Un gendarme à Terre-de-Haut en 1945

Ancienne gendarmerie de TDH aujourd'hui Office du Tourisme

Ancienne gendarmerie de TDH aujourd’hui Office du Tourisme

Alors qu’il y a peu Terre-de-Haut et Terre-de-Bas disposaient chacune de  leur propre gendarmerie et de leurs gendarmes attitrés, il n’existe aujourd’hui qu’une seule et unique brigade pour les deux îles de l’archipel. Son personnel, au nombre de six, a intégré voilà 6 ans ses locaux flambant neufs du quartier de Marigot, non loin du stade et du collège Archipel des Saintes. Éloignés ainsi du centre-bourg, ces nouveaux bureaux ne facilitent guère les démarches des habitants qui auraient souhaité qu’en cas de nécessité, une annexe de proximité leur évite un trop long et pénible déplacement sous le soleil. Le récit qui suit est un document unique. Il décrit l’arrivée, l’installation et les conditions de service à Terre-de-Haut en 1945 du seul gendarme de la localité, logé à l’époque dans le bâtiment de l’actuel Office du Tourisme, longtemps estampillé Gendarmerie Nationale. Ce gendarme a pour nom VISDELOUP Fernand. De passage aux Saintes en 1985, alors qu’à 72 ans il profitait de sa retraite, il a laissé ce témoignage à l’un de ses collègues, le Mdl/Chef BENEDETTO, de qui je tiens moi-même le document. Mais laissons la parole au gendarme breton VISDELOUP Fernand :

 2 juillet 1945 : départ de Marseille

« Lorsqu’en mars 1945 j’établissais ma demande de mutation pour la Guadeloupe, je réalisais un vieux rêve que je nourrissais d’aller vivre dans les Colonies, comme l’on disait alors. Les primes d’installation ou autres n’existaient pas et la solde était la même qu’en métropole malgré que le coût de la vie outre-mer soit plus élevé et l’inflation galopante. En outre, nous étions logés mais non meublés. C’était donc bien le désir de vivre une vie différente qui nous poussait à partir, à quitter nos familles. Ma demande fut accueillie favorablement et mon départ fixé au mois de juillet de la même année. La guerre venait juste de se terminer et l’armistice signé le 8 mai.

Le Paquebot Colombie reliant les Antilles à la France en 1945

Le Paquebot Colombie reliant les Antilles à la France en 1945

Les besoins en personnel pour l’outre-mer étaient grands car une relève importante devait s’effectuer dans toutes les colonies où l’effectif n’avait pas été renouvelé depuis la déclaration de la guerre en 1939. C’est pourquoi je fus invité à partir en si peu de temps. D’emblée, j’eus à surmonter un premier obstacle : mon épouse ne me rejoindrait que quelques mois plus tard avec mes deux enfants. Je devais partir en célibataire. Bien entendu ma famille devait quitter le logement que nous occupions à la brigade, mais, étant sans famille, mon épouse ne savait où se réfugier. Elle était, de plus, enceinte de trois mois. Par de nombreuses démarches, j’ai réussi, grâce au fait qu’elle était enceinte, à obtenir du commandement qu’elle m’accompagnât (…), et nous avons pu embarquer à Marseille le 2 juillet 1945 avec 35 autres camarades que leurs épouses n’accompagnaient malheureusement pas…

5 août : arrivée à Pointe-à-Pitre

Le Colombie à quai à Pointe-à-Pitre

Le Colombie à quai à Pointe-à-Pitre

Après une escale de 2 jours à Oran, 10 à New-York et 34 jours de voyage nous arrivâmes à Pointe-à-Pitre le 5 août 1945. (…) À cette époque, l’effectif total de la Guadeloupe était de 76 gradés et gendarmes encadrés par trois officiers regroupés au sein d’un détachement basé à Saint-Claude. (…) Je fus affecté pour deux mois à la brigade du Moule. Lors de ma première patrouille à bicyclette, j’eus le plaisir de sortir avec mon adjudant qui, après 11 ans de présence, avait bien besoin de rentrer au pays. À mon retour, j’avais les cuisses rougies, couvertes de cloques dues aux coups de soleil sur une peau affreusement blanche. Je n’étais pas habitué au port du short en service et l’emploi de la bicyclette aggravait la situation en exposant plus particulièrement les bras et les cuisses. Mon Commandant de Brigade eut un mot de réconfort en me prédisant : « Vous vous habituerez, vous verrez ! » Effectivement je finis par m’habituer mais pas sans douleurs ; les lotions solaires n’existaient malheureusement pas. (…)

Une mutation bien venue à Terre-de-Haut

Une arrivée à Terre-de-Haut autrefois

Une arrivée à Terre-de-Haut après la guerre

Je n’eus que le temps de m’adapter à la Guadeloupe que déjà je me trouvais muté à Terre-de-Haut. En effet, certains lieux de Guadeloupe étaient infestés de maladies les plus diverses, imposant de faire tourner le personnel pour qu’il ne reste pas exposé trop longtemps dans les coins réputés insalubres. Terre-de-Haut, petite île reliée à Basse-Terre au moyen de liaisons assurées par un voilier mixte « La Belle Saintoise » en deux heures lorsque le temps était au beau, était dotée d’un climat sain. Seul gendarme sur l’île, je surveillais une circonscription démunie de route – juste des chemins pédestres – sans véhicule, à l’exception, si je puis dire, du vélo appartenant au fils du maire et de la brouette municipale utilisée par toute la population pour transporter les paquets déchargés sur le quai. Il m’arrivait parfois de me faire déposer par les pêcheurs à l’Anse des Mûriers à Terre-de-Bas et de rejoindre à pied les Petites Anses distantes de quatre kilomètres par le morne, pour y retrouver mon collègue de la brigade locale, tout aussi isolé que moi. Nous n’avions ni radio ni téléphone. Un médecin passait une fois par mois en consultation. Lorsqu’un message urgent devait m’être adressé, la plupart du temps pour m’annoncer la venue du Gouverneur en vacances, c’est un radioamateur installé au lieu dit La Colline qui le recevait en graphie et me l’apportait. J’étais si isolé que j’aurais pu partir quinze jours en Martinique sans que personne ne s’en aperçoive.

Logement inconfortable et rustique mais rhum gratuit

Ancienne distillerie Marquisat à Capesterre

Ancienne distillerie Marquisat à Capesterre

J’habitais avec ma famille dans le logement de l’actuelle brigade – (aujourd’hui devenue Office du Tourisme –  NDLR). À l’époque, les douches, les WC et la cuisine n’existaient pas. Mon épouse cuisinait dans un petit local derrière le bureau, sur un feu de bois. Le café était réchauffé sur un réchaud à alcool alimenté avec du rhum perçu gratuitement auprès de la distillerie Marquisat de Capesterre Belle Eau. Les seuls meubles dont nous disposions, je les avais fabriqués avec de vieilles planches, quant aux caisses utilisées pour le transport de nos effets personnels depuis la métropole, elles nous servaient d’armoires. Nous avions toutefois acheté les lits en arrivant. Lors des inspections, le lieutenant commandant de section, en raison de la fréquence réduite des liaisons maritimes, était obligé de rester deux ou trois jours avec nous. Il mangeait à notre table. La première fois, mon épouse lui avait aménagé un couchage dans une pièce à l’écart, sans moustiquaire pour se protéger. Il fut dévoré par les moustiques et passa une nuit blanche. Les fois suivantes, mon épouse étant moins sensible que lui aux piqûres de ces sales bestioles, dormait sur le couchage de fortune et mon officier occupait royalement la place à côté de moi dans notre grand lit. Rassurez-vous, nous n’eûmes jamais de scènes de ménage.

Office du dimanche et cuvée spéciale

3Les Saintois étaient des gens affables, très solidaires et courageux pour affronter la mer. Ils étaient aussi, comme tout marin-pêcheur d’où qu’il soit, très croyants. Je compris que pour m’intégrer plus facilement, je me devais d’aller à la messe. Je sus qu’ils y attachaient une grande importance et observaient mon attitude à l’égard de l’église. Bien que jamais je ne portais l’uniforme, le dimanche j’enfilais la grande tenue blanche, rasais de frais une barbe de trois jours et me rendais à la messe où j’avais, comme le maire, à l’écart des fidèles, une chaise réservée dans le chœur même de l’église. À l’issue de l’office religieux, il était d’usage pour les hommes de se rendre au bar « Le Coq d’Or » qui existe toujours sur le quai, finir la matinée à jouer aux fléchettes. Je souscris donc à l’usage établi et emboitais le pas au groupe d’hommes. La règle voulait qu’à chaque fin de partie – et la matinée en comptait de nombreuses – le perdant paye la tournée générale au rhum vieux. Je perdis souvent et bus beaucoup. Je rentrais chez moi dans un état lamentable. J’étais partisan d’une intégration réussie mais le prix à payer se révélait trop lourd. Je ne tenais vraiment pas à rentrer ivrogne et cirrhosé en métropole à la fin de mon séjour. Je décidai d’aller voir la patronne du Coq d’Or, Mme Azincourt, et lui demandai de me préparer une bouteille remplie de café dilué d’eau qui ressemblait à s’y méprendre à du rhum vieux. Vous savez, comme la fameuse marque de boisson qui ressemble à de l’alcool mais qui n’en est pas !

Une intégration réussie

Le Coq d'Or transformé en boutiques

Le Coq d’Or transformé en boutiques de souvenirs

Le dimanche suivant, sans appréhension aucune, je me rendais au Coq d’Or. Plus les parties duraient, plus je gagnais. Mes adversaires commençaient à « accuser le coup » et leurs tirs y perdaient en précision. Moi, sirotant tranquillement ma cuvée spéciale, je tenais la grande forme. Les joueurs n’y comprenaient plus rien. Pleins d’admiration, ils s’exclamaient : «  Eh bien, brigadier, en une semaine tu es devenu un vrai Saintois. » Ou alors : «  Tu n’as pas mis longtemps à t’habituer au rhum, brigadier. » Lorsque midi sonna, je leur assénai le coup de grâce en payant ma tournée. Mais cette fois, je bus du vrai rhum : c’était l’heure de l’apéritif. Ce subterfuge me permit quand même de tenir deux ans sans dommage. Il ne fut jamais éventé. Ainsi, petit à petit, la ruse aidant, je fus intégré.

Un homme fort et courageux

Unknown-1Mais je le fus vraiment lorsque je parvins à réussir deux affaires judiciaires. La première en arrêtant le plus grand chapardeur de l’île, un individu irascible et belliqueux, mal aimé de tous. Je ne le revis d’ailleurs jamais après son transfert sur Basse-Terre. La deuxième en mettant sous les verrous l’auteur de coups et blessures portés avec un coutelas. Un pêcheur vint me chercher à la brigade et m’informa qu’un voisin venait d’avoir la cuisse traversée d’un coup de couteau donné par un forcené qui s’était depuis enfermé chez lui. Je récupérai aussitôt mon P.A. – précautionneusement roulé dans un chiffon gras d’où il n’était jamais sorti d’ailleurs pour y retourner définitivement après mon intervention – et me rendis sur place. Devant la foule apeurée, plaqué au mur, l’arme en main, je me poste près de la porte et interpelle le violent en lui intimant l’ordre de me jeter son couteau. Ce qu’il fit à mon grand étonnement, aussitôt et sans histoire. Conduit au violon municipal (la geôle) dépourvu de porte, nous l’avons gardé toute la nuit en obstruant de pierres l’entrée. Le lendemain, menottes aux poignets, je le transférais à Basse-Terre. À ce jour, je devins le brigadier des Saintes, l’homme fort et courageux. Je fus adopté sans réserve.

