À l’origine du football saintois 

Le docteur Yves ESPIAND
co-fondateur de l’Avenir Saintois

EspiandLe docteur Yves ESPIAND n’est pas un inconnu aux Saintes. Aujourd’hui à la retraite dans le Midi de la France, il séjourna dans notre archipel comme omnipraticien de 1963 à 1966, en remplacement du docteur Hourtiguet. Si, comme tous les médecins de passage, il était logé à la Maison Bateau, il avait installé son cabinet médical au dispensaire communal, en même temps qu’une pro-pharmacie qu’il a été le premier à ouvrir et à tenir à Terre-de-Haut. Cette officine, dotée des médicaments de première urgence, évitait aux patients le déplacement en Guadeloupe avec leur ordonnance, ce qui n’était pas un mince avantage pour nos compatriotes. Mais le docteur Espiand était aussi un grand sportif et amateur de football. Il avait en effet de qui tenir puisque son père, professeur de mathématiques au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre fut le fondateur de la Solidarité Scolaire, équipe de football qui a eu son heure de gloire dans le championnat guadeloupéen. C’est donc tout naturellement que notre docteur s’intéressa aux jeunes de la commune et participa à la création de L’Avenir Saintois dont il fut l’un des membres les plus actifs, comme joueur, entraîneur et conseiller technique.

Co-fondateur et collaborateur du journal L’ÉTRAVE

l'étrave rognée

De plus, cerise sur le gâteau, doué autant pour les accouchements que pour l’écriture, le docteur Espiand participa aussi à la création du journal L’ÉTRAVE, premier magazine saintois d’informations et de réflexions. C’est dans le N° 1 de ce magazine, daté de février 1965, que j’ai retrouvé l’article que je vous propose aujourd’hui. Sous la plume alerte et imagée du docteur Espiand, c’est toute l’origine du football saintois qui est racontée. Avec l’espoir exprimé à l’époque de voir ce football évoluer et trouver sa place parmi les plus grandes équipes régionales. Médecin, humaniste, sportif, écrivain et poète, Yves Espiand est aussi à sa manière un visionnaire, puisque sous le titre : Le football saintois : un enfant qui promet, il avait prédit un avenir radieux pour ce petit club insulaire, fort aujourd’hui de 150 adhérents. Lequel a en effet, 30 ans plus tard, accumulé les réussites avec la coupe régionale en 1999, le championnat PHR en 2009 et le championnat de la Guadeloupe en 2012. Voici ci-dessous, en italique, l’article du docteur Espiand :

Le football saintois : un enfant qui promet
(Par Yves Espiand – L’ÉTRAVE, février 1965)

Le football, sport populaire et mondial, contamine depuis longtemps notre archipel saintois et son virus tenace et exaltant a pénétré l’organisme de toute la jeunesse des deux îles, créant un engouement à la fois sympathique et désordonné. Si nous remontons le fil de ces dix ou vingt dernières années, nous trouvons des tentatives d’organisation de ce sport d’équipe, en particulier la création d’une société « L’Essor saintois » qui malheureusement fut victime d’une maladie infantile précoce : le manque d’espace. C’est là le vrai problème, cause du retard saintois sur la toute proche Guadeloupe. Le manque de terrain convenable avait fait du football un sport saisonnier, un sport de carême puisque les parties se déroulaient sur le fond sablonneux du Marigot, complètement asséché en cette période de l’année. Trois mois, c’était peu et même si l’énergie déployée par les participants était multipliée par cent, elle restait trop longtemps en veilleuse pendant les mois « à pluie » pour être assimilable.

Au centre, la Saline du Marigot en période de pluie - Année 65

Au centre, la Saline du Marigot en période de pluie – Année 65 – Futur stade du foot saintois.

Le ballon était alors mort pour quelques mois seulement, car tel Lazare, il ressuscitait pendant les vacances avec l’apport neuf des étudiants saintois du continent. On jouait alors sur la mince bande de terrain couverte de gazon, plat, quoique criblée de trous à tourloulous, située entre le chemin de Pompière et l’étang.

Ainsi vivotait le football saintois, sans le moindre soupçon d’organisation, lorsque sur l’initiative d’une bande de jeunes, un terrain boisé fut amicalement prêté par la famille FOY. La persévérance et l’ardeur avec lesquelles ils défrichèrent et aménagèrent le sol sont tout à leur honneur et témoignent d’un amour passionné pour le ballon. Ayant ainsi trouvé un berceau, une base solide quoique restreinte, la jeunesse saintoise commence à s’organiser.

L'Avenir Saintois -1965 : debout de gauche à droite : Marcel Déher - Gilbert Samson - Ga - Éric Joyeux - Maxime Procida - Euphrase Hoff Accroupis de g à droite : Michel Bocage - J.Pierre Péter - Yves Espiand - Raymond Joyeux - Euphrase Bocage

L’Avenir Saintois -1965 : debout de gauche à droite : Marcel Déher – Gilbert Samson – G. Gamas – Éric Joyeux – Maxime Procida – Euphrase Hoff – Accroupis de gauche à droite :
 Michel Bocage – J.Pierre Péter – Yves Espiand – Raymond Joyeux – Euphrase Bocage

Des matches contre l’île sœur de Terre-de-Bas objectivèrent toute la différence qui existe entre un nourrisson et un adolescent. Le tournoi du 15 août devait cependant apporter une satisfaction toute légitime aux Saintois de Terre-de-Haut qui, aidés de deux ou cinq vacanciers, tinrent en échec une équipe de Saint-Claude. Le football avait alors démarré et les frénétiques encouragements du nombreux public qui assista aux matches démonstration de la Juventus et de la Solidarité scolaire saluèrent les nets progrès réalisés par l’équipe saintoise. L’organisation d’un bal de nuit permet de subvenir largement aux dépenses inhérentes au déplacement des deux clubs de la Grande-Terre et le 28 décembre 1964, vers 19 heures, la naissance de l’Avenir Saintois était enregistrée à la mairie de Terre-de-Haut. Que Dieu lui prête longue vie, bonheur et discipline.

Composition du Bureau : Année 1965 :

Président : AZINCOURT Claude
1er Vice Président : CASSIN Daniel
2ème Vice Président : PETIT Geo
Secrétaire : VINCENT Georges
Secrétaire adjoint : JOYEUX Raymond
Trésorier : HOFF Eugène
Trésorier adjoint : MOLINIÉ GEORGES
Conseiller technique : ESPIAND Yves
1er Assesseur : VINCENT Maurice
2ème Assesseur : PÉTER Jean-Pierre.

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Et aujourd’hui ?

De tous temps, la passion du sport a animé la jeunesse saintoise, que ce soit en natation qu’en athlétisme (Berthaud Samson pour la course à pied), en voile traditionnelle ou en football. Mais pour amorcer cette passion, l’allumer, la porter, la maintenir, en dépit des aléas de l’insularité et de l’exiguïté du territoire, il faut des pionniers. Il faut à la base des individus volontaires, persévérants et désintéressés. Une équipe fondatrice, soudée et déterminée. Quitte à ce que d’autres, par la suite, prennent la relève. Parmi les pionniers de notre football saintois, avec feu Claude Azincourt, le docteur Yves Espiand est de ceux-là. De sa lointaine résidence provençale, nous lui adressons notre reconnaissance et notre salut amical. L’enfant qu’il a fait naître, avec d’autres en 1964-65  et pour lequel il prédisait un brillant avenir, se porte bien. Il a changé de nom en cours de route, passant de L’AVENIR SAINTOIS à l’AJCS en 1993, et à l’AJSS en 2001, mais son parcours est exemplaire puisque, après ses victoires en coupe et en championnat, il est en passe de retrouver la Division d’Honneur et qu’il nous promet des jours meilleurs, pour notre plus grand plaisir. À ses joueurs comme à ses dirigeants, pour faire honneur à leurs aînés et à leur maillot, nous ne pouvons que souhaiter : bon vent pour d’autres prouesses, pour d’autres victoires, pour d’autres émotions…

Équipe AJSS 2014-215 - Ph. site de l'AJSS

Équipe AJSS 2014-215  avec Samuel Péter – Ph. Site de l’AJSS

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Art et poésie du charbon de bois

Rodolphe FOY, maître charbonnier

IMG_4500Rodolphe FOY est né à Terre-de-Haut en 1952. Titulaire d’un CAP de maçonnerie et de carrelage, obtenu lors d’un séjour en Métropole, il regagne les Saintes en 1994 pour y exercer son métier et bâtir sa maison sur les hauteurs dominant la plage mythique de Grande-Anse. Une vue imprenable sur le large et les rouleaux de l’Atlantique. Vue grandiose balayée par les alizés et qu’il faut mériter car le morne est bien haut qui mène à sa demeure. Très jeune, alors qu’il est écolier, son beau-père Julien, lui enseigne les rudiments de la fabrication du charbon de bois. (Petit clin d’œil en passant : vous aurez sans doute observé l’occurrence des deux prénoms, héros célèbres de la littérature française : Rodolphe l’amant de Mme Bovary ; Julien, l’amoureux de Mme de Rénal. Flaubert et Stendhal pour une fois réunis aux Saintes!) Bref, Rodolphe perfectionne au cours des ans les rudiments enseignés par Julien et devient à l’instar de son mentor un maître charbonnier incontesté…

IMG_4406 - copie 2Il est actuellement, l’un des seuls à pratiquer cet art à Terre de-Haut, mais pas aux Saintes car beaucoup de ses compatriotes de Terre-de-Bas possèdent des fours à charbon artisanaux et alimentent régulièrement restaurateurs et particuliers de l’archipel. Certes, les Saintois ne cuisent plus depuis belle lurette leurs aliments au réchaud à charbon ou sur trois pierres comme autrefois. Mais, sans que les collines saintoises soient dévastées comme en Haïti, les amateurs de barbecues traditionnels sont demandeurs, laissant l’emploi du gril électrique aux citadins quelque peu snobs, indifférents à la saveur de leurs grillades et peu enclins à se noircir les mains…

Le bois

IMG_4407 - copieQui dit charbon de bois, dit bois, évidemment, vous l’aurez deviné. À raison de deux fournées seulement par an, Rodolphe doit néanmoins s’approvisionner régulièrement en matière première. Mais rassurez-vous. Fini le temps où il fallait courir les mornes armé de sa machette. En réalité ce n’est pas Rodolphe qui va au bois, c’est le bois, pourrait-on dire, qui vient à lui. Un ami, un particulier, s’apprête à élaguer ou à abattre un arbre, quel qu’il soit, notre charbonnier en est le premier informé. Il n’aura que les frais de transport jusqu’au pied de son domaine, à charge pour lui de le tronçonner (le bois, pas le domaine !) encore vert aux dimensions adéquates et de le laisser sécher le temps nécessaire, (autour de 6 mois), avant de le conditionner dans le four suivant une technique éprouvée, acquise au fil de l’expérience. Il convient en effet d’alterner gros et petits tronçons, en tenant compte de la noblesse de leur essence. Mahogany, raisinier de mer, quénettier, savonnette, tous, bois noble naturellement, n’auront pas le même traitement que le mancenillier, par exemple, bois traitre par excellence qui pourrait vous anéantir toute une fournée s’il est mal positionné dans l’agencement. De la qualité du bois et de sa place dépend la qualité de la combustion et du charbon. En plus d’être un art, c’est une évidence.

