Rues, ruelles, places et impasses de Terre-de-Haut (1ère partie)

Le nom des rues : une nécessité primordiale

Jusqu’à la fin des années 1990, le réseau routier et de voirie de Terre-de-Haut était totalement anonyme. La population, alors moins nombreuse, s’était depuis toujours accommodée de cette réalité, se contentant de savoir sans l’aide d’indication écrite, où se situaient la Place de la Mairie, celle du Débarcadère, la Rue de La Poste, ainsi que les différents quartiers du Mouillage, du Fond Curé, de la Rabès, du Marigot, de l’Anse-Mire… C’est la direction des Postes de la Guadeloupe qui mit fin à cette situation en exigeant que tous les maires du département nomment clairement rues, ruelles, places et impasses de leur commune afin de faciliter, entre autres, la distribution du courrier. Une nécessité d’autant plus impérieuse pour nous que le bourg ne cessait de se développer et que de nouveaux arrivants ou foyers s’installaient au gré des constructions neuves ou de locations éparpillées hors du centre. Sans compter que les homonymies n’étant pas rares dans les petites localités, une adresse incomplète ou inexacte est toujours susceptible de créer des confusions patronymiques avec tous les inconvénients liés pour les intéressés aux erreurs de destination.

Le choix des appellations

C’est ainsi qu’un groupe de réflexion s’est constitué sous la houlette du maire Robert JOYEUX, dit Louly, pour établir une liste de noms à affecter à chacune des voies de la commune, et que l’on a vu apparaître les fameuses plaques bleues que nous connaissons aujourd’hui… Malheureusement, au fil des ans, intempéries et ultra-violets ayant fait leur œuvre sur du matériel probablement de mauvaise qualité, la plupart des noms figurant sur ces plaques ont disparu. Du coup, pour les préposés à la distribution du courrier et les arrivants à la recherche d’une adresse, Terre-de-Haut, à de rares exceptions près, est redevenue comme avant les années 90, une commune sans nom de rues !

Grandeur et décadence des services de voirie 

Priorité aux personnages historiques et anciens maires 

À l’époque, c’est tout naturellement aux personnages historiques et anciens maires que les services municipaux ont arrêté leur choix pour nommer les principales voies de la commune. Sur les 21 rues qui sillonnent notre île, 5 sont dévolues aux maires, 5 à des personnages célèbres, 10 désignent la direction d’un secteur géographique, 1 celle d’un monument incontournable, en l’occurrence le Fort Napoléon.

1 – Les anciens maires :

Rue Benoît Cassin

Elle prend naissance au niveau de la poissonnerie et se déroule jusqu’au-delà du ponton du Morne Rouge jouxtant la plage de l’Anse à Gilot. Elle traverse ainsi la plus grande partie du bourg et passe devant le dispensaire en suivant le littoral. C’est la  plus longue rue de Terre-de-Haut, couvrant les 3/4 de la Départementale 214. Elle doit son appellation à Georges-Benoît Cassin né en 1865. Ayant accompli un premier mandat de 1902 à 1908, il fut réélu pour un second de 1929 à 1935. Propriétaire terrien, Benoît Cassin a donné son nom à un vaste secteur foncier au lieu dit Dans Fond, s’étendant des flancs du massif du Chameau à la plage de l’Anse Figuier, dénommé Les Prés Cassin. Son mariage avec une caraïbe dominiquaise, Edrode Edrozia, lui assurera une importante descendance et son patronyme reste aujourd’hui l’un des plus répandus à Terre-de-Haut. La plaque et son support qui portaient son nom ont carrément disparu et rien n’indique matériellement aujourd’hui à la population et aux visiteurs où se situe cette  importante rue.

