Terre-de-Haut historique : naissance et évolution d’une communauté

Des îles désertes

Ridolfo_Ghirlandaio_ColumbusTout le monde le sait, l’archipel des Saintes a été découvert par Christophe Colomb le 4 novembre 1493. C’est d’ailleurs en l’honneur de la fête de la Toussaint que le navigateur génois l’a baptisé LOS SANTOS, appellation devenue par la suite, par francisation du terme : LES SAINTES. L’Histoire ne dit pas si Colomb y mit pied à terre avec son équipage. Nous savons seulement que, bien que servant d’étape aux Caraïbes lors de leurs pérégrinations, ces îles étaient désertes avant leur découverte. D’autre part, rien ne prouve que des pirates y avaient installé leurs repaires avant leur prise de possession par les Européens. Mais, pour ne pas décourager les éventuels chercheurs de trésors et mettre fin à leurs rêves de découvreurs, on peut toujours imaginer que quelque malle pleine de pièces d’or et de bijoux précieux est enfouie quelque part, à proximité de nos plages ou plus avant dans nos mornes !

L’occupation de Terre-de-Haut

Mémorial colonisation de Terre-de-Haut

Mémorial colonisation de Terre-de-Haut

Ce n’est qu’un siècle et demi plus tard, en 1648, en même temps que Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Marie-Galante, que Terre-de-Haut reçut ses premiers colons. Les Français établis en Guadeloupe, craignant que les Anglais qui rôdaient dans la Mer Antilles ne s’en emparent avant eux, expédièrent un dénommé DU MÉ avec trente hommes pour s’y établir au nom du Roi de France. C’était exactement le 18 octobre 1648. Cette première occupation fut cependant de courte durée car une terrible sécheresse chassa DU MÉ et ses hommes avant la fin de l’année, l’île ne possédant ni source ni rivière. Il fallut attendre 1652, soit quatre ans plus tard pour que Hazier DUBUISSON y débarquât à son tour avec bon nombre d’hommes qui commencèrent à cultiver les terres, créant les conditions d’une installation définitive. On a tout lieu de croire que ces hommes, marins ou soldats, furent les premiers Saintois, ancêtres éloignés des habitants actuels de Terre-de-Haut.

Arrivée des filles en Guadeloupe

Débarquement de colons en Guadeloupe


Cependant l’implantation de ces premiers colons ne fut de tout repos puisqu’ils durent subir de nombreuses attaques des Caraïbes de la Dominique et faillirent tous être exterminés par l’une d’entre elles en 1653. De plus les Anglais, toujours tentés de débarquer aux Saintes essayèrent à plusieurs reprises de s’emparer de Terre-de-Haut qui allait être longtemps occupée alternativement par les Français et les Anglais.

Le cyclone de 1666

Bataille-Cardinaux - copieLa première attaque sérieuse des Anglais contre Terre-de-Haut remonte au mois d’août 1666. Elle se solda par une « victoire » française un peu particulière, dont le souvenir s’est immortalisé dans la fête patronale de la paroisse célébrée chaque année le 15 août. Voici comment les choses se sont passées : Arrivés dans les eaux saintoises, les vaisseaux anglais réussirent à se rendre maîtres de la rade de Terre-de-Haut et à débarquer dans l’île marins et soldats. Pendant 10 jours, celle-ci vécut sous la domination des Britanniques, car leurs navires prévenaient toute contre-attaque française par la mer. C’est pourtant la mer et les éléments déchaînés qui allaient renverser la situation et faire perdre aux Anglais le bénéfice de cette première occupation. Dans la nuit du 13 au 14 août, un terrible cyclone coula la quasi totalité de leur flotte, laissant les occupants à terre sans soutien maritime. Le Gouverneur DULION, profitant de l’occasion, de la Guadeloupe, envoya ses hommes chasser de Terre-de-Haut les rescapés ennemis et demanda aux pères Jacobins de chanter chaque année au 15 août un TE DEUM en action de grâces à la Providence. Ainsi naquit, pense-t-on, le jour de l’Assomption, la fête patronale de Terre-de-Haut.

La fameuse Bataille des Saintes

La seconde attaque anglaise fut plus retentissante. Elle a eu lieu un peu plus d’un siècle plus tard, le 12 avril 1782. C’est celle que l’Histoire a retenue sous le nom de Bataille des Saintes. Au cours de cette célèbre confrontation navale, l’amiral Anglais RODNEY écrase le contre-amiral français DE GRASSE, détruisant dans le Canal de la Dominique la totalité de la flotte royale, s’emparant de son navire emblématique la Ville de Paris, dont une maquette se trouve actuellement au musée du Fort Napoléon. C’est à compter de cette date fatidique que les Anglais occupèrent de façon quasi permanente Terre-de-Haut et l’ensemble de l’archipel qui ne furent repris momentanément par les Français qu’en mars 1809.

bataille des saintes

 Nouvelle occupation anglaise et exploit de Calo, Cointre et Solitaire

Le 30 mars 1809, sachant la rade des Saintes libre de tous navires ennemis, trois vaisseaux français, le D’Hautpoul, le Courageux et le Félicité, viennent apporter des troupes neuves et des approvisionnements à Terre-de-Haut. Le 14 avril, alors qu’ils sont encore dans la baie, les Anglais débarquent par surprise derrière le Gros Morne et s’emparent de l’île. La division française, commandée par TROUDE, se trouve ainsi prisonnière, encerclée par les navires anglais. Mais la nuit venue, trois Saintois, Jean Calo, Charles Cointre et Solitaire, connaissant parfaitement les passes et les hauts fonds, jouent un bon tour aux Anglais en réussissant à faire sortir de la rade les navires français et, dit la légende, « à regagner de nuit la côte à la nage ».

LacourSi ce fait lui-même de l’histoire des Saintes n’est pas contesté, les circonstances de sa réalisation sont controversées. Oruno LARA, auteur d’une Histoire de la Guadeloupe prétend que les Français, aidés des trois pilotes saintois, sont sortis par la Passe de la Baleine, entre la Pointe Bombarde de l’îlet à Cabris et la Pointe Coquelet, au Nord de Terre-de-Haut. C’est cette première version qui est généralement retenue. Auguste LACOUR, autre historien des Antilles, affirme quant à lui que c’est par le Sud, entre Terre-de-Haut et Terre-de-Bas que les Français prirent le large à la barbe des Anglais. On sait par ailleurs que Jean Calo, pilote de son état, ne savait pas nager. Bref, le lendemain matin, les Anglais, surpris de se retrouver tous seuls dans la rade, se lancèrent à la poursuite des fugitifs, laissant à terre des hommes de troupe qui, le 17 avril, forcèrent  le commandant des Saintes à capituler. Ce dernier, un dénommé Madier, fut fait prisonnier avec sa garnison et tout ce petit monde fut expédié sous bonne escorte à la Barbade, laissant l’archipel sous domination britannique. C’est au cours de cette ultime occupation que les Anglais détruisirent toutes les fortifications de Terre-de-Haut, dont 18 d’entres elles (entre autres, le Fort Napoléon entre 1845 et 1867, La Tour Modèle du Chameau en 1843 la Batterie du Morne Rouge entre 1869 et 1870), seront reconstruites par les Français qui entrèrent définitivement en possession des Saintes en 1815.

Évolution de la population de Terre-de-Haut entre 1830 et 2015

L’anthropologue Jean-Luc Bonniol qui séjourna aux Saintes à la fin des années 1970 et qui exerça comme professeur d’histoire au collège de Terre-de-Haut a établi l’état démographique de notre île et l’évolution de sa population à partir de 1830. On trouve le tableau suivant à la page 191 de son ouvrage La couleur comme maléfice, publié chez Albin Michel en dévier 1992 :

1830 : 508 habitants
1831 : 507 habitants
1832 : 507 habitants
1833 : 498 habitants
1834 : 454 habitants
1835 : 502 habitants
1836 : 491 habitants

De son côté, Patrick Péron, à la page 89 de son livre : Petite histoire de Terre-de-Haut – ASPP 2003, complète la précédente liste :

1882 : 772
1920 : 754
1945 : 1039
1999 : 1729

Il nous donne parallèlement un aperçu de la population des deux îles de l’archipel depuis l’origine de la colonisation jusqu’à l’abolition de l’esclavage, population qui passe de 43 habitants en 1664 à 1287 en 1848.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, 2015, en attendant le prochain recensement, avec l’apport de nombreux nouveaux éléments venus s’y installer au cours de ces dernières années, on estime, sauf erreur, la population de notre île à environ 1830 habitants. Anciens et nouveaux Saintois formant à ce jour une communauté apparemment homogène, grâce principalement à une bonne intégration des arrivants et à l’accueil bienveillant des résidents « de souche », pour employer une expression suspecte, à la mode, mais pas toujours bien appréciée.

