Terre-de-Haut : la Fête-Dieu noyée sous la dépression…

Une tradition retrouvée

Voilà  plus de quarante ans que s’était perdue à Terre-de-Haut la traditionnelle procession de la Fête-Dieu. C’était l’époque, à la mi-juin, des maisons fleuries et décorées pour le passage du cortège religieux avec dais, ostensoir, bannières et ornements sacrés. L’époque où les pêcheurs exposaient le long des rues leurs filets piqués de pétales multicolores ; leurs casiers ornés de guirlandes et leurs canots, toutes voiles dehors, en vue de recevoir la bénédiction du Saint-Sacrement ; où les enfants habillés en anges, au pied du reposoir, jetaient des brassées de fleurs à l’approche de l’officiant et de la foule ininterrompue des fidèles dont les cantiques à la gloire de la Vierge attestaient d’une piété non dissimulée…

Tout avait bien commencé

Ce dimanche, 18 juin 2017, c’est avec le plus grand enthousiasme que la population saintoise avait retrouvé la ferveur de cette cérémonie chrétienne en renouant avec une tradition qui semblait oubliée. Prouvant s’il en était besoin que le sentiment religieux est encore bien ancré dans notre population et le catholicisme, ses rites et sa liturgie, toujours bien vivant chez nous. Tout avait commencé dans l’effervescence ce dimanche matin ensoleillé, en dépit d’une prévision météorologique des plus incertaines. Et c’est ainsi que tout au long du parcours prévu pour la procession de l’après-midi, chacun s’activait à orner sa maison, non dans un esprit de compétition, mais en y mettant tout son cœur, sa foi et son savoir-faire artistique : palmes de cocotier, fleurs de flamboyant ou de fragipane, filets de pêcheur, portraits ou statues du Sacré-Cœur ou de la Vierge, coquillages, bateaux miniatures… rien n’était trop beau pour honorer le Saint-Sacrement, avec l’espoir et la certitude d’attirer sur sa demeure et ses occupants les faveurs du ciel, de la Sainte Vierge et de Dieu le Père lui-même dont c’était la fête…

Et la pluie arriva…

À 17 heures, sous la conduite et l’impulsion du Père Luigi, en chasuble blanche sous son dais, portant l’ostensoir et la grande hostie consacrée, entouré de la chorale paroissiale, des enfants de chœur en habit de cérémonie, précédé des petits anges ailés en robes immaculées, des hommes portant bannières, encensoir et bénitier, et suivi des fidèles en grand nombre, le cortège s’ébranle, confiant, du parvis de l’église. Le ciel menaçant ne peut que devenir clément en cet après-midi de la Fête-Dieu. C’est en tous cas ce que souhaitent et croient tous les participants à cette tradition joyeusement retrouvée de la procession du Saint-Sacrement.

Malheureusement, la météo n’a que faire de la foi du charbonnier. Et c’est un déluge impressionnant que le ciel délirant déverse imperturbable sur les Saintes. Déluge et bourrasques réunis qui obligent tout le monde à trouver un abri au plus vite, malgré la protection dérisoire des parapluies que les rafales retournent, ballottent en tous sens et rendent inefficaces. Bien entendu, le cortège s’arrête au tiers de son parcours et, hélas, ne repartira plus. Pluie, vent, branches et feuilles qui s’envolent mettent fin à la procession à peine commencée. La foule, trempée, désemparée par le réveil brutal des éléments, attend courageuse l’éclaircie espérée, puis progressivement s’éparpille en silence… Et toutes les décorations, si amoureusement élaborées, soufflées en un instant par l’onde tropicale, finissent dans les rues, emportées par la bourrasque et l’eau ininterrompue qui n’en finit pas de tomber !.. Avec du travail supplémentaire en perspective pour nos sympathiques employés municipaux déjà si  généreusement sollicités !

Un mal pour un bien !

Bien entendu, même si chacun, transi, regagne ses pénates sans un mot, la déception est immense. Toute cette préparation de l’âme, ce travail méticuleux de décoration, ce soin dans l’habillement, cette ambiance religieuse et festive entretenue depuis des jours,  malencontreusement interrompus, n’auront-ils donc servi à rien ?

Servi à rien ? Non. C’est en tous cas ce que pensent beaucoup malgré la déception, et que dira certainement le Père Luigi à son prochain sermon. Surtout lorsqu’on apprendra que le podium dressé pour servir de reposoir s’est effondré sous la bourrasque ! Imaginons que la procession était arrivée à son terme et que l’onde tropicale si mal venue n’avait débuté que lorsque les enfants de chœur, la chorale, les petits anges innocents et l’officiant s’étaient retrouvés avec l’ostensoir au milieu du reposoir. Quelle catastrophe c’aurait été ! Il suffit de voir les photos ci-dessous pour le comprendre. Dieu finalement fait bien les choses. C’est ce qui se dit après le drame évité de justesse, et qui se dira certainement dimanche prochain à l’église…

 

La pluie et le vent qui se sont abattus prématurément sur le cortège et sa ferveur retrouvée auront permis miraculeusement que le podium s’effondre sans qu’il y ait personne dessous. C’est sans doute cela, la foi qui sauve et vivifie. Et l’année prochaine le ciel sera certainement plus clément. La tradition retrouvée de la Fête-Dieu, espérons-le, quelles que soient les circonstances, se poursuivra avec la bonne volonté de tous et de chacun, et avec le souvenir contrarié mais pieusement accepté de cette année 2017, sans aucun sentiment de regret ou d’injustice… Car même si le vent l’emporte prématurément, rien n’est inutile pour l’âme lorsqu’il est fait avec foi, jubilation et générosité !

Image d’une catastrophe miraculeusement évitée…

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Rues, ruelles, places et impasses de Terre-de-Haut (2ème partie)

Un intérêt populaire évident

Après la présentation, en première partie, des cinq maires qui ont donné leur nom à cinq des rues de notre commune – évocation qui a eu un franc succès, puisqu’à ce jour, elle a fait l’objet de plus de 50 partages et environ 600 internautes ont consulté la page – voici en seconde partie les cinq personnalités historiques qui complètent la panoplie des noms des rues du réseau routier communal.

2 – Les personnages historiques

Rue Jean Calot

Cette rue qui débute face à l’église où se trouve le N°1, c’est, après Benoît Cassin, dont elle est le prolongement, la deuxième plus grande rue de Terre-de-Haut. En partie piétonne, elle couvre le secteur Nord de la D. 214, traverse la place du débarcadère en passant devant l’ancienne Gendarmerie devenue Office Municipal du Tourisme, et s’achève au pied du morne Mire, à l’intersection des routes du Fort Napoléon et de la Maison Blanche. Le nom de cette rue n’a pas été choisi au hasard puisque, selon de nombreuses sources, notre personnage, pilote et aubergiste, aurait vécu dans l’actuel Café de la Marine, célèbre établissement que fréquentait également, dit-on, à la même époque Christophe de Fréminville lequel a lui-même donné son nom à une plus petite rue de la commune, dans le quartier dit de l’Hôpital. (Voir plus loin).

Jean Calot (ou Calo) était né à Hennebon dans le Morbihan en 1767. Il participa comme très jeune marin à la Bataille des Saintes de 1782 avant de devenir, vingt ans plus tard, aubergiste, propriétaire et capitaine d’un caboteur marchand qui faisait la navette entre Basse-Terre et les Saintes. En 1803, alors âgé de 36 ans, il épousa à Terre-de-Haut Luce-Adélaïde Lorgé de 12 ans sa cadette. Une de leurs petites filles, Marie Julienne Lucette, Calo épousa en 1859 un certain Pierre-Léonce Cassin, marin de son état. C’est de ce couple que naquit en 1865 Benoît-Georges Cassin, le maire dont nous avons parlé dans la précédente chronique.

Outre le fait d’être pour moitié à l’origine d’une des plus longues lignées de descendants à Terre-de-Haut, les Cassin, Jean Calot est surtout célèbre chez nous pour son exploit accompli le 14 avril 1809 dans les eaux de la baie des Saintes. En plein conflit franco-britannique, aidé de deux comparses, Charles Cointre et Solitaire dont les noms ne sont injustement jamais mis en valeur, il réussit à faire sortir de nuit trois navires français de la division Troude (Le Courageux, le D’Hautpoul et La Félicité), bloqués dans la rade par les Anglais. Si les historiens se chamaillent à propos des détails de cet exploit, il n’en est pas moins authentique en dépit des divergences qui l’émaillent.

Le Café de la Marine : auberge où aurait vécu Jean Calot en 1809

Rue de la Rabès 

Avant d’être celui d’une rue, (La) Rabès était – et est toujours – le nom d’un petit quartier tranquille du Mouillage situé hors du centre-bourg, entre l’école primaire et la Caserne. Ce quartier englobe la propriété Bertille baptisée autrefois Mon Paradis et que clôt, côté verger, un long mur de pierre. C’est d’ailleurs pour cette raison que cette petite rue, qui longe ladite propriété et débouche sur la mer face à l’école, s’appelle aujourd’hui Rue de La Rabès.

Célèbre surtout pour sa citerne de 55 M3 édifiée par les Anglais entre 1809 et 1814, (certaines sources donnent la date de 1803), ce quartier et cette rue doivent leur nom à un certain RABÈS Guillaume, propriétaire des lieux, qui fut commandant ou capitaine, affecté au magasin du roi, mais qu’on signale par ailleurs avoir été « maître de canot en Guadeloupe de 1788 à 1792 ».

Début de la Rue de La Rabès face à la Caserne – Sans plaque lisible

En 1792, à la création des municipalités par la Révolution Française, Guillaume Rabès fut l’adjoint de M. Sainte-Marie GRIZEL nommé premier maire des Saintes Terre-de-Haut et Terre-de-Bas réunies en une seule commune. On retrouve son nom comme parrain en 1773 de Cassin Sébastien, 5ème enfant de Cassin Étienne et de Dufait Catherine. Ce même Guillaume Rabès a eu une fille, Marie-Antoinette, née en 1783 à Terre-de-Haut et qui épousa un dénommé Charles Duvivier. Leur fille Sophie Duvivier, petite fille donc de Guillaume Rabès, épousera elle-même à Saint-Thomas, le 17 février 1817, son cousin M. Benoît Bouge originaire du Loir et Cher. On peut donc déduire, vu les liens de parenté de ces deux époux, que Guillaume Rabès était lui-même originaire du Loir et Cher.

Citerne abandonnée de La Rabès construite par les Anglais en 1809

Deux mystères demeurent cependant : pourquoi Rabès est-il devenu La Rabès ? Et pourquoi la citerne de ce quartier, considérée comme la première construite à Terre-de-Haut, n’est-elle pas restaurée et davantage mise en valeur alors qu’en toute logique elle aurait dû être préservée et entretenue comme monument historique ?

Rue Félix Bréta

Cette petite rue transversale relie la rue Jean Calot, au niveau du restaurant Le Génois, à celle de Théodore Samson. Elle passe naturellement devant l’ancienne maison Bréta en longeant le pignon de l’épicerie-bistrot du maire feu M. Eugène Samson appelée autrefois Au Cœur Marin. Comme tant d’autres, la plaque de cette rue a elle aussi malheureusement disparu. Bien entendu, tous les Saintois connaissent le nom de Félix Bréta mais combien savent qui il était vraiment ? Car si c’est son livre sur les Saintes, publié aux Éditions Larose et aujourd’hui épuisé, qui l’a rendu célèbre chez nous, il ne faut pas oublier qu’il fut avant tout une personnalité influente et remarquée en Guadeloupe continentale, à Baie-Mahault où il était né le 19 avril 1872, et à Pointe-à-Pitre où il a vécu jusqu’à sa retraite en 1934.

