Évolution des services de santé aux Saintes de 1853 à nos jours

Aux temps (pas toujours bénis) des Colonies

fabre rogné

Un document exceptionnel

Dans un rapport sur l’état de la paroisse de Terre-de-Haut, datant de 1853 et reproduit intégralement par le Père Camille FABRE dans une brochure parue en 1979, intitulée de clochers en clochers, il est indiqué que  « le bourg ressemble à une petite ville et constitue toute la paroisse. Il y a environ six cents habitants. L’esprit religieux y est assez mauvais. Le prêtre y a peu de consolations. Cependant il y a une école tenue par les frères de Ploërmel et un hôpital tenu par les Sœurs de Saint-Paul « . (1) C’est, à ma connais-sance, la première mention de l’existence de ce type d’établissement aux Saintes auquel survécut, pendant un certain temps, une petite infirmerie où tous les Saintois et Saintoises de ma génération et moi-même avons été vaccinés lorsque nous étions écoliers.

De son côté, dans une monographie sur l’archipel publiée à Bordeaux en 1901, le docteur Sauzeau de Puyberneau (2), affecté aux Saintes, précise : « En face de la caserne se trouve l’hôpital, qui serait en mesure de redevenir hospitalier s’il lui était accordé les quelques réparations nécessaires. Par un décret spécial, le Médecin des Colonies chargé du service aux Saintes est autorisé à habiter le pavillon des officiers. » Lequel médecin, payé, selon Félix Bréta (3), par le budget local, a été supprimé en 1903.

Les services de Santé du navire-école Jeanne d’Arc

La Jeanne d'Arc en rade des Saintes - 1960 Carte postale Catan

La Jeanne d’Arc en rade des Saintes – 1960. Carte postale Catan

À partir de cette date et jusqu’au milieu du siècle dernier, Terre-de-Haut, privée de la présence sur son sol de médecin résident et de service hospitalier, dut se contenter de la seule assistance de deux sages-femmes qui pratiquaient les accouchements à domicile. L’une originaire de la commune, Mme Jacques-Quintard Éléonore, l’autre, épouse d’un médecin guadeloupéen, Mme Monrose. Un docteur généraliste, venant de Trois-Rivières, une ou deux fois par semaine, assurait les consultations et les soins qui ne nécessitaient pas un transfert des patients en Guadeloupe. En cas d’urgence, ce transfert s’effectuait par les moyens de l’époque, c’est-à-dire en canot à voile, quels que fussent l’heure et le temps. Dans ces conditions, beaucoup de Saintois se contentaient d’attendre le passage annuel du navire-école Jeanne-d’Arc, à bord duquel consultations, radiographies, bilan de santé, soins dentaires et parfois opérations chirurgicales se faisaient gratuitement.

 Le Bateau des Îles : « maison du docteur »

"Maison du docteur" - Ph. R.Joyeux

« Maison du docteur » – Ph. R.Joyeux

Pour pallier les réticences compréhensibles du corps médical à venir s’installer aux Saintes, un photographe de Basse-Terre, M. Adolphe CATAN, propriétaire de la célèbre maison Bateau, céda ou vendit, selon les sources, son bien à la commune de Terre-de-Haut en 1949. À charge pour cette dernière d’y loger gratuitement les docteurs successifs qui voudraient y venir exercer, et à celle du Département d’octroyer une subvention aux volontaires. À ma connaissance, le premier qui bénéficia de ces deux opportunités, fut le docteur Hourtiguet, un breton, amateur de navigation, qui, logé et subventionné, assura la desserte des deux îles jusqu’en 1957-58. Aujourd’hui, cette « maison du docteur », comme on la nomme aux Saintes, est occupée en permanence depuis de nombreuses années par la même praticienne qui y a également installé son cabinet médical.

 Années 48-50 : création d’un dispensaire

Le dispensaire et son frangipagnier

Le dispensaire et son légendaire frangipagnier- Ph R. Joyeux

Selon un petit carnet retrouvé de mon père, déjà évoqué sur ce blog, c’est à la fin de février 1951, que fut inauguré le Dispensaire public du Fond-Curé. Cet établissement,  propriété du Département et géré par la  Direction de l’Action Sani-taire et Sociale de Basse-Terre, a été édifié à l’emplacement de l’ancienne Prison cantonale, (4) sur un terrain ayant appartenu, semble-t-il, à un certain Jules Corbin. Sa création allait apporter un confort certain et une sécurité non négligeable  à la population saintoise en matière de structure sanitaire de proximité. Outre de remplir sa fonction de Protection Maternelle et Infantile, (PMI), il était également, et est encore aujourd’hui, centre de soins, de vaccinations pour les scolaires,  de consultations et d’obstétrique, autant d’actes médicaux spécialisés assurés par des professionnels venant à intervalle régulier de Guadeloupe, sous l’égide du Conseil Général.

Entre 1964 et 67, Yves Espiand, jeune docteur originaire de Pointe-à-Pitre, a été le premier à aménager son cabinet de consultations dans une des salles de ce dispensaire et avoir été autorisé à y ouvrir une officine de propharmacie, avec les médicaments de première nécessité. Par la suite plusieurs dentistes s’y sont succédé sans lendemain, jusqu’à l’arrivée de leurs confrères installés aujourd’hui dans le bourg. L’officine pro-pharmaceutique a également disparu au profit d’une véritable pharmacie indépendante, qui a ouvert ses portes en 1979.

Étonnante destruction du frangipagnier et aux autres flambloyants

Il ne reste que des souches - Ph. R. Joyeux

Il ne reste que des souches – Ph. R. Joyeux

Concernant la gestion et l’entretien de ce Dispensaire départemental dont tout le monde reconnaît unanimement la nécessité et l’importance pour une petite commune insulaire, on peut s’étonner que les responsables, sous couvert de nettoyage, aient autorisé récemment (octobre 2013) l’abattage de tous les flamboyants de l’arrière-cour et surtout d’un magnifique frangipanier donnant sur la rue (voir photo précédente). Tous les arbres existants ont été scrupuleusement coupés, mais à ce jour, le grand nettoyage-prétexte reste encore à intervenir !

Des containers de tri ont remplacé le frangipagnier- Ph. R. Joyeux

Containers de tri et palettes ont remplacé le frangipagnier

Quant aux autorités municipales, nous ne doutons pas qu’elles ne tarderont pas à trouver de leur côté un emplacement plus adéquat pour entreposer des containers de tri qui, en plus d’enlaidir le site, n’ont pas du tout leur place à proximité immédiate d’un établissement public d’accueil et de soins.

Et aujourd’hui ?

Tout compte fait, aujourd’hui, et depuis bon nombre d’années, les Saintes, et Terre-de-Haut en particulier, sont globalement bien desservies en matière de structures et de personnels médico-sanitaires. Sont en effet à la disposition de la population : deux cabinets médicaux, un couple de chirurgiens-dentistes, plusieurs kinésithérapeutes, une pharmacie, un véhicule du SAMU, un hélicoptère d’évacuation sanitaire, et depuis 2007, pour les personnes âgées dépendantes, un service d’infirmières et d’aides médicales d’hospitalisation à domicile (HAD), qui font à leur niveau un remarquable travail d’assistance et de soins, et qui méritent, avec tous les autres praticiens, d’être salués !

Un progrès considérable

L’implantation d’une pharmacie : un progrès considérable

Que demander de plus ? sinon peut-être l’aménagement des caniveaux à ciel ouvert pour éviter qu’ils déversent à la mer leur bouillon de culture infesté de bactéries fécales et de staphylocoques ; l’installation de sanisettes modernes et gratuites pour éradiquer définitivement les habitudes moyenâgeuses de mictions et défécations humaines intempestives  en milieu naturel ; un  suivi plus sérieux enfin, et une fréquence régulière des campagnes de démoustication et de dératisation pour mettre la population à l’abri de la leptospirose et de la dengue hémorragique, deux affections parfois mortelles dont la Guadeloupe et ses îles ne sont pas du tout exemptes…

510HKCV1XPL._SY445_Mises à part ces dernières suggestions qui restent à réaliser et qui sont à nos yeux d’importance,  nous sommes en définitive, aujourd’hui, concernant l’état sanitaire de la population saintoise et les équipements médicaux, bien loin, heureusement, des observations apocalyptiques, (qualifiées à juste titre par Jean-Luc Bonniol de hautement fantaisistes) (5), observations grotesques, à la limite du comique s’il ne s’agissait pas d’êtres humains, faites par l’écrivain-voyageur britannique Patrick Leigh Fermor (6), qui dresse dans son livre Vents alizés, paru en 1950, le terrifiant tableau ci-dessous, que je vous laisse néanmoins le soin d’apprécier avec toute la distance nécessaire :

v.alizés

Raymond Joyeux

Bibliographie :
Biblio 2

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Paul Melki : un jeune auteur prodige à découvrir

Paul Melki  Écrivain

Paul Melki plurihandicapé
Écrivain

Une méthode d’écriture révolutionnaire

Fils de Jane Watts, ancienne danseuse du Royal Opéra de Londres et de Lucien Melki, comédien et metteur en scène, Paul Melki est né plurihandicapé IMC, (infirme moteur cérébral), le 14 octobre 1986 à Paris.

Extrait de sa biographie

Suite à son handicap,  » Paul Melki ne peut ni marcher, ni parler et voit très peu. En 1998, ses parents découvrent la communication facilitée. Une méthode orthophonique qui consiste à l’assister en tenant sa main au-dessus d’un clavier. Paul se met aussitôt à écrire. C’est ce qu’il appelle sa seconde naissance. « Ce jour-là, j’avais 12 ans, écrit-il, où mes mots sont sortis de mon doigt, seul capable de taper sur le clavier. Ma tombe s’ouvrait et ce fut la grossesse la plus longue jamais connue, douze années »

Aidé de son père, Paul répond aux question d'un journaliste de magazine

Aidé de son père, Paul répond aux questions d’une journaliste d’un magazine

Assumant cette difficile situation, « ses parents œuvrent pour lui donner une éducation motrice et intellectuelle. Ils voyagent avec lui au Danemark, en Angleterre, en Hongrie, à la recherche de pédagogies adaptées. Très rapidement l’intelligence de Paul se manifeste par la compréhension des langues des pays traversés. Notamment une compréhension parfaite de l’anglais et du français. Paul passe plusieurs années dans des institutions spécialisées : de 1991 à 2000. (2 ans à la Croix Faubin à Paris et 7 ans aux Papillons-Blancs de Paray-le-Monial). »

Bénéficiant d’un enseignement primaire à l’école du village de Suin en Bourgogne, il passe sans transition, en raison du niveau de ses écrits,  au Lycée de Charolles, en septembre 2002, en qualité d’auditeur libre. Il participe comme lycéen au concours de nouvelles du Festival des Étonnants voyageurs de Saint-Malo et remporte le premier prix pour son texte : L’oiseau volcan, qui sera publié peu après dans un ouvrage collectif.

