Rues, ruelles, places et impasses de Terre-de-Haut (2ème partie)

Un intérêt populaire évident

Après la présentation, en première partie, des cinq maires qui ont donné leur nom à cinq des rues de notre commune – évocation qui a eu un franc succès, puisqu’à ce jour, elle a fait l’objet de plus de 50 partages et environ 600 internautes ont consulté la page – voici en seconde partie les cinq personnalités historiques qui complètent la panoplie des noms des rues du réseau routier communal.

2 – Les personnages historiques

Rue Jean Calot

Cette rue qui débute face à l’église où se trouve le N°1, c’est, après Benoît Cassin, dont elle est le prolongement, la deuxième plus grande rue de Terre-de-Haut. En partie piétonne, elle couvre le secteur Nord de la D. 214, traverse la place du débarcadère en passant devant l’ancienne Gendarmerie devenue Office Municipal du Tourisme, et s’achève au pied du morne Mire, à l’intersection des routes du Fort Napoléon et de la Maison Blanche. Le nom de cette rue n’a pas été choisi au hasard puisque, selon de nombreuses sources, notre personnage, pilote et aubergiste, aurait vécu dans l’actuel Café de la Marine, célèbre établissement que fréquentait également, dit-on, à la même époque Christophe de Fréminville lequel a lui-même donné son nom à une plus petite rue de la commune, dans le quartier dit de l’Hôpital. (Voir plus loin).

Jean Calot (ou Calo) était né à Hennebon dans le Morbihan en 1767. Il participa comme très jeune marin à la Bataille des Saintes de 1782 avant de devenir, vingt ans plus tard, aubergiste, propriétaire et capitaine d’un caboteur marchand qui faisait la navette entre Basse-Terre et les Saintes. En 1803, alors âgé de 36 ans, il épousa à Terre-de-Haut Luce-Adélaïde Lorgé de 12 ans sa cadette. Une de leurs petites filles, Marie Julienne Lucette, Calo épousa en 1859 un certain Pierre-Léonce Cassin, marin de son état. C’est de ce couple que naquit en 1865 Benoît-Georges Cassin, le maire dont nous avons parlé dans la précédente chronique.

Outre le fait d’être pour moitié à l’origine d’une des plus longues lignées de descendants à Terre-de-Haut, les Cassin, Jean Calot est surtout célèbre chez nous pour son exploit accompli le 14 avril 1809 dans les eaux de la baie des Saintes. En plein conflit franco-britannique, aidé de deux comparses, Charles Cointre et Solitaire dont les noms ne sont injustement jamais mis en valeur, il réussit à faire sortir de nuit trois navires français de la division Troude (Le Courageux, le D’Hautpoul et La Félicité), bloqués dans la rade par les Anglais. Si les historiens se chamaillent à propos des détails de cet exploit, il n’en est pas moins authentique en dépit des divergences qui l’émaillent.

Le Café de la Marine : auberge où aurait vécu Jean Calot en 1809

Rue de la Rabès 

Avant d’être celui d’une rue, (La) Rabès était – et est toujours – le nom d’un petit quartier tranquille du Mouillage situé hors du centre-bourg, entre l’école primaire et la Caserne. Ce quartier englobe la propriété Bertille baptisée autrefois Mon Paradis et que clôt, côté verger, un long mur de pierre. C’est d’ailleurs pour cette raison que cette petite rue, qui longe ladite propriété et débouche sur la mer face à l’école, s’appelle aujourd’hui Rue de La Rabès.

Célèbre surtout pour sa citerne de 55 M3 édifiée par les Anglais entre 1809 et 1814, (certaines sources donnent la date de 1803), ce quartier et cette rue doivent leur nom à un certain RABÈS Guillaume, propriétaire des lieux, qui fut commandant ou capitaine, affecté au magasin du roi, mais qu’on signale par ailleurs avoir été « maître de canot en Guadeloupe de 1788 à 1792 ».

Début de la Rue de La Rabès face à la Caserne – Sans plaque lisible

En 1792, à la création des municipalités par la Révolution Française, Guillaume Rabès fut l’adjoint de M. Sainte-Marie GRIZEL nommé premier maire des Saintes Terre-de-Haut et Terre-de-Bas réunies en une seule commune. On retrouve son nom comme parrain en 1773 de Cassin Sébastien, 5ème enfant de Cassin Étienne et de Dufait Catherine. Ce même Guillaume Rabès a eu une fille, Marie-Antoinette, née en 1783 à Terre-de-Haut et qui épousa un dénommé Charles Duvivier. Leur fille Sophie Duvivier, petite fille donc de Guillaume Rabès, épousera elle-même à Saint-Thomas, le 17 février 1817, son cousin M. Benoît Bouge originaire du Loir et Cher. On peut donc déduire, vu les liens de parenté de ces deux époux, que Guillaume Rabès était lui-même originaire du Loir et Cher.