Licencié en sciences naturelles, Félix Bréta a été professeur au Lycée Carnot de Pointe-à-Pitre avant d’en devenir le Proviseur, fonction qui ne l’empêcha pas de s’adonner à des recherches géologiques à la suite desquelles il présenta à l’administration coloniale une carte géologique de la Guadeloupe. Nommé peu après chargé de mission dans les ports de pêche de la Colonie et directeur d’un laboratoire des produits maritimes, il rédigea en 1929 une importante étude sur la ciguatera, assortie des noms, dessins et caractéristiques des poissons vénéneux incriminés.

Rue Félix Bréta

Ses compétences dans de nombreux autres domaines, sa grande disponibilité de cœur et son esprit ouvert l’ont amené à assumer diverses responsabilités telles que chef d’orchestre, Secrétaire de la Chambre d’Agriculture, Président de l’Association des anciens élèves du Lycée Carnot, Commissaire régional des Éclaireurs de France, entre autres… À sa retraite en 1934, promu Chevalier de la Légion d’Honneur, il se retira à Terre-de-Haut où il possédait une maison de vacances et créa le premier Syndicat d’Initiative de la commune. Authentique amoureux de notre archipel au point d’en connaître parfaitement l’histoire, la culture et la géologie, il rédigea son livre intitulé : Les Saintes (Dépendances de la Guadeloupe) – Recueil de notes et observations générales- qui fait référence. Il mourut à Paris d’une crise cardiaque le 27 mai 1938, et c’est son épouse, Évélie Bréta, qui se chargea de la publication posthume de son livre en octobre 1939. Rappelons que le fils adoptif d’Évélie Bréta-Rosier, Jean Bréta, fut élève à l’école primaire de Terre-de-Haut dans les années 1950, dont certains de ma génération doivent se souvenir…

Maison de Félix Bréta à Terre-de-Haut en 1920

La Rue Fréminville

La Rue Fréminville forme une petite boucle qui a son point de départ Rue Théodore Samson, à proximité de l’ancienne centrale électrique, longe l’ex-bâtiment des Douanes, traverse le quartier dit de l’Hôpital et rejoint plus haut l’extrémité de la même Rue Théodore Samson. Elle constitue en quelque sorte une déviation en arc de cercle de cette dernière et ne mesure pas plus de 150 m. Les deux plaques situées à l’entrée et à la sortie de cette rue sont effacées si bien qu’il faut se renseigner auprès des riverains pour s’assurer de son appellation.

Mais qui était Fréminville ? Christophe-Paulin de la Poix, dit le Chevalier de Fréminville doit sa renommée aux Saintes à l’histoire d’amour contrariée qu’il aurait vécue en 1822 à Terre-de-Haut avec une certaine Caroline C. fille d’une famille créole propriétaire au morne Morel d’une habitation dont les ruines sont encore visibles de nos jours, à l’extrémité Est de notre île, au lieu-dit, justement, Fort Caroline. Trop longue pour être rapportée ici dans les détails, je vous renvoie à la chronique que j’ai consacrée à cette histoire le 10 avril 2014 que vous pourrez lire, si vous le souhaitez, en cliquant sur le lien suivant :
https://raymondjoyeux.com/2014/04/10/amour-tragique-aux-saintes-en-1822/. Chronique qui a suscité à l’époque 43 commentaires, certains mettant en doute, arguments à l’appui, l’authenticité de cet événement.

Rue Fréminville – Plaque effacée

En résumé, né le 23 janvier 1787 à Ivry-sur-Seine d’une famille Bourguignonne établie à Paris, Christophe-Paulin de la Poix de Fréminville quitta très tôt la Capitale pour la Bretagne. À peine âgé de 14 ans, il s’engagea dans la marine pour un long et tumultueux périple à travers l’Atlantique qui le mènera de l’Afrique aux Antilles. Et c’est en escale aux Saintes en 1822 sur son navire La Néréide, qu’ à la suite d’un accident, où il faillit être emporté par une vague, il rencontra la belle Caroline dont il tomba éperdument amoureux. Devant repartir précipitamment pour Saint-Christophe, il promit à cette dernière de revenir aux Saintes afin de poursuivre et consolider leur idylle. Malheureusement, cette promesse tardant à se réaliser, Caroline se sentant trahie, se serait précipitée d’une falaise à l’endroit même où son amant avait failli périr quelques semaines plus tôt.

Tombe de Caroline au cimetière de Terre-de-Haut d’après un dessin de Fréminville

À son retour aux Saintes, Fréminville n’aura plus qu’à constater le décès de sa bien-aimée, à la suite de quoi, revenu en Bretagne, il devint à moitié fou, s’habillait en femme, avec, selon la légende, les habits de Caroline qu’il aurait récupérés. Il décédera le 12 janvier 1848 à Saint-Malo où l’on peut voir sa tombe. Vérité historique ou romance inventée par Fréminville ? Les avis sont partagés. Vous pouvez lire ou relire les commentaires sur le sujet en cliquant sur le lien donné plus haut et éventuellement en vous référant au livre de Jean Merrien, petit neveu de notre héros : Un certain Chevalier de Fréminville, paru aux éditions Maritimes et d’Outre-Mer en 1970. 

La Rue du Gouverneur Houël

Dernière voie communale dévolue à un personnage historique, la Rue du Gouverneur Houël se situe dans le secteur de La Savane. Elle commence par une montée en sens unique, perpendiculaire à la rue Benoît Cassin, et s’achève à plat, à l’intersection de celle de La Savane. Elle doit son nom à Charles Houël qui joua un rôle important dans l’histoire de la colonisation par la France des Isles d’Amérique.

Début Rue du Gouverneur Houël

Né en 1616 et décédé le 22 avril 1682, Charles Houël fut Gouverneur de la Guadeloupe de 1643 à 1664. À la suite de la dissolution de la Compagnie des Isles d’Amérique, devenu propriétaire des Saintes, il en prend possession le 18 octobre 1648. Ce jour-là, sous le commandement de DU MÉ, ce sont trente colons qui y débarquèrent une première fois mais sans succès puisqu’à peine installés, le manque d’eau les obligea à regagner la Guadeloupe. En 1652, conduite par Hazier Du Buisson, qui donnera son nom à la place de la mairie, une seconde tentative réussit cette fois, mais non sans tracas car une attaque des Caraïbes de la Dominique oblige Houël à intervenir par l’envoi du navire L’Étoile.

 Charles Houël – 1616- 1682 – propriétaire des Saintes en 1648.

En 1663, rappelé en France par le Roi, Charles Houël cède sa place de Gouverneur de la Guadeloupe à Prouville de Tracy, surnommé Dulion. C’est ce nouveau Gouverneur qui chassera une première fois les Anglais des Saintes en août 1666, à la faveur d’un ouragan qui détruisit une bonne partie de la flotte ennemie. Pour célébrer cette « victoire », Dulion, dont la Place du débarcadère porte le nom, accoste à Terre-de-Haut le 14 août et fait chanter le lendemain, 15 août, un Te Deum en l’église paroissiale, instituant ainsi, semble-t-il, la première fête patronale de Terre-de-Haut.

Place de la Mairie – Hazier Du Buisson.

Sources :
Félix Bréta : Les Saintes 1939 et Rosier Web : MyHeritage pour les photos du visage et de la maison de F. Bréta – Patrick Péron : Petite Histoire de Terre-de-Haut 2003 – Colons et engagés aux Saintes 2016 – Jean Merrien : Un certain Chevalier de Fréminville 1970 –  Photos des rues, places et plaques  : Raymond Joyeux 2017. 

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Rues, ruelles, places et impasses de Terre-de-Haut (1ère partie)

Le nom des rues : une nécessité primordiale

Jusqu’à la fin des années 1990, le réseau routier et de voirie de Terre-de-Haut était totalement anonyme. La population, alors moins nombreuse, s’était depuis toujours accommodée de cette réalité, se contentant de savoir sans l’aide d’indication écrite, où se situaient la Place de la Mairie, celle du Débarcadère, la Rue de La Poste, ainsi que les différents quartiers du Mouillage, du Fond Curé, de la Rabès, du Marigot, de l’Anse-Mire… C’est la direction des Postes de la Guadeloupe qui mit fin à cette situation en exigeant que tous les maires du département nomment clairement rues, ruelles, places et impasses de leur commune afin de faciliter, entre autres, la distribution du courrier. Une nécessité d’autant plus impérieuse pour nous que le bourg ne cessait de se développer et que de nouveaux arrivants ou foyers s’installaient au gré des constructions neuves ou de locations éparpillées hors du centre. Sans compter que les homonymies n’étant pas rares dans les petites localités, une adresse incomplète ou inexacte est toujours susceptible de créer des confusions patronymiques avec tous les inconvénients liés pour les intéressés aux erreurs de destination.

Le choix des appellations

C’est ainsi qu’un groupe de réflexion s’est constitué sous la houlette du maire Robert JOYEUX, dit Louly, pour établir une liste de noms à affecter à chacune des voies de la commune, et que l’on a vu apparaître les fameuses plaques bleues que nous connaissons aujourd’hui… Malheureusement, au fil des ans, intempéries et ultra-violets ayant fait leur œuvre sur du matériel probablement de mauvaise qualité, la plupart des noms figurant sur ces plaques ont disparu. Du coup, pour les préposés à la distribution du courrier et les arrivants à la recherche d’une adresse, Terre-de-Haut, à de rares exceptions près, est redevenue comme avant les années 90, une commune sans nom de rues !

Grandeur et décadence des services de voirie 

Priorité aux personnages historiques et anciens maires 

À l’époque, c’est tout naturellement aux personnages historiques et anciens maires que les services municipaux ont arrêté leur choix pour nommer les principales voies de la commune. Sur les 21 rues qui sillonnent notre île, 5 sont dévolues aux maires, 5 à des personnages célèbres, 10 désignent la direction d’un secteur géographique, 1 celle d’un monument incontournable, en l’occurrence le Fort Napoléon.

1 – Les anciens maires :

Rue Benoît Cassin

Elle prend naissance au niveau de la poissonnerie et se déroule jusqu’au-delà du ponton du Morne Rouge jouxtant la plage de l’Anse à Gilot. Elle traverse ainsi la plus grande partie du bourg et passe devant le dispensaire en suivant le littoral. C’est la  plus longue rue de Terre-de-Haut, couvrant les 3/4 de la Départementale 214. Elle doit son appellation à Georges-Benoît Cassin né en 1865. Ayant accompli un premier mandat de 1902 à 1908, il fut réélu pour un second de 1929 à 1935. Propriétaire terrien, Benoît Cassin a donné son nom à un vaste secteur foncier au lieu dit Dans Fond, s’étendant des flancs du massif du Chameau à la plage de l’Anse Figuier, dénommé Les Prés Cassin. Son mariage avec une caraïbe dominiquaise, Edrode Edrozia, lui assurera une importante descendance et son patronyme reste aujourd’hui l’un des plus répandus à Terre-de-Haut. La plaque et son support qui portaient son nom ont carrément disparu et rien n’indique matériellement aujourd’hui à la population et aux visiteurs où se situe cette  importante rue.