Plaque effacée de la rue Emmanuel Laurent

Rue Emmanuel Laurent

Cette rue, parallèle à la précédente, mais moins longue, va de l’église au dispensaire en passant devant la mairie et la poste. Emmanuel Laurent était né la même année que Benoît Cassin, en 1865. Fils de Charles Laurent, Saintois blanc de Terre-de-Haut et d’Angelina Mathias, métisse de Terre-de-Bas, il poursuit ses études secondaires à Basse-Terre et devient bachelier puis instituteur. Envoyé à l’École Coloniale d’Intendance à Fort-de-France, il obtient un diplôme d’administrateur des Colonies, ce qui lui vaut de faire carrière en Indochine, au Sénégal, au Congo et à Madagascar où est né son fils Raymond, personnage haut en couleur bien connu des Saintois, aujourd’hui disparu. Revenu aux Saintes à sa retraite en 1915, Emmanuel Laurent est élu maire de Terre-de-Haut en 1919 et habite avec sa famille la villa l’Ermitage, face au petit marché du Fond Curé. En 1923, c’est lui qui fait installer une horloge sur la façade de l’église qu’il inaugure le 19 août en présence de Mgr Genoud évêque de la Guadeloupe. En fin de mandat, en 1928, il a la lourde tâche en sa qualité de maire, de faire face aux dégâts occasionnés par le fameux cyclone de sinistre mémoire qui dévasta cette année-là la Guadeloupe et les Saintes. Par miracle, l’une des seules maisons qui résista à la tempête fut la sienne, ce qui lui permit d’organiser secours et ravitaillement et de se consacrer sans relâche à la reconstruction de Terre-de-Haut avec une énergie et un dévouement illimités. Ne dormant plus que deux heures par jour, il mourut, selon Laurent Farrugia, d’épuisement dans le respect de tous.

L’Ermitage : maison Emmanuel Laurent à Terre de Haut- Ph. R. Joyeux

Une des rares plaques encore lisible

Rue Charles Foy 

Elle débute à la jonction de la Rue Jean Calot proche de la pharmacie, longe l’école maternelle et coupe la rue de La Rabès au niveau de la Caserne. Elle débouche sur la rue Théodore Samson au pied des marches qui mènent au Marigot. On imagine que c’est dans ce quartier que Charles Foy aurait été domicilié et aurait vécu. Malheureusement nous n’avons que peu d’informations le concernant. Un document en notre possession, datant du 17 mai 1924, indique simplement qu’un certain Charles Foy, né et domicilié à Terre-de-Hautétait maître charpentier de marine. Était-ce le même qui avait rempli par deux fois les fonctions de maire, la première de 1882 à 1884, la seconde, de 1892 à 1902 ? Nous savons néanmoins de façon certaine que c’est lui qui succéda à Jean-Pierre Lognos, le dernier maire des Saintes, lorsque Terre-de-Haut et Terre-de-Bas se sont constituées en communes séparées par un décret de Jules Grévy. À ce titre, il fut le premier maire de Terre-de-Haut et méritait bien une rue dans sa commune. C’est ici pour nous l’occasion d’exprimer notre étonnement de constater que rien à Terre-de-Haut ne rappelle la mémoire de Jean-Pierre Lognos qui fut à l’origine de la création de nos deux communes saintoises, même si nous comprenons qu’il fallait faire un choix. Par contre, mieux que nous, Terre-de-Bas a su immortaliser la mémoire de cet événement majeur en baptisant sa place de la Mairie Place du 9 Août 1882, date du décret de Jules Grévy. Pour revenir à Charles Foy, dont le patronyme constitue la quatrième en nombre des familles saintoises, sa présence est attestée lors de la bénédiction d’une cloche de l’église en 1884, baptisée Maria Antonia, en compagnie de l’abbé Ruffin, curé de la paroisse. Nous savons par ailleurs que c’est sous son mandat, en 1902, que le Pénitencier de l’îlet à Cabris a été supprimé après que la garnison militaire eut quitté les Saintes en 1889 et la compagnie de discipline en 1890, sous le mandat de Bernard Azincourt.

Rue Bernard Azincourt.