Ruine du Fort Joséphine à l'Ilet à Cabris

Ruines du Fort Joséphine à l’Ilet à Cabris

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La fête de la pêche aux Saintes : une tradition respectée

Sur une seule journée

Affiche pêche reLe dimanche 24 mai de la Pentecôte 2015, s’est tenue à Terre-de-Bas, Anse des Mûriers, la traditionnelle Fête de la Pêche et des Pêcheurs, organisée par l’Association des Marins-Pêcheurs Saintois (AMPS). Pour respecter la règle de l’alternance, c’était à Terre-de-Haut cette année que cette manifestation aurait dû normalement avoir lieu. Mais vu les circonstances et l’obstination du maire de cette commune à refuser systématiquement le prêt de tout matériel communal, les dirigeants de l’AMPS ont bénéficié de la bonne grâce de M. Duval, maire de Terre-de-Bas, qui a mis à leur disposition, pour cette année encore, emplacement, podium, tentes et énergie électrique, se démarquant ainsi positivement de son collègue d’en Haut. Autre dérogation : habituellement, cette fête se déroule sur les trois jours du Week-end de Pentecôte, mais faute de finances et surtout à cause de l’arrivée massive de sargasses sur les plages, la manifestation s’est concentrée cette fois-ci sur la seule journée de dimanche et ce jusqu’à tard dans la nuit, se clôturant par un bal public.

Panneau pêche

Poisson grillé et lambi à toutes les sauces

Port de l'Anse des Mûriers envahi de sargasses

Port de l’Anse des Mûriers envahi de sargasses

Si au menu, comme il se doit en une telle circonstance, musique, poisson et lambi étaient à l’honneur, il n’y a eu cette année ni concours de pêche ni régate de voile traditionnelle. Autant de manifestations annulées à cause, avons-nous dit, des sargasses qui continuent d’envahir nos plages, comme celles de toute la Caraïbe, et qui perturbent les activités nautiques autour des côtes saintoises. Empressons-nous  de préciser qu’à Terre-de-Haut, la baie et le littoral du bourg sont heureusement épargnés, et chacun peut s’adonner sans problème aux joies du canotage, de la nage et de la baignade. À Grand’Anse Terre-de-Bas, par contre, les algues s’étendent en mer à perte de vue et de hautes dunes brunes et malodorantes ornent lugubrement la plage, incommodant les riverains de leurs effluves d’anhydride sulfureux.

Longues queues de convives et animations musicales non stop

publicComme chaque année, la manifestation a drainé un nombre important d’habitués et de visiteurs venant des deux îles mais aussi de Guadeloupe, de Martinique, de Marie-Galante et d’ailleurs. L’incontournable animateur, Aimé Bertin, ancien professeur d’espagnol, avec sa bonhomie habituelle, a souhaité la bienvenue en créole et dans toutes les langues européennes, soulignant ainsi le caractère cosmopolite des participants. De son côté, le Président Georges Pineau n’a pas manqué de remercier tout le monde : public, municipalité, sponsors, musiciens et animateurs, cuisinières, serveurs, tous les membres actifs de l’Association et les bénévoles qui ont fait que la fête se déroule dans les meilleures conditions. Même si au milieu de l’après-midi une petite pluie a rafraîchi momentanément les ardeurs de la foule, perturbant quelque peu l’intervention, remarquée néanmoins, de notre ami Fernand Bélénus (Tonton Fernand pour les intimes) qui a rappelé l’historique du syndicalisme marin aux Saintes, depuis sa création en 1905 jusqu’à nos jours.

public 2Une soirée endiablée et festive

public 3En fin d’après-midi, le beau temps revenu, tandis que certains, après une belle journée d’amitié partagée et de convivialité, se pressent pour ne pas rater la navette vers Terre-de-Haut, d’autres les remplacent au pied du podium ou autour du bar et entament leur soirée, bien décidés à ne rien perdre de la musique et des animations proposées par DJ WIDY et le groupe OKTAV’ et DYNASTI’Z, à la dynamique bien rodée. Beaucoup, impatients et joyeux, se mettent spontanément  à danser, sans attendre l’ouverture officielle du bal qui durera jusqu’à 2 heures 30 du matin, alors que la lune à son premier quartier imprime sur le sable l’ombre allongée et mouvante des palmes de la cocoteraie voisine. C’est le président Georges Pineau qui clôturera cette toujours attrayante fête de la pêche et des pêcheurs, remerciant une dernière fois tous les participants, les invitant pour l’année prochaine et souhaitant que l’alternance Terre-de-Bas/Terre-de-Haut retrouve son cycle habituel pour une toujours plus grande fraternité entre nos deux îles.

public 4

Texte et photographies de Raymond Joyeux

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La visite des musées : une pièce en 3 actes

De l’utilité des musées

Musée Scholcher à Pointe-à-Pitre

Musée Schoelcher à Pointe-à-Pitre – Ph R. joyeux

Pour l’amateur d’art, le musée est ce qu’est le zoo à l’aficionado des bêtes sauvages : un mal nécessaire. Le musée a, tout comme son équivalent animalier, son incontestable utilité : concentration des spécimens, préservation, exposition au public… mais de la même manière que les fauves perdent quelque chose de leur nature secrète et effrayante après une vie d’exhibition domestiquée, les œuvres qui se retrouvent au musée y perdent de leur originelle vitalité. Mais il n’empêche que c’est toujours mieux de les avoir là, ces œuvres, amassées pour les yeux de tous, même à moitié mortes, plutôt qu’autre part, où personne sinon quelques privilégiés ne pourrait en profiter. C’est bien là, dans l’abolition du privilège de l’accès à l’art – le prix d’un billet de musée, même s’il n’est pas donné, ne dépasse guère celui d’un billet de cinéma, et est souvent même moins cher qu’une séance 3D, le port de lunettes ridicules en moins – que le musée trouve sa justification.

Memorial Acte de Pointe-à-pitre au lever du jour. Ph R. joyeux

Mémorial Acte de Pointe-à-Pitre au lever du jour (Musée de la traite négrière) – Ph Raymond joyeux

Et même si certains lieux cultivent encore le culte désuet de la collection privée, dans l’écrin restauré des riches hôtels particuliers parisiens, peut-être afin que la bourgeoisie qui les fréquente ait un instant l’illusion que leurs œuvres sont exposées « chez elle » (c’est à toi que je pense Jacquemart-André !), la grande majorité des musées nationaux, même lorsqu’ils investissent les vestiges d’un passé pour le moins royal (Grand Palais, Orangerie, Louvre…) ont réussi, par une muséographie moderne à faire oublier à leurs visiteurs le faste des lieux, pour mieux mettre en lumière la richesse des collections. L’ambition générale est de vouloir abolir le statut du caractère de privilège qui reste encore aujourd’hui associé à l’art : tout le monde doit avoir accès au musée et, à défaut de les comprendre, tout le monde doit pouvoir voir les œuvres qui y sont exposées.

Tiket musée 1 améliorEt cette ambition de démocratisation est saine. Elle est saine car même si ce sont toujours les vieilles mêmes croûtes au mur, au moins ce ne sont pas toujours les mêmes vieux croûtons qui les contemplent. Oui, mais voilà, ce désir d’accessibilité, de libre accès à l’art vaut seulement pour les collections permanentes. Il en est autrement pour ces grand-messes incontournables des hautes sociétés que sont les expositions temporaires. Plus particulièrement, je parlerai ici du comportement d’une certaine classe de visiteurs du Grand Palais où des expositions annuelles, sous forme de rétrospectives (Monet en 2010, Turner en 2011, Hopper en 2012, Braque en 2013, Hokusai en 2014…) de grande ampleur, aussi bien artistique que médiatique, ont attiré les foules. Oui mais quelle foule ! Tout le beau monde se presse pour voir réunis les chefs d’œuvre des grands maîtres, moins pour les admirer quelquefois que pour y avoir été, et obtenir, par un mystérieux phénomène de transfert, une aura particulière, réservée à ceux qui ont pu approcher de près les traces du génie.

Une visite en trois actes

Queue au Grand Palais Paris. Ph Alexandre Joyeux

Queue au Grand Palais Paris. Ph Alexandre Joyeux

La visite de lexpo de l’année est une pièce divisée en trois actes. Acte 1 : la queue. Si possible longue, en extérieur avec un temps bien de Paris, histoire que la pluie et le vent forcent la foule à resserrer les rangs autour des quelques habitués ayant leur parapluie. Voilà pour le décor. Les personnages se divisent en deux groupes : les prévoyants, ayant acheté leur billet à l’avance ; et les opportunistes, ayant naïvement cru le panneau à partir de ce point : 30 minutes d’attente, ces derniers ne rentreront pas dans le musée avant 3 heures de procession. Ils ne sont cependant pas les seuls à faire la queue. Ceux ayant acheté leur billet « coupe file » sont si nombreux, qu’ils doivent bien la faire finalement, la file, et ce malgré leurs protestations incessantes dirigées vers les agents de sécurité responsables du nombre d’entrées. « Mais, monsieur, puisque je vous dis que j’ai un billet coupe-file ! », « Oui monsieur, je sais monsieur, tout comme ces 200 autres personnes ».

Sésame ferme la !

HokusaiArrive enfin la crème de la crème, pour qui il faudrait dérouler le tapis rouge, les détenteurs de la fameuse Carte Sésame. Ceux là semblent être d’une autre espèce que le commun des amateurs d’art, ceux là ont investi, à l’année, dans leur droit d’entrée dans les expos du Grand Palais, et veulent en être récompensés. Il faut les voir arriver avec tout leur aplomb, s’imaginant passer devant tout le monde, se frayer un chemin à grands coups de coudes dans les côtes, dans l’indignation générale, afin d’arriver jusque devant la barrière pour présenter sans un mot leur précieux sésame à l’agent de sécurité. « Je vois bien votre carte monsieur, mais elle ne vous donne pas le droit de passer devant toutes ces personnes ». Surprise, décontenancement, indignation : « Mais enfin, j’ai la Carte Sésame ! ». Au milieu des protestations et des soupirs, exigeant de ces malotrus qu’ils retournent à leur place à la fin de la queue, on comprend que pour certains, posséder une telle carte, c’est être un VIP de la culture, un privilégié avec accès backstage et tout le tintouin, c’est presque à la limite posséder une petite partie du musée, et ainsi obtenir le droit de traiter avec le plus grand mépris les autres qui n’en sont que des visiteurs.

