Littérature : quand l’amour s’affiche en poésie

Bien que ce blog ne soit pas d’abord destiné à mettre en avant mes propres écrits, dérogeant pour une fois à la règle, j’ai le plaisir de vous faire part de la publication aux Ateliers de la Lucarne de mon nouveau recueil de poèmes, Indécises saisons, paru en décembre 2016. Cet ouvrage de 84 pages, imprimé à Jarry-Baie-Mahault chez Speedyprint, se compose de deux parties : une série de textes écrits entre 1965 et 1985 suivi d’un long poème composé en décembre 2002. En tirage limité, sous jaquette amovible illustrée par Jean-Claude Lavaud, (1) il n’est disponible que chez l’auteur à l’adresse suivante : raymondjoyeux@yahoo.fr.

(1 ) – Pour plus d’informations sur Jean-Claude Lavaud, suivre le lien :
https://raymondjoyeux.com/2014/…/regard-sur-jean-claude-lavaud-peintre-et-sculpte...

Petits poèmes hallucinés

couv-defÉcrits pour certains depuis plus de 40 ans, sans projet initial de publication, ces textes tournent autour de trois thèmes essentiels : le sentiment amoureux, la mémoire et l’absence. Bien que distincts dans leur forme et leur contenu, éléments constitutifs communs à tout poème pris séparément, ces trois axes d’écriture – donc de lecture – sont ici unis par un lien fort, celui du rêve. Rêve accompli, lucide ou non, ou rêve en gestation, comme il est dit en titre de la première partie. S’il arrive que ces rêves ou portions de rêve prennent des allures d’hallucination, justifiant ainsi le sous-titre de l’ouvrage – Petits poèmes hallucinés -, ils répondent pour la plupart au concept connu de l’élément externe déclencheur du rêve au cours du sommeil paradoxal. Ainsi dès le premier poème, Onirisme (p.13), qui donne le ton général du recueil, le vers final : « Tu glisses dans le four de ma bouche la pâte levée de ton sein couronné », est cet élément. C’est lui en effet qui déclenche le rêve et détermine son contenu, c’est-à-dire, ici, le poème en son ensemble, jusqu’à ce dernier vers.

La construction et la progression linéaire du poème cité procèdent ainsi volontairement de la constitution ontologique et psychanalytique du rêve dont on ne découvre l’élément déclencheur qu’à la fin. Alors que par définition il en est à l’origine. Procéder autrement eût été minimiser la faculté cognitive et culturelle du lecteur averti et le priver de la surprise finale.

Appropriation de l’œuvre 

Il est évident qu’un lecteur totalement ignorant du processus gestatif du rêve ne verrait dans ce dernier vers précédemment mentionné qu’un fantasme érotique et banal d’écrivain, sans lien avec la partie du texte qui le précède. Il n’aurait ainsi qu’une appréhension partielle, altérée ou approximative du poème qu’il assimilerait à une suite d’images sans lien ni signification. Et ainsi pour les autres poèmes du recueil. D’où sans doute le scepticisme affiché ou contenu (pour ne pas dire la raillerie) que pourrait éventuellement susciter chez certains esprits une lecture superficielle et restrictive de ces poèmes. Et, de façon plus élargie, l’incompréhension ou le rejet de toute expression poétique.

Savoir lire entre les lignes

Être capable de lire entre les lignes d’un poème pour en saisir la quintessence, la portée, la musique et surtout l’émotion qu’il dégage – et de s’imprégner soi-même de cette émotion – n’est pas en fin de compte donné à tout le monde. Comme il n’est pas donné à tout le monde, on le sait, d’apprécier pleinement un tableau ou une pièce musicale dont on ignore les clefs. Une éducation culturelle forte et une sensibilité appropriée – en partie naturelles et innées il est vrai, mais surtout acquises et renforcées toutes deux par la fréquentation répétée et la connaissance des œuvres et des auteurs – sont le plus souvent nécessaires à une approche efficiente et jouissive de la poésie en particulier comme de toute œuvre d’art en général.