Plaque effacée de la rue Emmanuel Laurent

Rue Emmanuel Laurent

Cette rue, parallèle à la précédente, mais moins longue, va de l’église au dispensaire en passant devant la mairie et la poste. Emmanuel Laurent était né la même année que Benoît Cassin, en 1865. Fils de Charles Laurent, Saintois blanc de Terre-de-Haut et d’Angelina Mathias, métisse de Terre-de-Bas, il poursuit ses études secondaires à Basse-Terre et devient bachelier puis instituteur. Envoyé à l’École Coloniale d’Intendance à Fort-de-France, il obtient un diplôme d’administrateur des Colonies, ce qui lui vaut de faire carrière en Indochine, au Sénégal, au Congo et à Madagascar où est né son fils Raymond, personnage haut en couleur bien connu des Saintois, aujourd’hui disparu. Revenu aux Saintes à sa retraite en 1915, Emmanuel Laurent est élu maire de Terre-de-Haut en 1919 et habite avec sa famille la villa l’Ermitage, face au petit marché du Fond Curé. En 1923, c’est lui qui fait installer une horloge sur la façade de l’église qu’il inaugure le 19 août en présence de Mgr Genoud évêque de la Guadeloupe. En fin de mandat, en 1928, il a la lourde tâche en sa qualité de maire, de faire face aux dégâts occasionnés par le fameux cyclone de sinistre mémoire qui dévasta cette année-là la Guadeloupe et les Saintes. Par miracle, l’une des seules maisons qui résista à la tempête fut la sienne, ce qui lui permit d’organiser secours et ravitaillement et de se consacrer sans relâche à la reconstruction de Terre-de-Haut avec une énergie et un dévouement illimités. Ne dormant plus que deux heures par jour, il mourut, selon Laurent Farrugia, d’épuisement dans le respect de tous.

L’Ermitage : maison Emmanuel Laurent à Terre de Haut- Ph. R. Joyeux

Une des rares plaques encore lisible

Rue Charles Foy 

Elle débute à la jonction de la Rue Jean Calot proche de la pharmacie, longe l’école maternelle et coupe la rue de La Rabès au niveau de la Caserne. Elle débouche sur la rue Théodore Samson au pied des marches qui mènent au Marigot. On imagine que c’est dans ce quartier que Charles Foy aurait été domicilié et aurait vécu. Malheureusement nous n’avons que peu d’informations le concernant. Un document en notre possession, datant du 17 mai 1924, indique simplement qu’un certain Charles Foy, né et domicilié à Terre-de-Hautétait maître charpentier de marine. Était-ce le même qui avait rempli par deux fois les fonctions de maire, la première de 1882 à 1884, la seconde, de 1892 à 1902 ? Nous savons néanmoins de façon certaine que c’est lui qui succéda à Jean-Pierre Lognos, le dernier maire des Saintes, lorsque Terre-de-Haut et Terre-de-Bas se sont constituées en communes séparées par un décret de Jules Grévy. À ce titre, il fut le premier maire de Terre-de-Haut et méritait bien une rue dans sa commune. C’est ici pour nous l’occasion d’exprimer notre étonnement de constater que rien à Terre-de-Haut ne rappelle la mémoire de Jean-Pierre Lognos qui fut à l’origine de la création de nos deux communes saintoises, même si nous comprenons qu’il fallait faire un choix. Par contre, mieux que nous, Terre-de-Bas a su immortaliser la mémoire de cet événement majeur en baptisant sa place de la Mairie Place du 9 Août 1882, date du décret de Jules Grévy. Pour revenir à Charles Foy, dont le patronyme constitue la quatrième en nombre des familles saintoises, sa présence est attestée lors de la bénédiction d’une cloche de l’église en 1884, baptisée Maria Antonia, en compagnie de l’abbé Ruffin, curé de la paroisse. Nous savons par ailleurs que c’est sous son mandat, en 1902, que le Pénitencier de l’îlet à Cabris a été supprimé après que la garnison militaire eut quitté les Saintes en 1889 et la compagnie de discipline en 1890, sous le mandat de Bernard Azincourt.

Rue Bernard Azincourt.

Comme pour Charles Foy auquel il succéda après le premier mandat de ce dernier, nous avons peu d’informations sur ce maire qui exerça ses fonctions de 1884 à 1892. Il semblerait qu’il aurait été instituteur, directeur d’école, et aurait vécu au Fond Curé dans le secteur qui porte son nom. Sa rue, dont la plaque est inexistante fait la jonction entre les rues Benoît Cassin et Emmanuel Laurent en longeant l’arrière de l’épicerie Carrefour Market. En 1881, avant son élection à la tête de la commune et sous la mandature de Jean-Pierre Lognos, Bernard Azincourt sera nommé président du Conseil de Fabrique, association laïque chargée à l’époque de la gestion paroissiale. La loi de la séparation de l’Église et de l’État n’intervenant qu’en 1905. Le nom de Bernard Azincourt apparaît également, en qualité de maire cette fois, lors de plusieurs cérémonies religieuses, en particulier celle du 10 juillet 1887 à l’occasion de la bénédiction d’une cloche de l’église paroissiale baptisée Marie-Jeanne-Jacques-Victoire ! Ne pas confondre Bernard Azincourt avec Georges Azincourt, lui aussi maire de Terre-de-Haut de 1959 à 1963, et qui fut le premier a instaurer un service communal de ramassage des ordures. À signaler qu’avant l’appellation officielle des rues et places, les Saintois avaient spontanément donné le nom de Georges Azincourt à la Place de la Mairie. Appellation qui parlait davantage aux habitants, en tout cas à la plupart d’entre eux, que le parfait inconnu Hazier du Buisson, nom actuel de cette place !

Rue Théodore Samson

S’il est une personnalité qui méritait à elle seule sa rue à Terre-de-Haut, c’est bien Théodore Samson. Né le 14 septembre 1892 et décédé mystérieusement à 67 ans, le 1er mars 1959 dans les locaux de la Gendarmerie nationale à Terre-de-Haut, en pleine campagne électorale – ce qui provoqua une véritable émeute populaire et de nombreuses arrestations – Théodore Samson a laissé dans la conscience collective saintoise le souvenir d’un maire populaire, adulé et compréhensif. Marin au long cours puis charpentier de marine, il possédait le chantier naval de Coquelet où sont sortis nombre de goélettes et caboteurs reliant à l’époque les Saintes à la Guadeloupe.

Plaque de la rue Théodore Samson, en face de la Caserne

Élu maire en 1936, succédant ainsi à Benoît Cassin à l’issue du second mandat de ce dernier, il fut destitué par le régime de Vichy en 1941 pour son ralliement au Général de Gaulle et à la France Libre. Recherché par la gendarmerie comme résistant et possible dissident, il prit le maquis dans les collines des Saintes jusqu’en 1944, date à laquelle il retrouvera son poste d’élu. Maire ouvert, proche et à l’écoute de la population, toujours disponible, sans préjugé discriminatoire ou partisan, Théodore Samson était un vrai démocrate qui a toujours considéré sa fonction comme un service dû aux administrés et non comme un piédestal pour exercer on ne sait quel pouvoir discrétionnaire incontrôlé. C’est sous son mandat que Terre-de-Haut a entamé sa modernisation. À commencer par la construction d’une nouvelle mairie en même temps que celle d’un appontement en dur, digne de ce nom, en remplacement des vieux quais en bois inadaptés et dangereux ; par l’arrivée de l’électricité ; la construction d’un dispensaire et d’un groupe scolaire ; par le bétonnage des rues ; l’extension de l’église et la construction d’un nouveau clocher sous le ministère du Père Jean-Marie Offrédo. Autant de réalisations effectuées dans le souci de l’équilibre financier en dépit d’un budget municipal autrement moins conséquent que celui d’aujourd’hui. La rue qui lui est dédiée débute au carrefour de l’église, côtoie l’ancienne caserne, passe devant son domicile et rejoint la rue Charles Foy. C’est l’une des rues les plus délabrées de Terre-de-Haut et les deux plaques à son nom sont bien entendu effacées. Pour un ancien maire tel que Théodore Samson, ne serait-ce que les plaques à son nom  mériteraient pour le moins une urgente rénovation. C’est une simple question de respect, de reconnaissance et de dignité.

Ceint de  l’écharpe, Théodore Samson et quelques-uns de ses conseillers. Ph. A-M Monpoix

Ainsi se termine cette première chronique consacrée aux rues de Terre-de-Haut portant le nom de cinq anciens maires de la commune. La prochaine chronique évoquera les personnages historiques choisis par le comité d’appellation : Jean Calot, Fréminville, La Rabès, Charles Houel, Hazier Dubuisson, Félix Bréta, Gouverneur Du Lion…

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Sources : Patrick Péron : Une petite histoire de Terre-de-Haut – Félix Bréta : Les Saintes. Laurent Farrugia : Emmanuel Laurent – Camille Fabre : De clocher en clocher.
Un grand merci à Anne-Marie Monpoix pour la photo de son grand-père Théodore Samson et à vous tous pour votre fidélité.

Raymond Joyeux

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1865 : une année terrible pour les Saintes ( suite )

2 – Le choléra asiatique

Suite de la chronique précédente. Toujours extrait de la brochure de clochers en clochers, sous  la signature de l’abbé Le Couturier, curé de Terre-de-Haut en 1865. Peu après le désastre du cyclone du 6 septembre, voilà que le choléra se déclare aux Saintes, probablement venu de la Guadeloupe proche où il fera, du 22 octobre de cette année-là au 1er juin de l’année suivante, près de 12000 victimes pour l’ensemble de la colonie. Aux Saintes, en deux mois et demi, 174 décès seront à déplorer pour nos deux communes dont plus de 100 pour la seule paroisse de Terre-de-Haut. L’abbé Le Couturier ne se contente pas de décrire l’origine, les causes et les effets de la maladie. Il s’étend longuement sur la façon dont elle a été combattue grâce au courage de quelques hommes et femmes, civils et religieux qu’il cite nommément. Il évoque les conséquences morales et religieuses que l’épidémie a déclenchées au sein de la population en déplorant en bon curé, qu’un an après le passage de « L’Ange exterminateur »,  les Saintois, à part quelques-uns, n’avaient guère changé…

Récit de l’abbé Le Couturier

L’année 1865 n’est pas seulement mémorable pour la Guadeloupe et ses dépendances, par les épreuves que leur fit subir le « coup de vent » du six septembre ; elle est encore et surtout par les dures étreintes de la maladie la plus cruelle qui se déclara contre les malheureux habitants de cette Colonie. Du 22 au 30 octobre, plusieurs personnes, dans le voisinage du Canal Vatable, à Pointe-à-Pitre, moururent au bout de quelques heures seulement de souffrances. Leur mal à toutes avait manifesté les mêmes symptômes, et ce mal, loin de cesser après ces huit jours, se répandit par la ville. Alors, toutes les classes de la population, et spécialement les gens de couleur parmi lesquelles presque toutes les victimes avaient été choisies, furent terrifiées. Beaucoup de familles espérant de trouver le salut à l’étranger se hâtèrent d’abandonner leurs demeures. Bientôt la Basse-Terre et les autres communes virent affluer chez elles l’abondance des fuyards.

Rue Vatable à Pointe-à-Pitre d’ où est partie l’épidémie en octobre 1865

Origine de la maladie

Mais quelle avait été la cause de cette maladie ? Des étrangers l’avaient-ils apportée du dehors ou avait-elle pris naissance sur les lieux mêmes ? Personne ne pouvait le dire d’une manière certaine ; personne encore, jusqu’à présent, n’a pu le découvrir. Cependant les désastres du mal allaient en grandissant de manière la plus effrayante. Au 15 novembre, presque toutes les paroisses en étaient atteintes. Le 22 du même mois, les Saintes seules et l’Anse-Bertrand restaient intactes. Mais aux Saintes, pouvions-nous espérer de demeurer longtemps ainsi épargnés ? Non, à mon avis. Une quarantaine de cinq jours d’observation qui fut imposée aux embarcations venant des points contaminés ne me semble pas avoir été suffisante. Et puis, les relations fréquentes que nous étions obligés d’avoir, pour notre approvisionnement, avec Pointe-à-Pitre et surtout avec Basse-Terre, où l’on voyait mourir, à certains jours, plus de cent cinquante personne, nous présentaient le plus grave danger. D’autre part, il n’y avait que quelques jours qu’un beau nombre de personnes étaient venues de la Guadeloupe se réfugier sur notre île. Toutes ces circonstances ne nous étaient pas favorables ; elles nous faisaient craindre…

Le premier décès

Enfin, le 24 novembre, un pauvre père de famille de l’extrémité sud de notre bourg mourait. À partir de ce moment, le choléra, qui l’avait emporté, ne cessa de nous tourmenter jusqu’au commencement de février suivant. Dans ce court espace de temps, il nous emporta cent et quelques personnes à Terre-de-Haut, c’est-à-dire le sixième de la population.

