Terre-de-Haut : le cimetière naufragé

Je propose à votre méditation cette chronique d’Alain JOYEUX publiée sur sa page Facebook et reproduite ici avec l’autorisation de l’auteur.

 Une réalité préoccupante pour une population : un cimetière en friche….

13139118_515316631988036_6827036452674727096_nCette attention fleurie en couronnement d’un morceau cassé et profané d’une vierge sur un tas de détritus est pourtant touchante. Elle montre qu’il reste sans doute un peu de foi, de charité et d’espérance chez quelques un(e)s malgré l’asphyxie de tous ces objets superflus qui encombrent nos vies (et nos morts), qui nous submergent jusqu’à la nausée et dont nous ne savons que faire.

Le cimetière, lieu de souvenirs individuels et de mémoire collective, lieu public de recueillement pour chaque membre de la communauté, lieu sacré qui devrait être l’objet d’une attention constante et d’un entretien impeccable, propre à générer un sentiment de sérénité, malgré (et justement) la gravité du face à face avec le mystère de l’existence, quelles que soit les croyances ou les confessions, le cimetière et sa tenue montre ainsi un reflet des vivants et de leur époque.

christ

Pour les historiens et archéologues, les rites, pratiques et monuments funéraires sont, pour chaque culture ou civilisation, les meilleurs témoins de leur spécificité et d’une certaine « qualité de vie ».

Le Cimetière de Terre-de-Haut, jadis célèbre pour ses tombes ornées de conques de lambis, fut empreint pendant longtemps de simplicité et de poésie marine. Cette image est cependant devenue une icône révolue pourtant encore vantée dans les guides touristiques (dont témoignent encore quelques tombes vestiges, « palais d’anolis » ).

herbe tombe

Il est aujourd’hui devenu un lotissement aux concessions accordées – ou pas – à tête du client (il faut être du bon côté de l’urne pour en obtenir une rapidement !), bâti de mausolées à l’architecture cubique, aux carrelages de salle de bain, orné de fleurs de plastique. Ce choix esthétique serait-il une image fidèle de l’époque que nous traversons ?

cubes cimetière

Jusqu’à peu, ce lieu sacré restait en tout temps bien entretenu et pimpant, « propre » au recueillement. Que signifient alors ce délabrement actuel, ces poubelles débordantes et ces murs écroulés, ces bancs défoncés, ces tas d’immondices, ce jardin d’éternité laissé en friche, ces chantiers ni finis, ni nettoyés ?… Serait-il simplement à l’image de ce que vit actuellement cette communauté ?

Cette dernière se serait-elle toute entière orientée à courir sans répit vers le profit à court terme, construisant à la hâte des maisons tape à l’œil, coulées dans le béton et sans souci de finition à l’image de ses tombeaux ?

Où sont passées les belles maisons saintoises pimpantes et riantes de couleurs, fleuries et accueillantes ?… Il y a en a encore une ici ou là ! Remercions ces résistants de la vie belle ! Ce souci de la beauté encore préservée par quelques un(e)s est un véritable acte de charité et de générosité pour notre humanité blessée.

maison fleurie 2

maison fleurie

 

 

 

L’on peut se désoler de voir laissé ce cimetière au naufrage de son époque, abandonné, mais peut-il en être autrement lorsque l’on regarde les vivants ?

Qu’ avons nous abandonné de si important ?

Encore heureux que, parmi les vivants, quelques « bien-veillants » discrets aillent encore porter dans ce jardin de mémoires, notre cimetière communal, quelques fleurs vivantes en couronnement d’une divinité sacrifiée…

Ernesto Che Guevara a dit : « En terre opprimée, même les morts ne trouvent pas le repos »… De quelle oppression s’agit-il ici ?

Citer quelques vers empruntés à Raymond Joyeux est ici à propos pour terminer cette chronique :

CIMETIÈRE

Là tes fils sont couchés
On dirait qu’une lame
Immense depuis l’Est
Les a tous alignés
On dirait qu’une étrange
Et pâle solitude
Du profond de la mer
Les a tous enivrés

Comme un blême linceul
Le sable les recouvre
Et l’ombre de leur croix
À jamais dessinée
S’ouvre éternellement
Impuissante et sublime
Et c’est pour chaque tombe
Un mât déguenilléIMG_4255 (1) - copie

Et les fleurs par instant
Rappellent encor au vent
Que leurs tiges brûlées
Que leurs pétales en deuil
Ont un jour parfumé
Au retour de la pêche
leurs cheveux aujourd’hui
À la terre mêlés.

Là tes fils sont couchés
Et leurs belles joyeuses
Au bras d’un fiancé
Ne vont plus le dimanche
Sur leur bouche fanée
Recueillir un baiser.

Elles ne pleurent plus
Comme à l’enterrement

Tombe ancienne d'enfant au cimetière de Terre-de-Haut : lieu de mémoire collective.

Pierre tombale ancienne au cimetière de Terre-de-Haut : lieu de souvenirs individuels et de  mémoire collective.

Pour mémoire : ce texte d’Alain JOYEUX et le poème cité ont été publiés sur son Facebook le 9 mai 2016. Les photos sont de l’auteur.

Publié dans Actualités saintoises | 8 commentaires

Pentecôte 2016, les Saintois privés de Fête de la pêche

Au départ une Association reconnue par tous

Panneau pêcheLes communes insulaires de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas sont par définition les localités les plus maritimes de toute la Guadeloupe, et ce, de par leurs dimensions réduites, davantage que les autres îles de notre archipel : Marie-Galante, Saint-Barthelemy ou Saint-Martin. Seule la Désirade de même configuration géographique pourrait rivaliser avec elles en ce domaine. Mais les Désiradiens sont plus imprégnés de ruralité que des métiers de la mer. Or qui dit mer de toutes parts, dit forcément marins et par obligation de survie, marins-pêcheurs. C’est donc logiquement aux Saintes qu’on trouve le plus grand nombre d’inscrits maritimes du département, en tout cas de professionnels de la mer. Et tout aussi logiquement, ces derniers, au cours des ans, n’ont eu de cesse, pour s’entraider et défendre leurs intérêts communs, que de se regrouper en syndicats ou associations.

Livret de 1934 ayant appartenu à P.E. Joyeux

Livret syndical de 1934 ayant appartenu à Paul-É Joyeux

Un dossier sur le sujet a été réalisé ici-même au mois de février 2015 que vous pouvez retrouver sur le lien : Un document historique exceptionnel : le manuscrit du premier syndicat saintois. Dans la lignée de ce premier syndicat, datant de 1905, puis de celui de 1934, baptisé L’Union fraternelle, les marins-pêcheurs actuels des deux îles ont créé en 2002, à l’initiative de Georges PINEAU, l’Association des Marins-Pêcheurs Saintois (AMPS), regroupant les adhérents des deux communes, sans discrimination ni exclusion. Depuis sa création, sans discontinuer jusqu’en 2015, cette association, reconnue par tous à ses débuts et fonctionnant à merveille sans accro depuis 14 ans, nous gratifiait chaque année, sur trois jours à la Pentecôte, d’une Fête de la Pêche et des Pêcheurs, seule manifestation locale mettant en valeur l’activité traditionnelle par excellence de nos deux communautés, attirant par un riche programme culturel, musical, gastronomique et festif, (concours de pêche, conférences, bal public, repas convivial aux poissons et fruits de mer, jeux divers, tombola…) un public toujours plus nombreux venu non seulement des Saintes, mais de toute la Guadeloupe et au-delà.

Fête de la pêche 2015 à Terre-de-Bas

Fête de la pêche 2015 à Terre-de-Bas – Photo Raymond Joyeux

Quand la politique mal comprise s’en mêle

Or il se trouve qu’après les élections municipales de 2008, un différend entre le Président de l’AMPS et le maire de Terre-de-Haut, incite ce dernier à couper les vivres à l’association existante, et, sonnant le rappel de ses partisans pêcheurs, à créer, dit-on,  « sa » propre association, celle des marins-pêcheurs de Terre-de-Haut, (l’AMPTH). Association regroupant, comme l’indique son appellation, les seuls professionnels volontaires de cette commune à l’exclusion de ceux de Terre-de-Bas. Dès lors, issues d’une division artificielle, deux associations de marins-pêcheurs vont coexister aux Saintes, organisant chacune séparément en deux lieux différents, mais aux mêmes dates, – chaque année à la Pentecôte – leur Fête de la Pêche. Situation absurde que n’ont pas manqué de relever nombre d’observateurs. La logique n’a pas tardé cependant à reprendre ses droits puisque depuis deux ans (2014 et 2015) l’AMPTH, décapitée et inexistante, n’assure plus de manifestation, en dépit du soutien financier et logistique de la commune de Terre-de-Haut et autres instances officielles, alors que l’AMPS, avec Georges PINEAU et son équipe, a continué vaille que vaille sur sa lancée, jusqu’en 2015, soutenue uniquement par ses adhérents, la commune de Terre-de-Bas, les sponsors, les nombreux bénévoles n’hésitant pas à mettre la main à la pâte, et, bien entendu, la Région Guadeloupe… jusqu’aux dernières élections territoriales !

2016 : année noire pour l’Association de Georges PINEAU

Georges PINEAU Président de l'AMPS

G.Pineau, président de l’AMPS

Malheureusement, le « nerf de la guerre » faisant défaut, Georges PINEAU, interrogé par nos soins, a confirmé la suspension pour cette année 2016 de la Fête de la Pêche que son Association avait jusqu’ici organisée contre vents et marées depuis 2002, avec l’indéniable succès que l’on sait. Les raisons de cette annulation, (provisoire a-t-il insisté), sont nombreuses mais la première d’entre elles est la suppression par la Région Guadeloupe de la subvention octroyée chaque année en vue de cette manifestation (demande faite précise Georges Pineau, en février dernier). À ce manque d’appui financier incompréhensible et inopiné s’ajoute le non renouvellement des cadres, quelque peu découragés par l’absence de relève au sein de l’Association. Et surtout par le refus d’implication manifeste de la commune de Terre-de-Haut ajouté aux choix régionaux de privilégier au détriment de la Manifestation annuelle de la Pêche aux Saintes, la Fête du Cabri à la Désirade, la Fête du Crabe à Morne-à-l’eau, la Fête de la MusiqueTerre-de-Blues, à Marie-Galante. Autant et Entre autres manifestations traditionnelles dont personne ne conteste ici ni l’importance culturelle et festive, ni la nécessaire légitimité.

public 3Néanmoins, par décision délibérée du Conseil Régional, assemblée au sein de laquelle le maire de Terre-de-Haut, nouvellement élu, est paradoxalement responsable du tourisme, les Saintois seront privés cette année de cette belle manifestation qu’était la Fête de la Pêche. Manifestation attendue de toute la Guadeloupe et devenue au fil des ans non seulement un attrait touristique indéniable  mais aussi et surtout un des rares événements communautaires d’amitié et de joyeuse convivialité pour nos compatriotes et leurs nombreux amis visiteurs. Un espoir cependant : Georges Pineau indique que son Association, l’AMPS, n’est qu’en stand-by, et que selon lui, 2017 verra le retour aux Saintes de la traditionnelle Fête de la Pêche, au même titre, précise-t-il, que Terre de Blues à Marie-Galante et les autres manifestations traditionnelles guadeloupéennes. À cette bonne nouvelle relative, il convient d’ajouter le retour en baie de Terre-de-Haut de l’étoile de mer, merveille naturelle qui avait pratiquement disparu de nos eaux depuis quelques années, preuve d’une meilleure qualité du milieu. Une belle raison de nous consoler de la disparition (provisoire, espérons-le) de notre traditionnelle fête de la pêche.

