Le Gwoka une tradition guadeloupéenne (2)

Comme promis, voici la 2ème et dernière partie du dossier sur le GWOKA présenté au Brevet des Collèges en juin 2015, dans le cadre de l’épreuve d’Histoire des Arts, par la jeune Danitzia LOGIS, 15 ans, élève au Collège privé Saint-Joseph de Cluny de la Jaille, à Baie-Bahault, en Guadeloupe. La première partie ayant fait l’objet de la précédente publication. Texte et illustrations, sauf pour la dernière photo, sont de Danitzia.

L’analyse

gwoka A1. La musique

Le Gwoka est la forme musicale, à base de Ka, essentiellement constituée d’un ensemble précis de rythmes, de chants et de danses.  Il est joué par des tambouyés qui ont une organisation bien précise : les « Boulayè » ou « Boulakchen » sont les joueurs de tambours que l’on nomme « boula » (d’où leur nom) et sont au nombre de deux. Ensuite il y a le « Makchè » ou le « Chèf tambouyé » qui porte également le nom du tambour qu’il joue. Il émet des sons plus aigus et a une manière de jouer différente des « Boulayè » car c’est lui qui suit et marque les pas des danseurs. Il y a également des « Répondè » qui complètent ce que le « Chantè » dit, et qui animent un peu plus la musique.

. Les 7 rythmes du Gwoka

GWO K 30Le Gwoka possède 7 rythmes. Chacun de ces rythmes possède ses pas de base et ses pas spécifiques. Ils sont cités ci-dessous, du plus lent au plus rapide.

  • Le Kaladja

Le Kaladja est un rythme lent qui exprime avant tout une certaine douleur morale ou une idée de tristesse. C’est une danse dans laquelle la notion d’ondulation est très importante.

  • Le Woulé

Le Woulé est un rythme lent et qui se dansait avec un foulard. Il a été créé à partir de l’une des différentes phases de travail du manioc qui consiste à départager les grains fins de la farine de manioc des gros grains. Il serait donc également une danse de travail. Les pas de danse donnent un ensemble de mouvement glissé. Il est l’un des rares rythmes à être joué sur un rythme ternaire c’est-à-dire qui se joue sur trois temps par rapport aux autres qui sont joués sur un rythme binaire c’est-à-dire sur deux temps.

  • Le Padjanbel

Le Padjanbèl est un rythme qui exprime la joie et un certain désir de liberté, d’évasion et de ralliement d’individus vivant dans des sections différentes. Il lui arrive parfois de retracer un événement heureux ou malheureux. Cette danse dynamique a la particularité d’avoir un « piké » à la fin de chaque pas tout comme pour la Mazouka. Il est également un rythme ternaire.

  • Le Léwoz

Dande GK

Le Léwoz est un rythme assez riche et très compliqué. Il peut traduire un désir de lutte, et exprimer tantôt une certaine mélancolie face à une situation décourageante, tantôt une joie saine et mobilisatrice. Toutefois, il reste principalement une danse de combat. On y trouve des pas hésitants jouant énormément sur le déséquilibre permanent. Aujourd’hui, c’est un rythme qui amène les danseurs, chanteurs et musiciens à jouer en contre temps. L’effet de surprise engendré par l’improvisation constante anime énormément.

  • Le Graj

Le Graj est un rythme créé à partir d’une tâche de travail du manioc qui consiste à réduire le manioc en une espèce de pâte destinée à faire de la farine. C’est donc également un rythme de travail qui exprime l’envie de se rendre actif. Il est très semblable au Toumblak. Les pas se font au sol comme si l’on voulait rentrer dans la terre. Le Graj a comme particularité d’avoir une « rèpriz » qui se fait en trois temps. Le sentiment dominant est la communication, le « liyannaj ».

  • Le Menndé

Le menndé est un rythme qui exprime l’idée d’évasion collective. Ceci a fait de lui un rythme de Carnaval. Les mouvements y sont plus syncopés, plus cassés et plus hachurés. Le menndé est le dernier des rythmes à être arrivé dans la tradition. On prétend qu’il s’agit d’un rythme guerrier que les esclaves utilisaient pour aller attaquer les plantations.

  • Le Toumblak

Le Toumblak est un rythme qui exprime en général de la gaieté et de l’amour. Il y a beaucoup de sauts dans les chorégraphies. Il existe une variante de ce rythme qui est un Toumblak plus rapide : le Toumblak Chiré. Durant les « swaréléwoz », les convives sont si excités et emportés par la musique qu’à tout moment, on a l’impression que sous la pression, vêtements, instruments ou même le corps vont céder et être amenés à éclater. Tous les mouvements sont accélérés. Vitesse et dextérité sont les moteurs de ce rythme.

Les différentes facettes de la danse

  • La danse ethnique

G K 2Dans le Gwoka, la danse ethnique, presque de l’ordre du sacré, peut se caractériser par ce qui était appelé autrefois un « Gwotambou » et qui a pour autre nom « Swaréléwoz » : le Léwoz.

Dans ce cas précis, le Léwoz est une soirée animée par le tambour. Dans les « wond a Léwoz », chacun est libre de faire ce qu’il veut mais dans un cadre bien précis. La notion d’improvisation y est essentielle. Lorsque l’on y rentre, il n’y a aucune chorégraphie et le musicien joue en suivant le danseur. C’est véritablement un moment de libre expression corporelle à laquelle se livre tout un chacun. Dans un Léwoz, on joue principalement trois rythmes : le Graj, le Léwoz et le Toumblak qui est joué le plus fréquemment. Cependant certaines fois, il arrive que les 7 rythmes y soient joués car il peut être difficile de n’en danser que quatre jusqu’au petit matin. Tout dépend du « Makchè » ou du « Vokal ».

danseuses de GK

Pour y participer, des règles bien précises et sérieuses sont à maitriser. Ces règles dépendent des rythmes employés car chacun des trois rythmes du Léwoz possèdent leurs règles spécifiques et donc à la reconnaissance d’un des rythmes durant une « wond a Léwoz », le danseur sait quelles sont les règles qu’il doit utiliser et à quel moment.

Il faut commencer en présentant une phrase musicale qui est composée de la « rèpriz », suivi de pas de base, puis de l’improvisation et enfin de nouveau par une « rèpriz ».

La « rèpriz » est donc la majuscule, autrement dit le début et le point, ou en d’autres termes la fin de cette phrase qui devient la majuscule de la phrase suivante. La « rèpriz » est l’arrêt que marque le danseur devant le « Makchè », après avoir exécuté le même pas un certain nombre de fois. Sa règle est différente selon le rythme joué, cependant le système cité ci-dessus est à appliquer pour chaque rythme.

Dans la « wond a Léwoz », lorsqu’un Léwoz est joué, la « rèpriz » est lente et le danseur ne doit marquer qu’une seule « rèpriz ».

Lorsqu’il s’agit d’un Graj , la « rèpriz » se fait en trois temps et pour le Toumblak elle est rapide et sèche.

Lorsque les personnes présentes dans cette ronde disent «  Grammatikal », cela veut dire qu’une personne parmi elles s’est trompée ou ne connaît pas ses règles. Au bout du troisième « Grammatikal » pratiqué par la même personne, soit une autre personne rentre et la fait sortir en lui demandant d’observer ceux qui connaissent ces codes afin qu’elle les retienne, qu’elle les connaisse et qu’elle puisse rentrer à nouveau, soit le « Makchè » ne suit plus le danseur, ce qui lui assure une honte certaine aux yeux des autres danseurs de la ronde.

  • Les groupes folkloriques

danseuses bisUn groupe folklorique est un ensemble de personnes dont le nombre varie entre vingt et cinquante et qui font de la danse Gwoka le plus souvent sans en avoir une connaissance réelle. On y retrouve un début de chorégraphie mais les thèmes abordés ne sont que superficiels. Les « Bèl doudou » portent du madras et ont pour but de charmer le public de façon à ce que ce dernier pense par la suite que la Guadeloupe est un très beau pays où les habitants vivent heureux et sans problèmes. Les groupes folkloriques ne contiennent que des personnes qui savent déjà danser venant faire des prestations dans des hôtels, des restaurants, des galas, à l’occasion de visites de Présidents et de ministres venus pour se détendre,…

Ce genre de groupes considèrent et pratiquent le Gwoka comme étant un reste de tradition du peuple guadeloupéen, ce qui n’est pas le cas.

Le Gwoka ne peut pas être traditionnel avant même d’avoir vécu, avant d’avoir eu l’occasion de s’affirmer pleinement.

  • Les Kou’t tambou

GK DernièreLes Kou’t tambou, que l’on retrouve à la piétonne (surtout à Pointe-à-Pitre) ou encore à la plage, peut-être assimilé aux « wond à Léwoz » mais cette fois-ci dans un contexte plus laxiste. La rigueur est moindre car il s’agit juste d’un passage pour le plaisir dans lequel le danseur veut montrer un aperçu de son savoir-faire au public qui le regarde.

  • La danse artistique

Le côté artistique du Gwoka permet à un chorégraphe d’exprimer son opinion en décidant, à partir de sa position, de dire ce qu’il a à dire par le biais de la danse. Il la déforme comme il veut selon le message qu’il veut faire passer. Il n’y a pas vraiment de règles mais des thèmes bien spécifiques. La chorégraphie, la musicalité, les costumes sont choisis selon le thème du chorégraphe.

  • Les écoles de danse

Dans les écoles de danse, on paye une cotisation et on prend des cours de danse Gwoka dans le but d’apprendre à danser. Les gens qui savent déjà danser y vont dans le but de se perfectionner et de devenir expert en la matière. Généralement, les écoles de danse organisent un spectacle tous les deux ans auxquels les élèves ne sont pas obligés de participer. Chaque école a sa couleur et sa pédagogie.