L’arrivée du Montcalm

J’étais ravitaillé en langoustes, que faute de réfrigérateur, j’attachais avec une ficelle sous les quais pour les conserver vivantes. Parfois, lorsque j’étais absent, les pêcheurs allaient eux-mêmes attacher les langoustes qu’ils m’apportaient. J’avais la surprise d’en trouver quelques unes de plus à mon retour. Je passais mon temps à pêcher, à bricoler ou à élever des poules. Un jour que justement je rafistolais le poulailler, j’entendis crier : « Mi bâtiment-là … Mi bâtiment-là… ».

montcalmLes habitants venaient d’apercevoir un bâtiment de la Marine Nationale, le MONTCALM, mouiller dans la rade. Aussitôt, je me précipitais chez un ami pour emprunter sa barque, sans prendre le temps ni de me changer (j’étais vêtu d’un short et d’un maillot de corps), ni de me raser. À la rame je rejoignis le navire, impatient que j’étais de retrouver des gens du pays. Arrivé à sa hauteur, j’interpellai le premier marin que j’aperçus : – « Y a t-il des Bretons à bord ? » – « Oui, 80 %  » me répondit-il. Puis m’observant de la tête aux pieds, il ajouta : « Mais qui êtes-vous ? » Il est vrai que dans la tenue où je me trouvais il devait être loin de penser que je représentais la loi dans cette île. « Je suis le gendarme en poste dans cette île. » Je fus aussitôt hissé à bord, fêté, congratulé, invité à boire le verre de l’amitié dans le carré des officiers mariniers. Nous étions là à évoquer nos souvenirs du pays breton lorsqu’un marin entra brusquement et s’adressant à moi, dit : «  L’amiral veut vous voir dans son salon » – « Quoi, moi  ? mais pas dans cette tenue », lui dis-je interloqué. Désignant d’un geste ample de la main mes vêtements, il me répondit : « L’amiral a précisé de venir dans la tenue où vous vous trouvez. Si vous voulez me suivre, je vais vous y conduire ». (…)
Je quittais le bord chargé de provisions, vin, fromages, beurre, toutes ces denrées que nous n’avions pas goûtées depuis si longtemps. Le lendemain, le Montcalm leva l’ancre, emportant dans ses flancs l’or de la banque de France, mis en sûreté aux Antilles au début de la guerre. Je n’eus plus de contact avec la Marine Nationale.

Leçon de natation

natation copieIl m’arrivait souvent de pêcher, assis au bord du quai, activité qui constituait ma principale distraction. Un matin, absorbé par ma pêche, je n’entendis pas un groupe de gosses surgis dans mon dos et qui me poussèrent prestement à l’eau. Ils étaient loin d’imaginer, eux qui apprennent à nager en même temps qu’ils apprennent à marcher, qu’un homme de 30 ans ne sût pas nager. Je coulai aussitôt mais, en me débattant, réussis à regagner la surface et à me raccrocher à un des piliers du quai, couvert de concrétions qui me labourèrent les cuisses. Inquiets et surpris, les gosses m’aidèrent à remonter. C’est ce jour-là qu’ils décidèrent de me donner des cours de natation. C’est ainsi que l’on put voir les jours suivants le brigadier allongé dans l’eau, le menton reposant sur une perche tenue de chaque côté par les gamins, s’évertuant à effectuer les mouvements de la brasse. Il me suffit de quelques leçons pour acquérir les rudiments de la natation et pouvoir, seul, faire le tour du quai, sous les acclamations des enfants, heureux qu’ils étaient d’avoir appris à nager au brigadier, vous pensez !

Départ des Saintes

adieu foulardMon épouse mit au monde au dispensaire une petite fille nommée Marie-Thérèse quelques mois après notre arrivée à Terre-de-Haut, mais elle ne se remit jamais vraiment de cet accouchement et sa santé demeurait précaire. Après avoir passé vingt mois à Terre-de-Haut, je fus muté sur la Guadeloupe, à Gourbeyre exactement. Six mois plus tard, avec un préavis de douze heures, le camion de la section me déménagea pour m’emmener à Morne à l’Eau… Puis je terminai les deux mois qui me restaient à faire au Moule, à la brigade où j’avais commencé mon séjour. La boucle était bouclée. »

Gendarme Fernand Visdeloup

PS : Aucune modification n’a été apportée au texte original. Seuls certains passages ont été volontairement coupés ou abrégés, en particulier les détails sur l’escale à New York, les différents séjours en Guadeloupe continentale et la réception chez l’amiral, à bord du Montcalm. J’ai estimé que s’ils avaient en soi un grand intérêt, ils allongeaient inutilement la chronique et s’éloignaient du sujet principal : le service de l’auteur comme gendarme à Terre-de-Haut.
R.Joyeux

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Patrick PÉRON : historien, poète, romancier

Un premier roman

livre péron - copie amélioré - copie 2En matière de publication, Patrick PÉRON est un récidiviste. Que dis-je, un récidiviste ? un multirécidiviste ! Après sa Petite Histoire de Terre-de-Haut, île française d’Amérique, éditée en 2003 à l’ASPP, dont il se défend, à tort selon nous, de l’avoir écrite en historien ; après ses contributions savantes à de nombreux ouvrages collectifs ; après enfin son recueil de poésie Blues paru en 2010 chez Bénévent, il vient de publier chez l’éditeur guadeloupéen Nestor son premier roman. Intitulé Meurtres au bagne des Saintes, cet ouvrage de 243 pages nous tient en haleine de la première à la dernière ligne tant le récit, conduit avec brio, mêle adroitement Histoire des Saintes, avec un grand H, suspense et imagination. Roman que l’on peut se procurer pour la somme de 18 euros chez l’auteur, route de Pain de Sucre, au Fort Napoléon ou à la boutique de la presse à Terre-de-Haut, à proximité de la mairie.

Un auteur confirmé

PERONMais avant tout qui est Patrick PÉRON ? Originaire du Pays Basque, amateur de rugby et de poésie, grand lecteur entre autres du Canard enchaîné, cet instituteur laïc, né en 1950, est arrivé aux Saintes au début des années 70 et a fait toute sa carrière d’enseignant à l’école communale de Terre-de-Haut, localité insulaire où il semble avoir élu définitivement domicile. Parallèlement à ses activités professionnelles, passionné d’histoire et de culture locales, il crée en 1974 l’ASPP, Association Saintoise de Protection du Patrimoine dont il assurera la présidence et l’animation pendant plus de 25 ans et dont le siège est depuis l’origine jusqu’à ce jour situé au Fort Napoléon. Retraité de fraîche date de l’Éducation nationale, ayant cédé sa place de Président de l’ASPP à Bernard TARQUIN, lui-même ancien professeur des Écoles, Patrick Péron se consacre aujourd’hui exclusivement à l’écriture… pour notre plus grand plaisir.

Le Fort Napoléon : source manifeste d’inspiration

les_saintes_fort_napoleonAujourd’hui Musée départemental d’histoire, de culture et de traditions régionales, le Fort Napoléon, monument historique s’il en est, dont la construction s’échelonna sur 23 années, est un ouvrage fortifié à vocation initialement militaire mais qui n’a jamais servi en tant que tel. C’est pourtant ce haut-lieu historique exceptionnel qui a sans aucun doute influencé notre auteur et contribué à l’engager, sous l’égide de son Association, dans la recherche et l’acquisition d’archives de toute nature, d’objets et de documents rares, ayant trait à l’histoire et à la culture des Saintes, depuis leur colonisation en 1648 jusqu’à la fin du 20ème siècle. En passant bien entendu par toutes les guerres et occupations successives, légendes et péripéties maritimes et terrestres qui ont ponctué la vie de notre archipel pendant plus de trois siècles, dont, entre autres, la fameuse Bataille des Saintes, l’achèvement du Fort en 1867, et la présence sur l’îlet à Cabris d’un pénitencier de sinistre mémoire. Autant d’édifices, d’événements grands et petits, de dates et de personnages que, par archives interposées, et en sa qualité de président de l’ASPP, Patrick Péron a côtoyés durant de longues années, qu’il connaît parfaitement, c’est peu de le dire, sur le bout des doigts et qu’il utilise habilement aujourd’hui en toile de fond de son premier roman.

Point de départ : la Bataille des Saintes en 1782

bataille des saintesC’est d’ailleurs par un épisode de la Bataille des Saintes, le 12 avril 1782, que débute le roman. Ce jour-là, la flotte française, commandée par De Grasse, cède sous le feu des canons anglais au milieu du Canal de la Dominique. Mais avant que le navire amiral, Le Ville de Paris, démâté et meurtri, ne soit remorqué désarmé en rade de Terre-de-Haut, une petite chaloupe réussit à s’extirper du gros de la flotte en déroute et atterrit à l’anse Cahouenne, avec à son bord un capitaine de vaisseau à l’agonie et un mystérieux coffre qui ne doit absolument pas tomber aux mains des Anglais. Patrick Péron prétend, en 4ème de couverture que tout est vrai dans son récit, excepté justement l’épisode de ce coffre, sorti, précise-t-il, tout droit de son imagination. Mais du début à la fin de l’ouvrage, l’intrigue est tellement bien agencée autour de ce coffre, véritable colonne vertébrale du roman, qu’on finit par se prendre au jeu et à douter de cet avertissement de l’auteur. Bref, en 1782, alors que les Saintes sont redevenues anglaises, ce coffre, enterré à la hâte sous un buisson épineux, à l’extérieur du Fort Louis, futur Fort Napoléon, est en réalité le prétexte romanesque qui transformera peu à peu le récit en chasse au trésor et surtout en véritable roman policier.

Août 1865 : le pénitencier de l’Îlet à Cabris

De 1782, pour les besoins de l’intrigue, nous passons sans transition au mois d’août 1865. À cette date, le pénitencier de l’Îlet à Cabris,  installé autour des ruines du Fort Joséphine, tourne à plein régime. Sous la surveillance de matons, impitoyables envers les prisonniers mais souvent rivaux entre eux, les forçats sont réquisitionnés pour travailler à l’achèvement du Fort Napoléon, en particulier au creusement du puits du balancier qui permettra le fonctionnement du futur pont-levis. Et c’est là que le récit va prendre un nouveau départ et les événements se précipiter. Un prisonnier du nom de Viale, forte tête destinée au bagne de Cayenne, découvre sous le fer de sa pioche le fameux coffre enterré depuis 83 ans mais qui semble intact.

forçats

Il avertit son surveillant Corneille, dit La Roquille, intéressé lui aussi par cette découverte. Sans donner l’éveil, les deux hommes, devenus complices, trouvent un moyen astucieux de le transférer à l’îlet à Cabris et, en attendant l’occasion de se partager son contenu, l’enterrent à leur tour près d’une citerne, faisant chacun de son côté des rêves d’une vie meilleure. Nous sommes ici en pleine fiction, comme nous avait prévenus l’auteur. Mais entre septembre et novembre 1865, des événements imprévus, parfaitement historiques ceux-là, et un premier meurtre, imaginé par l’auteur, viennent contrarier sérieusement les projets de nos deux lascars et mettre brutalement fin à leurs rêves de richesse. Événements qui laissent toutefois le temps au disciplinaire Viale, par un moyen que je vous laisse découvrir, d’informer son frère en France de l’existence, du contenu et de l’emplacement de ce coffre, dont plus personne n’entendra parler jusqu’en… 2012.

 Nouveau saut dans le temps : Terre-de-Haut 2012

Citerne de l'Îlet à Cabris près de laquelle Viale a enterré le coffre

Citerne du Pénitencier près de laquelle Viale a enterré le coffre dans le roman de P.Péron

C’est en l’année 2012 en effet, le 20 juin exactement, qu’un mystérieux personnage, un certain Lucien Grémaud, venu directement de Métropole, débarque à Terre-de-Haut et descend dans un hôtel bien connu de l’île. Après plusieurs visites au Fort Napoléon pour compulser archives et documents, sous l’œil inquisiteur et méfiant du responsable des lieux, un dénommé Dupeyron, (suivez mon regard), l’individu se rend à plusieurs reprises à l’Îlet à Cabris.  Son comportement étrange et ses allées et venues répétées intriguent Dupeyron qui s’interroge sur ses intentions et finit par le suivre en douce à l’Îlet à Cabris. C’est alors qu’un nouveau meurtre est commis, à un siècle et demi d’intervalle, quasiment au même endroit que celui de 1865. Mais si le premier a été élucidé en son temps, ce second assassinat pose problème. Surtout que vient s’y greffer un trafic d’espèces protégées, donnant lieu à deux enquêtes parallèles de la gendarmerie de Terre-de-Haut.

