Poésie des îles

Îles

Blaise Cendrars

Blaise Cendrars

Iles
Iles
Iles où l’on ne prendra jamais terre
Iles où l’on ne descendra jamais
Iles couvertes de végétations
Iles tapies comme des jaguars
Iles muettes
Iles immobiles
Iles innombrables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais bien aller
Jusqu’à vous.

Images à Crusoé

Saint John Perse

Saint John Perse

Crusoé ! – Ce soir près de ton île, le ciel qui se rapproche louangera la mer, et le silence multipliera l’exclamation des astres solitaires.
Tire les rideaux ; n’allume point :
C’est le soir sur ton île et à l’entour, ici et là, partout où s’arrondit le vase sans défaut de la mer ; c’est le soir couleur de paupières, sur les chemins tissés du ciel et de la mer.
Tout est salé, tout est visqueux et lourd comme la vie des plasmes.
L’oiseau se berce dans sa plume, sous un rêve huileux ; le fruit creux, sourd d’insectes, tombe dans l’eau des criques, fouillant son bruit.
L’île s’endort au cirque des eaux vastes, lavée des courants chauds et des laitances grasses, dans la fréquentation des vases somptueuses…
Ô la couleur des brises circulant sur les eaux calmes,
les palmes des palmiers qui bougent !
Et pas un aboiement lointain de chien qui signifie la hutte ; qui signifie la hutte et la fumée du soir et les trois pierres noires sous l’odeur du piment.
Mais les chauves-souris découpent le soir mol à petits cris…

L’escale portugaise

Jules Supervielle

Jules Supervielle

L’escale fait sécher ses blancheurs aux terrasses
où le vent s’évertue,
Les maisons roses au soleil qui les enlace
Sentent l’algue et la rue.
Les femmes de la mer, des paniers de poissons
irisés sur 1a tête,
Exposent au soleil bruyant de la saison
La sous-marine fête.
Le feuillage strident a débordé le vert
Sous la crue de lumière,
Les roses prisonnières
Ont fait irruption par les grilles de fer.
Le plaisir matinal des boutiques ouvertes
Au maritime été
Et des fenêtres vertes
Qui se livrent au ciel, les volets écartés,
S’écoule vers la Place où stagnent les passants
Jusqu’à ce que soit ronde
L’ombre des orangers qui simule un cadran
Où le doux midi grogne.

Le canot de Samuel Beckett

Yves Bonnefoy

Yves Bonnefoy

L’île est un peu loin du rivage, c’est une étendue sans relief dont on devine à peine la ligne basse, avec quelques arbres, dans la brume qui pèse sur la mer. Quelqu’un dont nous ne savons rien rien, sinon la bienveillance et qu’il a voulu que nous venions là, nous a pris dans sa barque, nous sommes partis mais il pleut et traverser le bras d’eau ressemble, sous le voile des ombres souvent noires, à une trouée dans les apparences, au rêve d’un autre monde… Une rive pourtant, au bout de quelques minutes. Trois ou quatre marches de pierre pour le débarquement, ruisselantes, un bout de quai, deux petites maisons et dans  l’une une lumière…

Jardinier

Rafael Alberti

Rafael Alberti

Vole jusqu’au jardin des mers
pour y planter des arbousiers
Sous les glaces polaires.

Jardinier.

Pour mon amie prépare une île
plantée de cerisiers stellaires
avec un mur de cocotiers.

Jardinier.

Et dans ma poitrine guerrière
plante pour moi quatre palmiers
comme des mâts de perroquets.
Jardinier.

Liberté des mers

Louis Brauquier

Louis Brauquier

Je connais des îles lointaines
Je connais des rades foraines
Et des passes non balisées
au fond desquelles l’on découvre
dans la pureté matinale
Que va massacrer le soleil
Le même drapeau que l’on hisse
À la façade des mairies
Sur les belles places de France,
Et, sous ce pavillon, des hommes
Qui sont là, mais qui voudraient bien
débarquer un jour à Marseille
Et qui ne savent pas pourquoi…

Redécouverte

Guy Tirolien

Guy Tirolien

Je reconnais mon île plate, et qui n’a pas bougé
Voici les Trois-Ilets, et voici la Grande Anse
Voici derrière le Fort, les bombardes rouillées.
Je suis comme l’anguille flairant les vents salés
Et qui tâte le pouls des courants.

Salut île ! C’est moi. Voici ton enfant qui revient.
Par delà la ligne blanche des brisants
Et plus loin que les vagues aux paupières de feu
Je reconnais ton corps brûlé pas les embruns.

J’ai souvent évoqué la douceur de tes plages
Tandis que sous mes pas
Crissait le sable du désert
Et tous les fleuves du Sahel ne me sont rien
Auprès de l’étang frais où je lave ma peine

Salut terre matée, terre dématée!
Ce n’est pas le limon que l’on cultive ici,
ni les fécondes alluvions.

C’est un sol sec, que mon sang même
N’a pas pu attendrir,
Et qui geint sous le soc comme une femme éventrée.

Le salaire de l’homme ici,
Ce n’est pas l’argent qui tinte clair, un soir de paye,
C’est le soir qui flotte incertain au sommet des cannes
Saoules de sucre.
Car rien n’a changé

Les mouches sont toujours lourdes de vesou,
Et l’air chargé de sueur.

Baie du Marigot à Terrre-de-Haut. Au fond l'île de Terre-de-Bas- Ph. R.Joyeux

Baie du Marigot à Terrre-de-Haut. Au fond, l’île de Terre-de-Bas – Ph. R.Joyeux

Îles

Raymond Joyeux

Raymond Joyeux

Îles échouées au ras des eaux
Terres vomies de la mer
Pays sans renom ni fortune
Rochers suant le sel
Victimes flagellées
Par le bourreau des vents
Et le fouet des vagues.

C’est au bord de ces jardins de sable
Au creux de ces nids de varech
D’où flottent des parfums couleur d’iode
De myrrhe d’ossuaire marin
Des odeurs d’océan
Que naît la vie là-bas
À l’homme de ces îles.

Elle s’envole échappée des antres sauvages
Ouverts au flot tiède du soleil
Comme un baume exhalé des forêts de rivage
Tapissées de calcaire blanchi
De coquillages lavés, vides et sans vie
De strombes pâles et ternes, roses jadis,
De carcasses d’oursins creux et chauves
Résonnant le tapage figé
La rumeur sourde des grands fonds.

Références œuvres et auteurs

1 – Blaise Cendrars : Poésies complètes – Denoël 2001
2 – Saint-John Perse : Œuvres complètes : Éloges – La Pléiade – NRF – 1982
3 – Jules Supervielle : Débarcadères – Poésie Gallimard  19664 –
4 – Yves Bonnefoy : La vie errante – Poésie Gallimard – 1993
5 – Rafael Alberti : Marin à terre – Poésie Gallimard – 2012
6 – Louis Brauquier : Je connais des îles lointaines – La Table Ronde – 1994
7 – Guy Tirolien : Balles d’Or – Présence africaine – 1982
8 – Raymond Joyeux : Poèmes de l’archipel – Les Ateliers de la Lucarne – 2014

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Terre-de-Haut 2022 : intelligence et écologie

Un scénario imaginé par Aloé Piment Doux

D’un lecteur, qui se présente sous le pseudo d’Aloé Piment Doux, et dans le cadre d’un développement durable, concept très à la mode – non sans raison il est vrai -, nous avons récemment reçu un document futuriste intéressant dans lequel l’auteur, mêlant adroitement réalité et utopie, imagine la transformation de l’actuel aérodrome de Terre-de-Haut en lieu de vie, qui pourrait être, selon son scénario, opérationnel en 2022. C’est ce document qui fait le sujet de la présente chronique. En espérant qu’il suscite de nombreux commentaires, je vous le propose bien volontiers.  
Raymond Joyeux

Une astucieuse combinaison entre une infrastructure pour la sécurité civile et un aménagement public de développement durable.

Un espace public interdit au public

Actuellement  : un espace public interdit au public

Pour mémoire

Nous sommes en 2022

Il faut se souvenir que cette piste d’atterrissage, construite par le SMA (Service Militaire Adapté) à la fin des années 60 du siècle passé, n’était plus rentable, ni utilisée pour les transports collectifs en avion : la fréquence quotidienne et la rapidité des transports maritimes palliant efficacement cette nécessité insulaire. En service jusqu’en 2015 et fréquentée que par quelques rares avions privés, cet aérodrome avait déjà été déserté par les lignes locales depuis bien longtemps et ne servait qu’à quelques nantis (coût des navettes aériennes trop chères). Les déplacements pour des urgences se faisaient par ailleurs le plus souvent par bateau ou par hélicoptère (comme aujourd’hui) et rarement par avion privé.

Aérodrome de Terre-de-Haut - Ph Air Collection

Aérodrome de Terre-de-Haut en plein cœur du bourg- Ph. Air Collection

Quelquefois utilisée par les militaires en manœuvre, la piste très courte ne pouvait accueillir que de petits et moyens porteurs.

On peut légitimement se demander pourquoi à l’époque un tel chantier fut entrepris alors qu’un chenal pour hydravion dans la rade aurait pu être une réponse aux besoins d’alors, sans bulldozers et à moindres frais… On peut aussi s’étonner que la maintenance du site ait été financée pendant toutes ces années par les contribuables au quasi seul bénéfice de quelques intérêts privés. Outre que la piste et sa zone de sécurité occupaient une superficie non négligeable (près de 5 ha), terrain au demeurant si précieux sur une île au territoire forcément limité, et bien que sa présence soit acceptée sur l’île par habitude et inertie, cet aérodrome posait de sérieux problèmes.

Un danger permanent

Cet espace « courant d’air » s’avérait être un danger permanent pour la population : risques de crash (approche aérienne délicate au-dessus du bourg provoquant deux accidents mortels dans les années 80), et de façon plus latente, la piste était un boulevard ouvert en cas de tsunami depuis Grand’Anse jusqu’à la savane du bourg (seulement 18 m au dessus de la mer en son plus haut point). Heureusement, aucun raz de marée ne s’est jamais produit alors. Aujourd’hui (nous sommes dans le futur – NDLR) et depuis sa construction, la digue et les dunes reconstituées coté Grand’Anse ainsi que la plantation d’une centaine de cocotiers par l’Oasis Publique, protègent encore plus efficacement du risque d’un tsunami majeur possible dans cette zone sismique.

Un biotope unique englouti

Il va sans dire que l’aérodrome défigurait le paysage depuis sa construction mais plus grave encore, il fut une atteinte irréversible à un biotope rare et précieux : l’Étang Bélénus comblé par les travaux. Certes, les préoccupations environnementales n’étaient pas encore à l’ordre du jour dans les années 60 et la conscience écologique ne s’est développée que tardivement dans notre archipel. Qu’à cela ne tienne : « Rien n’est plus fort qu’ une idée dont le temps est venu » disait Victor Hugo, et le changement des mentalités s’est imposé aux Saintes comme ailleurs malgré quelques crispations d’arrière-garde, balayées par les suffrages électoraux.

