Amour tragique aux Saintes en 1822

Caroline C. et Le Chevalier de Fréminville :
une passion dévorante entre mythe et réalité

Christophe-Paulin_de_la_Poix_de_FréminvilleLorsque le 27 février 1822 Christophe-Paulin de la Poix, dit  Le Chevalier de Fréminville, âgé de 35 ans, quitte Brest en qualité de troisième lieutenant sur la frégate royale La Néréïde, il a déjà derrière lui 21 ans de navigation. Marin d’État-Major à 14 ans, il décrit dans ses mémoires la raison de son engagement précoce : « J’accomplissais à peine ma quatorzième année, lorsqu’en 1801 j’entrai au service de la marine où m’entraînait un irrésistible penchant ». Vingt et une années de navigation, de 1801 à 1822, depuis le port du Havre jusqu’aux rivages d’Afrique en passant par le camp de Boulogne, la Banquise nord, l’Islande, la Russie, Saint-Domingue… Épopées multiples et variées au cours desquelles il connaît batailles, révolutions, tempêtes,  avaries, blessures, maladies et avancement dans son cursus de marin. Autant de péripéties historiques mouvementées, de découvertes ethnologiques, de bizarreries zoologiques, géologiques et botaniques dont il a laissé de nombreux dessins et qu’il relate avec force détails et précisions dans ses volumineux écrits, sobrement intitulés : Mémoires-Journaux ou Voyages du Chevalier de Fréminville.

 Mais au départ de Brest au matin du 27 février 1822 c’est un tout autre destin qui attend notre Chevalier. Destin dont il est loin de soupçonner la nature et les conséquences et qui allait fortement marquer le reste de son existence, jusqu’à sa mort le 12 janvier 1848, à onze jours de ses soixante et un ans.

La Néréïde et le rocher du Diamant

La Néréïde et le rocher du Diamant – dessin de Fréminville

Après trois mois de navigation depuis Brest, la Néréïde et son équipage longent pour la seconde fois les côtes occidentales de l’Afrique où elle fait de nombreuses escales : les Îles du Cap Vert, Dakar, Gorée, Gambie, Sierra Leone. Relâches exotiques qui permettent à Féminville, naturaliste  autant que marin, de mettre  pied à terre et d’enrichir ses observations et sa collection « d’objets d’histoire naturelle » Et c’est le 26 mai, au point du jour, que la frégate prend enfin la route des Antilles pour arriver le 18 juin 1822 en vue de la Martinique et du Rocher du Diamant.

20 juillet 1822 : arrivée et séjour aux Saintes 

La Néréïde en rade de Terre-de-Haut

La Néréïde en rade de Terre-de-Haut

De la Martinique, la Néréïde fait route vers la Guadeloupe en longeant l’île de la Dominique et mouille en rade de Basse-Terre début juillet. Le 20 du même mois, à midi,  elle arrive aux Saintes, archipel que Fréminville décrit en ces termes :  » Les Saintes sont deux petites isles boisées, montagneuses et presqu’incultes. La plus au vent est appelée la Terre d’en haut et celle sous le vent la Terre d’en bas. Cette dernière appartient en entier à M. de Ste Marie. Ce fut à la Terre d’en Haut que nous mouillâmes, dans une belle baie où l’on trouve bonne tenue par un fond de sept à quinze brasses. Au fond de la baie est le bourg composé d’une quarantaine de maisons. Sur une petite péninsule  qui se prolonge en avant est une batterie de trois canons. Le rivage offre une belle plage bordée de cocotiers… » 

Un mois s’écoule au cours duquel, pour tromper son ennui et surtout pour satisfaire sa passion de naturaliste, Fréminville arpente quotidiennement les mornes et les rivages de la Terre d’en haut, s’adonnant à la recherche de spécimens botaniques et animaliers, de productions marines et de coquillages. C’est à l’occasion d’une de ses promenades qu’il remarque « une fort belle maison bâtie au haut du morne Morel et à laquelle conduit une charmante avenue de palmistes ». Il apprend alors que cette maison appartient à une certaine Madame C…, riche veuve de Guadeloupe, et qu’elle l’habite avec une sœur plus jeune qu’elle. « Ces dames, écrit-il, avaient quitté une fort belle propriété qu’elles possédaient près de la Pointe à Pitre, pour venir passer aux Saintes la saison des maladies. »

Dessin original de Fréminville

Maison de Madame C. au Morne Morel – Dessin original du Chevalier de Fréminville

Première rencontre avec Caroline :
« Ses grands yeux bleus rencontrèrent les miens… »

Le 25 août 1822, alors que la Néréïde se balance depuis un mois sur les eaux calmes de la rade de la Terre d’en haut, c’est la fête du Roi de France, Louis XVIII. La veille et le matin de ce jour, tirée de la frégate, « pavoisée dans toutes ses parties », une salve de 21 coups de canon, annonce l’événement.

Église où les yeux de Fréminville rencontrèrent ceux de Caroline

C’est dans cette église que Fréminville aperçoit Caroline pour la première fois.

Pour marquer religieusement ce jour solennel, un détachement de soldats de marine, dont fait partie le Chevalier, quitte le bord en habit d’apparat et se rend à l’église du bourg où une grand-messe va être célébrée. C’est là que notre très romantique officier aperçoit  pour la première fois la belle Caroline. Voici comment il relate lui-même en ses écrits cet événement : « Je ne puis oublier que ce fut à cette cérémonie que je vis pour la première fois Mademoiselle Caroline C…, sœur de la maîtresse de la belle habitation du Morne Morel. Jamais je n’avais vu une si charmante personne… Elle et sa sœur se trouvaient placées derrière moi et lorsqu’en me retournant par hasard j’aperçus l’aimable Caroline, je fus vivement frappé par tant de grâces, et j’eus peine à en détacher les yeux tant je trouvais de plaisir à les admirer… Une seule fois elle leva ses grands yeux bleus qui rencontrèrent les miens… »

Un accident providentiel

Mais ce n’est pas ce jour-là que nos deux héros vont faire plus ample connaissance. Cette touchante et furtive rencontre à l’église sera en effet momentanément sans lendemain.  Pris par ses occupations de lieutenant de bord et ses inévitables sorties à terre à la recherche de « coquilles et papillons » Fréminville semble avoir oublié Caroline qu’il n’a aucune chance de croiser dans les rues du bourg ou sur une plage déserte. C’est pourtant à l’occasion d’une pêche imprudente que le destin amoureux des deux jeunes gens se précisera.

Anse du Marigot aujourd'hui où Fréminville faillit perdre la vie en 1822

Anse du Marigot aujourd’hui où Fréminville faillit perdre la vie en 1822

Le 6 septembre au matin, soit 13 jours après la fameuse messe solennelle en l’honneur du Roi, Fréminville décide de se rendre à l’Anse du Marigot pour y ramener une branche de madrépore en vue de compléter sa collection. La mer est grosse. Il ne sait pas nager, mais s’aventure néanmoins vers un banc de coraux qu’il aperçoit au large, à une cinquantaine de mètres de la plage et qu’il espère atteindre facilement, n’ayant à cet endroit de l’eau que jusqu’à la poitrine… Muni d’une pierre pour casser le corail et malgré les oursins qui lui piquent les pieds, il réussit à s’approcher des madrépores qui, dira-t-il plus tard,  « élevaient au-dessus de l’eau leurs ramifications violacées. » Malheureusement, ayant mal apprécié la force et la fréquence des vagues, le voilà violemment projeté par surprise contre les rochers et les coraux tranchants par une lame qui le soulève et lui fait perdre pied. Atteint à la tête et à d’autres parties du corps de blessures graves ouvertes, il est roulé inanimé jusqu’à la plage, étreignant dans sa main valide un rameau de corail qu’il a eu le temps de décrocher du banc de madrépores.

Sauvé in extremis

C'est le sentier caillouteux qu'ont emprunté les serviteurs de Mme C...

