Solution au problème des Saintes ou les idées avant-gardistes d’une Saintoise de 1970

Fille de Théodore Samson

MaryaMarya SAMSON était née le 18 novembre 1914 à Terre-de-Haut. Elle est décédée dans son île natale en août 1996. Elle allait avoir 82 ans. Elle était la fille de Léontine CÉLÉRIÉ et de l’ancien maire Théodore SAMSON, lui même décédé dans l’exercice de ses fonctions en 1959, à la gendarmerie communale, dans des circonstances jamais totalement élucidées. Prise en charge très jeune par sa tante Anne LASSERRE dont le mari était percepteur à Terre-de-Haut, elle fut scolarisée à Basse-Terre avant de se rendre en Métropole avec le couple pour s’inscrire en fac de Bordeaux où elle suivra une formation médicale couronnée par un diplôme d’infirmière. Par la suite, étudiante aux Cours Pigier, elle acquiert une solide formation de secrétariat-comptabilité-commerce et revient à 20 ans aux Saintes revoir ses parents. Mais c’était pour retourner peu après en métropole où elle fera sa vie. Trois fois mariée, après les Saintes et Basse-Terre, elle vécut successivement à Bordeaux, Paris, Tunis, Fort de France et Pointe-à-Pitre puis enfin à nouveau à Terre-de-Haut. Marya SAMSON, femme ouverte et entreprenante, bourrée d’idées et de projets, était la mère de la sympathique et avenante Anne-Marie MONPOIX, bien connue aujourd’hui à Terre-de-Haut où elle dirige une entreprise de location de scooters et de voitures électriques : la société CAPTHÉO2.

Un testament socio-économique

Marya 2C’est en 1965, que, jeune enseignant, je fis la connaissance de Marya Samson alors qu’elle était installée à Pointe-à-Pitre avec sa fille. Se rendant régulièrement aux Saintes, elle était intarissable sur l’évolution de sa commune d’origine pour laquelle elle entrevoyait un avenir lumineux, lié à celui de Terre-de-Bas. Les notes qui suivent, intitulées Solution au problème des Saintes, et qui sont comme une sorte de testament socio-économique m’ont été confiées en 1967. Ce ne sont pas moins de 6 feuillets manuscrits 21 x 27, couverts recto-verso d’une écriture régulière, sans ratures ni rajouts, comme une conversation continue dont je suis obligé malheureusement de ne proposer que des extraits, vu la densité et la longueur du contenu. Idées avant-gardistes d’une Saintoise du siècle dernier dont certaines propositions ont été réalisées sans qu’elle en ait eu connaissance et dont certaines autres, loin d’être de douces rêveries d’une utopiste éthérée, pourraient bien inspirer nos dirigeants et populations d’aujourd’hui…

Union des deux îles et création d’une Coopération mutualiste

« L’union des deux îles est indispensable. Elles doivent coopérer et s’unir ! Leur problème est le même et c’est leur union qui fera leur force. C’est dans un esprit d’accord mutuel, affectif, social, économique et financier que doit s’effectuer cette fusion. Une élite sélectionnée dans les deux îles doit se grouper et créer un comité responsable organisateur et dévoué à cette tâche, qui aura la direction totale des réformes. La seule, l’unique possibilité de s’en sortir et d’entrer dans la voie de l’avenir est que les deux îles créent en commun la Caisse de Coopération Mutuelle Saintoise. Le Comité créera cette Mutuelle, cette Banque régie comme les autres banques, dont le siège sera à Terre-de-Haut, groupera les fonds de tous les Saintois des deux îles, en faisant appel aux Saintois du dehors, aux amis des Saintes afin d’y coopérer par leur effort. Les Saintois d’aujourd’hui seront les pionniers de cette vraie révolution sociale et économique. Dans un délai sûrement pas très long ils deviendront les actionnaires de cette belle affaire prospère que deviendra la Caisse de Coopération Mutuelle Saintoise. Quelle que soit la somme versée, un Saintois ou un autre jouira des avantages de la Caisse. Un jour on percevra des intérêts au prorata des dépôts. Ce sera la caisse de tous les Saintois. Dès la mise en fonction et l’ouverture de la Caisse elle prendra en mains la solution au Problème des îles. »

Carte des Saintes

 Poisson et viande

poissonPoisson : « La Caisse se portera garant d’un prêt à la SICOOP. Chambres froides – magasins de vente au détail dans les deux îles. Le poisson des deux îles vendu exclusivement à la Caisse – entreposé à Terre-de-Haut. (Pour les pêcheurs rien ne change, ils vendent leur poisson à la Caisse, réglés sur l’heure. Ils auront l’avantage de n’en pas perdre un kilo et ils en tireront encore plus tard les bénéfices de la Caisse. On achètera même une pêche d’enfant !). Le directeur de la Poissonnerie délégué pour traiter les marchés de gros et détail. »

 CabrisViande : Il est indispensable que tous les Saintois se nourrissent d’une façon rationnelle. On doit pouvoir acheter de la viande dans les deux îles comme partout ailleurs et en vendre au dehors. Les Saintois peuvent avoir leur cheptel. Il suffit d’un peu d’organisation et d’un peu d’effort au départ. Messieurs les maires décideront des terrains municipaux, pour le bien de leur île des locations possibles et la Caisse patronnera l’élevage. Main d’œuvre de bonne volonté. Jeunes, au travail : on déboise, on entoure, un bel enclos assez vaste bien sûr. Pierres, sable, ciment, on construit une très grande citerne avec bassin extérieur (abreuvoir), tout autour, de grands hangars couverts (étables) – au-delà on entretient les espaces verts qu’on arrose de temps en temps. 

vachesBœufs, vaches, moutons, cabris, nourris comme les bêtes de France en hiver, abreuvées abondamment, soignées, abritées, qui donneront une chair savoureuse et une reproduction bien menée. Porcs, volailles, selon la technique moderne. Des cours seront donnés pour mener cette organisation productrice. Nos mornes incultes peuvent faire notre richesse ! Vous en serez surpris. L’élevage est une étude, on vous guidera, le pays s’y prête. Le mouton pré-salé est réputé. Il y aura plusieurs centres d’élevage. À chacun sa citerne et ses employés. »

Pas assez de culture dans nos îles

Jardin biologique de Tonton Fernand

Jardin biologique de Tonton Fernand

« Ici, j’insiste sur la culture du raisin-muscat qui devient si beau dans nos îles. Entourons nos enclos d’une double garniture de treilles entretenues, arrosées, taillées. Non content que tous les gens du pays seront heureux d’en savourer, mais combien de cageots régaleront ceux du continent guadeloupéen… Nos salades sur des installations sous nos treilles, fumées par nos bêtes approvisionneront l’île à discrétion et qui sait ? mieux encore… Un bateau de transport fera la livraison à la ville des commandes de poisson, de viande, de poulets, de raisin, de  légumes, de souvenirs. Il ramènera aux Saintes, au retour, la nourriture des bêtes… Bon nombre d’emplois nouveaux seront ainsi assurés par la Caisse qui rémunéra d’une façon décente avec sécurité et avantages de sa direction… »

Une priorité : les jeunes

Un établissement technique sera créé pour initier les jeunes à la création de souvenirs et d’objets de toutes sortes qui seront vendus aux touristes :

« Garçons : Coquillages, empaillages, naturalisation, menuiserie, dessin, peinture, petit bateaux miniatures, salacos miniatures et tailles normales etc… « Filles : Jours, broderies, costumes antillais toutes tailles, coloris divers au complet : avec jupons, madras, colliers grains d’or, le tout sous cellophane. Poupées, napperons, colliers de graines et coquillages. Tout y sera vendu en grosse production les Saintes classées premières dans cette industrie et leurs expositions feraient le ravissement des touristes. Très vite cette affaire deviendrait rentable et pourvoirait seule à ses besoins. Les jeunes y gagnant leur vie en continuant de se perfectionner. « 

