Les Antilles en Bourgogne

Une Martiniquaise entreprenante

IMG_7776Depuis mai 1994 existe en Bourgogne Sud une Association intitulée Les Amis des Antilles. Créée à l’initiative de Christiane Mathos, elle a pour objet principal de faire mieux connaître nos contrées lointaines aux Bourguignons, en leur proposant un programme d’activités variées, d’ateliers, d’animations, d’expositions, de rencontres et de voyages Outre-Mer, alliant le plaisir ensoleillé de la découverte géographique à la connaissance historique et culturelle. Son inamovible présidente, l’infatigable et très active Christiane Mathos, est arrivée à Montceau-les-Mines en 1971, avec son mari, Gaby, alors responsable de production aux usines Michelin. Martiniquaise d’origine, Christiane a fait sa vie dans cette petite ville autrefois minière de la Saône et Loire, sans pour autant renier ses Antilles natales. D’abord employée d’une grande surface commerciale, elle a dû abandonner son travail à la suite d’un grave accident de la circulation qui l’a immobilisée de longs mois. Mais sitôt remise de ses soucis de santé, et nantie des formations et diplômes nécessaires, c’est en femme forte, indépendante et travailleuse, qu’elle crée en 1987 sa propre entreprise de restauration, créole, cela va sans dire, qu’elle baptise naturellement « Douce Heure Antillaise. »

 Clients et sociétaires enthousiastes 

restaurantC’est en sympathisant avec ses nombreux clients, principalement guadeloupéens et martiniquais exilés et métropolitains de la région qui fréquentent régulièrement son établissement, que Christiane a l’idée de créer cette Association. Forte aujourd’hui d’une centaine de membres et animée par une équipe dynamique et enthousiaste, elle a tout de suite eu l’aval des autorités municipales et de l’Office du Tourisme de Montceau. Car l’objectif de sa présidente n’est pas seulement de faire connaître les Antilles aux Bourguignons mais de faire découvrir aussi aux Antillais les richesses historiques, culturelles, gastronomiques et autres de la Bourgogne. Et ce par des manifestations sur place, des échanges réguliers et voyages organisés que l’Association met sur pied chaque année, entre Martinique, Guadeloupe et France métropolitaine.

Animations tous azimuts

Le Centre d'Animations et de Rencontres de Montceau

Le Centre montcellien d’Animations et de Rencontres 

Depuis sa création, voilà tout juste 20 ans cette année, et jusqu’au jour d’aujourd’hui, l’Association Les Amis des Antilles n’a eu de  cesse d’offrir aux habitants de la communauté montcellienne et ses environs toute une gamme de manifestations et de rencontres qu’il serait fastidieux d’énumérer ici tant elles sont ou ont été nombreuses et variées. Sans être exhaustif, on peut citer, entre autres moments forts, les prestations exceptionnelles d’artistes de renom, conférenciers, peintres, chanteurs, danseurs, musiciens tels que Moune De Rivel, (récemment décédée), Jacques Salomé, Sylvia Fuet, la conteuse martiniquaise Jala, Véronique de la Cruz, Miss France 94, d’origine guadeloupéenne… Autant de personnalités et d’événements qui se produisent ou se sont produits au restaurant-même de Christiane ou au Centre d’Animations et de Rencontres (le CAR) de Montceau-les-Mines, judicieusement dénommé l’Embarcadère.

De l’échange scolaire au pèlerinage historique

Vitrail représentant A-M Javouhey en mission d'évangélisation

Vitrail représentant A-M Javouhey en mission d’évangélisation

Mais, en dehors des journées ou soirées festives habituelles du carnaval ou de Noël, en dehors des dîners dansants, des prestations culinaires ou artistiques mentionnées plus haut, autour du ti-punch, de l’inévitable boudin créole, des accras et de la musique antillaise, le point fort des activités de l’Association Des Amis des Antilles, c’est l’échange scolaire à visée culturelle et historique. Pas plus tard que l’an dernier, en mai 2013, Christiane Mathos, après avoir reçu à plusieurs reprises des classes de Martinique, a organisé dans le cadre de son Association et de l’opération Outre-Mer en Bourgogne, avec le concours d’enseignants motivés, la venue de la chorale du collège guadeloupéen Saint-Joseph de Cluny de la Jaille. Un voyage préparé de longue date associant les élèves du collège privé Saint-Gilbert de Montceau-les-Mines. Les 35 jeunes scolaires guadeloupéens et leurs accompagnateurs ont été accueillis dans des familles des jeunes montcelliens, avec la perspective de recevoir, à leur tour en Guadeloupe, leurs correspondants lors d’un prochain échange.

Sur la route des abolitions

photo 2Outre l’occasion de partage et d’échanges enrichissants avec de jeunes métropolitains de leur âge, et d’une prestation chantée très remarquée en l’église de Montceau-les-Mines, le but de ce pèlerinage de dix jours en Bourgogne, en mai 2013, a été pour les collégiens de la Jaille, l’opportunité de parcourir la route de l’abolition de l’esclavage dans cette région de France. Avec comme point d’orgue la visite de la maison natale d’Anne-Marie Javouhey à Jallanges et celle de Chamblanc où elle a vécu et préparé sa vocation. Cette religieuse née en 1779, fondatrice des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, a été l’une des premières personnalités à condamner l’esclavage et à prôner son abolition. Mettant ses actes en accord avec ses principes humanistes et chrétiens, alors qu’elle était en mission en Guyane, sous sa conduite et son autorité, 170 esclaves de Mana ont été affranchis le 21 mai 1838, soit dix ans avant l’abolition officielle. En souvenir de cet événement historique, la commune de Chamblanc a permis la création sur son territoire d’une forêt de la mémoire où ont été plantés 150 arbres, mentionnant le nom d’autant d’esclaves affranchis par Anne-Marie Javouhey.

Une stèle en commémoration de l’abolition

Mairie de Toulon-sur-Arroux

Mairie de Toulon-sur-Arroux

Après Chamblanc, ce serait très mal connaître Christiane Mathos que d’imaginer qu’elle s’arrête en si bon chemin. Ayant pris fait et cause pour cet événement majeur de notre histoire qu’a été l’abolition de l’esclavage, forte de sa personnalité, de sa renommée d’animatrice incontournable dans la région, et toujours sous l’égide de son Association, Les Amis des Antilles, elle a obtenu avec fierté l’implantation d’une stèle commémorative sur la commune voisine de Toulon-sur-Arroux.  Cette petite ville de Saône et Loire, de 1600 habitants, bâtie sur les rives de l’Arroux et éloignée de Montceau-les-Mines d’une trentaine de Km, possède en effet dans ses archives des Cahiers de doléances de 1789 où est mentionnée la volonté explicite des habitants de voir abolir sur le territoire français et aux « colonies » toute forme d’esclavage.

Christiane Mathos et le maire de Toulon sur Arroux entourant la stèle commémorative

Christiane Mathos et le maire de Toulon-sur-Arroux encadrant la stèle commémorative de l’abolition de l’esclavage

Figurant sur la plaque émaillée de la stèle, l’article dix des doléances communales, daté du 17 mars 1789 et rédigé au nom des administrés par le maire de l’époque, Jean-Philippe Saclier, est reproduit in extenso :  » Que sur l’empire français, il ne reste aucun vestige d’esclavage ! Que la mesure de la fortune publique ne se calcule plus sur le nombre des malheureux ! Enfin que l’esclavage soit aboli dans les colonies, que la nation renonce pour toujours à la traite des nègres et que le Roy suivant les mouvements de son cœur daigne inviter toutes les nations à abjurer ce monstrueux commerce par un pacte général que l’humanité réclame. »  C’est dire que le peuple français, en pleine révolution, animé de philosophie humaniste et égalitaire, n’a pas attendu 1848 pour réclamer l’abolition de l’esclavage. Christiane Mathos savait que la route des abolitions passait aussi par Toulon-sur-Arroux et c’est avec une satisfaction bien compréhensible qu’elle a convaincu le maire actuel, M.Bernard Labrosse, d’ériger cette stèle sur son territoire communal, stèle inaugurée en grandes pompes le 10 mai 2014, date officielle de la commémoration nationale de l’abolition.

Quels projets pour demain ?

Mairie de Montceau-les-Mine où Ch. Mathos exerce les fonctions de conseillère culturelle

Mairie de Montceau-les-Mine où Ch. Mathos exerce les fonctions de conseillère culturelle

Après Toulon-sur-Arroux, Christiane Mathos pense bien convaincre aussi la nouvelle maire de Montceau-les-Mines, dont elle est une des conseillères depuis les dernières élections, de faire ériger à son tour une stèle sur sa commune. Nous ne doutons pas qu’elle obtienne rapidement satisfaction. Pilier reconnu de l’animation artistique, culinaire et culturelle de sa ville d’adoption, ses nouvelles fonctions au sein du Conseil Municipal ne seront pas de trop pour faire aboutir plus facilement ses projets, toujours bien entendu au nom des Amis des Antilles. Les Antilles dont elle est depuis vingt ans l’ambassadrice efficace et dévouée, qualités et fonctions dont les originaires d’Outre-Mer en Bourgogne ont tout lieu d’être satisfaits et qu’ils ne sauraient en aucun cas lui contester.

Le port de plaisance Montceau-les-Mines sur le Canal du Centre

Le port de plaisance Montceau-les-Mines sur le Canal du Centre

Texte et photographies de R. Joyeux

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Les pérégrinations d’un plébéien à Rome (III ème et dernier épisode)

Notre merveilleux voyage touche à sa fin. Avant de quitter Rome, de mettre un terme à nos pérégrinations italiennes et de prendre la route du retour à Nice, notre point de chute momentané, nous consacrons ce qu’il nous reste d’heures aux visites incontournables de la Villa Borghèse, de la Basilique Saint-Pierre et des Thermes de Caracalla, cadre magique d’un concert en plein air à 21 heures auquel nous assistons, ayant pris soin de réserver nos places plus de deux mois à l’avance… Miracle de l’informatique et d’Internet.