Citerne abandonnée de La Rabès construite par les Anglais en 1809

Deux mystères demeurent cependant : pourquoi Rabès est-il devenu La Rabès ? Et pourquoi la citerne de ce quartier, considérée comme la première construite à Terre-de-Haut, n’est-elle pas restaurée et davantage mise en valeur alors qu’en toute logique elle aurait dû être préservée et entretenue comme monument historique ?

Rue Félix Bréta

Cette petite rue transversale relie la rue Jean Calot, au niveau du restaurant Le Génois, à celle de Théodore Samson. Elle passe naturellement devant l’ancienne maison Bréta en longeant le pignon de l’épicerie-bistrot du maire feu M. Eugène Samson appelée autrefois Au Cœur Marin. Comme tant d’autres, la plaque de cette rue a elle aussi malheureusement disparu. Bien entendu, tous les Saintois connaissent le nom de Félix Bréta mais combien savent qui il était vraiment ? Car si c’est son livre sur les Saintes, publié aux Éditions Larose et aujourd’hui épuisé, qui l’a rendu célèbre chez nous, il ne faut pas oublier qu’il fut avant tout une personnalité influente et remarquée en Guadeloupe continentale, à Baie-Mahault où il était né le 19 avril 1872, et à Pointe-à-Pitre où il a vécu jusqu’à sa retraite en 1934.

Licencié en sciences naturelles, Félix Bréta a été professeur au Lycée Carnot de Pointe-à-Pitre avant d’en devenir le Proviseur, fonction qui ne l’empêcha pas de s’adonner à des recherches géologiques à la suite desquelles il présenta à l’administration coloniale une carte géologique de la Guadeloupe. Nommé peu après chargé de mission dans les ports de pêche de la Colonie et directeur d’un laboratoire des produits maritimes, il rédigea en 1929 une importante étude sur la ciguatera, assortie des noms, dessins et caractéristiques des poissons vénéneux incriminés.

Rue Félix Bréta

Ses compétences dans de nombreux autres domaines, sa grande disponibilité de cœur et son esprit ouvert l’ont amené à assumer diverses responsabilités telles que chef d’orchestre, Secrétaire de la Chambre d’Agriculture, Président de l’Association des anciens élèves du Lycée Carnot, Commissaire régional des Éclaireurs de France, entre autres… À sa retraite en 1934, promu Chevalier de la Légion d’Honneur, il se retira à Terre-de-Haut où il possédait une maison de vacances et créa le premier Syndicat d’Initiative de la commune. Authentique amoureux de notre archipel au point d’en connaître parfaitement l’histoire, la culture et la géologie, il rédigea son livre intitulé : Les Saintes (Dépendances de la Guadeloupe) – Recueil de notes et observations générales- qui fait référence. Il mourut à Paris d’une crise cardiaque le 27 mai 1938, et c’est son épouse, Évélie Bréta, qui se chargea de la publication posthume de son livre en octobre 1939. Rappelons que le fils adoptif d’Évélie Bréta-Rosier, Jean Bréta, fut élève à l’école primaire de Terre-de-Haut dans les années 1950, dont certains de ma génération doivent se souvenir…

Maison de Félix Bréta à Terre-de-Haut en 1920

La Rue Fréminville

La Rue Fréminville forme une petite boucle qui a son point de départ Rue Théodore Samson, à proximité de l’ancienne centrale électrique, longe l’ex-bâtiment des Douanes, traverse le quartier dit de l’Hôpital et rejoint plus haut l’extrémité de la même Rue Théodore Samson. Elle constitue en quelque sorte une déviation en arc de cercle de cette dernière et ne mesure pas plus de 150 m. Les deux plaques situées à l’entrée et à la sortie de cette rue sont effacées si bien qu’il faut se renseigner auprès des riverains pour s’assurer de son appellation.