  • Les compagnies

Une compagnie ou autrement dit une troupe de danse professionnelle. Les personnes qui y sont, sont des intermittents du spectacle et soignent le côté artistique du Ka.

Les particularités du gwoka

dansaeuse de béléLe Gwoka détient des particularités qu’aucune autre danse ne possède en même temps. Tout d’abord le Gwoka est une dance qui s’est beaucoup enseignée par oralité. De nos jours, grâce à Léna Blou, Raymonde Pater Torin et bien d’autres qui ont travaillé cette danse d’un point de vue pédagogique, on sait qu’elle possède énormément de techniques. La danse Gwoka se caractérise par la flexion permanente des genoux et par le relâchement au niveau des extrémités. Rares sont les pas où les jambes sont tendues. Les volumes du corps du danseur sont discontinus, décalés cependant le buste reste toujours droit, à part dans certains mouvements.

Elle est aussi caractérisée par « l’en-dehors » (manière de faire les pas à l’extérieur), par « les parallèles » (manière de positionner les pieds, dans certains pas pour cette danse) et par « l’en-dedans » (manière de faire les pas à l’intérieur). Elle est l’une des danses aussi, où le haut du corps fait totalement de « l’en-dedans » et de « l’en-dehors ».

Enfin, elle est également caractérisée au niveau de la technique par l’utilisation de toutes les surfaces du pied. Le Gwoka est l’une des rares danses où l’on tourne sur les talons, où l’on utilise le dos du pied, où l’on danse sur le coté extérieur du pied mais également sur le côté intérieur. Le pied peut être pointé ou en « flexion ». Ces surfaces sont utilisées dans toutes les positions (« en-dehors »,…). Le Gwoka est donc une danse unique et exceptionnelle.

Les tenues de danse

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la tenue du Gwoka n’est pas forcément la tenue madras traditionnelle que tout le monde connaît. Cette grande robe madras est plus destinée aux danses de salon telles que le quadrille ou la biguine mais est souvent utilisée à l’occasion de prestations de Gwoka.

tenue de danse

Dans une « wond a Léwoz », les femmes portent des jupes ou des robes particulièrement grandes, souples et larges car elles leur permettent d’être à l’aise pour danser et pour effectuer tous les mouvements, même les plus compliqués sans être gênées. Dans une chorégraphie artistique, la tenue est libre et se choisit en fonction de ce que le chorégraphe va vouloir représenter.

Les Écoles de danse

Après Madame Jacqueline Cachemire Thôle, de nombreuses écoles de danse et associations de Gwoka ont vu le jour en Guadeloupe. J’en cite quelques-unes :

  • L’akadémiduka fondé en 1987 et actuellement dirigée par Nadia Pater
  • Kamodjaka fondé en1998 et actuellement dirigée par Raymonde Pater Torin
  • Sakitaw fondé en 1999 et actuellement dirigée par Nelly Cériac
  • École Gran Jan bèl fondée en 2007 et actuellement dirigée par Sylvie Sagaliapidine.
  • Bébé rospart fondé en 2006 et actuellement dirigée par Pierre-Jean Rospart
  • Ka Tout’Jan fondé en 2010 et actuellement dirigée par Christian Saint-Val.
  • Chaque année, il y a le Festival de Gwoka à Sainte-Anne et le Gwoka Jazz Festival.
  • Des concours sont également organisés autour de la danse Gwoka comme Bidim Bo…Wabap… ou encore le Concours de Léwoz du Nord Grande-Terre…

 Conclusion

Le Gwoka se chante, se joue et se danse. C’est une danse magnifique qui a servi de « langage », d’évasion psychologique et de liberté corporelle aux esclaves qui n’avaient que cela comme raison de vivre. Longtemps brimée, cette danse trouve son essor, certes dans des circonstances attristantes mais qui ont été nécessaires pour faire prendre conscience à la population guadeloupéenne qu’elle possède une culture particulière. Aujourd’hui, nous sommes décidés à ne plus renier nos origines et à renouer avec notre passé.  Mais il faut que nous restions vigilants pour ne pas le faire oublier avant même qu’il ne ce soit vraiment libéré. Cette œuvre est espoir depuis sa création et le sera toujours jusqu’à la fin des temps.

Danitzia LOGIS

Exposition de KA à la Médiathèque de Baie-Mahault - Ph R. Joyeux

Exposition de KA à la Médiathèque de Baie-Mahault – Ph R. Joyeux

 

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Le GWOKA, une tradition guadeloupéenne (1)

En fin d’année scolaire, les élèves de 3ème, en vue de l’obtention du Brevet des Collèges, subissent une épreuve orale d’Histoire des Arts. Le dossier qui suit (publié en deux parties) est celui qu’a présenté une élève du Collège Saint-Joseph de Cluny de la Jaille à Baie-Mahault, en Guadeloupe, Danitzia LOGIS, âgée de 15 ans. Avec son autorisation et moyennant quelques légères modifications de présentation pour l’adapter au format de nos chroniques, nous avons le plaisir de vous proposer son travail, vous laissant le loisir d’apprécier la qualité exceptionnelle de la recherche, de l’expression et des illustrations.

Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité

Gwoka (1)Le Gwoka est une quadruple entité c’est-à-dire qu’il est une danse, une musique, un instrument et un chant. Il a fait son apparition durant la période esclavagiste en Guadeloupe et depuis le 26 novembre 2014 est inscrit au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité. Cette danse traditionnelle évoluant dans le contemporain et contenant une multitude de facettes différentes, n’a pas toujours été aussi appréciée et surtout acceptée depuis sa création. Malgré le fait qu’elle fasse partie de notre culture et de notre patrimoine, bien souvent nous ne la connaissons que vaguement et ne cherchons jamais à entrer dans ses détails.

Quelle est l’histoire de la danse Gwoka, quelles sont ses caractéristiques, qu’en est-il aujourd’hui de cette danse et qu’est-ce qui m’a poussé à vouloir présenter cette culture ?

Son histoire

À l’origine

Danse GKL’histoire de la Guadeloupe est riche en rebondissements. Après avoir vu défiler les Caraïbes, les Espagnols, les Français, les Africains, les Anglais et les Indiens, la culture Guadeloupéenne et surtout la danse, a été imprégnée de toutes ces nations qui sont passées sur son territoire. L’esclavage qui a duré de 1640 à 1848 en Guadeloupe, fortement favorisé par le commerce triangulaire, est la cause de l’arrivée des Noirs africains en Guadeloupe. Ces derniers maltraités et exploités appartenaient à de riches planteurs Blancs qui les exploitaient.

Le témoignage du Père Labat

Le Père Labat, qui a écrit de nombreux ouvrages sur la traite négrière, décrit les conditions de vie des esclaves. Il dit que tous les samedis soirs, le seul moment qui leur était accordé, les esclaves Noirs qui vivaient dans les habitations se réunissaient et dansaient une danse que les maîtres nommèrent la Banboula. Ces soirées étaient animées de chants, de musiques (tambours), d’abus de rhum et de danses lascives qui furent rapidement interdites à cause des révoltes qu’elles incitaient par la suite.

Soirée d'esclaves animée par le Gwoka

Soirée d’esclaves animée par le Gwoka

Comme ces esclaves aimaient la danse, les maîtres leur en apprirent d’autres d’origine française et européenne telles que le quadrille, la branle ou encore la rumba espagnole. Malgré toutes ces répressions, les esclaves ne pouvaient s’empêcher de se réunir et de danser leurs danses lascives. Le Gwoka est donc la seule musique et danse qui ont véritablement été créées par les Guadeloupéens constituées à partir d’éléments africains mais aussi sûrement d’éléments européens apportés à cause des nombreux bouleversements sociaux, économiques et politiques dont notre pays a été le théâtre.

L’électrochoc de la Guadeloupe

Pochette de disque de la Brisquante

Pochette de disque de la Brisquante

Malgré l’abolition de l’esclavage, la danse Gwoka est restée très mal vue aux yeux des gens qui ne s’y identifiaient pas du tout et rejetaient l’idée qu’elle fasse partie de leur culture. On ne pouvait la pratiquer que dans deux milieux totalement opposés : Elle se dansait dans un milieu scandaleux essentiellement par des macoumès ou par des gens de bas quartiers durant les « Kou’t tambou » ou les « Bo Ka » auxquels il était hors de question qu’une personne de bonne famille participe. Cette danse était qualifiée de « biten a vyé nèg » et on ne pouvait l’apprendre nulle part ailleurs que dans les léwoz par oralité c’est-à-dire par observation et imitation car les cours de danses de Gwoka n’existaient pas encore.

Ou bien nous retrouvons le Gwoka dans un milieu plus chorégraphique c’est-à-dire dans les danses folkloriques. Le doudouisme attirant la petite bourgeoisie a poussé Madame Adeline à former la troupe de danse La Brisquante qui ne regroupait que des danseurs et danseuses à peau claire. Cette troupe sillonnait la Guadeloupe et participait au Carnaval dans les années 1970 toujours accompagnée de leurs tambouyés hors pair : Vélo, Sopta et Artème Braban.

Jacqueline Chachemire Thôle

Jacqueline Chachemire Thôle

Ce milieu encouragea l’apparition de nombreuses troupes de danses (Karukéra, Acacia,…). Parallèlement à l’arrivée de la télévision, toujours dans les années 1960/1970 environ, une dame qui est très importante au niveau des écoles de danses de Gwoka a fait son apparition : Madame Jacqueline Cachemire Thôle. Elle a introduit petit à petit, d’abord de manière déguisée la danse à l’école car à cette époque le Gwo Ka restait interdit aux yeux des gens.