Les trois axes de lecture

1- L’expression du sentiment amoureux

Il apparaît clairement à la lecture de ce recueil que le sentiment amoureux est la clé de voûte de l’ensemble des poèmes et de leur conception architecturale. Ce qui n’a rien à voir avec l’érotisme gratuit, encore moins avec la vulgarité ou la pornographie. Mais comment exprimer ce sentiment autrement que par des mots et des images qui le traduisent et ce, en fonction de sa propre complexion mentale ? C’est à ce titre que la grande majorité des poèmes du recueil utilisent en les combinant tous les ingrédients spécifiques qui définissent et transfigurent le sentiment amoureux et ses manifestations souvent impétueuses : intensité de l’exaltation, fusion intime, focalisation sur la personne aimée, hyperactivité du corps, des sens et de l’intellect, entre autres… C’est le sens des expressions comme : « je prends un instant configuration de toi (P.13) – autre moi-même retrouvé (p.19) – ton cerveau confondu avec le mien (p.22) – folle agitation du volcan de ma chair (p.29) – de disparaître en toi mes pensées se colorent (p.33)- nos pensées d’hier et de toujours sont devenues communes (p. 40) – nos souffles confondus (p.41) etc…

Autant d’images, d’interpellations, de notations qui, avec d’autres procédés littéraires, donnent corps, tout au long du recueil, à l’expression de la passion. Tout comme les notes sur la portée font vibrer la phrase harmonique et donnent sens à l’œuvre musicale. Et si les poèmes de ce recueil semblent s’adresser chacun à un partenaire en particulier, réel ou imaginaire, le plus souvent différent, le projet et, espérons-le, le résultat, sont de toujours viser à transcender cet ancrage personnalisé pour parvenir, au-delà d’une définition aussi élégante et complète soit-elle, à une description, une expression universelle de l’amour, sublimée, ayant comme point de départ – et d’arrivée – soit une expérience affective intensément vécue et partagée, soit une vision onirique, orchestrée et matérialisée par l’écriture poétique.

2 – L’évocation récurrente de la mémoire

couverture-saison-2Rares sont les poèmes au cours desquels le lecteur de ce recueil ne rencontre pas l’évocation réitérée de la mémoire. Que ce soit sous ce vocable-même de mémoire ou ceux équivalents de souvenir et d’oubli, cette notion apparaît littéralement quinze fois dans le recueil. Comme si, appréhendant de se couper de son expérience amoureuse du moment, l’aimé s’évertuait à l’inscrire à jamais dans le substrat mémoriel, afin de sceller son vécu dans le temps.

On comprend dès lors que cette évocation est loin d’être un jeu gratuit de répétition. Une sorte de tic inélégant d’écriture sans signification réelle. C’est au contraire un authentique appel à la perpétuation des émotions, au prolongement d’un état extatique intense dont il veut non seulement garder le souvenir, mais duquel il projette de se repaître indéfiniment, tant il est conscient des métamorphoses que cet état a opérées en lui, aussi bien physiquement que mentalement. Faire échec à l’instantanéité des émotions, tel pourrait se résumer cet appel incessant à la mémoire et au souvenir. Se projeter dans le futur avec comme point d’appel l’événement ponctuel qu’il veut transformer en état permanent de satisfaction amoureuse, affective plus que sentimentale. Satisfaction à laquelle est associé bien entendu l’être aimé du moment, constituant plus que symbolisant la part féminine, complice indispensable et fusionnel, à l’origine et sujet de sa passion qu’il voudrait inextinguible. Et c’est dans le poème Le cœur de ton absence, page 49, que se traduit le mieux, selon nous, cette volonté d’immortalisation de la passion précédemment évoquée :

Sous l’œil de la nuit
qui s’étire
j’entends se dresser l’ombre
du jour nouveau 
entre les feuilles

Je sens battre le cœur de ton absence
et le rythme du mien
s’accélère au passage
du vent

Viens pour l’ultime prière
à genoux sur nos souvenirs

Viens joindre tes doigts
à ceux de l’oubli
qui nous embrume

Viens accorder ton souffle
à celui de la page
tournée

Demain nous écrirons
sur le sable du temps
nos mémoires entrelacées.