Le four et la préparation à la combustion

mimi 1Les producteurs de charbon de bois d’autrefois se contentaient de creuser le sol et d’y agencer leur bois, ménageant sur le sommet du four une cheminée centrale, ce qui ne les empêchait pas de faire du très bon charbon. Rodolphe a perfectionné le système en bétonnant le fond de sa fosse (6 mètres sur 1 mètre 25 et 0 m 80 de hauteur), la délimitant latéralement par un assemblage de quatre rangs de parpaings. L’ensemble est protégé par un petit toit de tôles soutenu par des madriers servant supports. La cheminée se trouve au sol, à l’opposée de l’entrée du four.

Mimi éMais si le système de base est différent du modèle traditionnel, la technique de préparation n’a pas évolué. Lorsque le bois est bien agencé dans le four, selon la grosseur et l’essence des tronçons, les premières traverses reposant sur deux barres de fer disposées horizontalement à 20 centimètres du sol, le tout est recouvert d’une épaisse couche d’herbe verte, elle-même recouverte de terre puis de carton et de tôles. Autant de précautions pour prévenir toute entrée d’air extérieur au cours de la combustion et permettre ainsi une pyrolyse parfaite, condition indispensable à la carbonisation du bois.

Mise à feu et temps de cuisson

R 1Avant de fermer hermétiquement la gueule du four, le charbonnier procède à la mise à feu. Surtout pas de pétrole ou de papier. Quelques copeaux ou brindilles bien sèches de bois du Nord suffisent. S’étant assuré que le feu a pris, Rodolphe peut maintenant fermer le four par une triple protection : plaque de tôle, herbe et planches alternées, solidement maintenues par des étais métalliques enfoncés dans le sol. La lente et mystérieuse combustion peut alors commencer et se poursuivre entre 4 et 5 jours, nécessitant une surveillance de jour comme de nuit. Et c’est là que réside la poésie de la fabrication du charbon. Car si la combustion se fait toute seule, dans le silence et le secret de la fosse, la fournée, elle, a besoin de compagnie. Pour ne pas s’embraser toute et réduire à néant les efforts du charbonnier, elle exige de lui une présence quasi permanente. L’obligeant à se lever plusieurs fois la nuit, elle lui permet ainsi non seulement d’imaginer et d’observer en surface la progression souterraine du feu qui couve, mais de contempler au passage le ciel étoilé, de suivre le défilé des nuages sur la lune, d’apprécier la musique nocturne du vent dans les palmes, mêlée à la voix sourde et continue des rouleaux océaniques. En parlant de lune, foi de charbonnier, il faut savoir qu’il n’est pas recommandé d’allumer son four à la pleine lune. En effet, le feu, attisé par l’attraction lunaire, peut embraser toute la fournée, la réduisant en cendre, sans profit aucun, bien évidemment, pour le malheureux charbonnier.

Défournage et tri du charbon

IMG_4493 - copieSi le travail de préparation du four est exigeant et méticuleux, celui du défournage n’est pas moins astreignant. Lorsqu’il se rend compte que la combustion est complète car toute la fournée s’est effondrée sur la totalité de sa longueur comme un soufflé qui s’est affaissé, le charbonnier peut procéder au défournage. Il enlève successivement les différentes couches de protection et s’active de ses outils à sortir le charbon de la fosse. Les morceaux mêlés à la terre sont tamisés, les autres, plus nombreux et de grosse taille sont étalés sur des tôles pour éviter toute reprise du feu au sol. Mais attention, une braise non repérée et qui continue d’être active sous l’effet de l’air, peut faire repartir spontanément la combustion et c’est tout le charbon encore au four ou déjà sorti, laissé sans surveillance, qui s’enflamme et part en cendre. C’est pour éviter ce danger que Rodolphe est attentif à tout filet de fumée suspecte, à la moindre odeur caractéristique de « brûlé ». Muni d’un seau d’eau, il prend soin d’éteindre toutes les braises repérées et les met de côté, car il a déjà perdu par le passé une fournée entière et ne souhaiterait pas connaître pareille mésaventure.

IMG_4485 - copie

L’opération de défournage est donc particulièrement délicate et difficile sous l’action combinée de la chaleur et de la poussière. Mais notre ami Rodolphe n’en a cure. Si ce n’est pas avec son charbon qu’il gagne sa vie, c’est un passionné qui tient à respecter ses engagements auprès des restaurateurs et des particuliers qui ont passé commande. Aussi, malgré les contraintes – souvent nocives – du défournage, prend-il toutes les précautions pour fournir en temps voulu un combustible de qualité que les amateurs ont d’ores et déjà labellisé comme étant le meilleur des Saintes, sans aucune comparaison avec ce qui s’achète dans le commerce.

Refroidissement et mise en sacs

Le charbon sorti du four et protégé de la pluie reste deux jours à refroidir à l’air libre. Si aucun départ de feu n’est survenu avant ou après le défournage, la partie est gagnée pour Rodolphe et il peut procéder à la mise en sacs. Autrefois, le charbon se vendait en « barrique » qui était la mesure officielle aux Saintes pour ce combustible, utilisé dans tous les foyers (c’est le cas de le dire), à l’époque où ni le gaz ni l’électricité n’étaient parvenus jusqu’à nous. Aujourd’hui, à l’instar de ce qui se vend en plus petit volume dans le commerce, c’est en sacs de 100 à 150 litres que sont conditionnées toutes les fournées de charbon de Rodolphe.

IMG_4488 - copie

Mais si vous avez besoin d’une plus petite quantité, Rodolphe, conciliant et ami de tous, peut vous en conditionner à votre demande, modulant son prix au volume souhaité. Et, au vu du travail et de l’investissement personnel requis pour cet art exigeant qu’est la fabrication du charbon de bois, un sac, quelle que soit sa contenance, n’est jamais trop cher. Sauf pour ceux qui sont inconscients des efforts fournis par le charbonnier et des contraintes qu’il doit subir pour satisfaire sa passion et la nôtre, amateurs de viande et de poisson grillés,  en toute convivialité.

Pour finir, une anecdote piquante

C’est Rodolphe lui-même qui me l’a racontée, en toute naïveté et sans aucune acrimonie, mais tout le monde la connaît à Terre-de-Haut. J’ai dit de notre charbonnier de Grande-Anse qu’il était l’ami de tous. Pas si sûr. Voilà déjà plusieurs mois, la commune de Terre-de-Haut disposait d’une plantation embarrassante de quénettiers située dans l’arrière cour de la mairie. Le maire ordonne donc l’abattage d’un ou de plusieurs de ces arbres fruitiers, laissant les employés disposer à leur guise du bois ainsi récupéré. Le chauffeur du camion communal, en toute naïveté lui aussi, ne sachant où entreposer son chargement, sollicite Rodolphe, qu’il sait à la recherche de bois pour son charbon. Rendez-vous est pris et le bois municipal est déversé à Grande-Anse, non loin de la propriété de Rodolphe. Que croyez-vous qu’il arriva ? Furieux de la « trahison » de son employé, le maire ordonne illico la récupération de « son » bois et le lendemain, à cinq heures du matin, le chargement réintègre le camion communal et la cour de la mairie où il continue de pourrir. Moralité, pour parodier un adage célèbre, il y a le bois dont on fait… le charbon, comme sur la photo ci-dessous, celui dont on fait les gens normaux, mais il y a aussi, hélas, le bois dont on fait les… (complétez à votre guise ).

IMG_4514 - copie

Crédit photos : Mimi Gain et Raymond Joyeux

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Petite fantaisie politico-poétique

Le contexte

Journal L'IGUANE - N° 2 Janvier 1990

Journal L’IGUANE – N° 2 Janvier 1990

Septembre 1989, l’Association saintoise L’Œil de l’Iguane est déclarée à la préfecture de la Guadeloupe.
Décembre 1989, le  premier N° du mensuel L’IGUANE, journal de l’Association, voit le jour.
1er Janvier 1990, le maire de Terre-de-Haut, mécontent de cette publication qu’il estime être le porte-parole de l’opposition, la dénigre publiquement dans son discours officiel de présentation des vœux.
Paradoxalement, alors qu’un arrêté municipal, décrétant l’espèce menacée, vient juste d’interdire la chasse aux iguanes et d’instaurer leur protection, l’orateur, se comparant à la frégate, prévoit la disparition rapide du journal et fait cette fracassante déclaration  : 

« Leur journal L’IGUANE, comme l’animal du même nom, nuisible et dévastateur, ne passera pas le carême. Moi je suis la frégate que rien ne peut atteindre… etc. »

*********

Pour la petite histoire, la publication de L’IGUANE se poursuivra jusqu’en 1994 avec 28 N° parus sur 2 doubles pages 21 x 30, rendant compte de la vie politique, sociale, sportive et culturelle de la commune de Terre-de-Haut. (Un projet de publication en un seul volume de l’ensemble des numéros est en cours).

La fable qui suit, écrite après le discours du maire, le premier janvier 1990, sur la navette reliant Terre-de-Haut à Trois-Rivières, a été publiée dans le N°2 de janvier 1990 du journal.

L’Iguane et la Frégate

Une frégate un jour avisa un iguane
Qui paisible au soleil se réchauffait le sang.
Du haut de sa superbe et dans la langue idoine
Elle ouvrit grand le bec en ces termes blessants :

IMG_0170 (1)

Pauvre terrien rampant, vil animal sans ailes,
N’es-tu donc point jaloux de mes exploits célestes ?
S’il t’arrive parfois de regarder le ciel
N’envies-tu pas mon vol et ma grâce et mes gestes ?

Ton espèce est nuisible et dévaste les clos
Tu seras par ma foi bien avant le carême
Dans l’herbe rabougrie qu’un squelette et des os.
Ou bien tu finiras déchéance suprême

La panse emplie de paille et la peau formolée
Dans le salon d’un maire en guise de trophée.

IMG_0665 - copieMoi je continuerai voyageur éternel
À planer dans l’azur tel un sphinx incompris,
À mépriser le monde et ses rêves mortels
Car jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

À quelque temps de là comme avait dit l’oiseau
D’une grande sécheresse arriva la saison.
L’iguane déserta les ravines sans eau
Et de vivre de peu se fit une raison.

Mais toujours dans le ciel la frégate orgueilleuse
Traînait sur l’océan sa sinistre envergure
Proférant sans répit des sentences railleuses
Et traitant le requin de vulgaire friture.

