Littérature : quand l’amour s’affiche en poésie

Bien que ce blog ne soit pas d’abord destiné à mettre en avant mes propres écrits, dérogeant pour une fois à la règle, j’ai le plaisir de vous faire part de la publication aux Ateliers de la Lucarne de mon nouveau recueil de poèmes, Indécises saisons, paru en décembre 2016. Cet ouvrage de 84 pages, imprimé à Jarry-Baie-Mahault chez Speedyprint, se compose de deux parties : une série de textes écrits entre 1965 et 1985 suivi d’un long poème composé en décembre 2002. En tirage limité, sous jaquette amovible illustrée par Jean-Claude Lavaud, (1) il n’est disponible que chez l’auteur à l’adresse suivante : raymondjoyeux@yahoo.fr.

(1 ) – Pour plus d’informations sur Jean-Claude Lavaud, suivre le lien :
https://raymondjoyeux.com/2014/…/regard-sur-jean-claude-lavaud-peintre-et-sculpte...

Petits poèmes hallucinés

couv-defÉcrits pour certains depuis plus de 40 ans, sans projet initial de publication, ces textes tournent autour de trois thèmes essentiels : le sentiment amoureux, la mémoire et l’absence. Bien que distincts dans leur forme et leur contenu, éléments constitutifs communs à tout poème pris séparément, ces trois axes d’écriture – donc de lecture – sont ici unis par un lien fort, celui du rêve. Rêve accompli, lucide ou non, ou rêve en gestation, comme il est dit en titre de la première partie. S’il arrive que ces rêves ou portions de rêve prennent des allures d’hallucination, justifiant ainsi le sous-titre de l’ouvrage – Petits poèmes hallucinés -, ils répondent pour la plupart au concept connu de l’élément externe déclencheur du rêve au cours du sommeil paradoxal. Ainsi dès le premier poème, Onirisme (p.13), qui donne le ton général du recueil, le vers final : « Tu glisses dans le four de ma bouche la pâte levée de ton sein couronné », est cet élément. C’est lui en effet qui déclenche le rêve et détermine son contenu, c’est-à-dire, ici, le poème en son ensemble, jusqu’à ce dernier vers.

La construction et la progression linéaire du poème cité procèdent ainsi volontairement de la constitution ontologique et psychanalytique du rêve dont on ne découvre l’élément déclencheur qu’à la fin. Alors que par définition il en est à l’origine. Procéder autrement eût été minimiser la faculté cognitive et culturelle du lecteur averti et le priver de la surprise finale.

Appropriation de l’œuvre 

Il est évident qu’un lecteur totalement ignorant du processus gestatif du rêve ne verrait dans ce dernier vers précédemment mentionné qu’un fantasme érotique et banal d’écrivain, sans lien avec la partie du texte qui le précède. Il n’aurait ainsi qu’une appréhension partielle, altérée ou approximative du poème qu’il assimilerait à une suite d’images sans lien ni signification. Et ainsi pour les autres poèmes du recueil. D’où sans doute le scepticisme affiché ou contenu (pour ne pas dire la raillerie) que pourrait éventuellement susciter chez certains esprits une lecture superficielle et restrictive de ces poèmes. Et, de façon plus élargie, l’incompréhension ou le rejet de toute expression poétique.

Savoir lire entre les lignes

Être capable de lire entre les lignes d’un poème pour en saisir la quintessence, la portée, la musique et surtout l’émotion qu’il dégage – et de s’imprégner soi-même de cette émotion – n’est pas en fin de compte donné à tout le monde. Comme il n’est pas donné à tout le monde, on le sait, d’apprécier pleinement un tableau ou une pièce musicale dont on ignore les clefs. Une éducation culturelle forte et une sensibilité appropriée – en partie naturelles et innées il est vrai, mais surtout acquises et renforcées toutes deux par la fréquentation répétée et la connaissance des œuvres et des auteurs – sont le plus souvent nécessaires à une approche efficiente et jouissive de la poésie en particulier comme de toute œuvre d’art en général.

Les trois axes de lecture

1- L’expression du sentiment amoureux

Il apparaît clairement à la lecture de ce recueil que le sentiment amoureux est la clé de voûte de l’ensemble des poèmes et de leur conception architecturale. Ce qui n’a rien à voir avec l’érotisme gratuit, encore moins avec la vulgarité ou la pornographie. Mais comment exprimer ce sentiment autrement que par des mots et des images qui le traduisent et ce, en fonction de sa propre complexion mentale ? C’est à ce titre que la grande majorité des poèmes du recueil utilisent en les combinant tous les ingrédients spécifiques qui définissent et transfigurent le sentiment amoureux et ses manifestations souvent impétueuses : intensité de l’exaltation, fusion intime, focalisation sur la personne aimée, hyperactivité du corps, des sens et de l’intellect, entre autres… C’est le sens des expressions comme : « je prends un instant configuration de toi (P.13) – autre moi-même retrouvé (p.19) – ton cerveau confondu avec le mien (p.22) – folle agitation du volcan de ma chair (p.29) – de disparaître en toi mes pensées se colorent (p.33)- nos pensées d’hier et de toujours sont devenues communes (p. 40) – nos souffles confondus (p.41) etc…

Autant d’images, d’interpellations, de notations qui, avec d’autres procédés littéraires, donnent corps, tout au long du recueil, à l’expression de la passion. Tout comme les notes sur la portée font vibrer la phrase harmonique et donnent sens à l’œuvre musicale. Et si les poèmes de ce recueil semblent s’adresser chacun à un partenaire en particulier, réel ou imaginaire, le plus souvent différent, le projet et, espérons-le, le résultat, sont de toujours viser à transcender cet ancrage personnalisé pour parvenir, au-delà d’une définition aussi élégante et complète soit-elle, à une description, une expression universelle de l’amour, sublimée, ayant comme point de départ – et d’arrivée – soit une expérience affective intensément vécue et partagée, soit une vision onirique, orchestrée et matérialisée par l’écriture poétique.

2 – L’évocation récurrente de la mémoire

couverture-saison-2Rares sont les poèmes au cours desquels le lecteur de ce recueil ne rencontre pas l’évocation réitérée de la mémoire. Que ce soit sous ce vocable-même de mémoire ou ceux équivalents de souvenir et d’oubli, cette notion apparaît littéralement quinze fois dans le recueil. Comme si, appréhendant de se couper de son expérience amoureuse du moment, l’aimé s’évertuait à l’inscrire à jamais dans le substrat mémoriel, afin de sceller son vécu dans le temps.

On comprend dès lors que cette évocation est loin d’être un jeu gratuit de répétition. Une sorte de tic inélégant d’écriture sans signification réelle. C’est au contraire un authentique appel à la perpétuation des émotions, au prolongement d’un état extatique intense dont il veut non seulement garder le souvenir, mais duquel il projette de se repaître indéfiniment, tant il est conscient des métamorphoses que cet état a opérées en lui, aussi bien physiquement que mentalement. Faire échec à l’instantanéité des émotions, tel pourrait se résumer cet appel incessant à la mémoire et au souvenir. Se projeter dans le futur avec comme point d’appel l’événement ponctuel qu’il veut transformer en état permanent de satisfaction amoureuse, affective plus que sentimentale. Satisfaction à laquelle est associé bien entendu l’être aimé du moment, constituant plus que symbolisant la part féminine, complice indispensable et fusionnel, à l’origine et sujet de sa passion qu’il voudrait inextinguible. Et c’est dans le poème Le cœur de ton absence, page 49, que se traduit le mieux, selon nous, cette volonté d’immortalisation de la passion précédemment évoquée :

Sous l’œil de la nuit
qui s’étire
j’entends se dresser l’ombre
du jour nouveau 
entre les feuilles

Je sens battre le cœur de ton absence
et le rythme du mien
s’accélère au passage
du vent

Viens pour l’ultime prière
à genoux sur nos souvenirs

Viens joindre tes doigts
à ceux de l’oubli
qui nous embrume

Viens accorder ton souffle
à celui de la page
tournée

Demain nous écrirons
sur le sable du temps
nos mémoires entrelacées.