NIKI BONTout le monde rentre peu à peu dans le musée, l’Acte 2 peut commencer. C’est celui de la visite, et c’est finalement le plus court. On y prend plus de temps pour lire les indications biographiques sur les murs que pour regarder les œuvres, on y crie à toute la famille le numéro de l’audioguide correspondant à cette salle, on y engueule les enfants qui veulent passer à la salle suivante, puis on engueule sa femme qui s’attarde un peu trop dans la précédente. Au mépris de tout bon sens, la foule se presse devant les œuvres mises en valeur par la muséographie, puisqu’elles doivent être bonnes, et alors que tous se serrent autour du chef d’œuvre désigné, aucun n’a le recul suffisant pour vraiment le voir, et ceux qui essaient de reculer pour le voir correctement sont rappelés à l’ordre : « Poussez-vous ! On ne peut plus lire la biographie! Il y en a que l’exposition intéresse ! ».

Petits et grands se pressent pour acheter leur bout de l’art

L’acte 3, pourtant conclusif n’est pas plus heureux. Après une éreintante visite aux allures de parcours du combattant, tous ont bien mérité de passer à la boutique. Ah, la boutique ! Pourquoi la boutique ? Pour pouvoir exhiber une preuve de son passage auprès des maîtres ? Oui mais le catalogue de l’expo est trop cher, et les cartes postales on en trouve partout… les magnets feront l’affaire. Comme ça quand Tantine ira se chercher du lait au frigo on pourra se la péter en disant, « vous avez vu, on a pris ça à l’expo Hokusai ! C’était Ma-gni-fique ! ». Le pire c’est que pour pouvoir ramener à la maison un petit bout du maître copié par des petites mains chinoises, il faut faire la queue ! Mais bon, là au moins, on fait la queue pour la bonne cause, on consomme vraiment, on fait pas semblant ; c’est un peu comme au supermarché… La pièce se conclut généralement par une prise de conscience terrible en regardant la couverture du catalogue : « ah mais il était dedans ce tableau !? »

Petits et grands se pressent pour acheter leur petit bout de l'art !

Petits et grands se pressent pour acheter leur petit bout de l’art ! Photo Alexandre Joyeux

Alexandre JOYEUX – Paris – Janvier 2015

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Théâtre en la cité : une expérience à renouveler

Cendrillon revisitée

Unknown-1Une fois n’est pas coutume, les habitants de Terre-de-Haut ont eu l’heureuse opportunité de pouvoir assister à la représentation d’une pièce de théâtre sous le préau de l’école primaire les mercredi 7 et jeudi 8 mai 2015, entre 19 h et 20 h 30 : soit une heure et demi de divertissement et de vrai bonheur. Il s’agissait d’une adaptation libre du célèbre conte de Charles Perrault : Cendrillon, revue et corrigée par Joël Pommerat, auteur belge d’expression française. Ceux qui se souviennent de ce merveilleux récit de leur enfance n’auront eu aucun mal à retrouver dans la pièce de Joël Pommerat les principaux ingrédients et personnages de la légende de Cendrillon, même sérieusement remaniée par l’auteur : la petite orpheline maltraitée qui deviendra princesse, la belle-mère acariâtre et ses deux filles jalouses, le roi qui s’inquiète pour son fils, le prince en quête d’amour, l’indispensable fée et la fameuse chaussure, trait d’union entre les deux amoureux, même si l’auteur a fait une sérieuse entorse au conte initial, puisque c’est le prince, ici, qui offre sa chaussure et non Cendrillon qui égare la sienne…

Une passionnée de théâtre en quête d’acteurs

1916260_406957209643_3743103_nC’est à l’initiative de la propriétaire de la boutique Mahogany, au Mouillage, Annie Benomar, que cette pièce a pu voir le jour à Terre-de-Haut, alors que rares – pour ne pas dire inexistantes – sont dans la commune les manifestations culturelles de ce type. Arrivée aux Saintes en 2012, Annie, dès l’année suivante, forte de 10 années de formation de comédienne et de mise en scène, acquise en Auvergne à l’École-Théâtre Les Petits Princes, sous la férule d’Emmanuelle Chamaillard, s’est mise en quête de volontaires pour des cours bénévoles de comédie. Si, autres que celle de notre amie Blondine Cassin toujours prête à relever ce genre de défi, les candidatures saintoises ne furent pas à la hauteur de ses espérances, Annie s’est tournée vers ses connaissances liées de fraîche date : commerçants comme elle, gendarmes, enseignants… pour finalement se retrouver à la tête d’une petite troupe d’une dizaine de comédiens amateurs, n’ayant jamais mis les pieds sur une scène pour la plupart, mais bien décidés à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Une longue préparation et un coup d’essai

le publicDéjà, en juin 2014, pour clore plus de 6 mois de préparation, de répétitions et d’essais de mise en scène, c’est dans la grande salle de l’hôtel La Saintoise, prêtée par Jean-Claude Samson, que la petite troupe proposa à la population de Terre-de-Haut une parodie du fameux feuilleton télévisé, Amour Gloire et Beauté. L’expérience porta ses fruits puisqu’un an tout juste après ce coup d’essai réussi, toujours sous la conduite d’Annie Benomar, c’est une vraie pièce de théâtre que le public a pu découvrir et apprécier en ce début de mai 2015, cette fois-ci, à l’école primaire. Concernant cette dernière prestation, il faut imaginer le travail fourni par ces comédiens d’occasion, peu habitués à  mémoriser un texte relativement long, peu accoutumés à se donner la réplique sans bafouiller ni se tromper ; il faut imaginer l’assiduité et la persévérance qui furent les leurs depuis janvier ; la contrainte acceptée de se retrouver en répétition tous les mardis soir après le travail, pour mesurer leur mérite respectif et l’amour partagé du théâtre qui les anime… Assiduité, persévérance et amour du théâtre que nous devons saluer et qui furent récompensés par la présence d’un public attentif et enthousiaste, comme ce fut le cas les 7 et 8 mai derniers.

Décor, costumes, accessoires : l’option minimaliste

la fée 2Faute de structures matérielles disponibles adaptées, et sans doute aussi de financement – les représentations sont gratuites – c’est l’option minimaliste qu’Annie Benomar a privilégiée pour sa mise en scène. Certes, le texte, la direction et l’interprétation des acteurs constituent les éléments essentiels d’une pièce de théâtre, mais faire radicalement l’impasse sur le décor, les costumes, l’éclairage et les accessoires, c’est par certains côtés priver le public de l’attrait et de la magie du spectacle. Surtout lorsqu’il est destiné aussi aux enfants et que des indications précises pour chaque scène de la pièce ont été données par l’auteur.

soulierOn comprend très bien que le metteur en scène ait fait aux Saintes avec les moyens du bord, et ce n’est pas lui jeter la pierre que de le signaler. D’autant qu’ici l’absence de décor n’a nullement nui à la compréhension globale de l’intrigue. Ce qui, par contre, a pu décontenancer certains spectateurs, même parmi les moins jeunes, c’est le fait qu’un même comédien (ou comédienne) interprète plusieurs personnages sans que le public ait été préalablement averti. Cette pratique n’est pas rare au théâtre. Surtout lorsqu’on ne dispose pas d’un nombre suffisant d’acteurs et que l’on veut répartir équitablement les rôles. Mais, à notre avis, un simple dépliant distribué avant le spectacle, résumant brièvement la pièce et signalant précisément la distribution, suffirait à palier cet inconvénient.

Un souhait : continuer et faire des émules

une scène 2Cela dit, ne boudons pas notre plaisir. Annie Benomar et ses comédiens d’un jour ne sont en rien responsables de la carence communale en matière de salle de spectacles même modeste, disposant d’une véritable scène et de tous les accessoires destinés à une représentation théâtrale digne de ce nom : rideaux, coulisses, costumes, décors, éclairages, sonorisation… Bien préparés à jouer avec le strict minimum, les comédiens d’Annie ont démontré avec bonheur leurs capacités à se passer de décorum. Et ce n’est pas le moindre de leur mérite. Souhaitons qu’ils ne s’arrêtent pas en si bon chemin et qu’à l’avenir, plus que jamais habités de l’esprit du beau spectacle en général et du théâtre en particulier, ils nous gratifient encore et encore de leurs talents, amorçant ainsi et perpétuant pour notre plaisir et celui de notre communauté (Terre-de-Bas comprise) une véritable vie artistique et culturelle qui manquait jusqu’alors cruellement aux Saintes… Avec l’espoir de faire chez nos jeunes et moins jeunes des émules motivés et persévérants. Encore bravo et merci à cette troupe d’amateurs bénévoles et à son metteur en scène qui ont su nous régaler l’espace de deux petites soirées, trop rares aux yeux de beaucoup de spectateurs – enfants et adultes – plus que ravis rencontrés à l’issue des représentations…

Salut

Texte : Joël Pommerat
Adaptation et mise en scène : Annie Benomar
Sonorisation : Rony

Interprétation :
La Belle-mère : Anita, Marine, Fabienne
Sœur la petite : Maud, Caroline
Sœur la grande : Blondine, Marine
Le Père de Cendrillon : Stéphane, Laurent
Cendrillon (La très jeune fille)  : Maud, Blondine, Marine
Le Roi : Laurent
Le Prince : Stéphane
La Fée : Laurent

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Circulation : l’arrêté municipal oublié

Un problème récurrent plus que jamais d’actualité

Cliché 1Depuis que les premiers véhicules automobiles, les minibus et autres scooters ont fait leur apparition à Terre-de-Haut au début des années 1970, et se sont anarchiquement multipliés suite au développement touristique et à un habitat de plus en plus excentré, maîtriser l’afflux des véhicules et la circulation urbaine est devenu un véritable casse-tête pour les autorités locales. Pas moins de cinq arrêtés municipaux successifs règlementant l’entrée et la circulation des véhicules à moteurs sur le territoire de la commune ont été pris. Si certains à ce jour ont été abrogés, le dernier, en date du 31 janvier 2003, est à notre connaissance, toujours théoriquement en application.

