La langouste : mieux la connaître pour mieux l’apprécier

Un mets très prisé

Langouste retouÀ l’approche des fêtes de fin d’année, de quelque façon qu’on la prépare ou la présente, la langouste occupe une place de choix aux menus des restaurants et dans les familles. Très peu prisée aux Saintes autrefois, aussi bien sur le plan gustatif que commercial, les pêcheurs se contentaient de l’écraser pour en faire un appât pour leurs nasses, ou la vendaient à bas prix aux navires de guerre français en escale prolongée d’études hydrographiques. Aujourd’hui denrée de luxe, sa pêche est soumise à une règlementation, sans pour autant faire l’objet d’une restriction saisonnière comme le lambi, espèce protégée, en voie de disparition. Voici l’essentiel résumé de cette règlementation : « Une langouste peut être pêchée dès l’instant où elle a pu faire au moins deux pontes, ce qui se traduit par une taille de 21 cm de la tête à la queue pour la royale et de 14 cm pour la brésilienne. En sus, indépendamment de la taille, il est interdit de pêcher des langoustes grainées c’est-à-dire qui portent des œufs sous leur ventre. En conséquence le consommateur ne doit pas acheter ou consommer de langouste avec des œufs ou ayant des tailles inférieures à celles qui sont réglementaires. Tant qu’il y a aura des acheteurs ou des mangeurs il y aura des braconniers. Toutefois, pour les langoustes il n’existe pas d’interdiction saisonnière. C’est-à-dire qu’on peut les pêcher toute l’année en respectant la taille réglementaire ! »

Une leçon de sciences naturelles du Père Robert PINCHON

Pinchon  - copieAmateurs de langoustes, vous qui sans doute prévoyez d’en déguster au moins une fois au cours d’une de ces deux fêtes qui pointent leur nez au calendrier de ce mois de décembre, pour vous faire mieux connaître ce crustacé de nos mers tropicales, je vous propose cette étude du Père Pinchon, extraite de son livre de biologie antillaise, paru une première fois en 1960 et réédité en 1968. Le Père Pinchon a été mon professeur de Sciences Humaines et Naturelles à l’époque où, adolescent Saintois de 16-17 ans, exilé en Martinique, je préparais mon baccalauréat au Lycée Sainte Marie de Fort de France. Aussi c’est avec un soin tout particulier que j’ai conservé précieusement l’édition originale de cet ouvrage, le premier manuel scolaire à proposer aux jeunes Antillais une présentation scientifique de la flore et de la faune de leur milieu naturel, abondamment illustrée de dessins et  schémas de l’auteur et de quelques rares photographies en noir et blanc.

Description de la langouste 

langouste 1 ret 2« La langouste, qui est connue aux Antilles sous le nom impropre de « homard », constitue le type le plus caractéristique des crustacés. Il en existe plusieurs espèces différentes, mais la plus connue et la plus appréciée du point de vue gastronomique est la grosse langouste qui atteint jusqu’à 8 kilogrammes : elle est caractérisée par la double série de taches jaune-crème, disposées symétriquement de chaque côté des anneaux qui sont appelés vulgairement la queue, mais qui constituent en réalité l’abdomen. Son corps se divise en deux parties : le céphalothorax qui provient comme chez les Arachnides de la fusion intime de la tête et du thorax, auquel fait suite un abdomen bien développé. Le céphalothorax est protégé sur le dos et les flancs par une carapace d’un seul morceau, hérissée d’un grand nombre d’épines aiguës, obliques, dirigées vers l’avant, plus développées du côté de la tête ; entre les yeux pointent deux d’entre elles particulièrement longues et acérées constituant les cornes frontales. La dureté de la carapace est due à la présence de chaux et de chitine qui revêtent le corps d’une véritable croûte d’où son nom de crustacé.

langouste 2 ret - copieLa partie antérieure qui correspond à la tête porte les organes sensoriels et la bouche. Les yeux globuleux, montés sur un court pédoncule articulé, font saillie de chaque côté des cornes frontales ; par devant et en dessous se détachent les bases larges et épineuses des longues antennes qui chacune se termine par un fouet très mince et très souple. Elles paraissent être d’usage surtout tactile. Entre elles et au dessous naissent les antennules, lisses, plus fines et beaucoup plus courtes et qui présentent la particularité de se bifurquer chacune en deux fouets ; elles semblent avoir un rôle spécial pour la perception des odeurs… La bouche s’ouvre à la face inférieure et est composée d’un certain nombre de pièces dures qui permettent à l’animal de broyer sa nourriture… La bouche elle-même comprend une paire de mandibules très fortes terminées par une tête broyeuse et deux paires de mâchoires aplaties et coupantes. À la face inférieure du céphalothorax se détachent les cinq paires de pattes, longues et fines, ornées de quelques rares épines aux articulations et de poils vers leur extrémité ; elles se terminent toutes par une sorte de petite griffe. Ce sont les organes de la marche qui permettent à la langouste de se promener sur les fonds rocheux marins où elles vivent d’ordinaire. La langouste respire l’oxygène dissous dans l’eau au moyen de branchies… L’abdomen est formé de segments recouverts par une carapace chitineuse et calcaire sur le dos et se terminent latéralement par une série de pointes acérées. Ces segments sont mobiles, étant reliés entre eux par une peau souple… Le dernier segment de l’abdomen porte cinq palettes formant éventail : à la base de celle du milieu s’ouvre l’anus.

Reproduction et développement

Photo Ifremer

Photo Ifremer

La langouste se reproduit par œufs, mais avant d’atteindre sa forme adulte, elle passe par toute une série de métamorphoses très compliquées. Vers le mois de juillet, on trouve fréquemment des femelles dont le dessous de l’abdomen est garni d’une masse d’œufs. Celles de taille moyenne en portent environ 500 000 ; orange ou jaunâtre, ces œufs se présentent comme de petits grains de 3/4 de millimètre de diamètre.  Au bout de quelques semaines éclosent de jeunes larves nageuses, au corps transparent muni de longues pattes. Attirées par la lumière et nageant à la surface de la mer, les larves constituent des proies fort appréciées des carnivores. Heureusement, grâce à leur multitude, certaines ont la chance d’échapper à leurs ennemis. Ne mesurant guère plus de 2 mm à leur naissance, elles subissent des mues et à chaque fois se transforment quelque peu. À mesure que leur taille augmente, les larves ont tendance à descendre vers les profondeurs… Bientôt elles se réfugient entre les rochers du fond et leur carapace s’élargit et devient épineuse, leur abdomen se développe, les pattes et surtout les antennes grandissent… Il leur faut près d’un an pour atteindre le stade harmonieux d’adulte et pour pouvoir mener une vie un peu mieux à l’abri des attaques de toute la gente féroce de la mer… »

R.P. Robert Pinchon - 1913-1980

R.P. Robert Pinchon – 1913-1980

Robert Pinchon est né à Provins le 10.09.1913. Après son ordination chez les Spiritains, il fait des études de Sciences à l’université, couronnées par un Doctorat. Il est nommé professeur au Collège diocésain de Fort de France, à la Martinique.
Il est tout heureux de cette nomination et ajoute sur sa feuille d’affectation,  » que ce soit pour toujours », ce qui sera le cas, puisque toute sa vie, il la passera dans ce collège où il arrive le 15.04.1945.
L’île est propice aux recherches. Pratiquement rien n’a été fait comme étude dans le domaine de la flore et de la faune, avant son arrivée. Les vacances scolaires, il va les occuper à fouiller de fond en comble l’ile et les îles voisines.
Le 15.04.1960, il commence à faire connaître ses découvertes. Il publie d’abord « Les Sciences d’Observation aux Antilles », livre qui sera utilisé dans l’enseignement privé comme dans l’enseignement public pendant de nombreuses années, comme livre de Sciences Naturelles. En 1963, paraitra « La Faune des Antilles françaises, Tome 1: les oiseaux » qui sera suivi en 1969 par un tome 2: « Les papillons ». En 1967, il aura édité  » Quelques aspects de la Culture aux Antilles », continué en 1971 par « D’autres aspects de la Culture aux Antilles ». Il publie aussi « Nature antillaise », puis en 1976, « Le Dynaste Hercule dans les petites Antilles ». De nombreux articles paraissent aussi dans les « Annales des Antilles » et la « Revue de la Société d’Histoire naturelle ». Il sera même membre correspondant du Muséum d’histoire naturelle de Paris.
L’étude de la biologie l’amène à réaliser de remarquables collections de papillons, de poissons, de crustacés, de scorpions, de serpents que les Martiniquais et les touristes peuvent visiter. Sa passion pour cette île de la Martinique et ses habitants le pousse à se lancer dans des recherches archéologiques. Il fouille en particulier le site de Marigot Sainte Marie, dans la commune de Vauclin. Il met à jour des poteries Caraïbes et Arawacks, populations qui ont disparu aux temps de l’arrivée des Européens, à la fin du XVème siècle.