Un deus ex machina venu du Pays Basque

Pays basqueEntre temps, un commissaire de police basque, Iñaki CASSIN, (suivez à nouveau doublement mon regard), à la solide réputation de fin limier, voulant retrouver ses racines saintoises, profite d’un congé pour se rendre à Terre-de-Haut avec la ferme intention d’y soigner une récente entorse à la cheville et de se renseigner sur ses origines familiales. Mais sollicité dès son arrivée par les gendarmes locaux auxquels il rend une visite amicale, il se retrouve mêlé malgré lui aux enquêtes en cours dont il ne tardera pas à prendre la direction… Et c’est alors que le fameux coffre, si l’on peut dire, refait surface. Coffre autour duquel toutes les interrogations vont graviter. Qu’est venu faire Lucien Grémaud à Terre-de-Haut ? Qui a-t-on assassiné le 22 juin à l’Îlet à Cabris et pourquoi ? Comment expliquer le comportement ambigu de Dupeyron, responsable de l’Association du Fort Napoléon ? Quels sont ces trafiquants d’espèces protégées et quel rôle jouent-ils dans toutes ces affaires ? A-t-on, pour finir, retrouvé la trace du coffre de Viale et son prétendu contenu ? Autant de fils d’un écheveau complexe que le commissaire CASSIN sera chargé de démêler, épaulé par des gendarmes manifestement dépassés par les événements.

Une trame fictionnelle, un cadre et des personnages bien réels

watsonSi Patrick Péron consacre les deux derniers tiers de son livre à cette troisième et ultime partie d’une chasse au trésor rocambolesque, dont les péripéties se déroulent et s’enchaînent sans accroc sur seulement une quinzaine de jours, du 20 juin au 6 juillet de l’année 2012, avec tous les ingrédients du roman policier, il a eu bien raison de nous prévenir en 4ème de couverture. Sans sortir en effet du cadre géographique local, c’est à partir de ce troisième volet du roman, jusqu’à son dénouement et la surprise finale que, véritablement, l’imagination du romancier et elle seule, aiguillonnée par un sens aigu de l’intrigue policière bien ficelée, prend le pas sur le récit historique amplement exploité et mis en valeur au tout début de l’ouvrage. Mais pour ceux qui connaissent la réalité saintoise d’aujourd’hui d’une part, les origines, la personnalité et le parcours personnel de l’auteur d’autre part, pour ceux qui connaissent enfin le patronyme typiquement local de celle qu’il a épousée, sans vouloir minimiser le moins du monde ses mérites, son talent et sa subtilité d’écrivain, bien au contraire, cette dernière partie du livre de Patrick Péron est cousue de fil blanc. Du moins en ce qui concerne les lieux multiples de l’action et les personnages évoqués. C’est dire que le lecteur saintois ne sera pas du tout dépaysé en abordant la partie contemporaine du roman. Il saura facilement repérer successivement qui est qui, par le rôle que l’auteur assigne à certains de ses personnages et par le nom ou le prénom, même déformé, qu’il leur donne. Une raison supplémentaire, quoique ce ne soit pas la principale, pour tous les Saintois de se précipiter chez leur libraire et de se procurer sans attendre cet ouvrage doublement digne du plus grand intérêt.

Un roman policier sur fond d’Histoire locale

Élément du Pénitencier de l'Îlet à Cabris

Vestiges d’un bâtiment du Pénitencier de l’Îlet à Cabris

Car, pour le Saintois en particulier et pour tout lecteur en général, ce livre est l’occasion non seulement de découvrir un auteur – si ce n’est déjà fait – mais de parcourir avec délectation une grande partie de l’Histoire locale : les circonstances et les retombées de la Bataille des Saintes, bien sûr, l’achèvement du Fort Napoléon, les conditions de vie des forçats au pénitencier de l’Îlet à Cabris et bien d’autres faits historiques que je ne citerai pas pour ménager le suspense. Dans un style alerte et efficace, sans effets littéraires superflus, mais non parfois sans un brin d’émotion et de poésie, surtout lorsqu’il évoque sa région d’origine et s’attarde sur certaines descriptions de son île d’adoption, Patrick Péron fait preuve d’une grande maîtrise de la construction narrative et policière. Bref, son livre est à mettre, comme on dit, entre toutes les mains. Livre que, si j’étais professeur d’Histoire ou de Français, je n’aurais pas hésité à recommander à mes élèves et, pourquoi pas ? à étudier en classe comme support de l’approche du roman policier et de l’Histoire locale. Un beau cadeau en tous cas, à mettre d’ores et déjà de côté pour Noël !

Raymond Joyeux

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Marianne d’Or : Terre-de-Haut distinguée

Une cérémonie de haute tenue 

Marianne-lauriers rognéeLe vendredi 15 août 2014, jour solennel de la fête patronale, le maire de Terre-de-Haut recevait en grandes pompes une superbe et étincelante Marianne d’Or, des mains mêmes de son co-fondateur, le journaliste Alain Trampoglieri, venu spécialement de Paris pour la circonstance.  Initié en 1984 par Edgar Faure, ancien ministre du Général De Gaulle et du Président Georges Pompidou, ce trophée national est censé récompenser officiellement les communes de la République remplissant un certain nombre de critères drastiques en matière de protection environnementale (appelée aujourd’hui développement durable), de démocratie participative et, surtout, de gestion exemplaire des deniers publics. Chacun peut retrouver sur le Net les conditions d’attribution de cette récompense dont une phrase résume toute la philosophie : « honorer les élus qui méritent que leurs actions novatrices porteuses de bon sens, de modernité et de réforme soient reconnues et citées en référence. » C’est dire que, depuis 30 ans qu’existe ce label convoité, rares sont les communes hexagonales qui ont eu le mérite et l’insigne honneur de le recevoir ! Quant à l’Outre-Mer, n’en parlons pas, Terre-de-Haut, est, à ce jour, à notre connaissance, la première et seule collectivité hors la Corse et la Métropole à l’avoir obtenu… On comprend dès lors la légitime fierté de son maire et de certains Saintois face à cette reconnaissance publique, fierté manifestée déjà par les mêmes, 24 ans auparavant pour un événement similaire.

1990 : l’Oscar de l’Environnement 

Voilà 24 ans en effet, c’était le Ministre de l’époque en charge de l’environnement, Brice Lalonde en personne, qui décernait à notre commune, du temps du précédent maire qui n’a pas cessé de s’en vanter, un premier OSCAR, le seul attribué en France en 1990, pour « la politique globale de la municipalité en faveur de la protection de la nature. » Terre-de-Haut est donc, en ce domaine une habituée des récompenses pour ses actions – réelles ou  supposées –  en faveur de la sauvegarde et de la protection environnementale, de la salubrité publique, de la participation des citoyens-administrés au débat démocratique, de la gestion exemplaire de son budget communal et j’en passe… Pourtant, déjà dans les années 90, le déficit communal, atteignait des sommets, faisant de Terre-de-Haut, la commune la plus endettée de France. Pourtant, à l’époque, l’opposition municipale – comme aujourd’hui – porte-parole de la moitié de la population prétendait n’avoir jamais été ni reconnue ni écoutée par les autorités en place…

Décharge du Chameau -années 1985- 2012- Vue partielle - Ph. Alain Joyeux

Décharge tout venant du Chameau -années 1985- 2012- Vue partielle – Ph. Alain Joyeux

Pourtant, surtout, à cette époque, la décharge à ciel ouvert de la colline du Chameau, plaie pestilentielle en pleine nature, faisait écrire à un observateur du cru : « Les Saintois qui connaissent un tant soit peu leur île, et nos amis visiteurs qui ont gardé de leur excursion au Chameau l’inoubliable et sordide souvenir des myriades de mouches tourbillonnant sur les vapeurs fétides de la décharge communale, ont dû dresser l’oreille en entendant le scoop à la radio, ou écarquiller singulièrement les yeux en découvrant à la télévision les images surréalistes de la remise du prix ! » et de conclure : « Il faut se rendre à l’évidence, aucun des membres du jury qui a couronné Terre-de-Haut comme la commune la plus propre de France et d’Outre-Mer n’a certainement jamais mis les pieds aux Saintes, ou alors on a peine à imaginer dans quel état d’insalubrité et de dégradation ont été trouvées les autres localités en compétition… »  Ces réflexions étaient loin d’être flatteuses pour la commune et pourtant, cruelle et têtue, la réalité était bien là… contredisant tous les critères d’attribution du prix en question.

15 août 2014 :  la Marianne d’Or 

réhabilitation chameau - copieCe qu’il faut savoir avant d’aller plus loin c’est qu’un tel trophée n’est pas gratuit. Les membres du secrétariat, organisateurs du concours national de la Marianne d’Or ne sont pas des philanthropes. Et cela se comprend. Outre un formulaire officiel de candidature à remplir et un dossier sérieux et sincère à présenter, mentionnant les actions entreprises, – et les projets réalisés sur le terrain – aussi bien matériellement que pédagogiquement, il faut, selon nos informations, joindre à son courrier un chèque de 2400 euros. Somme que Terre-de-Haut aurait déboursée, comme toutes les autres communes avant elle, pour payer le fameux buste, qui, on s’en doute, malgré son nom et son aspect mirobolant, ne doit certainement pas être en or massif… Ou alors il devrait être à l’abri dans un coffre-fort et non exposé sans protection à la mairie !

Numériser 7 - copieMais, bon. De là à dire que ce trophée est un gadget purement honorifique, qu’on peut, semble-t-il, se l’offrir moyennant finance et surtout que rien n’est fait à Terre-de-Haut pour la protection et la sauvegarde de l’environnement serait plus que contraire à la vérité. Car sans être forcément pionniers en matière d’actions écologiques, comme ils le prétendent et se plaisent à le répéter, il faut reconnaître que nos élus saintois ont entrepris diverses opérations qui sont à mettre à leur crédit et qui plaident en faveur d’une réelle volonté de leur part d’améliorer une situation environnementale qui n’a pas toujours été digne d’être montrée en exemple, encore moins comme référence nationale, tant s’en faut… L’est-elle devenue aujourd’hui ? C’est la question qu’on pourrait, sans tabou ni arrière-pensée partisane, honnêtement se poser.

Actions accomplies ou en cours à TDH en faveur de l’écologie

interdiction– Réhabilitation de la décharge du Chameau, rendue obligatoire par Bruxelles à compter du 1er janvier 2012 et cofinancée par l’Europe et la Région, c’est-à-dire sans participation financière communale. – Divers arrêtés municipaux de protection de la faune et la flore. – Mise en place du tri sélectif partiel des ordures ménagères. – Acquisition d’un broyeur de végétaux et de verre. – Acquisition d’un nettoyeur de plages et de rues. – Compactage du plastique, du carton et des contenants alu. – Acquisition d’un collecteur d’huiles usagées. – Ancrage de bouées en mer destinées aux plaisanciers pour la sauvegarde des fonds, en l’occurrence essentiellement sablonneux, donc a priori sans nécessité avérée de protection et, de notre point de vue, esthétiquement contestable lorsque les voiliers sont alignés en rangs d’oignon  dans la rade !