Les premières vraies publications

Son premier livre : Le Cheval de mer - Poésie

Son premier livre de poésie :
Le Cheval de mer

Mais c’est en juin 2003 que Paul Melki publie aux Éditions Les pas perdus son véritable premier livre, un recueil de poèmes  intitulé Le Cheval de mer. Suivront, en septembre 2004,  à la suite d’un voyage en Guadeloupe et aux Saintes, le Journal de bord d’un détraqué moteur, aux Éditions Calmann-Lévy ; puis, en avril 2007, un second ouvrage : C’est la nuit de ma vie où je réalise ce que le jour m’interdit, et, enfin, en août 2008, un roman, Au paradis de Candide, chez le même éditeur.

 J’ai lu d’une traite Au paradis de Candide 

Son premier roman

Son premier roman

D’abord l’apparence : j’aime la présentation  sobre et élégante du livre, sans outrageuse prétention. L’illustrateur, Jean-Claude Lavaud, artiste bien connu en Bourgogne, semble avoir saisi et traduit la fausse naïveté du personnage. Sa petite tête ébouriffée et ses yeux espiègles, mais perçants, derrière ses boucles fantasques, traduisent parfaitement l’étonnement et la vivacité qui constituent, entre autres, l’éclairage, la légèreté – en même temps que la densité – du récit et la quintessence du personnage. J’aime les couleurs douces et le style d’illustration choisis. L’ouvrage est agréable à voir et à manipuler. Il n’est pas à remiser sur un vulgaire rayon poussiéreux, mais à laisser en évidence sur une table de lecture ou à offrir…

Paul Melki et ses parents à la Pointe des Châteaux Photo R.Joyeux 1999

Paul Melki et ses parents
à la Pointe des Châteaux en mai 1999
Photo R.Joyeux

Ensuite  le contenu : à mon sens, l’avant-propos est inutile. Le récit et son incipit sont tellement évidents qu’aucune présentation, à la limite, ne se justifiait. Mais peut-être était-il (l’avant-propos) nécessaire pour honorer la contribution de Voltaire et permettre aux non initiés de faire le lien avec le personnage littéraire extravagant et son génial créateur. J’aurais pour ma part préféré le saut direct dans le récit et l’histoire. (C’est un simple point de vue qui n’engage que moi).

La construction du récit de P. Melki procède d’une remarquable trouvaille : se servir du célèbre personnage du Candide voltairien et des 36 stratagèmes militaires chinois comme fil conducteur et lien pour unifier le tout : épatant. Excellente subtilité qui permet de porter regard et jugement sur notre société actuelle en général, française en particulier. Etonnement et pessimisme face à certaines constatations ; conviction, générosité et optimisme dans les solutions proposées, (comme une prise en charge intime – mais aussi distante – par l’auteur du trait caractéristique du personnage de Voltaire : l’optimisme à tout prix). Eloge pertinent du métissage social, culturel et religieux, de la fraternité et de la tolérance, point de vue (ou message) volontairement humaniste qui risque de déplaire aux puristes ou fondamentalistes de tout bord. Aucune condamnation sinon humoristique et en filigrane (pratiques policières et médicales aberrantes), ou tout à fait véhémente et implacable de certaines perversités : (attrait maladif des richesses, d’où assassinat justifié du personnage du docteur dans la lignée des précédents meurtres tout aussi justifiés de Candide).

Paul Melki et le professeur Jacquard

Paul Melki et le professeur Jacquard

Le chapitre L, qui résume pour le lecteur les événements antérieurs et fait le lien avec l’actualité du récit, est très utile pour ceux qui auraient laissé leur lecture en plan à la page 87. Bonne idée qui permet de souffler et de faire le point. Procédé didactique intéressant. Maîtrise parfaite et restitution, sans outrance ni trahison, du style persifleur de Voltaire, du regard, des réflexions et commentaires du personnage. Aucun coup de gueule vengeur excessif. Ni moralisme ni apitoiement. Autant de particularités, d’ingrédients narratifs qui s’intègrent parfaitement à l’ensemble, évitant subtilement le piège du hiatus littéraire et philosophique qui aurait déconcerté le lecteur et abouti à une dichotomie détruisant l’unité de l’expression et de l’œuvre.

L'art de la guerrerognée

Les 36 stratagèmes de SUN TZU

J’ai moins aimé, (bien que j’en comprenne le pourquoi), le parler verlan de la « racaille ». Mais c’est un parti pris. Comme je n’aime pas les créolismes à tout va et les tournures « couleur locale » systématiques de nos auteurs antillais d’aujourd’hui. Ça m’agace. Le résumé des chapitres de Candide de Voltaire en fin d’ouvrage ne s’imposait pas particulièrement. À mon sens, c’est au lecteur, s’il est conséquent et curieux, d’aller réveiller le grand philosophe et son œuvre. L’énumération des 36 stratagèmes chinois en revanche était nécessaire et incite à la découverte ou la relecture de L’art de la guerre de Sun Tzu. Le dernier chapitre du livre de Paul Melki qui renvoie subtilement au premier clôt l’ensemble. La boucle est bouclée, sans pour autant que soit fermée la porte de l’imagination et de la réflexion.

En bref, je n’ai pas (encore) lu toutes les « critiques littéraires journalistiques et professionnelles » concernant l’ouvrage. Et ne suis guère apte moi-même à porter un jugement objectif définitif de haut niveau académique. Je peux simplement, et subjectivement, dire que le livre m’a séduit et que je ne l’ai pas lâché une seconde. Densité et légèreté. Je suis époustouflé par la facilité stylistique naturelle de l’auteur, par son intelligence des descriptions et situations, sa dérision à propos de sa propre situation de détraqué moteur – ( 1 ), sa grande culture « historico-socio-psychologico-médico-littéraire », par la pertinence de l’expression, encore une fois, la finesse de l’humour, la tournure et la profondeur des analyses, de certains points de vue et réflexions. Par sa connaissance de Paris, des problèmes et mœurs des banlieues (lieux bannis) et autres… Mille fois merci, Paul Melki, pour ce « petit » chef d’œuvre, selon moi, d’un « grand » écrivain. (2).

Raymond Joyeux

1 – Voir Journal d’un détraqué moteur de l’ auteur chez Calmann-Lévy
2 – Je ne pense pas qu’on puisse trouver ici, en Guadeloupe, les ouvrages de Paul Melki. Si on est intéressé, il suffit de les  commander par l’intermédiaire de son libraire, en précisant les références exactes.

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Petit historique de la presse écrite aux Saintes

Une révolution : l’arrivée d’une boutique de presse à TDH début 2000

Boutique de la presse à Terre-de Haut Ph R. Joyeux

Boutique de la presse à Terre-de Haut

Ce n’est que depuis le début des années 2000 que les habitants de Terre-de-Haut bénéfi-cient de l’implantation d’une boutique de presse à domicile. Ils étaient contraints jusqu’alors, en matière de presse écrite, soit de souscrire un abonnement, avec l’inconvé-nient des retards de distribution lié à l’éloignement, soit d’aller se procurer leur quotidien, hebdomadaire ou mensuel favoris, directement en Guadeloupe, lors d’un dépla-cement régulier ou occasionnel. L’arrivée d’une petite boutique de presse sur place allait radicalement changer la donne en ce domaine.

Un lectorat restreint

Quotidien régional le plus lu aux Saintes

Quotidien régional le plus lu aux Saintes

À l’heure d’Internet, de l’image omniprésente et des informations télé en continu, dire que nos compatriotes d’aujourd’hui sont de fervents lecteurs de journaux traditionnels ou de livres en général serait aller vite en besogne. N’empêche qu’en leur offrant sur place un large éventail de titres régionaux, nationaux ou étrangers, on leur permet désormais de faire leur choix et de se procurer, à l’occasion, des magazines ou des ouvrages plus littéraires, sur nombre de sujets susceptibles de leur ouvrir de nouveaux horizons, sans avoir à prendre la navette reliant les Saintes au « conti-nent guadeloupéen ». Il faut toutefois préciser que la boutique de la presse est littéralement prise d’assaut lorsque le quotidien régional a la bonne idée de publier un article, un reportage ou une simple information sur leur commune !

Des anciens accros à l’infos

Le Nouvelliste Quotidien guadeloupéen N°1 aux Saintes dans les années 50

Le Nouvelliste
Quotidien guadeloupéen N°1 dans les années 50

Pour autant que je me souvienne, privés aux Saintes de radio et de télévision, comme, à l’époque, en certaines régions retirées de Guadeloupe et même de France hexagonale, nos aînés d’après la Seconde Guerre mondiale jusqu’au milieu des années 60 étaient plus friands d’informations journalistiques. En particulier les fonctionnaires en activité ou à la retraite : instituteurs, employés des postes, de la douane ou de la mairie. Ou tout simplement de simples marins-pêcheurs ou artisans, syndicalistes politisés ou pas, navigateurs lettrés ayant posé leur sac, autant de personnes habituées à la chose écrite et que la lecture régulière ne rebutait pas…

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L’Étincelle nouvelle formule
Organe du PC guadeloupéen

Parmi les quotidiens ou les hebdomadaires départementaux arrivant alors à Terre-de-Haut, on peut citer : le Nouvelliste, Le Progrès Social des frères Rodes, L’Étincelle du P.C. guadeloupéen, Le Match socialiste  de M. Jabbour, Antilles-Matin, l’ancêtre de notre France-Antilles d’aujourd’hui, dont le directeur-fondateur n’était autre qu’un Saintois Max Martin, fils d’un notable des Saintes, M. Maurice Martin. Et enfin l’hebdomadaire catholique Clarté, vendu par une dame patronnesse et disponible dès le samedi après-midi jusqu’au dimanche à l’issue de la messe.

