La commémoration de l’armistice de 1945 qui mit fin à la seconde Guerre mondiale est pour nous l’occasion, en ce 8 mai 2018, d’évoquer la mémoire d’un héros saintois méconnu, mort pour la France pour « faits de Résistance ». Si, jusqu’à ce jour, nous connaissions le nom de Masséna Desbonnes, tombé sous les balles allemandes le 25 avril 1945 à l’âge de 23 ans, 15 jours avant la fin de la guerre, nous ignorions, pour la plupart, qu’un autre de nos compatriotes, Cyprien Jérôme Samson, engagé dans la Résistance en région parisienne, était mort, lui aussi, pour la France à une date imprécise, alors qu’il avait été arrêté par les Brigades Spéciales de la police française en 1942 et remis aux Allemands pour être jugé, condamné à mort et déporté en Allemagne puis en Pologne, où, selon certaines sources, il aurait été fusillé.
Charpentier de marine au chantier de Coquelet à Terre-de-Haut
Né à Terre-de-Haut le 3 octobre 1897 de Eustache SAMSON et de Marie Stéphanie CASSIN, Cyprien Jérôme SAMSON, avant de s’embarquer sur un cargo pour la France à l’âge de 25 ans, a travaillé au chantier naval de Coquelet comme apprenti d’abord, puis comme ouvrier qualifié, ainsi que le prouve l’attestation ci-dessous, signée de l’ex-maire de la commune et maître du chantier, M. Charles FOY, dont la signature est officiellement légalisée par l’adjoint au maire M. François CÉLESTINE, sous la mandature d’Emmanuel Laurent. Ce document exceptionnel qui date du 17 mai 1924 ainsi que les photographies et autres documents qui illustrent cette chronique nous ont été aimablement communiqués par le petit-fils de notre héros, M. Michel Jérôme SAMSON, que nous remercions chaleureusement pour sa contribution.

Situation familiale et parcours professionnel à Goussainville
Arrivé à Paris en 1922, Cyprien Samson travaille comme menuisier avant d’être embauché par la municipalité de Goussainville dans le Val d’Oise comme garde meules, c’est-à-dire chargé de surveiller les meules de blé, d’avoine et de foin au moment des récoltes. Il vivra alors maritalement avec la mère de ses enfants, Angèle Lecat, qu’il épousera le 9 mai 1942. Le couple aura six enfants : une fille et cinq garçons. Deux de ces enfants sont encore vivants. Dans les années 30, il est employé chez Bloch Aviation (devenu Marcel Dassault en 1946) et serait intervenu sur l’avion de Mermoz, La Croix du Sud, avec lequel le célèbre aviateur disparaîtra le 7 décembre 1936 au-dessus de l’Atlantique.

Cyprien et sa famille en 1938 avec la fille aînée de son frère Bessarion. Photo communiquée par son petit-fils Michel Jérôme Samson.
Parcours politique et militaire
À la veille de ses 18 ans, le 28 juillet 1915, Cyprien est ajourné par le Conseil de Révision de la Guadeloupe. Le 13 janvier 1916, il est néanmoins incorporé à la Compagnie de la Martinique, détachement de la Guadeloupe, pour être réformé le même jour par la Commission Spéciale de Réforme du Camp Jacob à Saint-Claude. Décision qui sera confirmée et rendue définitive pour insuffisance physique le 1er mai 1917, par la même Commission de Révision. Déclaré inapte à l’incorporation, sans doute retourne-t-il aux Saintes au chantier de Coquelet car c’est cinq ans plus tard qu’il se rendra en France où commencera pour lui une nouvelle vie. Selon nos informations, en septembre 1939, alors que la France décrète la mobilisation générale et s’apprête à entrer en guerre contre l’Allemagne, Cyprien est inscrit au Parti Communiste Français (PCF), sans savoir que son militantisme allait faire prendre à sa vie un tournant décisif. (Source : émission télé France O, mai 2016 : Le destin tragique d’un Résistant guadeloupéen).
Engagement dans les FFI et arrestation
C’est en effet après l’armistice de 1940 que Cyprien, militant communiste, répond à l’appel du général de Gaulle et entre dans les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI). Acte particulièrement courageux pour un homme de 45 ans, chargé de famille, quand on sait que ce sont généralement de très jeunes gens (hommes et femmes), sans charge de famille, qui s’engagent à l’époque dans la Résistance. À ce titre, il fait partie d’une formation de Francs-Tireurs Partisans de la région parisienne jusqu’à son arrestation à son domicile de Goussainville le 17 octobre 1942.