Un petit musée permet encore de voir les résultats du travail d’archéologue du père Pinchon qui décède le 16. 04.1980, et est inhumé dans son île d’adoption.

(Sources : les archives spiritaines)

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ROUTE DU RHUM

Arrivée de Nicolas Thomas

La joie de l'arrivant - Ph. RCI

La joie du navigateur à l’arrivée – Ph. RCI

Le jeune skipper saintois de la Route du Rhum, Nicolas Thomas, est arrivé à Pointe-à-Pitre après 23 jours, 18 heures et 32 minutes de navigation houleuse. S’il n’avait pas eu l’obligation de faire une escale technique à la Corogne suite à une avarie, 48 heures après le départ, il aurait gagné 4 jours et se serait classé mieux que 28è de sa catégorie. Ce mercredi 26 novembre 2014, après avoir franchi la ligne d’arrivée à 3 h 32, il accostait au ponton d’honneur de la Darse de Pointe-à-Pitre vers 4 heures du matin, acclamé par plus d’une centaine de ses compatriotes des Saintes venus le recevoir et le féliciter comme il se doit. Exemple de compétence, d’endurance et de détermination pour la jeunesse saintoise, Nicolas Thomas a droit à nos remerciements et à toute notre admiration. Nous l’avons suivi jour après jour depuis son départ de Saint-Malo et vous proposons aujourd’hui les photos de son arrivée en collaboration avec RCI Guadeloupe. Nos remerciements vont aussi à Guadeloupe Grand Large qui l’a formé, au Conseil Régional de Guadeloupe et à 1001 Piles Batteries qui l’ont sponsorisé et à tous ses amis Saintois, Guadeloupéens et Métropolitains d’ici et d’ailleurs qui l’ont soutenu et encouragé. Cette participation à la Route du Rhum de Nicolas Thomas restera un moment fort, une date à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire maritime et sportive de notre petit archipel.

Avec son père Jean-Paul- Ph. RCI

Avec son père Jean-Paul Thomas – Ph. RCI

Avec Hilaire Brudey à droite

Avec Hilaire Brudey à droite, Président du CTIG – Ph RCI

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21 Novembre 2004 : il y a 10 ans, la terre a tremblé aux Saintes

Le plus gros séisme depuis un siècle en Guadeloupe

route casséeVoilà dix ans, le dimanche 21 novembre 2004, à 7 heures 41 locales, un séisme de magnitude 6,3 ébranlait la Basse-Terre et réveillait brutalement toutes les Saintes. Appelé dès lors Séisme des Saintes, son épicentre se situait entre le Sud du petit archipel et le Nord de la Dominique (voir illustration ci-dessous). Semant la panique parmi les populations, il a provoqué la mort d’une personne à Trois-Rivières et fait d’importants dégâts à Terre-de-Haut, mais davantage encore à Terre-de-Bas, l’île voisine. Ce fut le plus gros séisme enregistré en Guadeloupe depuis plus d’un siècle. Outre la destruction de nombreux bâtiments et la peur de leur vie pour les habitants, en moins de 10 secondes, la secousse a généré un creux à la surface de l’océan, provoquant un tsunami à certains endroits des côtes saintoises, particulièrement au Marigot et à l’Anse Figuier pour ne parler que de Terre-de-Haut. Des débris laissés par la vague ont montré que la mer était montée sur plusieurs mètres à ces endroits. Toute la journée de ce triste dimanche pluvieux, et les jours qui suivirent, de nombreuses secousses ont été ressenties, obligeant les autorités à installer un village de toile pour les personnes sinistrées et pour ceux qui craignaient de regagner leur maison par peur des  incessantes répliques, plus ou moins importantes.

Livres et témoignages

40-secondesInutile de dire que cet événement dramatique a suscité nombre de commentaires officiels et populaires, ainsi que des témoignages poignants, aussi bien dans la presse écrite qu’à la télé et sur les radios locales. Des livres ont été édités par la suite qui racontent par le menu les conséquences matérielles du tremblement de terre et le ressenti psychosomatique de leurs auteurs et de leur entourage au cours et après le phénomène. Nous pensons particulièrement au très bel ouvrage de Madame Léoncie Vala-Nadille de Terre-de-Bas, paru chez Nestor en 2012 : 40 secondes pour 40 ans de travail, livre dont nous avons rendu compte ici-même, dans notre chronique du 3 septembre 2013 : raymondjoyeux.com/2013/09/03/40-secondes-pour-40-ans-de-travail/. De son côté, le poète et conteur marie-galantais, Max Ripon, publiait un petit livre fort intéressant dont le titre reprend tout simplement les termes de la magnitude du séisme : Six virgule trois. À la différence près que ce dernier ouvrage se veut une œuvre de pure fiction alors que le livre de Mme Léoncie Vala-Nadille est un témoignage vécu d’une bouleversante authenticité.

Sur le vif : le récit d’A…

Les enfants aussi ont été fortement marqués par la violence du séisme. D’autant plus que l’école primaire de Terre-de-Haut  a subi de gros dégâts, laissant imaginer le pire si la terre avait tremblé un jour de classe. C’est pourquoi, au lieu de vous exposer les savantes explications scientifiques et géologiques, fort instructives mais quelque peu rébarbatives pour les non initiés, explications que l’on peut par ailleurs trouver facilement sur Internet en tapant Séisme des Saintes, je vous propose le témoignage d’A…, collégien de 13 ans à l’époque, qui, dans le cadre d’une rédaction faite en classe, peu après l’événement, a simplement intitulé son récit :

 » Un dimanche à Terre-de-Haut « 

 « Atmosphère paisible, rêves charmants, sommeil calme, nombreuses sont les impressions que pendant cette nuit du 20 au 21 novembre je ressens. Je ne peux imaginer meilleur repos. Tout d’un coup, sur le matin, je suis secoué une première fois brutalement, sèchement. Je pense alors : “Quel chauffard peut conduire aussi mal ? !” Il est vrai que la petite maison, une façade sur mer, l’autre sur rue, est en position favorable en cas de dérapage. Mais malgré cela, La Lucarne (c’est comme cela qu’on l’appelle) est à mes yeux la demeure la plus belle des Saintes. Puis je pense à autre chose, beaucoup plus surprenante et inattendue : un tremblement de terre. Je suis alors parcouru d’un frisson d’effroi : la maison, moitié bois, moitié béton, ne tiendrait pas longtemps. Aussi n’écoutant que mon instinct de survie, je m’empresse d’ouvrir les yeux et de me sortir du lit.

Dans les ténèbres de ma chambre, je me retrouve debout, lorsqu’une seconde secousse plus forte et plus longue me projette au sol. Abasourdi, à quatre pattes, je suis surpris de voir, du moins d’entendre avec quelle facilité les bibelots et autres livres tombent et se fracassent en s’éparpillant sur le carrelage en même temps que mon armoire. À l’estime, cette secousse dure une quinzaine de secondes. Désorienté, le temps de me remettre, je le vois enfin, ce filet de lumière salvateur qui filtre au bas de la porte. Je bondis hors de ma chambre et m’empresse de m’extirper de la maison.