Le sentier caillouteux de Morel qu’ont dû emprunter les serviteurs de Mme C… pour transporter Fréminville

Par chance, des Noirs de l’habitation de Madame C…, revenant de la pêche, ont suivi la scène, croyant avoir affaire à un désespéré qui tentait de se noyer. Ils se précipitent pour recueillir l’infortuné naturaliste ensanglanté et inconscient.  À l’aide d’un brancard qu’ils confectionnent avec les bâtons de leurs filets, ils le montent, toujours inanimé, jusqu’à Morel et le confient à leur maîtresse. Après trois jours de soins prodigués par les deux sœurs, aidées de leur servante métis, Fréminville revient progressivement à la vie et n’en croit pas ses yeux de reconnaître à son chevet celle qu’il avait aperçue à l’église 16 jours plus tôt. « Mademoiselle C… s’écrie-t-il, c’est vous ! Où suis-je donc, où est ma frégate, pourquoi suis-je ici et vous près de moi ?… Ah ! je ne me plains pas ! » Puis, prenant la main de Caroline, qui se laisse faire, il la porte à ses lèvres et la presse ensuite contre son cœur.

Une idylle sous surveillance 

Après la remise sur pied définitive du Chevalier et sa guérison complète, seuls les besoins du service à bord et quelques courtes sorties en mer de la Néréïde vont désormais le séparer  de sa bien-aimée. Leur bonheur aux Saintes est parfait. Notre couple d’amoureux, accompagné en permanence de Mme C… fait de nombreuses promenades à pied, « tantôt dans la campagne, tantôt au bord de la mer, rarement dans le bourg ». Les heureux tourtereaux rendent aussi visite à la nourrice de Caroline, Marguerite, une esclave affranchie qui habite une petite maison à l’autre bout de l’île, à l’anse Crawen. Les deux sœurs sont même invitées un jour à dîner à bord de la Néréïde en compagnie de Fréminville, à la table du commandant, pour la plus grande joie de Caroline qui n’a jamais mis les pied sur une frégate, et qui obtiendra la grâce de deux matelots qui sont aux fers et qui sont tout de suite remis en liberté… C’était paraît-il la coutume, à l’époque, dans la marine, quand une dame montait pour la première fois sur un navire de guerre.

Fréminville et Caroline sur le Morne Mire. Au fond, la Guadeloupe

Fréminville et Caroline sur le Morne Mire à Terre-de-Haut . Au fond, la Guadeloupe – Dessin de Fréminville

 Départ imprévu et précipité de la Néréïde

Le 18 octobre, soit 40 jours après l’accident qui faillit coûté la vie à Fréminville mais qui le rapprocha au plus près de Caroline, c’est la cruelle nouvelle : la Néréïde doit quitter Terre-de-Haut précipitamment et plus tôt que prévu pour la Martinique alors qu’elle devait y rester au moins jusqu’à la mi-décembre. Prévenu par le commandant, le Chevalier n’a d’autre ressource que de se rendre à Morel pour annoncer lui-même à Mesdames C… la triste nouvelle, avec la promesse cependant de revenir sitôt la mission terminée. « Ce moment fut cruel, écrit Fréminville, les adieux de Caroline furent déchirants, le désespoir lui ôtait la raison, il fallut l’arracher de mes bras, éperdue, presque mourante… »

Tombe de Caroline au Cimetière de Terre-de-Haut en 1825

Tombe de Caroline au Cimetière de Terre-de-Haut en 1825

Mais, malgré la promesse de revenir au plus tôt, ce n’est que le 6 décembre que la Néréïde, étant passée à plusieurs reprises devant les Saintes sans s’y arrêter, mouille enfin en rade de Terre-de-Haut. Pressé de se rendre aux côtés de Caroline qui doit l’attendre, pense-t-il, avec la plus grande impatience, Fréminville se précipite à Morel pour trouver portes et fenêtres closes… Surpris et désemparé par le morne silence qui règne dans et autour de l’habitation, il a un funeste pressentiment, redescend par le sentier de Pompière et emprunte la trace des crêtes jusqu’à la plage de Grande-Anse. De là, il doit alors passer par le petit cimetière pour gagner le bourg. Et c’est le choc : ses yeux tombent sur une croix fraîchement plantée et y lisent cette inscription :

Caroline C… 
morte le 30 novembre 1822
Priez pour elle

« À cette fatale lecture je m’arrêtai tout court, je demeurais quelques moments immobile et comme pétrifié. Les yeux fixés sur cette lugubre épitaphe, je ne pouvais en croire leur témoignage. Caroline morte, Caroline au tombeau !… »

Caroline était morte en effet. Lasse d’attendre le retour de la Néréïde, désespérée de l’avoir aperçue à maintes reprises croisant au large des Saintes et n’y point s’arrêter, croyant enfin que la frégate avait pris la direction de la France et que son amant l’avait trompée, elle s’est jetée à la mer, à l’endroit même où quelques mois auparavant Fréminville avait lui-même failli périr. Ainsi s’acheva cette belle et tragique histoire d’amour romantique.

Fréminville travesti en femme

Fréminville travesti en femme 

Fréminville n’y résista pas. Après un dernier retour aux Saintes le 27 avril 1825 où il vint en pèlerinage sur la tombe de Caroline, il rentra définitivement en France et passa le reste de sa vie à demi fou, s’habillant en femme, avec la robe de Caroline, celle-là même dans laquelle on l’avait retrouvée morte sur la plage du Marigot, et que Marguerite, la nourrice affranchie, lui avait remise le 6 décembre 1822, le jour fatal où il découvrit la tombe de sa bien-aimée au petit cimetière de Terre-de-Haut.

Le site de Morel aujourd’hui

Photo Raymond Joyeux

Ruine de l’habitation de Morel -Photo R. Joyeux

Il est aisé en partant de l’Anse du Marigot ou même de la route de Pompière, avant d’arriver à la plage du même nom, de se rendre au Morne Morel, cadre géographique de l’histoire d’amour de Caroline et du Chevalier de Fréminville. Quelques ruines de l’habitation de Madame C… sont toujours visibles, même s’il n’est pas évident de retrouver l’allée où furent plantés les palmistes que mentionne et décrit le Chevalier dans ses mémoires.

Le tracé au sol de l’habitation elle-même, mériterait d’être dégagé car l’enchevêtrement des pierres éparses, souvent mêlées aux racines végétales, ne permet pas de visualiser le pourtour des bâtiments tels qu’ils furent implantés à l’origine, selon les croquis dressés par Fréminville. Comme pour l’Ilet à Cabris ou autres sites historiques des Saintes, ce peut-être le travail d’une Association où d’un organisme régional ou communal. Mais ne rêvons pas. Au moins pourrait-on signaler par un ou des panneaux le résumé de ce tragique événement qui marqua et marquera pour toujours l’histoire de Terre-de-Haut.

Photo Raymond Joyeux

Ruine de l’habitation de Morel – Photo R. Joyeux

Les nombreux touristes qui fréquentent chaque jour les lieux et qui s’intéressent à l’histoire des pays visités n’ont peut-être pas la chance d’accéder aux écrits du principal protagoniste, Christophe Paulin de la Poix, dont les Mémoires-journaux ou voyages en 4 tomes, sont un document inestimable sans lequel un pan de notre mémoire commune ne serait jamais parvenu à notre connaissance. Par chance les volumes  III et IV manuscrits de ces mémoires m’ont été gracieusement offerts voilà une quinzaine d’années, grâce à un ami commun, par un descendant et petit neveu du Chevalier de Fréminville, Charles de Fréminville, de passage à Terre-de-Haut. Ouvrages dans lesquels j’ai puisé la trame, ainsi que les dates, citations et croquis de la présente chronique.

Je signale par ailleurs aux lecteurs qu’un autre petit neveu du Chevalier, Jean Merrien, de son vrai nom René de La Poix de Fréminville, a publié en 1970, aux Éditions Maritimes et d’Outre-Mer, un ouvrage intitulé : Un certain Chevalier de Fréminville 1787-1848, et que l’ASSPP, reprenant les chapitres sur les Saintes des mémoires du Chevalier, a fait de même en 2003 dans un petit livre simplement intitulé : Romantique Caroline, que l’on peut trouver sans doute à la librairie du Fort Napoléon.

