Théâtre en la cité : une expérience à renouveler

Cendrillon revisitée

Unknown-1Une fois n’est pas coutume, les habitants de Terre-de-Haut ont eu l’heureuse opportunité de pouvoir assister à la représentation d’une pièce de théâtre sous le préau de l’école primaire les mercredi 7 et jeudi 8 mai 2015, entre 19 h et 20 h 30 : soit une heure et demi de divertissement et de vrai bonheur. Il s’agissait d’une adaptation libre du célèbre conte de Charles Perrault : Cendrillon, revue et corrigée par Joël Pommerat, auteur belge d’expression française. Ceux qui se souviennent de ce merveilleux récit de leur enfance n’auront eu aucun mal à retrouver dans la pièce de Joël Pommerat les principaux ingrédients et personnages de la légende de Cendrillon, même sérieusement remaniée par l’auteur : la petite orpheline maltraitée qui deviendra princesse, la belle-mère acariâtre et ses deux filles jalouses, le roi qui s’inquiète pour son fils, le prince en quête d’amour, l’indispensable fée et la fameuse chaussure, trait d’union entre les deux amoureux, même si l’auteur a fait une sérieuse entorse au conte initial, puisque c’est le prince, ici, qui offre sa chaussure et non Cendrillon qui égare la sienne…

Une passionnée de théâtre en quête d’acteurs

1916260_406957209643_3743103_nC’est à l’initiative de la propriétaire de la boutique Mahogany, au Mouillage, Annie Benomar, que cette pièce a pu voir le jour à Terre-de-Haut, alors que rares – pour ne pas dire inexistantes – sont dans la commune les manifestations culturelles de ce type. Arrivée aux Saintes en 2012, Annie, dès l’année suivante, forte de 10 années de formation de comédienne et de mise en scène, acquise en Auvergne à l’École-Théâtre Les Petits Princes, sous la férule d’Emmanuelle Chamaillard, s’est mise en quête de volontaires pour des cours bénévoles de comédie. Si, autres que celle de notre amie Blondine Cassin toujours prête à relever ce genre de défi, les candidatures saintoises ne furent pas à la hauteur de ses espérances, Annie s’est tournée vers ses connaissances liées de fraîche date : commerçants comme elle, gendarmes, enseignants… pour finalement se retrouver à la tête d’une petite troupe d’une dizaine de comédiens amateurs, n’ayant jamais mis les pieds sur une scène pour la plupart, mais bien décidés à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Une longue préparation et un coup d’essai

le publicDéjà, en juin 2014, pour clore plus de 6 mois de préparation, de répétitions et d’essais de mise en scène, c’est dans la grande salle de l’hôtel La Saintoise, prêtée par Jean-Claude Samson, que la petite troupe proposa à la population de Terre-de-Haut une parodie du fameux feuilleton télévisé, Amour Gloire et Beauté. L’expérience porta ses fruits puisqu’un an tout juste après ce coup d’essai réussi, toujours sous la conduite d’Annie Benomar, c’est une vraie pièce de théâtre que le public a pu découvrir et apprécier en ce début de mai 2015, cette fois-ci, à l’école primaire. Concernant cette dernière prestation, il faut imaginer le travail fourni par ces comédiens d’occasion, peu habitués à  mémoriser un texte relativement long, peu accoutumés à se donner la réplique sans bafouiller ni se tromper ; il faut imaginer l’assiduité et la persévérance qui furent les leurs depuis janvier ; la contrainte acceptée de se retrouver en répétition tous les mardis soir après le travail, pour mesurer leur mérite respectif et l’amour partagé du théâtre qui les anime… Assiduité, persévérance et amour du théâtre que nous devons saluer et qui furent récompensés par la présence d’un public attentif et enthousiaste, comme ce fut le cas les 7 et 8 mai derniers.

Décor, costumes, accessoires : l’option minimaliste

la fée 2Faute de structures matérielles disponibles adaptées, et sans doute aussi de financement – les représentations sont gratuites – c’est l’option minimaliste qu’Annie Benomar a privilégiée pour sa mise en scène. Certes, le texte, la direction et l’interprétation des acteurs constituent les éléments essentiels d’une pièce de théâtre, mais faire radicalement l’impasse sur le décor, les costumes, l’éclairage et les accessoires, c’est par certains côtés priver le public de l’attrait et de la magie du spectacle. Surtout lorsqu’il est destiné aussi aux enfants et que des indications précises pour chaque scène de la pièce ont été données par l’auteur.

soulierOn comprend très bien que le metteur en scène ait fait aux Saintes avec les moyens du bord, et ce n’est pas lui jeter la pierre que de le signaler. D’autant qu’ici l’absence de décor n’a nullement nui à la compréhension globale de l’intrigue. Ce qui, par contre, a pu décontenancer certains spectateurs, même parmi les moins jeunes, c’est le fait qu’un même comédien (ou comédienne) interprète plusieurs personnages sans que le public ait été préalablement averti. Cette pratique n’est pas rare au théâtre. Surtout lorsqu’on ne dispose pas d’un nombre suffisant d’acteurs et que l’on veut répartir équitablement les rôles. Mais, à notre avis, un simple dépliant distribué avant le spectacle, résumant brièvement la pièce et signalant précisément la distribution, suffirait à palier cet inconvénient.

