Saison d’ouragans et de pluies…

LivreNous sommes au début du mois de juillet : l’hivernage est en route. Officiellement, à partir du 1er de ce mois, pour les autorités météorologiques françaises, a débuté la saison des ouragans dans l’Arc antillais. Une onde tropicale a traversé la Guadeloupe et ses îles le 30 juin et la première dépression est née le même jour sur la côte Est de la Floride. Nous devons donc nous attendre dans les semaines et les mois qui viennent à une recrudescence des pluies sur nos régions, même si les prévisionnistes ont annoncé pour cette année une saison cyclonique peu active. Aussi, j’ai choisi pour vous ce texte de l’écrivain haïtien Jacques Stephen Alexis, extrait de son premier roman Compère Général Soleil édité en 1955 dans la Collection L’Imaginaire chez Gallimard.

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alexis1Jacques Stephen Alexis est né le 22 avril 1922 à Gonaïves, dans le nord d’Haïti. Médecin, écrivain majeur de la Caraïbe, homme politique engagé, il s’est opposé très tôt à la dictature du président François Duvalier. En avril 1961, trahi alors qu’il avait débarqué clandestinement sur la côte Nord-Ouest d’Haïti, il a été arrêté par des miliciens à la solde du régime, torturé et exécuté à 39 ans avec ses compagnons. De nombreuses informations sur cet auteur et son œuvre sont visibles sur Internet. Vous pouvez à loisir les consulter pour vous faire une idée plus complète de la biographie et de l’importance d’un des plus grands écrivains haïtiens.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Stéphen_Alexis

Raymond Joyeux

L’arrivée de la pluie

couleedeboue - copie » Dehors la pluie s’abattit d’un seul coupL’énorme bête de la pluie aux pattes de verre marche sur Carrefour et déjà, là-bas, à Port-au-Prince. Sur la route, l’eau roule, sale, bouillonnante dans les rigoles. La terre tout à l’heure encore assoiffée par le soleil boit tout son saoul une boue liquide. La pluie claque sur les toits en stries serrées. L’air est plein de vibrations sonores. Les parois de l’horizon deviennent jaune sale, malgré les rideaux de pluie claire. Le vol lugubre et lourd des nuages qui fondent et accourent, sans cesse renouvelés, font au ciel d’immenses ouangas (1) maléfiques de lugubres fétiches de plomb noir. Là où les fourmis ont fait leur demeure, la lave de boue a tout ravagé. Seul l’insecte qui a la fortune d’un brin d’herbe aura peut-être pu survivre au déluge. Toute goutte de vie animale est à la merci de la pluie velue. La pluie impitoyable qui lance ses flèches d’eau.

arbresLes arbres offrent leurs branches à l’ondée et chaque radicelle boit la soupe qui pénètre la terre. Les feuilles se dressent sous la douche pour retomber sous le poids. L’éclair fugace et doré dessine au ciel des arbres morts de fantasmagorie, aux branches tremblantes et folles. Alors la voix énorme de l’orage se fit entendre. L’air s’emplit de l’odeur piquante de la foudre. La pluie redouble. Les crabes « mal-z’oreilles » sortent de la terre laguneuse. Les enfants courent, nus, pour les capturer, dans les rires et dans les cris, dans le piaffement furieux de la pluie qui fait une sensation chatouilleuse en coulant le long de la raie du dos.

images-1Les grands herbages couchés de la pluie sont des fouets sur le corps. Le piaillement désespéré d’un poussin détrempé, vacillant qui a perdu sa mère poule. La Gonave, fumante de brumes, au milieu de la mer au poil hérissé, sous la fusillade des gouttes. Le ventre bosselé d’un nuage, gonflé de larmes, de râles et de sueurs. La lutte désespérée d’un cancrelat, sur la souche dénudée par la herse de la pluie… Les pattes-mâchoires crispées sur la racine. Les dents de la pluie labourant la terre, chassant les pierres, lavant le sable. Chaque motte de terre a la chance de sa gorgée d’eau, chaque graine, la certitude du bourgeon, chaque racine, son bain de fraîcheur.

La mitrailleuse de la pluie contre chaque fleur, chaque graine de pollen nageant dans l’eau bénite.
Les parfums mouillés…
L’abeille transie, alourdie d’eau et de sucs, trébuche…
Demain plus de fleurs feront plus de ruchers…
Noble et théâtral est le baryton des crapauds…

orage-2 - copieMais les pleureuses du ciel s’épuisent. L’éclair doré darde encore quelques langues de feu, puis des salves de canon partent en plein ciel. Le froissement timide de la forêt de pluie s’évanouit au ralenti. Encore des gouttes éperdues. Le rétablissement du cancrelat sur sa racine. L’artillerie lourde du ciel qui tonne de nouveau. L’odeur bleue de l’ozone… Le cuicuitant triomphe du poussin sous le ventre maternel. L’oiseau décoché dans les mailles relâchées du réseau de pluie. Les déchirures gros bleu du ciel… La nature lessivée et luisante sous le rayon propre et tremblant du soleil qui se faufile comme un regard de femme en mal. La respiration plus libre de tout ce qui vit et palpite. L’éclat de verre de l’azur. Le luisant de jade des frondaisons. Puis le brusque allongement du cou du soleil qui nettoie le ciel et secoue sur le paysage sa crinière blonde.

L’éclat de rire du vent…

Grand gosierLe grand-gosier s’élève avec calme sur la mer, pour l’agape vespérale de petits poissons frétillants. L’électricité languis-sante de l’air qui jette un dernier feu de silex. La grêle de gouttes chutant des arbres à chaque respiration du vent. Le cheval dans la prairie frappe du sabot, hennit et se gratte le poitrail d’un coup de tête. Ça sent l’amour ; toutes les fleurs baillent leurs parfums. Alors, les fuseaux des jambes de la petite marchande de fruits dorés ouvrent et ferment leur compas sur l’asphalte moiré, son cri fuse, clair et vermeil : « Voilà les mangots cornes… Voilà la douceur qui vient ! »
Bientôt les gens sortirent, les yeux au ciel, le bras horizontal, à la recherche d’impalpables gouttes. « 

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Jacques Stephen Alexis (1922-1961)

(1) ouanga : objet ou ensemble d’objets doués d’un pouvoir envoûtant, maléfique.
Par extension, sorcellerie, maléfice
.

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L’archipel des Saintes : cinq siècles d’histoire

Karoucaera : une appellation amérindienne

carte_des_AntillesLes îles de la Caraïbe n’ont pas attendu l’arrivée de Christophe Colomb pour avoir un nom. Les Amérin-diens avaient baptisé chacune d’elles en fonction sans doute d’une caractéristique géographique particulière. L’archipel des Saintes n’a pas fait exception à la règle : les Callinagos l’avaient nommé Karoucaéra, une appellation proche de Karukéra qui désigne la Guadeloupe proprement dite, et qui signifie L’île aux belles eaux.  Des fouilles archéologiques récentes entreprises à Terre-de-Bas attestent d’un séjour temporaire des Caraïbes dans cette île moins de 300 ans avant l’arrivée des premiers occupants européens.

 Découverte et colonisation

4 novembre 1493 : A son deuxième voyage aux Amériques, le navigateur génois aperçoit au large de Marie-Galante un groupe d’îles disparates. Nous sommes dans l’octave de la Toussaint. Sans chercher plus avant, il les baptise tout simplement Los Santos. Ce n’est que plus tard, le féminin l’emportant pour une fois sur le masculin, que Los Santos deviendront Les Saintes. 3103-Monument-Terre-de-Haut-Les-Saintes18 octobre 1648 : À la tête d’une trentaine d’hommes et du R.P. Mathias de Puy, le commandant du Mé, sur ordre du Gouverneur Houel, débarque à Terre-de-Haut. Ils y plantent « La Croix du Rédempteur ». Cette première occupation tourne court à la suite d’une sécheresse. 1652 : Seconde et définitive occupation conduite par Hazier du Buisson. La population n’excède alors guère 50 personnes. Les îles sont mises en culture. Terre-de-Bas, plus humide, est davantage exploitée que sa voisine. 1653 : Les colons subissent une attaque des Caraïbes de la Dominique repoussée par les hommes de L’Etoile, navire de combat dépêché sur place. 13 septembre 1659 : La Guadeloupe est partagée. Les Saintes deviennent la propriété du Gouverneur Houel. 1664 : L’archipel est acheté par Colbert au nom du Roi puis rattaché dix ans plus tard, avec la Guadeloupe, au domaine royal.

Batailles navales à répétition entre Français et Anglais pour la possession de l’archipel

calo15 août 1666 : Après la destruction le 2 août de deux navires français en rade de Terre-de-Haut par lord Willougby, les Anglais, malmenés par un cyclone dans la nuit du 4 au 5 août, sont défaits par les hommes de la garnison des Saintes commandée par Dulion. Un Te Deum est chanté en l’église de Terre-de-Haut le 15 août. Cet événement est commémoré chaque année à l’occasion de la fête patronale de Terre-de-Haut. 1759-1763 : La Guadeloupe et ses dépendances sont sous le contrôle des Anglais avant de redevenir françaises suite au premier Traité de Paris. 1777 : Début de la fortification des Saintes sur ordre de Louis XVI.

L'amiral De Grasse, commandant la flotte française

L’amiral De Grasse, commandant la flotte française en 1782

12 avril 1782 : La Bataille des Saintes. Date capitale dans l’histoire de l’archipel, ce 12 avril 1782 voit la victoire, dans le Canal de la Dominique, de la flotte anglaise de l’amiral Rodney sur les vaisseaux français commandés par le Comte De Grasse. Cette mémorable défaite française aura pour conséquen-ce, 20 années durant, la suprématie britannique sur les Français dans le guerres de conquête et d’occupation des îles d’Amérique que se livraient les deux grandes puissances maritimes de l’époque. 9 avril 1794 : Les Anglais occupent à nouveau les Saintes qu’ils quittent provisoirement en 1802. 14 avril 1809 : Autre grande date mémorable de l’histoire maritime saintoise, l’exploit légendaire de trois habitants de Terre-de-Haut : l’aubergiste Jean Calo et ses deux comparses, Cointre et Solitaire, qui réussissent à faire s’échapper de nuit par la passe de La Baleine trois vaisseaux français bloqués en rade des Saintes par la flotte anglaise. Ce haut fait controversé ne change rien à la situation de l’archipel qui restera occupé par les Britanniques jusqu’au 30 mai 1814. Il existe plusieurs versions de cet événement dont certaines  atténuent l’exploit personnel de Jean Calo, lequel aurait gagné la terre ferme à la nage alors que, semble-t-il, il ne savait pas nager !

 1816 : Les Saintes deviennent définitivement françaises.

 carte des saintes

1822 : Tragique histoire d’amour entre la créole Caroline et le Chevalier de Fréminville. Ce dernier, embarqué sur La Néréïde en escale aux Saintes, s’éprend de la jolie jeune fille, elle même en villégiature à Morel, un morne dominant la baie du Marigot. Après une première rencontre particulièrement romantique, le marin promet de revenir. Mais son navire tarde à toucher les Saintes. Caroline se noie de chagrin, laissant au désespoir son prétendant qui finira ses jours à Paris, à demi fou, se déguisant en femme. Voir la chronique sur ce sujet  et ses nombreux commentaires : https://raymondjoyeux.com/2014/04/10/amour-tragique-aux-saintes-en-1822/

1844-1867 : Construction du Fort Napoléon. 1851-1856 : Edification d’un pénitencier à l’Ilet à Cabris et d’une prison de femmes au bourg de Terre-de-Haut. 1865-1866 : Une épidémie de choléra asiatique s’abat sur les Saintes. À Terre-de-Haut, plus de 100 personnes, soit un sixième de la population, sont emportées entre novembre 1865 et février 1866.