Raymond Joyeux

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45 commentaires pour Amour tragique aux Saintes en 1822

  1. cathy dit :

    Quelle belle, triste et romantique histoire ! Autres temps, autres moeurs, aujourd’hui Caroline enverrait dès l’heure suivant le départ de son amoureux, un SMS : »t’es où ? » ….

  2. Marie-José dit :

    Une belle romance qui m’a toujours très inspirée…

  3. vonvon dit :

    merci Raymond, encore une fois, passionnant.

  4. raymondjoyeux dit :

    Merci chers amis pour vos commentaires. En relisant le texte, je constate qu’un paragraphe a été malencontreusement reproduit deux fois. J’ai modifié en conséquence l’original et vous prie de m’excuser pour cette erreur. Vous pouvez si vous le souhaitez revoir le texte modifié en tapant raymondjoyeux.com, car pour ceux qui reçoivent et ouvrent la chronique par courriel, aucune modification n’est possible… Je profite pour dire qu’une chose m’étonne dans les mémoires de Fréminville à propos de cette aventure : alors qu’il semble fréquenter assez souvent le morne Morel, il ne mentionne jamais la présence d’une fortification à l’extrémité du site, à l’aplomb d’une falaise, non loin de l’habitation de Mme C… On voit encore le rempart bien conservé de cette batterie, nommée aujourd’hui Fort Caroline, construite bien avant l’arrivée de la Néréïde aux Saints, donc très antérieurement à cette histoire d’amour tragique.

  5. raymondjoyeux dit :

    J’avais omis de préciser l’âge de Caroline. D’après Fréminville qui avait lui-même 35 ans au moment des faits, Madame C…, la sœur, qui était veuve, approchait de la quarantaine alors que Caroline n’avait que 19 ans. Soit 16 ans d’écart entre nos amoureux. Même à l’époque, c’était jeune pour mourir ! Il semblerait aussi que la tombe de Caroline, encadrée de deux cocotiers (voir le dessin) plantés par Jean Calo, serait restée longtemps visible au cimetière de Terre-de-Haut. J’ai moi-même un vague souvenir de cette tombe. Tonton Fernand Bélénus, dont Alain Joyeux a présenté le jardin dans une précédente chronique, m’a confirmé que sa famille possédant des terres à proximité du cimetière, il a eu l’occasion de passer plusieurs fois, enfant, à côté de cette tombe. En tout cas, de nos jours elle a complètement disparu mais peut-être que les anciens – ou Fernand Bélénus lui-même – pourraient nous signaler au moins son emplacement.

  6. atht dit :

    Bonjour Mr Joyeux,
    lors de mes premiers séjours aux Saintes,l’histoire de Caroline et du Chevalier de Fréminville m’avait touché. Je venais de tomber amoureux de ce coin des caraïbes, et je trouvais formidable cette histoire d’amour sur une île magnifique, (malgré les difficultés locales, je pense notamment à
    l’absence de cours d’eau.) J’ai parcouru le morne Morel et le morne Crawen, contemplé l’anse Marigot en essayant de deviner à quel endroit l’accident du chevalier c’était passé, de deviner également les chemins qu’il empruntait pour se rendre à Morel (étang Bélénus), lu Romantique Caroline…bref cette histoire m’avait envoûté.
    Je pense que cette idylle fait partie de votre patrimoine. Les avis saintois divergent beaucoup, histoire vraie, légende ? En tout cas le chevalier de Freminville a bien existé , ces écrits l’attestent.
    D’autre part, par le plus pur des hasards, j’ai découvert sa tombe à Brest il y a quelques années .
    Dans la mémoire brestoise, il existe quelques rares personnes qui connaissent son histoire, celui qui s’habillait en femme ! Dommage que celle de Caroline n’existe plus, peut être qu’ils auraient pu être à nouveau réuni dans un livre, par la photo de leur dernière demeure .
    Ces photos je les ai déjà offertes à un membre du bureau du fort Napoléon, elles pourraient éventuellement servir dans une nouvelle édition. Ceci dit ,Mr Joyeux, je peux vous les faire parvenir si vous en voyez l’utilité.
    Merci pour ce petit moment d’évasion.

  7. raymondjoyeux dit :

    Un grand merci, Monsieur, pour votre commentaire. La photo de la tombe de Fréminville à Brest m’intéresse beaucoup et je prendrai contact avec vous par mail pour un éventuel envoi. Je me permets d’ajouter quelques mots sur le sujet, car moi aussi je me suis toujours demandé à quel endroit précis Caroline avait bien pu se noyer au Marigot…

    L’Histoire d’un pays, si petit soit-il, est souvent marquée par un de ces événements qui, à force de passer de bouche en bouche, finit par s’embellir et se transformer en légende souvent dorée alors qu’il a bel et bien banalement existé… Mais pas de la façon dont l’imaginions.

    C’est ainsi que l’on nous a toujours appris, à nous les Saintois, lorsque nous étions enfants, qu’une Princesse du nom de Caroline ayant vécu au morne Morel, s’était éprise d’un certain Chevalier, et s’était jetée par désespoir amoureux d’une falaise surplombant la baie du Marigot et s’y était noyée. Que sa tombe était encore visible au cimetière de notre commune et que le Chevalier, à la fin de sa vie se déguisait en femme avec les habits de Caroline.

    Voilà ce que l’on nous a toujours appris, sans que nous cherchions à démêler le vrai du faux. Nous avons vécu avec cette légende romantique du Chevalier et de la Princesse, jusqu’à la parution du livre de Jean Merrien en 1970 qui, à moi en tout cas, m’a ouvert les yeux, car c’était Fréminville lui-même qui racontait sa propre histoire, agrémentant son récit de superbes croquis. Pour dire que finalement Caroline n’était pas du tout une princesse, qu’elle ne s’était pas jetée du haut d’une falaise – encore que ce point ne soit pas tout à fait éclairci – et que lui-même n’avait de chevalier que le titre.

    La légende avait donc pris un sacré coup et la réalité s’imposait à nous, même si des détails nous échappaient encore. Par exemple, justement celui de la mort de Caroline que Fréminville relate ainsi : « De grand matin, tandis que dans l’habitation tout le monde dormait encor, Caroline se leva sans bruit, sortit seule de la maison, se dirigea vers la baie du Marigot et se précipita dans les flots au lieu même où l’on m’en avait retiré quelques mois auparavant… Le corps de Caroline fut retrouvé le soir même à peu de distance de l’endroit où elle s’était précipitée. »

    D’accord, mais quand on connaît la baie du Marigot, peu profonde et généralement très calme, on se demande comment elle a pu s’y noyer. Que Fréminville ait été surpris par une lame qui l’avait fracassé sur les rochers, un jour de mauvais temps, on peut le comprendre, mais que la jeune fille, même ne sachant pas nager, y périsse, sans s’être jetée d’une falaise, cela reste mystérieux. Bien sûr on peut se noyer dans une baignoire, mais quand même ! Il faut dire pour finir que c’est Marguerite qui raconta l’événement à Fréminville et qu’elle n’a peut-être pas voulu tout dire !

