attaqués par brûlure et pourriture. Sur l’autre pied, 5 ou 6 petits verts attendent de grossir. Un peu tard, à mon avis.
Beaucoup de tomates vertes à donner à François, comme l’an dernier pour confiture. Échange de bon procédé puisque notre ami ayant réussi ses courges, nous en offrira pour l’Halloween du 31 octobre.
Certains arbres ont perdu presque toutes leurs feuilles et annoncent à grands pas la venue de l’automne sans avoir eu le temps de jaunir. Ce dimanche, c’est peut-être le dernier jour avant notre départ que, grâce à la clémence du soleil, la fenêtre de la cuisine reste ouverte toute la journée pour une température intérieure affichée de 26 degrés.
À 15h30, sous une agréable chaleur, nous filons à la Foire de Digoin où nous rencontrons des amis de Versaugues puis, après un tour complet des exposants, Marijo, l’ancienne secrétaire du collège Jeanne d’Arc et son mari. Une bière locale nous désaltère et achetons au stand de la Confrérie, cinq épognes aux grattons, la spécialité du lieu – qui n’est pas forcément la mienne – avant de reprendre la route des Bruyères.
Le Spa, toujours à 35 degrés, nous invite à profiter de sa douce chaleur. Vingt minutes de bullothérapie et nous voilà rétablis pour la soirée. La Pologne a gagné son match. Et la lune, je l’ai su trop tard, entame une éclipse alors que le ciel se couvre et que le mauvais temps se prépare pour cette nuit et demain.
Texte et photographies de Raymond Joyeux
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Écrit dans mon studio
À la fenêtre à l’ouest le soleil a dépassé midi j’ai faim, je m’assieds les yeux brouillés je prends un pinceau et calligraphie un petit poème l’encre sèche, les caractères sont penchés en un bref instant déjà ils remplissent une feuille, voletant comme des corbeaux dans le vent… J’ai beau savoir que la pluie s’infiltre dans les murs, je n’ai pas honte de dessiner sur le sable avec un pinçon soudain on m’annonce que le repas est prêt je pose mon pinceau, ma joie est sans borne j’appelle un garçon, qu’il aille ramasser du bois mort au bord du torrent, pour goûter le thé domestique qui pousse sur la montagne.
Lu Yu (Poète taoïste 1125-1210)
Publié par Raymond Joyeux Le vendredi 12 septembre 2025
Réveil 7 heures sous le soleil revenu. On se prépare pour l’île de Bréhat. 9h15 départ. Parking payant surchargé. Une place dans l’herbe loin du port. Embarquement pour le tour des îles. Mer calme avec vue panoramique, voiliers, barques de pêche et passage entre les îlots. Une centaine, nous dit-on et des rochers submergés à marée haute. Explication au micro : rythme des marées, phares et navigation, 360 résidents, école élémentaire, mairie, sapeurs-pompiers, deux véhicules motorisés. Détails intéressants mais vite oubliés comme pour les savantes notices des musées…
Barque de pêche autour de l’île – Ph R. joyeux
11h, arrimage au quai (à la cale comme disent les marins d’ici). Longue marche le long du littoral sur un chemin troué, recouvert à marée haute, avant l’apparition du bourg. Déambulation au coude à coude entre kirielle de touristes en tous genres avec chiens en tous genres aussi et vélos sans avertisseur…
Cale à marée basse- Ph R. Joyeux
Floppée de petites guinguettes et crêperies prises d’assaut. File d’attente avec mémés à canne, stars à lunettes, jeunes filles en short moulant et débardeur flottant où ballottent deux vivants globes terrestres non tenus en laisse, pas toujours miniatures, poussettes et chiens en laisse ceux-là, jusque très loin sur la route.
Déjeuner sur réservation au Crech-Kerio. Moules aux algues, + frites qu’on peut compter sur les doigts d’une main, arrosées de cidre maison. Pour nos deux végétariens : très bel assortiment de légumes variés colorés, superbement agencés.
