Les Jardins de Saint-Éloi : une entreprise à l’accent saintois

Une ancienne propriété agricole réputée

Boutique et accueil des Jardins- Ph. R.Joyeux

Boutique et accueil des Jardins- Ph. R.Joyeux

Avant d’être la célèbre exploitation florale que connaît aujourd’hui toute la Guadeloupe  et, au-delà, nombre de visiteurs européens, amateurs de bouquets colorés de fleurs tropicales, l’Habitation Saint-Éloi était une propriété agricole appartenant à M. Victor LOGNOS, originaire de Terre-de-Haut et arrière petit-fils de Jean-Pierre Lognos, le dernier maire des Saintes. Située au pied des Chutes du Carbet sur les hauteurs de l’Habituée, commune de Capesterre-Belle-Eau, cette habitation a long-temps été réputée pour sa production caféière, sa vanille, sa muscade, ses orangeraies, ses goyaviers et, bien entendu, sa bananeraie et ses racines potagères : malangas, madères, ignames. Des fleurs exotiques de toutes espèces poussant à l’état sauvage, agrémentaient déjà les sous-bois. À l’époque lointaine dont je parle, le site des chutes du Carbet était peu connu et pas du tout fréquenté car difficilement accessible. La route grossièrement pavée, partant de Saint-Sauveur, n’était praticable que par les gros véhicules 4×4, appelés chars, qui venaient se charger en bananes pour les transporter à Basse-Terre où les régimes étaient conditionnés en vue de leur expédition en Métropole.

1970 : premières ventes de plantes en pot et de fleurs coupées

Seconde Chute du Carbet. Ph. R.Joyeux

Seconde Chute du Carbet. Ph. R.Joyeux

Ce n’est qu’au début des années 1970 que Guadeloupéens et vacanciers commencèrent à emprunter en nombre cette route de l’Habituée, nouvellement mise aux normes et macada-misée, permettant ainsi l’accès au merveilleux site des Chutes du Carbet qui allait devenir la première destination touristique de la Guadeloupe proprement dite, les Saintes mises à part. Les années passant et les touristes devenant de plus en plus nombreux, Madame Marie Lognos, fille du propriétaire et épouse de Mr. Martin Bourgeois qui exploitait la propriété avec ses deux fils, eut l’idée d’orner les abords de la maison familiale, jouxtant la route des Chutes, avec des plantes d’agrément et de permettre aux touristes de visiter son jardin personnel. De fil en aiguille, le climat frais et humide de Saint-Éloi et sa terre volcanique fertile étant propices à la prolifération naturelle de fleurs exotiques, ce sont des bouquets de sa composition que Madame Bourgeois propose avec succès aux visiteurs jusqu’à la fin des années 80… En réalité jusqu’au passage du cyclone Gilbert en 1988.

1988 : les ravages de Gilbert

La production bananière de Saint-Éloi, vivotant au gré des fluctuations du marché, de la météo et des aléas de la commercialisation, c’est l’ouragan Gilbert, en septembre 1988 qui mettra brutalement et définitivement fin à son exploitation. Forts du succès de la production artisanale de fleurs, initiée par leur mère, les deux fils BOURGEOIS, Max et Dominique, eurent l’idée d’abandonner purement et simplement toute culture agricole d’exportation et de créer dès la fin de l’année 88 Les Jardins de Saint-Éloi, consacrés à la culture exclusive de fleurs tropicales.

