Le Poirier de Jules CORBIN

Les Arbres de la Liberté

Les arbres de la Liberté

Allée de poiriers de la rue principale de TDH

Si les rues de Terre-de-Haut sont (encore) pour la plupart bordées de poiriers-pays, nom vernaculaire du Tabebuia heterophylla, beaucoup de nos compatriotes ignorent peut-être qu’ils ont été plantés en 1848, à la suite de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe, et qu’on les a baptisés pour la circonstance les Arbres de la libertéCette plantation d’arbres emblématiques – qui rappelle celle de 1792 en France hexagonale pour marquer l’avènement de la République – était destinée à mémoriser dans les esprits l’un des événements historiques majeurs du XIX ème siècle : la liberté rendue aux esclaves. Ce qui s’est passé aux Saintes à cette occasion s’est sans doute produit dans la plupart des colonies françaises de l’époque et dans les autres communes de notre département, comme en témoigne ici, pour Vieux-Habitants, un article du journal L’Avenir daté du 16 juin 1848 et rapporté par Adolphe Gatine dans son livre : L’abolition de l’esclavage à la Guadeloupe, (Éditions Karthala 2012) : « Après le repas où n’a cessé de régner la plus franche cordialité, le cortège s’est mis en marche pour l‘église où il a reçu la bénédiction de M. le préfet apostolique. De là nous sommes retournés à la place, en face du salon de verdure, pour planter l’arbre de la liberté. »

Une allée de plus en plus chétive

Les deux rangées de poiriers de la rue centrale de Terre-de-Haut ont certes, avec le temps, subi fatalement les aléas de l’âge et des intempéries. Mais beaucoup de ces arbres magnifiques, faute parfois de soins, soit sont tombés tout seuls, minés par la maladie, soit ont dû être abattus pour permettre ici l’élargissement d’une voie, là le bétonnage d’une place, ailleurs tout simplement l’édification de bâtiments aussi bien publics que privés. C’est ainsi qu’une fontaine municipale au goût plus que douteux, puis des lampadaires ultra modernes ont successivement remplacé le splendide spécimen de la place de la mairie qu’ont immortalisé maintes photographies anciennes, et qu’Alain Joyeux a talentueusement reproduit ici d’après une carte postale du début du XXème siècle :

Poirier Place de la mairie -Dessin A. Joyeux (Collection personnelle)

Poirier Place de la mairie – Dessin d’Alain Joyeux (Collection personnelle)

Un récit émouvant

De son côté, c’est Madame Liliane CORBIN qui, lors d’un voyage aux Saintes sur les traces des ancêtres de son mari, et que nous remercions vivement pour son témoignage, raconte comment elle a eu connaissance de l’existence à Terre-de-Haut d’un poirier qui, bien que disparu aujourd’hui, peut être qualifié d’historique. Resté dans la mémoire collective sous l’appellation de Poirier de Jules CORBIN, cet arbre fut vraisemblablement abattu lors de la construction de l’actuel dispensaire entre 1950 et 1953. Dispensaire construit sur une propriété ayant appartenu justement à M. Jules CORBIN, (voir photo ci-dessous), et où se trouvait implantée, avant la construction du pénitencier de l’Îlet à Cabris en 1852, une importante prison cantonaleVoici ce qu’écrit fort joliment Madame Liliane CORBIN à la suite de son pèlerinage aux Saintes et qu’elle nous a autorisé à reproduire  :

« En attendant l’heure de la visite [du Fort Napoléon], nous bavardons avec la guide, native de Terre-de-Haut. Nous lui expliquons la raison de notre voyage : retrouver les lieux où vécurent les ancêtres. Comme elle nous demande les noms de la famille, nous commençons par lui donner notre patronyme : Corbin. « Ah, Corbin ! répond-elle. Et elle continue : « Ma mère m’a souvent raconté que lorsque ma grand-mère cherchait en vain mon grand-père, elle disait à sa fille qu’il se trouvait sûrement sous le poirier de Jules CORBIN. »

Ainsi, les hommes du coin, des pêcheurs notamment, aimaient se réunir à l’ombre de cet arbre pour raconter leurs exploits. Et je me plais à imaginer que ces personnages au visage buriné par le vent du large et les embruns, comparaient leur pêche du jour et que c’était à qui aurait ramené le poisson le plus beau, le plus rare et surtout le plus gros. Car je reste persuadée que les Marseillais, de même que Tartarin de Tarascon, ne sont pas les seuls à fanfaronner.

Donc, concernant la généalogie, ce Jules CORBIN, à l’ombre du poirier tant appréciée, était le frère de Victor, grand-père de Claude CORBIN, mon mari. Nous avons retrouvé sa propriété, rue du Fond-du-Curé, où est né mon beau-père. Aujourd’hui s’y trouve un dispensaire. Quant au fameux poirier, il a disparu. Peut-être n’a-t-il pas résisté aux nombreux cyclones qui ont souvent ravagé l’île. » 

Ancienne propriété Jules Corbin avec le dispensaire. Capture d'écran video INA 1964

 Ancienne propriété de Jules Corbin avec le dispensaire départemental construit sur les ruines d’une  prison coloniale. Capture d’écran video INA 1964

Un témoignage confirmé

Des anciens, interrogés par nos soins, nous ont confirmé l’existence et l’appellation de ce poirier dit de Jules CORBIN, poirier à l’ombre duquel poussait un joli gazon local propice aux rassemblements, comme l’a si justement souligné l’auteur des lignes précédentes. Mais selon ces mêmes sources, ce poirier n’était pas qu’un simple et paisible arbre à palabres. C’était aussi un lieu de querelles et de pugilats mémorables, de confection de nasses en lamelles de bambou, de scènes burlesques en période de carnaval, de jeu de loto traditionnel sur carton numéroté. Chaque numéro énoncé étant accompagné d’une formule tantôt en français, tantôt en créole du type : « 1, tout ce qu’un p’tit cochon peut dire en naissant » ;  » 8, pituite maladi à vié fanm ! » ; « 13, Marie-Thérèse, la femme scandaleuse qui pleure quand on la baise ! » ;  « 22, les deux p’tits canards de Saint-Malo qui s’ baignent dans la rivière sans s’ mouiller les pattes… » etc.  Phrases imagées de la culture populaire qui devraient faire l’objet d’une recherche avant que le temps ne les efface définitivement de nos mémoires.

Plantation d'un Arbre de la Liberté à Paris en 1782

Plantation d’un Arbre de la Liberté à Paris en 1792

Un héritage à préserver

Si l’on consulte les Bulletins Officiels de la Guadeloupe des Années 1852 et plus, on peut y lire qu’il était interdit d’abattre les Arbres de la Liberté, aux Saintes, comme ailleurs.  « Quant aux Arbres de la Liberté, écrit le Gouverneur Aubry-Bailleul le 18 février 1852, il ne faut pas y toucher puisqu’ils sont pour les nouveaux affranchis un symbole dont la destruction serait exploitée comme une marque anticipée de leur retour à l’esclavage. »  (Cité par Éric Fougère in La prison coloniale en Guadeloupe – Ibis Rouge Éditions 2010). Ce patrimoine végétal et historique, outre l’ombre bienfaisante qu’il génère, devait – et doit – être en effet protégé et entretenu comme mémoire vivante de l’Abolition de l’esclavage. Interdiction qui s’est perpétuée à juste titre jusqu’à nos jours. Mais si les particuliers ne peuvent le faire, la collectivité se doit d’entretenir périodiquement ce patrimoine par un élagage judicieux exécuté dans les normes de l’arboriculture.

Photo aujardin.info

Élagage professionnel. Photo aujardin.info

C’est généralement le cas à Terre-de-Haut où à l’approche de la saison cyclonique les employés municipaux s’affairent à tailler et élaguer la plupart des arbres de la commune, non seulement pour éviter les dégâts en cas de vents violents, mais pour permettre à la végétation de se renouveler et de repartir sainement à la saison des pluies. Encore faudrait-il qu’il n’y ait pas, là non plus, de discrimination et que tous les arbres, quel que soit leur emplacement, soient logés à la même enseigne… C’est l’appel amical que nous lançons par le biais de cette chronique aux responsables des services techniques de Terre-de-Haut, comme de toutes les communes de la Guadeloupe, chargés de l’entretien et de la sauvegarde de notre patrimoine végétal. Ci-dessous un exemple de poirier ignoré de nos élagueurs, qui mériterait un « nettoyage » approprié avant que la vieillesse et la maladie ne l’emportent définitivement…

Un élagage régulier pourrait encore sauver ce poirier malade - Ph R.Joyeux

Un élagage urgent pourrait encore sauver ce poirier plus que centenaire – Ph R.Joyeux

PS : Nos remerciements à Alain JOYEUX pour son dessin du Poirier de la Mairie et à Madame Liliane CORBIN pour son récit du Poirier de Jules CORBIN.
À très bientôt pour une prochaine chronique.
Raymond 
Joyeux

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Bernard BONBON : un Saintois trop discret

Chevalier de l’Ordre National du Mérite

images-2Voilà près d’un an – le 11 juin 2015 exactement – nous publiions ici-même une chronique sur notre éminent compatriote Bernard BONBON. Scientifique de très haut niveau, professeur et auteur de nombreux ouvrages sur la perspective, mondialement connu et reconnu, Bernard vient d’être promu Chevalier dans l’Ordre National du Mérite. Il recevra bientôt la plus haute distinction décernée par la France à ses ressortissants. Une occasion pour nous de féliciter plus que chaleureusement l’un des nôtres et de publier, avec sa permission et n’en déplaise à sa trop grande modestie, la lettre qu’il vient de nous transmettre avec des précisions sur sa carrière, son œuvre et la reconnaissance nationale et mondiale dont il est l’objet.