Batiments ilet1871 : Le pénitencier de l’Ilet à Cabris, dévasté par un cyclone, est transformé en lazaret de quarantaine pour accueillir les engagés asiatiques venus remplacer les esclaves dans les plantations de la colonie, à la suite de l’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848. 9 août 1882 : Jusqu’à cette date, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas ne forment qu’une seule commune. À la demande des conseillers municipaux de Terre-de-Bas et sur proposition de l’unique maire, Jean-Pierre LOGNOS, un décret du Ministre de la Marine et des Colonies, paraphé par le Président de la République Jules Grévy, prononce la séparation des deux îles saintoises en deux communes distinctes. Les communes distinctes de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas sont créées. 1889-1890 : La garnison des Saintes quitte définitivement l’archipel, laissant inoccupées casernes et fortifications. 1928 : Le terrible cyclone qui dévaste la Guadeloupe le 12 septembre n’épargne pas les Saintes. De nombreuses habitations ainsi que la mairie en bois sont totalement détruites. Les archives communales sont dispersées et perdues. 1934 : Création du premier syndicat des marins-pêcheurs des deux îles, L’Union Fraternelle, à l’initiative de Paul-Émile Joyeux.

magloire ret - copie1er mai 1936 : Création à Terre-de-Haut par le Père Georges Magloire, premier prêtre saintois, né à Terre-de-Bas en 1901, d’une école presbytérale destinée à former les prêtres du diocèse de la Guadeloupe. Cet établissement sera transféré à Blanchet, commune de Gourbeyre. Il deviendra collège privé d’enseignement général en 1950 puis Lycée professionnel. 1939-1945 : C’est la guerre en Europe. La Guadeloupe est aux ordres de Vichy, sous la férule du Gouverneur Sorin. De nombreux jeunes Guadeloupéens souhaitent quitter les Antilles pour participer aux combats aux côtés du général de Gaulle. A mi-chemin entre la Guadeloupe et la Dominique, les Saintes sont tout indiquées pour un embarquement clandestin vers les Etats-Unis et l’Angleterre via l’île anglaise. Terre-de-Haut devient alors le point de ralliement des dissidents de la Guadeloupe. À ces futurs combattants, se joignent près de 30 jeunes Saintois, partant de nuit sur des canots à rames. Quelques officiers du croiseur Jeanne d’Arc, consigné à quai à Pointe-à-Pitre, sont de ces convois nocturnes, obligeant parfois les propriétaires de canots à les conduire de force à la Dominique, sous la menace de leurs armes. Pour plus d‘informations sur le sujet, ouvrir le lien ci-dessous : https://raymondjoyeux.com/2014/01/29/la-dissidence-saintoise-pendant-la-guerre-de-39-45/

Conseil municipal 1937 Coll Catan

Conseil municipal élu en 1937 –  Coll Catan

14 mars 1941 : Le conseil municipal de Terre-de-Haut élu en 1937 est destitué et remplacé par une assemblée nommée par le Gouverneur Sorin. Elle a à sa tête un  dénommé Louis de Maynard, notable créole d’origine martiniquaise. 1942 : Le photographe guadeloupéen Adolphe Catan, fait construire à Terre-de-Haut le célèbre « Bateau des Iles » qui deviendra propriété de la commune en 1958 en vue de servir de résidence au médecin de l’île. 1945  :  C’est la Libération. Théodore Samson, (avec l’écharpe sur la photo), retrouve son fauteuil de maire, entouré de ses conseillers. 1946 : La Guadeloupe et ses dépendances deviennent département français d’outre mer. Les deux communes de l’archipel forment alors le canton des Saintes qui élira son premier conseiller général, le docteur René Germain, originaire de Terre-de-Bas. 1951 : Installation du premier groupe électrogène à Terre-de-Haut et fin des travaux du dispensaire qui sera inauguré deux ans plus tard.

gendarmeriePâques 1957 : Incident dramatique à la gendarmerie de Terre-de-Haut : le maire Théodore Samson décède dans les locaux de la brigade à la suite de l’arrestation de son neveu mineur pour une peccadille. Les Saintois s’en prennent aux gendarmes et bombardent le bâtiment de cailloux et de conques à lambi. Plusieurs d’entre eux, principalement parmi les frères Pineau, sont interpellés le lendemain et conduits menottés, sur un bateau de la marine nationale, à la maison d’arrêt de Basse-Terre. Cet épisode marquera longtemps les esprits. Le premier adjoint, Georges Azincourt devient maire en remplacement de Théodore Samson, avant de mourir prématurément lui-même en décembre 1962 des suites d’une opération chirurgicale. Il est remplacé par Eugène Samson, 2ème adjoint au maire qui sera légalement élu en 1965. 15 Août 1958 : Inauguration du premier groupe scolaire en dur de Terre-de-Haut, construit à la place des vieilles classes en bois du Mouillage présentes sur la photo ci-dessous.

Écoliers devant les écoles. Début 20 ème siècle

Écoliers saintois devant les bâtiments d’école. Début 20ème siècle

Février 1965 : Parution du premier N° du mensuel saintois d’information L’ÉTRAVE, animé par Raymond Joyeux, Georges Vincent et le docteur Yves Espiand. Cinq numéros paraîtront de février à juillet 1965. 1966 : L’Étang Bélénus, face à la plage de Grand’Anse, est comblé par le SMA. Une piste d’atterrissage de 600 mètres reçoit les premiers avions de la compagnie Air-Guadeloupe. 1967 : Escale inattendue du paquebot France en baie des Saintes. Les salles de l’ancienne caserne du Mouillage accueillent pour la première fois les élèves du secondaire des deux îles. Ce CEG municipal portera le nom de Jean Calo.

Des années 70 à 2014

1970 : L’explosion touristique conduit à la création des premiers hôtels sur le sol saintois.

Hôtel Kanaoa à Coquelette

Hôtel Kanaoa à Coquelette, l’un des premiers construits à Terre-de-Haut.

Mars 1971 : Une nouvelle municipalité est élue avec à sa tête le docteur René Germain.  1972 : La baie de Petite Anse est à son tour comblée. Le terre-plein ainsi obtenu accueillera la première maison des jeunes et de la culture. Un court de tennis et une piscine d’eau de mer sont aménagés à proximité. Installation d’une petite usine de dessalinisation de l’eau de mer dans le bourg. 1974 : Création d’un syndicat d’initiative à Terre-de-Haut et mise en valeur du Fort Napoléon par le Club du Vieux Manoir relayé depuis par une association locale, l’ASPP. 1983 : Un câble électrique sous-marin relie les Saintes à la Guadeloupe. Cette réalisation d’EDF-Guadeloupe est une première mondiale pour la distance couverte et la profondeur des installations.

jardin FN1984 : Création  du Musée historique et culturel du Fort Napoléon et du Jardin Exotique parrainé par les Jardins botaniques de Monaco et de Nancy. L’ensemble est entretenu, enrichi et géré par l’ASPP. (Association Saintoise de Protection du Patrimoine) Les visiteurs affluent et leur nombre augmente d’année en année. 1985 : Mise en service de l’unité de dessalement de l’eau de mer à Morel. Les Saintois bénéficient pour la première fois de l’eau courante. l'iguaneDécembre 1989 : Création du groupe politique d’oppo-sition L’œil de l’iguane et parution du premier N° de son mensuel L’IGUANE sous la direction de Raymond Joyeux. Ce journal comptera 28 numéros de 8 pages A4 chacun et paraîtra jusqu’en juillet 1993. D’autres publications allégées de la même mouvance prendront la relève par la suite. 1992 : Déficit communal record sous l’administration de Robert Joyeux, élu maire en 1977 et réélu successivement en 1983, 1989 et 1995. Terre-de-Haut est championne de France du déficit communal par tête d’habitants. Les taxes locales augmentent de 400% sur injonction de la Chambre Régionale des Comptes et du Préfet. Elles n’ont pas baissé depuis. 1994 : Les Saintes sont reliées à la Guadeloupe en eau potable par canalisation sous-marine, à l’initiative du Conseil Général. Le problème de l’eau est définitivement résolu  pour les deux îles à partir de cette date. Voir l’historique de ce problème en cliquant sur le lien ci-dessous : https://raymondjoyeux.com/2013/12/18/leau-aux-saintes-un-epineux-probleme-aujourdhui-resolu/

1995 : Inauguration du Collège départemental de Terre-de-Bas. Terre-de-Haut conserve néanmoins le sien dans les salles vétustes de l’ancienne caserne du Mouillage. Elle attend la construction d’un nouvel établissement. 1999 : L’équipe de football, l’AJSS, gagne la Coupe de Guadeloupe. Elle sera la première équipe saintoise à être sacrée championne de division d’honneur départementale en 2012 pour redescendre en seconde division en 2013-2014.

foot

2000 : Démission forcée du maire Robert Joyeux pour gestion calamiteuse sans suite judiciaire. Il est remplacé par son adjoint Louis Molinié. Les Saintes sont résolument tournées vers le tourisme : le cap des 300 000 visiteurs par an est franchi. Mars 2001 : Louis Molinié est élu maire de Terre-de-Haut. Fred Beaujour de Terre-de-Bas. 9 juillet 2002 : Création à TDH de l’association Les Saintes Jazz Festival sous la conduite de Claude Décator, bassiste et professeur de musique au collège des Saintes. Plusieurs manifestations musicales de haut niveau sont programmées jusqu’à fin 2003. 2003 : Le nouveau collège de Terre-de-Haut voit le jour au Marigot. L’ensemble des deux établissements, englobant celui de Terre-de-Haut et celui de Terre-de-Bas porte le nom de Collège Archipel des Saintes.

Église de Terre-de-Bas après le séisme de 2004

Église de Terre-de-Bas suite au séisme de 2004

Dimanche 21 novembre 2004 : Un violent séisme de magnitude 6,3 sur l’échelle de Richter secoue les Saintes et le sud de la Guadeloupe à 8 heures 43. D’importantes répliques durent toute la journée et s’échelonnent sur plusieurs mois. Terre-de-Bas est la plus touchée. De nombreux bâtiments publics et privés sont fissurés ou détruits dans les deux îles. 2007 : Hilaire Brudey est élu Conseiller Général. Il sera le premier Saintois à cumuler les deux fonctions électives de Conseiller Général et Régional du Canton des Saintes. 2012 : Grâce aux aides de l’Europe, de l’État et des diverses collectivités territoriales, les bâtiments publics touchés par le séisme de 2004 sont reconstruits aussi bien à Terre-de-Haut qu’à Terre-de-Bas.

Mars 2014 : Louis Molinié est réélu maire de Terre-de-Haut. Emmanuel Duval  remplace Fred Beaujour à la tête de la municipalité de Terre-de-Bas. La place du Plan d’eau à Terre-de-Haut devient opérationnelle après plusieurs années de travaux. Voir lien ci-dessous : https://raymondjoyeux.com/2014/05/14/terre-de-haut-la-place-du-plan-deau-enfin-operationnelle/

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Raymond Joyeux

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À la vitesse de la lumière

La girouette de Spinoza

books À l’heure où les lycéens français de Terminale ES ont eu à plancher sur le sujet suivant de philosophie : Suffit-il d’avoir le choix pour être libre ? je leur conseillerai, en manière d’illustration a postériori, la lecture du livre de l’écrivain espagnol Javier Cercas, né à Caseres en 1962,  À la vitesse de la lumière, roman publié en France chez Actes Sud en 2006, et paru en poche en novembre 2010. C’est un livre relativement ancien mais qui fut très remarqué à sa sortie et que j’ai acquis par pur hasard pour 50 centimes d’€uro en fouinant l’été dernier dans les rayons d’une librairie d’Emmaüs au Creusot, en Saône et Loire où je passais une partie de mes vacances.