Comme pour Charles Foy auquel il succéda après le premier mandat de ce dernier, nous avons peu d’informations sur ce maire qui exerça ses fonctions de 1884 à 1892. Il semblerait qu’il aurait été instituteur, directeur d’école, et aurait vécu au Fond Curé dans le secteur qui porte son nom. Sa rue, dont la plaque est inexistante fait la jonction entre les rues Benoît Cassin et Emmanuel Laurent en longeant l’arrière de l’épicerie Carrefour Market. En 1881, avant son élection à la tête de la commune et sous la mandature de Jean-Pierre Lognos, Bernard Azincourt sera nommé président du Conseil de Fabrique, association laïque chargée à l’époque de la gestion paroissiale. La loi de la séparation de l’Église et de l’État n’intervenant qu’en 1905. Le nom de Bernard Azincourt apparaît également, en qualité de maire cette fois, lors de plusieurs cérémonies religieuses, en particulier celle du 10 juillet 1887 à l’occasion de la bénédiction d’une cloche de l’église paroissiale baptisée Marie-Jeanne-Jacques-Victoire ! Ne pas confondre Bernard Azincourt avec Georges Azincourt, lui aussi maire de Terre-de-Haut de 1959 à 1963, et qui fut le premier a instaurer un service communal de ramassage des ordures. À signaler qu’avant l’appellation officielle des rues et places, les Saintois avaient spontanément donné le nom de Georges Azincourt à la Place de la Mairie. Appellation qui parlait davantage aux habitants, en tout cas à la plupart d’entre eux, que le parfait inconnu Hazier du Buisson, nom actuel de cette place !

Rue Théodore Samson

S’il est une personnalité qui méritait à elle seule sa rue à Terre-de-Haut, c’est bien Théodore Samson. Né le 14 septembre 1892 et décédé mystérieusement à 67 ans, le 1er mars 1959 dans les locaux de la Gendarmerie nationale à Terre-de-Haut, en pleine campagne électorale – ce qui provoqua une véritable émeute populaire et de nombreuses arrestations – Théodore Samson a laissé dans la conscience collective saintoise le souvenir d’un maire populaire, adulé et compréhensif. Marin au long cours puis charpentier de marine, il possédait le chantier naval de Coquelet où sont sortis nombre de goélettes et caboteurs reliant à l’époque les Saintes à la Guadeloupe.

Plaque de la rue Théodore Samson, en face de la Caserne

Élu maire en 1936, succédant ainsi à Benoît Cassin à l’issue du second mandat de ce dernier, il fut destitué par le régime de Vichy en 1941 pour son ralliement au Général de Gaulle et à la France Libre. Recherché par la gendarmerie comme résistant et possible dissident, il prit le maquis dans les collines des Saintes jusqu’en 1944, date à laquelle il retrouvera son poste d’élu. Maire ouvert, proche et à l’écoute de la population, toujours disponible, sans préjugé discriminatoire ou partisan, Théodore Samson était un vrai démocrate qui a toujours considéré sa fonction comme un service dû aux administrés et non comme un piédestal pour exercer on ne sait quel pouvoir discrétionnaire incontrôlé. C’est sous son mandat que Terre-de-Haut a entamé sa modernisation. À commencer par la construction d’une nouvelle mairie en même temps que celle d’un appontement en dur, digne de ce nom, en remplacement des vieux quais en bois inadaptés et dangereux ; par l’arrivée de l’électricité ; la construction d’un dispensaire et d’un groupe scolaire ; par le bétonnage des rues ; l’extension de l’église et la construction d’un nouveau clocher sous le ministère du Père Jean-Marie Offrédo. Autant de réalisations effectuées dans le souci de l’équilibre financier en dépit d’un budget municipal autrement moins conséquent que celui d’aujourd’hui. La rue qui lui est dédiée débute au carrefour de l’église, côtoie l’ancienne caserne, passe devant son domicile et rejoint la rue Charles Foy. C’est l’une des rues les plus délabrées de Terre-de-Haut et les deux plaques à son nom sont bien entendu effacées. Pour un ancien maire tel que Théodore Samson, ne serait-ce que les plaques à son nom  mériteraient pour le moins une urgente rénovation. C’est une simple question de respect, de reconnaissance et de dignité.

Ceint de  l’écharpe, Théodore Samson et quelques-uns de ses conseillers. Ph. A-M Monpoix

Ainsi se termine cette première chronique consacrée aux rues de Terre-de-Haut portant le nom de cinq anciens maires de la commune. La prochaine chronique évoquera les personnages historiques choisis par le comité d’appellation : Jean Calot, Fréminville, La Rabès, Charles Houel, Hazier Dubuisson, Félix Bréta, Gouverneur Du Lion…

****

Sources : Patrick Péron : Une petite histoire de Terre-de-Haut – Félix Bréta : Les Saintes. Laurent Farrugia : Emmanuel Laurent – Camille Fabre : De clocher en clocher.
Un grand merci à Anne-Marie Monpoix pour la photo de son grand-père Théodore Samson et à vous tous pour votre fidélité.

