Quel avenir pour le collège des Saintes ?

À Terre-de-Bas, un futur lycée de la mer ? 

Collège TDB

Façade actuelle du collège de Terre-de-Bas – Photo R. Joyeux

Le 5 février 2017, Guadeloupe Première télévision (voir lien ci-dessous) a évoqué l’avenir du collège de Terre-de-Bas et son éventuelle reconversion en Lycée professionnel de la mer. Selon le présentateur de l’émission, les autorités compétentes des deux assemblées – régionale et départementale – se seraient mises d’accord pour étudier sérieusement cette éventualité, affiner et budgétiser le projet en vue d’une réalisation à venir. Il faut savoir en effet que les effectifs de ce collège ultra-moderne, conçu par un architecte saintois, se sont régulièrement amenuisés au fil des années, pour atteindre aujourd’hui le seuil de 28 élèves sur quatre niveaux de classes. Voici ci-dessous, le lien pour l’émission de Guadeloupe 1ère sur le sujet :
http://la1ere.francetvinfo.fr/guadeloupe/college-terre-bas-futur-lycee-mer-440589.html

À l’origine : un seul collège pour les Saintes

Initialement prévu pour 150 élèves, cet établissement départemental, inauguré le 7 août 1994, devait en principe accueillir les collégiens des deux îles, mais, la politique ayant fait son œuvre, jamais ce bel idéal n’a été pleinement atteint, chaque commune gardant sa propre structure. Celle de Terre-de-Haut occupa tant bien que mal jusqu’en 2001-2002 les locaux vétustes d’une antique caserne du bourg avant d’être transférée au Marigot dans une construction neuve rattachée au lycée Gerville-Réache et gérée par la Région. Ce qui était contraire à la loi sur la décentralisation de mars 1982, qui attribue à chaque collectivité territoriale ses responsabilités propres en matière d’enseignement : Région : lycées ; département : collèges ; commune : écoles primaires et maternelles.

Projet de construction du collège de Terre de Haut année 2000. Photo R.Joyeux

Aujourd’hui, les deux structures autrefois indépendantes sont désormais réunies en une seule administration dénommée Collège Archipel des Saintes, éclaté sur deux sites. Celui de Terre-de-Haut, dont la première pierre a été posée le 15 août 2000, reçoit de son côté 75 élèves, ce qui fait à ce jour, avec les 28 élèves de Terre-de-Bas un total de 103 collégiens pour l’ensemble des deux structures que dirige Mme Luce CASSIN.

Entrée du collège actuel de Terre-de-Haut au Marigot. Ph. R.Joyeux

Pour chacun des établissements, les effectifs se répartissent de la façon suivante :

Un peu d’histoire :
1992-2002

Absence de terrain à Terre-de-Haut

C’est le samedi 3 octobre 1992, à l’initiative d’Hilaire BRUDEY que se tient aux Saintes, à l’hôtel La Saintoise, une réunion entre M. Dominique LARIFLA, président du Conseil Général de la Guadeloupe, le maire de Terre-de-Haut, M. Robert JOYEUX et des parents d’élèves de la  commune. Le but de cette réunion est principalement de permettre au Président de l’Assemblée départementale de répondre aux questions de l’élu local et de la population, et de clarifier par la même occasion la position de son administration sur le projet d’implanter à Terre-de-Bas le futur collège des Saintes. Responsable de par la loi de décentralisation de la construction, du financement et de l’entretien des collèges, le Président LARIFLA explique que l’implantation de ce collège départemental, unique pour les deux îles, était initialement prévue à Terre-de-Haut où le premier embryon d’un CEG municipal avait vu le jour en 1965. Mais que, faute d’avoir obtenu de cette commune le terrain nécessaire remplissant les conditions adéquates pour ce type d’établissement, il a été décidé de choisir l’île voisine dont le maire, Alex Falémé propose un terrain répondant à toutes les normes de superficie, d’environnement et de sécurité.

Façade du CEG Jean Calo, premier collège des Saintes à Terre-de-Haut, en 1974 – Ph. R. Joyeux

La position du Président Larifla

À l’acharnement du maire de Terre-de-Haut qui envisage, pour proposer un terrain dans sa commune, soit de procéder à une expropriation, soit d’utiliser la saline du Marigot, le Président LARIFLA répond qu’il ne peut retenir ni l’une ni l’autre de ces solutions. Il précise en effet que la loi interdit d’une part l’expropriation pour les établissements d’enseignement et que, d’autre part, la Commission départementale de sécurité de l’Éducation nationale, ayant déjà procédé à l’analyse des terrains du Marigot, avait refusé son agrément pour ce site marécageux, interdit de construction. Ce à quoi, le maire, M. Robert JOYEUX répond que ce ne sont que de « petits détails » auxquels il ne faut pas s’arrêter… 