 Deux premiers arrêtés inapplicables de Robert Joyeux

 C’est le 4 avril 1991, que le maire alors en place, M. Robert Joyeux, s’attelait au problème d’une circulation, devenue déjà aux yeux de beaucoup inextricable, et signait, sans concertation avec les intéressés, deux arrêtés qualifiés d’ubuesques par le journal local de l’époque, mais que le préfet avait néanmoins légalisés. Le premier interdisait toute circulation de véhicules à moteur terrestres sur le territoire central de la commune. Son article 1er était ainsi libellé : « À compter de la date du présent arrêté, la circulation des véhicules à moteur terrestres (voitures, cyclomoteurs, scooters, motos) est formellement interdite dans le périmètre du bourg de la commune. » Les rues n’ayant pas encore de nom, le périmètre du bourg était délimité comme suit : entre la Maison Blanche et le Morne Rouge, les chemins du Marigot, ceux de La Rabès, de la Geôle et de la Savane. Autrement dit, étaient concernés, outre la voie principale RD 214 qui traverse le bourg, la totalité des rues et chemins vicinaux de la commune. Bien entendu, ça allait de soi, l’arrêté n’était pas applicable « aux riverains du périmètre défini. » Ce qui, en fait, permettait à tout un chacun de circuler librement, mais interdisait aux loueurs de scooters et propriétaires de bus de pratiquer leur profession.

Journal L'IGUANE , mai 1991

Journal L’IGUANE, mai 1991

Le deuxième arrêté s’attaquait à la fois à la limitation du nombre de loueurs de cyclomoteurs, de scooters et de motos, et du nombre de véhicules par loueur. Était ainsi fixé à 6 le nombre d’entreprises de location (article 1) et à 10 celui des véhicules que ces entreprises pouvaient posséder, (article 4). Rien n’était spécifié pour les propriétaires de minibus, attendu que le premier arrêté réglait radicalement leur sort. En même temps d’ailleurs que celui des loueurs de scooters, puisque leur circulation était interdite sur la totalité du bourg ! Le caractère absurde et inapplicable de ces deux arrêtés que personne d’ailleurs n’a jamais respectés, c’était tout simplement l’histoire du serpent qui se mord la queue !… On se demande encore aujourd’hui par quel miracle ils ont été légalisés.

L’arrêté du 31 janvier 2003 de Louis Molinié

mobalpaAbrogeant les arrêtés de son prédécesseur relatifs à la règlementation de la circulation et à l’entrée des véhicules dans sa commune, ainsi que ceux du 28 août 2001 et du 24 janvier 2003, qu’il avait lui-même signés, le nouveau maire, Louis Molinié, décidé à prendre une fois pour toutes le taureau  par les cornes, publiait le 31 janvier 2003 une nouvel arrêté, plus élaboré, plus restrictif, mais aussi plus assorti de larges exceptions qui l’ont rendu dès le départ inopérant. S’appuyant sur pas moins de 17 textes officiels, lois, décrets, arrêtés antérieurs, rapports, aussi bien ceux concernant la circulation proprement dite que ceux s’appliquant à la protection de la nature et à la sécurité publique, il élargissait la portée de sa règlementation, pour mieux, selon lui, la légitimer et la faire appliquer. La démarche en soi n’était pas inintéressante, mais à vouloir trop en faire, il condamnait d’entrée son texte, comme les précédents, à l’inefficacité, à la non-application, et pour finir à l’oubli pur et simple. Était en effet interdite, aux termes des 3 premiers articles dûment détaillés, cette fois-ci non plus dans un périmètre limité mais « sur l’ensemble de la commune la circulation des véhicules motorisés à quatre roues, à deux roues, à trois roues, qu’ils soient propulsés par les techniques de déplacement existantes ou à venir, notamment les véhicules à chenilles. » 

Dispositions dérogatoires exorbitantes

scooters 1Trois articles explicites que venait contrecarrer immédiatement par dérogation spéciale l’article 4. Celui-ci  autorisait en effet  à circuler, sous certaines conditions, dont  » l’inscription sur le rôle de la commune et sur le registre du parc des véhicules terrestres à moteur », toute une série de véhicules, anéantissant du même coup l’interdiction formelle abusive, selon nous, précédemment édictée. Une lettre officielle du maire, datée du 18 février 2003, adressée aux armateurs leur interdisait tout transport maritime de véhicules nouveaux à destination de Terre-de-Haut, si leurs propriétaires n’étaient pas munis d’une « autorisation de rentrée sur l’île de leurs véhicules, délivrée par la mairie. » Il va sans dire que cette dernière disposition, qui ouvrait la porte à l’arbitraire, pas plus que les précédents articles de l’arrêté, n’a pas été longtemps respectée. Les contraintes multiples, les subtilités inapplicables, les dérogations et autres passe-droits ont tué dans l’œuf toute velléité sérieuse de règlementation et, aujourd’hui, alors même que l’arrêté du 31 janvier n’a pas été abrogé, c’est quasiment tous les jours que nous voyons arriver sur l’île, sans contrôle ni restriction, de nouveaux véhicules, aussi bien destinés aux particuliers qu’à la location. Quant à la stricte interdiction de circuler « sur l’ensemble de la commune », impossible à mettre en œuvre, elle est depuis longtemps bel et bien enterrée.

Des attendus pourtant amplement justifiés

Arrêté municipal 2Pour légitimer sa règlementation du 31 janvier 2003, aujourd’hui reléguée aux oubliettes, le maire avait pourtant pris toutes ses précautions. Ses attendus, logiques et pertinents, restent valables et pourraient servir de base à d’autres dispositions qui pourraient nous sauver de la catastrophe. Les voici tels qu’ils ont été évoqués en 2003 :

1° Considérant que le territoire de la commune abrite des espèces fragiles protégées d’intérêt national (cactacées, orchidacées, oiseaux, iguanes, tortues), ainsi que des sites archéologiques précolombiens (!), et qu’il est nécessaire de règlementer la circulation afin d’assurer leur protection;
2° Considérant la nécessité de protéger l’environnement et la tranquillité publique dans une commune à vocation touristique;
3° Considérant que les voies carrossables de l’île se caractérisent par leur étroitesse, leur déclivité, leur sinuosité, et partant par leur dangerosité;
4° Considérant que la multiplication des véhicules à moteur est incompatible avec le réseau routier de la commune, nuit à la commodité de passage dans les rues, et qu’elle porte par conséquent atteinte à la sécurité des citoyens;
5° Considérant par ailleurs que l’exiguïté et la topographie de l’île font obstacle à la construction de trottoirs, la création de parcs de stationnement et l’élargissement du réseau routier;
6° Considérant que l’affluence touristique constatée le week-end et pendant la haute saison (Décembre à Mai) aggrave davantage encore les dangers de la circulation, et que l’augmentation de la fréquentation touristique depuis dix ans (170 000 visiteurs par an en 2002 contre 85 000 en 1990) laisse craindre une dégradation de la situation.
7° Considérant que la tranquillité des citoyens est troublée par les nuisances sonores inhérentes à la circulation des véhicules à moteur…

voiture bleue
Autant d’attendus qui restent plus que jamais valables aujourd’hui et qui pourtant, vu l’inefficacité et la non application de l’arrêté municipal qu’ils ont induits, ne sont plus pris en compte comme ils le méritent. Peut-être faudrait-il les réactiver pour une règlementation acceptable par tous, avant que la situation ne se dégrade de façon irréversible, comme le laissait prévoir hélas le considérant n° 6 d’il y a 12 ans. C’est un enjeu primordial pour le présent et l’avenir de notre commune avant qu’il ne soit trop tard.