Crochet saintois. Capture d'écran fête de Terre-de-Bas

Crochet saintois. Capture d’écran fête de Terre-de-Bas 2015

 Autre œuvre sociale : le palais des divertissements

jeux - copie« Quand ils ne travaillent pas, nos insulaires s’ennuient ! Ils ne savent pas comment employer leurs heures creuses ! d’où tant de petits défauts que nous leur reprochons. Guidons leurs loisirs, divertissons-les d’une façon saine. Pour nos jeunes, maintenons l’esprit de discipline et de sociabilité même dans la détente. Pour nos adultes qui s’y distrairont autant que les jeunes, soumis à la même discipline, ils en oublieront leurs anciennes habitudes. Dès maintenant, cette nouvelle génération prise en mains du réveil au coucher sera parée pour l’avenir, car sitôt la sortie de l’École Technique ils iront au Palais des Divertissements… Un vaste enclos, une grande bâtisse compartimentée : des pelouses, balançoires, toboggans, jeux de jardins, ping-pong, baby-foot. Une salle de musique : pianos, guitares, médiathèque, discothèque, jeux de société. Un bar : jus, sodas, gâteaux, sandwichs. Une salle de lecture : bibliothèque, journaux de toutes sortes. Échange de cartes et de lettres avec des correspondants. Une salle de projection, une caméra pour filmer documentaires, reportages… Chacun y fait ce qu’il veut, ce qu’il aime… Parfois on y organisera des bals, des soirées théâtrales et toute la population se fera belle pour aller applaudir ses enfants… Les vieux, isolés, seront également pris en charge. »

Équipements et tourisme

De l'eau venue de Guadeloupe

De l’eau venue de Guadeloupe 1994

« Cela va sans dire, tout le reste suivra : eau, électricité, cours complémentaires, téléphone, un médecin avec sa clinique, laboratoire, pharmacie… Aides aux familles nombreuses en période de rentrée scolaire, réorganisation de l’habitat sans abîmer le site mais tout confort avec de profondes citernes en sous-sol, même si le problème de l’eau était résolu par l’État. Appartement en location, on verrait des fleurs aux fenêtres, des jardinets coquets et nos îles comme de vrais bijoux. Terre-de-Haut et Terre-de-Bas vont se parer pour le tourisme : hôtels, bungalows, restaurants, salons de coiffure, magasins de luxe, blanchisserie et repassage automatique, piscines dans la mer, canots à voiles en location… Des plages ratissées nettes comme des salons. Ceci dit, dès maintenant. Saintois, un peu d’organisation : un râteau, une pelle, on brûle les ordures et le bois mort, on enlève pierres, conques de lambis, tessons de bouteille et vieilles boîtes et nous voilà dans l’honneur… »

L’apothéose

« Nous voulons aller de l’avant. C’était hier nos Saintes de misère. Celles dont on disait : les Saintois !… ah !.. Nous sommes combien de Saintois ? Sans rien demander à personne, par nous-mêmes, sinon des prêts d’État sous forme légale… Tous ensemble, comme une levée en masse de l’amour et de la foi. Nous disons tous : OUI ! OUI ! pour tout cela. Élite saintoise qui me comprenez faites-le comprendre aux autres ! Assez de misère ! »                                                                                                Marya

Voilà. C’est ainsi, telle qu’en elle-même, Marya SAMSON, fille de Théodore, notre regretté maire, envisageait en visionnaire l’évolution et l’avenir de nos îles. À chacun de se faire son opinion ou d’exprimer ses commentaires ou ses réserves sur les propositions avant-gardistes de notre compatriote qui aurait eu 101 ans cette année. Il ne me reste plus qu’à remercier chaleureusement sa fille Anne-Marie MONPOIX de m’avoir aimablement communiqué la photo de sa mère ainsi que le logo de son entreprise Capthéo2 que je vous propose volontiers : car comme sa mère, Anne-Marie voit loin. Elle est la première et la seule pour le moment aux Saintes à recharger les batteries de ses voiturettes à l’énergie solaire, en attendant que les autres s’y mettent… cartello_cap_4Raymond Joyeux

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Une activité insolite à Terre-de-Haut : l’apiculture

  1. Philippe Bélénus, amateur d’abeilles éclairé

Phil bélénusRien ne prédisposait Philippe Bélénus à pratiquer un jour l’apiculture ! Marin depuis toujours, aujourd’hui capitaine à plein temps sur un navire de transport de marchandise entre les Saintes et la Guadeloupe, il consacre le plus clair de ses loisirs à s’occuper de ses ruches, tel un vrai professionnel. Soit dit en passant, il est, bien entendu, régulièrement inscrit à la chambre d’agriculture, comme le veut la loi en la circonstance. Particulièrement pointilleux sur la règlementation, alors même qu’il n’envisage pas pour le moment de commercialiser sa production, Philippe a pris toutes les précautions d’usage pour respecter la législation apicole en vigueur : assurances, distance entre les ruches et les propriétés voisines, déclaration auprès des services vétérinaires, jusqu’à l’installation d’un abreuvoir pour empêcher ses abeilles d’aller étancher leur soif chez les voisins. Amateur donc très éclairé, Philippe Bélénus, ne laisse rien au hasard dans la pratique d’une activité délicate pour laquelle il s’est formé et continue à le faire en autodidacte consciencieux. C’est ainsi qu’à ce jour, sur les hauteurs de La Savane, en arrière de la maison familiale qui domine de son balcon la baie de Terre-de-Haut, avec vue imprenable sur l’Îlet à Cabris et la Guadeloupe en toile de fond, il dispose de cinq ruches dont il prévoit pour les mois à venir, si tout va bien, une récolte annuelle d’une cinquantaine de kilos d’un miel succulent, toutes fleurs confondues, estampillé Miel des Saintes, destiné exclusivement, pour le moment, à la famille et aux amis.

Vue de la propriété de Philippe Bélénus - Ph R. Joyeux

Vue du balcon de Philippe Bélénus, apiculteur amateur 

Un essaim sauvage domestiqué

C'est sur ce courbaril que Philippe  a découvert l'essaim sauvage

C’est sur ce courbaril que Philippe découvre l’essaim sauvage, point de départ de sa passion apicole.

C’est à la fin de l’année 2012, qu’intrigué par des vols sporadiques d’abeilles autour de sa maison que Philippe, craignant par-dessus tout ces petites bêtes ailées, découvre sur un courbaril de son terrain un essaim dont il ne sait que faire. Il prend alors contact avec un apiculteur chevronné de Trois-Rivières qui lui prête une ruchette et lui indique comment capturer en toute sécurité la colonie et sa reine. Ce ne fut pas chose aisée, mais de ce jour, naquit chez notre navigateur une véritable passion pour l’apiculture. Dès lors il a fallu préparer le terrain en aménageant un espace largement dégagé pour y installer ses ruches, faciliter leur approche et commencer son élevage. Entre temps il a fait l’acquisition de tout le matériel nécessaire et indispensable à son exploitation : corps de ruches et leurs hausses, cadres préalvéolés, voile de protection, enfumoir, extracteur… sans oublier quelques ouvrages spécialisés et des adresses de sites Internet pour parfaire ses connaissances et sa pratique d’apiculteur amateur.

Toujours parfaire ses connaissances. Ph R. Joyeux

Toujours parfaire ses connaissances. 

Une passion exigeante

Philippe et ses ruches

Un entretien régulier

S’occuper d’un rucher, surtout sur son temps libre, n’est pas toujours de tout repos. L’élevage de ces dames abeilles nécessite une vigilance et un entretien quasi quotidiens. Même s’il convient de laisser aux colonies la sérénité et la tranquillité nécessaires à leur méticuleux travail d’ouvrières infatigables. C’est donc régulière-ment que Philippe rend visite à ses hôtes, protégé par son voile et muni de son enfumoir, de sa brosse et de son lève-cadre pour alterner les hausses et permettre ainsi un remplissage uniforme des rayons. De plus, il convient de procéder à l’alimentation de la colonie et d’éliminer les abeilles mortes, car si la vie d’une reine avoisine les 5 ans, celle des ouvrières ne dépasse pas 90 jours. Autant de manipulations délicates qui exigent précision, calme et douceur de la part de l’apiculteur, la moindre précipitation ou nervosité déclencherait fureur et agressivité chez les abeilles, particulièrement susceptibles, auquel cas, il conviendrait de renoncer à les déranger.

Un environnement floral sain et varié

Fleur de lantanier- Ph R. Joyeux

Fleur de lantana

Le terrain de Philippe Bélénus et son environnement immédiat sont riches en plantes et arbustes aux fleurs mellifères. Ce qui permet aux abeilles de butiner et polliniser  à loisir, sans s’éloigner outre mesure de leurs ruches qu’elles retrouvent sans peine après chacune de leurs sorties. Pour ce faire, notre apiculteur, soucieux de la qualité biologique de sa production, prend particulièrement soin de ses plantations, aussi bien florales que fruitières, évitant soigneusement tout emploi de pesticides ou d’engrais chimiques. Cocotiers, raisiniers de mer, manguiers, avocatiers, courbarils, anacardiers… sont judicieusement répartis et entretenus à l’intérieur et aux abords de la propriété, auxquels s’ajoutent les fleurs sauvages des parterres et des haies, comme celles du lantana appelées mille-fleurs aux Saintes, et particulièrement appréciées des abeilles locales.