Une fois dehors, je vois toutes les Saintes dans la rue, toutes classes d’âge confondues. Devant moi passe une vieille dame en pleine crise de nerfs. Plus loin, un groupe de personnes entoure un pan de mur effondré. Puis j’aperçois mon père, une baguette de pain à la main. Il accourt :
– Tout va bien, fiston ? Rien de cassé ?                                                
– Pour moi, tout va bien. Mais à l’intérieur !…
– Si tu es sain et sauf, c’est l’essentiel, dit-il, les dégâts matériels, ce n’est rien. J’ai bien cru qu’un Boeing nous tombait dessus ! Mais où est ta mère ?
– Où est maman ? répété-je, inquiet. Ah oui, je sais, chez le coiffeur !.. Et je la vois accourir vers nous, essoufflée, le visage décomposé.
– Ça va, mes chéris ? crie-t-elle.
– Ça va, répond mon père. 
– C’est horrible, mais je suis OK, répliqué-je à mon tour.
– Tant mieux, moi aussi, dit ma mère. Mais, mon Dieu, quelle frayeur ! Nous…

Elle n’a pas le temps de finir sa phrase qu’une nouvelle secousse fait vibrer la petite île qui tangue fortement. Partout, des voix de femmes s’élèvent. Certaines prient, les yeux au ciel. Je vois même les pires mécréants s’agenouiller en implorant miséricorde… 
Et la matinée se passe dans le stress et l’attente, la pluie incessante renforçant l’atmosphère d’apocalypse.
L’après-midi, après des secousses toutes les dix minutes environ, et une forte réplique vers 15 heures, nous nous décidons à pénétrer dans la maison, avec précaution, nous précipitant dehors à chaque alerte. En réalité, chez nous, peu de dégâts, quelques verres et assiettes brisés ainsi que l’armoire de ma chambre à terre. Un rapide coup de balai pour éliminer les tessons mais pas question de remettre quoi que ce soit sur les étagères…

Le repas du soir est frugal : sandwich et eau claire autour d’une lampe de fortune. La journée a été partagée entre secousses, rumeurs, visites et coups de téléphone. Lorsque le crépuscule commence de s’établir, mon père annonce :
– Ce soir, mon cousin Jean viendra passer la nuit chez nous.
– Pourquoi, dit ma mère, il est sinistré ?
– Sa maison n’est absolument pas praticable. Je l’ai visitée dans la journée, elle est fendillée de partout et menace de s’écrouler. Ici, il sera en sécurité.
– De toute façon, ajoute ma mère, personne ne pourra dormir avec les secousses et l’in-quiétude, alors tu fais bien de le faire venir.

C’est ainsi que regroupés sur la terrasse du bord de mer nous passons la nuit tous les quatre à épier les répliques, un œil à demi fermé, l’autre bien ouvert au cas où, nous précipitant sans réfléchir à l’extérieur chaque fois que le sol semble se dérober sous nos pieds… »

Locali séisme

Dans la vidéo suivante, mise en ligne sur youtube par la Région Guadeloupe, photos à l’appui, le maire de Terre-de-Bas évoque la reconstruction de sa commune après le séisme de 2004 :

 https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=eqonLqkL2-M

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La mer qui guérit

Un message de solidarité

JOUVANCEPour rester dans l’actualité maritime, qu’elle soit heureuse ou malheureuse,  (Sargasses aux Saintes, Route du Rhum à Pointe-à-Pitre), sujets des deux précédentes chroniques, je vous propose un texte de Daniel JOUVANCE, extrait de son livre Au nom de la mer, paru aux éditions Robert Laffont il y a déjà quelques années mais qui, lui, restera toujours d’actualité. En quatrième de couverture de cet ouvrage que, parmi d’autres, tout amoureux de la mer devrait lire et posséder, l’auteur écrit :  » On peut tout attendre de la mer. Elle a le pouvoir de guérir et d’apporter aux hommes un nouveau plaisir de vivre… Le message de la mer est de solidarité, de courage et de loyauté. La mer rapproche les hommes. Au tournant des temps que nous atteignons, il est indispensable de prêter attention à son message. »

Photo Alexandre J.

Photo Alexandre Joyeux

Message de solidarité plus que jamais nécessaire à entendre en effet et à mettre en pratique chez nous comme ailleurs. On le constate aujourd’hui concrètement à l’occasion du nettoyage des plages et des fonds marins entrepris par des bénévoles aussi bien aux Saintes qu’en Guadeloupe. Nettoyage qui permet de sauvegarder au mieux ce précieux élément que nous, insulaires, avons la chance et le privilège d’avoir à portée de main. Car c’est seulement en en prenant le plus grand soin que nous pourrons en retour profiter de tous ses bienfaits. Comme nous le rappelle Daniel JOUVANCE dans son historique de l’hydrothérapie marine.

Depuis l’Antiquité

Hippocrate : fondateur de la thalasso

Hippocrate : fondateur de la thalassothérapie

« La première allusion au pouvoir guérisseur de la mer remonte à Platon – quatre siècles avant notre ère. Le philosophe, malade, suivit une cure d’eau de mer conseillée par des prêtres égyptiens. Il guérit. Ce qui permet de penser que les vertus de l’eau de mer étaient connues dans le delta du Nil au temps des Pharaons. Hippocrate, père de la médecine, recommandait de chauffer l’eau de mer. On peut le considérer comme le fondateur de la thalassothérapie. Ce n’est que 21 siècles plus tard, en 1750, que l’on enregistra un regain d’intérêt pour l’eau de mer. Responsable : le médecin anglais Richard Russell. On pensait alors surtout aux vertus du climat littoral. À Berck, en 1850, fut fondé le premier hôpital pour enfants « rachitiques et scrofuleux »

La base de la vie

En 1906, René Quinton publia L’Eau de mer, milieu organique, et présenta sa théorie, solennellement, à l’Institut : la vie de la cellule n’est possible que dans certaines conditions qui sont l’existence d’un milieu aquatique marin, la concentration saline de ce milieu. Il posa les bases de la « loi de constance marine ». Il fut acquis désormais que l’eau de mer était à la base de la vie – et pouvait aider la vie. À Roscoff, au début du siècle, le Dr Louis BAGOT créa un établissement d’hydrothérapie marine, où il soignait les rhumatismes, certaines maladies de la femme, l’anémie, etc. avec de l’eau de mer. Des établissements analogues s’ouvrirent au bord de la Mer du Nord et de la Baltique. En Allemagne, on donnait de l’eau de mer à boire à certains malades. Bientôt apparurent les aérosols (pulvérisations) qui soignent les voies respiratoires.

Plage de Grand'Anse à Terre-de-Haut- Photo Alain Joyeux

Mer de Grand’Anse à Terre-de-Haut- Photo Alain Joyeux

La parenthèse des deux guerres mondiales

Mer aux SaintesEntre les deux guerres mondiales, l’intérêt pour les cures marines faiblit – bien que les travaux de Quinton aient inspiré de nombreux chercheurs. C’est une période où triomphèrent les chimiothérapies. Pendant la dernière guerre, l’institut de Roscoff fut transformé en dépôt de munitions. Après la Libération, il accueillit des malades ou des accidentés, parmi lesquels le populaire champion cycliste Louison BOBET, dont la rééducation fut si brillante qu’il décida de créer son propre institut. Ce fut l’occasion de médiatiser la thalassothérapie qui, avec ses nouvelles méthodes de soin, mérite tous les jours ses lettres de noblesse. L’eau de mer, les algues, le plancton, le phytoplancton, etc., font aujourd’hui l’objet d’analyses très pointues et on découvre, non sans un certain émerveillement, l’étendue de leur pouvoir thérapeutique.

La recherche continue

On en est à la troisième génération des centres de cure marine. Les traitements sont de plus en plus spécifiques, les méthodes de soins ne cessent de se perfectionner. La connaissance des végétaux et actifs marins a enrichi l’arsenal des thalassothérapeutes, ouvrant même des perspectives médicales nouvelles en dermatologie, dans le traitement des insuffisances organiques, des maladies nerveuses, respiratoires, la prévention des accidents cardiaques, etc. Les molécules marines s’avèrent des alliées précieuses et efficaces dans le domaine de la beauté. La recherche continue : en matière de santé et de beauté, la mer a encore beaucoup à nous offrir.