De petits détails – Dessin d’Alain Joyeux L’iguane 1992

Détails, rétorque M. Larifla, qui pourraient mettre en péril la vie des élèves et du personnel en cas de solifluxion lors d’un séisme majeur et d’engager ainsi la responsabilité des décideurs. De toute façon, conclut-il, Mme Ségolène Royale, Ministre de l’environnement, suite à la catastrophe de Vaison la Romaine (22 septembre 1992, 42 morts), vient d’ordonner aux Préfets d’interdire toute construction recevant du public dans les zones à risques. Sans compter, poursuit M. Larifla, que l’Éducation Nationale, à l’heure des compressions budgétaires, ne pourrait certainement pas pourvoir en postes deux collèges sur les Saintes. Et la réunion se termine sur l’annonce officielle et définitive faite par le Président du Conseil Général d’implanter à Terre-de-Bas le futur Collège des Saintes…

Au centre, la Saline, aujourd’hui asséchée, où est implanté l’actuel collège de Terre-de-Haut

La visite d’Édouard Balladur

Deux ans plus tard, en mai 1994, alors que le collège unique des Saintes vient de s’achever à Terre-de-Bas et qu’il attend son inauguration, voilà que débarque à Terre-de-Haut, le Premier Ministre de l’époque : M. Édouard Balladur. À cette occasion, l’incontournable journal L’IGUANE, support de nos informations, écrit en son n° de juin 1994 :
 » Dans le cadre de la campagne des prochaines élections européennes et peut-être aussi dans la perspective des présidentielles de 95, le Premier Ministre s’est rendu en Guadeloupe les 17, 18 et 19 mai dernier. L’occasion était trop belle pour Robert JOYEUX, maire RPR de Terre-de-Haut, appuyé efficacement par Mme Chevry, de recevoir le deuxième personnage de l’État à domicile… M. BALLADUR n’a pas manqué de jeter un pavé dans la mare qui n’a pas fini de faire des remous en annonçant le maintien du collège de Terre-de-Haut alors que le Département, en vertu de la loi de décentralisation, vient de terminer la construction d’un collège unique pour les Saintes. On comprend mal comment une personnalité si haut placée ait pu faire un tel affront aux décideurs du Conseil Général de la Guadeloupe et s’immiscer ainsi dans une affaire strictement départementale… D’aucuns pensent qu’une mauvaise connaissance du dossier ait pu abuser le Premier Ministre et beaucoup comprennent mal la finalité d’une telle déclaration… »  Robert JOYEUX, en tout cas ne cache pas sa satisfaction et c’est soulagé qu’il fait un pied de nez remarqué à son rival socialiste Dominique LARIFLA.

Édouard Balladur et Robert Joyeux aux Saintes le 19 mai 1994 – Ph. Bulletin municipal

Terre-de-Haut aura son collège

À cette date pourtant, (mai 1994) rien n’est encore joué. Mais le maire de Terre-de-Haut organise réunions sur réunions pour inciter ses administrés à refuser d’inscrire leurs enfants à Terre-de-Bas. Et, fort de sa victoire octroyée par Balladur, il écrit dans le Bulletin du 15 août 1994 : « Aujourd’hui, grâce à ma ténacité et à toutes mes interventions, nous sommes heureux et fiers d’avoir réussi que notre collège Jean Calo soit maintenu à Terre-de-Haut et que nos enfants continueront à suivre leur scolarité sans rupture prématurée de l’affection familiale. » 

« On nous mène en bateau » – Dessin d’Alain Joyeux – L’Iguane – novembre 92

Des familles récalcitrantes

N’empêche qu’à l’époque, passant outre menaces et chantage, de nombreuses familles de Terre-de-Haut – deux seulement aujourd’hui – persistent à envoyer leurs enfants à Terre-de-Bas, d’autant plus que le transport est gratuit et que le collège, récemment ouvert, offre des conditions d’enseignement et d’accueil autrement plus modernes et adaptées que celles des salles décrépites de la vieille caserne du Mouillage. Restait alors à savoir quel statut octroyer à ce qui subsistait du collège de Terre-de-Haut dont le Conseil Général refusait d’assurer la gestion.

L’intervention de Mme Michaux-Chevry

C’est alors qu’est intervenue la Présidente du Conseil Régional, Mme Lucette Michaux-Chevry (LMC), qui, encouragée par la déclaration de Balladur, proposa de rattacher la petite structure de Terre-de-Haut à un lycée de Basse-Terre, permettant ainsi à la Région d’en assumer la gestion. Bien plus, elle fit voter dans la foulée, par son administration, un budget pour la construction d’un établissement propre à Terre-de-Haut, sur le terrain controversé du Marigot, récusé naguère par le Conseil Général.

Et c’est ainsi que le 15 août 2000 LMC posait elle-même la première pierre de ce qui allait devenir étrangement « l’Unité Pédagogique de Terre-de-Haut rattachée au Lycée Gerville-Réache de Basse-Terre »Après plusieurs années de coexistence séparée, les deux établissements saintois finiront par s’unir, à l’instigation du rectorat, sous une seule et même tutelle, pour former l’actuel Collège Archipel des Saintes que nous connaissons aujourd’hui.

 23 ans après, quelle est la situation ?