Dans les années 1980, grâce aux Pères Serge Plocoste et Céleste, qui encourageaient les Guadeloupéens et surtout les jeunes à valoriser le créole, le Gwoka et le savoir-faire guadeloupéen ont commencé à faire leur entrée dans l’église. Tout ceci a été énormément critiqué. De plus, il y eut la création d’un groupe non folklorique imposant des thématiques et problématiques dans leurs chorégraphies : KASANGWA qui veut signifier « Ka sé San a nèg Gwadloup » (Le Ka est le Sang des Nègres de Guadeloupe). De 1979 à 1984, les Guadeloupéens se questionnaient très fortement à propos de leur identité culturelle.

Le phénomène VÉLO

Marcel Lollia dit VÉLO

Marcel Lollia dit VÉLO

Subitement, le 5 juin 1984, un événement bouleversa le pays tout entier et changea le regard des gens sur le Gwoka. Marcel Lollia, plus connu sous le nom de Vélo, tambouyé le plus doué de son époque meurt d’une cirrhose du foie. À partir de cette date qui fut un ébranlement révélateur, les Guadeloupéens prirent véritablement conscience de la présence de cette culture de leur pays qu’‘ils ne cessaient de renier. La Guadeloupe était pratiquement en deuil national, le corps de Vélo fut exposé pendant trois jours sur la place de la victoire à Pointe-à-Pitre et des milliers de personnes vinrent assister à l’enterrement à l’Église St Pierre et St Paul. La messe fut menée par le père Blanchard. Les pères Plocoste et Céleste  firent toute la cérémonie en créole, sur la musique du Ka et ce n’est qu’à ce moment que le Gwoka est véritablement entré dans l’église.

Ray

Raymonde Pater Torin

Création d’écoles de danse GWOKA

En 1987, Jacqueline Cachemire Thôle a ouvert la première école de danse de Gwoka : l’AKADÉMIDUKA. Elle a mis en place une pédagogie autour de l’apprentissage de cette danse qui permettait à tout un chacun, ayant déjà payé une cotisation, d’apprendre à danser en suivant des cours. En 1991, Madame Cachemire, Madame Raymonde Pater Torin et d’autres enseignants ont interpellé l’Inspecteur général de l’éducation nationale afin que le Gwoka puisse également s’enseigner à l’école et que les jeunes puissent avoir la possibilité de passer le bac danse en Gwoka de manière officielle.

De nombreuses écoles de danse de Gwoka se sont multipliées par la suite telles que Bébé Rospart, Kamodjaka, SAKITAW, Ka Tout’Jan… Parallèlement, l’école de danse Léna Blou étudiait vigoureusement la danse Gwoka car elle voulait en faire une danse contemporaine c’est-à-dire une danse artistique reconnue à l’échelle internationale.

Le Gwoka de nos jours

Aujourd’hui, le Gwoka est ancré en chacun de nous et est présent dans de nombreux événements de la vie quotidienne. Depuis les années 1960, le Gwoka est souvent utilisé dans les milieux de revendications comme dans les grèves ou les manifestations. Le Gwoka est également joué à l’occasion de fêtes de communes, de sacrements, de veillées mortuaires, de spectacles de danses, à Noël, au Carnaval, à la messe,…

Il est tout à fait normal, voire préférable, de voir le Gwoka se jouer dans la rue, à la télé ou ailleurs sans que personne soit gêné ou choqué. La population favorise la valorisation de sa culture car maintenant elle sait que c’est grâce à la connaissance et à l’acceptation de cette dernière qu’elle pourra véritablement avancer.

Affiche manifestation Médiathèque de Baie-Mahault- Ph Raymond Joyeux

Affiche exposition et séminaire sur le Gwoka – Médiathèque de Baie-Mahault- Ph. Raymond Joyeux

Nous remercions chaleureusement la jeune Danitzia Logis  de nous avoir autorisé à publier sur ce blog sa très sérieuse étude sur l’art du GWOKA, élément capital de la culture guadeloupéenne, inscrit désormais au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité. Étude qu’elle a présentée, nous le rappelons, dans le cadre du Brevet des Collèges 2015. Vu l’importance et la qualité de ce dossier, une seconde partie sera publiée dans notre prochaine chronique. En dehors de la dernière photo, texte et illustrations sont de Danitzia.

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Sargasse d’un jour, sargasse toujours ?

Je remercie l’Association AEVA de m’avoir très aimablement permis de publier cet intéressant dossier sur le phénomène des Sargasses qui continue de faire des siennes dans la Caraïbe, en Guadeloupe et, bien sûr, aux Saintes où la plage de Pompierre vient d’être interdite par arrêté municipal à toute activité nautique et touristique. Interdiction qui oblige les restaurateurs du secteur à ralentir, sinon à interrompre totalement leur fonctionnement. En plus de l’aspect scientifique et particulièrement bien documenté de cet article, vous apprécierez, je l’espère, tout comme moi, la dose d’humour de l’auteur et ses superbes illustrations. Merci encore à AEVA pour cet amical partage. J’invite ceux qui souhaitent connaître davantage cette Association et ses publications à se rendre sur son site.
Raymond Joyeux

A Viard, les mouettes atriciles se délectent des invertébrés qui se développement sur les échouages.

Ne croyez pas que je veuille vous saper le moral

Il n’est pas certain que le phénomène sargasses garde toute son ampleur dans les années à venir. Mais il n’est pas certain non plus que ça s’arrange !

Etant d’un naturel curieux, je me suis invité à une réunion au sommet la semaine dernière. Perché sur le rebord de la fenêtre, j’ai pu suivre les explications de la DEAL (environnement), de l’ARS (santé) et de l’ADEME (financement d’actions). Si ce n’est que la terre s’est mise à trembler pendant que je me concentrais sur le sens du courant équatorial, je pense avoir à peu près compris. Je vous livre ce qu’a saisi ma cervelle d’oiseau.

Un peu d’histoire tout d’abord

2011 – Premiers échouages massifs de sargasses en Guadeloupe. Le phénomère dure de juillet à octobre.
2012 – Même scénario, d’avril à octobre.
2013 – Rien !
2014 – A nouveau des échouages, cette fois de juillet à décembre.
2015 – Les choses se gâtent, année maudite mes frères. Ca a repris fin février, avec une ampleur jamais vue de mémoire de Pélican.

Moi je veille au grain, et j’avertis les services de la commune si elles arrivent.

A retenir pour l’interro écrite :

Avant 2011, les sargasses étaient si peu nombreuses dans nos eaux qu’elles ne s’échouaient pas. Quelques petites touffes pouvaient traîner en mer, mais pas de quoi casser trois pattes à un Diablotin.

On embraye avec un peu de géographie et de climatologie
(c’est bien la peine d’être en vacances).

Les sargasses naissent dans le Golfe du Mexique, puis – en passant par le sud de la Floride – rejoignent le vortex du Triangle des Bermudes (où elles côtoient les monceaux de bois et plastiques qui s’y accumulent également, mais ceci est une autre histoire).

Ce Triangle des Bermudes, c’est ce que le commun des mortels (vous) appelle la Mer des Sargasses. Dans le temps (avant 2011), des petites quantités de sargasses voguaient vers le sud et fréquentaient de façon très discrète les eaux des petites Antilles.

C’était nickel en ce temps-là.

Mais voilà qu’en 2010, il se passe quelque chose de bizarre. Deux choses bizarres même.

Le pot-au-noir (à ne pas confondre avec le pot-aux-roses) s’est beaucoup renforcé. Le pot-au-noir (aussi appelé zone de convergence inter-tropicale ou ZIC) est une ceinture d’air à basses pressions, qui entoure la Terre près de l’équateur. Cette zone est appelée pot-au-noir par les marins, car elle est synonyme de situation peu claire et dangereuse.

Cette ZIC fait habituellement quelques centaines de kilomètres de large, et sa position évolue légèrement selon la période de l’année.

Et alors, quel rapport avec les sargasses ? J’y viens, un peu de patience.

La Guyane est également concernée par le phénomène. Mais là, c’était avant.

Au voisinage du pot-au-noir,  les vents sont faibles dans les basses couches de l’atmosphère. Ca crée comme qui dirait des calmes équatoriaux. Pétole.

En 2010 donc, ce pot-au-noir devient beaucoup plus large que d’habitude. Onlo ptéol ! De quoi bloquer le transit des sargasses.

On dirait que c’est ce qui s’est passé en 2010 : les algues se sont accumulées dans cette zone de calme, au nord-est du Brésil. Dans le même temps, il s’est passé un deuxième truc bizarre.

En temps normal, il existe un courant équatorial qui va vers l’ouest, et qui repousse donc les sargasses qui seraient dans le secteur. Ce courant est contrebalancé par un léger contre-courant qui va dans l’autre sens, vers l’est. Eh bien vous me croirez ou pas, en 2010 ce courant a été un peu plus fort que d’habiture, ce qui a encore plus empêché les sargasses de repartir vers l’ouest.

Résumé des faits pour 2010 :

Un gros paquet de sargasses stagne au nord-est du Brésil.

Toujours pas de rapport avec la Guadeloupe. La vie n’est pas simple, je vous l’ai déjà dit.

Ibis sacrés regardant passer les nutriments dans l’Amazone, sur l’île de Marajo.

Il se trouve que dans cette zone du Brésil, le gros fleuve Amazone déverse ses eaux, chargées en nutriments. Et que cette interaction entre les nutriments et les sargasses a causé leur énorme prolifération. Nitrates et phosphates fournis par le fleuve ! Cerise sur le gâteau, 2015 est également une année anormale pour ce qui est des brumes de sables. Ce phénomène est intense depuis deux à trois mois et sans répit. Et ces brumes déposent des quantités importantes de nitrates, phospahtes et fer, tout ce qu’aiment les sargasses.

La suite on la connaît. Le courant Caraïbe fait voyager ces algues, qui viennent maintenant apporter une touche de déco à certaines parties du littoral.

Enfin de nouvelles teintes dans la palette du peintre. Ocre, rouge et brun. Ici, à Marie-Galante.

