Aux origines des patronymes saintois

Patrick Péron récidive

peron-patrick-1On ne présente plus Patrick Péron. Rappelons que cet éminent professeur des écoles à la retraite, d’origine basque, s’est installé à Terre-de-Haut voilà 45 ans. Qu’il y a mené une carrière active d’enseignant et d’animateur socio-culturel, faisant de notre île son lieu privilégié de résidence permanente. Marié à une Saintoise et père de deux filles auxquelles naturellement il a dédicacé son présent ouvrage, il s’est passionné très tôt pour l’histoire locale et continue de sonder avec bonheur le passé et l’âme de notre archipel. Recherches qu’il nous fait partager par des publications régulières chez divers éditeurs. Aussi bien très sérieusement sous forme de contributions historiques, que de façon plus légère, romanesque ou poétique. Alors que, trop modeste, il prétend n’être ni historien ni romancier ni poète, Patrick Péron a néanmoins publié précédemment, outre une Petite histoire de Terre-de-Haut, un recueil de poèmes et un roman policier basé sur les faits réels s’étant déroulés aux Saintes entre les années 1782 et 1865. Autant d’ouvrages dont nous avons rendu compte dans notre chronique du 26 septembre 2014 et que l’on peut consulter sur le lien :
https://raymondjoyeux.com/2014/09/26/patrick-peron-historien-poete-romancier/

Colons et engagés aux Saintes du XVII ème au XIX ème siècle :
un précieux ouvrage utile et passionnant

Cet ouvrage sur les patronymes saintois, tel que mentionné en sous-titre, devrait concerner tous les habitants de l’archipel intéressés par leur origine géographique et généalogique. Parue en août de cette année 2016 chez l’éditeur local NESTOR, comme la précédente, cette récente publication  de Patrick Péron « propose, comme il est dit en 4ème de couverture, de faire connaissance avec ces colons et engagés qui ont tout quitté en France, de gré ou de force, pour débarquer dans les îles françaises d’Amérique, de Saint-Domingue à la Martinique, et finalement s’installer et travailler en Guadeloupe, dans les grandes habitations du Sud Basse-Terre dont les Saintes faisaient partie. »  

Tombe ancienne atypique au cimetière de Terre-de-Haut - Ph. R. Joyeux

Tombe ancienne atypique au cimetière de Terre-de-Haut – Ph. R. Joyeux

Bien entendu, Patrick Péron n’entend pas présenter dans ce livre une généalogie rigoureuse et complète de toutes les familles saintoises. Mais il apporte à chacune d’elles des éléments nominatifs et spatiaux leur permettant d’une part de mieux cerner leur identité et de découvrir d’autre part la complexité des liens qui les unissent. Au mythe trop longtemps répandu d’une population saintoise prétendument d’origine exclusivement bretonne se substitue une réalité totalement autre. La diversité des origines géographiques de nos compatriotes est ainsi définitivement établie, sans pour autant, comme le souligne l’auteur, altérer l’essence et l’existence d’une identité communautaire spécifique forgée au fil des années. Même si certains noms ont disparu, les patronymes présents aujourd’hui sur nos deux îles de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas témoignent d’une réelle continuité dans les rapports familiaux. Et si, grâce à l’apport extérieur et au métissage qui s’ensuit, cette continuité exclut tout caractère apparent de consanguinité, elle ne reflète pas moins, par le jeu des alliances, la perpétuation de liens plus ou moins étroits de parenté entre les Saintois, aussi bien sur le plan biologique que patronymique. 

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Une étude toponymique

L’un des nombreux autres intérêts de cet ouvrage de Patrick Péron est l’étude qu’il fait de l’origine des noms des lieux-dits de l’archipel. Cette partie de son livre comprise entre les pages 177 et 181 n’est pas la moins instructive. Elle devrait intéresser plus d’un de nos compatriotes, en particulier les jeunes qui croient que tel site de Terre-de-Haut, par exemple, a pour nom celui d’un établissement hôtelier, alors que c’est au contraire cet hôtel qui a pris le nom du site où il s’est implanté. D’où viennent pour Terre-de-Haut les appellations de Coquelet, l’Anse à Cointre, l’Anse à Gilot, l’Anse Mire, Bois-Joli, Morel, La Rabès… et, pour Terre-de-Bas, Morne Paquet, l’Anse Pajot… etc ? Nous serons plus qu’étonnés des réponses apportées par l’auteur.

Mémorial colonisation de Terre-de-Haut

Mémorial colonisation de Terre-de-Haut – Ph. R. Joyeux

Les maires des Saintes

Enfin, pour compléter la présentation de cet ouvrage et, sans déflorer davantage son  contenu, voici une évocation des maires des Saintes rapportée par Patrick Péron. Sachons tout d’abord que, jusqu’en 1882, les deux îles de l’archipel saintois ne formaient qu’une seule et même municipalité, celle des Saintes. Le premier maire de cette nouvelle collectivité administrative, créée en 1792 par la Révolution, était un notable, grand propriétaire terrien du nom de GRIZEL SAINTE-MARIE. À ce premier magistrat municipal ont succédé dans l’ordre les dénommés Picard, Lassalle, Lasserre, Desnoyers, Jeoffroy, Lassalle à nouveau, Desvallons, Reimonet, Mitre, Nesty, et Jean-Pierre Lognos, originaire de la région de Béziers. C’est sous le mandat de ce dernier maire des Saintes que les deux îles deviennent par décret ministériel, le 9 août 1882, des communes séparées, ayant désormais chacune leur municipalité propre. Précisons pour rappel que de tous ces personnages importants, seul le patronyme catalan Lognos et dans une moindre mesure celui de Lassalle ont survécu, à Terre-de-Haut, aux aléas de l’histoire.

