L’innovateur Samba nous a quittés

L’étoffe d’un pionnier

rolan-2Le 7 janvier 2017, Roland DÉHER dit Samba, nous quittait à l’âge de 85 ans. Pour son inhumation le lundi 9 de ce même mois, la petite église de Terre-de-Haut était pleine à craquer, obligeant une bonne partie des fidèles et sympathisants à rester debout sur le parvis et aux abords. Ce qui prouve que notre ami était non seulement apprécié dans sa commune mais au-delà. Cela n’a rien d’étonnant car si Roland était bien évidemment très connu chez nous, il l’était aussi en Guadeloupe continentale, où sa réputation de pionnier dans nombre de domaines, et de propriétaire enjoué du restaurant La Paillotte au Marigot, avait depuis longtemps franchi le Canal des Saintes. Digne représentant de cette grande famille saintoise de marins et d’entrepreneurs que sont les Déher à Terre-de-Haut, Roland a été de tout temps un travailleur acharné et devrait à ce titre servir d’exemple et de modèle à certains de nos jeunes trop souvent oisifs et qui voudraient donner par l’action volontaire et déterminée un sens positif à leur vie.

Marin-Pêcheur, responsable de voirie et transporteur

palangr_33m_-1Enrôlé d’abord sur le thonier-palangrier Gouverneur Général Éboué au milieu des années 50, avant d’acquérir aux Saintes son propre bateau de pêche, Roland Déher poursuit une carrière de marin qu’il mène de front dans un premier temps avec une activité de responsable municipal de voirie. Propriétaire de l’une des seules camionnettes circulant à Terre-de-Haut au début des années 60, il obtient en effet le premier marché de voirie communale sous le mandat d’Eugène Samson. Avant cette date, c’est le maire Georges Azincourt qui avait initié timidement ce service de ramassage par canot des ordures ménagères qui étaient malheureusement déversées à la mer entre l’Ilet à Cabris et le Pain de Sucre. Au grand dam de nos amis  de Terre-de-Bas – et on les comprend – qui recevaient régulièrement nos déchets flottants sur leur unique plage fréquentable de Grand’Anse. Avec sa camionnette, Roland résolvait en partie le problème mais en partie seulement, car faute de structure adéquate, les déchets étaient entreposés sur un terrain vague, sans tri ni traitement. Lorsque la commune crée sa propre entreprise de voirie, Roland Déher, jamais à court d’initiative, recycle sa camionnette et devient le premier transporteur de marchandises et de matériaux de la commune.

Fabricant et fournisseur de parpaings et de gravier

mur-parpaing-preview-8145355Dans le même temps, étant encore le premier à faire l’acquisition de moules à parpaings et d’un concasseur à fonctionnement thermique, Roland, profite de l’essor de la construction et des difficultés d’approvisionnement pour se lancer dans la fabrication de parpaings et de gravier par concassage. Il rend ainsi grandement service aux futurs propriétaires et entrepreneurs de maçonnerie à qui il propose  parpaings et matériaux fabriqués sur place, livrés à domicile grâce à sa camionnette Citroën, parfaitement entretenue et aménagée en conséquence. Nombre de maisons saintoises construites à cette époque portent ainsi la marque de fabrique D.R, initiales, vous l’aurez compris, de Déher Roland, l’éternel pionnier toujours à l’affût de nouvelles innovations.

Le restaurateur averti

Enfin, si l’on en croit sa petite fille Maëlys, qui fit un émouvant témoignage aux obsèques de son papy le 9 janvier dernier en y associant sa grand-mère Nadia, au-dessus de toutes les entreprises novatrices évoquées dont Roland Déher fut l’initiateur, figure « l’œuvre de sa vie » qui ne serait autre que « la tenue d’un des premiers restaurants de l’île, où beaucoup de Saintois aimaient à se rassembler pour les grandes occasions. » Ce restaurant, La Paillotte, situé face à la baie du Marigot existe toujours et continue de fonctionner et d’accueillir chaque jour, sous la férule de Corine, une des filles de Roland, de nombreux clients, Saintois et visiteurs, qui n’attendent pas forcément une grande occasion pour aller savourer un ti-punch maison et déguster le fameux court-bouillon saintois que tous les Guadeloupéens nous envient et qui devrait figurer au patrimoine gastronomique de notre archipel.