Très, très cher Raymond,
(…)
pers inclJ’ai été très touché par ton article me concernant, mais incomplet du fait de mon silence. Entre autres, mes ouvrages de recherche sont répertoriés dans le monde, dans plus de 32 pays, dans les plus grandes universités telles Harvard à Cambridge, l’université du Texas, de Géorgie (Ohio), de Wayne State (Michigan), la Librairie des Congrès aux États-Unis, etc. En France : à l’Institut de Recherches Mathématiques, aux Universités Claude Bernard, Pierre et Marie Curie, à École Normale Supérieure de Lyon et bien d’autres Universités de Sciences. À l’École Nationale Supérieure des Mines (Saint-Étienne), à l’Institut National Polytechnique de Grenoble, l’École Supérieure d’Ingénieurs, SUPELEC, etc. Dans les grandes écoles polytechniques d’Espagne, de Suisse et de nombreux autres pays.

17038563171Ces livres sont répertoriés dans 11 des plus grandes bibliothèques du monde classées au Top 20, entre autres à la Bibliothèque Nationale de Russie, de Chine, du Japon, d’Allemagne etc. Dans un nombre considérable d’universités d’Italie, d’Autriche et des pays du Nord. Etc, etc.
Tu pourras le constater sur Google en tapant BONBON Bernard perspective scientifique. Tu iras sur WORLD CAT. IDENTITIES et suivras les indications. Le répertoire mondial comprend plus de 800 fiches d’Universités et de grandes Bibliothèques d’État que je ferai parvenir à la Mairie des Saintes. Un travail de passion que je dédie à tous les habitants de mon île dont je suis fier d’être l’un des leurs, même si les circonstances ne m’ont pas permis d’être plus présent parmi eux comme je l’ai si souvent souhaité.

Reconnaissance mondiale et considération particulière à Marc-André Bonbon

bernard BJe voudrai, si tu me le permets ici, exprimer à Marc André BONBON que tu as cité, toute ma considération. Il est Super. Et son « geste » m’a souvent accompagné au cours de mon travail. Ça, il ne le sait pas. Jusqu’à maintenant je ne m’étais jamais étalé comme cela. Aussi, tant qu’à faire, je vais aller jusqu’au bout et t’annoncer à toi le premier, qu’après cette reconnaissance mondiale je vais recevoir celle au plus haut niveau de l’État de la reconnaissance nationale. En effet je viens d’être nommé au grade de Chevalier dans l’Ordre National du Mérite (l’équivalent dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche, de la Légion d’Honneur pour laquelle j’avais été proposé).

Tu vois, ce que je viens de faire par écrit je ne crois pas que je le ferai aussi facilement de vive voix. Ce n’est pas dans ma nature où la discrétion généralement domine mes sentiments .
J’ai passé un bon moment en me confiant à toi et j’ai revu en image une partie de notre enfance avec un réel plaisir.
À toi un très amical salut.

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Trop discret Bernard, qui fais la fierté de tes compatriotes et qui mérites un hommage appuyé de notre communauté. Hommage  exprimé pour le moment, en attendant mieux ! par le biais de cette chronique et de ses nombreux lecteurs. Merci au nom de tous les Saintois – et Guadeloupéens – de nous avoir permis de mieux te connaître et t’apprécier.

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L’aîné d’une fratrie de 11 enfants, Bernard est né et a passé son enfance à Terre-de-Haut, dans la maison familiale située en plein bourg, dans le quartier dit « de l’Hôpital », non loin de l’ancien immeuble des Douanes. Son père, Henri Bonbon, charpentier de marine et de bâtiment, a réalisé entre autres, la charpente de la grande villa coloniale du Pain de Sucre, entre les deux plages bien connues des touristes. Sa mère, Elvire Molenthiel, était, comme on le disait alors, mère au foyer, mais suffisamment occupée à pourvoir au quotidien et à l’éducation d’une si belle et grande famille. Modeste et fécond foyer saintois auquel nous nous associons pour honorer aujourd’hui un fils tel que Bernard dont les travaux scientifiques et les publications, répétons-le, sont connus, répertoriés et utilisés au plus haut niveau universitaire et artistique, dans le monde entier. 

Maison natale de Bernard Bonbon à Terre-de-Haut

Maison natale de Bernard Bonbon à Terre-de-Haut. Photo R.Joyeux

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Hommage à nos mères

Ô l’amour d’une mère, amour que nul n’oublie !
Pain merveilleux qu’un Dieu partage et multiplie,
Table toujours servie au paternel foyer !
Chacun en a sa part, et tous l’ont tout entier !
Victor Hugo

Chères mamans de Terre-de-Haut, et d’ailleurs,

En ce jour de fête qui vous est consacré, il nous apparaît important, et je dirais même, indispensable, de venir honorer avec nos modestes moyens ce que vous représentez à nos yeux. Bien plus, ce que vous êtes réellement : les piliers vivants de notre communauté, sa clé de voûte, sa pierre angulaire. Votre rôle dans la société des hommes, ici comme ailleurs, n’est plus ni à définir ni à préciser. Vous êtes non seulement l’origine du monde mais sa mémoire vive et son avenir.

L’origine du monde parce que sans vous l’humanité ne pourrait ni exister ni se perpétuer. La mémoire et l’avenir du monde parce que sans vous toute conscience s’arrêterait et l’homme n’aurait plus qu’à attendre tristement le tarissement et l’extinction de sa race. Mais en plus de ce destin divin de créatrice de vie et de propagatrice de l’espèce, vous symbolisez à la fois pour nous ce qu’il y a de plus fragile et de plus solide.   85422704d5db83710b44XXL

De plus fragile parce que votre cœur de mère, fait pour supporter toutes les joies et toutes les douleurs, pourrait à tout instant se briser comme le plus fin cristal lorsque l’un des vôtres est en danger. Fragile parce que votre âme, soumise à toutes les tensions, tiraillée entre la tendresse infinie et l’inquiétude permanente, pourrait à tout instant éclater lorsque l’un des vôtres : enfants, mari, compagnon ou proche lignée, s’égare dans les méandres de la séparation, de la maladie ou de la disparition…

Mais en même temps, votre solidité, votre résistance instinctive à toutes les épreuves sont la garantie naturelle de l’équilibre et de la survie familiale et sociale.Vous êtes celles sur qui à tout instant l’on peut compter. Celles sur qui on peut s’établir au milieu des tempêtes de la vie, dans la confiance la plus absolue et l’amour partagé.

Vous êtes celles à qui on peut se livrer sans pudeur, se confier sans réticence car vous êtes plus que n’importe qui, avec vos bras toujours ouverts, amour, bienveillance et pardon. Vous êtes dans votre condition maternelle, l’indispensable sève de l’enfant qui naît, l’indispensable soutien de l’enfant qui grandit, l’indispensable refuge de l’enfant qui revient…

images - copieDans toute votre existence de mères attentives, votre souci premier, souvent invisible aux yeux, mais pourtant bien réel et constant, c’est le bonheur toujours plus grand des vôtres, c’est l’amour toujours à dispenser, c’est la tendresse toujours à prodiguer…

Quel est le plus grand malheur pour une mère sinon de perdre son enfant bien aimé ? Quel est le plus grand malheur pour un enfant, même devenu adulte, sinon de perdre ou de renier sa mère ?

Joie de la maternité. Bonheur ineffable face au petit être qui se développe et progresse. Satisfaction toujours plus grande face à la réussite et aux exploits de celle ou de celui qui restera toujours votre fils ou votre fille. Mais soucis constants face aux incertitudes inévitables de la vie : santé, études, mariage, séparation et pourquoi pas, nouvel enfantement ! En vous se résument et se marient les sentiments les plus contradictoires et les plus violents de la nature humaine, liés au parcours souvent chaotique de l’existence…

Mais un jour vous voilà grand-mères. Vous voilà arrière-grand-mères. Votre sang, votre cœur, votre amour ont porté leurs fruits. Et si votre corps a un peu vieilli, si vos jambes sont fatiguées et vos cheveux d’argent, si vos yeux ont faibli et vos pas hésitants perdu leur assurance, vos sentiments, eux, n’ont pas changé. C’est toujours le même amour, toujours le même bonheur mais aussi la même inquiétude que vous éprouvez face à la chair de votre chair. Mais, assurées désormais d’affronter l’éternité, malgré les mésaventures de l’âge, malgré parfois un brin d’injuste solitude, la sérénité de l’esprit est devenue, le plus souvent, heureusement, votre compagne habituelle.            4b1987e6

Car avec vous tout s’est accompli. Votre condition de mères s’est inscrite dans l’histoire et au-delà du temps. Le destin est en marche : donatrices de vie et d’amour, vous avez scellé la pierre blanche d’une nouvelle humanité. Comment alors ne pas vous exprimer en retour notre gratitude ? Comment ne pas vous témoigner, par-delà toutes nos mesquineries, par-delà toutes nos faiblesses, notre reconnaissance filiale et notre affection sans bornes ?