Étang Bélénus, aujourd'hui comblé au profit d'une piste d'atterrissage

Étang de Grand’Anse, dit Étang Bélénus, aujourd’hui comblé 

Une pierre, quatre coups :

Premier gros chantier de la nouvelle municipalité élue en 2014 (projet alors financé par la collectivité locale et régionale), la population saintoise se réjouit aujourd’hui 4 fois de la construction de l’héliport et de l’initiative en cours de l’Oasis Publique. (Amis lecteurs, je rappelle que nous sommes dans le virtuel… NDLR)

  1. Héliport et hôpital local pour les urgences
  2. Parc et jardins publics
  3. Logements sociaux
  4. Aménagements culturels, sportifs, et espaces verts pour la jeunesse

    Zoom sur les réalisations :

Ce projet de réhabilitation d’un espace public au service du public, a été pensé et conçu de façon 4 fois intelligente ! Il a tout d’abord offert aux Saintois, malgré le poids de l’investissement, un véritable petit hôpital pour les urgences sur une superficie réduite (l’ancien bout de piste côté Savane), tout en gardant un tremplin performant pour les liaisons aériennes de la sécurité civile : l’héliport.

La piste démantelée sur sa longueur a offert de surcroît un espace immense qui est devenu « l’Oasis Publique» : parc arboré et cultivé en agroécologie, ouvert à tous pour la promenade, les piques-niques et son jardin d’enfants, autant d’aménagements appréciés aujourd’hui par la population et les visiteurs. Le projet bientôt à terme de la pépinière d’arbres fruitiers, ainsi que la distribution prochaine à la population de noix de coco et autres récoltes du site à prix symbolique est aussi vivement attendu. Par ailleurs, la construction de logements à loyers modiques équipés en énergie renouvelable a fait la joie de 10 familles aujourd’hui installées dans un des endroits les plus calmes et ventilés de l’île.

Depuis sa création, l’Oasis inclut aussi des espaces dédiés à la culture, aux sports et à la formation des jeunes dont la petite école municipale d’arts, métiers d’arts, et traditions populaires, aménagée dans et autour des anciens locaux de l’aérogare et de l’ancienne caserne des pompiers.

L’héliport et Le centre de sécurité civile 

Sur le bout de piste côté Savane a été aménagé un espace balisé (adapté à la taille des hélicoptères militaires les plus imposants), pouvant accueillir trois appareils simultanément, ceci dans le souci de rotations éventuelles pour des manœuvres d’évacuation ou d’acheminement de matériel en cas de sinistres naturels (séisme, cyclone ravageur… ou autres.)

Hélicoptère d'évacuation sanitaire dans le ciel des Saintes. Ph R. Joyeux

Hélicoptère d’évacuation sanitaire dans le ciel des Saintes. Ph R. Joyeux

Une nouveauté de taille depuis la mise en service en 2017 : un hélicoptère de la sécurité civile est basé sur l’île avec, en permanence, un relais de pilotes et d’un médecin urgentiste de garde logés dans les locaux attenants. Plusieurs opérations d’urgence et des vies sauvées ont depuis prouvé le bien fondé de cette initiative : sauvetages en mer, transferts d’accidentés vers les hôpitaux de Guadeloupe, hélitreuillage, et même des interventions en renfort vers le Sud Basse-Terre…

Une base de sapeurs-pompiers marins et des aménagements annexes

Cet héliport a donc été complété par la construction simultanée d’un complexe « sécurité civile » concentré en bordure de Savane, sur l’ancien terreplein rocailleux du bout de piste et comprenant :
La base des sapeurs et marins pompiers qui à été déplacé sur le site et qui se trouve depuis 2017 directement ouverte sur le bourg et proche de la rade : centre de transmissions et nouveaux hangars pour les véhicules et le matériel d’intervention.
Le dispensaire d’urgences et premiers soins chirurgicaux, dentaires et obstétriques qui est ouvert depuis cette date 24 h sur 24, 7 jours sur 7, – 6 enfants sont ainsi nés sur l’île depuis –  ainsi que des locaux antisismiques et anticycloniques pouvant aussi accueillir une dizaine de lits d’urgence.
Du matériel stocké dans des abris sécurisés en prévision d’opérations exceptionnelles : (tentes militaires, lits de camp, couvertures, matériel médical et stocks alimentaires de première nécessité.)
Une installation énergétique autonome (solaire et éolien) qui couvre tous les besoins du centre, + des générateurs électriques thermiques de secours.
Une citerne publique de secours de grande capacité destinée à palier une éventuelle pénurie momentanée d’eau potable dans le bourg.
Un funérarium réfrigéré : infrastructure jadis manquante sur l’île et aujourd’hui régulièrement utilisée pour les décès survenus dans la commune.

Éoliennes de Terre-de-Bas - Ph. Guadeloupe tourisme

Éoliennes de Terre-de-Bas – Ph. Guadeloupe tourisme

A noter que du personnel local qualifié a été embauché sous statut de service public pour assurer la maintenance et le caractère opérationnel de cette structure polyvalente de sécurité civile et de service de soins d’urgence pour la population. Cette structure a, par ailleurs, été construite en respectant la dimension esthétique si importante dans notre île de beauté.

 L’Oasis Publique  : un espace communal pour tous 

Le site jadis occupé par l’aérodrome de Terre-de-Haut, une fois libéré, a pu être réaffecté dans le cadre d’un projet à la fois simple et ambitieux, un espace communal pour tous, aujourd’hui la bien nommée « Oasis Publique ».

La première mission réussie était de déjouer la privatisation ou le bétonnage public. Un tel espace livré en pâture à la spéculation immobilière aurait en effet pu devenir un terrain à lotir de plus pour quelques privilégiés, ce qui ne fut manifestement pas la politique de la nouvelle équipe municipale élue en 2014 et dernièrement réélue. La construction de logements sociaux communaux en bordure du site a été cependant autorisée, donnant à ses nouveaux riverains un accès direct au parc et jardins. Aujourd’hui, le concept et la réalisation de l’Oasis Publique sont un exemple de développement durable pertinent et réussi.

10 Eco-Logements :

Le terrain ainsi libéré a en effet permis la construction de logements à loyer modique pour des familles résidentes : très belles cases créoles en bois avec jardinet privatif bâties le long de la route de Rodrigue et donnant directement sur le parc et les jardins arborés de l’oasis. Les loyers perçus par ces logements permettent de couvrir une partie des charges d’investissement et permettront, une fois ce dernier amorti, de participer à l’auto-financement du projet « oasis » dans son fonctionnement.

Logement sociaux à Vieille Anse Terre-de-Haut - Ph R. Joyeux

Logements « sociaux » à Vieille Anse Terre-de-Haut – Ph R. Joyeux

Une « ferme » agroécologique : cocoteraie et cultures associées

Ce projet a été confié à l’étude de plusieurs spécialistes de l’agroécologie tropicale en concertation avec la population pour en déterminer les besoins. Une centaine de cocotiers spécialement sélectionnés avec l’aide du CIRAD Guadeloupe pour un enracinement maximum et un accès aux fruits facilité par une faible hauteur (moins de prise au vent) ont été plantés dans la zone proche de la plage de Grand’Anse, continuant et renforçant ainsi la politique de l’ancienne municipalité qui avait initié les premières plantations sur la plage. L’enracinement des cocotiers dans le sable est, comme chacun le sait, un facteur de stabilité du terrain et une barrière naturelle aux raz de marée provoqués par les cyclones périodiques. Par ailleurs, la fleur de cocotier étant particulièrement mellifère, le projet de ruches et d’un atelier de conditionnement du miel est actuellement en cours de construction.

L’idée alors mise en avant pour cette cocoteraie publique, outre les autres aspects agréables, ombragé et esthétique (…), était de pouvoir à terme produire de la pulpe de coco locale pour fournir à bas prix, au moins partiellement, nos pâtissières expertes du « tourment d’amour », spécialité lasse de se fournir en coco rapé d’Asie du Sud-Est ! Un atelier « grage » mécanisé, spécifique au traitement de la pulpe de coco a été également mis en place et est géré par l’association des jardiniers de l’oasis : L’AJOA !

Cocoteraie à Pompierre Terre-de-Haut - Ph. R.Joyeux

Cocoteraie à Pompierre Terre-de-Haut – Ph. R.Joyeux

Cette même association, qui est largement financée par les collectivités locales, emploie quatre jardiniers spécialement formés et salariés à plein temps (épaulés de bénévoles locaux) qui se sont d’abord occupés du premier gros « chantier » qui leur a été confié : celui de la fertilisation (grâce au compostage des algues et varechs récupérés sur la plage) et de l’irrigation (grâce au réseau de goutte à goutte relié à des citernes de récupération d’eau de pluie construites en plusieurs endroits du site). La seconde tâche déjà menée à bien fut celle de la création de la pépinière d’arbres fruitiers destinés à la population. D’autres cultures ont été mises en place et se pérennisent sur l’oasis : patates douces sous le couvert des cocotiers, verger de citronniers, petit maraîchage, (piments, gombos, tomates, salades…) parcelles de maïs, pois et giraumon… A noter que, à l’étonnement de beaucoup et grâce aux expériences référencées d’agroécologie en milieu aride, les techniques agronomiques biologiques ont encore ici montré que l’on pouvait cultiver dans des terrains très « pauvres » (ici sable marin et rocailles) avec des rendements très satisfaisants, pourvu que l’on sache fertiliser avec les matières organiques présentes sur les lieux (ici les algues) et obtenir un arrosage minimal mais constant.

Projets à venir dans l’Oasis cultivée

Finalisation des installations apicoles, mise à disposition d’un jardin pédagogique pour les scolaires, la construction en bois de nouveaux locaux techniques pour l’exploitation du site, ainsi qu’un restaurant populaire à prix modique qui sera la cantine des ateliers d’apprentissage et ouvert le week-end à tous, proposant des plats issus des jardins dont l’arrière cuisine sera équipée d’un moulin pour extraire la farine du maïs récolté… Bientôt donc une résurrection du « pain migne» aux Saintes et, peut-être, des « tortillas » locales, véritable pain des Amériques !

L’île aux enfants

Entre les jardins cultivés et les vergers fruitiers ont été aménagés des espaces pour la petite enfance avec des jeux d’enfants entièrement réalisés sur place par des artisans locaux. Un réseau de chemins (réservé aux piétons et aux cyclistes) parcourant le site offre un espace agréable pour la promenade de plus en plus ombragée par nos arbres qui continuent à pousser ! Les chemins donnent accès à la plage de Grand’Anse et aux paillotes pour pique-niquer à l’abri du vent derrière la digue (construite avec le béton de la piste cassée en remblais) et les dunes qui se sont naturellement reconstituées. Cet espace a été reçu comme une bénédiction pour les familles avec des enfants en bas âge, ceux-ci pouvant enfin jouer et se déplacer en toute sécurité dans un lieu de tranquilité. Des toilettes sèches et des points d’eau potable sont par ailleurs disponibles à plusieurs endroits du site. Des bancs qui seront bientôt tous ombragés sont également disposés dans tous les jardins, le long des chemins. Ce lieu à l’écart du bourg est aussi depuis apprécié des anciens pour son silence et sa verdure. La jeunesse n’est pas non plus en reste car le site propose par ses infrastructures, plusieurs pôles d’intérêt.