Compactage canettes -carton

Compactage canettes -carton

Ajouté à tout cela la présence sur le terrain d’une équipe d’éboueurs et d’agents communaux qui travaillent à balayer rues, places et caniveaux, à ratisser périodiquement le littoral, à débarrasser le bourg des mètres cubes de déchets ménagers ou autres que sécrète quotidiennement notre société de consommation… Pour les encombrants, chaque particulier étant tenu de les transporter et les entreposer par ses propres moyens dans les bennes ad hoc sur la plate-forme prévue à cet effet. Autant d’actions positives donc, et coûteuses, qui ont sans doute influencé favorablement le jury et l’ont convaincu d’attribuer ce 15 août 2014 la Marianne d’Or à la commune de Terre-de-Haut.

Une distinction usurpée ?

IMG_0191 - copieMais à côté de cette pléthore d’équipements, de personnel et d’opérations pas toujours régulières certes, mais aussi nécessaires les unes que les autres, et qui témoignent d’une réelle volonté d’agir, comment peut-on comprendre que, dans le même temps, malgré les efforts consentis aussi bien par les autorités que par la population, certains quartiers du bourg et pour tout dire l’ensemble du territoire communal restent encore très éloignés des critères objectifs d’attribution d’un quelconque label de qualité de vie, de protection de l’environnement et de salubrité publique ? Il suffit de se rendre sur place et de parcourir le bourg pour le constater. Des photos prises récemment à TDH démontrent que les meilleures intentions du monde, accompagnées d’exhortations et d’interdictions, même assorties de menaces pénales, ne suffisent pas et qu’en matière de pédagogie en tout cas, l’échec est flagrant.

IMG_0200 - copieQuant aux autres critères requis par le secrétariat du concours national de la Marianne d’Or, en particulier le premier d’en eux, qui est la constatation « d’une saine et rigoureuse gestion de l’argent et du bien public, susceptible de servir d’exemple à la nation », sans polémique ni parti-pris, on ne peut pas dire que la municipalité de Terre-de-Haut le respecte à la lettre. Pire qu’en 1990, l’année de l’Oscar de Brice Lalonde, le déficit communal n’a jamais été aussi abyssal, puisqu’il s’élève à ce jour à près de 6 Millions d’euros, exactement à 5.655.758, de l’aveu même du maire au dernier conseil municipal. Ce même maire qui après avoir tapageusement contesté le rapport de la Chambre Régionale des Comptes, a fini par reconnaître la justesse des analyses et conclusions des magistrats !

IMG_0197 - copieAlors quoi ? Une Marianne d’Or usurpée ? Certains à Terre-de-Haut ne sont pas loin de le penser. Mais s’il n’est pas de notre ressort de l’affirmer ici, nous comprenons les interrogations et la perplexité de beaucoup de Saintois face à l’attribution de cette distinction nationale. D’autant plus qu’il est de notoriété publique que l’équipe municipale en place n’est pas particulièrement réputée pour son ouverture d’esprit démocratique et son inclination à « pratiquer la concertation et le dialogue, à privilégier le débat et à encourager les jeunes générations à participer à la vie publique locale »,  trois autres importantes conditions et « valeurs à incarner pour recevoir une Marianne d’Or, » selon le site de son secrétariat national. Conditions et critères dont à l’évidence Terre-de-Haut est très loin actuellement de se prévaloir.

route du fort - copie 2

Bref, intentions et réalité étant exposées, à vous, lecteurs, de formuler vos commentaires et de donner votre avis si vous le souhaitez, sans perdre de vue la question fondamentale selon nous qui se pose ici :   Sans avoir au préalable sérieusement enquêté sur le terrain, sans avoir tenu compte d’un budget à la dérive et d’une pratique démocratique municipale notoirement inexistante, sans avoir considéré un environnement manifestement insalubre en divers points de l’île, trois réalités primordiales aussi peu conformes à ses propres critères, on peut se demander si l’organisme national reconnu qu’est le secrétariat de la Marianne d’Or ne s’est pas laissé abuser par un dossier-papier habillement ficelé ?

georges 2 - copieAu regard de la réalité, cet organisme hautement respectable n’a-t-il pas finalement décerné à la légère, comme naguère l’Oscar ministériel de Brice Lalonde, une distinction qui ne peut qu’entacher sa crédibilité et son objectivité ? Même s’il reste de tout cela que Terre-de-Haut en particulier, et les Saintes en général, sont objectivement parmi les plus beaux joyaux de la Caraïbe. Beauté naturelle d’un archipel de rêve qui ne doit rien ni à ses habitants ni à ses dirigeants, même si certains, peu nombreux, tentent, avec ou sans récompense, de le maintenir à la hauteur de sa réputation, sans pour autant, hélas, toujours y parvenir.

Eaux dormantes du Lagon

Eaux  croupies se déversant à la mer par forte pluie, non loin d’une plage récemment reconstituée à grands frais.

 Raymond Joyeux

PS : Hormis la Marianne du site officiel et la vue de la décharge du Chameau d’Alain Joyeux, toutes les autres photographies sont de l’auteur.

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Il y a 25 ans Hugo dévastait la Guadeloupe

Une nuit d’angoisse et de folie

PhotoHugo_1989_sept_21_1844ZC’est dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 septembre 1989 que le cyclone Hugo, ouragan de force 4 d’abord, puis 5 par la suite, s’attaquait à la Guadeloupe et ses îles, occasionnant des dégâts jamais connus aux Antilles depuis que les observations scientifiques sont réalisées. Selon la source Internet : Mémoire des catastrophes, « les rafales de vent ont dépassé les 300 km/h, ravageant la majeure partie de l’archipel, détruisant plus de 60% de la récolte de canne à sucre, 100% de la récolte de bananes causant pour 466 millions de francs (1989) de dommages et 152 millions de dommages à l’industrie hôtelière. Le secteur de la pêche a été sinistré à 100%, les cultures vivrières et maraîchères à 85%. Le coût total des réparations s’élèvera à plus de 4 milliards de francs (1989). Il laisse aussi 25 000 personnes sans abri et 35 000 sinistrés. Hugo fait 107 blessés et cause directement entre sept et onze décès selon différentes sources, dont un rapport de Météo-France. » 

 Un témoignage inédit de Saint-John Perse

SJPNombre de revues, d’articles de journaux, d’ouvrages, de photographies, de films, de reportages télé et vidéos ont relaté en leur temps les effets dévastateurs de cette catastrophe météorologique d’une ampleur jamais observée dans nos îles. Des centaines de témoignages à son propos ont été formulés et rapportés.  Ce n’est donc pas un témoignage supplémentaire ordinaire sur Hugo que je vous propose aujourd’hui, en ce 25 ème anniversaire du passage de cet ouragan meurtrier. C’est un texte inédit du Prix Nobel Guadeloupéen de Littérature Saint-John Perse, concernant les cyclones vécus par l’auteur enfant, entre 1889 et 1891 et dont il a gardé intact le souvenir. Ce témoignage a été recueilli par son ami Pierre Guerre et publié pour la première fois, en novembre 1989,  au lendemain du cyclone Hugo, à l’initiative conjointe de Sylvie Tersen et de Marie-Christine Abraham, dans un supplément au magazine Globe consacré, peu après le désastre, à la Mémoire de Hugo.

 Des prévisions officielles inexistantes

focus_degat_cyclone_basse_terre« C’était d’abord une baisse de pression barométrique et une lourdeur de l’atmosphère. Tout paraissait frappé de stupeur. La lumière devenait étrange. Se faisait pendant quelques heures un silence, un calme rares dans la nature. La brise tombait. Pas une feuille ne bougeait. Effrayant, l’éteinte de la brise habituelle ! Alors venait un signe qui ne trompait jamais : de loin en loin sur les endroits dégagés de végétation, de petites et subites spires de vent. Puis de légers tourbillons soulevant une plume, quelques feuilles mortes sur la terrasse ou dans la savane. Les bovins mugissaient, en s’orientant dans un sens sûr pour affronter l’élément ; le taureau appelait les vaches. Et le troupeau descendait du pâturage et se serrait en demi-cercle dans une orientation donnée. On savait alors qu’il y avait un cyclone, et on n’enchaînait pas les bœufs.

Hugo 2Sonnait le branle-bas dans la plantation. D’abord détacher les bêtes, chevaux et bêtes à cornes. Puis préparer les maisons. À la Joséphine, (maison familiale située sur les hauteurs de Saint-Claude) nous avions un boucan où séchaient les graines de cacao. Vite, les rentrer dans les hangars. On avait bâti des séchoirs enfouis au ras de terre, et les hommes se mettaient là. Le passage d’un cyclone déclenchait mille actions où toujours l’enfant se sentait frappé d’exception. On voyait soudain, dans le champ de cannes, un tourbillon s’élever du sol, entraînant quelques brins de paille. Alors on commençait à faire provision de bougies, de préparer les lanternes marines et des vivres, car le cyclone durait souvent plusieurs jours. On réunissait les domestiques pour la manœuvre des ouvertures : calfeutrer avec des matelas, des meubles, des étais, les ouvertures au vent, et, si le vent tournait, s’empresser pour la manœuvre inverse – les portes et les fenêtres de l’autre côté restaient ouvertes.

Plus ou moins forts sont les cyclones

1012501_597070647012017_1861809296_nOn sait à présent qu’ils ont la forme d’un grand anneau qui passe. Au milieu, un trou, un manque sans ouragan. Le vent le franchit donc deux fois. Et les avions aujourd’hui piquent au milieu de l’anneau, se laissant porter par le déplacement du cyclone, afin d’indiquer sa direction, sa vitesse. Mais alors, on savait seulement que se succédaient deux bourrasques. Derrière les portes, on entassait armoire, bibliothèques, tables, madriers pour empêcher le vent de s’insinuer dans les moindres fissures. Mais on laissait ouvert le côté sous le vent, pour que n’éclate pas la maison si l’air s’y engouffrait. Quand la direction du cyclone changeait, que l’ouragan tournait, s’engageait une contre-manœuvre où se jetaient dans une grande précipitation tous les domestiques.

Hugo 3Enfant, ma mère me faisait mettre sous une table, dans le salon, de peur que la Joséphine ne s’écroule. Un domestique montait le guet dehors, annonçant la direction du vent, son changement. On l’entendait crier. Parfois on en faisait sortir un second qui partait à plat ventre dans le vent, pour prendre des nouvelles du dehors. On apprenait alors que tel arbre était déraciné, que le moulin était tombé, que le toit du hangar avait été emporté. Il donnait aussi un premier aperçu sur le sort des propriétés voisines. Le vent arrachait les tôles boulonnées des toits. Elles passaient en l’air dans le vent, redoutables.

Le sentiment de sortir de l’Arche de Noé

hugo 7La fin du cyclone apportait un sentiment de sortir de l’Arche de Noé. Pour un enfant, c’était comme une recréation du monde. L’univers lui apparaissait périodiquement régénéré. Ces grands sauts du destin ont semé chez moi, enfant, le goût de la rupture, l’appétit de renaissance, tout un besoin de haut mouvement, de ruine et de renouveau. La première chose, stupéfiante, que l’on découvrait : la maison, de blanche, était devenue noire, tel un catafalque, tant les feuilles mouillées, arrachées des arbres et collées aux parois, les unes sur les autres en dix épaisseurs parfois, s’étaient rapidement noircies dans l’humidité. Il fallait les gratter au couteau et repeindre la bâtisse en blanc.