Observation du maire de Basse-Terre : déclaration collective des décès

Mesures prises contre l’épidémie et désenchantement

Ici je dois, ce me semble, rapporter la manière dont le fléau fut combattu dans cette paroisse, et l’influence morale qu’il produisit sur les habitants. D’abord deux ambulances, destinées à recevoir, l’une les hommes, l’autre les femmes, furent établies grâce aux soins de MM. Sylvestre Thomas, adjoint au Maire, le Commissaire de la Marine Bonnefoy, le Docteur Pommeau et Émile Fournier. Il m’en coûte de l’avouer, mais la vérité m’y contraint, ces ambulances recueillirent certains malades qui, si les familles auxquelles ils appartenaient avaient eu plus de cœur, n’auraient pas dû y apparaître. Elles ne furent pas non plus souvent assistées par ceux de nos Saintois qui étaient en santé. Dire, en revanche, l’admirable dévouement qu’y déployèrent les Frères Justin et Barnabé, de la Maison de Ploërmel, et les sœurs Adélaïde et Delphine, de la Communauté de Saint-Joseph de Cluny, ne serait pas chose difficile. Cependant, ces bons frères et ces bonnes sœurs, pas plus que leur curé, n’ont été trouvés bien méritants aux yeux de l’Administration civile. Ici, quatre médailles avec mention honorable ont été accordées, au sujet de l’épidémie qui nous occupe, et nous n’y avons eu part ni les uns ni les autres.

Celles et ceux qui se sont dévoués

En dehors des ambulances où travaillèrent avec une bonne volonté remarquable plusieurs prisonniers de la Maison Centrale qui, en récompense, reçurent une large diminution de leurs peines, les personnes de cette paroisse qui, selon moi, ont, avec les bons frères et les bonnes sœurs précités, marqué le plus d’assiduité et de générosité dans le soin des cholériques sont : MM. le Docteur Poumeau, Floresty, Desvallons, Casimir Lognos, Schmüntz, capitaine du Génie, Bonnefoy, Commissaire de la Marine, les sœurs Saint-Valentin et Stéphanie, de la communauté de Saint-Paul de Chartres, M. Émile Fournier, M. Sylvestre Thomas, adjoint au maire, Melle Olympe Lognos, feu Mme Clément Ihaut et Mme Vve Tichon Saint-Romain. Bien d’autres personnes encore ont marqué un véritable dévouement ; mais comme ç’a été plutôt à l’égard de leurs parents qu’à l’égard du public, je ne cite pas leurs noms…

(NB : les patronymes en rouge ont encore aujourd’hui des descendants à Terre-de-Haut, NDLR)

Influence morale et religieuse de la maladie

Quant à l’influence morale que produisit le choléra sur les habitants de Terre-de-Haut, elle fut immense. Un beau nombre de concubinaires contractèrent mariage ; presque tous les autres cessèrent leurs désordres ; et, parmi les gens qui avaient négligé précédemment leurs devoirs de religion, il ne resta qu’un bien petit nombre de personnes qui ne reprirent pas le chemin de l’église et ne vinrent pas se confesser. Les victimes de la maladie aussi marquèrent les meilleurs sentiments. Toutes demandèrent et reçurent les secours de mon ministère, excepté trois dont deux furent emportés subitement et une mourut au Grand-Ilet sans qu’on soit venu me chercher. Mais ces bons effets religieux ont-ils persévéré ? Quelques-uns ont persévéré et sont pour mon cœur un vrai sujet de consolation. Mais il n’en est pas ainsi de tous, malheureusement. Aujourd’hui, l’indifférence pour l’assistance à la messe et l’immoralité recommencent. En un mot, les Saintois d’aujourd’hui, à quelques exceptions près, sont ce qu’ils étaient il y a un an.

Récolte et distribution des secours

Après avoir parlé des désastres du choléra, je devrais, ce me semble, annoncer que des secours abondants sont venus soulager la misère de nos veuves et de nos orphelins. Des sommes considérables, il est vrai (plus de douze cent mille francs) ont été recueillies en France tant pour nous relever des pertes que nous a occasionnées le coup de vent du 6 septembre que pour assister ceux que la maladie a plongés dans la détresse ; mais à part six cents francs que nous devons à la bienfaisance de Mgr Boutonnet, notre Évêque, pas un centime jusqu’ici n’a été donné à nos pauvres Saintois au sujet du choléra ; beaucoup même d’entre eux n’ont encore rien reçu pour les aider à rebâtir leurs maisons, détruites par l’ouragan du 6 septembre précité. Je n’accuse personne, je constate un fait.

Signé : P. Le Couturier

P.S. Il est à noter que quatre ans plus tard, exactement en avril 1869, une nouvelle épidémie se déclare à Terre-de-Haut : la fièvre jaune. Entre temps, l’abbé MOULY a remplacé le Père Le Couturier à la tête de la paroisse. À peine installé, voici ce qu’écrit le nouveau curé à propos de cette épidémie :
« J’ai eu à songer plutôt aux malades de l’hôpital qu’à mes paroissiens. Une épidémie venait de se déclarer. D’après le docteur chargé du service médical, il y aurait eu soixante-cinq personnes atteintes de ce terrible fléau, et nous avons eu à déplorer trente-cinq morts dont une sœur de Saint-Paul de Chartres : sœur Alexis, un officier du génie et une brigade entière de gendarmerie… Sur la demande de quelques personnes pieuses de la paroisse, et par l’autorisation de l’Évêché, j’ai fait édifier une petite chapelle à l’honneur de la Sainte Vierge, afin de mettre sous son patronage cette paroisse qui a tant besoin de la protection de la Reine des Anges. Parmi les personnes qui ont le plus contribuer à la construction de ce petit monument, je ne puis citer que M. Reimonet. »

Tombe de la sœur Alexis, décédée de la fièvre jaune le 6 avril 1889, comme le rapporte le paragraphe ci-dessus. Ignorant sans doute l’histoire de cette religieuse, ceux qui ont restauré sa tombe l’ont confondue vraisemblablement avec un militaire d’où la bande tricolore au-dessus de la croix et le masculin à décédé.

La petite Chapelle de la vierge

La petite chapelle de la Vierge, inaugurée le 1er mai 1870, telle qu’elle était à l’origine. Rénovée depuis, elle est appelée aujourd’hui Chapelle des Marins et donne lieu chaque 16 août à une traditionnelle procession à la Vierge.

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1865 : une année terrible pour les Saintes

1- Six septembre : un cyclone dévastateur

Témoignage de l’abbé Le Couturier, Curé de Terre-de-Haut

Un de ces ouragans affreux,PhotoHugo_1989_sept_21_1844Z qui ravagent de temps en temps nos Antilles, s’est déchaîné en 1865 sur la partie Sud de la Guadeloupe, les Saintes et Marie-Galante, et, dans le court espace de deux heures et demie, a renversé grand nombre de solides maisons, dévasté les campagnes, écrasé et coulé à fond la plupart des embarcations qu’il a atteintes et fait périr plus de deux cents personnes. Comme chaque curé de ce diocèse doit consigner sur un registre à demeure les principaux maux dont sa paroisse a été affligée dans cette dure calamité et les secours qui y ont été apportés, je ne parlerai ici, d’une manière spéciale, que ce dont j’ai été le témoin à Terre-de-Haut.

Six septembre 1865

La journée du 6 septembre 1865 avait été à Terre-de-Haut un peu pluvieuse. Le soir vers cinq heures, la mer se trouva fortement agitée tout à la fois par un raz de marée qui se faisait sentir depuis le matin et par une brise tourbillonnante qui soufflait de plus en plus fort du S-E.

Entre six heures et demie et sept heures du soir, le vent passa subitement au Nord. Alors on s’empressa de consolider les portes et les fenêtres des maisons, et les marins accoururent au rivage pour retirer leurs canots des vagues qui s’en emparaient et les haler au loin sur la terre ferme. Bientôt, force fut à tous d’abandonner le travail et de se tenir enfermés. Des rafales d’une violence extrême ne permettaient plus à personne de se tenir dehors. Pendant l’heure et demie environ qui suivit, la tourmente que nous eûmes à subir fut telle qu’elle arracha des eaux de notre rade en fureur l’aviso à vapeur « Le Vautour » et le précipita, avec plusieurs bateaux de cabotage à demi-brisés sur nos sables. Beaucoup de maisons furent abîmées, vingt-trois d’entre elles furent complètement détruites ; nos pêcheurs perdirent complètement leurs canots et le Pénitencier de l’Islet-à-Cabris ainsi que l’installation en bois du Fort Napoléon volèrent en éclats.

À huit heures le calme se rétablit. Quoique mon presbytère fût bien avarié, vite je m’empressai d’aller par le bourg pour m’informer s’il y avait des morts et blessés et aussi pour m’assurer de l’état de l’église. Mais je ne tardai pas à à être contraint de regagner ma demeure : le vent était passé au Sud-Sud-Est et commençait à nouveau à se montrer menaçant. De huit heures et demie à neuf heures et quart, il souffla de cette partie avec une intensité qui, ce me semble, surpassa tout ce que nous avions éprouvé auparavant.

Effets de cyclone sur le littoral à Terre-de-Haut- Ph. R. Joyeux

Pendant ce temps la pluie tomba par torrent et des éclairs sans tonnerre ne cessèrent de se succéder. Enfin, à neuf heures et quart, tout fut terminé : nous ne ressentions plus qu’un léger zéphyr venant de l’Est, la mer reprit le calme des plus beaux jours et le ciel devint d’une pureté admirable.

Dégâts considérables et morts au Pénitencier

Alors seulement je pus connaître d’une manière certaine l’état de nos pauvres gens. Grâces à Dieu, aucun de nos Saintois n’était mort ; personne même parmi eux n’avait été blessé grièvement. Mais un soldat (l’Ordonnance de M. Le Capitaine du Génie) avait été tué, trois condamnés furent trouvés écrasés sous les décombres du Pénitencier de l’Islet et deux autres prisonniers moururent, dans le délai de deux jours, des blessures qu’ils avaient reçues, ou des privations et des fatigues qu’ils eurent à endurer dans cette circonstance mémorable.

Une pluie de secours

Si le coup de vent du six septembre 1865 répandit autour de nous de grands désastres, je me hâte de dire que des cœurs généreux vinrent à notre aide pour réparer ceux des désastres qui étaient réparables. Trois cent mille francs furent d’abord pris par le Gouverneur sur la Caisse d’épargne de la Colonie et répartis à titre de don entre les habitants qui avaient le plus souffert dans chaque commune, pour les aider à faire les réparations les plus urgentes à leurs maisons d’habitation… En même temps, une quête fut faite, ordonnée dans toutes les églises du diocèse par M. le Vicaire général Ginestet, et la somme de cent francs, montant que nous eûmes dans le produit de cette quête, fit voir aux Saintois au moins la sympathie qu’avait pour eux l’Évêché. L’administration de la Marine usa aussi d’une bienveillance digne de tout éloge à l’égard de nos marins. Elle leur accorda des secours si abondants qu’ils équivalaient presque au prix des canots qu’ils avaient perdus. Peu de temps après, une généreuse assistance nous arriva de la Martinique, qui se montra envers nous d’une admirable sensibilité – et de toutes les îles anglaises, suédoises et danoises qui nous avoisinent… Enfin, Mgr notre Évêque, dans sa tournée pastorale, me laissa la somme de 600 francs qui fut distribuée dans la huitaine suivante aux personnes les plus nécessiteuses de cette paroisse.

