Art et culture

Le lambi dans tous ses états

img_4317Le magazine Génération+(édition Guadeloupe) publie dans son numéro 7 de Septembre-octobre-novembre 2016 un fort intéressant article sur la conque de lambi utilisée comme instrument de musique. En cette période de pêche règlementée de ce mollusque marin, ouverte uniquement aux professionnels, rappelons-le, du 1er octobre au 31 janvier, il m’a paru opportun de  vous présenter cet article. J’ai donc sollicité à votre intention l’autorisation des responsables de la revue qui me l’ont aimablement accordée, ce dont je les remercie vivement en votre nom. Je profite de cette occasion pour rappeler que deux chroniques sur le sujet ont été publiées sur ce blog les 25 septembre et 9 octobre 2013, alertant entre autres les lecteurs sur les dangers que représentent pour les tortues marines les folles à lambis et autres filets maillants, ainsi que pour leur développement, le déversement des conques vides sur les récifs coralliens. Deux articles illustrés de photographies parlantes prises par des plongeurs professionnels et publiées également avec leur autorisation. Un grand merci encore une fois au magazine Génération+ pour son  aimable collaboration.

La conque marine, un instrument local insolite

Texte de Laurence ROGER

Pêchée en apnée à une dizaine de mètres de profondeur, le Strombus gigas ou mollusque géant des mers, révèle son patrimoine culturel mythique. Découvrons cette corne à tuyaux qui, en fonction de sa taille, promet un son singulier.

Transformation en strombophone mélodieux

Le « Kal » vient quelquefois avec une embouchure naturelle. Cependant, en faire un instrument peut résulter d’un travail de fabrication de cette embouchure, à l’aide d’un procédé de coupe de l’apex, et de chauffe. Ainsi, s’y imbrique un cône rigide ou arche lippale. Le son qui en sort est en fonction de l’allure du tuyau. Ce dernier en donne la hauteur, et c’est l’introduction de la main qui va faire varier la sonorité. Tout le reste s’harmonise autour de l’air, élément principal qui produit le son, des lèvres exprimant les tensions, tandis que le corps de la coquille se transforme en idiophone. Le joueur de conque racle, frappe, souffle, aspire et fait résonner son strombophone dont le timbre sera fonction du matériau naturel.

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Pour mieux connaître et prendre contact avec le magazine Génération+ cliquez sur le lien https://www.facebook.com/generationplusmagazine/

Un passionné à la découverte d’une sonorité profonde

C’était il y a quatre ans. Au détour d’une énième réflexion, Gérard GROS, curieux de tout, s’intéressait de près à ce fruit que la mer donnait encore aux vivants ! Aujourd’hui, il présente fièrement 7 conques, pour 7 sons parfaits de la gamme de Do, et joue de plusieurs instruments à vent de la famille des saxophones.

Gérard GROS - Ph. Jessy Govindama - Mag Génération.

Gérard GROS – Ph. communiquée par Jessy Govindama – Magazine Génération +

http://www.promusika.fr/index.php/musique/portraits-de-professeurs/118-gerard-gros

Retour aux origines 

Autrefois, les Amérindiens utilisaient la conque marine à des fins alimentaires et artisanales. Des lames tranchantes aux colliers, elle servait également d’objet de communication. S’il n’est pas rare, encore de nos jours, de la voir en tant qu’ornement funéraire, installée autour des tombes de terre, sur les mornes arrosés de sels, cette coquille spiralée de tons rosés, se fait entendre surtout en période de carnaval.

Les srombophones de Gérard Gros - Ph Jessy Govindama

Les srombophones de Gérard Gros – Ph. communiquée par Jessy Govindama

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Inauguration du Mémorial ACTe - 15 mai 2015 avec Gérard GROS - Ph. Jessy Govindama

Inauguration du Mémorial ACTe – mai 2015  – Ph. communiquée par Jessy Govindama

Tous nos remerciements renouvelés au Magazine Génération +, à l’auteur de l’article, Laurence Roger et à Jessy Govindama qui nous ont permis de vous présenter ce dossier.

Du temps de l’esclavage

Pour terminer cette chronique, ajoutons que la conque marine a aussi servi aux esclaves marrons comme instrument sonore de ralliement, comme le rappelle la statue ci-dessous érigée en hommage au Marron Inconnu, à Port au Prince, en Haïti, face au palais national.

À la gloire du Marron inconnu -Document Totem (voir lien)

À la gloire du Marron inconnu – Document Totem (voir lien)

http://www.totem-world.com

Pour écouter : https://www.youtube.com/watch?v=CofUIR8mlkc

Bonne lecture et à la prochaine chronique.

Raymond Joyeux

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Un été voyageur (suite)

Copenhague (2ème jour)

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Couchés tard la veille, après une harassante mais agréable journée de marche à travers la ville et sur le port (voir chronique du 25/09), c’est à 9 heures du matin que nous sommes sur pied ce dimanche 7 août. Il fait beau quoiqu’un peu frisquet. C’est le moment propice pour penser à nos parents et amis restés au royaume de France ou à la douce chaleur des Tropiques… Et pour leur témoigner notre affection ou notre amitié, rien ne vaut une petite carte postale et quelques mots gentils griffonnés dans un café. Les SMS et autres e-mails accompagnés de photos marchent aussi mais une vue du pays, affranchie avec un vrai timbre et le cachet de la poste locale faisant foi, c’est autre chose. Et dire que la Poste française a purement et simplement banni les flammes des sceaux postaux qui ont fait pendant longtemps le bonheur des philatélistes !

Flamme postale aujourd'hui disparue. Doc R. Joyeux

Flamme postale aujourd’hui disparue. Doc R. Joyeux

On se demande quel hérisson les a piqués au ministère. Il faut désormais ouvrir son courrier pour en connaître la provenance. Une seule et laconique indication sur l’enveloppe : FRANCE ! Encore heureux, mais quelle ineptie ! Paradoxe et aléas du courrier, nos cartes ne prendront que trois jours pour parvenir aux Antilles alors que celles destinées à la Bourgogne arriveront bien après notre retour. C’est à croire que pour expédier le courrier en France continentale, à moins de 1000 km, la poste danoise utilise cet élégant mais peu véloce voilier photographié dans une vitrine ! À moins que cette entourloupe soit à mettre au compte de NOTRE service public d’acheminement et de distribution particulièrement délabré… il faut, hélas, le reconnaître. Pour preuve, cette lettre postée de « FRANCE » le 20 octobre et reçue aujourd’hui 4 novembre à Pointe-à-Pitre, sans flamme sur l’enveloppe, évidemment, ni indication de ville ou de commune !

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Mais ne perdons pas de temps en vaines considérations, une journée riche en émotions nous attend et je risque de vous décourager, chers lecteurs, en digressions hors sujet. Donc pour revenir à nos moutons voilà le programme de cette ultime journée à Copenhague :
1 – Visite du quartier latin
2 – Halte et repas aux Halles
3 – Musée Glyptothèque
4- Ville libre de Christiania…

La visite du quartier français dit aussi quartier latin

img_7740Équivalent de notre Quartier Latin parisien, ce quartier médiéval estudiantin de Copenhague fait partie des visites incontournables, avec beaucoup d’autres, de la capitale danoise. C’est après avoir déambulé dans les grandes artères limitrophes, les nombreuses rues commerçantes et fait escale dans quelques-unes des boutiques « à la mode » que nous parvenons au cœur de cette partie de la ville, lieu de rendez-vous des intellectuels danois très prisé des visiteurs. Un café à l’enseigne de L’Éducation Nationale attire notre attention et c’est inévitablement que j’en photographie la façade, sans prendre hélas le temps d’y pénétrer, ayant déjà flâné deux heures aux alentours, et amplement satisfait notre curiosité mercantile et culturelle. Il faut dire que nous avons quitté notre gîte à 11h30, et qu’une escale gastronomique serait la bienvenue à ce moment de la journée. Aussi prenons-nous la direction des Halles, autre curiosité et étape obligatoire de ce périple de rêve.

                   Le Marché couvert  de la place Israels Plads : le Thorvehallerne

img_7754-1-copieEn réalité, ce ne sont pas les coupoles de verre qui font la célébrité architecturale de ce marché que nous découvrons, mais une réplique provisoire construite à l’identique. Situé à quelques mètres seulement, le « vrai » marché couvert, le plus grand de Copenhague, est pour le moment en rénovation. Mais nous ne perdons rien au change et il faut être averti pour s’en rendre compte ! La surface (700 m2) est la même ainsi que le nombre des restaurants, boutiques et kiosques prêts à nous recevoir et à satisfaire notre appétit grandissant et nos papilles en ébullition. Le temps de faire le tour de ce palais de la dégustation, de trouver quatre places libres et de choisir nos menus, nous sommes radicalement émerveillés autant par la diversité, la qualité et la fraîcheur des victuailles que par l’accueil, la disponibilité et la gentillesse du personnel. Fidèles à notre habitude, nous ne commandons que des spécialités. Simplicité, authenticité, telle est notre devise gastronomique. Le tout, bien entendu, arrosé d’une belle bière locale mousseuse à  souhait, à l’arôme et à la saveur incomparables.