  8. Duval Michel dit :

    Je soupçonne cette belle et romanesque histoire d’avoir été en bonne partie inventée par Fréminville.
    Sa véracité n’a été confirmée par aucun autre témoignage de l’époque, et elle ne repose que sur ce que veut bien nous en dire l’auteur dans ses « Mémoires », dont l’authenticité est loin d’être assurée.
    Par ses thèmes et son style, elle se rapproche beaucoup de « Paul et Virginie » de Bernardin de St-Pierre, écrit en 1788, une autre histoire en partie inventée qui a eu un énorme retentissement en France à l’époque, ainsi que le mentionne mon vieux « Lagarde et Michard », et que Fréminville a très probablement lu (c’était un best-seller !).
    Il est d’ailleurs intéressant de voir qu’elle se situe dans le même environnement tropical et exotique que Paul et Virginie (l’Ile de France, ancien nom de l’Ile Maurice).
    Elle utilise certainement beaucoup d’éléments de la vie réelle de Fréminville, comme sa frégate La Néréide, ses escales à Terre de Haut, ses fantasmes de jeune marin esseulé de 35 ans pour une belle Saintoise, etc.
    Par contre, le coeur romanesque de l’histoire, soit le suicide de Caroline par amour pour lui, est peu vraisemblable. En admettant qu’elle se soit réellement noyée, il est plus probable que cela ait été par accident (les Saintois ne savaient pas nager à l’époque).
    Cela évidemment n’enlève rien à la beauté de l’histoire, mais il faut d’après moi davantage la voir comme un conte romanesque, dans la lignée de Rousseau, Paul et Virginie et Chateaubriand, que comme une histoire réelle.
    Il pourrait être intéressant pour Raymond de faire une étude stylistique comparée des Mémoires de Fréminville et de Paul et Virginie, pour vérifier la filiation (j’ai seulement une copie de l’ouvrage de Jean Merrien).
    Michel Duval
    Montréal

  9. raymondjoyeux dit :

    Mon cher Michel, je ne serai pas aussi catégorique que toi, même si dans mon sous-titre, « entre mythe et réalité », j’évoque cette possibilité d’une histoire arrangée par Fréminville. Tu as raison de dire que son récit s’apparente à celui de Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, publié en 1788, soit un an après la naissance de Fréminville, récit que ce dernier a bien pu connaître car ce fut en effet un succès presque mondial à l’époque.

    Certaines similitudes sont évidentes aussi bien quant au cadre exotique de l’intrigue que dans la trame même de l’histoire. En ce qui concerne le style, je n’ai pas fait de comparaison particulière, mais on peut dire que nos deux auteurs, qui ont beaucoup voyagé chacun de son côté et grands lecteurs par ailleurs, sont deux écrivains précurseurs du romantisme français, même si Fréminville est de loin beaucoup moins connu que Bernardin de Saint-Pierre et que son nom n’est pas du tout resté dans l’histoire de la littérature…. Il faut cependant dire que Fréminville, pragmatique, était plus attiré par la lecture des scientifiques naturalistes de son temps que par les « romanciers » et autres chroniqueurs ou philosophes. (Il n’avait pas le temps, étant presque toujours en mer, et n’a dû sans doute emporter que des ouvrages « scientifiques » pour les besoins de sa passion…)

    Cependant l’exaltation de la nature, s’inspirant des thèses de Rousseau, ne fait aucun doute dans ses mémoires, sans aller jusqu’à prétendre que pour lui, comme pour l’auteur de l’Émile, l’homme naît bon et que c’est la société qui le pervertit.

    Autre ressemblance avec Bernardin de Saint-Pierre : la mère de Paul et la nourrice affranchie de Caroline portent le même prénom : Marguerite. Mais c’est sûrement un hasard car ce prénom était très à la mode à l’époque…

    La différence c’est que Bernardin de Saint-Pierre présente son récit comme un « roman » – même si ce mot était peu en vogue à l’époque – alors que Fréminville nous parle de « mémoires ». Je conçois que cela ne veut rien dire quant à l’authenticité des faits, et que prétextant une histoire vécue, l’auteur a bien pu arranger son récit, se basant sur des éléments réels de sa vie.

    Tu dis que rien ni personne n’est venu témoigner des faits rapportés par Fréminville. Ce n’est pas tout à fait juste, car, sauf à douter de tout ce qu’il raconte par ailleurs de ses expéditions, il mentionne souvent Calo, pilote et aubergiste, propriétaire de l’actuel Café de la Marine, qui a vraiment existé et qui l’aurait conduit de Basse-Terre aux Saintes à son dernier voyage, le 27 avril 1825. Malheureusement Calo ne savait ni lire ni écrire, il ne pouvait donc laisser aucun écrit des événements. De plus on se demande pourquoi Fréminville, si ce n’est pour retrouver Caroline, se rendait si souvent à Morel, site difficile d’accès où il n’y a que des « cailloux » alors qu’il est plus attiré par les « coquilles » et autres productions marines…

    Quelque chose m’intrigue cependant, outre la mort suspecte de Caroline déjà mentionnée dans un précédent commentaire, c’est la grande habitation de Mme C. sur le plateau de Morel. J’y suis allé récemment et ai eu du mal à comprendre, malgré les ruines, comment une telle maison avec ses aménagements et son allée de palmistes, ses dépendances et son jardin, avaient bien pu être implantés sur un terrain accidenté si rocailleux, si peu plat et privé d’eau. Mais peut-être qu’en déboisant le site on pourrait trouver plus facilement des traces plus probantes de la réalité décrite par Fréminville. En tout cas, l’auteur en a laissé des croquis qui montrent clairement que cette habitation avait pu exister…

    Bref, on se perdra toujours en conjectures à propos de la véracité du fait principal et des détails de cet événement qui reste néanmoins un élément incontestable du patrimoine historique, littéraire et humain de Terre-de-Haut, en dépit de la suspicion, je le conçois, qui plane sur sa totale authenticité. Et c’est là, Michel, finalement, que je te rejoins.

  10. Duval Michel dit :

    Merci Raymond pour tes commentaires toujours si pertinents sur Fréminville, Bernardin de Saint Pierre et Calo.

    Comme toi je n’ai aucun doute qu’il y ait eu une grande et belle histoire d’amour entre Fréminville et Caroline à Terre de Haut. C’est juste son suicide par amour qui me semble « un peu trop romantique pour être vrai », et avoir été possiblement inspiré pendant la rédaction de ses mémoires par la littérature de son époque. De plus, il me semble que le suicide par amour n’est pas trop dans la culture antillaise (plutôt dans la culture européenne), mais tu me corrigeras sûrement à ce sujet.

    Je suis également d’accord avec ton analyse, que la maison de Caroline était possiblement plutôt à Marigot (qu’on peut par extension rattacher au bas du Morne Morel) qu’à son sommet peu habitable.

    Quelles que soient les libertés que Fréminville aient prises ou non avec la réalité (suicide ou accident, emplacement de la maison), il ne fait aucun doute qu’il ait été dévasté par la mort de Caroline, et en cela ses mémoires sont très touchantes. De plus, elles nous permettent de nous livrer aujourd’hui à ce jeu délicieux de détective !

  11. Duval Michel dit :

    En 1983 a été publié sous forme de brochure un guide touristique, « Bonjour les Saintes », rédigé par Jean Marie Renault et coll., réédité sous forme de livre au début des années 1990 avec plusieurs additions et retraits. Ces deux guides contiennent toutes sortes d’informations pratiques, touristiques, historiques, naturalistes, très utiles et très bien documentées. Deux ouvrages remarquables malheureusement épuisés depuis plusieurs années.

    Ils contiennent en particulier plusieurs chapitres sur le Chevalier de Fréminville et Caroline. Ils se posaient déjà les mêmes questions que nous :
    « Rien ni personne, à l’exception du chevalier lui-même, ne peuvent attester de l’authenticité de ses mémoires ».
    « Caroline C. a-t-elle jamais existé ? Caroline n’a jamais pu être identifiée. L’état civil, le cadastre et le cimetière restent muets sur son histoire, qui ne remonte pourtant pas à plus de deux décennies. »
    « La maison du morne Morel a-t-elle jamais existé ? Fréminville a-t-il réinventé à l’échelle d’une île de 400 ha une cité disparue et sa princesse ? »
    « Les saintois ne pensent guère à l’histoire de Caroline et la connaissent à peine. L’histoire leur est presque étrangère. »

    « Caroline des Saintes, une aventure romanesque d’une précision étonnante dans la description de celui qui la rapporte dans ses « Mémoires ». Mais elle est purement imaginaire. Passion et emportement romantiques très fortement vécus par le chevalier, qui ne s’en est jamais guéri, lui ont été inspirés par les Saintes. Mais l’aventure étrange est intérieure. La mort de Caroline vient à point justifier la curieuse manie du chevalier, qui ira jusqu’à signer sous le prénom de la jeune fille un traité du costume féminin. Le mystère de la « Princesse » Caroline, c’est d’abord un dédoublement de la personnalité, qui passe par le meurtre imaginaire d’une jeune fille créole de dix-neuf ans.».

