Petit historique de la presse écrite aux Saintes

Une révolution : l’arrivée d’une boutique de presse à TDH début 2000

Boutique de la presse à Terre-de Haut Ph R. Joyeux

Boutique de la presse à Terre-de Haut

Ce n’est que depuis le début des années 2000 que les habitants de Terre-de-Haut bénéfi-cient de l’implantation d’une boutique de presse à domicile. Ils étaient contraints jusqu’alors, en matière de presse écrite, soit de souscrire un abonnement, avec l’inconvé-nient des retards de distribution lié à l’éloignement, soit d’aller se procurer leur quotidien, hebdomadaire ou mensuel favoris, directement en Guadeloupe, lors d’un dépla-cement régulier ou occasionnel. L’arrivée d’une petite boutique de presse sur place allait radicalement changer la donne en ce domaine.

Un lectorat restreint

Quotidien régional le plus lu aux Saintes

Quotidien régional le plus lu aux Saintes

À l’heure d’Internet, de l’image omniprésente et des informations télé en continu, dire que nos compatriotes d’aujourd’hui sont de fervents lecteurs de journaux traditionnels ou de livres en général serait aller vite en besogne. N’empêche qu’en leur offrant sur place un large éventail de titres régionaux, nationaux ou étrangers, on leur permet désormais de faire leur choix et de se procurer, à l’occasion, des magazines ou des ouvrages plus littéraires, sur nombre de sujets susceptibles de leur ouvrir de nouveaux horizons, sans avoir à prendre la navette reliant les Saintes au « conti-nent guadeloupéen ». Il faut toutefois préciser que la boutique de la presse est littéralement prise d’assaut lorsque le quotidien régional a la bonne idée de publier un article, un reportage ou une simple information sur leur commune !

Des anciens accros à l’infos

Le Nouvelliste Quotidien guadeloupéen N°1 aux Saintes dans les années 50

Le Nouvelliste
Quotidien guadeloupéen N°1 dans les années 50

Pour autant que je me souvienne, privés aux Saintes de radio et de télévision, comme, à l’époque, en certaines régions retirées de Guadeloupe et même de France hexagonale, nos aînés d’après la Seconde Guerre mondiale jusqu’au milieu des années 60 étaient plus friands d’informations journalistiques. En particulier les fonctionnaires en activité ou à la retraite : instituteurs, employés des postes, de la douane ou de la mairie. Ou tout simplement de simples marins-pêcheurs ou artisans, syndicalistes politisés ou pas, navigateurs lettrés ayant posé leur sac, autant de personnes habituées à la chose écrite et que la lecture régulière ne rebutait pas…

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L’Étincelle nouvelle formule
Organe du PC guadeloupéen

Parmi les quotidiens ou les hebdomadaires départementaux arrivant alors à Terre-de-Haut, on peut citer : le Nouvelliste, Le Progrès Social des frères Rodes, L’Étincelle du P.C. guadeloupéen, Le Match socialiste  de M. Jabbour, Antilles-Matin, l’ancêtre de notre France-Antilles d’aujourd’hui, dont le directeur-fondateur n’était autre qu’un Saintois Max Martin, fils d’un notable des Saintes, M. Maurice Martin. Et enfin l’hebdomadaire catholique Clarté, vendu par une dame patronnesse et disponible dès le samedi après-midi jusqu’au dimanche à l’issue de la messe.

Des commentaires animés Place de la mairie

Hebdomadaire catholique de Guadeloupe

L’hebdomadaire catholique
de Guadeloupe

Tous ces journaux étaient acheminés par la Poste et leurs abonnés ou lecteurs réguliers ne se privaient pas de les faire passer de main en main. D’âpres débats naissaient alors autour de tel ou tel article sensible, sur la situation nationale, internationale ou tout simplement départementale. Les plus acharnés de ces débatteurs de la Place de la mairie étaient sans conteste Nivard Cassin, Urbain Ruart, Anatole Cassin, Irénée Bonbon, Urbain Gaydu, Henri Samson, Eugène Bélénus, entre autres, qui refaisaient le monde à leur façon… Seul Nestor Azincourt, vieil instituteur retraité, abonné au Nouvelliste, restait tranquillement chez lui, se contentant depuis son balcon ajouré de plain pied, de passer fièrement chaque matin, au bras d’un écolier retardataire, le petit bracelet de papier enserrant le journal de la veille et sur lequel étaient imprimés ses nom et adresse.

 L’ÉTRAVE,
premier mensuel spécifiquement saintois.

