Tony Bourguit, un jeune Saintois au talent littéraire affirmé

Passionné très tôt de littérature et d’écriture

29541610_989974257833457_7986671241960266317_n (1)Fils de Chantal CASSIN originaire de Terre-de-Haut et d’Éric BOURGUIT, d’ascendance martiniquaise, Tony, aîné d’une fratrie de trois  enfants, est né le 4 mai 1983 à Évreux en Normandie où ses parents se sont rencontrés. Venu aux Saintes avec sa famille à l’âge de 16 mois, il suivra sa scolarité primaire à Terre-de-Haut et fréquentera le collège des Saintes jusqu’à la classe de 3ème, avant d’aller poursuivre ses études secondaires au lycée Gerville-Réache de Basse-Terre. Inscrit en section L de cet établissement il obtient le baccalauréat et part pour la Martinique afin de préparer une licence d’espagnol. Passionné très tôt par la littérature et l’écriture, mais peu enclin à collectionner les titres universitaires, il décide d’interrompre ses études au bout de deux ans et, le DEUG de lettres en poche, s’envole pour Paris où il ne fait que passer avant d’aller s’installer à Nantes. C’est dans cette cité médiévale de la Loire Atlantique, devenue sa ville d’adoption, « ma seconde femme, précise-t-il, après Terre-de-Haut », qu’il vit et travaille actuellement tout en s’adonnant à sa passion : l’écriture et la tenue d’un blog qui sert de support à ses productions.

Un parcours professionnel sinueux

De la gestion d’une discothèque à la responsabilité d’un réseau national d’avocats, on ne peut pas dire que la vie professionnelle de Tony Bourguit s’effectue en ligne droite. Selon lui, en effet, (je rapporte ici ses propres mots, mail du 17 mai ) : « L’accomplissement social n’est absolument pas une source de fierté ou un but. Il n’est que le résultat de l’extrême qualité de l’éducation qui m’a été dispensée par mes parents, des personnes formidables. Je ne suis que leur hommage. » Aussi, de son propre aveu, son parcours professionnel serait plutôt sinueux. Mais qui témoigne de la capacité à s’adapter aux opportunités et à réussir dans des secteurs sans rapports apparents entre eux sinon ceux de la motivation et de la conscience aiguë de toujours être à la hauteur de la tâche. Autant d’expériences qui mènent à la connaissance des hommes et des rapports sociaux, matériaux indispensables pour celui dont la passion primordiale est l’écriture.

Une production littéraire tous azimuts

À l’image de sa jeune vie professionnelle, qui fait de lui un touche à tout au sens noble du terme, c’est-à-dire d’exception, Tony explore avec le même bonheur différents genres littéraires, passant de la poésie à la nouvelle, de l’aphorisme au récit. Résumant sa vie en trois formules choc,  il se revendique, sans le dire, de l’hédonisme grec, associant dans sa vision de l’existence la philosophie d’Épicure à celle de Jean-Jacques Rousseau :

  • L’on n’est personne si l’on n’est pas quelqu’un pour quelqu’un d’autre.
  • L’espoir, c’est le bonheur qui procrastine. 
  • Quand un amour cesse de commencer, il commence à cesser.


    Émule de Bukowski et de Bret Easton Ellis

En littérature, l’un de ses modèles cultes – pour la modernité et l’exubérance du style et non, heureusement, pour les mémorables excentricités d’alcoolique avéré, assumé et revendiqué – n’est autre que Charles Bukowski, ce génial écrivain américain d’origine allemande qui fit scandale en 1978 sur le plateau d’Apostrophes, célèbre émission littéraire télévisée, animée à l’époque par Bernard Pivot.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Bukowski

Un blog original et un site gratuit, supports de ses nombreux écrits

Pour vous permettre d’apprécier aussi bien la poésie de Tony que ses autres productions littéraires, je vous invite à vous rendre sur son Blog personnel en cliquant sur le lien ci-joint :
https://sapiophilechrerophobe.wordpress.com 

Vous serez surpris par l’éclectisme des thèmes traités et la « flamboyance » d’un style alerte et vigoureux, hors du commun, truffé de trouvailles et de fulgurances littéraires. Signes d’un imaginaire explosif, débordant d’audace et de liberté. Mais aussi, excluant toute mièvrerie, de cette maîtrise élégante et naturelle de la langue qui fait les véritables écrivains. Étiquette qu’il refuse néanmoins de s’accoler car, lorsqu’on lui suggère de se faire éditer, il répond :  » je suis trop tributaire de mes émotions pour construire quelque chose d’aussi précis qu’une « carrière d’écrivain ».