Place de la mairie Terre-de-Bas

Place de la mairie de Terre-de-Bas commémorant la création des deux communes saintoises.

La préface d’ Yvain Jouveau du Breuil

Il est peut paraître étonnant de terminer la présentation succincte d’un ouvrage en évoquant sa préface. Mais il faut savoir que de son propre aveu, son auteur Patrick Péron fait souvent référence à ce généalogiste de renom qu’est Yvain Jouveau du Breuil, auteur lui-même, entre autres d’un Dictionnaire des familles saintoises et d’une publication intitulée Les Normands et le peuplement des Saintes au XVII ème siècle.  C’est donc à ce chercheur que j’emprunterai la conclusion de cette chronique, qui précise très justement en parlant du livre de Patrick Péron : « C’est l’histoire de ces hommes et femmes que l’auteur de cet ouvrage nous donne en lecture pour que cette mémoire reste présente, vive, et que les générations futures perpétuent ce souvenir et continuent le travail de leurs ancêtres. »

On ne saurait mieux dire. Quant à nous, nous ajouterons tout simplement que la publication de cet ouvrage tombe on ne peut mieux en cette fin d’année 2016. Puisse le posséder et en prendre lecture constituer pour chaque habitant de notre communauté saintoise une source de connaissance mutuelle, un appel  à la fraternité et à la tolérance. À ce titre, nous ne saurons trop remercier son auteur, Patrick Péron de nous l’avoir offert, à nous, population saintoise, comme un lien indispensable d’amitié, un cadeau plus que bienvenu en cette période de Noël.

Joyeux Noël donc à vous tous, chers amis lecteurs et lectrices de ce blog.
Et que la nouvelle année qui se présente vous apporte santé, amour, joie, et tout le bonheur que vous souhaitez.
Raymond Joyeux

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PS : Le livre Colons et engagés aux Saintes… de Patrick Péron est en vente chez l’auteur et à la boutique de la presse à Terre-de-Haut, au prix de 22 euros.

On peut par ailleurs se procurer les ouvrages cités d’ Yvain Jouveau du Breuil auprès de l’Association Généalogie et Histoire de la Caraïbe, 81 rue des Trois Territoires, 94120 Fontenay-sous-Bois. E-mail : GHCaraibe@noos.fr. Bonne lecture à tous.

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5 commentaires pour Aux origines des patronymes saintois

  1. Liliane CORBIN dit :

    Toujours très intéressants vos articles,Raymond !

    • raymondjoyeux dit :

      Merci Liliane. Mais les vôtres aussi dans Cannes Généalogie. J’ai apprécié votre dernière intervention sur Un prénom insolite. Et j’admire vos compétences, votre patience et vos intuitions en matière de recherches généalogiques. Bravo.

  2. DEHER dit :

    Merci pour ton article toujours très intéressant à lire, j’ai eu l’occasion de lire quelques paragraphe du livre lors de mon passage au mois de septembre.

  3. Alain Thouret dit :

    Bonsoir Raymond, j’avais apprécié son premier roman. Aimant les Saintes et féru de généalogie, voilà ma prochaine lecture lors de mon prochain séjour. D’ailleurs j’ai des Joyeux parmi mes ancêtres, au XVII ème siècle, mais je te l’avais déjà dit je crois….qui sait , serions nous des lointains cousins ?

  4. Michel Duval dit :

    L’ouvrage de P. Peron est très intéressant en ce qu’il repose sur des archives officielles irréfutables. Il montre l’origine plutôt homogène des Saintois du XVIIe et XVIIIe siècle (ouest de la France), et celle beaucoup plus variée de ceux du XIXe.

    Le peuplement simultané de Terre-de-haut et de ses dépendances (Grand Îlet, Îlet Cabri) est largement oublié aujourd’hui et rétrospectivement tout à fait étonnant compte tenu des conditions de vie très difficiles sur ces îlets à l’époque.

    Les flux migratoires sont une autre surprise. De nombreux Saintois se sont en effet exilés au cours des siècles et ont été remplacés par d’autres, créant un brassage de population plus important que ce qu’on imagine généralement. C’est encore le cas aujourd’hui, avec l’exil en métropole de nombreux jeunes Saintois et l’arrivée massive de métros retraités.

    Les sections concernant Fréminville confirment les observations faites à son sujet dans le blogue du 10 avril 2014 sur ce site « Amour tragique aux Saintes en 1822 » (voir mes commentaires postés aujourd’hui sur ce blogue).

    Il reste à P. Peron à étendre son étude aux Saintois du XXe, particulièrement jusque vers 1970, pour montrer comment les familles saintoises d’aujourd’hui se rattachent à celles du XIXe et XXe. Vaste programme, étant donné les changements de noms par mariage, les naissances du même père avec plusieurs femmes différentes et hors mariages, et autres généalogies complexes. Seule une étude ADN pourrait identifier les véritables relations familiales entre Saintois d’aujourd’hui !

    Il serait également urgent de recueillir les témoignages des Saintois encore en vie sur les conditions de vie dans la première moitié du XXe, très différentes de celles d’aujourd’hui : recours à de rares citernes pour l’eau potable, bateaux à rames pour passer d’un îlet à l’autre et pour la pêche, plus rarement bateaux à voile, sentiers à travers bois et mornes pour se rendre à Grande Anse, Marigot et Pain de Sucre, etc.

    Il y a en effet de moins en moins de survivants ou de mémoire familiale de cette période, pourtant essentielle pour comprendre la culture saintoise profonde d’aujourd’hui.

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