Hugo 4
On partait rassembler ce qui restait des troupeaux. Les arbres étaient coupées par les tôles arrachées des toits, ou abattus. Les torrents de la montagne débordaient. Après le cyclone, soudain ce calme plat : la nature étourdie, inerte ; le pêle-mêle de l’usine à sucre… »

Saint-John Perse

Né à Pointe-à-Pitre, Alexis Léger a vécu son enfance à la Guadeloupe, partagé entre deux habitations familiales, l’une, La Joséphine à Saint-Claude, l’autre, Le Bois-Debout à Capesterre-Belle-Eau. C’est lorsqu’il a 12 ans, en 1899, qu’il quitte définitivement la Guadeloupe avec ses parents pour Pau et Bordeaux où il poursuivra ses études. Poète et diplomate, il adopte le pseudonyme de Saint-John Perse en 1924 et obtient le Prix Nobel de Littérature en 1960, alors qu’il s’est établi aux Vigneaux, sur la presqu’île de Giens, dans le Var. Il  y meurt le 20 septembre 1975 à l’âge de 88 ans. Ses œuvres complètes – dont il a tenu à faire lui-même biographie et présentation – ont été éditées de son vivant dans la Pléiade en 1972. On trouve aujourd’hui facilement en libraire, dans la collection Poésie/Gallimard, l’ensemble des écrits de cet auteur majeur, répartis en divers livrets, accessibles à toutes les bourses et que je vous conseille vivement de vous procurer si ce n’est déjà fait… Saint-John Perse étant considéré comme l’un des plus importants poètes  du XXè siècle. 

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N.B : Les 6 dernières photographies de cette chronique sont tirées d’un article intitulé
Le cyclone Hugo et les petites Antilles publié sur Facebook sans précision d’auteur,
le 17 septembre 2012.

Raymond Joyeux

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Regard sur Jean-Claude Lavaud, peintre et sculpteur

De Sanvignes à Sivignon

Jean-Claude Lavaud chez lui. Photo R. Joyeux

Jean-Claude Lavaud chez lui à Sivignon été 2014. Photo Raymond Joyeux

De retour de Métropole, après presque deux mois d’un été particulièrement frisquet, mais requinquant, semble-t-il, pour un Guadeloupéen, je vous propose, chers lecteurs, un aperçu de ma rencontre avec le plasticien Jean-Claude Lavaud, peintre et sculpteur bourguignon, ancien collègue d’Arts Plastiques au collège Jeanne d’Arc de Paray-le-Monial où, comme lui, j’ai sévi moi-même 15 années durant comme prof de lettres avant de regagner la Guadeloupe.

Le peintre halluciné

Lavaud 1Ami de longue date, Jean-Claude Lavaud est né en 1953 de parents commerçants, à Sanvignes, petite commune minière de Saône-et-Loire, non loin de la ville de Montceau-les-Mines. Montceau-les-Mines, terre d’accueil de la Martiniquaise Christiane Mathos à laquelle j’ai consacré ma précédente chronique. Diplômé des Beaux Arts de Mâcon, Jean-Claude Lavaud, résidant actuellement à Sivignon, au pied de la Butte de Suin, a donc fait carrière dans l’enseignement (il est aujourd’hui à la veille de la retraite), menant de front deux activités intenses, celles de professeur apprécié et de plasticien reconnu et sollicité. Invité à de nombreuses manifestations culturelles et artistiques, exposant ses tableaux aussi bien dans sa région qu’à Genève, Paris, New-York, Montréal…  il a bien voulu répondre, à la fin de cette chronique, à quelques-unes de mes questions sur la signification et la portée de son art.

Démiurge de la dérision

Lavaud 2 retEn appréciant l’œuvre de Jean-Claude Lavaud, il me vient à l’esprit  cette constatation banale que je vous livre sans honte : ce n’est pas le moindre mérite de la photographie que d’avoir définitivement révélé à la peinture sa véritable ambition. Surréaliste, abstraite, fantastique ou expressionniste, la peinture est d’abord et par essence art de l’imaginaire. Récusant les classiques natures mortes et les paysages flamboyants, essorée de tout académisme déliquescent, l’œuvre de Jean-Claude Lavaud s’inscrit d’emblée dans cette perspective de l’image absolue et ne souffre à cet égard aucune équivoque. La représentation onirique de ses personnages, émergés d’un univers énigmatique, n’est pourtant pas chez lui le résultat d’un mécanisme s’apparentant en littérature à l’écriture automatique. Plus qu’influence de l’inconscient, il y a volonté délibérée de projeter sur la toile, non pas les travers, mais la quintessence de notre condition humaine. Démiurge de la dérision, Jean-Claude Lavaud élabore à partir du chaos originel un système cohérent d’êtres et de situations qui se combinent en une osmose parfaite.

Absence de message, et pourtant !

Ne parlons surtout pas chez Lavaud de message. Ce serait, selon lui,  anéantir la portée-même de sa démarche qui est essentiellement de « donner à voir ». Tout simplement. Mais avec quelle maîtrise du couple forme-couleur, quelle densité dans l’évocation, quelle absolue perfection du détail ! Galerie de portraits défigurés par le grotesque, formes pleines à la plastique transcendante, personnages à tête de diodon égaré, illuminés d’inconsistance – ou de profondeur – , se pavanant sans vergogne, c’est toute la définition de notre humanité.

Lavaud 6 ret

Une exhibition de spectres délirants

Lavaud 7 retPourquoi croyez-vous que nous nous sentions si peu dépaysés dans cette exhibition de spectres délirants où se lisent tour à tour l’arrogance et la soumission, l’affectation et le dépouillement, la quiétude béate et la détresse ? C’est que Jean-Claude Lavaud réussit ce tour de force de nous restituer par un jeu de miroirs hallucinant l’authentique image de notre condition. Image qui rend caduques les masques dont nous nous affublons quotidiennement. Sa peinture nous réconcilie avec nous-mêmes. L’extravagant s’estompe jusqu’à disparaître. L’insolite devient familier et ce qui nous étonne, c’est de ne pas ressembler davantage à ses personnages. Êtres fantomatiques d’un univers dérisoire, nous avons accès à travers l’œuvre de Jean-Claude Lavaud à la désolante alchimie de notre pompeuse nudité.
Raymond Joyeux

Interview difficile du béotien, réponses éclairantes de l’artiste

Lavaud 5 retRaymond Joyeux : Jean-Claude Lavaud, peux-tu nous définir en quelques mots, s’il y en a un, le thème principal de ton travail de peintre ?
Jean-Claude Lavaud : Pour moi, Raymond, le seul thème qui mérite d’être peint, c’est l’homme. Ma démarche ne cherche pas à le réduire mais à le restituer dans un espace poétique et cruel, dans un monde qui le façonne, aiguisant son désespoir et sa folie.
RJ : Tu veux dire que ta représentation de l’homme, telle que tu la conçois et nous la restitues sur la toile, est une image fidèle de ce que nous sommes, des êtres désespérés, fous ?
JCL : Selon moi, le miroir n’a pas à être fidèle. Identité floue et baroque, il instaure par sa puissance l’implacable détermination qui nous conduit à notre fatale issue, tout en restituant à notre condition humaine toute son insolente et précaire noblesse.
Lavaud 8 ret
R.J : À partir de cette démarche éminemment réfléchie, comment, dans une œuvre essentiellement visuelle, concilies-tu discours et émotion qui sont parfois deux entités en opposition ou en décalage l’une par rapport à l’autre, même si en poésie, par exemple, et en littérature plus généralement, la première engendre souvent la seconde ?
JCL : Tu as raison, et tu es bien placé pour connaître la puissance des mots, du discours donc. En peinture, l’image se substitue au discours verbal, ce qui ne signifie pas que son impact est moindre, bien au contraire. Aussi ma peinture s’inscrit dans ce paradoxal va-et-vient entre la pensée qui soutient le discours et l’émotion qui symbolise le désordre. (Désordre intérieur s’entend). L’émotion doit naître de la plastique, de la couleur et de l’excitation que cet ensemble procure à tous les sens pour lesquels la raison n’offre plus de discours.
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R.J. : À n’en pas douter, Jean-Claude, moi qui n’y connais rien en peinture, il me saute aux yeux, sauf erreur de ma part, qu’au-delà du discours et sa signification, ta peinture, du seul point de vue de sa composition, se caractérise, entre autres, par une maîtrise parfaite des couleurs et des formes, et je reste fasciné par le résultat.
JCL : Ne sois pas modeste, Raymond, tu es poète, et tu sais bien que par certains côtés   la poésie et la peinture – et ajoutons la musique et toutes les autres formes d’art – sont souvent des alliés inséparables et complémentaires. Donc ne dis pas que tu n’y connais rien en peinture. Pour éclairer cependant tes lecteurs, je dirai que mon travail est une quête visant à produire la fusion de la forme et de la couleur afin qu’une dynamique puissante y fonde la lumière. Ombre et lumière, le souci du peintre restera de se tenir sur le seuil qui permet le passage de l’une à l’autre et de susciter la séduction qu’exercent sur nous la tombée de la nuit et l’apparition des premières lueurs du jour.
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RJ : C’est beau, Jean-Claude ce que tu dis, c’est effectivement très poétique, une poésie teintée de philosophie ; et ta peinture, pour moi,  l’est aussi par- dessus tout. Mais, et  l’homme dans tout ça ? serais-je tenté de dire. Tu m’as expliqué plus haut qu’il était au centre de ta production.
JCL : Eh bien justement, pour revenir à l’homme, s’il est au centre de ma peinture en effet, il est aussi au centre de cette lumière évoquée à l’instant. C’est cette lumière qui apporte à son destin la clarté d’une autre vérité, le témoignage sans fard d’un monde passionné dans lequel paradoxes et antagonismes surgissent de la mémoire des hommes, infligeant à leur existence la sourde interrogation qui la pétrit.
R.J : Je suis bien d’accord avec toi, Jean-Claude, mais peut-être y a t-il dans ces derniers propos (ce dernier discours), une part d’ironie, de dérision. Aussi pour finir, dis-moi si je me trompe et dis-moi surtout ce qu’il en est de cette ironie que je crois percevoir aussi bien dans tes paroles que dans ton œuvre picturale.
JCL : Tu as vu juste, Raymond ! Car mon propos en tant que peintre, en dehors de tout verbalisme, c’est de donner à voir une peinture dont l’ironie n’est pas exclue. Un clin d’œil complice qui attise dans notre mémoire l’expression d’une émotion profonde, et que de l’angoisse d’une époque naisse une esthétique nouvelle.

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RJ : Merci Jean-Claude Lavaud pour ces explications et ce clin d’œil. Car même si ça fait bien longtemps que je côtoie tes œuvres et qu’elles me sont familières, tes réponses m’ont éclairé et m’ont permis de prendre le risque d’une analyse personnelle que tu auras lue ci-dessus en ouvrant cette page. Merci aussi pour ton indulgence et les photographies de tes tableaux que tu m’as aimablement confiées pour cette chronique.

Le plasticien inspiré

Peintre, nous l’avons vu, jusqu’au bout des doigts, (ceux principalement qui dirigent et font vivre le pinceau !), Jean-Claude Lavaud est aussi un plasticien de renom. Outre d’être l’auteur de vitraux, de couvertures d’ouvrages, de nombreuses fresques urbaines, à Lyon et Mâcon entre autres, de sculptures sphériques symbolisant à Cluny les 800 ans de la fondation de l’Abbaye, il a été choisi par la Communauté d’Agglomérations de Montceau-Blanzy pour la réalisation du Mémorial d’Afrique du Nord, inauguré en Avril 2003, en hommage aux soldats de Saône-et-Loire morts pour la France, en Algérie, Maroc, Tunisie.