Sous la protection de Saint Ambroise  de Milan 

Fleurs de cocotier

Fleurs de cocotier 

Cette diversité de fleurs, sauvages ou fruitières, concourt sans peine à la production et à la récolte biannuelle (en mai et août) d’un miel ambré, léger et subtilement parfumé, qui, espérons-le, fera un jour son apparition sur le marché saintois, sans pour autant vouloir (ou pouvoir) concurrencer celui de la Guadeloupe continentale, réputé, comme son café, le meilleur du monde ! Une crainte, cependant justifiée, pour notre apiculteur-navigateur saintois : les maladies endémiques qui déciment les colonies d’abeilles à travers le monde, et surtout la survenue prochaine de la saison cyclonique qui risque d’endommager son rucher. Mais d’ores et déjà, Philippe Bélénus, en capitaine prévoyant et superstitieux, a pris ses précautions : l’acquisition programmée d’une statuette de Saint-Ambroise, protecteur des abeilles et patron des apiculteurs, dont il escompte protection et sauvegarde efficaces contre toutes maladies ou intempéries qui menaceraient potentiellement ses ruches, leurs reines et leurs laborieuses ouvrières. Souhaitons qu’ils seront, le cas échéant, lui et son rucher, miraculeusement écoutés et exaucés, et que, par la même occasion, Saint Ambroise, célébré le 7 décembre, nous épargnera, à nous aussi, simples amateurs du précieux nectar, ouragans et tempêtes tropicales dont débute bientôt la saison redoutée.

Diaporama : Philippe Bélénus et ses ruches

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Texte, photos et diaporama sont de Raymond Joyeux

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MÉMORIAL ACTE : inauguration le 10 mai 2015

Un projet ambitieux

IMG_6235La Région Guadeloupe porte l’ambitieux projet de construction du Mémorial ACTe, Centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage, mais aussi de recherches et de productions culturelles. Situé sur le site de l’ancienne usine Darboussier à Pointe-à-Pitre, ce lieu de connaissance et de diffusion des savoirs, d’envergure internationale, sera inauguré courant 2015. Le projet du Mémorial ACTe répond à l’ambition de la Région Guadeloupe de participer à la création d’une mémoire collective et d’encourager la recherche sur la traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions. Il s’agit ainsi pour la collectivité régionale de contribuer par la connaissance, la culture et la création à la fermeture des blessures d’une histoire marquant l’édification de la société guadeloupéenne comme celles de la Caraïbe et des Amériques, en mettant à la disposition de tous un espace dédié.

Photo Facebook les amis du mémorial

Photo Facebook les amis du mémorial

Le Mémorial ACTe sera un lieu pour apprendre, se recueillir, (re)chercher une histoire désormais commune à l’humanité. Le projet sera donc ancré sur la mémoire de la traite et de l’esclavage, mais aussi tourné sur les expressions qui en sont nées et qui en naissent aujourd’hui. C’est avant tout un lieu de réconciliation, de promotion d’un nouvel humanisme et d’entente entre les peuples, les nations. Poursuivant ses investissements pour mettre en lumière notre richesse culturelle, la Région Guadeloupe a investi fortement dans ce Mémorial ACTe, projet d’importance pour notre archipel, mais plus largement pour la Caraïbe. Ce lieu majeur de connaissance et de partage, tourné vers le futur, participera à renforcer l’attractivité de notre archipel.

Un édifice audacieux au cœur de Pointe-à-Pitre

memorial acte 2

Situé sur le site de l’ancienne usine sucrière Darboussier à Pointe-à-Pitre, sur une dizaine d’hectares, le chantier du Mémorial ACTe est toujours en cours. Pour rappel, la première pierre a été posée le 27 mai 2008, lors de la commémoration du 160e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe. Les travaux effectifs de construction ont débuté en mars 2013. Le Mémorial ACTe sera un imposant édifice de 2500 m2 comprenant plusieurs espaces :

  • un bâtiment principal offrant 1700 m2 d’exposition permanente
  • 700 m2 d’exposition temporaire
  • un restaurant gastronomique
  • un espace de recherches généalogiques
  • une médiathèque
  • une salle des congrès modulable pour accueillir spectacles, conférences et autres événements.

Mémorial acte 1Caractérisé par un parti architectural audacieux, l’édifice se présentera sous la forme des racines d’argent sur une boîte noire. Cette dernière, qui abritera l’exposition permanente, représente le socle renfermant la richesse que constitue la connaissance du passé et sur lequel se construit en partie la mémoire collective. Quant aux aménagements limitrophes, ils ont été conçus sous l’angle de l’écrin devant magnifier le bâtiment tout en le protégeant des nuisances urbaines.

Détail aménagement extérieur. Ph R. joyeux

Détail aménagement extérieur. Ph Raymond  joyeux

Il convient de préciser que la maîtrise d’œuvre est assurée par l’Atelier guadeloupéen d’architecture Berthelot/Mocka-Celestine (BMC), mandataire du groupement lauréat du concours international de maîtrise d’œuvre lancé en juin 2007 par la collectivité régionale, ainsi que la SARL d’architecture Dore/Marton, Colorado, Agence TER. La Société d’Economie Mixte (SEM) Patrimoniale Région Guadeloupe se charge de la coordination générale.

Article tiré du Site du Conseil Régional de la Guadeloupe
Les photos sans précision d’auteur sont du même site.

Le Mémorial dans son environnement urbain au lever du soleil - Ph.R.Joyeux

Le Mémorial dans son environnement urbain au lever du soleil – Ph.Raymond Joyeux

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Mars 2000, une première à Terre-de-Haut : le maire Robert Joyeux démissionne

Une page s’était-elle vraiment tournée ?
Rien n’est moins sûr

Robert Joyeux, 1er adjoint et maire de TDH de 1971 à 2000

Robert Joyeux, 1er adjoint et maire de TDH de 1971 à 2000

Mars 1971, le Docteur René Germain, originaire de Terre-de-Bas et Conseiller Général du canton des Saintes, est élu maire de Terre-de-Haut, succédant ainsi à Eugène Samson. Il a comme premier adjoint un certain Robert Joyeux, ancien militaire qui vient juste de prendre sa retraite. Au cours des 4 premières années de cette nouvelle mandature, la commune semble mise sur de plus solides rails et progressivement se modernise : embellissement, électrification, amélioration sanitaire, réfection des routes, ouverture au tourisme, aides à l’habitat. Malheureusement, pour des raisons ignorées, René Germain quitte la Guadeloupe avant la fin de son mandat, abandonne son poste à son ambitieux premier adjoint et laisse un conseil municipal sans âme et désorienté. Entre 1971 où, par délégation, il détient déjà pratiquement les rênes du pouvoir et  l’an 2000, année de sa démission, c’est pour Robert Joyeux la concrétisation d’un règne sans partage, particulièrement contesté, qui va durer près de 30 ans. Autocrate et dispendieux, ouvertement décrié par une bonne partie de la population, il est malgré tout élu et réélu quatre fois de suite.  S’instaure et s’amplifie alors  à Terre-de-Haut une ère de division, de clientélisme, de discrimination et de passe-droits qui plonge la commune dans la période la plus noire de son histoire en matière de pratique démocratique et de non maîtrise des dépenses publiques.

Une gestion budgétaire calamiteuse

 Dépenses inconsidérées qui aboutiront au premier grand déficit budgétaire, prélude à une seconde faillite intervenant quelques années plus tard avec son successeur. Sévèrement pointé du doigt par la Chambre Régionale des Comptes qui juge calamiteuse et passible de sanction sa gestion des deniers publics communaux, Robert Joyeux est contraint à la démission. C’est dans la lettre ci-dessous, non datée mais rendue publique en mars 2000, qu’il informe les Saintoises et les Saintois de sa décision, vraisemblablement imposée, selon ses détracteurs, par les autorités préfectorales pour lui éviter des ennuis judiciaires. Tout en précisant qu’il n’abandonne aucun de ses autres mandats, ceux de conseiller municipal et régional, tel un monarque de droit divin et anticipant le choix du conseil municipal, il désigne son dauphin en la personne de Louis Molinié. Lequel sera élu par ses pairs le 14 avril 2000 et reconduit dans ses fonctions l’année suivante, aux élections municipales de mars 2001, puis successivement en 2008 et 2014. Il reste à savoir si le successeur de Robert Joyeux fait mieux que lui en matière de pratique démocratique et de gestion budgétaire. Sur ce dernier point on peut déjà répondre que non puisque, pour mémoire, le déficit actuel de la commune de Terre-de-Haut, selon le dernier rapport de la Chambre Régionale des Compte, avoisine les six millions d’euros, soit trois fois supérieur en valeur constante, à celui des années 1990.