Les questions que je me pose sont les suivantes :

Est-ce que les apports de nutriments de l’Amazone ont été plus forts en 2010 que par le passé ? Certains en effet mettent en cause la déforestation, qui aurait pour conséquence un apport accru de nitrates et de phosphates dans le fleuve. Mais je me dis que malheureusement, la déforestation ne date pas d’hier, ni d’avant-hier. Y aurait-il eu un effet de seuil ? Ou alors, le taux de nutriments normal de l’Amazone aurait-il de toutes façons suffi à booster les algues ?

Est-ce que cette énorme masse d’algues au large du Brésil a tendance à se réduire ? Puisque le renforcement du pot-au-noir et du contre-courant – causes premières de l’accumulation – ne se sont pas renouvelés, peut-être y a-t-il une chance que l’intensité du phénomène diminue globalement ? Et qu’à moyen terme, les impacts sur notre petite île soient moins importants ?

Comment se fait-il que l’espèce de sargasse dominante aux Antilles ne soit pas la même que celle du Triangle des Bermudes ? Deux espèces co-existent aux Bermudes : Sargassum natans (90%) et S. fluitans (10%). Aux Antilles, seule S. fluitans a été observée jusqu’à maintenant.

Pourquoi ne s’est-il rien passé en 2013 ? 

 

Un œil exercé repèrera un petit banc de S. fluitans juste derrière l’îlet.

En conclusion, plus on en sait, et plus des questions se posent. C’est tout le temps comme ça depuis Galilée, il n’y a pas de raison que ça cesse.

C’est bien parce que c’est vous, je me suis fendue de deux petits dessins pour résumer l’histoire.

La suite de la réunion a été consacrée à l’impact potentiel de l’accumulation de ces algues sur la santé humaine et la santé animale tout court, et sur la façon de traiter le problème localement. Le sujet est vaste. Si vous me le demandez gentiment, un article fera suite à celui-là, lorsque des projets de collecte et de valorisation de cette biomasse auront vu le jour.

Il n’est pas interdit d’être optimiste !

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Terre-de-Haut : beau succès musical pour SAINTOIS K

 

 Musique et gastronomie locale : ambiance assurée

11231029_401126133404845_2417065702519895865_nNouvellement créée, l’Association SAINTOIS K, sous la conduite de Vanessa FOY, a signé son premier succès musical. C’est à l’occasion de la fête de la Musique, ce 21 juin 2015, que l’équipe de Vanessa a inauguré les nombreuses manifestations culturelles prévues au programme annuel de sa toute fraîche Association. Sur la plage du petit marché du Fond Curé et sous trois chapiteaux dressés la veille, public, matériel technique professionnel et podium attendaient que les groupes de musiciens et chanteurs prennent successivement place derrière leurs instruments : ce qui fut fait autour de 9 heures du matin, le temps que tout le monde soit prêt pour cette première fête musicale. Une longue journée pleine d’ambiance et de soleil en ce dimanche d’été tropical, encadrée par un STAFF impressionnant et efficace pour éviter tout débordement et permettre à chacun non seulement d’apprécier le « son » et les voix mais de satisfaire sans problème le moment venu une petite faim, puisque pour la modeste somme de 7 €, le nombreux public a pu allier gastronomie locale et plaisir musical, sur fond de Baie des Saintes, classée 3ème mondiale pour son pittoresque et sa beauté, fallait-il le rappeler ?

Des projets plein l’escarcelle

IMG_2106Si, comme l’indiquent son nom SAINTOIS K et son emblème, le tambour traditionnel, cette jeune Association compte privilégier la musique sous le patronage du « KA », de nombreuses autres activités sont prévues tout au long de l’année afin de « dynamiser la jeunesse saintoise et de la sensibiliser aux activités artistiques et culturelles ». C’est en tout cas son objectif principal avoué et c’est déjà pas mal. À cette fin, elle compte mettre en place diverses actions d’animation comme, entre autres, des ateliers d’initiation et l’organisation d’événements à des dates clés du calendrier, l’aide aux enfants d’âge scolaire, la préparation du carnaval 2016… Et ce n’est sans doute pas tout….

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Pour plus de photos de cette journée du 21 juin et davantage d’informations concernant la composition du bureau, les objectifs de l’Association et son programme, les adhésions et autres, consultez le Facebook du groupe ou rapprochez-vous de sa présidente Vanessa FOY, jeune fille moderne, dynamique et entreprenante à qui nous devons cette nouvelle et opportune association. Avec nos plus vives félicitations à sa dirigeante, à ses responsables, à ses adhérents, nous ne pouvons que souhaiter pleine réussite et longue vie à cette initiative en faveur de la jeunesse saintoise mais aussi de l’ensemble de notre communauté. Quelque chose manquait aux Saintes dans le domaine associatif des arts et de la culture. Puissent SAINTOIS K et ses responsables apporter le plus, utile, agréable et nécessaire, dont notre population avait depuis longtemps grandement besoin.

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Bernard BONBON : premier scientifique saintois de haut niveau

Un collectionneur de diplômes et de titres universitaires

BERNARDBernard S. BONBON est né à Terre-de-Haut en 1941. Très jeune, il s’intéresse au dessin et à la peinture, allant jusqu’à commettre quelques tableaux durant sa scolarité secondaire au lycée Gerville Réache de Basse-Terre. Tableaux où l’on voit déjà percer ses qualités d’artiste et de technicien. Mais c’est à son arrivée en métropole qu’il entreprend de longues et sérieuses études dans diverses Grandes Écoles de la Capitale comme, entre autres, l’École des Hautes Études en Sciences Économiques et Sociales,  l’Université de Paris VIII, l’École Nationale Supérieure des Beaux Arts et l’École Supérieure des Arts Appliqués. Études couronnées par de nombreux titres universitaires dont un Doctorat en Sciences de l’Information et de la Communication, un Doctorat en Arts Plastiques (Arts et Mathématiques), une licence suivie d’un DEA en Sciences de l’Éducation, une Agrégation en Arts Plastiques…

Maître de conférence et  chercheur en Sciences de l’Art

COUVERTURENanti d’une très solide formation universitaire et, comme on l’a vu, de nombreux diplômes obtenus avec la mention Très Bien, Bernard accède à un poste de chercheur en Sciences de l’Art et devient un spécialiste éminent de l’image et de la perspective. Il approfondit ses connaissances des problèmes Mathématiques de l’Espace Visuel, en particulier des Perspectives et des Mathématiques appliquées et de la didactique des arts. Maître de conférence en Art Plastiques, il occupe un poste d’enseignant permanent à l’Université de Grenoble 2 et entreprend la rédaction de plusieurs ouvrages sur son sujet de prédilection. Ouvrages traduits en allemand et en italien et qui font référence dans leur domaine sur le plan universitaire international. Il est primé par la Commission Ministérielle des livres et plébiscité par les universités scientifiques françaises et étrangères.

Un nombre impressionnant d’ouvrages artistiques et scientifiques

Unknown-2Si on excepte son dernier ouvrage en préparation, Analyse de l’œuvre d’art. Le pouvoir de l’image/ les clés pour comprendre (plus de 1200 pages prévues), la bibliographie de Bernard S. Bonbon ne compte pas moins d’une dizaine d’ouvrages très spécialisés, peu accessibles au commun des mortels.  Mais qui sont autant de manuels de référence et de cours, destinés aux étudiants et chercheurs d’universités et des grandes écoles de France et du monde entier. Inscrits au référentiel des autorités de la documentation de l’enseignement supérieur, il sont tous publiés  aux Éditions Eyrolles de Paris. On peut citer parmi les titres les plus connus  :
2013 - 1-2– La perspective scientifique et artistique – 1972
– La perspective moderne – Méthode des Réseaux Normés (MRN)  – 1983
– La Géométrie Sphérique tridimentionnelle – 1985
– Les perspectives inclinées – Perspectives des ombres et des reflets – 1989
– La géométrie du relief visuel ou perspective binoculaire – 1990
– Art mathématiques et informatique – Art Trigono-Plastique
– Art théorème  – Catalogue, production de peintures de grands formats au palmarès d’une trentaine de Prix Internationaux.

Artiste-peintre hors pair et auteur de Brevets d’Invention

2013 - 3En plus d’être le chercheur, l’enseignant et l’écrivain scientifique que l’on vient de découvrir, Bernard S. Bonbon est l’auteur de nombreux tableaux dont les œuvres sont répertoriées et reproduites dans le dernier ouvrage cité : Art théorème. Mais il est aussi un inventeur de renom dont les Brevets sont déposés à l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI). Autant de réalisations et de travaux qui lui ont valu les éloges mérités et les prix nationaux et internationaux parmi les plus prestigieux :
– Grand Prix des Distinctions Françaises et étrangères, de Belgique, de Montreux, de Rome, des Provinces de France, Nice, Cannes, Strasbourg, Haute-Savoie, Sélestat, Caen, Alençon, Lisieux, Metz, Mâcon, Bédarieux… Toile d’Or des années 85, 86, 87.  Coupe de la Ville de Paris. Grand Prix de l’Institut Académique de la Main d’Or. Prix auxquels il faut ajouter nombre de distinctions honorifiques telles des : Ambassadeur des Arts et  Lettres, Commandeur des Palmes d’Or Académiques, Cravate d’Or avec Rosette, Prix International des Sciences Appliquées…