Vague - Ph. Henri Migdal

Vague – Ph. Henri Migdal

La transminéralisation

Photo Ch. Joyeux

Photo Ch. Joyeux

Comme disent les dermatologues, la peau a de multiples fonctions organiques. Elle est une ombrelle pour s’opposer aux effets néfastes du soleil ; elle est également un parapluie pour nous rendre imperméables. Elle est cette interface entre nous et le monde extérieur et est plus tolérante qu’on ne veut le penser… En réalité la peau est perméable, même si elle assure notre isolement corporel fondamental. C’est un véritable filtre. Un filtre « intelligent » même, puisqu’il sélectionne les substances dont le corps a besoin. Le professeur Daniel (USA) a démontré que la peau était capable de recharger de façon sélective l’organisme en sels minéraux et particulièrement en oligoéléments. L’immersion marine est l’occasion pour le corps de capturer les éléments dissous dans l’océan. La thalassothérapie n’est pas seulement l’occasion d’une simple baignade, avec le plaisir ludique que cela représente ; il s’agit de se ressourcer, de raviver sa « mer intérieure »… Un bain de mer, un enveloppement d’algues, une eau marinisée, un cosmétique riche d’océan ressourcent naturellement nos cellules, notre sang, notre vie qui, rappelons-le cent fois, est née de la mer. Il ne faut pas l’oublier. Notre corps et sa peau, eux, savent naturellement se souvenir de notre maternité marine. »

Pour finir en poésie avec Saint-John Perse

Ainsi louée, serez-vous ceinte ô Mer, d’une louange sans offense.
Ainsi conviée serez-vous l’hôte dont il convient de taire le mérite.
Et de la Mer elle-même il ne sera question, mais de son règne 
au cœur de l’homme :
Comme il est bien, dans la requête du Prince, d’interposer
l’ivoire ou bien le jade
Entre la face suzeraine et la louange courtisane.

Et de salutation telle serez-vous saluée
Ô Mer, qu’on s’en souvienne pour longtemps
Comme d’une récréation du cœur.
(Amers, page 133)

"La Mer, en nous, portant son bruit soyeux du large..."  Photo R. Joyeux

« La Mer, en nous, portant son bruit soyeux du large… » S J Perse – Photo R. Joyeux

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Route du Rhum : un Saintois dans la course

Un Saintois au Rhum, enfin, c’est arrivé !

Nicolas Thomas - Photo Courcoux

Nicolas Thomas de Terre-de-Haut – Photo Alexis Courcoux pour Guadeloupe Grand Large

Depuis sa première édition en 1978 remportée par le Canadien Mike Birch sur son trimaran Olympus, en 23 jours et 6 heures, jusqu’à celle de cette année, les Saintois attendaient avec impatience qu’un des leurs participe enfin à la Route du Rhum, cette compétition hors normes qu’est la traversée de l’Atlantique en solitaire, de Saint-Malo à Pointe-à-Pitre. C’est aujourd’hui chose faite avec la présence au départ de notre compatriote Nicolas Thomas, 24 ans, le fils de Jean-Paul, taximan bien connu à Terre-de-Haut.  Plus jeune participant à cette course (il est né en 1990),  passionné de voile et très motivé, Nicolas est titulaire d’un bac professionnel de génie électronique. Il a fait ses classes de navigateur pendant deux ans au centre de formation de Guadeloupe Grand Large en vue d’apprendre le métier de skipper et de préparateur de bateau, dans la perspective de participer à des courses au large. C’est bien sûr sa première participation dans cette épreuve de haut niveau qui, tous les Saintois l’espèrent et le souhaitent, ne sera sans doute pas la dernière… avec si possible une victoire dans les prochaines années.

Dans l’œil de Jeanne Grégoire

Je remercie chaleureusement la responsable de communication à Guadeloupe Grand Large, Laure De Hercé, de m’avoir autorisé à vous proposer l’interview de Jeanne Grégoire réalisée le 31 octobre à propos de Nicolas, avant le départ du « Rhum ».

Jeanne Grégoire, coach de Nicolas Thomas - Ph Alexis Courcoux

Jeanne Grégoire, coach de Nicolas Thomas – Ph Alexis Courcoux

« Coach sportif de Nicolas Thomas sur la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, Jeanne Grégoire est bien connue des pontons métropolitains pour avoir navigué sur les circuits Mini 6,50 et Figaro Bénéteau. Ancienne adversaire du Saintois sur la dernière Transat AG2R, la jeune femme est passée de l’autre côté de la bôme pour partager son expérience et ses conseils en course au large. Surnommée la fée coachette par l’équipe de Guadeloupe Grand Large – 1001 Piles Batteries, elle nous parle de Nicolas Thomas.

Jeanne Grégoire, pouvez-nous nous présenter le skipper Nicolas Thomas ?
Nicolas est un jeune homme de 24 ans, bien de son époque avec tous les avantages et les inconvénients de la jeunesse. Sa principale qualité est de savoir enregistrer les choses techniques et réussir à les retranscrire avec ses mots à lui. Ce qui donne quelque chose d’intelligent et qui reste bien gravé dans sa tête. Il porte bien son surnom de « Nico le gros cerveau ». A l’opposé, il est un peu laxiste et se laisse facilement porter. A 24 ans, il faut qu’il sache se prendre en main, faut qu’il passe le cap de l’adolescence. Après c’est aussi une qualité car ça lui permet de prendre du recul sur pas mal d’aspects, de savoir prendre son temps pour bien faire les choses. Mais à certains moments, il faut aussi savoir foncer et entrer dans l’action. Michel Desjoyeaux disait que les navigateurs intelligents sont forcément un peu fainéant mais c’est souvent parce qu’en amont de la course, ils se sont activés. Donc il ne faut pas sauter cette étape.

Nicolas interviewé Ph.

Nicolas interviewé – Ph. Michel Salbot

Quel regard portez-vous sur le Mach 40 Guadeloupe Grand Large – 1001 Piles Batteries ?
Le projet monté par Guadeloupe Grand Large est un projet intelligent et bien structuré. Le premier message que l’on m’a donné quand j’ai rejoint l’aventure était de ne pas réinventer la voile mais de mettre le maximum de chance de notre côté pour bien faire les choses. Pour ce faire et à mon sens, ils ont loué le meilleur Class40 pour courir cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Il doit y avoir 35 skippers à St Malo à envier Nicolas d’avoir un tel bateau pour sa première traversée en solo. Ensuite le bateau est performant et avec sa vitesse, il pardonne rapidement le manque d’expérience de Nicolas. Quand il met un peu de temps à faire une manœuvre ou à prendre une décision, « Guadeloupe Grand Large – 1001 Piles Batteries » compense en vitesse ce retard. Après, le point le plus délicat pour Nicolas sera de bien rester à l’écoute de son bateau. Pour les navigateurs ayant plus d’expérience que le jeune Saintois, le moindre bruit ou le moindre changement de gite les font sortir sur le pont et entrer dans l’action. Pour l’instant, Nicolas est encore peu réactif à ces changements. Une réactivité qui risque de décroître avec la fatigue. C’est le gros point sur lequel il doit travailler.

Quelle est la faiblesse du bateau ?
Le bateau a très peu de faiblesse. J’ai juste une appréhension sur les girouettes. J’espère qu’elles resteront en place lors des possibles coups de vent et en dépit des nombreuses fixations.