La Villa Borghèse

Villa-Borghese-RomaÀ l’écart du centre ville et bâtie au XVII ème siècle par le Cardinal Scipione Borghèse, éminent amateur d’art, cette Villa est célèbre pour ses jardins somptueux et sa collection inestimable de peintures et de sculptures. Elle regroupe de nombreux musées dont la Galerie Borghèse, répartie en huit salles d’exposition, une chapelle et un salon d’entrée, où l’on peut contempler, sans jamais se lasser, œuvres antiques, statues, tableaux et plafonds peints des plus grands maîtres du XVème au XVIIIème siècles. Le Titien, Le Caravage, Rubens, Raphaël…, des chefs d’œuvre uniques de la peinture italienne et flamande côtoient les statues, inimitables de réalisme, de finesse et de force, des sculpteurs Le Bernin et Canova. Régal pour les yeux et l’esprit, ce musée satisfait autant le connaisseur que le béotien, l’un et l’autre ne pouvant éprouver qu’admiration et respect pour le génie humain, capable d’aussi grandes œuvres.

La Place et la Basilique Saint-Pierre

S P 1 - copie

Place Saint-Pierre – Ph. R. Joyeux

Séjourner à Rome sans se rendre à la Place Saint-Pierre et ne pas visiter la Basilique vaticane serait une faute impardonnable. Aussi, bravant la foule et le soleil, et bien qu’étant venus une première fois voilà une dizaine d’années, nous emboitons le pas aux nombreux pèlerins qui font la queue et nous nous engageons courageusement pour la visite. Connaissant déjà la Chapelle Sixtine et les musées du Vatican, nous nous contentons de la Basilique et c’est déjà plus que bien. C’est l’empereur Constantin qui entreprit sa construction en 320, à l’endroit où, dit-on, l’apôtre Pierre a été enterré. Elle fut achevée en 366 mais c’est sous le pontificat du Pape Paul V qu’elle prend son aspect définitif pour être enfin consacrée par Urbain VIII, le 18 novembre 1626.

Michel-Ange_Pieta_Vatican-1143x1201La Basilique Saint-Pierre de Rome est l’édifice religieux le plus important du catholicisme. Elle mesure 219 mètres de longueur extérieure, 154 mètres de largeur intérieure, pour une hauteur sous coupole de 136 mètres, un record à ce jour que seule la Sagrada Familia de Barcelone battra à son achèvement. Elle peut accueillir 60000 fidèles. La place Saint-Pierre vers laquelle est tournée la façade reçoit chaque dimanche, pour l’Angélus papal, 150000 personnes. Classée au patrimoine mondial de l’humanité, c’est le monument le plus visité au monde. Elle est décorée intérieurement de nombreuses sculptures en marbre dont, entre autres, la légendaire Piéta de Michel-Ange à propos de laquelle le guide Scala nous dit que « c’est la seule œuvre que Michel-Ange ait signée… Une signature qui indique combien l’artiste était fier du résultat atteint. » On ne peut qu’être impressionné par la beauté, la perfection, le faste et le côté grandiose de l’édifice et, croyant ou pas, nul ne peut rester indifférent face à ce haut lieu de la spiritualité chrétienne qui a vu se succéder sur le siège de Saint-Pierre 266 papes dont 91 béatifiés ou canonisés, les derniers en date étant, cette année-même, Jean XXIII et Jean-Paul II.

Spirituellement requinqués par cette visite hors du commun et quelque peu affamés, nous cherchons une trattoria pour nous restaurer, loin de la Place Saint-Pierre où tout est hors de prix, non sans une escale obligée à la boutique de souvenirs afin de nous procurer, comme il se doit, quelques menus présents pour la famille et les amis : calendriers, images pieuses, stylos au sceau du Pape François…

Intérieur de la Basilique Saint-Pierre

Intérieur de la Basilique Saint-Pierre Ph. Raymond Joyeux

L’Ara Pacis

IMG_7511 - copieUne marche sous le soleil jusqu’à la Place d’Espagne et la célèbre Fontaine de Trévi (actuellement asséchée et en travaux), nous occupe une partie de l’après-midi que nous terminons à l’Ara Pacis, l’Autel de la Paix, que le Sénat fit construire en l’an 13 av JC, en l’honneur d’Auguste et que Mussolini au temps du fascisme a fait reconstituer et déplacer. Une fresque représentant la famille impériale par ordre hiérarchique est visible sur un coté bas du temple, une autre magnifie les hauts faits d’Auguste, le tout entrelacé de feuilles d’acanthe sculptées. Puis après un détour par le Panthéon au dôme ouvert impressionnant, nous regagnons nos résidences respectives afin de nous préparer pour notre soirée-concert aux Thermes de Caracalla.

Fin de séjour en apothéose 

caracallaÀ 20 heures, nos deux jeunes guides nous rejoignent en bus Via Flavia et nous prenons ensemble la voiture pour les Thermes situés à l’est du Tibre, dans le quartier sud de la ville. À l’époque romaine, la fréquentation des établissements de bains était ancrée dans les mœurs car on y trouvait réunis, jardins, portiques, salles de jeux, bibliothèques. C’étaient des lieux de loisir et de culture du corps et de l’esprit où les Romains passaient gratuitement plusieurs heures par jour. Les Thermes de Caracalla, inaugurés en 216, sont de ceux qui se sont le mieux conservés. Ils fonctionnèrent jusqu’en 537 avant que les aqueducs qui alimentaient Rome en eau ne soient pour la plupart coupés et en grande partie détruits par les Goths.

Rossini et le Barbier de Séville

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Photo Raymond Joyeux

Munis de nos billets pour la première exceptionnelle d’une représentation, en plein air, du Barbier de Séville, sur la musique de Rossini, nous gagnons nos places sous un très beau ciel étoilé, parmi plus de 10000 spectateurs de toutes nationalités, impatients de voir débuter cet opéra dont le texte en anglais et en italien sera discrètement projeté sur un écran de part et d’autre de la scène. Dans un style moderne à vous couper le souffle, mettant en valeur les différents tableaux de la pièce de Beaumarchais sans la dénaturer, nous assistons pendant deux heures et demie à un spectacle époustouflant de chants, de danse et de lumières, exécuté par des acteurs et chanteurs exceptionnels, maîtrisant parfaitement leur sujet. Car qu’y a-t-il d’autre à dire sinon que nous terminons notre séjour en apothéose, avant de prendre le lendemain la longue route du retour ?

Sur la route du retour

Dernières visites

640px-Estasi_di_Santa_Teresa rertPuisqu’Alexandre et Anne doivent prendre leur avion pour Paris dans la soirée, les dernières heures de notre séjour romain sont pour nous l’occasion de quelques flâneries supplémentaires. Ayant remis les clés de notre logement à notre hôte, Niccolo, nous avons le temps de déguster une vraie glace italienne et de visiter avec nos guides l’église Santa Maria della Vittoria où se trouve exposée la fameuse sculpture du Bernin : l’Extase de Sainte Thérèse ; l’impressionnant et monumental Saint-Paul-Hors-les-Murs et, pour finir, la Basilique Saint-Jean-de-Latran, bâtie sur le modèle de Saint- Pierre et qui fut un temps résidence et siège officiel de la papauté jusqu’en l’an 1300. À midi, nous prenons, cette fois sans nos guides, la direction de l’autostrada qui nous conduit à Rapallo, petite ville côtière de la province génoise où nous passons notre dernière nuit en Italie… pour cette année !

Portofino, le minuscule Saint-Tropez italien 

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Photo Raymond Joyeux

Prendre la navette de Rapallo à Portofino pour la modeste somme de 11 € l’aller-retour est une opportunité à ne manquer sous aucun prétexte. C’est ce que nous faisons dans la matinée du 25 juillet pour notre première visite dans ce petit port hautement pittoresque, bijou de la Riviera italienne, avec en tête la chanson de Dalida : Love in Portofino (à écouter ici). Habitués réguliers du Canal des Saintes sur Miss Guadeloupe et la CTM, la liaison maritime en soi n’est pas pour nous une découverte. Mais où le dépaysement est total et unique, c’est dans le paysage côtier environnant tout au long du parcours et dans le fourmillement harmonieux des couleurs des façades à l’arrivée.

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Ph. R. Joyeux

L’Histoire nous apprend que cette petite ville fut fondée par les Romains qui la baptisèrent Portus Delphini à cause des dauphins présents en quantité dans le golfe. La papauté y a établi un moment ses quartiers et de riches armateurs italiens comme de modestes pêcheurs en ont fait leur port d’attache. Un château et deux églises constituent les principales attractions que les nombreux touristes n’hésitent pas à prendre d’assaut, le plus souvent en grimpant car, hormis les bâtisses du port, tout est construit à flanc de colline. Nous nous contentons de visiter les églises, d’arpenter les sentiers du Parc Naturel et, avant de mettre un point final à nos pérégrinations, de parcourir les rues colorées à la recherche d’une auberge originale pour nous restaurer d’un mets local de préférence. Nous reprenons la navette à 15 heures. Il nous reste quelque 200 Km jusqu’à Contes, sur les hauteurs de Nice où nous arrivons sans nous presser à 20 heures. Avec le fort sentiment de satisfaction physique et mentale, de richesses accumulées et d’ivresse absolue que j’ai modestement tenté de vous transmettre en attendant d’autres sujets de chroniques et, si possible, de passion partagée, à l’image de celle de cette extraordinaire semaine italienne vécue en votre compagnie par la magie de l’informatique.

Embarquement pour Portofino

Embarquement pour Portofino – Ph. Raymond Joyeux

 

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Les pérégrinations d’un plébéien à Rome (II)

Escapade hors de Rome

Villa Adriana et d’Este à Tivoli

IMG_7141 - copieToujours accompagnés de nos deux jeunes, talentueux et infatigables guides, Anne et Alexandre, le second épisode de nos pérégrinations italiennes nous conduit, depuis Rome, à Tivoli, Orvieto et Ostia, trois cités antiques des environs de la Ville Éternelle qui, tant par la beauté de leurs paysages que par leurs richesses archéologiques ou religieuses, valent le détour.  À Tivoli, très ancienne cité fondée en 1215 avant JC, nous arrivons vers 10 heures du matin, après une demi-heure de route, et arpentons, par très beau temps, inutile de le préciser, les allées et jardins de la Villa Adriana, cette somptueuse et gigantesque résidence « secondaire » que l’empereur Hadrien se fit construire au début du 2ème siècle av. J.C, pour échapper épisodiquement à ses harassantes obligations romaines. Sur plus de 80 hectares d’un domaine légèrement vallonné, se dressait autrefois un époustouflant complexe d’habitation, de délassement et de loisir dont les vestiges sont aujourd’hui classés par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité.