L’éloge de son cousin Marc-André Bonbon

geometrie-du-relief-visuel-3d-perspective-binoculaire-2791442-250-400À l’occasion de la présentation de ses travaux et ouvrages à Pointe-à-Pitre en 1990, à l’initiative du SIREG, c’est dans le journal saintois L’IGUANE du 4 mars de la même année, que Marc-André Bonbon, cousin germain de Bernard, après avoir cité, comme nous venons de le faire, ses nombreux  titres et diplômes, nous décrit avec enthousiasme le personnage… Sans omettre d’égratigner au passage, à juste titre, la municipalité saintoise de l’époque dirigée par l’ex-miltaire Robert Joyeux, indifférente au succès d’un compatriote dont l’excellence, selon lui, méritait mieux que le silence. Voici le texte de Marc-André intitulé :  Un scientifique nous est né
« Toutes ces distinctions reposent sur les épaules d’un seul et même homme, un enfant du pays, Bernard Bonbon. Né à Terre-de-Haut d’une famille modeste, Bernard (Bern-Art), artiste dans l’âme, a su, à force de courage et de persévérance, s’ouvrir les portes du succès. Cette réussite nous honore et nous flatte car elle soustrait du coup Terre-de-Haut de l’anonymat intellectuel dans lequel elle était plongée depuis la nuit des temps. Bernard aujourd’hui est un homme comblé car ses travaux scientifiques qui font autorité dans le monde entier sont enfin connus du public guadeloupéen (…)
Bernard quant à lui n’a jamais rompu le cordon ombilical qui le liait à sa terre natale. Il ne cache pas qu’il a dès le départ puisé dans la magnifique architecture de Terre-de-Haut les éléments qui lui ont permis par la suite de devenir une sommité dans le domaine des Sciences et des Arts.
« Un art à la fois hors et dans le réel, et parfois si loin déjà dans le futur immédiat« , pour reprendre une citation des éditions Arts et Images du monde. Nous regrettons toutefois que la municipalité de Terre-de-Haut n’ait pas jugé utile jusqu’à présent de rendre à ce fils du pays l’hommage qu’il mérite. Une municipalité si prompte à dépenser les deniers publics pour recevoir des militaires et des aventuriers de tout acabit venus aux Saintes se faire un nom. Une municipalité qui a versé dans le faste quand monsieur le maire s’est vu généreusement 
octroyer les palmes académiques (du ridicule ?) lors de la fête du 15 août 1989.
Mais l’essentiel après tout n’est-il pas dans l’admiration et le respect que nous vouons à l’œuvre de l’artiste ? Un artiste dont la modestie est presqu’une maladie. Un artiste qui est et qui restera pour nous Saintois, le premier scientifique que notre île ait produit. »

Bernard Bonbon devant quelques unes de ses œuvres

Bernard Bonbon devant quelques unes de ses œuvres

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Terre-de-Haut historique : naissance et évolution d’une communauté

Des îles désertes

Ridolfo_Ghirlandaio_ColumbusTout le monde le sait, l’archipel des Saintes a été découvert par Christophe Colomb le 4 novembre 1493. C’est d’ailleurs en l’honneur de la fête de la Toussaint que le navigateur génois l’a baptisé LOS SANTOS, appellation devenue par la suite, par francisation du terme : LES SAINTES. L’Histoire ne dit pas si Colomb y mit pied à terre avec son équipage. Nous savons seulement que, bien que servant d’étape aux Caraïbes lors de leurs pérégrinations, ces îles étaient désertes avant leur découverte. D’autre part, rien ne prouve que des pirates y avaient installé leurs repaires avant leur prise de possession par les Européens. Mais, pour ne pas décourager les éventuels chercheurs de trésors et mettre fin à leurs rêves de découvreurs, on peut toujours imaginer que quelque malle pleine de pièces d’or et de bijoux précieux est enfouie quelque part, à proximité de nos plages ou plus avant dans nos mornes !

L’occupation de Terre-de-Haut

Mémorial colonisation de Terre-de-Haut

Mémorial colonisation de Terre-de-Haut

Ce n’est qu’un siècle et demi plus tard, en 1648, en même temps que Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Marie-Galante, que Terre-de-Haut reçut ses premiers colons. Les Français établis en Guadeloupe, craignant que les Anglais qui rôdaient dans la Mer Antilles ne s’en emparent avant eux, expédièrent un dénommé DU MÉ avec trente hommes pour s’y établir au nom du Roi de France. C’était exactement le 18 octobre 1648. Cette première occupation fut cependant de courte durée car une terrible sécheresse chassa DU MÉ et ses hommes avant la fin de l’année, l’île ne possédant ni source ni rivière. Il fallut attendre 1652, soit quatre ans plus tard pour que Hazier DUBUISSON y débarquât à son tour avec bon nombre d’hommes qui commencèrent à cultiver les terres, créant les conditions d’une installation définitive. On a tout lieu de croire que ces hommes, marins ou soldats, furent les premiers Saintois, ancêtres éloignés des habitants actuels de Terre-de-Haut.

Arrivée des filles en Guadeloupe

Débarquement de colons en Guadeloupe


Cependant l’implantation de ces premiers colons ne fut de tout repos puisqu’ils durent subir de nombreuses attaques des Caraïbes de la Dominique et faillirent tous être exterminés par l’une d’entre elles en 1653. De plus les Anglais, toujours tentés de débarquer aux Saintes essayèrent à plusieurs reprises de s’emparer de Terre-de-Haut qui allait être longtemps occupée alternativement par les Français et les Anglais.

Le cyclone de 1666

Bataille-Cardinaux - copieLa première attaque sérieuse des Anglais contre Terre-de-Haut remonte au mois d’août 1666. Elle se solda par une « victoire » française un peu particulière, dont le souvenir s’est immortalisé dans la fête patronale de la paroisse célébrée chaque année le 15 août. Voici comment les choses se sont passées : Arrivés dans les eaux saintoises, les vaisseaux anglais réussirent à se rendre maîtres de la rade de Terre-de-Haut et à débarquer dans l’île marins et soldats. Pendant 10 jours, celle-ci vécut sous la domination des Britanniques, car leurs navires prévenaient toute contre-attaque française par la mer. C’est pourtant la mer et les éléments déchaînés qui allaient renverser la situation et faire perdre aux Anglais le bénéfice de cette première occupation. Dans la nuit du 13 au 14 août, un terrible cyclone coula la quasi totalité de leur flotte, laissant les occupants à terre sans soutien maritime. Le Gouverneur DULION, profitant de l’occasion, de la Guadeloupe, envoya ses hommes chasser de Terre-de-Haut les rescapés ennemis et demanda aux pères Jacobins de chanter chaque année au 15 août un TE DEUM en action de grâces à la Providence. Ainsi naquit, pense-t-on, le jour de l’Assomption, la fête patronale de Terre-de-Haut.

La fameuse Bataille des Saintes

La seconde attaque anglaise fut plus retentissante. Elle a eu lieu un peu plus d’un siècle plus tard, le 12 avril 1782. C’est celle que l’Histoire a retenue sous le nom de Bataille des Saintes. Au cours de cette célèbre confrontation navale, l’amiral Anglais RODNEY écrase le contre-amiral français DE GRASSE, détruisant dans le Canal de la Dominique la totalité de la flotte royale, s’emparant de son navire emblématique la Ville de Paris, dont une maquette se trouve actuellement au musée du Fort Napoléon. C’est à compter de cette date fatidique que les Anglais occupèrent de façon quasi permanente Terre-de-Haut et l’ensemble de l’archipel qui ne furent repris momentanément par les Français qu’en mars 1809.

bataille des saintes

 Nouvelle occupation anglaise et exploit de Calo, Cointre et Solitaire

Le 30 mars 1809, sachant la rade des Saintes libre de tous navires ennemis, trois vaisseaux français, le D’Hautpoul, le Courageux et le Félicité, viennent apporter des troupes neuves et des approvisionnements à Terre-de-Haut. Le 14 avril, alors qu’ils sont encore dans la baie, les Anglais débarquent par surprise derrière le Gros Morne et s’emparent de l’île. La division française, commandée par TROUDE, se trouve ainsi prisonnière, encerclée par les navires anglais. Mais la nuit venue, trois Saintois, Jean Calo, Charles Cointre et Solitaire, connaissant parfaitement les passes et les hauts fonds, jouent un bon tour aux Anglais en réussissant à faire sortir de la rade les navires français et, dit la légende, « à regagner de nuit la côte à la nage ».

LacourSi ce fait lui-même de l’histoire des Saintes n’est pas contesté, les circonstances de sa réalisation sont controversées. Oruno LARA, auteur d’une Histoire de la Guadeloupe prétend que les Français, aidés des trois pilotes saintois, sont sortis par la Passe de la Baleine, entre la Pointe Bombarde de l’îlet à Cabris et la Pointe Coquelet, au Nord de Terre-de-Haut. C’est cette première version qui est généralement retenue. Auguste LACOUR, autre historien des Antilles, affirme quant à lui que c’est par le Sud, entre Terre-de-Haut et Terre-de-Bas que les Français prirent le large à la barbe des Anglais. On sait par ailleurs que Jean Calo, pilote de son état, ne savait pas nager. Bref, le lendemain matin, les Anglais, surpris de se retrouver tous seuls dans la rade, se lancèrent à la poursuite des fugitifs, laissant à terre des hommes de troupe qui, le 17 avril, forcèrent  le commandant des Saintes à capituler. Ce dernier, un dénommé Madier, fut fait prisonnier avec sa garnison et tout ce petit monde fut expédié sous bonne escorte à la Barbade, laissant l’archipel sous domination britannique. C’est au cours de cette ultime occupation que les Anglais détruisirent toutes les fortifications de Terre-de-Haut, dont 18 d’entres elles (entre autres, le Fort Napoléon entre 1845 et 1867, La Tour Modèle du Chameau en 1843 la Batterie du Morne Rouge entre 1869 et 1870), seront reconstruites par les Français qui entrèrent définitivement en possession des Saintes en 1815.