1988 : Gilbert ravage la bananeraie - Ph. R. Joyeux

1988 : Gilbert dévaste la bananeraie- Ph. R. Joyeux

Les débuts furent difficiles. Sans financement personnel, héritant d’un terrain accidenté, dévasté par l’ouragan, il leur  fallut dans un premier temps, à la force du poignet, dégager le sol des moignons meurtris de la bananeraie, de sélectionner, d’assainir et d’aménager les espaces nécessaires à la production florale, d’installer à grands frais pépinières et ombrières et, dans un second temps, se préoccuper de trouver des débouchés commerciaux aussi bien localement qu’au plan national. Fruit des efforts de nos deux jeunes et courageux entrepreneurs, l’entreprise petit-à-petit s’organisa et prit de l’ampleur jusqu’à devenir en moins d’un an la première exploitation florale d’envergure de la Guadeloupe. C’était sans compter sur la folie meurtrière d’Hugo…

 Après Hugo le terrible en 1989, un succès foudroyant

IMG_6677 - copie 3Alors que, grâce aux efforts physiques et financiers fournis, tout avait commencé pour le mieux, que les commandes affluaient et que l’exploitation prenait ses marques définitives, de nouvelles intempéries allaient anéantir le travail d’une année riche en réussite et en projets d’extension. Dans la nuit du 16 septembre 1989, un an presque jour pour jour après Gilbert, le cyclone Hugo dévastait la Guadeloupe et remettait tout par terre à Saint-Éloi, obligeant les responsables des Jardins à retrousser une nouvelle fois leurs manches. Et ce n’est que des mois plus tard, avec l’aide de la Région Guadeloupe, qu’ils réussirent à faire redémarrer l’entreprise, embauchant jusqu’à 27 employés permanents : secrétaire, manutentionnaires, jardiniers, livreurs… De 1990 à 2010, Les Jardins de Saint-Éloi volent de succès en succès. Sur 7 hectares, la production annuelle atteindra en 1997 le chiffre record de 450 000 fleurs, chiffre qui sera doublé en 98/99, toutes variétés exotiques confondues, livrées à domicile en Guadeloupe ou expédiées par chronopost en Métropole et dans toute l’Europe, bénéficiant opportunément du développement d’Internet et de l’informatique pour les commandes.

 Activités de fleurissement et récompenses internationales

affiche1994Outre les livraisons quotidiennes à domicile et un regain d’activité commerciale lors des différentes fêtes populaires telles que Noël, Fête des Mères, Saint-Valentin, Pâques et autres réjouissances, Les Jardins de Saint-Éloi ont été et sont toujours présents à de nombreuses manifestations tant locales que nationales et internationales : Jeux Olympiques d’Alberville en 1992, Congrès des Maires et Foire de Paris en 93, opération La Poste fleurie trois années de suite, Route du Rhum, tous les 4 ans à Saint-Malo depuis 1994 jusqu’à aujourd’hui, Grand Pavois de la Rochelle, chaque année depuis 1996, Salon de l’Agriculture Porte de Versailles plusieurs années, Office municipal du tourisme de Trois-Rivières en Guadeloupe… Autant de prestations et d’excellence qui ont valu à Dominique et Max Bourgeois pour les Jardins de Saint-Éloi, deux fois la Médaille d’Or aux Floralies Internationales de Nantes en 94 et 99, devant plus de 250 concurrents de toutes nationalités.

Une bactérie venue de Hawaï

Ombrières momentanément abandonnées -  Ph. R.Joyeux

Ombrières momentanément délaissées – Ph. R.Joyeux

Toute médaille, fût-elle d’or, ayant malheureusement son revers, en 1993, une bactérie maligne, en provenance présumée de Hawaï, présente dans des plants d’une nouvelle variété florale mise au point en laboratoire, commença à se répandre aux Antilles et dans toutes les exploitations florales de Guadeloupe. Celle de nos amis n’échappa pas à la règle.  Au fur et à mesure de sa lente prolifération, les ombrières de Saint-Éloi et une partie du sol environnant furent contaminées. La maladie mit des années à se manifester, alors que la cellule de l’INRA spécialisée dans l’étude des parades phytosanitaires venait précisément de quitter le département, obligeant les producteurs à expédier en Métropole, à leurs frais, des échantillons de sol et de plants pour analyse et recherche d’un antidote efficace ciblé.