Véhicules électriques de location ayant fait récemment leur apparition. Ph Terre-de-Haut Indiscrétions

Véhicules électriques de location ayant fait récemment leur apparition. Ph Terre-de-Haut Indiscrétions

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Solution au problème des Saintes ou les idées avant-gardistes d’une Saintoise de 1970

Fille de Théodore Samson

MaryaMarya SAMSON était née le 18 novembre 1914 à Terre-de-Haut. Elle est décédée dans son île natale en août 1996. Elle allait avoir 82 ans. Elle était la fille de Léontine CÉLÉRIÉ et de l’ancien maire Théodore SAMSON, lui même décédé dans l’exercice de ses fonctions en 1959, à la gendarmerie communale, dans des circonstances jamais totalement élucidées. Prise en charge très jeune par sa tante Anne LASSERRE dont le mari était percepteur à Terre-de-Haut, elle fut scolarisée à Basse-Terre avant de se rendre en Métropole avec le couple pour s’inscrire en fac de Bordeaux où elle suivra une formation médicale couronnée par un diplôme d’infirmière. Par la suite, étudiante aux Cours Pigier, elle acquiert une solide formation de secrétariat-comptabilité-commerce et revient à 20 ans aux Saintes revoir ses parents. Mais c’était pour retourner peu après en métropole où elle fera sa vie. Trois fois mariée, après les Saintes et Basse-Terre, elle vécut successivement à Bordeaux, Paris, Tunis, Fort de France et Pointe-à-Pitre puis enfin à nouveau à Terre-de-Haut. Marya SAMSON, femme ouverte et entreprenante, bourrée d’idées et de projets, était la mère de la sympathique et avenante Anne-Marie MONPOIX, bien connue aujourd’hui à Terre-de-Haut où elle dirige une entreprise de location de scooters et de voitures électriques : la société CAPTHÉO2.

Un testament socio-économique

Marya 2C’est en 1965, que, jeune enseignant, je fis la connaissance de Marya Samson alors qu’elle était installée à Pointe-à-Pitre avec sa fille. Se rendant régulièrement aux Saintes, elle était intarissable sur l’évolution de sa commune d’origine pour laquelle elle entrevoyait un avenir lumineux, lié à celui de Terre-de-Bas. Les notes qui suivent, intitulées Solution au problème des Saintes, et qui sont comme une sorte de testament socio-économique m’ont été confiées en 1967. Ce ne sont pas moins de 6 feuillets manuscrits 21 x 27, couverts recto-verso d’une écriture régulière, sans ratures ni rajouts, comme une conversation continue dont je suis obligé malheureusement de ne proposer que des extraits, vu la densité et la longueur du contenu. Idées avant-gardistes d’une Saintoise du siècle dernier dont certaines propositions ont été réalisées sans qu’elle en ait eu connaissance et dont certaines autres, loin d’être de douces rêveries d’une utopiste éthérée, pourraient bien inspirer nos dirigeants et populations d’aujourd’hui…

Union des deux îles et création d’une Coopération mutualiste

« L’union des deux îles est indispensable. Elles doivent coopérer et s’unir ! Leur problème est le même et c’est leur union qui fera leur force. C’est dans un esprit d’accord mutuel, affectif, social, économique et financier que doit s’effectuer cette fusion. Une élite sélectionnée dans les deux îles doit se grouper et créer un comité responsable organisateur et dévoué à cette tâche, qui aura la direction totale des réformes. La seule, l’unique possibilité de s’en sortir et d’entrer dans la voie de l’avenir est que les deux îles créent en commun la Caisse de Coopération Mutuelle Saintoise. Le Comité créera cette Mutuelle, cette Banque régie comme les autres banques, dont le siège sera à Terre-de-Haut, groupera les fonds de tous les Saintois des deux îles, en faisant appel aux Saintois du dehors, aux amis des Saintes afin d’y coopérer par leur effort. Les Saintois d’aujourd’hui seront les pionniers de cette vraie révolution sociale et économique. Dans un délai sûrement pas très long ils deviendront les actionnaires de cette belle affaire prospère que deviendra la Caisse de Coopération Mutuelle Saintoise. Quelle que soit la somme versée, un Saintois ou un autre jouira des avantages de la Caisse. Un jour on percevra des intérêts au prorata des dépôts. Ce sera la caisse de tous les Saintois. Dès la mise en fonction et l’ouverture de la Caisse elle prendra en mains la solution au Problème des îles. »

Carte des Saintes

 Poisson et viande

poissonPoisson : « La Caisse se portera garant d’un prêt à la SICOOP. Chambres froides – magasins de vente au détail dans les deux îles. Le poisson des deux îles vendu exclusivement à la Caisse – entreposé à Terre-de-Haut. (Pour les pêcheurs rien ne change, ils vendent leur poisson à la Caisse, réglés sur l’heure. Ils auront l’avantage de n’en pas perdre un kilo et ils en tireront encore plus tard les bénéfices de la Caisse. On achètera même une pêche d’enfant !). Le directeur de la Poissonnerie délégué pour traiter les marchés de gros et détail. »

 CabrisViande : Il est indispensable que tous les Saintois se nourrissent d’une façon rationnelle. On doit pouvoir acheter de la viande dans les deux îles comme partout ailleurs et en vendre au dehors. Les Saintois peuvent avoir leur cheptel. Il suffit d’un peu d’organisation et d’un peu d’effort au départ. Messieurs les maires décideront des terrains municipaux, pour le bien de leur île des locations possibles et la Caisse patronnera l’élevage. Main d’œuvre de bonne volonté. Jeunes, au travail : on déboise, on entoure, un bel enclos assez vaste bien sûr. Pierres, sable, ciment, on construit une très grande citerne avec bassin extérieur (abreuvoir), tout autour, de grands hangars couverts (étables) – au-delà on entretient les espaces verts qu’on arrose de temps en temps. 

vachesBœufs, vaches, moutons, cabris, nourris comme les bêtes de France en hiver, abreuvées abondamment, soignées, abritées, qui donneront une chair savoureuse et une reproduction bien menée. Porcs, volailles, selon la technique moderne. Des cours seront donnés pour mener cette organisation productrice. Nos mornes incultes peuvent faire notre richesse ! Vous en serez surpris. L’élevage est une étude, on vous guidera, le pays s’y prête. Le mouton pré-salé est réputé. Il y aura plusieurs centres d’élevage. À chacun sa citerne et ses employés. »

Pas assez de culture dans nos îles

Jardin biologique de Tonton Fernand

Jardin biologique de Tonton Fernand

« Ici, j’insiste sur la culture du raisin-muscat qui devient si beau dans nos îles. Entourons nos enclos d’une double garniture de treilles entretenues, arrosées, taillées. Non content que tous les gens du pays seront heureux d’en savourer, mais combien de cageots régaleront ceux du continent guadeloupéen… Nos salades sur des installations sous nos treilles, fumées par nos bêtes approvisionneront l’île à discrétion et qui sait ? mieux encore… Un bateau de transport fera la livraison à la ville des commandes de poisson, de viande, de poulets, de raisin, de  légumes, de souvenirs. Il ramènera aux Saintes, au retour, la nourriture des bêtes… Bon nombre d’emplois nouveaux seront ainsi assurés par la Caisse qui rémunéra d’une façon décente avec sécurité et avantages de sa direction… »

Une priorité : les jeunes

Un établissement technique sera créé pour initier les jeunes à la création de souvenirs et d’objets de toutes sortes qui seront vendus aux touristes :

« Garçons : Coquillages, empaillages, naturalisation, menuiserie, dessin, peinture, petit bateaux miniatures, salacos miniatures et tailles normales etc… « Filles : Jours, broderies, costumes antillais toutes tailles, coloris divers au complet : avec jupons, madras, colliers grains d’or, le tout sous cellophane. Poupées, napperons, colliers de graines et coquillages. Tout y sera vendu en grosse production les Saintes classées premières dans cette industrie et leurs expositions feraient le ravissement des touristes. Très vite cette affaire deviendrait rentable et pourvoirait seule à ses besoins. Les jeunes y gagnant leur vie en continuant de se perfectionner. « 

Crochet saintois. Capture d'écran fête de Terre-de-Bas

Crochet saintois. Capture d’écran fête de Terre-de-Bas 2015

 Autre œuvre sociale : le palais des divertissements

jeux - copie« Quand ils ne travaillent pas, nos insulaires s’ennuient ! Ils ne savent pas comment employer leurs heures creuses ! d’où tant de petits défauts que nous leur reprochons. Guidons leurs loisirs, divertissons-les d’une façon saine. Pour nos jeunes, maintenons l’esprit de discipline et de sociabilité même dans la détente. Pour nos adultes qui s’y distrairont autant que les jeunes, soumis à la même discipline, ils en oublieront leurs anciennes habitudes. Dès maintenant, cette nouvelle génération prise en mains du réveil au coucher sera parée pour l’avenir, car sitôt la sortie de l’École Technique ils iront au Palais des Divertissements… Un vaste enclos, une grande bâtisse compartimentée : des pelouses, balançoires, toboggans, jeux de jardins, ping-pong, baby-foot. Une salle de musique : pianos, guitares, médiathèque, discothèque, jeux de société. Un bar : jus, sodas, gâteaux, sandwichs. Une salle de lecture : bibliothèque, journaux de toutes sortes. Échange de cartes et de lettres avec des correspondants. Une salle de projection, une caméra pour filmer documentaires, reportages… Chacun y fait ce qu’il veut, ce qu’il aime… Parfois on y organisera des bals, des soirées théâtrales et toute la population se fera belle pour aller applaudir ses enfants… Les vieux, isolés, seront également pris en charge. »

