La mer qui guérit

Un message de solidarité

JOUVANCEPour rester dans l’actualité maritime, qu’elle soit heureuse ou malheureuse,  (Sargasses aux Saintes, Route du Rhum à Pointe-à-Pitre), sujets des deux précédentes chroniques, je vous propose un texte de Daniel JOUVANCE, extrait de son livre Au nom de la mer, paru aux éditions Robert Laffont il y a déjà quelques années mais qui, lui, restera toujours d’actualité. En quatrième de couverture de cet ouvrage que, parmi d’autres, tout amoureux de la mer devrait lire et posséder, l’auteur écrit :  » On peut tout attendre de la mer. Elle a le pouvoir de guérir et d’apporter aux hommes un nouveau plaisir de vivre… Le message de la mer est de solidarité, de courage et de loyauté. La mer rapproche les hommes. Au tournant des temps que nous atteignons, il est indispensable de prêter attention à son message. »

Photo Alexandre J.

Photo Alexandre Joyeux

Message de solidarité plus que jamais nécessaire à entendre en effet et à mettre en pratique chez nous comme ailleurs. On le constate aujourd’hui concrètement à l’occasion du nettoyage des plages et des fonds marins entrepris par des bénévoles aussi bien aux Saintes qu’en Guadeloupe. Nettoyage qui permet de sauvegarder au mieux ce précieux élément que nous, insulaires, avons la chance et le privilège d’avoir à portée de main. Car c’est seulement en en prenant le plus grand soin que nous pourrons en retour profiter de tous ses bienfaits. Comme nous le rappelle Daniel JOUVANCE dans son historique de l’hydrothérapie marine.

Depuis l’Antiquité

Hippocrate : fondateur de la thalasso

Hippocrate : fondateur de la thalassothérapie

« La première allusion au pouvoir guérisseur de la mer remonte à Platon – quatre siècles avant notre ère. Le philosophe, malade, suivit une cure d’eau de mer conseillée par des prêtres égyptiens. Il guérit. Ce qui permet de penser que les vertus de l’eau de mer étaient connues dans le delta du Nil au temps des Pharaons. Hippocrate, père de la médecine, recommandait de chauffer l’eau de mer. On peut le considérer comme le fondateur de la thalassothérapie. Ce n’est que 21 siècles plus tard, en 1750, que l’on enregistra un regain d’intérêt pour l’eau de mer. Responsable : le médecin anglais Richard Russell. On pensait alors surtout aux vertus du climat littoral. À Berck, en 1850, fut fondé le premier hôpital pour enfants « rachitiques et scrofuleux »

La base de la vie

En 1906, René Quinton publia L’Eau de mer, milieu organique, et présenta sa théorie, solennellement, à l’Institut : la vie de la cellule n’est possible que dans certaines conditions qui sont l’existence d’un milieu aquatique marin, la concentration saline de ce milieu. Il posa les bases de la « loi de constance marine ». Il fut acquis désormais que l’eau de mer était à la base de la vie – et pouvait aider la vie. À Roscoff, au début du siècle, le Dr Louis BAGOT créa un établissement d’hydrothérapie marine, où il soignait les rhumatismes, certaines maladies de la femme, l’anémie, etc. avec de l’eau de mer. Des établissements analogues s’ouvrirent au bord de la Mer du Nord et de la Baltique. En Allemagne, on donnait de l’eau de mer à boire à certains malades. Bientôt apparurent les aérosols (pulvérisations) qui soignent les voies respiratoires.