    « À son retour en France, il tient salon littéraire et savant, et rédige ses mémoires en 1831 ». Il a donc très certainement lu Paul et Virginie, et il est vraisemblable qu’il s’en soit inspiré, ainsi que d’autres ouvrages romantiques de l’époque, pour rédiger ses « mémoires » 9 ans après les faits.

    « Abattu par le chagrin (de la mort de Caroline), il va reprendre la mer quelques jours plus tard, emportant les vêtements en souvenir de la jeune fille ».
    « Tandis qu’il rédige ses mémoires, il apparait de plus en plus à son entourage, vêtu d’un costume féminin ».
    « Vêtue d’une robe de soie à ramages, coiffée d’un chignon à la Maréchale, ses favoris blancs sous les rubans roses d’une coiffure à fleurs, ornée de dentelles rares, la chevalière (en fait le chevalier lui même) recevait en minaudant (I.Herpin, 1913, « Le Chevalier sans culotte ») ».

    « Possédé par ses nostalgies d’amant imaginaire, il s’éteindra à 61 ans, usé par ses querelles avec une société qui le persécute et le tourmente de critiques. En fait, des tortures d’une aventure intellectuelle ardente et peu commune, dont les Saintes avaient été pour lui le révélateur »

    « Lorsque Frémonville retrouve Terre de Haut le 8 décembre après 48 jours de longue absence, c’est pour découvrir maison déserte et porte close. Plus loin, une tombe fraîche, celle de Caroline morte une semaine auparavant ». Cela suggère que sa tombe était proche de sa maison de Morel et non pas au cimetière de Grande Anse.
    « Laissez le terrain de foot sur votre gauche et abordez la petite bosse d’une trentaine de mètres avant Pompierre. Sur votre gauche, en plein champ, les derniers vestiges des tombes voulues là par les défunts du XIXe siècle. Sur la pierre gravée, vous pourrez lire : Pour souvenir, Jean Auguste Moulinié – né à Bordeaux le 11 novembre 1782 – décédé à la Guadeloupe le 15 janvier 1838 ».

    À la fin des années 1980, les vieux Saintois racontaient encore que la pierre tombale de Caroline était là, au pied d’un arbre, à gauche de la route menant à Pompierre. On pouvant encore en voir une jusqu’à récemment, mais elle a maintenant disparu, suite aux constructions de maisons, restaurant et routes d’accès dans ce secteur.

    Cela suggère également que la maison de Caroline était possiblement sur cette petite bosse située entre l’actuel terrain de foot, la descente vers Pompierre et le bas du morne Morel, et non pas au sommet très inhospitalier du morne lui-même, comme l’a souligné Raymond. Cette petite bosse étant surélevée par rapport au bas du morne, cela expliquerait pourquoi Frémonville la situait « en haut du morne Morel ». Archéologues en herbe, à vos pelles !

    • atht dit :

      Bonjour Mr Duval,

      merci pour ces précisions intéressantes. J’étais également sceptique quant à la maison de Caroline sur le morne Morel . Dois je comprendre que le cimetière était près du Salako à cette époque ? Des fouilles archéologiques seraient sûrement riches d’enseignements. En tout cas histoire imaginaire ou pas, Fréminville aura réussi une chose, un sujet de discussion commun et passionnant à tous saintois (et autres) et permis de s’imaginer l’île il y a 2 siècles, de part ses mémoires et croquis.

      Joyeuses Pâques

    • raymondjoyeux dit :

      Bonjour Michel,
      Je possède les deux éditions de la brochure « Bonjour les Saintes » auxquelles tu fais allusion et j’avais lu, bien entendu, comme toi, les considérations de leurs auteurs sur Fréminville et Caroline. En gros, même si tu as raison de dire « qu’ils se posent les mêmes questions que nous », pour eux, si Fréminville a bien existé, (heureusement ! ), l’histoire tragique de ses amours saintoises ainsi que l’habitation de Morel ne seraient que pure et totale invention de sa part. Ils évoquent à l’appui de leur thèse l’inexistence de témoignages et le mutisme des documents cadastraux et d’état civil…

      Certes, et nous avions nous-mêmes ainsi que d’autres commentateurs, évoqué ce manque de preuves matérielles. Mais la théorie des auteurs de la brochure que tu cites abondamment, trop catégorique à mon goût, appelle cependant quelques commentaires que je me permettrai de livrer ici pour alimenter le débat, même si cela risque d’être un peu long. Car malgré mes propres doutes, je trouve qu’ils sont allés un peu vite en besogne et le côté expéditif de leur conclusion me semble au moins aussi suspect que le récit de Fréminville.

      Selon eux, « cette histoire serait ignorée des Saintois ». Faux. Dans toutes les familles de Terre-de-Haut, même si ce n’est pas le sujet quotidien des conversations, on a parlé, entendu parler ou parle encore parfois de cette histoire, même de façon déformée. En tout cas, (presque) tout le monde ici aux Saintes la connaît plus ou moins.

      « Ce serait par la fantaisie d’un armateur que Caroline serait devenue Princesse ». Faux. Si la vedette Princesse Caroline a bien existé, et a navigué entre les années 1970 et fin 90, peut-être un peu plus, ce nom lui a été donné par son premier propriétaire, un Métropolitain de Bordeaux, M. Raymond Gabaret, qui détenait le chantier naval de Morel et qui avait appris l’histoire de cette jeune fille que tout le monde aux Saintes appelait déjà (à tort) princesse, et ce, bien avant l’arrivée de cet armateur, et surtout avant qu’on ait eu connaissance à Terre-de-Haut des mémoires du Chevalier. Le rapprochement entre (chantier de) Morel et Caroline était pour lui une évidence, d’où par méconnaissance et non par invention : Princesse Caroline.

      « Si Caroline a vraiment existé, elle serait enterrée sur le site de Pompierre plutôt qu’au cimetière. » Rien n’est moins sûr. Je n’ai connu qu’une seule tombe en cet endroit, bien avant la route bétonnée et les constructions, celle en effet de Moulinié, qui existe toujours, et que j’ai photographiée récemment. Ce ne sont donc pas les nouvelles constructions qui ont fait disparaître les tombes, s’il y en avait eu d’autres. Des témoignages prétendent, au contraire, qu’une tombe au nom de Caroline C… existait bien au cimetière principal. Malheureusement elle a disparu.

      Voilà trois éléments de l’enquête des rédacteurs de « Bonjour les Saintes » qui sont loin d’être conformes à la réalité et qui pourraient déjà jeter le doute sur le sérieux de leurs autres arguments et de leur conclusion.

      D’autre part, les relevés cadastraux, pour les Saintes en tout cas, n’existaient peut-être pas à cette époque et les premiers registres d’état civil ont brûlé lors de l’incendie de la mairie ; ou ont été éparpillés par la suite lors d’un cyclone, selon un témoignage que j’ai personnellement recueilli d’un Saintois âgé qui a vu de ses yeux le grenier de la mairie s’envoler avec ce qui lui restait de registres… Mais peut-être que les doubles existent aux archives de la Guadeloupe…
      J’ai souvenir pour ma part qu’il était généralement admis que la sépulture de Caroline, encore une fois, se serait bel et bien trouvée au cimetière communal actuel, tel que le rapporte Fréminville. Et ce n’est pas parce que les preuves d’un délit n’ont pas été formellement apportées que l’on peut jurer à coup sûr qu’un suspect, sur lequel pèsent par ailleurs de fortes présomptions, n’est pas coupable. Comme on ne peut pas non plus jurer qu’il l’est à coup sûr. Tout au moins bénéficie-t-il du doute. Ainsi, en ce qui concerne l’aventure amoureuse de Fréminville, avancer l’absence de preuves et de témoignages autres que le sien propre, même truffé d’invraisemblances, pour conclure péremptoirement qu’il a tout inventé, si elle est à prendre en considération, n’est pas à mon avis un argument déterminant.