Équipements et tourisme

De l'eau venue de Guadeloupe

De l’eau venue de Guadeloupe 1994

« Cela va sans dire, tout le reste suivra : eau, électricité, cours complémentaires, téléphone, un médecin avec sa clinique, laboratoire, pharmacie… Aides aux familles nombreuses en période de rentrée scolaire, réorganisation de l’habitat sans abîmer le site mais tout confort avec de profondes citernes en sous-sol, même si le problème de l’eau était résolu par l’État. Appartement en location, on verrait des fleurs aux fenêtres, des jardinets coquets et nos îles comme de vrais bijoux. Terre-de-Haut et Terre-de-Bas vont se parer pour le tourisme : hôtels, bungalows, restaurants, salons de coiffure, magasins de luxe, blanchisserie et repassage automatique, piscines dans la mer, canots à voiles en location… Des plages ratissées nettes comme des salons. Ceci dit, dès maintenant. Saintois, un peu d’organisation : un râteau, une pelle, on brûle les ordures et le bois mort, on enlève pierres, conques de lambis, tessons de bouteille et vieilles boîtes et nous voilà dans l’honneur… »

L’apothéose

« Nous voulons aller de l’avant. C’était hier nos Saintes de misère. Celles dont on disait : les Saintois !… ah !.. Nous sommes combien de Saintois ? Sans rien demander à personne, par nous-mêmes, sinon des prêts d’État sous forme légale… Tous ensemble, comme une levée en masse de l’amour et de la foi. Nous disons tous : OUI ! OUI ! pour tout cela. Élite saintoise qui me comprenez faites-le comprendre aux autres ! Assez de misère ! »                                                                                                Marya

Voilà. C’est ainsi, telle qu’en elle-même, Marya SAMSON, fille de Théodore, notre regretté maire, envisageait en visionnaire l’évolution et l’avenir de nos îles. À chacun de se faire son opinion ou d’exprimer ses commentaires ou ses réserves sur les propositions avant-gardistes de notre compatriote qui aurait eu 101 ans cette année. Il ne me reste plus qu’à remercier chaleureusement sa fille Anne-Marie MONPOIX de m’avoir aimablement communiqué la photo de sa mère ainsi que le logo de son entreprise Capthéo2 que je vous propose volontiers : car comme sa mère, Anne-Marie voit loin. Elle est la première et la seule pour le moment aux Saintes à recharger les batteries de ses voiturettes à l’énergie solaire, en attendant que les autres s’y mettent… cartello_cap_4Raymond Joyeux

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Une activité insolite à Terre-de-Haut : l’apiculture

  1. Philippe Bélénus, amateur d’abeilles éclairé

Phil bélénusRien ne prédisposait Philippe Bélénus à pratiquer un jour l’apiculture ! Marin depuis toujours, aujourd’hui capitaine à plein temps sur un navire de transport de marchandise entre les Saintes et la Guadeloupe, il consacre le plus clair de ses loisirs à s’occuper de ses ruches, tel un vrai professionnel. Soit dit en passant, il est, bien entendu, régulièrement inscrit à la chambre d’agriculture, comme le veut la loi en la circonstance. Particulièrement pointilleux sur la règlementation, alors même qu’il n’envisage pas pour le moment de commercialiser sa production, Philippe a pris toutes les précautions d’usage pour respecter la législation apicole en vigueur : assurances, distance entre les ruches et les propriétés voisines, déclaration auprès des services vétérinaires, jusqu’à l’installation d’un abreuvoir pour empêcher ses abeilles d’aller étancher leur soif chez les voisins. Amateur donc très éclairé, Philippe Bélénus, ne laisse rien au hasard dans la pratique d’une activité délicate pour laquelle il s’est formé et continue à le faire en autodidacte consciencieux. C’est ainsi qu’à ce jour, sur les hauteurs de La Savane, en arrière de la maison familiale qui domine de son balcon la baie de Terre-de-Haut, avec vue imprenable sur l’Îlet à Cabris et la Guadeloupe en toile de fond, il dispose de cinq ruches dont il prévoit pour les mois à venir, si tout va bien, une récolte annuelle d’une cinquantaine de kilos d’un miel succulent, toutes fleurs confondues, estampillé Miel des Saintes, destiné exclusivement, pour le moment, à la famille et aux amis.

Vue de la propriété de Philippe Bélénus - Ph R. Joyeux

Vue du balcon de Philippe Bélénus, apiculteur amateur 

Un essaim sauvage domestiqué

C'est sur ce courbaril que Philippe  a découvert l'essaim sauvage

C’est sur ce courbaril que Philippe découvre l’essaim sauvage, point de départ de sa passion apicole.

C’est à la fin de l’année 2012, qu’intrigué par des vols sporadiques d’abeilles autour de sa maison que Philippe, craignant par-dessus tout ces petites bêtes ailées, découvre sur un courbaril de son terrain un essaim dont il ne sait que faire. Il prend alors contact avec un apiculteur chevronné de Trois-Rivières qui lui prête une ruchette et lui indique comment capturer en toute sécurité la colonie et sa reine. Ce ne fut pas chose aisée, mais de ce jour, naquit chez notre navigateur une véritable passion pour l’apiculture. Dès lors il a fallu préparer le terrain en aménageant un espace largement dégagé pour y installer ses ruches, faciliter leur approche et commencer son élevage. Entre temps il a fait l’acquisition de tout le matériel nécessaire et indispensable à son exploitation : corps de ruches et leurs hausses, cadres préalvéolés, voile de protection, enfumoir, extracteur… sans oublier quelques ouvrages spécialisés et des adresses de sites Internet pour parfaire ses connaissances et sa pratique d’apiculteur amateur.

Toujours parfaire ses connaissances. Ph R. Joyeux

Toujours parfaire ses connaissances. 

Une passion exigeante

Philippe et ses ruches

Un entretien régulier

S’occuper d’un rucher, surtout sur son temps libre, n’est pas toujours de tout repos. L’élevage de ces dames abeilles nécessite une vigilance et un entretien quasi quotidiens. Même s’il convient de laisser aux colonies la sérénité et la tranquillité nécessaires à leur méticuleux travail d’ouvrières infatigables. C’est donc régulière-ment que Philippe rend visite à ses hôtes, protégé par son voile et muni de son enfumoir, de sa brosse et de son lève-cadre pour alterner les hausses et permettre ainsi un remplissage uniforme des rayons. De plus, il convient de procéder à l’alimentation de la colonie et d’éliminer les abeilles mortes, car si la vie d’une reine avoisine les 5 ans, celle des ouvrières ne dépasse pas 90 jours. Autant de manipulations délicates qui exigent précision, calme et douceur de la part de l’apiculteur, la moindre précipitation ou nervosité déclencherait fureur et agressivité chez les abeilles, particulièrement susceptibles, auquel cas, il conviendrait de renoncer à les déranger.

Un environnement floral sain et varié

Fleur de lantanier- Ph R. Joyeux

Fleur de lantana

Le terrain de Philippe Bélénus et son environnement immédiat sont riches en plantes et arbustes aux fleurs mellifères. Ce qui permet aux abeilles de butiner et polliniser  à loisir, sans s’éloigner outre mesure de leurs ruches qu’elles retrouvent sans peine après chacune de leurs sorties. Pour ce faire, notre apiculteur, soucieux de la qualité biologique de sa production, prend particulièrement soin de ses plantations, aussi bien florales que fruitières, évitant soigneusement tout emploi de pesticides ou d’engrais chimiques. Cocotiers, raisiniers de mer, manguiers, avocatiers, courbarils, anacardiers… sont judicieusement répartis et entretenus à l’intérieur et aux abords de la propriété, auxquels s’ajoutent les fleurs sauvages des parterres et des haies, comme celles du lantana appelées mille-fleurs aux Saintes, et particulièrement appréciées des abeilles locales.

Sous la protection de Saint Ambroise  de Milan 

Fleurs de cocotier

Fleurs de cocotier 

Cette diversité de fleurs, sauvages ou fruitières, concourt sans peine à la production et à la récolte biannuelle (en mai et août) d’un miel ambré, léger et subtilement parfumé, qui, espérons-le, fera un jour son apparition sur le marché saintois, sans pour autant vouloir (ou pouvoir) concurrencer celui de la Guadeloupe continentale, réputé, comme son café, le meilleur du monde ! Une crainte, cependant justifiée, pour notre apiculteur-navigateur saintois : les maladies endémiques qui déciment les colonies d’abeilles à travers le monde, et surtout la survenue prochaine de la saison cyclonique qui risque d’endommager son rucher. Mais d’ores et déjà, Philippe Bélénus, en capitaine prévoyant et superstitieux, a pris ses précautions : l’acquisition programmée d’une statuette de Saint-Ambroise, protecteur des abeilles et patron des apiculteurs, dont il escompte protection et sauvegarde efficaces contre toutes maladies ou intempéries qui menaceraient potentiellement ses ruches, leurs reines et leurs laborieuses ouvrières. Souhaitons qu’ils seront, le cas échéant, lui et son rucher, miraculeusement écoutés et exaucés, et que, par la même occasion, Saint Ambroise, célébré le 7 décembre, nous épargnera, à nous aussi, simples amateurs du précieux nectar, ouragans et tempêtes tropicales dont débute bientôt la saison redoutée.