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Enfin, au Marché Thorvehallerne, pour reprendre une précision trouvée sur le site visitdenmark.fr, et que je confirme : « aux restaurants et aux petits kiosques s’ajoutent les vendeurs et les producteurs qui offrent leurs marchandises aux visitateurs, comme d’excellentes sélections de thé, café et d’autres produits alimentaires. »

Pour rire : ce petit singe du T . Ph R.Joyeux

Pour sourire : ce petit singe du Thorvehallerne, amateur de banane . Ph R.Joyeux

En route pour le Musée Carlsberg

Une pièce de la collection égyptienne- Ph. Alexandre

Une pièce de la collection égyptienne- Ph. Alex

La troisième étape de notre visite de Copenhague en ce dimanche 7 août, n’est autre que le Musée Carlsberg situé au centre-ville, assez loin d’Israels Plads, ce qui nous oblige à prendre le métro. Petit moment de repos pour nos jambes, propice en même temps à la digestion. Il ne faut néanmoins pas s’endormir car la journée avance à grands pas, même si le soleil se couche encore assez tard en ce troisième tiers de l’été. Ce Musée, nommé  Glyptothèque, a été créé par le fils du célèbre brasseur Carlsberg et construit en trois étapes : 1897 – 1906 – 1996. Sa réputation internationale vient de toutes les collections exposées, danoises et étrangères : peintures et sculptures notamment, enrichies d’une collection d’art étrusque. Le temps nous manque pout tout voir et apprécier. Entre les Gauguin, Monet, Pissaro, Cézanne, Renoir, Delacroix, Degas, Toulouse-Lautrec, Bonnard, pour ne citer que les Français, nous ne savons où donner du regard. Sans compter les pièces uniques de la statuaire grecque et romaine qu’il faut voir à tout prix, ainsi que les salles réservées à Rodin, aux bas-reliefs égyptiens, aux sarcophages… C’est merveille à tous les étages et recoins de ce fantastique temple de la culture. Heureusement, pour nous guider des dépliants nous renseignent sur les pièces exposées ce qui nous facilite le parcours. Mais pour vraiment tout apprécier il faudrait une seconde et une troisième visites. Retenez bien l’adresse de ce Musée : 7, Dantes Plads, 1556 Copenhague, Danemark, en face des Jardins du Tivoli.

Façade du Glyptothèque - Ph. R. Joyeux

Façade du Glyptothèque à Copenhague – Ph. R. Joyeux

Christiania : la ville libre de Copenhague

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À l’entrée de Christiania – Ph. R. Joyeux

Il est impensable de séjourner à Copenhague sans avoir parcouru la ruelle centrale de ce quartier édifié en 1971 sur les terres d’anciennes casernes et autoproclamé « Ville libre de Christiania ». C’est ce que nous faisons en cette fin de journée du 7 août 2016. Ville libre certes, mais truffée d’interdictions, en particulier celles de porter des armes et de prendre des photos, ou alors il faut être particulièrement discret et ne pas se laisser prendre en flagrant délit. Des gardes parmi les résidents veillent, qui sont prêts à vous bondir dessus et vous confisquer appareil photo ou portables et pas gentiment, à ce qu’il paraît, et ce, en dépit les effets euphorisants du cannabis que l’on peut se procurer et « consommer » à sa guise en toute liberté, à l’exclusion de toutes drogues dures dont la vente est interdite sous peine de bannissement. Communauté autogérée, en conflit permanent avec les autorités, mais qui tient bon malgré la date déjà fixée par le gouvernement danois de l’évacuation de la zone et sa destruction annoncée. En attendant, au son d’une musique endiablée exécutée par un groupe hippie sous un chapiteau improvisé, nous parcourons en toute quiétude, avec d’autres visiteurs impassibles, ce paysage insolite quasi urbain aux baraques à l’architecture improbable, incrustées au milieu de la verdure et d’un plan d’eau troublé uniquement par les vaguelettes soulevées par le vent du large. Nous faisons le tour de la zone pour regagner nos pénates, la tête emplie d’images et d’émotions, plus que satisfaits de notre séjour danois et prêts à poursuivre plus au nord notre périple puisque demain lundi 8 août, nous naviguerons vers la Suède et sa mythique capitale : Stockholm.

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Sculpture insolite ( ph. R. Joyeux prise en cachette)

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La Toussaint : une triple signification pour les Saintois

Bonjour chers lecteurs
À celles et ceux qui attendent la suite de mon voyage en Scandinavie je demande de bien vouloir m’excuser pour cette interruption indépendante de ma volonté et de patienter encore un peu. Je terminerai cette chronique d’été dans quelques jours. En attendant, voici, en cette veille de la Toussaint, l’article que j’avais publié sur le sujet fin octobre 2013. Estimant qu’il est toujours d’actualité, en dehors des dates et de la disposition des illustrations, je ne l’ai modifié en rien. J’ai aussi ajouté une photo prise cette année 2016. Ce qui me donne l’occasion de préciser que notre petit cimetière est plus coquet que jamais. Employés communaux et particuliers ont eu à cœur en effet de peaufiner entretien et embellissement. Ce qui signifie que le culte et le respect des morts restent toujours très vivaces à Terre-de-Haut et que nos disparus ne sont pas oubliés. Une pensée particulière pour tous ceux qui nous ont quittés en cette année 2016, aux Saintes ou ailleurs : parents, amis, connaissances…

La découverte du 4 novembre 1493

images3La période de la Toussaint devrait être pour les Saintois l’occasion de célébrer un triple événement. L’anniversaire tout d’abord de la découverte de notre Archipel par Christophe Colomb voilà 523 ans cette année 2016, la fête des Saints ensuite, la commémoration enfin de nos semblables défunts.

Si le premier de ces trois événements est généralement passé sous silence, nous n’apprendrons rien à personne en rappelant que c’est à son deuxième voyage que Christophe Colomb, parti de Cadix le 25 septembre 1493, aperçut la Désirade, après 21 jours de navigation depuis les îles Canaries ; puis Marie-Galante et la Dominique le dimanche 3 novembre 1493. Et c’est au matin du lundi 4, qu’il aperçut et baptisa notre petit Archipel Los Santos en se rapprochant de la Guadeloupe proprement dite pour y faire reposer ses équipages. Nous étions en l’octave de la Toussaint et le nom se féminisa par la suite en se francisant, d’où : Les Saintes.

La fête de tous les Saints

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Fra Angelico : L’assemblée des Saints
1423 – 1424

Quant aux deux autres événements, respectivement célébrés chaque année le 1er et le 2 novembre par les catholiques, chacun sait que ce sont deux fêtes religieuses établies par l’Église de Rome aux 8ème et 10ème siècles. La première, codifiée par le pape Grégoire IV pour honorer les Saints et Martyrs, la seconde instituée en 998 par  Saint Odilon, abbé de Cluny,  pour commémorer les fidèles décédés.

La célébration des morts

Illumination d'un cimetière en Pologne le 2 novembre

Illumination d’un cimetière en Pologne à la Toussaint 

Si les traditions varient d’un pays à l’autre, voire d’un cimetière à l’autre, quant à la manière d’honorer les morts en rénovant et en fleurissant par exemple les tombes avec tel ou tel type de fleurs, l’usage de les illuminer, s’il n’est pas universel, n’est pas non plus l’exclusivité des Antilles et encore moins des Saintes. Dans beaucoup de pays de par le monde, la tradition de l’illumination est bien établie, comme le montre la photo ci-dessus d’un cimetière polonais un soir de premier novembre.

Le petit cimetière de Terre-de-Haut

Tombe d'autrefois rénovée

Tombe d’autrefois rénovée. Ph R. Joyeux

Pour revenir aux Saintes, il faut bien se rendre à l’évidence : le petit cimetière de Terre-de-Haut autrefois renommé pour ses modestes tumulus de sable, entourés de conques de lambis, remplacées chaque année en cette période, a perdu depuis longtemps son cachet et son originalité. S’il subsiste encore quelques rares sépultures traditionnelles, typiquement saintoises, régulièrement entretenues par les familles des défunts, la quasi totalité des tombes d’aujourd’hui sont des caveaux de béton qui ne présentent en soi aucun intérêt culturel ou esthétique, même si les guides touristiques persistent abusivement à recommander une visite du lieu, pour, prétendent-ils, « son pittoresque et son caractère unique exceptionnel », ce qui reste à prouver aujourd’hui mais qui était parfaitement vrai autrefois.

Caveaux de béton actuels

Caveaux de béton actuels. Ph R. Joyeux

Les tombes de marins

Ce qui fait néanmoins l’intérêt de ce cimetière devenu trop petit, (au point d’empiéter sur le morne voisin), mais chaque année rénové et embelli par le nettoyage, la peinture et la remise en état des tombes et des allées, c’est le fait que pas moins de 28 matelots et officiers de tout grade de la Marine nationale française y ont été inhumés entre 1838 et 1941, à une époque où les navires de guerre français faisaient escale aux Saintes et y étaient bienvenus.

 

Mémorial des marins décédés

Mémorial des marins décédés

En cette année 2013 (et cette année 2016 également), on ne peut que se réjouir de constater qu’un réel effort ait été accompli pour relever quelques-unes de ces tombes, désensabler les sépultures enfouies, entourer certaines de conques, repeindre les pierres tombales ou les stèles, allant même parfois, par excès de zèle,  jusqu’à cacher sous la peinture blanche la marque tricolore barrant le haut de leur croix.
Un monument en leur mémoire est édifié qui porte leurs noms et l’année de leur décès. Quant aux tombes elles-mêmes de ces marins morts et enterrés aux Saintes, on peut en répertorier aujourd’hui une petite douzaine pour la plupart surmontées d’une plaque de cuivre gravée, souvent difficilement lisible, d’une croix en bois ou d’une stèle de pierre mentionnant généralement leur identité, leur qualité, leur grade, leur région d’origine parfois,  la date exacte et la cause de leur décès.