Photo de Cyprien Samson prise par la Police Parisienne après son arrestation
En même temps que lui, neuf membres de son groupe sont arrêtés, non pas pour avoir été dénoncés par l’entourage, mais à la suite de filatures effectuées par les hommes de la Brigade Spéciale antiterroriste des Renseignements Généraux de la Police Parisienne. Aucune arme n’est saisie chez lui mais des carnets de notes que porte Cyprien ainsi que deux feuillets où figurent des rendez-vous.
Prison et condamnation à mort
Le 16 février 1943, soit après quatre mois d’emprisonnement, d’interrogatoires et peut-être de tortures, Cyprien comparaît avec ses neuf camarades FTP devant le tribunal militaire allemand du Gross Paris siégeant rue Boissy-d’Anglas dans le VIIIème arrondissement. Les dix hommes sont condamnés à mort pour intelligence avec l’ennemi. Mais alors que ses camarades sont fusillés au Mont Valérien le 26 février, Cyprien se voit appliqué les directives du décret KEITEL, Nacht und Nebel, (en français « Nuit et Brouillard ») et est déporté en Allemagne pour y être rejugé par « un Tribunal du peuple ».

Résistants français fusillés par les Allemands au Mont Valérien.
Tragique périple de la déportation et incertitudes sur les circonstances et la date de sa mort.
Le 1er juillet 1943, avec d’autres déportés, Cyprien est mis dans un train de la gare de l’Est et arrive le lendemain à Trèves où il sera transféré successivement à Hinzert, puis à Wittlich et Kiel pour y être rejugé. Du 10 novembre 1943 au 20 janvier 1944, il sera emprisonné à la forteresse allemande de Untermassfeld puis au camp de concentration nazi de Sonnensburg (aujourd’hui Slonsk) en Pologne occupée par les Allemands. C’est là que, selon certaines sources, il aurait été fusillé le 25 avril 1944 et où reposerait son corps, dans la tombe 662 au cimetière de cette ville. Information confirmée par la Commission Principale d’Analyse des crimes hitlériens en Pologne. D’autres sources, dont les informations officielles françaises, indiquent, sans doute à tort, que Cyprien serait mort non pas fusillé à Sonnensburg en Pologne, mais en Allemagne, à Wittlich, le 22 novembre 1943, dans des circonstances non élucidées.
Le décret Keitel : Nuit et Brouillard
Si les recherches faites par la famille de Cyprien, en particulier par sa nièce Mme Claudine Samson-Aubert et par son petit-fils M. Michel Samson, permettent de retenir pour son décès la date du 25 avril 1944, il faut savoir que, selon les informations prises sur Internet, « le décret Nacht und Nebel (NN) ordonnait la déportation de tous les ennemis intérieurs au Reich (opposants politiques et résistants) en Allemagne. Mesure de terreur et de dissuasion, ce décret faisait disparaître les personnes dans la plus totale discrétion, laissant ainsi la famille, les proches, et la population de manière générale, dans l’incertitude du sort des déportés. » C’est sans doute pour cela que, lors d’un voyage en Pologne avec son épouse en 2013, M. Michel Samson, n’ayant pas trouvé la tombe de son grand-père, m’a déclaré à juste titre dans un mail : « L’histoire de Cyprien, l’enfant des Saintes, n’est pas achevée. » Quoi qu’il en soit, à la date de sa disparition, Cyprien Jérôme Samson laisse six enfants âgés de deux à quatorze ans.
Hommage et reconnaissance
À Terre-de-Haut, sa commune d’origine, « Cyprien l’enfant des Saintes » reste un inconnu. Mais il n’en va pas de même sur le plan national puisqu’un décret du 5 janvier 1959 signé par le Président René Coty, attribue à titre posthume à notre héros, qualifié de « magnifique patriote », de nombreuses décorations et médailles dont on peut lire le détail ci-dessous :