Maquette de la Villa Adriana

Maquette de la Villa Adriana à Tivoli

Entrée monumentale de la célèbre Villa

Entrée monumentale de la célèbre Villa

Influencé par ses voyages en Grèce et en Égypte et surnommé « le Petit Grec », Hadrien avait voulu reproduire, à l’écart de Rome, un ensemble architectural et résidentiel, proche des monuments et sculptures qu’il y avait vus et admirés au cours de ses lointaines campagnes. L’écrivain belge, Marguerite Yourcenar, a publié en 1951 les Mémoires d’Hadrien, roman historique inspiré de sources authentiques, dans lequel elle imagine les réflexions philosophiques et artistiques que cet empereur hors normes aurait depuis sa villa de Tivoli – Tibur à l’époque – adressées à son petit-fils adoptif Marc Aurèle, lui-même futur empereur qui conduira l’empire romain à son apogée et mettra fin par sa mort à la Pax Romana instaurée par Auguste. Mieux vaut tard que jamais, j’ai décidé, à mon retour en Guadeloupe, de me remettre à la lecture de ce bel ouvrage de M. Yourcenar, première femme à entrer à l’Académie Française, que je vous conseille également, si vous êtes passionnés d’Histoire antique mais sans vous forcer la main.

La Villa d’Este

esteDe cette même ville de Tivoli nous nous dirigeons vers une autre résidence, plus récente celle-ci, puisqu’édifiée au XVI ème siècle de notre ère à l’initiative du Cardinal Hippolyte d’Este, à l’emplacement d’un ancien couvent. Au contraire de la Villa d’Hadrien dont il ne reste que des ruines, la Villa d’Este, entièrement conservée et classée elle aussi par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité, est appelée à juste titre « Le jardin des merveilles ». Aujourd’hui propriété de l’État italien, cette résidence unique, doublée d’un musée aux plafonds abondamment décorés, présente un savant agencement d’éléments architecturaux, de jeux d’eau, de jardins et de bassins dont l’harmonie générale n’a n’égale que l’intelligence et l’art sublime de ses concepteurs qui s’inspirèrent des techniques d’approvisionnement en eau des Romains et même de la Villa Adriana dont ils n’eurent aucun scrupule à piller marbres et pierres pour sa construction.

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Orvieto

Façade de la cathédrale d'Orvieto

Façade de la cathédrale d’Orvieto

Édifiée à 325 mètres d’altitude, la petite ville d’Orvieto domine une vallée où coulent deux rivières qui se jettent l’une et l’autre dans le Tibre, le célèbre fleuve qui traverse Rome et sa région. Fondée vers 800 av. J.C. par les Étrusques, elle doit son nom à l’expression latine Urbs vetus qui signifie vieille ville. Pendant longtemps libre et indépendante, son influence fut grande au XIVè siècle où elle rivalisait avec Sienne. Orvieto doit une partie de sa célébrité à sa cathédrale, le Duomo di Orvieto, de style gothique dont la construction s’échelonna sur près de 2 siècles, entre 1290 et 1456. Dédiée à l’Assomption de la Vierge Marie, elle a un point commun avec la petite église de Terre-de-Haut, elle même consacrée à la Vierge. Mais rassurez-vous, c’est seulement cette consécration commune qui rapproche les deux églises. Longue de 90 mètres, large de 33 et haute de 34, la Cathédrale d’Orvieto domine tous les autres édifices de la ville et il fut une époque où les papes avaient choisi cette ville isolée comme lieu de séjour lorsqu’ils quittaient Rome pour se reposer.

Intérieur de la cathédrale

Intérieur de la cathédrale

Ostia

rue ostieDernière étape de notre escapade « hors les murs » pour cette journée bien remplie : Ostia, Ostie en français, le port antique de Rome, situé à l’embouchure du Tibre, à 35 Km de la Capitale italienne. C’est par là qu’arrivait, se négociait et s’acheminait le ravitaillement de la population romaine : céréales, huile d’olive et autres marchandises. Après le retrait de la mer à plus de 3 Km du port initial, l’envasement du site par les alluvions du Tibre au cours des siècles et le détournement naturel de l’embouchure du fleuve qui ont complètement enfoui la ville sous des mètres cubes de terre et de boue, les fouilles archéologiques (qui se poursuivent encore aujourd’hui) font apparaître le tracé et le pavement des rues, l’emplacement des entrepôts et des boutiques, les murs des maisons d’habitation, édifiées parfois sur plusieurs étages, les sanctuaires, le théâtre, les thermes et la nécropole dont les cavités murales destinées à recevoir les urnes mortuaires sont encore parfaitement conservées.

paysage ostie retComme toujours, face à ces restes de constructions antiques, on est émerveillé de constater la perfection architecturale des édifices, l’agencement et la solidité des matériaux utilisés, ensemble complexe dont les photos en vue partielle peuvent difficilement rendre la beauté, l’équilibre et la perfection. Pour vous donner néanmoins une idée de ces merveilles, je vous invite à consulter le diaporama ci-dessous… en attendant la semaine prochaine pour la suite et le dernier volet de notre équipée romaine. (Je rappelle que les textes sont de moi-même, Raymond Joyeux, les photographies et la mise en images d’Alexandre. Je vous remercie de votre intérêt pour ce blog et sollicite votre indulgence pour les éventuelles erreurs, omissions et imprécisions qui se seraient glissées dans l’exposé…)

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Les pérégrinations d’un plébéien à Rome (I)

Vendredi 18 juillet, de Nice à la Via Flavia :  710 Km

arrivée à rome - copieNous n’avons pas compté le nombre de tunnels et de viaducs qui se sont succédé sur le trajet de Nice à Rome ce vendredi 18 juillet. Mais pour un Saintois habitué aux étroits chemins bétonnés (relativement) pai-sibles de Terre-de-Haut, rien n’est plus stressant, à 130 à l’heure, que l’alternance continue d’ombre et de lumière, sur près de 300 Km d’affilée. Heureusement qu’au cours de ces huit heures du parcours, (arrêts et ralentissements compris), à l’approche de la Ville Éternelle, l’autostrada est plus tranquille et les premières indications de notre destination s’affichent au devant de nous : Bologna-Roma. Avec le jeu de mots tentant : Rhum-Bologne, nous sommes doublement en pays de connaissance car en plus de faire de la publicité gratuite pour une célèbre enseigne d’Outre-Mer, c’est notre troisième expédition en cette région de l’Italie, après la Toscane découverte voilà quelques années dans les mêmes conditions de voyage et de circulation éprouvante, à grande vitesse.

Se garer, se détendre, se restaurer

IMG_7502 - copieTrouver une place de parking en plein Rome à 18 heures un vendredi soir de vacances d’été nous oblige à tourner en rond pendant une demi-heure autour de notre résidence. Mais la providence aidant, – (ne sommes- nous pas en terre chrétienne ? ) – enfin casés : voiture garée et bagages montés au petit studio de la via Flavia, 4ème étage avec terrasse, de l’hôtel M.., nous savourons le plaisir de nous détendre. L’air est doux et le ciel d’un bleu limpide, en cette fin de journée harassante. Il ne nous reste plus qu’à trouver une petite trattoria de dégustation et de nous rendre au cœur de la cité. Puis, avant d’établir une stratégie de visites pour la semaine à venir, de parcourir à pied quelques unes des nombreuses rues de la capitale italienne, bondées de touristes de toutes nationalités, rassemblés autour de leur guide que signale un petit foulard coloré qu’il agite au sommet d’une perche. C’est chose faite alors que le soleil, le même d’il y a 2 800 ans et bien davantage, tardant comme nous à se coucher, fait jouer encore des ombres sur les murs…

Samedi 19 : les musées du Capitole, le Forum et le Mont Palatin

Le Capitole et ses musées

marc aurèle - copieVous avez certainement entendu parler des Oies du Capitole, ces volatiles qui, selon la légende, auraient averti les habitants de Rome de l’arrivée des barbares Gaulois et qui sont devenus sacrés par la suite. Eh bien, c’est à cette place que nous consacrons notre première visite. Anne et Alexandre sont nos guides.  Étudiants à Paris, l’une à l’École Normale Supérieure, l’autre à la Sorbonne, tous deux fins connaisseurs de l’histoire romaine, de l’art antique et de la Renaissance, ils nous accompagneront tout au long de notre séjour. Nous apprenons par eux que c’est à Michel-Ange que l’on doit, en 1536, l’aspect monumental actuel de la Place du Capitole avec la statue équestre de Marc-Aurèle tournée vers la Basilique Saint-Pierre à la demande du pape Paul III Farnèse. Sous un soleil de plomb qui n’a rien à envier à celui des Saintes, déambulation passionnante qui nous conduit directement aux Musées Capitolins, non loin de la fameuse place, et dans lesquels est racontée en tableaux et sculptures la légende de la création de Rome, avec, entre autres chefs d’œuvre, le célèbre bronze anonyme de la Louve Capitoline, celle qui est censée avoir nourri Romulus et Rémus, les deux jumeaux, fondateurs supposés de la ville éternelle :

La Louve Capitoline

La Louve Capitoline

Le Forum, ses temples et ses allées de colonnes

Le Forum vu des musées capitolins

Le Forum vu des Musées Capitolins et un bout du Colisée au loin.

Des Musées Capitolins, on aperçoit les vestiges du Forum Républicain, lieu central et historique de la ville antique où les habitants et dirigeants, toutes classes confondues : simples citoyens, commer-çants, hommes politiques ou religieux, marchands ordi-naires ou vendeurs d’esclaves, se rencontraient et venaient discuter, acheter et vendre, tissant ainsi les liens sociaux indispensables à la vie harmonieuse de la cité. Situé entre le  Capitole et Palatin, le Forum était l’endroit où se célébraient toutes les manifestations publiques et privées :  mariages, jeux et combats de gladiateurs, cérémonies religieuses, échanges, décisions de justice, organisation administrative, économique, religieuse et politique de la ville… C’est aussi là que défilaient les troupes victorieuses revenues des campagnes militaires.