MEMORIALBLANZY-01-09-2012

Mémorial de Saône-et-Loire des Morts pour la France en AFN –  1952-1962
réalisé par Jean-Claude Lavaud. (Photo Montceau-News)

« Sur un tertre circulaire, dix sphères sont séparées en leur milieu par dix éclats bleus. Le bleu comme la Méditerranée, comme l’éclair meurtrier. Ils illustrent la colonne vertébrale emblématique d’hommes fauchés debout. Les sphères symbolisent la révolution de la terre autour du soleil, soit dix années de guerre, de vies brisées.
La place cérémonielle est ceinte d’une élévation en forme de croissant, dix monolithes y sont érigés : ces rayons de soleil sont portés par une ligne d’horizon sur laquelle sont gravés les noms des Morts. L’obélisque, emblème solaire, se dresse à son côté.
Ce mémorial témoigne d’une volonté de réconciliation et de paix pour que perdure la mémoire collective et que la conscience éclaire l’avenir. » 

Jean-Claude Lavaud

Vitrail réalisé par JC Lavaud. Ph R.Joyeux

Vitrail de JC Lavaud. Ph R.Joyeux

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Les Antilles en Bourgogne

Une Martiniquaise entreprenante

IMG_7776Depuis mai 1994 existe en Bourgogne Sud une Association intitulée Les Amis des Antilles. Créée à l’initiative de Christiane Mathos, elle a pour objet principal de faire mieux connaître nos contrées lointaines aux Bourguignons, en leur proposant un programme d’activités variées, d’ateliers, d’animations, d’expositions, de rencontres et de voyages Outre-Mer, alliant le plaisir ensoleillé de la découverte géographique à la connaissance historique et culturelle. Son inamovible présidente, l’infatigable et très active Christiane Mathos, est arrivée à Montceau-les-Mines en 1971, avec son mari, Gaby, alors responsable de production aux usines Michelin. Martiniquaise d’origine, Christiane a fait sa vie dans cette petite ville autrefois minière de la Saône et Loire, sans pour autant renier ses Antilles natales. D’abord employée d’une grande surface commerciale, elle a dû abandonner son travail à la suite d’un grave accident de la circulation qui l’a immobilisée de longs mois. Mais sitôt remise de ses soucis de santé, et nantie des formations et diplômes nécessaires, c’est en femme forte, indépendante et travailleuse, qu’elle crée en 1987 sa propre entreprise de restauration, créole, cela va sans dire, qu’elle baptise naturellement « Douce Heure Antillaise. »

 Clients et sociétaires enthousiastes 

restaurantC’est en sympathisant avec ses nombreux clients, principalement guadeloupéens et martiniquais exilés et métropolitains de la région qui fréquentent régulièrement son établissement, que Christiane a l’idée de créer cette Association. Forte aujourd’hui d’une centaine de membres et animée par une équipe dynamique et enthousiaste, elle a tout de suite eu l’aval des autorités municipales et de l’Office du Tourisme de Montceau. Car l’objectif de sa présidente n’est pas seulement de faire connaître les Antilles aux Bourguignons mais de faire découvrir aussi aux Antillais les richesses historiques, culturelles, gastronomiques et autres de la Bourgogne. Et ce par des manifestations sur place, des échanges réguliers et voyages organisés que l’Association met sur pied chaque année, entre Martinique, Guadeloupe et France métropolitaine.

Animations tous azimuts

Le Centre d'Animations et de Rencontres de Montceau

Le Centre montcellien d’Animations et de Rencontres 

Depuis sa création, voilà tout juste 20 ans cette année, et jusqu’au jour d’aujourd’hui, l’Association Les Amis des Antilles n’a eu de  cesse d’offrir aux habitants de la communauté montcellienne et ses environs toute une gamme de manifestations et de rencontres qu’il serait fastidieux d’énumérer ici tant elles sont ou ont été nombreuses et variées. Sans être exhaustif, on peut citer, entre autres moments forts, les prestations exceptionnelles d’artistes de renom, conférenciers, peintres, chanteurs, danseurs, musiciens tels que Moune De Rivel, (récemment décédée), Jacques Salomé, Sylvia Fuet, la conteuse martiniquaise Jala, Véronique de la Cruz, Miss France 94, d’origine guadeloupéenne… Autant de personnalités et d’événements qui se produisent ou se sont produits au restaurant-même de Christiane ou au Centre d’Animations et de Rencontres (le CAR) de Montceau-les-Mines, judicieusement dénommé l’Embarcadère.

De l’échange scolaire au pèlerinage historique

Vitrail représentant A-M Javouhey en mission d'évangélisation

Vitrail représentant A-M Javouhey en mission d’évangélisation

Mais, en dehors des journées ou soirées festives habituelles du carnaval ou de Noël, en dehors des dîners dansants, des prestations culinaires ou artistiques mentionnées plus haut, autour du ti-punch, de l’inévitable boudin créole, des accras et de la musique antillaise, le point fort des activités de l’Association Des Amis des Antilles, c’est l’échange scolaire à visée culturelle et historique. Pas plus tard que l’an dernier, en mai 2013, Christiane Mathos, après avoir reçu à plusieurs reprises des classes de Martinique, a organisé dans le cadre de son Association et de l’opération Outre-Mer en Bourgogne, avec le concours d’enseignants motivés, la venue de la chorale du collège guadeloupéen Saint-Joseph de Cluny de la Jaille. Un voyage préparé de longue date associant les élèves du collège privé Saint-Gilbert de Montceau-les-Mines. Les 35 jeunes scolaires guadeloupéens et leurs accompagnateurs ont été accueillis dans des familles des jeunes montcelliens, avec la perspective de recevoir, à leur tour en Guadeloupe, leurs correspondants lors d’un prochain échange.

Sur la route des abolitions

photo 2Outre l’occasion de partage et d’échanges enrichissants avec de jeunes métropolitains de leur âge, et d’une prestation chantée très remarquée en l’église de Montceau-les-Mines, le but de ce pèlerinage de dix jours en Bourgogne, en mai 2013, a été pour les collégiens de la Jaille, l’opportunité de parcourir la route de l’abolition de l’esclavage dans cette région de France. Avec comme point d’orgue la visite de la maison natale d’Anne-Marie Javouhey à Jallanges et celle de Chamblanc où elle a vécu et préparé sa vocation. Cette religieuse née en 1779, fondatrice des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, a été l’une des premières personnalités à condamner l’esclavage et à prôner son abolition. Mettant ses actes en accord avec ses principes humanistes et chrétiens, alors qu’elle était en mission en Guyane, sous sa conduite et son autorité, 170 esclaves de Mana ont été affranchis le 21 mai 1838, soit dix ans avant l’abolition officielle. En souvenir de cet événement historique, la commune de Chamblanc a permis la création sur son territoire d’une forêt de la mémoire où ont été plantés 150 arbres, mentionnant le nom d’autant d’esclaves affranchis par Anne-Marie Javouhey.

Une stèle en commémoration de l’abolition

Mairie de Toulon-sur-Arroux

Mairie de Toulon-sur-Arroux

Après Chamblanc, ce serait très mal connaître Christiane Mathos que d’imaginer qu’elle s’arrête en si bon chemin. Ayant pris fait et cause pour cet événement majeur de notre histoire qu’a été l’abolition de l’esclavage, forte de sa personnalité, de sa renommée d’animatrice incontournable dans la région, et toujours sous l’égide de son Association, Les Amis des Antilles, elle a obtenu avec fierté l’implantation d’une stèle commémorative sur la commune voisine de Toulon-sur-Arroux.  Cette petite ville de Saône et Loire, de 1600 habitants, bâtie sur les rives de l’Arroux et éloignée de Montceau-les-Mines d’une trentaine de Km, possède en effet dans ses archives des Cahiers de doléances de 1789 où est mentionnée la volonté explicite des habitants de voir abolir sur le territoire français et aux « colonies » toute forme d’esclavage.

Christiane Mathos et le maire de Toulon sur Arroux entourant la stèle commémorative

Christiane Mathos et le maire de Toulon-sur-Arroux encadrant la stèle commémorative de l’abolition de l’esclavage

Figurant sur la plaque émaillée de la stèle, l’article dix des doléances communales, daté du 17 mars 1789 et rédigé au nom des administrés par le maire de l’époque, Jean-Philippe Saclier, est reproduit in extenso :  » Que sur l’empire français, il ne reste aucun vestige d’esclavage ! Que la mesure de la fortune publique ne se calcule plus sur le nombre des malheureux ! Enfin que l’esclavage soit aboli dans les colonies, que la nation renonce pour toujours à la traite des nègres et que le Roy suivant les mouvements de son cœur daigne inviter toutes les nations à abjurer ce monstrueux commerce par un pacte général que l’humanité réclame. »  C’est dire que le peuple français, en pleine révolution, animé de philosophie humaniste et égalitaire, n’a pas attendu 1848 pour réclamer l’abolition de l’esclavage. Christiane Mathos savait que la route des abolitions passait aussi par Toulon-sur-Arroux et c’est avec une satisfaction bien compréhensible qu’elle a convaincu le maire actuel, M.Bernard Labrosse, d’ériger cette stèle sur son territoire communal, stèle inaugurée en grandes pompes le 10 mai 2014, date officielle de la commémoration nationale de l’abolition.

Quels projets pour demain ?

Mairie de Montceau-les-Mine où Ch. Mathos exerce les fonctions de conseillère culturelle

Mairie de Montceau-les-Mine où Ch. Mathos exerce les fonctions de conseillère culturelle

Après Toulon-sur-Arroux, Christiane Mathos pense bien convaincre aussi la nouvelle maire de Montceau-les-Mines, dont elle est une des conseillères depuis les dernières élections, de faire ériger à son tour une stèle sur sa commune. Nous ne doutons pas qu’elle obtienne rapidement satisfaction. Pilier reconnu de l’animation artistique, culinaire et culturelle de sa ville d’adoption, ses nouvelles fonctions au sein du Conseil Municipal ne seront pas de trop pour faire aboutir plus facilement ses projets, toujours bien entendu au nom des Amis des Antilles. Les Antilles dont elle est depuis vingt ans l’ambassadrice efficace et dévouée, qualités et fonctions dont les originaires d’Outre-Mer en Bourgogne ont tout lieu d’être satisfaits et qu’ils ne sauraient en aucun cas lui contester.

Le port de plaisance Montceau-les-Mines sur le Canal du Centre

Le port de plaisance Montceau-les-Mines sur le Canal du Centre

Texte et photographies de R. Joyeux

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Les pérégrinations d’un plébéien à Rome (III ème et dernier épisode)

Notre merveilleux voyage touche à sa fin. Avant de quitter Rome, de mettre un terme à nos pérégrinations italiennes et de prendre la route du retour à Nice, notre point de chute momentané, nous consacrons ce qu’il nous reste d’heures aux visites incontournables de la Villa Borghèse, de la Basilique Saint-Pierre et des Thermes de Caracalla, cadre magique d’un concert en plein air à 21 heures auquel nous assistons, ayant pris soin de réserver nos places plus de deux mois à l’avance… Miracle de l’informatique et d’Internet.

La Villa Borghèse

Villa-Borghese-RomaÀ l’écart du centre ville et bâtie au XVII ème siècle par le Cardinal Scipione Borghèse, éminent amateur d’art, cette Villa est célèbre pour ses jardins somptueux et sa collection inestimable de peintures et de sculptures. Elle regroupe de nombreux musées dont la Galerie Borghèse, répartie en huit salles d’exposition, une chapelle et un salon d’entrée, où l’on peut contempler, sans jamais se lasser, œuvres antiques, statues, tableaux et plafonds peints des plus grands maîtres du XVème au XVIIIème siècles. Le Titien, Le Caravage, Rubens, Raphaël…, des chefs d’œuvre uniques de la peinture italienne et flamande côtoient les statues, inimitables de réalisme, de finesse et de force, des sculpteurs Le Bernin et Canova. Régal pour les yeux et l’esprit, ce musée satisfait autant le connaisseur que le béotien, l’un et l’autre ne pouvant éprouver qu’admiration et respect pour le génie humain, capable d’aussi grandes œuvres.

La Place et la Basilique Saint-Pierre

S P 1 - copie

Place Saint-Pierre – Ph. R. Joyeux

Séjourner à Rome sans se rendre à la Place Saint-Pierre et ne pas visiter la Basilique vaticane serait une faute impardonnable. Aussi, bravant la foule et le soleil, et bien qu’étant venus une première fois voilà une dizaine d’années, nous emboitons le pas aux nombreux pèlerins qui font la queue et nous nous engageons courageusement pour la visite. Connaissant déjà la Chapelle Sixtine et les musées du Vatican, nous nous contentons de la Basilique et c’est déjà plus que bien. C’est l’empereur Constantin qui entreprit sa construction en 320, à l’endroit où, dit-on, l’apôtre Pierre a été enterré. Elle fut achevée en 366 mais c’est sous le pontificat du Pape Paul V qu’elle prend son aspect définitif pour être enfin consacrée par Urbain VIII, le 18 novembre 1626.