Le retour de la merveille. Ph. Raymond Joyeux - Mai 2016

Le retour de la merveille. Photo R. Joyeux – Mai 2016

Publié dans Actualités saintoises | 8 commentaires

Florilège de poésie haïtienne

anthologie-de-poesie (1)Alors que le mois d’avril a généré 4168 visites et que vous avez été 603 à ce jour à vous rendre sur le dernier article de Félix Foy, je profite de la sortie d’une anthologie de la poésie haïtienne contemporaine présentée par James Noël (Collection Points P4217 – novembre 2015) pour vous proposer quelques-uns des textes de ce beau recueil. Cette anthologie a pris le parti de ne s’intéresser qu’aux poètes vivants de ce pays Haïti, terreau fertile d’artistes en tout genre aussi bien en littérature (poésie et roman), qu’en peinture et musique. Voici un extrait de ce qu’écrit James Noël dans sa préface :  » À l’heure où la planète cherche à tout prix sa fiction, dans un contexte de changement et de tremblement, il ne serait pas exagéré de se demander si Haïti ne se trouve pas à l’épicentre d’une poétique nouvelle du monde. Soixante-treize poètes présentés dans cette anthologie de poésie haïtienne contemporaine. Un brassage de tempéraments passionnants qui rassemble quatre générations ouvertes et poreuses aux grands flux de l’Histoire, de l’amour, du pays, du jeu, de la colère, du monde, du sexe, de la mer, de la joie… »

René DEPESTRE

Souvenirs d’enfance

depestre_gysselsQuand il était adolescent
il vivait dans une ville
qui était une légende
au bord de la mer caraïbe.
Si on voulait on pouvait
se changer en n’importe quoi,
on pouvait être un arbre
qui marche et boit du rhum,
un bœuf qui joue de l’orgue
le dimanche à l’église,
un lion qui rend cocus
tous les notaires de la ville.
Lui, un soir de son adolescence
il était devenu un cheval de course,
il traversait au galop Jacmel
il hennissait et invitait les gens
à venir gambader avec lui dans la rue.
Mais portes et fenêtres étaient fermées.

Soudain une jeune fille est sortie
d’une maison de la place d’Armes :
c’était l’un des trésors de la ville,
elle était en chemise de nuit

Aquarelle d'Alain Joyeux

Aquarelle d’Alain Joyeux

et sourit à l’adolescent-cheval.
Quand il arriva près d’elle
la jeune fille quitta sa chemise
et sauta sur son dos : il galopa
galopa sans fin dans la nuit
en faisant plusieurs fois le tour de Jamel.
Il sentait Hadriana toute nue sur son dos
comme  le ciel nocturne sent les étoffes
ou comme la terre sent l’herbe du matin
il sentait sa saveur de jeune fille.

Il galopa galopa dans la nuit
avec l’étoile de Jamel sur son dos,
avec la joie  de la ville et toute la douleur
de la ville sur son dos…
Avec ses peurs et
ses haines sur son dos,
il galopa galopa dans la nuit
avec les baisers
et tous les rêves de Jamel sur son dos.

Au petit matin il allèrent à la mer
où ils se rafraîchirent longuement
ensuite ils allèrent à la rivière
pour se quitter le sel du corps.
Plus tard il la déposa chez elle
sous les arbres éberlués de la place.
Quand il reprit sa forme de garçon
il avait les flancs ensanglantés,
il avait d’atroces douleurs aux épaules,
il avait très mal au cuir chevelu,
il resta deux semaines au lit
à regarder s’éloigner son adolescence
avec la plus belle fille de sa vie !

Jean ARMOCE DUGÉ

Le soleil est trop seul

Il y a
la mer à consoler
les grains de sable à comptabiliserduge2
l’avenir à apprivoiser

Il y a
les sources à recréer
les rivières à ressusciter
les enfants à qui demander pardon
la vérité à leur apprendre
les souffrances à dissiper
les hommes à réconcilier
les richesses à rendre utiles
le bonheur à propager
la paix à construire
l’amour à réhabiliter
la mort à mettre à pied

il y a l’île et la vie à rendre belles.

André FOUAD

Quand la poésie m’emporte

Quand la poésie m’emporte
le soleil se jette dans les bras de la mer
étend ses draps sur les toits de la ville

pweziQuand la poésie m’emporte
je pense à toi
je pense à toi
je pense à toi mon amour
ce soir
plus fort que jamais

quand la poésie m’emporte
je parle et déparle
parle et déparle

quand la poésie m’emporte
je monte et descends
remonte et redescends

Acrylique d'Alain Joyeux

Acrylique d’Alain Joyeux

quand la poésie m’emporte
je ne sais plus où me mettre
m’asseoir ou me lever
me lever ou m’asseoir

je ne sais pas
je ne sais plus

Quand la poésie m’emporte
je n’ai plus peur
des monstres du mardi gras
toutes les pluies se lèvent et saluent mon passage

quand la poésie m’emporte
je perds mes boussoles
le nord et le sud se confondent
l’est et l’ouest se rejoignent

quand la poésie m’emporte
toutes les fleurs se font femmes
femme bûcheuses de vie
quand la poésie m’emporte
toutes les fleurs se font belles
belles femmes de mon pays…

Kerline DEVISE

slam-deviseMa nudité

Ma nudité
On me dit qu’on la voit parfois assise
Au pied d’un arbre fredonnant un air étrange
On me dit qu’on la voit parfois assise
Au pied d’un arbre portant une grande fissure
D’où coule un marécage de serpents et de cris
Elle ne reconnaît plus les maisons et les villes

Acrylique d'Alain Joyeux

Acrylique d’Alain Joyeux

Ne se souvient ni de noms ni d’adresses
Elle coule
Elle s’en va sans retour vers cette porte toujours ouverte
Cette porte qui, elle aussi, ne fait que couler
Elle coule
Elle s’en va sans retour vers ces fleurs cueillies pour toi
Ces fleurs poussées sur ma langue
Ma nudité
Mes yeux
On me dit qu’on les voit éternellement
Sur la route qui mène à ton amour

Gary KLANG

Ex-îleGary-Klang-portrait-575x431

Me manquent
Les bruits du soir et les senteurs
Le coq qui chante à la mi-nuit
Les chiens en rut sous la fenêtre

Me hantent
Le bruit sourd
Du tambour
Au creux du soir

Et cet homme
Qui fait rire les petits
En portant sur sa tête un amas de bouteilles

Il y avait aussi
Tous ces bruits des tropiques
Les lucioles ou que sais-je
Aux cris ponctuant la nuit
Comme en un concert d’ombres

Acrylique d'Alain Joyeux

Acrylique d’Alain Joyeux

Il y avait

Mais faudra-t-il que j’énumère
Tout ce qu’il y avait
C’était à n’y pas croire

C’était
L’âme de l’île
Qui vit et bouge
Avec
L’odeur pour moi unique
D’ilang-ilang

Il y avait des soirs et des matins de rêve
Il y avait il y avait il y avait

Mais il n’y a plus
Que le souvenir

James NOËL

Un jour les muses poseront nuesUnknown
pour les poètes

Un jour la poésie sortira du marché de la poésie
la poésie sortira de sa tanière
et prendra la route toute seule
comme une grande
ce sera un jour de fresque
un jour peint
sans chevalet
avec des nuances hautes en couleur

ce jour se boira clair comme une source
se mangera par grappes
mûres de fruits
de beaux fruits qui exploseront de rire
dans le jus de la bouche

l’horizon se donne couché
en toute déraison devant la phrase

un jour viendra
où les muses poseront nues pour les poètes

Alain

Acrylique d’Alain Joyeux – d’après Joung Tree de Giovanni Maki

Choix de textes : Raymond Joyeux
Un grand merci à Alain Joyeux pour sa contribution iconographique.

Si vous êtes passionnés de poésie, pour plus d’informations sur les auteurs choisis et sur les autres poètes et leurs textes présentés dans l’anthologie de James NOËL, je ne saurais trop vous conseiller de faire l’acquisition de cet ouvrage, présent dans toutes les librairies et paru dans la collection Poésie Points. N° P4217
Concernant Alain JOYEUX vous pouvez consulter son site en cliquant sur :
http://alainjoyeux.blogspot.fr

Publié dans Littérature | 7 commentaires

La guerre aux Saintes : une page d’histoire

FEFEDécédé en août 2015 à l’âge de 81 ans, notre ami Félix FOY nous a laissé de précieux et émouvants témoignages sur l’histoire de notre commune, Terre-de-Haut. Passionnément amoureux de son île natale à laquelle il était indéfectiblement attaché, il s’est souvenu de l’époque où, écolier, il avait vécu des épisodes de la seconde guerre mondiale qu’il a rapportés dans des récits parus dans le journal L’IGUANE, entre 1990 et 1994. C’est l’un de ces nombreux récits que je vous propose aujourd’hui pour compléter la série de ses articles déjà publiés ici-même sur la période de la guerre et de l’après-guerre, telle qu’elle était vécue aux Saintes dans les années 1940-47. Je vous laisse apprécier, outre la prodigieuse mémoire de l’auteur, son style attachant et précis, non dénué de pittoresque et d’une pointe d’humour, caractéristique du personnage qui, de son vivant, était particulièrement apprécié de ses proches, de ses amis et pour tout dire de l’ensemble de la communauté saintoise qui gardera de lui l’image d’un sage érudit, attentif et bienveillant.

Vent d’noroît et courant d’bas

Le réveil est précipité et tout le monde se dirige vers la mer. En ce samedi matin, la tempête fait rage, le ciel est bas, la Chameau fume sa pipe, les nuages s’y accrochent annonçant la pluie, la Bombarde gronde et la Passe de la Baleine est bouclée.

Par temps de pluie, on dit aux Saintes que Le Chameau fume sa pipe.