      Quant à l’habitation de Morel, seul un nettoyage du site et un relevé topographique et archéologique précis pourraient éclaircir la probabilité de l’existence d’une ou de plusieurs constructions à cet endroit et surtout de leur configuration. En tout cas il existe de multiples fondations différentes et des pans de murs disparates qui attestent la présence de bâtiments importants. Si la maison avait été construite au Marigot, même sur une colline proche, (à ma connaissance on n’aurait à ce jour découvert aucune trace de cette supposée maison), Caroline n’aurait pas pu suivre le déplacement des navires… ( dans la réalité en tout cas, en récit fictif c’est autre chose !)

      S’agissant du patronyme de Caroline, Fréminville parle d’une certaine Madame Coletta, parente de Caroline et de sa sœur, qui avait une maison à Basse-Terre où il descendait lui-même fréquemment, et dans le salon de laquelle trônait un portrait de Caroline, d’où peut-être la lettre C… qui suit le prénom de Caroline. C comme Coletta… Mais ce n’est que simple extrapolation de ma part. Il reste à se demander pourquoi le Chevalier a voulu occulter ce patronyme.

      Enfin, les auteurs de « Bonjour les Saintes » précisent que c’est 9 ans après ses « aventures » que Fréminville a entrepris de rédiger ses mémoires. Peut-être. Mais il semble presqu’impossible qu’il se fût souvenu de façon aussi précise des dates, des lieux, des rencontres et des faits (je ne parle même pas de ceux qui ont rapport avec l’histoire qui nous intéresse), s’il n’en avait pas pris au moins des notes pratiquement au jour le jour…

      À moins de considérer soit, que même ces dates seraient toutes fausses ou approximatives et que tout aurait été intégralement inventé, auquel cas Fréminville serait un sacré fabulateur ; soit que l’auteur de ces récits jouissait non seulement d’une mémoire phénoménale mais surtout d’une extraordinaire capacité d’imagination à faire pâlir le Flaubert de la romantique Emma Bovary. Laquelle, tout le monde le sait, s’est suicidée, elle aussi, par déception amoureuse, mais à l’arsenic ; déception, c’est vrai, ajoutée à une accumulation faramineuse de dettes contactées le plus souvent au nom de son mari, pour assouvir les lubies de sa passion dévastatrice.) Cela dit sans vouloir aucunement comparer, littérairement parlant, Fréminville écrivain-mémorialiste au génial romancier Gustave Flaubert que je ne cesserai jamais pour ma part d’admirer et de relire.

      En conclusion (provisoire), alors, sans mettre en doute la totalité des recherches faites par les auteurs de « Bonjour les Saintes », Caroline C… noyée par amour : mythe ou réalité ? On ne le saura sans doute jamais. Mais il y a peut-être des ouvrages de fiction ou de réalités policières où l’énigme n’a jamais été totalement élucidée même par le plus perspicace des Sherlock Holmes… et qui sont restées pourtant des chefs-d’œuvre d’imagination, de sensibilité et de création littéraire, faisant du mythe une réalité plus vivante, plus impérissable que la réalité elle-même.

  12. Duval Michel dit :

    Après plusieurs semaines de longs voyages pour le travail, je reprends cette passionnante discussion.
    Je soumets à votre réflexion et à vos critiques cet autre commentaire sur le « mystère Fréminville ». Il a été établi (par J.Harper dans « Le chevalier sans culotte »), que Fréminville à son retour en métropole était un travesti revendiquant avec insistance sa différence, et par conséquent un « transgenre » sur le plan sexuel.
    Il est raisonnable de penser qu’il l’était déjà à TdH (on ne le devient pas subitement comme cela). Dans ce cas, la pauvre Caroline n’a pas dû « être à la noce » tous les jours avec lui !

    • Annie dit :

      Bonjour Monsieur Duval,
      Je tombe par hasard sur ce site et ce forum et regrette de ne pas en avoir eu connaissance il y a quelques temps, au moment de votre discussion!
      Je vous serais très reconnaissante de bien vouloir me communiquer les références du livre de J.Harper. (Je serais curieuse de le lire car il corrobore les résultats d’une recherche poussée que j’ai faite il y a quelques années, quand je vivais en Guadeloupe…et confirmant la fausseté de la romantique mais totalement erronée histoire d’amour)
      bien cordialement,
      A.C.

  13. Duval Michel dit :

    Mes excuses Annie, j’ai écrit par erreur Harper (mon premier ministre canadien !) au lieu de Herpin.

    C’est bien Eugène Herpin, le premier auteur/ éditeur des « Mémoires du chevalier de Frémonville » en 1913, qui a fourni les informations sur la personnalité ambigüe de Frémonville, et notamment son étrange manie de s’habiller en femme à son retour à Brest, où il était connu sous le nom de « la chevalière » ou « Madame Pauline » ou « le chevalier sans culotte », « vêtu d’une robe de soie à ramages, coiffé d’un chignon à la Maréchale, une mouche sur la joue généreusement fardée, rasé de près et dissimulant ses favoris blancs sous les rubans roses d’une coiffure à fleurs, ornée de dentelles roses», comme on peut le voir sur une gravure de l’époque le représentant.

    L’ouvrage de E.Herbin a été réédité en 2005 (par Elibron Classics), 2006 (La Découvrance), et est disponible chez Amazon, la Fnac et Gibecière à mots, entre autres.

    En allant sur Google à « Herbin Fremonville », on trouve d’autres informations sur lui, comme ses traversées maritimes avec une Pauline Bonaparte insupportable, et sa rencontre avec une jeune créole (Clarence) à St-Dominique, étrangement décrite dans exactement les mêmes termes que plus tard Caroline.

    On peut donc se demander si Caroline n’aurait pas été une transposition romanesque de Clarence, et Clarence elle-même une transposition romanesque d’un moussaillon de la Néréide, étant donné ses orientations affichées à Brest ? Un ouvrage relatant une histoire d’amour ouvertement non-hétérosexuelle n’aurait probablement pas été toléré à son époque.

    • Annie dit :

      Merci pour votre réponse!
      Effectivement, je connais l’ouvrage du journaliste et historien Herpin, que j’ai lu il y a quelques années et qui est une retranscription, pas forcément fidèle, d’une partie des Mémoires-Journaux du chevalier. Il n’apportait aucun élément nouveau au sujet de l’histoire des Saintes.
      Si cette histoire vous intéresse encore, je vous transmettrai le lien de l’ouvrage où vous pourrez lire mon explication, étayée de preuves, de ce mythe.
      Pour répondre à votre question: je pense que le problème n’était pas pour Fréminville de vivre des histoires d’amour, qu’elles fussent hétéro ou homosexuelles, mais de vivre son transsexualisme, c’est-à-dire son désir et son besoin de se sentir femme.

  14. Michel Duval dit :

    Merci Annie. Je serai en effet très intéressé (et les autres participants à cette discussion également j’en suis sûr), d’avoir le lien vers votre ouvrage et de lire votre explication sur le mythe Fréminville, en particulier comment son désir de vivre son transsexualisme a pu le conduire à inventer son histoire d’amour avec Caroline.

  15. Michel Duval dit :

    Comme vous le mentionnez Annie, la seule chose dont on soit sûr est que Fréminville se sentait profondément femme. Il avait en somme une double personnalité : le Frémonville apparemment homme selon les critères de la société, et le Frémonville réellement femme à l’intérieur de lui.

    Personne à son époque ne l’a compris, même s’il s’habillait en femme pour tenter de le faire comprendre. Cela a dû se traduire pour lui par une grande souffrance et une grande solitude, qu’il n’a pu exprimer que de façon cachée dans ses « Mémoires », qu’on devrait plutôt appeler le « Roman » ou la « Tragédie » de sa vie.

