Les trois Caribéens Prix Nobel de Littérature

Alfred_Nobel3C’est ce jeudi 9 octobre que sera décerné le Prix Nobel de Littérature pour l’année 2014. Créé en 1901 par le chimiste suédois et mécène éclairé, Alfred Nobel, il est destiné à récompenser chaque année un écrivain qui, selon le testament de son créateur « a fait preuve d’un puissant idéal » et rendu par son œuvre littéraire de grands services à l’humanité. Depuis sa création, ce prestigieux prix a couronné pas moins de 14 Français, ce qui constitue le pourcentage le plus élevé sur la totalité des prix attribués en ce domaine par l’Académie suédoise. Le premier d’entre eux fut Sully Prudhomme, l’année même de sa création, en 1901, le dernier étant Jean-Marie Gustave Le Clézio en 2008. Ces deux lauréats côtoient au panthéon de la littérature mondiale leurs compatriotes, dont, pour citer les plus célèbres, André Gide (1947), François Mauriac (1952), Albert Camus (1957). Le philosophe Jean-Paul Sartre ayant décliné le prix en 1964. Le nom de Patrick Modiano est cité aujourd’hui parmi les lauréats potentiels pour 2014 avec celui, plusieurs fois avancé, de l’écrivain japonais, Haruki Murakami, dont nous avons présenté ici même le roman 1984, dans une précédente chronique, voilà tout juste un an.

Nobel en Caraïbe

Nobel en Caraïbe - copieCe que le grand public connaît moins sans doute, c’est que trois ressortissants de la Caraïbe, un Guadeloupéen, Saint-John Perse, un Sainte-Lucien, Derek Walcott, et un Trinidadien, V.S. Naipaul, ont également obtenu ce prix, honorant ainsi leur région d’origine d’un prestige inégalé. En 2001, à l’occasion du centenaire de la création de ce Prix Nobel de Littérature, l’Association et le Musée Saint-John Perse de Pointe-à-Pitre, soutenus par la Fondation Saint-John Perse d’Aix en Provence, ont eu la bonne idée d’organiser conjointement une exposition réunissant les archives et l’œuvre de ces trois grands écrivains antillais couronnés par l’Académie suédoise. Une plaquette intitulée Nobel en Caraïbe, a présenté ces trois hautes personnalités littéraires et décrit leurs parcours respectifs, illustrés de nombreuses photographies des lauréats. La modeste chronique d’aujourd’hui se fait volontiers l’écho des biographies, analyses et illustrations contenues dans cette plaquette, à seule fin informative, ce qui m’amène à remercier néanmoins vivement ses auteurs, dont, entre autres, Sylvie Tersen, conservatrice à l’époque du patrimoine littéraire et culturel de la Guadeloupe.

1960 : Saint-John Perse

sjp2Né à Pointe-à-Pitre, le 31 mai 1887, Alexis Léger quitte son île natale, avec sa famille en 1899 pour s’installer à Pau. En 1911, il publie son premier recueil de poésie, Éloges, où il fête son enfance antillaise. En 1914, après des études de droit à Bordeaux, il est reçu au concours des Affaires étrangères et est nommé de 1916 à 1921 Secrétaire d’Ambassade en Chine. De retour à Paris, il publie Anabase et prend le pseudonyme de Saint-John Perse. De 1921 à 1940, il interrompt ses activités littéraires pour se consacrer à sa carrière diplomatique. En 1933 il est nommé Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, poste qu’il occupe  jusqu’à son exil pour les États-Unis en 1940. À cette date, il est chassé de son poste par le gouvernement de Pétain et est déchu de la nationalité française. Il s’installe à Washington où il obtient un poste à la Bibliothèque du Congrès et se consacre à nouveau à l’écriture. À partir de 1957, il partage son temps entre la France et l’Amérique. En 1960, il obtient le Prix Nobel de littérature et s’installe définitivement dans le Sud de la France où il meurt le 20 septembre 1975. En 1976 s’ouvre à Aix en Provence, selon son vœu, la Fondation Saint-John Perse qui a pour mission de conserver un fonds unique de l’histoire littéraire du 20e siècle.

1992 : Derek Walcott

derek-walcott-3-sizedDerek Walcott est né à Castries, Sainte-Lucie, le 23 janvier 1930, d’un père peintre et d’une mère directrice d’école. Orphelin de père très jeune, il fréquente le Saint Mary’s Collège puis poursuit ses études à l’Université des Antilles à la Jamaïque. Il publie en 1948 un ouvrage intitulé 25 poèmes. En 1953, il s’installe à Trinidad où il fonde l’Atelier de théâtre qu’il dirige jusqu’à la fin des années 80. Vingt-cinq pièces nées de traditions orales y sont créées. Parallèlement à son œuvre de dramaturge, il se consacre à la poésie. La publication du recueil  In a Green Night, en 1962 lui confère une certaine notoriété. Il enseigne alors la littérature  aux États-Unis à l’Université de Columbia, de Yale, d’Havard et de Boston. En 1990, il publie Omeros. Parmi les nombreuses distinctions qu’il a reçues, on peut citer le Prix Guinness de la Poésie (1961) et le Prix Nobel de Littérature en 1992. Le Royaume du Fruit-étoile est le premier recueil du poète à avoir été traduit en français, l’année de sa consécration du Prix Nobel. Heureux le voyageur est le second titre traduit. Une fondation est dédiée à cet écrivain anglophone à l’University of the West Indies de Trinidad.