Or un matin, la faim, comme à son habitude,
Fit quitter son repaire
Au phénix des airs.
Le fretin était rare,
Il fallait pour le voir
Prendre de l’altitude.

Notre frégate s’envola
Monta tant et si bien qu’elle se saoula
Pour son malheur
D’espace et de hauteur.

monstre - copiePuis tombant de l’azur plus vite que l’éclair
Dans le goitre béant d’un beau monstre marin
Éclaboussé d’écume
S’abîma bec et plumes.

Lorsqu’il apprit
Que c’en était fini
De la frégate altière
Le saurien millénaire
Que des ans la sagesse avait rendu serein
Se contenta prudent de bouger la paupière.

Moralité

Plutôt qu’à croasser sur le destin d’autrui
Mieux vaut fermer le bec quand on manque d’esprit.

R.J. de La Fontaine Municipale

iguane copie2

Texte et photographies © Raymond Joyeux

PS : Cette fable a été publiée en 2010 dans un recueil de poèmes intitulé
Au hasard de la nuit, édité aux Ateliers de la Lucarne.

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Terre-de-Haut, grandeur et décadence : point de vue tiré d’une revue de 1949

Un article d’août 1949
sur le tourisme à Terre-de-Haut

Pour les amateurs d’histoire de la Guadeloupe en général et des Saintes en particulier, je propose ces réflexions d’un auteur anonyme qui a signé simplement de ses initiales : L.P. Réflexions publiées dans La Revue Guadeloupéenne datée du mois d’août 1949, opuscule aujourd’hui disparu, mais dont on doit trouver certainement la trace aux Archives départementales. Sous le titre LES SAINTES DANS LE TOURISME EN GUADELOUPE, l’auteur regrette « les temps heureux » où, selon lui, Terre-de-Haut prospérait grâce à la présence sur son sol d’une garnison militaire, et déplore ce qu’elle est devenue en 1949, à la suite de la démilitarisation de l’île par les autorités coloniales. Voici en quels termes la rédaction de La Revue Guadeloupéenne présentait ces réflexions :  » L’article ci-dessous résume assez bien ce que pouvait penser sur la question des Saintes le commun des mortels et en particulier un promoteur du tourisme local avant l’acquisition par nos Pouvoirs publics d’un bateau confortable et rapide précisément destiné à assurer la correspondance entre les îles… »

Le charme saintois d’antan

 » Nous ne nous attarderons pas à vanter ici le charme des Saintes. Tout a été dit à ce sujet et d’autres que nous, et mieux que nous, sauront décrire la pureté de l’air qu’on y respire, la splendeur de sa lumière, les formes de ses roches vives qui se profilent toujours sur le même azur imbibé de clarté dorée, ses plages, ses calanques, ses falaises que caresse perpétuellement l’haleine égale de la mer… et cependant ces merveilles si proches de la Guadeloupe en sont pratiquement très éloignées. Si dans notre jeunesse, l’attrait de l’inconnu, de l’aventure, nous incitait à traverser le « canal » sur le plus frêle des canots, battu le plus souvent par des lames agressives, à partager la case du pêcheur, à parcourir les sentiers piquants, à escalader les roches coupantes, pour jouir de sites « merveilleusement romantiques », aujourd’hui que le temps a fait, hélas, son chemin, nous n’entendons plus nous déplacer que dans certaines conditions, c’est-à-dire franchir le « canal » sur un bateau bien établi, embarquer et débarquer sans acrobatie, pouvoir, si nécessaire, faire appel à un médecin résidant et faire confectionner son ordonnance sur les lieux mêmes, avoir l’assurance de trouver, le cas échéant, gîte et nourriture dans un hôtel et enfin la perspective de quitter notre villégiature le jour que nous nous serons fixé, sans être à la merci d’un bateau aux horaires fantaisistes.

La pureté de l'air, la splendeur de la lumière

La pureté de son air, la splendeur de sa lumière

Une époque glorieuse à tout jamais disparue

Combien sont attirés par ces îles d’or et s’y rendraient fréquemment s’ils ne se trouvaient pas en présence d’invraisemblables difficultés qu’il serait si facile de leur éviter. Aucune localité de la Guadeloupe n’a connu comme Terre-de-Haut autant de haut et de bas et, sans remonter aux temps lointains où ce « Gibraltar » de la Mer des Antilles y imposait l’auréole de sa puissance, les vieux se souviennent encore et nous racontent l’époque glorieuse, où, dans leur île, résidaient un chef d’Escadron d’artillerie, un commissaire de la Marine, deux médecins, un pharmacien, de nombreux officiers, l’époque pendant laquelle les forts étaient occupés par la troupe et l’hôpital par des convalescents venus d’un peu partout. Ils nous parlent du mouvement que portait dans le pays le lazaret, de l’animation bruyante de la rade, des allées et venues perpétuelles des avisos entre Basse-Terre et Terre-de-Haut ; ils nous citent enfin bien d’autres splendeurs à tout jamais disparues. C’était en effet l’époque heureuse où la population gravitait autour de la garnison militaire et maritime qui engendre toujours une grande activité partout où elle est installée.

Une chute brutale de 30 ans

Après leur démilitarisation par suite d’une nouvelle orientation de la politique coloniale de la France, ce fut pour ces îles la chute brusque. Pendant plus de trente ans, Terre-de-Haut se consuma sur elle-même. De très rares excursionnistes allaient dans cette commune malheureuse où cependant ils trouvaient, en même temps qu’un accueil empressé, tous les produits de la mer, sans compter : volailles, œufs, lait en abondance et à des prix dérisoires. C’était pour les fervents des Saintes le temps exquis de douces vacances. Alors les maringouins ne troublaient pas votre sommeil et l’on pouvait impunément se baigner dans la rade sans fâcheuses rencontres. 

Se baigner en toute sécurité

Se baigner en toute sécurité

De 1932 à 1939 : nouveau départ

Somme toute, c’est vers 1932 que beaucoup de nos compatriotes découvrirent Terre-de-Haut. Jusqu’aux premiers jours de la guerre, ce fut la ruée, facilitée sans doute par l’accroissement des moyens de transport, consécutifs au développent du trafic bananier et aussi à ce besoin de déplacement qui s’est manifesté dans toutes les classes sociales. On acheta des terrains à tour de bras. Puis de nouveau, le calme. Jusqu’en 1939, indépendamment du boat postal, le trafic était assuré une fois par semaine par un vapeur de la Transat. C’était peu mais c’était encore le rêve à côté du néant actuel, car si on subventionne un service postal, par contre, aucun service public n’a été prévu pour le transport des passagers, avec les garanties de sécurité et le minimum de confort que nous trouvions au moins sur les vapeurs de la Cie Gle Transatlantique. Ainsi le bateau postal étant appointé uniquement comme boîte postale, comment lui imposerait-on des obligations à l’égard des voyageurs, autres que celles exigées par l’Inscription Maritime ou la Douane.

Le boum de la banane

À nouveau, aujourd’hui, les moteurs pétaradent dans le « canal ». Est-ce le « boum » de la banane qui permet les dépenses de gazoline ? Est-ce la pénurie de poissons qui incite le citadin à aller chercher dans le vivier des Saintes cette rarissime nourriture ? Quoi qu’il en soit, Terre-de-Haut, ces dernières vacances, était comble. Et pour cela même, certaines mesures d’hygiène ne devraient-elles pas s’imposer ? Si la population sédentaire et flottante va en augmentant, la plage du bourg, elle, n’est pas élastique, elle ne s’agrandit pas. Ou alors, si l’on se trouve dans la nécessité de considérer cette petite rade comme le réceptacle indispensable des ordures communales et de ce fait proscrite aux baigneurs, ne pourrait-on pas aménager pour ceux-ci quelques criques à proximité qui seraient maintenues en parfait état de propreté avec tant soit peu de vigilance ?

Emballage de bananes en Guadeloupe

Emballage de bananes en Guadeloupe dans les années 30

Les nuisances du petit élevage

Plus haut nous parlions des temps heureux où Terre-de-Haut ne connaissait que de très rares et débonnaires maringouins. Au travers des ans, comme d’ailleurs dans tout le département, même aux plus hautes altitudes, au Matouba par exemple, cette gent ailée s’est transformée sous l’appellation d’anophèles, en vols progressifs. La cause ? Pour certains, c’est à Terre-de-Haut, la diminution des mancenilliers, arbres-poisons, pour d’autres la multiplication des trous creusés par les petits éleveurs, comme réservoirs à eau pour leurs bêtes. Jadis, il y avait dans l’île 2 ou 3 grands éleveurs, plus ou moins fournisseurs de la Troupe et de la Marine et qui disposaient de vastes mares, loin dans les terres. Aujourd’hui, chacun aspire à avoir une vache … et sa mare. Mais puisque le nombre de bovidés va en augmentant – encore que cet élevage semble de prime abord paradoxal dans un pays où l’herbe et l’eau font parfois complètement défaut – ne conviendrait-il pas aussi dans cet hymne à la production, porté à faux, souvent, d’introduire un couplet plus réaliste à l’adresse de nos compatriotes des Saintes : l’industrie de la pêche, par exemple ? C’est dans cette voie, plutôt que dans celle de l’élevage que devrait peut-être se canaliser l’effort des Saintois, dans cette profession de pêcheurs, où, de père en fils, ils ont toujours fait preuve d’une maîtrise incomparable. Les jeunes s’en éloignent, mais nul doute qu’ils y reviendraient par goût, par instinct atavique, si on leur donnait sans restriction les possibilités d’entreprendre l’exploitation de leurs eaux, avec des moyens plus étendus, plus perfectionnés, en un mot plus efficients que ceux dont disposaient leurs aînés à l’époque où le temps ne comptait pas.

Élevage de bovins à Terre-de-Haut à l'époque de l'article

Élevage de bovins à Terre-de-Haut à l’époque de l’article

Un développement raisonné à l’échelle de la commune

Que demande-t-on pour Terre-de-Haut ? Non pas son aménagement en prévision de clients genre Agence Cook, dames à grosses lunettes, messieurs roses et gras, sanglés d’appareils photographiques et de jumelles. Non, on lui souhaiterait un sort plus modeste plus en harmonie avec notre genre de vie, mais quand même encadré dans d’élémentaires disciplines ; de sortir de son isolement par l’usage de moyens de transport fréquents, réguliers, rapides, confortables, offrant toute sécurité. Immédiatement alors fonctionnera cet hôtel tant réclamé mais irréalisable sans les transports qui doivent lui assurer : clientèle régulière et ravitaillement.