3 – L’obsession de l’absence et de la solitude

Oubli-absence-solitude, le rapport sémiologique entre ces trois états de conscience est évident. Associés à l’expression du sentiment amoureux, ils n’en constituent pas pour autant la face négative. S’ils apparaissent comme traduisant une certaine inquiétude, une image de frustration obsessionnelle de l’être aimant qui craint la perte de son amour et veut le soustraire à l’usure, ils peuvent aussi bien, de notre point de vue, être perçus comme des garde-fous protégeant la passion de la tiédeur, de la corrosion de l’habitude et du temps. Étincelle qui réactive le feu intérieur, l’absence peut redynamiser la relation entre partenaires et rendre la présence à venir encore plus fusionnelle. C’est elle par exemple, dans Acmée, (page 53) qui tisse à la vague un visage ; c’est elle qui fait battre le cœur de l’aimé (page 49) et, si elle agit parfois comme un étau (page 35), c’est elle aussi qui tient lieu de vigie (page52) et permet de faire dire à l’amant, s’adressant à sa bien-aimée absente :

À travers les lames
de ma mémoire immobile
infatigable guetteur
je t’espionne

Par-delà les barreaux
intérieurs
de ma solitude
ta présence ne m’échappe pas

Je recouvre point par point
ton souvenir
qui se reflète
sur la surface indifférente du temps

Et je palpe l’inconsistance
symétrie
de ton absence
omniprésente.

****

En conclusion, si ce recueil peut paraître à certains passéiste ou convenu, il n’a, à notre sens, que la modeste ambition de rendre compte d’une écriture introspective où le sentiment amoureux tient une place prédominante. Où mémoire, oubli, absence, solitude loin d’assombrir ou d’affadir le propos, viennent au contraire le pimenter, accentuant l’exaltation que fait naître en chacun de nous la passion dévorante de l’amour et des relations affectives. En dépit parfois des illusions agissant comme une substance hallucinogène propice aux divagations les plus extravagantes mais ancrées dans une réalité constitutive de notre étonnante nature.
Raymond Joyeux
Janvier 2017

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10 commentaires pour Littérature : quand l’amour s’affiche en poésie

  1. yves.espiand@sfr.fr dit :

    M‌on cher raymond , J’ai bien entendu apprécié ta littérature et semblé reconnaitre sur la photo de « indécises saisons » ta photo de « jeune homme  » est- ce bien toi? Amicalement  Yves

    • raymondjoyeux dit :

      Oui, mon cher Yves, c’est bien moi sur la photo de la 4ème de couverture ! Elle date de l’époque des premiers textes du recueil. Donc des années 65-66, celles où on s’est connu aux Saintes, toi en qualité de médecin frais émoulu des facultés, moi en tant que jeune enseignant. Rassure-toi, la fumée n’est pas celle d’un pétard mais d’une vulgaire cigarette, moi qui n’ai jamais fumé ! Comme j’ai l’air quelque peu halluciné, je l’ai choisie en conséquence. L’illustration de couverture est un tableau de Jean-Claude Lavaud, ex-collègue enseignant et peintre bourguignon auquel j’ai consacré une précédente chronique : voir le lien plus haut après l’introduction. Amitiés.

  2. Liliane CORBIN dit :

    Et bien Raymond, après une telle analyse, j’ai hâte de découvrir vos poèmes !

  3. Michel Duval dit :

    Très intéressant de découvrir ce côté moins connu de Raymond, de grand amoureux passionné.

    L’’île a en effet un grand besoin d’amour aujourd’hui, dans sa course effrénée à la modernité et au repliement sur soi qui l’accompagne. Les jeunes Saintois, souvent exclus de cette course, le ressentent tout particulièrement.