 En parlant de hasard, ce livre de Javier Cercas montre justement comment les rencontres que l’on fait peuvent faire basculer une vie, l’orienter dans un sens ou dans un autre et que ce basculement s’avère souvent heureux ou tragique pour soi et pour les autres surtout s’ils vous sont proches. Que finalement, selon l’auteur, le hasard de ces rencontres est le moteur premier de l’existence. Que l’on n’est, au bout du compte, nullement maître de sa propre destinée et que les choix en apparence libres que l’on opère la conditionnent en grande partie sinon totalement. Rappelons-nous la célèbre allégorie de la girouette de Spinoza qui croit tourner de sa propre volonté alors que c’est le vent qui la meut et la dirige.

Une réflexion sur la guerre et ses conséquences

Mais ce livre n’est pas seulement un constat implacable des conséquences de ces rencontres fortuites sur le cheminement existentiel. C’est aussi une réflexion sur la guerre et les séquelles irréversibles qu’elle laisse dans le corps et l’esprit de celui qui en a réchappé. En l’occurrence un vétéran de la guerre du Viêt-Nam avec lequel le narrateur sympathise et partage réflexions et souvenirs.

Scène de la guerre au Viet Nâm  - Doc. Le Devoir Montréal

Scène de la guerre au Viêt Nam – Doc. Le Devoir –  Montréal

Un livre sur l’amitié et la force de l’écriture

9782213599151-G_1Rejoignant les considérations de son compatriote Juan Goytisolo rassemblées sous le titre La forêt de l’écriture (Fayard 1997), et le non moins célèbre essai de l’Argentin Alberto Manguel : Une histoire de la lecture (Actes Sud 1998), le livre de Javier Cercas est également une réflexion sur l’écriture. Le poids irrépressible de l’imaginaire et de l’écrit face à la légèreté supposée de la réalité. Son côté dérisoire en même temps que sa nécessité quasiment vitale. Sur le rôle de l’écrivain dans la cité. Sur ce qu’il doit ou ne doit pas raconter. Sur les risques encourus en cas de trop grande célébrité. L’auteur fait un parallèle convaincant entre le mal occasionné par la guerre et celui qui découle du succès enivrant, littéraire ou artistique, de l’écrivain, du peintre ou du musicien. Mal qui finit le plus souvent par détruire celui qui le vit ou l’expérimente. C’est enfin un livre sur l’amitié, extrêmement fort, dans un style sans concession qui va toujours à l’essentiel, sans fioriture ni sentimentalisme.

Le Que sais-je ? de Montaigne

En conclusion, le narrateur, donc sans doute l’auteur (car il s’agit vraisemblablement d’une autofiction comme on dit aujourd’hui), semble n’avoir aucune certitude sur ce qu’il dit, fait ou pense. Il ponctue prudemment en permanence ses allégations et ses réflexions de « je ne sais pas », de « peut-être ». Ce qu’il raconte de sa vie, de son amitié, de son état d’apprenti-écrivain d’abord, d’auteur à succès ensuite, laisse voir qu’on est tous pris à des degrés divers dans un tourbillon que l’on peut difficilement maîtriser et que les événements se succèdent et s’enchaînent, malgré nous, à la vitesse de la lumière, nous laissant souvent désemparés, sinon complètement détruits. Un seul espoir cependant :  l’écriture. Écrire pour tenter d’échapper à l’enfer, ce qu’en réalité peu de gens peuvent ou savent faire. Mais c’est là un point de vue d’écrivain que l’on n’est pas forcé de partager entièrement et que l’on peut en tout cas discuter.

Doc. Journal Sud-Ouest

Alain-J. Rudefoucauld – Doc. Journal Sud-Ouest

Néanmoins, à vous, chers lecteurs, à vous étudiants qui venez de passer le Bac et qui avez « choisi librement » de traiter la question du choix et de la liberté, je ne saurais trop conseiller la lecture de ce livre que vous aimerez à coup sûr, les uns et les autres…,  si tant est que vous fassiez vôtre ce propos de l’écrivain Alain-Julien Rudefoucauld, propos exprimé dans une interview au quotidien Libération : « Jai toujours pensé que la littérature est un des meilleurs moyens, sinon le meilleur, de modifier le rapport que les personnes ont au monde. Pas comme thaumaturge, en sollicitant une réflexion, une pensée chez le lecteur. »

Contrairement aux écrits de certains auteurs à la mode, vite lus, vite oubliés, qui sont davantage, selon moi, de l’ordre du passe-temps, peut-être efficace et agréable en tant que tel, mais souvent de nature superficielle et finalement sans portée affective ou métaphysique véritable, ce livre de Javier Cercas vous apportera beaucoup sur le plan émotionnel et alimentera votre réflexion et votre expérience sur la nécessité de l’écriture, (et de la lecture), la folie des hommes, l’amitié salvatrice, le sens de la vie…

                                                                                  Raymond Joyeux                                                                                                                                                                         

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Un voyage scolaire à la Dominique

ET971-9_2014_PFLe Collège privé catholique Saint-Joseph de Cluny de la Jaille, sur la commune de Baie-Mahault en Guadeloupe, a toujours été à la pointe du renouveau scolaire et des activités pédagogiques originales. Chaque année, des manifestations intra muros, culturelles ou sportives, et des sorties de classes en Guadeloupe-même, en métropole ou à l’étranger, permettent aux élèves, tous niveaux de classes confondus, de confirmer et d’enrichir leurs connaissances linguistiques et de se confronter à des réalités géographiques, historiques, environnementales et culturelles autres que les leurs.

 Une panoplie d’expériences pédagogiques originales

Parmi les expériences vécues et voyages organisés ces dernières années par le collège de la Jaille, on peut citer entre autres :

. Rencontres avec des auteurs locaux suite à l’étude d’une de leurs œuvres . Sorties théâtrales et musicales . Organisation d’olympiades . Voyages aux Saintes, au Canada et à Vars dans les Hautes Alpes françaises . Voyage linguistique à Trinidad . Voyage historique à Paris et en Bourgogne sur les traces de l’abolition de l’esclavage avec   Anne-Marie Javouhey, fondatrice de la congrégation Saint-Joseph de Cluny . Stages en entreprises . Journées du goût…

Voyage en Bourgogne sur les traces de l'Abolition de l'esclavage - Mai 2013

Voyage en Bourgogne sur les traces de l’Abolition de l’esclavage – Mai 2013

Autant d’initiatives prises le plus souvent par les collégiens eux-mêmes, coordonnées par la direction et le corps professoral et soutenues par l’Association des Parents d’Élèves (L’APEL), qui, ni les uns ni les autres, ne ménagent jamais leur peine ni leur engagement pour finaliser, accompagner et encadrer ces expériences enrichissantes pour tous à plus d’un titre.

De l’intérêt des sorties pédagogiques

IMG_6559 - copieSelon un des professeurs d’histoire de l’Établissement, Madame Myrianne Séverin-Rancé,  » Les voyages péda-gogiques constituent pour les élèves un réel dépaysement et un moment privilégié d’apprentissage de la vie collective. Ils leur permettent de s’ouvrir sur les autres, de découvrir des cultures différentes et leur apprennent à être plus tolérants. C’est aussi l’occasion de bousculer la pédagogie traditionnelle, surtout pour ceux qui sont en difficulté. Les relations entre élèves, mais aussi entre élèves et enseignants, évoluent de manière très positive lors de la réalisation concrète d’un voyage. Les jeunes sont souvent plus actifs, donnent moins l’impression de « subir » leur enseignement. Les enseignants sortent de l’image désincarnée que les élèves ont d’eux, pour se montrer sous un jour plus humain. Les échanges sont plus riches, le travail plus constructif… »

  Mai 2014 : la Dominique

dominicaCette année 2014, du 27 au 30 mai, profitant des congés cumulés de la commémoration de l’abolition de l’esclavage et de l’Ascension, ce sont les élèves d’une classe de 3ème qui ont organisé un voyage à la Dominique. Leur choix a été guidé par la proximité géographique de cette île de la Caraïbe, insuffisamment  connue, selon eux. Il leur a paru en effet important que les jeunes qu’ils sont puissent découvrir le patrimoine de ces îles qui font partie, comme la leur, des Antilles. Ils ont estimé qu’ils se devaient d’avoir connaissance de la richesse culturelle et de la beauté environnementale de ces terres et de leurs populations avec lesquelles ils partagent un passé commun. Comme objectifs pédagogiques, ils se sont fixé la découverte des forêts et rivières, excellents supports ludiques et de plein air pour un travail approfondi en géographie et sciences naturelles ; l’exploitation des particularités linguistiques locales pour améliorer leurs compétences en Anglais et faire la différence entre créole guadeloupéen et dominicais ; le contact avec la nourriture, les mœurs et coutumes des habitants pour une plus grande ouverture aux autres… www.authentique-dominique.com/

IMG_6616 - copieEn un mot, forêts tropicales primitives, volcans, chutes d’eau, faune et flore, randonnées quotidiennes et vie en communauté ont accru leur engouement pour ce voyage qu’ils ont tenu à mettre eux-mêmes sur pied en prenant les contacts nécessaires tant du point de vue financier, administratif et douanier que pour les transports multiples et l’hébergement, visant à la réussite optimale de leur entreprise extra-scolaire. Des actions ponctuelles ont été nécessaires au préalable pour récolter en amont les fonds nécessaires à l’organisation de ce voyage : vente de gâteaux, mises en cabas, sollicitation des entreprises et des instances communales, départementales et régionales pour l’obtention de subventions, actions auxquelles s’est ajoutée la générosité des parents et amis. Voici un extrait de la demande faite au Conseil régional par les deux déléguées de classe, Ingrid et Anaïs :  » Si nous sollicitons votre aide, c’est parce que la Dominique étant une île restée sauvage et intimiste, le prix du séjour se révèle hors de notre budget. C’est pour cette raison que nous souhaitons une participation financière de la Région sans laquelle la sortie ne serait pas abordable pour tous les élèves de notre classe. Or si nous faisons ce voyage c’est pour que la totalité de la classe puisse partager ensemble une expérience formidable et une découverte de la Dominique inoubliable. »

Des témoignages éloquents

Un hôtel superbe

Mieux qu’un compte-rendu impersonnel de ma part, les témoignages suivants des élèves vous confirmeront le bien fondé de cette sortie :

IMG_6507 - copie« Coucou, nous sommes allés pendant trois jours dans une merveilleuse île : la Dominique. Nous avons passé nos nuits dans un hôtel, le Fort Young. C’est un hôtel magnifique, spacieux et accueillant. Le personnel était souriant, sympa, joyeux et de bonne volonté. La chambre dans laquelle nous logions était splendide. Une chambre de luxe et originale. Les différents repas, dominicais, anglais et créoles, étaient délicieux. L’hôtel est situé à Roseau, au bord de la mer avec une vue superbe. L’île est propre et les magasins vendent de belles choses. On a découvert les rivières Ti Tou Gorge, Trafalgar Falls et Emerald Pool ainsi que le volcan la Soufrière. Les lieux sont extraordinaires et extrêmement sublimes. » Iléana et Jessica.

