Ue autorisation de monter à bord de la Jeanne d’arc datant de 1937

Un document inestimable

Irénée Azincourt  dit Néné

À l’époque très lointaine où les navires de la Marine nationale fréquentaient régulièrement la baie des Saintes, certains habitants étaient autorisés à monter à bord pour vendre leurs produits ou proposer leurs services à l’équipage, comme récupérer le linge sale pour le laver et le repasser à domicile. Le document exceptionnel que nous présentons aujourd’hui est une autorisation de monter à bord délivrée au nom du Commandant de la Jeanne d’Arc, le Capitaine de Vaisseau Latham. Elle date de janvier 1937 et a été accordée à monsieur Irénée Azincourt, plus connu aux Saintes sous le diminutif de Néné. Autorisation délivrée « pour vendre des fruits et des curios », ce dernier mot d’origine anglaise, aujourd’hui tombé en désuétude, signifiant objets divers, bibelots. C’est notre ami Claude Déher, époux de la petite-fille de M. Irénée Azincourt qui, avec la photo ci-contre, nous a aimablement communiqué ce précieux document et que nous remercions vivement pour nous avoir permis de le rendre public… sachant que sa publication ne manquera pas d’intéresser nos compatriotes saintois toujours très sensibles à tout ce qui touche aux faits et à l’histoire maritimes de leur archipel.

Autorisation vente sur la Jeanne d'Arc - copie

Le Commandant Latham

Le Capitaine de Vaisseau au nom duquel cette autorisation a été accordée, et qui a commandé la Jeanne d’Arc de 1935 à 1937, se nommait Pierre Latham. Promu à la tête de l’aéronautique navale française en 1940, il a fini sa carrière comme contre-amiral, grade auquel il accéda en 1941. Il mourut en 1974 à l’âge de 88 ans, ayant été l’un des 20 Capitaines de Vaisseau qui commandèrent la Jeanne d’Arc de 1930 à 1964.

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La Jeanne d’arc en 1937

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C’est ce bâtiment présenté ici que les plus anciens d’entre nous ont connu et qui chaque année faisait une longue escale aux Saintes lors de son tour du monde. Voir notre chronique du 30 avril 2014 : https://raymondjoyeux.com/2014/04/30/quand-la-jeanne-darc-mouillait-aux-saintes/.

La Jeanne d’Arc sous pavois du temps de sa gloire

Lancé le 14 février 1930 après deux ans de construction aux chantiers de Saint-Nazaire et propulsé par des moteurs de 35 200 cv, le croiseur Jeanne d’Arc pouvait atteindre 27 nœuds à pleine vitesse. Il était long de 170 m et large de 17,70 m. Conçu pour être à la fois navire-école et navire de guerre, il était équipé de 8 canons de 155 mm en tourelles doubles, de 4 canons de 75 mm, de 10 canons de 40 mm et de 20 de 20 mm. Il eut un rôle très actif pendant la seconde Guerre mondiale. En août 1940, accompagné du croiseur Émile Bertin, il escorta le transfert de l’or de la Banque de France vers le Canada avant de rejoindre en Atlantique le porte-avions Bearn, puis les Antilles françaises. Immobilisé à Pointe-à-Pitre jusqu’en 1943, il rejoignit l’armée de la Libération et participa au débarquement en Provence. Après la guerre, il reprit du service comme navire-école et a compté à son actif pas moins de 27 croisières autour du monde. Retiré du service en 1964, il sera désarmé et remorqué de Brest à Toulon en janvier 1965 pour déconstruction. Sitôt achevé son désarmement, il sera remplacé par le porte-hélicoptères La Résolue qui fut baptisé peu après Jeanne d’Arc (la 3ème du nom de la Marine française), reprenant à son tour le rôle de navire-école pour officiers mariniers en formation.

Désarmée, la Jeanne d’Arc est remorquée à Toulon pour être déconstruite

De nos jours beaucoup de Saintois regrettent encore le temps où les navires de guerre français faisaient traditionnellement escale dans leur rade. C’était une période bénie pour tous où officiers en tenue et marins à pompon rouge fréquentaient bars et restaurants et déambulaient joyeusement dans les rues privées de l’afflux des touristes et des encombrements que nous connaissons aujourd’hui. Archipel à vocation essentiellement maritime, les Saintes ont ainsi perdu une tradition que sans doute elles ne retrouveront plus. Ainsi va le monde : un mode de vie chasse le précédent et ce changement inévitable génère de nouvelles traditions dont le charme aux yeux de beaucoup n’est pas toujours au rendez-vous.

La Jeanne aux Saintes – Collection Catan – Années 1950-60

Sources : photos et informations sur la Jeanne d’Arc : Archives de la Marine nationale.
Remerciements à Claude Déher pour la photo d’Irénée Azincourt et l’autorisation de monter à bord.
Raymond Joyeux

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4 commentaires pour Ue autorisation de monter à bord de la Jeanne d’arc datant de 1937

  1. yves.espiand@sfr.fr dit :

    C‌omme je l’ai décrit dans mon bouquin j’y suis monté une fois , mais quelle ambiance surout gastronoimique avec des nourritures liquide et solides hors- normes excellent souvenir bisous

  2. Liliane CORBIN dit :

    Vive l’Histoire ! Merci Raymond de nous raconter régulièrement celle des Saintes.

  3. raymondjoyeux dit :

    À propos du séjour de la Jeanne d’Arc à Pointe-à-Pitre pendant la guerre, de 1940 à 1943, il convient de préciser que le croiseur, immobilisé à quai, avait pour rôle de maintenir l’ordre en Guadeloupe. Quel ordre ? Celui évidemment de Vichy que devait garantir le gouverneur Constant Sorin.
    Beaucoup de jeunes de la Colonie, qui ne deviendra Département qu’en 1946, manifestaient leur soutien à De Gaulle et souhaitaient partir à la dissidence afin de rejoindre aux États-Unis, via la Dominique, le bataillon français en formation. Ces manifestations furent sévèrement réprimées par les marins de la Jeanne d’Arc sous l’autorité du Commandant Rouyer, laissant ainsi un souvenir amer chez beaucoup de Guadeloupéens.
    Cependant, de son côté, dans son livre La Guadeloupe an tan Sorin, Éliane Sempaire, citant Raphaël Bogat, précise : « Il y a sur la Jeanne d’Arc des marins et officiers résistants, ainsi que de nombreuses désertions et des actes d’indiscipline. Au début du mois de mai 1943, les autorités du croiseur ne parviennent à maîtriser une mutinerie qu’en encourageant le départ en Dominique anglaise de 120 marins dont 4 officiers. »
    On sait par ailleurs que c’est en passant par les Saintes que la plupart des dissidents rejoignaient la Dominique et que par la suite, la Jeanne d’Arc ira renforcer les forces de la France Libre en Méditerranée… après avoir servi en Guadeloupe sous les ordres de Pétain. Il est vrai qu’entre temps elle avait changé de Commandant.

  4. Dolly dit :

    Merci Raymond pour cette page d’histoire, d’excellent souvenir avec la Jeanne d’Arc

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