Notre restaurant le Krech Kerio– Ph Raymond Joyeux
Un grand tour de l’île jusqu’à la chapelle Saint-Michel perchée à 33 mètres au-dessus du niveau de la mer, d’où l’on domine le village, piqué de ses maisons typiques aux prétentieuses cheminées, ses îlots périphériques, ses canots avachis sur la vase, en attente de marée. Les marches de pierre grossière, archi-hautes m’ont démoli les guiboles. Je m’affale, à bout d’air et le palpitant affolé, sur un banc de prière face à Saint-Michel terrassant le démon, (tout un symbole !) pour reprendre souffle. La descente, même à grandes enjambées, est plus facile aurait dit La Palisse.
Chapelle St Michel et ses marches de pierre.
Un cauchemar : Édition du 21/08/ 25
Encore 1 km d’une route étroite autrefois bétonnée, bordée de part et d’autre, d’un talus plat herbeux, faussement accueillant, encore plus mince que le chemin. Ne vous y fiez pas. Ce tapis soyeux qui vous tend les bras est parsemé tous les 50 centimètres d’odorantes déjections canines le plus souvent posées en croix de Saint-André tels des cailloux malicieux d’un petit-poucet farceur. Ces deux sentes latérales d’herbes souillées sont à éviter à tout prix, sauf à devoir vous décrotter les baskets et parfumer désagréablement bateau et auto au retour sur la terre ferme !
Nous arrivons à la jonction des deux îles, matérialisée par un pont d’une imposante maçonnerie pleine qui fait barrage avec un restant de marée croupie de chaque côté. Au flanc des rochers déchiquetés les lignes sombres vous indiquent la hauteur de l’eau à certaines heures de la journée et de la nuit, selon la lunaison et ses erratiques fantaisies.
À la jonction des deux îles. Ph R. Joyeux
15h retour au port sans avoir pu apprécier les habituels massifs fleuris d’agapanthes, hortensias, mimosas, cistes et j’en passe, qui font la juste renommée de cette île-paradis. La saison trop avancée et les canicules successives ont eu raison de leur ondoyante floraison dont il ne subsiste que de grotesques restes fanés du plus mauvais effet. Taches de vieillesse inopportunes sur un visage autrefois lisse et joli à tomber. Attention à la marche… du temps sur les tapis faussement soyeux d’une île dite de beauté ! Les horaires des navettes n’ont pas changé. 19h 30, crêperie à L’escabelle de Saint-Quay-Portrieux, à 25Km de notre résidence. Encore une journée splendide ensoleillée.
Crêpe bretonne à l’andouille et bolées de cidre – Ph. R. Joyeux
Voiles auriques autour de Bréhat – Photo Raymond Joyeux
À l’heure où nous apprenons le décès de Claude Deproft, je me permets de partager le message de la mairie de Terre-de-Haut. Et exprime à son épouse Alice, à sa fille Valérie, à son fils Philippe, à ses proches et à toute sa famille mes condoléances attristées, gardant le souvenir d’un homme serviable, accessible, profondément impliqué dans la vie de notre communauté.
Raymond Joyeux
Le Maire Louly BONBON salue la mémoire d’un homme engagé dans la vie publique de Terre-de-Haut.
C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de Monsieur Claude DE PROFT à l’âge de 80 ans, dont le parcours et l’engagement politique ont profondément marqué la vie politique locale. Elu conseiller municipal de Terre-de-Haut en mars 1989, Claude DE PROFT a exercé les fonctions d’adjoint au maire de 1992 à 2020, chargé notamment des dossiers d’urbanisme.
Technicien géomètre, il a incarné tout au long de sa vie professionnelle les valeurs de dévouement et de bienveillance. Homme de confiance et d’une loyauté sans faille, il s’est toujours distingué par sa générosité de cœur et son engagement sincère au service des autres. Il convient aussi de saluer sa participation active au sein des associations saintoises (ASPP, AJCS, Office Municipal du Tourisme, OMSC). Il laisse une empreinte indélébile dans la mémoire de ceux qui l’ont côtoyé.