Nous l’avons dit, vu l’effectif plus que réduit à ce jour de l’établissement de Terre-de-Bas, le problème se pose de savoir que faire de cette structure encore et toujours parfaitement opérationnelle, prévue à sa construction, rappelons-le, pour 150 élèves. Le projet d’une reconversion en Lycée professionnel de la mer, s’il se concrétisesupposera d’inscrire ailleurs la trentaine de collégiens de cette commune et d’affecter autre part les professeurs. Les parents d’élèves de Terre-de-Bas devront-ils une fois de plus se contraindre à exiler leurs enfants en Guadeloupe continentale ou à les envoyer comme il y a 50 ans à Terre-de-Haut, quitte à bénéficier de la gratuité des transports ?

Ou alors, autre solution, faudra-t-il construire sur place une petite unité pédagogique dépendant comme aujourd’hui de celle plus importante de Terre-de-Haut ? À moins que, suite à un modus vivendi qu’il resterait à définir, on envisage de faire cohabiter dans le même établissement un lycée de la mer pour des jeunes gens presqu’adultes et un collège d’enseignement secondaire pour ados et pré-ados même en très petit nombre… Autant d’interrogations auxquelles ne répond pas l’émission de Guadeloupe Première en dépit des intéressantes informations qu’elle fournit sur ce que pourrait être ce futur lycée de la mer de Terre-de-Bas et que je vous invite de nouveau à consulter sur le lien donné en haut de page.

Un vœu à formuler ?

Pour sauver le collège de Terre-de-Bas, donc tout simplement celui des Saintes, faudrait-il adhérer à cette conclusion de Guadeloupe 1ère, sachant que, selon nos informations, ni les enseignants, ni le personnel de service, ni les parents d’élèves n’auraient été à ce jour consultés sur le projet ? Voici le vœu formulé au terme du reportage de Guadeloupe Première :  à vous de donner votre avis.

« Ce n’est pour l’instant qu’un projet mais il a déjà les faveurs des présidents des deux collectivités majeures de la Guadeloupe. Ainsi, le collège de Terre de Bas pourrait devenir un lycée de la mer. Une façon aussi de mettre un terme à l’imbroglio des deux collèges des Saintes « .

Élèves de 6ème de Terre-de-Haut – Janvier 2017. Ph. R.Joyeux

 Je remercie tous ceux et toutes celles qui m’ont amicalement fourni les informations me permettant de vous présenter cette chronique, et par anticipation tous ceux qui par leurs observations, propositions et commentaires apporteront leur contribution à une réflexion sur ce sujet brûlant. Je remercie également les élèves de 6ème de Terre-de-Haut de m’avoir reçu dans leur classe et autorisé à les photographier pour ce blog.
Raymond Joyeux

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5 commentaires pour Quel avenir pour le collège des Saintes ?

  1. yves.espiand@sfr.fr dit :

    M‌on cher Raymond : que de nouveautés ce que je n’ai pas connu est déja dépassé;seul l’établissement scolaire de second degté excistait à Tere de bas derrièe le stade d’alors .Tant mieux si l’évolution est positive  Amitiés Y ves

  2. vonvon dit :

    un goût amer à la lecture de cet article: ce n’est pas le bien-être, le bien-étudier des enfants qui ont été la priorité dans cette affaire mais la politique politicarde d’élus qui en veulent encore plus et surtout être réélus en se servant de cette histoire. Le résultat est pourtant réel, les élèves des 2 îles obligés, de toute façon, de quitter leur commune pour aller en guadeloupe continuer leurs études alors qu’une concertation avec 1 collège jusqu’à un niveau et l’autre pour aller plus loin aurait été plus judicieux mais ça c’est une autre chose, ça aurait été pour le bien de tous et ce n’est pas le but des élus d’un certain parti en guadeloupe.

  3. Jean S Sahaï dit :

    Raymond tu es trop fort, tu le leur as bien mis ! Je poste de suite sur ma page Facebook.

    J’espère que tu vas bien depuis notre belle journée,

    Je souhaiterais avec ton épouse si elle est revenue t’inviter à déjeuner un dimanche à la Porte des Indes à St François, ou en semaine dîner à un restau indien de Jarry que je connais.

    Je me tâte pour trouver un nom d’asso, je voudrais bien que ça jaillisse d’un coup pendant que je me brosse les dents… Ayayaaay Asso ? Amitiés. Jean

    PS super bon du poisson si frais si goûteux ! Merci encore !

  4. Gwénola Gomez dit :

    Merci beaucoup pour ce billet très complet, si bien documenté. Je me permets de partager sur mon Facebook ainsi que de le garder precieusementon en archive. Gwénola GOMEZ. Enseignante de technologie sur Terre-de-Haut et Terre-de-Bas; également votre voisine de quelques pâtés de maison. J’espère avoir l’opportunité de vous rencontrer à l’occasion.

  5. Liliane CORBIN dit :

    Hélas, c’est bien trop souvent que les politiques ne tiennent pas leurs promesses. Ils sont bien trop préoccupés par leur ego !

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