C’est pourquoi, chères mamans, chères grand-mères et arrière-grand-mères, au nom de toute notre communauté dont vous avez été et êtes encore le levain et pour qui vous restez non seulement un exemple de vitalité mais un symbole d’espérance renouvelée et de germination future, en levant tout à l’heure nos verres en votre honneur, en vous offrant la rose de l’espoir, je voudrais rendre hommage à vos vertus de courage, de patience, de compréhension, de force et de persévérance, et vous souhaiter du fond du cœur et le plus sincèrement, une très belle et très heureuse fête des mères.

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Discours prononcé à Terre-de-Haut, le dimanche 27 mai 2001 à la Salle Paul-Émile.R.J.

 

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Terre-de-Haut : le cimetière naufragé

Je propose à votre méditation cette chronique d’Alain JOYEUX publiée sur sa page Facebook et reproduite ici avec l’autorisation de l’auteur.

 Une réalité préoccupante pour une population : un cimetière en friche….

13139118_515316631988036_6827036452674727096_nCette attention fleurie en couronnement d’un morceau cassé et profané d’une vierge sur un tas de détritus est pourtant touchante. Elle montre qu’il reste sans doute un peu de foi, de charité et d’espérance chez quelques un(e)s malgré l’asphyxie de tous ces objets superflus qui encombrent nos vies (et nos morts), qui nous submergent jusqu’à la nausée et dont nous ne savons que faire.

Le cimetière, lieu de souvenirs individuels et de mémoire collective, lieu public de recueillement pour chaque membre de la communauté, lieu sacré qui devrait être l’objet d’une attention constante et d’un entretien impeccable, propre à générer un sentiment de sérénité, malgré (et justement) la gravité du face à face avec le mystère de l’existence, quelles que soit les croyances ou les confessions, le cimetière et sa tenue montre ainsi un reflet des vivants et de leur époque.

christ

Pour les historiens et archéologues, les rites, pratiques et monuments funéraires sont, pour chaque culture ou civilisation, les meilleurs témoins de leur spécificité et d’une certaine « qualité de vie ».

Le Cimetière de Terre-de-Haut, jadis célèbre pour ses tombes ornées de conques de lambis, fut empreint pendant longtemps de simplicité et de poésie marine. Cette image est cependant devenue une icône révolue pourtant encore vantée dans les guides touristiques (dont témoignent encore quelques tombes vestiges, « palais d’anolis » ).

herbe tombe

Il est aujourd’hui devenu un lotissement aux concessions accordées – ou pas – à tête du client (il faut être du bon côté de l’urne pour en obtenir une rapidement !), bâti de mausolées à l’architecture cubique, aux carrelages de salle de bain, orné de fleurs de plastique. Ce choix esthétique serait-il une image fidèle de l’époque que nous traversons ?

cubes cimetière

Jusqu’à peu, ce lieu sacré restait en tout temps bien entretenu et pimpant, « propre » au recueillement. Que signifient alors ce délabrement actuel, ces poubelles débordantes et ces murs écroulés, ces bancs défoncés, ces tas d’immondices, ce jardin d’éternité laissé en friche, ces chantiers ni finis, ni nettoyés ?… Serait-il simplement à l’image de ce que vit actuellement cette communauté ?

Cette dernière se serait-elle toute entière orientée à courir sans répit vers le profit à court terme, construisant à la hâte des maisons tape à l’œil, coulées dans le béton et sans souci de finition à l’image de ses tombeaux ?

Où sont passées les belles maisons saintoises pimpantes et riantes de couleurs, fleuries et accueillantes ?… Il y a en a encore une ici ou là ! Remercions ces résistants de la vie belle ! Ce souci de la beauté encore préservée par quelques un(e)s est un véritable acte de charité et de générosité pour notre humanité blessée.

maison fleurie 2

maison fleurie

 

 

 

L’on peut se désoler de voir laissé ce cimetière au naufrage de son époque, abandonné, mais peut-il en être autrement lorsque l’on regarde les vivants ?

Qu’ avons nous abandonné de si important ?

Encore heureux que, parmi les vivants, quelques « bien-veillants » discrets aillent encore porter dans ce jardin de mémoires, notre cimetière communal, quelques fleurs vivantes en couronnement d’une divinité sacrifiée…

Ernesto Che Guevara a dit : « En terre opprimée, même les morts ne trouvent pas le repos »… De quelle oppression s’agit-il ici ?

Citer quelques vers empruntés à Raymond Joyeux est ici à propos pour terminer cette chronique :

CIMETIÈRE

Là tes fils sont couchés
On dirait qu’une lame
Immense depuis l’Est
Les a tous alignés
On dirait qu’une étrange
Et pâle solitude
Du profond de la mer
Les a tous enivrés

Comme un blême linceul
Le sable les recouvre
Et l’ombre de leur croix
À jamais dessinée
S’ouvre éternellement
Impuissante et sublime
Et c’est pour chaque tombe
Un mât déguenilléIMG_4255 (1) - copie

Et les fleurs par instant
Rappellent encor au vent
Que leurs tiges brûlées
Que leurs pétales en deuil
Ont un jour parfumé
Au retour de la pêche
leurs cheveux aujourd’hui
À la terre mêlés.

Là tes fils sont couchés
Et leurs belles joyeuses
Au bras d’un fiancé
Ne vont plus le dimanche
Sur leur bouche fanée
Recueillir un baiser.

Elles ne pleurent plus
Comme à l’enterrement

Tombe ancienne d'enfant au cimetière de Terre-de-Haut : lieu de mémoire collective.

Pierre tombale ancienne au cimetière de Terre-de-Haut : lieu de souvenirs individuels et de  mémoire collective.

Pour mémoire : ce texte d’Alain JOYEUX et le poème cité ont été publiés sur son Facebook le 9 mai 2016. Les photos sont de l’auteur.

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Pentecôte 2016, les Saintois privés de Fête de la pêche

Au départ une Association reconnue par tous

Panneau pêcheLes communes insulaires de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas sont par définition les localités les plus maritimes de toute la Guadeloupe, et ce, de par leurs dimensions réduites, davantage que les autres îles de notre archipel : Marie-Galante, Saint-Barthelemy ou Saint-Martin. Seule la Désirade de même configuration géographique pourrait rivaliser avec elles en ce domaine. Mais les Désiradiens sont plus imprégnés de ruralité que des métiers de la mer. Or qui dit mer de toutes parts, dit forcément marins et par obligation de survie, marins-pêcheurs. C’est donc logiquement aux Saintes qu’on trouve le plus grand nombre d’inscrits maritimes du département, en tout cas de professionnels de la mer. Et tout aussi logiquement, ces derniers, au cours des ans, n’ont eu de cesse, pour s’entraider et défendre leurs intérêts communs, que de se regrouper en syndicats ou associations.

Livret de 1934 ayant appartenu à P.E. Joyeux

Livret syndical de 1934 ayant appartenu à Paul-É Joyeux

Un dossier sur le sujet a été réalisé ici-même au mois de février 2015 que vous pouvez retrouver sur le lien : Un document historique exceptionnel : le manuscrit du premier syndicat saintois. Dans la lignée de ce premier syndicat, datant de 1905, puis de celui de 1934, baptisé L’Union fraternelle, les marins-pêcheurs actuels des deux îles ont créé en 2002, à l’initiative de Georges PINEAU, l’Association des Marins-Pêcheurs Saintois (AMPS), regroupant les adhérents des deux communes, sans discrimination ni exclusion. Depuis sa création, sans discontinuer jusqu’en 2015, cette association, reconnue par tous à ses débuts et fonctionnant à merveille sans accro depuis 14 ans, nous gratifiait chaque année, sur trois jours à la Pentecôte, d’une Fête de la Pêche et des Pêcheurs, seule manifestation locale mettant en valeur l’activité traditionnelle par excellence de nos deux communautés, attirant par un riche programme culturel, musical, gastronomique et festif, (concours de pêche, conférences, bal public, repas convivial aux poissons et fruits de mer, jeux divers, tombola…) un public toujours plus nombreux venu non seulement des Saintes, mais de toute la Guadeloupe et au-delà.

Fête de la pêche 2015 à Terre-de-Bas

Fête de la pêche 2015 à Terre-de-Bas – Photo Raymond Joyeux

Quand la politique mal comprise s’en mêle

Or il se trouve qu’après les élections municipales de 2008, un différend entre le Président de l’AMPS et le maire de Terre-de-Haut, incite ce dernier à couper les vivres à l’association existante, et, sonnant le rappel de ses partisans pêcheurs, à créer, dit-on,  « sa » propre association, celle des marins-pêcheurs de Terre-de-Haut, (l’AMPTH). Association regroupant, comme l’indique son appellation, les seuls professionnels volontaires de cette commune à l’exclusion de ceux de Terre-de-Bas. Dès lors, issues d’une division artificielle, deux associations de marins-pêcheurs vont coexister aux Saintes, organisant chacune séparément en deux lieux différents, mais aux mêmes dates, – chaque année à la Pentecôte – leur Fête de la Pêche. Situation absurde que n’ont pas manqué de relever nombre d’observateurs. La logique n’a pas tardé cependant à reprendre ses droits puisque depuis deux ans (2014 et 2015) l’AMPTH, décapitée et inexistante, n’assure plus de manifestation, en dépit du soutien financier et logistique de la commune de Terre-de-Haut et autres instances officielles, alors que l’AMPS, avec Georges PINEAU et son équipe, a continué vaille que vaille sur sa lancée, jusqu’en 2015, soutenue uniquement par ses adhérents, la commune de Terre-de-Bas, les sponsors, les nombreux bénévoles n’hésitant pas à mettre la main à la pâte, et, bien entendu, la Région Guadeloupe… jusqu’aux dernières élections territoriales !