Au nom de l’ensemble de la population, le Maire Louly BONBON et son conseil municipal adressent leurs plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches, notamment ses enfants, Valérie et Philippe, en ces moments douloureux.
Le Maire invite l’ensemble des élus et le personnel municipal à se joindre aux funérailles de Monsieur Claude DE PROFT afin de lui rendre un dernier hommage. Repose en paix, Claude.
Publié par Raymond Joyeux le mercredi 13 août 2025
Écrit pour ma petite fille Gaïaelle, alors qu’elle avait 8 ans, aujourd’hui 29, ce texte fait partie d’un ensemble intitulé Contes pour enfants sages et gentilles grandes personnes. J’ai souhaité le publier dans son intégralité pour éviter une lecture hachée qui risquait de faire perdre le fil de l’histoire. Mes remerciements à l’illustratrice Chantal Béné, auteure de plusieurs plaquettes illustrées sur le mal-être de la petite enfance.R.J.
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Il était une fois, dans un pays très très lointain, il y avait un très petit village qui s’appelait Griseville. Ce village était tellement isolé et coupé du monde que seuls ses habitants connaissaient son existence.
Personne d’autre n’y était jamais allé et on ne trouvait sur aucune carte de géographie ni son nom ni son emplacement. Pourtant il existait bien puisqu’il était habité.
Mais les habitants de ce village ne l’avaient eux-mêmes jamais quitté et ignoraient totalement qu’il puisse exister d’autres pays et d’autres hommes, d’autres femmes et d’autres enfants.
Ce qui caractérisait ce village et ses habitants, c’était l’absence totale de couleurs. Tout y était parfaitement gris. Le ciel était gris même quand il faisait beau, l’herbe était grise, les arbres étaient gris. La peau, les yeux, les cheveux, les habits des habitants ainsi que le poil et les plumes des animaux étaient gris.
Ni le bleu, ni le rouge, ni le jaune, ni le vert, ni même le blanc n’existaient. Le mot couleur lui-même était absent de tous les dictionnaires et personne ne l’avait jamais entendu ni prononcé. Mais comme tout le monde était habitué à cette situation et ignorait l’existence des autres couleurs, personne ne trouvait anormal de vivre dans ce drôle de village.
Il faut pourtant dire que c’était un peu triste, et on sentait dans les yeux, sur le visage et dans le cœur des gens beaucoup de mélancolie. On avait beau repeindre régulièrement l’intérieur et l’extérieur des maisons, les murs, les plafonds et les toits restaient toujours gris.
Ce n’était pas non plus très gai de feuilleter les livres d’images et de regarder la télévision car tout paraissait toujours en gris avec quelques nuances pour distinguer les objets, les animaux et les personnages. Les peintres eux-mêmes, par la force des choses, ne peignaient que des toiles grises.
A l’école, lorsque le maître ou la maîtresse demandait aux enfants de dessiner quelque chose, un paysage, une maison ou un animal, comme ils n’avaient que des crayons gris, tous les dessins étaient gris et tristes.
Bien sûr il y avait des fleurs sur les bords des chemins et dans les jardins, mais elles étaient toutes grises et personne ne sentait le besoin ni de les cueillir pour les mettre dans un vase, ni de les offrir à leurs parents, à leurs amis ou à leurs amoureux.
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Or, un jour, une petite fille aux yeux très bleus, venant d’un autre pays, arriva par hasard dans ce village. On ne pouvait pas dire exactement comment elle y était arrivée. Tout ce qu’on savait c’est qu’un vendredi soir, en sortant de l’école, elle avait laissé ses camarades et s’était trompée de chemin pour rentrer chez elle. On savait aussi qu’elle avait marché toute une nuit, toute une journée puis toute une nouvelle nuit, sans savoir où elle allait.
Elle avait traversé des prés, des rivières, des forêts, s’arrêtant quelquefois pour se reposer, pour boire ou grignoter le reste du goûter qu’elle avait dans son sac d’école.