Équipements sportifs- plage de Grand'Anse- Ph R. Joyeux

Équipements sportifs- plage de Grand’Anse – Ph R. Joyeux

Installations pour les sports, la culture et la formation

La jeune école d’arts et métiers d’arts insulaires (en partenariat direct avec la DRAC) s’est également installée sur le site à la faveur des locaux laissés vacants de l’ancien aérogare et de l’ancienne caserne des pompiers ; locaux réaménagés pour leur nouvelle mission avec les annexes nécessaires. Ces locaux agencés tel un « petit village » artisanal comprennent : – Un atelier pédagogique de construction navale traditionnelle qui accueille en permanence 5 jeunes  encadrés par un charpentier de marine confirmé. L’atelier accueille également ponctuellement des scolaires en visite.
– Un atelier de vannerie : paniers, chapeaux et renaissance du salako local ! (Un enseignant et un apprenti permanent + cours hebdomadaires tous publics + stages réguliers et accueil de visiteurs *).
– Un atelier de poterie utilisant de l’argile locale. (*ibidem)
– Un atelier « pêche » : tissage de filets et de construction de casiers. (*ibidem)
– Un espace dédié aux beaux-arts : ateliers de peinture, dessin, sculpture et modelage accueillant 10 étudiants régionaux permanents logés chez l’habitant et proposant des cours du soir et stages tous publics tout au long de l’année. L’espace beaux-arts offre également une galerie où sont organisées des expositions d’artistes locaux et caribéens.
– Un théâtre de plein air où peuvent se rassembler musiciens et troubadours locaux.

Poterie de l'Îlet à Cabris - Ph. R.Joyeux

Poterie Ulrik de l’Îlet à Cabris – Ph. R.Joyeux

Les sports et loisirs sportifs ne sont pas laissés en reste puisque deux terrains de beach-volley se trouvent près de la plage et des paillotes. Un local est également mis à disposition de l’école de Kite-surf sur la plage de grande Anse aménagée pour l’occasion d’une case de premiers secours et chaise d’observation pour la surveillance par un maître nageur sauveteur. Ceci est une grande nouveauté sur la plage de grande Anse qui fut longtemps interdite à la baignade. Le site offre ses éléments parfois fougueux aux compétitions de kite-surf et accueille le festival caribéen annuel du cerf-volant.

Des efforts récompensés

Le projet dans sa globalité a été récompensé dans le cadre des innovations écologiques et sociales régionales (et même une distinction nationale). Dans la même lignée de mesures prises généralement dans l’île, nous trouvons aussi celle visant à limiter la circulation de véhicules privés à usage strictement personnel (développer ce point nécessiterait un article entier). Cette mesure, mal accueillie au départ, a été mise en place progressivement en concertation avec la population. Résultat, tout le monde y trouve aujourd’hui son compte grâce notamment au service municipal de transports publics.

Grâce à ces actions fondamentales, Terre-de-Haut à retrouvé une douceur de vivre qui faisait jadis sa renommée et un dynamisme sain où toute la population est concernée pour un mieux vivre partagé. Le secteur de l’accueil et du tourisme s’en trouve également ragaillardi grâce à une population encore plus accueillante car plus écoutée dans ses besoins fondamentaux.

Cette douceur de vivre qui fut interrompue pendant quelques décennies (dans le tourbillon de l’individualisme et le culte de l’intérêt strictement privé, le favoritisme du copinage et l’abus de pouvoir de quelques-uns), est redevenue une valeur dont les Saintois sont aujourd’hui fiers. Cinq hectares bien pensés et bien conduits ont été suffisants pour rétablir le « lianage » d’une fraternité insulaire qui ne demandait qu’à renaître. Bravo !

Aloé Piment Doux
Échos des Futurs –  mars 2013 pour 2022

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Terre-de-Haut : la SNSM fait du bon boulot

Une efficacité incontestable

Enseigne de la SNSM. Ph R. Joyeux

Enseigne de la SNSM. Ph R. Joyeux

Le quotidien France-Antilles Guadeloupe a publié le vendredi 8 janvier dernier un intéressant reportage sur les activités de la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM) basée à Terre-de-Haut et dirigée par Éric Gélinet. Opérationnelle depuis 2007 et dotée d’une unité quelque peu vieillie aujourd’hui, acquise d’occasion en 2013, la station des Saintes a secouru en quatre ans de service bénévole pas moins de 208 personnes en difficulté. Ce qui a nécessité près de 50 sorties en mer et de 71 transports sanitaires. En dépit de ces incontestables succès, son président estime que, vu l’augmentation régulière des interventions, la vedette en service actuellement mériterait d’être remplacée par une unité plus performante, permettant des interventions plus rapides, à des distances toujours plus éloignées de sa base. N’empêche que, face au travail accompli par Éric Gélinet et son équipage, on ne peut que s’incliner devant l’efficacité de cette station de sauvetage en mer et féliciter ses responsables pour leur action hautement humanitaire et désintéressée.

La vedette de la SNSM, en rouge au milieu des voiliers - Ph R. joyeux

La vedette de la SNSM, en rouge et bleu au milieu des plaisanciers – Ph. R. joyeux

Une formation permanente et des entraînements réguliers

L'équipage de la SNSM en formation. Ph R.Joyeux

L’équipage de la SNSM en formation. Photo R.Joyeux

La clé du succès de ces hommes au service des marins, plaisanciers et professionnels de la mer, n’est pas une simple question de matériel performant, de disponibilité et de bonne volonté. Dans un domaine où chaque geste compte, non seulement en matière de navigation et de compétences maritimes, mais surtout en matière de soins et de premiers secours à d’éventuels blessés, les 12 hommes d’équipage de la SNSM – se relayant en alternance – et leur patron sont astreints à une formation quasi permanente et à des exercices réguliers en mer, le plus souvent en opération conjointe avec l’hélicoptère de la protection civile, susceptible d’avoir à hélitreuiller un blessé grave pour une hospitalisation d’urgence sur la Guadeloupe.

Départ pour des exercices en mer- Ph R. Joyeux

Départ pour des exercices en mer- Photo R. Joyeux

Plus d’un siècle et demi d’équipements sanitaires

Depuis 1853, date à laquelle existaient à Terre-de-Haut un hôpital militaire et une infirmerie tenus par les sœurs de Saint-Paul, (voir chronique du 27 novembre 2013 : https://raymondjoyeux.com/2013/11/27/evolution-des-services-de-sante-aux-saintes-de-1853-a-nos-jours/), notre commune a connu des hauts et des bas en matière d’équipements sanitaires et de personnels de santé. Surtout des bas après la fermeture de l’hôpital et le départ de la garnison en 1903. Mais progressivement, avec l’ouverture en 1951 du Dispensaire départemental toujours opérationnel, et de l’installation sur place d’une pharmacie, de divers cabinets médicaux, de dentistes, d’infirmiers libéraux et de masseurs-kinésithérapeutes, on peut dire que nous sommes globalement bien dotés en matière d’équipements et de personnels médicaux et paramédicaux. Auxquels il faut ajouter la présence sur notre territoire isolé d’un SAMU, d’un service d’incendie, d’une HAD, (Hospitalisation À Domicile), d’un hélicoptère de la protection civile pour les évacuations d’urgence et, enfin, depuis 2012, d’une station de Sauvetage en Mer, sujet de notre chronique.

Hélicoptère Dragon de la protection civile basée en Guadeloupe - Ph. R. Joyeux

Hélicoptère de la protection civile basé en Guadeloupe, en opération aux Saintes – Ph. R. Joyeux

Le reportage de France-Antilles Guadeloupe

Concernant la SNSM, station saintoise de sauvetage en mer, indispensable pour une collectivité insulaire, à la géographie essentiellement maritime comme la nôtre, je vous renvoie comme convenu à l’excellent article de Daniel Dulin paru dans le France-Antilles du vendredi 8 janvier 2016. Article dont vous trouverez le lien ci-dessous. Avec nos remerciements au quotidien régional pour nous avoir permis ce partage à l’intention de nos amis lecteurs.

Raymond Joyeux

http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/faits-divers/sauvetage-en-mer-la-station-snsm-ne-chome-pas-355732.php

Vedette de la SNSM au mouillage à Terre-de-Haut. Ph. Raymond Joyeux

Vedette de la SNSM au mouillage à Terre-de-Haut au coucher du soleil. Ph. R. Joyeux

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Quand les citoyens prennent le pouvoir

À l’heure où les membres de l’opposition au conseil municipal de Terre-de-Haut (1715 habitants) reprochent à la majorité de ne pas jouer le jeu de la démocratie (non communication des dossiers, refus de répondre aux questions, réunions privées hors conseil, opacité budgétaire, décisions unilatérales, convocations tardives, entre autres…), une petite commune de métropole, équivalant à la nôtre, montre un autre visage de la participation citoyenne aux affaires communales. À Saillans, dans la Drôme, c’est carrément la population qui a pris le pouvoir, sans tête de liste aux élections de 2014. Un exemple de gestion collective impensable chez nous où – selon l’opposition – se perpétue depuis des lustres la confiscation du pouvoir par des élus inamovibles. Exemple qui démontre qu’en l’absence de clivage imposé par les clans, l’union des citoyens peut être une réalité bénéfique à la vie de la collectivité. Nous partageons le reportage illustré de AgoraVox, publié sur son site le 27 décembre 2015. Pour en savoir plus sur cette Association citoyenne, voici ci-dessous un lien d’accès qui permettra de prendre connaissance d’autres articles aussi intéressants les uns que les autres sur la vie des cités : http://agoravox.fr.

1 200 habitants au pouvoir à Saillans, dans la Drôme

saillans-2502d-1A Saillans, près des Alpes, une liste citoyenne a remporté les élections municipales de mars 2014. Depuis, les habitants administrent la commune de façon démocratique avec un budget annuel de 1,2 million d’euros.

L’histoire commence en 2010 avec un projet de supermarché. Le maire était pour, les habitants contre. Des citoyens se sont présentés aux élections municipales. Leur liste a gagné et, depuis, la révolution participative est en marche.

« On voulait garder le cœur du village vivant », raconte Mireille. Dans ce village de 1 240 habitants on compte deux boulangeries, une charcuterie, un magasin bio, deux bars et une épicerie. « Nous avons organisé une veille citoyenne et des manifestations pour bloquer la départementale. » Une pétition a recueilli plus de 800 signatures. Il faut dire qu’à Saillans, le terrain est fertile en mobilisations citoyennes : la commune compte près de 40 associations, dont Pays de Saillans vivant, l’association contre le projet de supermarché.

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Devant la fronde, les enseignes Casino-Intermarché préfèrent abandonner le projet, au grand dam du maire MoDem sortant, François Pégon. L’énergie qui se dégage de la lutte donne des ailes. Les habitants se prennent à rêver d’une autre politique.

Des réunions publiques sont organisées à l’approche des municipales de 2014. Plus de 250 participants et une formule détonante : « Pas de programme, pas de candidats, la liste c’est vous ! », une liste est constituée, avec 22 candidats pour 15 places.

Trois idées fortes rassemblent le groupe d’habitants : la transparence, « l’accès de tous à l’information », la collégialité au sein de l’équipe municipale « pour éviter que le maire et le premier adjoint s’accaparent le pouvoir » et la participation des citoyens à la gestion de la commune. « Le régime représentatif confisque la démocratie. La citoyenneté ne se résume pas à un vote tous les six ans. »

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Trois semaines avant les élections, le groupe nomme une tête de liste. « On a essayé de tenir jusqu’au bout pour ne pas avoir une personne désignée ». À la réunion ce jour là, Vincent est absent, il travaille comme veilleur de nuit. La liste souhaite désacraliser la fonction d’élu. Le soir de l’élection du premier tour, le 23 mars 2014, la victoire est écrasante, 57 % des électeurs votent pour la liste « Autrement pour Saillans… tous ensemble » avec un taux de participation record de près de 80 % pour 1 070 inscrits.