2016 : année noire pour l’Association de Georges PINEAU

Georges PINEAU Président de l'AMPS

G.Pineau, président de l’AMPS

Malheureusement, le « nerf de la guerre » faisant défaut, Georges PINEAU, interrogé par nos soins, a confirmé la suspension pour cette année 2016 de la Fête de la Pêche que son Association avait jusqu’ici organisée contre vents et marées depuis 2002, avec l’indéniable succès que l’on sait. Les raisons de cette annulation, (provisoire a-t-il insisté), sont nombreuses mais la première d’entre elles est la suppression par la Région Guadeloupe de la subvention octroyée chaque année en vue de cette manifestation (demande faite précise Georges Pineau, en février dernier). À ce manque d’appui financier incompréhensible et inopiné s’ajoute le non renouvellement des cadres, quelque peu découragés par l’absence de relève au sein de l’Association. Et surtout par le refus d’implication manifeste de la commune de Terre-de-Haut ajouté aux choix régionaux de privilégier au détriment de la Manifestation annuelle de la Pêche aux Saintes, la Fête du Cabri à la Désirade, la Fête du Crabe à Morne-à-l’eau, la Fête de la MusiqueTerre-de-Blues, à Marie-Galante. Autant et Entre autres manifestations traditionnelles dont personne ne conteste ici ni l’importance culturelle et festive, ni la nécessaire légitimité.

public 3Néanmoins, par décision délibérée du Conseil Régional, assemblée au sein de laquelle le maire de Terre-de-Haut, nouvellement élu, est paradoxalement responsable du tourisme, les Saintois seront privés cette année de cette belle manifestation qu’était la Fête de la Pêche. Manifestation attendue de toute la Guadeloupe et devenue au fil des ans non seulement un attrait touristique indéniable  mais aussi et surtout un des rares événements communautaires d’amitié et de joyeuse convivialité pour nos compatriotes et leurs nombreux amis visiteurs. Un espoir cependant : Georges Pineau indique que son Association, l’AMPS, n’est qu’en stand-by, et que selon lui, 2017 verra le retour aux Saintes de la traditionnelle Fête de la Pêche, au même titre, précise-t-il, que Terre de Blues à Marie-Galante et les autres manifestations traditionnelles guadeloupéennes. À cette bonne nouvelle relative, il convient d’ajouter le retour en baie de Terre-de-Haut de l’étoile de mer, merveille naturelle qui avait pratiquement disparu de nos eaux depuis quelques années, preuve d’une meilleure qualité du milieu. Une belle raison de nous consoler de la disparition (provisoire, espérons-le) de notre traditionnelle fête de la pêche.

Le retour de la merveille. Ph. Raymond Joyeux - Mai 2016

Le retour de la merveille. Photo R. Joyeux – Mai 2016

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Florilège de poésie haïtienne

anthologie-de-poesie (1)Alors que le mois d’avril a généré 4168 visites et que vous avez été 603 à ce jour à vous rendre sur le dernier article de Félix Foy, je profite de la sortie d’une anthologie de la poésie haïtienne contemporaine présentée par James Noël (Collection Points P4217 – novembre 2015) pour vous proposer quelques-uns des textes de ce beau recueil. Cette anthologie a pris le parti de ne s’intéresser qu’aux poètes vivants de ce pays Haïti, terreau fertile d’artistes en tout genre aussi bien en littérature (poésie et roman), qu’en peinture et musique. Voici un extrait de ce qu’écrit James Noël dans sa préface :  » À l’heure où la planète cherche à tout prix sa fiction, dans un contexte de changement et de tremblement, il ne serait pas exagéré de se demander si Haïti ne se trouve pas à l’épicentre d’une poétique nouvelle du monde. Soixante-treize poètes présentés dans cette anthologie de poésie haïtienne contemporaine. Un brassage de tempéraments passionnants qui rassemble quatre générations ouvertes et poreuses aux grands flux de l’Histoire, de l’amour, du pays, du jeu, de la colère, du monde, du sexe, de la mer, de la joie… »

René DEPESTRE

Souvenirs d’enfance

depestre_gysselsQuand il était adolescent
il vivait dans une ville
qui était une légende
au bord de la mer caraïbe.
Si on voulait on pouvait
se changer en n’importe quoi,
on pouvait être un arbre
qui marche et boit du rhum,
un bœuf qui joue de l’orgue
le dimanche à l’église,
un lion qui rend cocus
tous les notaires de la ville.
Lui, un soir de son adolescence
il était devenu un cheval de course,
il traversait au galop Jacmel
il hennissait et invitait les gens
à venir gambader avec lui dans la rue.
Mais portes et fenêtres étaient fermées.

Soudain une jeune fille est sortie
d’une maison de la place d’Armes :
c’était l’un des trésors de la ville,
elle était en chemise de nuit

Aquarelle d'Alain Joyeux

Aquarelle d’Alain Joyeux

et sourit à l’adolescent-cheval.
Quand il arriva près d’elle
la jeune fille quitta sa chemise
et sauta sur son dos : il galopa
galopa sans fin dans la nuit
en faisant plusieurs fois le tour de Jamel.
Il sentait Hadriana toute nue sur son dos
comme  le ciel nocturne sent les étoffes
ou comme la terre sent l’herbe du matin
il sentait sa saveur de jeune fille.

Il galopa galopa dans la nuit
avec l’étoile de Jamel sur son dos,
avec la joie  de la ville et toute la douleur
de la ville sur son dos…
Avec ses peurs et
ses haines sur son dos,
il galopa galopa dans la nuit
avec les baisers
et tous les rêves de Jamel sur son dos.

Au petit matin il allèrent à la mer
où ils se rafraîchirent longuement
ensuite ils allèrent à la rivière
pour se quitter le sel du corps.
Plus tard il la déposa chez elle
sous les arbres éberlués de la place.
Quand il reprit sa forme de garçon
il avait les flancs ensanglantés,
il avait d’atroces douleurs aux épaules,
il avait très mal au cuir chevelu,
il resta deux semaines au lit
à regarder s’éloigner son adolescence
avec la plus belle fille de sa vie !

Jean ARMOCE DUGÉ

Le soleil est trop seul

Il y a
la mer à consoler
les grains de sable à comptabiliserduge2
l’avenir à apprivoiser

Il y a
les sources à recréer
les rivières à ressusciter
les enfants à qui demander pardon
la vérité à leur apprendre
les souffrances à dissiper
les hommes à réconcilier
les richesses à rendre utiles
le bonheur à propager
la paix à construire
l’amour à réhabiliter
la mort à mettre à pied

il y a l’île et la vie à rendre belles.

André FOUAD

Quand la poésie m’emporte

Quand la poésie m’emporte
le soleil se jette dans les bras de la mer
étend ses draps sur les toits de la ville

pweziQuand la poésie m’emporte
je pense à toi
je pense à toi
je pense à toi mon amour
ce soir
plus fort que jamais

quand la poésie m’emporte
je parle et déparle
parle et déparle

quand la poésie m’emporte
je monte et descends
remonte et redescends

Acrylique d'Alain Joyeux

Acrylique d’Alain Joyeux

quand la poésie m’emporte
je ne sais plus où me mettre
m’asseoir ou me lever
me lever ou m’asseoir

je ne sais pas
je ne sais plus

Quand la poésie m’emporte
je n’ai plus peur
des monstres du mardi gras
toutes les pluies se lèvent et saluent mon passage

quand la poésie m’emporte
je perds mes boussoles
le nord et le sud se confondent
l’est et l’ouest se rejoignent

quand la poésie m’emporte
toutes les fleurs se font femmes
femme bûcheuses de vie
quand la poésie m’emporte
toutes les fleurs se font belles
belles femmes de mon pays…

Kerline DEVISE

slam-deviseMa nudité

Ma nudité
On me dit qu’on la voit parfois assise
Au pied d’un arbre fredonnant un air étrange
On me dit qu’on la voit parfois assise
Au pied d’un arbre portant une grande fissure
D’où coule un marécage de serpents et de cris
Elle ne reconnaît plus les maisons et les villes

Acrylique d'Alain Joyeux

Acrylique d’Alain Joyeux

Ne se souvient ni de noms ni d’adresses
Elle coule
Elle s’en va sans retour vers cette porte toujours ouverte
Cette porte qui, elle aussi, ne fait que couler
Elle coule
Elle s’en va sans retour vers ces fleurs cueillies pour toi
Ces fleurs poussées sur ma langue
Ma nudité
Mes yeux
On me dit qu’on les voit éternellement
Sur la route qui mène à ton amour

Gary KLANG

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Me manquent
Les bruits du soir et les senteurs
Le coq qui chante à la mi-nuit
Les chiens en rut sous la fenêtre

Me hantent
Le bruit sourd
Du tambour
Au creux du soir

Et cet homme
Qui fait rire les petits
En portant sur sa tête un amas de bouteilles