Perspectives d’avenir

Avec la fréquence et le bon conditionnement des communications, les citadins afflueront à Terre-de-Haut, tout comme à Petit-Bourg, Gourbeyre, Saint-Claude, les officiels s’y rendront et constateront de visu qu’il n’y a pas grand chose à entreprendre dans cette merveilleuse île pour en faire tout simplement ce qu’elle était jadis, une délicieuse station de convalescence. En appeler au passé pour justifier le progrès paraît assez anormal, mais en Guadeloupe, ne faut-il pas en bien des cas user de ce mode rétrospectif ? Bref, espérons que par ces temps de projets à outrance, l’aménagement des Saintes ne sera pas oublié. Cependant comme nous le dicte l’expérience, ne craignons pas de dire qu’il serait absolument illusoire d’entreprendre quoi que ce soit aux Saintes tant que leur accès sera subordonné aux caprices et imperfections des moyens de transport dont nous disposons présentement. » L.P.

Arrivée bateau

Le vapeur des Pouvoirs publics arrive à Terre-de-Haut

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Un discours électoral en 1977

Petit rappel historique

Le 11 mars 1971, Terre-de-Haut change de municipalité. Le maire sortant s’appelle Eugène SAMSON. Il est battu, par moins de 100 voix, par le Docteur René GERMAIN, ORL, Conseiller Général des Saintes, originaire de Terre-de-Bas. Le premier adjoint du nouveau maire n’est autre que Robert JOYEUX qui exercera lui-même les fonctions de maire au départ du titulaire à partir de 1975 jusqu’à 1977. Aux élections de cette année-là, mars 1977, Robert Joyeux se présente aux municipales et a pour adversaire Denis CASSIN, petit-fils de Georges CASSIN, maire, par deux fois, de la commune de 1902 à 1908, puis de 1929 à 1935. Le texte qui suit est la retranscription d’un discours prononcé par Denis CASSIN durant la campagne électorale 77. Ce discours, perturbé par des agitateurs du parti adverse, a été publié en tract par son auteur, à la demande de ses partisans, frustrés de n’avoir pas pu entendre l’intégralité de la parole de leur tête de liste. Pour mémoire rappelons que Denis CASSIN qui s’était déjà présenté, sans succès contre Eugène SAMSON en 1965 a été battu par Robert JOYEUX en 1977. Depuis, il s’est retiré de la vie politique. 

Saintoises, Saintois, mes chers amis,

imagesDe très nombreux électeurs n’ayant pu écouter ma conférence du samedi 26 février, comme ils auraient aimé le faire, à cause de quelques énergumènes qui n’ont pas leur place dans une société démocratique, m’ont demandé de bien vouloir procéder à un tirage des principales idées développées. D’où l’impression de ce tract.
Je ne vous ferai pas l’injure de me présenter car, ici, tout le monde me connaît. Beaucoup d’entre vous m’ont vu naître et grandir, d’autres, ceux de ma génération, ont été sur les bancs de l’école communale avec moi et, quant aux plus jeunes, ils m’ont vu à la tête de L’Avenir Saintois (1)  pendant sept ans.

Une équipe sortante démantelée, au bilan négatif

Un conseil municipal est élu en vue de conduire un programme d’action. Tous les conseillers municipaux sont solidaires de cette action et doivent s’entraider pour parvenir à un résultat positif. Aussi lorsque vous constatez ce qui reste de l’équipe, mise en place il y a six ans, vous vous posez les questions suivantes : – Est-ce que cette équipe a rempli son contrat ? Qu’est-ce que ces hommes ont fait pour contribuer au bonheur des Saintois ? À ces questions ils répondent : nous avons fait des routes. Oui, ils ont construit des routes, et après ?… Lorsqu’on saura que l’argent destiné à la construction des routes est débloqué très facilement par le service de l’Équipement, car Terre-de-Haut est comprise dans le programme gouvernemental de développement du tourisme, on verra que ces hommes n’ont pas beaucoup de mérite. D’ailleurs combien d’ouvriers maçons saintois ont bénéficié de ces travaux ? Je crois qu’on peut facilement les compter.

Une jeunesse abandonnée, sans perspective d’avenir

Qu’est-ce que l’ancienne municipalité a fait pour cette jeunesse, qui est et demeure la force vive de notre pays ? A-t-elle construit cette école maternelle dont on parle depuis si longtemps ? A-t-elle construit cette maison des jeunes inscrite à son programme d’il y a six ans ? Bien au contraire. Un embryon de foyer de jeunes a été mis en place par quelques personnes de bonne volonté. Je veux parler du HUNIER.(2) On se rappelle dans quelles conditions ce foyer a été fermé par l’actuel adjoint au maire. Aussi je voudrais lui poser la question suivante : Veut-il en définitive l’épanouissement ou l’abrutissement de nos enfants ?…

L’environnement négligé,
le problème de l’eau non résolu

En ce qui concerne la protection de la nature, bien sûr ils ont planté de nombreux arbres, et c’est là la seule action positive de cette municipalité. Mais à côté de cela, ils en ont également arraché des milliers à cause du boulevard qu’ils ont tracé au flanc du Chameau. Ils ont laissé pour la vie cette large saignée blanche à la place d’un petit sous-bois ombragé où il était agréable de marcher. L’ancienne municipalité a-t-elle résolu le crucial problème de l’eau ?… Je ne le pense pas car nous nous retrouvons pratiquement au même point qu’il y a dix ans. Après avoir installé une usine de dessalement d’eau de mer (3) à grands frais, la population ne peut utiliser cette eau car elle lui revient à plus de 50 F le mètre cube. En plus de cela, le déficit de la commune, croît chaque jour sans cesse à cause des nombreuses dépenses occasionnées par l’entretien de cette usine. Aussi, peut-on nous dire pourquoi les conduites de nos citernes communales ont-elle été enlevées ?…

Les trois piliers d’une politique inefficace :
mensonge, chantage intimidation

Carte-electorale-francaise-rectoEn ce qui concerne le scandale des Allocations familiales, je pense que si le maire avait bien voulu se donner la peine de s’occuper sérieusement de ce problème, il aurait pu mettre tout en œuvre pour faire payer régulièrement les prestations familiales aux Saintois. Nos adversaires basent toute leur politique sur le mensonge, le chantage, l’intimidation et je voudrais rétablir quelques vérités. Tout d’abord, sachant que les Saintois n’aiment pas le communisme, ils ont tout de suite pensé à me coller cette étiquette sur le dos pour essayer de me discréditer à vos yeux. Je leur répondrai ceci : Lorsqu’on est catholique, on doit être fier de dire : Je suis catholique. Lorsqu’on est RPR, Républicain Indépendant, Socialiste ou Communiste, il n’y a aucune honte à proclamer la nature de son parti politique. Mais en ce qui me concerne, je vous dirai que je n’ai jamais été inscrit à aucun parti politique, de quel bord qu’il soit. Je me présente à Terre-de-Haut sans aucune étiquette, libre de mes actions, sans aucune entrave et n’ayant pour principal objectif que le bonheur de mes compatriotes.

L’exemple de Georges AZINCOURT
ou de l’avantage d’habiter à BASSE-TERRE

Par ailleurs, le principal reproche que me fait mon adversaire, c’est de ne pas habiter Terre-de-Haut. Les Saintois ont besoin d’un Maire, c’est-à-dire d’un administrateur capable de gérer les affaires de la commune et non d’un garde-champêtre s’occupant des ragots et des potins quotidiens du village. Il est vrai qu’il possède des qualités naturelles pour remplir cette fonction. Je travaille à Basse-Terre, c’est-à-dire dans la capitale administrative de la Guadeloupe et je pourrai rencontrer beaucoup plus facilement que lui qui habite Terre-de-Haut, le Préfet et les autres directeurs d’administration. Les différents projets sont décidés puis discutés au sein du Conseil Municipal à Terre-de-Haut, mais par contre acceptés par la préfecture à Basse-Terre. Puis il y a eu autrefois un maire que les plus anciens ont bien connu, je veux parler du regretté Georges AZINCOURT (4). La commune n’a jamais été aussi bien administrée que de son vivant, et pourtant il habitait à Basse-Terre.

Chantage à l’aide sociale et achat du vote

mairieMon adversaire profite de sa position à la mairie pour exercer une sorte de chantage sur les électeurs les plus déshérités. Je veux parler de ceux qui ont besoin de l’aide sociale. Il veut obliger ces personnes à voter pour lui sous la menace de leur enlever l’aide à l’assistance. Je pense que cet homme devrait avoir honte d’agir ainsi en essayant de monnayer une aide qu’il est obligé de donner. Ainsi, Saintoises, Saintois, agissez en femmes et hommes libres et dignes de ce nom, ne vous laissez pas intimider par les menaces. Durant cette campagne électorale, très certainement on vous proposera comme d’habitude de l’argent pour aller voter. Aussi je vous donnerai un petit conseil : si quelqu’un veut vous donner de l’argent, acceptez-le et rendez-lui la monnaie derrière l’isoloir. Je terminerai en vous demandant de garder votre calme, d’éviter des histoires, des bagarres durant cette campagne. Vous irez donc voter le 13 MARS selon votre cœur pour que vive Terre-de-Haut.

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Pour une meilleure compréhension :

1 – L’Association L’AVENIR SAINTOIS a été créée à Terre-de-Haut dans les années 1964-65. Parmi ses principaux responsables, on peut citer Claude AZINCOURT, Denis CASSIN, Raymond JOYEUX, Geo PETIT… Créée en vue de promouvoir la natation à Terre-de-Haut, (encadrée par Gilbert SAMSON), elle a eu aussi son équipe de foot dirigée par le docteur Yves ESPIAND, alors jeune médecin dans la commune et joueur de talent lui-même.

Éric Joyeux : 2ème rang, 4ème en partant de la gauche. Raymond Joyeux : 1er rang 4ème en partant de la gauche

L’équipe de foot de L’AVENIR SAINTOIS – 1965 -Le Dr Espiand est accroupi derrière le ballon.

2 – L’Association LE HUNIER a été créée en mars 1973 par des enseignants de l’époque : Robert HÉRIAUD, Patrick PÉRON, Raymond JOYEUX, Dominique PERRIER et Yves RENARD. Son objectif était de permettre aux jeunes Saintois de se rencontrer pour des activités culturelles : bibliothèque, sorties, projections, musique, théâtre… activités encadrées bénévolement par les enseignants cités. Son siège se trouvait à l’ancien presbytère à côté de l’église. Un journal ronéotypé, intitulé LA HUNE, rendait compte de ses activités, tout en abordant des sujets plus généraux. Ce centre a été fermé d’autorité en 1974 par la municipalité pour désaccord avec les responsables.