Raymond Joyeux

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19 commentaires pour Rues, ruelles, places et impasses de Terre-de-Haut (1ère partie)

  1. vonvon dit :

    tout part en cacahuète sur la commune, sans parler des « sens interdit » non indiqués au grand dam des touristes qui ne s’y retrouvent pas.

  2. CATHERINE VOGLIMACCI dit :

    Merci à notre grand encyclopédiste qui fait un travail irremplaçable concernant la mémoire saintoise. Vos chroniques nous régalent et nous hissent au dessus du contexte actuel…

    • raymondjoyeux dit :

      Merci Catherine pour vos encouragements. Les seuls vrais encyclopédistes que je connaisse ce sont ceux du Siècle des Lumières : Voltaire, Diderot, Montesquieu, Rousseau, D’Alembert… Je me contente quant à moi de glaner ici et là quelques informations que je vous livre en essayant d’éviter de trop grosses erreurs. Je pense, concernant cette présente chronique, qu’il était important que les gens connaissent un minimum de l’identité des personnalités qu’ils côtoient tous les jours dans leurs rues (quand leur nom n’est pas effacé) ! Je serais curieux de faire un test dans les écoles pour savoir quel degré de connaissance les petits Saintois ont des noms de ces personnalités. Pour beaucoup d’entre eux, Bois Joli c’est le nom d’un hôtel avant d’être celui d’un lieu-dit (et en l’occurrence, avant le lieu-dit, celui d’un personnage historique)…Cordialement.

  3. Merci pour toutes vos chroniques.
    Je profite pour compléter, avec vos données, mon site généalogique qui contient pas mal de données sur les Saintes entre autres.

  4. sissi-tagg dit :

    Je profite de cet article pour saluer les facteurs Saintois qui connaissent parfaitement la population et qui pendant de longues années ont pu se passer de la numérotation des maisons et faire un minimum d’erreurs dûes aux homonymies nombreuses sur l’île.

  5. sissi-tagg dit :

    Pourrez-vous Mr Joyeux, svp nous donner l’historique de la cour des braves ? Merci d’avance

  6. raymondjoyeux dit :

    Concernant la Cour des Braves,le quartier a subi de nombreuses transformations, en particulier la destruction des anciennes habitations en pierres et la construction de nouvelles, ce qui a modifié considérablement la configuration originelle des lieux. La démolition récente de la Geôle et celle d’une citerne construite, selon Bréta, en 1856, a parachevé la disparition du caractère historique du secteur. …
    Quant à l’appellation elle-même de cet enclos, j’imagine, sans être certain, qu’elle a pour origine le fait qu’il y eut autrefois une prison, dénommée La Geôle, et que les prisonniers symbolisaient aux yeux des habitants des rebelles aux autorités, d’où Les BRAVES ! Pour mémoire, l’actuel dispensaire, situé à proximité, a été édifié lui-même sur les ruines d’une ancienne prison cantonale (avec logement du gardien), dont on a conservé une partie de la clôture en pierres. Pour celle de la Cour des Braves, Jean-Claude Bélénus qui y a vécu (lien ci-dessous) évoque une prison de femmes. Or certaines sources parlent d’une autre prison des femmes située à l’Ilet à Cabris…

    Mais pour plus d’informations, je vous invite à consulter le lien ci-dessous, du blog de Jean-Claude Joyeux-Bélénus. Malheureusement, ce blog très intéressant a été fermé, son auteur ne le renseigne plus depuis fort longtemps et s’exprime désormais sur Facebook, peut-être par ce biais, pourriez-vous prendre contact avec lui. Je vous conseille aussi le livre d’ Éric Fougère : La prison coloniale en Guadeloupe (Ilet à Cabrit,1852-1905) paru chez Ibis Rouge Éditions en 2010.

    Bien cordialement.

    http://lacourdesbraves.over-blog.com/pages/Qui_connait_la_cour_des_braves-2832088.html

  7. sissi-tagg dit :

    Merci pour toutes ces précisions, j’avais visité la cour des Braves l’année dernière pendant la journée du patrimoine et il y avait encore une citerne.

