Paul Melki : un jeune auteur prodige à découvrir

Paul Melki  Écrivain

Paul Melki plurihandicapé
Écrivain

Une méthode d’écriture révolutionnaire

Fils de Jane Watts, ancienne danseuse du Royal Opéra de Londres et de Lucien Melki, comédien et metteur en scène, Paul Melki est né plurihandicapé IMC, (infirme moteur cérébral), le 14 octobre 1986 à Paris.

Extrait de sa biographie

Suite à son handicap,  » Paul Melki ne peut ni marcher, ni parler et voit très peu. En 1998, ses parents découvrent la communication facilitée. Une méthode orthophonique qui consiste à l’assister en tenant sa main au-dessus d’un clavier. Paul se met aussitôt à écrire. C’est ce qu’il appelle sa seconde naissance. « Ce jour-là, j’avais 12 ans, écrit-il, où mes mots sont sortis de mon doigt, seul capable de taper sur le clavier. Ma tombe s’ouvrait et ce fut la grossesse la plus longue jamais connue, douze années »

Aidé de son père, Paul répond aux question d'un journaliste de magazine

Aidé de son père, Paul répond aux questions d’une journaliste d’un magazine

Assumant cette difficile situation, « ses parents œuvrent pour lui donner une éducation motrice et intellectuelle. Ils voyagent avec lui au Danemark, en Angleterre, en Hongrie, à la recherche de pédagogies adaptées. Très rapidement l’intelligence de Paul se manifeste par la compréhension des langues des pays traversés. Notamment une compréhension parfaite de l’anglais et du français. Paul passe plusieurs années dans des institutions spécialisées : de 1991 à 2000. (2 ans à la Croix Faubin à Paris et 7 ans aux Papillons-Blancs de Paray-le-Monial). »

Bénéficiant d’un enseignement primaire à l’école du village de Suin en Bourgogne, il passe sans transition, en raison du niveau de ses écrits,  au Lycée de Charolles, en septembre 2002, en qualité d’auditeur libre. Il participe comme lycéen au concours de nouvelles du Festival des Étonnants voyageurs de Saint-Malo et remporte le premier prix pour son texte : L’oiseau volcan, qui sera publié peu après dans un ouvrage collectif.

Les premières vraies publications

Son premier livre : Le Cheval de mer - Poésie

Son premier livre de poésie :
Le Cheval de mer

Mais c’est en juin 2003 que Paul Melki publie aux Éditions Les pas perdus son véritable premier livre, un recueil de poèmes  intitulé Le Cheval de mer. Suivront, en septembre 2004,  à la suite d’un voyage en Guadeloupe et aux Saintes, le Journal de bord d’un détraqué moteur, aux Éditions Calmann-Lévy ; puis, en avril 2007, un second ouvrage : C’est la nuit de ma vie où je réalise ce que le jour m’interdit, et, enfin, en août 2008, un roman, Au paradis de Candide, chez le même éditeur.

 J’ai lu d’une traite Au paradis de Candide 

Son premier roman

Son premier roman

D’abord l’apparence : j’aime la présentation  sobre et élégante du livre, sans outrageuse prétention. L’illustrateur, Jean-Claude Lavaud, artiste bien connu en Bourgogne, semble avoir saisi et traduit la fausse naïveté du personnage. Sa petite tête ébouriffée et ses yeux espiègles, mais perçants, derrière ses boucles fantasques, traduisent parfaitement l’étonnement et la vivacité qui constituent, entre autres, l’éclairage, la légèreté – en même temps que la densité – du récit et la quintessence du personnage. J’aime les couleurs douces et le style d’illustration choisis. L’ouvrage est agréable à voir et à manipuler. Il n’est pas à remiser sur un vulgaire rayon poussiéreux, mais à laisser en évidence sur une table de lecture ou à offrir…

Paul Melki et ses parents à la Pointe des Châteaux Photo R.Joyeux 1999

Paul Melki et ses parents
à la Pointe des Châteaux en mai 1999
Photo R.Joyeux

Ensuite  le contenu : à mon sens, l’avant-propos est inutile. Le récit et son incipit sont tellement évidents qu’aucune présentation, à la limite, ne se justifiait. Mais peut-être était-il (l’avant-propos) nécessaire pour honorer la contribution de Voltaire et permettre aux non initiés de faire le lien avec le personnage littéraire extravagant et son génial créateur. J’aurais pour ma part préféré le saut direct dans le récit et l’histoire. (C’est un simple point de vue qui n’engage que moi).