    • raymondjoyeux dit :

      Mon cher Michel,
      Ce nouveau recueil est en effet comme un long poème d’amour charnel et affectif (36 textes), que j’ai hésité à publier, pas tant pour leur contenu que pour leur ancienneté, mais dont la publication me paraît après coup nécessaire. Non pas pour concurrencer d’autres auteurs célèbres de poésie amoureuse dont les écrits sont mille fois supérieurs à ma modeste contribution en la matière. Mais comme tu dis, pour permettre ne serait-ce que de dévoiler une face inconnue de l’auteur du blog et des autres récits et poèmes que toi et quelques autres lecteurs connaissez mieux. Pour autant, évidemment, que toi-même, aussi bien que ces autres lecteurs, en preniez connaissance.

      Tu relies cette nouvelle publication axée sur le sentiment amoureux au manque d’amour notoire des Saintois les uns pour les autres et tu dis que par ces temps de désamour réciproque et collectif, un peu de rapprochement affectif, par le biais de l’écriture, ne peut que faire du bien. Tu as raison et je te rejoins sur ce point, encore faudrait-il, pour que les choses évoluent et changent, que les gens soient sensibles à ce genre de poésie, qu’ils la lisent et en fassent un levain dans leur vie quotidienne et leurs rapports à autrui. Ce qui est évidemment loin d’être le cas !

      Ta réflexion juste et pertinente a un autre mérite : celui de poser la question de savoir pourquoi nos compatriotes saintois semblent à ce point se détester aussi fortement. Se sont-ils d’abord jamais vraiment aimés ? Si oui, comment se manifestait cet amour et pourquoi s’est-il affaibli si étrangement au fil des générations pour disparaître quasi totalement aujourd’hui ?

      Tu vois que là nous abordons non pas un mais des problèmes complexes. Que l’on pourrait certes analyser en essayant de découvrir les raisons aussi bien objectives que subjectives de cette situation : Isolement, proximité, exiguïté, jalousie, compétition, haines familiales ancestrales, acculturation, turpitudes politiciennes récurrentes pour ne pas dire permanentes… la liste des axes de réflexion n’étant pas exhaustive. Entre parenthèses et à ce propos, je réitère ma conviction de toujours, à savoir que les politiques menées depuis plus de 40 ans à Terre-de-Haut sont la cause principale de l’éclatement de notre communauté, de la division et des haines réciproques et partagées qui prévalent aujourd’hui chez nos compatriotes ! Les acteurs de ces politiques-là ont une grave responsabilité dans la dégradation progressive du lien sociétal et de la prédominance actuelle aux Saintes de cette exécrable réalité de divison.

      Mais après tout, si les Saintois dans leur globalité semblent ainsi se méfier les uns des autres, au point de ne pas se porter mutuellement dans leur cœur et de commettre en sous main de petits actes délictueux de vengeance ou de jalousie envers tel ou tel voisin, ne se sont-ils pas toujours accommodés de cette situation ? Et, surtout, ne sont-ils pas contraints de se manifester de temps à autres leur solidarité en cas d’intempéries par exemple ? Ne sont-ils pas également soudés par le même amour de leur île, induisant consciemment ou non, un sentiment d’appartenance à la même communauté ? Ce qui est loin d’être négligeable sur le plan de la cohésion sociale et qui contribue à atténuer les effets nocifs d’une mésentente par ailleurs ostensible. Tout compte fait, les Saintes ne connaissent pas plus qu’ailleurs davantage d’actes de violence active, de malveillance, de délinquance, d’agression qui sont le signe d’un délitement de la société très mal vécu individuellement et collectivement par l’ensemble de ses membres.

      N’exagérons rien. Si la poésie – ou toute autre forme de manifestation culturelle – peut permettre une prise de conscience individuelle conduisant à une amélioration de sa propre existence et de ses relations avec les autres, je ne pense pas que sur le plan collectif, elle puisse avoir beaucoup d’impact. Surtout sur une communauté globalement peu encline à fréquenter et décoder les subtilités souvent complexes du langage, qu’il soit littéraire, pictural, musical ou autre.

      En tout cas, merci, Michel, pour tes commentaires toujours aussi bienveillants à mon égard, et pour tout un chacun réconfortants et enrichissants sur le plan de la réflexion.