Telle est, en abrégé, l’histoire du coup de vent du 6 septembre 1865, et des principaux remèdes qui ont été apportés à ses ravages…

Ce texte est extrait de la brochure de clochers en clochers, éditée en 1979 par le Père Camille Fabre.
Prochaine chronique : 2ème épisode : Le choléra qui frappa Terre-de-Haut cette même année 1865.

PS. À propos de cette tempête du 6 septembre 1865, Félix Bréta écrit dans son livre :
 Les Saintes, recueil de Notes et Observations générales :

« A Terre-de-Haut, les toits de la maison des Sœurs, de la Caserne et d’autres maisons sont emportés, toutes les portes et fenêtres des habitations arrachées. Inondation générale des maisons. La plupart des embarcations sont brisées. Les constructions en bois du Fort Napoléon ont volé en éclats. Tous les bâtiments du Pénitencier de l’Ilet à Cabrits sont rasés. Bon nombre de blessés sont entrés à l’hôpital. Beaucoup de familles sont sans abri. Terre-de-Bas complètement ravagée. La majeure partie de la population se trouve sans asile et sans pain.

Vous pouvez visionner ce document de l’ INA sur les dégâts du cyclone Cléo aux Saintes en 1964 en cliquant sur le lien :
http://m.ina.fr/video/RYC9711066075/les-saintes-video.html

Cascade du Saut d’eau à Terre-de-Haut suite aux pluies diluviennes du 11 mai 2017 – Capture d’écran – video Cathy Foy

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Quel avenir pour le collège des Saintes ?

À Terre-de-Bas, un futur lycée de la mer ? 

Collège TDB

Façade actuelle du collège de Terre-de-Bas – Photo R. Joyeux

Le 5 février 2017, Guadeloupe Première télévision (voir lien ci-dessous) a évoqué l’avenir du collège de Terre-de-Bas et son éventuelle reconversion en Lycée professionnel de la mer. Selon le présentateur de l’émission, les autorités compétentes des deux assemblées – régionale et départementale – se seraient mises d’accord pour étudier sérieusement cette éventualité, affiner et budgétiser le projet en vue d’une réalisation à venir. Il faut savoir en effet que les effectifs de ce collège ultra-moderne, conçu par un architecte saintois, se sont régulièrement amenuisés au fil des années, pour atteindre aujourd’hui le seuil de 28 élèves sur quatre niveaux de classes. Voici ci-dessous, le lien pour l’émission de Guadeloupe 1ère sur le sujet :
http://la1ere.francetvinfo.fr/guadeloupe/college-terre-bas-futur-lycee-mer-440589.html

À l’origine : un seul collège pour les Saintes

Initialement prévu pour 150 élèves, cet établissement départemental, inauguré le 7 août 1994, devait en principe accueillir les collégiens des deux îles, mais, la politique ayant fait son œuvre, jamais ce bel idéal n’a été pleinement atteint, chaque commune gardant sa propre structure. Celle de Terre-de-Haut occupa tant bien que mal jusqu’en 2001-2002 les locaux vétustes d’une antique caserne du bourg avant d’être transférée au Marigot dans une construction neuve rattachée au lycée Gerville-Réache et gérée par la Région. Ce qui était contraire à la loi sur la décentralisation de mars 1982, qui attribue à chaque collectivité territoriale ses responsabilités propres en matière d’enseignement : Région : lycées ; département : collèges ; commune : écoles primaires et maternelles.

Projet de construction du collège de Terre de Haut année 2000. Photo R.Joyeux

Aujourd’hui, les deux structures autrefois indépendantes sont désormais réunies en une seule administration dénommée Collège Archipel des Saintes, éclaté sur deux sites. Celui de Terre-de-Haut, dont la première pierre a été posée le 15 août 2000, reçoit de son côté 75 élèves, ce qui fait à ce jour, avec les 28 élèves de Terre-de-Bas un total de 103 collégiens pour l’ensemble des deux structures que dirige Mme Luce CASSIN.

Entrée du collège actuel de Terre-de-Haut au Marigot. Ph. R.Joyeux

Pour chacun des établissements, les effectifs se répartissent de la façon suivante :

Un peu d’histoire :
1992-2002

Absence de terrain à Terre-de-Haut

C’est le samedi 3 octobre 1992, à l’initiative d’Hilaire BRUDEY que se tient aux Saintes, à l’hôtel La Saintoise, une réunion entre M. Dominique LARIFLA, président du Conseil Général de la Guadeloupe, le maire de Terre-de-Haut, M. Robert JOYEUX et des parents d’élèves de la  commune. Le but de cette réunion est principalement de permettre au Président de l’Assemblée départementale de répondre aux questions de l’élu local et de la population, et de clarifier par la même occasion la position de son administration sur le projet d’implanter à Terre-de-Bas le futur collège des Saintes. Responsable de par la loi de décentralisation de la construction, du financement et de l’entretien des collèges, le Président LARIFLA explique que l’implantation de ce collège départemental, unique pour les deux îles, était initialement prévue à Terre-de-Haut où le premier embryon d’un CEG municipal avait vu le jour en 1966. Mais que, faute d’avoir obtenu de cette commune le terrain nécessaire remplissant les conditions adéquates pour ce type d’établissement, il a été décidé de choisir l’île voisine dont le maire, Alex Falémé propose un terrain répondant à toutes les normes de superficie, d’environnement et de sécurité.

Façade du CEG Jean Calo, premier collège des Saintes à Terre-de-Haut, en 1974 – Ph. R. Joyeux

La position du Président Larifla

À l’acharnement du maire de Terre-de-Haut qui envisage, pour proposer un terrain dans sa commune, soit de procéder à une expropriation, soit d’utiliser la saline du Marigot, le Président LARIFLA répond qu’il ne peut retenir ni l’une ni l’autre de ces solutions. Il précise en effet que la loi interdit d’une part l’expropriation pour les établissements d’enseignement et que, d’autre part, la Commission départementale de sécurité de l’Éducation nationale, ayant déjà procédé à l’analyse des terrains du Marigot, avait refusé son agrément pour ce site marécageux, interdit de construction. Ce à quoi, le maire, M. Robert JOYEUX répond que ce ne sont que de « petits détails » auxquels il ne faut pas s’arrêter… 

De petits détails – Dessin d’Alain Joyeux L’iguane 1992

Détails, rétorque M. Larifla, qui pourraient mettre en péril la vie des élèves et du personnel en cas de solifluxion lors d’un séisme majeur et d’engager ainsi la responsabilité des décideurs. De toute façon, conclut-il, Mme Ségolène Royale, Ministre de l’environnement, suite à la catastrophe de Vaison la Romaine (22 septembre 1992, 42 morts), vient d’ordonner aux Préfets d’interdire toute construction recevant du public dans les zones à risques. Sans compter, poursuit M. Larifla, que l’Éducation Nationale, à l’heure des compressions budgétaires, ne pourrait certainement pas pourvoir en postes deux collèges sur les Saintes. Et la réunion se termine sur l’annonce officielle et définitive faite par le Président du Conseil Général d’implanter à Terre-de-Bas le futur Collège des Saintes…

Au centre, la Saline, aujourd’hui asséchée, où est implanté l’actuel collège de Terre-de-Haut

La visite d’Édouard Balladur

Deux ans plus tard, en mai 1994, alors que le collège unique des Saintes vient de s’achever à Terre-de-Bas et qu’il attend son inauguration, voilà que débarque à Terre-de-Haut, le Premier Ministre de l’époque : M. Édouard Balladur. À cette occasion, l’incontournable journal L’IGUANE, support de nos informations, écrit en son n° de juin 1994 :
 » Dans le cadre de la campagne des prochaines élections européennes et peut-être aussi dans la perspective des présidentielles de 95, le Premier Ministre s’est rendu en Guadeloupe les 17, 18 et 19 mai dernier. L’occasion était trop belle pour Robert JOYEUX, maire RPR de Terre-de-Haut, appuyé efficacement par Mme Chevry, de recevoir le deuxième personnage de l’État à domicile… M. BALLADUR n’a pas manqué de jeter un pavé dans la mare qui n’a pas fini de faire des remous en annonçant le maintien du collège de Terre-de-Haut alors que le Département, en vertu de la loi de décentralisation, vient de terminer la construction d’un collège unique pour les Saintes. On comprend mal comment une personnalité si haut placée ait pu faire un tel affront aux décideurs du Conseil Général de la Guadeloupe et s’immiscer ainsi dans une affaire strictement départementale… D’aucuns pensent qu’une mauvaise connaissance du dossier ait pu abuser le Premier Ministre et beaucoup comprennent mal la finalité d’une telle déclaration… »  Robert JOYEUX, en tout cas ne cache pas sa satisfaction et c’est soulagé qu’il fait un pied de nez remarqué à son rival socialiste Dominique LARIFLA.

Édouard Balladur et Robert Joyeux aux Saintes le 19 mai 1994 – Ph. Bulletin municipal

Terre-de-Haut aura son collège

À cette date pourtant, (mai 1994) rien n’est encore joué. Mais le maire de Terre-de-Haut organise réunions sur réunions pour inciter ses administrés à refuser d’inscrire leurs enfants à Terre-de-Bas. Et, fort de sa victoire octroyée par Balladur, il écrit dans le Bulletin du 15 août 1994 : « Aujourd’hui, grâce à ma ténacité et à toutes mes interventions, nous sommes heureux et fiers d’avoir réussi que notre collège Jean Calo soit maintenu à Terre-de-Haut et que nos enfants continueront à suivre leur scolarité sans rupture prématurée de l’affection familiale. » 

« On nous mène en bateau » – Dessin d’Alain Joyeux – L’Iguane – novembre 92

Des familles récalcitrantes

N’empêche qu’à l’époque, passant outre menaces et chantage, de nombreuses familles de Terre-de-Haut – deux seulement aujourd’hui – persistent à envoyer leurs enfants à Terre-de-Bas, d’autant plus que le transport est gratuit et que le collège, récemment ouvert, offre des conditions d’enseignement et d’accueil autrement plus modernes et adaptées que celles des salles décrépites de la vieille caserne du Mouillage. Restait alors à savoir quel statut octroyer à ce qui subsistait du collège de Terre-de-Haut dont le Conseil Général refusait d’assurer la gestion.

L’intervention de Mme Michaux-Chevry

C’est alors qu’est intervenue la Présidente du Conseil Régional, Mme Lucette Michaux-Chevry (LMC), qui, encouragée par la déclaration de Balladur, proposa de rattacher la petite structure de Terre-de-Haut à un lycée de Basse-Terre, permettant ainsi à la Région d’en assumer la gestion. Bien plus, elle fit voter dans la foulée, par son administration, un budget pour la construction d’un établissement propre à Terre-de-Haut, sur le terrain controversé du Marigot, récusé naguère par le Conseil Général.

Et c’est ainsi que le 15 août 2000 LMC posait elle-même la première pierre de ce qui allait devenir étrangement « l’Unité Pédagogique de Terre-de-Haut rattachée au Lycée Gerville-Réache de Basse-Terre »Après plusieurs années de coexistence séparée, les deux établissements saintois finiront par s’unir, à l’instigation du rectorat, sous une seule et même tutelle, pour former l’actuel Collège Archipel des Saintes que nous connaissons aujourd’hui.

 23 ans après, quelle est la situation ?

Nous l’avons dit, vu l’effectif plus que réduit à ce jour de l’établissement de Terre-de-Bas, le problème se pose de savoir que faire de cette structure encore et toujours parfaitement opérationnelle, prévue à sa construction, rappelons-le, pour 150 élèves. Le projet d’une reconversion en Lycée professionnel de la mer, s’il se concrétisesupposera d’inscrire ailleurs la trentaine de collégiens de cette commune et d’affecter autre part les professeurs. Les parents d’élèves de Terre-de-Bas devront-ils une fois de plus se contraindre à exiler leurs enfants en Guadeloupe continentale ou à les envoyer comme il y a 50 ans à Terre-de-Haut, quitte à bénéficier de la gratuité des transports ?