Diaporama : Philippe Bélénus et ses ruches

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Texte, photos et diaporama sont de Raymond Joyeux

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MÉMORIAL ACTE : inauguration le 10 mai 2015

Un projet ambitieux

IMG_6235La Région Guadeloupe porte l’ambitieux projet de construction du Mémorial ACTe, Centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage, mais aussi de recherches et de productions culturelles. Situé sur le site de l’ancienne usine Darboussier à Pointe-à-Pitre, ce lieu de connaissance et de diffusion des savoirs, d’envergure internationale, sera inauguré courant 2015. Le projet du Mémorial ACTe répond à l’ambition de la Région Guadeloupe de participer à la création d’une mémoire collective et d’encourager la recherche sur la traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions. Il s’agit ainsi pour la collectivité régionale de contribuer par la connaissance, la culture et la création à la fermeture des blessures d’une histoire marquant l’édification de la société guadeloupéenne comme celles de la Caraïbe et des Amériques, en mettant à la disposition de tous un espace dédié.

Photo Facebook les amis du mémorial

Photo Facebook les amis du mémorial

Le Mémorial ACTe sera un lieu pour apprendre, se recueillir, (re)chercher une histoire désormais commune à l’humanité. Le projet sera donc ancré sur la mémoire de la traite et de l’esclavage, mais aussi tourné sur les expressions qui en sont nées et qui en naissent aujourd’hui. C’est avant tout un lieu de réconciliation, de promotion d’un nouvel humanisme et d’entente entre les peuples, les nations. Poursuivant ses investissements pour mettre en lumière notre richesse culturelle, la Région Guadeloupe a investi fortement dans ce Mémorial ACTe, projet d’importance pour notre archipel, mais plus largement pour la Caraïbe. Ce lieu majeur de connaissance et de partage, tourné vers le futur, participera à renforcer l’attractivité de notre archipel.

Un édifice audacieux au cœur de Pointe-à-Pitre

memorial acte 2

Situé sur le site de l’ancienne usine sucrière Darboussier à Pointe-à-Pitre, sur une dizaine d’hectares, le chantier du Mémorial ACTe est toujours en cours. Pour rappel, la première pierre a été posée le 27 mai 2008, lors de la commémoration du 160e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe. Les travaux effectifs de construction ont débuté en mars 2013. Le Mémorial ACTe sera un imposant édifice de 2500 m2 comprenant plusieurs espaces :

  • un bâtiment principal offrant 1700 m2 d’exposition permanente
  • 700 m2 d’exposition temporaire
  • un restaurant gastronomique
  • un espace de recherches généalogiques
  • une médiathèque
  • une salle des congrès modulable pour accueillir spectacles, conférences et autres événements.

Mémorial acte 1Caractérisé par un parti architectural audacieux, l’édifice se présentera sous la forme des racines d’argent sur une boîte noire. Cette dernière, qui abritera l’exposition permanente, représente le socle renfermant la richesse que constitue la connaissance du passé et sur lequel se construit en partie la mémoire collective. Quant aux aménagements limitrophes, ils ont été conçus sous l’angle de l’écrin devant magnifier le bâtiment tout en le protégeant des nuisances urbaines.

Détail aménagement extérieur. Ph R. joyeux

Détail aménagement extérieur. Ph Raymond  joyeux

Il convient de préciser que la maîtrise d’œuvre est assurée par l’Atelier guadeloupéen d’architecture Berthelot/Mocka-Celestine (BMC), mandataire du groupement lauréat du concours international de maîtrise d’œuvre lancé en juin 2007 par la collectivité régionale, ainsi que la SARL d’architecture Dore/Marton, Colorado, Agence TER. La Société d’Economie Mixte (SEM) Patrimoniale Région Guadeloupe se charge de la coordination générale.

Article tiré du Site du Conseil Régional de la Guadeloupe
Les photos sans précision d’auteur sont du même site.

Le Mémorial dans son environnement urbain au lever du soleil - Ph.R.Joyeux

Le Mémorial dans son environnement urbain au lever du soleil – Ph.Raymond Joyeux

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Mars 2000, une première à Terre-de-Haut : le maire Robert Joyeux démissionne

Une page s’était-elle vraiment tournée ?
Rien n’est moins sûr

Robert Joyeux, 1er adjoint et maire de TDH de 1971 à 2000

Robert Joyeux, 1er adjoint et maire de TDH de 1971 à 2000

Mars 1971, le Docteur René Germain, originaire de Terre-de-Bas et Conseiller Général du canton des Saintes, est élu maire de Terre-de-Haut, succédant ainsi à Eugène Samson. Il a comme premier adjoint un certain Robert Joyeux, ancien militaire qui vient juste de prendre sa retraite. Au cours des 4 premières années de cette nouvelle mandature, la commune semble mise sur de plus solides rails et progressivement se modernise : embellissement, électrification, amélioration sanitaire, réfection des routes, ouverture au tourisme, aides à l’habitat. Malheureusement, pour des raisons ignorées, René Germain quitte la Guadeloupe avant la fin de son mandat, abandonne son poste à son ambitieux premier adjoint et laisse un conseil municipal sans âme et désorienté. Entre 1971 où, par délégation, il détient déjà pratiquement les rênes du pouvoir et  l’an 2000, année de sa démission, c’est pour Robert Joyeux la concrétisation d’un règne sans partage, particulièrement contesté, qui va durer près de 30 ans. Autocrate et dispendieux, ouvertement décrié par une bonne partie de la population, il est malgré tout élu et réélu quatre fois de suite.  S’instaure et s’amplifie alors  à Terre-de-Haut une ère de division, de clientélisme, de discrimination et de passe-droits qui plonge la commune dans la période la plus noire de son histoire en matière de pratique démocratique et de non maîtrise des dépenses publiques.

Une gestion budgétaire calamiteuse

 Dépenses inconsidérées qui aboutiront au premier grand déficit budgétaire, prélude à une seconde faillite intervenant quelques années plus tard avec son successeur. Sévèrement pointé du doigt par la Chambre Régionale des Comptes qui juge calamiteuse et passible de sanction sa gestion des deniers publics communaux, Robert Joyeux est contraint à la démission. C’est dans la lettre ci-dessous, non datée mais rendue publique en mars 2000, qu’il informe les Saintoises et les Saintois de sa décision, vraisemblablement imposée, selon ses détracteurs, par les autorités préfectorales pour lui éviter des ennuis judiciaires. Tout en précisant qu’il n’abandonne aucun de ses autres mandats, ceux de conseiller municipal et régional, tel un monarque de droit divin et anticipant le choix du conseil municipal, il désigne son dauphin en la personne de Louis Molinié. Lequel sera élu par ses pairs le 14 avril 2000 et reconduit dans ses fonctions l’année suivante, aux élections municipales de mars 2001, puis successivement en 2008 et 2014. Il reste à savoir si le successeur de Robert Joyeux fait mieux que lui en matière de pratique démocratique et de gestion budgétaire. Sur ce dernier point on peut déjà répondre que non puisque, pour mémoire, le déficit actuel de la commune de Terre-de-Haut, selon le dernier rapport de la Chambre Régionale des Compte, avoisine les six millions d’euros, soit trois fois supérieur en valeur constante, à celui des années 1990.

Un document pour l’histoire

Démisssion Robert Joyeux ret 2Le titre au-dessus de la lettre est d’un feuillet d’informations locales, L’Œil de l’Iguane, daté de mars 2000 

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Georges Magloire, premier prêtre saintois

Des origines modestes

P. Magloire recLe Père Georges Magloire est né à Grand-Anse Terre-de-Bas, le 22 janvier 1901. Il porte le même prénom que son arrière grand-père paternel qui s’était installé à l’île de Jersey, ayant fui la Révolution française avec ses deux fils, Victor et Saint-Marc. Épris d’aventure, ce premier Georges Magloire, dont les origines sont certainement bretonnes, débarqua un jour aux Saintes avec ses fils pour travailler dans la fabrique de poterie de Grand-Baie, tenue par un certain Sainte-Marie Grizelle. De là, son fils Victor épouse la demoiselle Aristide Aimé qui lui donnera trois garçons : Auguste, Eustache et Émélus, ainsi que deux filles, Suzanne et Élisabeth. Auguste épouse en premières noces Julie Ruart qui devait mourir après lui avoir donné cinq enfants dont 2 mourront en bas âge. Devenu veuf à 39 ans, Auguste épouse en secondes noces Mademoiselle Cétout Françoise Léonide, fille de Léonville Cétout, originaire de l’Habituée, et d’Augustine Bélénus originaire de Terre-de-Haut. Ce sont eux, Auguste Magloire et Léonide Cétout qui sont les parents de notre Georges Magloire.

Orphelin à 3 ans et demi et élève précoce

poterie (Copier)La poterie de Grand-Baie ayant cessé ses activités, Auguste, le père de Georges, embrasse la profession de marin-pêcheur. Malheureusement il devait mourir prématurément, en juillet 1904, laissant sa seconde femme sans fortune, avec 7 enfants à élever dont Georges, âgé seulement d’à peine 4 ans. Ce dernier grandit chichement à Terre-de-Bas où il va suivre une partie de ses études primaires sous la férule d’une institutrice très sévère, originaire de Saint-Barthélemy, Mme Gumbs. À l’âge de 9 ans, Georges doit quitter Grand-Anse pour poursuivre sa scolarité en CM1, au bourg de Petites-Anses, distant de 9 kilomètres que le jeune garçon doit faire à pied deux fois par jour, sans compter le jeudi pour le catéchisme et le dimanche pour la messe et les vêpres. Deux consolations cependant : la grande bonté de son maître d’école M. Éloi Germain et sa première communion le 22 septembre 1910.