Depuis, un vent nouveau souffle sur Saillans. La mairie est comme une ruche. Christian, un habitant, la soixantaine passée, témoigne : « Je vais à la marie comme je vais chez moi, je ne dis pas “monsieur le maire”, la porte est ouverte. ». La mairie a été rebaptisée la « maison commune ». Les agents techniques – une dizaine de personnes – en ont le tournis : « Dans des villages de cette taille, normalement, on voit les conseillers municipaux deux fois par an. Ici, on les croise tous les jours ! »

Commission participative circulation-stationnement. Par petit groupe, chacun énumère points faibles, points forts et proposition d'action concernant la circulation et le stationnement à Saillans.

Commission participative circulation-stationnement. Par petit groupe, chacun énumère points faibles, points forts et proposition d’action concernant la circulation et le stationnement à Saillans.

Deux jeudis par mois, l’équipe municipale organise « un comité de pilotage public » : une réunion de travail ouverte aux habitants avec l’ensemble des élus. « Avant, tout était fait de manière clandestine, avec des simulacres de débats lors du conseil municipal », affirme Fernand. Aujourd’hui, des « groupes action-projet » sont créés avec les citoyens qui désirent s’impliquer sur un thème précis : l’entraide sociale, le composteur collectif, les économies d’énergie, la circulation… On dénombre plus de 250 participants.

Les quatorze élus fonctionnent en binôme et se partagent les responsabilités. Les indemnités de fonction sont réparties entre tous – 150 euros pour les conseillers municipaux, 1.000 euros pour le maire. « Cela reste symbolique, la politique n’est pas une profession », alerte Isabelle, en charge de la jeunesse.

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La nouvelle municipalité renverse le langage de l’oligarchie. « Notre démarche repose sur l’expertise d’usage des habitants. Chacun est expert de sa rue, de son village. », dit Isabelle. Selon un membre de la liste, « plus que le diplôme, la compétence s’acquiert par le vécu ». Impliqués dans la vie de la cité, les Saillansons se responsabilisent. « La vision acéphale – sans chef – nourrit l’intelligence collective », déclare Fernand. Les prises de décisions sont plus longues mais plus abouties. « L’extinction de l’éclairage public la nuit vient d’être mis en place, les habitants ont conçu une matrice avec des horaires différents selon les saisons, les jours et les quartiers. Le prestataire n’avait jamais vu ça ! » poursuit-il.

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Dix-huit mois après les élections, la nouvelle méthode commence à entrer dans les mœurs. « On a posé des outils, les gens se les réapproprient », assure Fernand, interpellé récemment dans la rue car un compte-rendu n’avait pas été affiché. « Les habitants deviennent plus exigeants, une culture de la participation est en train de germer », constate-t-il.

La liste regrette aussi de ne pas mobiliser plus de monde. Le profil des habitants engagés est plutôt âgé, les jeunes ne sont pas tellement impliqués. « Nous devons trouver de nouveaux dispositifs pour les inclure, des référendums locaux ou des agoras citoyennes… ». Pour vivre, la démocratie participative doit constamment se renouveler, « être une invention permanente.

Saillans cherche à essaimer. Être « une expérience reproductible, malléable, adaptable ». Selon Tristan, le directeur du centre social de Die, une commune voisine, « les outils sont simples et transmissibles ». Pour engager la démocratie participative, « on a simplement besoin d’un tableau, de feutres, de gommettes ». Et de volonté politique.

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Dans les environs, le village a déjà fait des émules, Grâne lance son plan local d’urbanisme (PLU) participatif, le maire de Luc-en-Diois est venu se former pour animer des réunions, une assemblée populaire vient de se créer à Die. Le festival Curieuses démocraties, fin septembre, a tenté de fédérer ces différentes initiatives. Pour tous, « Saillans agit comme un catalyseur, elle légitime la démarche citoyenne », note Tristan.

Si Saillans captive les projecteurs, les habitants tentent de banaliser leurs pratiques. Ils se lassent d’être transformés en « zoo démocratique ». Jean, le vigneron, s’agace : « Notre village est folklorisé. Les médias ont la manie de tout transformer en spectacle. Ils font l’impasse sur ce qui est difficile. Il faut parler du fonctionnement juridique, du fonctionnement technique pour que les gens s’approprient la démarche et se demandent : “Qu’est-ce que je peux faire chez moi » ».

Témoignage de Saillans et de son parcours démocratique, au café repaire de Saintes

Sources :

Reporterre, le 17 octobre 2015 : À Saillans, les habitants réinventent la démocratie
Kaizen-magazine, le 18 février 2015 : A Saillans, dans la Drôme les habitants prennent le pouvoir
Inform’Action, le 16 octobre 2015 : Témoignage de Saillans : Une révolution participative en marche

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Merci pour votre fidélité

Bannière Bonne année

Tableau d'Alain Joyeux

Tableau d’Alain Joyeux

Chers amis,

En vous souhaitant une très bonne année 2016, je vous remercie pour votre assiduité à suivre ce blog. Il vous appartient car c’est vous qui le faites vivre par votre fidélité et vos nombreux commentaires toujours pertinents. Voici à votre intention quelques informations statistiques fournies par l’hébergeur WordPress.com sans lequel rien ne serait possible et que je remercie vivement au passage.

Depuis sa création le 13 juillet 2013 à ce jour, 1er janvier 2016

138 articles ont été publiés
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Tableau d'Alain Joyeux

Tableau d’Alain Joyeux

Pour la seule année 2015 :

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L’article le plus visité en un jour

Fête de la pêche aux Saintes : une tradition respectée 
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Les cinq commentateurs les plus assidus pour l’année 2015 et que je remercie vivement sans oublier tous les autres fort nombreux

Alain Thouret : 21 commentaires
Michel Duval : 21 commentaires
Françoise Félicité : 17 commentaires
David Quénéhervé : 13 commentaires
Alain Joyeux : 10 commentaires.

Un hommage appuyé à notre ami et chroniqueur particulièrement apprécié et aimé aux Saintes, Félix Foy disparu en août 2015 

F.Foy en son habit de diacre - Ph. Eglise en Guadeloupe

Félix Foy en son habit de diacre – Ph. Eglise en Guadeloupe

Un remerciement tout particulier à nos amis photographes et illustrateurs

Alain et Alexandre Joyeux 
Claire Jeuffroy
Jean-Philippe Léon
et tous les autres.

Merci aux sites Facebook qui partagent les articles, particulièrement à
Terre-de-Haut Indiscrétions
Patrick Rogers
Odile Puig-Joyeux
Bénédicte Daubian

Sincères remerciements aussi aux auteurs, éditeurs, illustrateurs qui m’ont autorisé à utiliser leurs images, écrits, commentaires, soit intégralement soit partiellement, pour vous apporter, chers lecteurs, une information, une note d’histoire, un compte-rendu d’ouvrages ou de textes, sans lesquels les 35 chroniques de cette année 2015 n’auraient pu être atteintes.

Un grand merci, enfin et à nouveau, à vous tous, chers lecteurs, abonnés ou non, à qui je souhaite une dernière fois, une fructueuse année de santé, de lecture, de plaisir et si possible de commentaires.

Ce blog est le vôtre.
Vous avez été 21 272 à le consulter cette année 2015.

Que cette année 2016 me permette de vous satisfaire au mieux de mes possibilités et que vous, de votre côté, vous soyez au moins aussi nombreux à consulter ce blog que l’année qui s’est achevée.
Nous serions alors les uns et les autres entièrement satisfaits.

Bonne et heureuse année !

Raymond Joyeux

 Boat : tableau d'Alain Joyeux

Boat : tableau d’Alain Joyeux

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Les effets du carême aux Saintes

Dans le prolongement du précédent article, je me permets de vous proposer une description des effets du carême à Terre-de-Haut, extraite de mon récit autobiogra-phique, Fragments d’une enfance saintoise, (*) dont la première édition parut aux Ateliers de la Lucarne en 2009. Ce chapitre 6 du livre est à placer dans le contexte des années 50, à une époque où les dérèglements climatiques n’étaient pas d’actualité et où les saisons (chez nous : hivernage et carême) s’alternaient normalement. Une époque où les Saintois s’accommodaient du peu dont ils disposaient, sans pour autant devoir s’exiler, comme le suggère et le craint Alain dans sa réflexion. Avec toutes mes excuses de faire appel à mes propres écrits, faute de bon goût que vous me pardonnerez, je l’espère, en cette veille de Noël que je vous souhaite convivial et joyeux…

Une sécheresse à Terre-de-Haut

1ere-de-couverture-e1373028620954Économiser l’eau a toujours été la hantise première de notre population. Or, nous étions cette année-là, aux dires des anciens, sous le coup de la plus terrible sécheresse jamais connue aux Saintes depuis l’arrivée des premiers occupants de notre île et leur départ précipité pour manque d’eau peu après leur installation.
J’ai souvenir que les effets de ce très long carême s’étaient fait sentir dès la mi-janvier, après les déluges de Noël et du jour de l’an. À compter du dernier quartier qui avait suivi la pleine lune du 25 décembre, le ciel s’était désespérément peint en bleu jusqu’aux premières ondées de juillet. En moins d’un mois, jarres et fûts furent vidés et la population dut puiser dans ses réserves.
À la maison, ne possédant que deux grandes jarres en céramique, alimentées par une gouttière délabrée et très vite à sec, nous avions la chance de disposer de la citerne de mon grand-père évoquée au début de ce récit. Ma mère organisa au mieux notre ravitaillement journalier : munis de fers-blancs et de seaux, chaque soir, en file indienne, depuis la citerne de Papa-y, nous faisions nos réserves pour le lendemain, invitant les voisins à profiter de l’aubaine.

Type de jarre familiale en céramique installée dans notre petite cuisine

Type de jarre familiale en céramique installée dans notre petite cuisine

Recours aux citernes municipales

La municipalité, de son côté, avait ouvert les citernes communales, celles de la mairie, de la Rabès et de la Maison Blanche, où la population venait s’approvisionner à heures fixes dans la journée, sous l’œil vigilant du garde-champêtre. Pour éviter de perdre une seule goutte du précieux liquide, les porteuses de seaux et de bidons disposaient au-dessus du contenu de leurs récipients des branchettes feuillues de poirier ou d’hibiscus qui empêchaient le débordement au cours du transport.

La mare du Marigot aujourd'hui

La mare du Marigot aujourd’hui – Ph Raymond Joyeux

Plus tard dans la saison, quand les réservoirs du Fort Napoléon prirent la relève, des queues inhabituelles s’étiraient en deux files inversées, sur le mauvais chemin du Morne Mire, entre Pont-Levis et Maison-Bateau. Dans tous les foyers, l’utilisation de l’eau douce fut strictement règlementée. Une timbale suffisait généralement à la toilette individuelle du matin et du soir et il était impensable de vouloir se rincer intégralement après les bains de mer. Laver le linge était devenu plus que problématique. La mare du Marigot, dont l’eau saumâtre ne permettait pas une utilisation efficace du savon, avait été néanmoins convertie pour un temps en lavoir public.

Une des trois citernes de l'Îlet à Cabris, état actuel

Une des 3 citernes de l’Îlet à Cabris, état actuel

Puis les lavandières se tournèrent vers les réserves souterraines de l’Îlet à Cabris. Des canots entiers partaient du bourg le matin, chargés de baluchons, et revenaient en fin d’après-midi, linge blanchi et séché, soigneusement plié dans des paniers de bambou. Les mamans attendaient le jeudi pour y emmener leurs enfants et profiter de l’abondance fraîche des citernes pour une grande toilette hebdomadaire de toute la famille.
Si la population souffrait de cette calamité, animaux et végétaux n’étaient pas mieux lotis. Treilles, jardins, vergers, séchant sur pied, étaient devenus improductifs et malgré l’oasis,  à demi-tarie elle aussi de l’Étang Bélénus, entre le cimetière et la plage de Grand’Anse, on ne comptait plus les cabris, moutons et bœufs, exténués par la soif, amaigris, tirant la langue, agonisant dans l’herbe jaunie des savanes. Les iguanes eux-mêmes, squelettiques, ayant perdu tout instinct de défense, désertaient les mornes brûlés et, traînant dans la poussière leur ventre décharné, venaient mourir, à bout de souffle, au bord de la mer.