Mais qui était Fréminville ? Christophe-Paulin de la Poix, dit le Chevalier de Fréminville doit sa renommée aux Saintes à l’histoire d’amour contrariée qu’il aurait vécue en 1822 à Terre-de-Haut avec une certaine Caroline C. fille d’une famille créole propriétaire au morne Morel d’une habitation dont les ruines sont encore visibles de nos jours, à l’extrémité Est de notre île, au lieu-dit, justement, Fort Caroline. Trop longue pour être rapportée ici dans les détails, je vous renvoie à la chronique que j’ai consacrée à cette histoire le 10 avril 2014 que vous pourrez lire, si vous le souhaitez, en cliquant sur le lien suivant :
https://raymondjoyeux.com/2014/04/10/amour-tragique-aux-saintes-en-1822/. Chronique qui a suscité à l’époque 43 commentaires, certains mettant en doute, arguments à l’appui, l’authenticité de cet événement.

Rue Fréminville – Plaque effacée

En résumé, né le 23 janvier 1787 à Ivry-sur-Seine d’une famille Bourguignonne établie à Paris, Christophe-Paulin de la Poix de Fréminville quitta très tôt la Capitale pour la Bretagne. À peine âgé de 14 ans, il s’engagea dans la marine pour un long et tumultueux périple à travers l’Atlantique qui le mènera de l’Afrique aux Antilles. Et c’est en escale aux Saintes en 1822 sur son navire La Néréide, qu’ à la suite d’un accident, où il faillit être emporté par une vague, il rencontra la belle Caroline dont il tomba éperdument amoureux. Devant repartir précipitamment pour Saint-Christophe, il promit à cette dernière de revenir aux Saintes afin de poursuivre et consolider leur idylle. Malheureusement, cette promesse tardant à se réaliser, Caroline se sentant trahie, se serait précipitée d’une falaise à l’endroit même où son amant avait failli périr quelques semaines plus tôt.

Tombe de Caroline au cimetière de Terre-de-Haut d’après un dessin de Fréminville

À son retour aux Saintes, Fréminville n’aura plus qu’à constater le décès de sa bien-aimée, à la suite de quoi, revenu en Bretagne, il devint à moitié fou, s’habillait en femme, avec, selon la légende, les habits de Caroline qu’il aurait récupérés. Il décédera le 12 janvier 1848 à Saint-Malo où l’on peut voir sa tombe. Vérité historique ou romance inventée par Fréminville ? Les avis sont partagés. Vous pouvez lire ou relire les commentaires sur le sujet en cliquant sur le lien donné plus haut et éventuellement en vous référant au livre de Jean Merrien, petit neveu de notre héros : Un certain Chevalier de Fréminville, paru aux éditions Maritimes et d’Outre-Mer en 1970. 

La Rue du Gouverneur Houël

Dernière voie communale dévolue à un personnage historique, la Rue du Gouverneur Houël se situe dans le secteur de La Savane. Elle commence par une montée en sens unique, perpendiculaire à la rue Benoît Cassin, et s’achève à plat, à l’intersection de celle de La Savane. Elle doit son nom à Charles Houël qui joua un rôle important dans l’histoire de la colonisation par la France des Isles d’Amérique.

Début Rue du Gouverneur Houël

Né en 1616 et décédé le 22 avril 1682, Charles Houël fut Gouverneur de la Guadeloupe de 1643 à 1664. À la suite de la dissolution de la Compagnie des Isles d’Amérique, devenu propriétaire des Saintes, il en prend possession le 18 octobre 1648. Ce jour-là, sous le commandement de DU MÉ, ce sont trente colons qui y débarquèrent une première fois mais sans succès puisqu’à peine installés, le manque d’eau les obligea à regagner la Guadeloupe. En 1652, conduite par Hazier Du Buisson, qui donnera son nom à la place de la mairie, une seconde tentative réussit cette fois, mais non sans tracas car une attaque des Caraïbes de la Dominique oblige Houël à intervenir par l’envoi du navire L’Étoile.

 Charles Houël – 1616- 1682 – propriétaire des Saintes en 1648.

En 1663, rappelé en France par le Roi, Charles Houël cède sa place de Gouverneur de la Guadeloupe à Prouville de Tracy, surnommé Dulion. C’est ce nouveau Gouverneur qui chassera une première fois les Anglais des Saintes en août 1666, à la faveur d’un ouragan qui détruisit une bonne partie de la flotte ennemie. Pour célébrer cette « victoire », Dulion, dont la Place du débarcadère porte le nom, accoste à Terre-de-Haut le 14 août et fait chanter le lendemain, 15 août, un Te Deum en l’église paroissiale, instituant ainsi, semble-t-il, la première fête patronale de Terre-de-Haut.