    « Caroline » y serait la transposition romanesque de Frémonville femme. En faisant mourir Caroline dans son roman, il exprimerait la nécessité tragique d’abandonner et de tuer la Frémonville femme non tolérée par la société.

    Dans cette interprétation, il n’y a évidemment pas de place pour une histoire d’amour conventionnelle avec la Caroline réelle, mais seulement une adoration pour la Frémonville femme.

    Le décor exotique des Saintes devient alors accessoire, même s’il a contribué grandement à faire connaitre l’île bien au-delà de ses rives.

    De très nombreux artistes ont eu des doubles personnalités souvent tragiques, par exemple Tchaikovsky.

    • Annie dit :

      Comme vous, Michel; je pense que Fréminville était un homme préférant être de l’autre sexe et qui a cherché à vivre son penchant à une époque où c’était totalement prohibé. Son histoire inventée avec Caroline C*** en fut le moyen.
      C’était un judicieux stratagème pour vivre en accord avec sa personnalité.
      .Le problème, c’est que ses commentateurs (parfois même des historiens patentés) ont rarement voulu le reconnaître et, si oui, n’ont pas voulu ou pu en fournir les preuves.
      L’intéressant serait de réfléchir à la question: pourquoi certaines légendes se perpétuent malgré leur fausseté évidente et comment certains mythes sont-ils officiellement entretenus ?!
      Bien cordialement

  16. Michel Duval dit :

    Merci, Annie, pour vos commentaires. On ne peut en vouloir aux lecteurs successifs d’avoir lu le livre de Fréminville au premier degré et d’en avoir perpétué le mythe. Fréminville lui-même a tout fait pour les égarer, entre autres en utilisant le terme ambigu de Mémoires.

    Pour exprimer et faire comprendre sa souffrance de ne pas être reconnu comme femme par son entourage, même avec des vêtements féminins, il s’est caché sous les traits de Caroline dans son roman, mais tellement bien que personne n’y a vu le deuxième degré.

    Il n’y est parvenu finalement qu’aujourd’hui, après 184 ans d’incompréhension, et il peut enfin reposer en paix !

    Avec cette relecture, son livre apparait comme un « roman tragique » important de la littérature française, au même titre que Paul et Virginie, ou Madame Bovary comme l’a souligné Raymond. Il pourrait ainsi être mis au programme des lycées de Guadeloupe, en complément du « Lagarde et Michard » et avec les clés de lecture nécessaires.

    Le sujet bien caché du livre est en effet contemporain et même universel, soit l’exclusion et le rejet de ceux qui ne correspondent pas exactement à la norme sociale du moment et de l’entourage. On peut penser par exemple au harcèlement dans les cours d’école et le milieu de travail, ou pire à l’assassinat de ceux considérés comme auteurs de blasphèmes…

    Il importe peu désormais de savoir où se trouve la tombe de la vraie Caroline créole des Saintes. La tombe de la Caroline virtuelle du livre, c’est-à-dire de Fréminville femme, se trouve dans le livre et nulle part ailleurs. Elle contient entre autres son rêve impossible de trouver un compagnon ou une compagne qui l’accepte tel qu’il est.

  17. raymondjoyeux dit :

    Je vous remercie, Annie et Michel, pour vos commentaires à propos de Fréminville et de ses « supposées » aventures amoureuses, selon vous, avec la « prétendue » Caroline. Voilà quelques années, l’arrière neveu de Fréminville m’avait rendu visite aux Saintes et m’avait apporté un manuscrit – en réalité un tapuscrit – de ses « mémoires », à partir de l’original. Il serait intéressant de prendre contact avec ce descendant du Chevalier et de lui demander son avis. Je vais donc tenter de le retrouver et de lui communiquer l’adresse du blog. Peut-être aurait-il son mot à dire sur le passé et la psychologie de son aïeul. Je vous tiens au courant.

    • Annie dit :

      Bonjour Raymond,
      Merci pour votre proposition de contacter l’arrière-neveu de Fréminville, mais je me permets de vous signaler que s’il s’agit de Monsieur Charles de Fréminville (dont j’avais eu aussi communication du « tapuscrit », lors de son passage aux Saintes et alors que j’habitais en Guadeloupe), il me semble qu’il est, malheureusement, décédé depuis quelques années?

      D’autre part, savez-vous si les archives du Musée du Fort Napoléon possèdent actuellement quelques documents ou dessins originaux tirés des Mémoires de Fréminville?
      Même si l’histoire d’amour est fausse, je pense que Fréminville pourra toujours avoir une place dans le musée des Saintes!

      Rebonjour Michel,
      j’apprécie beaucoup notre recherche coopérative franco-canadienne ;-))

      • raymondjoyeux dit :

        Bonjour Annie,
        C’est en effet Charles de Fréminville que j’ai rencontré aux Saintes en février 2000. J’ai conservé la carte qu’il m’avait envoyée m’annonçant son arrivée. Ce monsieur avait un cousin, André Paulet que j’ai rencontré en Bourgogne quelques mois avant la venue de Charles en Guadeloupe. M. Paulet avait une fille, Sybille. J’ai trouvé sur Internet une Sybille Paulet. Je lui ai envoyé un message. J’attends une réponse, sans savoir si c’est vraiment la personne recherchée. Et si André Paulet est encore vivant.

        Pour ce qui est des dessins de Fréminville, le manuscrit en contenait beaucoup ainsi que le livre de Jean Merrien. En 2003, l’ASPP, basée au Fort Napoléon, a publié un ouvrage intitulé Romantique Caroline. Ce sont tout simplement les « mémoires » de Fréminville qui ont été repris. Mais il est dit en avant propos que « l’intégralité de ses mémoires-journaux, en quatre tomes illustrés de sa main, est conservée au Fort Napoléon. » Donc vous pourrez trouver ces dessins au Fort. Je pense qu’il est possible de les consulter en prenant RDV avec le président, M. Bernard Tarquin. Voilà tout ce que je peux vous dire pour le moment.
        Cordialement.

      • Annie dit :

        Merci, Raymond, pour tous ces renseignements.
        Auriez-vous l’amabilité de me communiquer l’adresse ou le courriel par lesquels je pourrais contacter Mr Tarquin?
        Cordialement

  18. Michel Duval dit :

    Excellente idée Raymond.
    Il a peut-être des informations d’origine familiale non publiées qui pourraient invalider ou appuyer notre interprétation à Annie et moi.

  19. raymondjoyeux dit :

    À Annie :
    Pour joindre M. Tarquin, il suffit d’écrire à :
    M. Bernard TARQUIN
    Président de l’ASPP
    Fort Napoléon
    97137 – Terre-de-Haut

    Je ne connais pas son adresse mail, par contre il y a un tel : 0690 50 73 43 –
    et un fax : 0590 95 01 87.
    Bonne journée.

    • Annie dit :

      Merci beaucoup, Raymond, pour votre rapide réponse.
      J’espère que nous allons continuer l’intéressant échange de points de vue sur le chevalier!
      Bien cordialement

  20. Casimir dit :

    Chéryl

    Merci beaucoup , Raymond pour cette belle histoire . Je me suis pausé pas mal de questions au
    sujet de Caroline et Fréminville , j’ai trouvé réponce à tous en lisant ce livre.
    Bien cordialement

  21. Duval Michel dit :

    Aujourd’hui, sur une chaine de télévision québécoise, un reportage très touchant sur un enfant transgenre, disponible sur tva.canoe.ca/emissions/je/reportages/234481.html (voir la vidéo d’environ 8 minutes).

    Il permet de comprendre ce qu’à dû ressentir Fréminville, en bien pire car la condition de transgenre n’était pas reconnue à l’époque. Il a dû subir beaucoup de railleries à Brest, et peut être même à TdH…

    • Annie dit :

      …et c’est pour cela qu’il a inventé Caroline et l’histoire d’amour : CQFD!
      Je suis tout-à-fait d’accord avec vous, Michel, en ce qui concerne la difficulté pour Fréminville de vivre sa différence sexuelle!
      Par contre, je ne suis pas sûre que la condition de transgenre soit encore tellement reconnue… et, de toutes façons, elle ne semble encore pas bien acceptée (je ne connais pas de transgenre mais j’ai lu quelques interviews, puisque je m’intéresse à ce sujet depuis ma rencontre avec le chevalier!)