De fil en aiguille, les années passant, en février 1965, des jeunes débordant d’idées, certains fraîchement débarqués de leurs études en Métropole, dont votre serviteur, décident de lancer le premier journal exclusivement Saintois. Il s’agit d’Alain Foy pour le dessin de couverture, de Georges Vincent, secrétaire de mairie, d’Yves Espiand et André Nègre, tous deux médecins, d’André Allard, directeur d’école, et de moi-même, Raymond Joyeux, professeur stagiaire au collège-lycée de Blanchet près de Gourbeyre. Ce premier mensuel avait pour nom L’ÉTRAVE. Nom dont le symbolisme évident figurait l’avancée de nos îles dans un modernisme qui nous tendait les bras et qui restait à conquérir. Cinq numéros de 16 pages chacun de cette première tentative journalistique, imprimés par Louis Martin à Pointe-à-Pitre, parurent de février à juillet 1965.

Les 3 premiers N° de L'Étrave Précurseur de l'IGUANE

Les 3 premiers N° de L’Étrave
Précurseur de L’IGUANE – Archives R. Joyeux

 Extrait de l’éditorial du premier N° de L’Étrave de février 1965

 » Ne pensez-vous pas qu’il serait dommage de laisser se faner notre jeunesse sans lui donner la possibilité de soupçonner qu’il existe un domaine plus noble que celui de la boisson, de l’oisiveté ou de l’ennui ? Les Saintes resteront-elles toujours l’éternel lieu de paradoxe où les merveilles naturelles contrastent si crûment avec cet engourdissement moral encore trop répandu ?… C’est le but de notre revue de participer un peu plus activement à l’ouverture d’esprit, à l’habitude de réflexion, à la prise de conscience de problèmes importants qui ont paru jusqu’à présent faire défaut à notre mentalité. »  

Journal de l'Association  Le Hunier - Arch. R. Joyeux

Journal de l’Association
Le Hunier – Arch. R. Joyeux

La HUNE prend la relève en 1973

Plus modeste et éphémère, une seconde tentative, simple polycopié de deux feuillets recto-verso, se voulait surtout le journal de l’Association et Bibliothèque Le Hunier, animées par les instituteurs de l’époque, Patrick Péron, Robert Hériaud, et toujours l’auteur de ce blog, Raymond Joyeux, fraîchement nommé au Collège des Saintes. Ces feuillets distribués gratuitement ne se contentaient de rendre compte de la vie associative, mais abordaient déjà les délicates questions du prix des locations de vacances, de la circulation automobile et de l’éternel problème de l’époque, celui de l’eau…


1989 – 1993 : un vrai journal d’opposition : L’IGUANE

Première page du journal L'Iguane relatant le déficit de 1993

N° 26 de décembre 1993 -Arch. R. Joyeux

Créé en décembre 1989, à la suite des élections municipales perdues, de mars de cette même année, L’IGUANE (Intérêt Général et Union pour l’Action Nouvelle et l’Évolution) s’est affiché et revendiqué d’emblée comme un organe d’opposition municipale. Ses 28 parutions, mensuelles ou bimestrielles de 8 pages format A4, auxquelles ont collaboré Félix Foy, Geo Petit, Georges Garçon, Alain Joyeux, Jocelyn et Marc-André Bonbon,  et dirigées successivement par Raymond Joyeux, rédacteur, et Hilaire Brudey, se sont étalées sans discontinuer sur 4 années consécutives. En toute modestie, on peut dire que ce journal, dont la parution était fiévreusement attendue par toute la population, reste une référence dans le domaine du journalisme politique et informatif saintois.

D’autres feuillets, issus de la même mouvance ont vu le jour sous les appellations successives de L’ŒIL DE L’IGUANE et RDS-INFOS, destinés aux adhérents du parti municipal d’opposition : Réalisme-Démocratie-Solidarité.

Organes de l'opposition RDS

2 Organes de l’opposition municipale RDS

Une tentative avortée : La Gazette des Îles

Prévu pour durer, un seul N° de ce mensuel  a vu le jour . Arch. R. Joyeux

 Un seul N° de ce « mensuel »
a finalement vu le jour.  Arch. R. Joyeux

À la disparition de L’IGUANE, profitant du vide laissé par ce journal impertinent, hantise du maire de Terre-de-Haut, trois journalistes professionnels métro-politains auxquels on doit un guide remarquable sur les Saintes, abondamment illustré, intitulé justement Bonjour les Saintes, décident de créer un mensuel destiné aux lecteurs des trois dépendances Sud de la Guadeloupe : Les Saintes, Marie-Galante, la Désirade. Son titre : La Gazette des Îles.

Ce journal, annoncé comme strictement « apolitique », s’est inscrit d’emblée, aux dires de leurs auteurs, dans la durée et l’objectivité, attributs qu’ils déniaient, sans le nommer, à L’IGUANE qualifié par eux de « Canard Enchaîné au petit pied », mais qui vécut, faut-il le rappeler, quatre années d’affilé.

Au 1er N° de ce « mensuel » paru en décembre 1995 et diffusé par les Éditions Du Pélican, basées à Saint-Barthélemy, il n’y a pas eu de suite et c’est mort-née que La Gazette des îles entra malheureusement dans l’histoire de la presse locale.