Reconnu officiellement au plan national, comme « Mort glorieusement pour la France », Cyprien Samson est aussi honoré à Goussainville, sa commune de résidence, en France métropolitaine. Son nom figure sur le monument aux morts de cette ville dont une rue porte également le nom.

Monument au Morts de Goussainville où figure le nom de Cyprien Jérôme Samson

Et aux Saintes que pourrions-nous faire ?
Peut-être qu’à la suite de cette chronique, que personnellement nous nous chargerons de transmettre aux autorités communales, la municipalité de Terre-de-Haut pensera-t-elle à honorer comme il convient la mémoire de ses deux enfants « Morts pour la France » : Masséna DESBONNES précédemment cité, et Cyprien Jérôme SAMSON dont nous venons de lire l’histoire exemplaire. Au même titre que nos marins morts ou disparus en mer qui ont leur monument, ne serait-ce qu’une simple plaque à la mémoire des dissidents saintois et de nos deux héros de la seconde guerre mondiale serait la moindre des choses. Elle rappellerait aux Saintois d’aujourd’hui qu’ils doivent leur liberté au courage des enfants de la commune et à toutes celles et tous ceux, connus ou inconnus, qui, en Guadeloupe, en France et à travers le monde, n’ont pas hésité à se sacrifier pour qu’ils vivent libres et en paix. C’est le souhait que nous formons en ce jour de la commémoration de l’armistice du 8 mai 1945. Puisse-t-il être entendu.
Raymond Joyeux
Remerciements
Nous adressons nos plus vifs remerciements à Madame Claudine Samson-Aubert et à Monsieur Michel Jérôme Samson, respectivement nièce et petit-fils de Cyprien Samson, à qui nous devons toutes les informations, les références et les documents manuscrits et iconographiques qui nous ont permis de rédiger, d’illustrer et de publier cette chronique.


















« À cette nouvelle équipe municipale constituée d’hommes et de femmes compétents et animée d’une certaine volonté de servir la commune, une nouvelle confiance s’est largement manifestée 

Date importante pour nos deux ex-étudiants parisiens aujourd’hui diplômés, Anne et Alexandre, déjà présents et mentionnés lors de nos périples à Rome en 2014, en Périgord et en Scandinavie en 2016, en Pologne en 2017… (voir les précédentes chroniques sur ces sujets). Profitant des congés de février et fuyant les grands froids sibériens de la métropole, les voilà momentanément en Guadeloupe, qui nous emmènent à la découverte du milieu marin de notre belle région. C’est la gracieuse Anne, experte en plans pas foireux du tout et grande manipulatrice du clavier et d’Internet, qui, comme d’habitude, nous a concocté cette sortie exceptionnelle. Un clic sur le site de 
















Ce blog n’étant ni un magazine politique ni une tribune judiciaire, nous nous garderons bien de commenter ici les houleux événements qui ont marqué ces derniers mois et semaines notre petite communauté saintoise. À savoir, après les nombreuses, inhabituelles et inquiétantes perquisitions effectuées aux Saintes et ailleurs en 2017, la comparution devant le Tribunal correctionnel de Basse-Terre, les 11 et 12 janvier 2018, de son plus haut dignitaire et de quelques autres prévenus. Que les personnes impliquées dans cette affaire, bénéficiant jusqu’au verdict, pressons-nous de le rappeler, de la présomption d’innocence, encourent de lourdes peines dont, pour certains, la prison ferme et des années d’inéligibilité, cette situation infamante, loin de nous réjouir, nous plonge au contraire dans 


