3 – L’obsession de l’absence et de la solitude

Oubli-absence-solitude, le rapport sémiologique entre ces trois états de conscience est évident. Associés à l’expression du sentiment amoureux, ils n’en constituent pas pour autant la face négative. S’ils apparaissent comme traduisant une certaine inquiétude, une image de frustration obsessionnelle de l’être aimant qui craint la perte de son amour et veut le soustraire à l’usure, ils peuvent aussi bien, de notre point de vue, être perçus comme des garde-fous protégeant la passion de la tiédeur, de la corrosion de l’habitude et du temps. Étincelle qui réactive le feu intérieur, l’absence peut redynamiser la relation entre partenaires et rendre la présence à venir encore plus fusionnelle. C’est elle par exemple, dans Acmée, (page 53) qui tisse à la vague un visage ; c’est elle qui fait battre le cœur de l’aimé (page 49) et, si elle agit parfois comme un étau (page 35), c’est elle aussi qui tient lieu de vigie (page52) et permet de faire dire à l’amant, s’adressant à sa bien-aimée absente :

À travers les lames
de ma mémoire immobile
infatigable guetteur
je t’espionne

Par-delà les barreaux
intérieurs
de ma solitude
ta présence ne m’échappe pas

Je recouvre point par point
ton souvenir
qui se reflète
sur la surface indifférente du temps

Et je palpe l’inconsistance
symétrie
de ton absence
omniprésente.

****

En conclusion, si ce recueil peut paraître à certains passéiste ou convenu, il n’a, à notre sens, que la modeste ambition de rendre compte d’une écriture introspective où le sentiment amoureux tient une place prédominante. Où mémoire, oubli, absence, solitude loin d’assombrir ou d’affadir le propos, viennent au contraire le pimenter, accentuant l’exaltation que fait naître en chacun de nous la passion dévorante de l’amour et des relations affectives. En dépit parfois des illusions agissant comme une substance hallucinogène propice aux divagations les plus extravagantes mais ancrées dans une réalité constitutive de notre étonnante nature.
Raymond Joyeux
Janvier 2017

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Restauration : deux chefs saintois distingués

Un choix d’exception

atlas-gourmetsÀ la veille des fêtes de cette fin d’année 2016, ne boudons pas notre plaisir… culinaire, s’entend ! Deux de nos restaurateurs ont en effet été récemment distingués par le très sérieux ATLAS DES GOURMETS, organe de la gastronomie locale qui prime chaque année depuis deux ans les meilleures tables de la Guadeloupe et de ses îles. Pour l’édition 2017 de cette prestigieuse sélection, parmi les 21 « tables gourmandes » retenues à travers le département, figurent les enseignes de deux de nos compatriotes. Il s’agit du restaurant Ti Kaz’ la de Philippe DADE et d’1 Ti Bo Doudou de Georges GARÇON. Mais à côté de ces deux restaurants saintois primés, le luxueux Atlas des Gourmets nous présente dans sa deuxième édition, outre chacune des enseignes sélectionnées, le portrait de quelques personnages de haute volée, tels Sylvain Sérouart d’Iguane Café, notre ami Philippe Dade déjà cité et l’artiste peintre Vincent Nicaudie. De nombreuses interviews jalonnent également les pages du magazine, apportant au lecteur nombre d’informations axées toutes bien entendu sur la gastronomie créole et les métiers de bouche. Et en point d’orgue, celle du Président du CTIG (1), Louis Molinié, ce qui est la moindre des choses quand on connaît l’impact de la restauration dans la politique touristique de nos îles.
(1) CTIG : Comité du Tourisme des Iles de Guadeloupe.

Un haut critère de qualité : l’authenticité

Trophée Atlas des Gourmets - Ph. R. Joyeux

Trophée Atlas des Gourmets – Ph. R. Joyeux

Pour cette sélection très fermée, qui n’est pas, soulignons-le, une compétition avec gagnants et perdants, mais une reconnaissance proclamée de qualité, le premier critère d’appréciation retenu c’est celui de l’authenticité. Comme le précise l’Atlas des Gourmets, « les restaurateurs sélectionnés ont à cœur de proposer une cuisine qui allie les couleurs, les parfums et les textures les plus authentiques. »
Affirmation que ne démentira pas le Président du CTIG, Louis Molinié en personne, maire par ailleurs de Terre-de-Haut et conseiller régional, amateur reconnu et éclairé, comme chacun sait, de la bonne chère. Bien que malencontreusement absent à Saint-François pour la remise des précieux trophées, dans l’interview accordée à cette occasion à l’Atlas des Gourmets et pour avoir sans doute l’excellente habitude de fréquenter à tour de rôle chacun des 22 restaurants répertoriés de notre île, ce parfait connaisseur de la cuisine créole en général et saintoise en particulier a en effet finement déclaré : « L’authenticité est là ; je la vois, je la connais ». Rendant ainsi implicitement hommage à nos deux chef saintois couronnés, Philippe Dade et Georges Garçon. Et, à travers eux, à l’ensemble des restaurateurs guadeloupéens primés qui font de ce haut critère de qualité la caractéristique essentielle de leur enseigne.

Ti Kaz’ la
ou le bruissement des vagues

Ouvert sur la Baie des Saintes. Ph.R.Joyeux

Ouvert sur la Baie des Saintes. Ph.R.Joyeux

« Ouvert sur la baie des Saintes, le restaurant de Philippe Dade propose une carte élégante où les goûts et les parfums se mêlent. Poissons et légumes pays s’accordent avec des saveurs de terroirs français ou d’ailleurs, créant la surprise et offrant des découvertes surprenantes. Une cuisine juste et sincère. » C’est ainsi que l’Atlas des Gourmets présente Ti Kaz’ la à ses lecteurs. Et les nombreux clients de Philippe Dade, Saintois ou visiteurs, pourraient aisément le confirmer. Entre le carpaccio au roquefort d’espadon ou de thon, les raviolis de langouste et les noix de Saint-Jacques aux carottes gelées, en guise d’entrées ; la langouste grillée à l’antillaise, le jarret d’agneau Blue Mountain ou la choucroute de la mer en plat de résistance, c’est toute une palette de saveurs originales que Ti Kaz’ la offre à sa clientèle.

Élégantes tables de Ti Kaz'la - Ph. Atlas des Gourmets

Élégantes tables  et décor de Ti Kaz’la – Ph. Atlas des Gourmets

Photo Atlas des Gourmets

Présentation Ph. Dade – Atlas des Gourmets

Saveurs sublimées par une large gamme de desserts, allant du célèbre tourment d’amour qu’on ne présente plus, au délicieux soufflé chaud à la mangue et son coulis de framboise… Autant de merveilles gastronomiques concoctées par cet excellent cordon bleu d’origine parisienne qu’est Philippe Dade, ancien cuisinier du croiseur-école Jeanne d’Arc, formé à l’art des métiers de bouche depuis son plus jeune âge. Pour votre information, Ti Kaz’ la se situe au 10 rue Benoît Cassin à Terre-de-Haut, au bout d’une pittoresque ruelle, fenêtre de plein ciel ouverte sur l’incomparable baie des Saintes, grandiose décor naturel s’accordant magiquement à l’exotisme subtil des menus proposés.

http://ti-kaz-la.restaurant-les-saintes.com/

1 Ti Bo Doudou
ou le meilleur du poisson

Georges Garçon - Ph Atlas des Gourmets

Georges Garçon – Ph Atlas des Gourmets

« Georges Garçon, fils de mareyeur saintois et frère de trois cuisiniers et restaurateurs, tient son restaurant sur la plage de Fond Curé aux Saintes. Les pieds dans le sable, dégustez son menu à prix unique, avec un choix de plats inventifs et gourmands où la mer tient la plus belle place. » Cet extrait de l’Atlas des Gourmets résume parfaitement le parti pris gastronomique de la table du restaurant 1 Ti Bo Doudou et de son talentueux chef, le sympathique Georges Garçon. Bien que se méfiant du terme « gastronomique » qu’il craint de galvauder et auquel il préfère celui moins prétentieux de « culinaire », Georges Garçon ne soigne pas moins pour autant menus et présentation. Restaurateur autodidacte, il sait d’instinct accommoder ingrédients, matière première et décoration pour le plus grand plaisir des yeux et du palais de ses invités. Et si une super-palme de l’authenticité était à décerner, c’est sans conteste à lui qu’elle reviendrait, tant il privilégie dans ses préparations les produits frais du terroir (igname, papaye, patate douce, giraumon…), alliés au meilleur du poisson des Saintes, base essentielle de sa carte particulièrement appréciée des gourmets les plus exigeants. C’est d’ailleurs une des raisons de son classement Trip Advisor en tête des 22 restaurants de Terre-de-Haut depuis son ouverture au 58 rue Benoît Cassin, sur la plage du Fond Curé, face au pittoresque Ilet à Cabris, célèbre pour son ancien pénitencier, ses ruines historiques et l’eau cristalline de ses criques escarpées. Un conseil : pensez impérativement à réserver.