La riposte du pouvoir

Cible privilégiée : l'opposition

Cible privilégiée : l’opposition
Archives Raymond Joyeux

Dès 1991, du temps de L’IGUANE, le maire de l’époque, publiquement malmené par les articles et les révélations du journal, après deux procès perdus pour diffamation, fait paraître, pour se défendre et se justifier une publication ad hominem, intitulée La Lettre du Maire. Prévue pour paraître régulièrement, et éditée aux frais des contribuables, cette publication n’a  finalement connu qu’une seule et unique  parution. Sous couvert d’informa-tions municipales, comme indiqué en sous-titre, c’étaient surtout les responsables de l’opposition et de L’IGUANE qui étaient visés, souvent dans un pataquès pas toujours compréhensible.

Quelques années plus tard, dans le même ordre d’idées mais en beaucoup moins virulent pour les opposants, c’est le nouveau maire, Louis Molinié, qui faisait éditer au nom de la commune un bulletin municipal, illustré de ses réalisations.

Distribué aux seuls partisans

Distribué aux seuls partisans

L’idée était plutôt bonne, mais faute de rédacteurs, le projet capota rapidement, d’autant que seuls les partisans du pouvoir avaient le privilège de le recevoir à domicile. Ce qui contredisait d’emblée le titre, l’ambition et la philosophie  affichés par son directeur : « ENSEMBLE ». 

À noter cependant que l’intégralité de ce journal municipal  a été pendant un temps accessible sur Internet à l’adresse du site de la municipalité. Aujourd’hui que la version papier a disparu, les administrés de Terre-de-Haut, intéressés par les projets municipaux, l’histoire et les réalisations communales peuvent toujours se rendre sur le site municipal où des informations parcimonieuses leur sont données. Les temps changent !..

 Deniers publics servant à des fins partisanes

En terminant cette chronique, comment ne pas s’empêcher de stigmatiser une anomalie pernicieuse de taille dans l’utilisation des deniers publics en matière de presse écrite communale destinée à l’ensemble d’une population.

Programme du 15 août dévoyé

Programme du 15 août dévoyé

Quand un maire règle ses comptes avec l'opposition dans un bulletin de fête édité aux frais des contribuables

Quand un maire règle ses comptes avec l’opposition dans un bulletin de fête édité aux frais des contribuables

De 1989 jusqu’en 2001, pas un seul de ces bulletins-programme  (photo ci-dessus) de la fête patronale de Terre-de-Haut, édités aux frais des contribuables toutes tendances confondues, qui ne comporte une critique acerbe de l’opposition démocratique, quand ce ne sont pas carrément des injures,  dans des Mots du Maire restés tristement célèbres.

Destiné à fournir à la population le programme de la fête du 15 août, manifestation populaire censée rassembler tous les citoyens, au-delà de leurs opinions, il n’était nullement légitime, à notre sens, qu’on utilise ce bulletin à des fins politiciennes partisanes, sans possibilité pour ceux qui y étaient attaqués de se défendre par les mêmes moyens.

Et aujourd’hui ?

Si la boutique de la presse de Terre-de-Haut poursuit quotidiennement – le dimanche excepté – son office indispensable de kiosque à journaux et de petite librairie, ce dont nous félicitons et remercions les responsables, on peut déplorer qu’il n’y ait pas eu de relève chez nos jeunes intellectuels pour créer et diffuser une presse écrite de proximité, spécifiquement saintoise, afin de rendre compte de l’actualité locale et de développer, en même temps que le lien social, des sujets plus généraux de réflexion et de proposition.

Raymond Joyeux

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3 commentaires pour Petit historique de la presse écrite aux Saintes

  1. christophe dit :

    Salut ,

    Comment ce fait il que , presque à chaque fois dans la publication il a des tirets que coupe les mots . . . ?

    Par exemple : l’inconvé-nient ou dépla-cement etc ….

    • raymondjoyeux dit :

      Les tirets n’apparaissent au milieu d’un mot que lorsque le lecteur ouvre le texte sur son Ipad ou à partir de l’info reçue par mail. Si tu ouvres le texte à partir de l’adresse raymondjoyeux.com, le tiret est placé normalement en bout de ligne, pour couper le mot, comme cela se fait habituellement. La présentation, photos- texte est également perturbée sur l’Ipad et le mail. Pour voir l’ensemble comme il a été rédigé, présenté et organisé par l’auteur, là aussi, il faut aller sur raymondjoyeux.com. Sinon tout se suit et se mélange. Essaie à partir de l’adresse indiquée.

  2. Rogers dit :

    Salut l’ami Raymond, même si ta rubrique actuelle est consacré à l’info écrite, t’aurais pu faire une petite virgule sur ce formidable outil informatif que sont les ondes hertziennes « radio LS »qu’a possédé une poignée de jeunes Saintois.Rafraîchis moi la mémoire sur cet événement passé merci….

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