Illuminations à Terre-de-Haut Ph R.Joyeux

Illuminations à Terre-de-Haut. Photo R. Joyeux

En attendant que les sépultures de ces marins soient totalement réhabilitées et leurs occupants parfaitement identifiés, les photos qui suivent sont un modeste hommage rendu à leur mémoire.

Tombe de marin

 Quartier-maître torpilleur LE GALLOU Paul
décédé aux Saintes en 1897

Tombe d'un marin inconnu

Tombe d’un marin inconnu

Pierre tombale rénovée

Pierre tombale désensablée et rénovée

Et pourquoi ne pas imaginer qu’un jour on réunisse dans un carré qui leur serait réservé les restes et les tombes éparpillées de ces militaires ? Ce serait tout à l’honneur des autorités saintoises, et Terre-de-Haut se réconcilierait ainsi avec la Marine nationale qui a tant servi l’Archipel et ses habitants par le passé. Mais peut-être aussi qu’en les laissant mêlés  aux sépulcres de la population, on perpétue les liens qui les unissaient aux gens du pays. Cette idée n’est pas non plus finalement à rejeter ! À vous, lecteurs, de donner votre avis et d’exprimer vos suggestions.

Allée centrale : les bordures en conques étaient en cours le jour de la photo.

Allée centrale : la décoration des bordures était en cours le jour de la photo, 26 octobre 2016

R.Joyeux

 

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L’été voyageur (suite)

Deuxième étape :
COPENHAGUE (1ère journée)

Le salon de notre logement à Amsterdam. Ph. R. Joyeux

Le salon de notre logement à Amsterdam. Ph. R. Joyeux

Après ces trois journées de rêve à Amsterdam, nous voilà en route, ce vendredi 5 août 2016 pour Copenhague. Avant le départ, en milieu de matinée, nous astiquons et rangeons notre logement pour le laisser au moins aussi propre et accueillant qu’à notre arrivée. C’est une question de bienséance et de respect pour nos charmants hôtes néerlandais. Nous n’avons d’ailleurs jamais dérogé à ce principe sacré et élémentaire. Ce qui est généralement le cas, soyons justes, pour la plupart des visiteurs puisque sur le site de location, les propriétaires laissent toujours un commentaire sur leurs clients et rares sont les critiques négatives concernant l’état des lieux après leur passage. Notre gros souci cependant c’est de charger adéquatement la voiture pour, en plus du coffre déjà bien rempli, laisser la place à l’arrière à deux passagers sans leur entraver les jambes avec des paquets, style coussins originaux acquis à bon prix… Sans compter les autres achats qui surviendront par la suite. Bon, ce n’est plus le temps de tergiverser, il est 10 heures et nous avons à faire d’une traite 785 Km pour arriver à destination, soit plus de 9 heures de voyage dont une en ferry avec armes et bagages !

Les embouteillages de Hambourg

Avant de nous embarquer à 18h15 sur un ferry de la compagnie Scandlines pour rejoindre le Danemark, nous devons traverser une bonne partie de l’Allemagne du nord et subir les embouteillages de la périphérie de Hambourg. Mis à part les kilomètres avalés depuis le départ à 10h15 d’Amsterdam, c’est le seul inconvénient que nous rencontrons. Il faut savoir en effet que les autoroutes allemandes sont gratuites et que la vitesse y est illimitée. Ce qui nous permet de tester les performances de la voiture (hum… hum !) et de récupérer une partie du temps perdu dans l’embouteillage ! À vrai dire, le plus impressionnant ce n’est pas tant l’absence de limitation de vitesse que la discipline et la prudence innées des Allemands (et des gens du Nord en général) en matière de conduite automobile : distance respectée entre les véhicules, utilisation des clignotants, dépassement sans danger, retour systématique sur la voie de droite : une vraie culture sécuritaire de la route dont les Français (et les Guadeloupéens) devraient grandement s’inspirer… Conduite sereine donc qui nous permet d’arriver sans encombres à Puttgarden, ce petit port d’Allemagne sur la Baltique où nous attend notre ferry…

Paysage bucolique d'Allemagne du nord. - Ph. R. Joyeux

Paysage bucolique d’Allemagne du nord. – Ph. R. Joyeux depuis la voiture

Embarquement et arrivée au Danemark

À part être allé une fois en barge à Marie-Galante avec ma voiture depuis Pointe-à-Pitre, (ce qui m’avait coûté plus cher que d’en louer une sur place !) je n’ai jamais pris véritablement de ferry. C’est dire combien cette liaison maritime insolite pour moi entre l’Allemagne et le Danemark m’intéresse. L’embarquement se fait à Puttgarden sur la petite île allemande de Fehmarn (reliée par un pont au continent). Une seule compagnie, la Scandlines, assure la traversée de 18 km, que ses navires effectuent 48 fois par jour en 50 minutes avec environ 300 véhicules et leurs occupants.

En attente du ferry, notre voiture en TT louée depuis PàP. Ph. R.Joyeux

En attente du ferry, notre voiture en TT louée depuis PàP. Ph. R.Joyeux

Aucune procédure douanière d’embarquement, sauf à payer la traversée (93€ pour une voiture et quatre passagers) et à prendre votre ticket qui vous indique la file à suivre, tout étant réglé par ordinateur. Une petite attente d’une demi-heure, le temps que le ferry accoste de sa traversée en cours et vous voilà parti sous le soleil pour le Danemark. À bord, sitôt la voiture sagement garée à l’emplacement prévu, vous gagnez le pont supérieur où tout est organisé pour vous rendre la traversée agréable : boutiques, bars, restaurants, salles de repos, larges coursives extérieures pour vent du large et bains de soleil si vous ne craignez ni les ultraviolets ni d’être décoiffé.

Un des ferries assurant la traversée. Ph. R. Joyeux

Un des ferries assurant la traversée. Ph. R. Joyeux

Le débarquement à Rodby au Danemark se fait aussi aisément que l’embarquement : aucune formalité particulière. Ce qui prouve que sur ce point l’Europe a du bon même si certains pays ont conservé leur monnaie, toutes facilement convertibles en euros. Il nous reste 2 heures de route avant notre arrivée à Copenhague que nous atteignons à 21 heures 20 exactement, alors que la nuit n’est pas encore tombée. Parti lui aussi en voyage, notre logeur a laissé la clé à la gare (c’est une habitude, semble-t-il). Nous la récupérons sans problème et trouvons facilement son adresse, guidés par le GPS. Il est trop tard pour une visite de la ville mais nos horaires sont globalement respectés et avons prévu de quoi dîner…

Visite de la ville

Samedi 6 août

En préparant ce périple fin mai, nous n’avons pas oublié que nous serons en vacances et maîtres de notre temps. Ô trop heureux professeurs et étudiants s’ils connaissaient leur bonheur !  pour parodier maladroitement la célèbre adresse de Virgile aux agriculteurs  « O fortunatos nimiun agricolas »… citation que connaissent tous les latinistes un peu sérieux. Aussi nos levers, sans être trop tardifs, ne sont pas non plus trop matinaux. C’est donc dans la matinée déjà bien avancée du samedi 6 que nous prenons vers 11h le bus pour le centre ville, comme nous l’avons fait à Amsterdam. Sans but précis nous errons dans les quartiers populeux, côtoyant dans la plus longue rue commerçante d’Europe des visiteurs de toutes nationalités, reconnaissables à leurs parlers. Ce qui nous confirme que Copenhague est une capitale cosmopolite, ouverte à la culture et à la convivialité. C’est une ville où il fait bon flâner dans les rues anciennes, où les façades des maisons du XVIIè siècle donnent sur des places pavées ou se reflètent sur l’eau tranquille des canaux fréquentés de magnifiques voiliers traditionnels aux pavois multicolores.

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Quatorze heures : après avoir bien marché et conduit nos pas de merveille en merveille, un en-cas s’impose que nous dénichons dans un petit bar en sous-sol sans prétention mais fleurant bon le quartier populaire et la tradition culinaire danoise. Pour que personne ne soit en reste, c’est équitablement que nous nous partageons les deux plats de spécialités recommandées par la serveuse. La photo ci-dessous vous donnera certes un bel aperçu des coloris mais il vous manquera le piquant alléchant des saveurs et le chuintement harmonieux des bulles de la bière dans nos verres. O fortunatos nimiun !

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Cette pause gastronomique bien méritée ne signifie pas la fin de notre promenade. Nous avons un long après-midi devant nous car, à cette latitude, le soleil se couche encore tard à cette époque de l’année. Sont au menu : un petit tour sur le port où la foule bon enfant circule paisiblement entre les stands, la visite incontournable à la Petite Sirène, un passage obligé devant la citadelle (le fameux Kastellet), le palais d’Amalienborg, résidence officielle de la famille royale et, pour finir la journée, la tour en spirale de l’église Notre Sauveur.