Objectivement, à quel résultat Nicolas peut-il prétendre pour sa première Transatlantique en solitaire?
Il peut sans problème terminer dans le top dix. Nicolas a un petit talent. Pour l’instant, il navigue de façon très académique et a encore du mal à réagir aux sensations du bateau. Par contre ce qui est bluffant c’est qu’il sait très bien lire un fichier de vent. Pour gagner quelques places au classement général il devra absolument adapter son rythme à celui de son bateau et rester à son écoute. C’est mon plus grand conseil. »

Nicolas sur son bateau - Ph Guadeloupe Grand Large

Nicolas sur son bateau – Ph Guadeloupe Grand Large

Le 5 novembre, suite à une avarie de safran, Nicolas a dû faire une escale forcée à la Corogne pour réparer. À l’heure où nous mettons en ligne, – le vendredi 7 novembre à zéro heure locale – nous espérons qu’il aura repris la route et que tout se passera bien pour lui désormais. C’est en tout cas ce que nous souhaitons tous aux Saintes et en Guadeloupe. Bon courage Nicolas, nous sommes tous derrière toi ! L’important c’est d’arriver en bon état à Pointe-à-Pitre.

                                                      Les 5 autres Guadeloupéens

Nicolas Thomas n’est pas le seul navigateur à représenter la Guadeloupe dans cette Route du Rhum 2014. Avec les photos d’ Outre-Mer Première, découvrez les autres concurrents. À tous nous souhaitons bonne route et bon vent sur la route de Pointe-à-Pitre  !

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Les plages saintoises polluées par les Sargasses

Une invasion malvenue

Plage de Pompierre à Terre-de-Haut - Ph. R.Joyeux

Plage de Pompierre à Terre-de-Haut – Ph. R.Joyeux

Depuis quelques semaines, poussées par les vents dominants, les courants et les effets de l’ouragan Gonzalo de la mi-octobre, d’immenses plaques de Sargasses ont touché les côtes de Guadeloupe et envahi les plages des Saintes. En particulier celle de Grand’Anse à Terre-de-Bas, celles de Pompierre, de Marigot et de Grand’Anse à Terre-de-Haut. Ce phénomène, désagréable à tous points de vue, qui s’était produit pour la première fois chez nous en 2011, n’est pas près, selon les avis autorisés, de nous épargner. Ceux qui viennent de Métropole par avion, peuvent apercevoir de leur hublot ces prairies d’algues qui dérivent à la surface de l’océan en direction des Antilles. Ce qui laisse planer un doute quant à leur origine véritable.

Algues de fond et algues de surface

Poisson mort à Pompierre - Ph R.Joyeux

Poisson mort à Pompierre – Ph R.Joyeux

Au contraire des algues sédentaires qui s’enracinent et colonisent les sables à faible profondeur, ces algues flottantes, croissent et se multiplient au large, ce qui leur permet de survivre et de « naviguer » sur de longues distances, tels des radeaux vivants et prolifiques qui viennent s’échouer en masse sur les côtes et se décomposer en dégageant une forte odeur d’hydrogène sulfuré, asphyxiant au passage la faune marine de proximité : poissons, poulpes, oursins, étoiles de mer, et autres coquillages… Le nom de Sargasses leur vient de l’hypothèse laissant supposer qu’elles proviendraient de la mer du même nom, au Nord des Antilles, ou du Golfe du Mexique.  En réalité cette hypothèse est aujourd’hui contestée. Les biologistes pensent en effet qu’elles prendraient plutôt naissance à l’embouchure de l’Amazone, au large du Brésil, et qu’elles profiteraient, pour proliférer, des minéraux contenus dans les eaux déversées par le fleuve, suite à la déforestation, aux amendements massifs des nouvelles terres agricoles d’Amérique du Sud et à la destruction de la mangrove connue pour retenir et réguler les nutriments.

Risques sanitaires, gêne pour les riverains et les touristes

Bien que la préfecture de Guadeloupe minimise les risques sanitaires générés par la décomposition de ces algues brunes, (odeur d’œuf pourri), il est fortement déconseillé de fréquenter les sites impactés. « Selon la concentration d’hydrogène sulfuré dans l’air et la durée de l’exposition, des effets sanitaires de type irritation oculaire, irritation des voies respiratoires, nausée, vomissement, céphalées sont susceptibles de survenir chez toute personne exposée », précise le site Internet guadeloupéen @polpubliques.

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Tentative de nettoyage de la plage de Marigot à Terre-de-Haut- Ph. J.P. Léon


Je me suis rendu quant à moi sur les plages de Pompierre, de Marigot et de Grand’Anse à Terre-de-Haut et peux témoigner de la gêne occasionnée par l’odeur insoutenable pour les riverains, et par l’impossibilité de fréquenter ces plages pour les touristes. Quand on connaît l’attrait des Saintes en général et de Terre-de-Haut en particulier pour les visiteurs, venus souvent de très loin en ce début de la saison touristique, il est à craindre que la persistance du phénomène décourage plus d’un de programmer leurs vacances dans nos îles. Précisons cependant que Terre-de-Haut dispose d’autres plages totalement épargnées par cette invasion malvenue. Ne seraient-ce que celles du Fond-Curé, du Pain de Sucre, de Crawen et de Rodrigues.

Mais comment s’en débarrasser ?

Plage de Grand'Anse - Ph R. Joyeux

Plage de Grand’Anse – Ph R. Joyeux

Tout le problème est là. Face à cette invasion massive et répétée, les autorités locales, en tous cas celles de Terre-de-Haut, semblent particulièrement impuissantes et démunies. Quelques bénévoles, la plupart riverains, ont bien essayé de s’atteler à cette tâche titanesque de déblaiement, souvent sans aucune  précaution, (comme le montre la photo ci-dessus), mais l’ampleur de la besogne est telle et l’arrivée des algues en continu empêchent pour le moment un nettoyage complet et durable des sites pollués. Des militaires de la Jaille, mieux équipés, venus en renfort le 28 octobre, dans le cadre d’une « mission d’aide à la population » – sans avoir été officiellement sollicités par la municipalité, il faut le souligner – ont mis la main à la pâte à Pompierre, avant de se rendre le lendemain à Terre-de-Bas à l’invitation du maire, M. Duval. Mais sans doute faudrait-il attendre que la nature fasse elle-même son œuvre d’arrêt de l’invasion et de la dépollution, et que le soleil en séchant les algues échouées permette un ramassage facilité des déchets, redonnant à nos plages leur beauté, leur salubrité et leur attrait d’antan.

Des images impressionnantes

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Ces photos, prises à Pompierre à la mi-octobre 2014 par Jean-Philippe Léon, que je remercie pour sa contribution, montrent l’ampleur du phénomène invasif. Ceux qui connaissent cette baie, l’une des plus belles des Saintes, et sa plage, en leur état habituel, ne pourront qu’être impressionnés, comme je l’ai été moi-même, par cette masse d’algues malodorantes.  Avec l’espoir toutefois de ne plus revoir ces images cauchemardesques, et ce dans les meilleurs délais possibles. Avant, en tous cas, la pleine saison touristique, manne économique pour beaucoup de nos compatriotes et leurs familles.

Raymond Joyeux

P.S. Je rappelle à ceux qui reçoivent la chronique par e-mail, qu’il suffit qu’ils cliquent sur le titre pour visionner la page telle qu’elle a été initialement articulée. 

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À Terre-de-Haut il y a 25 ans…

Quand on écrivait à L’IGUANE

l'iguaneEntre 1989 et 1993, l’Association L’œil de l’Iguane a publié 28 N° de son mensuel L’IGUANE. (Voir notre chronique du 15 Novembre 2013). Traitant spécifiquement de problèmes et de sujets locaux, ce journal saintois recevait de temps à autre des articles ou des réflexions de personnalités extérieures, intéressées par la vie de notre île. C’est ainsi que dans le N° 5 d’avril 1990, sous la rubrique « On écrit à L’IGUANE », a été publiée une lettre de M. Georges M. TEMMER, intitulée « Quelques réflexions d’un Saintois adoptif ». C’est ce courrier venu des États-Unis voilà bientôt 25 ans que je vous propose aujourd’hui.