Pour le moment donc, modeste, gêné même de ma proposition de lui consacrer une chronique sur ce blog, Tony se contente de publier ses textes sur un site Internet. Un moyen discret de se faire connaître et de livrer gracieusement ses écrits à un public forcément restreint. Se satisfaisant uniquement des retours de ses lecteurs, « comme ceux que tu peux lire, me précise-t-il, sur la page de mes nouvelles : voilà mon salaire véritable ». Ajoutant par ailleurs que, « dès lors qu’elle n’existe que parce que les autres la « consomment », une œuvre n’appartient plus à l’artiste dès sa création. Une œuvre est un enfant émancipé dès la naissance. » 

Partageant pleinement cette conception détachée du rapport de l’auteur à son œuvre, mais nourrissant l’espoir de solliciter un jour de lui une dédicace à la Bukowski sur un de ses ouvrages-papier (poésie, roman, nouvelle…), dûment imprimé et publié chez un éditeur de renom, je ne peux que vous suggérer de vous rendre sans tarder aux deux adresses ci-dessous où il a mis en ligne deux nouvelles remarquables que je vous laisse le soin et le plaisir de  découvrir :
https://www.monbestseller.com/manuscrit/8803-il-etait-urgent-de-vivre
https://www.monbestseller.com/manuscrit/5297-intensites-volage

***

En attendant, c’est ce très beau texte que j’ai choisi pour vous aujourd’hui qui témoigne de son amour pour son île natale, de ses qualités de styliste et de sa sensibilité poétique évidente :

Terre-de-Haut 

géographie de l’enfance et héritage à préserver

Un texte inédit de Tony Bourguit

J’ai ouvert la cage aux souvenirs : mon île, une terre d’exception

Brel disait que l’enfance était quelque chose de quasiment géographique. Un lieu.
Mon enfance est ici. Terre-de-Haut.
J’ai rouvert la cage pour que mes souvenirs se ravivent. Le temps érode ma présence ici et il faudra bientôt les sceller à nouveau. Mais pour l’heure, tout me revient :

Le soleil, ici, se lève à 6h00 car il est pressé d’éclairer ce joyau qui sertit l’océan. Il se couche à 17h30 car une fois la nuit tombée, des étoiles criblent le ciel et c’est un spectacle tout aussi mirifique.

Ce sont les « bêtes-à-beau-temps » qui viennent informer de la météo du lendemain, ou plutôt confirmer qu’il fera soleil de plomb et pétole sur l’eau.
Alors, bien entendu, j’ai toujours eu conscience de la beauté du lieu, mais pas toujours de son exception : hier j’ai ramené ma grand-mère de 82 ans, assise en amazone derrière mon scooter, et, chemin faisant, nous avons croisé une autre grand-mère conduisant un autre scooter : Je parle de ce genre d’exception.

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« Mon enfance : un lieu, Terre-de-Haut » Photo Raymond Joyeux

Entre modernisme et traditions

Terre-de-Haut a fait du progrès une coquetterie : elle y picore pour éterniser sa jouvence, mais elle puise la source de sa candeur dans son attachement indéfectible à ses traditions.

Les canots des pêcheurs partent toujours à l’aube même s’ils sont de moins en moins nombreux. Evidemment, il y a les scooters, les voitures électriques, la vie chère, etc. Mais l’endroit est rescapé de la frénésie sociétale que je m’en vais retrouver dans quelques jours.

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Pêcheurs saintois : retour de pêche – Tableau d’Alain Joyeux

Un héritage à préserver

A évoluer ainsi sur la terre de mes aïeux, il s’est produit une chose. Si je devais l’expliquer, je parlerais de la conscience d’un héritage. J’ai pris conscience que je devais une part de ma vie à ce lieu, sans savoir quand ni comment m’y consacrer.

Je ne parle pas seulement de l’héritage familial au sens « notarial ». Ici, ceux qui cherchent à se rappeler de moi m’identifient comme étant le fils de mon père ou de ma mère. Et, du respect manifeste qu’ils leur confèrent nait un accueil d’une chaleur touchante.

Florilège :

« Tu es devenu un si bel homme » (preuve que j’étais bien moche avant).

« Je suis très contente de te voir ici. Mais va bronzer, t’es blanc comme la chatte à Blanche-Neige » (je n’invente rien, je traduis juste le créole).

« Il est urgent de se boire un ti-punch pour fêter ton retour. Faut faire vite vu que tu ne restes pas longtemps »

Si ce lieu est un héritage, je me dois de le préserver avant de m’en occuper un jour.