Il y avait aussi
Tous ces bruits des tropiques
Les lucioles ou que sais-je
Aux cris ponctuant la nuit
Comme en un concert d’ombres

Acrylique d'Alain Joyeux

Acrylique d’Alain Joyeux

Il y avait

Mais faudra-t-il que j’énumère
Tout ce qu’il y avait
C’était à n’y pas croire

C’était
L’âme de l’île
Qui vit et bouge
Avec
L’odeur pour moi unique
D’ilang-ilang

Il y avait des soirs et des matins de rêve
Il y avait il y avait il y avait

Mais il n’y a plus
Que le souvenir

James NOËL

Un jour les muses poseront nuesUnknown
pour les poètes

Un jour la poésie sortira du marché de la poésie
la poésie sortira de sa tanière
et prendra la route toute seule
comme une grande
ce sera un jour de fresque
un jour peint
sans chevalet
avec des nuances hautes en couleur

ce jour se boira clair comme une source
se mangera par grappes
mûres de fruits
de beaux fruits qui exploseront de rire
dans le jus de la bouche

l’horizon se donne couché
en toute déraison devant la phrase

un jour viendra
où les muses poseront nues pour les poètes

Alain

Acrylique d’Alain Joyeux – d’après Joung Tree de Giovanni Maki

Choix de textes : Raymond Joyeux
Un grand merci à Alain Joyeux pour sa contribution iconographique.

Si vous êtes passionnés de poésie, pour plus d’informations sur les auteurs choisis et sur les autres poètes et leurs textes présentés dans l’anthologie de James NOËL, je ne saurais trop vous conseiller de faire l’acquisition de cet ouvrage, présent dans toutes les librairies et paru dans la collection Poésie Points. N° P4217
Concernant Alain JOYEUX vous pouvez consulter son site en cliquant sur :
http://alainjoyeux.blogspot.fr

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La guerre aux Saintes : une page d’histoire

FEFEDécédé en août 2015 à l’âge de 81 ans, notre ami Félix FOY nous a laissé de précieux et émouvants témoignages sur l’histoire de notre commune, Terre-de-Haut. Passionnément amoureux de son île natale à laquelle il était indéfectiblement attaché, il s’est souvenu de l’époque où, écolier, il avait vécu des épisodes de la seconde guerre mondiale qu’il a rapportés dans des récits parus dans le journal L’IGUANE, entre 1990 et 1994. C’est l’un de ces nombreux récits que je vous propose aujourd’hui pour compléter la série de ses articles déjà publiés ici-même sur la période de la guerre et de l’après-guerre, telle qu’elle était vécue aux Saintes dans les années 1940-47. Je vous laisse apprécier, outre la prodigieuse mémoire de l’auteur, son style attachant et précis, non dénué de pittoresque et d’une pointe d’humour, caractéristique du personnage qui, de son vivant, était particulièrement apprécié de ses proches, de ses amis et pour tout dire de l’ensemble de la communauté saintoise qui gardera de lui l’image d’un sage érudit, attentif et bienveillant.

Vent d’noroît et courant d’bas

Le réveil est précipité et tout le monde se dirige vers la mer. En ce samedi matin, la tempête fait rage, le ciel est bas, la Chameau fume sa pipe, les nuages s’y accrochent annonçant la pluie, la Bombarde gronde et la Passe de la Baleine est bouclée.

Par temps de pluie, on dit aux Saintes que Le Chameau fume sa pipe.

Par temps de pluie, on dit aux Saintes que « Le Chameau fume sa pipe ». Ph. R. Joyeux

C’est jour de marché à Trois-Rivières, mais les anciens disent que c’est risqué de prendre la mer aujourd’hui. Nous irons la semaine prochaine et devrons nous serrer la ceinture.  Il faut dire que de Trois-Rivières nous ramenons des bananes, des fruits à pain, racines et autres légumes : cela complète bien ce que nous recevons des États-Unis.

Savez-vous qu’à Terre-de-Haut nous ne mangions les bananes que lorsqu’elles étaient mûres ?  Mais avec la guerre, les Saintois apprennent à les consommer vertes, en légume : les « poyos » que nous appelions encore les « petits sorins », les « vermicelles à grandes feuilles » ou les « petits bandits ».

Les « boats » de Sainte-Marie, de Bananier et de Saint-Sauveur (1) nous arrivent avec leur chargement de vivres et repartent avec du poisson et des lambis, (souvenez-vous de Mme ORVILLE). Les barges de Marie-Galante nous approvisionnent en charbon de bois, farine de manioc, pois de bois ou pois d’Angole, gros sirop ou sirop de batterie. La nourriture n’est peut-être pas à notre goût mais la quantité est suffisante. Notre goûter après l’école, des restes du midi : poyos, fruit à pain, racines (igname, madère, malanga...) ou encore farine de manioc et sucre, farine et gros sirop, farine et banane. Essayez, ce n’est pas mauvais !
(1)  : Sainte-Marie, Bananier et Saint-Sauveur sont trois localités agricoles de la côte Sud-Est de la Guadeloupe dépendant de la commune de Capesterre-Belle-Eau.

Arrivée de passagers et de ravitaillement aux Saintes pendant la guerre

Arrivée de passagers et de ravitaillement aux Saintes pendant la guerre

Des Allemands internés au Fort Napoléon

Le Fort Napoléon et sa prison au premier plan

Le Fort Napoléon et sa prison au premier plan

L’heure avance et nous ne cessons de regarder la mer déchaînée ; puis chacun retourne à ses occupations.
– Où cours-tu, Gérard ? (Mon ami Gérard PROCIDA).
– Je vais au Fort Napoléon chercher STEINHAUSER pour qu’il répare notre pendule.
– Attends-moi, je viens avec toi. La machine à coudre de ma mère fonctionne mal. Peut-être que WILLENDORF pourra s’en occuper.
Qui sont ces personnes ? Des Allemands internés au Fort. Ils sont libres de circuler le jour et ainsi effectuent au village quelques menus travaux de mécanique. Ils restent sous la responsabilité des familles qui les emploient et retrouvent leur prison le soir venu. La population ne nourrit aucun grief à l’égard de ces hommes qui sont très gentils…

Roger Collomb : un bienfaiteur guadeloupéen ami des Saintes

Où Courrez-vous ainsi mesdames ? – Nous rentrons à la maison car M. COLLOMB est arrivé et nous aurons de la visite. Qui est ce monsieur ? Vous connaissez au moins son petit-fils, notre ami Roger, un amoureux des Saintes. Il tient cela certainement de son grand-père et porte comme lui le même prénom. Un homme bâti comme un roc, à l’allure « far west », énergique, actif, un rude gaillard et grand navigateur. Il fait l’acquisition de la barge « Sorin » et la rebaptise GÉE. Avec ce bateau il parcourt la Caraïbe et nous ramène des produits manufacturés et des vivres : vêtements, matériel de pêche, vaisselle et, bien sûr, alcool et tabac, chocolat et autres friandises…

Une aubaine venue du large

Décidément, tout le monde court aujourd’hui. Qu’y a-t-il ? Il se passe quelque chose à Grande-Anse. Un container, (nous disions radeau) vient d’échouer. C’est la ruée. Notre engin est vite éventré et son contenu emporté : rations de guerre, cigarettes, conserves, légumes secs.. C’est la joie dans la population. Grande-Anse est le lieu d’autres échouages : blocs de crêpe, blocs de paraffine, fûts d’huile-moteur, fûts de pétrole et nombreux autres objets provenant de navires coulés, sans parler des habituelles noix de coco de la Dominique.

Grand'anse - copie

Des hydravions en patrouille

Un énorme vrombissement déchire le ciel et nous courons encore. Nous n’en croyons pas nos oreilles et nos yeux ; la peur s’empare de nous, puis l’étonnement et enfin c’est la joie, la fête. Jamais vu pareil spectacle ! Les enfants intenables nagent déjà à la rencontre de trois hydravions qui viennent d’amerrir dans notre rade. Ils s’amarrent à des bouées mouillées à moins d’une encablure de la plage. C’est l’escadrille commandée par le lieutenant AGÉRIE qui nous vient du porte-avions BÉARN ancré en baie de Fort-de-France. Comme le croiseur JEANNE D’ARC en Guadeloupe, le BÉARN en Martinique est le garant des lois et ordres établis par Vichy. Les esprits se calment et la question se pose : Que viennent-ils faire ? Nous protéger contre un éventuel envahisseur ou occuper l’espace aérien pour mieux traquer nos dissidents ?

Hydravion en rade des Saintes pendant la guerre

Hydravion en rade des Saintes pendant la guerre

Tant pis ! Car vaille que vaille
Au cœur de la bataille
Par vent d’nordet ou vent d’suroît
Vent d’Est ou vent d’En bas
De Terre-de-Haut ou Terre-de-Bas
Tiennent bon tous les Saintois.