Le Palatin et la Maison d’Auguste

IMG_7115 maison d'auguste 2 - copieEn longeant le Circus Maximus, nous accédons au Mont Palatin, l’une des sept célèbres collines de Rome. C’est sur cette éminence verdoyante dominant la ville du haut de ses 70 mètres que les empereurs successifs faisaient construire leurs résidences, leurs « palais ». Ce mot venant lui-même, vous l’avez deviné, de Palatin (du latin Palatio). Le site est impressionnant. Entre jardins et plantations, pans d’aqueducs, thermes et promenades, se dresse la Maison d’Auguste, ou du moins ce qu’il en reste. La précision architecturale, le gigantisme époustouflant et l’agencement des édifices que l’on devine sous les pierres et les briques laissent bouche bée. Et malgré la beauté  de ce qu’il faut bien appeler des ruines, on ne peut ne pas penser à Joachim Du Bellay qui n’avait pas l’air de les apprécier outre mesure, puisqu’il écrit dans Heureux qui comme Ulysse ces vers étonnants  que nous avons tous appris à l’école :

Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux
Que des palais romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine 

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,

Et plus que l’air marin la doulceur angevine.

*****

Mais laissons-là pour aujourd’hui le poète Joachim Du Bellay, ses appréciations et ses chauvines préférences, et prenons rendez-vous pour la prochaine chronique sur Rome et ses environs, avec les  textes et les illustrations photographiques d’Alexandre et de Raymond Joyeux.

Statue d'Auguste non loin du Forum

Statue d’Auguste non loin du Forum

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Premier anniversaire !

À nos lecteurs

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe 13 juillet 2013, voilà exactement un an jour pour jour, naissait notre blog : Un poète à la mer. Nous avons publié depuis cette date 67 chroniques qui ont suscité de votre part 235 commentaires. À ce jour, 13 juillet 2014, nos articles ont été visités 21 458 fois  par 7 014 internautes, dont 53 abonnés qui les reçoivent immédiatement par courriel à l’instant même de leur publication. Pour une moyenne de 584,5 visiteurs par mois, provenant de nombreux pays à travers le monde, le record mensuel de visites a été de 2928 en octobre 2013, celui de visiteurs de 959 en mai 2014  ! C’est dire que grâce à vous, chers lecteurs, ce blog a vécu une année riche en lecture et en interactivité.

bato amélioréAussi je ne saurais trop vous remercier pour votre intérêt et votre assiduité à le suivre, et j’espère pouvoir continuer à vous satisfaire au mieux de mes possibilités de lecture, de mes sources de réflexion et d’information. Je remercie également les nombreux commentateurs qui le font vivre et sur qui je compte pour qu’ils continuent à donner leurs avis, toujours pertinents et amicaux. Je remercie enfin les auteurs et éditeurs qui m’ont autorisé à publier leurs textes, ce qui a permis d’enrichir le site, de diversifier les thèmes des chroniques et souvent de susciter le débat. Enfin, en ce début d’été, permettez-moi de vous souhaiter à tous de bonnes vacances, riches en repos du corps et de l’esprit, en dépaysement, en découvertes, en lectures, en visites de pays et de musées… comme nous y invite symboliquement le navigateur Bernard Moitessier dont j’ai sélectionné pour vous ce petit texte en conclusion de ma courte chronique d’aujourd’hui et de son livre : Voiles mers lointaines îles et lagons, publié chez Arthaud en 1995 puis en 2002. Réflexion qui pourrait être la vôtre, qui pourrait être la nôtre, avant de partir et au retour, peut-être pour certains déjà, de ces congés d’été 2014…

Partir… revenir

livre moitessier - copie« Et voilà, nous avons pris la décision de partir, parce que notre instinct nous y poussait, peut-être même de tout larguer ; nous avons humé l’air du large, senti l’ivresse des premières traversées, nous nous sommes creusé la tête sur les nombreux problèmes rencontrés sur la route et avons sué pour les résoudre ; nous avons découvert notre île sous le soleil des tropiques ; nous avons fait ensemble le tour du lagon magique, du platier où gronde la houle puissante venue de l’horizon et de l’atoll aux vertes palmes habitées par les dieux éternels de l’alizé. Un petit coup de hamac à l’ombre des veloutiers pour se remettre de ce tour d’horizon absolument indispensable… Mais avant de clore, je vous rappelle ce « tuyau » que je crois inestimable : devenir ami avec les dieux en vaut la peine. Cela leur fait plaisir et ils nous emmènent alors de temps en temps vers la troisième dimension où les choses s’éclairent et se transforment en évidences limpides et efficaces ; je sais de quoi je parle, je les ai souvent fréquentés… ici et là-bas.« 

Bonnes vacances à tous, que les dieux soient avec vous et… à la prochaine chronique.
Raymond Joyeux

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Saison d’ouragans et de pluies…

LivreNous sommes au début du mois de juillet : l’hivernage est en route. Officiellement, à partir du 1er de ce mois, pour les autorités météorologiques françaises, a débuté la saison des ouragans dans l’Arc antillais. Une onde tropicale a traversé la Guadeloupe et ses îles le 30 juin et la première dépression est née le même jour sur la côte Est de la Floride. Nous devons donc nous attendre dans les semaines et les mois qui viennent à une recrudescence des pluies sur nos régions, même si les prévisionnistes ont annoncé pour cette année une saison cyclonique peu active. Aussi, j’ai choisi pour vous ce texte de l’écrivain haïtien Jacques Stephen Alexis, extrait de son premier roman Compère Général Soleil édité en 1955 dans la Collection L’Imaginaire chez Gallimard.

***

alexis1Jacques Stephen Alexis est né le 22 avril 1922 à Gonaïves, dans le nord d’Haïti. Médecin, écrivain majeur de la Caraïbe, homme politique engagé, il s’est opposé très tôt à la dictature du président François Duvalier. En avril 1961, trahi alors qu’il avait débarqué clandestinement sur la côte Nord-Ouest d’Haïti, il a été arrêté par des miliciens à la solde du régime, torturé et exécuté à 39 ans avec ses compagnons. De nombreuses informations sur cet auteur et son œuvre sont visibles sur Internet. Vous pouvez à loisir les consulter pour vous faire une idée plus complète de la biographie et de l’importance d’un des plus grands écrivains haïtiens.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Stéphen_Alexis

Raymond Joyeux

L’arrivée de la pluie

couleedeboue - copie » Dehors la pluie s’abattit d’un seul coupL’énorme bête de la pluie aux pattes de verre marche sur Carrefour et déjà, là-bas, à Port-au-Prince. Sur la route, l’eau roule, sale, bouillonnante dans les rigoles. La terre tout à l’heure encore assoiffée par le soleil boit tout son saoul une boue liquide. La pluie claque sur les toits en stries serrées. L’air est plein de vibrations sonores. Les parois de l’horizon deviennent jaune sale, malgré les rideaux de pluie claire. Le vol lugubre et lourd des nuages qui fondent et accourent, sans cesse renouvelés, font au ciel d’immenses ouangas (1) maléfiques de lugubres fétiches de plomb noir. Là où les fourmis ont fait leur demeure, la lave de boue a tout ravagé. Seul l’insecte qui a la fortune d’un brin d’herbe aura peut-être pu survivre au déluge. Toute goutte de vie animale est à la merci de la pluie velue. La pluie impitoyable qui lance ses flèches d’eau.

arbresLes arbres offrent leurs branches à l’ondée et chaque radicelle boit la soupe qui pénètre la terre. Les feuilles se dressent sous la douche pour retomber sous le poids. L’éclair fugace et doré dessine au ciel des arbres morts de fantasmagorie, aux branches tremblantes et folles. Alors la voix énorme de l’orage se fit entendre. L’air s’emplit de l’odeur piquante de la foudre. La pluie redouble. Les crabes « mal-z’oreilles » sortent de la terre laguneuse. Les enfants courent, nus, pour les capturer, dans les rires et dans les cris, dans le piaffement furieux de la pluie qui fait une sensation chatouilleuse en coulant le long de la raie du dos.

images-1Les grands herbages couchés de la pluie sont des fouets sur le corps. Le piaillement désespéré d’un poussin détrempé, vacillant qui a perdu sa mère poule. La Gonave, fumante de brumes, au milieu de la mer au poil hérissé, sous la fusillade des gouttes. Le ventre bosselé d’un nuage, gonflé de larmes, de râles et de sueurs. La lutte désespérée d’un cancrelat, sur la souche dénudée par la herse de la pluie… Les pattes-mâchoires crispées sur la racine. Les dents de la pluie labourant la terre, chassant les pierres, lavant le sable. Chaque motte de terre a la chance de sa gorgée d’eau, chaque graine, la certitude du bourgeon, chaque racine, son bain de fraîcheur.

La mitrailleuse de la pluie contre chaque fleur, chaque graine de pollen nageant dans l’eau bénite.
Les parfums mouillés…
L’abeille transie, alourdie d’eau et de sucs, trébuche…
Demain plus de fleurs feront plus de ruchers…
Noble et théâtral est le baryton des crapauds…

orage-2 - copieMais les pleureuses du ciel s’épuisent. L’éclair doré darde encore quelques langues de feu, puis des salves de canon partent en plein ciel. Le froissement timide de la forêt de pluie s’évanouit au ralenti. Encore des gouttes éperdues. Le rétablissement du cancrelat sur sa racine. L’artillerie lourde du ciel qui tonne de nouveau. L’odeur bleue de l’ozone… Le cuicuitant triomphe du poussin sous le ventre maternel. L’oiseau décoché dans les mailles relâchées du réseau de pluie. Les déchirures gros bleu du ciel… La nature lessivée et luisante sous le rayon propre et tremblant du soleil qui se faufile comme un regard de femme en mal. La respiration plus libre de tout ce qui vit et palpite. L’éclat de verre de l’azur. Le luisant de jade des frondaisons. Puis le brusque allongement du cou du soleil qui nettoie le ciel et secoue sur le paysage sa crinière blonde.

L’éclat de rire du vent…

Grand gosierLe grand-gosier s’élève avec calme sur la mer, pour l’agape vespérale de petits poissons frétillants. L’électricité languis-sante de l’air qui jette un dernier feu de silex. La grêle de gouttes chutant des arbres à chaque respiration du vent. Le cheval dans la prairie frappe du sabot, hennit et se gratte le poitrail d’un coup de tête. Ça sent l’amour ; toutes les fleurs baillent leurs parfums. Alors, les fuseaux des jambes de la petite marchande de fruits dorés ouvrent et ferment leur compas sur l’asphalte moiré, son cri fuse, clair et vermeil : « Voilà les mangots cornes… Voilà la douceur qui vient ! »
Bientôt les gens sortirent, les yeux au ciel, le bras horizontal, à la recherche d’impalpables gouttes. « 

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Jacques Stephen Alexis (1922-1961)

(1) ouanga : objet ou ensemble d’objets doués d’un pouvoir envoûtant, maléfique.
Par extension, sorcellerie, maléfice
.

