L’archipel des Saintes : cinq siècles d’histoire

Karoucaera : une appellation amérindienne

carte_des_AntillesLes îles de la Caraïbe n’ont pas attendu l’arrivée de Christophe Colomb pour avoir un nom. Les Amérin-diens avaient baptisé chacune d’elles en fonction sans doute d’une caractéristique géographique particulière. L’archipel des Saintes n’a pas fait exception à la règle : les Callinagos l’avaient nommé Karoucaéra, une appellation proche de Karukéra qui désigne la Guadeloupe proprement dite, et qui signifie L’île aux belles eaux.  Des fouilles archéologiques récentes entreprises à Terre-de-Bas attestent d’un séjour temporaire des Caraïbes dans cette île moins de 300 ans avant l’arrivée des premiers occupants européens.

 Découverte et colonisation

4 novembre 1493 : A son deuxième voyage aux Amériques, le navigateur génois aperçoit au large de Marie-Galante un groupe d’îles disparates. Nous sommes dans l’octave de la Toussaint. Sans chercher plus avant, il les baptise tout simplement Los Santos. Ce n’est que plus tard, le féminin l’emportant pour une fois sur le masculin, que Los Santos deviendront Les Saintes. 3103-Monument-Terre-de-Haut-Les-Saintes18 octobre 1648 : À la tête d’une trentaine d’hommes et du R.P. Mathias de Puy, le commandant du Mé, sur ordre du Gouverneur Houel, débarque à Terre-de-Haut. Ils y plantent « La Croix du Rédempteur ». Cette première occupation tourne court à la suite d’une sécheresse. 1652 : Seconde et définitive occupation conduite par Hazier du Buisson. La population n’excède alors guère 50 personnes. Les îles sont mises en culture. Terre-de-Bas, plus humide, est davantage exploitée que sa voisine. 1653 : Les colons subissent une attaque des Caraïbes de la Dominique repoussée par les hommes de L’Etoile, navire de combat dépêché sur place. 13 septembre 1659 : La Guadeloupe est partagée. Les Saintes deviennent la propriété du Gouverneur Houel. 1664 : L’archipel est acheté par Colbert au nom du Roi puis rattaché dix ans plus tard, avec la Guadeloupe, au domaine royal.

Batailles navales à répétition entre Français et Anglais pour la possession de l’archipel

calo15 août 1666 : Après la destruction le 2 août de deux navires français en rade de Terre-de-Haut par lord Willougby, les Anglais, malmenés par un cyclone dans la nuit du 4 au 5 août, sont défaits par les hommes de la garnison des Saintes commandée par Dulion. Un Te Deum est chanté en l’église de Terre-de-Haut le 15 août. Cet événement est commémoré chaque année à l’occasion de la fête patronale de Terre-de-Haut. 1759-1763 : La Guadeloupe et ses dépendances sont sous le contrôle des Anglais avant de redevenir françaises suite au premier Traité de Paris. 1777 : Début de la fortification des Saintes sur ordre de Louis XVI.

L'amiral De Grasse, commandant la flotte française

L’amiral De Grasse, commandant la flotte française en 1782

12 avril 1782 : La Bataille des Saintes. Date capitale dans l’histoire de l’archipel, ce 12 avril 1782 voit la victoire, dans le Canal de la Dominique, de la flotte anglaise de l’amiral Rodney sur les vaisseaux français commandés par le Comte De Grasse. Cette mémorable défaite française aura pour conséquen-ce, 20 années durant, la suprématie britannique sur les Français dans le guerres de conquête et d’occupation des îles d’Amérique que se livraient les deux grandes puissances maritimes de l’époque. 9 avril 1794 : Les Anglais occupent à nouveau les Saintes qu’ils quittent provisoirement en 1802. 14 avril 1809 : Autre grande date mémorable de l’histoire maritime saintoise, l’exploit légendaire de trois habitants de Terre-de-Haut : l’aubergiste Jean Calo et ses deux comparses, Cointre et Solitaire, qui réussissent à faire s’échapper de nuit par la passe de La Baleine trois vaisseaux français bloqués en rade des Saintes par la flotte anglaise. Ce haut fait controversé ne change rien à la situation de l’archipel qui restera occupé par les Britanniques jusqu’au 30 mai 1814. Il existe plusieurs versions de cet événement dont certaines  atténuent l’exploit personnel de Jean Calo, lequel aurait gagné la terre ferme à la nage alors que, semble-t-il, il ne savait pas nager !