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Impossible pour moi de photographier convenablement la Petite Sirène, cette œuvre archi connue du sculpteur Edvard Eriksen et mascotte du port de Copenhague que voilà peu j’aurais juré ne jamais voir « en vrai ». Difficile donc à photographier, tant à cause de la foule des visiteurs massés devant le site que par la lumière inappropriée qui m’empêche de bien voir le visage de la fille la plus photographiée du pays ! Je vous donne néanmoins un aperçu du résultat mais pour en savoir plus sur cette statue mythique, je vous renvoie à Internet, vous trouverez tous les détails de sa rocambolesque histoire :

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Sur notre parcours, notre admiration est sans borne pour les aménagements urbains – tout est fait ici pour rendre la vie des citadins (et des visiteurs) pratique et agréable -,  le paysage et les nombreux bâtiments historiques qu’il me serait loisible de décrire et que j’ai photographiés en long et en large, peut-être inutilement. Mais mon texte lui-même déjà trop long m’interdit de m’attarder. Aussi sans transition, je passe directement à l’escalade de la Tour en spirale de l’Église du Saint-Sauveur. C’est du haut de cette tour ronde sans marche (pour permettre aux chevaux d’accéder au sommet) que la ville nous apparaît dans toute sa splendeur et son architecture unique au monde : paysage urbain incomparable, ponctué des dômes ou clochers verts des églises et leurs flèches lancées à l’assaut du ciel.

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Le soir descend lentement mais si la foule est toujours aussi dense nous devons penser, sans nous presser, à regagner nos pénates… non sans nous arrêter dans les boutiques et à la pâtisserie Konditori La Glace dont l’alléchante vitrine nous invite à entrer. Une journée donc à marquer d’une pierre blanche alors que Copenhague ne nous a pas encore livré tous ses secrets, très loin de là. Ce sera sans doute chose faite en partie demain dimanche et que je vous relaterai dans une prochaine chronique. À bientôt donc chers lecteurs et un grand merci pour votre constance et votre patience à me lire.

Sous le ciel de Copenhague, le samedi 6 août 2016 - Ph. R. Joyeux

Sous le ciel de Copenhague, le samedi 6 août 2016 – Ph. R. Joyeux

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Le merveilleux jardin de Tonton Fernand

img_5682-copieÀ l’heure où nous apprenons le décès subit de notre ami Fernand BÉLÉNUS, faisant une parenthèse sur mon récit de voyage, je vous propose l’article publié en janvier 2014 et rédigé par Alain Joyeux sur le jardin merveilleux de Tonton Fernand. J’exprime ici ma vive sympathie et mes plus sincères condoléances à l’épouse, aux enfants et à la famille de Fernand. Cette immense personnalité saintoise laissera à coup sûr une trace indélébile dans la mémoire collective de notre population. Par son humour, sa jovialité, sa détermination et son sens de la justice, Fernand, électricien professionnel, fut également un navigateur chevronné et, depuis sa retraite de l’EDF, avait réalisé un magnifique jardin biologique que nous décrit superbement Alain Joyeux.  Puisse cette chronique contribuer à perpétuer la mémoire de notre ami Fernand auprès de tous les Saintois mais aussi de tous ceux qui de Guadeloupe, de France et de Navarre avaient l’habitude de descendre chez lui à Grand’Anse et qui ont su apprécier son accueil, son franc parler et ses connaissances de l’histoire saintoise. Ils sauront, comme nous, qu’ils ont perdu un ami sincère, généreux et courtois. Paix à son âme.

UNE OASIS SUR UN CAILLOU ARIDE

Tonton Fernand : un jardinier artiste Fresque réalisée dans son jardin

  Un jardinier artiste : 
Fresque réalisée par Tonton Fernand sur un mur de son jardin biologique

Dans le domaine des recettes écologiques de bonne fame (orthographe exacte de l’expression originale : du latin fama, qui donne fameux en français, famous en anglais, et qui signifie «de bonne réputation ou de bonne notoriété»), voici un témoignage  agroécologique rapporté, contre toute attente, de l’île la moins agricole entre toutes de l’archipel de la Guadeloupe : j’ai nommé la belle Terre-de-Haut des Saintes, réputée pour être le repaire des meilleurs pêcheurs de la Caraïbe et pour ses clichés d’Éden touristique, mais peu connue pour ses quelques jardiniers qui ont le grand mérite de cultiver des fruits et légumes sous un climat de sécheresse plus propice aux cactus qu’aux salades !

Tonton Fernand dans son jardin

Tonton Fernand récoltant du zavé

Rencontre, imprévue donc, avec Tonton Fernand, hôte d’accueil avec son épouse, proposant de ravissants bungalows pour voyageurs curieux, dans un cadre de verdure atypique sur cet îlot aride. Fernand s’est investi dans l’aménagement et la culture d’un jardin créole biologique (fruitiers, potager et basse-cour) sur son petit domaine en bord de mer, entre le cimetière et l’aérodrome local. Ce dernier, construit par l’armée dans les années 1966-67, avait privé l’île d’un biotope unique, celui d’un étang d’eau douce-saumâtre où le bétail pouvait s’abreuver, biotope disparu qui était aussi le refuge d’oiseaux de mer sédentaires et migrateurs. Les oiseaux de fer avaient eu raison de ceux à plumes… Mais les plumes, nous le verrons plus loin, n’avaient pas dit leur dernier mot !

Arrosage fernand 7

Eau d’arrosage de récupération

Premier problème à régler sur ce « caillou aride » : L’EAU. A savoir qu’il n’y a pas de source ni de puits sur l’île. Celle-ci n’est reliée que récemment (1994) à un réseau de conduites sous-marines depuis la Guadeloupe – elle est par conséquent très chère au robinet public. (Relire l’historique de Raymond sur le sujet). L’eau utilisée par Fernand provient de ses citernes domestiques de récupération pluviale (30m³ de réserve, idéal pour tenir le « carême », saison sèche aux Antilles).

Deuxième ressource primordiale : La TERRE. Le sol hérité n’étant constitué principalement que de sable blond marin, silice quasiment pure et sel peu fertiles, un amendement de sables volcaniques noirs importés de Guadeloupe (du Continent comme disent les Saintois !) a été le choix de sol adopté, amendement enrichi ensuite par du compost. Possesseur du seul broyeur de végétaux de l’île, Fernand élabore ainsi son compost à partir de biomasse récupérée dans son jardin (fibre de coco, déchets de cultures…) ou sur la plage atlantique de Grande Anse qui borde son petit domaine (algues).

Culture sous serre avec brumificateur

Culture sous serre avec brumisateur

Pour les semences, en plus des spécialités locales, il ramène des variétés de ses voyages réguliers en Europe et en France qu’il acclimate : tomates, salades, haricots… et des artichauts dont il est fier ! Sa dernière création au jardin : une ombrière avec un système d’arrosage par brumisa-teur pour les salades.

Hormis toutes les bonnes raisons qui précèdent et la cordialité de l’accueil, l’intérêt de cette rencontre pour notre sujet est l’utilisation par Fernand de fertilisants originaux ainsi que de répulsifs à base de plantes locales, plantes spécifiques à ce micro-climat .

Un résultat éloquent

Un résultat éloquent

Les Saintois, population insulaire longtemps isolée (où tout vient de la mer et par la mer), manquant d’eau, ont toujours cultivé l’art de l’économie de ressources et de moyens, art du système D, de la récupération et du recyclage. Il est ainsi naturel que les habitants encore en lien avec la mémoire collective du manque et de l’isolement, gardent une attitude et des gestes d’économie et optimisent au maximum ce qu’ils ont sous la main, car ici tout coûte en effort et en argent pour faire venir par bateau l’indispensable, le nécessaire et le superflu… Cet état d’esprit avisé perdure encore parmi les Saintois(es) même si les temps récents d’abondance et de gaspillage font quelque peu oublier à certains ces sages habitudes.

Plumes fernand

Rien d’utile ne se perd !

Parmi ces recyclages créatifs et fertiles, voici celui à partir du plumage de nos chers volatiles de basse-cour ! Fernand utilise donc les plumes et le duvet de ses volailles (sacrifiées à la gastronomie) qu’il laisse macérer dans l’eau de pluie jusqu’à désagrégation dans un bac hermétique stocké à l’ombre pendant trois semaines… La préparation est filtrée, diluée et ajoutée à l’eau d’arrosage. Fernand a testé une demi parcelle avec cette macération et l’autre sans ; les résultats sont parlants : les cultures en place sur le sol arrosé avec cette préparation furent incomparablement plus vigoureuses et nettement plus productives !

Cabris sur mornes

Cabris en liberté broutant sur les mornes

Autre préparation fertilisante : son purin d’orties. Non pas de l’ortie du type labiée que nous connaissons en Europe dont il existe une variante tropicale que l’on peut trouver en Guadeloupe, mais de cette ortie dite « zoti » qui est une liane très urticante qu’il ramasse dans les mornes, collines de forêts sèches. Parenthèse utile pour dire que ces forêts arbustives sont d’ailleurs menacées par l’érosion galopante induite par une surpopulation de cabris affamés (cheptel privatif errant) dont la salive corrosive ne laisse aucune chance aux arbustes mutilés et aux jeunes pousses. Cette menace écologique de désertification de l’île n’est pas connue des visiteurs  amateurs de plages et d’eaux turquoises et est absente des préoccupations des élus locaux (jusque à preuve du contraire – nous tendons encore une perche ). Cette commune insulaire touristique joue pourtant la carte de l’écologie dans les documents promotionnels diffusés ; un vœu en partie cependant exaucé si l’on considère par exemple que la décharge municipale située longtemps à l’emplacement d’une réserve de biotope a été supprimée, par une directive européenne, en janvier 2011.