Par temps de pluie, on dit aux Saintes que « Le Chameau fume sa pipe ». Ph. R. Joyeux

C’est jour de marché à Trois-Rivières, mais les anciens disent que c’est risqué de prendre la mer aujourd’hui. Nous irons la semaine prochaine et devrons nous serrer la ceinture.  Il faut dire que de Trois-Rivières nous ramenons des bananes, des fruits à pain, racines et autres légumes : cela complète bien ce que nous recevons des États-Unis.

Savez-vous qu’à Terre-de-Haut nous ne mangions les bananes que lorsqu’elles étaient mûres ?  Mais avec la guerre, les Saintois apprennent à les consommer vertes, en légume : les « poyos » que nous appelions encore les « petits sorins », les « vermicelles à grandes feuilles » ou les « petits bandits ».

Les « boats » de Sainte-Marie, de Bananier et de Saint-Sauveur (1) nous arrivent avec leur chargement de vivres et repartent avec du poisson et des lambis, (souvenez-vous de Mme ORVILLE). Les barges de Marie-Galante nous approvisionnent en charbon de bois, farine de manioc, pois de bois ou pois d’Angole, gros sirop ou sirop de batterie. La nourriture n’est peut-être pas à notre goût mais la quantité est suffisante. Notre goûter après l’école, des restes du midi : poyos, fruit à pain, racines (igname, madère, malanga...) ou encore farine de manioc et sucre, farine et gros sirop, farine et banane. Essayez, ce n’est pas mauvais !
(1)  : Sainte-Marie, Bananier et Saint-Sauveur sont trois localités agricoles de la côte Sud-Est de la Guadeloupe dépendant de la commune de Capesterre-Belle-Eau.

Arrivée de passagers et de ravitaillement aux Saintes pendant la guerre

Arrivée de passagers et de ravitaillement aux Saintes pendant la guerre

Des Allemands internés au Fort Napoléon

Le Fort Napoléon et sa prison au premier plan

Le Fort Napoléon et sa prison au premier plan

L’heure avance et nous ne cessons de regarder la mer déchaînée ; puis chacun retourne à ses occupations.
– Où cours-tu, Gérard ? (Mon ami Gérard PROCIDA).
– Je vais au Fort Napoléon chercher STEINHAUSER pour qu’il répare notre pendule.
– Attends-moi, je viens avec toi. La machine à coudre de ma mère fonctionne mal. Peut-être que WILLENDORF pourra s’en occuper.
Qui sont ces personnes ? Des Allemands internés au Fort. Ils sont libres de circuler le jour et ainsi effectuent au village quelques menus travaux de mécanique. Ils restent sous la responsabilité des familles qui les emploient et retrouvent leur prison le soir venu. La population ne nourrit aucun grief à l’égard de ces hommes qui sont très gentils…

Roger Collomb : un bienfaiteur guadeloupéen ami des Saintes

Où Courrez-vous ainsi mesdames ? – Nous rentrons à la maison car M. COLLOMB est arrivé et nous aurons de la visite. Qui est ce monsieur ? Vous connaissez au moins son petit-fils, notre ami Roger, un amoureux des Saintes. Il tient cela certainement de son grand-père et porte comme lui le même prénom. Un homme bâti comme un roc, à l’allure « far west », énergique, actif, un rude gaillard et grand navigateur. Il fait l’acquisition de la barge « Sorin » et la rebaptise GÉE. Avec ce bateau il parcourt la Caraïbe et nous ramène des produits manufacturés et des vivres : vêtements, matériel de pêche, vaisselle et, bien sûr, alcool et tabac, chocolat et autres friandises…

Une aubaine venue du large

Décidément, tout le monde court aujourd’hui. Qu’y a-t-il ? Il se passe quelque chose à Grande-Anse. Un container, (nous disions radeau) vient d’échouer. C’est la ruée. Notre engin est vite éventré et son contenu emporté : rations de guerre, cigarettes, conserves, légumes secs.. C’est la joie dans la population. Grande-Anse est le lieu d’autres échouages : blocs de crêpe, blocs de paraffine, fûts d’huile-moteur, fûts de pétrole et nombreux autres objets provenant de navires coulés, sans parler des habituelles noix de coco de la Dominique.

Grand'anse - copie

Des hydravions en patrouille

Un énorme vrombissement déchire le ciel et nous courons encore. Nous n’en croyons pas nos oreilles et nos yeux ; la peur s’empare de nous, puis l’étonnement et enfin c’est la joie, la fête. Jamais vu pareil spectacle ! Les enfants intenables nagent déjà à la rencontre de trois hydravions qui viennent d’amerrir dans notre rade. Ils s’amarrent à des bouées mouillées à moins d’une encablure de la plage. C’est l’escadrille commandée par le lieutenant AGÉRIE qui nous vient du porte-avions BÉARN ancré en baie de Fort-de-France. Comme le croiseur JEANNE D’ARC en Guadeloupe, le BÉARN en Martinique est le garant des lois et ordres établis par Vichy. Les esprits se calment et la question se pose : Que viennent-ils faire ? Nous protéger contre un éventuel envahisseur ou occuper l’espace aérien pour mieux traquer nos dissidents ?

Hydravion en rade des Saintes pendant la guerre

Hydravion en rade des Saintes pendant la guerre

Tant pis ! Car vaille que vaille
Au cœur de la bataille
Par vent d’nordet ou vent d’suroît
Vent d’Est ou vent d’En bas
De Terre-de-Haut ou Terre-de-Bas
Tiennent bon tous les Saintois.

Félix FOY
1934-2015

Porte-avion le BÉARN à Terre-de-Haut

Porte-avions le BÉARN à Terre-de-Haut à l’époque du récit

Publié dans Histoire locale | 7 commentaires

Enseignement : La Maîtrise de Massabielle, premier lycée de France

sigleLe journal Le Parisien, en fonction des paramètres fournis par le Ministère de l’Éducation Nationale, classe en première position – sur le plan de la qualité de l’enseignement et de la réussite des élèves – le lycée général et technologique de Massabielle de Pointe-à-Pitre. Cet établissement d’enseignement privé de la Guadeloupe est régulièrement cité chaque année comme l’un des meilleurs  lycées de France hexagonale et d’Outre-Mer de même catégorie, privés et publics confondus. La Maîtrise de Massabielle (lycée et collège) est un établissement d’obédience catholique, lié par contrat d’association au service public de l’Éducation Nationale. Selon l’introduction de son projet éducatif, il se veut être « un lieu de formation globale de l’individu, favorisant l’épanouissement complet et harmonieux de toutes ses aptitudes, qu’elles soient intellectuelles, humaines ou spirituelles. Il a pour mission d’aider le jeune, tout au long de sa scolarité, à découvrir et à construire son projet personnel ».

Le projet éducatif

Pour mieux faire connaissance avec cet établissement, voici le texte exhaustif de son projet éducatif paru dans la brochure de présentation éditée par les services de l’enseignement catholique de Guadeloupe :

La communauté décline son identité

Massabielle doit être :

  • Une communauté pluri-culturelle ouverte à tous, sans distinction de classe sociale ni  financière, respectueuse des convictions et croyances de chacun.
  • Une communauté de personnes responsables, où la liberté de chacun est respectée.
  • Une communauté où chacun travaille, uni dans un esprit convivial, pour un même objectif : l’épanouissement de tous.
  • Une communauté dont l’attitude intègre les valeurs spirituelles de l’école catholique, respectant la conscience de chacun.
    Numériser 3

    Façade du Lycée-Collège de Massabielle – Pointe-à-Pitre

    Objectifs humains

Pour permettre à chacun de donner un sens à sa vie et ainsi de mieux la réussir, Massabielle doit tendre à être : 

  • Un lieu où il fait bon travailler.
  • Un lieu d’éducation dont le rôle est d’apprendre au jeune à vivre en société en se respectant soi-même par l’honnêteté et le développement de ses « talents » et en respectant l’autre par l’écoute, la bienveillance et le partage.
  • Un lieu qui cherche constamment à éveiller et à promouvoir des personnes progressivement autonomes, capables de discernement et d’esprit critique.
  • Un lieu qui veut développer chez le jeune la créativité et la pratique d’activités sportives, culturelles et artistiques.
  • Un lieu qui veut favoriser l’éducation à l’universel et veut apprendre au jeune une solidarité responsable, une liberté pleinement utilisée l’incitant à s’engager au service de l’autre.
  • Un lieu où la personne est distincte de la fonction.
  • Un lieu qui tienne compte de la pluri-ethnicité et du milieu environnant.
  • Un lieu qui articule les cultures : locale, régionale et universelle.

Objectifs sur le plan spirituel et pastoral

Pour être capable de dire Dieu aujourd’hui, Massabielle doit tendre à être :

  • Un lieu qui, soucieux de la diversité des attentes des jeunes, propose un enseignement religieux qui réponde à leurs préoccupations, qu’il s’agisse de culture religieuse, de la connaissance de l’Évangile, de la célébration de la foi, d’une réflexion sur la vie quotidienne, de temps forts ou d’engagements.
  • Un lieu qui se donne pour impératifs la formation des consciences dans le respect de la personne, le témoignage de la communauté scolaire dans son ensemble par son engagement, l’insertion dans une pastorale d’ensemble de l’Église.
  • Un lieu où, pour chacun, jeune et adulte, la rencontre personnelle et communautaire de Jésus-Christ est possible.
  • Un lieu où chacun peut accéder à une dimension spirituelle.
Une classe de 1ère du Lycée de Massabielle

Une classe de 1ère du Lycée de Massabielle

Objectifs sur le plan pédagogique

Pour accomplir sa mission première, à savoir la découverte, la transmission et l’organisation des savoirs, Massabielle doit tendre à être :

  • lycee-prive-catholique-maitrise-de-massabielleUn lieu de travail qui cherche à donner aux jeunes l’envie de réussir, le sens et le plaisir de découvrir et qui valorise leur participation et la prise de responsabilités.
  • Un lieu d’apprentissage dont le rôle est de transmettre des méthodes de travail, « d’apprendre à apprendre ».
  • Un lieu qui n’hésite pas à prendre toute initiative permettant de remédier aux problèmes d’élèves en difficultés.
  • Un lieu qui favorise l’auto-évaluation et une évaluation régulière, appréciant le travail fourni, les progrès réalisés et le niveau acquis, avec l’objectif constant d’encourager et donner confiance.
  • Un lieu où la communauté éducative prend le temps d’une collaboration approfondie et d’une formation régulière.

Conclusion

La communauté s’est ici présentée. Se réclamer de cette communauté, à quelque titre que ce soit (élèves, parents, membre de l’OGEC, enseignants, non-enseignants) n’implique pas seulement de respecter ce qu’elle veut être, elle implique surtout de l’aider, chacun pour sa part, à sa place et selon ses moyens, à l’être davantage.