Le Sheppee Fun Tours

DSCN9172 - copie« Personnellement, j’ai vraiment apprécié d’être à la Dominique. La ville de Roseau a l’air aussi familier que Pointe-à-Pitre. L’hôtel Fort Young est agréable ainsi que la vue sur l’horizon. Le Sheppee Fun Tours, l’attraction principale du voyage, fut un bon moment. Le circuit en autocar nous a permis de voir les paysages et le relief de l’île. L’arrière-pays est encore naturel. Il n’y a pas d’aménagements détruisant le paysage et l’on admire les immenses mornes et la forêt. Les différents arrêts nous ont permis d’admirer le Ti Tou Gorge parcouru par Orlando Bloom lors du tournage des Pirates des Caraïbes. On a pu plonger dans la rivière et admirer la Gorge. L’arrêt à Trafalgar Falls nous a permis de nous baigner dans une rivière de source chaude contrairement à celle de Emerald Pool, particulièrement fraîche, avec sa cascade sous une voûte rocheuse. Pour ne rien vous cacher, les guides étaient agréables et soucieux de leurs clients. » Axel 

En conclusion : une sortie inoubliable

« Grâce à SHEPPEE ( notre guide dominicais ), nous avons découvert l’Île de la Dominique dans toute sa splendeur. Nous avons vécu une expérience inoubliable au cœur de forêts verdoyantes, le tout dans une ambiance festive et joyeuse. Sheppee a été à notre écoute tout au long des activités. Et comme le chante Bob Marley : »Cause every little thing is gonna be alright. » Anaïs et Camille

« De sa personnalité très sympathique à son immense sens de l’humour, SHEPPEE nous a fait découvrir de magnifiques paysages tout en restant dans un esprit à la fois instructif et fun d’où le nom  » Sheppee Fun Tours « . Nous avons beaucoup apprécié la baignade au Ti Tou Gorge et le fait d’avoir flotté dans la même eau qu’Orlando Bloom…  » Ingrid et Célia

et enfin,

« Nous souhaitons remercier Sheppee de nous avoir permis de vivre des moments inoubliables à la Dominique mais aussi de nous avoir fait partager la culture et l’histoire de son pays paradisiaque… » Tiny et Léa 

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J’adresse quant à moi un grand merci aux professeurs et aux élèves de la Jaille pour leurs textes, impressions et photos.

Raymond Joyeux

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Les Jardins de Saint-Éloi : une entreprise à l’accent saintois

Une ancienne propriété agricole réputée

Boutique et accueil des Jardins- Ph. R.Joyeux

Boutique et accueil des Jardins- Ph. R.Joyeux

Avant d’être la célèbre exploitation florale que connaît aujourd’hui toute la Guadeloupe  et, au-delà, nombre de visiteurs européens, amateurs de bouquets colorés de fleurs tropicales, l’Habitation Saint-Éloi était une propriété agricole appartenant à M. Victor LOGNOS, originaire de Terre-de-Haut et arrière petit-fils de Jean-Pierre Lognos, le dernier maire des Saintes. Située au pied des Chutes du Carbet sur les hauteurs de l’Habituée, commune de Capesterre-Belle-Eau, cette habitation a long-temps été réputée pour sa production caféière, sa vanille, sa muscade, ses orangeraies, ses goyaviers et, bien entendu, sa bananeraie et ses racines potagères : malangas, madères, ignames. Des fleurs exotiques de toutes espèces poussant à l’état sauvage, agrémentaient déjà les sous-bois. À l’époque lointaine dont je parle, le site des chutes du Carbet était peu connu et pas du tout fréquenté car difficilement accessible. La route grossièrement pavée, partant de Saint-Sauveur, n’était praticable que par les gros véhicules 4×4, appelés chars, qui venaient se charger en bananes pour les transporter à Basse-Terre où les régimes étaient conditionnés en vue de leur expédition en Métropole.

1970 : premières ventes de plantes en pot et de fleurs coupées

Seconde Chute du Carbet. Ph. R.Joyeux

Seconde Chute du Carbet. Ph. R.Joyeux

Ce n’est qu’au début des années 1970 que Guadeloupéens et vacanciers commencèrent à emprunter en nombre cette route de l’Habituée, nouvellement mise aux normes et macada-misée, permettant ainsi l’accès au merveilleux site des Chutes du Carbet qui allait devenir la première destination touristique de la Guadeloupe proprement dite, les Saintes mises à part. Les années passant et les touristes devenant de plus en plus nombreux, Madame Marie Lognos, fille du propriétaire et épouse de Mr. Martin Bourgeois qui exploitait la propriété avec ses deux fils, eut l’idée d’orner les abords de la maison familiale, jouxtant la route des Chutes, avec des plantes d’agrément et de permettre aux touristes de visiter son jardin personnel. De fil en aiguille, le climat frais et humide de Saint-Éloi et sa terre volcanique fertile étant propices à la prolifération naturelle de fleurs exotiques, ce sont des bouquets de sa composition que Madame Bourgeois propose avec succès aux visiteurs jusqu’à la fin des années 80… En réalité jusqu’au passage du cyclone Gilbert en 1988.

1988 : les ravages de Gilbert

La production bananière de Saint-Éloi, vivotant au gré des fluctuations du marché, de la météo et des aléas de la commercialisation, c’est l’ouragan Gilbert, en septembre 1988 qui mettra brutalement et définitivement fin à son exploitation. Forts du succès de la production artisanale de fleurs, initiée par leur mère, les deux fils BOURGEOIS, Max et Dominique, eurent l’idée d’abandonner purement et simplement toute culture agricole d’exportation et de créer dès la fin de l’année 88 Les Jardins de Saint-Éloi, consacrés à la culture exclusive de fleurs tropicales.

1988 : Gilbert ravage la bananeraie - Ph. R. Joyeux

1988 : Gilbert dévaste la bananeraie- Ph. R. Joyeux

Les débuts furent difficiles. Sans financement personnel, héritant d’un terrain accidenté, dévasté par l’ouragan, il leur  fallut dans un premier temps, à la force du poignet, dégager le sol des moignons meurtris de la bananeraie, de sélectionner, d’assainir et d’aménager les espaces nécessaires à la production florale, d’installer à grands frais pépinières et ombrières et, dans un second temps, se préoccuper de trouver des débouchés commerciaux aussi bien localement qu’au plan national. Fruit des efforts de nos deux jeunes et courageux entrepreneurs, l’entreprise petit-à-petit s’organisa et prit de l’ampleur jusqu’à devenir en moins d’un an la première exploitation florale d’envergure de la Guadeloupe. C’était sans compter sur la folie meurtrière d’Hugo…

 Après Hugo le terrible en 1989, un succès foudroyant

IMG_6677 - copie 3Alors que, grâce aux efforts physiques et financiers fournis, tout avait commencé pour le mieux, que les commandes affluaient et que l’exploitation prenait ses marques définitives, de nouvelles intempéries allaient anéantir le travail d’une année riche en réussite et en projets d’extension. Dans la nuit du 16 septembre 1989, un an presque jour pour jour après Gilbert, le cyclone Hugo dévastait la Guadeloupe et remettait tout par terre à Saint-Éloi, obligeant les responsables des Jardins à retrousser une nouvelle fois leurs manches. Et ce n’est que des mois plus tard, avec l’aide de la Région Guadeloupe, qu’ils réussirent à faire redémarrer l’entreprise, embauchant jusqu’à 27 employés permanents : secrétaire, manutentionnaires, jardiniers, livreurs… De 1990 à 2010, Les Jardins de Saint-Éloi volent de succès en succès. Sur 7 hectares, la production annuelle atteindra en 1997 le chiffre record de 450 000 fleurs, chiffre qui sera doublé en 98/99, toutes variétés exotiques confondues, livrées à domicile en Guadeloupe ou expédiées par chronopost en Métropole et dans toute l’Europe, bénéficiant opportunément du développement d’Internet et de l’informatique pour les commandes.

 Activités de fleurissement et récompenses internationales

affiche1994Outre les livraisons quotidiennes à domicile et un regain d’activité commerciale lors des différentes fêtes populaires telles que Noël, Fête des Mères, Saint-Valentin, Pâques et autres réjouissances, Les Jardins de Saint-Éloi ont été et sont toujours présents à de nombreuses manifestations tant locales que nationales et internationales : Jeux Olympiques d’Alberville en 1992, Congrès des Maires et Foire de Paris en 93, opération La Poste fleurie trois années de suite, Route du Rhum, tous les 4 ans à Saint-Malo depuis 1994 jusqu’à aujourd’hui, Grand Pavois de la Rochelle, chaque année depuis 1996, Salon de l’Agriculture Porte de Versailles plusieurs années, Office municipal du tourisme de Trois-Rivières en Guadeloupe… Autant de prestations et d’excellence qui ont valu à Dominique et Max Bourgeois pour les Jardins de Saint-Éloi, deux fois la Médaille d’Or aux Floralies Internationales de Nantes en 94 et 99, devant plus de 250 concurrents de toutes nationalités.

Une bactérie venue de Hawaï

Ombrières momentanément abandonnées -  Ph. R.Joyeux

Ombrières momentanément délaissées – Ph. R.Joyeux

Toute médaille, fût-elle d’or, ayant malheureusement son revers, en 1993, une bactérie maligne, en provenance présumée de Hawaï, présente dans des plants d’une nouvelle variété florale mise au point en laboratoire, commença à se répandre aux Antilles et dans toutes les exploitations florales de Guadeloupe. Celle de nos amis n’échappa pas à la règle.  Au fur et à mesure de sa lente prolifération, les ombrières de Saint-Éloi et une partie du sol environnant furent contaminées. La maladie mit des années à se manifester, alors que la cellule de l’INRA spécialisée dans l’étude des parades phytosanitaires venait précisément de quitter le département, obligeant les producteurs à expédier en Métropole, à leurs frais, des échantillons de sol et de plants pour analyse et recherche d’un antidote efficace ciblé.

Production et personnel réduits, activité commerciale maintenue

Dominique Bourgeois sous son hangar.- Ph. R.Joyeux

Dominique Bourgeois responsable des expéditions – Ph. R.Joyeux

Opérations de prélèvement et d’expédition méticuleuses, exigeantes et onéreuses, aux résultats aléatoires, qui ne pouvaient durer sans menacer et mettre en péril l’existence même de l’exploitation. Pour la préserver, il fallut se résoudre à fermer momentanément pépinières et ombrières contaminées et à laisser la nature accomplir son œuvre de purification jusqu’à l’éradication complète de la bactérie. Entre temps, Les Jardins de Saint-Éloi, tout en maintenant leur production habituelle de pleine nature et la commercialisation de leurs fleurs coupées, ont vu leur activité diminuer. Réduire le personnel et s’organiser autrement étaient devenus nécessaires, sans préjudice néanmoins pour la clientèle qui a pu, peut et pourra toujours continuer à passer commande et à être livrée sans problème aussi bien en Guadeloupe-même qu’en Métropole et en Europe. Si la boutique de Destreland a dû fermer ses portes, celle de l’aéroport Pôle Caraïbes a été maintenue et les voyageurs en partance peuvent commander, récupérer ou se faire expédier leurs colis comme à l’accoutumée.

Boutique de l'aéroport Pôle Caraïbe

Boutique de l’aéroport Pôle Caraïbes plus que jamais opérationnelle -Photo du  catalogue

En attendant le reprise des plantations

La charmante hôtesse des Jardins - Ph R.Joyeux

Dominique, la charmante hôtesse des Jardins Photo R.Joyeux

Dominique et Max BOURGEOIS, sympathiques et persévérants entrepreneurs, qui ne se sont jamais découragés malgré les aléas bactériologiques et météorologiques, prévoient pour très bientôt la reprise de leurs plantations sous ombrières dès que la situation sanitaire des sols sera redevenue normale. Ils envisagent une extension du domaine floral à Bananier afin de faire repartir l’entreprise sur des bases élargies et biologiquement saines, et de retrouver rapidement leur niveau de production d’avant la survenue de la bactérie, en vue de satisfaire une clientèle exigeante toujours plus nombreuse et diversifiée. Puissent-ils réussir dans leurs projets pour que Les Jardins de Saint-Éloi retrouvent leur éclat d’antan et fassent honneur à leur belle réputation, avec en prime, le sourire de leur charmante hôtesse d’accueil, elle-même d’ascendance saintoise et prénommée elle aussi Dominique ! Et si vous souhaitez en savoir plus, par simple curiosité ou pour toute commande de circonstance, occasionnelle ou régulière, n’hésitez pas, cliquez sur le lien suivant : http://www.jardins-st-eloi.com, vous aurez toutes les informations nécessaires concernant cette magnifique entreprise au pur accent saintois qui n’a pas fini de faire parler d’elle !