Partir, revenir…

Roulant sur l’île en scooter, je me suis mis à y penser : tant que mon dos sera orphelin de bras pour l’étreindre, alors il ne sera pas encore temps de revenir. Je parle d’étreintes à l’échelle de la vie.
L’on ne va au nid qu’avec sa progéniture et sa moitié. Et en un sens, je suis satisfait de ces longueurs. J’ai toujours considéré que je ne mettrais qu’une seule femme à la table de mes parents. Et j’ai échoué –  (Aparté : À toi qui es la seule à avoir jamais partagé les bras de ma famille, je n’ai que tendresse pour toi. L’amour que je te voue est intact même s’il ne permet plus les mêmes promesses. Sois en certaine : J’ai échoué à la promesse que je m’étais faite, mais tu n’y es pour rien) –  mais il me reste encore la virginité du lieu. J’ai encore la possibilité du choix de la personne que je ramènerais ici. J’ai encore une promesse d’éternité à tenir.

Je m’y emploierais de toutes mes forces.

Il n’y a aucune négation de Nantes dans l’amour de Terre-de-Haut : J’aime l’une comme une mère, et l’autre comme une épouse. Il n’y a aucune hiérarchie. J’ai besoin des deux.

J’écris ceci tandis que le soleil fuit Terre-de-Bas, incendiant le ciel qui déjà s’obscurcit derrière Marie-Galante.
 
Août 2017

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Coucher de soleil sur Terre-de-Bas – Photo Raymond Joyeux

Bravo et merci Tony pour ton parcours, pour ton talent et pour cette splendide évocation.
Puissent de nombreux jeunes Saintois de ta génération – et les autres – suivre tes pas, sinon dans le domaine de l’écriture (et pourquoi pas ?) du moins dans celui de la sensibilité poétique, de l’émotion et de l’amour du pays natal, cet héritage à découvrir,
à préserver et à partager.

PS  et rappel : Le texte sur Terre-de-Haut est de Tony Bourguit ; la présentation de l’auteur, les sous-titres et les illustrations de Raymond Joyeux.
La photo initiale est de Tony qui m’a également fourni les infos le concernant. Informations complétées par sa mère Chantal Cassin-Bourguit que je remercie pour son extrême amabilité et sa précieuse collaboration. 

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9 commentaires pour Tony Bourguit, un jeune Saintois au talent littéraire affirmé

  1. gfvisuel dit :

    une ode à son archipel réalisé par mes soins .

  2. Mahogany dit :

    Et bien… Je ne sais pas Vraiment quoi dire. Mis à part merci. Merci Beaucoup, Raymond, pour cet article. Amicalement,

    Tony.

  3. Marie-Chantal BOURGUIT dit :

    MERCI Raymond. J’ai versé quelques larmes en lisant ton article.Que DIEU te bénisse.

    • raymondjoyeux dit :

      Je comprends ton émotion, M.Chantal, toi et ton mari, vous pouvez être fiers de votre fils. Je suis sûr qu’un jour on entendra parler de lui, même si c’est loin d’être son souhait aujourd’hui !

  4. Liliane CORBIN dit :

    Il ira loin ce Petit, comme on dit dans le Midi !
    Je ne sais pourquoi, en lisant le texte de Tony BOURGUIT, à propos de Terre-de-Haut, j’ai pensé à Daniel Maximin qui écrivit dans « L’ex-île » :
    « … Les insulaires n’emportent pas d’eau, comme les nomades ne s’encombrent pas de sable. On confiera l’île à la mère-Caraïbe pour résister aux cyclones et aux raz-de-marée de l’Atlantique. La veille du grand départ pour rejoindre le paquebot au port de Pointe-à-Pître, je demandai à ma mère qui faisait ses dernières courses d’adieu à Basse-Terre, de m’acheter un petit répertoire alphabétique à la librairie Châtelard. Le soir, j’écrivis sur la couverture Cahier des oublis, avec l’intention qu’il me serve à noter tout ce qui commencerait à s’estomper d’essentiel de ma Guadeloupe en mon corps trop petit, avec la concurrence de ce prochain continent si ancien et si spacieux. Et je notai sur la première page ce dernier vers d’une belle poésie apprise en sixième que j’avais retenu par cœur, sans trop savoir encore s’il devait plus s’appliquer à l’avenir de mon île d’enfance ou de mon enfance d’île : si nul ne pense à moi, je cesse d’exister … »
    Merci Raymond.

    • raymondjoyeux dit :

      Bonjour Liliane. Même si le style ultra classique de D. Maximin est à cent lieues de celui de Tony, vous avez trouvé l’extrait qu’il fallait pour rendre hommage à son talent. Merci pour lui. Je pense comme vous « qu’il ira loin » ! (Je me réjouis par ailleurs de savoir de cet auteur (Maximin) fait partie de vos lectures. Et même si vous n’êtes pas ma maman, je me permets de vous souhaiter une bonne « fête des mères » et un bon dimanche 27 mai.

  5. Ping : Terre-de-Haut : le discret départ d’un juste | Raymond Joyeux

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