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L’archipel des Saintes : cinq siècles d’histoire

Karoucaera : une appellation amérindienne

carte_des_AntillesLes îles de la Caraïbe n’ont pas attendu l’arrivée de Christophe Colomb pour avoir un nom. Les Amérin-diens avaient baptisé chacune d’elles en fonction sans doute d’une caractéristique géographique particulière. L’archipel des Saintes n’a pas fait exception à la règle : les Callinagos l’avaient nommé Karoucaéra, une appellation proche de Karukéra qui désigne la Guadeloupe proprement dite, et qui signifie L’île aux belles eaux.  Des fouilles archéologiques récentes entreprises à Terre-de-Bas attestent d’un séjour temporaire des Caraïbes dans cette île moins de 300 ans avant l’arrivée des premiers occupants européens.

 Découverte et colonisation

4 novembre 1493 : A son deuxième voyage aux Amériques, le navigateur génois aperçoit au large de Marie-Galante un groupe d’îles disparates. Nous sommes dans l’octave de la Toussaint. Sans chercher plus avant, il les baptise tout simplement Los Santos. Ce n’est que plus tard, le féminin l’emportant pour une fois sur le masculin, que Los Santos deviendront Les Saintes. 3103-Monument-Terre-de-Haut-Les-Saintes18 octobre 1648 : À la tête d’une trentaine d’hommes et du R.P. Mathias de Puy, le commandant du Mé, sur ordre du Gouverneur Houel, débarque à Terre-de-Haut. Ils y plantent « La Croix du Rédempteur ». Cette première occupation tourne court à la suite d’une sécheresse. 1652 : Seconde et définitive occupation conduite par Hazier du Buisson. La population n’excède alors guère 50 personnes. Les îles sont mises en culture. Terre-de-Bas, plus humide, est davantage exploitée que sa voisine. 1653 : Les colons subissent une attaque des Caraïbes de la Dominique repoussée par les hommes de L’Etoile, navire de combat dépêché sur place. 13 septembre 1659 : La Guadeloupe est partagée. Les Saintes deviennent la propriété du Gouverneur Houel. 1664 : L’archipel est acheté par Colbert au nom du Roi puis rattaché dix ans plus tard, avec la Guadeloupe, au domaine royal.

Batailles navales à répétition entre Français et Anglais pour la possession de l’archipel

calo15 août 1666 : Après la destruction le 2 août de deux navires français en rade de Terre-de-Haut par lord Willougby, les Anglais, malmenés par un cyclone dans la nuit du 4 au 5 août, sont défaits par les hommes de la garnison des Saintes commandée par Dulion. Un Te Deum est chanté en l’église de Terre-de-Haut le 15 août. Cet événement est commémoré chaque année à l’occasion de la fête patronale de Terre-de-Haut. 1759-1763 : La Guadeloupe et ses dépendances sont sous le contrôle des Anglais avant de redevenir françaises suite au premier Traité de Paris. 1777 : Début de la fortification des Saintes sur ordre de Louis XVI.

L'amiral De Grasse, commandant la flotte française

L’amiral De Grasse, commandant la flotte française en 1782

12 avril 1782 : La Bataille des Saintes. Date capitale dans l’histoire de l’archipel, ce 12 avril 1782 voit la victoire, dans le Canal de la Dominique, de la flotte anglaise de l’amiral Rodney sur les vaisseaux français commandés par le Comte De Grasse. Cette mémorable défaite française aura pour conséquen-ce, 20 années durant, la suprématie britannique sur les Français dans le guerres de conquête et d’occupation des îles d’Amérique que se livraient les deux grandes puissances maritimes de l’époque. 9 avril 1794 : Les Anglais occupent à nouveau les Saintes qu’ils quittent provisoirement en 1802. 14 avril 1809 : Autre grande date mémorable de l’histoire maritime saintoise, l’exploit légendaire de trois habitants de Terre-de-Haut : l’aubergiste Jean Calo et ses deux comparses, Cointre et Solitaire, qui réussissent à faire s’échapper de nuit par la passe de La Baleine trois vaisseaux français bloqués en rade des Saintes par la flotte anglaise. Ce haut fait controversé ne change rien à la situation de l’archipel qui restera occupé par les Britanniques jusqu’au 30 mai 1814. Il existe plusieurs versions de cet événement dont certaines  atténuent l’exploit personnel de Jean Calo, lequel aurait gagné la terre ferme à la nage alors que, semble-t-il, il ne savait pas nager !

 1816 : Les Saintes deviennent définitivement françaises.

 carte des saintes

1822 : Tragique histoire d’amour entre la créole Caroline et le Chevalier de Fréminville. Ce dernier, embarqué sur La Néréïde en escale aux Saintes, s’éprend de la jolie jeune fille, elle même en villégiature à Morel, un morne dominant la baie du Marigot. Après une première rencontre particulièrement romantique, le marin promet de revenir. Mais son navire tarde à toucher les Saintes. Caroline se noie de chagrin, laissant au désespoir son prétendant qui finira ses jours à Paris, à demi fou, se déguisant en femme. Voir la chronique sur ce sujet  et ses nombreux commentaires : https://raymondjoyeux.com/2014/04/10/amour-tragique-aux-saintes-en-1822/

1844-1867 : Construction du Fort Napoléon. 1851-1856 : Edification d’un pénitencier à l’Ilet à Cabris et d’une prison de femmes au bourg de Terre-de-Haut. 1865-1866 : Une épidémie de choléra asiatique s’abat sur les Saintes. À Terre-de-Haut, plus de 100 personnes, soit un sixième de la population, sont emportées entre novembre 1865 et février 1866.

Batiments ilet1871 : Le pénitencier de l’Ilet à Cabris, dévasté par un cyclone, est transformé en lazaret de quarantaine pour accueillir les engagés asiatiques venus remplacer les esclaves dans les plantations de la colonie, à la suite de l’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848. 9 août 1882 : Jusqu’à cette date, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas ne forment qu’une seule commune. À la demande des conseillers municipaux de Terre-de-Bas et sur proposition de l’unique maire, Jean-Pierre LOGNOS, un décret du Ministre de la Marine et des Colonies, paraphé par le Président de la République Jules Grévy, prononce la séparation des deux îles saintoises en deux communes distinctes. Les communes distinctes de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas sont créées. 1889-1890 : La garnison des Saintes quitte définitivement l’archipel, laissant inoccupées casernes et fortifications. 1928 : Le terrible cyclone qui dévaste la Guadeloupe le 12 septembre n’épargne pas les Saintes. De nombreuses habitations ainsi que la mairie en bois sont totalement détruites. Les archives communales sont dispersées et perdues. 1934 : Création du premier syndicat des marins-pêcheurs des deux îles, L’Union Fraternelle, à l’initiative de Paul-Émile Joyeux.

magloire ret - copie1er mai 1936 : Création à Terre-de-Haut par le Père Georges Magloire, premier prêtre saintois, né à Terre-de-Bas en 1901, d’une école presbytérale destinée à former les prêtres du diocèse de la Guadeloupe. Cet établissement sera transféré à Blanchet, commune de Gourbeyre. Il deviendra collège privé d’enseignement général en 1950 puis Lycée professionnel. 1939-1945 : C’est la guerre en Europe. La Guadeloupe est aux ordres de Vichy, sous la férule du Gouverneur Sorin. De nombreux jeunes Guadeloupéens souhaitent quitter les Antilles pour participer aux combats aux côtés du général de Gaulle. A mi-chemin entre la Guadeloupe et la Dominique, les Saintes sont tout indiquées pour un embarquement clandestin vers les Etats-Unis et l’Angleterre via l’île anglaise. Terre-de-Haut devient alors le point de ralliement des dissidents de la Guadeloupe. À ces futurs combattants, se joignent près de 30 jeunes Saintois, partant de nuit sur des canots à rames. Quelques officiers du croiseur Jeanne d’Arc, consigné à quai à Pointe-à-Pitre, sont de ces convois nocturnes, obligeant parfois les propriétaires de canots à les conduire de force à la Dominique, sous la menace de leurs armes. Pour plus d‘informations sur le sujet, ouvrir le lien ci-dessous : https://raymondjoyeux.com/2014/01/29/la-dissidence-saintoise-pendant-la-guerre-de-39-45/

Conseil municipal 1937 Coll Catan

Conseil municipal élu en 1937 –  Coll Catan

14 mars 1941 : Le conseil municipal de Terre-de-Haut élu en 1937 est destitué et remplacé par une assemblée nommée par le Gouverneur Sorin. Elle a à sa tête un  dénommé Louis de Maynard, notable créole d’origine martiniquaise. 1942 : Le photographe guadeloupéen Adolphe Catan, fait construire à Terre-de-Haut le célèbre « Bateau des Iles » qui deviendra propriété de la commune en 1958 en vue de servir de résidence au médecin de l’île. 1945  :  C’est la Libération. Théodore Samson, (avec l’écharpe sur la photo), retrouve son fauteuil de maire, entouré de ses conseillers. 1946 : La Guadeloupe et ses dépendances deviennent département français d’outre mer. Les deux communes de l’archipel forment alors le canton des Saintes qui élira son premier conseiller général, le docteur René Germain, originaire de Terre-de-Bas. 1951 : Installation du premier groupe électrogène à Terre-de-Haut et fin des travaux du dispensaire qui sera inauguré deux ans plus tard.

gendarmeriePâques 1957 : Incident dramatique à la gendarmerie de Terre-de-Haut : le maire Théodore Samson décède dans les locaux de la brigade à la suite de l’arrestation de son neveu mineur pour une peccadille. Les Saintois s’en prennent aux gendarmes et bombardent le bâtiment de cailloux et de conques à lambi. Plusieurs d’entre eux, principalement parmi les frères Pineau, sont interpellés le lendemain et conduits menottés, sur un bateau de la marine nationale, à la maison d’arrêt de Basse-Terre. Cet épisode marquera longtemps les esprits. Le premier adjoint, Georges Azincourt devient maire en remplacement de Théodore Samson, avant de mourir prématurément lui-même en décembre 1962 des suites d’une opération chirurgicale. Il est remplacé par Eugène Samson, 2ème adjoint au maire qui sera légalement élu en 1965. 15 Août 1958 : Inauguration du premier groupe scolaire en dur de Terre-de-Haut, construit à la place des vieilles classes en bois du Mouillage présentes sur la photo ci-dessous.