Michel-Ange_Pieta_Vatican-1143x1201La Basilique Saint-Pierre de Rome est l’édifice religieux le plus important du catholicisme. Elle mesure 219 mètres de longueur extérieure, 154 mètres de largeur intérieure, pour une hauteur sous coupole de 136 mètres, un record à ce jour que seule la Sagrada Familia de Barcelone battra à son achèvement. Elle peut accueillir 60000 fidèles. La place Saint-Pierre vers laquelle est tournée la façade reçoit chaque dimanche, pour l’Angélus papal, 150000 personnes. Classée au patrimoine mondial de l’humanité, c’est le monument le plus visité au monde. Elle est décorée intérieurement de nombreuses sculptures en marbre dont, entre autres, la légendaire Piéta de Michel-Ange à propos de laquelle le guide Scala nous dit que « c’est la seule œuvre que Michel-Ange ait signée… Une signature qui indique combien l’artiste était fier du résultat atteint. » On ne peut qu’être impressionné par la beauté, la perfection, le faste et le côté grandiose de l’édifice et, croyant ou pas, nul ne peut rester indifférent face à ce haut lieu de la spiritualité chrétienne qui a vu se succéder sur le siège de Saint-Pierre 266 papes dont 91 béatifiés ou canonisés, les derniers en date étant, cette année-même, Jean XXIII et Jean-Paul II.

Spirituellement requinqués par cette visite hors du commun et quelque peu affamés, nous cherchons une trattoria pour nous restaurer, loin de la Place Saint-Pierre où tout est hors de prix, non sans une escale obligée à la boutique de souvenirs afin de nous procurer, comme il se doit, quelques menus présents pour la famille et les amis : calendriers, images pieuses, stylos au sceau du Pape François…

Intérieur de la Basilique Saint-Pierre

Intérieur de la Basilique Saint-Pierre Ph. Raymond Joyeux

L’Ara Pacis

IMG_7511 - copieUne marche sous le soleil jusqu’à la Place d’Espagne et la célèbre Fontaine de Trévi (actuellement asséchée et en travaux), nous occupe une partie de l’après-midi que nous terminons à l’Ara Pacis, l’Autel de la Paix, que le Sénat fit construire en l’an 13 av JC, en l’honneur d’Auguste et que Mussolini au temps du fascisme a fait reconstituer et déplacer. Une fresque représentant la famille impériale par ordre hiérarchique est visible sur un coté bas du temple, une autre magnifie les hauts faits d’Auguste, le tout entrelacé de feuilles d’acanthe sculptées. Puis après un détour par le Panthéon au dôme ouvert impressionnant, nous regagnons nos résidences respectives afin de nous préparer pour notre soirée-concert aux Thermes de Caracalla.

Fin de séjour en apothéose 

caracallaÀ 20 heures, nos deux jeunes guides nous rejoignent en bus Via Flavia et nous prenons ensemble la voiture pour les Thermes situés à l’est du Tibre, dans le quartier sud de la ville. À l’époque romaine, la fréquentation des établissements de bains était ancrée dans les mœurs car on y trouvait réunis, jardins, portiques, salles de jeux, bibliothèques. C’étaient des lieux de loisir et de culture du corps et de l’esprit où les Romains passaient gratuitement plusieurs heures par jour. Les Thermes de Caracalla, inaugurés en 216, sont de ceux qui se sont le mieux conservés. Ils fonctionnèrent jusqu’en 537 avant que les aqueducs qui alimentaient Rome en eau ne soient pour la plupart coupés et en grande partie détruits par les Goths.

Rossini et le Barbier de Séville

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Photo Raymond Joyeux

Munis de nos billets pour la première exceptionnelle d’une représentation, en plein air, du Barbier de Séville, sur la musique de Rossini, nous gagnons nos places sous un très beau ciel étoilé, parmi plus de 10000 spectateurs de toutes nationalités, impatients de voir débuter cet opéra dont le texte en anglais et en italien sera discrètement projeté sur un écran de part et d’autre de la scène. Dans un style moderne à vous couper le souffle, mettant en valeur les différents tableaux de la pièce de Beaumarchais sans la dénaturer, nous assistons pendant deux heures et demie à un spectacle époustouflant de chants, de danse et de lumières, exécuté par des acteurs et chanteurs exceptionnels, maîtrisant parfaitement leur sujet. Car qu’y a-t-il d’autre à dire sinon que nous terminons notre séjour en apothéose, avant de prendre le lendemain la longue route du retour ?

Sur la route du retour

Dernières visites

640px-Estasi_di_Santa_Teresa rertPuisqu’Alexandre et Anne doivent prendre leur avion pour Paris dans la soirée, les dernières heures de notre séjour romain sont pour nous l’occasion de quelques flâneries supplémentaires. Ayant remis les clés de notre logement à notre hôte, Niccolo, nous avons le temps de déguster une vraie glace italienne et de visiter avec nos guides l’église Santa Maria della Vittoria où se trouve exposée la fameuse sculpture du Bernin : l’Extase de Sainte Thérèse ; l’impressionnant et monumental Saint-Paul-Hors-les-Murs et, pour finir, la Basilique Saint-Jean-de-Latran, bâtie sur le modèle de Saint- Pierre et qui fut un temps résidence et siège officiel de la papauté jusqu’en l’an 1300. À midi, nous prenons, cette fois sans nos guides, la direction de l’autostrada qui nous conduit à Rapallo, petite ville côtière de la province génoise où nous passons notre dernière nuit en Italie… pour cette année !

Portofino, le minuscule Saint-Tropez italien 

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Photo Raymond Joyeux

Prendre la navette de Rapallo à Portofino pour la modeste somme de 11 € l’aller-retour est une opportunité à ne manquer sous aucun prétexte. C’est ce que nous faisons dans la matinée du 25 juillet pour notre première visite dans ce petit port hautement pittoresque, bijou de la Riviera italienne, avec en tête la chanson de Dalida : Love in Portofino (à écouter ici). Habitués réguliers du Canal des Saintes sur Miss Guadeloupe et la CTM, la liaison maritime en soi n’est pas pour nous une découverte. Mais où le dépaysement est total et unique, c’est dans le paysage côtier environnant tout au long du parcours et dans le fourmillement harmonieux des couleurs des façades à l’arrivée.

Portofino 2 - copie 2

Ph. R. Joyeux

L’Histoire nous apprend que cette petite ville fut fondée par les Romains qui la baptisèrent Portus Delphini à cause des dauphins présents en quantité dans le golfe. La papauté y a établi un moment ses quartiers et de riches armateurs italiens comme de modestes pêcheurs en ont fait leur port d’attache. Un château et deux églises constituent les principales attractions que les nombreux touristes n’hésitent pas à prendre d’assaut, le plus souvent en grimpant car, hormis les bâtisses du port, tout est construit à flanc de colline. Nous nous contentons de visiter les églises, d’arpenter les sentiers du Parc Naturel et, avant de mettre un point final à nos pérégrinations, de parcourir les rues colorées à la recherche d’une auberge originale pour nous restaurer d’un mets local de préférence. Nous reprenons la navette à 15 heures. Il nous reste quelque 200 Km jusqu’à Contes, sur les hauteurs de Nice où nous arrivons sans nous presser à 20 heures. Avec le fort sentiment de satisfaction physique et mentale, de richesses accumulées et d’ivresse absolue que j’ai modestement tenté de vous transmettre en attendant d’autres sujets de chroniques et, si possible, de passion partagée, à l’image de celle de cette extraordinaire semaine italienne vécue en votre compagnie par la magie de l’informatique.

Embarquement pour Portofino

Embarquement pour Portofino – Ph. Raymond Joyeux

 

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Les pérégrinations d’un plébéien à Rome (II)

Escapade hors de Rome

Villa Adriana et d’Este à Tivoli

IMG_7141 - copieToujours accompagnés de nos deux jeunes, talentueux et infatigables guides, Anne et Alexandre, le second épisode de nos pérégrinations italiennes nous conduit, depuis Rome, à Tivoli, Orvieto et Ostia, trois cités antiques des environs de la Ville Éternelle qui, tant par la beauté de leurs paysages que par leurs richesses archéologiques ou religieuses, valent le détour.  À Tivoli, très ancienne cité fondée en 1215 avant JC, nous arrivons vers 10 heures du matin, après une demi-heure de route, et arpentons, par très beau temps, inutile de le préciser, les allées et jardins de la Villa Adriana, cette somptueuse et gigantesque résidence « secondaire » que l’empereur Hadrien se fit construire au début du 2ème siècle av. J.C, pour échapper épisodiquement à ses harassantes obligations romaines. Sur plus de 80 hectares d’un domaine légèrement vallonné, se dressait autrefois un époustouflant complexe d’habitation, de délassement et de loisir dont les vestiges sont aujourd’hui classés par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité.

Maquette de la Villa Adriana

Maquette de la Villa Adriana à Tivoli

Entrée monumentale de la célèbre Villa

Entrée monumentale de la célèbre Villa

Influencé par ses voyages en Grèce et en Égypte et surnommé « le Petit Grec », Hadrien avait voulu reproduire, à l’écart de Rome, un ensemble architectural et résidentiel, proche des monuments et sculptures qu’il y avait vus et admirés au cours de ses lointaines campagnes. L’écrivain belge, Marguerite Yourcenar, a publié en 1951 les Mémoires d’Hadrien, roman historique inspiré de sources authentiques, dans lequel elle imagine les réflexions philosophiques et artistiques que cet empereur hors normes aurait depuis sa villa de Tivoli – Tibur à l’époque – adressées à son petit-fils adoptif Marc Aurèle, lui-même futur empereur qui conduira l’empire romain à son apogée et mettra fin par sa mort à la Pax Romana instaurée par Auguste. Mieux vaut tard que jamais, j’ai décidé, à mon retour en Guadeloupe, de me remettre à la lecture de ce bel ouvrage de M. Yourcenar, première femme à entrer à l’Académie Française, que je vous conseille également, si vous êtes passionnés d’Histoire antique mais sans vous forcer la main.

La Villa d’Este

esteDe cette même ville de Tivoli nous nous dirigeons vers une autre résidence, plus récente celle-ci, puisqu’édifiée au XVI ème siècle de notre ère à l’initiative du Cardinal Hippolyte d’Este, à l’emplacement d’un ancien couvent. Au contraire de la Villa d’Hadrien dont il ne reste que des ruines, la Villa d’Este, entièrement conservée et classée elle aussi par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité, est appelée à juste titre « Le jardin des merveilles ». Aujourd’hui propriété de l’État italien, cette résidence unique, doublée d’un musée aux plafonds abondamment décorés, présente un savant agencement d’éléments architecturaux, de jeux d’eau, de jardins et de bassins dont l’harmonie générale n’a n’égale que l’intelligence et l’art sublime de ses concepteurs qui s’inspirèrent des techniques d’approvisionnement en eau des Romains et même de la Villa Adriana dont ils n’eurent aucun scrupule à piller marbres et pierres pour sa construction.