N° de LA HUNE d'avril 1973

N° de LA HUNE d’avril 1973

3- L’usine de dessalement d’eau de mer : une première Unité de dessalement de l’eau de mer a été implantée en 1972 dans les locaux désaffectés du groupe électrogène alimentant autrefois Terre-de-Haut en électricité. Locaux aujourd’hui rasés pour laisser place à un parking jouxtant le magasin Saintes Brico. L’eau de mer était transportée dans des canalisations souterraines qui pompaient l’eau au large de l’actuel appontement. L’eau dessalée était ensuite envoyée dans les réservoirs construits sur les flancs du Chameau et du Fort Napoléon et alimentait les maisons individuelles qui avaient souscrit un abonnement. Plus tard, en 1985, une plus grande unité a été construite sur le site de Morel. Elle dépendait d’une société privée : l’UCDEM dont le siège était à Saint-Martin. En 1994, cette usine a été désaffectée et laissée à l’abandon quand l’eau potable nous est parvenue de la Guadeloupe. La commune a dû supporter les frais d’une rupture unilatérale de contrat avec l’UCDEM. L’usine dont parle Denis Cassin dans son discours est celle de 1972…

4 – Georges AZINCOURT :  Greffier au Tribunal de Basse-Terre, originaire de Terre-de-Haut, il était l’adjoint de Théodore SAMSON quand ce dernier est décédé brusquement à la Gendarmerie en 1957. Élu maire en 1959, Georges AZINCOURT ne resta que 3 ans  après son élection à la mairie puisqu’il est décédé des suites d’une péritonite en décembre 1962. C’est son premier adjoint, Eugène SAMSON qui le remplaça. Élu en 1965 contre Denis CASSIN,  Eugène SAMSON a été battu en 1971 par le Dr René GERMAIN. Maire populaire et disponible, Georges AZINCOURT a été le premier élu à instaurer dans la commune un ramassage des poubelles par canot. Malheureusement, les déchets récoltés étaient purement et simplement jetés en mer sans aucun souci pour le milieu marin, la notion de protection de l’environnement n’étant pas à la mode à cette époque…

Espérant que cette page d’histoire de Terre-de-Haut vous aura plu, je vous adresse à tous mes amitiés et, en attendant vos commentaires, je vous dis à bientôt pour une prochaine chronique. 
Raymond Joyeux

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Nostalgie, nostalgie !…

Témoignage d’une lectrice de 1990

Église de Terre-de-Haut au début du XXème siècle

Église de Terre-de-Haut au début du 20ème s.

Voilà 25 ans, une lectrice proposait au journal l’IGUANE un petit texte intitulé tout simplement « Souvenirs » qu’elle présentait en ces termes : «J’égrène mes souvenirs d’enfance (bien lointaine). Si vous pouvez les faire figurer dans l’IGUANE, il sera peut-être agréable à certains compatriotes de retrouver l’île d’autrefois. Simple signature : Suzon ou Suzy. »
Voici ce texte. À vous chers lecteurs de l’apprécier à sa juste valeur sans oublier de vous rappeler qu’il date de 25 ans, puisqu’il a été publié en août 1990, et qu’il rapporte des souvenirs encore plus anciens.… Un peu de nostalgie ne peut pas faire de mal et surtout cela permet de faire des comparaisons avec le présent, et de se rendre compte des évolutions intervenues.

« J’ai souvenance d’une île de rêve dont les mornes taillés à l’emporte-pièce par quelque architecte capricieux, recouverts d’une végétation tantôt d’un vert luxuriant, tantôt roussie, selon les saisons, se détachaient sur un ciel net, clair, lumineux. Le Chameau arrondissait son dos bossu et feuillu. Face à la mer et la dominant, la Chapelle des Marins, blanche et fleurie, juchée sur la hauteur, apportait une note de protection aux boats qui entraient et sortaient, allant et venant avec les prises des filets. On y accédait par un sentier tracé par l’usage à travers les arbustes piquants dont les acacias.

Le Chameau 309 mètres

Le Chameau 309 mètres et un quartier du Fond de Curé

La grande rue était caillouteuse et trouée. Le soir, les lampes à pétrole éclairaient les maisons aux intérieurs modestes. La lune apportait ses rayons, les goélettes ancrées dans la magnifique rade, la lanterne accrochée au haut des mâts, se balançaient au rythme des vagues, les boats reposaient sur le sable. Tout était calme, propre, laborieux et quand même joyeux, heureux de la joie de vivre dans le travail et l’honnêteté.

maison joyeux

Maintenant, certes, il y a plus de modernisme : les rues sont cimentées avec, par-ci par-là, de gros trous où la pluie s’amasse. L’électricité est présente dans les demeures et chacun a son frigidaire et sa télé qui parfois braille. Des taxis sillonnent la route sinueuse allant au Fort Napoléon. À la fin de la semaine, les bateaux déversent des touristes aux allures débonnaires, parfois à la limite de la décence. Les bords de mer sont envahis par les filets et les nasses, ils sont jonchés d’herbe et de détritus. La Chapelle des Marins est sale : porte démantibulée, restes de bougies brûlées, ordures entassées dans un coin, de même les alentours du grand Christ. Le charmant cimetière où je venais avec ma grand-mère est envahi par les cabris qui laissent leurs traces sur le sable et piétinent les fleurs. Les morts ne dorment plus en paix, bercés par la mer de Grand-Anse.

Place du débarcadère 1910

Place du débarcadère 1910

 

Sur les mornes de l’Anse-Mire, des sacs d’ordures laissés là sont éventrés par les chiens et les cabris, les poules en profitent pour y fouiller, étalant les déchets. Ls rats se faufilent dans les poulaillers et sous les toitures. Couper les arbres c’est priver les êtres d’oxygène et laisser s’installer le gaz carbonique. C’est aussi diminuer l’attirance des nuages et accentuer la sécheresse. C’est priver d’ombre les endroits où les Saintois vont s’asseoir pour bavarder après la journée de travail et c’est priver la vue des fleurs éclatantes du flamboyant.

goelette (1)

 

Dans une famille, dans une école, dans une commune, il faut une discipline nettement établie et un exemple sans faille. On ne peut être objet de scandale et prétendre conduire les autres sur une route d’honnêteté dans tous les domaines. »

 

Place de la Mairie début XXème siècle

Place de la Mairie début XXème siècle

Merci Suzon ou Suzie pour votre description et vos remarques. Nous espérons que si vous surfez sur le Net, vous retrouverez votre texte d’il y a 25 ans et que cela vous fera plaisir. Comme il réjouira, n’en doutons pas, nos compatriotes d’aujourd’hui épris d’un peu de nostalgie…

R.Joyeux

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Après Érika, les Saintois solidaires des Dominiquais

Des pluies torrentielles

ÉRIKALe 27 août dernier, la tempête tropicale Érika déversait sur l’île touristique de la Dominique une quantité jamais vue de pluie en 24 heures. Résultat : inondations, routes coupées, habitations détruites ou emportées, installations aéroportuaires endommagées. Une Île   dévastée, déplorant la mort d’une quarantaine de ses habitants et plus d’une vingtaine de disparus. Un cadavre non identifié a été retrouvé au début de la semaine dernière par des pêcheurs de Terre-de-Bas et remis aux autorités guadeloupéennes avant son rapatriement probable vers la Dominique dans les jours qui viennent. Démunis de tout, au lendemain de la tempête, les Dominiquais sont en attente de vêtements, d’eau potable et de denrées alimentaires de première nécessité, les cultures vivrières ayant particulièrement souffert. D’ailleurs, Terre-de-Haut et Pointe-à-Pitre qui avaient l’habitude de voir arriver chaque semaine les embarcations dominiquaises pleines à ras bord de fruits et légumes du pays, n’ont reçu depuis la tempête aucun approvisionnement et s’inquiètent du sort des maraîchers avec lesquels Saintois et Pointois avaient sympathisé.

La solidarité s’organise et se concrétise

11934984_677108195723707_4000103573714631862_nLa compagnie maritime locale CTM Déher, ne pouvant rester en marge du mouvement de solidarité avec les Dominiquais, a proposé spontanément ses services pour la collecte et le transport des marchandises vers la capitale Roseau. En partenariat avec Capès-Dolé, société productrice d’eau minérale de la Guadeloupe, la Croix Rouge, la Municipalité de Trois-Rivières, l’Association Roseline, et un particulier qui a fourni du charbon, pas moins de 10 tonnes de marchandises ont été collectées et acheminées gracieusement le dimanche 6 septembre au matin vers la Dominique. Le capitaine du navire Antoinette, Raoul Déher, fut chaleureusement reçu à Roseau avec son équipage par les autorités de l’île. Particuliers, commerçants, associations caritatives, tous les participants à ce geste de solidarité, et bien entendu la CTM Déher ont été remerciés par le Premier Ministre de la Dominique, venu en personne recevoir les dons des Saintois de Terre-de-Haut et des habitants de Trois-Rivières. Par ailleurs, ceux de Terre-de-Bas, de Désirade et de Marie-Galante ont acheminé par leurs propres moyens vivres et vêtements, tandis qu’en Guadeloupe proprement dite, les aides de toute nature se concrétisaient également à l’initiative du CORECA (Contacts et Recherches Caraïbes) en faveur des sinistrés.

Des photos de l’aide humanitaire aimablement communiquées par la CTM DÉHER

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Une absence regrettée : celle de la municipalité de Terre-de-Haut

Comme pour l’après cyclone HUGO en 1989 et contre toute attente, à notre connaissance, la Municipalité de Terre-de-Haut ne s’est pas associée à ce geste de solidarité envers la Dominique. Le Journal L’IGUANE, datée de décembre 1989, déplorait déjà, sous la signature de Brudey Hilaire, l’absence de nos instances dirigeantes de l’époque. Dans un article publié dans le N° 0 de ce journal, H. Brudey relate comment, sous l’égide de l’organisation Désirade Spécial Hugo, de jeunes Saintois avaient œuvré spontanément à la collecte et à l’acheminement de vivres pour nos compatriotes de la Désirade durement touchés par ce terrible ouragan :  » Deux jours plus tard (après le passage de Hugo), écrivait Hilaire Brudey,  un  groupe de jeunes Saintois forme un comité de solidarité. Toute une stratégie est élaborée (contacts, affichages, annonces sur les ondes…) Nous jugeons alors utile d’associer la municipalité à cette opération. Une demande d’autorisation est faite pour l’utilisation des panneaux publics d’affichage. La réponse est sans surprise. C’est un refus catégorique du maire qui précise que « les panneaux publics sont réservés aux opérations d’utilité publique. » Chers lecteurs, décelez le caractère non-public de ce mouvement de solidarité ! »… Mais, heureusement  la population de Terre-de-Haut, les commerçants, et déjà la CTM Déher, avaient répondu présents et étaient aux avant-postes de la solidarité.  Et c’est sur l’un des navires des frères PINEAU, Petit Novice, sous la conduite de Césaire Pineau, que le transport vers la Désirade a eu lieu. À 26 ans de distance, on retrouve les mêmes réflexes des mêmes individus : conscience aiguë de solidarité humaine chez les uns, absence délibérée d’humanité chez les autres. Comprenne qui pourra… Les années passent, les temps changent, les hommes restent les mêmes.

hugo iguane

***
Nous remercions vivement la CTM DÉHER  pour son geste et pour nous avoir autorisés à utiliser ses clichés de l’Opération : SOLIDARITÉ ENVERS LA DOMINIQUE. Comme nous remercions la population de Terre-de-Haut, de Trois-Rivières, des autres communautés insulaires et de la Guadeloupe en général pour ce magnifique élan de solidarité. Un jour, ce sera peut-être notre tour d’avoir besoin de l’aide extérieure. Nous sommes en pleine période cyclonique et
souvenons-nous du séisme de 2004.