Des commentaires animés Place de la mairie

Hebdomadaire catholique de Guadeloupe

L’hebdomadaire catholique
de Guadeloupe

Tous ces journaux étaient acheminés par la Poste et leurs abonnés ou lecteurs réguliers ne se privaient pas de les faire passer de main en main. D’âpres débats naissaient alors autour de tel ou tel article sensible, sur la situation nationale, internationale ou tout simplement départementale. Les plus acharnés de ces débatteurs de la Place de la mairie étaient sans conteste Nivard Cassin, Urbain Ruart, Anatole Cassin, Irénée Bonbon, Urbain Gaydu, Henri Samson, Eugène Bélénus, entre autres, qui refaisaient le monde à leur façon… Seul Nestor Azincourt, vieil instituteur retraité, abonné au Nouvelliste, restait tranquillement chez lui, se contentant depuis son balcon ajouré de plain pied, de passer fièrement chaque matin, au bras d’un écolier retardataire, le petit bracelet de papier enserrant le journal de la veille et sur lequel étaient imprimés ses nom et adresse.

 L’ÉTRAVE,
premier mensuel spécifiquement saintois.

De fil en aiguille, les années passant, en février 1965, des jeunes débordant d’idées, certains fraîchement débarqués de leurs études en Métropole, dont votre serviteur, décident de lancer le premier journal exclusivement Saintois. Il s’agit d’Alain Foy pour le dessin de couverture, de Georges Vincent, secrétaire de mairie, d’Yves Espiand et André Nègre, tous deux médecins, d’André Allard, directeur d’école, et de moi-même, Raymond Joyeux, professeur stagiaire au collège-lycée de Blanchet près de Gourbeyre. Ce premier mensuel avait pour nom L’ÉTRAVE. Nom dont le symbolisme évident figurait l’avancée de nos îles dans un modernisme qui nous tendait les bras et qui restait à conquérir. Cinq numéros de 16 pages chacun de cette première tentative journalistique, imprimés par Louis Martin à Pointe-à-Pitre, parurent de février à juillet 1965.

Les 3 premiers N° de L'Étrave Précurseur de l'IGUANE

Les 3 premiers N° de L’Étrave
Précurseur de L’IGUANE – Archives R. Joyeux

 Extrait de l’éditorial du premier N° de L’Étrave de février 1965

 » Ne pensez-vous pas qu’il serait dommage de laisser se faner notre jeunesse sans lui donner la possibilité de soupçonner qu’il existe un domaine plus noble que celui de la boisson, de l’oisiveté ou de l’ennui ? Les Saintes resteront-elles toujours l’éternel lieu de paradoxe où les merveilles naturelles contrastent si crûment avec cet engourdissement moral encore trop répandu ?… C’est le but de notre revue de participer un peu plus activement à l’ouverture d’esprit, à l’habitude de réflexion, à la prise de conscience de problèmes importants qui ont paru jusqu’à présent faire défaut à notre mentalité. »  

Journal de l'Association  Le Hunier - Arch. R. Joyeux

Journal de l’Association
Le Hunier – Arch. R. Joyeux

La HUNE prend la relève en 1973

Plus modeste et éphémère, une seconde tentative, simple polycopié de deux feuillets recto-verso, se voulait surtout le journal de l’Association et Bibliothèque Le Hunier, animées par les instituteurs de l’époque, Patrick Péron, Robert Hériaud, et toujours l’auteur de ce blog, Raymond Joyeux, fraîchement nommé au Collège des Saintes. Ces feuillets distribués gratuitement ne se contentaient de rendre compte de la vie associative, mais abordaient déjà les délicates questions du prix des locations de vacances, de la circulation automobile et de l’éternel problème de l’époque, celui de l’eau…


1989 – 1993 : un vrai journal d’opposition : L’IGUANE

Première page du journal L'Iguane relatant le déficit de 1993

N° 26 de décembre 1993 -Arch. R. Joyeux

Créé en décembre 1989, à la suite des élections municipales perdues, de mars de cette même année, L’IGUANE (Intérêt Général et Union pour l’Action Nouvelle et l’Évolution) s’est affiché et revendiqué d’emblée comme un organe d’opposition municipale. Ses 28 parutions, mensuelles ou bimestrielles de 8 pages format A4, auxquelles ont collaboré Félix Foy, Geo Petit, Georges Garçon, Alain Joyeux, Jocelyn et Marc-André Bonbon,  et dirigées successivement par Raymond Joyeux, rédacteur, et Hilaire Brudey, se sont étalées sans discontinuer sur 4 années consécutives. En toute modestie, on peut dire que ce journal, dont la parution était fiévreusement attendue par toute la population, reste une référence dans le domaine du journalisme politique et informatif saintois.

D’autres feuillets, issus de la même mouvance ont vu le jour sous les appellations successives de L’ŒIL DE L’IGUANE et RDS-INFOS, destinés aux adhérents du parti municipal d’opposition : Réalisme-Démocratie-Solidarité.

Organes de l'opposition RDS

2 Organes de l’opposition municipale RDS

Une tentative avortée : La Gazette des Îles

Prévu pour durer, un seul N° de ce mensuel  a vu le jour . Arch. R. Joyeux

 Un seul N° de ce « mensuel »
a finalement vu le jour.  Arch. R. Joyeux

À la disparition de L’IGUANE, profitant du vide laissé par ce journal impertinent, hantise du maire de Terre-de-Haut, trois journalistes professionnels métro-politains auxquels on doit un guide remarquable sur les Saintes, abondamment illustré, intitulé justement Bonjour les Saintes, décident de créer un mensuel destiné aux lecteurs des trois dépendances Sud de la Guadeloupe : Les Saintes, Marie-Galante, la Désirade. Son titre : La Gazette des Îles.

Ce journal, annoncé comme strictement « apolitique », s’est inscrit d’emblée, aux dires de leurs auteurs, dans la durée et l’objectivité, attributs qu’ils déniaient, sans le nommer, à L’IGUANE qualifié par eux de « Canard Enchaîné au petit pied », mais qui vécut, faut-il le rappeler, quatre années d’affilé.

Au 1er N° de ce « mensuel » paru en décembre 1995 et diffusé par les Éditions Du Pélican, basées à Saint-Barthélemy, il n’y a pas eu de suite et c’est mort-née que La Gazette des îles entra malheureusement dans l’histoire de la presse locale.

La riposte du pouvoir

Cible privilégiée : l'opposition

Cible privilégiée : l’opposition
Archives Raymond Joyeux

Dès 1991, du temps de L’IGUANE, le maire de l’époque, publiquement malmené par les articles et les révélations du journal, après deux procès perdus pour diffamation, fait paraître, pour se défendre et se justifier une publication ad hominem, intitulée La Lettre du Maire. Prévue pour paraître régulièrement, et éditée aux frais des contribuables, cette publication n’a  finalement connu qu’une seule et unique  parution. Sous couvert d’informa-tions municipales, comme indiqué en sous-titre, c’étaient surtout les responsables de l’opposition et de L’IGUANE qui étaient visés, souvent dans un pataquès pas toujours compréhensible.

Quelques années plus tard, dans le même ordre d’idées mais en beaucoup moins virulent pour les opposants, c’est le nouveau maire, Louis Molinié, qui faisait éditer au nom de la commune un bulletin municipal, illustré de ses réalisations.

Distribué aux seuls partisans

Distribué aux seuls partisans

L’idée était plutôt bonne, mais faute de rédacteurs, le projet capota rapidement, d’autant que seuls les partisans du pouvoir avaient le privilège de le recevoir à domicile. Ce qui contredisait d’emblée le titre, l’ambition et la philosophie  affichés par son directeur : « ENSEMBLE ». 

À noter cependant que l’intégralité de ce journal municipal  a été pendant un temps accessible sur Internet à l’adresse du site de la municipalité. Aujourd’hui que la version papier a disparu, les administrés de Terre-de-Haut, intéressés par les projets municipaux, l’histoire et les réalisations communales peuvent toujours se rendre sur le site municipal où des informations parcimonieuses leur sont données. Les temps changent !..

 Deniers publics servant à des fins partisanes

En terminant cette chronique, comment ne pas s’empêcher de stigmatiser une anomalie pernicieuse de taille dans l’utilisation des deniers publics en matière de presse écrite communale destinée à l’ensemble d’une population.

Programme du 15 août dévoyé

Programme du 15 août dévoyé

Quand un maire règle ses comptes avec l'opposition dans un bulletin de fête édité aux frais des contribuables

Quand un maire règle ses comptes avec l’opposition dans un bulletin de fête édité aux frais des contribuables

De 1989 jusqu’en 2001, pas un seul de ces bulletins-programme  (photo ci-dessus) de la fête patronale de Terre-de-Haut, édités aux frais des contribuables toutes tendances confondues, qui ne comporte une critique acerbe de l’opposition démocratique, quand ce ne sont pas carrément des injures,  dans des Mots du Maire restés tristement célèbres.

Destiné à fournir à la population le programme de la fête du 15 août, manifestation populaire censée rassembler tous les citoyens, au-delà de leurs opinions, il n’était nullement légitime, à notre sens, qu’on utilise ce bulletin à des fins politiciennes partisanes, sans possibilité pour ceux qui y étaient attaqués de se défendre par les mêmes moyens.

Et aujourd’hui ?

Si la boutique de la presse de Terre-de-Haut poursuit quotidiennement – le dimanche excepté – son office indispensable de kiosque à journaux et de petite librairie, ce dont nous félicitons et remercions les responsables, on peut déplorer qu’il n’y ait pas eu de relève chez nos jeunes intellectuels pour créer et diffuser une presse écrite de proximité, spécifiquement saintoise, afin de rendre compte de l’actualité locale et de développer, en même temps que le lien social, des sujets plus généraux de réflexion et de proposition.