Un document pour l’histoire

Démisssion Robert Joyeux ret 2Le titre au-dessus de la lettre est d’un feuillet d’informations locales, L’Œil de l’Iguane, daté de mars 2000 

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Georges Magloire, premier prêtre saintois

Des origines modestes

P. Magloire recLe Père Georges Magloire est né à Grand-Anse Terre-de-Bas, le 22 janvier 1901. Il porte le même prénom que son arrière grand-père paternel qui s’était installé à l’île de Jersey, ayant fui la Révolution française avec ses deux fils, Victor et Saint-Marc. Épris d’aventure, ce premier Georges Magloire, dont les origines sont certainement bretonnes, débarqua un jour aux Saintes avec ses fils pour travailler dans la fabrique de poterie de Grand-Baie, tenue par un certain Sainte-Marie Grizelle. De là, son fils Victor épouse la demoiselle Aristide Aimé qui lui donnera trois garçons : Auguste, Eustache et Émélus, ainsi que deux filles, Suzanne et Élisabeth. Auguste épouse en premières noces Julie Ruart qui devait mourir après lui avoir donné cinq enfants dont 2 mourront en bas âge. Devenu veuf à 39 ans, Auguste épouse en secondes noces Mademoiselle Cétout Françoise Léonide, fille de Léonville Cétout, originaire de l’Habituée, et d’Augustine Bélénus originaire de Terre-de-Haut. Ce sont eux, Auguste Magloire et Léonide Cétout qui sont les parents de notre Georges Magloire.

Orphelin à 3 ans et demi et élève précoce

poterie (Copier)La poterie de Grand-Baie ayant cessé ses activités, Auguste, le père de Georges, embrasse la profession de marin-pêcheur. Malheureusement il devait mourir prématurément, en juillet 1904, laissant sa seconde femme sans fortune, avec 7 enfants à élever dont Georges, âgé seulement d’à peine 4 ans. Ce dernier grandit chichement à Terre-de-Bas où il va suivre une partie de ses études primaires sous la férule d’une institutrice très sévère, originaire de Saint-Barthélemy, Mme Gumbs. À l’âge de 9 ans, Georges doit quitter Grand-Anse pour poursuivre sa scolarité en CM1, au bourg de Petites-Anses, distant de 9 kilomètres que le jeune garçon doit faire à pied deux fois par jour, sans compter le jeudi pour le catéchisme et le dimanche pour la messe et les vêpres. Deux consolations cependant : la grande bonté de son maître d’école M. Éloi Germain et sa première communion le 22 septembre 1910.

Scolarité à Basse-Terre

Ayant la chance d’avoir un demi-frère, Armand, commerçant à Basse-Terre qui le prendra en pension, le jeune Georges quitte Terre-de-Bas, muni des recommandations élogieuses de son maître M. Germain. L’école où il est inscrit est dirigée par M. Feuillard, responsable de la classe de CM2. C’est dans cette classe qu’il est censé se trouver ce 1er octobre 1910. Malheureusement, une erreur de transmission le renvoie en CM1, mais il est repris rapidement en CM2. Pas pour longtemps, car à la suite d’une bagarre avec des chenapans de Basse-Terre, il est exclu de l’école et renvoyé à Terre-de-Bas où, après maintes péripéties, il finit par obtenir son certificat d’études. À 13 ans et demi, sa mère venant de décéder, le voilà revenu à Basse-Terre où il commencera par entrer en apprentissage d’ébénisterie avant de finir magasinier à la boutique de son demi-frère Armand jusqu’en 1921. Georges a alors tout juste 20 ans.

La révélation

église tdb rognL’idée de devenir prêtre avait déjà effleuré l’esprit de Georges, le propre jour de l’enterrement de sa mère, le 9 janvier 1914. Mais ce ne fut qu’un désir passager, car la vie l’ayant endurci et malgré une fréquentation religieuse assidue, il envisageait sérieusement de se marier, nanti de  la promesse de son frère Armand de lui léguer son commerce. Mais c’est en entrant un jour en l’église de Terre-de-Bas où il est venu passer 15 jours de congé, et alors que la paroisse est privée de curé depuis plusieurs mois, que naît définitivement sa vocation et s’ancre en lui la décision de se consacrer à Dieu. Dès lors, devenu séminariste, en dépit de son maigre bagage scolaire, il jure de franchir tous les obstacles pour arriver à ses fins.

Georges Magloire, âgé de 22 ans, en tenue de séminariste

Georges Magloire, âgé de 22 ans, en tenue de séminariste

 Départ pour la France, ordination et retour en Guadeloupe

Séminaire spiritain de Saint Ilan en Bretagne

Séminaire spiritain de Saint Ilan en Bretagne

C’est à l’école spiritaine des vocations tardives de Saint-Ilan près de Saint-Brieuc que Georges Magloire est envoyé le 15 mai 1925 pour suivre ses études de séminariste. Études qu’il poursuivra à la rue Lhomond à Paris et qui s’achèveront par l’ordination sacerdotale à Chevilly-la-Rue le 2 octobre 1932. Le 3 octobre 1933, soit un an après son ordination et 8 ans après son départ au grand séminaire que, premier prêtre Guadeloupéen de couleur, originaire des Saintes, Georges Magloire revient en Guadeloupe. Monseigneur Genoud, qui sera remplacé par Mgr Jean Gay en 1945,  est alors évêque du diocèse depuis plus de 20 ans. Affecté d’abord au Moule, le père Magloire sera ensuite nommé curé de Terre-de-Haut en 1934, en remplacement du père Marcel Lacroix. Ensuite viendront la direction du petit séminaire des Saintes puis celle de Blanchet et diverses charges sacerdotales successives : Sainte-Rose, Bouillante, Basse-Terre, Capesterre, Pointe Noire, Deshaies, autant de ministères paroissiaux, entrecoupés de trois séjours à la Trappe où il aimait se retirer pour méditer et se reposer, avec  le désir secret de se faire trappiste.

Ordination de Georges Magloire à Chevilly, en 1932

Ordination de Georges Magloire à Chevilly, en 1932

Son œuvre majeure : l’école presbytérale de Terre-de-Haut

Forte tête qui ne s’en cachait pas, Georges Magloire a eu à maintes reprises maille à partir avec la hiérarchie ecclésiastique du diocèse mais également avec les autorités civiles de la colonie, la Guadeloupe n’étant pas encore département français. C’est ainsi qu’il a créé en 1936 « l’école presbytérale » de Terre-de-Haut, devenue par la suite petit séminaire de Blanchet, sans en référer à l’évêque du moment, Mgr Genoud. Prévenant les réticences de ce dernier, il avait tout simplement mis le prélat devant le fait accompli, l’obligeant à reconnaître après-coup le bien-fondé de son initiative.

Élèves de l'école publique de Terre-de-Haut

Élèves de l’école publique de Terre-de-Haut 1950

Paradoxalement, c’est du directeur de l’école laïque, un dénommé Batistide, pourtant catholique convaincu, qu’était venue la condamnation. Estimant déloyale la concurrence faite à l’enseignement public, M. Batistide en avait informé l’inspecteur d’académie qui s’était rendu sur place pour négocier avec le Père Magloire la fermeture immédiate de son école, prétextant la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. Mais c’était surtout, semble-t-il, la crainte de voir l’école publique désertée au profit de la paroissiale qui avait déclenché les foudres des autorités académiques et justifié leurs démarches auprès du Père Magloire. C’était sans compter sur la force de caractère et la détermination de ce dernier qui, non seulement n’avait pas cédé, mais avait ouvert son séminaire aux jeunes Guadeloupéens. Au bout du compte, les deux écoles avaient fini par cohabiter pacifiquement pendant trois ans, jusqu’au transfert du petit séminaire à Blanchet en 1939.