  4. Jean SAHAÏ dit :

    Super, Raymond… Faudrait qu’on se voie !
    Aux Saintes… ou à Pap
    Jean S. Sahaï

    • raymondjoyeux dit :

      Avec le plus grand plaisir, mon cher Jean… Je me souviens de notre amitié et de nos turpitudes littéraires à l’EN de Pointe-à-Pitre. Je me délectais de ta tournure d’esprit et de ta capacité à jouer avec les mots que tu tordais et détournais comiquement de leur sens… C’est pour moi un ineffaçable souvenir. On reste en contact. Bien à toi…

  5. Michel Duval dit :

    Merci Raymond pour tes derniers commentaires et réflexions.

    Une île est en effet un huis clos où haines et rancoeurs prennent parfois des dimensions démesurées et irrationnelles. L’enfer c’est les autres disait Sartre, et chacun y contribue, souvent sans s’en rendre compte.

    Cela n’est pas l’exclusivité des îles. Dans les bureaux des entreprises, petits chefs et rivalités de carrière peuvent également créer une atmosphère étouffante. Les récents suicides chez Renault en sont une illustration tragique.

    On en est très loin heureusement aux Saintes, où les gens s’entendent bien dans l’ensemble, en dehors des luttes de clans dus à l’effet de huis clos. Où la situation s’est sans doute aggravée récemment, c’est pour les jeunes Saintois, qui ont un besoin énorme d’être aimés et d’aimer pour trouver leur place dans le groupe et la société. La poursuite effrénée de l’argent sur l’île y a accentué l’effet du chacun pour soi et le rejet des plus faibles, souvent les jeunes.

    Le message de Raymond, qu’il faut redonner plus de valeur à l’amour entre individus et groupes, est donc on ne peut plus d’actualité. C’est également le message constant des grands musiciens (par ex, Mozart). La difficulté est bien sûr de le mettre en pratique. Raymond montre bien dans ses poèmes que cela est possible et nous indique la voie à suivre.

    • raymondjoyeux dit :

      Pour compléter et confirmer modestement tes propos tout à fait justes, Michel, me reviennent deux strophes d’un de mes anciens poèmes (pardon de me citer ! ) intitulé La Pointe du vent et qui me semblent aller dans le sens de tes réflexions :

      Écoutez la croissance des îles
      Dans l’écrin de leur longitude
      Écoutez la rancœur hostile
      S’élevant de leur solitude.

      C’est le vent la pointe en avant
      Aiguisant son chant…

      Écoutez la transe ardente de la mer
      Dans la saumure des salaisons
      Écoutez sa complainte amère
      Qui ne se rend à la raison.

      C’est le vent la pointe en avent
      Violant le couchant…

      (In Poèmes de l’archipel – 1985 – Les Ateliers de la Lucarne)

  6. raymondjoyeux dit :

    À propos d’hallucination et de l’élément déclencheur, je vous propose ce texte de Henri Michaux trouvé récemment dans son livre : Misérable miracle :

    « Trois semaines environ après la dernière ingestion de Mescaline, je me proposai, un soir, de lire au lit l’étude de Quercy sur l’Hallucination. Un faux mouvement et le livre que je lançais sur le divan retombe sur le parquet et, en s’ouvrant, me montre une admirable photographie en couleur, qui s’y trouvait encartée. Je me précipite pour revoir ces couleurs merveilleuses et de qui est le tableau reproduit vu hâtivement et que pourtant je reconnaîtrais entre tous. Je feuillette : Rien. J’essaie de faire tomber du volume la feuille étrangère. Impossible. Je prends le volume et, page par page, vérifie, et le lendemain matin vérifiais encore et faisais vérifier par un tiers : Rien.
    Au mot « Hallucination », j’en avais fait une.
    À le voir sur la couverture du livre, j’avais fonctionné. À l’instant elle était réalisée. Cependant je n’avais pas compris et cherchais vainement, plus vraie qu’une vraie, l’admirable reproduction en couleur entre les pages grises du livre qui l’avait suscitée. »

    (In Misérable miracle – Éditions Gallimard – 1972)

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