Raymond Joyeux

Héliconia naturelle de Saint-Éloi - Ph. R. Joyeux

Héliconia naturel de Saint-Éloi – Ph. R. Joyeux

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L’incroyable aventure des dauphins des Saintes

Terre d'avenir - copieLe magazine trimestriel du Développement Durable de la Guadeloupe, Terre d’Avenir, vient de publier son 56 ème numéro. Nous avons contacté sa directrice, Mariane Aimar, qui nous a aimablement autorisé, avec l’accord de l’auteure, Claire Jeuffroy, à publier l’article ci-dessous, paru dans le magazine et consacré aux Dauphins des Saintes. Photographe de renom et monitrice au Club de Plongée Pisquettes de Terre-de-Haut, Claire Jeuffroy n’est pas inconnue de nos lecteurs. C’est elle qui nous a fourni les photographies sous-marines de notre chronique sur les ravages occasionnés chez les tortues par les folles à lambis. Nous ne saurons trop remercier ces deux personnes pour leur amabilité, leurs compétences, leur talent et leur action permanente en faveur de la sauvegarde de l’environnement guadeloupéen. Pour mieux vous les faire connaître ainsi que leurs publications, nous indiquerons en fin d’article les liens qui vous permettront d’accéder aux sites respectifs de l’une et de l’autre mais également au club de plongée Pisquettes qui donne chaque jour l’occasion aux amateurs de découvrir toutes les beautés encore protégées des fonds marins de notre archipel saintois. R.J.

Un article de Claire JEUFFROY

« C’est en partant pour une plongée classique que le club Pisquettes des Saintes a eu la chance de faire une magnifique rencontre, en novembre 2012 : deux dauphins peu farouches se sont laissés approcher. Depuis, ils vont et viennent entre la Baie des Saintes et Petite-Terre… pour le plus grand bonheur de tous. »

Queue échancrée et Jojo - Ph. Claire Jeuffroy

Queue échancrée et Éclair – Ph. Claire Jeuffroy

En partant plonger dans la baie de Terre-de-Haut, nous avons eu, en ce début d’après-midi, la surprise de voir deux ailerons de dauphins. Nous avons alors décidé d’amarrer le bateau pour tenter une approche avec palmes, masques et tubas. Au grand plaisir de tous les plongeurs, les dauphins peu farouches, se sont laissés approcher. Grâce aux photos faites ce jour-là, l’OMMAG (Observatoire des Mammifères Marins de Guadeloupe – http://www.ommag.info ) a identifié une femelle « Queue échancrée », matriarche d’un groupe de grands dauphins (Tursiops) de Petite Terre, accompagnée de son petit de deux ans, baptisé « Jojo » et né à Petite-Terre en septembre 2010.

Des rencontres fréquentes

Photo Claire Jeuffroy

Photo Claire Jeuffroy

Depuis, régulièrement, nous arrêtons le bateau de plongée pour aller nager avec ces deux dauphins souvent présents dans la baie. Un jour, nous avons décidé d’essayer de les approcher, équipés de nos matériels de plongée, conscients que les bulles pourraient les effaroucher. Mais à notre grande surprise et à notre grand plaisir, les dauphins très curieux se sont approchés de nous à moins d’un mètre. Ainsi nous avons pu observer que le jeune dauphin était toujours allaité et que sa mère lui apprenait à attraper des poissons ou des petites langoustes. Grâce à une photo du jeune dauphin, l’OMMAG a alors déterminé que Jojo était une femelle. Au fur et à mesure des mois, les occasions de plonger avec Jojo et sa mère se sont multipliées. Il semble qu’elles s’étaient habituées à nous et souvent elle jouaient avec nous : pirouettes, vrilles, sauts…

 Un heureux événement

Vers l’été, il nous a semblé que le ventre de Queue échancrée s’arrondissait et que son comportement changeait, moins joueuse, moins rapide… Quel ne fut pas notre bonheur un matin du 22 septembre, après deux jours d’absence, de voir arriver Jojo, Queue échancrée avec un nouveau né qui sera baptisé Éclair par les enfants de l’école de Terre-de-Haut !

Queue échancrée, Jojo et Éclair - Ph. Claire Jeuffroy

Queue échancrée, Jojo et Éclair – Ph. Claire Jeuffroy

Les trois dauphins, pendant un mois, ont fait le bonheur de dizaines de nageurs. Très peu farouche, Éclair a séduit tout le monde et a même frôlé certains nageurs. Un mois plus tard, un groupe d’une dizaine de dauphins est arrivé et nos trois dauphins ont alors disparu de la baie.

FKL et

Photo Claire Jeuffroy

Mais quelques jours plus tard, quatre ailerons ont été aperçus plusieurs fois autour de la baie. Pendant une plongée, trois dauphins sont venus voir les plongeurs et Jojo a tout de suite été reconnue. Elle a même fait la fête au moniteur ! Pas très loin, une femelle accompagnée de son petit observait la scène. Cette femelle n’était pas Queue échancrée, un peu plus loin, un grand dauphin gardait ses distances. Jojo vient de temps en temps nous voir pendant les plongées et depuis une semaine a repris un peu ses habitudes et vient se reposer dans la baie, ou au Pain de Sucre. Elle est parfois observée autour de l’archipel avec d’autres dauphins qui n’ont toujours pas été identifiés. Nous n’avons cessé de nous demander ce qu’étaient devenus Éclair et sa mère et en début d’année, l’OMMAG nous a envoyé une photo d’eux, bien entourés d’autres dauphins, à Petite Terre.

Cette expérience que les moniteurs du club de plongée Pisquettes ont vécue et partagée avec nombre de plongeurs pendant une année est exceptionnelle, car il est très rare que des dauphins sauvages prennent des habitudes aussi près des hommes. »

Claire Jeuffroy

Aux dernières nouvelles, pour rassurer ceux qui s’inquiètent de ne pas voir aussi souvent les dauphins dans la baie, Claire m’a fait parvenir l’information suivante que je vous livre : 

« En ce qui concerne les dauphins, nous avons souvent l’occasion d’avoir la visite de Jojo sur certains sites de plongée. Son préféré est de loin : le Pain de Sucre mais elle est venue me voir à Ti-Jardin (Ilet cabri côté Terre-de-Haut) à 3 m de profondeur alors que je baptisais une petite fille de 9 ans, il y a quelques semaines. Elle vient aussi de temps en temps dans la baie côté Fond de Curé ou Anse Mire et semble toujours contente de « jouer »  avec les nageurs. L’autre femelle et son petit ne s’approchent pas des humains mais ils seraient toujours sur l’archipel. »

Pour allez plus loin et faire connaissance avec le magazine Terre d’avenir et avec l’auteure et la photographe de cet article, que je remercie à nouveau chaleureusement en votre nom, rendez-vous aux adresses ci-dessous :

– Magazine Terre d’Avenir : revue trimestrielle consacrée à l’environnement et au développement durable,  dirigée par Mariane AIMAR, éditée au Moule – 97160 – 40 rue des Coraux – Facebook : terredavenir – Site Internet :  www.terredavenir.org/

– Site de Claire Jeuffroy, auteur de l’article, photographe et monitrice de plongée. Claire a publié un magnifique ouvrage, Couleurs marines, illustré de ses superbes photographies sur la vie et la protection des fonds marins. Ouvrage en vente à Terre-de-Haut, à la boutique du club Pisquettes et au restaurant Couleurs du monde. Adresse Internet où l’on peut feuilleter l’ouvrage :
http://vincent.pascal.perso.sfr.fr/#/4/ – Claire se trouve aussi sur Facebook.

– Club de plongée Pisquettes
  : pisquettes.pagesperso-orange.fr/

Espérant que cette chronique vous aura plu, je vous remercie pour votre fidélité et vous adresse à tous et à toutes ma plus sincère cordialité. Nous sommes à ce jour à 18 600 visites  – Raymond Joyeux

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Le Fort Napoléon de Terre-de-Haut : un monument incontournable

Fò an fanmi

UnknownChaque année, depuis 2010, le Conseil Général de la Guadeloupe organise sur 3 jours la manifestation « Fò an fanmi » en souvenir du combat de Louis Delgrès contre le rétablissement de l’esclavage par Napoléon 1er, le 20 mai 1802. Cet événement symboliquement fort, comporte un volet culturel alliant plateaux artistiques et animations diverses en déambulation sur les différents sites et principalement au fort Delgrès de Basse-Terre. Comme à l’accoutumée, pour cette 5ème édition, le 27 mai, date officielle chez nous de la commémo-ration de l’abolition de l’esclavage de 1848, l’Association K’NAWA reliera à la rame Terre-de-Haut à Basse-Terre. Ce parcours intitulé BRÉFO LANMÈ (de fort en fort, par mer), est l’occasion pour moi de vous présenter le Fort Napoléon de Terre-de-Haut, monument historique incontournable s’il en est, et actuellement haut lieu du tourisme saintois depuis maintenant de nombreuses années.

À l’origine : le Fort Louis

Fort Louis 1Propriété du Département de la Guadeloupe, le Fort Napoléon de Terre-de-Haut est situé sur le sommet du Morne Mire à 119 m d’altitude, dominant ainsi le mouillage, l’ensemble des îles de l’archipel des Saintes et au-delà.  Il a été construit en lieu et place d’un ancien fortin en bois, édifié en 1777, sous le règne de Louis XVI, le Fort Louis, rebaptisé Fort Napoléon dès 1805. Ce premier ouvrage fortifié, de forme rectangulaire, protégé par une enceinte de maçonnerie en mortier de terre grasse, fut détruit par les Anglais en 1809. Il comprenait avant sa destruction une caserne avec logement pour 45 hommes et deux chambrées pour un officier et des sergents. Dans la cour intérieure, des magasins renfermaient vivres, munitions et outils, et deux citernes recouvertes d’une charpente de madriers assuraient l’alimentation en eau. L’entrée principale était surveillée par un contingent de 80 soldats abrités dans un « block-house » de deux étages dont les soubassements servaient d’entrepôt. Ce fortin n’était défendu que par deux canons et trois mortiers, destinés à protéger la passe de la Baleine et la rade de Terre-de-Haut. D’autres pièces d’artillerie étaient dissimulées dans tout le morne jusqu’à la baie du Marigot.

15 ans de travaux effectifs

les_saintes_fort_napoleonEntre 1816 et 1840, on entreprit de relever les ruines de cette première construction, d’élever des murailles d’enceinte, (les courtines), jusqu’à 7 mètres de haut sur 30 de long et d’édifier un  magasin à poudre au-dessus d’une citerne remblayée. C’est sur ces  bases que le Comité des Fortification du Ministère de la Marine et des Colonies décida en juillet 1842 d’élever une troisième fortification censée être imprenable, qui deviendra le Fort Napoléon tel que nous le connaissons aujourd’hui. Mobilisant des centaines d’ouvriers et des soldats du génie logés dans des baraquements, la construction s’étala sur 23 ans, de 1844 à 1867, avec une interruption entre 1849 et 1857. Mais son appellation attribuée dès 1805, ne doit rien à Napoléon III arrivé au pouvoir en 1852…

Détail chemin de ronde - Au fond la baie de Terre-de-Haut

Détail  du chemin de ronde – Au fond la baie de Terre-de-Haut  -Ph Alain Joyeux

Sauf pour les voutes des poudrières, bâties avec des briques jaunes venues du Havre, les matériaux sont d’origine locale, formés principalement de moellons taillés sur place dans des blocs volcaniques extraits du Pain de Sucre, moellons qui serviront également pour l’encadrement des portes et fenêtres.Le mortier d’assemblage et d’enduit était composé d’un pourcentage adéquatement dosé de chaux, de sable et de pouzzolane (poudre de roches volcaniques), l’ensemble mêlé à de l’eau stagnant dans une mare. Félix Bréta rapporte dans son ouvrage sur les Saintes (1939) que :  » Les gens du pays qui ont travaillé à la construction du fort racontent que sous chacun des piliers qui constituent la base fondamentale de ce superbe édifice, se trouve enfoui un Louis d’or. »  Assertion fantaisiste, selon nous,  qui n’est pas près d’être prouvée à ce jour, et qui ne le sera peut-être jamais !