Place de la Mairie – Hazier Du Buisson.

Sources :
Félix Bréta : Les Saintes 1939 et Rosier Web : MyHeritage pour les photos du visage et de la maison de F. Bréta – Patrick Péron : Petite Histoire de Terre-de-Haut 2003 – Colons et engagés aux Saintes 2016 – Jean Merrien : Un certain Chevalier de Fréminville 1970 –  Photos des rues, places et plaques  : Raymond Joyeux 2017. 

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9 commentaires pour Rues, ruelles, places et impasses de Terre-de-Haut (2ème partie)

  1. yves.espiand@sfr.fr dit :

    Cher Raymond , ton histoire des Saintes toujours bien documentée est passionnante: je me régale avec toujours à l’esprit ce merveilleux séjour aux Saintes tant au plan professionnel que par les amiriés nouées .Un grand salut

  2. Dolly dit :

    Bonjour Raymond,
    toujours très passionnant à lire, et surtout apprendre l’histoire de notre île, merci beaucoup.

  3. josette Pasquet dit :

    Très intéressant , merci pour ce petit cours d’histoire des Saintes.

  4. Liliane CORBIN dit :

    Bravo et merci Raymond ! Vos deux derniers articles ont passionné l’historienne amateur que je suis devenue, grâce à la documentation qu’ils contiennent. Et en plus, cette visite de votre île chérie m’a fait revivre, avec nostalgie, notre séjour si court à Terre-de-Haut.

  5. Inaki Euskadi dit :

    Toujours aussi intéressant… Mais pourquoi semblez vous surpris que les plaques de rues ne soient pas entretenues?…
    1°) il faut savoir lire et écrire
    2°) il faut avoir de la culture et ce n’est pas le cas de l’équipe de grand-guignoles qui pillent la commune
    3°)il faut avoir du respect et de l’intérêt pour le passé,alors qu’ils ne pensent qu’au présent pour remplir leurs poches
    4°) Il faut aimer l’intérêt général!!! N’attendez rien de ces vils personnages incultes et gonflés de l’arrogance des simples d’esprit.

  6. Alain Thouret dit :

    Tes chroniques ne me lassent jamais Raymond, moi qui suis tombé amoureux des Saintes voilà 16 ans maintenant. L’histoire de Jean Calot m’intéressa vivement car Hennebont (avec un T, mais à son époque il n’y en avais peut être pas) est à 3 km de chez moi. Jolie petite ville avec sa magnifique basilique du début du XVI ème siècle, sa tour Bro-Erec’h et ses remparts construits au XIII ème siècle , son haras national crée au XIX ème siècle. Si certains saintois veulent marcher sur les traces de leur ancêtre….d’autant plus que le Morbihan est magnifique !
    Quant à Fréminville son histoire m’avait fasciné. Et d’ailleurs je me permet un petit rectificatif Raymond, il est enterré à Brest et non à St Malo, j’ai retrouvé sa tombe voilà quelques années. Je t’avais fait parvenir quelques photos de celle-ci. Quant à la citerne de La Rabès, c’est à l’image de la tour chameau et des ruines de l’ilet cabri, c’est à dire désolant de ne pas valoriser ce patrimoine.

  7. raymondjoyeux dit :

    Merci Alain pour ce rectificatif à propos de la tombe de Fréminville que j’ai située à tort à Saint-Malo. Mea culpa pour cette erreur, d’autant plus impardonnable qu’en effet tu m’avais envoyé les photos de sa tombe à Brest, que j’ai d’ailleurs publiées dans une précédente chronique. À la rentrée, si tout va bien, je « m’attaquerai » à la Tour du Chameau, car tout le monde se plaint de ne plus pouvoir accéder à la plate-forme. Mais sans doute l’écrire ne suffira pas, il y aura sans doute des interventions à faire à un haut niveau, et peut-être des actions… comme pour les anciennes citernes à l’abandon…Tes commentaires sont toujours les bienvenus. Bien à toi et à Martine.

  8. Alain Thouret dit :

    Bonjour Raymond, peux tu me préciser la chronique
    dans laquelle tu as publié les photos, je l’ai raté !!!
    Sinon p’tit punch à midi canicule oblige ! A bientôt.

  9. Aline Laurent dit :

    Merci Raymond d’avoir évoqué les maires De Terre de Haut et tu m’as appris que mon grand-père a oeuvré pour la restauration de l’île après le cyclone de 1928.

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