Écoliers devant les écoles. Début 20 ème siècle

Écoliers saintois devant les bâtiments d’école. Début 20ème siècle

Février 1965 : Parution du premier N° du mensuel saintois d’information L’ÉTRAVE, animé par Raymond Joyeux, Georges Vincent et le docteur Yves Espiand. Cinq numéros paraîtront de février à juillet 1965. 1966 : L’Étang Bélénus, face à la plage de Grand’Anse, est comblé par le SMA. Une piste d’atterrissage de 600 mètres reçoit les premiers avions de la compagnie Air-Guadeloupe. 1967 : Escale inattendue du paquebot France en baie des Saintes. Les salles de l’ancienne caserne du Mouillage accueillent pour la première fois les élèves du secondaire des deux îles. Ce CEG municipal portera le nom de Jean Calo.

Des années 70 à 2014

1970 : L’explosion touristique conduit à la création des premiers hôtels sur le sol saintois.

Hôtel Kanaoa à Coquelette

Hôtel Kanaoa à Coquelette, l’un des premiers construits à Terre-de-Haut.

Mars 1971 : Une nouvelle municipalité est élue avec à sa tête le docteur René Germain.  1972 : La baie de Petite Anse est à son tour comblée. Le terre-plein ainsi obtenu accueillera la première maison des jeunes et de la culture. Un court de tennis et une piscine d’eau de mer sont aménagés à proximité. Installation d’une petite usine de dessalinisation de l’eau de mer dans le bourg. 1974 : Création d’un syndicat d’initiative à Terre-de-Haut et mise en valeur du Fort Napoléon par le Club du Vieux Manoir relayé depuis par une association locale, l’ASPP. 1983 : Un câble électrique sous-marin relie les Saintes à la Guadeloupe. Cette réalisation d’EDF-Guadeloupe est une première mondiale pour la distance couverte et la profondeur des installations.

jardin FN1984 : Création  du Musée historique et culturel du Fort Napoléon et du Jardin Exotique parrainé par les Jardins botaniques de Monaco et de Nancy. L’ensemble est entretenu, enrichi et géré par l’ASPP. (Association Saintoise de Protection du Patrimoine) Les visiteurs affluent et leur nombre augmente d’année en année. 1985 : Mise en service de l’unité de dessalement de l’eau de mer à Morel. Les Saintois bénéficient pour la première fois de l’eau courante. l'iguaneDécembre 1989 : Création du groupe politique d’oppo-sition L’œil de l’iguane et parution du premier N° de son mensuel L’IGUANE sous la direction de Raymond Joyeux. Ce journal comptera 28 numéros de 8 pages A4 chacun et paraîtra jusqu’en juillet 1993. D’autres publications allégées de la même mouvance prendront la relève par la suite. 1992 : Déficit communal record sous l’administration de Robert Joyeux, élu maire en 1977 et réélu successivement en 1983, 1989 et 1995. Terre-de-Haut est championne de France du déficit communal par tête d’habitants. Les taxes locales augmentent de 400% sur injonction de la Chambre Régionale des Comptes et du Préfet. Elles n’ont pas baissé depuis. 1994 : Les Saintes sont reliées à la Guadeloupe en eau potable par canalisation sous-marine, à l’initiative du Conseil Général. Le problème de l’eau est définitivement résolu  pour les deux îles à partir de cette date. Voir l’historique de ce problème en cliquant sur le lien ci-dessous : https://raymondjoyeux.com/2013/12/18/leau-aux-saintes-un-epineux-probleme-aujourdhui-resolu/

1995 : Inauguration du Collège départemental de Terre-de-Bas. Terre-de-Haut conserve néanmoins le sien dans les salles vétustes de l’ancienne caserne du Mouillage. Elle attend la construction d’un nouvel établissement. 1999 : L’équipe de football, l’AJSS, gagne la Coupe de Guadeloupe. Elle sera la première équipe saintoise à être sacrée championne de division d’honneur départementale en 2012 pour redescendre en seconde division en 2013-2014.

foot

2000 : Démission forcée du maire Robert Joyeux pour gestion calamiteuse sans suite judiciaire. Il est remplacé par son adjoint Louis Molinié. Les Saintes sont résolument tournées vers le tourisme : le cap des 300 000 visiteurs par an est franchi. Mars 2001 : Louis Molinié est élu maire de Terre-de-Haut. Fred Beaujour de Terre-de-Bas. 9 juillet 2002 : Création à TDH de l’association Les Saintes Jazz Festival sous la conduite de Claude Décator, bassiste et professeur de musique au collège des Saintes. Plusieurs manifestations musicales de haut niveau sont programmées jusqu’à fin 2003. 2003 : Le nouveau collège de Terre-de-Haut voit le jour au Marigot. L’ensemble des deux établissements, englobant celui de Terre-de-Haut et celui de Terre-de-Bas porte le nom de Collège Archipel des Saintes.

Église de Terre-de-Bas après le séisme de 2004

Église de Terre-de-Bas suite au séisme de 2004

Dimanche 21 novembre 2004 : Un violent séisme de magnitude 6,3 sur l’échelle de Richter secoue les Saintes et le sud de la Guadeloupe à 8 heures 43. D’importantes répliques durent toute la journée et s’échelonnent sur plusieurs mois. Terre-de-Bas est la plus touchée. De nombreux bâtiments publics et privés sont fissurés ou détruits dans les deux îles. 2007 : Hilaire Brudey est élu Conseiller Général. Il sera le premier Saintois à cumuler les deux fonctions électives de Conseiller Général et Régional du Canton des Saintes. 2012 : Grâce aux aides de l’Europe, de l’État et des diverses collectivités territoriales, les bâtiments publics touchés par le séisme de 2004 sont reconstruits aussi bien à Terre-de-Haut qu’à Terre-de-Bas.

Mars 2014 : Louis Molinié est réélu maire de Terre-de-Haut. Emmanuel Duval  remplace Fred Beaujour à la tête de la municipalité de Terre-de-Bas. La place du Plan d’eau à Terre-de-Haut devient opérationnelle après plusieurs années de travaux. Voir lien ci-dessous : https://raymondjoyeux.com/2014/05/14/terre-de-haut-la-place-du-plan-deau-enfin-operationnelle/

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Raymond Joyeux

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À la vitesse de la lumière

La girouette de Spinoza

books À l’heure où les lycéens français de Terminale ES ont eu à plancher sur le sujet suivant de philosophie : Suffit-il d’avoir le choix pour être libre ? je leur conseillerai, en manière d’illustration a postériori, la lecture du livre de l’écrivain espagnol Javier Cercas, né à Caseres en 1962,  À la vitesse de la lumière, roman publié en France chez Actes Sud en 2006, et paru en poche en novembre 2010. C’est un livre relativement ancien mais qui fut très remarqué à sa sortie et que j’ai acquis par pur hasard pour 50 centimes d’€uro en fouinant l’été dernier dans les rayons d’une librairie d’Emmaüs au Creusot, en Saône et Loire où je passais une partie de mes vacances.

 En parlant de hasard, ce livre de Javier Cercas montre justement comment les rencontres que l’on fait peuvent faire basculer une vie, l’orienter dans un sens ou dans un autre et que ce basculement s’avère souvent heureux ou tragique pour soi et pour les autres surtout s’ils vous sont proches. Que finalement, selon l’auteur, le hasard de ces rencontres est le moteur premier de l’existence. Que l’on n’est, au bout du compte, nullement maître de sa propre destinée et que les choix en apparence libres que l’on opère la conditionnent en grande partie sinon totalement. Rappelons-nous la célèbre allégorie de la girouette de Spinoza qui croit tourner de sa propre volonté alors que c’est le vent qui la meut et la dirige.

Une réflexion sur la guerre et ses conséquences

Mais ce livre n’est pas seulement un constat implacable des conséquences de ces rencontres fortuites sur le cheminement existentiel. C’est aussi une réflexion sur la guerre et les séquelles irréversibles qu’elle laisse dans le corps et l’esprit de celui qui en a réchappé. En l’occurrence un vétéran de la guerre du Viêt-Nam avec lequel le narrateur sympathise et partage réflexions et souvenirs.

Scène de la guerre au Viet Nâm  - Doc. Le Devoir Montréal

Scène de la guerre au Viêt Nam – Doc. Le Devoir –  Montréal

Un livre sur l’amitié et la force de l’écriture

9782213599151-G_1Rejoignant les considérations de son compatriote Juan Goytisolo rassemblées sous le titre La forêt de l’écriture (Fayard 1997), et le non moins célèbre essai de l’Argentin Alberto Manguel : Une histoire de la lecture (Actes Sud 1998), le livre de Javier Cercas est également une réflexion sur l’écriture. Le poids irrépressible de l’imaginaire et de l’écrit face à la légèreté supposée de la réalité. Son côté dérisoire en même temps que sa nécessité quasiment vitale. Sur le rôle de l’écrivain dans la cité. Sur ce qu’il doit ou ne doit pas raconter. Sur les risques encourus en cas de trop grande célébrité. L’auteur fait un parallèle convaincant entre le mal occasionné par la guerre et celui qui découle du succès enivrant, littéraire ou artistique, de l’écrivain, du peintre ou du musicien. Mal qui finit le plus souvent par détruire celui qui le vit ou l’expérimente. C’est enfin un livre sur l’amitié, extrêmement fort, dans un style sans concession qui va toujours à l’essentiel, sans fioriture ni sentimentalisme.

Le Que sais-je ? de Montaigne

En conclusion, le narrateur, donc sans doute l’auteur (car il s’agit vraisemblablement d’une autofiction comme on dit aujourd’hui), semble n’avoir aucune certitude sur ce qu’il dit, fait ou pense. Il ponctue prudemment en permanence ses allégations et ses réflexions de « je ne sais pas », de « peut-être ». Ce qu’il raconte de sa vie, de son amitié, de son état d’apprenti-écrivain d’abord, d’auteur à succès ensuite, laisse voir qu’on est tous pris à des degrés divers dans un tourbillon que l’on peut difficilement maîtriser et que les événements se succèdent et s’enchaînent, malgré nous, à la vitesse de la lumière, nous laissant souvent désemparés, sinon complètement détruits. Un seul espoir cependant :  l’écriture. Écrire pour tenter d’échapper à l’enfer, ce qu’en réalité peu de gens peuvent ou savent faire. Mais c’est là un point de vue d’écrivain que l’on n’est pas forcé de partager entièrement et que l’on peut en tout cas discuter.