Raymond Joyeux

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Terre de culture et de littérature, le Canada à l’honneur

Le Canada, où j’ai la chance et le plaisir d’entretenir quelques fidèles et merveilleuses amitiés, est à l’honneur cette année.  C’est en effet une de ses ressortissantes, Alice Munro, écrivaine de langue anglaise, originaire de l’Ontario, qui vient d’obtenir le prestigieux Prix Nobel de Littérature 2013. Mais c’est aussi Natalie Henripin dont la poésie m’a séduit que je voudrais mettre à l’honneur dans cette chronique. R. J.

Alice Munro Photo AFP - Peter Mulhy

Alice Munro
Photo AFP – Peter Mulhy

Alice Munro : une nouvelliste Prix Nobel de littérature 

Ayant commencé seulement à découvrir son œuvre, il est trop tôt pour moi de porter un jugement approfondi sur les thèmes et l’écriture de cette auteure qui m’était jusqu’ici inconnue. C’est donc à Christian Desmeules du journal Le Devoir de Montréal daté du 12 octobre 2013, que je me permets d’emprunter  pour vous cette courte mais percutante analyse.

 « Un regard enveloppant, une compassion qui semble sans bornes envers ses personnages. Une attention d’ornithologue surveillant un nid prêt à éclore. L’oreille tendue au moindre bouleversement, l’œil capable de déceler la plus fine fêlure. Bien avant le sacre du prix Nobel, la réputation de nouvelliste d’Alice Munro n’était plus à faire.

9782757830819Depuis La danse des ombres heureuses (Rivages poche, 1968) et Les lunes de Jupiter (Rivages poche, 1982), jusqu’à Fugitives (2008), l’écrivaine canadienne née à Wingham, Ontario, en 1931, trois fois lauréate du Prix littéraire du Gouverneur général, a multiplié les histoires ancrées dans une « canadianité » rurale et quasi universelle. Des histoires qu’elle orchestre avec un art de l’effacement et du détail qui lui a souvent valu d’être comparée à Tchekhov – ou à Raymond Carver. Comme le maître russe de la nouvelle et du demi-jour, Munro s’est fait une spécialité de documenter, sans jamais forcer le trait, les faillites les plus intimes avec une précision quasi chirurgicale…

 Mais la fuite, dans ces histoires de l’écrivaine ontarienne, n’est jamais une randonnée légère : on y traîne toujours un peu le cadavre de ses désillusions, de ses échecs anciens, de ses exils ratés. Le parcours est sans issue et la dérive des sentiments, inexorable. »
                                                                                                                      Christian Desmeules

Natalie Henripin, poétesse

Natalie Henripin, poétesse québécoise

Natalie Henripin : une poétesse québécoise de haut vol

 Née à Paris en 1953, Natalie Henripin habite Montréal et exerce comme travailleuse sociale dans un hôpital de cette ville. Après de brillantes études universitaires, elle fait ses débuts artistiques dans la danse qu’elle enseigne aux enfants. Elle publie un premier recueil de poèmes en 2009 aux éditions Écrits des Forges : Dans le lit du fleuve.  Un second recueil : De ce côté-ci du mystère, a vu le jour chez Carte Blanche à Montréal en juillet 2011.   « Pouvoir m’émerveiller, dit-elle, fonde mon regard sur le monde. Saisir l’insaisissable grâce à l’écriture est l’acte par lequel je côtoie le mystère partout présent… »

Dans le lit du fleuve : un hymne au Saint-Laurent

ILivre LitL’une des caractéristiques de la poésie de Natalie Henripin dans cet ouvrage, c’est l’unité de ton exprimée par son titre même. Celui-ci, Dans le lit du fleuve, est la synthèse parfaite et délibérée de la démarche de l’auteure. Ce lit du fleuve, en l’occurrence Le Saint-Laurent, qu’elle ne quitte que pour s’envoler en compagnie des oiseaux familiers qui le fréquentent et des nuages qui s’y reflètent, est d’ailleurs plus qu’un titre, c’est une invitation au lecteur à faire corps avec l’esprit des eaux et l’environnement granitique du cours d’eau, constitué par les rochers qui le démarquent et le jalonnent, telles des notes dansantes de musique sur une portée turbulente. Et le premier texte, Muraille scintillante, donne d’emblée la tonalité générale et particulière de l’œuvre : une métaphore cosmogonique, filée jusqu’à l’extrême, sans déviation ni éparpillement.

Inébranlables, elles avancent,
le conduisent en majesté
quand il revient balayer les cendres de nos pas
en couchant devant nous sa muraille scintillante…

Et cette muraille, bien qu’elle ne soit point minérale, puisqu’elle désigne dans ce poème précis l’avancée majestueuse du chemin qui marche, (c’est ainsi, précise l’auteure en note, que les Amérindiens désignaient le fleuve), auquel nous devons révérences et salutations, préfigure symboliquement la récurrence et la permanence sous-jacente de ces visages de pierre qui pointent leur fief à la crête de l’ombre avant d’être submergés par la montée des eaux, pour apparaître à nouveau quand s’amenuisent les fluides et se meut la lumière.

rochers rognés

« Autant de fois l’eau les ravit,
autant de fois brille leur beauté. »

Regard émerveillé, élévation mystique 

La précision et l’originalité des images de Natalie Henripin, le choix et l’agencement des mots, leur couleur, leur musicalité, leur objectivité transcendée, témoignent de la perspicacité du regard émerveillé qu’elle porte sur les éléments. Mais bien plus qu’un regard neutre proposé au lecteur, c’est à la perception de la signification métaphysique des épousailles mystérieuses du minéral et de l’aquatique, du ciel et de la terre, du végétal et de l’aérien, de l’ombre et de la lumière, du mouvant et de l’immobile, qu’elle nous convie :

Toi l’épousée,
reçois en tes eaux,
de l’envoûtement des astres,
l’irrésistible attrait.
Accorde-leur la pérennité d’une danse lointaine
au vertige giratoire
de leurs cœurs aimantés
de fournaise et d’étain…

À quoi servirait en effet de se contenter de décrire si précisément, de photographier, la réalité des éléments et leurs corrélations secrètes ou leurs interactions dévoilées, si aucune élévation du cœur et de l’âme ne nous était sinon imposée du moins suggérée à travers la spontanéité d’élans méditatifs, à la limite du mysticisme ?  L’expression poétique chez Natalie Henripin ne se contente pas de dire la réalité, visible ou cachée, elle la transfigure en nous projetant corps et âme au plus profond de son intimité. Car pour elle nous sommes aussi cette réalité. Nous en faisons partie et nous contribuons à la créer par le regard et par le verbe et ce faisant, nous nous modelons  nous-mêmes à son image et faisons corps avec elle.

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« Prête-moi ce jardin d’eau ensommeillée,
la pierre qui se tait en son milieu,
la marée dormante du grand corps replié… »

Avec la constance du jardinier,
éblouie par l’exubérance des mutations,
je lance encore une fois vers le bassin
la poudre scintillante d’un poème,
en réponse aux arrachements successifs
de ce qui vieillit et meurt sans retour.

Ainsi, du début à la fin du recueil, nous sommes, grâce au talent et à la subtilité expressive de l’auteure, en connivence permanente avec ces éléments, et leur évocation, légère et dense à la fois, leur unité de ton et d’essence, aux accents persiens, mais sans envolées oratoires excessives, est sans conteste le signe que nous sommes en présence d’un talent poétique indéniable que ne renieraient ni Gaston Bachelard ni Francis Ponge.

Une poésie solaire

"Jusqu'à l'extinction du soleil, détachées de la course des eaux enluminées en trames serrées pulsent les lucioles."

« Jusqu’à l’extinction du soleil,
détachées de la course des eaux enluminées
en trames serrées pulsent les lucioles. »

Perceptible unité de ton, de thème et de style, mais aussi, autre caractéristique fondamentale, aspiration sans équivoque à la lumière. La poésie de Natalie Henripin est paradoxa-lement, dans ce recueil, d’essence solaire. Le fleuve et son lit de labour, élément aquatique par excellence, bien que personnage central et lieu géométrique de l’expression poétique, sert non seulement de miroir à la clarté du ciel, mais en est le révélateur, pour ne pas dire le générateur essentiel.

Peu de poèmes en effet sans une allusion implicite ou explicite à la lumière : depuis le scintillement du premier tableau en passant par les substantifs aussi nombreux qu’évocateurs : éclats, flambée, phares, feu, lueur, lumière, soleil, astres, fournaise, étoile, incandescence, braises, étincelles, clarté… et les adjectifs ou verbes : éclairer, lumineuses, étoilés, radieux, ensoleillé, solaire, lactée, aveuglantes, briller, nacrés…

Peut-être qu'il ne guette rien

« Cet ange veille…
Peut-être qu’il ne guette rien. »

Éclaboussé de pépites solaires,
le héron fait un pas sur la braise.
Flamme sombre surgie des profondeurs,
cet ange veille.
Au bas de sa robe un remous.
Dominant le courant, 
peut-être qu’il ne guette rien.

La poésie certes ne se résume pas aux seuls vocables utilisés, mais leur présence sémantique récurrente signe une dominante qui définit l’intention consciente ou inconsciente de l’auteure, dominante que renforce ici, et amplifie par contraste, le très riche champ lexical de l’ombre et de l’obscur.

oiseau rognée

« En te regardant réunir tes forces pour l’envol,
j’ai rêvé prendre ta place, m’élever enfin… »

Eau et feu, ombre et lumière, hauteur du regard et fugacité du flux, légèreté du nuage et dureté statique du granit, vol de l’oiseau et enracinement de la pierre, tantôt découverte, tantôt submergée…  tels sont, entre autres, les constitutifs intrinsèques et symboliques de notre humanité. À ce titre, la poésie de Natalie Henripin n’est pas qu’un simple hommage aux éléments, c’est aussi et surtout un hymne implicite à cette humanité. Une humanité authentifiée et sublimée par l’éblouissant et exceptionnel talent d’une poétesse émerveillée.

Raymond Joyeux

Cette chronique revue, corrigée et illustrée pour la circonstance, a été initialement publiée sur un site ami en mars 2012.

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Le 2 novembre à Terre-de-Bas : une fête du lambi très réussie

affiche rognée

L’affiche de la manifestation

Rassemblement et convivialité

L’Association des Marins-Pêcheurs Saintois, l’AMPS, a organisé le samedi deux novembre à L’Anse des Mûriers de Terre-de-Bas, sa première Fête du Lambi.