Étang Bélénus, aujourd'hui comblé au profit d'une piste d'atterrissage

Étang Bélénus, aujourd’hui comblé au profit d’une piste d’atterrissage

Prières, processions et neuvaines

Devant l’ampleur et la durée de la catastrophe, après maints processions, messes, rogations et autres prêches accusateurs de notre curé, restés sans résultat, une neuvaine à la Vierge fut organisée par un petit groupe de garçons auquel je m’étais joint. Sous la conduite de Jérôme Hoff, nous nous rendions solennellement en fin de journée, chapelet en main, en pèlerinage à la Chapelle des Marins, sanctuaire qui domine le bourg, pour chanter et réciter litanies et rosaire. Mais le ciel restait sourd à nos suppliques et notre paroisse, consacrée pourtant à Notre-Dame de l’Assomption, devenue l’antichambre de l’enfer, semblait définitivement abandonnée de Dieu lui-même, de la Vierge Marie, sa protectrice, et de tous les Saints du paradis.

Chapelle des Marins à Terre-de-Haut - Carte postale ancienne

Chapelle des Marins à Terre-de-Haut – Carte postale ancienne

Nous n’étions pas pour autant privés d’école. Au contraire, profitant de ce carême exceptionnel, notre maîtresse, Mademoiselle Maccès, adapta ses cours à la situation. Elle nous fit travailler en géographie sur l’alternance des saisons en zone tropicale ; en sciences naturelles sur le rôle de l’eau dans la naissance et le maintien de la vie ;  en morale sur la nécessité de l’économiser et de bien l’utiliser ; en histoire locale enfin et en calcul sur les époques et les conditions de construction de nos précieuses citernes communales, leur forme, leurs dimensions, leur contenance.

Citerne abandonnée de la Caserne

Citerne abandonnée de la Caserne – Ph Raymond Joyeux

En définitive, ces travaux pratiques, organisés autour de réalités vécues, dépouillés de toute abstraction, cristallisaient notre intérêt. Tout en étant pour nous l’occasion de mieux connaître notre milieu, ils nous permettaient d’oublier, le temps d’une journée d’école, les difficultés du moment et surtout la réputation de sévérité de notre maîtresse.

Sortie de classe aux Saintes - Années 50 - Archives Joyeux

Sortie de classe aux Saintes – années 50 – Archives Joyeux

Pour info  :

*Fragments d’une enfance saintoise : récit autobiographique de R.Joyeux – 1er volet –  format 12 x 18 – 160 pages
Les manguiers du Galion du même auteur – 2ème volet – même format – 210 pages –  Éditions Les Ateliers de la Lucarne – Terre-de-Haut.

JOYEUX NOËL à tous et toutes
avec mes plus sincères remerciements pour votre fidélité
tout au long de cette année.

Tableau d'Alain Joyeux

Tableau d’Alain Joyeux

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En marge de la Cop 21 : une réflexion d’Alain Joyeux

Terre-de-Haut : une vraie dépendance ?

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Si la principale ressource alimentaire des Saintes a été et est encore dans une large mesure, issue de la mer par le développement des pratiques de pêche, les cultures fruitières et vivrières, malheureusement pour la plupart disparues aujourd’hui, étaient une ressource non négligeable, notamment dans le quartier de La Savane à présent entièrement construit. Outre les plantations de manguiers, de cajous, de pommes cannelle, de goyaves, les anciens, et en particulier ma grand-mère de son vivant, évoquent la culture du maïs et du millet, du giraumon, des pois, des patates douces, des pastèques, de la vigne, du manioc et autre gombo, mais aussi du coton et du tabac. Les petits élevages, volailles essentiellement, ont toujours existé de leur côté et se portent encore bien. Mais en ce qui concerne les quelques troupeaux de vaches et de cabris, celui qui marche un peu à travers les mornes peut constater un effet pervers de leur présence, à savoir une désertification et une érosion dramatiques pour des gains dérisoires. N’empêche que globalement, avec l’apport du modernisme, le niveau de vie et de richesse des Saintois n’a cessé d’augmenter.

Élevage de cabris à Terre-de-Haut- Ph R. Joyeux

Élevage de cabris à Terre-de-Haut

Le problème de l’eau résolu en apparence

Bienfaits des conduites sous-marines

Aujourd’hui, tout ce qui contribue au confort et à la richesse relative des Saintois est directement dépendant des ressources extérieures telles que l’eau et l’énergie électrique, (mais aussi – hors le poisson – l’ensemble des produits d’alimentation). Cette situation présente est bien évidemment appréciable et a permis l’installation d’un nombre toujours plus important de résidents à l’année et un développement de l’activité économique dopée par ailleurs par la manne touristique. Terre-de-Haut fait partie actuellement des communes les plus riches – matériellement parlant – de l’archipel guadeloupéen, et la plupart des Saintois ont pu investir dans un confort technologique aussi bien domestique que professionnel. Ce développement-là a tout l’air d’un développement durable… Mais l’est-il vraiment à long terme ?

Mise en place de la conduite d'eau entre TDH et la Guadeloupe . Ph. Chantier

Pose de la conduite d’eau entre TDH et la Guadeloupe. Ph. chantier

La récente conduite sous-marine approvisionnant les Saintes en eau potable, (11 ans aujourd’hui), véritable bienfait pour l’île par l’abondance et la constance qu’elle procure, a fait oublier à beaucoup de Saintois qu’une telle installation est tributaire de deux facteurs : d’abord de ceux qui contrôlent les vannes… Mais on peut écarter d’emblée toute paranoïa en comptant sur la solidarité du peuple guadeloupéen avec sa « dépendance » en cas de divergence politique ! Ensuite et surtout, cette conduite sous-marine, tout extraordinairement fiable qu’elle puisse être, est cependant à la merci non seulement d’une défaillance technique, comme c’est le cas actuellement où des M3 d’eau s’échappent chaque jour d’une fissure qui va s’élargissant, mais aussi des tumultes de l’océan dont il n’est nul besoin de rappeler la puissance en cas de perturbation climatique ou géo-sismique. Une rupture, même momentanée aurait des conséquences dramatiques en chaîne, car les habitudes prises d’hyper-consommation d’eau, notamment dans le secteur de la restauration et de l’hôtellerie, sont totalement dépendantes de cet approvisionnement quasi miraculeux.

Disparition des citernes individuelles

Face à cette nouvelle technologie dont ils mesurent mal ou pas du tout la fragilité, de nombreux Saintois omettent d’intégrer une citerne de récupération d’eau de pluie dans leur nouvelle résidence, voire détruisent des réservoirs encore opérationnels pour « faire de la place ». Mais de la place, il y en aura lorsque plus de la moitié de la population sera privée d’eau et devra peut-être s’exiler ! Faire une confiance absolue à une conduite entre deux eaux, est-ce là véritablement du développement durable ? La gouvernance régionale avait, à une certaine époque, encouragé la construction de citernes domestiques par des subventions. Voilà un exemple de politique de développement durable, ce qui n’empêchait pas en même temps de profiter des bienfaits de l’abondance…

Autre nerf de la guerre : les carburants

Nous arrivons ici, sans doute au véritable nerf de la guerre qui, s’il reste suffisamment vigoureux, pourrait, grâce aux techniques induites par l’énergie électrique – venue elle-même de Guadeloupe par câbles sous-marins -, résoudre une pénurie momentanée d’eau courante : les carburants, issus des produits pétroliers. Mais, aux Saintes comme ailleurs, et sans doute plus crucialement qu’ailleurs, si la ressource en carburant venait à manquer, voilà que tout s’effondre dans l’organisation de la société, telle qu’elle se présente aujourd’hui à Terre-de-Haut. Faute de carburants, c’est, entre autres, l’arrêt des transports de masse et de l’approvisionnement de l’extérieur, de la pêche sinon côtière, et encore, faudrait-il un certain temps pour que le poisson revienne, éloigné qu’il a été par le tumulte des moteurs… Cette hypothèse, plus qu’un scénario catastrophe, est une possibilité réaliste à court, moyen ou long terme… La conjoncture internationale montre clairement les enjeux économiques, écologiques et de pouvoirs, liés aux problèmes pétroliers. L’axe Venezuela/USA, dont le chemin est la mer des Caraïbes, sera-t-il soucieux de nos besoins insulaires en cas de crise d’approvisionnement en Guadeloupe, attendu que c’est le pétrole qui est garant de la plus grande partie de la production électrique du département.

Transformateur électrique sur la route de l'anse Figuier - Ph R.Joyeux

Une énergie venue de Guadeloupe : Transformateur électrique sur la route de l’Anse Figuier 

Alors, quelles solutions ?

Il est, je crois, sans pessimisme exagéré, important de ne pas faire l’autruche au regard de telles éventualités. L’on peut même dire à coup sûr qu’elles se produiront inéluctablement un jour. Face à ces évidences, pour qui se soucie d’autre chose que de son propre confort, il importe d’agir pour anticiper d’une façon raisonnée et sereine. Non pas qu’il faille agir par peur de l’inévitable, mais plutôt avoir confiance en l’intelligence qui peut composer avec la réalité d’abondance actuelle et poser quelques jalons de base pour pouvoir, le cas échéant, faire face sans tout perdre à la fois. Autrement dit la perspective d’une tragédie annoncée (consciente ou non mais bien présente) ne devrait pas pousser la collectivité insulaire à une attitude irresponsable du genre « après moi, le déluge ». Aussi, il est possible qu’il soit déjà trop tard et qu’aucune action, même collective, ne puisse rien changer en profondeur au processus suicidaire actuellement en mouvement… Cependant, pour ceux qui veillent, il est néanmoins possible de commencer à préparer une re-colonisation sur des bases nouvelles, en continuant de vivre en dépit du rythme imposé par l’époque, tout en posant quelques pierres pour l’avenir, ne serait-ce qu’en se préparant intérieurement à des changements qui, s’ils ne sont pas progressifs comme il faut l’espérer, pourraient être brutaux et douloureux…

De la voile traditionnelle au développement durable

Il y a aujourd’hui, pour une certaine jeunesse aux Saintes, une sorte de renouveau des traditions qui s’exprime par exemple par les régates de voiles traditionnelles, ce qui n’empêche pas les équipages d’utiliser par ailleurs leurs moteurs hors-bord au quotidien. Néanmoins, ils savent manœuvrer avec le vent, et ce fait-même est chargé d’espoir… Voir fleurir à Terre-de-Haut des jardins luxuriants irrigués par des réserves d’eau de pluie ; construire encore des citernes et reboiser là où cela est possible ;  développer les énergies renouvelables (les Saintes ne manquent ni de soleil ni de vent) et en cela Terre-de-Bas a donné exemple avec ses éoliennes… Mais se préoccuper aussi  du social et du culturel en développant les valeurs de solidarité, d’hospitalité, de communication… voilà des orientations de développement durable nécessaire aujourd’hui pour préparer l’avenir.