Un souhait : continuer et faire des émules

une scène 2Cela dit, ne boudons pas notre plaisir. Annie Benomar et ses comédiens d’un jour ne sont en rien responsables de la carence communale en matière de salle de spectacles même modeste, disposant d’une véritable scène et de tous les accessoires destinés à une représentation théâtrale digne de ce nom : rideaux, coulisses, costumes, décors, éclairages, sonorisation… Bien préparés à jouer avec le strict minimum, les comédiens d’Annie ont démontré avec bonheur leurs capacités à se passer de décorum. Et ce n’est pas le moindre de leur mérite. Souhaitons qu’ils ne s’arrêtent pas en si bon chemin et qu’à l’avenir, plus que jamais habités de l’esprit du beau spectacle en général et du théâtre en particulier, ils nous gratifient encore et encore de leurs talents, amorçant ainsi et perpétuant pour notre plaisir et celui de notre communauté (Terre-de-Bas comprise) une véritable vie artistique et culturelle qui manquait jusqu’alors cruellement aux Saintes… Avec l’espoir de faire chez nos jeunes et moins jeunes des émules motivés et persévérants. Encore bravo et merci à cette troupe d’amateurs bénévoles et à son metteur en scène qui ont su nous régaler l’espace de deux petites soirées, trop rares aux yeux de beaucoup de spectateurs – enfants et adultes – plus que ravis rencontrés à l’issue des représentations…

Salut

Texte : Joël Pommerat
Adaptation et mise en scène : Annie Benomar
Sonorisation : Rony

Interprétation :
La Belle-mère : Anita, Marine, Fabienne
Sœur la petite : Maud, Caroline
Sœur la grande : Blondine, Marine
Le Père de Cendrillon : Stéphane, Laurent
Cendrillon (La très jeune fille)  : Maud, Blondine, Marine
Le Roi : Laurent
Le Prince : Stéphane
La Fée : Laurent

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4 commentaires pour Théâtre en la cité : une expérience à renouveler

  1. Benomar Annie dit :

    Monsieur, je vous remercie très chaleureusement pour votre article sur notre prestation.
    j attire votre attention sur le fait que l l ensemble des comédiens s’est inscrit auprès de l OMSC et n étaient pas des relations issues de mes connaissances. Un lien de sympathie c est installé et a permis à notre troupe de dégager une véritable dynamique de groupe.
    D autre part, mon éducation théâtrale m’a formée à faire et à jouer sans décor c est donc un choix et non un manque de moyens.
    Ma très grande satisfaction est de pouvoir reunir pendant 2 h sur un même lieu des Saintois de souche , de cœur et tout âge.
    La culture est l affaire de tous faisons qu ensemble elle se développe pour les Saintes.
    Cordialement
    Annie

    • raymondjoyeux dit :

      Merci, chère Madame, pour ces précisions. Je vous souhaite sincèrement, comme je l’ai dit dans l’article, de poursuivre dans cette voie. Quels que furent vos choix de metteur en scène, quelles que furent les conditions dans lesquelles elle s’est réalisée, votre initiative apporte un réel sang neuf en matière de vie culturelle à Terre-de-Haut. Ne serait-ce qu’à ce titre, les Saintois, en tout cas ceux qui sont sensibles aux arts et à la culture, doivent vous en être reconnaissants, même si leur implication reste pour le moment réduite. Vous avez raison de dire que c’est une affaire collective à laquelle il appartient aux uns et aux autres, les instances publiques comme la sphère privée, d’apporter leur pierre et de contribuer. Je partage pleinement cette opinion.

  2. CANNEAUX Nathalie dit :

    j’ai assisté au spectacle le jeudi….j’ai trouvé cela fantastique et très intéressant, subitil et plein de poésie et d’humour. Lier le français au créole est un véritable enchantement malgré quelques longueurs. Encore, Encore!!!!!

  3. Benomar Annie dit :

    Merci beaucoup pour tous vos encouragements

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