Plage de Grand'Anse à Terre-de-Haut- Photo Alain Joyeux

Mer de Grand’Anse à Terre-de-Haut- Photo Alain Joyeux

La parenthèse des deux guerres mondiales

Mer aux SaintesEntre les deux guerres mondiales, l’intérêt pour les cures marines faiblit – bien que les travaux de Quinton aient inspiré de nombreux chercheurs. C’est une période où triomphèrent les chimiothérapies. Pendant la dernière guerre, l’institut de Roscoff fut transformé en dépôt de munitions. Après la Libération, il accueillit des malades ou des accidentés, parmi lesquels le populaire champion cycliste Louison BOBET, dont la rééducation fut si brillante qu’il décida de créer son propre institut. Ce fut l’occasion de médiatiser la thalassothérapie qui, avec ses nouvelles méthodes de soin, mérite tous les jours ses lettres de noblesse. L’eau de mer, les algues, le plancton, le phytoplancton, etc., font aujourd’hui l’objet d’analyses très pointues et on découvre, non sans un certain émerveillement, l’étendue de leur pouvoir thérapeutique.

La recherche continue

On en est à la troisième génération des centres de cure marine. Les traitements sont de plus en plus spécifiques, les méthodes de soins ne cessent de se perfectionner. La connaissance des végétaux et actifs marins a enrichi l’arsenal des thalassothérapeutes, ouvrant même des perspectives médicales nouvelles en dermatologie, dans le traitement des insuffisances organiques, des maladies nerveuses, respiratoires, la prévention des accidents cardiaques, etc. Les molécules marines s’avèrent des alliées précieuses et efficaces dans le domaine de la beauté. La recherche continue : en matière de santé et de beauté, la mer a encore beaucoup à nous offrir.

Vague - Ph. Henri Migdal

Vague – Ph. Henri Migdal

La transminéralisation

Photo Ch. Joyeux

Photo Ch. Joyeux

Comme disent les dermatologues, la peau a de multiples fonctions organiques. Elle est une ombrelle pour s’opposer aux effets néfastes du soleil ; elle est également un parapluie pour nous rendre imperméables. Elle est cette interface entre nous et le monde extérieur et est plus tolérante qu’on ne veut le penser… En réalité la peau est perméable, même si elle assure notre isolement corporel fondamental. C’est un véritable filtre. Un filtre « intelligent » même, puisqu’il sélectionne les substances dont le corps a besoin. Le professeur Daniel (USA) a démontré que la peau était capable de recharger de façon sélective l’organisme en sels minéraux et particulièrement en oligoéléments. L’immersion marine est l’occasion pour le corps de capturer les éléments dissous dans l’océan. La thalassothérapie n’est pas seulement l’occasion d’une simple baignade, avec le plaisir ludique que cela représente ; il s’agit de se ressourcer, de raviver sa « mer intérieure »… Un bain de mer, un enveloppement d’algues, une eau marinisée, un cosmétique riche d’océan ressourcent naturellement nos cellules, notre sang, notre vie qui, rappelons-le cent fois, est née de la mer. Il ne faut pas l’oublier. Notre corps et sa peau, eux, savent naturellement se souvenir de notre maternité marine. »

Pour finir en poésie avec Saint-John Perse

Ainsi louée, serez-vous ceinte ô Mer, d’une louange sans offense.
Ainsi conviée serez-vous l’hôte dont il convient de taire le mérite.
Et de la Mer elle-même il ne sera question, mais de son règne 
au cœur de l’homme :
Comme il est bien, dans la requête du Prince, d’interposer
l’ivoire ou bien le jade
Entre la face suzeraine et la louange courtisane.

Et de salutation telle serez-vous saluée
Ô Mer, qu’on s’en souvienne pour longtemps
Comme d’une récréation du cœur.
(Amers, page 133)

"La Mer, en nous, portant son bruit soyeux du large..."  Photo R. Joyeux

« La Mer, en nous, portant son bruit soyeux du large… » S J Perse – Photo R. Joyeux

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6 commentaires pour La mer qui guérit

  1. cathy voglimacci dit :

    Merci pour ce bel hommage à la mer qui nous apporte tant en effet et que nous traitons si mal …
    Aux Saintes à la faveur de cette satanée technique de pêche aux lambis (filets), les tortues disparaissent à vue d’œil, celles qui étaient sédentarisées à l’Anse Galet et qu’on allait régulièrement observer, admirant leur croissance … semblent avoir TOUTES disparu. C’est triste et révoltant quand on sait qu’il serait possible d’abaisser ces filets ce qui permettrait de capturer les lambis sans prendre les tortues. Au rythme où les choses vont il n’y aura de toutes façons bientôt plus de tortues et plus de lambis non plus …Hélas !