Sortie pédagogique d'une classe du lycée

Sortie pédagogique d’une classe du lycée

Pour toutes informations sur le Collège-Lycée de Massabielle, (adresse, direction, enseignements et filières…) cliquer sur le lien ci-dessous : http://www.journaldesfemmes.com/maman/ecole/lycee-maitrise-de-massabielle/etablissement-9710054G

PS : Précisons que le quotidien national Le Monde désigne le Lycée Professionnel public de Pointe-Noire (toujours en Guadeloupe) comme le meilleur de France dans sa catégorie. Toutes les informations concernant le classement de ces deux lycées ont été publiées dans le journal France-Antilles Guadeloupe du 1er avril 2016. 

 

Publié dans Actualités générales | 2 commentaires

Quel tourisme pour les Saintes ?

Hilaire Brudey, ancien Président du CTIG

Hilaire Brudey, ancien Président du tourisme de Guadeloupe

À l’heure où l’actuel maire de Terre-de-Haut remplace l’ancien Président Hilaire Brudey (photo ci-contre) comme délégué régional au sein du CTIG (Comité du Tourisme des Îles de Guadeloupe), il nous est apparu opportun de présenter ici un document paru en 1990 sur le tourisme aux Saintes, intitulé « Quel tourisme pour les Saintes » et publié dans le Journal L’IGUANE de l’époque. Journal dont Hilaire Brudey fut un moment le directeur de publication, et qui reste au plan mémoriel une référence historique en même temps qu’une source inépuisable d’informations et de réflexions sur la gouvernance de nos deux territoires insulaires que sont Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Rappelons que les 28 numéros de ce journal parus entre 1989 et 1992 ont été déposés en double exemplaire à la Bibliothèque Nationale et sont aujourd’hui consultables aux Archives départementales de la Guadeloupe… en attendant qu’une édition en un volume de cet ensemble journalistique vienne offrir aux Saintois un pan inestimable de leur mémoire collective.

Tourisme pour tous et hôtel cinq étoiles

Hôtel Kanaoa à Terre-de-Haut. Ph. R.Joyeux

Hôtel Kanaoa à Terre-de-Haut. Ph. R.Joyeux

Apparemment antinomiques, «tourisme pour tous et hôtel cinq étoiles » sont les deux concepts énoncés publiquement par le nouveau délégué régional au tourisme de Guadeloupe dès sa prise de fonction au CTIG le 29 février dernier. Concepts qui semblent constituer la base de la politique touristique qu’il souhaite mettre en œuvre, tout en déclarant vouloir « consolider », selon ses propres termes, les acquis comptabilisés en ce domaine. (Allusion sous-entendue, donc sans oser le dire clairement, à l’excellent travail fait par son prédécesseur à la présidence du Comité). On imagine cependant que ces deux orientations majeures n’intéressent pas particulièrement l’archipel saintois puisque, de toute évidence, nos compatriotes insulaires participent déjà amplement à leur niveau au développement de cette industrie lucrative qu’est le tourisme, et qu’un établissement cinq étoiles serait mal venu sur notre territoire. Car compte tenu de son exiguïté et de l’absence d’attraits structurels significatifs comme la présence d’un casino, de magasins de luxe, d’activités culturelles, sportives ou de loisirs susceptibles d’intéresser les visiteurs les plus fortunés, on se demande comment et où cet hôtel 5 étoiles pourrait être implanté. Aussi, pour donner au nouveau délégué régional au CTIG quelques pistes sur la façon d’envisager la question du tourisme aux Saintes, voici l’article que publiait l’IGUANE  il y a 26 ans et qui reste, à notre avis, plus que jamais d’actualité.

Capture d'écran RFO Guadeloupe- Le nouveau délégué au CTIG à coté du Président Ary Chalus

Le nouveau délégué au CTIG (pochette bleue) aux côtés du Président Ary Chalus –  RFO Guadeloupe

Réalité et perspective

Le tourisme est avec la pêche (nous sommes en 1990) l’un des moteurs économiques essentiels du développement saintois. Il s’ensuit que c’est une activité qu’il convient de cerner et de contrôler avec la plus grande maîtrise pour éviter, d’une part, l’anarchie et l’emballement du système, et prévoir, d’autre part, les structures d’accueil suffisantes et satisfaisantes pouvant d’abord servir à la population résidente.

Marché aux poissons de Terre-de-Haut - Ph. R. Joyeux

Marché aux poissons de Terre-de-Haut – Ph. R. Joyeux

Or, malgré les nombreuses déclarations d’intention de la part des responsables communaux, aucune volonté réelle, cohérente et réfléchie, n’a été définie et mise en œuvre sur le plan municipal en ce domaine. Seules la réputation géographique et les initiatives individuelles de promotion, d’accueil et de prestations ont permis jusqu’à présent une certaine expansion du tourisme à Terre-de-Haut et le maintiennent au niveau relativement correct que nous connaissons aujourd’hui. En tout état de cause, une politique touristique sérieuse, concertée et active, devra, à notre sens, tourner autour de trois axes essentiels :

1 – Le respect de l’identité saintoise

En évitant le piège de la rentabilité à outrance qui dénature les mentalités, faisant de l’âpreté au gain la motivation première des comportements ; en développant les qualités naturelles d’accueil et d’amabilité ; en privilégiant le sens des rapports humains excluant agressivité et sauvagerie.

Portail d'un gite touristique accueillant à Terre-de-Haut. Ph. R. Joyeux

Portail d’un gite touristique accueillant à Terre-de-Haut. Ph. R. Joyeux

2 – La sauvegarde et l’amélioration de la qualité de la vie

Par la conduite d’actions concrètes tendant à conserver et à accentuer ce qui a toujours fait l’attrait principal des Saintes : le calme, la tranquillité, la sécurité et le grand air. (Et ce n’est pas en laissant s’installer l’anarchie en matière de circulation motorisée, polluante et sonore, qu’on y arrivera). Par la création de structures adaptées de loisir et de détente susceptibles d’apporter un plus à la population mais aussi d’attirer et de retenir le visiteur. Rien, jusqu’à présent n’a été fait à Terre-de-Haut en ce domaine.

Où s'arrêtera la prolifération exponentielle d'engins motorisés ?

Où s’arrêtera la prolifération exponentielle d’engins motorisés ? Ph. R.joyeux

3 – La protection et l’aménagement de l’environnement

Comment sauvegarder  la qualité de la vie dans un milieu comme le nôtre si on ne prend pas garde de protéger d’abord l’environnement ? Cette politique volontariste implique dans un premier temps le rejet impératif de tout projet d’implantation de grands complexes hôteliers inadaptés à l’échelle de nos îles minuscules, et incompatibles avec le style de tourisme et de clientèle recherché. Il convient donc de favoriser d’une part, pour aujourd’hui et pour demain, un tourisme familial avec hébergement si possible chez l’habitant, sans création supplémentaire d’hôtels que ce soit sous forme de bungalows individuels  ou d’immeubles collectifs, et de réfléchir, d’autre part, à la promotion d’un tourisme de croisière, en prévoyant pour les bateaux de passage un certain nombre de services qui feraient de Terre-de-Haut une destination d’agrément doublée d’une escale technique de réparation et de ravitaillement.

Organiser et encourager un tourisme de croisière

Organiser et encourager un tourisme de croisière. Ph. R. Joyeux

Mais protéger l’environnement c’est aussi l’aménager, l’entretenir et l’embellir en instaurant une campagne permanente de propreté, de salubrité, de décoration florale, sans oublier l’aménagement efficace et discret des plages et sites, de sentiers de découverte des milieux forestiers et géologiques, mais aussi des espaces marins et sous-marins.

Un exemple à éviter : une décharge publique en plein bourg. Ph. R. Joyeux

Une image qu’on n’aimerait plus revoir : une décharge en plein bourg. Ph. R. Joyeux

Conclusion 

Favoriser et développer le tourisme aux Saintes, ce n’est pas entreprendre la transformation radicale ou insidieuse des modes de vie traditionnels et du milieu naturel. C’est au contraire préserver ce qui fait le particularisme humain, historique et géographique de nos îles. C’est d’abord et surtout mettre à la disposition de la population non seulement un outil de travail, mais tous les éléments d’un mieux-être social, économique, culturel et sportif dont profiteraient naturellement les visiteurs, les incitant à rester plus longtemps chez nous et à y revenir régulièrement.

Aqualodge en rade des Saintes. Est-ce une solution d'avenir ? Ph. R. Joyeux

Aqua-lodge en rade des Saintes. La laideur comme solution d’avenir ? Ph. R. Joyeux

Et aujourd’hui ?

 Depuis la parution de cet article en 1990 dans l’IGUANE, il convient de préciser que de sérieux progrès ont été réalisés en de nombreux domaines aux Saintes pour mieux accueillir et retenir les touristes. En matière de promotion par exemple, avec la création d’un Office Municipal du Tourisme bien organisé et du CTIG sur le plan régional. Deux organismes dont le travail conjugué d’information à grande échelle, aussi bien à l’occasion de salons internationaux que sur Internet, semble porter ses fruits. En matière de transport maritime également des initiatives privées offrent actuellement une réelle facilité d’accès à l’archipel avec des horaires étalés et des conditions de navigation rapide et modernisée. D’autre part, la propreté du bourg s’est nettement améliorée et la commune offre globalement aux visiteurs une image bien plus attrayante. Une exception de taille cependant : la prolifération anarchique d’engins motorisés à fort indice de pollution atmosphérique et sonore, mettant à mal la sécurité des piétons et la tranquillité légendaire de notre île. Seule pour l’instant Terre-de-Bas échappe à cette fatalité. Gageons qu’à l’avenir, tout sera mis en œuvre par le nouveau délégué régional au CTIG dont l’un des objectifs annoncé est de « consolider l’image de la Guadeloupe » et de ses îles dont les Saintes constituent indéniablement, touristiquement parlant, l’un des fleurons les plus appréciés.
Raymond Joyeux

Un attrait touristique indéniable. Ph. Raymond Joyeux

La baie des Saintes : un attrait touristique indéniable. Ph. Raymond Joyeux

Publié dans Actualités saintoises | 2 commentaires

Une Odyssée saintoise

Vous avez eu l’occasion dans une précédente chronique de lire la présentation que j’ai faite  du docteur Yves Espiand, initiateur, organisateur et manager, entre autres, du club de football de Terre-de-Haut au début des années 60. Jeune médecin omnipraticien, tout frais sorti d’une faculté de Paris, il est affecté dans un premier temps dans nos îles à la fin de sa formation, mais est rattrapé dans la foulée par l’armée qui le rapatrie en Métropole pour son service militaire jusqu’en novembre 1962, date où il regagne Terre-de-Haut pour y rester par contrat jusqu’en 1965. Dans un ouvrage autobiographique, paru en 2014 et intitulé D’Esculape à Thémis, le docteur Espiand, outre son enfance à Pointe-à-Pitre et ses études médicales, nous raconte ses affectations successives, les différentes péripéties de sa vie de médecin tant en Guadeloupe qu’en métropole, jusqu’à ses démêlés avec la justice à l’occasion de son divorce d’avec sa première épouse. Livre passionnant où le chapitre sur les Saintes n’est pas le moins intéressant. C’est à ce chapitre, l’un des plus importants du livre et vivant témoignage sur l’histoire sanitaire et humaine de notre archipel, que j’ai emprunté pour vous aujourd’hui les passages les plus piquants. R.J.