À la Paillotte, Roland Roland et la fameuse dorade coryphène, base du court-bouillon senti.

À la Paillotte, Roland exhibant la fameuse dorade coryphène, base du court-bouillon saintois.

Une renommée au-delà de nos eaux

archipel_inacheve_l25-1Dans un célèbre ouvrage intitulé l‘archipel inachevé, publié sous la direction de Jean Benoist en 1972, aux Editions de l’Université de Montréal, le sociologue québécois Jean Archambault, sous le titre : De la voile au moteur. Technologie et changement social aux Saintes, écrit :
«  C’est un jeune marin de vingt-trois ans qui le premier acheta un moteur hors-bord. Son jeune âge, et plus encore sa personnalité, sont à l’origine de ce geste. Il est ce qu’on pourrait appeler un innovateur-né. En plus d’introduire le premier moteur à Terre-de-Haut, il est le seul marin de l’île à avoir travaillé sur un chalutier expérimental. Bientôt, il quitte la pêche et s’intéresse aux travaux de voirie. Voyant qu’à la suite du relèvement du niveau de vie on commence à construire en dur, il se lance dans la fabrication de parpaings de ciment, puis introduit un concasseur dans l’île et s’établit fabricant de gravier. Il est maintenant – nous sommes en 1972 – le seul habitant de l’île à posséder deux voitures avec lesquelles il fait du transport. »

Vous l’aurez compris, Jean Archambault parle de Roland Déher. En plus du témoignage de sa petite fille le jour de ses obsèques, (« ta bonne humeur perpétuelle, tes danses virevoltantes qui t’ont valu le surnom de SAMBA, tes petits blafs du matin, tes petits punchs préparés avec amour pour tes amis à La Paillotte »...) quel plus bel hommage rendre à ce Saintois « innovateur-né » que d’inscrire pour la postérité son nom et son œuvre dans un ouvrage qui fera date dans l’histoire et l’évolution de notre île ! Comme il est dit plus haut, souhaitons que ces mots ne soient pas pour nous seulement le témoignage d’une vie passée bien remplie, mais un exemple vivant à suivre, pour nos jeunes et moins jeunes… Pour peu qu’ils aient, comme l’a dit si bien Maëlys de son grand-père Samba, « le respect des autres, l’endurance au travail, l’amour de la nature, » en un mot, l’âme et l’étoffe d’un pionnier.

Texte : Raymond JOYEUX
Mes remerciements à ses enfants pour les photos de Roland et à sa petite fille Maëlys pour le beau texte de son témoignage.

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3 commentaires pour L’innovateur Samba nous a quittés

  1. yves.espiand@sfr.fr dit :

    Que de souvenirs ce cher Rolland , comme les 3 autres frères mais lus communicatif; nous avons assisté  à l’ouverture de la Paillote et eu le bonheur quelques années plus tard d’être servi par une de ses fills que j’ai mise au monde.Mon bon souvenir à sa famille et tuojours ms amitiés pour toi YVES r ​t té‌

  2. Christine Foy dit :

    Paix à ton âme monsieur Roland comme je t’es toujours estimer .

  3. Foy Dina dit :

    Je viens d’apprendre que Rolland nous a quitté du fait de ton hommage très juste, c’est encore un grand personnage qui nous quitte,
    une vie si riche qui s’inscrit dans l’histoire du passé de notre ile bien aimée !!
    Je présente à sa femme Nadia et à ses 4 enfants mes sincères condoléances et toute mon affection ..
    C’est tout un pan de notre jeunesse insouciante qui s’en va avec lui ..
    Bon voyage Rolland, j’espère que tu te retrouve avec tous ceux qui ont travaillé pour le bien de tous ..
    Paix à ton âme

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