R. Joyeux

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Hommage à Félix FOY

Terre-de-Haut a perdu le plus éminent de ses sages

Félix, 2 mois avant son décès - Ph. R.Joyeux

Félix, 2 mois avant son décès – Ph. R.Joyeux

Après trois jours d’hospitalisation à Basse-Terre, sa ville de résidence, c’est dans la nuit du mercredi 19 août 2015 que Félix Foy nous a quittés.  Âgé de 81 ans et souffrant d’une grave affection cardiaque, Félix – Féfé pour les intimes – a vécu plus de 30 ans avec une valve artificielle, ayant subi autour de la cinquantaine plusieurs interventions chirurgicales qui l’ont maintenu en vie jusqu’à ce 19 août. Mais ce n’est pas sa maladie qui l’avait paralysé ni même diminué au cours de ses longues années post opératoires. D’un naturel actif et souriant, mais sans agitation ni tapage, il avait terminé sa carrière dans les Télécom alors que son épouse partie avant lui était employée à la Préfecture du chef lieu.

Jeunesse saintoise, engagement militaire et chroniqueur

Second fils de  Rachel Jules et de Foy André, membre d’une fratrie de 8 enfants, Féfé est né et a vécu son enfance et sa jeunesse à Terre-de-Haut avant de s’engager pour l’Indochine à 20 ans, en 1954, où il fut affecté dans les transmissions. Avant de vivre la guerre sur le terrain, aussi bien en Indochine qu’en Algérie, il a connu très jeune les retombées aux Saintes du conflit de 1939-45 qui opposa la France et ses alliés aux armées du redoutable Hitler. Et c’est à cette époque qu’il commença à s’intéresser à l’histoire de notre commune – sa commune – dont il connaissait dans les détails maintes anecdotes aussi bien événementielles que généalogiques. C’est lui, spontanément qui nous avait proposé ses merveilleux récits qui parurent dans le journal L’IGUANE des années 90-94 et dont nous avons publié quelques-uns ici-même avec le succès que l’on sait. Le diaporama qui suit présente cinq de ses chroniques évoquant les effets de la seconde guerre mondiale aux Saintes et en Guadeloupe. On peut facilement les agrandir pour le lire avec plus de facilité.

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Père de famille et diacre catholique

F.Foy en son habit de diacre - Ph. Eglise en Guadeloupe

Félix en habit de diacre – Ph. Eglise en Guadeloupe

Au début de sa vie professionnelle, muté à Paris, il y fonde son foyer et devient père de 3 enfants : Jean-Paul, Alain et Sandrine, tous nés en métropole. C’est en 1971 que la famille regagne la Guadeloupe et s’y installe. Vingt ans plus tard, en 1990, Féfé est ordonné diacre sous la férule de Mgr Cabo, évêque de Guadeloupe. Croyant sincère mais sans fanatisme, Félix accomplit sa mission d’homme d’Église en qualité de célébrant, avec ferveur, discrétion et humour, trouvant toujours les mots  qu’il fallait selon les circonstances : baptême, mariage, enterrement, sans les longueurs habituelles et parfois agaçantes de ses confrères prêtres. Sollicité par le Bulletin l’Église en Guadeloupe pour une réflexion sur la fidélité, il m’avait fait part de ses doutes à propos de sa capacité à rédiger un tel article. Je l’avais encouragé, lui rappelant les très beaux récits sur les Saintes qu’il avait publiés jadis dans L’Iguane. L’incitant même à se mettre à l’ouvrage et à rédiger ses souvenirs. Car, mémoire vivante de notre communauté, Féfé avait le don d’évoquer les Saintes d’autrefois, sans prétention ni envolée oratoire, mais avec justesse et poésie. La communauté saintoise perd avec sa disparition, un sage véritable, un fin connaisseur de l’histoire de nos îles, un homme de foi, de conviction et d’humanité qui avait su rester simple, tolérant, abordable et familier.

Obsèques solennelles à la cathédrale de Basse-Terre

Mgr Riocreux, officiant aux obsèques de F2lix Foy

Mgr Riocreux, officiant aux obsèques de Félix Foy

C’est le lundi 24 août, en pleine dépression tropicale, qu’eurent lieu en la cathédrale de Basse-Terre les obsèques de Félix, célébrées conjointement par une douzaine de prêtres et diacres du diocèse sous la conduite de Monseigneur Riocreux, évêque de Guadeloupe. Une cinquantaine de ses amis et parents saintois ont pu prendre la navette malgré le mauvais temps pour y assister et écouter les nombreux éloges et témoignages prononcés par les célébrants. Mais c’est le cœur serré qu’ils n’ont pu se rendre au cimetière pour l’inhumation, obligés de regagner Trois-Rivières où les attendait la dernière rotation pour Terre-de-Haut. Tous garderont de Félix l’image d’un être affable et tolérant, d’un sage à l’éternel sourire, un de ces hommes rares qui font honneur à leur communauté, dont l’ouverture d’esprit et la fidélité à leurs engagements sont un modèle pour chacun.

Le dernier écrit de Félix publié dans l’Eglise en Guadeloupe

« La Fidélité »

Fidélité ! Alors que nous vivons la fidélité de Dieu, la fidélité à Dieu, la fidélité de Jésus, la fidélité à Jésus, entendre ce mot nous fait penser immédiatement à conjugalité. C’est pour cela, qu’il me vient à l’idée de vous conter mon histoire. Si vous le voulez bien !
Le jour où je fis part à mon épouse de mon désir de me faire diacre, j’eus l’impression qu’elle s’y attendait. Par ses questions et sa manière de me mettre en garde, je sentis qu’elle faisait sienne mon intention : « Sauras-tu tenir parole ? Seras-tu fidèle à ta promesse, à ta mission ? Seras-tu le serviteur fidèle qu’attend le Seigneur ? Pourras-tu être accueillant et avoir un regard bienveillant ? Ton regard sera-t-il plus large que notre voisinage ? As-tu pensé à la risée de certains ? Tu seras guetté, tes gestes et faits seront analysés. As-tu pensé à ton mauvais caractère ? »
Et là, je souris. Elle me dit : « Garde toujours ton sourire, un sourire n’a pas besoin d’électricité pour éclairer et réchauffer un cœur. Autour de toi, le besoin se fera sentir ; sois présent aux autres.»
Plus tard elle prit part à la formation, elle était présente à toutes les réunions d’informations pour futurs diacres et épouses. Elle était très active dans mon équipe d’accompagnement. Elle a préparé la famille à ce qui allait changer à la maison. Après l’ordination elle a redoublé d’efforts. Présente à toutes mes célébrations : baptêmes, mariages, funérailles, assemblés dominicales en absence de prêtres, toujours prompte à me remettre debout.
Un petit problème surgit : le jour de notre cinquantième anniversaire de mariage, je dois être opéré d’un cancer au côlon, elle sut convaincre le chirurgien de repousser la date de l’intervention, la fête fut préservée. Merveille que fit le Seigneur à notre famille !
Les jours continuent avec les aléas de la vie. Voilà qu’une longue et douloureuse maladie l’emporte. Je suis prêt à tout abandonner, non ! Je m’adresse au Seigneur. Est-ce une prière ? Je ne sais. « Il est des jours, Seigneur, où je suis prêt à te lâcher, à m’échapper de tes mains. Et toi, tu ne dis rien, tu me laisses me dévoiler, me décider, me remettre sur le chemin où tu m’attends avec patience. Seigneur donne-moi de ne jamais t’oublier, mais de rester avec toi, près de toi, contre ton cœur, comme l’être le plus aimé. »
En réponse je reçois un cadeau, comme ces petites lumières vertes qui rappellent l’existence de nos appareils électriques ; il me revient à l’esprit que mon épouse décède le jour de mon anniversaire. En mon cœur : « Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit jour de fête, jour de joie. »
Je retrouve une meilleure assise pour repartir de bon pied. Fidèle, elle est avec nous pour nous garder dans la paix et la joie de la fête. À nouveau, je sens descendre en moi comme une chanson : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, faisons-lui une aide semblable à lui. » Fidèles l’un à l’autre tout au long de notre vie. Aujourd’hui, maintenant, fidèles à la « Vie ». Magnifique est le Seigneur !

Félix FOY, diacre
15.8.15

F. Foy avec des membres de sa famille en 1952 - Arch Joyeux

F. Foy avec des membres de sa famille en 1952 – Archives Joyeux

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Le Gwoka une tradition guadeloupéenne (2)

Comme promis, voici la 2ème et dernière partie du dossier sur le GWOKA présenté au Brevet des Collèges en juin 2015, dans le cadre de l’épreuve d’Histoire des Arts, par la jeune Danitzia LOGIS, 15 ans, élève au Collège privé Saint-Joseph de Cluny de la Jaille, à Baie-Bahault, en Guadeloupe. La première partie ayant fait l’objet de la précédente publication. Texte et illustrations, sauf pour la dernière photo, sont de Danitzia.

L’analyse

gwoka A1. La musique

Le Gwoka est la forme musicale, à base de Ka, essentiellement constituée d’un ensemble précis de rythmes, de chants et de danses.  Il est joué par des tambouyés qui ont une organisation bien précise : les « Boulayè » ou « Boulakchen » sont les joueurs de tambours que l’on nomme « boula » (d’où leur nom) et sont au nombre de deux. Ensuite il y a le « Makchè » ou le « Chèf tambouyé » qui porte également le nom du tambour qu’il joue. Il émet des sons plus aigus et a une manière de jouer différente des « Boulayè » car c’est lui qui suit et marque les pas des danseurs. Il y a également des « Répondè » qui complètent ce que le « Chantè » dit, et qui animent un peu plus la musique.

. Les 7 rythmes du Gwoka

GWO K 30Le Gwoka possède 7 rythmes. Chacun de ces rythmes possède ses pas de base et ses pas spécifiques. Ils sont cités ci-dessous, du plus lent au plus rapide.

  • Le Kaladja

Le Kaladja est un rythme lent qui exprime avant tout une certaine douleur morale ou une idée de tristesse. C’est une danse dans laquelle la notion d’ondulation est très importante.