1 Ti Bo Doudou - Ph. l'Atlas des Gourmets

1 Ti Bo Doudou – Ph. Atlas des Gourmets

http://www.lessaintes-resa.fr/1ti-bo-doudou/1-ti-bo-doudou.html

Au final : un satisfecit général

Il ne nous reste plus qu’à féliciter nos deux lauréats qui font honneur, par la qualité de leurs prestations culinaires, à la gastronomie saintoise. Prouvant s’il en était besoin que des efforts sont faits du côté de nos restaurateurs, dont la moindre des courtoisies est de satisfaire la clientèle qu’elle soit résidente ou de passage. Ajoutons que, de ce point de vue, c’est le lot, avec plus ou moins de bonheur, de nos vingt autres établissements saintois, de leurs chefs et de leur personnel qui, s’ils ne sont pas aujourd’hui sur la sellette, ne restent pas moins dignes de figurer parmi les meilleures tables de Guadeloupe. C’est l’occasion pour vous, lecteurs résidents ou de passage aux Saintes, de profiter des fêtes de fin d’année pour faire votre choix et vous adonner, sans réticence, en famille ou entre amis, aux plaisirs ineffables de la table. Et de fêter ainsi joyeusement le passage en 2017, année que nous vous souhaitons volontiers appétissante, croustillante et musicale, puisque selon le mot du célèbre compositeur Rossini (1792-1868) : « La bonne cuisine c’est une mélodie que l’on déguste par la bouche »  ….

Présentation Georges Garçon - Ph Atlas des Gourmets

Présentation Georges Garçon – Ph Atlas des Gourmets

                           Alors, Bonne et Heureuse Année gastronomique à tous !

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Aux origines des patronymes saintois

Patrick Péron récidive

peron-patrick-1On ne présente plus Patrick Péron. Rappelons que cet éminent professeur des écoles à la retraite, d’origine basque, s’est installé à Terre-de-Haut voilà 45 ans. Qu’il y a mené une carrière active d’enseignant et d’animateur socio-culturel, faisant de notre île son lieu privilégié de résidence permanente. Marié à une Saintoise et père de deux filles auxquelles naturellement il a dédicacé son présent ouvrage, il s’est passionné très tôt pour l’histoire locale et continue de sonder avec bonheur le passé et l’âme de notre archipel. Recherches qu’il nous fait partager par des publications régulières chez divers éditeurs. Aussi bien très sérieusement sous forme de contributions historiques, que de façon plus légère, romanesque ou poétique. Alors que, trop modeste, il prétend n’être ni historien ni romancier ni poète, Patrick Péron a néanmoins publié précédemment, outre une Petite histoire de Terre-de-Haut, un recueil de poèmes et un roman policier basé sur les faits réels s’étant déroulés aux Saintes entre les années 1782 et 1865. Autant d’ouvrages dont nous avons rendu compte dans notre chronique du 26 septembre 2014 et que l’on peut consulter sur le lien :
https://raymondjoyeux.com/2014/09/26/patrick-peron-historien-poete-romancier/

Colons et engagés aux Saintes du XVII ème au XIX ème siècle :
un précieux ouvrage utile et passionnant

Cet ouvrage sur les patronymes saintois, tel que mentionné en sous-titre, devrait concerner tous les habitants de l’archipel intéressés par leur origine géographique et généalogique. Parue en août de cette année 2016 chez l’éditeur local NESTOR, comme la précédente, cette récente publication  de Patrick Péron « propose, comme il est dit en 4ème de couverture, de faire connaissance avec ces colons et engagés qui ont tout quitté en France, de gré ou de force, pour débarquer dans les îles françaises d’Amérique, de Saint-Domingue à la Martinique, et finalement s’installer et travailler en Guadeloupe, dans les grandes habitations du Sud Basse-Terre dont les Saintes faisaient partie. »  

Tombe ancienne atypique au cimetière de Terre-de-Haut - Ph. R. Joyeux

Tombe ancienne atypique au cimetière de Terre-de-Haut – Ph. R. Joyeux

Bien entendu, Patrick Péron n’entend pas présenter dans ce livre une généalogie rigoureuse et complète de toutes les familles saintoises. Mais il apporte à chacune d’elles des éléments nominatifs et spatiaux leur permettant d’une part de mieux cerner leur identité et de découvrir d’autre part la complexité des liens qui les unissent. Au mythe trop longtemps répandu d’une population saintoise prétendument d’origine exclusivement bretonne se substitue une réalité totalement autre. La diversité des origines géographiques de nos compatriotes est ainsi définitivement établie, sans pour autant, comme le souligne l’auteur, altérer l’essence et l’existence d’une identité communautaire spécifique forgée au fil des années. Même si certains noms ont disparu, les patronymes présents aujourd’hui sur nos deux îles de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas témoignent d’une réelle continuité dans les rapports familiaux. Et si, grâce à l’apport extérieur et au métissage qui s’ensuit, cette continuité exclut tout caractère apparent de consanguinité, elle ne reflète pas moins, par le jeu des alliances, la perpétuation de liens plus ou moins étroits de parenté entre les Saintois, aussi bien sur le plan biologique que patronymique. 

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Une étude toponymique

L’un des nombreux autres intérêts de cet ouvrage de Patrick Péron est l’étude qu’il fait de l’origine des noms des lieux-dits de l’archipel. Cette partie de son livre comprise entre les pages 177 et 181 n’est pas la moins instructive. Elle devrait intéresser plus d’un de nos compatriotes, en particulier les jeunes qui croient que tel site de Terre-de-Haut, par exemple, a pour nom celui d’un établissement hôtelier, alors que c’est au contraire cet hôtel qui a pris le nom du site où il s’est implanté. D’où viennent pour Terre-de-Haut les appellations de Coquelet, l’Anse à Cointre, l’Anse à Gilot, l’Anse Mire, Bois-Joli, Morel, La Rabès… et, pour Terre-de-Bas, Morne Paquet, l’Anse Pajot… etc ? Nous serons plus qu’étonnés des réponses apportées par l’auteur.

Mémorial colonisation de Terre-de-Haut

Mémorial colonisation de Terre-de-Haut – Ph. R. Joyeux

Les maires des Saintes

Enfin, pour compléter la présentation de cet ouvrage et, sans déflorer davantage son  contenu, voici une évocation des maires des Saintes rapportée par Patrick Péron. Sachons tout d’abord que, jusqu’en 1882, les deux îles de l’archipel saintois ne formaient qu’une seule et même municipalité, celle des Saintes. Le premier maire de cette nouvelle collectivité administrative, créée en 1792 par la Révolution, était un notable, grand propriétaire terrien du nom de GRIZEL SAINTE-MARIE. À ce premier magistrat municipal ont succédé dans l’ordre les dénommés Picard, Lassalle, Lasserre, Desnoyers, Jeoffroy, Lassalle à nouveau, Desvallons, Reimonet, Mitre, Nesty, et Jean-Pierre Lognos, originaire de la région de Béziers. C’est sous le mandat de ce dernier maire des Saintes que les deux îles deviennent par décret ministériel, le 9 août 1882, des communes séparées, ayant désormais chacune leur municipalité propre. Précisons pour rappel que de tous ces personnages importants, seul le patronyme catalan Lognos et dans une moindre mesure celui de Lassalle ont survécu, à Terre-de-Haut, aux aléas de l’histoire.

Place de la mairie Terre-de-Bas

Place de la mairie de Terre-de-Bas commémorant la création des deux communes saintoises.

La préface d’ Yvain Jouveau du Breuil

Il est peut paraître étonnant de terminer la présentation succincte d’un ouvrage en évoquant sa préface. Mais il faut savoir que de son propre aveu, son auteur Patrick Péron fait souvent référence à ce généalogiste de renom qu’est Yvain Jouveau du Breuil, auteur lui-même, entre autres d’un Dictionnaire des familles saintoises et d’une publication intitulée Les Normands et le peuplement des Saintes au XVII ème siècle.  C’est donc à ce chercheur que j’emprunterai la conclusion de cette chronique, qui précise très justement en parlant du livre de Patrick Péron : « C’est l’histoire de ces hommes et femmes que l’auteur de cet ouvrage nous donne en lecture pour que cette mémoire reste présente, vive, et que les générations futures perpétuent ce souvenir et continuent le travail de leurs ancêtres. »

On ne saurait mieux dire. Quant à nous, nous ajouterons tout simplement que la publication de cet ouvrage tombe on ne peut mieux en cette fin d’année 2016. Puisse le posséder et en prendre lecture constituer pour chaque habitant de notre communauté saintoise une source de connaissance mutuelle, un appel  à la fraternité et à la tolérance. À ce titre, nous ne saurons trop remercier son auteur, Patrick Péron de nous l’avoir offert, à nous, population saintoise, comme un lien indispensable d’amitié, un cadeau plus que bienvenu en cette période de Noël.

Joyeux Noël donc à vous tous, chers amis lecteurs et lectrices de ce blog.
Et que la nouvelle année qui se présente vous apporte santé, amour, joie, et tout le bonheur que vous souhaitez.
Raymond Joyeux

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PS : Le livre Colons et engagés aux Saintes… de Patrick Péron est en vente chez l’auteur et à la boutique de la presse à Terre-de-Haut, au prix de 22 euros.