Une construction inspirée de Vauban

Entrée du Fort et pont-levis - Ph Alain Joyeux

Entrée du Fort et pont-levis – Ph Alain Joyeux

Contrairement à la première fortification du Morne Mire, l’actuel Fort Napoléon des Saintes auquel on accède par un pont-levis à contre-poids est une construction « à la Vauban », du nom de l’illustre ingénieur militaire et architecte  français (1633-1707), auquel on doit, sur le sol national, en Europe et à l’étranger, le principe de nombreuses fortifications réputées inexpugnables, dont le modèle reste le Fort Griffon de Besançon,  dans le Doubs, converti aujourd’hui en musée. L’une des principales caractéristiques de ces bastions militaires vaubanesques consiste à épouser l’assiette du terrain en utilisant au mieux le relief et la situation topographique du lieu de construction pour une défense optimale de l’ouvrage et une résistance éprouvée aux attaques ennemies. Le Morne Mire à Terre-de-Haut constituait l’emplacement idéal pour la surveillance et l’inaccessibilité aux répliques éventuelles des assaillants, même si de toute son histoire le Fort Napoléon n’a jamais servi militairement.

Courtines, chemins de ronde et talus

Les épaisses murailles, appelées courtines, protégeant l’ensemble du fort sont hautes de 11 mètres au-dessus des douves ou fossés. Elles sont surmontées d’un chemin de ronde extérieur long de 430 mètres reliant entre eux huit bastions. Sa configuration permet de recueillir les eaux de pluie et de les évacuer vers les fossés. Un second chemin de ronde, intérieur celui-là, est séparé du premier par un talus sur lequel est aménagé aujourd’hui un jardin exotique jumelé à celui de Monaco. Initialement c’est sur ce talus qu’étaient disposées les pièces d’artillerie prévues pour la défense du Fort et la protection de la rade.

Douves et courtines - Ph. Alain Joyeux

Douves et courtines – Ph. Alain Joyeux

La caserne

La caserne et ses mâchicoulis

La caserne et ses mâchicoulis – Ph. A. Joyeux

Au milieu de la cour centrale intérieure est édifiée la caserne, un bâtiment à 3 niveaux, long de 46 m, large de 20 et haut de 10. Le rez-de-chaussée comporte un four à pain, une cuisine, un réfectoire, une citerne souterraine de 370 M3 et une salle de garde ainsi que différents magasins. Au premier étage on trouve les chambres des officiers et de grandes salles servant de dortoirs à la troupe. On pouvait y loger  220 hommes sur plusieurs rangées de lits séparées par un couloir central de 1 m 60. Au troisième niveau du bâtiment est aménagée une terrasse entourée d’un parapet percé de meurtrières et de six bretèches en retrait avec leurs mâchicoulis, emplacement idéal pour la surveillance de l’ennemi et la défense de l’ouvrage. Contrairement à l’usage qui privilégiait un revêtement de terre pour amortir les boulets, cette terrasse, au sol dur pavé, recueille l’eau de pluie qui, par une canalisation verticale et un ingénieux système de filtration, alimente la citerne souterraine du rez-de-chaussée.

Occupations successives :
de la prison pendant la guerre au centre de vacances des années 50-60

Poudrière et entrée du sous-terrain

Poudrière et entrée d’un sous-terrain Ph. A. Joyeux

Jusqu’au début des années 1970, le Fort  était pratiquement laissé à l’abandon. La population et les rares touristes de l’époque pouvaient néanmoins y accéder grâce à une clé monumentale conservée à la gendarmerie du bourg. En période de sécheresse, les habitants montaient puiser l’eau à la citerne avec des seaux portés à bout de bras ou, pour les plus habiles, sur la tête.  N’ayant jamais eu de passé militaire actif, le Fort  Napoléon a cependant servi de prison pendant la seconde guerre mondiale. Les autorités de Vichy y ont fait interner des ressortissants pourtant français d’origine italienne et libanaise dont l’un d’eux est resté célèbre : Paul Valentino en 1944, résistant, député de la Guadeloupe et président du conseil général de l’époque, qui réussit à s’en évader. Par la suite, ce sont des ados d’une colonie de vacances de l’Association des Sonis de Pointe-à-Pitre, encadrés par leur aumônier, le père Bellec, qui y venaient séjourner pendant les grandes vacances dans les années 50-60. Puis, petit à petit, personne ne s’en est vraiment occupé, le Fort restant généralement fermé et livré à la végétation et aux dégradations… jusqu’à l’arrivée du Club du Vieux Manoir en 1973.

Du Club du Vieux Manoir à l’ASPP

Entrée de la caserne-musée

Entrée de la caserne-musée- Ph A Joyeux

Sollicité sans doute à l’époque par le Conseil Général,  propriétaire des lieux, le Club du Vieux Manoir arrive au Fort Napoléon en novembre 1973. Cette association métropolitaine, spécialisée dans la restauration de vieilles bâtisses historiques, avait projeté un vaste programme de rénovation, de mise en valeur et d’animation culturelle et touristique pour les monuments anciens et sites naturels de Guadeloupe. Le Fort Napoléon devint le camp de base de cette action, ouverte aux jeunes Antillais et Métropolotains. La municipalité ainsi que le Parc Naturel régional et les Archives Départementales s’associèrent à cette action. Des travaux de nettoyage des douves, d’élagage, de restauration des menuiseries, des abords et des salles, auxquels participèrent les scolaires de Terre-de-Haut, furent entrepris. Mais le projet tourna court assez rapidement et l’année suivante, en 1974, ce furent l’ASPP (Association Saintoise de Protection du Patrimoine) et son personnel, dirigeants et membres, qui prirent la relève du Club du Vieux Manoir. Un contrat sera passé avec le Département, et de nombreuses actions vont voir le jour sous la conduite du bureau et des membres de l’Association qu’il convient de féliciter ici pour leur engagement et leur persévérance. Le Fort Napoléon devint alors, et est aujourd’hui, la plaque tournante de l’écotourisme culturel aux Saintes grâce à la création d’un jardin exotique et surtout d’un musée de l’histoire et des traditions locales qui accueille chaque jour de nombreux visiteurs.

Visiteurs au Musée du Fort Napoléon

Visiteurs au Musée du Fort Napoléon

Puisse le succès indéniable que connaît aujourd’hui le Fort Napoléon de Terre-de-Haut sous la houlette de l’ASPP se poursuivre encore longtemps et continuer d’attirer de plus en plus de visiteurs pour une meilleure connaissance de notre histoire et de notre culture insulaires.

Le Fort Napoléon de Belgique

Pour l’anecdote, sachez qu’il existe un autre Fort Napoléon, à Ostende, figurez-vous, ville côtière du nord-ouest de la Belgique. Malheureusement, le jour où je suis passé dans cette ville, n’ayant pu le visiter, je ne l’ai photographié que de loin, avec une pensée pour celui de Terre-de-Haut, mon île de naissance. Voici ce que dit de ce fort un site Internet que vous pouvez consulter en cliquant sur le lien suivant :
http://www.visitoostende.be/fr/doen/fort-napoleon/284#.U30DBF5XIb9

« Napoléon donne l’ordre de construire ce fort en 1810. La dernière pierre est posée en 1814, année de la chute de l’empire de Napoléon. Le bâtiment pentagonal en briques est entouré de douves de 10 mètres de large et d’un mur de soutènement de 8 mètres de haut. Le fort n’a jamais été utilisé à des fins militaires. Pendant la Première Guerre mondiale, il était utilisé comme mess pour les officiers allemands. Il est ensuite devenu un musée et a accueilli des plaines (1) pour enfants. Il commença à se détériorer dans les années 50, et a été cédé en emphytéose à la fondation Stichting Vlaams Erfgoed en 1995. Après sa restauration, le Fort Napoleon a entamé en 2000 une nouvelle vie en tant que monument et musée. »

1 – Centres de vacances (NDLR)

Ostende : Fort Napoléon et son restaurant extérieur - Ph. R. Joyeux

Ostende : Fort Napoléon et son restaurant extérieur – Ph. R. Joyeux-  Août 2011

Raymond Joyeux

PS : Alors que cette chronique venait d’être publiée : jeudi 22 mai 2014, 0 heure, je constate que le Conseil Général de la Guadeloupe a mis en ligne sur son Facebook une vidéo sur le Fort  Napoléon que je vous invite à consulter :

https://fr-fr.facebook.com/…/CONSEIL-GENERAL…GUADELOUPE.

Après essai, la page du Conseil général ne s’ouvrant pas, vous pouvez essayer avec le lien ci-dessous.

https://www.facebook.com/terredehaut.municipales?fref=ts

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Terre-de-Haut : la Place du Plan d’eau enfin opérationnelle !

Après plusieurs années d’attente…

Annonce des travaux financés par l'Europe et le Sénat

Annonce des travaux financés par l’Europe et le Sénat

Les habitants de Terre-de-Haut étaient plus qu’impatients de voir l’aménagement tant attendu de la seconde phase de la Place du Plan d’eau enfin réalisé. C’est chose faite depuis fin février 2014. Élections obligent, c’est en effet quelques semaines avant les municipales du 23 mars dernier que les Saintois ont vu les équipes successives d’ouvriers et autres installateurs de jeux d’enfants s’affairer sur le site. Aujourd’hui que la quasi-totalité du projet au sol semble avoir vu le jour, il ne reste plus qu’à intégrer à cet ensemble magnifique la piscine suspendue, initialement prévue, et ses équipements annexes. Mais la population est plus que dubitative quant à la réalisation prochaine de cette dernière tranche. Car même si la totalité des aménagements est cofinancée par l’Europe et le Sénat, vu que la commune, en perpétuel déficit budgétaire, est sous tutelle préfectorale, il apparaît très peu probable que de nouveaux travaux puissent être entrepris de sitôt. À ce titre, une information complète sur le financement déjà utilisé et le reste à réaliser sur ce chantier serait plus que bienvenue ! C’est Régis Debray qui disait que tout administré payant des impôts a le droit de savoir ce qu’il advient de son argent …

 Satisfaction générale

place 1Ne boudons pas cependant notre plaisir. Avec l’implantation d’un mobilier urbain ergonomique de qualité, en nombre suffisant et judicieusement disposé, recon-naissons qu’un effort considérable a été consenti pour permettre aux uns et aux autres de profiter pleinement de ce cadre enchanteur qu’est la crique de Petite-Anse et la baie du Fond-Curé. Avec en toile de fond, à l’ouest, la cambrure parfaite de l’Îlet à Cabris barrant l’horizon, et, au sud, l’harmonieux massif du Chameau, débarrassé de son malodorant et incongru dépotoir. De leur côté, les enfants s’en donnent à cœur joie, utilisant jusqu’à la nuit tombée des installations adaptées à leur âge, prévues pour leur détente et l’exercice de leur agilité, et qui avaient jusque là cruellement manqué aux petits Saintois… Activités ludiques diverses, exercées sous l’œil vigilant et la surveillance attentive des parents, comme le suggèrent les nombreux panneaux implantés à proximité de chaque aire de jeux. Ce qui, selon nos informations, n’a pas empêché quelques petits accidents, sans gravité semble-t-il, signalés depuis l’ouverture de la place au jeune public.

jeux - copie

Sous les pavés l’estran

Rivage de Petite Anse avant son comblement

Rivage et vue partielle de Petite-Anse avant son comblement

Mais avant d’être la superbe place aménagée d’aujourd’hui, ce site de Petite-Anse était ce qu’on appelle aux Saintes une « basse » corallienne. C’est-à-dire, en terme de géographie littorale, un estran : espace naturel, alternativement découvert et  recouvert  par la mer, au rythme de la faible  marée sévissant sous nos latitudes. Si les nouvelles générations n’ont jamais connu cette « basse », les plus anciennes doivent s’en souvenir. À la sortie des classes, vers 5 heures de l’après-midi, les écoliers que nous étions alors s’y précipitaient pour y glaner des palourdes enfouies dans la vase. Elles étaient signalées par un fin geyser salé qu’expurgeaient de gros vers visqueux, eux-mêmes enterrés dans le sable rouge et ocre. D’autres innombrables petits animaux et végétaux marins peuplaient les flaques tièdes laissées dans les crevasses par la marée descendante : ulves, corallines, patelles, vigneaux, ophiures, petits oursins noirs compacts, appelés châtaignes, et autres algues et coquillages vivants et colorés qui nous écorchaient parfois les pieds.