Ou alors, autre solution, faudra-t-il construire sur place une petite unité pédagogique dépendant comme aujourd’hui de celle plus importante de Terre-de-Haut ? À moins que, suite à un modus vivendi qu’il resterait à définir, on envisage de faire cohabiter dans le même établissement un lycée de la mer pour des jeunes gens presqu’adultes et un collège d’enseignement secondaire pour ados et pré-ados même en très petit nombre… Autant d’interrogations auxquelles ne répond pas l’émission de Guadeloupe Première en dépit des intéressantes informations qu’elle fournit sur ce que pourrait être ce futur lycée de la mer de Terre-de-Bas et que je vous invite de nouveau à consulter sur le lien donné en haut de page.

Un vœu à formuler ?

Pour sauver le collège de Terre-de-Bas, donc tout simplement celui des Saintes, faudrait-il adhérer à cette conclusion de Guadeloupe 1ère, sachant que, selon nos informations, ni les enseignants, ni le personnel de service, ni les parents d’élèves n’auraient été à ce jour consultés sur le projet ? Voici le vœu formulé au terme du reportage de Guadeloupe Première :  à vous de donner votre avis.

« Ce n’est pour l’instant qu’un projet mais il a déjà les faveurs des présidents des deux collectivités majeures de la Guadeloupe. Ainsi, le collège de Terre de Bas pourrait devenir un lycée de la mer. Une façon aussi de mettre un terme à l’imbroglio des deux collèges des Saintes « .

Élèves de 6ème de Terre-de-Haut – Janvier 2017. Ph. R.Joyeux

 Je remercie tous ceux et toutes celles qui m’ont amicalement fourni les informations me permettant de vous présenter cette chronique, et par anticipation tous ceux qui par leurs observations, propositions et commentaires apporteront leur contribution à une réflexion sur ce sujet brûlant. Je remercie également les élèves de 6ème de Terre-de-Haut de m’avoir reçu dans leur classe et autorisé à les photographier pour ce blog.
Raymond Joyeux

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Terre-de-Haut touristique !

Où est passée la Trace des Crêtes ?

À travers buissons épineux, sous-bois ombragé ou végétation toxique ; en équilibre sur le bord d’une falaise ou d’un gouffre ; côtoyant sur son parcours des mégalithes solidement ancrés ou des rochers dangereusement branlants, quels que soient les plaisirs ou les difficultés de la marche ou de l’escalade afin d’admirer les époustouflants paysages s’offrant à ses yeux, quel Saintois dans son enfance ou sa jeunesse n’a pas sillonné cœur alerte les mornes et sentiers multiples de son île natale ? Parmi les randonnées les plus fréquentées et gratifiantes, aussi bien pour les résidents petits et grands que pour les nombreux visiteurs de passage, il en était une immémoriale, et sans doute la plus pittoresque, recommandée par tous les guides touristiques et qui avait la faveur incontournable des marcheurs : j’ai nommé la Trace des Crêtes. 

L’auteur (à droite) et un ami aux Crêtes en 2004 – Photo Alexandre Joyeux

Vous aurez observé sans doute que, pour évoquer cette trace aujourd’hui inaccessible, j’ai employé le passé. Depuis quelques années en effet, alors que ce circuit de randonnée, répertorié comme Patrimoine naturel de Guadeloupe, était toujours recommandé par l’Office du Tourisme de Terre-de-Haut, une interdiction de passage obligeait déjà le marcheur à faire demi-tour.

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Ayant entamé le plus dur de la montée par le sentier raviné longeant au Nord la plage de Grand’Anse, et traversé le sous-bois pentu de savonnette qui précède le premier palier de la colline – tel fut mon cas ce lundi de Pâques 2017 -, notre marcheur se retrouve devant une clôture métallique peu avenante, protégée par une menaçante plantation d’agaves et agrémentée de deux injonctions prohibitives dont l’une sur fond jaune, particulièrement photogénique, prévient tout intrus imprudent de la présence d’un impitoyable cerbère…

Stoppé net dans son parcours sans pouvoir le poursuivre par les sommets serpentant entre les deux versants de la chaîne des mornes, le marcheur dépité peut néanmoins accéder librement à une petite plate-forme rocheuse, à gauche de la barrière, d’où la vue sur la Chameau, la rade et la baie du Marigot n’est pas moins admirable. Sans se poser plus de question, il ne lui restera que le choix de débouler dans la ravine accidentée qui conduit derrière le stade, au risque de retrouver d’autres clôtures et sans profiter des habituels points de vue ; ou de redescendre vers Grand’Anse et de longer à nouveau le petit cimetière, où, parmi les pervenches de Madagascar et les conques marines encore roses des dernières illuminations de la Toussaint, il enterrera tout espoir de randonnée par la partie Sud des crêtes…

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Un texte de Claire JEUFFROY

Aux nostalgiques de cette Trace des Crêtes, entre Grand’Anse et Pompierre, désormais interdite, il restera cependant, outre d’extraordinaires photographies personnelles, celles encore ouvertes de Morel vers les ruines de l’habitation et du Fort Caroline, du Chameau jusqu’à la plage de Crawen et de l’Îlet à Cabris, propriété récente du Conservatoire national du Littoral. Il restera aussi et surtout ce très beau texte de Claire Jeuffroy, photographe inspirée hors pair du club de plongée Pisquettes, datant d’une dizaine d’années et publié récemment sur le site Patrimoine Archipel Guadeloupe dont les rédacteurs ignorent certainement que le circuit à partir de Grand’Anse n’existe plus. Texte que je vous propose néanmoins de découvrir ci-dessous pour sa poésie et son authenticité, avec l’aimable autorisation de l’auteur que je remercie infiniment en votre nom pour cet inestimable cadeau.

La Trace des Crêtes :
patrimoine de Terre-de-Haut les Saintes

Pour cette balade de 45 minutes environ, vous avez 2 possibilités. Soit partir de la plage de Grande Anse, soit de la plage de Pompierre. En partant de Grande Anse vous arriverez à Pompierre et pourrez vous rafraîchir dans ses eaux calmes et cristallines (pour les amateurs de fonds sous-marins, pensez aux masques et tubas), car il est fortement déconseillé de se baigner à Grande Anse où la mer est très agitée et sujette à de forts courants semblables aux baïnes des plages Landaises. Ne vous aventurez pas sur cette trace sans eau et sans couvre-chef, et sans vous être protégés avec de la crème solaire. Les alizés en vous rafraîchissant vous font oublier qu’aux Antilles le soleil est puissant.

Départ du circuit de l’ancienne trace des crêtes. Photo R. Joyeux – avril 2017

S’il y a une difficulté dans cette balade, c’est trouver le départ de la trace … Il faut longer le cimetière et tourner à gauche avant la plage. La trace commence le long de la clôture en bois de la dernière habitation. Ensuite il suffit de suivre les taches de peinture blanche sur les cailloux ou les arbres (rouges si vous partez de Pompierre). Le début est un peu difficile car de fortes pluies ont emmené la terre et le sentier est abîmé. Mais rien de périlleux … Les enfants saintois y crapahutent pieds nus …

Troupeau paisible jadis en liberté sur la Trace des Crêtes – Photo Alain Joyeux

Quelle balade ! Quels paysages ! Quel calme ! Dès les premières minutes de marche, vous êtes déjà suffisamment haut pour admirer derrière vous les rouleaux azur et blanc qui se déroulent sur le sable doré de Grande Anse, et tout au fond, entre deux mornes : les hauteurs de Grand îlet (réserve naturelle où nichent des centaines d’oiseaux marins : frégates, sternes, fous bruns et pélicans). Et si la visibilité est bonne, encore plus loin : les reliefs de la Dominique.

En début de montée, vue sur la plage de Grand’Anse avec au fond la Dominique 

Quelques minutes plus tard, vue imprenable sur le morne rouge (qui porte bien son nom), le Pain de Sucre et Terre-de-Bas. Le contraste entre les eaux de l’Atlantique (plein Est) soulevées par les alizés et le calme des eaux de la mer des Caraïbes (plein Ouest) est saisissant. On comprend mieux pourquoi les bateaux traditionnels de pêche (les saintoises) ont des coques en « V » très accentué , profilées pour passer dans des vagues qui peuvent dépasser le mètre et hyper motorisées pour rejoindre les hauts fonds situés au large de Saint-François (banc des vaisseaux) ou de Marie-Galante (en forme de galette très plate que vous apercevrez sur votre droite tout au long de votre escapade).

  À gauche l’UCPA face à la baie du Marigot et sous les nuages la Guadeloupe 

Après avoir marché sous un sous-bois de mangliers (un des rares arbres que les chèvres n’apprécient pas), vous longerez ou traverserez  des prés où des cabris s’alignent pour vous observer curieusement, oreilles tendues… (Ne manquez pas d’observer l’habileté des portails à fermeture « automatique » : constitués de corde, d’une « poulie » et d’un gros caillou). N’ayez crainte des panneaux vous interdisant certains passages à travers prés, et continuez de suivre les traces blanches balisant la trace.

Cabris sur mornes

Défilé de cabris broutant sur les crêtes du Souffleur – Photo Alain Joyeux

Toujours en montant doucement, le paysage devient plus aride, plus exposé au vent et vous découvrez la baie de Marigot avec au fond le centre ucpa et sur le plus haut des mornes : le Fort Napoléon. Et plus loin, les reliefs de la Basse-Terre avec la Soufrière si le ciel est dégagé. Derrière vous : superbe vue plongeante sur Grande-Anse et la piste d’atterrissage … on comprend qu’il faille avoir une qualification spéciale de pilote pour oser se poser à Terre-de-Haut. La piste est très, très courte … Toute la végétation a un fort penchant vers l’Ouest. Rien ne freine le vent venu d’Afrique …

La baie de Pompierre et son ilot La Roche Percée.

Après une demi heure de marche, vous découvrez la plage de rêve : Pompierre. Encaissée entre deux mornes, eaux calmes (car protégées par un îlet appelé les Roches Percées) aux bleus turquoises et constellées de bleu marine (herbiers et massifs coralliens se partagent ses fonds), sable blanc et cocotiers … Vous ne rêvez pas … A cet endroit la mer est très près de vous sur la gauche comme sur la droite. Le morne est étroit. Sur votre droite, les falaises qui plongent dans une mer déchaînée forment un Grand Souffleur. Les vagues peuvent être propulsées sur plusieurs mètres de haut. Les cabris qui ne connaissent pas le vertige se promènent avec aisance sur les parois presque verticales des falaises, en quête de jeunes pousses ou simplement entrain pour admirer le paysage.

Alignement rupestre sur les hauteurs de Pompierre- Ph. Alain Joyeux

Et commence la descente vers la plage en contournant un gros rocher sur lequel poussent des cactus cierges ainsi qu’un frangipanier sauvage qui offre un magnifique premier plan de la photo que tout le monde fait de la vue sur Pompierre. Encore quelques minutes de marche sur un sentier étroit et ombragé et vous voilà les pieds dans le sable. Bienvenue à Pompierre ! Et bonne baignade !

Claire JEUFFROY

Crépuscule sur la Trace des Crêtes- Ph. Alain Joyeux

Remerciements à Alexandre et Alain Joyeux pour leurs photos et une nouvelle fois à Claire Jeuffroy pour son très beau texte.
Les photos sans nom d’auteur sont de Raymond Joyeux et datent d’avril 2017.