Le matin de la deuxième nuit, elle continuait encore à marcher mais avec plus de difficultés car cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas dormi et qu’elle se faisait du souci pour ses parents. Elle était sûre qu’ils étaient très inquiets de ne pas l’avoir vue rentrer le vendredi soir après l’école .
Ce qui la chagrinait aussi c’était qu’au fur et à mesure qu’elle avançait, elle se rendait compte que quelque chose changeait autour d’elle. Ce matin-là, alors que le soleil était déjà bien levé, elle fut surprise de ne plus distinguer ni le bleu du ciel, ni le vert des prairies et des feuilles, ni les belles couleurs de ses habits et de son sac. C’était comme si un voile de poussière grise avait enveloppé le paysage et tout ce qu’il contenait.
Inquiète, elle s’arrêta pour réfléchir et commençait à se décourager quand elle aperçut dans le lointain, flottant dans l’air gris comme des papillons sans couleur, le toit et la cheminée de quelques maisons. Cela lui redonna du courage et elle se remit à marcher. Mais pas pour longtemps car avant d’atteindre la première maison, elle s’évanouit de fatigue et tomba doucement dans l’herbe grise comme une poupée de chiffon désarticulée.
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Quand elle reprit connaissance, toute une ribambelle d’enfants s’agitaient autour d’elle. Elle n’était plus couchée dans l’herbe grise mais dans un lit gris, dans une petite chambre aux murs tout aussi gris, qu’elle ne reconnaissait pas.
Le temps de reprendre ses esprits, le souvenir de son aventure lui revint peu à peu à la mémoire : la sortie de l’école du vendredi soir, sa longue marche à travers prés et forêts, la perte des couleurs et le ciel gris au-dessus de sa tête qui s’était mise à tourner.
A peine se fut-elle assise sur le lit qu’elle vit arriver dans la chambre inconnue un monsieur et une dame habillés tout de gris qui écartèrent les enfants et se mirent à l’interroger.
Elle raconta son histoire dans un grand silence car personne ne voulait perdre une miette de ses paroles. Seules quelques exclamations comme “oh!” , “extraordinaire ! ” ponctuaient son récit.
Quand elle prononça le mot couleur, personne ne comprit ce qu’elle voulait dire car ce mot était inconnu dans ce village. On crut que la fatigue de la marche, le manque de sommeil et de nourriture lui faisaient dire n’importe quoi.
Alors la dame habillée de gris proposa qu’elle se restaure, qu’elle se repose plus longuement car son évanouissement, qui n’avait pas duré longtemps, ne lui avait pas permis de reprendre des forces.
Après quelques heures d’un repos bien mérité et un bon déjeuner, on la conduisit dans une pièce qui ressemblait à une salle de classe.
Nous étions au milieu de l’après midi et le soleil brillait dans le ciel malgré le gris qui n’avait pas cessé d’envelopper tout le village et ses environs. Les enfants s’étaient assis en cercle autour d’elle et toutes les autorités du village avaient été invitées.
Se sentant la vedette de l’assemblée, la petite fille prit son courage à deux mains et recommença à raconter son histoire. Bien sûr on lui posa toutes sortes de questions : quel était son nom, comment s’appelaient son papa et sa maman, si elle avait des petites sœurs ou des petits frères, de quel pays elle venait, comment elle s’était perdue, combien de jours et de nuits elle avait marché… Et surtout le maire du village en personne l’interrogea sur le mot inconnu qu’elle avait prononcé en se réveillant la première fois et que personne ne connaissait ni n’avait compris.
Elle essaya d’expliquer au mieux qu’elle put le sens de ce mot et parla des différentes couleurs qui n’existaient pas dans ce village. Mais c’est dur de parler de couleurs sans les montrer. Elle avait beau dire que dans son pays le ciel et la mer étaient bleus, qu’au coucher du soleil l’horizon devenait rouge, que l’herbe et les feuilles étaient vertes, que le jaune des œufs étaient jaunes, que les fleurs pouvaient être de toutes le couleurs, comme l’arc-en-ciel, personne ne comprenait toujours rien à ce qu’elle disait.