Évolution de la population de Terre-de-Haut entre 1830 et 2015

L’anthropologue Jean-Luc Bonniol qui séjourna aux Saintes à la fin des années 1970 et qui exerça comme professeur d’histoire au collège de Terre-de-Haut a établi l’état démographique de notre île et l’évolution de sa population à partir de 1830. On trouve le tableau suivant à la page 191 de son ouvrage La couleur comme maléfice, publié chez Albin Michel en dévier 1992 :

1830 : 508 habitants
1831 : 507 habitants
1832 : 507 habitants
1833 : 498 habitants
1834 : 454 habitants
1835 : 502 habitants
1836 : 491 habitants

De son côté, Patrick Péron, à la page 89 de son livre : Petite histoire de Terre-de-Haut – ASPP 2003, complète la précédente liste :

1882 : 772
1920 : 754
1945 : 1039
1999 : 1729

Il nous donne parallèlement un aperçu de la population des deux îles de l’archipel depuis l’origine de la colonisation jusqu’à l’abolition de l’esclavage, population qui passe de 43 habitants en 1664 à 1287 en 1848.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, 2015, en attendant le prochain recensement, avec l’apport de nombreux nouveaux éléments venus s’y installer au cours de ces dernières années, on estime, sauf erreur, la population de notre île à environ 1830 habitants. Anciens et nouveaux Saintois formant à ce jour une communauté apparemment homogène, grâce principalement à une bonne intégration des arrivants et à l’accueil bienveillant des résidents « de souche », pour employer une expression suspecte, à la mode, mais pas toujours bien appréciée.

Ruine du Fort Joséphine à l'Ilet à Cabris

Ruines du Fort Joséphine à l’Ilet à Cabris

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La fête de la pêche aux Saintes : une tradition respectée

Sur une seule journée

Affiche pêche reLe dimanche 24 mai de la Pentecôte 2015, s’est tenue à Terre-de-Bas, Anse des Mûriers, la traditionnelle Fête de la Pêche et des Pêcheurs, organisée par l’Association des Marins-Pêcheurs Saintois (AMPS). Pour respecter la règle de l’alternance, c’était à Terre-de-Haut cette année que cette manifestation aurait dû normalement avoir lieu. Mais vu les circonstances et l’obstination du maire de cette commune à refuser systématiquement le prêt de tout matériel communal, les dirigeants de l’AMPS ont bénéficié de la bonne grâce de M. Duval, maire de Terre-de-Bas, qui a mis à leur disposition, pour cette année encore, emplacement, podium, tentes et énergie électrique, se démarquant ainsi positivement de son collègue d’en Haut. Autre dérogation : habituellement, cette fête se déroule sur les trois jours du Week-end de Pentecôte, mais faute de finances et surtout à cause de l’arrivée massive de sargasses sur les plages, la manifestation s’est concentrée cette fois-ci sur la seule journée de dimanche et ce jusqu’à tard dans la nuit, se clôturant par un bal public.

Panneau pêche

Poisson grillé et lambi à toutes les sauces

Port de l'Anse des Mûriers envahi de sargasses

Port de l’Anse des Mûriers envahi de sargasses

Si au menu, comme il se doit en une telle circonstance, musique, poisson et lambi étaient à l’honneur, il n’y a eu cette année ni concours de pêche ni régate de voile traditionnelle. Autant de manifestations annulées à cause, avons-nous dit, des sargasses qui continuent d’envahir nos plages, comme celles de toute la Caraïbe, et qui perturbent les activités nautiques autour des côtes saintoises. Empressons-nous  de préciser qu’à Terre-de-Haut, la baie et le littoral du bourg sont heureusement épargnés, et chacun peut s’adonner sans problème aux joies du canotage, de la nage et de la baignade. À Grand’Anse Terre-de-Bas, par contre, les algues s’étendent en mer à perte de vue et de hautes dunes brunes et malodorantes ornent lugubrement la plage, incommodant les riverains de leurs effluves d’anhydride sulfureux.

Longues queues de convives et animations musicales non stop

publicComme chaque année, la manifestation a drainé un nombre important d’habitués et de visiteurs venant des deux îles mais aussi de Guadeloupe, de Martinique, de Marie-Galante et d’ailleurs. L’incontournable animateur, Aimé Bertin, ancien professeur d’espagnol, avec sa bonhomie habituelle, a souhaité la bienvenue en créole et dans toutes les langues européennes, soulignant ainsi le caractère cosmopolite des participants. De son côté, le Président Georges Pineau n’a pas manqué de remercier tout le monde : public, municipalité, sponsors, musiciens et animateurs, cuisinières, serveurs, tous les membres actifs de l’Association et les bénévoles qui ont fait que la fête se déroule dans les meilleures conditions. Même si au milieu de l’après-midi une petite pluie a rafraîchi momentanément les ardeurs de la foule, perturbant quelque peu l’intervention, remarquée néanmoins, de notre ami Fernand Bélénus (Tonton Fernand pour les intimes) qui a rappelé l’historique du syndicalisme marin aux Saintes, depuis sa création en 1905 jusqu’à nos jours.

public 2Une soirée endiablée et festive

public 3En fin d’après-midi, le beau temps revenu, tandis que certains, après une belle journée d’amitié partagée et de convivialité, se pressent pour ne pas rater la navette vers Terre-de-Haut, d’autres les remplacent au pied du podium ou autour du bar et entament leur soirée, bien décidés à ne rien perdre de la musique et des animations proposées par DJ WIDY et le groupe OKTAV’ et DYNASTI’Z, à la dynamique bien rodée. Beaucoup, impatients et joyeux, se mettent spontanément  à danser, sans attendre l’ouverture officielle du bal qui durera jusqu’à 2 heures 30 du matin, alors que la lune à son premier quartier imprime sur le sable l’ombre allongée et mouvante des palmes de la cocoteraie voisine. C’est le président Georges Pineau qui clôturera cette toujours attrayante fête de la pêche et des pêcheurs, remerciant une dernière fois tous les participants, les invitant pour l’année prochaine et souhaitant que l’alternance Terre-de-Bas/Terre-de-Haut retrouve son cycle habituel pour une toujours plus grande fraternité entre nos deux îles.

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Texte et photographies de Raymond Joyeux

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La visite des musées : une pièce en 3 actes

De l’utilité des musées

Musée Scholcher à Pointe-à-Pitre

Musée Schoelcher à Pointe-à-Pitre – Ph R. joyeux

Pour l’amateur d’art, le musée est ce qu’est le zoo à l’aficionado des bêtes sauvages : un mal nécessaire. Le musée a, tout comme son équivalent animalier, son incontestable utilité : concentration des spécimens, préservation, exposition au public… mais de la même manière que les fauves perdent quelque chose de leur nature secrète et effrayante après une vie d’exhibition domestiquée, les œuvres qui se retrouvent au musée y perdent de leur originelle vitalité. Mais il n’empêche que c’est toujours mieux de les avoir là, ces œuvres, amassées pour les yeux de tous, même à moitié mortes, plutôt qu’autre part, où personne sinon quelques privilégiés ne pourrait en profiter. C’est bien là, dans l’abolition du privilège de l’accès à l’art – le prix d’un billet de musée, même s’il n’est pas donné, ne dépasse guère celui d’un billet de cinéma, et est souvent même moins cher qu’une séance 3D, le port de lunettes ridicules en moins – que le musée trouve sa justification.

Memorial Acte de Pointe-à-pitre au lever du jour. Ph R. joyeux

Mémorial Acte de Pointe-à-Pitre au lever du jour (Musée de la traite négrière) – Ph Raymond joyeux

Et même si certains lieux cultivent encore le culte désuet de la collection privée, dans l’écrin restauré des riches hôtels particuliers parisiens, peut-être afin que la bourgeoisie qui les fréquente ait un instant l’illusion que leurs œuvres sont exposées « chez elle » (c’est à toi que je pense Jacquemart-André !), la grande majorité des musées nationaux, même lorsqu’ils investissent les vestiges d’un passé pour le moins royal (Grand Palais, Orangerie, Louvre…) ont réussi, par une muséographie moderne à faire oublier à leurs visiteurs le faste des lieux, pour mieux mettre en lumière la richesse des collections. L’ambition générale est de vouloir abolir le statut du caractère de privilège qui reste encore aujourd’hui associé à l’art : tout le monde doit avoir accès au musée et, à défaut de les comprendre, tout le monde doit pouvoir voir les œuvres qui y sont exposées.

Tiket musée 1 améliorEt cette ambition de démocratisation est saine. Elle est saine car même si ce sont toujours les vieilles mêmes croûtes au mur, au moins ce ne sont pas toujours les mêmes vieux croûtons qui les contemplent. Oui, mais voilà, ce désir d’accessibilité, de libre accès à l’art vaut seulement pour les collections permanentes. Il en est autrement pour ces grand-messes incontournables des hautes sociétés que sont les expositions temporaires. Plus particulièrement, je parlerai ici du comportement d’une certaine classe de visiteurs du Grand Palais où des expositions annuelles, sous forme de rétrospectives (Monet en 2010, Turner en 2011, Hopper en 2012, Braque en 2013, Hokusai en 2014…) de grande ampleur, aussi bien artistique que médiatique, ont attiré les foules. Oui mais quelle foule ! Tout le beau monde se presse pour voir réunis les chefs d’œuvre des grands maîtres, moins pour les admirer quelquefois que pour y avoir été, et obtenir, par un mystérieux phénomène de transfert, une aura particulière, réservée à ceux qui ont pu approcher de près les traces du génie.

Une visite en trois actes

Queue au Grand Palais Paris. Ph Alexandre Joyeux

Queue au Grand Palais Paris. Ph Alexandre Joyeux

La visite de lexpo de l’année est une pièce divisée en trois actes. Acte 1 : la queue. Si possible longue, en extérieur avec un temps bien de Paris, histoire que la pluie et le vent forcent la foule à resserrer les rangs autour des quelques habitués ayant leur parapluie. Voilà pour le décor. Les personnages se divisent en deux groupes : les prévoyants, ayant acheté leur billet à l’avance ; et les opportunistes, ayant naïvement cru le panneau à partir de ce point : 30 minutes d’attente, ces derniers ne rentreront pas dans le musée avant 3 heures de procession. Ils ne sont cependant pas les seuls à faire la queue. Ceux ayant acheté leur billet « coupe file » sont si nombreux, qu’ils doivent bien la faire finalement, la file, et ce malgré leurs protestations incessantes dirigées vers les agents de sécurité responsables du nombre d’entrées. « Mais, monsieur, puisque je vous dis que j’ai un billet coupe-file ! », « Oui monsieur, je sais monsieur, tout comme ces 200 autres personnes ».