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Pâques sans régates…

Des voiliers miniatures du samedi gloria
au néant d’aujourd’hui

VoilierDe mémoire de Saintois, le Samedi Gloria c’étaient des dizaines de petits voiliers qui prenaient la mer à la résurrection des cloches, prélude aux festivités qui allaient suivre. Mais le Concile de Vatican II en 1963 ayant modifié la liturgie  pascale, ce n’est plus le rituel de l’eau, la veille de Pâques, bénite alors par le prêtre en matinée sur le parvis de l’église dans le tintement des cloches, qui prévaut aujourd’hui, mais celui de la lumière, symbole pour les catholiques du Christ ressuscité. Cette nouvelle liturgie du Samedi Saint qui a lieu désormais le soir a effacé du même coup la tradition de toute une communauté de la mer, habituée depuis des lustres à se jeter à l’eau au signal de la cloche pour une grande purification annuelle aussi bien des corps et des esprits, que des maisons que l’on prenait soin de nettoyer de fond en comble ce jour-là. Par la suite, au fil des années, aux Saintes, ce furent de vrais voiliers qui prirent la relève des miniatures lors de régates grandeur nature organisées à Pâques par une association locale, la bien nommée : À Dieu Vat, créée le 24 février 1991… Occasion pour toute une population d’hommes, de femmes et d’enfants, vibrant aux exploits des équipages, heureux de se retrouver unis pour faire la fête durant trois jours, oubliant, en même temps que les privations du carême, les querelles et les dissensions qui avaient pu les opposer…

Régate organisée par A Dieu Vat – Ph. R.Joyeux

Inertie collective

Malheureusement et contre toute attente, tout ce qui est bon pour le moral collectif semble petit à petit disparaître à Terre-de-Haut. Tout ce qui suscitait autrefois la liesse populaire et permettait aux Saintois, de fête en manifestation, d’exprimer leur joie de vivre et leur cohésion, de mettre en avant leur savoir faire traditionnel, culturel et sportif, a fait long feu. Indispensable à toute communauté, l’esprit de convivialité et de réjouissance, comme par un maléfice indéfinissable, est aujourd’hui largement supplanté chez nous par une inertie collective digne des sociétés décadentes où l’enthousiasme et l’optimisme auraient pris malencontreusement la poudre d’escampette. S’il subsiste encore par-ci par-là quelques maigres et sporadiques animations collectives comme à l’occasion du 15 août ou du carnaval, c’est surtout à titre individuel que les Saintois, n’ayant pas heureusement perdu le sens de la fête, s’amusent aujourd’hui, sur les plages ou ailleurs, en familles ou en petits groupes isolés… à condition qu’un autoritarisme malveillant, discriminatoire et mortifère, leur en laisse le loisir !

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 Défilé carnavalesque février 2017 organisé par l’OMCS – Ph. R. Joyeux

Adieu natation, club de jazz, football et fête de la pêche

Sur le plan sportif, après la disparition, faute de structure et d’animateurs, d’une équipe de natation considérée comme l’une des meilleures de Guadeloupe, et qui, en plus d’avoir été notre fierté légitime attirait aux bords des piscines de la grande île la foule des afficionados inconditionnels, ce fut au tour du football de tomber à l’eau, si j’ose cette expression par ces temps de sécheresse et de vaches maigres d’un carême qui n’en finit pas ! Alors qu’était déjà intervenue la dissolution d’une association musicale qui, après un envol magistral, tomba sous les coups de boutoir d’un ayatollhisme aveugle et destructeur.

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Équipe AJSS 2014-215  de foot – Aujourd’hui dissoute – Photo site de l’AJSS

Enfin nous avons perdu coup sur coup les fêtes de la pêche et du lambi, par tarissement de subvention communale et régionale – allez savoir pourquoi alors que tant d’argent public se dilapide, paraît-il, par ailleurs – puis, bouquet mortuaire final, les manifestations du club À Dieu Vat, dernière association en date qui pendant plus de 25 ans fit les beaux jours des réjouissances pascales et d’un comité organisateur bénévole de régates, sans soutien financier autre que celui de ses sponsors… En effet, en plus des compétitions officielles, comme le championnat de Guadeloupe de voile traditionnelle, ou celles, parmi d’autres, de la Toussaint, de la Pentecôte, de l’Ascension, du 15 août…  c’était chaque année à Pâques qu’était organisée sur 3 jours une série de régates, occasion d’une ferveur populaire qui dépassait le cadre de notre petit archipel puisqu’à plusieurs reprises, les canots de Saint-Barth et les yoles martiniquaises ont été associés au spectacle et aux compétitions.

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Yoles martiniquaises en position de départ à TDH – Pâques 1992 – Ph. R. Joyeux

Associations et clubs à l’abandon

L’un des rôles bien compris, nous semble-t-il, des responsables d’une communauté, plutôt que de s’attacher à détruire, n’est-il pas justement de permettre et de favoriser le bien-être physique et moral des membres de cette communauté ? Au lieu de s’opposer aux bonnes volontés et de finir par réduire à néant toute initiative festive dont bénéficierait la population, une collectivité digne de ce nom, ne devrait-elle pas au contraire les soutenir et les encourager à mesure de ses possibilités ? Soutenir et encourager en mettant à disposition des associations et des clubs, qui ont le mérite d’exister, un budget et des équipements, comme cela se fait naturellement partout ailleurs, sans apriori négatif, sans aller chercher des poux dans la tête de leurs présidents ou de leurs membres, sous prétexte qu’ils auraient voté de travers ? Ce n’est pas « faire de la politique », comme on l’entend négativement ici, que de le reconnaître et de le dire. C’est faire œuvre de lucidité et de prise de conscience, pour que dans les années à venir, les mêmes errements ne se reproduisent pas. Si tant est que des jeunes, animés d’un esprit d’ouverture et de responsabilité, en s’engageant sans se ménager pour le bien de tous, prennent la relève des leurs aînés. C’est le vœu que forme toute une population en cette veille de Pâques 2017, que je vous souhaite néanmoins joyeuses à toutes et à tous, avec un chaleureux merci au 12 928 visiteurs qui ont parcouru ce blog depuis le 1er janvier de cette année !

Fête de la Pêche au Pain de Sucre organisée par l’AMPS en 2013 – Ph R.Joyeux

Raymond Joyeux

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Une tradition ancestrale : la pêche à la senne

Une prise miraculeuse

Fin mars 2017, des pêcheurs de Basse-Terre en Guadeloupe ont ramené dans leurs filets, selon leur estimation, pas moins de 10 tonnes de poisson. Événement rare et spectaculaire qui a fait les choux gras de la presse locale, dont un reportage de RFO TV, Guadeloupe 1ère. Ce type de pêche devenu exceptionnel aujourd’hui était très courant autrefois chez nous, aux Saintes, où les équipages étaient beaucoup plus nombreux et les « pirogues à senne » prêtes à s’élancer, aussi bien dans la baie elle-même que dans les eaux profondes avoisinantes. On peut épiloguer sur les raisons de la rareté du phénomème, disons même de la disparition irréversible d’une tradition ancestrale : diminution du stock de poissons, impossibilité de lancer ses filets dans la rade à cause de la présence de bouées d’ancrage et des nombreuses embarcations qui s’y amarrent, navigation quasi permanente et bruit incessant des moteurs, antifouling délétère des carènes en suspension dans l’eau…
Qu’importe, ce qui est sûr, c’est que les Saintois d’aujourd’hui ne voient plus les pêcheurs senner dans leur rade comme autrefois, à l’époque où la baie était silencieuse, libre de toute entrave flottante ou immergée et où toute la communauté insulaire participait joyeusement au coup de senne…
http://la1ere.francetvinfo.fr/guadeloupe/peche-miraculeuse-basse-terre-457655.html

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Coulirous pêchés à Basse-Terre le 27 mars 2017 – Ph. Guadeloupe 1ère

Une réalité vécue 

Cette tradition ancestrale de la pêche à la senne dans la baie des Saintes, aujourd’hui disparue, je l’ai évoquée dans mon récit autobiographique Fragments d’une enfance saintoise, petit ouvrage sans prétention paru aux Ateliers de la Lucarne en 2008 et trois fois réédité depuis. Ce récit que je me permets de vous présenter aujourd’hui, ne le prenez pas comme le signe d’une absence présomptueuse de modestie, mais comme le témoignage d’une réalité vécue à laquelle enfant puis adolescent, j’ai maintes fois participé, comme tant d’autres Saintois de ma génération et des précédentes. Nous sommes ici en septembre 1952. Juste après le passage de l’ouragan Charly qui ravagea le littoral et laissa meurtries les façades des maisons situées comme la nôtre à deux pas de la mer. Mais qui occasionna aussi, comme toujours en pareille circonstance, un élan de solidarité propre aux petites communautés éloignées de tout et dont les membres, pour survivre, n’ont d’autre choix que de se serrer les coudes et de s’entraider, en dépit des divergences inévitables qui habituellement les séparent ou les divisent.

DÉBUT DU RÉCIT

Une manifestation de solidarité

Dans les deux ou trois jours qui suivirent le passage de l’ouragan Charly, une arrivée massive de poissons dans la baie mit notre île en émoi et fut pour nous l’occasion d’une nouvelle manifestation de solidarité spontanée. Car si nous savions nous serrer les coudes face au danger, nous savions aussi nous retrouver dans d’autres circonstances comme celle qui se présenta après la dure épreuve du cyclone : une pêche miraculeuse.

Pêcheurs saintois à la senne au large – Ph. L’IGUANE 1994

Disparues aujourd’hui pour mille raisons qu’il serait fastidieux d’énumérer ici, et parfait exemple d’entraide collective, les procédures ancestrales de repérage, d’approche, d’encerclement, de capture et de partage du poisson se déroulaient toujours selon le même immuable scénario.

Un scénario immuable

D’un bout à l’autre de la chaîne communautaire, chacun tenait son rôle : alertés par une inhabituelle concentration d’oiseaux marins, les guetteurs aux yeux d’aigle épiaient de la crête d’un morne les indices du passage des bancs de coulirous, de bonites ou des thons ; le maître-senneur et son équipage déroulaient au plat-bord de la pirogue, selon une technique éprouvée, leur longue senne préalablement lestée de galets ; les batteurs d’eau, rabatteurs et plongeurs, munis d’un simple masque, canalisaient et contenaient le poisson en bataille dans le piège de fil, à la foncière bien établie, solidement maillée de chanvre ou de coton, et la population tout entière se tenait prête à tirer sur la grève l’immense et lourd filet, avant l’attribution généreuse des lots* à chacun des participants. (* prononcez lottes).

Le partage du butin

Femmes et enfants, jeunes et vieux se rassemblaient aux deux bâtons extrêmes de l’interminable senne arrondie et, à la manière de sportifs se mesurant à la corde, ramenaient à terre au prix d’efforts soutenus, d’endurance et d’encouragement mutuel, la bouillonnante capture qui rougissait la mer à l’approche du rivage.

Extrait du carnet de pêche de mon père Joubert Joyeux – 1952

Sans émeute ni sauvagerie, mais au contraire, dans une liesse rigolarde, bruyante et colorée, fers-blancs, calebasses, paniers de fibres de bambou, sacs de jute, bassines cabossées d’aluminium passaient de mains en mains et se remplissaient de prises frétillantes, vivants ressorts de muscles et de chair, juste récompense de la participation de chacun au miracle du coup de senne. Personne n’était oublié et à ceux qui n’avaient pas eu l’opportunité d’être présents, une part était réservée, la plus belle, comme l’étaient celles du curé, du douanier, du maire et, chose impensable aujourd’hui, du… gendarme.

Préparation de la senne – Ph. R. Joyeux

Ayant eu maintes fois la chance de participer dans mon enfance à ces extraordinaires élans de solidarité insulaire, ces scènes de fraternité active qui abolissaient nos antagonismes et nos petites mesquineries m’ont profondément marqué. Elles m’ont enseigné et convaincu que si la solidarité des peuples s’exerçait surtout à l’occasion des coups durs qu’ils subissaient : cataclysmes naturels ou technologiques, épidémies, guerres ou autres, elle s’exprimait tout autant lors d’événements plus heureux comme celui que je viens d’évoquer.