Première installation à Terre-de-Haut :
Juin – septembre 1960

Espiand« Au milieu de l’année 1960, le département de la Guadeloupe recrute un médecin salarié pour l’archipel des Saintes. Poste de Médecin- Propharmacien, c’est-à-dire que je prescris ce que j’ai sur mes étagères, avec, en plus, vente de quelques « bricoles » plus ou moins « folkloriques » : camphre en morceaux, éther, alcool modifié, huile de foie de morue et autres compresses de sparadrap. Un hic : difficultés de logement. Le confrère qui m’a précédé, en désaccord administratif avec le département-employeur, et occupant le logement dit de fonction, refuse de s’en aller. Solution de secours : nous habitons le local de la P.M.I. (Protection Maternelle et Infantile), qui sert une fois par semaine pour la surveillance des nourrissons : mesure, pesées, régime alimentaire, et des femmes enceintes, avec un regard plus « approfondi » sur les grandes multipares âgées, chose relativement commune ici, (record 50 ans et demi). Tout s’écoule au lent rythme tropical quand soudain, coup de tonnerre inattendu :  je reçois un ordre de mission de l’Armée que je mets aussitôt à la poubelle. Peine perdue, huit jours après, la vedette de la Gendarmerie vient me chercher : « deux heures pour faire la valise », m’accompagnant même jusqu’au port de Pointe-à-Pitre et restant au bas de l’échelle de coupée jusqu’au départ du paquebot.

Ma triade aux Saintes (1962-1965)

Maison du docteur à TDH. Ph. R. joyeux

Maison du docteur à TDH. Ph. R. Joyeux

Démobilisation en novembre 1962 et retour sur l’archipel des Saintes pour la poursuite de mon contrat avec le département de la Guadeloupe : médecine sans contingences financières (je suis salarié) avec cette curiosité qui existe dans les régions isolées : la propharmacie. Exercice professionnellement enrichissant car, isolé, il faut pratiquement tout savoir faire, d’où l’importance de mes trois années d’internat au Puy en Velay. La communauté de pêcheurs, rudes comme le sont les gens de la mer, mais profondément attachante, ne consulte qu’en cas de besoin. Les épisodes « psy » étant rarissimes avec les déplacements en canot, surtout pour les urgences, entre les deux îles, la fonction étant plus physique qu’intellectuelle… J’habite un ancien petit hôtel, à la charge du département, en forme de proue de bateau avançant en mer. La soute étant une immense citerne nécessaire pendant la période d’extrême sécheresse du carême – la population faisant la queue aux citernes municipales…

Quotidien du médecin de l’archipel

Des containers de tri ont remplacé le frangipagnier- Ph. R. Joyeux

Dispensaire de Terre-de-Haut – Ph. R Joyeux

J’ai à soigner toutes les pathologies, avec un pic de gastroentérites pendant la saison ultra sèche du carême durant laquelle l’approvisionnement en eau étant si difficile que le Conseil Municipal ne délivre de permis de construire qu’aux maisons disposant d’une importante citerne. Toutes les autres pathologies, notamment traumatiques en rapport avec le rude métier de pêcheurs, lesquels partent le matin aux aurores pour rentrer entre 13 et 14 heures et déjeuner de poisson frais (jamais de rassis, même de la veille). Ils finissent l’après-midi à ravaler leurs filets ou à discuter dans l’un des dix bistrots de l’île (pour 1200 habitants). Le département a mis à ma disposition au centre de P.M.I. une sage-femme d’origine saintoise : consultations hebdomadaires de nourrissons et femmes enceintes, un cabinet jumelé avec le centre et une chambre à deux lits en arrière de la P.M.I, mais attenante à celle-ci pour les accouchées en difficulté de logement. Comme propharmacien, mes disponibilités en médicaments impliquent des commandes aux laboratoires métropolitains, et en cas d’urgence, à mon ami Lamothe, un pharmacien de Basse-Terre. Ils sont livrés par le bateau qui fait la ligne dans l’après-midi.

La desserte de Terre-de-Bas

Les consultations officielles dans l’île voisine ont lieu deux fois par semaine : le mardi à Grand-Anse dans un dispensaire de fortune : consultations P.M.I. et visites privées, rares mais toujours nécessaires. Les iliens ne consultent pas pour ce qu’il est habituel de qualifier de « bobos ». Je prescris et ramène les ordonnances au cabinet : les médicaments sont récupérés dans l’heure qui suit, distribués et expliqués par l’infirmière. Aucun problème de paiement récupéré la semaine suivante. D’ailleurs, je ne prescris que le strict nécessaire, attitude que je garderai toute ma vie de médecin. La population saintoise a alors l’excellente couverture des assurances maritimes, et l’appel à la mairie pour l’assistance médicale gratuite en complément. Les accouchements sont directement réglés par la Caisse Maritime. Concernant ces derniers, existe à Grand-Anse Terre-de-Bas une « matrone » très experte et adroite qui ne fait appel à moi que pour les urgences, bien réelles qu’elle sait prévoir. En trois ans, il m’est arrivé de faire deux forceps à la lumière de la lampe-tempête.  Le jeudi, j’officie à Petites-Anses, lieu de résidence de l’assistance sociale, dans un dispensaire plus moderne.

Une rue actuelle de Terre-de-Bas - Ph. R. Joyeux

Une rue actuelle bien tranquille de Petites Anses, Terre-de-Bas – Ph. R. Joyeux

Quelques anecdotes au cours de mon affectation

  • Je suis un jour réquisitionné à Terre-de-Haut pour prélever des abats d’un poulet qui aurait été empoisonné par un voisin grincheux. Acte effectué en présence de la force publique, le garde-champêtre, et d’une partie de la population attirée par le fait-divers, particulièrement inhabituel. Je remets solennellement le colis à l’auxiliaire de police.
  • Plus agréable est l’invitation du commandant du navire-école la Jeanne d’Arc (puisque faisant partie des rares notables de l’île). Super gastronomie : mets et « liquides ». Notre tangage au retour sur les canots qui nous ramènent est réel, mais pas dangereux. Quel dommage que cette escale ne soit programmée que tous les dix-huit mois !
  • Le bourg s’étend sur un peu plus d’un kilomètre, le long de la mer, longeant la splendide baie. Avant mes consultations au dispensaire, qui se situe à l’opposé de ma maison, je plonge dans les eaux peu profondes du voisinage pour pêcher au fusil deux ou trois poissons et une ou deux langoustes pour la journée, soucieux d’éviter les faciles massacres. Une douche et en avant pour le lieu de mon activité, démarche décontractée dans le tempo du pays, devisant avec les habitants rencontrés, sur les sujets les plus banals que sont le temps et la pêche, et je rentre chez moi sur le même rythme, vraiment peu stressant. Après-midi relativement calme, les classiques papiers pour l’Inscription Maritime, quelques propos à bâtons rompus avec les parents et enfants par la fenêtre du cabinet, et je rentre, avec quelques mots aimables pour les petits vendeurs de « tourments d’amour », délicieuses pâtisseries à base de confiture de coco spécialités de Terre-de-Haut, avec la vente de coquillages et d’iguanes, ces derniers  malheureusement empaillés.

    Une vie relativement tranquille

    Cette vie relativement tranquille au cours de ce séjour médical aux Saintes est parfois marquée d’événements épisodiques comme les élections locales qui relèvent davantage du folklore que de la politique. C’est l’occasion (pour les candidats) de tournées de petits punchs, de quelques enveloppes discrètes et, pour le propharmacien, de vente de carrés de camphre solide et d’éther dont les vertus attractives au point de vue électoral n’ont jamais été démontrées, mais demeurent des traditions : on verse quelques gouttes « aux quatre chemins », croisement dont une des branches mène au domicile d’un candidat. Quelques rares fois, halte sur les quais, au « Coq d’Or », bistrot à l’étage d’une maison en bois. Nous commentons comme ceux qui n’ont rien d’autre à faire, les allées et venues des gens qui embarquent ou débarquent, ou discutons de tout et de rien avec les deux gendarmes, pas très stressés par le travail. Parfois devant un « petit punch » au citron vert, toujours admiratifs face aux massifs montagneux du « continent » pas très loin, le Nez Cassé et le Houelmont…

    Bar le "Coq d'Or" aujourd'hui. Ph. R. Joyeux

    Bar le « Coq d’Or » aujourd’hui. Ph. R. Joyeux


    Les soirées, elles aussi, sont plutôt calmes, surtout avec l’extinction des feux à 22 heures… De temps en temps, un accouchement aisé chez une multipare. À signaler cependant, cette jeune primipare à qui je fais un forceps sous anesthésie locale grâce au solide maintien de sa cuisse droite par son mari et celle de gauche par son père, tout cela à 23 heures, donc à la lumière de la lampe à pétrole. Autre accouchement plus folklorique, dans une petite baraque en tôle sur la plage. Intervention facile, sauf pour le père qui a commencé à arroser dès les premières contractions. Il sera encore bien gai le lendemain en allant déclarer la naissance : son fils a un prénom qu’il est certainement le seul à porter dans le monde…

  • Ayant peu de loisirs, à l’extinction des feux, nous nous asseyons quelques amis et moi sur le trottoir de la maison d’un noble vieillard, le père de notre ami Loulou, personnage au long passé journalistique et politique. Sont présents, outre Loulou, « petit Georges », le secrétaire de mairie adjoint, Alain l’instituteur : nous refaisons le monde… Existe également un cinéma avec des pauses dues à quelques coupures de pellicule, vite réparées par le propriétaire, notre ami, le bricoleur R., responsable de la TSF. Les films passent dans un sympathique brouhaha et des commentaires que l’on peut deviner sur certains passages érotiques…
  • Ainsi va la vie personnelle et médicale sur l’archipel, rythmée par l’affluence lors des vacances : vie calme, professionnellement enrichissante, mais peut-être un peu limitée quant à l’avenir… »

    Yves Espiand, chez lui, dans le Midi de la France - Pho du livre d'Esculape à Thémis, édité à compte d'auteur.

    Yves Espiand, chez lui, dans le Midi de la France – Ph extraite de son livre édité à compte d’auteur.