Sésame ferme la !

HokusaiArrive enfin la crème de la crème, pour qui il faudrait dérouler le tapis rouge, les détenteurs de la fameuse Carte Sésame. Ceux là semblent être d’une autre espèce que le commun des amateurs d’art, ceux là ont investi, à l’année, dans leur droit d’entrée dans les expos du Grand Palais, et veulent en être récompensés. Il faut les voir arriver avec tout leur aplomb, s’imaginant passer devant tout le monde, se frayer un chemin à grands coups de coudes dans les côtes, dans l’indignation générale, afin d’arriver jusque devant la barrière pour présenter sans un mot leur précieux sésame à l’agent de sécurité. « Je vois bien votre carte monsieur, mais elle ne vous donne pas le droit de passer devant toutes ces personnes ». Surprise, décontenancement, indignation : « Mais enfin, j’ai la Carte Sésame ! ». Au milieu des protestations et des soupirs, exigeant de ces malotrus qu’ils retournent à leur place à la fin de la queue, on comprend que pour certains, posséder une telle carte, c’est être un VIP de la culture, un privilégié avec accès backstage et tout le tintouin, c’est presque à la limite posséder une petite partie du musée, et ainsi obtenir le droit de traiter avec le plus grand mépris les autres qui n’en sont que des visiteurs.

NIKI BONTout le monde rentre peu à peu dans le musée, l’Acte 2 peut commencer. C’est celui de la visite, et c’est finalement le plus court. On y prend plus de temps pour lire les indications biographiques sur les murs que pour regarder les œuvres, on y crie à toute la famille le numéro de l’audioguide correspondant à cette salle, on y engueule les enfants qui veulent passer à la salle suivante, puis on engueule sa femme qui s’attarde un peu trop dans la précédente. Au mépris de tout bon sens, la foule se presse devant les œuvres mises en valeur par la muséographie, puisqu’elles doivent être bonnes, et alors que tous se serrent autour du chef d’œuvre désigné, aucun n’a le recul suffisant pour vraiment le voir, et ceux qui essaient de reculer pour le voir correctement sont rappelés à l’ordre : « Poussez-vous ! On ne peut plus lire la biographie! Il y en a que l’exposition intéresse ! ».

Petits et grands se pressent pour acheter leur bout de l’art

L’acte 3, pourtant conclusif n’est pas plus heureux. Après une éreintante visite aux allures de parcours du combattant, tous ont bien mérité de passer à la boutique. Ah, la boutique ! Pourquoi la boutique ? Pour pouvoir exhiber une preuve de son passage auprès des maîtres ? Oui mais le catalogue de l’expo est trop cher, et les cartes postales on en trouve partout… les magnets feront l’affaire. Comme ça quand Tantine ira se chercher du lait au frigo on pourra se la péter en disant, « vous avez vu, on a pris ça à l’expo Hokusai ! C’était Ma-gni-fique ! ». Le pire c’est que pour pouvoir ramener à la maison un petit bout du maître copié par des petites mains chinoises, il faut faire la queue ! Mais bon, là au moins, on fait la queue pour la bonne cause, on consomme vraiment, on fait pas semblant ; c’est un peu comme au supermarché… La pièce se conclut généralement par une prise de conscience terrible en regardant la couverture du catalogue : « ah mais il était dedans ce tableau !? »

Petits et grands se pressent pour acheter leur petit bout de l'art !

Petits et grands se pressent pour acheter leur petit bout de l’art ! Photo Alexandre Joyeux

Alexandre JOYEUX – Paris – Janvier 2015

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Théâtre en la cité : une expérience à renouveler

Cendrillon revisitée

Unknown-1Une fois n’est pas coutume, les habitants de Terre-de-Haut ont eu l’heureuse opportunité de pouvoir assister à la représentation d’une pièce de théâtre sous le préau de l’école primaire les mercredi 7 et jeudi 8 mai 2015, entre 19 h et 20 h 30 : soit une heure et demi de divertissement et de vrai bonheur. Il s’agissait d’une adaptation libre du célèbre conte de Charles Perrault : Cendrillon, revue et corrigée par Joël Pommerat, auteur belge d’expression française. Ceux qui se souviennent de ce merveilleux récit de leur enfance n’auront eu aucun mal à retrouver dans la pièce de Joël Pommerat les principaux ingrédients et personnages de la légende de Cendrillon, même sérieusement remaniée par l’auteur : la petite orpheline maltraitée qui deviendra princesse, la belle-mère acariâtre et ses deux filles jalouses, le roi qui s’inquiète pour son fils, le prince en quête d’amour, l’indispensable fée et la fameuse chaussure, trait d’union entre les deux amoureux, même si l’auteur a fait une sérieuse entorse au conte initial, puisque c’est le prince, ici, qui offre sa chaussure et non Cendrillon qui égare la sienne…

Une passionnée de théâtre en quête d’acteurs

1916260_406957209643_3743103_nC’est à l’initiative de la propriétaire de la boutique Mahogany, au Mouillage, Annie Benomar, que cette pièce a pu voir le jour à Terre-de-Haut, alors que rares – pour ne pas dire inexistantes – sont dans la commune les manifestations culturelles de ce type. Arrivée aux Saintes en 2012, Annie, dès l’année suivante, forte de 10 années de formation de comédienne et de mise en scène, acquise en Auvergne à l’École-Théâtre Les Petits Princes, sous la férule d’Emmanuelle Chamaillard, s’est mise en quête de volontaires pour des cours bénévoles de comédie. Si, autres que celle de notre amie Blondine Cassin toujours prête à relever ce genre de défi, les candidatures saintoises ne furent pas à la hauteur de ses espérances, Annie s’est tournée vers ses connaissances liées de fraîche date : commerçants comme elle, gendarmes, enseignants… pour finalement se retrouver à la tête d’une petite troupe d’une dizaine de comédiens amateurs, n’ayant jamais mis les pieds sur une scène pour la plupart, mais bien décidés à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Une longue préparation et un coup d’essai

le publicDéjà, en juin 2014, pour clore plus de 6 mois de préparation, de répétitions et d’essais de mise en scène, c’est dans la grande salle de l’hôtel La Saintoise, prêtée par Jean-Claude Samson, que la petite troupe proposa à la population de Terre-de-Haut une parodie du fameux feuilleton télévisé, Amour Gloire et Beauté. L’expérience porta ses fruits puisqu’un an tout juste après ce coup d’essai réussi, toujours sous la conduite d’Annie Benomar, c’est une vraie pièce de théâtre que le public a pu découvrir et apprécier en ce début de mai 2015, cette fois-ci, à l’école primaire. Concernant cette dernière prestation, il faut imaginer le travail fourni par ces comédiens d’occasion, peu habitués à  mémoriser un texte relativement long, peu accoutumés à se donner la réplique sans bafouiller ni se tromper ; il faut imaginer l’assiduité et la persévérance qui furent les leurs depuis janvier ; la contrainte acceptée de se retrouver en répétition tous les mardis soir après le travail, pour mesurer leur mérite respectif et l’amour partagé du théâtre qui les anime… Assiduité, persévérance et amour du théâtre que nous devons saluer et qui furent récompensés par la présence d’un public attentif et enthousiaste, comme ce fut le cas les 7 et 8 mai derniers.

Décor, costumes, accessoires : l’option minimaliste

la fée 2Faute de structures matérielles disponibles adaptées, et sans doute aussi de financement – les représentations sont gratuites – c’est l’option minimaliste qu’Annie Benomar a privilégiée pour sa mise en scène. Certes, le texte, la direction et l’interprétation des acteurs constituent les éléments essentiels d’une pièce de théâtre, mais faire radicalement l’impasse sur le décor, les costumes, l’éclairage et les accessoires, c’est par certains côtés priver le public de l’attrait et de la magie du spectacle. Surtout lorsqu’il est destiné aussi aux enfants et que des indications précises pour chaque scène de la pièce ont été données par l’auteur.

soulierOn comprend très bien que le metteur en scène ait fait aux Saintes avec les moyens du bord, et ce n’est pas lui jeter la pierre que de le signaler. D’autant qu’ici l’absence de décor n’a nullement nui à la compréhension globale de l’intrigue. Ce qui, par contre, a pu décontenancer certains spectateurs, même parmi les moins jeunes, c’est le fait qu’un même comédien (ou comédienne) interprète plusieurs personnages sans que le public ait été préalablement averti. Cette pratique n’est pas rare au théâtre. Surtout lorsqu’on ne dispose pas d’un nombre suffisant d’acteurs et que l’on veut répartir équitablement les rôles. Mais, à notre avis, un simple dépliant distribué avant le spectacle, résumant brièvement la pièce et signalant précisément la distribution, suffirait à palier cet inconvénient.