Malgré le mauvais temps persistant sur les Saintes et le Sud Guadeloupe en cette période de la Toussaint 2013, les organisateurs de cette manifestation inaugurale ont bien fait de la maintenir car, comme par enchantement, les trombes d’eau qui s’étaient abattues sans discontinuer sur nos îles  au cours des trois jours précédents avaient miraculeusement cessé, et c’est sur la plage et sous le soleil revenu que s’est déroulée cette grande fête fraternelle autour du lambi.

Une foire culinaire appréciée

Une foire culinaire  particulièrement appréciée – Ph R.Joyeux

Occasion rêvée de rencontre et de convivialité, la manifestation a réuni avec succès les originaires de nos deux communautés autour d’un programme culturel et festif équilibré, alternant concours de pêche, exposé documentaire, foire culinaire et animation musicale assurée par les DJ SPYCKO et PATBO… La navette Bleu Azur, mise à disposition pour la circons-tance, a assuré le transport des participants entre les deux îles, de 9h 30 à 23 heures, relayée par des embarcations privées, tenues, comme à chacune de ces occasions exceptionnelles, de respecter les règles de navigation et de sécurité en mer.

Des bénévoles omniprésentes

Pour le service : des bénévoles omniprésentes – Ph R.Joyeux

À la Pentecôte : jusqu’en 2008, une fête unitaire de la Pêche et du Poisson

Cette Fête du Lambi de la Toussaint 2013, si elle était la première du genre, n’est cependant pas la seule manifestation autour des activités et produits de la mer à mettre au compte des marins-pêcheurs saintois. Depuis 10 ans en effet, l’AMPS organise chaque année, alternativement à Terre-de-Haut et à Terre-de-Bas, la grande Fête de la Pêche, des Pêcheurs et du Poisson, étalée sur les trois jours du week-end de la Pentecôte.

Georges PINEAU  Président de l'AMPS

Georges PINEAU
Président-Fondateur de l’AMPS

Créée en 2002, et ayant à sa tête le toujours très actif et sémillant Georges PINEAU, l’AMPS réunissait à l’origine l’ensemble des professionnels des deux communes, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Pendant 6 années consécutives, tout a parfaitement fonctionné dans cette unique association, aussi bien concernant la défense des intérêts des pêcheurs des deux îles que dans l’organisation des diverses et communes manifestation

Quand « la politique » s’en mêle

Malheureusement, après les Municipales de 2007, le maire fraîchement réélu de Terre-de-Haut a vu d’un très mauvais œil l’influence, supposée en sa défaveur, de l’union des pêcheurs de sa commune avec ceux de Terre-de-Bas, influence qu’il considérait comme néfaste à son avenir politique.  Dans ce puissant secteur professionnel, pourvoyeur de voix potentielles en vue d’élections cantonales et régionales, il a purement et simplement décrété la création d’une Association de Marins-Pêcheurs parallèle, n’englobant que ses seuls partisans de Terre-de-Haut. L’AMPTH était née, sous l’égide de la mairie. C’est ainsi que la politique, mal comprise et devenue une maladie, au lieu de les rassembler, divise les hommes qui ne demandent qu’à s’unir pour mieux vivre ensemble et défendre leur profession et leurs intérêts.

Au Royaume d’Ubu :
 deux fêtes concurrentielles de la pêche aux mêmes dates 

Dès lors, à partir de 2008, ce sont deux Fêtes de la Pêche qui sont organisées chaque année aux Saintes le week-end de la Pentecôte, mais chacune de son côté, par les deux Associations concurrentielles de marins-pêcheurs. L’une bénéficiant des subventions, des infrastructures et de la logistique de la municipalité : personnels, chapiteaux, sonori-sation, lots de tombola… tout un ensemble de moyens qui logiquement devraient être également répartis ;  l’autre, voyant ses demandes systématiquement rejetées par la mairie, obligée de ne  compter que sur ses propres moyens matériels et financiers.

Affiche de l'AMPS et celle de l'AMPTDH

Affiche de l’AMPS à gauche et de l’AMPTH

Dans ces conditions, et si rien ne change d’ici là, gageons qu’à la Toussaint 2014, avec l’appui sélectif et le concours de la mairie de Terre-de-Haut, l’AMPTH organisera elle aussi sa propre fête du lambi que clôturera comme à la Pentecôte un feu d’artifice, aux frais des contribuables toutes tendances confondues !

Refus tardif et sans appel

Lettre du maire refusant toute contribution communale à l’AMPS Doc. G. Pineau

Lettre du maire refusant
toute contribution communale à l’AMPS
Doc. G. Pineau

« Vous sollicitez différents moyens et matériels sur lesquels il m’est difficile de me prononcer dans la mesure où, vous ne pouvez l’ignorer, se tient aux mêmes dates une autre manifestation à laquelle la commune apporte son concours. »

C’est en ces termes que le maire de Terre-de-Haut affiche froidement sa position discriminatoire dans une lettre  reçue par l’AMPS  le 8 avril 2013, soit quatre mois après sa demande de janvier.

Mais ne boudons pas notre plaisir d’aujourd’hui par des considérations négatives, même si certains se demandent combien de temps il faudrait encore attendre pour voir s’instaurer dans nos communes saintoises, et chez certains élus en particulier, une mentalité et des comportements faisant honneur à la devise républicaine inscrite pourtant au fronton de nos mairies : Liberté, Égalité et surtout Fraternité.

Immeuble communal  abritant les bureaux de l'AMPTDH

Immeuble communal
abritant les seuls bureaux de l’AMPTH

Pour mémoire : L’Union Fraternelle des Marins-Pêcheurs de 1934 

Livret de 1934 ayant appartenu à P.E. Joyeux

Livret syndical de 1934 ayant appartenu à JOYEUX Paul-Émile – Doc R. Joyeux

Rappelons, pour clore cette chronique,  que bien avant l’AMPS, bien avant l’AMPTH, existait aux Saintes, voilà bientôt 80 ans, un Syndicat de Marins-Pêcheurs dénommé L’Union Fraternelle. Bien que créé à Terre-de-Haut en 1934, ce syndicat englobait déjà l’ensemble des professionnels de la mer des deux îles. Terre-de-Bas étant à l’époque peu pourvue en inscrits maritimes, l’article 3 de ses statuts stipulait cependant :

« Le syndicat a pour but de s’apprêter à la défense de ses adhérents, d’aider ceux qui chôment, de fournir à ses membres des renseignements professionnels par des publications et des conférences, de resserrer les liens de confraternité entre tous ses membres par le travail. »

Qu’ ajouter de plus à cela ? Sinon qu’aujourd’hui, au lieu de nous permettre d’avancer, il arrive (trop souvent) que certains responsables, imbus de leur pouvoir discrétionnaire, nous fassent, par intérêt personnel, délibérément reculer !

R. Joyeux

Fête de la Pêche au Pain de Sucre organisée par l'ASMPS en 2013

Fête de la Pêche au Pain de Sucre organisée par l’AMPS – Pentecôte 2013 – Ph R.Joyeux

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La Toussaint : un triple événement pour les Saintes

imagesLa découverte du 4 novembre 1493

La période de la Toussaint devrait être pour les Saintois l’occasion de célébrer un triple événement. L’anniversaire tout d’abord de la découverte de notre Archipel par Christophe Colomb voilà 520 ans cette année, la fête des Saints ensuite, la commémoration enfin de nos semblables défunts.

Si le premier de ces trois événements est généralement passé sous silence, nous n’apprendrons rien à personne en rappelant que c’est à son deuxième voyage que Christophe Colomb, parti de Cadix le 25 septembre 1493, aperçut la Désirade, après 21 jours de navigation depuis les îles Canaries ; puis Marie-Galante et la Dominique le dimanche 3 novembre 1493. Et c’est au matin du lundi 4, qu’il baptisa notre petit Archipel Los Santos en se rapprochant de la Guadeloupe proprement dite pour y faire reposer ses équipages. Nous étions en l’octave de la Toussaint et le nom se féminisa par la suite en se francisant, d’où : Les Saintes.

La fête de tous les Saints

FRa Angélico1423_24 Les précurseurs du Christ

Fra Angelico : L’assemblée des Saints
1423 – 1424

Quant aux deux autres événements, respective-ment célébrés chaque année le 1er et le 2 novembre par les catholiques, chacun sait que ce sont deux fêtes religieuses établies par l’Église de Rome aux 8ème et 10ème siècles. La première, codifiée par le pape Grégoire IV pour honorer les Saints et Martyrs, la seconde instituée en 998 par  Saint Odilon, abbé de Cluny,  pour commémorer les fidèles décédés.

Cimetière pologne rognée

Cimetière illuminé en Pologne

La célébration des morts

Si les traditions varient d’un pays à l’autre, voire d’un cimetière à l’autre, quant à la manière d’honorer les morts en rénovant et en fleurissant par exemple les tombes avec tel ou tel type de fleurs, l’usage de les illuminer, s’il n’est pas universel, n’est pas non plus l’exclusivité des Antilles et encore moins des Saintes. Dans beaucoup de pays de par le monde, la tradition de l’illumination est bien établie, comme le montre la photo ci-dessus d’un cimetière polonais un soir de premier novembre.

Le petit cimetière de Terre-de-Haut

Tombe d'autrefois rénovée

Tombe d’autrefois rénovée

Pour revenir aux Saintes, il faut bien se rendre à l’évidence : le petit cimetière de Terre-de-Haut autrefois renommé pour ses modestes tumulus de sable, entourés de conques de lambis, remplacées chaque année en cette période, a perdu depuis longtemps son cachet et son originalité. S’il subsiste encore quelques rares sépultures traditionnelles, typiquement saintoises, régulièrement entretenues par les familles des défunts, la quasi totalité des tombes d’aujourd’hui sont des caveaux de béton qui ne présentent en soi aucun intérêt culturel ou esthétique, même si les guides touristiques persistent abusivement à recommander une visite du lieu, pour, prétendent-ils, « son pittoresque et son caractère unique exceptionnel », ce qui reste à prouver aujourd’hui mais qui était parfaitement vrai autrefois.