Doc. Journal Sud-Ouest

Alain-J. Rudefoucauld – Doc. Journal Sud-Ouest

Néanmoins, à vous, chers lecteurs, à vous étudiants qui venez de passer le Bac et qui avez « choisi librement » de traiter la question du choix et de la liberté, je ne saurais trop conseiller la lecture de ce livre que vous aimerez à coup sûr, les uns et les autres…,  si tant est que vous fassiez vôtre ce propos de l’écrivain Alain-Julien Rudefoucauld, propos exprimé dans une interview au quotidien Libération : « Jai toujours pensé que la littérature est un des meilleurs moyens, sinon le meilleur, de modifier le rapport que les personnes ont au monde. Pas comme thaumaturge, en sollicitant une réflexion, une pensée chez le lecteur. »

Contrairement aux écrits de certains auteurs à la mode, vite lus, vite oubliés, qui sont davantage, selon moi, de l’ordre du passe-temps, peut-être efficace et agréable en tant que tel, mais souvent de nature superficielle et finalement sans portée affective ou métaphysique véritable, ce livre de Javier Cercas vous apportera beaucoup sur le plan émotionnel et alimentera votre réflexion et votre expérience sur la nécessité de l’écriture, (et de la lecture), la folie des hommes, l’amitié salvatrice, le sens de la vie…

                                                                                  Raymond Joyeux                                                                                                                                                                         

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Un voyage scolaire à la Dominique

ET971-9_2014_PFLe Collège privé catholique Saint-Joseph de Cluny de la Jaille, sur la commune de Baie-Mahault en Guadeloupe, a toujours été à la pointe du renouveau scolaire et des activités pédagogiques originales. Chaque année, des manifestations intra muros, culturelles ou sportives, et des sorties de classes en Guadeloupe-même, en métropole ou à l’étranger, permettent aux élèves, tous niveaux de classes confondus, de confirmer et d’enrichir leurs connaissances linguistiques et de se confronter à des réalités géographiques, historiques, environnementales et culturelles autres que les leurs.

 Une panoplie d’expériences pédagogiques originales

Parmi les expériences vécues et voyages organisés ces dernières années par le collège de la Jaille, on peut citer entre autres :

. Rencontres avec des auteurs locaux suite à l’étude d’une de leurs œuvres . Sorties théâtrales et musicales . Organisation d’olympiades . Voyages aux Saintes, au Canada et à Vars dans les Hautes Alpes françaises . Voyage linguistique à Trinidad . Voyage historique à Paris et en Bourgogne sur les traces de l’abolition de l’esclavage avec   Anne-Marie Javouhey, fondatrice de la congrégation Saint-Joseph de Cluny . Stages en entreprises . Journées du goût…

Voyage en Bourgogne sur les traces de l'Abolition de l'esclavage - Mai 2013

Voyage en Bourgogne sur les traces de l’Abolition de l’esclavage – Mai 2013

Autant d’initiatives prises le plus souvent par les collégiens eux-mêmes, coordonnées par la direction et le corps professoral et soutenues par l’Association des Parents d’Élèves (L’APEL), qui, ni les uns ni les autres, ne ménagent jamais leur peine ni leur engagement pour finaliser, accompagner et encadrer ces expériences enrichissantes pour tous à plus d’un titre.

De l’intérêt des sorties pédagogiques

IMG_6559 - copieSelon un des professeurs d’histoire de l’Établissement, Madame Myrianne Séverin-Rancé,  » Les voyages péda-gogiques constituent pour les élèves un réel dépaysement et un moment privilégié d’apprentissage de la vie collective. Ils leur permettent de s’ouvrir sur les autres, de découvrir des cultures différentes et leur apprennent à être plus tolérants. C’est aussi l’occasion de bousculer la pédagogie traditionnelle, surtout pour ceux qui sont en difficulté. Les relations entre élèves, mais aussi entre élèves et enseignants, évoluent de manière très positive lors de la réalisation concrète d’un voyage. Les jeunes sont souvent plus actifs, donnent moins l’impression de « subir » leur enseignement. Les enseignants sortent de l’image désincarnée que les élèves ont d’eux, pour se montrer sous un jour plus humain. Les échanges sont plus riches, le travail plus constructif… »

  Mai 2014 : la Dominique

dominicaCette année 2014, du 27 au 30 mai, profitant des congés cumulés de la commémoration de l’abolition de l’esclavage et de l’Ascension, ce sont les élèves d’une classe de 3ème qui ont organisé un voyage à la Dominique. Leur choix a été guidé par la proximité géographique de cette île de la Caraïbe, insuffisamment  connue, selon eux. Il leur a paru en effet important que les jeunes qu’ils sont puissent découvrir le patrimoine de ces îles qui font partie, comme la leur, des Antilles. Ils ont estimé qu’ils se devaient d’avoir connaissance de la richesse culturelle et de la beauté environnementale de ces terres et de leurs populations avec lesquelles ils partagent un passé commun. Comme objectifs pédagogiques, ils se sont fixé la découverte des forêts et rivières, excellents supports ludiques et de plein air pour un travail approfondi en géographie et sciences naturelles ; l’exploitation des particularités linguistiques locales pour améliorer leurs compétences en Anglais et faire la différence entre créole guadeloupéen et dominicais ; le contact avec la nourriture, les mœurs et coutumes des habitants pour une plus grande ouverture aux autres… www.authentique-dominique.com/

IMG_6616 - copieEn un mot, forêts tropicales primitives, volcans, chutes d’eau, faune et flore, randonnées quotidiennes et vie en communauté ont accru leur engouement pour ce voyage qu’ils ont tenu à mettre eux-mêmes sur pied en prenant les contacts nécessaires tant du point de vue financier, administratif et douanier que pour les transports multiples et l’hébergement, visant à la réussite optimale de leur entreprise extra-scolaire. Des actions ponctuelles ont été nécessaires au préalable pour récolter en amont les fonds nécessaires à l’organisation de ce voyage : vente de gâteaux, mises en cabas, sollicitation des entreprises et des instances communales, départementales et régionales pour l’obtention de subventions, actions auxquelles s’est ajoutée la générosité des parents et amis. Voici un extrait de la demande faite au Conseil régional par les deux déléguées de classe, Ingrid et Anaïs :  » Si nous sollicitons votre aide, c’est parce que la Dominique étant une île restée sauvage et intimiste, le prix du séjour se révèle hors de notre budget. C’est pour cette raison que nous souhaitons une participation financière de la Région sans laquelle la sortie ne serait pas abordable pour tous les élèves de notre classe. Or si nous faisons ce voyage c’est pour que la totalité de la classe puisse partager ensemble une expérience formidable et une découverte de la Dominique inoubliable. »

Des témoignages éloquents

Un hôtel superbe

Mieux qu’un compte-rendu impersonnel de ma part, les témoignages suivants des élèves vous confirmeront le bien fondé de cette sortie :

IMG_6507 - copie« Coucou, nous sommes allés pendant trois jours dans une merveilleuse île : la Dominique. Nous avons passé nos nuits dans un hôtel, le Fort Young. C’est un hôtel magnifique, spacieux et accueillant. Le personnel était souriant, sympa, joyeux et de bonne volonté. La chambre dans laquelle nous logions était splendide. Une chambre de luxe et originale. Les différents repas, dominicais, anglais et créoles, étaient délicieux. L’hôtel est situé à Roseau, au bord de la mer avec une vue superbe. L’île est propre et les magasins vendent de belles choses. On a découvert les rivières Ti Tou Gorge, Trafalgar Falls et Emerald Pool ainsi que le volcan la Soufrière. Les lieux sont extraordinaires et extrêmement sublimes. » Iléana et Jessica.

Le Sheppee Fun Tours

DSCN9172 - copie« Personnellement, j’ai vraiment apprécié d’être à la Dominique. La ville de Roseau a l’air aussi familier que Pointe-à-Pitre. L’hôtel Fort Young est agréable ainsi que la vue sur l’horizon. Le Sheppee Fun Tours, l’attraction principale du voyage, fut un bon moment. Le circuit en autocar nous a permis de voir les paysages et le relief de l’île. L’arrière-pays est encore naturel. Il n’y a pas d’aménagements détruisant le paysage et l’on admire les immenses mornes et la forêt. Les différents arrêts nous ont permis d’admirer le Ti Tou Gorge parcouru par Orlando Bloom lors du tournage des Pirates des Caraïbes. On a pu plonger dans la rivière et admirer la Gorge. L’arrêt à Trafalgar Falls nous a permis de nous baigner dans une rivière de source chaude contrairement à celle de Emerald Pool, particulièrement fraîche, avec sa cascade sous une voûte rocheuse. Pour ne rien vous cacher, les guides étaient agréables et soucieux de leurs clients. » Axel 

En conclusion : une sortie inoubliable

« Grâce à SHEPPEE ( notre guide dominicais ), nous avons découvert l’Île de la Dominique dans toute sa splendeur. Nous avons vécu une expérience inoubliable au cœur de forêts verdoyantes, le tout dans une ambiance festive et joyeuse. Sheppee a été à notre écoute tout au long des activités. Et comme le chante Bob Marley : »Cause every little thing is gonna be alright. » Anaïs et Camille

« De sa personnalité très sympathique à son immense sens de l’humour, SHEPPEE nous a fait découvrir de magnifiques paysages tout en restant dans un esprit à la fois instructif et fun d’où le nom  » Sheppee Fun Tours « . Nous avons beaucoup apprécié la baignade au Ti Tou Gorge et le fait d’avoir flotté dans la même eau qu’Orlando Bloom…  » Ingrid et Célia

et enfin,

« Nous souhaitons remercier Sheppee de nous avoir permis de vivre des moments inoubliables à la Dominique mais aussi de nous avoir fait partager la culture et l’histoire de son pays paradisiaque… » Tiny et Léa 

groupe - copie rognée - copie

J’adresse quant à moi un grand merci aux professeurs et aux élèves de la Jaille pour leurs textes, impressions et photos.