Félix FOY
1934-2015

Porte-avion le BÉARN à Terre-de-Haut

Porte-avions le BÉARN à Terre-de-Haut à l’époque du récit

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Enseignement : La Maîtrise de Massabielle, premier lycée de France

sigleLe journal Le Parisien, en fonction des paramètres fournis par le Ministère de l’Éducation Nationale, classe en première position – sur le plan de la qualité de l’enseignement et de la réussite des élèves – le lycée général et technologique de Massabielle de Pointe-à-Pitre. Cet établissement d’enseignement privé de la Guadeloupe est régulièrement cité chaque année comme l’un des meilleurs  lycées de France hexagonale et d’Outre-Mer de même catégorie, privés et publics confondus. La Maîtrise de Massabielle (lycée et collège) est un établissement d’obédience catholique, lié par contrat d’association au service public de l’Éducation Nationale. Selon l’introduction de son projet éducatif, il se veut être « un lieu de formation globale de l’individu, favorisant l’épanouissement complet et harmonieux de toutes ses aptitudes, qu’elles soient intellectuelles, humaines ou spirituelles. Il a pour mission d’aider le jeune, tout au long de sa scolarité, à découvrir et à construire son projet personnel ».

Le projet éducatif

Pour mieux faire connaissance avec cet établissement, voici le texte exhaustif de son projet éducatif paru dans la brochure de présentation éditée par les services de l’enseignement catholique de Guadeloupe :

La communauté décline son identité

Massabielle doit être :

  • Une communauté pluri-culturelle ouverte à tous, sans distinction de classe sociale ni  financière, respectueuse des convictions et croyances de chacun.
  • Une communauté de personnes responsables, où la liberté de chacun est respectée.
  • Une communauté où chacun travaille, uni dans un esprit convivial, pour un même objectif : l’épanouissement de tous.
  • Une communauté dont l’attitude intègre les valeurs spirituelles de l’école catholique, respectant la conscience de chacun.
    Numériser 3

    Façade du Lycée-Collège de Massabielle – Pointe-à-Pitre

    Objectifs humains

Pour permettre à chacun de donner un sens à sa vie et ainsi de mieux la réussir, Massabielle doit tendre à être : 

  • Un lieu où il fait bon travailler.
  • Un lieu d’éducation dont le rôle est d’apprendre au jeune à vivre en société en se respectant soi-même par l’honnêteté et le développement de ses « talents » et en respectant l’autre par l’écoute, la bienveillance et le partage.
  • Un lieu qui cherche constamment à éveiller et à promouvoir des personnes progressivement autonomes, capables de discernement et d’esprit critique.
  • Un lieu qui veut développer chez le jeune la créativité et la pratique d’activités sportives, culturelles et artistiques.
  • Un lieu qui veut favoriser l’éducation à l’universel et veut apprendre au jeune une solidarité responsable, une liberté pleinement utilisée l’incitant à s’engager au service de l’autre.
  • Un lieu où la personne est distincte de la fonction.
  • Un lieu qui tienne compte de la pluri-ethnicité et du milieu environnant.
  • Un lieu qui articule les cultures : locale, régionale et universelle.

Objectifs sur le plan spirituel et pastoral

Pour être capable de dire Dieu aujourd’hui, Massabielle doit tendre à être :

  • Un lieu qui, soucieux de la diversité des attentes des jeunes, propose un enseignement religieux qui réponde à leurs préoccupations, qu’il s’agisse de culture religieuse, de la connaissance de l’Évangile, de la célébration de la foi, d’une réflexion sur la vie quotidienne, de temps forts ou d’engagements.
  • Un lieu qui se donne pour impératifs la formation des consciences dans le respect de la personne, le témoignage de la communauté scolaire dans son ensemble par son engagement, l’insertion dans une pastorale d’ensemble de l’Église.
  • Un lieu où, pour chacun, jeune et adulte, la rencontre personnelle et communautaire de Jésus-Christ est possible.
  • Un lieu où chacun peut accéder à une dimension spirituelle.
Une classe de 1ère du Lycée de Massabielle

Une classe de 1ère du Lycée de Massabielle

Objectifs sur le plan pédagogique

Pour accomplir sa mission première, à savoir la découverte, la transmission et l’organisation des savoirs, Massabielle doit tendre à être :

  • lycee-prive-catholique-maitrise-de-massabielleUn lieu de travail qui cherche à donner aux jeunes l’envie de réussir, le sens et le plaisir de découvrir et qui valorise leur participation et la prise de responsabilités.
  • Un lieu d’apprentissage dont le rôle est de transmettre des méthodes de travail, « d’apprendre à apprendre ».
  • Un lieu qui n’hésite pas à prendre toute initiative permettant de remédier aux problèmes d’élèves en difficultés.
  • Un lieu qui favorise l’auto-évaluation et une évaluation régulière, appréciant le travail fourni, les progrès réalisés et le niveau acquis, avec l’objectif constant d’encourager et donner confiance.
  • Un lieu où la communauté éducative prend le temps d’une collaboration approfondie et d’une formation régulière.

Conclusion

La communauté s’est ici présentée. Se réclamer de cette communauté, à quelque titre que ce soit (élèves, parents, membre de l’OGEC, enseignants, non-enseignants) n’implique pas seulement de respecter ce qu’elle veut être, elle implique surtout de l’aider, chacun pour sa part, à sa place et selon ses moyens, à l’être davantage.

Sortie pédagogique d'une classe du lycée

Sortie pédagogique d’une classe du lycée

Pour toutes informations sur le Collège-Lycée de Massabielle, (adresse, direction, enseignements et filières…) cliquer sur le lien ci-dessous : http://www.journaldesfemmes.com/maman/ecole/lycee-maitrise-de-massabielle/etablissement-9710054G

PS : Précisons que le quotidien national Le Monde désigne le Lycée Professionnel public de Pointe-Noire (toujours en Guadeloupe) comme le meilleur de France dans sa catégorie. Toutes les informations concernant le classement de ces deux lycées ont été publiées dans le journal France-Antilles Guadeloupe du 1er avril 2016. 

 

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Quel tourisme pour les Saintes ?

Hilaire Brudey, ancien Président du CTIG

Hilaire Brudey, ancien Président du tourisme de Guadeloupe

À l’heure où l’actuel maire de Terre-de-Haut remplace l’ancien Président Hilaire Brudey (photo ci-contre) comme délégué régional au sein du CTIG (Comité du Tourisme des Îles de Guadeloupe), il nous est apparu opportun de présenter ici un document paru en 1990 sur le tourisme aux Saintes, intitulé « Quel tourisme pour les Saintes » et publié dans le Journal L’IGUANE de l’époque. Journal dont Hilaire Brudey fut un moment le directeur de publication, et qui reste au plan mémoriel une référence historique en même temps qu’une source inépuisable d’informations et de réflexions sur la gouvernance de nos deux territoires insulaires que sont Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Rappelons que les 28 numéros de ce journal parus entre 1989 et 1992 ont été déposés en double exemplaire à la Bibliothèque Nationale et sont aujourd’hui consultables aux Archives départementales de la Guadeloupe… en attendant qu’une édition en un volume de cet ensemble journalistique vienne offrir aux Saintois un pan inestimable de leur mémoire collective.

Tourisme pour tous et hôtel cinq étoiles

Hôtel Kanaoa à Terre-de-Haut. Ph. R.Joyeux

Hôtel Kanaoa à Terre-de-Haut. Ph. R.Joyeux

Apparemment antinomiques, «tourisme pour tous et hôtel cinq étoiles » sont les deux concepts énoncés publiquement par le nouveau délégué régional au tourisme de Guadeloupe dès sa prise de fonction au CTIG le 29 février dernier. Concepts qui semblent constituer la base de la politique touristique qu’il souhaite mettre en œuvre, tout en déclarant vouloir « consolider », selon ses propres termes, les acquis comptabilisés en ce domaine. (Allusion sous-entendue, donc sans oser le dire clairement, à l’excellent travail fait par son prédécesseur à la présidence du Comité). On imagine cependant que ces deux orientations majeures n’intéressent pas particulièrement l’archipel saintois puisque, de toute évidence, nos compatriotes insulaires participent déjà amplement à leur niveau au développement de cette industrie lucrative qu’est le tourisme, et qu’un établissement cinq étoiles serait mal venu sur notre territoire. Car compte tenu de son exiguïté et de l’absence d’attraits structurels significatifs comme la présence d’un casino, de magasins de luxe, d’activités culturelles, sportives ou de loisirs susceptibles d’intéresser les visiteurs les plus fortunés, on se demande comment et où cet hôtel 5 étoiles pourrait être implanté. Aussi, pour donner au nouveau délégué régional au CTIG quelques pistes sur la façon d’envisager la question du tourisme aux Saintes, voici l’article que publiait l’IGUANE  il y a 26 ans et qui reste, à notre avis, plus que jamais d’actualité.

Capture d'écran RFO Guadeloupe- Le nouveau délégué au CTIG à coté du Président Ary Chalus

Le nouveau délégué au CTIG (pochette bleue) aux côtés du Président Ary Chalus –  RFO Guadeloupe

Réalité et perspective

Le tourisme est avec la pêche (nous sommes en 1990) l’un des moteurs économiques essentiels du développement saintois. Il s’ensuit que c’est une activité qu’il convient de cerner et de contrôler avec la plus grande maîtrise pour éviter, d’une part, l’anarchie et l’emballement du système, et prévoir, d’autre part, les structures d’accueil suffisantes et satisfaisantes pouvant d’abord servir à la population résidente.