Séminaristes à Blanchet autour du Père Magloire 1939 - © photo CATAN- Guadeloupe

Séminaristes de Blanchet autour du Père Magloire en 1939 – © photo CATAN- Guadeloupe

Sur la photo ci-dessus, propriété du fonds Catan de Basse-Terre, on reconnaît au milieu, tout en haut, en soutane noire et col blanc, le Père Georges Magloire, directeur de l’établissement, entouré à droite du Père Forbin et à gauche de Gaétan Bélénus, grand séminariste, originaire de Terre-de-Haut. Un autre séminariste de Terre-de-Haut, Deverne Joyeux, se trouve juste devant le Père Magloire. Il décédera 4 ans plus tard, à l’âge de 20 ans, asphyxié accidentellement par les gaz d’échappement d’un moteur de bateau. D’autres jeunes Saintois sont également présents sur cette photo dont certainement, entre autres, Pierre Lognos, Irénée Mériot, Gilbert Procida, Ricou Quintard, Germain et Sully Roques de Terre-de-Bas, ainsi que des jeunes de Guadeloupe continentale : Oscar Lacroix, Sanner, Lasserre, Flower, Gillet… que leurs proches reconnaîtront sans doute.

Distinction et fin de vie

Mgr Siméon Oualli, premier évêque guadeloupéen de 1970 à 1984

Mgr Siméon Oualli, premier évêque guadeloupéen de 1970 à 1984

C’est à l’abbaye de la Trappe, dans l’Orne, où il est en retraite monacale que le Père Magloire reçoit une lettre de Monseigneur Gay, évêque de Basse-Terre, lui demandant de revenir en Guadeloupe où il vient d’être nommé Vicaire Général, chargé de la pastorale, avec le titre honorifique de Monseigneur. Cette décision le perturbe mais il accepte, malgré son horreur des distinctions, d’obéir à son évêque.  Avant son retour au pays, programmé pour le 1er Janvier 1961, il suit de nombreuses sessions de formation en métropole pour faire face à ses nouvelles fonctions qu’il assumera sans se ménager jusqu’en 1980. Mais c’est surtout dans le recrutement, la formation et la défense du clergé local qu’il s’illustrera. Permettant ainsi la nomination comme évêque de la Guadeloupe du père Siméon Oualli en 1970 et plus tard celle d’Ernest Cabo, son protégé depuis toujours, qu’il n’aura pas eu le temps de voir accéder au siège épiscopal de Basse-Terre, miné par la maladie qui l’emportera le 26 novembre 1982.

Un homme de combats

Une des dernières photos du Père Magloire officiant en l'église de Deshaies

Une des dernières photos du Père Magloire officiant en l’église de Deshaies

Avant de s’en aller pour toujours, Georges Magloire confie à Jean Hamot, alors vicaire épiscopal, une série de notes retraçant sa vie d’écolier saintois du début du 20ème siècle, de jeune apprenti en ébénisterie, de magasinier, de séminariste et de prêtre, à charge pour le dépositaire de les publier après sa mort. C’est ce qu’a fait le père Jean Hamot en 1996, dans un très beau livre sans indication d’éditeur intitulé : GEORGES MAGLOIRE, Prêtre Guadeloupén.  C’est dans cet ouvrage que j’ai puisé la plupart des informations contenues dans cette chronique, ainsi que les photos en noir et blanc, à l’exception de celle des écoliers de Terre-de-Haut de ma collection personnelle, et des Séminaristes de Blanchet du fonds photographique Catan. « L’homme était à la fois heureux et tourmenté, écrit Jean Hamot dans sa présentation, tantôt aimé, tantôt vilipendé…. Il a œuvré pour une Église consciente, responsable et agissante. Ces Mémoires sont à la fois un témoignage et une fresque de la vie des hommes et des femmes de Guadeloupe. C’est aussi un regard chargé d’humour et d’amour que Mgr Magloire se plaît à jeter sur son pays. »

Georges Magloire et Mgr Gay entouré du clergé local

Georges Magloire et Mgr Gay entourés des prêtres du clergé local guadeloupéen au début des années 60

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Les Saintes : une saison touristique prometteuse

Une satisfaction partagée

Tourisme

Alors qu’elle vient à peine de commencer, la saison touristique aux Saintes semble avoir pris cette année un très bon départ. Et le pic de fréquentation enregistré aux vacances de Carnaval est un signe qui ne trompe pas. Chaque jour désormais, depuis fin décembre- début janvier, les vedettes maritimes nous déversent leurs lots colorés de visiteurs de tous âges prenant d’assaut boutiques de souvenirs, restaurants et locations de scooters, envahissant rues et plages pour la plus grande satisfaction des commerçants et professionnels du tourisme, tandis que les bouées d’amarrage de la baie semblent le plus souvent insuffisantes pour tous les voiliers qui voudraient s’y ancrer.

Des statistiques imprécises

OfficeMalgré l’implantation d’un nouvel Office du tourisme installé dans les locaux de l’ancienne gendarmerie, place du débarcadère, les statistiques officielles sur le fait touristique à Terre-de-Haut ne sont pas légion. Certes, les structures d’accueil, d’hébergement et de restauration y sont répertoriées mais le taux réel de fréquentation ne semble pas, jusqu’à ce jour, faire l’objet d’une réelle comptabilisation. La seule donnée chiffrée qui pourrait servir de base à une estimation quantitative quant à la moyenne annuelle de visiteurs accueillis aux Saintes est le nombre d’entrées payantes au musée du Fort Napoléon. Les derniers relevés en ce domaine  indiquent une moyenne de 90 000 personnes pour l’année 2014. Si l’on considère que seulement la moitié des visiteurs se rendent au Fort, on peut estimer à environ  de 180 à 200 000 le nombre de « touristes » qui foulent chaque année le sol des Saintes. Mais ce n’est qu’une extrapolation approximative, sans valeur mathématique fiable.

Différentes catégories de visiteurs.

bateau pour blog rec 2Mis à part les croisiéristes des grands paquebots et des yachts particuliers qui ne mettent pied à terre qu’épisodiquement ou seulement quelques heures la journée, on peut considérer que les visiteurs de notre île se divisent en trois catégories : les journaliers qui arrivent le matin et repartent en fin d’après-midi, ceux qui louent pour quelques jours ou le week-end et ceux enfin qui séjournent au pays entre un et six mois chaque année. De plus en plus nombreux, semble-t-il, ces visiteurs d’un autre type, venus de Métropole, du Canada, de Suisse, d’Allemagne… ne devraient d’ailleurs pas être catalogués « touristes » mais semi-résidents puisque leur logement leur est réservé d’une année sur l’autre et que, pour la plupart, ils fréquentent les Saintes depuis 15, 20, 25 ans ou plus. Vivant une bonne partie de l’année, si ce n’est la moitié, au milieu de la population, connaissant pratiquement tout le monde, généralement très bien intégrés et accueillis, ils sont plus Saintois que certains originaires qui ne viennent au pays qu’un WE sur deux, ou qui l’ont abandonné pour d’autres cieux.

Janot, un habitué inconditionnel de Terre-de-Haut

janotParisien bon teint mais ayant élu domicile dans les Yvelines, Janot fait partie des demi-Saintois évoqués plus haut. Ancien directeur technique d’une entreprise d’importation de machines-outils et pilote amateur, ayant bourlingué pendant 30 ans en Méditerranée et séjourné au cours de ses pérégrinations en Grèce, en Sicile, en Turquie, ce sympathique et avenant retraité a finalement choisi les Saintes, avec son épouse Anne-Marie, comme port d’attache et lieu de villégiature saisonnière prolongée. C’est après avoir sillonné  toutes les îles de la Caraïbe, que le choix du couple s’est porté finalement sur Terre-de-Haut dont ils apprécient la tranquillité et la douceur du climat qui leur épargne chaque année, depuis plus de 15 ans, les rigueurs de l’hiver métropolitain.

avion janot

Dessinateur accompli et amateur de modélisme, Janot remplit bien ses journées qu’il partage entre promenade à la fraîche, farniente quotidien sur la plage, croquis de bateaux et fabrication de maquettes. Ayant monté son petit établi sur la terrasse de son logement – réservé pour lui de novembre à avril – ce passionné de modèles réduits n’a pas le temps de s’ennuyer. Et c’est naturellement qu’il construit patiemment avions, voiliers et maisons de pêcheur. Autant de maquettes et mobiles qui ornent sa petite résidence, qu’il laisse dans la maison à son départ et qu’il retrouve et enrichit à son retour la saison suivante.

maison janot 3
Incollable sur le nom, le type, les caractéristiques et le pavillon des nombreux voiliers et vedettes qui mouillent en rade de Terre-de-Haut, Janot n’a pas son pareil pour les croquer sur un petit carnet qui ne le quitte jamais et dont il m’a fait voir récemment les derniers dessins.

dessin de janot

Voilà donc un « touriste-résident » passionné qui profite de son séjour hivernal aux Saintes pour s’adonner aux joies de la création et de la détente, dans un cadre et une atmosphère appréciés. Bel exemple de hobby dont devraient s’inspirer nombre de nos visiteurs et de nos propres aînés à court d’idées ou d’imagination pour occuper leur temps libre.