Ps : Outre les passages cités, ce chapitre sur les Saintes, l’un des plus longs du livre, et transcrit au présent par mes soins, comporte d’autres péripéties de la vie médicale du docteur Espiand dans l’archipel. Péripéties que j’ai volontairement ignorées pour ne pas faire trop long. En particulier sur les soins apportés aux touristes imprudents, victimes de coups de soleil, de brûlures dues au mancenillier et de piqures d’oursins ou de poissons. J’ai également coupé le paragraphe sur la création du club de football, déjà traitée dans une précédente chronique.
Ami de l’auteur, dès sa seconde installation à Terre-de-Haut, j’ai participé avec lui et avec d’autres à la création du journal l’ÉTRAVE et de l’Association l’Avenir Saintois. Je peux témoigner du travail désintéressé qu’il a accompli chez nous durant 3 ans, en tant qu’homme et médecin, et de son attachement encore vivace à nos îles. Né en 1933, le docteur Yves Espiand est féru de poésie, art qu’il continue de pratiquer à ses heures perdues. D’ailleurs à la suite de ce chapitre figure un long poème intitulé L’Archipel des Saintes. Pour finir, Yves Espiand vient d’achever un ouvrage sur la Guadeloupe qu’il espère voir publié prochainement. Souhaitons que les dieux de l’édition soient avec lui…

***
« J’ai quitté les Saintes,
écrit-il au début du chapitre suivant de son livre, avec le classique « énorme » pincement au cœur, sincère, celui-là, mais professionnellement je voulais autre chose, surtout un travail en équipe, loin des contingences budgétaires. »

 

Publié dans Histoire locale | 4 commentaires

Poésie des îles

Îles

Blaise Cendrars

Blaise Cendrars

Iles
Iles
Iles où l’on ne prendra jamais terre
Iles où l’on ne descendra jamais
Iles couvertes de végétations
Iles tapies comme des jaguars
Iles muettes
Iles immobiles
Iles innombrables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais bien aller
Jusqu’à vous.

Images à Crusoé

Saint John Perse

Saint John Perse

Crusoé ! – Ce soir près de ton île, le ciel qui se rapproche louangera la mer, et le silence multipliera l’exclamation des astres solitaires.
Tire les rideaux ; n’allume point :
C’est le soir sur ton île et à l’entour, ici et là, partout où s’arrondit le vase sans défaut de la mer ; c’est le soir couleur de paupières, sur les chemins tissés du ciel et de la mer.
Tout est salé, tout est visqueux et lourd comme la vie des plasmes.
L’oiseau se berce dans sa plume, sous un rêve huileux ; le fruit creux, sourd d’insectes, tombe dans l’eau des criques, fouillant son bruit.
L’île s’endort au cirque des eaux vastes, lavée des courants chauds et des laitances grasses, dans la fréquentation des vases somptueuses…
Ô la couleur des brises circulant sur les eaux calmes,
les palmes des palmiers qui bougent !
Et pas un aboiement lointain de chien qui signifie la hutte ; qui signifie la hutte et la fumée du soir et les trois pierres noires sous l’odeur du piment.
Mais les chauves-souris découpent le soir mol à petits cris…

L’escale portugaise

Jules Supervielle

Jules Supervielle

L’escale fait sécher ses blancheurs aux terrasses
où le vent s’évertue,
Les maisons roses au soleil qui les enlace
Sentent l’algue et la rue.
Les femmes de la mer, des paniers de poissons
irisés sur 1a tête,
Exposent au soleil bruyant de la saison
La sous-marine fête.
Le feuillage strident a débordé le vert
Sous la crue de lumière,
Les roses prisonnières
Ont fait irruption par les grilles de fer.
Le plaisir matinal des boutiques ouvertes
Au maritime été
Et des fenêtres vertes
Qui se livrent au ciel, les volets écartés,
S’écoule vers la Place où stagnent les passants
Jusqu’à ce que soit ronde
L’ombre des orangers qui simule un cadran
Où le doux midi grogne.

Le canot de Samuel Beckett

Yves Bonnefoy

Yves Bonnefoy

L’île est un peu loin du rivage, c’est une étendue sans relief dont on devine à peine la ligne basse, avec quelques arbres, dans la brume qui pèse sur la mer. Quelqu’un dont nous ne savons rien rien, sinon la bienveillance et qu’il a voulu que nous venions là, nous a pris dans sa barque, nous sommes partis mais il pleut et traverser le bras d’eau ressemble, sous le voile des ombres souvent noires, à une trouée dans les apparences, au rêve d’un autre monde… Une rive pourtant, au bout de quelques minutes. Trois ou quatre marches de pierre pour le débarquement, ruisselantes, un bout de quai, deux petites maisons et dans  l’une une lumière…

Jardinier

Rafael Alberti

Rafael Alberti

Vole jusqu’au jardin des mers
pour y planter des arbousiers
Sous les glaces polaires.

Jardinier.

Pour mon amie prépare une île
plantée de cerisiers stellaires
avec un mur de cocotiers.

Jardinier.

Et dans ma poitrine guerrière
plante pour moi quatre palmiers
comme des mâts de perroquets.
Jardinier.

Liberté des mers

Louis Brauquier

Louis Brauquier

Je connais des îles lointaines
Je connais des rades foraines
Et des passes non balisées
au fond desquelles l’on découvre
dans la pureté matinale
Que va massacrer le soleil
Le même drapeau que l’on hisse
À la façade des mairies
Sur les belles places de France,
Et, sous ce pavillon, des hommes
Qui sont là, mais qui voudraient bien
débarquer un jour à Marseille
Et qui ne savent pas pourquoi…

Redécouverte

Guy Tirolien

Guy Tirolien

Je reconnais mon île plate, et qui n’a pas bougé
Voici les Trois-Ilets, et voici la Grande Anse
Voici derrière le Fort, les bombardes rouillées.
Je suis comme l’anguille flairant les vents salés
Et qui tâte le pouls des courants.

Salut île ! C’est moi. Voici ton enfant qui revient.
Par delà la ligne blanche des brisants
Et plus loin que les vagues aux paupières de feu
Je reconnais ton corps brûlé pas les embruns.

J’ai souvent évoqué la douceur de tes plages
Tandis que sous mes pas
Crissait le sable du désert
Et tous les fleuves du Sahel ne me sont rien
Auprès de l’étang frais où je lave ma peine

Salut terre matée, terre dématée!
Ce n’est pas le limon que l’on cultive ici,
ni les fécondes alluvions.

C’est un sol sec, que mon sang même
N’a pas pu attendrir,
Et qui geint sous le soc comme une femme éventrée.

Le salaire de l’homme ici,
Ce n’est pas l’argent qui tinte clair, un soir de paye,
C’est le soir qui flotte incertain au sommet des cannes
Saoules de sucre.
Car rien n’a changé

Les mouches sont toujours lourdes de vesou,
Et l’air chargé de sueur.

Baie du Marigot à Terrre-de-Haut. Au fond l'île de Terre-de-Bas- Ph. R.Joyeux

Baie du Marigot à Terrre-de-Haut. Au fond, l’île de Terre-de-Bas – Ph. R.Joyeux

Îles

Raymond Joyeux

Raymond Joyeux

Îles échouées au ras des eaux
Terres vomies de la mer
Pays sans renom ni fortune
Rochers suant le sel
Victimes flagellées
Par le bourreau des vents
Et le fouet des vagues.

C’est au bord de ces jardins de sable
Au creux de ces nids de varech
D’où flottent des parfums couleur d’iode
De myrrhe d’ossuaire marin
Des odeurs d’océan
Que naît la vie là-bas
À l’homme de ces îles.

Elle s’envole échappée des antres sauvages
Ouverts au flot tiède du soleil
Comme un baume exhalé des forêts de rivage
Tapissées de calcaire blanchi
De coquillages lavés, vides et sans vie
De strombes pâles et ternes, roses jadis,
De carcasses d’oursins creux et chauves
Résonnant le tapage figé
La rumeur sourde des grands fonds.

Références œuvres et auteurs

1 – Blaise Cendrars : Poésies complètes – Denoël 2001
2 – Saint-John Perse : Œuvres complètes : Éloges – La Pléiade – NRF – 1982
3 – Jules Supervielle : Débarcadères – Poésie Gallimard  19664 –
4 – Yves Bonnefoy : La vie errante – Poésie Gallimard – 1993
5 – Rafael Alberti : Marin à terre – Poésie Gallimard – 2012
6 – Louis Brauquier : Je connais des îles lointaines – La Table Ronde – 1994
7 – Guy Tirolien : Balles d’Or – Présence africaine – 1982
8 – Raymond Joyeux : Poèmes de l’archipel – Les Ateliers de la Lucarne – 2014

Publié dans Littérature | 3 commentaires

Terre-de-Haut 2022 : intelligence et écologie

Un scénario imaginé par Aloé Piment Doux

D’un lecteur, qui se présente sous le pseudo d’Aloé Piment Doux, et dans le cadre d’un développement durable, concept très à la mode – non sans raison il est vrai -, nous avons récemment reçu un document futuriste intéressant dans lequel l’auteur, mêlant adroitement réalité et utopie, imagine la transformation de l’actuel aérodrome de Terre-de-Haut en lieu de vie, qui pourrait être, selon son scénario, opérationnel en 2022. C’est ce document qui fait le sujet de la présente chronique. En espérant qu’il suscite de nombreux commentaires, je vous le propose bien volontiers.  
Raymond Joyeux

Une astucieuse combinaison entre une infrastructure pour la sécurité civile et un aménagement public de développement durable.

Un espace public interdit au public

Actuellement  : un espace public interdit au public

Pour mémoire

Nous sommes en 2022

Il faut se souvenir que cette piste d’atterrissage, construite par le SMA (Service Militaire Adapté) à la fin des années 60 du siècle passé, n’était plus rentable, ni utilisée pour les transports collectifs en avion : la fréquence quotidienne et la rapidité des transports maritimes palliant efficacement cette nécessité insulaire. En service jusqu’en 2015 et fréquentée que par quelques rares avions privés, cet aérodrome avait déjà été déserté par les lignes locales depuis bien longtemps et ne servait qu’à quelques nantis (coût des navettes aériennes trop chères). Les déplacements pour des urgences se faisaient par ailleurs le plus souvent par bateau ou par hélicoptère (comme aujourd’hui) et rarement par avion privé.

Aérodrome de Terre-de-Haut - Ph Air Collection

Aérodrome de Terre-de-Haut en plein cœur du bourg- Ph. Air Collection

Quelquefois utilisée par les militaires en manœuvre, la piste très courte ne pouvait accueillir que de petits et moyens porteurs.