 1816 : Les Saintes deviennent définitivement françaises.

 carte des saintes

1822 : Tragique histoire d’amour entre la créole Caroline et le Chevalier de Fréminville. Ce dernier, embarqué sur La Néréïde en escale aux Saintes, s’éprend de la jolie jeune fille, elle même en villégiature à Morel, un morne dominant la baie du Marigot. Après une première rencontre particulièrement romantique, le marin promet de revenir. Mais son navire tarde à toucher les Saintes. Caroline se noie de chagrin, laissant au désespoir son prétendant qui finira ses jours à Paris, à demi fou, se déguisant en femme. Voir la chronique sur ce sujet  et ses nombreux commentaires : https://raymondjoyeux.com/2014/04/10/amour-tragique-aux-saintes-en-1822/

1844-1867 : Construction du Fort Napoléon. 1851-1856 : Edification d’un pénitencier à l’Ilet à Cabris et d’une prison de femmes au bourg de Terre-de-Haut. 1865-1866 : Une épidémie de choléra asiatique s’abat sur les Saintes. À Terre-de-Haut, plus de 100 personnes, soit un sixième de la population, sont emportées entre novembre 1865 et février 1866.

Batiments ilet1871 : Le pénitencier de l’Ilet à Cabris, dévasté par un cyclone, est transformé en lazaret de quarantaine pour accueillir les engagés asiatiques venus remplacer les esclaves dans les plantations de la colonie, à la suite de l’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848. 9 août 1882 : Jusqu’à cette date, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas ne forment qu’une seule commune. À la demande des conseillers municipaux de Terre-de-Bas et sur proposition de l’unique maire, Jean-Pierre LOGNOS, un décret du Ministre de la Marine et des Colonies, paraphé par le Président de la République Jules Grévy, prononce la séparation des deux îles saintoises en deux communes distinctes. Les communes distinctes de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas sont créées. 1889-1890 : La garnison des Saintes quitte définitivement l’archipel, laissant inoccupées casernes et fortifications. 1928 : Le terrible cyclone qui dévaste la Guadeloupe le 12 septembre n’épargne pas les Saintes. De nombreuses habitations ainsi que la mairie en bois sont totalement détruites. Les archives communales sont dispersées et perdues. 1934 : Création du premier syndicat des marins-pêcheurs des deux îles, L’Union Fraternelle, à l’initiative de Paul-Émile Joyeux.

magloire ret - copie1er mai 1936 : Création à Terre-de-Haut par le Père Georges Magloire, premier prêtre saintois, né à Terre-de-Bas en 1901, d’une école presbytérale destinée à former les prêtres du diocèse de la Guadeloupe. Cet établissement sera transféré à Blanchet, commune de Gourbeyre. Il deviendra collège privé d’enseignement général en 1950 puis Lycée professionnel. 1939-1945 : C’est la guerre en Europe. La Guadeloupe est aux ordres de Vichy, sous la férule du Gouverneur Sorin. De nombreux jeunes Guadeloupéens souhaitent quitter les Antilles pour participer aux combats aux côtés du général de Gaulle. A mi-chemin entre la Guadeloupe et la Dominique, les Saintes sont tout indiquées pour un embarquement clandestin vers les Etats-Unis et l’Angleterre via l’île anglaise. Terre-de-Haut devient alors le point de ralliement des dissidents de la Guadeloupe. À ces futurs combattants, se joignent près de 30 jeunes Saintois, partant de nuit sur des canots à rames. Quelques officiers du croiseur Jeanne d’Arc, consigné à quai à Pointe-à-Pitre, sont de ces convois nocturnes, obligeant parfois les propriétaires de canots à les conduire de force à la Dominique, sous la menace de leurs armes. Pour plus d‘informations sur le sujet, ouvrir le lien ci-dessous : https://raymondjoyeux.com/2014/01/29/la-dissidence-saintoise-pendant-la-guerre-de-39-45/