  • Le Woulé

Le Woulé est un rythme lent et qui se dansait avec un foulard. Il a été créé à partir de l’une des différentes phases de travail du manioc qui consiste à départager les grains fins de la farine de manioc des gros grains. Il serait donc également une danse de travail. Les pas de danse donnent un ensemble de mouvement glissé. Il est l’un des rares rythmes à être joué sur un rythme ternaire c’est-à-dire qui se joue sur trois temps par rapport aux autres qui sont joués sur un rythme binaire c’est-à-dire sur deux temps.

  • Le Padjanbel

Le Padjanbèl est un rythme qui exprime la joie et un certain désir de liberté, d’évasion et de ralliement d’individus vivant dans des sections différentes. Il lui arrive parfois de retracer un événement heureux ou malheureux. Cette danse dynamique a la particularité d’avoir un « piké » à la fin de chaque pas tout comme pour la Mazouka. Il est également un rythme ternaire.

  • Le Léwoz

Dande GK

Le Léwoz est un rythme assez riche et très compliqué. Il peut traduire un désir de lutte, et exprimer tantôt une certaine mélancolie face à une situation décourageante, tantôt une joie saine et mobilisatrice. Toutefois, il reste principalement une danse de combat. On y trouve des pas hésitants jouant énormément sur le déséquilibre permanent. Aujourd’hui, c’est un rythme qui amène les danseurs, chanteurs et musiciens à jouer en contre temps. L’effet de surprise engendré par l’improvisation constante anime énormément.

  • Le Graj

Le Graj est un rythme créé à partir d’une tâche de travail du manioc qui consiste à réduire le manioc en une espèce de pâte destinée à faire de la farine. C’est donc également un rythme de travail qui exprime l’envie de se rendre actif. Il est très semblable au Toumblak. Les pas se font au sol comme si l’on voulait rentrer dans la terre. Le Graj a comme particularité d’avoir une « rèpriz » qui se fait en trois temps. Le sentiment dominant est la communication, le « liyannaj ».

  • Le Menndé

Le menndé est un rythme qui exprime l’idée d’évasion collective. Ceci a fait de lui un rythme de Carnaval. Les mouvements y sont plus syncopés, plus cassés et plus hachurés. Le menndé est le dernier des rythmes à être arrivé dans la tradition. On prétend qu’il s’agit d’un rythme guerrier que les esclaves utilisaient pour aller attaquer les plantations.

  • Le Toumblak

Le Toumblak est un rythme qui exprime en général de la gaieté et de l’amour. Il y a beaucoup de sauts dans les chorégraphies. Il existe une variante de ce rythme qui est un Toumblak plus rapide : le Toumblak Chiré. Durant les « swaréléwoz », les convives sont si excités et emportés par la musique qu’à tout moment, on a l’impression que sous la pression, vêtements, instruments ou même le corps vont céder et être amenés à éclater. Tous les mouvements sont accélérés. Vitesse et dextérité sont les moteurs de ce rythme.

Les différentes facettes de la danse

  • La danse ethnique

G K 2Dans le Gwoka, la danse ethnique, presque de l’ordre du sacré, peut se caractériser par ce qui était appelé autrefois un « Gwotambou » et qui a pour autre nom « Swaréléwoz » : le Léwoz.

Dans ce cas précis, le Léwoz est une soirée animée par le tambour. Dans les « wond a Léwoz », chacun est libre de faire ce qu’il veut mais dans un cadre bien précis. La notion d’improvisation y est essentielle. Lorsque l’on y rentre, il n’y a aucune chorégraphie et le musicien joue en suivant le danseur. C’est véritablement un moment de libre expression corporelle à laquelle se livre tout un chacun. Dans un Léwoz, on joue principalement trois rythmes : le Graj, le Léwoz et le Toumblak qui est joué le plus fréquemment. Cependant certaines fois, il arrive que les 7 rythmes y soient joués car il peut être difficile de n’en danser que quatre jusqu’au petit matin. Tout dépend du « Makchè » ou du « Vokal ».

danseuses de GK

Pour y participer, des règles bien précises et sérieuses sont à maitriser. Ces règles dépendent des rythmes employés car chacun des trois rythmes du Léwoz possèdent leurs règles spécifiques et donc à la reconnaissance d’un des rythmes durant une « wond a Léwoz », le danseur sait quelles sont les règles qu’il doit utiliser et à quel moment.

Il faut commencer en présentant une phrase musicale qui est composée de la « rèpriz », suivi de pas de base, puis de l’improvisation et enfin de nouveau par une « rèpriz ».

La « rèpriz » est donc la majuscule, autrement dit le début et le point, ou en d’autres termes la fin de cette phrase qui devient la majuscule de la phrase suivante. La « rèpriz » est l’arrêt que marque le danseur devant le « Makchè », après avoir exécuté le même pas un certain nombre de fois. Sa règle est différente selon le rythme joué, cependant le système cité ci-dessus est à appliquer pour chaque rythme.

Dans la « wond a Léwoz », lorsqu’un Léwoz est joué, la « rèpriz » est lente et le danseur ne doit marquer qu’une seule « rèpriz ».

Lorsqu’il s’agit d’un Graj , la « rèpriz » se fait en trois temps et pour le Toumblak elle est rapide et sèche.

Lorsque les personnes présentes dans cette ronde disent «  Grammatikal », cela veut dire qu’une personne parmi elles s’est trompée ou ne connaît pas ses règles. Au bout du troisième « Grammatikal » pratiqué par la même personne, soit une autre personne rentre et la fait sortir en lui demandant d’observer ceux qui connaissent ces codes afin qu’elle les retienne, qu’elle les connaisse et qu’elle puisse rentrer à nouveau, soit le « Makchè » ne suit plus le danseur, ce qui lui assure une honte certaine aux yeux des autres danseurs de la ronde.

  • Les groupes folkloriques

danseuses bisUn groupe folklorique est un ensemble de personnes dont le nombre varie entre vingt et cinquante et qui font de la danse Gwoka le plus souvent sans en avoir une connaissance réelle. On y retrouve un début de chorégraphie mais les thèmes abordés ne sont que superficiels. Les « Bèl doudou » portent du madras et ont pour but de charmer le public de façon à ce que ce dernier pense par la suite que la Guadeloupe est un très beau pays où les habitants vivent heureux et sans problèmes. Les groupes folkloriques ne contiennent que des personnes qui savent déjà danser venant faire des prestations dans des hôtels, des restaurants, des galas, à l’occasion de visites de Présidents et de ministres venus pour se détendre,…

Ce genre de groupes considèrent et pratiquent le Gwoka comme étant un reste de tradition du peuple guadeloupéen, ce qui n’est pas le cas.

Le Gwoka ne peut pas être traditionnel avant même d’avoir vécu, avant d’avoir eu l’occasion de s’affirmer pleinement.

  • Les Kou’t tambou

GK DernièreLes Kou’t tambou, que l’on retrouve à la piétonne (surtout à Pointe-à-Pitre) ou encore à la plage, peut-être assimilé aux « wond à Léwoz » mais cette fois-ci dans un contexte plus laxiste. La rigueur est moindre car il s’agit juste d’un passage pour le plaisir dans lequel le danseur veut montrer un aperçu de son savoir-faire au public qui le regarde.

  • La danse artistique

Le côté artistique du Gwoka permet à un chorégraphe d’exprimer son opinion en décidant, à partir de sa position, de dire ce qu’il a à dire par le biais de la danse. Il la déforme comme il veut selon le message qu’il veut faire passer. Il n’y a pas vraiment de règles mais des thèmes bien spécifiques. La chorégraphie, la musicalité, les costumes sont choisis selon le thème du chorégraphe.

  • Les écoles de danse

Dans les écoles de danse, on paye une cotisation et on prend des cours de danse Gwoka dans le but d’apprendre à danser. Les gens qui savent déjà danser y vont dans le but de se perfectionner et de devenir expert en la matière. Généralement, les écoles de danse organisent un spectacle tous les deux ans auxquels les élèves ne sont pas obligés de participer. Chaque école a sa couleur et sa pédagogie.

  • Les compagnies

Une compagnie ou autrement dit une troupe de danse professionnelle. Les personnes qui y sont, sont des intermittents du spectacle et soignent le côté artistique du Ka.

Les particularités du gwoka

dansaeuse de béléLe Gwoka détient des particularités qu’aucune autre danse ne possède en même temps. Tout d’abord le Gwoka est une dance qui s’est beaucoup enseignée par oralité. De nos jours, grâce à Léna Blou, Raymonde Pater Torin et bien d’autres qui ont travaillé cette danse d’un point de vue pédagogique, on sait qu’elle possède énormément de techniques. La danse Gwoka se caractérise par la flexion permanente des genoux et par le relâchement au niveau des extrémités. Rares sont les pas où les jambes sont tendues. Les volumes du corps du danseur sont discontinus, décalés cependant le buste reste toujours droit, à part dans certains mouvements.

Elle est aussi caractérisée par « l’en-dehors » (manière de faire les pas à l’extérieur), par « les parallèles » (manière de positionner les pieds, dans certains pas pour cette danse) et par « l’en-dedans » (manière de faire les pas à l’intérieur). Elle est l’une des danses aussi, où le haut du corps fait totalement de « l’en-dedans » et de « l’en-dehors ».

Enfin, elle est également caractérisée au niveau de la technique par l’utilisation de toutes les surfaces du pied. Le Gwoka est l’une des rares danses où l’on tourne sur les talons, où l’on utilise le dos du pied, où l’on danse sur le coté extérieur du pied mais également sur le côté intérieur. Le pied peut être pointé ou en « flexion ». Ces surfaces sont utilisées dans toutes les positions (« en-dehors »,…). Le Gwoka est donc une danse unique et exceptionnelle.

Les tenues de danse

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la tenue du Gwoka n’est pas forcément la tenue madras traditionnelle que tout le monde connaît. Cette grande robe madras est plus destinée aux danses de salon telles que le quadrille ou la biguine mais est souvent utilisée à l’occasion de prestations de Gwoka.

tenue de danse

Dans une « wond a Léwoz », les femmes portent des jupes ou des robes particulièrement grandes, souples et larges car elles leur permettent d’être à l’aise pour danser et pour effectuer tous les mouvements, même les plus compliqués sans être gênées. Dans une chorégraphie artistique, la tenue est libre et se choisit en fonction de ce que le chorégraphe va vouloir représenter.