Caveaux de béton actuels

Caveaux de béton actuels

Les tombes de marins

Ce qui fait néanmoins l’intérêt de ce cimetière devenu trop petit, mais chaque année rénové et embelli par le nettoyage, la peinture et la remise en état des tombes et des allées, c’est le fait que pas moins de vingt-huit matelots et officiers de tout grade de la Marine nationale française y ont été inhumés entre 1838 et 1941, à une époque où les navires de guerre français faisaient escale aux Saintes et y étaient bienvenus.

Mémorial des marins décédés

Mémorial des marins décédés

Un monument en leur mémoire est édifié qui porte leurs noms et l’année de leur décès. Quant aux tombes elles-mêmes de ces marins morts et enterrés aux Saintes, on peut en répertorier aujourd’hui une petite douzaine pour la plupart surmontées d’une plaque de cuivre gravée, souvent difficilement lisible, d’une croix en bois ou d’une stèle de pierre mentionnant généralement leur identité, leur qualité, leur grade, leur région d’origine parfois,  la date exacte et la cause de leur décès.

En cette année 2013 on ne peut que se réjouir de constater qu’un réel effort ait été accompli pour relever quelques-unes de ces tombes, désensabler les sépultures enfouies, entourer certaines de conques, repeindre les pierres tombales ou les stèles, allant même parfois, par excès de zèle,  jusqu’à cacher sous la peinture blanche la marque tricolore barrant le haut de leur croix.

Illuminations à Terre-de-Haut Ph R.Joyeux

Illuminations à Terre-de-Haut
Ph R.Joyeux

En attendant que les sépultures de ces marins soient totalement réhabilitées et leurs occupants parfaitement identifiés, les photos qui suivent sont un modeste hommage rendu à leur mémoire.

Tombe de marin

Tombe du Quartier-maître torpilleur LE GALLOU Paul
décédé aux Saintes en 1897

Tombe d'un marin inconnu

Un marin inconnu

Pierre tombale rénovée

Pierre tombale désensablée et rénovée

Et pourquoi ne pas imaginer qu’un jour on réunisse dans un carré qui leur serait réservé les restes et les tombes éparpillées de ces militaires ? Ce serait tout à l’honneur des autorités saintoises, et Terre-de-Haut se réconcilierait ainsi avec la Marine nationale qui a tant servi l’Archipel et ses habitants par le passé. Mais peut-être aussi qu’en les laissant mêlés  aux sépulcres de la population, on perpétue les liens qui les unissaient aux gens du pays. Cette idée n’est pas non plus finalement à rejeter ! À vous, lecteurs, de donner votre avis et d’exprimer vos suggestions.

R.Joyeux

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Une référence en matière de construction navale

Il y a tout juste un an Alain FOY nous quittait 

Alain LunettesLe compétiteur du Samedi Gloria

Nombre de Saintois se souviennent sans doute encore de la belle coutume aujourd’hui disparue des compétitions nautiques du Samedi Gloria. À la veille de Pâques, vers 9 heures du matin, au premier carillon de la résurrection des cloches, une flottille de petits voiliers prenait le départ du Fond-de-Curé ou du Mouillage pour la traditionnelle régate miniature de la fin du Carême liturgique.

Les jeunes suivaient à la nage leurs magnifiques petits yachts effilés que quelques semaines auparavant ils avaient amoureusement façonnés, artistiquement peints en bleu et blanc, lestés de plomb et gréés de voiles blanches. Les paris allaient bon train et l’enthousiasme général incitait nos armateurs de 14 ans à perfectionner leur coupe et leur gréement, à mieux équilibrer leur quille et leur lestage.

Parmi les jeunes constructeurs-compétiteurs de l’époque, un nom attirait déjà l’attention, un nom qui quelques années plus tard allait jusqu’en Martinique et au-delà se faire connaître des amateurs de Saintoises, de hors-bord, de vedettes et de yachts, celui d’Alain FOY. 

Maquette réalisée par Alain  dans sa jeunesse

Maquette réalisée par Alain
dans sa jeunesse

Souvent vainqueur de ces compétitions pascales, s’évertuant à constamment amé-liorer  ses  voiliers miniatures, Alain se préparait une carrière dans la construction navale où devaient se révéler ses talents exceptionnels de concepteur, d’artiste et d’artisan hors pair. Rien d’étonnant alors qu’à sa sortie de l’école primaire à 15 ans, il n’ait qu’une idée en tête : devenir charpentier de marine.

                                                         L’apprenti

Alain jeune NB rogné

Alain Foy à 22 ans

Sans plus attendre, il commence son apprentissage chez M. Georges Cassin, fils de l’ancien maire Benoît Cassin et professionnel reconnu dans la construction navale en même temps que maître-senneur. C’est sous l’égide de ce charpentier marin-pêcheur, réputé pour son sérieux, sa rigueur et sa touche personnelle de fabrication, qu’il acquerra les rudiments d’un métier qui allait devenir une passion et qu’il exercera toute sa vie, le faisant connaître et solliciter bien au-delà du bassin caribéen.

Son premier canot saintois, Alain le construira à 17 ans dans la cour de ses parents, en plein milieu du bourg de Terre-de-Haut. À cette époque les matériaux utilisés étaient principalement, pour la membrure le poirier local, pour la carène l’acajou rouge acheté en Guadeloupe. Le catalpa bord de mer, le calebassier et le bois du Nord entraient parfois dans l’assemblage, selon la fonctionnalité de la pièce à enchâsser. Et c’est avec son père, Klébert, personnage haut en couleur et célèbre du temps de la dissidence au cours de la Seconde Guerre mondiale, qu’Alain se rendra régulièrement au Grand-Îlet pour y choisir, abattre et ramener les billots de poirier susceptibles de servir à la construction.

Mustang 1 rognée

Le dernier bateau personnel d’Alain  : Tornade

Les premières commandes 

Parallèlement à ses premiers essais de charpentier de marine grandeur nature, sans abandonner pour autant la réalisation de miniatures dont il orne le petit salon familial, il s’associe à son ami Geo PETIT avec lequel il s’adonne occasionnellement au culturisme. La cour de ses parents devenue trop petite, il monte avec Geo un premier vrai chantier à l’Anse-Mire afin d’honorer les  commandes qui commencent d’affluer. Non point d’abord des pêcheurs locaux, mais de notables de Guadeloupe qui souhaitent qui un hors-bord, qui une vedette de haute mer, qui un petit yacht de simple plaisance. Entre temps, Alain a épousé Myriam Bélénus qui lui donnera quatre enfants  avant de décéder prématurément à l’âge de 27 ans. Des années plus tard, il rencontrera UTE, jeune femme d’origine et de noblesse allemandes avec qui il se remariera et aura une petite fille prénommée Jasmine.

Alain au travail dans son chantier

Alain au travail dans son chantier

Les chantiers de Morel et du Marigot 

Son entreprise prenant de l’importance, il crée en 1970 la Société Roche à Mauves et s’installe à Morel, avec pour principal actionnaire un financier bordelais du nom de Raymond Gabaret. L’entente entre les deux hommes se détériorant au fil des ans, Alain se sépare de son actionnaire et crée sa propre société. En 1977, en pleine campagne électorale, suite à  la promesse d’achat    d’une concession domaniale jamais concrétisée, il est inscrit sur la liste du maire sortant et signe un protocole avec la Municipalité de Terre-de-Haut qui lui permet d’occuper un terrain au Marigot directement ouvert sur la mer. C’est de ce nouveau chantier couvert que sortiront les plus belles réalisations d’Alain Foy, dont ses propres bateaux équipés de puissants moteurs et qui seront dans toute la Caraïbe, Guadeloupe, Martinique, et jusqu’aux Etats-Unis ses meilleurs ambassadeurs.

Chantier du Marigot

Chantier du Marigot-  Ph. R. Joyeux

Peu de temps auparavant, les premiers moteurs hors-bord avaient fait une apparition qui allait bouleverser non seulement la pratique même de la pêche en Guadeloupe mais le type de canot utilisé. Les pêcheurs saintois, commençant timidement à s’équiper de ces moteurs, se rendront compte à la longue que la coque traditionnelle, profilée pour la voile, n’est pas du tout adaptée à ce nouveau moyen de propulsion. Alain ne sera pas le dernier à en être informé et à vouloir expérimenter par lui-même les inconvénients de la Saintoise traditionnelle équipée d’un moteur hors bord.

FOY Alain 77 Vedette

En famille sur sa vedette rapide Cirrus

La nouvelle Saintoise imaginée par Alain Foy

La nouvelle Saintoise imaginée par Alain Foy
début des années 70

Naissance d’une nouvelle saintoise

Fort de son génie inventif, de son expérience de constructeur et d’homme de mer, Alain FOY ne tardera pas à imaginer et à mettre en chantier un nouveau type de coque au tableau droit et à la carène assise élargie, adapté à la fois au moteur, à la vitesse et à la haute mer. De son chantier naîtra, en contre-plaqué marine, la première nouvelle Saintoise que l’on connaît aujourd’hui et que tous les pêcheurs des Saintes et de la Guadeloupe archipélagique adopteront par la suite.

À la barre de Mustang

À la barre de Jet 007

L’ère du plastique et de la résine 

À son exemple, d’autres chantiers de construction voient le jour aux Saintes et Alain n’est plus le seul chez lui à réaliser des Saintoises nouvelle manière. Aussi laissant ses concurrents exploiter un brevet qu’il n’a pas déposé, il abandonne peu à peu ce type de coque mais garde le monopole des commandes de vedettes de pêche hauturière ou de plaisance. Sa renommée dépasse alors très largement les limites de la rade de Terre-de-Haut et son savoir-faire  est connu et reconnu dans toute la Caraïbe et au-delà. Cependant, alors que les autres constructeurs vont utiliser les nouveaux matériaux que sont le plastique et la résine, Alain persiste à ne travailler que le bois, ne croyant pas à la résistance et à la noblesse des matières synthétiques. Mais, à l’usage, ces matériaux ayant fait leurs preuves, il n’a d’autre solution que d’en équiper son chantier et abandonne peu à peu le tout-bois. Une nouvelle ère était née.