  8. sissi-tagg dit :

    Mr Joyeux, je suis déçue, très déçue. Vous avez supprimé mon commentaire élogieux sur les facteurs de Terre de Haut qui du temps où il n’y avait pas de numéros réussissaient à distribuer le courrier aux Saintois malgré les nombreuses homonymies. . Continuez à vous affronter à coup de mots et rappelez-vous c’est bien le facteur qui les distribuait vos « lettres » du temps où Internet n’existait pas. Adieu.

    • raymondjoyeux dit :

      Chère Sissi-tagg, contrairement à ce que vous pensez, je n’ai supprimé aucun commentaire. Lorsqu’un internaute voit son premier commentaire approuvé, les autres qu’il peut faire par la suite se mettent automatiquement sans l’intervention du rédacteur du blog. Bien sûr ce dernier peut à tout moment modifier ou supprimer un commentaire. Jusqu’à ce jour, cela ne m’est jamais arrivé. Si le commentaire concerné n’est pas apparu, c’est que c’était votre premier et que j’ai peut-être oublié de l’approuver. Auquel cas je m’en excuse. En tous cas, il figure maintenant en bonne place sous l’article. Désolé pour ce contre temps. Cordialement.

  9. sissi-tagg dit :

    Désolée, j’ai eu un coup de sang hier en ne voyant plus mon commentaire ! Je continuerai donc à lire votre blog fort intéressant au demeurant surtout pour qui aime les Saintes et les Saintois.

  10. Duval Michel dit :

    Au risque de passer pour un horrible passéiste, je préférais de beaucoup la situation avant que les rues de TdH ne soient affublées de noms de notables de l’île plus ou moins respectables. Plusieurs d’entre eux se seraient d’ailleurs probablement gaussés de voir leur nom ainsi glorifié. À quand une rue Robert Joyeux, maire ? À la rigueur une rue Raymond Joyeux, poète ?

    Les facteurs de l’île ont toujours parfaitement connu les noms et les maisons des 1500 à 2000 résidents et n’ont jamais eu besoin d’une adresse postale. C’est ce qui fait que les Saintes restent une grande famille, contrairement à bien des communes anonymes de métropole.

    Je suis donc personnellement ravi de voir la nature faire disparaître ces affreuses plaques de rues, et j’espère qu’elles ne seront pas remplacées à grands frais par des plaques indestructibles !

    • raymondjoyeux dit :

      Je te reconnais bien là, mon cher Michel, « passéiste » avéré !! C’est vrai, ces plaques sont horribles mais comme je l’ai précisé dans l’article, ce sont les services postaux régionaux – ou départementaux – qui les ont imposées aux communes. Elles auraient pu être bien plus discrètes, mais les maires ne sont pas tous « poètes » ni artistes, tu le sais ! À ce propos, une rue Robert Joyeux, maire, ne me ferait ni chaud ni froid. Par contre, Raymond Joyeux, poète, merci pour la suggestion !! Refus total de ma part, mon cher, aussi bien pour le nom ne serait-ce que de la plus minuscule impasse secrète, que pour le qualificatif. Être reconnu poète, même à son insu, est en effet une prétention que je refuse d’assumer. J’ai fréquenté, et ai encore la chance de fréquenter (par livres interposés) trop de grands et vrais poètes pour me revendiquer comme tel. Ce n’est pas de la modestie (ni vraie ni fausse) mais une pure conscience de la réalité. Merci en tous cas pour tes commentaires. Le dernier pourrait être le point de départ d’un débat : « Pour ou contre la suppression des plaques de rues à TDH ! » et les facteurs n’en sont pas exclus…

      • CATHERINE VOGLIMACCI dit :

        Débat intéressant et sympathique … C’est vrai que la limite de l’exercice consistant à nommer les rues réside à mon sens dans le risque de voir fleurir sur une plaque, le nom d’un élu notoirement corrompu … mieux vaut alors le vide en effet !

  11. raymondjoyeux dit :

    Et Michel a aussi raison de dire que les préposés à la distribution du courrier – ceux d’ici en tous cas qui ont une certaine pratique – connaissent suffisamment les gens pour acheminer les plis aux bonnes adresses. Encore que l’expérience m’a montré que des erreurs graves peuvent être faites à cause des homonymies : il est arrivé que certaines personnes aient touché sans scrupule pendant des années des mandats qui ne leur étaient pas destinés. (À l’époque du RMI, par exemple…)

  12. Duval Michel dit :

    On peut se demander si les fraudes passées au RMI n’ont pas été dues aux dysfonctionnements de l’administration plutôt qu’à l’absence de noms de rues ? Quoi qu’il en soit, même le Conseil d’État refuserait de les supprimer, seule la nature bienveillante s’en charge.