                                                         Professeur de physique nucléaire

 G. M. TEMMERM. Georges M. Temmer n’était pas n’importe qui. Né le 10 avril 1922 et décédé le 12 janvier 1997, il a été pendant 29 ans professeur de physique nucléaire à l’Université Rutgers du New Jersey, l’une des plus célèbres des États-Unis. Auteur de nombreux ouvrages de physique, seul ou en collaboration, il fréquentait régulièrement Terre-de-Haut et a pu observer sur près de 20 ans l’évolution de notre île. Sa lettre qui date de bientôt 25 ans est intéressante à plus d’un titre. Outre qu’elle est émane d’un observateur neutre, elle nous renseigne sur l’état de notre commune en 1990 et nous permet de comparer avec la situation d’aujourd’hui. Des améliorations d’un côté, des dégradations de l’autre avec toujours les mêmes sujets d’actualité : le problème des véhicules toujours plus envahissants, celui récurrent de la propreté du bourg et du traitement des déchets.

 Quelques réflexions d’un Saintois adoptifs
(Avril 1990)

« Je suis professeur de physique à une université des Etats-Unis. Je viens passer une ou deux semaines dans vos îles enchantées depuis dix-huit ans, les treize derniers avec mon épouse Sylvia, et les deux derniers même avec notre petit teckel « Schnapsi ». Je pense donc être dans une position où je puis me permettre de faire quelques observations au sujet de l’évolution de vos îles couvrant une période de presque vingt ans. Tout d’abord, je peux constater que d’une façon générale, les choses n’ont pas tellement changé, c’est pour cela que nous continuons à venir loyalement toutes les années. Évidemment, nous recherchons le calme, un minimum de touristes, l’absence de grands hôtels du genre que l’on trouve au Gosier, le manque de « discos » et boîtes de nuit.

Puisque nous sommes de vieux amis, permettez-moi d’énumérer quelques circonstances déplaisantes que nous pouvons observer de plus en plus :

De plus en plus de véhicules à moteurs 

SCOOT - copie1° Le nombre ahurissant de scooters qui empestent l’atmosphère, détruisent le calme et mettent les piétons en danger (bien entendu aussi les touristes qui s’en servent et qui, en grande partie, sont débutants, pas en contrôle de leurs véhicules bruyants). Je m’empresse d’ajouter que je ne vois point d’objection que les habitants eux-mêmes disposent de ce moyen de transport. Par contre, il paraît qu’il y a maintenant près de 150 de ces machines infernales, sans limite évidente à leur nombre ultime. Je trouve que la commune devrait imposer soit interdiction totale pour touristes, ou bien un nombre raisonnable qui est adapté au petit nombre de kilomètres disponibles en Terre-de-Haut. Je suis convaincu que le nombre de touristes, dont la plupart viennent pour la journée, ne souffriraient nullement d’une telle limitation. Au contraire, des gens comme nous qui détestent le bruit et les gaz d’échappement seraient encouragés à venir. Je me rappelle le bon vieux temps où il n’y avait pas de motos du tout…

BUS2° Le nombre de taxis-minibus a également pullulé, bien au-delà de ce qui est nécessaire. Bien sûr, ces entreprises de taxis et de scooters représentent un moyen de gagner sa vie pour certains, mais il faut arriver à une solution représentant le plus grand bien pour la majorité des gens, habitants aussi bien que visiteurs. Car les visiteurs constituent quand même une source de revenu importante, d’après ce que j’ai pu apprendre.

La décharge du Chameau a été réhabilitée depuis

La décharge du Chameau a été réhabilitée depuis

3° Nous étions toujours ravis du fait que les ordures sont ramassées presque tous les jours. Nous étions naïfs. Le feu perpétuel qui brûle sur l’autre versant du Chameau est témoin de la méthode irresponsable par laquelle vous « disposez » de vos déchets. Cela ne peut pas continuer ainsi, on doit faire attention aux impératifs écologiques ! Votre patrimoine unique est en danger. Dans la même catégorie, je me permets de vous rappeler que la vidange des toilettes et autres détritus tout bonnement dans la mer, sur vos belles plages, tout au moins dans le bourg, est inadmissible. Je crois avoir vu quelques efforts cette année dans la direction de la construction d’égouts… Bravo !

Maintenant, après avoir cité les choses qui nous déplaisent, laissez-moi faire mention des améliorations que nous avons pu constater. Nous nous réjouissons de la croissanterie charmante, du nombre de petits marchés bien stockés, de la propreté générale de la commune. Et finalement, comme certains d’entre vous le savent sans doute, ma femme a offert un cours d’anglais à la Mairie pendant notre dernier séjour. Elle est très douée pour cela, et d’après la réaction de beaucoup d’entre vous, cela vous a plu. Elle va sans doute recommencer l’année prochaine, au mois de janvier ou février. Ce contact avec la communauté saintoise nous a permis, à ma femme et moi, de mieux vous connaître. En nous promenant dans le village, les gens nous reconnaissent, nous disent bonjour, et nous donnent un sentiment de bien-être, d’être acceptés, et d’amitié que nous n’avons pas pu éprouver auparavant.

La lettre de M. TEMMER

La lettre de M. TEMMER

Je remercie L’Iguane de m’avoir accordé ce forum qui m’a permis ces quelques réflexions qui vous sont offertes en toute sincérité et en toute amitié, au nom de ma femme et de moi-même, Saintois Adoptifs ! « 

Georges M. TEMMER

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L’art oriental s’expose à Paris

280px-Tsunami_by_hokusai_19th_centuryUne de mes connaissances actuellement à Paris, m’informe avoir assisté au Grand Palais à une exposition du peintre et dessinateur japonais Hokusai, auteur d’estampes célèbres dont une des plus connues est La Grande Vague de Kanagawa. À partir du livret de cette exposition, Hokusai devait faire l’objet de ma chronique d’aujourd’hui. Mais n’ayant pas reçu à temps les éléments qui m’auraient permis de vous présenter cet artiste qui vécut de 1760 à 1849, je vous propose un texte de  François Cheng, académicien français d’origine chinoise, poète, écrivain, conférencier et auteur de nombreux ouvrages sur l’art oriental.

Les Quatre êtres du bien

François Chang de l'Académie Française

François Cheng de l’Académie Française

« On sait que la peinture des lettrés, qui est devenue le courant majeur de l’art pictural chinois, a ouvert un assez large champ thématique. Toute la nature y est présente, les hauts monts comme les grands fleuves, les fleurs variées comme les oiseaux de toutes espèces, les personnages aussi, au cœur du paysage ou en groupes isolés. Cependant, les peintres lettrés ont chéri en particulier un petit nombre de plantes familières qui séduisent par leur beauté, mais aussi par leurs vertus qu’elles suggèrent ou donnent à sentir. Dans l’optique chinoise, ce ne sont pas là de simples idées subjectives que l’homme conférerait à ces plantes. Car celles-ci, liées à d’autres plantes dites « médicinales », sont perçues comme réellement douées d’efficience. Et le mot vertu prend alors son sens originel, celui d’un agir efficace. Les plantes les plus célébrées sont au nombre de quatre : le bambou, l’orchidée, le prunus, le lotus. On les baptise du beau nom de  « Quatre êtres du bien » ou de « Quatre excellences ».

Le bambou : droiture et élévation

bamboo branches, vectorized oriental style brush paintingCommençons par le bambou, dont la tige élancée et les feuilles acérées sont proches des traits de la calligraphie ; il est devenu une figure emblématique du meilleur esprit chinois. Les sens symboliques qu’il suscite sont multiples. Quels sont-ils ? D’abord la droiture et l’élévation, à l’image de cette plante qui s’élance tout droit comme un jet. Ensuite, la jeunesse et la fraîcheur d’esprit, car le bambou demeure toujours vert. Puis, l’idée d’un perpétuel dépassement de soi. En effet, en sa croissance, le bambou ne pousse pas sur une simple ligne continue ; il est formé d’une succession de sections, comme autant d’étapes de vie, ou autant de sauts qualitatifs par lesquels il cherche à se dépasser. Une autre vertu encore suggérée par un aspect spécifique du bambou : l’intérieur de celui-ci est creux, plus exactement, il est vide. Avoir le cœur vide se dit en chinois xu-xin. Cette expression n’est nullement péjorative. Car « avoir le cœur vide » signifie « avoir le cœur habité par la vacuité », c’est-à-dire un cœur ou un esprit dénué de vanité et de suffisance. La vertu en question, donc, n’est autre que l’humilité. A-t-on épuisé là les vertus incarnées par le bambou ? Un dernier point mérite d’être signalé. On sait que la tige de bambou porte en son extrémité de longues feuilles fines et mobiles. Lorsque passe une brise, elles produisent des sons susurrants et mélodieux. Poètes et peintres aiment à demeurer assis au milieu de bambous, à laisser leurs méditations bercées par cette musique intime. Le sommet du bambou rayonne aussi d’une qualité suprême : la grâce du recueillement et du chant.