Scolarité à Basse-Terre

Ayant la chance d’avoir un demi-frère, Armand, commerçant à Basse-Terre qui le prendra en pension, le jeune Georges quitte Terre-de-Bas, muni des recommandations élogieuses de son maître M. Germain. L’école où il est inscrit est dirigée par M. Feuillard, responsable de la classe de CM2. C’est dans cette classe qu’il est censé se trouver ce 1er octobre 1910. Malheureusement, une erreur de transmission le renvoie en CM1, mais il est repris rapidement en CM2. Pas pour longtemps, car à la suite d’une bagarre avec des chenapans de Basse-Terre, il est exclu de l’école et renvoyé à Terre-de-Bas où, après maintes péripéties, il finit par obtenir son certificat d’études. À 13 ans et demi, sa mère venant de décéder, le voilà revenu à Basse-Terre où il commencera par entrer en apprentissage d’ébénisterie avant de finir magasinier à la boutique de son demi-frère Armand jusqu’en 1921. Georges a alors tout juste 20 ans.

La révélation

église tdb rognL’idée de devenir prêtre avait déjà effleuré l’esprit de Georges, le propre jour de l’enterrement de sa mère, le 9 janvier 1914. Mais ce ne fut qu’un désir passager, car la vie l’ayant endurci et malgré une fréquentation religieuse assidue, il envisageait sérieusement de se marier, nanti de  la promesse de son frère Armand de lui léguer son commerce. Mais c’est en entrant un jour en l’église de Terre-de-Bas où il est venu passer 15 jours de congé, et alors que la paroisse est privée de curé depuis plusieurs mois, que naît définitivement sa vocation et s’ancre en lui la décision de se consacrer à Dieu. Dès lors, devenu séminariste, en dépit de son maigre bagage scolaire, il jure de franchir tous les obstacles pour arriver à ses fins.

Georges Magloire, âgé de 22 ans, en tenue de séminariste

Georges Magloire, âgé de 22 ans, en tenue de séminariste

 Départ pour la France, ordination et retour en Guadeloupe

Séminaire spiritain de Saint Ilan en Bretagne

Séminaire spiritain de Saint Ilan en Bretagne

C’est à l’école spiritaine des vocations tardives de Saint-Ilan près de Saint-Brieuc que Georges Magloire est envoyé le 15 mai 1925 pour suivre ses études de séminariste. Études qu’il poursuivra à la rue Lhomond à Paris et qui s’achèveront par l’ordination sacerdotale à Chevilly-la-Rue le 2 octobre 1932. Le 3 octobre 1933, soit un an après son ordination et 8 ans après son départ au grand séminaire que, premier prêtre Guadeloupéen de couleur, originaire des Saintes, Georges Magloire revient en Guadeloupe. Monseigneur Genoud, qui sera remplacé par Mgr Jean Gay en 1945,  est alors évêque du diocèse depuis plus de 20 ans. Affecté d’abord au Moule, le père Magloire sera ensuite nommé curé de Terre-de-Haut en 1934, en remplacement du père Marcel Lacroix. Ensuite viendront la direction du petit séminaire des Saintes puis celle de Blanchet et diverses charges sacerdotales successives : Sainte-Rose, Bouillante, Basse-Terre, Capesterre, Pointe Noire, Deshaies, autant de ministères paroissiaux, entrecoupés de trois séjours à la Trappe où il aimait se retirer pour méditer et se reposer, avec  le désir secret de se faire trappiste.

Ordination de Georges Magloire à Chevilly, en 1932

Ordination de Georges Magloire à Chevilly, en 1932

Son œuvre majeure : l’école presbytérale de Terre-de-Haut

Forte tête qui ne s’en cachait pas, Georges Magloire a eu à maintes reprises maille à partir avec la hiérarchie ecclésiastique du diocèse mais également avec les autorités civiles de la colonie, la Guadeloupe n’étant pas encore département français. C’est ainsi qu’il a créé en 1936 « l’école presbytérale » de Terre-de-Haut, devenue par la suite petit séminaire de Blanchet, sans en référer à l’évêque du moment, Mgr Genoud. Prévenant les réticences de ce dernier, il avait tout simplement mis le prélat devant le fait accompli, l’obligeant à reconnaître après-coup le bien-fondé de son initiative.

Élèves de l'école publique de Terre-de-Haut

Élèves de l’école publique de Terre-de-Haut 1950

Paradoxalement, c’est du directeur de l’école laïque, un dénommé Batistide, pourtant catholique convaincu, qu’était venue la condamnation. Estimant déloyale la concurrence faite à l’enseignement public, M. Batistide en avait informé l’inspecteur d’académie qui s’était rendu sur place pour négocier avec le Père Magloire la fermeture immédiate de son école, prétextant la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. Mais c’était surtout, semble-t-il, la crainte de voir l’école publique désertée au profit de la paroissiale qui avait déclenché les foudres des autorités académiques et justifié leurs démarches auprès du Père Magloire. C’était sans compter sur la force de caractère et la détermination de ce dernier qui, non seulement n’avait pas cédé, mais avait ouvert son séminaire aux jeunes Guadeloupéens. Au bout du compte, les deux écoles avaient fini par cohabiter pacifiquement pendant trois ans, jusqu’au transfert du petit séminaire à Blanchet en 1939.

Séminaristes à Blanchet autour du Père Magloire 1939 - © photo CATAN- Guadeloupe

Séminaristes de Blanchet autour du Père Magloire en 1939 – © photo CATAN- Guadeloupe

Sur la photo ci-dessus, propriété du fonds Catan de Basse-Terre, on reconnaît au milieu, tout en haut, en soutane noire et col blanc, le Père Georges Magloire, directeur de l’établissement, entouré à droite du Père Forbin et à gauche de Gaétan Bélénus, grand séminariste, originaire de Terre-de-Haut. Un autre séminariste de Terre-de-Haut, Deverne Joyeux, se trouve juste devant le Père Magloire. Il décédera 4 ans plus tard, à l’âge de 20 ans, asphyxié accidentellement par les gaz d’échappement d’un moteur de bateau. D’autres jeunes Saintois sont également présents sur cette photo dont certainement, entre autres, Pierre Lognos, Irénée Mériot, Gilbert Procida, Ricou Quintard, Germain et Sully Roques de Terre-de-Bas, ainsi que des jeunes de Guadeloupe continentale : Oscar Lacroix, Sanner, Lasserre, Flower, Gillet… que leurs proches reconnaîtront sans doute.

Distinction et fin de vie

Mgr Siméon Oualli, premier évêque guadeloupéen de 1970 à 1984

Mgr Siméon Oualli, premier évêque guadeloupéen de 1970 à 1984

C’est à l’abbaye de la Trappe, dans l’Orne, où il est en retraite monacale que le Père Magloire reçoit une lettre de Monseigneur Gay, évêque de Basse-Terre, lui demandant de revenir en Guadeloupe où il vient d’être nommé Vicaire Général, chargé de la pastorale, avec le titre honorifique de Monseigneur. Cette décision le perturbe mais il accepte, malgré son horreur des distinctions, d’obéir à son évêque.  Avant son retour au pays, programmé pour le 1er Janvier 1961, il suit de nombreuses sessions de formation en métropole pour faire face à ses nouvelles fonctions qu’il assumera sans se ménager jusqu’en 1980. Mais c’est surtout dans le recrutement, la formation et la défense du clergé local qu’il s’illustrera. Permettant ainsi la nomination comme évêque de la Guadeloupe du père Siméon Oualli en 1970 et plus tard celle d’Ernest Cabo, son protégé depuis toujours, qu’il n’aura pas eu le temps de voir accéder au siège épiscopal de Basse-Terre, miné par la maladie qui l’emportera le 26 novembre 1982.

Un homme de combats

Une des dernières photos du Père Magloire officiant en l'église de Deshaies

Une des dernières photos du Père Magloire officiant en l’église de Deshaies

Avant de s’en aller pour toujours, Georges Magloire confie à Jean Hamot, alors vicaire épiscopal, une série de notes retraçant sa vie d’écolier saintois du début du 20ème siècle, de jeune apprenti en ébénisterie, de magasinier, de séminariste et de prêtre, à charge pour le dépositaire de les publier après sa mort. C’est ce qu’a fait le père Jean Hamot en 1996, dans un très beau livre sans indication d’éditeur intitulé : GEORGES MAGLOIRE, Prêtre Guadeloupén.  C’est dans cet ouvrage que j’ai puisé la plupart des informations contenues dans cette chronique, ainsi que les photos en noir et blanc, à l’exception de celle des écoliers de Terre-de-Haut de ma collection personnelle, et des Séminaristes de Blanchet du fonds photographique Catan. « L’homme était à la fois heureux et tourmenté, écrit Jean Hamot dans sa présentation, tantôt aimé, tantôt vilipendé…. Il a œuvré pour une Église consciente, responsable et agissante. Ces Mémoires sont à la fois un témoignage et une fresque de la vie des hommes et des femmes de Guadeloupe. C’est aussi un regard chargé d’humour et d’amour que Mgr Magloire se plaît à jeter sur son pays. »

Georges Magloire et Mgr Gay entouré du clergé local

Georges Magloire et Mgr Gay entourés des prêtres du clergé local guadeloupéen au début des années 60

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