Raymond Joyeux

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Les Jardins de Saint-Éloi : une entreprise à l’accent saintois

Une ancienne propriété agricole réputée

Boutique et accueil des Jardins- Ph. R.Joyeux

Boutique et accueil des Jardins- Ph. R.Joyeux

Avant d’être la célèbre exploitation florale que connaît aujourd’hui toute la Guadeloupe  et, au-delà, nombre de visiteurs européens, amateurs de bouquets colorés de fleurs tropicales, l’Habitation Saint-Éloi était une propriété agricole appartenant à M. Victor LOGNOS, originaire de Terre-de-Haut et arrière petit-fils de Jean-Pierre Lognos, le dernier maire des Saintes. Située au pied des Chutes du Carbet sur les hauteurs de l’Habituée, commune de Capesterre-Belle-Eau, cette habitation a long-temps été réputée pour sa production caféière, sa vanille, sa muscade, ses orangeraies, ses goyaviers et, bien entendu, sa bananeraie et ses racines potagères : malangas, madères, ignames. Des fleurs exotiques de toutes espèces poussant à l’état sauvage, agrémentaient déjà les sous-bois. À l’époque lointaine dont je parle, le site des chutes du Carbet était peu connu et pas du tout fréquenté car difficilement accessible. La route grossièrement pavée, partant de Saint-Sauveur, n’était praticable que par les gros véhicules 4×4, appelés chars, qui venaient se charger en bananes pour les transporter à Basse-Terre où les régimes étaient conditionnés en vue de leur expédition en Métropole.

1970 : premières ventes de plantes en pot et de fleurs coupées

Seconde Chute du Carbet. Ph. R.Joyeux

Seconde Chute du Carbet. Ph. R.Joyeux

Ce n’est qu’au début des années 1970 que Guadeloupéens et vacanciers commencèrent à emprunter en nombre cette route de l’Habituée, nouvellement mise aux normes et macada-misée, permettant ainsi l’accès au merveilleux site des Chutes du Carbet qui allait devenir la première destination touristique de la Guadeloupe proprement dite, les Saintes mises à part. Les années passant et les touristes devenant de plus en plus nombreux, Madame Marie Lognos, fille du propriétaire et épouse de Mr. Martin Bourgeois qui exploitait la propriété avec ses deux fils, eut l’idée d’orner les abords de la maison familiale, jouxtant la route des Chutes, avec des plantes d’agrément et de permettre aux touristes de visiter son jardin personnel. De fil en aiguille, le climat frais et humide de Saint-Éloi et sa terre volcanique fertile étant propices à la prolifération naturelle de fleurs exotiques, ce sont des bouquets de sa composition que Madame Bourgeois propose avec succès aux visiteurs jusqu’à la fin des années 80… En réalité jusqu’au passage du cyclone Gilbert en 1988.

1988 : les ravages de Gilbert

La production bananière de Saint-Éloi, vivotant au gré des fluctuations du marché, de la météo et des aléas de la commercialisation, c’est l’ouragan Gilbert, en septembre 1988 qui mettra brutalement et définitivement fin à son exploitation. Forts du succès de la production artisanale de fleurs, initiée par leur mère, les deux fils BOURGEOIS, Max et Dominique, eurent l’idée d’abandonner purement et simplement toute culture agricole d’exportation et de créer dès la fin de l’année 88 Les Jardins de Saint-Éloi, consacrés à la culture exclusive de fleurs tropicales.

1988 : Gilbert ravage la bananeraie - Ph. R. Joyeux

1988 : Gilbert dévaste la bananeraie- Ph. R. Joyeux

Les débuts furent difficiles. Sans financement personnel, héritant d’un terrain accidenté, dévasté par l’ouragan, il leur  fallut dans un premier temps, à la force du poignet, dégager le sol des moignons meurtris de la bananeraie, de sélectionner, d’assainir et d’aménager les espaces nécessaires à la production florale, d’installer à grands frais pépinières et ombrières et, dans un second temps, se préoccuper de trouver des débouchés commerciaux aussi bien localement qu’au plan national. Fruit des efforts de nos deux jeunes et courageux entrepreneurs, l’entreprise petit-à-petit s’organisa et prit de l’ampleur jusqu’à devenir en moins d’un an la première exploitation florale d’envergure de la Guadeloupe. C’était sans compter sur la folie meurtrière d’Hugo…

 Après Hugo le terrible en 1989, un succès foudroyant

IMG_6677 - copie 3Alors que, grâce aux efforts physiques et financiers fournis, tout avait commencé pour le mieux, que les commandes affluaient et que l’exploitation prenait ses marques définitives, de nouvelles intempéries allaient anéantir le travail d’une année riche en réussite et en projets d’extension. Dans la nuit du 16 septembre 1989, un an presque jour pour jour après Gilbert, le cyclone Hugo dévastait la Guadeloupe et remettait tout par terre à Saint-Éloi, obligeant les responsables des Jardins à retrousser une nouvelle fois leurs manches. Et ce n’est que des mois plus tard, avec l’aide de la Région Guadeloupe, qu’ils réussirent à faire redémarrer l’entreprise, embauchant jusqu’à 27 employés permanents : secrétaire, manutentionnaires, jardiniers, livreurs… De 1990 à 2010, Les Jardins de Saint-Éloi volent de succès en succès. Sur 7 hectares, la production annuelle atteindra en 1997 le chiffre record de 450 000 fleurs, chiffre qui sera doublé en 98/99, toutes variétés exotiques confondues, livrées à domicile en Guadeloupe ou expédiées par chronopost en Métropole et dans toute l’Europe, bénéficiant opportunément du développement d’Internet et de l’informatique pour les commandes.

 Activités de fleurissement et récompenses internationales

affiche1994Outre les livraisons quotidiennes à domicile et un regain d’activité commerciale lors des différentes fêtes populaires telles que Noël, Fête des Mères, Saint-Valentin, Pâques et autres réjouissances, Les Jardins de Saint-Éloi ont été et sont toujours présents à de nombreuses manifestations tant locales que nationales et internationales : Jeux Olympiques d’Alberville en 1992, Congrès des Maires et Foire de Paris en 93, opération La Poste fleurie trois années de suite, Route du Rhum, tous les 4 ans à Saint-Malo depuis 1994 jusqu’à aujourd’hui, Grand Pavois de la Rochelle, chaque année depuis 1996, Salon de l’Agriculture Porte de Versailles plusieurs années, Office municipal du tourisme de Trois-Rivières en Guadeloupe… Autant de prestations et d’excellence qui ont valu à Dominique et Max Bourgeois pour les Jardins de Saint-Éloi, deux fois la Médaille d’Or aux Floralies Internationales de Nantes en 94 et 99, devant plus de 250 concurrents de toutes nationalités.

Une bactérie venue de Hawaï

Ombrières momentanément abandonnées -  Ph. R.Joyeux

Ombrières momentanément délaissées – Ph. R.Joyeux

Toute médaille, fût-elle d’or, ayant malheureusement son revers, en 1993, une bactérie maligne, en provenance présumée de Hawaï, présente dans des plants d’une nouvelle variété florale mise au point en laboratoire, commença à se répandre aux Antilles et dans toutes les exploitations florales de Guadeloupe. Celle de nos amis n’échappa pas à la règle.  Au fur et à mesure de sa lente prolifération, les ombrières de Saint-Éloi et une partie du sol environnant furent contaminées. La maladie mit des années à se manifester, alors que la cellule de l’INRA spécialisée dans l’étude des parades phytosanitaires venait précisément de quitter le département, obligeant les producteurs à expédier en Métropole, à leurs frais, des échantillons de sol et de plants pour analyse et recherche d’un antidote efficace ciblé.

Production et personnel réduits, activité commerciale maintenue

Dominique Bourgeois sous son hangar.- Ph. R.Joyeux

Dominique Bourgeois responsable des expéditions – Ph. R.Joyeux

Opérations de prélèvement et d’expédition méticuleuses, exigeantes et onéreuses, aux résultats aléatoires, qui ne pouvaient durer sans menacer et mettre en péril l’existence même de l’exploitation. Pour la préserver, il fallut se résoudre à fermer momentanément pépinières et ombrières contaminées et à laisser la nature accomplir son œuvre de purification jusqu’à l’éradication complète de la bactérie. Entre temps, Les Jardins de Saint-Éloi, tout en maintenant leur production habituelle de pleine nature et la commercialisation de leurs fleurs coupées, ont vu leur activité diminuer. Réduire le personnel et s’organiser autrement étaient devenus nécessaires, sans préjudice néanmoins pour la clientèle qui a pu, peut et pourra toujours continuer à passer commande et à être livrée sans problème aussi bien en Guadeloupe-même qu’en Métropole et en Europe. Si la boutique de Destreland a dû fermer ses portes, celle de l’aéroport Pôle Caraïbes a été maintenue et les voyageurs en partance peuvent commander, récupérer ou se faire expédier leurs colis comme à l’accoutumée.

Boutique de l'aéroport Pôle Caraïbe

Boutique de l’aéroport Pôle Caraïbes plus que jamais opérationnelle -Photo du  catalogue

En attendant le reprise des plantations

La charmante hôtesse des Jardins - Ph R.Joyeux

Dominique, la charmante hôtesse des Jardins Photo R.Joyeux

Dominique et Max BOURGEOIS, sympathiques et persévérants entrepreneurs, qui ne se sont jamais découragés malgré les aléas bactériologiques et météorologiques, prévoient pour très bientôt la reprise de leurs plantations sous ombrières dès que la situation sanitaire des sols sera redevenue normale. Ils envisagent une extension du domaine floral à Bananier afin de faire repartir l’entreprise sur des bases élargies et biologiquement saines, et de retrouver rapidement leur niveau de production d’avant la survenue de la bactérie, en vue de satisfaire une clientèle exigeante toujours plus nombreuse et diversifiée. Puissent-ils réussir dans leurs projets pour que Les Jardins de Saint-Éloi retrouvent leur éclat d’antan et fassent honneur à leur belle réputation, avec en prime, le sourire de leur charmante hôtesse d’accueil, elle-même d’ascendance saintoise et prénommée elle aussi Dominique ! Et si vous souhaitez en savoir plus, par simple curiosité ou pour toute commande de circonstance, occasionnelle ou régulière, n’hésitez pas, cliquez sur le lien suivant : http://www.jardins-st-eloi.com, vous aurez toutes les informations nécessaires concernant cette magnifique entreprise au pur accent saintois qui n’a pas fini de faire parler d’elle !

Raymond Joyeux

Héliconia naturelle de Saint-Éloi - Ph. R. Joyeux

Héliconia naturel de Saint-Éloi – Ph. R. Joyeux

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