Marché aux poissons de Terre-de-Haut - Ph. R. Joyeux

Marché aux poissons de Terre-de-Haut – Ph. R. Joyeux

Or, malgré les nombreuses déclarations d’intention de la part des responsables communaux, aucune volonté réelle, cohérente et réfléchie, n’a été définie et mise en œuvre sur le plan municipal en ce domaine. Seules la réputation géographique et les initiatives individuelles de promotion, d’accueil et de prestations ont permis jusqu’à présent une certaine expansion du tourisme à Terre-de-Haut et le maintiennent au niveau relativement correct que nous connaissons aujourd’hui. En tout état de cause, une politique touristique sérieuse, concertée et active, devra, à notre sens, tourner autour de trois axes essentiels :

1 – Le respect de l’identité saintoise

En évitant le piège de la rentabilité à outrance qui dénature les mentalités, faisant de l’âpreté au gain la motivation première des comportements ; en développant les qualités naturelles d’accueil et d’amabilité ; en privilégiant le sens des rapports humains excluant agressivité et sauvagerie.

Portail d'un gite touristique accueillant à Terre-de-Haut. Ph. R. Joyeux

Portail d’un gite touristique accueillant à Terre-de-Haut. Ph. R. Joyeux

2 – La sauvegarde et l’amélioration de la qualité de la vie

Par la conduite d’actions concrètes tendant à conserver et à accentuer ce qui a toujours fait l’attrait principal des Saintes : le calme, la tranquillité, la sécurité et le grand air. (Et ce n’est pas en laissant s’installer l’anarchie en matière de circulation motorisée, polluante et sonore, qu’on y arrivera). Par la création de structures adaptées de loisir et de détente susceptibles d’apporter un plus à la population mais aussi d’attirer et de retenir le visiteur. Rien, jusqu’à présent n’a été fait à Terre-de-Haut en ce domaine.

Où s'arrêtera la prolifération exponentielle d'engins motorisés ?

Où s’arrêtera la prolifération exponentielle d’engins motorisés ? Ph. R.joyeux

3 – La protection et l’aménagement de l’environnement

Comment sauvegarder  la qualité de la vie dans un milieu comme le nôtre si on ne prend pas garde de protéger d’abord l’environnement ? Cette politique volontariste implique dans un premier temps le rejet impératif de tout projet d’implantation de grands complexes hôteliers inadaptés à l’échelle de nos îles minuscules, et incompatibles avec le style de tourisme et de clientèle recherché. Il convient donc de favoriser d’une part, pour aujourd’hui et pour demain, un tourisme familial avec hébergement si possible chez l’habitant, sans création supplémentaire d’hôtels que ce soit sous forme de bungalows individuels  ou d’immeubles collectifs, et de réfléchir, d’autre part, à la promotion d’un tourisme de croisière, en prévoyant pour les bateaux de passage un certain nombre de services qui feraient de Terre-de-Haut une destination d’agrément doublée d’une escale technique de réparation et de ravitaillement.

Organiser et encourager un tourisme de croisière

Organiser et encourager un tourisme de croisière. Ph. R. Joyeux

Mais protéger l’environnement c’est aussi l’aménager, l’entretenir et l’embellir en instaurant une campagne permanente de propreté, de salubrité, de décoration florale, sans oublier l’aménagement efficace et discret des plages et sites, de sentiers de découverte des milieux forestiers et géologiques, mais aussi des espaces marins et sous-marins.

Un exemple à éviter : une décharge publique en plein bourg. Ph. R. Joyeux

Une image qu’on n’aimerait plus revoir : une décharge en plein bourg. Ph. R. Joyeux

Conclusion 

Favoriser et développer le tourisme aux Saintes, ce n’est pas entreprendre la transformation radicale ou insidieuse des modes de vie traditionnels et du milieu naturel. C’est au contraire préserver ce qui fait le particularisme humain, historique et géographique de nos îles. C’est d’abord et surtout mettre à la disposition de la population non seulement un outil de travail, mais tous les éléments d’un mieux-être social, économique, culturel et sportif dont profiteraient naturellement les visiteurs, les incitant à rester plus longtemps chez nous et à y revenir régulièrement.

Aqualodge en rade des Saintes. Est-ce une solution d'avenir ? Ph. R. Joyeux

Aqua-lodge en rade des Saintes. La laideur comme solution d’avenir ? Ph. R. Joyeux

Et aujourd’hui ?

 Depuis la parution de cet article en 1990 dans l’IGUANE, il convient de préciser que de sérieux progrès ont été réalisés en de nombreux domaines aux Saintes pour mieux accueillir et retenir les touristes. En matière de promotion par exemple, avec la création d’un Office Municipal du Tourisme bien organisé et du CTIG sur le plan régional. Deux organismes dont le travail conjugué d’information à grande échelle, aussi bien à l’occasion de salons internationaux que sur Internet, semble porter ses fruits. En matière de transport maritime également des initiatives privées offrent actuellement une réelle facilité d’accès à l’archipel avec des horaires étalés et des conditions de navigation rapide et modernisée. D’autre part, la propreté du bourg s’est nettement améliorée et la commune offre globalement aux visiteurs une image bien plus attrayante. Une exception de taille cependant : la prolifération anarchique d’engins motorisés à fort indice de pollution atmosphérique et sonore, mettant à mal la sécurité des piétons et la tranquillité légendaire de notre île. Seule pour l’instant Terre-de-Bas échappe à cette fatalité. Gageons qu’à l’avenir, tout sera mis en œuvre par le nouveau délégué régional au CTIG dont l’un des objectifs annoncé est de « consolider l’image de la Guadeloupe » et de ses îles dont les Saintes constituent indéniablement, touristiquement parlant, l’un des fleurons les plus appréciés.
Raymond Joyeux

Un attrait touristique indéniable. Ph. Raymond Joyeux

La baie des Saintes : un attrait touristique indéniable. Ph. Raymond Joyeux

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Une Odyssée saintoise

Vous avez eu l’occasion dans une précédente chronique de lire la présentation que j’ai faite  du docteur Yves Espiand, initiateur, organisateur et manager, entre autres, du club de football de Terre-de-Haut au début des années 60. Jeune médecin omnipraticien, tout frais sorti d’une faculté de Paris, il est affecté dans un premier temps dans nos îles à la fin de sa formation, mais est rattrapé dans la foulée par l’armée qui le rapatrie en Métropole pour son service militaire jusqu’en novembre 1962, date où il regagne Terre-de-Haut pour y rester par contrat jusqu’en 1965. Dans un ouvrage autobiographique, paru en 2014 et intitulé D’Esculape à Thémis, le docteur Espiand, outre son enfance à Pointe-à-Pitre et ses études médicales, nous raconte ses affectations successives, les différentes péripéties de sa vie de médecin tant en Guadeloupe qu’en métropole, jusqu’à ses démêlés avec la justice à l’occasion de son divorce d’avec sa première épouse. Livre passionnant où le chapitre sur les Saintes n’est pas le moins intéressant. C’est à ce chapitre, l’un des plus importants du livre et vivant témoignage sur l’histoire sanitaire et humaine de notre archipel, que j’ai emprunté pour vous aujourd’hui les passages les plus piquants. R.J.

Première installation à Terre-de-Haut :
Juin – septembre 1960

Espiand« Au milieu de l’année 1960, le département de la Guadeloupe recrute un médecin salarié pour l’archipel des Saintes. Poste de Médecin- Propharmacien, c’est-à-dire que je prescris ce que j’ai sur mes étagères, avec, en plus, vente de quelques « bricoles » plus ou moins « folkloriques » : camphre en morceaux, éther, alcool modifié, huile de foie de morue et autres compresses de sparadrap. Un hic : difficultés de logement. Le confrère qui m’a précédé, en désaccord administratif avec le département-employeur, et occupant le logement dit de fonction, refuse de s’en aller. Solution de secours : nous habitons le local de la P.M.I. (Protection Maternelle et Infantile), qui sert une fois par semaine pour la surveillance des nourrissons : mesure, pesées, régime alimentaire, et des femmes enceintes, avec un regard plus « approfondi » sur les grandes multipares âgées, chose relativement commune ici, (record 50 ans et demi). Tout s’écoule au lent rythme tropical quand soudain, coup de tonnerre inattendu :  je reçois un ordre de mission de l’Armée que je mets aussitôt à la poubelle. Peine perdue, huit jours après, la vedette de la Gendarmerie vient me chercher : « deux heures pour faire la valise », m’accompagnant même jusqu’au port de Pointe-à-Pitre et restant au bas de l’échelle de coupée jusqu’au départ du paquebot.