 Le prunus : vigueur et délicatesse

prunusAprès le bambou, nous aborderons plus brièvement les vertus des trois autres plantes. Le prunus est une plante toute en contrastes. Sur une branche rugueuse, pleine de vigueur, apparaissent de petites fleurs délicates, au coloris tendre, frémissante de vivacité. Et surtout il fleurit en hiver. Une des joies des peintres chinois, et de tout Chinois, est d’aller admirer le prunus fleuri en pleine neige. Sur fond de blancheur, ces fleurs rose vif affichent leur fierté d’avoir triomphé de la froidure, et de manifester la beauté de leur être, malgré l’adversité.

 Le lotus : pureté et dépouillement

lotus 2Il en va de même pour le lotus. Celui-ci pousse dans l’étang. Au-dessus de la boue, il déploie sa présence noble et dépouillée. Comme ses pétales vernissés ne sont jamais entachés par la boue, il devient le symbole de la pureté que rien ne saurait corrompre. En outre, il montre que cette pureté n’est pas imposée du dehors, elle vient d’une force d’âme illuminée par une bonté bienveillante. Ne voit-on pas en effet que ses pétales dressés forment une corolle mi-close, à l’image des deux mains jointes en prière ?

 L’orchidée : douceur et harmonie

OrchidéeQuant à l’orchidée, par ses couleurs, par son parfum, par sa forme indéfinissable, elle incarne une beauté sans cesse renouvelée, une beauté faite de douceur, de délicatesse et d’harmonie. En outre, vivant dans des lieux reclus, l’orchidée sait préserver ses vertus, elle n’accepte pas la compromission avec la vulgarité et la brutalité du monde. Sur le plan imaginaire donc, là où en français, à la suite de Balzac, on évoque « le lys dans la vallée », un Chinois parlerait de « l’orchidée dans la vallée ».

Le bien et le beau :  deux vertus inséparables

cœur ouvertOn aura compris. L’ensemble des pratiques que nous venons de voir consiste à attacher des vertus à des entités vivantes de la nature qui ont le don de rendre celles-ci séduisantes. Autrement dit, à relier l’éthique et l’esthétique et, par là, à démontrer une vérité plus fondamentale encore, prônée par les Anciens, à savoir qu’à un niveau supérieur, le bien et le beau sont unis, que vraie bonté et vraie beauté sont en réalité inséparables. À propos de ce lien intime entre bonté et beauté, je voudrais citer une phrase de Bergson, notre illustre prédécesseur à l’Académie. Se référant à la pensée platonicienne, il dit : « L’état suprême de la beauté, c’est la grâce. Or, dans le mot grâce, on entend aussi la bonté. Car la bonté, c’est la générosité d’un principe de Vie qui se donne indéfiniment. » Oui, dans l’état suprême, bonté et beauté ne font qu’un… »

Ce texte de François Cheng est extrait de son livre : Œil ouvert et cœur battant, publié aux Éditions Desclée de Brouwer en mai 2011.

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Un article du Figaro : la fin programmée de La Jeanne d’Arc

Cet article, paru dans le Figaro du 11 octobre 2014, nous a été aimablement transmis par un de nos fidèles et sympathiques lecteurs. Connaissant l’attachement des Saintois,  et de ceux hors des Saintes, pour la Marine Nationale, et leur affection particulière pour la Jeanne d’Arc, nous nous permettons de le publier ici,  persuadés que tous le liront avec tristesse et nostalgie. R.J.

Parti samedi de Brest, ce bâtiment mythique de la Marine nationale va terminer sa vie à Bordeaux après un dernier périple de 48 heures.

Photo Le Figaro

Photo Le Figaro/Fred Tanneau AFP

« Le mythique navire-école de la Marine, la «Jeanne d’Arc», effectue son dernier voyage depuis Brest jusqu’à Bordeaux où il sera déconstruit, mettant définitivement un terme à sa longue carrière d’ambassadeur de la France aux quatre coins du globe. Considéré depuis son désarmement en 2010 comme une simple coque, l’ancien porte-hélicoptère a quitté en début d’après-midi samedi la base navale de Brest pour Bassens, près de Bordeaux, où il sera démantelé par Veolia Propreté, la filiale de Veolia spécialisée dans la déconstruction navale. La coque de 181 mètres aux lignes racées avec un bloc passerelle à l’avant et une grande plate-forme porte-hélicoptère à l’arrière sera emmenée à Bassens par un remorqueur, après un dernier voyage de 48 heures.

R97_PH_JEANNE_D_ARC_en_d_sarmement_1_Construite à l’arsenal de Brest de 1959 à 1964, la «vieille dame», comme l’appelaient affectueusement les marins du bord, était cependant en pré-retraite depuis 2004. «C’est un bateau très, très esthétique, qui a toujours eu une silhouette moderne malgré son âge», juge Bernard Prézelin, auteur de l’annuaire naval de référence Flottes de combat, rappelant le «rôle d’ambassadeur» du navire auprès de tous les pays visités. Durant ses 46 ans de carrière, la Jeanne d’Arc a effectué 800 escales, sillonné 84 pays et parcouru 3,25 millions de kilomètres, soit l’équivalent de 79 tours du monde. Elle a en outre formé des milliers d’élèves officiers.

Ancienne Jeanne d'Arc, bien connue des Saintois

Ancienne Jeanne d’Arc, bien connue des Saintois

«Les souvenirs que j’ai de ce bateau c’est tout juste grandiose», témoigne avec émotion le capitaine de frégate Didier Nyffenegger, chef mécanicien à bord de la Jeanne lors de ses deux dernières années de service. «J’ai dû faire baver quelques officiers de marine sur cette affectation puisqu’il y avait quand même beaucoup de volontaires pour tenir ce dernier poste sur ce bateau tout à fait mythique», se souvient-il avec amusement. «Les gens nous attendaient sur les quais et on était reçus en grande pompe, comme de vrais ambassadeurs», assure le marin désormais à la retraite, soulignant «l’esprit d’équipage particulier» qui régnait à bord.

Des pièces confiées à des musées

J ARCC 2Réputée pour le faste de ses réceptions aux escales, la Jeanne n’en était pas moins un navire de guerre, qui s’est illustré dans bon nombre de missions humanitaires. Armé de six missiles Exocet, canons et mitrailleuses et pouvant transporter jusqu’à 10 hélicoptères, le bâtiment participa à la libération des otages du voilier de croisière Ponant en avril 2008. Il participa également à l’opération humanitaire organisée dans les jours qui suivirent le tsunami à Sumatra, qui fit 200.000 morts essentiellement en Indonésie en décembre 2004. Il achemina 70 tonnes de fret humanitaire, tandis que l’équipe médicale du navire vaccina en quelques semaines près de 9000 enfants. En 1988, l’équipage de la Jeanne récupéra une quarantaine de «boat people», dont des femmes et des enfants fuyant le Vietnam, entassés dans un bateau de rivière à la dérive en pleine mer de Chine.

Depuis le retrait du service actif de la Jeanne, les missions qui étaient les siennes sont assurées par les trois bâtiments de projection et de commandement (BPC) de la Marine, le «Mistral», le «Tonnerre» et le «Dixmude». La formation des élèves officiers se fait ainsi désormais dans un contexte opérationnel.