Alors elle eut l’idée de chercher dans son sac d’école la boîte de crayons de couleurs qui ne la quittait jamais ainsi que le beau dessin tout coloré qu’elle venait juste de terminer pour son papy des îles lointaines…
Lorsqu’elle mit sur la table la boîte de crayons de couleurs et le joli dessin qu’elle n’avait pas encore expédié, elle ouvrit grand les yeux et des larmes se mirent à couler lentement sur son visage.
C’est vrai qu’elle n’avait pas cessé de penser à ses parents et à la peine qu’ils devaient avoir depuis vendredi soir. Mais c’était surtout parce que ses crayons et son joli dessin avaient perdu toutes leurs couleurs et qu’ils étaient devenus tout gris qu’elle s’était mise à pleurer.
Elle voulait prouver aux habitants de ce drôle de village que les couleurs existaient et voilà que toute sa démonstration tombait à l’eau. Elle voulait leur montrer qu’elle ne mentait pas et voilà que personne ne la croyait et qu’on la prenait pour une folle.
Et surtout elle pensait à tous les dessins colorés qu’elle ne pourrait plus jamais réaliser, elle qui prenait tant de plaisir à dessiner et à peindre. Elle qui, de quelques coups de crayons de couleurs ou de pinceau croquait si facilement un arbre, une maison, un personnage ou un iguane vert des îles lointaines. Elle qui avait tant d’imagination pour réaliser des cartes de joyeux anniversaire et de bons vœux !
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La petite fille était désespérée car les enfants et les grandes personnes présentes dans la salle riaient de son malheur et s’apprêtaient à rentrer chez eux. Alors prise de rage, elle saisit sa boîte de crayons de couleurs et la lança de toutes ses forces par la fenêtre.
Malgré le brouhaha des gens qui riaient et qui commençaient à s’en aller, tout le monde entendit distinctement le bruit de la boîte de crayons s’écrasant sur le sol. Et c’est à ce moment là qu’un grand silence se fit…
En heurtant le carrelage de la terrasse, la boîte s’était défaite, tous les crayons s’étaient éparpillés et le bout de leurs mines s’était touché. Ce contact avait provoqué une telle réaction que dans toute la salle ce fut comme une révélation. Le voile gris qui depuis toujours enveloppait les objets et les gens disparut comme par enchantement.
Une illumination soudaine avait envahi la pièce et toutes les couleurs jusqu’alors invisibles apparurent, plongeant les spectateurs dans une stupéfaction jamais ressentie.
Oubliant la petite fille, tous les gens se mirent à parler en même temps, à toucher leurs habits, les murs de la salle, les objets. Ils se mirent surtout à se regarder dans les yeux, cherchant partout un miroir pour se voir et s’admirer car ils avaient remarqué que les yeux aussi avaient des couleurs différentes. Et comme personne ne connaissait le nom de ces couleurs, chacun voulait voir à quoi ressemblaient ses propres yeux…
Pendant ce temps, la petite fille, qui elle aussi avait retrouvé “ses” couleurs, sortit de la pièce et alla récupérer ses crayons. Elle observa que c’était seulement dans la salle et sur la terrasse où les mines des crayons s’étaient légèrement touchées que le miracle s’était produit.
Tout l’extérieur avait conservé sa grisaille et sa tristesse. Ciel, paysage, arbres, herbe et fleurs, tout baignait encore dans un léger brouillard malgré la présence du soleil.
La petite fille retourna alors dans la salle et demanda à tout le monde de faire le silence et de l’écouter.
Malgré la vive émotion et l’excitation tout à fait compréhensible qui suivit l’extraordinaire phénomène, elle réussit à se faire entendre et demanda qu’on lui apporte un petit couteau, un mortier et un pilon de laboratoire, précisant qu’elle avait une dernière expérience à réaliser.
Elle expliqua que c’était seulement dans la salle et sur la terrasse que les couleurs étaient apparues et qu’il restait encore à les faire revenir partout dans le village et alentour.