On peut par ailleurs se procurer les ouvrages cités d’ Yvain Jouveau du Breuil auprès de l’Association Généalogie et Histoire de la Caraïbe, 81 rue des Trois Territoires, 94120 Fontenay-sous-Bois. E-mail : GHCaraibe@noos.fr. Bonne lecture à tous.

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Terre-de-Haut, terre sans eau ?

Vous avez été très nombreux à consulter la précédente chronique sur le Saut d’eau du Chameau, d’après les photos et video de Cathy FOY. Pour compléter votre information, voici, toujours de Cathy FOY, les images exceptionnelles des conséquences des pluies diluviennes des 9 et 10 novembre 2016 à Terre-de-Haut. Pour visionner les videos, cliquez sur les liens en bleu en dessous des photos.

1 – Au Marigot, carrefour de Pompierre

marigot

Marigot 1

Marigot 2

2 – À  la Savane

savane

Savane

3 – Au Saut d’Eau du Chameau

chameau

Chameau

Merci encore à Cathy pour ses images, et à vous, chers lecteurs, pour votre intérêt et votre fidélité à suivre ce blog.
Suite à ce déluge, qui a dit que Terre-de-Haut était une terre sans eau ?
Je rassure les amateurs de voyage : après cette parenthèse saintoise, je poursuivrai ma chronique de l’été voyageur que vous êtes également très nombreux à suivre.
À très bientôt.
Raymond Joyeux

 

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Un phénomène exceptionnel : le Saut d’Eau déchaîné

Quand le Saut d’eau porte bien son nom

Il faut remonter à bien longtemps pour admirer cette chute d’eau dans toute sa splendeur. Les pluies abondantes et continues de ces derniers jours aux Saintes, en particulier dans la nuit du 9 au 10 novembre 2016, si elles ont surpris les habitants de Terre-de-Haut par leur ampleur, ont surtout réveillé un phénomène peu connu des plus jeunes, la résurgence du Saut d’Eau, au flanc du Chameau.

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Cette cascade épisodique, bien connue des plus anciens, ne s’active qu’en cas de fortes pluies et c’est ce qui s’est passé ces jours derniers. Le phénomène est d’autant plus extraordinaire qu’il est rare. Aussi je remercie Cathy FOY qui n’a pas hésité, en dépit des difficultés d’accès dues aux éboulements, à se rendre sur les lieux pour la photographier et ramener la vidéo ci-dessous qu’elle a bien voulu me confier pour ce blog.

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Pour visionner la chute en action, cliquez sur le lien ci-dessous.

Saut d’eau à Terre de Haut

Encore merci Cathy pour ces images exceptionnelles.

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Art et culture

Le lambi dans tous ses états

img_4317Le magazine Génération+(édition Guadeloupe) publie dans son numéro 7 de Septembre-octobre-novembre 2016 un fort intéressant article sur la conque de lambi utilisée comme instrument de musique. En cette période de pêche règlementée de ce mollusque marin, ouverte uniquement aux professionnels, rappelons-le, du 1er octobre au 31 janvier, il m’a paru opportun de  vous présenter cet article. J’ai donc sollicité à votre intention l’autorisation des responsables de la revue qui me l’ont aimablement accordée, ce dont je les remercie vivement en votre nom. Je profite de cette occasion pour rappeler que deux chroniques sur le sujet ont été publiées sur ce blog les 25 septembre et 9 octobre 2013, alertant entre autres les lecteurs sur les dangers que représentent pour les tortues marines les folles à lambis et autres filets maillants, ainsi que pour leur développement, le déversement des conques vides sur les récifs coralliens. Deux articles illustrés de photographies parlantes prises par des plongeurs professionnels et publiées également avec leur autorisation. Un grand merci encore une fois au magazine Génération+ pour son  aimable collaboration.

La conque marine, un instrument local insolite

Texte de Laurence ROGER

Pêchée en apnée à une dizaine de mètres de profondeur, le Strombus gigas ou mollusque géant des mers, révèle son patrimoine culturel mythique. Découvrons cette corne à tuyaux qui, en fonction de sa taille, promet un son singulier.

Transformation en strombophone mélodieux

Le « Kal » vient quelquefois avec une embouchure naturelle. Cependant, en faire un instrument peut résulter d’un travail de fabrication de cette embouchure, à l’aide d’un procédé de coupe de l’apex, et de chauffe. Ainsi, s’y imbrique un cône rigide ou arche lippale. Le son qui en sort est en fonction de l’allure du tuyau. Ce dernier en donne la hauteur, et c’est l’introduction de la main qui va faire varier la sonorité. Tout le reste s’harmonise autour de l’air, élément principal qui produit le son, des lèvres exprimant les tensions, tandis que le corps de la coquille se transforme en idiophone. Le joueur de conque racle, frappe, souffle, aspire et fait résonner son strombophone dont le timbre sera fonction du matériau naturel.

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Pour mieux connaître et prendre contact avec le magazine Génération+ cliquez sur le lien https://www.facebook.com/generationplusmagazine/

Un passionné à la découverte d’une sonorité profonde

C’était il y a quatre ans. Au détour d’une énième réflexion, Gérard GROS, curieux de tout, s’intéressait de près à ce fruit que la mer donnait encore aux vivants ! Aujourd’hui, il présente fièrement 7 conques, pour 7 sons parfaits de la gamme de Do, et joue de plusieurs instruments à vent de la famille des saxophones.

Gérard GROS - Ph. Jessy Govindama - Mag Génération.

Gérard GROS – Ph. communiquée par Jessy Govindama – Magazine Génération +

http://www.promusika.fr/index.php/musique/portraits-de-professeurs/118-gerard-gros

Retour aux origines 

Autrefois, les Amérindiens utilisaient la conque marine à des fins alimentaires et artisanales. Des lames tranchantes aux colliers, elle servait également d’objet de communication. S’il n’est pas rare, encore de nos jours, de la voir en tant qu’ornement funéraire, installée autour des tombes de terre, sur les mornes arrosés de sels, cette coquille spiralée de tons rosés, se fait entendre surtout en période de carnaval.

Les srombophones de Gérard Gros - Ph Jessy Govindama

Les srombophones de Gérard Gros – Ph. communiquée par Jessy Govindama

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Inauguration du Mémorial ACTe - 15 mai 2015 avec Gérard GROS - Ph. Jessy Govindama

Inauguration du Mémorial ACTe – mai 2015  – Ph. communiquée par Jessy Govindama

Tous nos remerciements renouvelés au Magazine Génération +, à l’auteur de l’article, Laurence Roger et à Jessy Govindama qui nous ont permis de vous présenter ce dossier.

Du temps de l’esclavage

Pour terminer cette chronique, ajoutons que la conque marine a aussi servi aux esclaves marrons comme instrument sonore de ralliement, comme le rappelle la statue ci-dessous érigée en hommage au Marron Inconnu, à Port au Prince, en Haïti, face au palais national.

À la gloire du Marron inconnu -Document Totem (voir lien)

À la gloire du Marron inconnu – Document Totem (voir lien)

http://www.totem-world.com

Pour écouter : https://www.youtube.com/watch?v=CofUIR8mlkc

Bonne lecture et à la prochaine chronique.

Raymond Joyeux

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Un été voyageur (suite)

Copenhague (2ème jour)

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Couchés tard la veille, après une harassante mais agréable journée de marche à travers la ville et sur le port (voir chronique du 25/09), c’est à 9 heures du matin que nous sommes sur pied ce dimanche 7 août. Il fait beau quoiqu’un peu frisquet. C’est le moment propice pour penser à nos parents et amis restés au royaume de France ou à la douce chaleur des Tropiques… Et pour leur témoigner notre affection ou notre amitié, rien ne vaut une petite carte postale et quelques mots gentils griffonnés dans un café. Les SMS et autres e-mails accompagnés de photos marchent aussi mais une vue du pays, affranchie avec un vrai timbre et le cachet de la poste locale faisant foi, c’est autre chose. Et dire que la Poste française a purement et simplement banni les flammes des sceaux postaux qui ont fait pendant longtemps le bonheur des philatélistes !