Une référence reconnue et partagée

Décoré de la Médaille du Mérite Maritime, Alain Foy  jusqu’à son dernier souffle a été un modèle d’amitié, de gentillesse, de tolérance et de conviction. Il a été emporté par une affection pulmonaire, à l’hôpital de Basse-Terre, le 23 octobre 2012, à l’âge de 75 ans. Travailleur infatigable et créateur hors pair de son vivant, nul doute que son nom, sa personnalité et son génie resteront dans le domaine de la construction navale saintoise et guadeloupéenne une référence majeure que ni les Saintois ni les Antillais en général ne sont prêts d’oublier. 

Alain est conduit à sa dernière demeure sur une Saintoise contruite par son fils du même prénom Alain Foy Junior

Alain est conduit à sa dernière demeure
sur une Saintoise contruite par son fils du même prénom
Alain Foy Junior -Photo Mimi

Nous remercions vivement Cathy  Foy pour nous avoir aimablement communiqué et permis d’utiliser pour ce dossier les photographies de son père Alain et de ses superbes réalisations.

Raymond Joyeux 

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Premier roman de la Saintoise d’adoption Marie-José Garay

L’orpheline de la colonie

carte gwada

Carte de la Guadeloupe de Jaillot

Avant l’arrivée des Français à la Guadeloupe en juin 1635,  ce sont les Espagnols qui tentent de l’occuper, à la recherche d’improbables trésors. Sans succès car ils seront vite exterminés ou chassés par les habitants de l’île, les redoutables  guerriers Caraïbes. Il n’en sera pas de même avec les Français. Ces derniers, plus nombreux et mieux armés, massacrent à leur tour la quasi totalité de ces Amérindiens, signent un traité de paix avec les survivants en 1640 et s’y installent définitivement. Mais comment coloniser durablement une contrée lointaine si on ne peut y assurer une descendance ? Privés au début de femmes européennes, les hommes de Du Plessis et de l’Olive, chargés d’évangéliser les indigènes, commencèrent dans un premier temps à s’unir avec celles de leurs protégées qui leur semblaient les plus aptes à procréer. Cette situation n’étant à leurs yeux qu’un pis-aller, certains engagés, désirant épouser une femme de leur caste, n’avaient d’autre solution que de repartir en Europe et revenir mariés… ou ne revenaient pas du tout.

Marie-José Garay

Marie-José Garay

Pour mettre fin à cette désertion déguisée qui risquait de priver la colonie d’un nombre important des meilleurs de ses engagés, germa dans l’esprit des responsables de la Compagnie des Isles d’Amérique, alors propriétaires de la Guadeloupe, l’idée de faire venir directement de France des jeunes filles à marier. C’est l’épisode de la venue de ces filles en Guadeloupe, leur installation et leur nouvelle existence que relate le très beau livre de Marie-José Garay : L’orpheline de la colonie, publié le 12 août dernier aux Éditions Nestor de Gourbeyre.

L'orpheline couvEn réalité, ce premier roman très réussi est le journal de bord et de vie, imaginé par l’auteur, d’une de ces jeunes filles, Jeanne Ledue, qui a choisi avec onze de ses compagnes du couvent-orphelinat de la Providence de tenter l’aventure. Quand on connaît les conditions de navigation à l’époque et les risques encourus par celles qui partaient s’installer dans un pays et sous un climat inconnus, afin d’y trouver un hypothétique mari dont elles ignoraient tout, on comprend mieux le courage et la détermination de ces jeunes filles désargentées certes mais que rien ne destinait à cette vie aventureuse et particulièrement périlleuse, loin de leur terre d’origine et de leurs paisibles habitudes de vie à l’européenne.

Sous la férule autoritaire, revêche et intéressée de l’entremetteuse Melle De Laroche, vieille fille ambitieuse, intrigante et calculatrice, qui aura la charge rémunérée de les recruter, de les conduire à bon port avec mission de leur trouver un mari, seulement 10 de ces 12 jeunes filles arriveront saines et sauves à destination, l’une étant tombée par-dessus bord au cours de la traversée, une autre s’étant éprise en secret d’un matelot du Saint-Joseph, le navire affrété par la Compagnie.

Si, avant l’arrivée des esclaves, l’épopée rocambolesque de ces orphelines loin d’être toutes des ingénues, en quête d’un mariage avantageux au-delà des mers en vue de peupler à l’occasion la nouvelle colonie, est authentique et attestée par les historiens, le mérite de Marie-José Garay n’a pas consisté seulement à relater ou à réécrire purement et simplement l’événement et ses ramifications tels qu’ils se sont déroulés réellement à partir de 1643.

Cette auteur, dont le talent incontestable ne manquera pas d’être bientôt plus largement reconnu, a réussi, par l’intermédiaire de sa narratrice, non seulement à mettre en scène de façon réaliste et naturelle les péripéties d’un bouleversement complet de situation dans la vie de ces jeunes femmes, mais à traduire et à analyser avec une remarquable subtilité et une maîtrise étonnante pour une première publication, les difficultés et les tensions relationnelles dues à la diversité des caractères et des tempéraments dans un espace géographiquement limité, contraignant, en perpétuelle ébullition. Contraintes géographiques et climatiques au premier chef, mais également sociales, de proximité et de mentalité, qui exacerberont les rivalités amoureuses, les humiliations, les jalousies, les ambitions personnelles et les susceptibilités ethniques.

Arrivée des filles en Guadeloupe

Arrivée des filles en Guadeloupe

Jeanne Ledue, âgée de 19 ans à son départ de Dieppe, jeune fille volontaire, sensible, généreuse et raffinée, à l’éducation sans complaisance mais sans rigidité, dont le journal tenu presque quotidiennement sert de support à l’histoire, de son point de départ à son dénouement, est la pièce maîtresse de ce livre et le cœur du récit.

Elle réussira, comme les autres filles à se trouver un mari en la personne d’un Marquis arriviste, sans chaleur affective et souvent absent pour ses affaires. Aussi, inéluctablement, sur fond agité de tractations commerciales entre riches propriétaires et luttes impitoyables pour le pouvoir, la fortune et l’ascension sociale, la diversification envisagée de la production agricole et l’indifférence amoureuse de son époux auront raison de cette alliance dont elle est loin d’être pleinement satisfaite.

Travaux dans les champs de canne

Travaux dans les champs de canne

Au final, l’introduction de la canne à sucre en remplacement progressif de l’indigo et du tabac déclenchera l’irréparable : premières déportations massives d’esclaves, premières maltrai-tances,  premières révoltes et leur lot d’atrocités. Jeanne qui ne pourra supporter une situation qui heurte sa sensibilité et ses convictions n’aura d’autre ressource que de renoncer à tout, de s’éloigner définitivement de son Marquis d’époux et de sa planta-tion, et de prendre à 30 ans une ultime décision qui sera pour elle le point de départ d’une nouvelle existence…

Envisagée comme une délivrance qui l’empêchera de sombrer dans la folie et de finir comme l’étrange dame en noir aperçue sur les quais de Dieppe le jour de l’embarquement, vision qui la hantera tout au long du récit, cette décision la conduira sous des cieux plus cléments, que je vous laisse le soin et le plaisir de découvrir. Contrainte d’abandonner sur la grande île une petite mulata au caractère bien trempé dont elle était devenue la tutrice à la mort violente de sa mère, Jeanne trouvera la force d’accepter la volonté de cette enfant, sur le point d’épouser à 16 ans, ironie du sort, le fils d’un esclavagiste. Impuissante face à l’inéluctable, résignée, presque rassérénée, elle considérera, à la fin de son récit, que pour elle la boucle était sur le point de se boucler : « Nous étions au seuil d’une histoire tragique, irréversible, je le pressentais, et inexorablement nous y avancions, écrit-elle dans son journal. J‘avais accompli la mission qui m’avait conduite ici ».

Paysagiste de profession et formatrice pour des chantiers d’insertion, Marie-José Garay est passionnée de littérature et de l’Histoire des Antilles. C’est ce que nous apprend la quatrième de couverture de son livre. Or, les qualités entre autres d’obser-vation, d’analyse, de créativité, spontanées ou acquises, dont cette Guadeloupéenne, Saintoise d’adoption, bien connue et appréciée de longue date à Terre-de-Haut, doit nécessairement faire preuve dans sa vie de tous les jours, professionnelle et intellec-tuelle, se retrouvent aussi aisément dans une écriture alerte, pertinente, pleine de poésie, de précision et de sensibilité.

Orphelines au couvent

Orphelines au couvent

L’imagination fertile de la romancière doublée d’un sens aigu du dialogue et de l’analyse psychologique a su, sans s’éloigner de la trame historique initiale, tisser les fils d’une aven-ture humaine passionnante, qui va de rebon-dissement en rebondissement, obligeant le lecteur à poursuivre jusqu’au bout sa lecture, pressé de connaître le développement et le dénouement des événements et des intrigues. Les personnages, aussi bien masculins que féminins, magistralement campés, respirent le naturel et l’authenticité. Beaucoup d’entre eux, à la personnalité tranchée et déterminée, ne sont d’ailleurs pas sans rappeler certaines figures emblématiques de l’Histoire plus récente et tourmentée de nos îles. En particulier le personnage de Zella dont la révolte et la fin brutale anticipent, à mon sens, le destin tragique de la Mulâtresse Solitude, et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

L’orpheline de la colonie de Marie-José Garay est un livre majeur, tant par son écriture que par son contenu. Il est à recommander sans hésitation à tous les amateurs de romans historiques, en particulier de l’Histoire de la colonisation et du peuplement de la Guadeloupe au XVII ème siècle. À ce titre, il mériterait de figurer dans toutes les bibliothèques privées et publiques et sur la liste des ouvrages sélectionnés pour le prochain Prix Carbet des lycéens, et pourquoi pas ? pour le prestigieux Prix des Amériques Insulaires. Avec toutes les chances, selon moi, d’être primé à l’une comme à l’autre de ces manifestations littéraires et culturelles. C’est en tout cas tout le mal que je souhaite à sa sympathique et talentueuse auteur dont le coup d’essai, n’en déplaise à sa modestie, n’est rien moins, j’ose le dire, qu’un coup de maître !