Conseil municipal 1937 Coll Catan

Conseil municipal élu en 1937 –  Coll Catan

14 mars 1941 : Le conseil municipal de Terre-de-Haut élu en 1937 est destitué et remplacé par une assemblée nommée par le Gouverneur Sorin. Elle a à sa tête un  dénommé Louis de Maynard, notable créole d’origine martiniquaise. 1942 : Le photographe guadeloupéen Adolphe Catan, fait construire à Terre-de-Haut le célèbre « Bateau des Iles » qui deviendra propriété de la commune en 1958 en vue de servir de résidence au médecin de l’île. 1945  :  C’est la Libération. Théodore Samson, (avec l’écharpe sur la photo), retrouve son fauteuil de maire, entouré de ses conseillers. 1946 : La Guadeloupe et ses dépendances deviennent département français d’outre mer. Les deux communes de l’archipel forment alors le canton des Saintes qui élira son premier conseiller général, le docteur René Germain, originaire de Terre-de-Bas. 1951 : Installation du premier groupe électrogène à Terre-de-Haut et fin des travaux du dispensaire qui sera inauguré deux ans plus tard.

gendarmeriePâques 1957 : Incident dramatique à la gendarmerie de Terre-de-Haut : le maire Théodore Samson décède dans les locaux de la brigade à la suite de l’arrestation de son neveu mineur pour une peccadille. Les Saintois s’en prennent aux gendarmes et bombardent le bâtiment de cailloux et de conques à lambi. Plusieurs d’entre eux, principalement parmi les frères Pineau, sont interpellés le lendemain et conduits menottés, sur un bateau de la marine nationale, à la maison d’arrêt de Basse-Terre. Cet épisode marquera longtemps les esprits. Le premier adjoint, Georges Azincourt devient maire en remplacement de Théodore Samson, avant de mourir prématurément lui-même en décembre 1962 des suites d’une opération chirurgicale. Il est remplacé par Eugène Samson, 2ème adjoint au maire qui sera légalement élu en 1965. 15 Août 1958 : Inauguration du premier groupe scolaire en dur de Terre-de-Haut, construit à la place des vieilles classes en bois du Mouillage présentes sur la photo ci-dessous.

Écoliers devant les écoles. Début 20 ème siècle

Écoliers saintois devant les bâtiments d’école. Début 20ème siècle

Février 1965 : Parution du premier N° du mensuel saintois d’information L’ÉTRAVE, animé par Raymond Joyeux, Georges Vincent et le docteur Yves Espiand. Cinq numéros paraîtront de février à juillet 1965. 1966 : L’Étang Bélénus, face à la plage de Grand’Anse, est comblé par le SMA. Une piste d’atterrissage de 600 mètres reçoit les premiers avions de la compagnie Air-Guadeloupe. 1967 : Escale inattendue du paquebot France en baie des Saintes. Les salles de l’ancienne caserne du Mouillage accueillent pour la première fois les élèves du secondaire des deux îles. Ce CEG municipal portera le nom de Jean Calo.

Des années 70 à 2014

1970 : L’explosion touristique conduit à la création des premiers hôtels sur le sol saintois.

Hôtel Kanaoa à Coquelette

Hôtel Kanaoa à Coquelette, l’un des premiers construits à Terre-de-Haut.

Mars 1971 : Une nouvelle municipalité est élue avec à sa tête le docteur René Germain.  1972 : La baie de Petite Anse est à son tour comblée. Le terre-plein ainsi obtenu accueillera la première maison des jeunes et de la culture. Un court de tennis et une piscine d’eau de mer sont aménagés à proximité. Installation d’une petite usine de dessalinisation de l’eau de mer dans le bourg. 1974 : Création d’un syndicat d’initiative à Terre-de-Haut et mise en valeur du Fort Napoléon par le Club du Vieux Manoir relayé depuis par une association locale, l’ASPP. 1983 : Un câble électrique sous-marin relie les Saintes à la Guadeloupe. Cette réalisation d’EDF-Guadeloupe est une première mondiale pour la distance couverte et la profondeur des installations.

jardin FN1984 : Création  du Musée historique et culturel du Fort Napoléon et du Jardin Exotique parrainé par les Jardins botaniques de Monaco et de Nancy. L’ensemble est entretenu, enrichi et géré par l’ASPP. (Association Saintoise de Protection du Patrimoine) Les visiteurs affluent et leur nombre augmente d’année en année. 1985 : Mise en service de l’unité de dessalement de l’eau de mer à Morel. Les Saintois bénéficient pour la première fois de l’eau courante. l'iguaneDécembre 1989 : Création du groupe politique d’oppo-sition L’œil de l’iguane et parution du premier N° de son mensuel L’IGUANE sous la direction de Raymond Joyeux. Ce journal comptera 28 numéros de 8 pages A4 chacun et paraîtra jusqu’en juillet 1993. D’autres publications allégées de la même mouvance prendront la relève par la suite. 1992 : Déficit communal record sous l’administration de Robert Joyeux, élu maire en 1977 et réélu successivement en 1983, 1989 et 1995. Terre-de-Haut est championne de France du déficit communal par tête d’habitants. Les taxes locales augmentent de 400% sur injonction de la Chambre Régionale des Comptes et du Préfet. Elles n’ont pas baissé depuis. 1994 : Les Saintes sont reliées à la Guadeloupe en eau potable par canalisation sous-marine, à l’initiative du Conseil Général. Le problème de l’eau est définitivement résolu  pour les deux îles à partir de cette date. Voir l’historique de ce problème en cliquant sur le lien ci-dessous : https://raymondjoyeux.com/2013/12/18/leau-aux-saintes-un-epineux-probleme-aujourdhui-resolu/