Flamme postale aujourd'hui disparue. Doc R. Joyeux

Flamme postale aujourd’hui disparue. Doc R. Joyeux

On se demande quel hérisson les a piqués au ministère. Il faut désormais ouvrir son courrier pour en connaître la provenance. Une seule et laconique indication sur l’enveloppe : FRANCE ! Encore heureux, mais quelle ineptie ! Paradoxe et aléas du courrier, nos cartes ne prendront que trois jours pour parvenir aux Antilles alors que celles destinées à la Bourgogne arriveront bien après notre retour. C’est à croire que pour expédier le courrier en France continentale, à moins de 1000 km, la poste danoise utilise cet élégant mais peu véloce voilier photographié dans une vitrine ! À moins que cette entourloupe soit à mettre au compte de NOTRE service public d’acheminement et de distribution particulièrement délabré… il faut, hélas, le reconnaître. Pour preuve, cette lettre postée de « FRANCE » le 20 octobre et reçue aujourd’hui 4 novembre à Pointe-à-Pitre, sans flamme sur l’enveloppe, évidemment, ni indication de ville ou de commune !

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Mais ne perdons pas de temps en vaines considérations, une journée riche en émotions nous attend et je risque de vous décourager, chers lecteurs, en digressions hors sujet. Donc pour revenir à nos moutons voilà le programme de cette ultime journée à Copenhague :
1 – Visite du quartier latin
2 – Halte et repas aux Halles
3 – Musée Glyptothèque
4- Ville libre de Christiania…

La visite du quartier français dit aussi quartier latin

img_7740Équivalent de notre Quartier Latin parisien, ce quartier médiéval estudiantin de Copenhague fait partie des visites incontournables, avec beaucoup d’autres, de la capitale danoise. C’est après avoir déambulé dans les grandes artères limitrophes, les nombreuses rues commerçantes et fait escale dans quelques-unes des boutiques « à la mode » que nous parvenons au cœur de cette partie de la ville, lieu de rendez-vous des intellectuels danois très prisé des visiteurs. Un café à l’enseigne de L’Éducation Nationale attire notre attention et c’est inévitablement que j’en photographie la façade, sans prendre hélas le temps d’y pénétrer, ayant déjà flâné deux heures aux alentours, et amplement satisfait notre curiosité mercantile et culturelle. Il faut dire que nous avons quitté notre gîte à 11h30, et qu’une escale gastronomique serait la bienvenue à ce moment de la journée. Aussi prenons-nous la direction des Halles, autre curiosité et étape obligatoire de ce périple de rêve.

                   Le Marché couvert  de la place Israels Plads : le Thorvehallerne

img_7754-1-copieEn réalité, ce ne sont pas les coupoles de verre qui font la célébrité architecturale de ce marché que nous découvrons, mais une réplique provisoire construite à l’identique. Situé à quelques mètres seulement, le « vrai » marché couvert, le plus grand de Copenhague, est pour le moment en rénovation. Mais nous ne perdons rien au change et il faut être averti pour s’en rendre compte ! La surface (700 m2) est la même ainsi que le nombre des restaurants, boutiques et kiosques prêts à nous recevoir et à satisfaire notre appétit grandissant et nos papilles en ébullition. Le temps de faire le tour de ce palais de la dégustation, de trouver quatre places libres et de choisir nos menus, nous sommes radicalement émerveillés autant par la diversité, la qualité et la fraîcheur des victuailles que par l’accueil, la disponibilité et la gentillesse du personnel. Fidèles à notre habitude, nous ne commandons que des spécialités. Simplicité, authenticité, telle est notre devise gastronomique. Le tout, bien entendu, arrosé d’une belle bière locale mousseuse à  souhait, à l’arôme et à la saveur incomparables.

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Enfin, au Marché Thorvehallerne, pour reprendre une précision trouvée sur le site visitdenmark.fr, et que je confirme : « aux restaurants et aux petits kiosques s’ajoutent les vendeurs et les producteurs qui offrent leurs marchandises aux visitateurs, comme d’excellentes sélections de thé, café et d’autres produits alimentaires. »

Pour rire : ce petit singe du T . Ph R.Joyeux

Pour sourire : ce petit singe du Thorvehallerne, amateur de banane . Ph R.Joyeux

En route pour le Musée Carlsberg

Une pièce de la collection égyptienne- Ph. Alexandre

Une pièce de la collection égyptienne- Ph. Alex

La troisième étape de notre visite de Copenhague en ce dimanche 7 août, n’est autre que le Musée Carlsberg situé au centre-ville, assez loin d’Israels Plads, ce qui nous oblige à prendre le métro. Petit moment de repos pour nos jambes, propice en même temps à la digestion. Il ne faut néanmoins pas s’endormir car la journée avance à grands pas, même si le soleil se couche encore assez tard en ce troisième tiers de l’été. Ce Musée, nommé  Glyptothèque, a été créé par le fils du célèbre brasseur Carlsberg et construit en trois étapes : 1897 – 1906 – 1996. Sa réputation internationale vient de toutes les collections exposées, danoises et étrangères : peintures et sculptures notamment, enrichies d’une collection d’art étrusque. Le temps nous manque pout tout voir et apprécier. Entre les Gauguin, Monet, Pissaro, Cézanne, Renoir, Delacroix, Degas, Toulouse-Lautrec, Bonnard, pour ne citer que les Français, nous ne savons où donner du regard. Sans compter les pièces uniques de la statuaire grecque et romaine qu’il faut voir à tout prix, ainsi que les salles réservées à Rodin, aux bas-reliefs égyptiens, aux sarcophages… C’est merveille à tous les étages et recoins de ce fantastique temple de la culture. Heureusement, pour nous guider des dépliants nous renseignent sur les pièces exposées ce qui nous facilite le parcours. Mais pour vraiment tout apprécier il faudrait une seconde et une troisième visites. Retenez bien l’adresse de ce Musée : 7, Dantes Plads, 1556 Copenhague, Danemark, en face des Jardins du Tivoli.

Façade du Glyptothèque - Ph. R. Joyeux

Façade du Glyptothèque à Copenhague – Ph. R. Joyeux

Christiania : la ville libre de Copenhague

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À l’entrée de Christiania – Ph. R. Joyeux

Il est impensable de séjourner à Copenhague sans avoir parcouru la ruelle centrale de ce quartier édifié en 1971 sur les terres d’anciennes casernes et autoproclamé « Ville libre de Christiania ». C’est ce que nous faisons en cette fin de journée du 7 août 2016. Ville libre certes, mais truffée d’interdictions, en particulier celles de porter des armes et de prendre des photos, ou alors il faut être particulièrement discret et ne pas se laisser prendre en flagrant délit. Des gardes parmi les résidents veillent, qui sont prêts à vous bondir dessus et vous confisquer appareil photo ou portables et pas gentiment, à ce qu’il paraît, et ce, en dépit les effets euphorisants du cannabis que l’on peut se procurer et « consommer » à sa guise en toute liberté, à l’exclusion de toutes drogues dures dont la vente est interdite sous peine de bannissement. Communauté autogérée, en conflit permanent avec les autorités, mais qui tient bon malgré la date déjà fixée par le gouvernement danois de l’évacuation de la zone et sa destruction annoncée. En attendant, au son d’une musique endiablée exécutée par un groupe hippie sous un chapiteau improvisé, nous parcourons en toute quiétude, avec d’autres visiteurs impassibles, ce paysage insolite quasi urbain aux baraques à l’architecture improbable, incrustées au milieu de la verdure et d’un plan d’eau troublé uniquement par les vaguelettes soulevées par le vent du large. Nous faisons le tour de la zone pour regagner nos pénates, la tête emplie d’images et d’émotions, plus que satisfaits de notre séjour danois et prêts à poursuivre plus au nord notre périple puisque demain lundi 8 août, nous naviguerons vers la Suède et sa mythique capitale : Stockholm.

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Sculpture insolite ( ph. R. Joyeux prise en cachette)

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La Toussaint : une triple signification pour les Saintois

Bonjour chers lecteurs
À celles et ceux qui attendent la suite de mon voyage en Scandinavie je demande de bien vouloir m’excuser pour cette interruption indépendante de ma volonté et de patienter encore un peu. Je terminerai cette chronique d’été dans quelques jours. En attendant, voici, en cette veille de la Toussaint, l’article que j’avais publié sur le sujet fin octobre 2013. Estimant qu’il est toujours d’actualité, en dehors des dates et de la disposition des illustrations, je ne l’ai modifié en rien. J’ai aussi ajouté une photo prise cette année 2016. Ce qui me donne l’occasion de préciser que notre petit cimetière est plus coquet que jamais. Employés communaux et particuliers ont eu à cœur en effet de peaufiner entretien et embellissement. Ce qui signifie que le culte et le respect des morts restent toujours très vivaces à Terre-de-Haut et que nos disparus ne sont pas oubliés. Une pensée particulière pour tous ceux qui nous ont quittés en cette année 2016, aux Saintes ou ailleurs : parents, amis, connaissances…

La découverte du 4 novembre 1493

images3La période de la Toussaint devrait être pour les Saintois l’occasion de célébrer un triple événement. L’anniversaire tout d’abord de la découverte de notre Archipel par Christophe Colomb voilà 523 ans cette année 2016, la fête des Saints ensuite, la commémoration enfin de nos semblables défunts.