Sitôt qu’elle eut le matériel demandé, elle défit toutes les mines de ses crayons, les écrasa dans le mortier, les mélangea en une fine poudre qu’elle récupéra dans un petit récipient. Elle demanda ensuite au maire de rassembler tous les habitants du village sur la grande place de l’église de façon à ce que tout le monde assiste en direct à l’extraordinaire changement qui allait se produire.
Comme nous étions dimanche après-midi et qu’il faisait très beau, tout le monde voulait voir de ses yeux le miracle annoncé par la petite fille, d’autant plus que ceux qui avaient retrouvé leurs couleurs dans la salle les avaient désespérément toutes perdues sitôt qu’ils s’étaient retrouvés à l’extérieur.
Quand tout le monde fut rassemblé, le maire du village demanda qu’on fasse le silence, qu’on observe attentivement les gestes de la petite fille et qu’on garde son calme jusqu’à la fin de l’expérience.
La petite fille, debout sur une table pour être bien vue de toute la foule, prit délicatement le précieux mélange de couleurs formé des mines de ses crayons finement écrasées, ferma les yeux, se concentra de toutes ses forces et lança vers le ciel le contenu du récipient.
La poudre magique s’éparpilla en arc-en-ciel, comme les étoiles multicolores et brillantes de la baguette d’une fée.
D’un seul coup, un véritable arc-en-ciel se déploya dans le ciel devenu subitement bleu et tout le paysage se colora instantanément.
Un grand ohooo s’éleva de la foule, des applaudissements crépitèrent de partout et, comme cela s’était déjà produit dans la salle, tout le monde se mit à parler en même temps, à s’embrasser, à se toucher, à rire, à chanter et à danser.
Cette fois-ci, on n’oublia pas la petite fille et c’est le maire du village en personne qui alla la chercher pour la conduire à la mairie.
Une grande réception fut organisée l’après-midi même de ce beau dimanche, et de nombreux discours furent prononcés. La petite fille, très émue, était à l’honneur et on trinqua à sa santé. Mais dans son cœur, la tristesse n’avait pas totalement disparu car elle n’arrêtait pas de penser à ses parents qui devaient remuer ciel et terre pour la retrouver.
Or, c’est seulement en début de soirée, alors que monsieur le maire, ceint de son élégante écharpe multicolore, annonçait solennellement qu’il allait changer le nom du village, en remplaçant Griseville par Gaïaville, et remettre à la petite fille une baguette de fée d’or pour la remercier de l’extraordinaire miracle qu’elle venait d’accomplir, qu’on apprit qu’un jeune homme et qu’une jeune femme inconnus étaient arrivés dans le village.
Lorsqu’au milieu de la fête, de la musique et des chants, ce jeune homme et cette jeune femme franchirent la grande porte de la mairie et pénétrèrent dans la salle de réception peinte de toutes les couleurs, une haie se forma à leur passage et des applaudissements crépitèrent.
Tout le monde avait compris que c’étaient la maman et le papa de la petite fille qui, après deux jours de recherche, avaient retrouvé sa trace et arrivaient juste à temps pour la voir recevoir des mains de monsieur le maire la récompense méritée.
Tout le monde avait compris aussi que c’étaient eux qui allaient lui passer, comme après l’élection d’une miss, cette magnifique écharpe de soie où était brodée en lettres de toutes les couleurs la splendide inscription :
Et c’est ainsi que se termina la magnifique aventure de la petite fille aux yeux très bleus qui adorait les couleurs et qui passait son temps à dessiner.
Parce qu’elle avait redonné leurs couleurs à l’herbe, au ciel, aux arbres, aux fleurs, aux yeux et au cœur des habitants d’un village lointain, perdu autrefois dans la grisaille, son nom devait rester à jamais inscrit dans toutes les mémoires…
Elle s’appelait tout simplement Gaïaelle.
Fin
Texte Raymond Joyeux Illustration : Chantal Béné
Ce texte sous copyright est la propriété exclusive de l’auteur. Tous droits de reproduction réservés
Un grand merci amical à Chantal Béné pour ses dessins.
Publié le dimanche 10 août 2025 par Raymond Joyeux