Un tourisme équilibré, source de bien-être et d’enrichissement pour nos visiteurs comme pour nous

Voilier janot

Favoriser et développer le tourisme aux Saintes,  comme certainement partout ailleurs, ce n’est pas entreprendre la transformation radicale ou insidieuse des modes de vie traditionnels et du milieu naturel. C’est au contraire préserver et valoriser ce qui fait le particularisme géographique, historique et humain de la communauté et du cadre de vie. C’est d’abord et surtout mettre à la disposition de la population non seulement un outil de travail, mais tous les éléments d’un mieux être social, économique et culturel, dont profiteraient naturellement nos visiteurs, les incitant à rester plus longtemps chez nous et à y revenir régulièrement, comme le font Janot et son épouse… et quelques autres que la plupart de nos compatriotes connaissent et apprécient.

PS : Maquettes et dessins, réalisés aux Saintes, sont de Janot, que nous remercions chaleureusement pour son accueil et sa disponibilité.

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Morts ou disparus en mer : les Saintois se souviennent

 

Par un mercredi venteux

Monument communal aux marins-pêcheurs disparus

Monument communal aux marins-pêcheurs disparus

Le mercredi 21 février 1990, il y a 25 ans jour pour jour, à trois heures du matin, Michel Bordy, 38 ans, Patrick Bride, 36 ans et son frère François, 29 ans, quittent la baie du Marigot à Terre-de-Haut sur leur saintoise Calou, comme ils le font presque chaque nuit depuis l’ouverture de la pêche à la traîne, au large de l’archipel. Le temps n’est pas très beau en cette période de vacances de Carnaval, mais c’est le lot quotidien des pêcheurs saintois,  au risque, hélas, de leur vie, de devoir affronter les éléments d’où ils tirent par tradition et nécessité leur principale subsistance et celle de leur famille, tentant parallèlement d’assumer les lourdes charges financières qui sont les leurs, et qu’alourdit d’année en année l’échéance trimestrielle du rôle d’équipage, leur garantissant la qualité d’inscrits maritimes et de professionnels.

Une communauté maritime solidaire

Patrick Bride, 36 ans

Patrick Bride, 36 ans

À terre, ce mercredi, jusque dans l’après-midi, malgré la mauvaise brise qui souffle de l’Est, personne n’est particulièrement inquiet, les familles étant habituées aux retours de pêche tardifs en cette saison. C’est seulement en fin de journée, alors que la nuit commence à tomber, que le retard des trois jeunes pêcheurs est pris au sérieux et que l’angoisse s’installe et grandit dans les cœurs. Après une nuit que l’on imagine sans sommeil pour les parents et amis tourmentés, l’alerte est donnée le jeudi matin 22 février. Sans attendre, la communauté des marins et pêcheurs saintois, solidaire de ceux qui manquent à l’appel, entreprend les premières recherches, conjointement menées par le dispositif départemental de secours et de repérage en mer. Elles vont durer officiellement quatre jours, sans résultat, amenuisant au fil des heures l’espoir de retrouver vivants Michel, Patrick et François.

Un naufrage inexpliqué

Michel Bordy, 38 ans

Michel Bordy, 38 ans

Le mardi 27, près d’une semaine après le naufrage présumé, alors que toute la Guadeloupe, indifférente aux soucis de la petite dépendance, se défoule, défile et danse au rythme du Carnaval, une épave est repérée au large de Capesterre Belle-Eau. Sitôt la nouvelle confirmée, les pêcheurs qui, eux, n’ont jamais cessé les recherches, reprennent la mer dans la direction signalée, trouvent le hors-bord partiellement immergé avec ses deux moteurs intacts et tout son attirail, et le ramènent à Terre-de-Haut vers 20 heures. Le cœur serré, la quasi totalité de la population abattue se rend au débarcadère comme pour interroger ce témoin silencieux du drame : nos amis ont dû sombrer le matin même de leur départ car les réserves d’essence sont à peine entamées et les appâts bien rangés dans un thermos enfermé dans le gaillard d’avant. Surpris sans doute par une lame, Calou a dû se trouver tout à coup rempli d’eau, le poids des moteurs ne tardant pas à le faire gîter par l’arrière. Mais sans doute pour éviter la perte de leur bateau, l’équipage a le temps d’arrimer des bouées à l’étrave, de solidariser les réservoirs de carburant et de mettre à l’abri le matériel de pêche. C’est ainsi en tout cas que les sauveteurs retrouvent l’épave, l’avant seul, soutenu par les bouées, émergeant de la surface des flots.

 Des recherches perçues à l’époque comme insuffisantes et inadaptées

François Bride, di Calou, 29 ans

François Bride, dit Calou, 29 ans

Ce même soir, on apprend qu’un corps a été retrouvé sur une plage de Marie-Galante. C’est celui de François. De ses camarades, aucune nouvelle. C’est la consternation et la rage, car on sait aujourd’hui que des recherches mieux organisées et mobilisant davantage de moyens, auraient peut-être permis d’éviter le pire, le naufrage ayant probablement eut lieu à quelques encablures de la Grande dépendance.
Il fallait être présent à l’enterrement de François en cet après-midi du 28 février 1990 écrasé de soleil, pour comprendre et partager la douleur des familles pleurant leurs enfants, mais aussi l’émotion de toute une population solidaire, bouleversée par ce drame.

Un mémorial aux marins-pêcheurs disparus en mer

momu busteLes deux frères Bride et Michel Bordy ne sont pas, hélas, les seuls pêcheurs saintois ayant payé de leur vie leur tribut à la mer. Avant eux, en 1978, un marin breton, connu sous le nom de Rémy, installé aux Saintes avec sa famille, habitué à sortir seul, disparaissait mystérieusement corps et biens dans des circonstances jamais élucidées. Deux ans plus tard, le 22 février 1980, c’est au tour de Camille et d’André Cassin de faire naufrage au large de Saint-Barthélemy. Seul Camille, dit Lazare, réussit à gagner la terre, son compagnon  à quelques mois de la retraite, n’a jamais été retrouvé. En juin-juillet 2013, Jean-Louis Cassin et Daniel Judes, suite au mauvais temps et à une avarie de leur voilier, sont retrouvés au large du Vénézuela après  32 jours d’errance sur l’océan, sans eau ni vivre, alors qu’ils faisaient route vers Saint-Barth. Déshydraté et inanimé, Jean-Louis a pu être ramené à la vie de justesse, mais Daniel Judes a été retrouvé mort sur le voilier. En mémoire de ces marins saintois morts ou disparus en mer, la municipalité de Terre-de-Haut a fait ériger un monument, à l’esthétique improbable, contestée, il est vrai, par beaucoup, et visible place de la mairie. Une plaque de marbre, malheureusement non nominative et mal entretenue, rappelle le souvenir de ces hommes qui ont tragiquement perdu leur vie en mer, élément qui leur est pourtant familier et qui depuis des générations est leur raison d’être et les fait vivre. En ce jour du 25 ème anniversaire de la mort et de la disparition de Patrick, François et Michel, associons les noms de Rémy, André, Daniel et, bien qu’il fût un enfant, celui de Jeoffrey, le fils de Fernand Samson, pour affirmer notre solidarité avec leurs familles et leurs proches et rendre hommage à leur mémoire.

En ce 25 ème anniversaire du drame de 1990, un petit effort de rénovation aurait pu être fait !

En ce 25 ème anniversaire du drame de 1990, un petit effort de rénovation aurait pu être fait !

PS : Les photos de Patrick et François Bride m’ont été aimablement communiquées par leur sœur Fanny. Celle de Michel Bordy par sa sœur Elza. Un grand merci à toutes deux.

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Notre compatriote Fernand Bélénus honoré à Saint-Malo

Un personnage hors du commun

OLYMPUS DIGITAL CAMERAOn ne présente plus Fernand Bélénus, alias, aux Saintes, Tonton Fernand. La verve intarissable, l’humour subtil, la franche personnalité et la juste renommée de notre ami sont tels qu’ils ont franchi depuis longtemps les frontières de notre archipel. Ancien navigateur, connu et apprécié dans tous les milieux maritimes de France et de Navarre, en particulier en Bretagne et singulièrement à Saint-Malo où, comme animateur et ambassadeur bénévole de notre île, il participe ou a participé à tous les événements nautiques organisés ou orchestrés par ce célèbre port breton, Fernand vient d’être promu sociétaire de la SNBSM sous le N° 2610. Ce qui fait de lui à ce jour le premier et seul Antillais membre de ladite Société, fondée en 1848 et qui compte aujourd’hui pas moins de 1000 adhérents actifs.