Aloes

L’aloès : une mine de vertus thérapeutiques

Une des plantes utilisée comme répulsif des pucerons et autres insectes indésirables, est l’aloès. Cette plante médicinale aux multiples vertus reconnues depuis l’Antiquité est abondante sur ces îlots rocailleux ; plante de bonne fame s’il en est ! L’amertume caractéristique de l’aloès a donné l’idée à Fernand d’en préparer une macération qu’il pulvérise en traitement foliaire… L’aloès, est notoirement utilisé aux Antilles et réputé pour son efficacité remarquable : multiples usages, en interne (traitement auxiliaire des ulcères, hémorroïdes…) et en externe ( cicatrisant, régénération de la peau – brûlures, coups de soleil…). Il est de plus connu des femmes allaitantes en badigeon sur les seins pour sevrer les bébés). L’enfançon voudra alors trouver meilleur ailleurs… La comparaison est peut-être indélicate mais pertinente : les insectes suceurs délaissent pareillement la sève des plantes ainsi enrobées !

Insecticides naturels à base de végétaux endogènes

Répulsifs et insecticides naturels à base de végétaux 

Pour lutter contre les maladies cryptogamiques, Fernand a remarqué deux plantes (le mangle bord de mer, en créole « mang’ » et le « zavé », arbustes du littoral ) qui, à l’état naturel sont toujours vigoureuses et jamais malades malgré de rudes conditions extérieures (sécheresse, vents salins…). Cette observation lui suffit pour élaborer à partir des feuilles de ces arbustes des macérations qu’il pulvérise à titre préventif et curatif. Les recettes communiquées seront utiles à peu de personnes (hormis, peut-être, celle à base de plumes ) mais l’exemple vaut ici pour illustrer cette capacité d’adaptation à des conditions très localisées, ce qui révèle à la perfection ce que l’on entend par « agroécologie » : c’est-à- dire une authentique intelligence verte, basée sur l’observation, la récupération ou la transformation des déchets organiques, ou considérés comme tels, ainsi que sur l’utilisation créative des ressources minérales, végétales et animales alentour des lieux de cultures.

Calebasse douce tropicale

Calebasse douce tropicale

D’aucuns diront qu’une telle agroécologie n’est possible qu’à l’échelle de jardiniers amateurs sur de petites surfaces sans enjeu économique et non soumise à des contraintes de production. Certes ! Mais les expériences à plus grande échelle ( que nous avons présentées lors de ces journées d’échange en Guadeloupe) existent néanmoins et montrent la pertinence de ces pratiques et leurs possibilités de haut rendement à long terme. Le jardinier n’est pas l’agriculteur, mais un défricheur d’idées et de pratiques, un expérimentateur qui ouvre des chemins possibles pour les professionnels présents et à venir. Alors, à nos jardins, citoyens !

Fernand doigt

Le jardinier écolo : un exemple à suivre

«L’agroécologie : un enjeu global, des actions locales ! » Le local commence par le tout petit, le lopin privé, le jardin créole familial et convivial… Les rencontres que nous avons proposées en Guadeloupe, « Radio-bois-patate » la bien nommée (le bouche à oreille antillais) et,  je l’espère, ce bref  reportage, ont fait et feront leur travail de diffusion nécessaire. Je le souhaite en tout cas.

Alain Joyeux

étang B

L’Étang Bélénus en pleine eau – Année 50

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Un été voyageur (1)

Bonjour chers amis. Comme promis, me voilà de retour. J’espère que vous avez passé de belles et fructueuses vacances et que la rentrée n’a pas été trop dure. Je sais, ce sont des expressions banales et convenues, mais elles veulent dire ce qu’elles veulent dire et je n’ai malheureusement pas d’autres mots… Pour prolonger mentalement ce bel été qui s’achève, je vous propose en plusieurs chroniques (j’ignore pour l’instant combien), le compte-rendu de notre périple nordique en sollicitant votre indulgence pour la longueur des textes et la médiocrité des photos pas toutes réussies. Bonne lecture.
R. Joyeux

La culture en marchant : La Dordogne – Paris

Après une quinzaine de jours d’un beau temps exceptionnel mis à profit du 14 au 18 juillet pour découvrir la Dordogne et ses surprenants villages perchés, nous voilà de retour à Paris le 31 après un crochet viticole trop rapide par la Bourgogne. Lever tardif ce lundi 1er août. Ce qui ne nous empêche pas de faire une virée dans la Capitale l’après-midi, sous le soleil. Et de nous rendre chez Gibert, le célèbre temple parisien de la littérature et du voyage, Boulevard Saint-Michel. Histoire de nous mettre en condition pour notre imminent périple en pays scandinaves. Bien qu’ayant déjà préparé minutieusement cette longue et très prometteuse expédition, mes trois accompagnateurs, Alex, Anne et Chantal (voir chroniques romaines de l’été 2014) s’attardent aux rayons cartes et guides au cas où un détail pittoresque « à ne rater sous aucun prétexte » leur aurait échappé et qu’ils comptent ajouter à leur lot déjà bien fourni de visites. J’achète pour ma part et pour une cinquantaine d’Euros, un livre de Kenneth White que je n’avais pas : La mer des lumières ; les dernières parutions en poche de Jim Harrison, immense écrivain-voyageur américain s’il en est, récemment disparu ; Les chansons de Bilitis du sulfureux Pierre Louÿs, et pour finir, en occasion, Mémoire de fille d’Annie Ernaux dont j’ai entendu beaucoup de bien sur une radio nationale mais qui – opinion toute personnelle – ne m’a pas particulièrement emballé.

Paysage périgourdin

Paysage périgourdin – Ph. R.Joyeux

Escapade nordique : que du plaisir !

Première étape : Amsterdam

Cinq heures 45 de route prévues pour 514 Km que nous parcourons à vitesse raisonnable en nous relayant. Une petite pluie nous accompagne en ce mardi 2 août 2016 jusqu’en Belgique. Partis de Paris à 9h55, nous arrivons à notre première destination, Amsterdam, à 18h36, sous un ciel à peine dégagé, non sans avoir fait une escale gastronomique obligée à Gand, ville que nous connaissons déjà mais que nous tenons à « revoir », ne serait-ce que pour ses succulentes bières – interdites au chauffeur -, ses inimitables moules-frites et son non moins célèbre waterzooï !

Gand à la recherche d'un resto. Ph. R. Joyeux

Gand : 14 heures, à la recherche de la frite. Ph. R. Joyeux

Le Quartier Rouge

Qui n’a jamais rêvé de connaître un jour Amsterdam et son port mythique si magistralement chanté par Jacques Brel ? Rêve amplement réalisé pour nous, même si pour le Port il nous faudra attendre la troisième journée du séjour. Chaleureusement accueillis par nos hôtes à notre arrivée en début de soirée, nous ne nous attardons pas à notre gîte. Et c’est une fois installés que, la nuit à peine tombée, nous gagnons le centre-ville par bus avant de sillonner pédibus cum jambis, sous une pluie fine rafraîchissante, et portés par un imposant fleuve humain, les quartiers les plus chauds de la célèbre cité où s’exhibent en vitrines de jeunes et jolies prostituées à la tenue plus qu’aguichante. Amsterdam, cité internationale de 840 486 habitants (1 350 000 avec l’agglomération), et capitale du royaume des Pays-Bas, bien que le siège du gouvernement et les principales institutions se trouvent à La Haye… Laissant pour les jours suivants visites de musées et déambulation le long des canaux, nous regagnons nos pénates vers 23 heures, heureux de retrouver nos lits après la fatigue de la route et un frugal repas-maison à base de tomates et de saumon poivré, le tout arrosé d’une mousseuse bière locale à vous faire tomber !

Quartier chaud d'Amsterdam - Ph R.Joyeux

Dans le Quartier rouge la nuit – Ph R.Joyeux

Le royaume du vélo

Ce qui frappe d’abord le visiteur parcourant Amsterdam c’est la quantité incroyable de vélos qui circulent dans la plus parfaite discipline, respectant scrupuleusement les couloirs prévus à cet effet. Certes, la ville est surtout réputée pour ses majestueuses demeures du Siècle d’Or, ses musées incontournables, ses canaux semi-circulaires, ses quelque 1500 ponts, ses coffee shops où le canabis se négocie librement, son fameux quartier rouge évoqué plus haut et la Maison d’Anne Franck, mais les files ininterrompues de citadins (et sculpturales citadines) à vélo sont à elles seules un spectacle plus qu’étonnant qui n’a pas manqué de nous séduire et que nous retrouverons tout au long de notre fabuleux parcours en pays scandinaves…

File de vélos à Amsterdam sur fond d'immeubles

Files de vélos sur fond d’immeubles typiques Ph. R. Joyeux

Rembrandt et les harengs fumés

Venir à Amsterdam sans goûter aux « spécialités » locales serait une faute impardonnable. Pour cela nous comptons sur notre guide-maison qui nous a concocté un programme digne d’une agence de voyage de haut niveau, privilégiant surtout le culturel, mais un culturel joyeux et sans snobisme où la gastronomie simple et populaire tient une large place…