  22. Michel Duval dit :

    Fréminville se sentait intérieurement femme, mais devant l’incompréhension de son entourage, il a tout d’abord cherché à la refouler et la faire disparaitre. Ne pouvant parler de ses tourments par écrit trop ouvertement, ou par pudeur, il a utilisé le subterfuge du roman :

    La jeune Saintoise Caroline y personnifie la femme qui est en lui, qu’il aime profondément et réciproquement. Le suicide symbolique et inventé de Caroline y représente sa tentation tragique de faire disparaitre cette femme non reconnue socialement.

    Heureusement il n’y parviendra pas et elle vivra en lui jusqu’à sa mort. Il s’agit en somme d’une belle histoire d’amour entre lui et son double, qui finit relativement bien contrairement aux apparences.

    • Annie dit :

      J’ai le plaisir de vous informer que le texte dont je vous avais parlé vient de paraître dans le Bulletin annuel de la Société archéologique du Finistère: je crois que vous pouvez vous le procurer en vous adressant à la Société. (E-mail: ste.archeo.finistere@wanadoo.fr )
      Pour ma part, je serais prête à le poster ici, mais je ne sais pas si R. Joyeux ne le jugera pas un peu trop long (une vingtaine de pages) pour ce blog?

  23. Duval Michel dit :

    Ci-joint un autre reportage touchant sur un cas récent de transgenre, côté femmes cette fois:
    http://ici.radio-canada.ca/regions/manitoba/2015/03/20/001-transgenres-sociofinancement-chirurgie.shtml

    Fréminville aurait eu la vie moins difficile à notre époque. Mais il n’aurait probablement pas ressenti le besoin d’exprimer ses tourments de transgenre dans ses « Mémoires », ce qui nous aurait privé de cette passionnante discussion !

    Toujours pas de nouvelles de Sybille Paulet ?

  24. Duval dit :

    Merci Annie pour la référence de votre article publié dans le Bulletin annuel de la SAF.
    Serait-il possible d’en faire une copie pdf et de le mettre en lien html sur ce site ?

  25. Duval dit :

    Ci-joint un autre reportage effectué aux USA (en anglais) sur le support apporté à des jeunes garçons souhaitant s’habiller et se comporter en filles.:
    http://time.com/3743987/gender-creative-kids/#3743987/gender-creative-kids/
    Cela aurait mis du baume sur le coeur du pauvre Fréminville !

    • Annie dit :

      Heureusement les moeurs évoluent !
      En ce qui concerne l’histoire du chevalier, je ne sais pas comment mettre mon texte pdf sur ce site mais si des personnes sont intéressées et me communiquent leurs mails, je le leur enverrai avec plaisir.
      Le texte contient, en particulier, beaucoup d’allusions au texte que le chevalier avait écrit pour tenter d’expliquer et justifier son goût pour le costume féminin!

  26. Duval Michel dit :

    Ci-joint, deux nouvelles récentes sur le traitement accordé aux transgenres au Canada, bien différent de celui qu’a du subir Frémonville en son temps !

    http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2015/05/16/001-personnes-transsexuelles-transgenres-reglement-faciliter-changement-sexe-nom-etat-civil-avancees-quebec.shtml

    http://ici.radio-canada.ca/regions/ontario/2015/05/31/005-religieux-transgenres-petition.shtml

    Annie, je suis toujours intéressé à recevoir votre article à duvalm@ireq.ca. Merci.

  27. Duval Michel dit :

    L’actualité apporte chaque jour de nouveaux cas de transgenres à la Fréminville.

    La plupart ont vu leur vie s’effondrer quand ils ont décidé de l’afficher publiquement (http://plus.lapresse.ca/screens/565278e8-35b9-4eed-8418-1638f5566c9b%7C_0.html)

    Une exception à la règle est le cas très médiatisé de Caitlyn (ex-Bruce) Jenner (http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2015/06/01/004-bruce-jenner-caitlyn.shtml)

    Fréminville aurait probablement eu la vie aussi difficile aujourd’hui qu’à son époque !

    • Annie dit :

      Oui, malheureusement, il semble que nos sociétés régressent à ce sujet, avec un retour aux valeurs traditionnelles de siècles passés.
      Si j’essaie de diffuser ma thèse sur Fréminville, c’est justement pour continuer à prouver (comme Fréminville avait tenté de le faire) que le penchant d’une personne à être transgenre n’altère en rien ses qualités individuelles ou sociales.
      Je ne suis pas transgenre moi-même mais j’essaie de défendre les libertés individuelles menacées (dans la mesure où elles ne nuisent pas à autrui, bien sûr).
      ps: j’ai essayé de vous envoyer par mail le texte du tiré-à-part publié par la société archéologique du Finistère, mais il y a un problème de spam ^^

      • Duval Michel dit :

        Merci beaucoup Annie. C’est à force d’en parler qu’on peut faire bouger les choses. Qui aurait dit il y a quelques années que l’Irlande ultra-catholique accepterait le mariage gai ?
        Pourriez-vous re-essayer de m’envoyer votre thèse à duvalmn@videotron.ca ? Mon adresse au bureau a probablement plus de barrières anti-spam. Si ça ne marche pas, je commanderai un tiré-à-part à la société archéologique.

  28. Michel Duval dit :

    P.Peron vient de publier un ouvrage intitulé « Colons et engagés aux Saintes du XVIIe au XIXe siècle » (voir le blogue du 12 décembre 2016 sur ce site, « Aux origines des patronymes saintois »).

    À partir des archives officielles des Saintes et de Guadeloupe, il y recense les familles ayant vécu aux Saintes pendant cette période, y compris à l’époque où Fréminville a visité l’île de 1822 à 1835.

    Aucune Caroline n’apparait dans ces archives. Cela confirme les recherches similaires effectuées sur Fréminville par Annie C., mentionnées par elle dans ce blogue en février mars 2015 (voir ci-dessus), et publiées sous forme de thèse de maîtrise dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère en 2014 (j’en ai une copie que je peux envoyer aux lecteurs intéressés, sur demande à duvalm@ireq.ca).

    Les conclusions de son étude sont qu’aucune Caroline n’a existé aux Saintes ou en Guadeloupe et encore moins s’est suicidée à l’époque de Fréminville, et que son histoire tragique est par conséquent une invention romanesque de Fréminville pour exprimer ses tourments intérieurs de transgenre, condition violemment rejetée par la société conservatrice de son époque, et qui commence à peine à être timidement tolérée aujourd’hui.

    L’histoire de Caroline racontée par Fréminville ne devrait donc pas être utilisée pour suggérer aux touristes de passage que les Saintes sont un endroit idyllique favorisant les rencontres amoureuses torrides. Mais plutôt pour souligner comment les Saintes ont pu inspirer un des grands écrivains méconnus du début du XIXe (Fréminville), à l’égal de Bernardin de St-Pierre et Flaubert, un pionnier du combat pour la reconnaissance des transgenres, avec près de deux siècles d’avance sur tout le monde.

    Également, comment les Saintes ont pu fasciner un génie aussi multiforme que Fréminville, archéologue, naturaliste, biologiste, hydrographe et militaire d’avant-garde, comme le souligne P. Peron dans son ouvrage.

  29. Michel Duval dit :

    Le pauvre Fréminville doit se retourner dans sa tombe, avec Trump qui s’en prend à nouveau aux transgenres comme lui, mis au ban de l’armée et de la société comme il y a 200 ans.

    • Annie Chassing dit :

      ps : à propos de haîku, je connais un très bon auteur qui cherche quelqu’un capable de traduire des haikus du français en créole : peut-être Raymond Joyeux pourrait-il l’aiguiller?

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