Un souhait : continuer et faire des émules

une scène 2Cela dit, ne boudons pas notre plaisir. Annie Benomar et ses comédiens d’un jour ne sont en rien responsables de la carence communale en matière de salle de spectacles même modeste, disposant d’une véritable scène et de tous les accessoires destinés à une représentation théâtrale digne de ce nom : rideaux, coulisses, costumes, décors, éclairages, sonorisation… Bien préparés à jouer avec le strict minimum, les comédiens d’Annie ont démontré avec bonheur leurs capacités à se passer de décorum. Et ce n’est pas le moindre de leur mérite. Souhaitons qu’ils ne s’arrêtent pas en si bon chemin et qu’à l’avenir, plus que jamais habités de l’esprit du beau spectacle en général et du théâtre en particulier, ils nous gratifient encore et encore de leurs talents, amorçant ainsi et perpétuant pour notre plaisir et celui de notre communauté (Terre-de-Bas comprise) une véritable vie artistique et culturelle qui manquait jusqu’alors cruellement aux Saintes… Avec l’espoir de faire chez nos jeunes et moins jeunes des émules motivés et persévérants. Encore bravo et merci à cette troupe d’amateurs bénévoles et à son metteur en scène qui ont su nous régaler l’espace de deux petites soirées, trop rares aux yeux de beaucoup de spectateurs – enfants et adultes – plus que ravis rencontrés à l’issue des représentations…

Salut

Texte : Joël Pommerat
Adaptation et mise en scène : Annie Benomar
Sonorisation : Rony

Interprétation :
La Belle-mère : Anita, Marine, Fabienne
Sœur la petite : Maud, Caroline
Sœur la grande : Blondine, Marine
Le Père de Cendrillon : Stéphane, Laurent
Cendrillon (La très jeune fille)  : Maud, Blondine, Marine
Le Roi : Laurent
Le Prince : Stéphane
La Fée : Laurent

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Circulation : l’arrêté municipal oublié

Un problème récurrent plus que jamais d’actualité

Cliché 1Depuis que les premiers véhicules automobiles, les minibus et autres scooters ont fait leur apparition à Terre-de-Haut au début des années 1970, et se sont anarchiquement multipliés suite au développement touristique et à un habitat de plus en plus excentré, maîtriser l’afflux des véhicules et la circulation urbaine est devenu un véritable casse-tête pour les autorités locales. Pas moins de cinq arrêtés municipaux successifs règlementant l’entrée et la circulation des véhicules à moteurs sur le territoire de la commune ont été pris. Si certains à ce jour ont été abrogés, le dernier, en date du 31 janvier 2003, est à notre connaissance, toujours théoriquement en application.

 Deux premiers arrêtés inapplicables de Robert Joyeux

 C’est le 4 avril 1991, que le maire alors en place, M. Robert Joyeux, s’attelait au problème d’une circulation, devenue déjà aux yeux de beaucoup inextricable, et signait, sans concertation avec les intéressés, deux arrêtés qualifiés d’ubuesques par le journal local de l’époque, mais que le préfet avait néanmoins légalisés. Le premier interdisait toute circulation de véhicules à moteur terrestres sur le territoire central de la commune. Son article 1er était ainsi libellé : « À compter de la date du présent arrêté, la circulation des véhicules à moteur terrestres (voitures, cyclomoteurs, scooters, motos) est formellement interdite dans le périmètre du bourg de la commune. » Les rues n’ayant pas encore de nom, le périmètre du bourg était délimité comme suit : entre la Maison Blanche et le Morne Rouge, les chemins du Marigot, ceux de La Rabès, de la Geôle et de la Savane. Autrement dit, étaient concernés, outre la voie principale RD 214 qui traverse le bourg, la totalité des rues et chemins vicinaux de la commune. Bien entendu, ça allait de soi, l’arrêté n’était pas applicable « aux riverains du périmètre défini. » Ce qui, en fait, permettait à tout un chacun de circuler librement, mais interdisait aux loueurs de scooters et propriétaires de bus de pratiquer leur profession.

Journal L'IGUANE , mai 1991

Journal L’IGUANE, mai 1991

Le deuxième arrêté s’attaquait à la fois à la limitation du nombre de loueurs de cyclomoteurs, de scooters et de motos, et du nombre de véhicules par loueur. Était ainsi fixé à 6 le nombre d’entreprises de location (article 1) et à 10 celui des véhicules que ces entreprises pouvaient posséder, (article 4). Rien n’était spécifié pour les propriétaires de minibus, attendu que le premier arrêté réglait radicalement leur sort. En même temps d’ailleurs que celui des loueurs de scooters, puisque leur circulation était interdite sur la totalité du bourg ! Le caractère absurde et inapplicable de ces deux arrêtés que personne d’ailleurs n’a jamais respectés, c’était tout simplement l’histoire du serpent qui se mord la queue !… On se demande encore aujourd’hui par quel miracle ils ont été légalisés.

L’arrêté du 31 janvier 2003 de Louis Molinié

mobalpaAbrogeant les arrêtés de son prédécesseur relatifs à la règlementation de la circulation et à l’entrée des véhicules dans sa commune, ainsi que ceux du 28 août 2001 et du 24 janvier 2003, qu’il avait lui-même signés, le nouveau maire, Louis Molinié, décidé à prendre une fois pour toutes le taureau  par les cornes, publiait le 31 janvier 2003 une nouvel arrêté, plus élaboré, plus restrictif, mais aussi plus assorti de larges exceptions qui l’ont rendu dès le départ inopérant. S’appuyant sur pas moins de 17 textes officiels, lois, décrets, arrêtés antérieurs, rapports, aussi bien ceux concernant la circulation proprement dite que ceux s’appliquant à la protection de la nature et à la sécurité publique, il élargissait la portée de sa règlementation, pour mieux, selon lui, la légitimer et la faire appliquer. La démarche en soi n’était pas inintéressante, mais à vouloir trop en faire, il condamnait d’entrée son texte, comme les précédents, à l’inefficacité, à la non-application, et pour finir à l’oubli pur et simple. Était en effet interdite, aux termes des 3 premiers articles dûment détaillés, cette fois-ci non plus dans un périmètre limité mais « sur l’ensemble de la commune la circulation des véhicules motorisés à quatre roues, à deux roues, à trois roues, qu’ils soient propulsés par les techniques de déplacement existantes ou à venir, notamment les véhicules à chenilles. » 

Dispositions dérogatoires exorbitantes

scooters 1Trois articles explicites que venait contrecarrer immédiatement par dérogation spéciale l’article 4. Celui-ci  autorisait en effet  à circuler, sous certaines conditions, dont  » l’inscription sur le rôle de la commune et sur le registre du parc des véhicules terrestres à moteur », toute une série de véhicules, anéantissant du même coup l’interdiction formelle abusive, selon nous, précédemment édictée. Une lettre officielle du maire, datée du 18 février 2003, adressée aux armateurs leur interdisait tout transport maritime de véhicules nouveaux à destination de Terre-de-Haut, si leurs propriétaires n’étaient pas munis d’une « autorisation de rentrée sur l’île de leurs véhicules, délivrée par la mairie. » Il va sans dire que cette dernière disposition, qui ouvrait la porte à l’arbitraire, pas plus que les précédents articles de l’arrêté, n’a pas été longtemps respectée. Les contraintes multiples, les subtilités inapplicables, les dérogations et autres passe-droits ont tué dans l’œuf toute velléité sérieuse de règlementation et, aujourd’hui, alors même que l’arrêté du 31 janvier n’a pas été abrogé, c’est quasiment tous les jours que nous voyons arriver sur l’île, sans contrôle ni restriction, de nouveaux véhicules, aussi bien destinés aux particuliers qu’à la location. Quant à la stricte interdiction de circuler « sur l’ensemble de la commune », impossible à mettre en œuvre, elle est depuis longtemps bel et bien enterrée.

Des attendus pourtant amplement justifiés

Arrêté municipal 2Pour légitimer sa règlementation du 31 janvier 2003, aujourd’hui reléguée aux oubliettes, le maire avait pourtant pris toutes ses précautions. Ses attendus, logiques et pertinents, restent valables et pourraient servir de base à d’autres dispositions qui pourraient nous sauver de la catastrophe. Les voici tels qu’ils ont été évoqués en 2003 :

1° Considérant que le territoire de la commune abrite des espèces fragiles protégées d’intérêt national (cactacées, orchidacées, oiseaux, iguanes, tortues), ainsi que des sites archéologiques précolombiens (!), et qu’il est nécessaire de règlementer la circulation afin d’assurer leur protection;
2° Considérant la nécessité de protéger l’environnement et la tranquillité publique dans une commune à vocation touristique;
3° Considérant que les voies carrossables de l’île se caractérisent par leur étroitesse, leur déclivité, leur sinuosité, et partant par leur dangerosité;
4° Considérant que la multiplication des véhicules à moteur est incompatible avec le réseau routier de la commune, nuit à la commodité de passage dans les rues, et qu’elle porte par conséquent atteinte à la sécurité des citoyens;
5° Considérant par ailleurs que l’exiguïté et la topographie de l’île font obstacle à la construction de trottoirs, la création de parcs de stationnement et l’élargissement du réseau routier;
6° Considérant que l’affluence touristique constatée le week-end et pendant la haute saison (Décembre à Mai) aggrave davantage encore les dangers de la circulation, et que l’augmentation de la fréquentation touristique depuis dix ans (170 000 visiteurs par an en 2002 contre 85 000 en 1990) laisse craindre une dégradation de la situation.
7° Considérant que la tranquillité des citoyens est troublée par les nuisances sonores inhérentes à la circulation des véhicules à moteur…

voiture bleue
Autant d’attendus qui restent plus que jamais valables aujourd’hui et qui pourtant, vu l’inefficacité et la non application de l’arrêté municipal qu’ils ont induits, ne sont plus pris en compte comme ils le méritent. Peut-être faudrait-il les réactiver pour une règlementation acceptable par tous, avant que la situation ne se dégrade de façon irréversible, comme le laissait prévoir hélas le considérant n° 6 d’il y a 12 ans. C’est un enjeu primordial pour le présent et l’avenir de notre commune avant qu’il ne soit trop tard.

Véhicules électriques de location ayant fait récemment leur apparition. Ph Terre-de-Haut Indiscrétions

Véhicules électriques de location ayant fait récemment leur apparition. Ph Terre-de-Haut Indiscrétions

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