Maison de TDH équipée de chauffes-eau solaires- Ph. R.Joyeux

Maison de TDH équipée de chauffe-eaux solaires 

Pour cela, il faut que des initiatives individuelles et privées soient portées dans ce sens pour qu’une prise de conscience collective s’installe peu à peu. Il y a toujours eu besoin de quelques pionniers montrant la voie ! Le développement durable n’est pas une question de changement radical, mais de transformation progressive qui n’est possible que par une écoute attentive de son temps et de ses enjeux.

Revenir aux cultures traditionnelles. Raisin saintois autrefois réputé pour son abondance

Revenir aux cultures traditionnelles. Ici raisin saintois autrefois réputé pour sa qualité et son abondance

Texte : Alain Joyeux – Illustrations photos : Raymond Joyeux

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Terre-de-Haut vue par un navigateur en 1955

Kurun  aux Antilles

6373b221cc7c7f39f672789afc7b82bdNé à Paris de parents bretons le 2 juillet 1920, le navigateur français, Jacques-Yves Le Toumelin est décédé au Croisic le 10 novembre 2009. Formé à l’École nationale de navigation de Nantes, il effectue en 79 jours, entre septembre 1949 et juillet 52, son premier tour du monde avec escales en solitaire sur son voilier Kurun qui avait remplacé un précédent qu’il avait lui-même construit et baptisé Le Tonnerre. Kurun qui signifie lui aussi  Tonnerre en breton était un yacht en chêne de 10 mètres de long sur 3,55 de large pour 63 M2 de voilure. C’est sur ce cotre dépourvu de moteur qu’il entreprendra la traversée de l’Atlantique entre 1954 et 1955. Traversée qui le conduira du Croisic aux Saintes où il mouillera le 21 mai 1955 pour une escale de 5 jours. Le récit de cette traversée, ponctuée de nombreuses escales entre la Barbade et Pointe-à-Pitre, a été publié en 1957 chez Flammarion dans un livre intitulé Kurun aux Antilles, et réédité en 1996 chez Hoëbeke dans une collection pour la jeunesse. C’est un extrait du journal de bord de J-Y Le Toumelin à l’occasion de son passage à Terre-de-Haut que je vous propose aujourd’hui.

L’appel du large : 29 Septembre 1954

« Après un long séjour à terre, je sens toujours l’air salin gonfler mes narines ; la grande houle du large danse devant mes yeux, l’eau bleue sous le souffle inlassable de l’alizé essaime à perte de vue ses crêtes blanches. Mon Kurun roule et tangue majestueusement, faisant voler l’écume et l’embrun qui se mêlent dans son sillage. Le soleil est doux, l’air tiède et caressant. Plaisir royal de la voile et des longues courses océaniques… »

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Départ de la Dominique et Arrivée aux Saintes

(Parti du Croisic le 29 septembre 1954, le navigateur fait deux longues escales à Madère et aux Canaries d’où il repart le 8 janvier 1955 ; traverse l’Atlantique et arrive le 5 février à la Grenade. Il remonte le chapelet des îles antillaises et arrive à la Dominique le 14 mai. Le 21, il quitte la Dominique pour les Saintes…)

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« Le 21 mai, à 13 heures, j’appareillai de Prince Rupert Bay pour les Saintes… Visibilité médiocre, ciel en partie couvert. Mais quel beau temps pour naviguer ! Mer très houleuse, frisant ses blancs moutons qui faisaient parfois le gros dos en m’éclaboussant. C’est ton temps, petit Kurun. Va…
À la barre, bien calé sur le banc de quart, avec pour tout vêtement un vieux short plein de sel, fouetté par le vent et par l’embrun tiède, je me laissai aller comme un enfant à ce charme grisant de la voile. Les Saintes avaient surgi à l’horizon et grossissaient à vue d’œil. Elles furent à portée de la main en 2 h.3/4. J’avais marché environ 7 nœuds, presque le maximum du bateau. À 16 h.05 je doublai la Pointe Morel, Nord de la Terre-d’en-Haut. Certes l’arrivée par le Sud de l’Archipel eût été plus spectaculaire. Mais, pour rallier le mouillage, il eût fallu louvoyer, alors que par le Nord, je devais arriver à destination « comme une lettre à la poste » ! – ce que je fis…

Kurun 3

Accueilli par le Père Offredo et la jeunesse saintoise

Le Père Offredo m’attendait sur le wharf, au milieu d’un groupe accueillant et, bientôt, une embarcation montée par de charmantes jeunes filles chargées de fleurs m’accostait… Roméa, une ravissante fille de 17 ans, aux cheveux d’or, me remit une magnifique gerbe de bougainvillées roses et rouges, ceinturée d’un large ruban sur lequel était inscrit : « La jeunesse saintoise. » Le Père m’accueillit comme un fils et m’emmena au presbytère pour m’offrir le champagne…

Un archipel séduisant

Terre-d’en-Haut a une longueur maximum de près de 5 kilomètres, qui la fait paraître plus grande que sa voisine, cependant plus importante par sa superficie (945 ha contre 452). Pour qui vient de la verte Dominique, le contraste est frappant. Les Saintes me rappelaient les petites Grenadines. C’est un archipel miniature, séduisant par sa disposition, ses formes et ses couleurs… Terre-d’en-Bas est un peu moins sèche que sa voisine et l’accès à la mer y est plus difficile. Elle est beaucoup plus terrienne et l’on s’y consacre surtout à la culture.

Le Kurun à Terre-de-Haut - Ph de l'auteur

Le Kurun à Terre-de-Haut – Ph de l’auteur


Pêche et agriculture

Les Saintois de Terre-d’en-Haut constituent un petit peuple à part. Tous marins-pêcheurs, ils sont adroits et débrouillards, étant dans l’obligation de tout faire par eux-mêmes. Les eaux, poissonneuses, sont très propices à la pêche à la senne dans les baies, et à la ligne de traîne au large. Les pêcheurs utilisent également de grandes nasses, comme dans les autres Antilles. Leurs embarcations, construites sur place, sont typiques : avants très fins en flottaison, bien évasés dans les hauts, arrières à tableau, bouchains très doux qui en font des canots volages. Elles sont voilées d’un foc et d’une grand-voile triangulaire portée par un mât court, mais avec un gui très long débordant démesurément l’arrière. La construction m’a semblé satisfaisante… Outre la consommation locale, le poisson est vendu à la Guadeloupe, à Trois-Rivières et à Basse-Terre. La liaison avec la grande île est régulière et de petits cotres, comme La Belle Saintoise, font exclusivement ce trafic.

L’agriculture est maigre aux Saintes. On y récolte du coton, du maïs, diverses espèces de pois, quelques fruits. Il y a aussi de la vigne, dont les ceps ont été apportés des Canaries. Le curé de Terre-d’en-Bas fait du vin de son propre cru. Il le trouve fort bon, paraît-il, mais le Père Offredo m’a semblé loin de partager cette opinion. L’élevage était prospère autrefois et l’on assure qu’il y avait de véritables troupeaux. La disparition de ce cheptel est explicable en raison de la redoutable sécheresse qui aurait été aggravée par le déboisement. Il n’y a ni source, ni rivière et les ressources en eau consistent uniquement en quelques citernes…

Un village calme, sans circulation 

À Terre-d’en-Haut, toute la population est concentrée dans un seul petit village, que l’on appelle le bourg et qui n’est pas laid, malgré ses toits de tôle ondulée peints en rouge. Au milieu des fleurs, ses constructions modestes, sans prétention, s’intègrent bien au paysage. Seules, deux maisons le déparent : une villa de plusieurs étages peinte en jaune et ocre-rouge et, surtout, une monstrueuse construction blanche qui représente, au bord de l’eau, un avant de bateau avec une passerelle ! Ce mauvais goût recherché paraît en de tels lieux tout à fait insolite et plus ridicule encore qu’ailleurs. Le village est calme, traversé de rues cimentées nettes et très propres. Évidemment, pas de circulation de véhicules mécaniques.

Une population vigoureuse et résistante malgré le rhum

En quittant le wharf, on fait face à la Gendarmerie Nationale, indiquée par une grande plaque apposée sur une construction composite avec balcon de fer forgé et toiture en tôle ondulée. Nous sommes dans la rue principale et, tout comme en France, les cafés sont nombreux. Des enseignes : « Au réconfort », « Débit d’alcool », au « Cœur Marin », et l’inévitable « Café de la Marine »… On boit « sec » aux Saintes et c’est sans doute ce qu’il y a de plus triste. Le rhum fait partie de la vie et la plupart des habitants en font un usage immodéré. Le lendemain de mon arrivée, à la messe du dimanche, le Père Offredo, qui parla si gentiment et affectueusement de moi (à m’en faire rougir !), exhorta ses paroissiens à ne pas boire. C’était profondément émouvant, tant il le faisait avec cœur, bonté et sincérité.
– Mes chers enfants, ne buvez plus de rhum ainsi. Je vous en supplie… etc.
Certes l’alcoolisme fait des ravages et il est bien difficile de lutter contre lui. Malgré cette cause d’affaiblissement, la population saintoise semble vigoureuse et résistante…

On dit aussi des Saintois qu’ils sont chicaniers, assez repliés sur eux-mêmes, avec une notion étroite de la propriété et peu enclins à rendre service. Je ne suis pas resté assez longtemps dans l’île pour vérifier ces affirmations. En ce qui me concerne, je n’ai eu que d’excellents contacts avec tout le monde et n’ai rencontré que de très braves gens ! On  ne trouve souvent chez les autres que ce que l’on veut y trouver…

Vue du Chameau - ON aperçoit au fond à droite l'Étang Bélénus aujourd'hui comblé

Vue du Chameau – On aperçoit au fond à droite l’Étang Bélénus aujourd’hui comblé

On oublie que l’on est aux Antilles

Kurun-Aux-Antilles-Livre-846481777_ML (1)Je fis de délicieuses promenades, par de charmants petits chemins. À l’intérieur, les champs, les bosquets, les barrières rustiques font parfois oublier que l’on est aux Antilles… La côte, très découpée, présente une variété de petites baies séduisantes, où il est fort agréable de se baigner, en prenant garde toutefois de ne pas se piquer sur les nombreux oursins (blancs ou noirs) qui tapissent le fond des eaux claires… La jeune Roméa m’accompagnait souvent dans mes promenades. J’aimais la compagnie de cette jolie fille, élancée et fine, au visage légèrement bruni par le soleil et l’air salin. Ses yeux, dont la couleur de mer nordique contrastait avec le bleu intense des mers tropicales, disaient sa véritable origine. Ses traits fins et délicats exprimaient la netteté, la détermination, l’opiniâtreté, la fierté de la race de ses ancêtres. Un rien d’espièglerie et de moquerie ajoutait à son charme… (Pendant ce temps) le Kurun était parfaitement bien au mouillage des Saintes, abrité et calme, sous le majestueux vol plané des frégates, mais je ne pouvais m’attarder…  – Le 1er juin, il faut être en route pour la France – pensais-je. Les flamboyants étaient en fleurs…

Départ pour Pointe-à-Pitre : les adieux au Père Offredo

Le 26 mai, à contre cœur, je quittai les Saintes pour Pointe-à-Pitre. Quand je fis mes adieux au bon père Offredo qui, en boitant un peu, m’avait accompagné jusqu’au wharf, des larmes coulèrent sur son visage. Le vieux père restait silencieux, mais je comprenais bien son émotion qui exprimait tout le poignant de cette fin d’une vie de sacerdoce d’abnégation et d’exil. Je retournais en Bretagne, dans mon pays, son pays que, vraisemblablement, il ne reverrait jamais… »

(Jacques-Yves Le Toumelin quittera Pointe-à-Pitre le 2 juin 1955 après une escale de 6 jours qu’il mettra à profit pour visiter la Guadeloupe et préparer son retour en Bretagne. Il atteindra le Croisic, son port de départ et d’attache, le 25 juillet à 19 h. 11, après 55 jours de mer et 10 mois de navigation et d’escales. )

Périple du Kurun à travers les Antilles, du 8 janvier au 2 juin 1955

Périple du Kurun à travers les Antilles, du 8 janvier au 2 juin 1955

PS. Je profite de cette chronique pour remercier M. Igor Schlumberger qui m’a amicalement rapporté d’un de ses voyages l’exemplaire original du livre Kurun aux Antilles de Jacques-Yves Le Toumelin d’où sont extraits le texte et certaines illustrations ci-dessus. Livre qu’adolescent je possédais, avec d’autres récits de navigateurs solitaires, et que j’avais malheureusement perdu. R.Joyeux.