La construction du récit de P. Melki procède d’une remarquable trouvaille : se servir du célèbre personnage du Candide voltairien et des 36 stratagèmes militaires chinois comme fil conducteur et lien pour unifier le tout : épatant. Excellente subtilité qui permet de porter regard et jugement sur notre société actuelle en général, française en particulier. Etonnement et pessimisme face à certaines constatations ; conviction, générosité et optimisme dans les solutions proposées, (comme une prise en charge intime – mais aussi distante – par l’auteur du trait caractéristique du personnage de Voltaire : l’optimisme à tout prix). Eloge pertinent du métissage social, culturel et religieux, de la fraternité et de la tolérance, point de vue (ou message) volontairement humaniste qui risque de déplaire aux puristes ou fondamentalistes de tout bord. Aucune condamnation sinon humoristique et en filigrane (pratiques policières et médicales aberrantes), ou tout à fait véhémente et implacable de certaines perversités : (attrait maladif des richesses, d’où assassinat justifié du personnage du docteur dans la lignée des précédents meurtres tout aussi justifiés de Candide).

Paul Melki et le professeur Jacquard

Paul Melki et le professeur Jacquard

Le chapitre L, qui résume pour le lecteur les événements antérieurs et fait le lien avec l’actualité du récit, est très utile pour ceux qui auraient laissé leur lecture en plan à la page 87. Bonne idée qui permet de souffler et de faire le point. Procédé didactique intéressant. Maîtrise parfaite et restitution, sans outrance ni trahison, du style persifleur de Voltaire, du regard, des réflexions et commentaires du personnage. Aucun coup de gueule vengeur excessif. Ni moralisme ni apitoiement. Autant de particularités, d’ingrédients narratifs qui s’intègrent parfaitement à l’ensemble, évitant subtilement le piège du hiatus littéraire et philosophique qui aurait déconcerté le lecteur et abouti à une dichotomie détruisant l’unité de l’expression et de l’œuvre.

L'art de la guerrerognée

Les 36 stratagèmes de SUN TZU

J’ai moins aimé, (bien que j’en comprenne le pourquoi), le parler verlan de la « racaille ». Mais c’est un parti pris. Comme je n’aime pas les créolismes à tout va et les tournures « couleur locale » systématiques de nos auteurs antillais d’aujourd’hui. Ça m’agace. Le résumé des chapitres de Candide de Voltaire en fin d’ouvrage ne s’imposait pas particulièrement. À mon sens, c’est au lecteur, s’il est conséquent et curieux, d’aller réveiller le grand philosophe et son œuvre. L’énumération des 36 stratagèmes chinois en revanche était nécessaire et incite à la découverte ou la relecture de L’art de la guerre de Sun Tzu. Le dernier chapitre du livre de Paul Melki qui renvoie subtilement au premier clôt l’ensemble. La boucle est bouclée, sans pour autant que soit fermée la porte de l’imagination et de la réflexion.

En bref, je n’ai pas (encore) lu toutes les « critiques littéraires journalistiques et professionnelles » concernant l’ouvrage. Et ne suis guère apte moi-même à porter un jugement objectif définitif de haut niveau académique. Je peux simplement, et subjectivement, dire que le livre m’a séduit et que je ne l’ai pas lâché une seconde. Densité et légèreté. Je suis époustouflé par la facilité stylistique naturelle de l’auteur, par son intelligence des descriptions et situations, sa dérision à propos de sa propre situation de détraqué moteur – ( 1 ), sa grande culture « historico-socio-psychologico-médico-littéraire », par la pertinence de l’expression, encore une fois, la finesse de l’humour, la tournure et la profondeur des analyses, de certains points de vue et réflexions. Par sa connaissance de Paris, des problèmes et mœurs des banlieues (lieux bannis) et autres… Mille fois merci, Paul Melki, pour ce « petit » chef d’œuvre, selon moi, d’un « grand » écrivain. (2).

Raymond Joyeux

1 – Voir Journal d’un détraqué moteur de l’ auteur chez Calmann-Lévy
2 – Je ne pense pas qu’on puisse trouver ici, en Guadeloupe, les ouvrages de Paul Melki. Si on est intéressé, il suffit de les  commander par l’intermédiaire de son libraire, en précisant les références exactes.

clown 2

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