Assurances : un coup de gueule salutaire
J’écoutais l’autre soir à la télé un invité particulièrement remonté contre les assurances. Il vitupérait, à juste titre me semble-t-il, sur les exigences et les délais de remboursement des dites assurances, réticentes, selon lui, à respecter sans rechigner le contrat signé avec les sociétaires. Sans entrer dans les détails, je pourrais témoigner de la réalité de cette situation, ayant été moi-même confronté récemment à ce type de problème. Sociétaire depuis toujours de la même assurance, j’ai reçu l’an dernier une lettre de radiation sous prétexte que j’aurais abusé de recours auprès d’elle. Le pare-brise de mon véhicule et la marquise de mon logement explosés par la grêle, voilà les deux gouttes d’eau qui ont fait déborder le vase, trop rempli de plus de 60 ans de cotisations, de cette chère assurance ! Bref, la chronique que je vous propose aujourd’hui est également un « coup de gueule » non contre les assurances mais contre les pratiques postales entre la métropole et les territoires français dits d’outre-mer qui, selon moi, ne sont pas moins aberrantes !
Et la poste dans tout ça ?
Il fut une époque bénie où expédier du courrier de France hexagonale en Guadeloupe et Martinique, ou vers n’importe quel autre DOM ou TOM, ne posait aucun problème. Le destinataire était assuré, sans formalité particulière, de recevoir directement à domicile dans les délais raisonnables sa lettre ou son colis partis de métropole, dûment affranchis.
Tel n’est plus du tout le cas depuis quelques années. Comme si ces départements, (français – je le souligne) étaient devenus des pays étrangers, il faut aujourd’hui pour un simple petit colis ou un modeste ouvrage ne dépassant pas le poids ni les dimensions d’une lettre ordinaire, renseigner une fiche de douane en précisant la nature, le poids et la valeur de l’objet expédié.
Trois exemples aberrants parmi d’autres
1 – Lorsqu’il était au lycée à Pointe-à-Pitre, un de mes fils a dû commander en métropole un manuel scolaire introuvable en Guadeloupe. La commande passée et réglée, frais d’expédition compris, il a fallu attendre plus de 10 jours, non pour recevoir le livre, mais une invitation des services des douanes de l’aéroport du Raizet-Abymes à me rendre au bureau ad hoc aux fins de régler des « frais de douanes« , lesquels excédaient largement le prix de l’ouvrage, affranchissement compris ! Mes protestations n’avaient servi à rien. On pioche au hasard m’a répondu l’agent, c’est tombé sur vous, voilà tout ! Une méthode discriminatoire très règlementaire apparemment !
2 – J’ai expédié l’an dernier de métropole à un autre de mes fils, habitant Capesterre Belle-Eau, en Guadeloupe, une petite pièce en plastique (10 cm sur 5) destinée à la réparation d’une poignée intérieure de la portière de son véhicule. Dimensions du colis : l’équivalent de deux boites d’allumettes. Poids :120 grammes, valeur : néant, puisque, avais-je précisé, je possédais cette pièce chez moi depuis plus de trois ans.
Ces précisions, en plus de la nature de l’envoi, ont été portées sur la fiche de déclaration douanière jointe au colis. Au bout d’une semaine, je reçois des services des douanes de Roissy un mail m’informant que la fiche avait été mal remplie et qu’il fallait préciser la valeur exacte de l’objet avec facture d’achat. Faute de quoi le colis me serait renvoyé. Je n’ai pas répondu à ce mail et attends toujours que le colis me soit retourné. À l’époque, dans la foulée, j’avais téléphoné à mon fils pour lui expliquer la situation. Devinez ce qu’il m’a répondu. « Ça fait deux jours que j’ai reçu la pièce dans ma boite aux lettres. » Allez comprendre quelque chose !
3– Pour conclure mes récriminations, un dernier exemple. Voilà plus de deux semaines, le 13 juillet dernier exactement, j’ai posté à un ami de Guadeloupe un petit ouvrage sans valeur marchande au tarif avion lettre-outre mer, mais sans suivi de l’envoi, (enveloppe bulles format 20 x 27, 5 cm). Nous sommes le 29 juillet, soit plus de 15 jours après expédition, le destinataire n’a toujours rien reçu.
Faut-il dans ce cas intervenir auprès du ministère des Postes et Télécommunications pour obtenir une explication ? Zut, on m’apprend que ce ministère n’existe plus. Rien d’étonnant que la Poste en France, en tout cas à destination des outre-mers, n’est plus ce qu’elle était, c’est-à-dire un service public exemplaire, censé rendre justement les mêmes services à tous les citoyens-contribuables, sans discrimination… À moins qu’en haut lieu on considère que les territoires dits d’outre-mer ne fassent plus partie de la nation française et qu’ils soient devenus pays étrangers. Encore que nous connaissons tous des amis qui commandent directement en Chine quantité de produits à bas coût sans régler un centime de frais de douane.
Cette situation inégalitaire me fait penser à ce poème de Joachin Du Bellay appris en classe de 4è qui traduit bien l’abandon des Dom-Tom par la MÈRE-PATRIE en matière de continuité territoriale, ce vain concept qui n’est finalement que du vent ! Sauf bien entendu en ce qui concerne les prélèvements fiscaux, domaine où nos compatriotes de l’outre-mer sont logés à la même enseigne que les métropolitains.
France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.
Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.
Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine,
Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine
D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.
Las, tes autres agneaux n’ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent, ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.
Joachim Du Bellay, Les Regrets (1558)
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Publié par Raymond Joyeux
Le mercredi 29 juillet 2026