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Transport maritime : une nouvelle unité pour la CTM DÉHER

L’inauguration de Miss Karaïbes

Le mardi 10 novembre 2015, la Compagnie de Transport Maritime Déher inaugurait à Trois-Rivières sa troisième unité, le Miss Karaïbes, vedette destinée à renforcer la flotte de la CTM au service des passagers, sur la desserte des Saintes. Nous remercions vivement ses responsables de nous avoir aimablement transmis le texte du discours inaugural prononcé à cette occasion par le gérant de la Compagnie, M. Raoul Déher, ainsi que les photos de cette inauguration. Inauguration qui marque une nouvelle étape dans le développement et la modernisation du transport maritime entre la Guadeloupe et les Saintes, et qui a eu lieu en présence de nombreuses personnalités, dont, entre autres, le Président de la Région Guadeloupe, la Présidente du Conseil Départemental, le Directeur des Affaires Maritimes, les représentants des services de sécurité, du tourisme et de l’hôtellerie, les maires de Trois-Rivières et de Terre-de-Bas. Et bien entendu de nombreux invités civils.

DISCOURS INAUGURAL de RAOUL DÉHER

M. Raoul DÉHER prononçant son discours

M. Raoul DÉHER prononçant son discours

 » L’histoire maritime des Saintes en général et de Terre-de-Haut en particulier reste à écrire. Mais rassurez-vous, ce n’est pas aujourd’hui que je vais le faire. Car il faudrait des pages et des pages pour la raconter dans les détails, et des heures entières pour vous la lire. Aussi, en ce jour de l’inauguration de notre nouvelle unité, Miss KARAÏBES, je me contenterai d’évoquer les grandes étapes de cette histoire maritime. Et surtout de rappeler que beaucoup, avant nous ou en même temps que nous, La famille DEHER, ont initié, perpétué, assuré, par des moyens de plus en plus modernes, de plus en plus sécuritaires, de plus en plus rapides, le transport des personnes et des biens, entre notre petit archipel et la grande île de Guadeloupe.

Des années 60 à nos jours

En attendant qu’un historien, consultant les archives et la mémoire collective, vienne mettre noir sur blanc l’épopée de ces hommes, rudes et volontaires, dans une entreprise, souvent périlleuse à ses débuts, c’est pour nous l’occasion, à notre façon, de leur rendre modestement l’hommage qu’ils méritent. A partir des années 60, laissant de côté les liaisons avec Pointe-à-Pitre, et sur des navires plus rapides, plus sûrs et plus confortables, se lancent alors dans le transport maritime M. Eugène SAMSON et ses deux Saintoise ; M. Yves LORGÉ avec ses deux Princesse Caroline ; M. Denis BRUDEY et ses successeurs, sur Marie des îles, Zéphir, Flycat et autres ; aujourd’hui, la famille VALA pour le Val Ferry, la CASBT pour le Béatrix, qu’il faut bien nommer aussi, sans oublier pour le fret, M. Hervé BONBON avec La Saintoise et La Parisienne.

Enfin, et j’ai gardé, vous me l’accorderez, le meilleur pour la fin : permettez-moi de citer les trois unités de la CTM DÉHER que j’ai l’honneur et le plaisir de représenter ici : le Miss Guadeloupe, l’Antoinette et aujourd’hui le Miss Karaïbes. Une flotte qui n’a cessé d’évoluer et de se moderniser depuis la première unité mise en service par M. Adolphe DEHER dans les années 70 et, depuis la création de la CTM DEHER en 1982, jusqu’à la dernière-née : Miss KARAÏBES, que nous avons le plaisir et la fierté d’inaugurer aujourd’hui en votre présence.

Miss Karaïbes à quai à Trois-Rivières

Miss Karaïbes à quai à Trois-Rivières

Adolphe Déher à l’origine de la CTM 

historique-capitaine_deherLa CTM DÉHER a poursuivi en la renforçant l’œuvre d’Adolphe DÉHER, entamée voilà 44 ans. La CTM DEHER existant elle-même depuis 33 ans, sans discontinuer, contre vents et marées, est une Compagnie au service du transport maritime. Au service des passagers saintois et guadeloupéens. Au service des visiteurs d’où qu’ils viennent et qui, de plus en plus nombreux, ont choisi l’évasion dans nos lointaines et chaleureuses contrées. Du premier Lynndy en passant par Océan Skipper ; de Marianne à la Roche Percée, jusqu’au Lynndy, deuxième du nom, qui, tous, ont précédé nos trois actuelles unités, le créateur de la Compagnie de Transport Maritime DEHER, Adolphe DÉHER, a toujours fait prévaloir le bien-être de ses passagers, ne ménageant ni sa peine ni ses deniers personnels pour investir et offrir aux usagers toujours plus de sécurité, de confort et de rapidité.

La Compagnie DEHER et, avec elle, tous ceux qui ont contribué au développement du transport maritime, s’est engagée dans cette mission sans retenue, assurant une desserte quotidienne, s’efforçant de répondre au besoin de la population des Saintes ainsi qu’à ceux des visiteurs avec des unités toujours plus fiables techniquement et toujours plus confortables.

 Concurrence et manœuvre déloyale

Mais notre quotidien n’est pas si simple. Notre engagement est mis à rude épreuve et nous sommes confrontés à des difficultés. Sans aucune discussion sur la possibilité de l’amélioration du service, sans aucune consultation des compagnies existantes, depuis quelques mois, nous sommes concurrencés par un service dit public, financé par la CASBT pour le compte d’une collectivité sur la desserte des Iles des Saintes.

Cette collectivité qui exploite cette vedette n’hésite pas à pratiquer des tarifs très bas mettant en danger le marché actuel. Cette même collectivité ne se contente pas de nous concurrencer avec des fonds publics, mais essaie de nous nuire par tous les moyens en se plaignant aux plus hautes instances jusqu’à demander l’arrêt de nos vedettes.

Il n’est pas concevable que des représentants de collectivités aient de tels agissements envers une entreprise privée qui ne cesse de s’efforcer à améliorer ses services, à investir et à créer des emplois dans un contexte économique difficile. Plutôt que de nous accompagner à créer, à améliorer, nous, compagnie privée d’intérêt public, nous sommes concurrencés avec l’argent de nos impôts et ceux-là mêmes savent comment nous en avons payé et payons encore. La CTM DEHER doit s’acquitter de centaines de milliers d’euros pour des taxes justifiés certes, mais imposées en urgence et dont les montants exorbitants constituent un apport non négligeable pour cette collectivité. Je ne vais pas m’attarder d’avantage sur ce sujet mais il me paraissait important de dénoncer ce genre de pratique.

Personnalités présentes à l'inauguration

Quelques unes des personnalités présentes à l’inauguration

Je tiens à noter cependant qu’avec le soutien apprécié des instances régionales et notamment avec le dispositif de l’aide régionale de transport, le soutien de la Direction de la Mer, et aujourd’hui de la collectivité départementale ; avec l’accompagnement de ses nombreux partenaires et associés, hôtels, agences de voyage, tours opérateurs, offices de tourisme et syndicats d’initiative, qu’elle remercie dans leur ensemble au passage, sans oublier la sympathique et fidèle population de Bord-de-Mer, et la population des Saintes, la CTM DEHER contribue non seulement au développement touristique de notre archipel saintois et guadeloupéen, mais à la bonne marche du commerce local, tout en étant l’une des petites entreprises de la place la plus pourvoyeuse d’emplois, puisque avec ses trois navires, elle compte actuellement pas moins de 27 collaborateurs directs : capitaines, mécaniciens, Marins, hôtesses d’accueil, commerciales et administratifs confondus.

Un volet social important

En plus de sa présence sur mer, la CTM DEHER a depuis quelques années redimensionné sa portée et développé un volet social important : Nous participons au téléthon ; nous fêtons les mères et les pères des Saintes ; nous organisons des actions humanitaires bénévoles en association avec nos partenaires commerciaux et la mairie de Trois-Rivières ; nous assurons le déplacement à titre gratuit des jeunes du Collège des Saintes et du centre de vacances de Terre-de-Bas ; nous accueillons en saison un groupe carnavalesque. Il faut également noter que c’est grâce à l’implication active de la CTM, que le club de Football des Saintes, l’AJSS a pu se lancer dans les compétitions. De plus, depuis le mois d’Octobre, la CTM s’est lancée dans la professionnalisation d’emploi jeune, en alternance ou en formation d’où le choix de la marraine du Miss Karaïtes ; enfin, nombreux sont les étudiants du Lycée de Blanchet qui se forment chez nous, et aujourd’hui nous accueillons une étudiante en Licence commerciale pour une année de formation. Autant d’implications et d’actions qui contribuent à renforcer son assise sociale au sein de la communauté saintoise et guadeloupéenne.

Arrivée à Terre-de-Bas

Arrivée à Terre-de-Bas

 

Pour que ces actions se poursuivent et se développent, je forme le vœu qu’avec Miss Guadeloupe et Antoinette, notre Miss Karaïbes soit le symbole de notre pérennité. Le symbole de l’ambition qui est la nôtre, depuis toujours, de nous mettre chaque jour davantage au service de nos populations, au service des usagers des Saintes, de la Guadeloupe, des Caraïbes et d’ailleurs, sous la protection de notre regretté fondateur Adolphe DÉHER à qui nous dédions cette inauguration.

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Hommage à Adolphe Déher

Où que tu sois, cher Adolphe, sois tranquille et heureux. Ton œuvre de service public, vitale pour nos îles, cette œuvre que tu as créée de tes deniers, de tes talents, de ton courage, voilà 44 ans, rassure-toi, elle est en de bonnes mains. Donne-nous simplement la force et la persévérance de la poursuivre le plus longtemps possible. De la poursuivre sous la conduite de nos équipages, avec la compétence active et dévouée de notre personnel et de tous ceux, connus ou inconnus, affaires maritimes, clients, fournisseurs, services touristiques, administratifs, financiers et politiques, qui nous apportent quotidiennement leur aide bienveillante, nous apprécient et nous font confiance.