1995 : Inauguration du Collège départemental de Terre-de-Bas. Terre-de-Haut conserve néanmoins le sien dans les salles vétustes de l’ancienne caserne du Mouillage. Elle attend la construction d’un nouvel établissement. 1999 : L’équipe de football, l’AJSS, gagne la Coupe de Guadeloupe. Elle sera la première équipe saintoise à être sacrée championne de division d’honneur départementale en 2012 pour redescendre en seconde division en 2013-2014.

foot

2000 : Démission forcée du maire Robert Joyeux pour gestion calamiteuse sans suite judiciaire. Il est remplacé par son adjoint Louis Molinié. Les Saintes sont résolument tournées vers le tourisme : le cap des 300 000 visiteurs par an est franchi. Mars 2001 : Louis Molinié est élu maire de Terre-de-Haut. Fred Beaujour de Terre-de-Bas. 9 juillet 2002 : Création à TDH de l’association Les Saintes Jazz Festival sous la conduite de Claude Décator, bassiste et professeur de musique au collège des Saintes. Plusieurs manifestations musicales de haut niveau sont programmées jusqu’à fin 2003. 2003 : Le nouveau collège de Terre-de-Haut voit le jour au Marigot. L’ensemble des deux établissements, englobant celui de Terre-de-Haut et celui de Terre-de-Bas porte le nom de Collège Archipel des Saintes.

Église de Terre-de-Bas après le séisme de 2004

Église de Terre-de-Bas suite au séisme de 2004

Dimanche 21 novembre 2004 : Un violent séisme de magnitude 6,3 sur l’échelle de Richter secoue les Saintes et le sud de la Guadeloupe à 8 heures 43. D’importantes répliques durent toute la journée et s’échelonnent sur plusieurs mois. Terre-de-Bas est la plus touchée. De nombreux bâtiments publics et privés sont fissurés ou détruits dans les deux îles. 2007 : Hilaire Brudey est élu Conseiller Général. Il sera le premier Saintois à cumuler les deux fonctions électives de Conseiller Général et Régional du Canton des Saintes. 2012 : Grâce aux aides de l’Europe, de l’État et des diverses collectivités territoriales, les bâtiments publics touchés par le séisme de 2004 sont reconstruits aussi bien à Terre-de-Haut qu’à Terre-de-Bas.

Mars 2014 : Louis Molinié est réélu maire de Terre-de-Haut. Emmanuel Duval  remplace Fred Beaujour à la tête de la municipalité de Terre-de-Bas. La place du Plan d’eau à Terre-de-Haut devient opérationnelle après plusieurs années de travaux. Voir lien ci-dessous : https://raymondjoyeux.com/2014/05/14/terre-de-haut-la-place-du-plan-deau-enfin-operationnelle/

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Raymond Joyeux

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Un commentaire pour L’archipel des Saintes : cinq siècles d’histoire

  1. atht dit :

    Très belle rétrospective de l’histoire de votre île. Jean Calo était morbihannais, né à Hennebont où passe le Blavet qui va se jeter dans la rade de Lorient quelques kilomètres plus loin. Alors malgré tout peut être savait il nager ! Mr Joyeux ,il existe une tombe au cimetière qui « serait  » la sienne, qu’en savez vous ? Concernant le Chevalier de Freminville, sauf erreur de ma part, il a fini sa vie à Brest, et à beaucoup parcouru la bretagne enrichissant ainsi ses notes archéologiques et historiques. Les répliques après le tremblement de terre de 2004 m’ont parfois réveillé la nuit ….mais nullement effrayé. Que peut il m’arriver sur ce que j’appelle mon « caillou du bonheur » ?

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