On peut légitimement se demander pourquoi à l’époque un tel chantier fut entrepris alors qu’un chenal pour hydravion dans la rade aurait pu être une réponse aux besoins d’alors, sans bulldozers et à moindres frais… On peut aussi s’étonner que la maintenance du site ait été financée pendant toutes ces années par les contribuables au quasi seul bénéfice de quelques intérêts privés. Outre que la piste et sa zone de sécurité occupaient une superficie non négligeable (près de 5 ha), terrain au demeurant si précieux sur une île au territoire forcément limité, et bien que sa présence soit acceptée sur l’île par habitude et inertie, cet aérodrome posait de sérieux problèmes.

Un danger permanent

Cet espace « courant d’air » s’avérait être un danger permanent pour la population : risques de crash (approche aérienne délicate au-dessus du bourg provoquant deux accidents mortels dans les années 80), et de façon plus latente, la piste était un boulevard ouvert en cas de tsunami depuis Grand’Anse jusqu’à la savane du bourg (seulement 18 m au dessus de la mer en son plus haut point). Heureusement, aucun raz de marée ne s’est jamais produit alors. Aujourd’hui (nous sommes dans le futur – NDLR) et depuis sa construction, la digue et les dunes reconstituées coté Grand’Anse ainsi que la plantation d’une centaine de cocotiers par l’Oasis Publique, protègent encore plus efficacement du risque d’un tsunami majeur possible dans cette zone sismique.

Un biotope unique englouti

Il va sans dire que l’aérodrome défigurait le paysage depuis sa construction mais plus grave encore, il fut une atteinte irréversible à un biotope rare et précieux : l’Étang Bélénus comblé par les travaux. Certes, les préoccupations environnementales n’étaient pas encore à l’ordre du jour dans les années 60 et la conscience écologique ne s’est développée que tardivement dans notre archipel. Qu’à cela ne tienne : « Rien n’est plus fort qu’ une idée dont le temps est venu » disait Victor Hugo, et le changement des mentalités s’est imposé aux Saintes comme ailleurs malgré quelques crispations d’arrière-garde, balayées par les suffrages électoraux.

Étang Bélénus, aujourd'hui comblé au profit d'une piste d'atterrissage

Étang de Grand’Anse, dit Étang Bélénus, aujourd’hui comblé 

Une pierre, quatre coups :

Premier gros chantier de la nouvelle municipalité élue en 2014 (projet alors financé par la collectivité locale et régionale), la population saintoise se réjouit aujourd’hui 4 fois de la construction de l’héliport et de l’initiative en cours de l’Oasis Publique. (Amis lecteurs, je rappelle que nous sommes dans le virtuel… NDLR)

  1. Héliport et hôpital local pour les urgences
  2. Parc et jardins publics
  3. Logements sociaux
  4. Aménagements culturels, sportifs, et espaces verts pour la jeunesse

    Zoom sur les réalisations :

Ce projet de réhabilitation d’un espace public au service du public, a été pensé et conçu de façon 4 fois intelligente ! Il a tout d’abord offert aux Saintois, malgré le poids de l’investissement, un véritable petit hôpital pour les urgences sur une superficie réduite (l’ancien bout de piste côté Savane), tout en gardant un tremplin performant pour les liaisons aériennes de la sécurité civile : l’héliport.

La piste démantelée sur sa longueur a offert de surcroît un espace immense qui est devenu « l’Oasis Publique» : parc arboré et cultivé en agroécologie, ouvert à tous pour la promenade, les piques-niques et son jardin d’enfants, autant d’aménagements appréciés aujourd’hui par la population et les visiteurs. Le projet bientôt à terme de la pépinière d’arbres fruitiers, ainsi que la distribution prochaine à la population de noix de coco et autres récoltes du site à prix symbolique est aussi vivement attendu. Par ailleurs, la construction de logements à loyers modiques équipés en énergie renouvelable a fait la joie de 10 familles aujourd’hui installées dans un des endroits les plus calmes et ventilés de l’île.

Depuis sa création, l’Oasis inclut aussi des espaces dédiés à la culture, aux sports et à la formation des jeunes dont la petite école municipale d’arts, métiers d’arts, et traditions populaires, aménagée dans et autour des anciens locaux de l’aérogare et de l’ancienne caserne des pompiers.

L’héliport et Le centre de sécurité civile 

Sur le bout de piste côté Savane a été aménagé un espace balisé (adapté à la taille des hélicoptères militaires les plus imposants), pouvant accueillir trois appareils simultanément, ceci dans le souci de rotations éventuelles pour des manœuvres d’évacuation ou d’acheminement de matériel en cas de sinistres naturels (séisme, cyclone ravageur… ou autres.)

Hélicoptère d'évacuation sanitaire dans le ciel des Saintes. Ph R. Joyeux

Hélicoptère d’évacuation sanitaire dans le ciel des Saintes. Ph R. Joyeux

Une nouveauté de taille depuis la mise en service en 2017 : un hélicoptère de la sécurité civile est basé sur l’île avec, en permanence, un relais de pilotes et d’un médecin urgentiste de garde logés dans les locaux attenants. Plusieurs opérations d’urgence et des vies sauvées ont depuis prouvé le bien fondé de cette initiative : sauvetages en mer, transferts d’accidentés vers les hôpitaux de Guadeloupe, hélitreuillage, et même des interventions en renfort vers le Sud Basse-Terre…

Une base de sapeurs-pompiers marins et des aménagements annexes

Cet héliport a donc été complété par la construction simultanée d’un complexe « sécurité civile » concentré en bordure de Savane, sur l’ancien terreplein rocailleux du bout de piste et comprenant :
La base des sapeurs et marins pompiers qui à été déplacé sur le site et qui se trouve depuis 2017 directement ouverte sur le bourg et proche de la rade : centre de transmissions et nouveaux hangars pour les véhicules et le matériel d’intervention.
Le dispensaire d’urgences et premiers soins chirurgicaux, dentaires et obstétriques qui est ouvert depuis cette date 24 h sur 24, 7 jours sur 7, – 6 enfants sont ainsi nés sur l’île depuis –  ainsi que des locaux antisismiques et anticycloniques pouvant aussi accueillir une dizaine de lits d’urgence.
Du matériel stocké dans des abris sécurisés en prévision d’opérations exceptionnelles : (tentes militaires, lits de camp, couvertures, matériel médical et stocks alimentaires de première nécessité.)
Une installation énergétique autonome (solaire et éolien) qui couvre tous les besoins du centre, + des générateurs électriques thermiques de secours.
Une citerne publique de secours de grande capacité destinée à palier une éventuelle pénurie momentanée d’eau potable dans le bourg.
Un funérarium réfrigéré : infrastructure jadis manquante sur l’île et aujourd’hui régulièrement utilisée pour les décès survenus dans la commune.

Éoliennes de Terre-de-Bas - Ph. Guadeloupe tourisme

Éoliennes de Terre-de-Bas – Ph. Guadeloupe tourisme

A noter que du personnel local qualifié a été embauché sous statut de service public pour assurer la maintenance et le caractère opérationnel de cette structure polyvalente de sécurité civile et de service de soins d’urgence pour la population. Cette structure a, par ailleurs, été construite en respectant la dimension esthétique si importante dans notre île de beauté.

 L’Oasis Publique  : un espace communal pour tous 

Le site jadis occupé par l’aérodrome de Terre-de-Haut, une fois libéré, a pu être réaffecté dans le cadre d’un projet à la fois simple et ambitieux, un espace communal pour tous, aujourd’hui la bien nommée « Oasis Publique ».

La première mission réussie était de déjouer la privatisation ou le bétonnage public. Un tel espace livré en pâture à la spéculation immobilière aurait en effet pu devenir un terrain à lotir de plus pour quelques privilégiés, ce qui ne fut manifestement pas la politique de la nouvelle équipe municipale élue en 2014 et dernièrement réélue. La construction de logements sociaux communaux en bordure du site a été cependant autorisée, donnant à ses nouveaux riverains un accès direct au parc et jardins. Aujourd’hui, le concept et la réalisation de l’Oasis Publique sont un exemple de développement durable pertinent et réussi.

10 Eco-Logements :

Le terrain ainsi libéré a en effet permis la construction de logements à loyer modique pour des familles résidentes : très belles cases créoles en bois avec jardinet privatif bâties le long de la route de Rodrigue et donnant directement sur le parc et les jardins arborés de l’oasis. Les loyers perçus par ces logements permettent de couvrir une partie des charges d’investissement et permettront, une fois ce dernier amorti, de participer à l’auto-financement du projet « oasis » dans son fonctionnement.

Logement sociaux à Vieille Anse Terre-de-Haut - Ph R. Joyeux

Logements « sociaux » à Vieille Anse Terre-de-Haut – Ph R. Joyeux

Une « ferme » agroécologique : cocoteraie et cultures associées

Ce projet a été confié à l’étude de plusieurs spécialistes de l’agroécologie tropicale en concertation avec la population pour en déterminer les besoins. Une centaine de cocotiers spécialement sélectionnés avec l’aide du CIRAD Guadeloupe pour un enracinement maximum et un accès aux fruits facilité par une faible hauteur (moins de prise au vent) ont été plantés dans la zone proche de la plage de Grand’Anse, continuant et renforçant ainsi la politique de l’ancienne municipalité qui avait initié les premières plantations sur la plage. L’enracinement des cocotiers dans le sable est, comme chacun le sait, un facteur de stabilité du terrain et une barrière naturelle aux raz de marée provoqués par les cyclones périodiques. Par ailleurs, la fleur de cocotier étant particulièrement mellifère, le projet de ruches et d’un atelier de conditionnement du miel est actuellement en cours de construction.

L’idée alors mise en avant pour cette cocoteraie publique, outre les autres aspects agréables, ombragé et esthétique (…), était de pouvoir à terme produire de la pulpe de coco locale pour fournir à bas prix, au moins partiellement, nos pâtissières expertes du « tourment d’amour », spécialité lasse de se fournir en coco rapé d’Asie du Sud-Est ! Un atelier « grage » mécanisé, spécifique au traitement de la pulpe de coco a été également mis en place et est géré par l’association des jardiniers de l’oasis : L’AJOA !

Cocoteraie à Pompierre Terre-de-Haut - Ph. R.Joyeux

Cocoteraie à Pompierre Terre-de-Haut – Ph. R.Joyeux

Cette même association, qui est largement financée par les collectivités locales, emploie quatre jardiniers spécialement formés et salariés à plein temps (épaulés de bénévoles locaux) qui se sont d’abord occupés du premier gros « chantier » qui leur a été confié : celui de la fertilisation (grâce au compostage des algues et varechs récupérés sur la plage) et de l’irrigation (grâce au réseau de goutte à goutte relié à des citernes de récupération d’eau de pluie construites en plusieurs endroits du site). La seconde tâche déjà menée à bien fut celle de la création de la pépinière d’arbres fruitiers destinés à la population. D’autres cultures ont été mises en place et se pérennisent sur l’oasis : patates douces sous le couvert des cocotiers, verger de citronniers, petit maraîchage, (piments, gombos, tomates, salades…) parcelles de maïs, pois et giraumon… A noter que, à l’étonnement de beaucoup et grâce aux expériences référencées d’agroécologie en milieu aride, les techniques agronomiques biologiques ont encore ici montré que l’on pouvait cultiver dans des terrains très « pauvres » (ici sable marin et rocailles) avec des rendements très satisfaisants, pourvu que l’on sache fertiliser avec les matières organiques présentes sur les lieux (ici les algues) et obtenir un arrosage minimal mais constant.