Albert Camus à la rescousse

Aujourd’hui comme hier, la petite communauté saintoise à laquelle j’appartiens n’a jamais failli à cette règle. Malgré ses évidentes divisions et ses inévitables dissensions, conséquences de l’exiguïté de son territoire et d’une trop grande proximité des individus et des familles, la légendaire solidarité des gens de mer a toujours prévalu chez elle lorsqu’il le fallait, aussi bien dans l’épreuve que dans la joie de l’effort partagé, de la générosité mutuellement consentie.

Plus tard, me souvenant de ces événements de mon enfance – sécheresse, cyclone, coups de senne – je compris la portée de cette phrase d’Albert Camus dans La Peste, je cite de mémoire : « Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser ».

FIN DU RÉCIT

Des règles tacites ancestrales

Balaou à utiliser comme appât ou à déguster grillé – Ph. R. Joyeux

Pour revenir à notre époque, il faut préciser que si les pêcheurs saintois ne font plus de nos jours de « gros coups de senne » dans la rade pour l’une ou l’autre des raisons évoquées plus haut, ils continuent de capturer au filet dans des secteurs limités de la baie des poissons dits d’appât comme le balaou, le quiaquia, le caillu et la pisquette… Et qu’en haute mer ou le long des côtes éloignées du bourg ils perpétuent la tradition de la pêche à la senne, même si tout ce qui l’environnait autrefois – comme le guetteur des mornes – n’est plus systématiquement pratiqué. Des règles non écrites existent néanmoins lorsque plusieurs équipages se présentent pour la même arrivée massive de poisson. Ce sera le premier sur les lieux qui aura d’abord droit de pêche. Les autres attendront leur tour pour tenter la capture si les précédents ratent leur coup… Précisons que ces règles ont souvent donné lieu à des altercations entre pêcheurs, pas toujours d’accord sur leur interprétation. À ma connaissance, seul Victor VALA, dans son ouvrage Une perle blanche à Terre-de-Haut, les a consignées à ce jour par écrit. Leur mise en œuvre est en effet assez compliquée car les prétendants successifs au coup de senne doivent au préalable signaler leur intention par un canot tiré à terre ou ancré à proximité du lieu de pêche. (Voir ma chronique sur Victor VALA en cliquant sur le lien) :
https://raymondjoyeux.com/2014/02/20/victor-vala-premier-romancier-saintois/

Pêcheur saintois ravaudant ses filets – Ph. R. Joyeux

Réalité ou superstition ?

Un des signes de la présence du poisson au large est la concentration inhabituelle d’oiseaux de mer, appelés chez nous gibiers marins, survolant le ban (thon, bonites, carangues, colas, orphies…). Mais il existe aussi, semble-t-il, des signes météorologiques avant-coureurs inscrits dans le ciel, auxquels beaucoup croient encore, même si rien n’est scientifiquement prouvé en ce domaine. Ainsi deux jours avant la pêche miraculeuse de Basse-Terre le 27 mars 2017, le ciel est resté étrangement pommelé toute la journée, ce qui a fait dire à beaucoup de Saintois  – comme le disaient autrefois les anciens – que c’était un « ciel à coulirous ». Or la chose s’est bel et bien produite pour la grande satisfaction des pêcheurs basse-terriens, comme on peut le voir dans le reportage de Guadeloupe 1ère. Alors, vérité, coïncidence ou superstition ? Voici la photo du ciel de Terre-de-Haut, deux jours avant la prise miraculeuse de Basse-Terre.

Ciel à coulirous : vérité ou coïncidence ? Photo R. Joyeux,  25 mars 2017

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Présidentielle(s)

Prendre conscience de notre inconscience

41WC-ScIDbL._SX334_BO1,204,203,200_L’acte citoyen que nous allons accomplir les dimanches 23 avril et 7 mai prochains (la veille de ces dates aux Antilles), en votant pour les élections présidentielles, conditionnera pour longtemps l’avenir de la France et des outre-mer. C’est la raison pour laquelle je vous propose cette réflexion de Pierre Rabhi publié dans son dernier livre La convergence des consciences paru aux Éditions Le Passeur en octobre 2016. Mais qui est Pierre Rabhi, me direz-vous ? C’est un philosophe agroécologiste de réputation mondiale et fondateur de nombreuses associations non gouvernementales. Il est l’auteur de plusieurs livres parmi lesquels Manifeste pour la Terre et l’Humanisme (Actes Sud 2008), Vers la sobriété heureuse (Actes Sud 2010), Éloge du génie créateur de la société civile (Actes Sud 2011) La Puissance de la modération (Hozhoni 2015). En préface de son livre, l’auteur écrit : « Plus j’avance dans la vie et plus s’affirme en moi la conviction selon laquelle il ne peut y avoir de changement de société sans un profond changement humain. Et plus je pense aussi  – c’est là une certitude –  que seule une réelle et intime convergence des consciences peut nous éviter de choir dans la fragmentation et l’abîme. Ensemble, il nous faut de toute urgence prendre « conscience de notre inconscience », de notre démesure écologique et sociale, et réagir. »

Voici le texte de Pierre Rabhi, les sous-titres et les illustrations sont de moi.

La croissance n’est pas la solution

9782755500073-T« En 2002, poussé  par des amis, j’ai entrepris de recueillir les 500 signatures nécessaires pour postuler au suffrage universel. Nous étions alors quasiment inconnus et j’imaginais que seuls quelques conseillers ou maires, en état d’ébriété, peut-être, en viendraient à nous donner subrepticement leurs voix. Avec les moyens du bord, nous avions entamé une sorte de tour de France et enchaînions les conférences. Les salles se remplissaient doucement.  Finalement, en dépit de notre manque d’expérience, de l’absence d’appareil politique et de moyens, nous sommes tout de même parvenus à recueillir quelque 184 signatures et nous avons pu présenter le programme qui est encore le mien aujourd’hui. Nous affirmions déjà que « la croissance n’est pas la solution » qu’il faut « consommer local », « se libérer de la société de surconsommation », récuser en doute « le dogme du progrès »,  » promouvoir une autre école », et « remettre le féminin au cœur du changement » et, enfin, nous appelions à saisir « le pouvoir qui est entre nos mains ». Nous prônions aussi « le respect de la vie sous toutes ses formes » et aspirions à « une insurrection des consciences ». Nous pension clairement qu’il était urgent de « remettre les pieds sur terre » et nous nous interrogions sur « la planète que nous allions laisser à nos enfants » mais aussi sur « les enfants que nous allions laisser à la planète »…

Des attentes toujours d’actualité

Cette mobilisation exceptionnelle nous a permis – exclusivement grâce à des dons individuels – de réunir les moyens financiers nécessaires à notre campagne consistant essentiellement en 23 conférences données sur tout le territoire national dans des salles toujours combles. Un climat festif et convivial, animé par les chants de Graeme Allwright, accompagnait cet élan citoyen et nous avons pu vérifier que nos exigences et attentes, qui ne figurent pas dans le registre politique conventionnel, étaient partagées par un nombre de personnes plus important que nous ne l’imaginions… Quinze ans plus tard, tous ces thèmes restent d’une totale actualité, en bonne logique ils devraient se retrouver au cœur du débat citoyen. La société civile innove, expérimente, invente abondamment de nouvelles manières d’éduquer, de cultiver ou de construire et ceci sans que la sphère politique s’y intéresse vraiment. Elle a même tendance à faire passer ces citoyens engagés et inventifs pour de doux marginaux…

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Marche pour le climat à Londres

La méchanceté érigée en doctrine politique

N’étant affilié à aucun parti et pas du tout convaincu que la claudication gauche-droite – peut-être utile ou nécessaire dans un contexte passé – soit aujourd’hui pertinente, je me suis en effet demandé ce que je pourrais faire d’utile avec ces signatures au moment même où la conjoncture nouvelle produit de l’insécurité dans l’âme des citoyens. L’anxiété engendre une demande accrue de choix sécuritaires avec la très dangereuse illusion que la méchanceté érigée en doctrine politique sera la solution à tous nos maux. Difficile d’œuvrer utilement et d’être audible dans un tel contexte et c’est, entre autres, pourquoi j’ai abandonné toute velléité électorale. Plutôt que d’investir de l’énergie dans une campagne aléatoire, je préfère en effet mettre en avant les alternatives concrètes, écologiques et humaines émanant du « génie créateur de la société civile ». Ainsi, avec l’aide de tous les amis qui m’honorent de leur confiance, pourrons-nous, ensemble, agir – par-delà tous les antagonismes stériles et meurtriers – pour ce qui est fondamental, ce qui s’inscrit dans la permanence et qui, au-delà d’une échéance politique, détermine l’avenir commun…

Construire et habiter un monde apaisé

Au-delà de l’éternel dilemme entre un pessimisme démobilisateur et un optimisme rassurant, c’est le réalisme qui doit désormais éclairer nos actes. Nous sommes tous invités à témoigner et à œuvrer pour que la vie dont l’intelligence et la beauté sont évidentes nous inspire pour construire et habiter un monde apaisé et digne de cette intelligence et de cette beauté. Nous n’avons pas d’autre choix. »

Texte de Pierre Rabhi extrait de son livre : La convergence des consciences, chapitre intitulé : Présidentielle(s)- Page 168

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Et chez nous, quel réalisme écologique pour éclairer nos actes ?

En Guadeloupe continentale, c’est un réalisme positif en tout cas qui anime ces élèves du Lycée de Massabielle de Pointe-à-Pitre partis du 17 au 26 mars en Belgique discuter environnement. Le quotidien France-Antilles du 13 mars 2017 qui rapporte le fait précise : « Outre l’action écologique, cette opération incite les jeunes à faire des efforts pour maîtriser l’anglais, langue d’échange. Elle leur permet de découvrir d’autres cultures et de partager leur culture avec les autres ». Pour lire l’intégralité du reportage cliquer sur le lien :
http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/education/massabielle-des-lyceens-vont-discuter-environnement-en-belgique-419854.php

Une partie des déchets sortis de la mer, non loin du rivage, par R. Joyeux le 16.10.2016

Alors qu’aux Saintes et à Terre-de-Haut en particulier, en dépit d’efforts certains, souvent individuels et répétés, nous avons encore de sérieux progrès collectifs à faire sur le plan environnemental et écologique où une réalité quotidienne parfois sordide, côtoie et défigure les somptueux paysages qui font notre fierté et la réputation désormais mondiale de notre baie et de notre archipel. En ce domaine, avons-nous vraiment « conscience de notre inconscience », comme le dit Pierre Rabhi, en laissant subsister sur le littoral et ailleurs ces points noirs qui nous empoisonnent et nous interdisent de construire ensemble et d’habiter sereinement, loin de toute méchanceté et discrimination, un monde – notre petite île – apaisé et digne de l’intelligence et de la beauté de la vie qui nous environnent ?

Avoir conscience de notre inconscience : section de littoral pollué de TDH – Ph. R.Joyeux

Remerciements

En ce début d’avril 2017 et du printemps qui s’installe, je tiens à remercier chaleureusement tous les lecteurs et lectrices de ce Blog, les nombreux commentateurs, ainsi que ceux et celles qui par leurs partages permettent de multiplier le nombre de consultants, en particulier Patrick Rogers, toujours au RDV, et Terre-de-Haut Indiscrétions. C’est ainsi qu’à ce jour, l’article sur la Généalogie d’une famille saintoise, Les Lognos, plusieurs fois partagé, a été consulté 747 fois depuis sa publication le 14 mars  et généré 19 commentaires.
Merci à nouveau pour votre intérêt et un joyeux printemps à tous et à toutes. 

Raymond Joyeux 

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