Maquette du PH Jeanne d'Arc en construction de Roméo Léon

Maquette en construction du PH Jeanne d’Arc de Roméo Léon – Terre-de-Haut

Jusqu’au début des années 2000, les coques de la Marine, devenues sans emploi, servaient de cibles de tirs pour l’entraînement des forces et la mise au point des systèmes d’armes. Prenant notamment en compte l’évolution de la réglementation internationale sur les immersions, la Marine a pris l’option de les faire déconstruire. Lors du désarmement de la Jeanne, quelques-unes de ses pièces furent confiées à des musées et des villes, comme Brest, son port d’attache, ou Rouen, ville marraine, qui a hérité d’une ancre. Après la Jeanne, ce sera au tour de l’ancien croiseur Colbert d’effectuer à l’été 2015 son dernier voyage depuis Brest vers Bordeaux pour y être déconstruit. »

Article du FIGARO du 11 octobre 2014

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Les trois Caribéens Prix Nobel de Littérature

Alfred_Nobel3C’est ce jeudi 9 octobre que sera décerné le Prix Nobel de Littérature pour l’année 2014. Créé en 1901 par le chimiste suédois et mécène éclairé, Alfred Nobel, il est destiné à récompenser chaque année un écrivain qui, selon le testament de son créateur « a fait preuve d’un puissant idéal » et rendu par son œuvre littéraire de grands services à l’humanité. Depuis sa création, ce prestigieux prix a couronné pas moins de 14 Français, ce qui constitue le pourcentage le plus élevé sur la totalité des prix attribués en ce domaine par l’Académie suédoise. Le premier d’entre eux fut Sully Prudhomme, l’année même de sa création, en 1901, le dernier étant Jean-Marie Gustave Le Clézio en 2008. Ces deux lauréats côtoient au panthéon de la littérature mondiale leurs compatriotes, dont, pour citer les plus célèbres, André Gide (1947), François Mauriac (1952), Albert Camus (1957). Le philosophe Jean-Paul Sartre ayant décliné le prix en 1964. Le nom de Patrick Modiano est cité aujourd’hui parmi les lauréats potentiels pour 2014 avec celui, plusieurs fois avancé, de l’écrivain japonais, Haruki Murakami, dont nous avons présenté ici même le roman 1984, dans une précédente chronique, voilà tout juste un an.

Nobel en Caraïbe

Nobel en Caraïbe - copieCe que le grand public connaît moins sans doute, c’est que trois ressortissants de la Caraïbe, un Guadeloupéen, Saint-John Perse, un Sainte-Lucien, Derek Walcott, et un Trinidadien, V.S. Naipaul, ont également obtenu ce prix, honorant ainsi leur région d’origine d’un prestige inégalé. En 2001, à l’occasion du centenaire de la création de ce Prix Nobel de Littérature, l’Association et le Musée Saint-John Perse de Pointe-à-Pitre, soutenus par la Fondation Saint-John Perse d’Aix en Provence, ont eu la bonne idée d’organiser conjointement une exposition réunissant les archives et l’œuvre de ces trois grands écrivains antillais couronnés par l’Académie suédoise. Une plaquette intitulée Nobel en Caraïbe, a présenté ces trois hautes personnalités littéraires et décrit leurs parcours respectifs, illustrés de nombreuses photographies des lauréats. La modeste chronique d’aujourd’hui se fait volontiers l’écho des biographies, analyses et illustrations contenues dans cette plaquette, à seule fin informative, ce qui m’amène à remercier néanmoins vivement ses auteurs, dont, entre autres, Sylvie Tersen, conservatrice à l’époque du patrimoine littéraire et culturel de la Guadeloupe.

1960 : Saint-John Perse

sjp2Né à Pointe-à-Pitre, le 31 mai 1887, Alexis Léger quitte son île natale, avec sa famille en 1899 pour s’installer à Pau. En 1911, il publie son premier recueil de poésie, Éloges, où il fête son enfance antillaise. En 1914, après des études de droit à Bordeaux, il est reçu au concours des Affaires étrangères et est nommé de 1916 à 1921 Secrétaire d’Ambassade en Chine. De retour à Paris, il publie Anabase et prend le pseudonyme de Saint-John Perse. De 1921 à 1940, il interrompt ses activités littéraires pour se consacrer à sa carrière diplomatique. En 1933 il est nommé Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, poste qu’il occupe  jusqu’à son exil pour les États-Unis en 1940. À cette date, il est chassé de son poste par le gouvernement de Pétain et est déchu de la nationalité française. Il s’installe à Washington où il obtient un poste à la Bibliothèque du Congrès et se consacre à nouveau à l’écriture. À partir de 1957, il partage son temps entre la France et l’Amérique. En 1960, il obtient le Prix Nobel de littérature et s’installe définitivement dans le Sud de la France où il meurt le 20 septembre 1975. En 1976 s’ouvre à Aix en Provence, selon son vœu, la Fondation Saint-John Perse qui a pour mission de conserver un fonds unique de l’histoire littéraire du 20e siècle.

1992 : Derek Walcott

derek-walcott-3-sizedDerek Walcott est né à Castries, Sainte-Lucie, le 23 janvier 1930, d’un père peintre et d’une mère directrice d’école. Orphelin de père très jeune, il fréquente le Saint Mary’s Collège puis poursuit ses études à l’Université des Antilles à la Jamaïque. Il publie en 1948 un ouvrage intitulé 25 poèmes. En 1953, il s’installe à Trinidad où il fonde l’Atelier de théâtre qu’il dirige jusqu’à la fin des années 80. Vingt-cinq pièces nées de traditions orales y sont créées. Parallèlement à son œuvre de dramaturge, il se consacre à la poésie. La publication du recueil  In a Green Night, en 1962 lui confère une certaine notoriété. Il enseigne alors la littérature  aux États-Unis à l’Université de Columbia, de Yale, d’Havard et de Boston. En 1990, il publie Omeros. Parmi les nombreuses distinctions qu’il a reçues, on peut citer le Prix Guinness de la Poésie (1961) et le Prix Nobel de Littérature en 1992. Le Royaume du Fruit-étoile est le premier recueil du poète à avoir été traduit en français, l’année de sa consécration du Prix Nobel. Heureux le voyageur est le second titre traduit. Une fondation est dédiée à cet écrivain anglophone à l’University of the West Indies de Trinidad.

2002 : Vidiadhar Surajprasad Naipaul.

naipaulvs02V.S. Naipaul, originaire d’une famille d’immigrés indiens brahmanes, est né le 17 août 1932 à Chaguanas, Trinidad. À l’âge de 18 ans, il quitte son île natale pour suivre des études de Lettres dans la célèbre University Collège d’Oxford. Depuis, il réside en Angleterre où, après avoir été journaliste, il se consacre uniquement à l’écriture. Nouvelliste, romancier et voyageur, V.S. Naipaul parcourt le monde. Ironique et tendre à la fois, il décrit avec précision les contradictions de la Caraïbe, comme dans Une maison pour Monsieur Biswas paru en 1961, mais aussi  celles des pays africains et musulmans comme dans Crépuscule sur l’Islam, voyage au pays des croyants, 1981, et dépeint l’Inde, terre de ses ancêtres dans L’Inde brisée en 1989. Avant de recevoir le Prix Nobel de Littérature en 2002 , Naipaul avait déjà obtenu plusieurs prix littéraires, dont le prix Booker en 1971 et le T.S.Eliot Award for Creative Writing en 1986. Docteur honoris causa au St Andrew’s Collège à Columbia University, aux universités de Cambridge, de Londres et d’Oxford, il est anobli par la reine Elisabeth en 1990.

Trois titres parmi d’autres de nos auteurs nobélisés

 

« Poésie pour accompagner la marche d’une récitation en l’honneur de la Mer.
Poésie pour assister le chant d’une marche au pourtour de la Mer.
Comme l’entreprise du tour d’autel et la gravitation du chœur au circuit de la strophe.
Et c’est un chant de Mer comme il n’en fut jamais chanté, et c’est la Mer en nous qui le chantera : 
La Mer, en nous portée, jusqu’à la satiété du souffle et la péroraison du souffle.
La Mer, en nous, portant son bruit soyeux du large et toute sa grande fraîcheur d’aubaine par le monde. »
Saint-John Perse  (Amers)

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