Projets à venir dans l’Oasis cultivée

Finalisation des installations apicoles, mise à disposition d’un jardin pédagogique pour les scolaires, la construction en bois de nouveaux locaux techniques pour l’exploitation du site, ainsi qu’un restaurant populaire à prix modique qui sera la cantine des ateliers d’apprentissage et ouvert le week-end à tous, proposant des plats issus des jardins dont l’arrière cuisine sera équipée d’un moulin pour extraire la farine du maïs récolté… Bientôt donc une résurrection du « pain migne» aux Saintes et, peut-être, des « tortillas » locales, véritable pain des Amériques !

L’île aux enfants

Entre les jardins cultivés et les vergers fruitiers ont été aménagés des espaces pour la petite enfance avec des jeux d’enfants entièrement réalisés sur place par des artisans locaux. Un réseau de chemins (réservé aux piétons et aux cyclistes) parcourant le site offre un espace agréable pour la promenade de plus en plus ombragée par nos arbres qui continuent à pousser ! Les chemins donnent accès à la plage de Grand’Anse et aux paillotes pour pique-niquer à l’abri du vent derrière la digue (construite avec le béton de la piste cassée en remblais) et les dunes qui se sont naturellement reconstituées. Cet espace a été reçu comme une bénédiction pour les familles avec des enfants en bas âge, ceux-ci pouvant enfin jouer et se déplacer en toute sécurité dans un lieu de tranquilité. Des toilettes sèches et des points d’eau potable sont par ailleurs disponibles à plusieurs endroits du site. Des bancs qui seront bientôt tous ombragés sont également disposés dans tous les jardins, le long des chemins. Ce lieu à l’écart du bourg est aussi depuis apprécié des anciens pour son silence et sa verdure. La jeunesse n’est pas non plus en reste car le site propose par ses infrastructures, plusieurs pôles d’intérêt.

Équipements sportifs- plage de Grand'Anse- Ph R. Joyeux

Équipements sportifs- plage de Grand’Anse – Ph R. Joyeux

Installations pour les sports, la culture et la formation

La jeune école d’arts et métiers d’arts insulaires (en partenariat direct avec la DRAC) s’est également installée sur le site à la faveur des locaux laissés vacants de l’ancien aérogare et de l’ancienne caserne des pompiers ; locaux réaménagés pour leur nouvelle mission avec les annexes nécessaires. Ces locaux agencés tel un « petit village » artisanal comprennent : – Un atelier pédagogique de construction navale traditionnelle qui accueille en permanence 5 jeunes  encadrés par un charpentier de marine confirmé. L’atelier accueille également ponctuellement des scolaires en visite.
– Un atelier de vannerie : paniers, chapeaux et renaissance du salako local ! (Un enseignant et un apprenti permanent + cours hebdomadaires tous publics + stages réguliers et accueil de visiteurs *).
– Un atelier de poterie utilisant de l’argile locale. (*ibidem)
– Un atelier « pêche » : tissage de filets et de construction de casiers. (*ibidem)
– Un espace dédié aux beaux-arts : ateliers de peinture, dessin, sculpture et modelage accueillant 10 étudiants régionaux permanents logés chez l’habitant et proposant des cours du soir et stages tous publics tout au long de l’année. L’espace beaux-arts offre également une galerie où sont organisées des expositions d’artistes locaux et caribéens.
– Un théâtre de plein air où peuvent se rassembler musiciens et troubadours locaux.

Poterie de l'Îlet à Cabris - Ph. R.Joyeux

Poterie Ulrik de l’Îlet à Cabris – Ph. R.Joyeux

Les sports et loisirs sportifs ne sont pas laissés en reste puisque deux terrains de beach-volley se trouvent près de la plage et des paillotes. Un local est également mis à disposition de l’école de Kite-surf sur la plage de grande Anse aménagée pour l’occasion d’une case de premiers secours et chaise d’observation pour la surveillance par un maître nageur sauveteur. Ceci est une grande nouveauté sur la plage de grande Anse qui fut longtemps interdite à la baignade. Le site offre ses éléments parfois fougueux aux compétitions de kite-surf et accueille le festival caribéen annuel du cerf-volant.

Des efforts récompensés

Le projet dans sa globalité a été récompensé dans le cadre des innovations écologiques et sociales régionales (et même une distinction nationale). Dans la même lignée de mesures prises généralement dans l’île, nous trouvons aussi celle visant à limiter la circulation de véhicules privés à usage strictement personnel (développer ce point nécessiterait un article entier). Cette mesure, mal accueillie au départ, a été mise en place progressivement en concertation avec la population. Résultat, tout le monde y trouve aujourd’hui son compte grâce notamment au service municipal de transports publics.

Grâce à ces actions fondamentales, Terre-de-Haut à retrouvé une douceur de vivre qui faisait jadis sa renommée et un dynamisme sain où toute la population est concernée pour un mieux vivre partagé. Le secteur de l’accueil et du tourisme s’en trouve également ragaillardi grâce à une population encore plus accueillante car plus écoutée dans ses besoins fondamentaux.

Cette douceur de vivre qui fut interrompue pendant quelques décennies (dans le tourbillon de l’individualisme et le culte de l’intérêt strictement privé, le favoritisme du copinage et l’abus de pouvoir de quelques-uns), est redevenue une valeur dont les Saintois sont aujourd’hui fiers. Cinq hectares bien pensés et bien conduits ont été suffisants pour rétablir le « lianage » d’une fraternité insulaire qui ne demandait qu’à renaître. Bravo !

Aloé Piment Doux
Échos des Futurs –  mars 2013 pour 2022

Publié dans Billet humeur | 4 commentaires

Terre-de-Haut : la SNSM fait du bon boulot

Une efficacité incontestable

Enseigne de la SNSM. Ph R. Joyeux

Enseigne de la SNSM. Ph R. Joyeux

Le quotidien France-Antilles Guadeloupe a publié le vendredi 8 janvier dernier un intéressant reportage sur les activités de la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM) basée à Terre-de-Haut et dirigée par Éric Gélinet. Opérationnelle depuis 2007 et dotée d’une unité quelque peu vieillie aujourd’hui, acquise d’occasion en 2013, la station des Saintes a secouru en quatre ans de service bénévole pas moins de 208 personnes en difficulté. Ce qui a nécessité près de 50 sorties en mer et de 71 transports sanitaires. En dépit de ces incontestables succès, son président estime que, vu l’augmentation régulière des interventions, la vedette en service actuellement mériterait d’être remplacée par une unité plus performante, permettant des interventions plus rapides, à des distances toujours plus éloignées de sa base. N’empêche que, face au travail accompli par Éric Gélinet et son équipage, on ne peut que s’incliner devant l’efficacité de cette station de sauvetage en mer et féliciter ses responsables pour leur action hautement humanitaire et désintéressée.

La vedette de la SNSM, en rouge au milieu des voiliers - Ph R. joyeux

La vedette de la SNSM, en rouge et bleu au milieu des plaisanciers – Ph. R. joyeux

Une formation permanente et des entraînements réguliers

L'équipage de la SNSM en formation. Ph R.Joyeux

L’équipage de la SNSM en formation. Photo R.Joyeux

La clé du succès de ces hommes au service des marins, plaisanciers et professionnels de la mer, n’est pas une simple question de matériel performant, de disponibilité et de bonne volonté. Dans un domaine où chaque geste compte, non seulement en matière de navigation et de compétences maritimes, mais surtout en matière de soins et de premiers secours à d’éventuels blessés, les 12 hommes d’équipage de la SNSM – se relayant en alternance – et leur patron sont astreints à une formation quasi permanente et à des exercices réguliers en mer, le plus souvent en opération conjointe avec l’hélicoptère de la protection civile, susceptible d’avoir à hélitreuiller un blessé grave pour une hospitalisation d’urgence sur la Guadeloupe.

Départ pour des exercices en mer- Ph R. Joyeux

Départ pour des exercices en mer- Photo R. Joyeux

Plus d’un siècle et demi d’équipements sanitaires

Depuis 1853, date à laquelle existaient à Terre-de-Haut un hôpital militaire et une infirmerie tenus par les sœurs de Saint-Paul, (voir chronique du 27 novembre 2013 : https://raymondjoyeux.com/2013/11/27/evolution-des-services-de-sante-aux-saintes-de-1853-a-nos-jours/), notre commune a connu des hauts et des bas en matière d’équipements sanitaires et de personnels de santé. Surtout des bas après la fermeture de l’hôpital et le départ de la garnison en 1903. Mais progressivement, avec l’ouverture en 1951 du Dispensaire départemental toujours opérationnel, et de l’installation sur place d’une pharmacie, de divers cabinets médicaux, de dentistes, d’infirmiers libéraux et de masseurs-kinésithérapeutes, on peut dire que nous sommes globalement bien dotés en matière d’équipements et de personnels médicaux et paramédicaux. Auxquels il faut ajouter la présence sur notre territoire isolé d’un SAMU, d’un service d’incendie, d’une HAD, (Hospitalisation À Domicile), d’un hélicoptère de la protection civile pour les évacuations d’urgence et, enfin, depuis 2012, d’une station de Sauvetage en Mer, sujet de notre chronique.

Hélicoptère Dragon de la protection civile basée en Guadeloupe - Ph. R. Joyeux

Hélicoptère de la protection civile basé en Guadeloupe, en opération aux Saintes – Ph. R. Joyeux

Le reportage de France-Antilles Guadeloupe

Concernant la SNSM, station saintoise de sauvetage en mer, indispensable pour une collectivité insulaire, à la géographie essentiellement maritime comme la nôtre, je vous renvoie comme convenu à l’excellent article de Daniel Dulin paru dans le France-Antilles du vendredi 8 janvier 2016. Article dont vous trouverez le lien ci-dessous. Avec nos remerciements au quotidien régional pour nous avoir permis ce partage à l’intention de nos amis lecteurs.

Raymond Joyeux

http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/faits-divers/sauvetage-en-mer-la-station-snsm-ne-chome-pas-355732.php

Vedette de la SNSM au mouillage à Terre-de-Haut. Ph. Raymond Joyeux

Vedette de la SNSM au mouillage à Terre-de-Haut au coucher du soleil. Ph. R. Joyeux

Publié dans Actualités saintoises | Un commentaire