Ma triade aux Saintes (1962-1965)

Maison du docteur à TDH. Ph. R. joyeux

Maison du docteur à TDH. Ph. R. Joyeux

Démobilisation en novembre 1962 et retour sur l’archipel des Saintes pour la poursuite de mon contrat avec le département de la Guadeloupe : médecine sans contingences financières (je suis salarié) avec cette curiosité qui existe dans les régions isolées : la propharmacie. Exercice professionnellement enrichissant car, isolé, il faut pratiquement tout savoir faire, d’où l’importance de mes trois années d’internat au Puy en Velay. La communauté de pêcheurs, rudes comme le sont les gens de la mer, mais profondément attachante, ne consulte qu’en cas de besoin. Les épisodes « psy » étant rarissimes avec les déplacements en canot, surtout pour les urgences, entre les deux îles, la fonction étant plus physique qu’intellectuelle… J’habite un ancien petit hôtel, à la charge du département, en forme de proue de bateau avançant en mer. La soute étant une immense citerne nécessaire pendant la période d’extrême sécheresse du carême – la population faisant la queue aux citernes municipales…

Quotidien du médecin de l’archipel

Des containers de tri ont remplacé le frangipagnier- Ph. R. Joyeux

Dispensaire de Terre-de-Haut – Ph. R Joyeux

J’ai à soigner toutes les pathologies, avec un pic de gastroentérites pendant la saison ultra sèche du carême durant laquelle l’approvisionnement en eau étant si difficile que le Conseil Municipal ne délivre de permis de construire qu’aux maisons disposant d’une importante citerne. Toutes les autres pathologies, notamment traumatiques en rapport avec le rude métier de pêcheurs, lesquels partent le matin aux aurores pour rentrer entre 13 et 14 heures et déjeuner de poisson frais (jamais de rassis, même de la veille). Ils finissent l’après-midi à ravaler leurs filets ou à discuter dans l’un des dix bistrots de l’île (pour 1200 habitants). Le département a mis à ma disposition au centre de P.M.I. une sage-femme d’origine saintoise : consultations hebdomadaires de nourrissons et femmes enceintes, un cabinet jumelé avec le centre et une chambre à deux lits en arrière de la P.M.I, mais attenante à celle-ci pour les accouchées en difficulté de logement. Comme propharmacien, mes disponibilités en médicaments impliquent des commandes aux laboratoires métropolitains, et en cas d’urgence, à mon ami Lamothe, un pharmacien de Basse-Terre. Ils sont livrés par le bateau qui fait la ligne dans l’après-midi.

La desserte de Terre-de-Bas

Les consultations officielles dans l’île voisine ont lieu deux fois par semaine : le mardi à Grand-Anse dans un dispensaire de fortune : consultations P.M.I. et visites privées, rares mais toujours nécessaires. Les iliens ne consultent pas pour ce qu’il est habituel de qualifier de « bobos ». Je prescris et ramène les ordonnances au cabinet : les médicaments sont récupérés dans l’heure qui suit, distribués et expliqués par l’infirmière. Aucun problème de paiement récupéré la semaine suivante. D’ailleurs, je ne prescris que le strict nécessaire, attitude que je garderai toute ma vie de médecin. La population saintoise a alors l’excellente couverture des assurances maritimes, et l’appel à la mairie pour l’assistance médicale gratuite en complément. Les accouchements sont directement réglés par la Caisse Maritime. Concernant ces derniers, existe à Grand-Anse Terre-de-Bas une « matrone » très experte et adroite qui ne fait appel à moi que pour les urgences, bien réelles qu’elle sait prévoir. En trois ans, il m’est arrivé de faire deux forceps à la lumière de la lampe-tempête.  Le jeudi, j’officie à Petites-Anses, lieu de résidence de l’assistance sociale, dans un dispensaire plus moderne.

Une rue actuelle de Terre-de-Bas - Ph. R. Joyeux

Une rue actuelle bien tranquille de Petites Anses, Terre-de-Bas – Ph. R. Joyeux

Quelques anecdotes au cours de mon affectation

  • Je suis un jour réquisitionné à Terre-de-Haut pour prélever des abats d’un poulet qui aurait été empoisonné par un voisin grincheux. Acte effectué en présence de la force publique, le garde-champêtre, et d’une partie de la population attirée par le fait-divers, particulièrement inhabituel. Je remets solennellement le colis à l’auxiliaire de police.
  • Plus agréable est l’invitation du commandant du navire-école la Jeanne d’Arc (puisque faisant partie des rares notables de l’île). Super gastronomie : mets et « liquides ». Notre tangage au retour sur les canots qui nous ramènent est réel, mais pas dangereux. Quel dommage que cette escale ne soit programmée que tous les dix-huit mois !
  • Le bourg s’étend sur un peu plus d’un kilomètre, le long de la mer, longeant la splendide baie. Avant mes consultations au dispensaire, qui se situe à l’opposé de ma maison, je plonge dans les eaux peu profondes du voisinage pour pêcher au fusil deux ou trois poissons et une ou deux langoustes pour la journée, soucieux d’éviter les faciles massacres. Une douche et en avant pour le lieu de mon activité, démarche décontractée dans le tempo du pays, devisant avec les habitants rencontrés, sur les sujets les plus banals que sont le temps et la pêche, et je rentre chez moi sur le même rythme, vraiment peu stressant. Après-midi relativement calme, les classiques papiers pour l’Inscription Maritime, quelques propos à bâtons rompus avec les parents et enfants par la fenêtre du cabinet, et je rentre, avec quelques mots aimables pour les petits vendeurs de « tourments d’amour », délicieuses pâtisseries à base de confiture de coco spécialités de Terre-de-Haut, avec la vente de coquillages et d’iguanes, ces derniers  malheureusement empaillés.

    Une vie relativement tranquille

    Cette vie relativement tranquille au cours de ce séjour médical aux Saintes est parfois marquée d’événements épisodiques comme les élections locales qui relèvent davantage du folklore que de la politique. C’est l’occasion (pour les candidats) de tournées de petits punchs, de quelques enveloppes discrètes et, pour le propharmacien, de vente de carrés de camphre solide et d’éther dont les vertus attractives au point de vue électoral n’ont jamais été démontrées, mais demeurent des traditions : on verse quelques gouttes « aux quatre chemins », croisement dont une des branches mène au domicile d’un candidat. Quelques rares fois, halte sur les quais, au « Coq d’Or », bistrot à l’étage d’une maison en bois. Nous commentons comme ceux qui n’ont rien d’autre à faire, les allées et venues des gens qui embarquent ou débarquent, ou discutons de tout et de rien avec les deux gendarmes, pas très stressés par le travail. Parfois devant un « petit punch » au citron vert, toujours admiratifs face aux massifs montagneux du « continent » pas très loin, le Nez Cassé et le Houelmont…

    Bar le "Coq d'Or" aujourd'hui. Ph. R. Joyeux

    Bar le « Coq d’Or » aujourd’hui. Ph. R. Joyeux


    Les soirées, elles aussi, sont plutôt calmes, surtout avec l’extinction des feux à 22 heures… De temps en temps, un accouchement aisé chez une multipare. À signaler cependant, cette jeune primipare à qui je fais un forceps sous anesthésie locale grâce au solide maintien de sa cuisse droite par son mari et celle de gauche par son père, tout cela à 23 heures, donc à la lumière de la lampe à pétrole. Autre accouchement plus folklorique, dans une petite baraque en tôle sur la plage. Intervention facile, sauf pour le père qui a commencé à arroser dès les premières contractions. Il sera encore bien gai le lendemain en allant déclarer la naissance : son fils a un prénom qu’il est certainement le seul à porter dans le monde…

  • Ayant peu de loisirs, à l’extinction des feux, nous nous asseyons quelques amis et moi sur le trottoir de la maison d’un noble vieillard, le père de notre ami Loulou, personnage au long passé journalistique et politique. Sont présents, outre Loulou, « petit Georges », le secrétaire de mairie adjoint, Alain l’instituteur : nous refaisons le monde… Existe également un cinéma avec des pauses dues à quelques coupures de pellicule, vite réparées par le propriétaire, notre ami, le bricoleur R., responsable de la TSF. Les films passent dans un sympathique brouhaha et des commentaires que l’on peut deviner sur certains passages érotiques…
  • Ainsi va la vie personnelle et médicale sur l’archipel, rythmée par l’affluence lors des vacances : vie calme, professionnellement enrichissante, mais peut-être un peu limitée quant à l’avenir… »

    Yves Espiand, chez lui, dans le Midi de la France - Pho du livre d'Esculape à Thémis, édité à compte d'auteur.

    Yves Espiand, chez lui, dans le Midi de la France – Ph extraite de son livre édité à compte d’auteur.

Ps : Outre les passages cités, ce chapitre sur les Saintes, l’un des plus longs du livre, et transcrit au présent par mes soins, comporte d’autres péripéties de la vie médicale du docteur Espiand dans l’archipel. Péripéties que j’ai volontairement ignorées pour ne pas faire trop long. En particulier sur les soins apportés aux touristes imprudents, victimes de coups de soleil, de brûlures dues au mancenillier et de piqures d’oursins ou de poissons. J’ai également coupé le paragraphe sur la création du club de football, déjà traitée dans une précédente chronique.
Ami de l’auteur, dès sa seconde installation à Terre-de-Haut, j’ai participé avec lui et avec d’autres à la création du journal l’ÉTRAVE et de l’Association l’Avenir Saintois. Je peux témoigner du travail désintéressé qu’il a accompli chez nous durant 3 ans, en tant qu’homme et médecin, et de son attachement encore vivace à nos îles. Né en 1933, le docteur Yves Espiand est féru de poésie, art qu’il continue de pratiquer à ses heures perdues. D’ailleurs à la suite de ce chapitre figure un long poème intitulé L’Archipel des Saintes. Pour finir, Yves Espiand vient d’achever un ouvrage sur la Guadeloupe qu’il espère voir publié prochainement. Souhaitons que les dieux de l’édition soient avec lui…

***
« J’ai quitté les Saintes,
écrit-il au début du chapitre suivant de son livre, avec le classique « énorme » pincement au cœur, sincère, celui-là, mais professionnellement je voulais autre chose, surtout un travail en équipe, loin des contingences budgétaires. »

 

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