Gaston Hoff et, parrain et marraine de Miss Caraïbes

M. Gaston Hoff et Mme Laban, respectivement parrain et marraine de Miss Karaïbes

Remerciements

Pour terminer, je souhaiterais remercier :
– la Région Guadeloupe, son Président et ses collaborateurs,
– les Affaires maritimes, Messieurs les Administrateurs et leurs collaborateurs,
– le chef du centre de sécurité et ses inspecteurs,
– le Conseil Général, sa présidente et ses collaborateurs
– la Mairie de Trois-Rivières, Madame le Maire de Trois-Rivières et ses collaborateurs
– le Président du CTIG, et ses collaborateurs pour la promotion qu’ils font de nos îles
– la Distillerie Bologne, le groupe de Carnaval MAS VIE FO
– J’adresse également un remerciement particulier à ceux qui m’ont aidé et soutenu :
– Mon frère Antoine DEHER qui vit en métropole qui a porté ce projet Miss Karaïbes à la CTM
– Monsieur Alain LASSALLE ami de la famille, un homme exceptionnel d’une grande générosité ainsi que sa femme Margaret
– Monsieur Thierry THERRAN, proche de la famille pour son aide précieuse
– Madame Maryvonne SAMSON, pour sa fidélité et son engagement sans faille aux côtés de mon père et aujourd’hui encore à mes côtés
– Les actionnaires de la CTM, Déher Robert, Jules, Albert, Véronique et Sylvie
– Mes collègues Jérémy VANGOUT mécanicien de la vedette Miss Guadeloupe et Jessy MORVAN un des mécanicien de la vedette Antoinette
– Le co-gérant de la Compagnie Monsieur DEHER Robert
– Virginie COUPAN, la responsable commerciale à qui je dois beaucoup pour la réalisation de ce projet
– Et enfin l’ensemble de mon équipe qui me soutient tous les jours.

 

Équipage de la CTM

Équipage, parents et employés de la CTM

Vive le transport maritime guadeloupéen. Vive la CTM DÉHER. Longue vie et bon vent à toi, Miss KARAÏBES

Je vous remercie de votre attention. »

Raoul Déher.

 P.S : Nous adressons encore une fois nos plus vifs remerciements à la CTM DÉHER pour  l’utilisation des photos de son site et pour nous avoir transmis et autorisés à publier l’intégralité du discours inaugural prononcé par M. Raoul DÉHER le 10 novembre 2015. Vous pouvez également voir photos et commentaires de l’inauguration sur le compte Facebook de la CTM ainsi que sur son site officiel.

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Lettre à mon île

Un texte éloquent de Geo PETIT, toujours d’actualité

GEO2 - copie 3 (1)Georges M. PETIT est né à Terre-de-Haut le 1er Janvier 1938. Comme un don du ciel à sa famille et à notre île. Plus connu sous le diminutif de Geo, il a marqué de son empreinte l’actualité maritime, politique et sportive saintoise et seule la jeunesse d’aujourd’hui ignore peut-être qui il fut pour notre commune. Sportif émérite et adepte de culturisme à ses débuts, Geo fut à maintes reprises champion de Guadeloupe de natation et leader incontesté d’une équipe de nageurs saintois qui comptait alors, entre autres, dans ses rangs : Gilles DabriouGilbert, Max et Yvan Samson, Auguste Bartoche, Roger et Raymond Cassin. Équipe inexistante aujourd’hui qui pourtant, sous la conduite de Geo, a dominé dans les années 70-80 la natation guadeloupéenne. Mais outre son engagement sportif et citoyen au service des jeunes de Terre-de-Haut et du développement de la natation saintoise, Geo PETIT fut, avec son comparse Alain FOY, un pionnier de la construction navale de haut niveau avec un outillage à l’époque plus que rudimentaire.

 

Le Café de la Marine : maison familiale de Geo Petit à Terre-de-Haut

Le Café de la Marine : maison familiale de Geo PETIT à Terre-de-Haut

Fourmillant d’idées et de projets raisonnables pour notre île, Geo fut aussi un conseiller municipal éclairé. Ardent défenseur d’une évolution modérée, condamnant le tout béton, privilégiant l’utilisation des matériaux naturels et la protection à tout prix de notre environnement et de son fragile écosystème, il a toujours regretté qu’un modernisme un peu trop brutal ait altéré l’âme saintoise au point de la menacer à tout jamais de disparition. Enfin, collaborateur de L’IGUANE, entre 1989 et 94, Geo PETIT, féru par ailleurs de généalogie, y présentait régulièrement des articles d’opinion et de réflexion dont la pertinence 25 ans plus tard n’a pas pris une ride. À preuve cette lettre à son île, toujours d’actualité, que je vous propose aujourd’hui et qui parut dans l’IGUANE N° 19 de juillet 1992. Préfiguration sans doute d’un ouvrage en préparation qu’il a l’intention à 77 ans, de publier sous peu, si les dieux de l’édition lui sont favorables. Je te salue Geo et, au nom de notre amitié, je te souhaite courage et bon vent pour ta prochaine publication. Raymond Joyeux

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J’ai rêvé d’une île…

J’ai rêvé d’une île où les gens s’arrêtent un instant pour se regarder, s’aimer, s’embrasser. J’ai rêvé de réflexions qui nous viendraient non seulement de la tête mais aussi du cœur. J’ai rêvé que chez moi l’espoir renaissait…

Enfant du souvenir et de l’espérance, fils nostalgique, comment avec de telles pensées lancinantes ne pas t’écrire mon désespoir ? Je te regarde, île chérie, et ne vois plus que ta beauté physique, toujours apte à captiver les visiteurs en mal d’exotisme, mais ne retrouve plus ton âme qui me faisait croire en ton avenir. Tu l’as perdue au carrefour de la société de consommation, au carrefour du modernisme !

Terre-de-Haut, vue panoramique

Terre-de-Haut, vue panoramique : Photo R. Joyeux

Tu as placé entre toi et moi une immense barrière, une vaste palissade. Dans ton sein, là où j’ai trouvé l’épanouissement de mon enfance, je ne retrouve qu’incompréhension, je ne vois qu’un esprit frileux en mal d’intérêt, un monde froid et impersonnel. Oui ! Mon île chérie, tu as misé sur les affaires, et ta nature est une enchère au regard même de tes propres fils. Emportée par ce flot venu de l’Est, tu ballottes et tu dérives au gré des vents et des courants. Ton passé, ta belle et humaine société a fait place à la division et à l’égoïsme. L’amour, la galanterie, le spirituel, ton vieil héritage, sont devenus une tare.

La jeunesse – ton avenir – s’enfonce et tu t’en fiches

Pleinement consciente de tes limites, ton activité, comme on le constate, semble beaucoup plus gouverner ton ambition personnelle ; quant à ton imagination, elle n’est plus stimulée que pour mettre en avant ta négativité. En cela tu n’es aucunement gênée. Tu n’as plus d’orgueil en ce sens que tu ne donnes aucune importance à ce qui était ta jeunesse et ce qu’elle est devenue. Cette même jeunesse – ton avenir – s’enfonce et tu t’en fiches ! Quand bien même tu aurais choisi, il faudrait que tu saches qu’une attitude partisane n’est nullement un signe de réussite à ton développement matériel. Ce développement, tel que tu le conçois ne prépare vraiment pas ton avenir. Si tu as de l’aversion pour une majorité de tes propres enfants, comment feras-tu pour affranchir de la crainte tes amis financiers étrangers d’une xénophobie galopante que tu ne contrôles pas ?

Senne traditionnelle au soleil couchant- Ph R.Joyeux

Senne traditionnelle saintoise au soleil couchant- Ph R.Joyeux

Non ! île chérie, si tu n’apportes pas de clarté et de brillance là où règne la confusion ; si tu ne sais pas garder ton intelligence propre et sans déviation face à la pression de l’argent ; si tu n’es pas celle qui, grâce à ses pouvoirs donne un conseil désintéressé et un jugement constructif, tu continueras encore longtemps avec tes arguments fallacieux à justifier une politique humaniste inexistante. Il est stupéfiant de constater, quand il s’agit de politique, comment tu méprises ton propre sang. Ce pouvoir que tu possèdes d’étaler pendant tes campagnes électorales ton beau programme, invoquant une masse de promesses confuses en direction de ta jeunesse désarmée et de te voir le lendemain te vautrer dans ce qui fait tes habitudes.

Arc en ciel

 Plus de clarté et de brillance là où règne la confusion. – Ph R.Joyeux

Demain il faudra que tu rendes des comptes

Quel mépris ! Quelle leçon pour ta progéniture ! Demain il faudra bien que tu rendes des comptes. La division a cela de formidable qu’elle rend l’opprimé plus apte à cultiver son mental, ainsi, plus riche de connaissances, il pourra affronter des lendemains plus difficiles… N’oublie pas, mon île, que ton travail était de poursuivre et d’amener à la manifestation objective la vision qui a fait ton nom, aujourd’hui ton renom. Ta mission était de donner forme à ce qui faisait dans le passé ton charme et la chaleur de ton contact. Aujourd’hui tu as voulu et tu as pris ce qui appartenait aux autres, tu as perdu ce qui était à toi. Oh, oui ! mon île, depuis toujours je dialogue avec toi, mais comme une amante capricieuse, toujours tu as refusé d’écouter, préférant la démagogie à la réalité. Amoureux fervent, je n’ai jamais abdiqué, espérant un jour retrouver le chemin de ton cœur. Mais, là encore, la déception est grande.

Voiles traditionnelles

Voiles traditionnelles au départ d’une régate  – Photo Adieu Vat

Tu ne parles que d’affaires, que d’argent, que de haine

Ta moralité, comme l’égalité, n’était pas une vague aspiration. Elles plongeaient leurs racines, ces deux vertus, au plus profond de ton être. Le plus haut cri de la fraternité n’était-ce pas le symbole de tes maires humanistes du passé ? Qu’as-tu fait pour honorer cet héritage ? Tu m’en veux de te parler avec le cœur, et toi, tu ne parles que d’affaires, que d’argent, que de haine. Est-ce cela ton évolution ? Comment ne pas trouver chez toi une autre dimension ? Si vraiment les affaires, le tourisme, l’argent, t’ont changée, si tes richesses augmentent si bien ta politique, pourquoi ce désespoir chez tes enfants ? Est-ce cela ta réussite ? Est-ce cela, pour toi, être « Saintes » ? Île chérie, redeviens virginale. Tu as perdu ton âme, il est temps de la retrouver…

Ne laisse point l’amertume remplacer l’amour au cœur de ton fils. Tu étais née pour être une épouse tendre et romantique, telle que je t’avais connue. Maintenant tu es une  femme quelconque, celle qu’on « baise » et qu’on n’épouse plus. Une maîtresse ! Tu crois l’être pour tes soi-disant amants, mais ne t’ont-ils pas prostituée ? Te libérer de ton esprit sectaire, de tes préjugés étroits ; savoir effacer les limites dans tes relations avec tes proches voisines ; retrouver ta culture originelle. Voilà ce qu’il faut pour te reprendre et te retrouver. Ainsi nous reverrions le respect du prochain, l’absence d’égoïsme, une conformité avec la loi humaine. Suis mon conseil, oh mon île !  Il est encore temps. Oublie ta beauté physique, ferme ton peignoir et parle-moi avec ton âme…

Solidarité et fraternité : deux vertus saintoise à retrouve Ph R. Joyeux

Solidarité et fraternité : deux vertus saintoises selon Geo à réhabiliter –  Ph R. Joyeux

J’ai rêvé d’une île où les gens s’arrêtent un instant pour se regarder, s’aimer, s’embrasser. J’ai rêvé de réflexions qui nous viendraient non seulement de la tête mais aussi du cœur. J’ai rêvé que chez moi l’espoir renaissait…

Geo PETIT- L’Iguane – Juillet 1992

Geo Petit : Culturiste, champion de natation- Année 1980

Geo Petit : Culturiste amateur, champion saintois de natation.

PS : Je remercie la famille de Geo Petit et particulièrement sa fille Marlène pour m’avoir gracieusement transmis les photos de Geo. 

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