Ophiure noire

Ophiure noire

À la marée montante, les deux baies confondues du Mouillage et du Fond-Curé se rejoignaient au goulet sableux de la presqu’île Érivan qui se détachait alors du rivage, se transformant pour quelques heures en un minuscule et éphémère îlot rocheux. Le fort courant circulant entre les deux baies par le goulet renouvelait et régénérait les eaux, évitant ainsi leur stagnation et l’envasement des fonds que l’on constate aujourd’hui. À la pointe extrême de la presqu’île, l’eau cristalline, lumineuse et vivifiante du légendaire Bassin des Sœurs, petite excavité naturelle entre les rochers affleurant la surface, calme, profonde, ouverte sur le large, accueillait, en plus de ses hôtes habituels, baigneurs et baigneuses qui venaient s’y rafraîchir en toute sécurité par les chauds après-midi de carême. Cela pour dire que c’est tout un écosystème irremplaçable qui a été irrémédiablement enseveli sous la glaise et le béton de cette place qui fait, sans qu’ils le sachent, le bonheur des jeunes promeneurs et de nos enfants d’aujourd’hui…

Comblement et aménagements successifs

C’est au début des années 70, que fut entrepris par les autorités d’alors le comblement de l’estran de Petite-Anse. Le surplus de terre enlevée des mornes lors de la construction de l’aérodrome de Grande-Anse avait trouvé – à tort ou à raison -, aux yeux des responsables municipaux, une utilisation toute désignée. Manquant d’espace dans le bourg pour la réalisation d’un complexe culturel et multi-sportif, l’idée de « prendre sur la mer », en un endroit propice, germa naturellement dans l’esprit de nos dirigeants.

Vue générale du Plan d'eau

Vue générale de la première place avec ses pontons et gradins, avant la réhabilitation actuelle – Ph R. Joyeux

L’opération fut confiée à un entrepreneur métropolitain du nom de Guinaman, lequel, secondé par le Saintois Paul Foy, à la tête d’une équipe de jeunes locaux, commença par élever une digue pour circonscrire l’espace et contenir la terre rapportée. Cette digue en pierre qui a résisté à toutes les intempéries devait servir de contrefort à l’aménagement d’une piscine d’eau de mer limitée par deux pontons, dont on voit encore les piliers depuis la promenade longeant la place. Des lignes d’eau flottantes entre ces pontons matérialisaient les couloirs de nage. En même temps que s’édifiait cette piscine naturelle, des gradins de béton destinés au public complétèrent le complexe nautique.

Début des travaux phase 1

Début des travaux phase 1- Ph. R. Joyeux

Cet ensemble servit tel quel pendant plus de 20 ans. On y ajouta par la suite, sur les emplacements récupérés, un semblant de maison de jeunes, un court de tennis transformable en terrain de basket et un petit théâtre de plein air qui a eu ses heures de gloire avec les pièces irrésistibles de Jérôme Hoff, interprétées par l’auteur et quelques comédiens amateurs du cru. Les années passant, tous ces aménagements devenus obsolètes se dégradèrent peu à peu pour finalement disparaître. Et le Plan d’eau, comme fut nommé ce nouvel espace, devint et resta longtemps dépotoir à ciel ouvert et, accessoirement, base nautique avancée de l’UCPA. Jusqu’à sa transformation récente rendue possible grâce aux fonds obtenus du Sénat et de l’Europe. Les travaux de la nouvelle place tardèrent cependant à se concrétiser, la première phase ayant consisté simplement à réhabiliter le sol et à implanter d’innombrables lampadaires qui continuent, au grand dam des contribuables, à brûler toutes les nuits, jusqu’au petit matin, inutile source, pour certains, de gaspillage d’énergie et d’argent…

 Avant l'implantation des aires de jeux

Avant l’implantation des aires de jeux pour les enfants – Ph. R. Joyeux

La place est néanmoins aujourd’hui opérationnelle, c’est sans doute là l’essentiel. Même s’il reste encore à réaliser certains aménage-ments comme la piscine évoquée plus haut, prévue dans le plan technique et architectural initial pour le moins ambitieux et coûteux. Qu’en sera-t-il dans ce cas du port de pêche et ses anneaux sécurisés aux abords de la place, projet capital cent fois promis, cent fois remis aux calendes grecques ? La question reste posée. Car peut-être que beaucoup de professionnels, ou même de plaisanciers, préfèreraient-ils savoir leurs embarcations à l’abri et facilement accessibles, plutôt que de voir s’implanter une piscine qui ne serait pas forcément homologuée et qui ne servirait au mieux qu’à des entraînements épisodiques sans lendemain ; et encore, dans l’hypothèse improbable où notre île disposerait – comme dans les années 70 – d’un véritable club de natation, avec des sportifs de haut niveau et des entraîneurs qualifiés.

Crépuscule au Plan d'eau

Crépuscule enflammé au Plan d’eau – Ph. R. Joyeux

S’il faut choisir, aux autorités compétentes de trancher, puisqu’on ne demande jamais son avis à la population. Sauf à vous, chers lecteurs, sur ce blog. Aussi, n’hésitez pas à exprimer vos propositions et à nous faire part de vos commentaires. Si vous le souhaitez, bien évidemment… Je suggérerai pour ma part qu’on rebaptise ce bel espace du nom d’un de ses premiers bâtisseurs et qu’on l’appelle désormais et une fois pour toutes : Place Paul Foy.  Ce ne serait que justice.

Raymond Joyeux

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Balade insolite à Terre-de-Bas

couverture gpe 2Je remercie M. Axel Vicq des Éditions Dakota, ainsi que son auteur, M. Daniel Kempa, de m’avoir autorisé à reproduire ci-dessous l’article sur Terre-de-Bas, extrait de La Guadeloupe entre terre et mer, ouvrage collectif illustré et réalisé conjointement par Daniel Kempa, Corinne Gense et Gérard Berry du Conservatoire du Littoral. J’espère que cette chronique contribuera à mieux faire connaître notre île-sœur qui, si elle n’est pas aussi fréquentée touristiquement que Terre-de-Haut, présente des charmes autrement plus reposants et authentiques que sa voisine. Charmes que je vous laisse le plaisir de découvrir grâce au professionnalisme, à l’œil et à la plume de l’auteur, M. Daniel Kempa, qui a su remarquablement les décrire et les mettre en valeur. Par la même occasion je ne saurais trop vous recommander l’acquisition de l’ouvrage mentionné, La Guadeloupe entre terre et mer, un guide touristique indispensable à tous ceux qu’intéressent la connaissance, la découverte et la protection du littoral de notre bel archipel. Dakota Éditions a également publié, dans le même esprit, d’autres ouvrages sur différents sites emblématiques de France métropolitaine dont vous pourrez consulter les titres en cliquant sur le lien : http://www.dakotaeditions.com. Bonne lecture. 

 Raymond Joyeux

Terre-de-Bas l’île authentique

carte Terre de BASDe toutes les îles de l’archipel, Terre-de-Bas est celle qui, tout en étant habitée, a su préserver une rare authenticité. Beauté des paysages, richesse du patrimoine et sérénité des lieux en font une destination où pourrait bien naître en ce troisième millénaire balbutiant un modèle de développement en réelle harmonie avec la nature.

Un patrimoine intact

TDB 1 - copieDès l’arrivée au port de Grande-Anse, le temps semble soudain se ralentir. Une activité tranquille se déploie. Des pêcheurs débarquent leurs prises sous les yeux attentifs des pélicans. En attendant de repartir en mer, quelques barques colorées sont échouées sur la grève. Ces « saintoises » font l’orgueil des habitants de l’archipel des Saintes, fiers marins et charpentiers de marine qui ont su s’inspirer de savoir-faire venus de la vieille Europe. Durant la traversée du bourg, on prend toute la mesure de la beauté des jardins créoles qui, hérités des Amérindiens installés dans le nord de l’île puis bonifiés par les populations noires, ont de tout temps assuré l’autonomie des familles. Le long du littoral, en bordure de falaises difficiles d’accès, apparaît la forêt sèche et ses essences caractéristiques : courbarils dont les grosses gousses renferment une pulpe comestible et « tendres à cailloux », nommés ainsi pour la dureté de leur bois. De jolis points de vue laissent entrevoir Basse-Terre, l’îlet du Pâté et la Pointe à Vache.

souda - copieÀ proximité de mares où poussent des anémones des marais, sur des terres profondes jadis cultivées, subsistent des traces d’occupation humaine ; reliquats de jardins et d’arbres fruitiers qui font le bonheur des moqueurs de savane. À mesure que l’on s’élève, une forêt plus dense et humide s’impose, fréquentée par des soudas à l’allure débonnaire. Encapsulés dans des coquilles de fortune, ces bernard-l’ermite qui vivent sur terre sont les éboueurs de la nature. Ils se rétractent à la moindre menace. Par endroit le sol devient noir, couleur d’anciennes charbonnières. Des ruines d’habitations esclavagistes évoquent un passé où cultures de coton, de café, de canne à sucre et de cacao faisaient la prospérité de l’île.

Vers l’écotourisme

Fût de bois d'Inde

Fût de bois d’Inde

Avec la remise en culture de parcelles via la création d’un jardin biologique collectif, la réhabilitation de mares et de plantations traditionnelles, le développement de l’herboristerie par la mise en place d’un jardin médicinal et la valorisation des vertus thérapeutiques du bois d’Inde, Terre-de-Bas semble s’orienter vers une exploitation raisonnée des ressources naturelles. Savoir-faire traditionnels et patrimoine historique lui donnent des atouts indéniables. La mise en valeur de pratiques artisanales comme la fabrication de salakos, chapeaux saintois d’inspiration tonkinoise, et la transmission de techniques de pêche telle la pêche à l’épervier, confèrent à ce projet une dimension culturelle indéniable…

La tradition créole, un espoir pour l’avenir.
Suggestions de balades :

Du port, traversez le bourg par la rue principale en direction de la plage de Grande-Anse

Aux Saintes, la pêche est une tradition. Tous les métiers de la filière sont pratiqués : construction et réparation des saintoises barques typiques des Saintes dont les membrures sont en poirier pays ; fabrication de nasses en bois et bambou ; pêche à la senne, à la palangre, à la traîne… Héritées des Amérindiens, certaines astuces de pêche sont étonnantes. Ainsi, pour attirer et troubler le poisson, les pêcheurs de l’île placent des feuilles de bois enivrant dans les casiers.