  2. ALAIN JOYEUX dit :

    En complément de cette chronique sur la mer, je recommande aux lecteurs l’ouvrage d’Hugo Verlomme « Mermère » parut en 1978 et depuis réédité, hommage poétique à la mer et à notre condition humaine, Mermère est connue pour être « la bible » des marins. Fable visionnaire, ce récit étonnant capte le lecteur dans son univers onirique nourrissant un imaginaire porteur de dignité humaine et de guérison planétaire.
    Bonne lecture!
    Alain.

    résumé du livre et références:
    http://www.noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=6129

    • raymondjoyeux dit :

      Merci Cathy et Alain pour vos commentaires toujours instructifs. La prise de conscience saintoise à ce niveau n’est hélas pas encore à l’ordre du jour ! Malgré une réalité qui crève les yeux et que nos professionnels, vivant pourtant de la mer, ne veulent pas voir… Peut-être faudrait-il une règlementation encore plus directive et contraignante.

      Je vous propose à ma façon une petite poésie en l’honneur de la mer :

      MER

      La mer s’avance en vain
      De ses horizons bleus
      Charriant chaque matin
      Au gré des vents ses yeux

      Plus brillants que l’écume
      Et plus clairs que l’aurore
      Ses yeux qu’elle parfume
      Avec des algues d’or

      Et moi je la regarde
      Mes yeux ne sont pas bleus
      Ils ont l’air d’une harde
      Ou d’un troupeau peureux

      La mer s’avance en vain
      Vers la rive des hommes
      En déployant ses mains
      Aux mendiants que nous sommes

      Ses larges mains de mer
      Qui palpent nos désirs
      Et tous nos fonds amers
      Qu’elle ne peut saisir

      Et moi je tends vers elle
      Mes deux pauvres mains d’homme
      Et le large m’appelle
      Sa grande voix me nomme

      Mais je n’entends plus rien
      Que la mer qui s’en vient
      Et qui s’avance en vain
      Comme chaque matin.

      ( Extrait des Poèmes de l’Archipel. Mis en musique et chanté par Jean-Pierre Roublot – Enregistrement inédit)

  3. ALAIN JOYEUX dit :

    Presque aussi bien voici  » L’homme et la mer »

    Homme libre, toujours tu chériras la mer !
    La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
    Dans le déroulement infini de sa lame,
    Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

    Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
    Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
    Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
    Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

    Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
    Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;
    Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
    Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

    Et cependant voilà des siècles innombrables
    Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
    Tellement vous aimez le carnage et la mort,
    Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

    … de Charles Beaudelaire

  4. ALAIN JOYEUX dit :

    oups… Baudelaire !

  5. ALAIN JOYEUX dit :

    « La mer qui guérit » … et et porte nos visions au delà même de la vie d’ici bas:

    « Là tes fils sont couchés
    on dirait qu’une lame
    Immense depuis l’Est
    les a tous alignés.
    On dirait qu’une étrange
    Et pâle solitude
    Du profond de la mer
    Les a tous enivrés
    (…)
    Raymond JOYEUX

    J’ai aussi dernièrement été au cimetière marin de Varengeville en Normandie et relevé ce poème sur la tombe du compositeur Albert Roussel qui repose avec son épouse Blanche:
    « …C’est en face de la mer que nous finirons nos existences et que nous irons dormir, pour entendre encore au loin son éternel murmure… » Albert Roussel

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