Une lettre du Président de la SNBSM 

Membre SNBSM 2C’est par une lettre élogieuse du Président de la Société Nautique de la Baie de Saint-Malo, datée du 17 janvier 2015, qu’il a officiellement appris la bonne nouvelle. Usant du tutoiement, signe de complicité évidente et gage d’une longue amitié, le Président de la SNBSM s’adresse à Fernand en ces termes :
« Fernand, cher ami,
J’ai à cœur de te dire, une fois encore, l’immense plaisir que tu nous as fait, en octobre dernier, en venant illuminer par ta présence les festivités du départ de la course St-Malo-Pointe-à-Pitre. Les animateurs de la cellule « Club des Partenaires » ne tarissent pas d’éloges à ton égard et l’ensemble des personnes, membres ou pas de la SNBSM, gardent de toi un formidable souvenir, regrettant que la prochaine édition de la Route du Rhum ne s’inscrive pas dans un cycle annuel. Ta bonne humeur, ton énergie et ton savoir faire le ti-punch n’ont pas leur pareil, et c’est moins le départ des bateaux que ton absence, pourtant programmée, qui a créé un vide autour de nous, gens de la SNBSM…

OLYMPUS DIGITAL CAMERANous avons fait connaissance lors de l’édition précédente, en 2010, nous nous sommes appréciés en 2014, pourrons-nous nous séparer en 2018 ? Il est vrai que je ne serai plus alors aux responsabilités de la SNBSM, et c’est un autre président qui aura le plaisir de te recevoir et faire ton éloge.
Mon cher Fernand, pour l’aide précieuse que tu as su apporter à la SNBSM, avec discrétion et efficacité, le Comité Directeur et moi-même tenons à t’offrir, pour 2015, ta première adhésion au Club, avec nos félicitations. Tu trouveras ta carte de membre jointe à cette lettre…
Je te renouvelle mon amitié et celle des membres de la SNBSM qui ont eu l’occasion de te rencontrer à Saint-Malo. Je te dis à une prochaine fois, ici, en Guadeloupe ou ailleurs. »

Ambassadeur talentueux et efficace de nos îles

OLYMPUS DIGITAL CAMERAEn dépit des tracasseries incessantes dont il est injustement victime dans sa propre commune de la part d’un chef d’édilité particulièrement hargneux, selon lui, à son égard, et avec qui il n’a jamais eu aucun atome crochu – ce qui lui a valu de faire en 2008 une célèbre grève de la faim – Fernand Bélénus n’a cessé et ne cesse d’œuvrer, avec la verve et le talent qu’on lui connaît, pour faire connaître et aimer son île lointaine de Terre-de-Haut en particulier, et l’archipel des Saintes en général. Profitant de ses animations bénévoles, de ses nombreux passages dans les salons de promotion touristique et de ses interviews sur les médias régionaux ou nationaux, radios et télés, à l’occasion des manifestations nautiques ou autres auxquelles il participe en Métropole, Fernand a peut-être fait davantage que tous les organismes officiels pour inviter et inciter les visiteurs et la population métropolitaine à mieux connaître et à se rendre en Guadeloupe et dans nos îles saintoises.

OLYMPUS DIGITAL CAMERANe serait-ce que pour son implication désintéressée et fructueuse en ce domaine, il aurait dû être non seulement officiellement remercié par les instances locales soucieuses de développement commercial et touristique, mais reçu à bras ouverts par ces mêmes instances. Qu’à cela ne tienne, l’amour et la promotion de sa terre natale sont plus forts que le dépit qu’il aurait pu concevoir du rejet et de la malveillance dont il est chez lui l’objet incompréhensible de la part de certains représentants des autorités communales. Sollicité dans de nombreuses villes de Métropole pour sa connaissance reconnue de notre archipel et pour ses dons incontestables d’animateur jamais à court de bons mots désopilants, adulé et promu à Saint-Malo, Tonton Fernand est l’exemple parfait, la vivante illustration du célèbre adage qui prétend, que nul, hélas, n’est prophète en son pays… Et c’est bien dommage !

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Un document historique exceptionnel : le manuscrit du premier syndicat saintois

1905 : création du premier syndicat de marins-pêcheurs aux Saintes

Dans une chronique datée de novembre 2013 intitulée Terre-de-Basune fête du lambi réussie, j’avais évoqué la création en 1934 du syndicat des Marins-pêcheurs de Terre-de-Haut L’Union fraternelle. En réalité ce n’était pas le premier du genre créé aux Saintes. Le 17 décembre 1905, voilà donc bientôt 110 ans, nos pêcheurs avaient senti le besoin de se rassembler et de s’unir pour défendre leur profession. Je vous présente en effet, en exclusivité, l’original du manuscrit des statuts de ce que l’on peut considérer aujourd’hui comme étant le tout premier syndicat des marins-pêcheurs ayant vu le jour dans notre île.

Syndicat ret 2 - copie 2

En 18 articles rédigés en un français parfait, et une calligraphie particulièrement travaillée, nos aînés avaient défini les règles de leur association dont l’objet comme indiqué ci-dessus consistait en « l’étude et la défense des intérêts économiques de ceux qui exercent la profession de pêcheurs et qui donneront leur adhésion à la société. » Initialement prévue pour les seuls marins-pêcheurs de Terre-de-Haut, l’association, lors de sa séance plénière du 25 novembre 1906 – soit un an après sa création – vote une modification de ses articles I – V et X pour ouvrir ses portes aux professionnels de Terre-de-Bas, Petites Anses et Grande Anse, formant chacune une section au sein du syndicat, lequel se donne alors pour titre : Syndicat des marins-pêcheurs.

Syndicat 3

Malheureusement, le document, s’il indique bien la composition du bureau – Président, Vice-Président, Secrétaire, Trésorier – celle-ci n’est pas nominative. Nous trouvons néanmoins la signature du Président et du Secrétaire au bas des statuts, respectivement Messieurs P.François CÉLESTINE et LAROTTE. Ce dernier patronyme, qui a disparu chez nous, serait apparenté à la famille Jacques. Quant à celui de Célestine, il est bien représenté à Terre-de-Haut par les descendants directs de ce P. François, qui ne doit pas être confondu avec son homonyme, François Célestine, vraisemblablement son petit-fils, lui-même fils d’Yves Célestine qui fut conseiller municipal sous Eugène Samson, de 1963 à 1971.

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Le syndicat de 1934

Livret de 1934 ayant appartenu à P.E. Joyeux

Livret de 1934 ayant appartenu à P.E. Joyeux

Bien que l’ayant déjà présenté, comme mentionné, en novembre 2013, voici reproduite à nouveau ci-contre la couverture du livret syndical de L’Union fraternelle, association des Marins-Pêcheurs de Terre-de-Haut datant de 1934, livret ayant appartenu à mon grand-oncle, Paul-Émile Joyeux, l’un des deux vice-présidents de l’époque. Ce syndicat, ayant sans doute plus de moyens que celui de 1905, avait fait imprimer ses statuts en bonne et due forme à Pointe-à-Pitre et contient la composition nominative du bureau.

Dans l’ordre, Il s’agit de messieurs :

– Benoît CASSIN, président
– Paul-Émile JOYEUX et Bermont QUINTARD, vice-présidents
– René SAINT-FÉLIX, secrétaire
– Gerville JACQUES, secrétaire adjoint
– Léon BELMONT, trésorier
– Émilien AZINCOURT, trésorier adjoint
– Joseph FRAGILE, assesseur
– Joseph VINCENT, assesseur
– Iréné AZINCOURT, assesseur.

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Deux de ces patronymes ont disparu depuis à Terre-de-Haut, il s’agit des familles BELMONT et FRAGILE. Les autres ont tous des descendants encore vivants aux Saintes. Comme le premier syndicat, L’Union Fraternelle incluait également dans ses sociétaires les marins-pêcheurs de Terre-de-Bas, sans pour autant prendre le titre de Marins-pêcheurs saintois. À noter, en 1905, le droit d’entrée et la cotisation mensuelle sont chacun de 0,50 centimes, alors que 30 ans plus tard, inflation sans doute oblige et la guerre de 14-18 étant passée par là, le droit d’entrée est porté à cinq francs et la cotisation mensuelle à 2 francs (de l’époque, bien entendu !)