Longez la route côtière en laissant la trace du nord à gauche et poursuivez vers Pointe-Noire

Cases créoles traditionnelles

Rue tranquille et cases créoles à Terre-de-Bas

Autour des cases traditionnelles colorées, les jardins créoles sont à Terre-de-Bas bien vivants. Ici règne la culture à trois étages. Tandis que balatas et autres grands bois d’ouvrage sont prélevés  en limite de forêt, fruits de figuiers de Barbarie, de surettes, de citronniers, de grenadiers et de manguiers sont cueillis plus bas, non loin des maisons. Les racines  et tuber-cules tels que patates douces, ignames, manioc et malagas sont cultivés à terre, à proximité des habitations. Grâce à une citerne, chaque famille est indépendante.

Suivez le long du littoral le sentier balisé en bleu et dépassez l’îlet du Pâté

calebasses retDans certains secteurs, vous rencontrerez des arbres portant d’énormes boules. Ce sont des calebassiers, végétaux incontournables dans la culture créole. L’opération « On pannyé on kwi » devrait bientôt leur rendre toute leur importance. Dans un avenir proche, aux caisses des super-marchés, les sacs en plastique ne seront plus distribués. Ce sera une véritable révolution dans notre mode de consommation. Afin de proposer une alternative durable et de renouer avec une tradition bien ancrée, les paniers en liane de siguine et de bambou pourraient les remplacer. Les aliments cuisinés pourraient être versés dans des plats creusés dans des calebasses, appelés « kwi ». Avec la grande diversité des formes de calebassiers présents en Guadeloupe, toute une vaisselle biodégradable pourrait voir le jour.

Au niveau de l’anse à Chaux, remontez par la forêt mésophile vers le morne Sec

Merisier en fleur - Ph. H. Rossignol

Merisier en fleur – Ph. H. Rossignol

En travers de votre chemin, vous rencontrerez peut-être un joli serpent noir avec des taches blanches. Il s’agit de la couresse des Saintes, une couleuvre inoffensive.

Allez vers l’ancienne exploitation de l’Étang puis revenez sur vos pas pour prendre la  » Trace  » du dessus de l’étang, peinte en bleu

Autour de l’ancienne habitation de « l’Étang » située entre les trois mornes, arbres fruitiers ensauvagés, mares et étangs envahis de fougères dorées et de cannes brûlantes témoignent d’un passé révolu. Ces vestiges représentent aujourd’hui un patrimoine à sauvegarder. Lors de votre retour, du morne Sec à Grande-Anse, vous découvrirez de belles vues vers Terre-de-Haut.

Photo Thierry Petit-Lebrun

Le morne Paquette, Grand-Baie et en arrière-plan : Terre-de-Haut – Photo Thierry Petit-Lebrun

Texte : Daniel Kempa
Illustrations : Raymond Joyeux

 

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Quand la Jeanne d’Arc mouillait aux Saintes

1ere-de-couverture-e1373028620954Une fois n’est pas coutume, je vous propose aujourd’hui, chers lecteurs, un extrait de mon récit Fragments d’une enfance saintoise, édité à Terre-de-Haut, aux Ateliers de la Lucarne en 2009. Le passage que j’ai choisi a pour sujet la venue aux Saintes du navire mythique de la Marine nationale, le croiseur-école Jeanne-d’Arc, accompagné le plus souvent de son escorteur principal le La Grandière. Cet événement qui a marqué mon enfance était une tradition bien  établie à une époque où les bâtiments de la Royale ne manquaient jamais de faire escale dans notre rade, souvent à date fixe et pour plus de quinze jours, depuis les débuts de la marine à voile, nous l’avons vu avec l’épisode de Fréminville, jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix. Aujourd’hui, ce n’est qu’exceptionnellement, et pour une journée tout au plus, que mouillent en baie des Saintes les navires de guerre français. Autre époque, autres mœurs, dit-on. Les anciens marins qui me lisent, je sais qu’il y en a, se souviendront, sans doute avec un peu de nostalgie, de leur escale lointaine à Terre-de-Haut, de l’accueil qui leur était réservé et de l’impact auprès de la population saintoise de la présence plus que bien venue dans nos îles de ces fabuleux navires et de leurs sympathiques équipages.

L’arrivée de la Jeanne

L'auteur animant la fête du 15 août en 1972

L’auteur animant la fête du 15 août aux Saintes en 1972

Les occasions de se divertir aux Saintes étaient à cette époque (1950-60), peu nombreuses. La fête patronale du 15 août, point culminant des manifestations communales, avec ses inénarrables discours, ses jeux et compétions, ses feux d’artifice et son bal public, n’était concurrencée que par le réveil en fanfare du 14 juillet, les premières communions et les rares mariages qui ne réunissaient de toute façon que la famille et les amis. Il y avait bien, le temps d’une soirée au Ti-Coq, un tournoi épique de boxe entre nos champions locaux Louloul Hoff et Pierrot Tarquin confrontés à un ou deux faire-valoir de dernière catégorie venus de Guadeloupe, mais à vrai dire, seules les escales annuelles dans notre rade de la Jeanne d’Arc et de ses escorteurs nous apportaient une réelle et durable animation populaire et quelle animation !

C’était bien entendu la gendarmerie qui annonçait par voie d’affiche la venue du navire-école. L’information qui avait déjà fait le tour de la commune était relayée en chaire de vive voix par notre curé, le Père Offrédo, Breton, comme il se doit, et qui n’était pas, le moment venu, le dernier à monter à bord. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui l’excitation fiévreuse de la population de notre petite commune à l’annonce d’un tel événement. C’était à celui qui apercevrait le premier les silhouettes caractéristiques des bâtiments de la petite flotte, car la Jeanne d’Arc était toujours accompagnée de l’aviso La Grandière, d’un autre escorteur et d’un ou deux dragueurs de mines, Le Canopus ou La Croix du Sud.

La Jeanne d'Arc en rade des Saintes - 1960 - Coll. Catan

La Jeanne d’Arc en rade des Saintes – 1960 – Coll. Catan

Dès la nouvelle confirmée, les jeunes gens grimpaient aux mornes pour souffler dans leurs cornes de lambi à la première manifestation à l’horizon d’une fumée de cheminée. Les cris de « mili ! mili ! » (le voici, le voici), se répercutaient alors de crête en crête, de rue en rue, et la population se rassemblait par famille au bord de la mer pour voir apparaître et avancer lentement derrière le Pain de Sucre, la masse imposante et majestueuse de l’un des plus beaux fleurons de la Marine nationale d’alors qui faisait battre à l’unisson le cœur de tous les Saintois… et Saintoises.

rognéeDans un petit carnet lui ayant appartenu et que je garde précieusement, mon père a noté : « La Jeanne d’Arc est arrivée aux Saintes le 3 mars 1951, un samedi avec vent d’Ouest toute la semaine. » C’était en effet le plus souvent aux alentours des vacances de Pâques que nous avions droit, pour pas moins de trois semaines, à la visite traditionnelle des nombreux officiers, élèves-officiers et marins de ces bâtiments de la Royale. Tout avait été prévu pour les recevoir comme il le fallait. Bars, stands, restaurants pavoisés avaient fleuri à leur intention dans le bourg et sur les plages.

Empailleurs d’iguanes, de tortues marines et de poissons armés, lavandières, vendeurs occasionnels de strombes vernis et d’étoiles de mer, constructeurs patentés de voiliers miniatures et de nasses décoratives en lamelles de bambou ; tout un petit monde de pacotilleurs, de livreurs de beignets, de liqueurs et de bière s’étaient préparés depuis des mois à offrir leurs marchandises ou leurs services, autorisés pour la circonstance à monter à bord avec leurs lourds paniers…

L’après-midi, une kyrielle d’embarcations, remplies jusqu’à la lisse d’enfants braillards, de jeunes filles en fièvre et parfois de grand’mères hardies, partaient faire à la rame dix fois le tour de La Jeanne, pour l’unique raison de saluer de la main et de la voix les marins à pompon rouge appuyés au bastingage qui se prêtaient volontiers au jeu innocent et cordial des salutations… Ou qui déversaient par-dessus bord reliefs de repas et déchets de cambuse que les éleveurs de cochons, de cabris ou de poules venaient récupérer sous la manche, dans des bassines appropriées. Il n’était pas rare que, trompés par le roulis ou calculant mal les trajectoires, ils reçoivent sur la tête des seaux de lavures graisseuses, mêlées de pain gonflé et de restes de victuailles, sous les lazzis des promeneurs à l’aviron, pliés de rire dans leurs canots.

Tarzan-L-Homme-Singe-1932_portrait_w193h257Le soir, la chaloupe principale que nous avions baptisée Gros-Nez, à cause de l’énorme défense en corde tressée qui ornait le haut de son étrave, déversait sur les quais, à intervalle régulier, ses cargaisons de gaillards en goguette, venus faire la java à terre, ou installer sur la place de l’embarcadère leur écran de drap blanc et leurs appareils de projection alimentés par un groupe électrogène ramené du croiseur. Nous avions droit aux films muets de Laurel et Hardy ou de Charlot, aux aventures de Tarzan ou de Fernandel qui nous faisaient rire aux larmes, mais également à des histoires plus romantiques ou mélos comme Les deux orphelines qui faisaient pleurer pour de bon tous les spectateurs. Et quand ce n’étaient pas des films qui nous étaient proposés, nous étions invités à bord pour une représentation à la belle étoile de comédies musicales telles que Tout va très bien madame la marquise, interprétées en costumes sur le pont arrière par la troupe des comédiens improvisés de l’équipage. Lilliputiens au flanc de Gulliver, un nombre impressionnant de petits canots, attachés les uns aux autres se dandinaient à la queue leu leu le long de la coque du navire et il fallait avoir bon pied bon œil pour retrouver et regagner le sien dans l’obscurité, sous les commentaires, les rires et les bousculades, à la fin de la séance.

L'équipage aimait se déguiser

Un équipage déluré qui aimait se déguiser

Comme beaucoup de Saintois de mon âge et sans doute aussi plus âgés, je dois mon premier contact avec le cinéma et le spectacle de scène à ces divertissements mirifiques à nos yeux que nous offraient les marins délurés de la Jeanne d’Arc. Le dimanche, après la grand-messe, un défilé en uniforme de parade, avec drapeaux, étendards et fanfare, venait couronner plus militairement les réjouissances. Il fallait être gravement malade pour rester cloîtré à la maison ce jour-là. À ce propos, j’allais oublier de préciser que notre île, ne disposant à résidence ni de médecin, ni de dentiste, ni de pharmacien, c’étaient les services médicaux du navire qui prenaient en charge gracieusement les interventions sanitaires de toute nature, courageusement tenues en réserve pour l’occasion.

images-1En un mot, les escales aux Saintes de la Marine nationale, et de la Jeanne d’Arc en particulier, étaient pour nous, sur tous les plans, plus que providentielles. Nous vivions pour ainsi dire, d’une année sur l’autre, dans la perspective excitante de voir se profiler à l’horizon leurs légendaires silhouettes. Et durant les séjours particulièrement animés de leurs équipages, notre vie était rythmée par les bienfaits qu’ils nous prodiguaient généreusement, ponctuée matin et soir par la musique caractéristique du clairon accompagnant la levée et la descente des couleurs. Musique sur laquelle nous avions composé ce quatrain, chef-d’œuvre de naïveté infantile pour le moins irrespectueuse, que nous chantions en chœur aux récréations :

La France est notre mère
C’est elle qui nous nourrit
Avec ses pommes de terre
Et ses poissons pourris.

Mais la vie n’étant pas faite que de plaisirs ni de refrains simplets, il nous fallait un matin nous résoudre avec tristesse à voir nos amis lever l’ancre et nous, écoliers de 10-11 ans du bout du monde, nous résigner à reprendre à contrecœur le difficile chemin de l’école… jusqu’à l’année suivante.

Raymond Joyeux
Fragments d’une enfance saintoise – 2009

Le La Grandière, escorteur de la Jeanne d'Arc

Le La Grandière, aviso-escorteur de la Jeanne d’Arc

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