Les Écoles de danse

Après Madame Jacqueline Cachemire Thôle, de nombreuses écoles de danse et associations de Gwoka ont vu le jour en Guadeloupe. J’en cite quelques-unes :

  • L’akadémiduka fondé en 1987 et actuellement dirigée par Nadia Pater
  • Kamodjaka fondé en1998 et actuellement dirigée par Raymonde Pater Torin
  • Sakitaw fondé en 1999 et actuellement dirigée par Nelly Cériac
  • École Gran Jan bèl fondée en 2007 et actuellement dirigée par Sylvie Sagaliapidine.
  • Bébé rospart fondé en 2006 et actuellement dirigée par Pierre-Jean Rospart
  • Ka Tout’Jan fondé en 2010 et actuellement dirigée par Christian Saint-Val.
  • Chaque année, il y a le Festival de Gwoka à Sainte-Anne et le Gwoka Jazz Festival.
  • Des concours sont également organisés autour de la danse Gwoka comme Bidim Bo…Wabap… ou encore le Concours de Léwoz du Nord Grande-Terre…

 Conclusion

Le Gwoka se chante, se joue et se danse. C’est une danse magnifique qui a servi de « langage », d’évasion psychologique et de liberté corporelle aux esclaves qui n’avaient que cela comme raison de vivre. Longtemps brimée, cette danse trouve son essor, certes dans des circonstances attristantes mais qui ont été nécessaires pour faire prendre conscience à la population guadeloupéenne qu’elle possède une culture particulière. Aujourd’hui, nous sommes décidés à ne plus renier nos origines et à renouer avec notre passé.  Mais il faut que nous restions vigilants pour ne pas le faire oublier avant même qu’il ne ce soit vraiment libéré. Cette œuvre est espoir depuis sa création et le sera toujours jusqu’à la fin des temps.

Danitzia LOGIS

Exposition de KA à la Médiathèque de Baie-Mahault - Ph R. Joyeux

Exposition de KA à la Médiathèque de Baie-Mahault – Ph R. Joyeux

 

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Le GWOKA, une tradition guadeloupéenne (1)

En fin d’année scolaire, les élèves de 3ème, en vue de l’obtention du Brevet des Collèges, subissent une épreuve orale d’Histoire des Arts. Le dossier qui suit (publié en deux parties) est celui qu’a présenté une élève du Collège Saint-Joseph de Cluny de la Jaille à Baie-Mahault, en Guadeloupe, Danitzia LOGIS, âgée de 15 ans. Avec son autorisation et moyennant quelques légères modifications de présentation pour l’adapter au format de nos chroniques, nous avons le plaisir de vous proposer son travail, vous laissant le loisir d’apprécier la qualité exceptionnelle de la recherche, de l’expression et des illustrations.

Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité

Gwoka (1)Le Gwoka est une quadruple entité c’est-à-dire qu’il est une danse, une musique, un instrument et un chant. Il a fait son apparition durant la période esclavagiste en Guadeloupe et depuis le 26 novembre 2014 est inscrit au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité. Cette danse traditionnelle évoluant dans le contemporain et contenant une multitude de facettes différentes, n’a pas toujours été aussi appréciée et surtout acceptée depuis sa création. Malgré le fait qu’elle fasse partie de notre culture et de notre patrimoine, bien souvent nous ne la connaissons que vaguement et ne cherchons jamais à entrer dans ses détails.

Quelle est l’histoire de la danse Gwoka, quelles sont ses caractéristiques, qu’en est-il aujourd’hui de cette danse et qu’est-ce qui m’a poussé à vouloir présenter cette culture ?

Son histoire

À l’origine

Danse GKL’histoire de la Guadeloupe est riche en rebondissements. Après avoir vu défiler les Caraïbes, les Espagnols, les Français, les Africains, les Anglais et les Indiens, la culture Guadeloupéenne et surtout la danse, a été imprégnée de toutes ces nations qui sont passées sur son territoire. L’esclavage qui a duré de 1640 à 1848 en Guadeloupe, fortement favorisé par le commerce triangulaire, est la cause de l’arrivée des Noirs africains en Guadeloupe. Ces derniers maltraités et exploités appartenaient à de riches planteurs Blancs qui les exploitaient.

Le témoignage du Père Labat

Le Père Labat, qui a écrit de nombreux ouvrages sur la traite négrière, décrit les conditions de vie des esclaves. Il dit que tous les samedis soirs, le seul moment qui leur était accordé, les esclaves Noirs qui vivaient dans les habitations se réunissaient et dansaient une danse que les maîtres nommèrent la Banboula. Ces soirées étaient animées de chants, de musiques (tambours), d’abus de rhum et de danses lascives qui furent rapidement interdites à cause des révoltes qu’elles incitaient par la suite.

Soirée d'esclaves animée par le Gwoka

Soirée d’esclaves animée par le Gwoka

Comme ces esclaves aimaient la danse, les maîtres leur en apprirent d’autres d’origine française et européenne telles que le quadrille, la branle ou encore la rumba espagnole. Malgré toutes ces répressions, les esclaves ne pouvaient s’empêcher de se réunir et de danser leurs danses lascives. Le Gwoka est donc la seule musique et danse qui ont véritablement été créées par les Guadeloupéens constituées à partir d’éléments africains mais aussi sûrement d’éléments européens apportés à cause des nombreux bouleversements sociaux, économiques et politiques dont notre pays a été le théâtre.

L’électrochoc de la Guadeloupe

Pochette de disque de la Brisquante

Pochette de disque de la Brisquante

Malgré l’abolition de l’esclavage, la danse Gwoka est restée très mal vue aux yeux des gens qui ne s’y identifiaient pas du tout et rejetaient l’idée qu’elle fasse partie de leur culture. On ne pouvait la pratiquer que dans deux milieux totalement opposés : Elle se dansait dans un milieu scandaleux essentiellement par des macoumès ou par des gens de bas quartiers durant les « Kou’t tambou » ou les « Bo Ka » auxquels il était hors de question qu’une personne de bonne famille participe. Cette danse était qualifiée de « biten a vyé nèg » et on ne pouvait l’apprendre nulle part ailleurs que dans les léwoz par oralité c’est-à-dire par observation et imitation car les cours de danses de Gwoka n’existaient pas encore.

Ou bien nous retrouvons le Gwoka dans un milieu plus chorégraphique c’est-à-dire dans les danses folkloriques. Le doudouisme attirant la petite bourgeoisie a poussé Madame Adeline à former la troupe de danse La Brisquante qui ne regroupait que des danseurs et danseuses à peau claire. Cette troupe sillonnait la Guadeloupe et participait au Carnaval dans les années 1970 toujours accompagnée de leurs tambouyés hors pair : Vélo, Sopta et Artème Braban.

Jacqueline Chachemire Thôle

Jacqueline Chachemire Thôle

Ce milieu encouragea l’apparition de nombreuses troupes de danses (Karukéra, Acacia,…). Parallèlement à l’arrivée de la télévision, toujours dans les années 1960/1970 environ, une dame qui est très importante au niveau des écoles de danses de Gwoka a fait son apparition : Madame Jacqueline Cachemire Thôle. Elle a introduit petit à petit, d’abord de manière déguisée la danse à l’école car à cette époque le Gwo Ka restait interdit aux yeux des gens.

Dans les années 1980, grâce aux Pères Serge Plocoste et Céleste, qui encourageaient les Guadeloupéens et surtout les jeunes à valoriser le créole, le Gwoka et le savoir-faire guadeloupéen ont commencé à faire leur entrée dans l’église. Tout ceci a été énormément critiqué. De plus, il y eut la création d’un groupe non folklorique imposant des thématiques et problématiques dans leurs chorégraphies : KASANGWA qui veut signifier « Ka sé San a nèg Gwadloup » (Le Ka est le Sang des Nègres de Guadeloupe). De 1979 à 1984, les Guadeloupéens se questionnaient très fortement à propos de leur identité culturelle.

Le phénomène VÉLO

Marcel Lollia dit VÉLO

Marcel Lollia dit VÉLO

Subitement, le 5 juin 1984, un événement bouleversa le pays tout entier et changea le regard des gens sur le Gwoka. Marcel Lollia, plus connu sous le nom de Vélo, tambouyé le plus doué de son époque meurt d’une cirrhose du foie. À partir de cette date qui fut un ébranlement révélateur, les Guadeloupéens prirent véritablement conscience de la présence de cette culture de leur pays qu’‘ils ne cessaient de renier. La Guadeloupe était pratiquement en deuil national, le corps de Vélo fut exposé pendant trois jours sur la place de la victoire à Pointe-à-Pitre et des milliers de personnes vinrent assister à l’enterrement à l’Église St Pierre et St Paul. La messe fut menée par le père Blanchard. Les pères Plocoste et Céleste  firent toute la cérémonie en créole, sur la musique du Ka et ce n’est qu’à ce moment que le Gwoka est véritablement entré dans l’église.

Ray

Raymonde Pater Torin

Création d’écoles de danse GWOKA

En 1987, Jacqueline Cachemire Thôle a ouvert la première école de danse de Gwoka : l’AKADÉMIDUKA. Elle a mis en place une pédagogie autour de l’apprentissage de cette danse qui permettait à tout un chacun, ayant déjà payé une cotisation, d’apprendre à danser en suivant des cours. En 1991, Madame Cachemire, Madame Raymonde Pater Torin et d’autres enseignants ont interpellé l’Inspecteur général de l’éducation nationale afin que le Gwoka puisse également s’enseigner à l’école et que les jeunes puissent avoir la possibilité de passer le bac danse en Gwoka de manière officielle.

De nombreuses écoles de danse de Gwoka se sont multipliées par la suite telles que Bébé Rospart, Kamodjaka, SAKITAW, Ka Tout’Jan… Parallèlement, l’école de danse Léna Blou étudiait vigoureusement la danse Gwoka car elle voulait en faire une danse contemporaine c’est-à-dire une danse artistique reconnue à l’échelle internationale.

Le Gwoka de nos jours

Aujourd’hui, le Gwoka est ancré en chacun de nous et est présent dans de nombreux événements de la vie quotidienne. Depuis les années 1960, le Gwoka est souvent utilisé dans les milieux de revendications comme dans les grèves ou les manifestations. Le Gwoka est également joué à l’occasion de fêtes de communes, de sacrements, de veillées mortuaires, de spectacles de danses, à Noël, au Carnaval, à la messe,…

Il est tout à fait normal, voire préférable, de voir le Gwoka se jouer dans la rue, à la télé ou ailleurs sans que personne soit gêné ou choqué. La population favorise la valorisation de sa culture car maintenant elle sait que c’est grâce à la connaissance et à l’acceptation de cette dernière qu’elle pourra véritablement avancer.

Affiche manifestation Médiathèque de Baie-Mahault- Ph Raymond Joyeux

Affiche exposition et séminaire sur le Gwoka – Médiathèque de Baie-Mahault- Ph. Raymond Joyeux

Nous remercions chaleureusement la jeune Danitzia Logis  de nous avoir autorisé à publier sur ce blog sa très sérieuse étude sur l’art du GWOKA, élément capital de la culture guadeloupéenne, inscrit désormais au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité. Étude qu’elle a présentée, nous le rappelons, dans le cadre du Brevet des Collèges 2015. Vu l’importance et la qualité de ce dossier, une seconde partie sera publiée dans notre prochaine chronique. En dehors de la dernière photo, texte et illustrations sont de Danitzia.

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