Si le premier de ces trois événements est généralement passé sous silence, nous n’apprendrons rien à personne en rappelant que c’est à son deuxième voyage que Christophe Colomb, parti de Cadix le 25 septembre 1493, aperçut la Désirade, après 21 jours de navigation depuis les îles Canaries ; puis Marie-Galante et la Dominique le dimanche 3 novembre 1493. Et c’est au matin du lundi 4, qu’il aperçut et baptisa notre petit Archipel Los Santos en se rapprochant de la Guadeloupe proprement dite pour y faire reposer ses équipages. Nous étions en l’octave de la Toussaint et le nom se féminisa par la suite en se francisant, d’où : Les Saintes.

La fête de tous les Saints

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Fra Angelico : L’assemblée des Saints
1423 – 1424

Quant aux deux autres événements, respectivement célébrés chaque année le 1er et le 2 novembre par les catholiques, chacun sait que ce sont deux fêtes religieuses établies par l’Église de Rome aux 8ème et 10ème siècles. La première, codifiée par le pape Grégoire IV pour honorer les Saints et Martyrs, la seconde instituée en 998 par  Saint Odilon, abbé de Cluny,  pour commémorer les fidèles décédés.

La célébration des morts

Illumination d'un cimetière en Pologne le 2 novembre

Illumination d’un cimetière en Pologne à la Toussaint 

Si les traditions varient d’un pays à l’autre, voire d’un cimetière à l’autre, quant à la manière d’honorer les morts en rénovant et en fleurissant par exemple les tombes avec tel ou tel type de fleurs, l’usage de les illuminer, s’il n’est pas universel, n’est pas non plus l’exclusivité des Antilles et encore moins des Saintes. Dans beaucoup de pays de par le monde, la tradition de l’illumination est bien établie, comme le montre la photo ci-dessus d’un cimetière polonais un soir de premier novembre.

Le petit cimetière de Terre-de-Haut

Tombe d'autrefois rénovée

Tombe d’autrefois rénovée. Ph R. Joyeux

Pour revenir aux Saintes, il faut bien se rendre à l’évidence : le petit cimetière de Terre-de-Haut autrefois renommé pour ses modestes tumulus de sable, entourés de conques de lambis, remplacées chaque année en cette période, a perdu depuis longtemps son cachet et son originalité. S’il subsiste encore quelques rares sépultures traditionnelles, typiquement saintoises, régulièrement entretenues par les familles des défunts, la quasi totalité des tombes d’aujourd’hui sont des caveaux de béton qui ne présentent en soi aucun intérêt culturel ou esthétique, même si les guides touristiques persistent abusivement à recommander une visite du lieu, pour, prétendent-ils, « son pittoresque et son caractère unique exceptionnel », ce qui reste à prouver aujourd’hui mais qui était parfaitement vrai autrefois.

Caveaux de béton actuels

Caveaux de béton actuels. Ph R. Joyeux

Les tombes de marins

Ce qui fait néanmoins l’intérêt de ce cimetière devenu trop petit, (au point d’empiéter sur le morne voisin), mais chaque année rénové et embelli par le nettoyage, la peinture et la remise en état des tombes et des allées, c’est le fait que pas moins de 28 matelots et officiers de tout grade de la Marine nationale française y ont été inhumés entre 1838 et 1941, à une époque où les navires de guerre français faisaient escale aux Saintes et y étaient bienvenus.

 

Mémorial des marins décédés

Mémorial des marins décédés

En cette année 2013 (et cette année 2016 également), on ne peut que se réjouir de constater qu’un réel effort ait été accompli pour relever quelques-unes de ces tombes, désensabler les sépultures enfouies, entourer certaines de conques, repeindre les pierres tombales ou les stèles, allant même parfois, par excès de zèle,  jusqu’à cacher sous la peinture blanche la marque tricolore barrant le haut de leur croix.
Un monument en leur mémoire est édifié qui porte leurs noms et l’année de leur décès. Quant aux tombes elles-mêmes de ces marins morts et enterrés aux Saintes, on peut en répertorier aujourd’hui une petite douzaine pour la plupart surmontées d’une plaque de cuivre gravée, souvent difficilement lisible, d’une croix en bois ou d’une stèle de pierre mentionnant généralement leur identité, leur qualité, leur grade, leur région d’origine parfois,  la date exacte et la cause de leur décès.

Illuminations à Terre-de-Haut Ph R.Joyeux

Illuminations à Terre-de-Haut. Photo R. Joyeux

En attendant que les sépultures de ces marins soient totalement réhabilitées et leurs occupants parfaitement identifiés, les photos qui suivent sont un modeste hommage rendu à leur mémoire.

Tombe de marin

 Quartier-maître torpilleur LE GALLOU Paul
décédé aux Saintes en 1897

Tombe d'un marin inconnu

Tombe d’un marin inconnu

Pierre tombale rénovée

Pierre tombale désensablée et rénovée

Et pourquoi ne pas imaginer qu’un jour on réunisse dans un carré qui leur serait réservé les restes et les tombes éparpillées de ces militaires ? Ce serait tout à l’honneur des autorités saintoises, et Terre-de-Haut se réconcilierait ainsi avec la Marine nationale qui a tant servi l’Archipel et ses habitants par le passé. Mais peut-être aussi qu’en les laissant mêlés  aux sépulcres de la population, on perpétue les liens qui les unissaient aux gens du pays. Cette idée n’est pas non plus finalement à rejeter ! À vous, lecteurs, de donner votre avis et d’exprimer vos suggestions.

Allée centrale : les bordures en conques étaient en cours le jour de la photo.

Allée centrale : la décoration des bordures était en cours le jour de la photo, 26 octobre 2016

R.Joyeux

 

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L’été voyageur (suite)

Deuxième étape :
COPENHAGUE (1ère journée)

Le salon de notre logement à Amsterdam. Ph. R. Joyeux

Le salon de notre logement à Amsterdam. Ph. R. Joyeux

Après ces trois journées de rêve à Amsterdam, nous voilà en route, ce vendredi 5 août 2016 pour Copenhague. Avant le départ, en milieu de matinée, nous astiquons et rangeons notre logement pour le laisser au moins aussi propre et accueillant qu’à notre arrivée. C’est une question de bienséance et de respect pour nos charmants hôtes néerlandais. Nous n’avons d’ailleurs jamais dérogé à ce principe sacré et élémentaire. Ce qui est généralement le cas, soyons justes, pour la plupart des visiteurs puisque sur le site de location, les propriétaires laissent toujours un commentaire sur leurs clients et rares sont les critiques négatives concernant l’état des lieux après leur passage. Notre gros souci cependant c’est de charger adéquatement la voiture pour, en plus du coffre déjà bien rempli, laisser la place à l’arrière à deux passagers sans leur entraver les jambes avec des paquets, style coussins originaux acquis à bon prix… Sans compter les autres achats qui surviendront par la suite. Bon, ce n’est plus le temps de tergiverser, il est 10 heures et nous avons à faire d’une traite 785 Km pour arriver à destination, soit plus de 9 heures de voyage dont une en ferry avec armes et bagages !

Les embouteillages de Hambourg

Avant de nous embarquer à 18h15 sur un ferry de la compagnie Scandlines pour rejoindre le Danemark, nous devons traverser une bonne partie de l’Allemagne du nord et subir les embouteillages de la périphérie de Hambourg. Mis à part les kilomètres avalés depuis le départ à 10h15 d’Amsterdam, c’est le seul inconvénient que nous rencontrons. Il faut savoir en effet que les autoroutes allemandes sont gratuites et que la vitesse y est illimitée. Ce qui nous permet de tester les performances de la voiture (hum… hum !) et de récupérer une partie du temps perdu dans l’embouteillage ! À vrai dire, le plus impressionnant ce n’est pas tant l’absence de limitation de vitesse que la discipline et la prudence innées des Allemands (et des gens du Nord en général) en matière de conduite automobile : distance respectée entre les véhicules, utilisation des clignotants, dépassement sans danger, retour systématique sur la voie de droite : une vraie culture sécuritaire de la route dont les Français (et les Guadeloupéens) devraient grandement s’inspirer… Conduite sereine donc qui nous permet d’arriver sans encombres à Puttgarden, ce petit port d’Allemagne sur la Baltique où nous attend notre ferry…

Paysage bucolique d'Allemagne du nord. - Ph. R. Joyeux

Paysage bucolique d’Allemagne du nord. – Ph. R. Joyeux depuis la voiture

Embarquement et arrivée au Danemark

À part être allé une fois en barge à Marie-Galante avec ma voiture depuis Pointe-à-Pitre, (ce qui m’avait coûté plus cher que d’en louer une sur place !) je n’ai jamais pris véritablement de ferry. C’est dire combien cette liaison maritime insolite pour moi entre l’Allemagne et le Danemark m’intéresse. L’embarquement se fait à Puttgarden sur la petite île allemande de Fehmarn (reliée par un pont au continent). Une seule compagnie, la Scandlines, assure la traversée de 18 km, que ses navires effectuent 48 fois par jour en 50 minutes avec environ 300 véhicules et leurs occupants.