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Orvieto

Façade de la cathédrale d'Orvieto

Façade de la cathédrale d’Orvieto

Édifiée à 325 mètres d’altitude, la petite ville d’Orvieto domine une vallée où coulent deux rivières qui se jettent l’une et l’autre dans le Tibre, le célèbre fleuve qui traverse Rome et sa région. Fondée vers 800 av. J.C. par les Étrusques, elle doit son nom à l’expression latine Urbs vetus qui signifie vieille ville. Pendant longtemps libre et indépendante, son influence fut grande au XIVè siècle où elle rivalisait avec Sienne. Orvieto doit une partie de sa célébrité à sa cathédrale, le Duomo di Orvieto, de style gothique dont la construction s’échelonna sur près de 2 siècles, entre 1290 et 1456. Dédiée à l’Assomption de la Vierge Marie, elle a un point commun avec la petite église de Terre-de-Haut, elle même consacrée à la Vierge. Mais rassurez-vous, c’est seulement cette consécration commune qui rapproche les deux églises. Longue de 90 mètres, large de 33 et haute de 34, la Cathédrale d’Orvieto domine tous les autres édifices de la ville et il fut une époque où les papes avaient choisi cette ville isolée comme lieu de séjour lorsqu’ils quittaient Rome pour se reposer.

Intérieur de la cathédrale

Intérieur de la cathédrale

Ostia

rue ostieDernière étape de notre escapade « hors les murs » pour cette journée bien remplie : Ostia, Ostie en français, le port antique de Rome, situé à l’embouchure du Tibre, à 35 Km de la Capitale italienne. C’est par là qu’arrivait, se négociait et s’acheminait le ravitaillement de la population romaine : céréales, huile d’olive et autres marchandises. Après le retrait de la mer à plus de 3 Km du port initial, l’envasement du site par les alluvions du Tibre au cours des siècles et le détournement naturel de l’embouchure du fleuve qui ont complètement enfoui la ville sous des mètres cubes de terre et de boue, les fouilles archéologiques (qui se poursuivent encore aujourd’hui) font apparaître le tracé et le pavement des rues, l’emplacement des entrepôts et des boutiques, les murs des maisons d’habitation, édifiées parfois sur plusieurs étages, les sanctuaires, le théâtre, les thermes et la nécropole dont les cavités murales destinées à recevoir les urnes mortuaires sont encore parfaitement conservées.

paysage ostie retComme toujours, face à ces restes de constructions antiques, on est émerveillé de constater la perfection architecturale des édifices, l’agencement et la solidité des matériaux utilisés, ensemble complexe dont les photos en vue partielle peuvent difficilement rendre la beauté, l’équilibre et la perfection. Pour vous donner néanmoins une idée de ces merveilles, je vous invite à consulter le diaporama ci-dessous… en attendant la semaine prochaine pour la suite et le dernier volet de notre équipée romaine. (Je rappelle que les textes sont de moi-même, Raymond Joyeux, les photographies et la mise en images d’Alexandre. Je vous remercie de votre intérêt pour ce blog et sollicite votre indulgence pour les éventuelles erreurs, omissions et imprécisions qui se seraient glissées dans l’exposé…)

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Les pérégrinations d’un plébéien à Rome (I)

Vendredi 18 juillet, de Nice à la Via Flavia :  710 Km

arrivée à rome - copieNous n’avons pas compté le nombre de tunnels et de viaducs qui se sont succédé sur le trajet de Nice à Rome ce vendredi 18 juillet. Mais pour un Saintois habitué aux étroits chemins bétonnés (relativement) pai-sibles de Terre-de-Haut, rien n’est plus stressant, à 130 à l’heure, que l’alternance continue d’ombre et de lumière, sur près de 300 Km d’affilée. Heureusement qu’au cours de ces huit heures du parcours, (arrêts et ralentissements compris), à l’approche de la Ville Éternelle, l’autostrada est plus tranquille et les premières indications de notre destination s’affichent au devant de nous : Bologna-Roma. Avec le jeu de mots tentant : Rhum-Bologne, nous sommes doublement en pays de connaissance car en plus de faire de la publicité gratuite pour une célèbre enseigne d’Outre-Mer, c’est notre troisième expédition en cette région de l’Italie, après la Toscane découverte voilà quelques années dans les mêmes conditions de voyage et de circulation éprouvante, à grande vitesse.

Se garer, se détendre, se restaurer

IMG_7502 - copieTrouver une place de parking en plein Rome à 18 heures un vendredi soir de vacances d’été nous oblige à tourner en rond pendant une demi-heure autour de notre résidence. Mais la providence aidant, – (ne sommes- nous pas en terre chrétienne ? ) – enfin casés : voiture garée et bagages montés au petit studio de la via Flavia, 4ème étage avec terrasse, de l’hôtel M.., nous savourons le plaisir de nous détendre. L’air est doux et le ciel d’un bleu limpide, en cette fin de journée harassante. Il ne nous reste plus qu’à trouver une petite trattoria de dégustation et de nous rendre au cœur de la cité. Puis, avant d’établir une stratégie de visites pour la semaine à venir, de parcourir à pied quelques unes des nombreuses rues de la capitale italienne, bondées de touristes de toutes nationalités, rassemblés autour de leur guide que signale un petit foulard coloré qu’il agite au sommet d’une perche. C’est chose faite alors que le soleil, le même d’il y a 2 800 ans et bien davantage, tardant comme nous à se coucher, fait jouer encore des ombres sur les murs…

Samedi 19 : les musées du Capitole, le Forum et le Mont Palatin

Le Capitole et ses musées

marc aurèle - copieVous avez certainement entendu parler des Oies du Capitole, ces volatiles qui, selon la légende, auraient averti les habitants de Rome de l’arrivée des barbares Gaulois et qui sont devenus sacrés par la suite. Eh bien, c’est à cette place que nous consacrons notre première visite. Anne et Alexandre sont nos guides.  Étudiants à Paris, l’une à l’École Normale Supérieure, l’autre à la Sorbonne, tous deux fins connaisseurs de l’histoire romaine, de l’art antique et de la Renaissance, ils nous accompagneront tout au long de notre séjour. Nous apprenons par eux que c’est à Michel-Ange que l’on doit, en 1536, l’aspect monumental actuel de la Place du Capitole avec la statue équestre de Marc-Aurèle tournée vers la Basilique Saint-Pierre à la demande du pape Paul III Farnèse. Sous un soleil de plomb qui n’a rien à envier à celui des Saintes, déambulation passionnante qui nous conduit directement aux Musées Capitolins, non loin de la fameuse place, et dans lesquels est racontée en tableaux et sculptures la légende de la création de Rome, avec, entre autres chefs d’œuvre, le célèbre bronze anonyme de la Louve Capitoline, celle qui est censée avoir nourri Romulus et Rémus, les deux jumeaux, fondateurs supposés de la ville éternelle :

La Louve Capitoline

La Louve Capitoline

Le Forum, ses temples et ses allées de colonnes

Le Forum vu des musées capitolins

Le Forum vu des Musées Capitolins et un bout du Colisée au loin.

Des Musées Capitolins, on aperçoit les vestiges du Forum Républicain, lieu central et historique de la ville antique où les habitants et dirigeants, toutes classes confondues : simples citoyens, commer-çants, hommes politiques ou religieux, marchands ordi-naires ou vendeurs d’esclaves, se rencontraient et venaient discuter, acheter et vendre, tissant ainsi les liens sociaux indispensables à la vie harmonieuse de la cité. Situé entre le  Capitole et Palatin, le Forum était l’endroit où se célébraient toutes les manifestations publiques et privées :  mariages, jeux et combats de gladiateurs, cérémonies religieuses, échanges, décisions de justice, organisation administrative, économique, religieuse et politique de la ville… C’est aussi là que défilaient les troupes victorieuses revenues des campagnes militaires.

Le Palatin et la Maison d’Auguste

IMG_7115 maison d'auguste 2 - copieEn longeant le Circus Maximus, nous accédons au Mont Palatin, l’une des sept célèbres collines de Rome. C’est sur cette éminence verdoyante dominant la ville du haut de ses 70 mètres que les empereurs successifs faisaient construire leurs résidences, leurs « palais ». Ce mot venant lui-même, vous l’avez deviné, de Palatin (du latin Palatio). Le site est impressionnant. Entre jardins et plantations, pans d’aqueducs, thermes et promenades, se dresse la Maison d’Auguste, ou du moins ce qu’il en reste. La précision architecturale, le gigantisme époustouflant et l’agencement des édifices que l’on devine sous les pierres et les briques laissent bouche bée. Et malgré la beauté  de ce qu’il faut bien appeler des ruines, on ne peut ne pas penser à Joachim Du Bellay qui n’avait pas l’air de les apprécier outre mesure, puisqu’il écrit dans Heureux qui comme Ulysse ces vers étonnants  que nous avons tous appris à l’école :

Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux
Que des palais romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine 

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,

Et plus que l’air marin la doulceur angevine.

*****

Mais laissons-là pour aujourd’hui le poète Joachim Du Bellay, ses appréciations et ses chauvines préférences, et prenons rendez-vous pour la prochaine chronique sur Rome et ses environs, avec les  textes et les illustrations photographiques d’Alexandre et de Raymond Joyeux.

Statue d'Auguste non loin du Forum

Statue d’Auguste non loin du Forum

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Premier anniversaire !

À nos lecteurs

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe 13 juillet 2013, voilà exactement un an jour pour jour, naissait notre blog : Un poète à la mer. Nous avons publié depuis cette date 67 chroniques qui ont suscité de votre part 235 commentaires. À ce jour, 13 juillet 2014, nos articles ont été visités 21 458 fois  par 7 014 internautes, dont 53 abonnés qui les reçoivent immédiatement par courriel à l’instant même de leur publication. Pour une moyenne de 584,5 visiteurs par mois, provenant de nombreux pays à travers le monde, le record mensuel de visites a été de 2928 en octobre 2013, celui de visiteurs de 959 en mai 2014  ! C’est dire que grâce à vous, chers lecteurs, ce blog a vécu une année riche en lecture et en interactivité.

bato amélioréAussi je ne saurais trop vous remercier pour votre intérêt et votre assiduité à le suivre, et j’espère pouvoir continuer à vous satisfaire au mieux de mes possibilités de lecture, de mes sources de réflexion et d’information. Je remercie également les nombreux commentateurs qui le font vivre et sur qui je compte pour qu’ils continuent à donner leurs avis, toujours pertinents et amicaux. Je remercie enfin les auteurs et éditeurs qui m’ont autorisé à publier leurs textes, ce qui a permis d’enrichir le site, de diversifier les thèmes des chroniques et souvent de susciter le débat. Enfin, en ce début d’été, permettez-moi de vous souhaiter à tous de bonnes vacances, riches en repos du corps et de l’esprit, en dépaysement, en découvertes, en lectures, en visites de pays et de musées… comme nous y invite symboliquement le navigateur Bernard Moitessier dont j’ai sélectionné pour vous ce petit texte en conclusion de ma courte chronique d’aujourd’hui et de son livre : Voiles mers lointaines îles et lagons, publié chez Arthaud en 1995 puis en 2002. Réflexion qui pourrait être la vôtre, qui pourrait être la nôtre, avant de partir et au retour, peut-être pour certains déjà, de ces congés d’été 2014…

Partir… revenir

livre moitessier - copie« Et voilà, nous avons pris la décision de partir, parce que notre instinct nous y poussait, peut-être même de tout larguer ; nous avons humé l’air du large, senti l’ivresse des premières traversées, nous nous sommes creusé la tête sur les nombreux problèmes rencontrés sur la route et avons sué pour les résoudre ; nous avons découvert notre île sous le soleil des tropiques ; nous avons fait ensemble le tour du lagon magique, du platier où gronde la houle puissante venue de l’horizon et de l’atoll aux vertes palmes habitées par les dieux éternels de l’alizé. Un petit coup de hamac à l’ombre des veloutiers pour se remettre de ce tour d’horizon absolument indispensable… Mais avant de clore, je vous rappelle ce « tuyau » que je crois inestimable : devenir ami avec les dieux en vaut la peine. Cela leur fait plaisir et ils nous emmènent alors de temps en temps vers la troisième dimension où les choses s’éclairent et se transforment en évidences limpides et efficaces ; je sais de quoi je parle, je les ai souvent fréquentés… ici et là-bas.« 

Bonnes vacances à tous, que les dieux soient avec vous et… à la prochaine chronique.
Raymond Joyeux

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