Pour mémoire : aujourd’hui, deux associations rivales

Aujourd’hui, contre toute logique, il existe aux Saintes deux associations de marins-pêcheurs qui ont banni de leur titre le terme de syndicat : l’Association des Marins-Pêcheurs Saintois, regroupant les professionnels de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas, dénommée l’AMPS, créée en 2002, en dehors de toute obédience politique, ayant à sa tête M. Georges PINEAU ; et l’Association des Marins-Pêcheurs de Terre-de-Haut, l’AMTH, n’incluant comme son nom l’indique que les pêcheurs de cette commune, créée en 2007 pour des raisons politiques, à l’initiative du maire – qui, rappelons-le, est agent douanier et non marin-pêcheur -, et présidée par M. Félicien BÉLÉNUS. Si bien qu’à la Pentecôte de chaque année, les Saintois ont droit à deux fêtes simultanées de la pêche, organisées par l’une et l’autre des associations, en deux lieux différents…

Pécheurs de Terre-de-Bas préparant leur senne- début 20e siècle.

Pécheurs de Terre-de-Bas préparant leur senne- début 20e siècle.

En conclusion, si nos aînés du siècle passé avaient le sens de l’union et de la fraternité, certains de nos responsables d’aujourd’hui auraient plutôt celui de la discorde et de la division. L’histoire saintoise des mentalités, non seulement ne se répète pas mais évolue à l’évidence dans le mauvais sens. C’est, malheureusement, selon nous, la triste leçon à tirer de la réalité comparée d’hier et d’aujourd’hui. Benoît CASSIN, président du syndicat de 1905 et P.François CÉLESTINE, celui de 1934, doivent se retourner dans leur tombe respective.

Pêcheurs ravaudant leurs filets - Plage de Petite Anse

Pêcheurs de Terre-de-Haut ravaudant leurs filets – début 20e siècle

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Le test de l’arbre

Michel Tournier

CHOISEL: MICHEL TOURNIERMichel Tournier est un écrivain français né à Paris en décembre 1924. Âgé aujourd’hui de 90 ans, il obtint le Prix Goncourt en 1970 pour son roman Le Roi des aulnes. Il est connu de tous les collégiens de France (et d’ailleurs) pour Vendredi ou la vie sauvage, réécriture à leur intention d’un premier roman plus complexe, Vendredi ou les limbes du Pacifique, dans lequel il revisite à sa façon les aventures et le mythe de Robinson Crusoë. Auteur prolixe de romans, de contes, de nouvelles et d’essais à caractère philosophique, Michel Tournier, est un admirateur de l’œuvre de Flaubert qu’il considère comme « le sommet de la littérature française ». Germaniste de formation, il reconnaît néanmoins et revendique l’influence thématique et stylistique de la littérature allemande sur sa création littéraire. Dans son ouvrage autobiographique Le Vent Paraclet, publié en 1978, il propose une réflexion sur la littérature et apporte un éclairage instructif sur son œuvre personnelle.

Petites proses

peties prosesSi tous les livres de Michel Tournier, des romans aux essais, présentent chacun un intérêt majeur pour le lecteur passionné de littérature, il en est un d’assez court, qui se lit sans ordre et qui s’intitule petites proses. Pour employer la formule habituelle qui n’enlève rien à ma sincérité, je ne saurais que trop vous conseiller la lecture de ce petit livre qui n’est pas sans rappeler l’esprit et la démarche de la dernière publication – beaucoup plus volumineuse – de l’écrivain franco-québécois-haïtien Dany Laferrière : L’art presque perdu de ne rien faire – (Éditions Grasset). Dans petites proses, Tournier, bien avant notre ami Laferrière, nous propose toute une série de succulentes réflexions sur les faits, gestes et thèmes de la vie quotidienne où l’impertinence et l’humour sont loin d’être absents. Vous vous régalerez avec : Des clés et des serrures  – L’esprit de l’escalier – Téléphone –  Bas-fonds – Mains – Mon œuf et moi – Célébration des fesses… etc. Autant de petits bijoux que vous ne manquerez sûrement pas d’apprécier et qui vous donneront peut-être l’envie de vous mettre à votre tour au clavier de votre ordinateur et de vous essayer, pourquoi pas ? comme Laferrière,  à  » l’art presque perdu de ne rien faire ».

Le test de l’arbre

Parmi les textes de petites proses, j’ai choisi Le test de l’arbre. Sans aucune raison particulière, sinon celle de vous mettre l’eau à la bouche et peut-être aussi parce qu’il entre dans le cadre de ce Blog, qui souvent fait, modestement, la synthèse de la philosophie, de l’action et de la poésie, comme le précise la conclusion de Michel Tournier. Le problème c’est que dès que vous l’aurez lu, connaissant la signification, selon l’auteur, de la représentation des différentes parties de l’arbre, vous ne pourrez plus innocemment dessiner le vôtre sans être influencé. Je vous propose donc de suspendre un instant votre lecture, de prendre un crayon et un papier et de vous mettre à l’ouvrage. Votre arbre dessiné, vous reprendrez la lecture et vous saurez ainsi dans quelle catégorie vous vous situez. C’est parti. Mettez de côté pour un instant votre ordinateur.

Le texte de Michel Tournier

Tableau d'Alain Joyeux

Tableau d’Alain Joyeux

« Pour déceler la psychologie du « sujet », on lui demande de dessiner un arbre. C’est là que commence le suspens, car il n’y a pas deux arbres identiques, aussi bien dans la nature que sur le papier.

Commençons par les racines. Certains « sujets » omettent purement et simplement de les dessiner. Si on leur fait remarquer leur oubli, ils répondent que l’arbre cache ses racines dans la terre et qu’il ne faut pas faire comme l’enfant qui n’oublie pas de dessiner le nombril du bonhomme habillé qu’il dessine. On peut se satisfaire de cette explication. Mais on peut également définir la nature de la racine, élément nocturne, tellurique, qui assure obscurément à l’arbre à la fois sa nourriture et sa stabilité. Gaston Bachelard allait encore plus loin et voyait dans la racine une étrange synthèse de la vie et de la mort, parce que, inhumée comme un défunt, elle n’en poursuit pas moins sa puissante et secrète croissance.

On comprend dès lors que s’il y a des hommes-racines, qui dans leur dessin privilégient le niveau souterrain de l’arbre, d’autres s’en détournent au contraire instinctivement.

Sans doute accorderont-ils leur préférence au tronc. C’est l’élément vertical de l’arbre, celui qui symbolise l’élan, l’essor, la flèche dressée vers le ciel, la colonne du temple. L’homme d’action doué d’une dimension spirituelle se reconnaît dans cette partie de l’arbre. Il y a autre chose. Le tronc ne fournit pas seulement le mât du navire. C’est lui qui donne le bois, matériau de la planche, de la poutre, du billot. Sa couleur, ses lignes, ses nœuds et même son odeur parlent puissamment à l’imagination.

Mais toute une catégorie d’hommes et de femmes ne se reconnaissent que dans les branches horizontales et leur feuillage. C’est le poumon de l’arbre, les mille et mille ailes qui battent comme pour s’envoler, les mille et mille langues qui murmurent toutes ensemble quand un souffle de vent passe dans l’arbre. Au demeurant, ramage signifie à la fois chant et entrelacs de rameaux.

Ainsi chaque arbre rassemble les images des trois grandes familles humaines : les métaphysiciens, les hommes d’action et les poètes. Et il nous apprend en même temps qu’ils sont solidaires, car il ne peut y avoir de frondaison sans tronc, ni de tronc sans racine. »

Une réponse attendue ou non

Si vous avez joué le jeu et qu’effectivement vous avez dessiné votre arbre avant d’avoir lu le texte de Michel Tournier, vous pouvez, si vous le souhaitez, laisser un commentaire. À moins que vous préfériez garder pour vous la conclusion de votre test. La liberté d’expression n’est-elle pas devenue par les temps qui courent le maître-mot à l’honneur de tous les médias actuels et de toutes les bouches à l’unisson ? Merci néanmoins pour votre contribution. J’ai toujours privilégié quant à moi les branches et le feuillage. De là à conclure que je suis poète, je ne m’aventurerai que délicatement en ce lumineux chemin, connaissant l’éclat et la puissance du mot poésie !..

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PS : J’ai ajouté un lien pour un tout nouveau blog : zbler.com. Je vous conseille vivement de vous y rendre sans tarder. Des articles passionnants sur l’art vous y attentent, écrits par des étudiants férus de culture.

Poirier centenaire Place de la mairie à Terre-de-Haut - 1960

Poirier centenaire Place de la mairie à Terre-de-Haut – 1950 – remplacé aujourd’hui par…un lampadaire !

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