En attente du ferry, notre voiture en TT louée depuis PàP. Ph. R.Joyeux

En attente du ferry, notre voiture en TT louée depuis PàP. Ph. R.Joyeux

Aucune procédure douanière d’embarquement, sauf à payer la traversée (93€ pour une voiture et quatre passagers) et à prendre votre ticket qui vous indique la file à suivre, tout étant réglé par ordinateur. Une petite attente d’une demi-heure, le temps que le ferry accoste de sa traversée en cours et vous voilà parti sous le soleil pour le Danemark. À bord, sitôt la voiture sagement garée à l’emplacement prévu, vous gagnez le pont supérieur où tout est organisé pour vous rendre la traversée agréable : boutiques, bars, restaurants, salles de repos, larges coursives extérieures pour vent du large et bains de soleil si vous ne craignez ni les ultraviolets ni d’être décoiffé.

Un des ferries assurant la traversée. Ph. R. Joyeux

Un des ferries assurant la traversée. Ph. R. Joyeux

Le débarquement à Rodby au Danemark se fait aussi aisément que l’embarquement : aucune formalité particulière. Ce qui prouve que sur ce point l’Europe a du bon même si certains pays ont conservé leur monnaie, toutes facilement convertibles en euros. Il nous reste 2 heures de route avant notre arrivée à Copenhague que nous atteignons à 21 heures 20 exactement, alors que la nuit n’est pas encore tombée. Parti lui aussi en voyage, notre logeur a laissé la clé à la gare (c’est une habitude, semble-t-il). Nous la récupérons sans problème et trouvons facilement son adresse, guidés par le GPS. Il est trop tard pour une visite de la ville mais nos horaires sont globalement respectés et avons prévu de quoi dîner…

Visite de la ville

Samedi 6 août

En préparant ce périple fin mai, nous n’avons pas oublié que nous serons en vacances et maîtres de notre temps. Ô trop heureux professeurs et étudiants s’ils connaissaient leur bonheur !  pour parodier maladroitement la célèbre adresse de Virgile aux agriculteurs  « O fortunatos nimiun agricolas »… citation que connaissent tous les latinistes un peu sérieux. Aussi nos levers, sans être trop tardifs, ne sont pas non plus trop matinaux. C’est donc dans la matinée déjà bien avancée du samedi 6 que nous prenons vers 11h le bus pour le centre ville, comme nous l’avons fait à Amsterdam. Sans but précis nous errons dans les quartiers populeux, côtoyant dans la plus longue rue commerçante d’Europe des visiteurs de toutes nationalités, reconnaissables à leurs parlers. Ce qui nous confirme que Copenhague est une capitale cosmopolite, ouverte à la culture et à la convivialité. C’est une ville où il fait bon flâner dans les rues anciennes, où les façades des maisons du XVIIè siècle donnent sur des places pavées ou se reflètent sur l’eau tranquille des canaux fréquentés de magnifiques voiliers traditionnels aux pavois multicolores.

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Quatorze heures : après avoir bien marché et conduit nos pas de merveille en merveille, un en-cas s’impose que nous dénichons dans un petit bar en sous-sol sans prétention mais fleurant bon le quartier populaire et la tradition culinaire danoise. Pour que personne ne soit en reste, c’est équitablement que nous nous partageons les deux plats de spécialités recommandées par la serveuse. La photo ci-dessous vous donnera certes un bel aperçu des coloris mais il vous manquera le piquant alléchant des saveurs et le chuintement harmonieux des bulles de la bière dans nos verres. O fortunatos nimiun !

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Cette pause gastronomique bien méritée ne signifie pas la fin de notre promenade. Nous avons un long après-midi devant nous car, à cette latitude, le soleil se couche encore tard à cette époque de l’année. Sont au menu : un petit tour sur le port où la foule bon enfant circule paisiblement entre les stands, la visite incontournable à la Petite Sirène, un passage obligé devant la citadelle (le fameux Kastellet), le palais d’Amalienborg, résidence officielle de la famille royale et, pour finir la journée, la tour en spirale de l’église Notre Sauveur.

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Impossible pour moi de photographier convenablement la Petite Sirène, cette œuvre archi connue du sculpteur Edvard Eriksen et mascotte du port de Copenhague que voilà peu j’aurais juré ne jamais voir « en vrai ». Difficile donc à photographier, tant à cause de la foule des visiteurs massés devant le site que par la lumière inappropriée qui m’empêche de bien voir le visage de la fille la plus photographiée du pays ! Je vous donne néanmoins un aperçu du résultat mais pour en savoir plus sur cette statue mythique, je vous renvoie à Internet, vous trouverez tous les détails de sa rocambolesque histoire :

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Sur notre parcours, notre admiration est sans borne pour les aménagements urbains – tout est fait ici pour rendre la vie des citadins (et des visiteurs) pratique et agréable -,  le paysage et les nombreux bâtiments historiques qu’il me serait loisible de décrire et que j’ai photographiés en long et en large, peut-être inutilement. Mais mon texte lui-même déjà trop long m’interdit de m’attarder. Aussi sans transition, je passe directement à l’escalade de la Tour en spirale de l’Église du Saint-Sauveur. C’est du haut de cette tour ronde sans marche (pour permettre aux chevaux d’accéder au sommet) que la ville nous apparaît dans toute sa splendeur et son architecture unique au monde : paysage urbain incomparable, ponctué des dômes ou clochers verts des églises et leurs flèches lancées à l’assaut du ciel.

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Le soir descend lentement mais si la foule est toujours aussi dense nous devons penser, sans nous presser, à regagner nos pénates… non sans nous arrêter dans les boutiques et à la pâtisserie Konditori La Glace dont l’alléchante vitrine nous invite à entrer. Une journée donc à marquer d’une pierre blanche alors que Copenhague ne nous a pas encore livré tous ses secrets, très loin de là. Ce sera sans doute chose faite en partie demain dimanche et que je vous relaterai dans une prochaine chronique. À bientôt donc chers lecteurs et un grand merci pour votre constance et votre patience à me lire.

Sous le ciel de Copenhague, le samedi 6 août 2016 - Ph. R. Joyeux

Sous le ciel de Copenhague, le samedi 6 août 2016 – Ph. R. Joyeux

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Le merveilleux jardin de Tonton Fernand

img_5682-copieÀ l’heure où nous apprenons le décès subit de notre ami Fernand BÉLÉNUS, faisant une parenthèse sur mon récit de voyage, je vous propose l’article publié en janvier 2014 et rédigé par Alain Joyeux sur le jardin merveilleux de Tonton Fernand. J’exprime ici ma vive sympathie et mes plus sincères condoléances à l’épouse, aux enfants et à la famille de Fernand. Cette immense personnalité saintoise laissera à coup sûr une trace indélébile dans la mémoire collective de notre population. Par son humour, sa jovialité, sa détermination et son sens de la justice, Fernand, électricien professionnel, fut également un navigateur chevronné et, depuis sa retraite de l’EDF, avait réalisé un magnifique jardin biologique que nous décrit superbement Alain Joyeux.  Puisse cette chronique contribuer à perpétuer la mémoire de notre ami Fernand auprès de tous les Saintois mais aussi de tous ceux qui de Guadeloupe, de France et de Navarre avaient l’habitude de descendre chez lui à Grand’Anse et qui ont su apprécier son accueil, son franc parler et ses connaissances de l’histoire saintoise. Ils sauront, comme nous, qu’ils ont perdu un ami sincère, généreux et courtois. Paix à son âme.

UNE OASIS SUR UN CAILLOU ARIDE

Tonton Fernand : un jardinier artiste Fresque réalisée dans son jardin

  Un jardinier artiste : 
Fresque réalisée par Tonton Fernand sur un mur de son jardin biologique

Dans le domaine des recettes écologiques de bonne fame (orthographe exacte de l’expression originale : du latin fama, qui donne fameux en français, famous en anglais, et qui signifie «de bonne réputation ou de bonne notoriété»), voici un témoignage  agroécologique rapporté, contre toute attente, de l’île la moins agricole entre toutes de l’archipel de la Guadeloupe : j’ai nommé la belle Terre-de-Haut des Saintes, réputée pour être le repaire des meilleurs pêcheurs de la Caraïbe et pour ses clichés d’Éden touristique, mais peu connue pour ses quelques jardiniers qui ont le grand mérite de cultiver des fruits et légumes sous un climat de sécheresse plus propice aux cactus qu’aux salades !