Façade du R

Façade du RijksMuseum – début du XIXè siècle – Ph. R. Joyeux

C’est néanmoins par la visite du RijksMuseum que nous débutons cette journée déjà bien entamée du mercredi 3 août. Célèbre pour sa façade début XIXème, ce merveilleux musée propose, parmi d’autres, de précieux tableaux de Rembrandt dont l’Autoportrait en Saint-Paul et la Ronde de nuit qu’à cause de la foule j’ai du mal à photographier en entier. Aussi je préfère vous présenter ci-dessus la façade du musée, qui est à elle seule une œuvre d’art, prise ici sous un angle pas très orthodoxe, je l’admets. Et pour me faire pardonner mon évident manque de professionnalisme, je vous convie à vous rendre sur le Web pour admirer les chefs-d’œuvre du maître qui y sont exposés et… admirablement photographiés…

Rue zootsteeg

Un patron jovial

Un patron jovial derrière sa vitrine de harengs. Ph. R. Joyeux

Le ciel me le pardonne également, car parodiant le Saint Évangile, Matthieu ch. IV- versets 3-4, je dirai que l’homme ne vivant pas que de peinture, il nous faut, après ce génial bain pictural, nous préoccuper de satisfaire nos misérables appétits alimentaires quelque peu aiguisés par ce trop plein d’émotions. Il est plus de 14 heures et nous devons trouver l’adresse de cette échoppe de hareng débusquée par notre guide inspirée. Une petite marche à travers des ruelles surpeuplées et nous voici enfin assis, rue Zootsteeg, dans la minuscule salle de ce fish-shop original et combien appétissant ! Une seule tournée de sandwich au hareng ne nous suffit pas. Pour terminer notre bière nous commandons un second service en changeant de spécialité, histoire de contenter à satiété nos papilles émoustillées ! Quel pur bonheur que cette dégustation de hareng ! Le patron, prévenant et jovial, nous accueille comme des habitués. Ah ! si nous l’étions il nous verrait souvent à sa boutique…

Devanture de notre fish-shop du 3 août

Devanture de notre fish-shop du 3 août rue Zootsteeg -Ph R.Joyeux

Le Port, Van Gogh et les patates géantes

Étrange amalgame, me direz-vous, que ce sous-titre olé-olé. Et pourtant c’est dans cet ordre que notre dernier jour à Amsterdam se décline. J’ai, bien sûr, faute de place, passé sous silence nos nombreuses et instructives pérégrinations le long des canaux, la visite de quelques boutiques de faïence et de souvenirs, la maison d’Anne Franck, un arrêt fructueux dans une librairie américaine et une promenade dans le béguinage. Autant de merveilleuses étapes qui occupent la fin de notre matinée du jeudi 4 août. Matinée que clôture vers 13 heures une dégustation de frites arrosée d’une bonne bière rafraîchissante, car, figurez-vous, le soleil nous accompagne.

L'enclos du béguinage et ses splendides façades

Le jardin du béguinage et ses splendides façades – Ph. R Joyeux

Et c’est vers 15 heures ce jeudi 4 août, qu’ayant réservé nos billets pour la balade en bateau mouche, que nous prenons place sur l’une de ces innombrables embarcations qui sillonnent les canaux de la ville en passant enfin par le fameux port de la chanson de Brel. Que de merveilles nous éblouissent au cours de cette mini croisière (plus d’une heure cependant) ! Les mots me manquent pour vous les décrire et la place est restreinte pour les illustrations. En plus de nous permettre de reposer un peu nos pieds fatigués par trois fantastiques jours de fructueuses déambulations, cette promenade sur l’eau est pour nous l’occasion de découvrir et d’admirer quelques-uns des 800 monuments qui jalonnent le circuit. Pour les voir tous il nous aurait fallu une journée et le temps nous est compté. Ce moment privilégié de notre périple pourrait être cependant le point culminant de notre séjour à Amsterdam, s’il ne nous restait encore tant de choses à découvrir dont le musée Van Gogh, notre prochaine escale à terre.

Sur l'un des nombreux canaux. _Ph. R. Joyeux

Sur l’un des nombreux canaux. – Ph. R. Joyeux

Nos billets payés d’avance, c’est en évitant l’impressionnante file d’attente que nous entrons au musée Van Gogh, notre dernier bain culturel néerlandais. Il faut y être allé et y être resté des heures pour réaliser ce que représente pour la Hollande et le reste du monde ce temple moderne de la peinture, édifié en 1973 et consacré au prodige enfant du pays, Vincent Van Gogh. Musée qui reçoit chaque année pas moins d’un million de visiteurs enthousiastes.
IMG_7201 - copie 2Heureux de faire partie de ces innombrables privilégiés qui ont pu s’y rendre, nos yeux ne sont pas assez grands, nos sens pas assez en éveil, pour apprécier à leur juste valeur émotionnelle les tableaux du peintre et de ceux qui l’ont inspiré. Pour saisir son évolution et parcourir les nombreuses lettres qu’il a adressées à son frère Théo. Bien sûr, nous n’avons pu admirer que quelques-uns des 500 tableaux et autres reliques de l’artiste exposés par roulement, mais c’est la voix du haut-parleur annonçant la fermeture qui nous tire de notre émerveillement et nous oblige à la sortie tant nous sommes pris par la magie du lieu et des œuvres présentées. J’ai dit plus haut que la balade en bateau mouche pourrait être le point culminant de notre séjour amsterdamois, mais je crois que je me trompe. C’est cette visite à Van Gogh qui en est l’apothéose et ce n’est ni Chantal, ni Anne, ni Alexandre, amateurs invétérés et très éclairés d’art et d’histoire,  qui me contrediront… Du moins je le crois.

Musée Van Gogh

L’audacieuse architecture du Musée Van Gogh sur la place du même nom- Ph. R. Joyeux

Et pout finir…

Avant de nous rendre une ultime fois au centre ville faire du lèche-vitrine et bien nous imprégner de l’ambiance particulière du quartier rouge où se préparent les dernières parades de la Gay Pride, surnommée ici Canal Pride, nous profitons des derniers rayons du soleil encore tiède de ce début août pour aller déguster une spécialité originale à base de pomme de terre hors norme, fourrée et assaisonnée d’un mélange de fines herbes, de salade hachée et de poisson de la Baltique, saumon ou hareng, au choix. Fort de ma première expérience en ce domaine, je vous laisse deviner ma préférence grâce à la photo ci-dessous, si tant est qu’elle vous permette de découvrir quelques indices…

La patate qui fait du bien. Ph. R. Joyeux

La patate fourrée qui fait du bien. Ph. R. Joyeux

C’est la nuit. Au centre ville, les rues et les ponts, décorés aux couleurs de l’arc en ciel, sont bondés, la circulation pédestre difficile, de la musique et des chants joyeux (!), ponctués des scintillements saccadés des spots, résonnent de l’autre côté du canal. C’est un défilé ininterrompu de tenues bigarrées. Des gens s’embrassent librement ou se tiennent par la taille, tous sexes confondus. Pris dans ce tourbillon libertaire unique au monde, nous devons contourner la fête pour gagner la station de bus. Il est minuit, nous sommes de retour à la maison pour une dernière nuit aux Pays-Bas. Demain : direction Copenhague (plus de 9 heures de route dont une de ferry). Si vous le souhaitez, je vous donne rendez-vous ici-même dans quelques jours pour de nouvelles aventures… et les prochaines chroniques. À bientôt… peut-être ! 

Vue de notre gîte à Amsterdam - Ph. R. Joyeux

Vue de notre gîte côté canal à la périphérie d’Amsterdam – Ph. R. Joyeux

Texte et photos : Raymond Joyeux.

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Quelques jours de vacances…

Chers amis lecteurs,

Éloigné jusqu’au 31 août de la Guadeloupe, je reprendrai la rédaction de mes chroniques à la rentrée prochaine, si Dieu le veut. Avec de nouveaux articles qui, je l’espère, vous intéresseront. En attendant, vous remerciant de votre constance et de votre amicale fidélité, je profite pour vous communiquer les statistiques à ce jour, vendredi 22 juillet 2016.

Depuis la création de ce blog en juillet 2013 :

  • 140 articles ont été publiés.
  • Vous avez été 46 833 à les consulter alors que vous n’êtes que 89 abonnés.
  • Pour un total de 102 475 visites (avec un record de 900 visites en une seule journée).
  • Ces articles ont occasionné 661 commentaires.
  • Les visites proviennent de pratiquement tous les pays du monde, avec un pic de consultation pour la France (Guadeloupe et les Saintes comprises).
    Que ce pont soit le symbole de ce qui nous unit - Ph R. Joyeux

    Que ce pont soit le symbole de ce qui nous unit – Ph. R. Joyeux

    Grâce à vous, et fort de ce succès, je me dois de poursuivre l’aventure. Aussi je vous donne rendez-vous en septembre prochain, si tout va bien et vous remercie encore de votre intérêt. D’ici là, je souhaite une bonne fin de vacances à ceux qui y sont encore et du courage à ceux et celles qui sont toujours au travail ou qui ont repris le collier.