Raymond Joyeux

Extrait de l'Histoire de la Guadeloupe Auguste Lacour - Livre I -chap VI

Extrait de l’Histoire de la Guadeloupe Auguste Lacour – Livre I -chap VI

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Jean-Pierre Lognos, l’oublié de l’histoire des Saintes

Le dernier fantôme
ou la machine à effacer

Bataille des Saintes

Bataille des Saintes : 12 avril 1782

Depuis sa découverte par le navigateur génois Christophe Colomb en novembre 1493,  depuis sa première colonisation par le sieur Du Mé en 1648, depuis le Traité de Paris le 30 mai 1814 qui en déposséda les Anglais, jusqu’à son attribution définitive à la France en 1816, l’archipel des Saintes – baptisé Los Santos par Colomb – a connu par le passé maintes batailles et péripéties ainsi qu’un important lot d’hommes célèbres. Le nom de certains de ces hommes est passé à la postérité alors même que pour la plupart d’entre eux –  Du Lion, Hazier du Buisson, Houel, Rabès, Jean Calot, Fréminville… – beaucoup de Saintois ignorent qui ils étaient et quels hauts faits ils ont accomplis. S’ils ont marqué l’histoire de notre commune et qu’ils méritent d’être honorés en laissant leur nom à une rue ou une place de Terre-de-Haut, c’est sans doute justice, mais que l’on explique au moins à la population qui ils furent et ce qu’ils ont fait pour mériter cet honneur !

Mémorial de la colonisation de Terre-de-Haut   1648-1998

Mémorial de la colonisation de Terre-de-Haut
1648-1998

Concernant la première  prise de posses-sion de Terre-de-Haut par les Français, le 18 octobre 1648, on trouve aux archives de l’évêché de Basse-Terre, une précision en latin fort intéressante, rapportée par le père Jean-Baptiste Du Tertre, religieux dominicain, à propos de cet événement, précision dont la traduction française est la suivante :

« Le R.P. Mathias du Puy, dit de Saint Jean, religieux dominicain, a planté la croix de notre Rédemption dans l’île adjacente à la Guadeloupe qui s’appelle Les Saintes, en compagnie de M. du Mé, ancien commandant, électeur et délégué de la dite île. »  L’alliance en quelque sorte du sabre et du goupillon pour la conquête des Isles !

Armoiries de Terre-de-Haut

Armoiries de Terre-de-Haut

Pour revenir à l’histoire plus récente de l’administration de Terre-de-Haut en tant que collectivité territoriale rattachée au département de la Guadeloupe, nous connaissons tous aux Saintes le nom des maires qui se sont succédé à la tête de la commune depuis 1882 jusqu’à la date d’aujourd’hui. Et nul besoin de consulter les archives pour en retrouver la liste, elle est souvent reproduite régulièrement ici et là dans des brochures officielles ou non et nombre de rues portent leur nom. Encore faudrait-il que les plaques soient de bonne qualité et qu’elles ne s’effacent pas avec le temps, ce qui est souvent le cas. Voici pour mémoire la liste de ces maires successifs :

Liste

Place de la mairie  Terre-de-Bas

Place de la mairie
Terre-de-Bas – Ph. H. Rossignol

Ce que beaucoup de Saintois d’aujourd’hui ignorent cependant, car rien n’existe officiel-lement à Terre-de-Haut pour le leur rappeler, c’est que  jusqu’au 9 août 1882, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas ne formaient qu’une seule collectivité administrative appelée Commune des Saintes. Laquelle  ne  disposait donc que d’un unique conseil municipal, constitué pour moitié d’élus de chacune des deux îles, et ayant à sa tête un maire pour les deux communautés. De 1871 à 1882, ce maire avait pour nom Jean-Pierre LOGNOS.

La maison communale se trouvant à Terre-de-Haut, les conseillers de l’île sœur devaient à chaque réunion du Conseil municipal s’y rendre en barque pour prendre part aux débats puis regagner, souvent de nuit, leurs foyers éloignés de Terre-de-Bas. Cette situation ne pouvant que difficilement se perpétuer pour les raisons que l’on imagine, il arriva qu’à l’instigation de Jean-Pierre LOGNOS et à la demande des conseillers de Terre-de-Bas, le conseil municipal des Saintes sollicita officiellement auprès des hautes autorités de l’époque la séparation des deux îles en deux communes distinctes, indépendantes l’une de l’autre, créant ainsi la Commune autonome de Terre-de-Haut d’une part, celle de Terre-de-Bas d’autre part. C’est ce qui advint le 9 août 1882 par décret du Président de la république, Jules Grévy.

emblème terre de bas rogné (Copier)Si à Terre-de-Haut rien ne commémore, ni n’a jamais commémoré cette date historique de la création de nos deux communes saintoises respectives, les responsables municipaux de Terre-de-Bas ont su s’en souvenir puisqu’ils ont fait inscrire la date de la création officielle de leur commune directement sur ses armoiries et ont tout naturellement baptisé la Place de la Mairie Place du 9 août 1882.

Mais qui était Jean-Pierre LOGNOS ?

Victor Lognos - 1884-1958 arrière petit-fils de J.P. LOGNOS

Victor Lognos – 1884-1958
petit-fils de J.P. LOGNOS
Archives familiales

Cordonnier de son état, Jean-Pierre LOGNOS était né le 25 avril 1812 à Saint Nazaire-de-Ladarez, près de Béziers. Arrivé en Guadeloupe à l’âge de 27 ans, il s’installa d’abord au Mont-Carmel de Basse-Terre avant d’élire domicile à Terre-de-Haut, au quartier de Petite-Anse. Le 11 mai 1841, il épousa aux Saintes Marie-Antoinette DÉHER qui lui donna 7 enfants, dont Casimir André qui occupa le poste de gardien-comptable du Lazaret de l’Îlet à Cabris jusqu’en 1909. Succédant à un certain Desnoyers, il fut élu maire en 1871 et dirigea la commune des Saintes jusqu’au 9 août 1882, date à laquelle il laissa la charge municipale à Charles FOY, lequel devint premier maire de Terre-de-Haut. À l’origine de la création de notre commune, Jean-Pierre LOGNOS, dont aucune rue, place ou impasse à Terre-de-Haut ne porte le nom, mourut à son domicile le 27 mai 1891, à l’âge de 79 ans. Et, à moins d’un sursaut mémoriel de reconnaissance collective et de gratitude, il restera sans nul doute l’éternel oublié de l’histoire des Saintes et singulièrement de Terre-de-Haut.

Mais qu’importe après tout
une plaque qui s’effrite ou s’efface
si l’histoire reste l’histoire
et qu’aujourd’hui nos enfants
savent que tu fus
le dernier maire des Saintes réunies
même si nulle rue
nulle place
nulle impasse
ne porte aujourd’hui ton nom
Jean-Pierre LOGNOS !

Raymond Joyeux

décret bo

Bulletin des Lois de la République Française
N° 735 – page 1126

PLace du 9 août 1882 et Mairie de Terre-de-Bas Ph. Hélène Rossignol

PLace du 9 août 1882 et Mairie de Terre-de-Bas
Ph. Hélène Rossignol

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Remerciements

foto rémon espagneChers amis lecteurs

Après trois mois (13 juillet – 13 octobre) – soit 87 jours – d’existence, je viens vous remercier chaleureusement pour l’intérêt que vous portez personnellement les uns et les autres à ce blog en le consultant de façon régulière, contribuant ainsi à son succès. Pour vous permettre de juger de son impact grâce à votre implication, voici à votre intention quelques informations et données statistiques :

– Date de création : 13 juillet 2013
– Articles publiés : 30
– Commentaires : 62
– Followers : 30
– Visiteurs : 964
– Visites : 3792
– Origine géographique : Principalement Guadeloupe et Métropole + plus de 20 autres pays d’Europe et d’ailleurs.
– Pics de consultation : 148 visites en un jour, le 23 août 2013 – 138 le 8 octobre.

Soit en moyenne depuis 3 mois : 11 visiteurs par jour pour 43 visites quotidiennes.

Grâce à vous, je suis encouragé à continuer à vous livrer ces chroniques, aidé de collaborateurs à qui j’adresse également mes remerciements aussi bien pour leurs textes  et contributions que pour leurs photos, conseils et appréciations, en particulier Félix Foy, Alain Joyeux, Quelly Cassin, Jean-Philippe Léon, Chantal Joyeux, Marc-André Bonbon, Henri Migdal, Alexandre Joyeux, Claude Déher, Hilaire Brudey, Fernand Bélénus, Mario Pineau, Claire Jeuffroy et une lectrice de Terre-de-Haut qui souhaite garder l’anonymat et qui a fourni de précieuses informations sur le passionnant dossier des tortues via le Club de plongée Pisquettes. (Que ceux que j’ai oubliés me pardonnent !) Pour m’avoir gracieusement  autorisé à publier leur portrait je remercie enfin : Georges Garçon, Mimi Gain, Roméo Léon, ainsi que tous les commentateurs anonymes ou non qui ont bien voulu commenter les articles. 

Fort de votre intérêt et de vos encouragements, j’ai l’intention (si Dieu me prête vie), de continuer à alimenter régulièrement et de mon mieux ce blog pour votre plaisir (et le mien) sollicitant à nouveau vos réactions et commentaires créant ainsi une interactivité propice aux échanges et à la richesse de nos interventions respectives.

Aux 30 followers qui sont informés instantanément des nouvelles publications, je voudrais signaler que s’ils souhaitent continuer à suivre l’activité du blog au jour le jour, ils doivent régulièrement vérifier que leur adresse mail est toujours opérationnelle, sinon il leur faudrait la réactiver. Pour les autres lecteurs, une inscription est toujours possible. Une précision cependant : en ouvrant les articles à partir de l’info reçue via le mail, il se peut que la disposition du contenu ne corresponde pas à l’original. Pour consulter les articles tels qu’ils ont été initialement illustrés et disposés, il leur faut les ouvrir à partir de mon adresse : raymondjoyeux.com . Cela leur permettra en outre de consulter sur la même page, pour mémoire,  les  chroniques antérieures.

Tableau d'Alain Joyeux

Tableau d’Alain Joyeux

Faire connaître enfin ce blog autour de vous pour une toujours plus large diffusion, c’est contribuer à son succès, donc à votre propre satisfaction, car vous saurez que vous ne serez jamais seuls devant votre écran, d’autres internautes à travers le monde lisent (et apprécient peut-être) la même chose que vous, en même temps que vous.

Merci encore à toutes et à  tous, et à très bientôt pour une prochaine chronique.

Cordialement
Raymond Joyeux

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