Tonton Fernand dans son jardin

Tonton Fernand récoltant du zavé

Rencontre, imprévue donc, avec Tonton Fernand, hôte d’accueil avec son épouse, proposant de ravissants bungalows pour voyageurs curieux, dans un cadre de verdure atypique sur cet îlot aride. Fernand s’est investi dans l’aménagement et la culture d’un jardin créole biologique (fruitiers, potager et basse-cour) sur son petit domaine en bord de mer, entre le cimetière et l’aérodrome local. Ce dernier, construit par l’armée dans les années 1966-67, avait privé l’île d’un biotope unique, celui d’un étang d’eau douce-saumâtre où le bétail pouvait s’abreuver, biotope disparu qui était aussi le refuge d’oiseaux de mer sédentaires et migrateurs. Les oiseaux de fer avaient eu raison de ceux à plumes… Mais les plumes, nous le verrons plus loin, n’avaient pas dit leur dernier mot !

Arrosage fernand 7

Eau d’arrosage de récupération

Premier problème à régler sur ce « caillou aride » : L’EAU. A savoir qu’il n’y a pas de source ni de puits sur l’île. Celle-ci n’est reliée que récemment (1994) à un réseau de conduites sous-marines depuis la Guadeloupe – elle est par conséquent très chère au robinet public. (Relire l’historique de Raymond sur le sujet). L’eau utilisée par Fernand provient de ses citernes domestiques de récupération pluviale (30m³ de réserve, idéal pour tenir le « carême », saison sèche aux Antilles).

Deuxième ressource primordiale : La TERRE. Le sol hérité n’étant constitué principalement que de sable blond marin, silice quasiment pure et sel peu fertiles, un amendement de sables volcaniques noirs importés de Guadeloupe (du Continent comme disent les Saintois !) a été le choix de sol adopté, amendement enrichi ensuite par du compost. Possesseur du seul broyeur de végétaux de l’île, Fernand élabore ainsi son compost à partir de biomasse récupérée dans son jardin (fibre de coco, déchets de cultures…) ou sur la plage atlantique de Grande Anse qui borde son petit domaine (algues).

Culture sous serre avec brumificateur

Culture sous serre avec brumisateur

Pour les semences, en plus des spécialités locales, il ramène des variétés de ses voyages réguliers en Europe et en France qu’il acclimate : tomates, salades, haricots… et des artichauts dont il est fier ! Sa dernière création au jardin : une ombrière avec un système d’arrosage par brumisa-teur pour les salades.

Hormis toutes les bonnes raisons qui précèdent et la cordialité de l’accueil, l’intérêt de cette rencontre pour notre sujet est l’utilisation par Fernand de fertilisants originaux ainsi que de répulsifs à base de plantes locales, plantes spécifiques à ce micro-climat .

Un résultat éloquent

Un résultat éloquent

Les Saintois, population insulaire longtemps isolée (où tout vient de la mer et par la mer), manquant d’eau, ont toujours cultivé l’art de l’économie de ressources et de moyens, art du système D, de la récupération et du recyclage. Il est ainsi naturel que les habitants encore en lien avec la mémoire collective du manque et de l’isolement, gardent une attitude et des gestes d’économie et optimisent au maximum ce qu’ils ont sous la main, car ici tout coûte en effort et en argent pour faire venir par bateau l’indispensable, le nécessaire et le superflu… Cet état d’esprit avisé perdure encore parmi les Saintois(es) même si les temps récents d’abondance et de gaspillage font quelque peu oublier à certains ces sages habitudes.

Plumes fernand

Rien d’utile ne se perd !

Parmi ces recyclages créatifs et fertiles, voici celui à partir du plumage de nos chers volatiles de basse-cour ! Fernand utilise donc les plumes et le duvet de ses volailles (sacrifiées à la gastronomie) qu’il laisse macérer dans l’eau de pluie jusqu’à désagrégation dans un bac hermétique stocké à l’ombre pendant trois semaines… La préparation est filtrée, diluée et ajoutée à l’eau d’arrosage. Fernand a testé une demi parcelle avec cette macération et l’autre sans ; les résultats sont parlants : les cultures en place sur le sol arrosé avec cette préparation furent incomparablement plus vigoureuses et nettement plus productives !

Cabris sur mornes

Cabris en liberté broutant sur les mornes

Autre préparation fertilisante : son purin d’orties. Non pas de l’ortie du type labiée que nous connaissons en Europe dont il existe une variante tropicale que l’on peut trouver en Guadeloupe, mais de cette ortie dite « zoti » qui est une liane très urticante qu’il ramasse dans les mornes, collines de forêts sèches. Parenthèse utile pour dire que ces forêts arbustives sont d’ailleurs menacées par l’érosion galopante induite par une surpopulation de cabris affamés (cheptel privatif errant) dont la salive corrosive ne laisse aucune chance aux arbustes mutilés et aux jeunes pousses. Cette menace écologique de désertification de l’île n’est pas connue des visiteurs  amateurs de plages et d’eaux turquoises et est absente des préoccupations des élus locaux (jusque à preuve du contraire – nous tendons encore une perche ). Cette commune insulaire touristique joue pourtant la carte de l’écologie dans les documents promotionnels diffusés ; un vœu en partie cependant exaucé si l’on considère par exemple que la décharge municipale située longtemps à l’emplacement d’une réserve de biotope a été supprimée, par une directive européenne, en janvier 2011.

Aloes

L’aloès : une mine de vertus thérapeutiques

Une des plantes utilisée comme répulsif des pucerons et autres insectes indésirables, est l’aloès. Cette plante médicinale aux multiples vertus reconnues depuis l’Antiquité est abondante sur ces îlots rocailleux ; plante de bonne fame s’il en est ! L’amertume caractéristique de l’aloès a donné l’idée à Fernand d’en préparer une macération qu’il pulvérise en traitement foliaire… L’aloès, est notoirement utilisé aux Antilles et réputé pour son efficacité remarquable : multiples usages, en interne (traitement auxiliaire des ulcères, hémorroïdes…) et en externe ( cicatrisant, régénération de la peau – brûlures, coups de soleil…). Il est de plus connu des femmes allaitantes en badigeon sur les seins pour sevrer les bébés). L’enfançon voudra alors trouver meilleur ailleurs… La comparaison est peut-être indélicate mais pertinente : les insectes suceurs délaissent pareillement la sève des plantes ainsi enrobées !

Insecticides naturels à base de végétaux endogènes

Répulsifs et insecticides naturels à base de végétaux 

Pour lutter contre les maladies cryptogamiques, Fernand a remarqué deux plantes (le mangle bord de mer, en créole « mang’ » et le « zavé », arbustes du littoral ) qui, à l’état naturel sont toujours vigoureuses et jamais malades malgré de rudes conditions extérieures (sécheresse, vents salins…). Cette observation lui suffit pour élaborer à partir des feuilles de ces arbustes des macérations qu’il pulvérise à titre préventif et curatif. Les recettes communiquées seront utiles à peu de personnes (hormis, peut-être, celle à base de plumes ) mais l’exemple vaut ici pour illustrer cette capacité d’adaptation à des conditions très localisées, ce qui révèle à la perfection ce que l’on entend par « agroécologie » : c’est-à- dire une authentique intelligence verte, basée sur l’observation, la récupération ou la transformation des déchets organiques, ou considérés comme tels, ainsi que sur l’utilisation créative des ressources minérales, végétales et animales alentour des lieux de cultures.

Calebasse douce tropicale

Calebasse douce tropicale

D’aucuns diront qu’une telle agroécologie n’est possible qu’à l’échelle de jardiniers amateurs sur de petites surfaces sans enjeu économique et non soumise à des contraintes de production. Certes ! Mais les expériences à plus grande échelle ( que nous avons présentées lors de ces journées d’échange en Guadeloupe) existent néanmoins et montrent la pertinence de ces pratiques et leurs possibilités de haut rendement à long terme. Le jardinier n’est pas l’agriculteur, mais un défricheur d’idées et de pratiques, un expérimentateur qui ouvre des chemins possibles pour les professionnels présents et à venir. Alors, à nos jardins, citoyens !

Fernand doigt

Le jardinier écolo : un exemple à suivre

«L’agroécologie : un enjeu global, des actions locales ! » Le local commence par le tout petit, le lopin privé, le jardin créole familial et convivial… Les rencontres que nous avons proposées en Guadeloupe, « Radio-bois-patate » la bien nommée (le bouche à oreille antillais) et,  je l’espère, ce bref  reportage, ont fait et feront leur travail de diffusion nécessaire. Je le souhaite en tout cas.

Alain Joyeux

étang B

L’Étang Bélénus en pleine eau – Année 50

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