Avec mon amical salut de Rocamadour -Photo R. Joyeux

Avec mon amical salut de Rocamadour – Photo R. Joyeux

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Le Poirier de Jules CORBIN

Les Arbres de la Liberté

Les arbres de la Liberté

Allée de poiriers de la rue principale de TDH

Si les rues de Terre-de-Haut sont (encore) pour la plupart bordées de poiriers-pays, nom vernaculaire du Tabebuia heterophylla, beaucoup de nos compatriotes ignorent peut-être qu’ils ont été plantés en 1848, à la suite de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe, et qu’on les a baptisés pour la circonstance les Arbres de la libertéCette plantation d’arbres emblématiques – qui rappelle celle de 1792 en France hexagonale pour marquer l’avènement de la République – était destinée à mémoriser dans les esprits l’un des événements historiques majeurs du XIX ème siècle : la liberté rendue aux esclaves. Ce qui s’est passé aux Saintes à cette occasion s’est sans doute produit dans la plupart des colonies françaises de l’époque et dans les autres communes de notre département, comme en témoigne ici, pour Vieux-Habitants, un article du journal L’Avenir daté du 16 juin 1848 et rapporté par Adolphe Gatine dans son livre : L’abolition de l’esclavage à la Guadeloupe, (Éditions Karthala 2012) : « Après le repas où n’a cessé de régner la plus franche cordialité, le cortège s’est mis en marche pour l‘église où il a reçu la bénédiction de M. le préfet apostolique. De là nous sommes retournés à la place, en face du salon de verdure, pour planter l’arbre de la liberté. »

Une allée de plus en plus chétive

Les deux rangées de poiriers de la rue centrale de Terre-de-Haut ont certes, avec le temps, subi fatalement les aléas de l’âge et des intempéries. Mais beaucoup de ces arbres magnifiques, faute parfois de soins, soit sont tombés tout seuls, minés par la maladie, soit ont dû être abattus pour permettre ici l’élargissement d’une voie, là le bétonnage d’une place, ailleurs tout simplement l’édification de bâtiments aussi bien publics que privés. C’est ainsi qu’une fontaine municipale au goût plus que douteux, puis des lampadaires ultra modernes ont successivement remplacé le splendide spécimen de la place de la mairie qu’ont immortalisé maintes photographies anciennes, et qu’Alain Joyeux a talentueusement reproduit ici d’après une carte postale du début du XXème siècle :

Poirier Place de la mairie -Dessin A. Joyeux (Collection personnelle)

Poirier Place de la mairie – Dessin d’Alain Joyeux (Collection personnelle)

Un récit émouvant

De son côté, c’est Madame Liliane CORBIN qui, lors d’un voyage aux Saintes sur les traces des ancêtres de son mari, et que nous remercions vivement pour son témoignage, raconte comment elle a eu connaissance de l’existence à Terre-de-Haut d’un poirier qui, bien que disparu aujourd’hui, peut être qualifié d’historique. Resté dans la mémoire collective sous l’appellation de Poirier de Jules CORBIN, cet arbre fut vraisemblablement abattu lors de la construction de l’actuel dispensaire entre 1950 et 1953. Dispensaire construit sur une propriété ayant appartenu justement à M. Jules CORBIN, (voir photo ci-dessous), et où se trouvait implantée, avant la construction du pénitencier de l’Îlet à Cabris en 1852, une importante prison cantonaleVoici ce qu’écrit fort joliment Madame Liliane CORBIN à la suite de son pèlerinage aux Saintes et qu’elle nous a autorisé à reproduire  :

« En attendant l’heure de la visite [du Fort Napoléon], nous bavardons avec la guide, native de Terre-de-Haut. Nous lui expliquons la raison de notre voyage : retrouver les lieux où vécurent les ancêtres. Comme elle nous demande les noms de la famille, nous commençons par lui donner notre patronyme : Corbin. « Ah, Corbin ! répond-elle. Et elle continue : « Ma mère m’a souvent raconté que lorsque ma grand-mère cherchait en vain mon grand-père, elle disait à sa fille qu’il se trouvait sûrement sous le poirier de Jules CORBIN. »

Ainsi, les hommes du coin, des pêcheurs notamment, aimaient se réunir à l’ombre de cet arbre pour raconter leurs exploits. Et je me plais à imaginer que ces personnages au visage buriné par le vent du large et les embruns, comparaient leur pêche du jour et que c’était à qui aurait ramené le poisson le plus beau, le plus rare et surtout le plus gros. Car je reste persuadée que les Marseillais, de même que Tartarin de Tarascon, ne sont pas les seuls à fanfaronner.

Donc, concernant la généalogie, ce Jules CORBIN, à l’ombre du poirier tant appréciée, était le frère de Victor, grand-père de Claude CORBIN, mon mari. Nous avons retrouvé sa propriété, rue du Fond-du-Curé, où est né mon beau-père. Aujourd’hui s’y trouve un dispensaire. Quant au fameux poirier, il a disparu. Peut-être n’a-t-il pas résisté aux nombreux cyclones qui ont souvent ravagé l’île. » 

Ancienne propriété Jules Corbin avec le dispensaire. Capture d'écran video INA 1964

 Ancienne propriété de Jules Corbin avec le dispensaire départemental construit sur les ruines d’une  prison coloniale. Capture d’écran video INA 1964

Un témoignage confirmé

Des anciens, interrogés par nos soins, nous ont confirmé l’existence et l’appellation de ce poirier dit de Jules CORBIN, poirier à l’ombre duquel poussait un joli gazon local propice aux rassemblements, comme l’a si justement souligné l’auteur des lignes précédentes. Mais selon ces mêmes sources, ce poirier n’était pas qu’un simple et paisible arbre à palabres. C’était aussi un lieu de querelles et de pugilats mémorables, de confection de nasses en lamelles de bambou, de scènes burlesques en période de carnaval, de jeu de loto traditionnel sur carton numéroté. Chaque numéro énoncé étant accompagné d’une formule tantôt en français, tantôt en créole du type : « 1, tout ce qu’un p’tit cochon peut dire en naissant » ;  » 8, pituite maladi à vié fanm ! » ; « 13, Marie-Thérèse, la femme scandaleuse qui pleure quand on la baise ! » ;  « 22, les deux p’tits canards de Saint-Malo qui s’ baignent dans la rivière sans s’ mouiller les pattes… » etc.  Phrases imagées de la culture populaire qui devraient faire l’objet d’une recherche avant que le temps ne les efface définitivement de nos mémoires.

Plantation d'un Arbre de la Liberté à Paris en 1782

Plantation d’un Arbre de la Liberté à Paris en 1792

Un héritage à préserver

Si l’on consulte les Bulletins Officiels de la Guadeloupe des Années 1852 et plus, on peut y lire qu’il était interdit d’abattre les Arbres de la Liberté, aux Saintes, comme ailleurs.  « Quant aux Arbres de la Liberté, écrit le Gouverneur Aubry-Bailleul le 18 février 1852, il ne faut pas y toucher puisqu’ils sont pour les nouveaux affranchis un symbole dont la destruction serait exploitée comme une marque anticipée de leur retour à l’esclavage. »  (Cité par Éric Fougère in La prison coloniale en Guadeloupe – Ibis Rouge Éditions 2010). Ce patrimoine végétal et historique, outre l’ombre bienfaisante qu’il génère, devait – et doit – être en effet protégé et entretenu comme mémoire vivante de l’Abolition de l’esclavage. Interdiction qui s’est perpétuée à juste titre jusqu’à nos jours. Mais si les particuliers ne peuvent le faire, la collectivité se doit d’entretenir périodiquement ce patrimoine par un élagage judicieux exécuté dans les normes de l’arboriculture.

Photo aujardin.info

Élagage professionnel. Photo aujardin.info

C’est généralement le cas à Terre-de-Haut où à l’approche de la saison cyclonique les employés municipaux s’affairent à tailler et élaguer la plupart des arbres de la commune, non seulement pour éviter les dégâts en cas de vents violents, mais pour permettre à la végétation de se renouveler et de repartir sainement à la saison des pluies. Encore faudrait-il qu’il n’y ait pas, là non plus, de discrimination et que tous les arbres, quel que soit leur emplacement, soient logés à la même enseigne… C’est l’appel amical que nous lançons par le biais de cette chronique aux responsables des services techniques de Terre-de-Haut, comme de toutes les communes de la Guadeloupe, chargés de l’entretien et de la sauvegarde de notre patrimoine végétal. Ci-dessous un exemple de poirier ignoré de nos élagueurs, qui mériterait un « nettoyage » approprié avant que la vieillesse et la maladie ne l’emportent définitivement…

Un élagage régulier pourrait encore sauver ce poirier malade - Ph R.Joyeux

Un élagage urgent pourrait encore sauver ce poirier plus que centenaire – Ph R.Joyeux

PS : Nos remerciements à Alain JOYEUX pour son dessin du Poirier de la Mairie et à Madame Liliane CORBIN pour son récit du Poirier de Jules CORBIN.
À très bientôt pour une prochaine chronique.
Raymond 
Joyeux

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Bernard BONBON : un Saintois trop discret

Chevalier de l’Ordre National du Mérite

images-2Voilà près d’un an – le 11 juin 2015 exactement – nous publiions ici-même une chronique sur notre éminent compatriote Bernard BONBON. Scientifique de très haut niveau, professeur et auteur de nombreux ouvrages sur la perspective, mondialement connu et reconnu, Bernard vient d’être promu Chevalier dans l’Ordre National du Mérite. Il recevra bientôt la plus haute distinction décernée par la France à ses ressortissants. Une occasion pour nous de féliciter plus que chaleureusement l’un des nôtres et de publier, avec sa permission et n’en déplaise à sa trop grande modestie, la lettre qu’il vient de nous transmettre avec des précisions sur sa carrière, son œuvre et la reconnaissance nationale et mondiale dont il est l’objet.