2002 : Vidiadhar Surajprasad Naipaul.

naipaulvs02V.S. Naipaul, originaire d’une famille d’immigrés indiens brahmanes, est né le 17 août 1932 à Chaguanas, Trinidad. À l’âge de 18 ans, il quitte son île natale pour suivre des études de Lettres dans la célèbre University Collège d’Oxford. Depuis, il réside en Angleterre où, après avoir été journaliste, il se consacre uniquement à l’écriture. Nouvelliste, romancier et voyageur, V.S. Naipaul parcourt le monde. Ironique et tendre à la fois, il décrit avec précision les contradictions de la Caraïbe, comme dans Une maison pour Monsieur Biswas paru en 1961, mais aussi  celles des pays africains et musulmans comme dans Crépuscule sur l’Islam, voyage au pays des croyants, 1981, et dépeint l’Inde, terre de ses ancêtres dans L’Inde brisée en 1989. Avant de recevoir le Prix Nobel de Littérature en 2002 , Naipaul avait déjà obtenu plusieurs prix littéraires, dont le prix Booker en 1971 et le T.S.Eliot Award for Creative Writing en 1986. Docteur honoris causa au St Andrew’s Collège à Columbia University, aux universités de Cambridge, de Londres et d’Oxford, il est anobli par la reine Elisabeth en 1990.

Trois titres parmi d’autres de nos auteurs nobélisés

 

« Poésie pour accompagner la marche d’une récitation en l’honneur de la Mer.
Poésie pour assister le chant d’une marche au pourtour de la Mer.
Comme l’entreprise du tour d’autel et la gravitation du chœur au circuit de la strophe.
Et c’est un chant de Mer comme il n’en fut jamais chanté, et c’est la Mer en nous qui le chantera : 
La Mer, en nous portée, jusqu’à la satiété du souffle et la péroraison du souffle.
La Mer, en nous, portant son bruit soyeux du large et toute sa grande fraîcheur d’aubaine par le monde. »
Saint-John Perse  (Amers)

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4 commentaires pour Les trois Caribéens Prix Nobel de Littérature

  1. Marie-José GARAY dit :

    Merci de mettre à l’honneur de grands caribéens trop rarement cités ; l’écriture de ces auteurs est ensoleillée avec la musicalité particulière de notre belle région… J’aurai aimé que l’écrivain Gabriel GARCIA MARQUEZ (prix Nobel de littérature en 1982) soit reconnu comme auteur de la Caraïbe, puisque la Colombie borde le bassin Caribéen et est considérée comme une part de la grande Caraïbe. L’écriture de G GARCIA MARQUEZ (« Gabo » pour les intimes) qui nous a quitté cette année, est l’expression même de notre culture, pleine de couleur, de magie, de dérision, d’émotion…
    Encore bravo pour tes articles de grandes qualités… à partager et à diffuser…
    M-José GARAY

  2. raymondjoyeux dit :

    Merci Marie-Jo. Effectivement Garcia Marquez est aussi en quelque sorte l’un de « chez nous » et j’aurais pu l’insérer dans ma liste caribéenne. Comme tous ceux de l’Amérique Latine, à nos frontières, si l’on peut dire, qu’il faudrait également citer : Pablo Neruda, Octavio Paz, Vargas Llosa, M.A. Asturias. Autant d’auteurs magnifiques dont on ne se lasse pas de lire les œuvres tant elle ont une résonance particulière qui ne nous est pas étrangère.

    Cela dit, je viens juste d’apprendre que c’est PATRICK MODIANO qui a été couronné cette année, portant à 15 le nombre des auteurs français nobélisés. Murakami attendra. Il faut lire Modiano de A à Z. D’ailleurs je n’ai personnellement aucun livre de lui en poche, tant je me précipite chez mon libraire dès la parution d’un nouveau roman. C’est un auteur que j’apprécie pour son écriture simple, limpide, et ses intrigues mystérieuses. Les Haïtiens aussi – qui ne sont pas encore primés par le Nobel – sont vraiment une belle source de joie intellectuelle. Je lis actuellement le dernier Laferrière, récemment élu à l’Académie française : L’art presque perdu de ne rien faire. La boutique de la presse à Jarry est en rupture de stock, j’ai acheté le dernier…et vous le recommande.

  3. Christiane MATHOS dit :

    Bonjour Raymond

    Et merci pour la lecture, bonne nouvelle j’ ai réussi à mon examen pour la licence de l’ambarcadère je suis très contente , je travaille sur la programmation et l’intégration du festival O.M.B dans le milieu scolaire c’est bientôt au top .

    A un autre soleil Christiane

  4. raymondjoyeux dit :

    Félicitations Christiane pour ta licence et bon courage pour l’organisation de la manifestation Outre-Mer en Bourgogne. Ce sera pour moi l’occasion de rédiger une autre chronique sur ton travail et de faire connaître cette manifestation culturelle qui met l’Outre-Mer à l’honneur chez les Bourguignons.

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