Production et personnel réduits, activité commerciale maintenue

Dominique Bourgeois sous son hangar.- Ph. R.Joyeux

Dominique Bourgeois responsable des expéditions – Ph. R.Joyeux

Opérations de prélèvement et d’expédition méticuleuses, exigeantes et onéreuses, aux résultats aléatoires, qui ne pouvaient durer sans menacer et mettre en péril l’existence même de l’exploitation. Pour la préserver, il fallut se résoudre à fermer momentanément pépinières et ombrières contaminées et à laisser la nature accomplir son œuvre de purification jusqu’à l’éradication complète de la bactérie. Entre temps, Les Jardins de Saint-Éloi, tout en maintenant leur production habituelle de pleine nature et la commercialisation de leurs fleurs coupées, ont vu leur activité diminuer. Réduire le personnel et s’organiser autrement étaient devenus nécessaires, sans préjudice néanmoins pour la clientèle qui a pu, peut et pourra toujours continuer à passer commande et à être livrée sans problème aussi bien en Guadeloupe-même qu’en Métropole et en Europe. Si la boutique de Destreland a dû fermer ses portes, celle de l’aéroport Pôle Caraïbes a été maintenue et les voyageurs en partance peuvent commander, récupérer ou se faire expédier leurs colis comme à l’accoutumée.

Boutique de l'aéroport Pôle Caraïbe

Boutique de l’aéroport Pôle Caraïbes plus que jamais opérationnelle -Photo du  catalogue

En attendant le reprise des plantations

La charmante hôtesse des Jardins - Ph R.Joyeux

Dominique, la charmante hôtesse des Jardins Photo R.Joyeux

Dominique et Max BOURGEOIS, sympathiques et persévérants entrepreneurs, qui ne se sont jamais découragés malgré les aléas bactériologiques et météorologiques, prévoient pour très bientôt la reprise de leurs plantations sous ombrières dès que la situation sanitaire des sols sera redevenue normale. Ils envisagent une extension du domaine floral à Bananier afin de faire repartir l’entreprise sur des bases élargies et biologiquement saines, et de retrouver rapidement leur niveau de production d’avant la survenue de la bactérie, en vue de satisfaire une clientèle exigeante toujours plus nombreuse et diversifiée. Puissent-ils réussir dans leurs projets pour que Les Jardins de Saint-Éloi retrouvent leur éclat d’antan et fassent honneur à leur belle réputation, avec en prime, le sourire de leur charmante hôtesse d’accueil, elle-même d’ascendance saintoise et prénommée elle aussi Dominique ! Et si vous souhaitez en savoir plus, par simple curiosité ou pour toute commande de circonstance, occasionnelle ou régulière, n’hésitez pas, cliquez sur le lien suivant : http://www.jardins-st-eloi.com, vous aurez toutes les informations nécessaires concernant cette magnifique entreprise au pur accent saintois qui n’a pas fini de faire parler d’elle !

Raymond Joyeux

Héliconia naturelle de Saint-Éloi - Ph. R. Joyeux

Héliconia naturel de Saint-Éloi – Ph. R. Joyeux

Cet article a été publié dans Histoire locale. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Les Jardins de Saint-Éloi : une entreprise à l’accent saintois

  1. Alain Joyeux dit :

    Une belle et juste reconnaissance pour Max et Dominique Bourgeois ( et à travers eux, pour leurs parents, Martin et Marie dont je garde un souvenir ému , « Notre Dame des Fleurs » pour ainsi dire). St Eloi résonne au cœur de ma petite enfance. Je fut aussi pendant quelques belles années le voisin direct des jardins de St Eloi et ai toujours pu compter sur leur présence, leur tolérance, leur hospitalité ou un service. De tout coeur, merci .

  2. atht dit :

    Les fleurs, quel matière première formidable non ? En tout cas bravo pour le courage et la persévérance de Mr et Mme Bourgeois. A l’avenir je ne regarderai plus la boutique de Pôle Caraïbe d’un même œil…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s