Très, très cher Raymond,
(…)
pers inclJ’ai été très touché par ton article me concernant, mais incomplet du fait de mon silence. Entre autres, mes ouvrages de recherche sont répertoriés dans le monde, dans plus de 32 pays, dans les plus grandes universités telles Harvard à Cambridge, l’université du Texas, de Géorgie (Ohio), de Wayne State (Michigan), la Librairie des Congrès aux États-Unis, etc. En France : à l’Institut de Recherches Mathématiques, aux Universités Claude Bernard, Pierre et Marie Curie, à École Normale Supérieure de Lyon et bien d’autres Universités de Sciences. À l’École Nationale Supérieure des Mines (Saint-Étienne), à l’Institut National Polytechnique de Grenoble, l’École Supérieure d’Ingénieurs, SUPELEC, etc. Dans les grandes écoles polytechniques d’Espagne, de Suisse et de nombreux autres pays.

17038563171Ces livres sont répertoriés dans 11 des plus grandes bibliothèques du monde classées au Top 20, entre autres à la Bibliothèque Nationale de Russie, de Chine, du Japon, d’Allemagne etc. Dans un nombre considérable d’universités d’Italie, d’Autriche et des pays du Nord. Etc, etc.
Tu pourras le constater sur Google en tapant BONBON Bernard perspective scientifique. Tu iras sur WORLD CAT. IDENTITIES et suivras les indications. Le répertoire mondial comprend plus de 800 fiches d’Universités et de grandes Bibliothèques d’État que je ferai parvenir à la Mairie des Saintes. Un travail de passion que je dédie à tous les habitants de mon île dont je suis fier d’être l’un des leurs, même si les circonstances ne m’ont pas permis d’être plus présent parmi eux comme je l’ai si souvent souhaité.

Reconnaissance mondiale et considération particulière à Marc-André Bonbon

bernard BJe voudrai, si tu me le permets ici, exprimer à Marc André BONBON que tu as cité, toute ma considération. Il est Super. Et son « geste » m’a souvent accompagné au cours de mon travail. Ça, il ne le sait pas. Jusqu’à maintenant je ne m’étais jamais étalé comme cela. Aussi, tant qu’à faire, je vais aller jusqu’au bout et t’annoncer à toi le premier, qu’après cette reconnaissance mondiale je vais recevoir celle au plus haut niveau de l’État de la reconnaissance nationale. En effet je viens d’être nommé au grade de Chevalier dans l’Ordre National du Mérite (l’équivalent dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche, de la Légion d’Honneur pour laquelle j’avais été proposé).

Tu vois, ce que je viens de faire par écrit je ne crois pas que je le ferai aussi facilement de vive voix. Ce n’est pas dans ma nature où la discrétion généralement domine mes sentiments .
J’ai passé un bon moment en me confiant à toi et j’ai revu en image une partie de notre enfance avec un réel plaisir.
À toi un très amical salut.

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Trop discret Bernard, qui fais la fierté de tes compatriotes et qui mérites un hommage appuyé de notre communauté. Hommage  exprimé pour le moment, en attendant mieux ! par le biais de cette chronique et de ses nombreux lecteurs. Merci au nom de tous les Saintois – et Guadeloupéens – de nous avoir permis de mieux te connaître et t’apprécier.

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L’aîné d’une fratrie de 11 enfants, Bernard est né et a passé son enfance à Terre-de-Haut, dans la maison familiale située en plein bourg, dans le quartier dit « de l’Hôpital », non loin de l’ancien immeuble des Douanes. Son père, Henri Bonbon, charpentier de marine et de bâtiment, a réalisé entre autres, la charpente de la grande villa coloniale du Pain de Sucre, entre les deux plages bien connues des touristes. Sa mère, Elvire Molenthiel, était, comme on le disait alors, mère au foyer, mais suffisamment occupée à pourvoir au quotidien et à l’éducation d’une si belle et grande famille. Modeste et fécond foyer saintois auquel nous nous associons pour honorer aujourd’hui un fils tel que Bernard dont les travaux scientifiques et les publications, répétons-le, sont connus, répertoriés et utilisés au plus haut niveau universitaire et artistique, dans le monde entier. 

Maison natale de Bernard Bonbon à Terre-de-Haut

Maison natale de Bernard Bonbon à Terre-de-Haut. Photo R.Joyeux

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Hommage à nos mères

Ô l’amour d’une mère, amour que nul n’oublie !
Pain merveilleux qu’un Dieu partage et multiplie,
Table toujours servie au paternel foyer !
Chacun en a sa part, et tous l’ont tout entier !
Victor Hugo

Chères mamans de Terre-de-Haut, et d’ailleurs,

En ce jour de fête qui vous est consacré, il nous apparaît important, et je dirais même, indispensable, de venir honorer avec nos modestes moyens ce que vous représentez à nos yeux. Bien plus, ce que vous êtes réellement : les piliers vivants de notre communauté, sa clé de voûte, sa pierre angulaire. Votre rôle dans la société des hommes, ici comme ailleurs, n’est plus ni à définir ni à préciser. Vous êtes non seulement l’origine du monde mais sa mémoire vive et son avenir.

L’origine du monde parce que sans vous l’humanité ne pourrait ni exister ni se perpétuer. La mémoire et l’avenir du monde parce que sans vous toute conscience s’arrêterait et l’homme n’aurait plus qu’à attendre tristement le tarissement et l’extinction de sa race. Mais en plus de ce destin divin de créatrice de vie et de propagatrice de l’espèce, vous symbolisez à la fois pour nous ce qu’il y a de plus fragile et de plus solide.   85422704d5db83710b44XXL

De plus fragile parce que votre cœur de mère, fait pour supporter toutes les joies et toutes les douleurs, pourrait à tout instant se briser comme le plus fin cristal lorsque l’un des vôtres est en danger. Fragile parce que votre âme, soumise à toutes les tensions, tiraillée entre la tendresse infinie et l’inquiétude permanente, pourrait à tout instant éclater lorsque l’un des vôtres : enfants, mari, compagnon ou proche lignée, s’égare dans les méandres de la séparation, de la maladie ou de la disparition…

Mais en même temps, votre solidité, votre résistance instinctive à toutes les épreuves sont la garantie naturelle de l’équilibre et de la survie familiale et sociale.Vous êtes celles sur qui à tout instant l’on peut compter. Celles sur qui on peut s’établir au milieu des tempêtes de la vie, dans la confiance la plus absolue et l’amour partagé.

Vous êtes celles à qui on peut se livrer sans pudeur, se confier sans réticence car vous êtes plus que n’importe qui, avec vos bras toujours ouverts, amour, bienveillance et pardon. Vous êtes dans votre condition maternelle, l’indispensable sève de l’enfant qui naît, l’indispensable soutien de l’enfant qui grandit, l’indispensable refuge de l’enfant qui revient…

images - copieDans toute votre existence de mères attentives, votre souci premier, souvent invisible aux yeux, mais pourtant bien réel et constant, c’est le bonheur toujours plus grand des vôtres, c’est l’amour toujours à dispenser, c’est la tendresse toujours à prodiguer…

Quel est le plus grand malheur pour une mère sinon de perdre son enfant bien aimé ? Quel est le plus grand malheur pour un enfant, même devenu adulte, sinon de perdre ou de renier sa mère ?

Joie de la maternité. Bonheur ineffable face au petit être qui se développe et progresse. Satisfaction toujours plus grande face à la réussite et aux exploits de celle ou de celui qui restera toujours votre fils ou votre fille. Mais soucis constants face aux incertitudes inévitables de la vie : santé, études, mariage, séparation et pourquoi pas, nouvel enfantement ! En vous se résument et se marient les sentiments les plus contradictoires et les plus violents de la nature humaine, liés au parcours souvent chaotique de l’existence…

Mais un jour vous voilà grand-mères. Vous voilà arrière-grand-mères. Votre sang, votre cœur, votre amour ont porté leurs fruits. Et si votre corps a un peu vieilli, si vos jambes sont fatiguées et vos cheveux d’argent, si vos yeux ont faibli et vos pas hésitants perdu leur assurance, vos sentiments, eux, n’ont pas changé. C’est toujours le même amour, toujours le même bonheur mais aussi la même inquiétude que vous éprouvez face à la chair de votre chair. Mais, assurées désormais d’affronter l’éternité, malgré les mésaventures de l’âge, malgré parfois un brin d’injuste solitude, la sérénité de l’esprit est devenue, le plus souvent, heureusement, votre compagne habituelle.            4b1987e6

Car avec vous tout s’est accompli. Votre condition de mères s’est inscrite dans l’histoire et au-delà du temps. Le destin est en marche : donatrices de vie et d’amour, vous avez scellé la pierre blanche d’une nouvelle humanité. Comment alors ne pas vous exprimer en retour notre gratitude ? Comment ne pas vous témoigner, par-delà toutes nos mesquineries, par-delà toutes nos faiblesses, notre reconnaissance filiale et notre affection sans bornes ?

C’est pourquoi, chères mamans, chères grand-mères et arrière-grand-mères, au nom de toute notre communauté dont vous avez été et êtes encore le levain et pour qui vous restez non seulement un exemple de vitalité mais un symbole d’espérance renouvelée et de germination future, en levant tout à l’heure nos verres en votre honneur, en vous offrant la rose de l’espoir, je voudrais rendre hommage à vos vertus de courage, de patience, de compréhension, de force et de persévérance, et vous souhaiter du fond du cœur et le plus sincèrement, une très belle et très heureuse fête des mères.

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Discours prononcé à Terre-de-Haut, le dimanche 27 mai 2001 à la Salle Paul-Émile.R.J.

 

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