    Reste le choix des noms, avec actuellement une sur-représentation des hommes de pouvoir, ce qui est assez agaçant à l’ère du « dégagisme » ! Pourtant, plusieurs communes en métropole se sont ouvert à d’autres domaines, avec par exemple des rues Berlioz ou Marie Curie.

    Concernant Raymond Joyeux, poète, je t’accorde (avec réticence) un p minuscule, encore que… J’ai déjà mentionné sur ce blog que tes œuvres, révélatrices de la culture et de l’identité Saintoises, devraient selon moi être mises au programme des collèges de Guadeloupe. Alors, pourquoi pas une future rue à ton nom (ou une future plaque de commémoration sur ta maison ?), histoire de tourner encore plus le fer dans la plaie de ta modestie ?

    • raymondjoyeux dit :

      Je suis d’accord avec toi, Michel, pour le choix symptomatique des noms des rues. Mais n’oublie pas que le maire de l’époque (30 ans de pouvoir absolu à TDH), qui a présidé à ce choix n’est autre qu’un ancien militaire accompli, aux états de services éloquents qu’il a lui-même complaisamment présentés il n’y a pas si longtemps sur une Télé locale : faits d’armes héroïques, décorations honorifiques, nominations à l’Ordre de la Nation !… Que sais-je encore ?

      Que justice lui soit néanmoins rendue puisqu’à côté des « hommes de pouvoir », comme tu dis, on trouve chez nous quelques allées aux appellations fleuries : comme celles des Bougainvilliers, des Anacardiers, des Bois d’Inde, des Flamboyants, du Bois Joli, de la Colline, de la Savane… À vrai dire, l’appellation qui m’énerve le plus c’est l’Impasse de la Plage de Grand’Anse. Comment nommer impasse un chemin qui mène vers le grand large, vers l’infini ? Je ne l’ai jamais compris !

      Bref. Puisque tu reviens à la charge me concernant, et ne sachant s’il faut t’en remercier ou amicalement te désapprouver, je te citerai un extrait de l’interview donnée dans Le Monde des Livres du 9 juin dernier par le poète Franck Venaille, Prix Goncourt de la Poésie 2017. Sa réflexion rejoint la mienne sur beaucoup de points, sauf bien entendu pour ce qui est de la consécration et de gagner de l’argent avec mes « œuvres ».

      Voici ce qu’il dit : « … Encore aujourd’hui, ce qui est officiel me gêne. Je ne fais pas la fine bouche : les prix m’ont finalement permis, à 80 ans, de gagner trois sous avec mon travail. Mais j’aime bien, dans un premier temps, que ma poésie, mon écriture, passe inaperçue, et qu’elle soit souterraine. Je compare souvent la poésie à une taupe, ou un hérisson. Ce n’est pas du tout péjoratif : ce sont des animaux attachants. Les journaux britanniques consacrent des articles à la façon d’attirer les hérissons dans les jardins, de les apparier entre eux – car celui-ci est veuf, celui-là est malheureux. J’ai l’impression d’être un hérisson dans un jardin… »

      J’ai moi-même un ami poète, ça tombe bien, qui s’appelle Jean-Luc Hérisson et qui a publié chez Flammarion et P.O.L… mais je ne sais pas s’il sera d’accord avec Franck Venaille. Il compare, lui, la poésie à « un petit bateau dans un dictionnaire ».

      Voici le lien de la chronique-interview que je lui ai consacrée en 2014 :
      https://raymondjoyeux.com/2014/03/26/intermede-poetique/

  13. Duval Michel dit :

    Merci pour ce rappel sur Jean Luc Hérisson et Franck Venaille. Votre souhait de rester en retrait pour aborder les vraies questions vous honore.

    Certainement, il ne faut pas accorder trop d’importance aux noms donnés par d’autres. De mon côté, j’ai ma propre liste, la seule que j’utilise vraiment : rues Pederne M., Yvon B, Raymond J., Roméo L., impasse Simone, etc.

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