Un été voyageur (1)

Bonjour chers amis. Comme promis, me voilà de retour. J’espère que vous avez passé de belles et fructueuses vacances et que la rentrée n’a pas été trop dure. Je sais, ce sont des expressions banales et convenues, mais elles veulent dire ce qu’elles veulent dire et je n’ai malheureusement pas d’autres mots… Pour prolonger mentalement ce bel été qui s’achève, je vous propose en plusieurs chroniques (j’ignore pour l’instant combien), le compte-rendu de notre périple nordique en sollicitant votre indulgence pour la longueur des textes et la médiocrité des photos pas toutes réussies. Bonne lecture.
R. Joyeux

La culture en marchant : La Dordogne – Paris

Après une quinzaine de jours d’un beau temps exceptionnel mis à profit du 14 au 18 juillet pour découvrir la Dordogne et ses surprenants villages perchés, nous voilà de retour à Paris le 31 après un crochet viticole trop rapide par la Bourgogne. Lever tardif ce lundi 1er août. Ce qui ne nous empêche pas de faire une virée dans la Capitale l’après-midi, sous le soleil. Et de nous rendre chez Gibert, le célèbre temple parisien de la littérature et du voyage, Boulevard Saint-Michel. Histoire de nous mettre en condition pour notre imminent périple en pays scandinaves. Bien qu’ayant déjà préparé minutieusement cette longue et très prometteuse expédition, mes trois accompagnateurs, Alex, Anne et Chantal (voir chroniques romaines de l’été 2014) s’attardent aux rayons cartes et guides au cas où un détail pittoresque « à ne rater sous aucun prétexte » leur aurait échappé et qu’ils comptent ajouter à leur lot déjà bien fourni de visites. J’achète pour ma part et pour une cinquantaine d’Euros, un livre de Kenneth White que je n’avais pas : La mer des lumières ; les dernières parutions en poche de Jim Harrison, immense écrivain-voyageur américain s’il en est, récemment disparu ; Les chansons de Bilitis du sulfureux Pierre Louÿs, et pour finir, en occasion, Mémoire de fille d’Annie Ernaux dont j’ai entendu beaucoup de bien sur une radio nationale mais qui – opinion toute personnelle – ne m’a pas particulièrement emballé.

Paysage périgourdin

Paysage périgourdin – Ph. R.Joyeux

Escapade nordique : que du plaisir !

Première étape : Amsterdam

Cinq heures 45 de route prévues pour 514 Km que nous parcourons à vitesse raisonnable en nous relayant. Une petite pluie nous accompagne en ce mardi 2 août 2016 jusqu’en Belgique. Partis de Paris à 9h55, nous arrivons à notre première destination, Amsterdam, à 18h36, sous un ciel à peine dégagé, non sans avoir fait une escale gastronomique obligée à Gand, ville que nous connaissons déjà mais que nous tenons à « revoir », ne serait-ce que pour ses succulentes bières – interdites au chauffeur -, ses inimitables moules-frites et son non moins célèbre waterzooï !

Gand à la recherche d'un resto. Ph. R. Joyeux

Gand : 14 heures, à la recherche de la frite. Ph. R. Joyeux

Le Quartier Rouge

Qui n’a jamais rêvé de connaître un jour Amsterdam et son port mythique si magistralement chanté par Jacques Brel ? Rêve amplement réalisé pour nous, même si pour le Port il nous faudra attendre la troisième journée du séjour. Chaleureusement accueillis par nos hôtes à notre arrivée en début de soirée, nous ne nous attardons pas à notre gîte. Et c’est une fois installés que, la nuit à peine tombée, nous gagnons le centre-ville par bus avant de sillonner pédibus cum jambis, sous une pluie fine rafraîchissante, et portés par un imposant fleuve humain, les quartiers les plus chauds de la célèbre cité où s’exhibent en vitrines de jeunes et jolies prostituées à la tenue plus qu’aguichante. Amsterdam, cité internationale de 840 486 habitants (1 350 000 avec l’agglomération), et capitale du royaume des Pays-Bas, bien que le siège du gouvernement et les principales institutions se trouvent à La Haye… Laissant pour les jours suivants visites de musées et déambulation le long des canaux, nous regagnons nos pénates vers 23 heures, heureux de retrouver nos lits après la fatigue de la route et un frugal repas-maison à base de tomates et de saumon poivré, le tout arrosé d’une mousseuse bière locale à vous faire tomber !

Quartier chaud d'Amsterdam - Ph R.Joyeux

Dans le Quartier rouge la nuit – Ph R.Joyeux

Le royaume du vélo

Ce qui frappe d’abord le visiteur parcourant Amsterdam c’est la quantité incroyable de vélos qui circulent dans la plus parfaite discipline, respectant scrupuleusement les couloirs prévus à cet effet. Certes, la ville est surtout réputée pour ses majestueuses demeures du Siècle d’Or, ses musées incontournables, ses canaux semi-circulaires, ses quelque 1500 ponts, ses coffee shops où le canabis se négocie librement, son fameux quartier rouge évoqué plus haut et la Maison d’Anne Franck, mais les files ininterrompues de citadins (et sculpturales citadines) à vélo sont à elles seules un spectacle plus qu’étonnant qui n’a pas manqué de nous séduire et que nous retrouverons tout au long de notre fabuleux parcours en pays scandinaves…

File de vélos à Amsterdam sur fond d'immeubles

Files de vélos sur fond d’immeubles typiques Ph. R. Joyeux

Rembrandt et les harengs fumés

Venir à Amsterdam sans goûter aux « spécialités » locales serait une faute impardonnable. Pour cela nous comptons sur notre guide-maison qui nous a concocté un programme digne d’une agence de voyage de haut niveau, privilégiant surtout le culturel, mais un culturel joyeux et sans snobisme où la gastronomie simple et populaire tient une large place…

Façade du R

Façade du RijksMuseum – début du XIXè siècle – Ph. R. Joyeux

C’est néanmoins par la visite du RijksMuseum que nous débutons cette journée déjà bien entamée du mercredi 3 août. Célèbre pour sa façade début XIXème, ce merveilleux musée propose, parmi d’autres, de précieux tableaux de Rembrandt dont l’Autoportrait en Saint-Paul et la Ronde de nuit qu’à cause de la foule j’ai du mal à photographier en entier. Aussi je préfère vous présenter ci-dessus la façade du musée, qui est à elle seule une œuvre d’art, prise ici sous un angle pas très orthodoxe, je l’admets. Et pour me faire pardonner mon évident manque de professionnalisme, je vous convie à vous rendre sur le Web pour admirer les chefs-d’œuvre du maître qui y sont exposés et… admirablement photographiés…

Rue zootsteeg

Un patron jovial

Un patron jovial derrière sa vitrine de harengs. Ph. R. Joyeux

Le ciel me le pardonne également, car parodiant le Saint Évangile, Matthieu ch. IV- versets 3-4, je dirai que l’homme ne vivant pas que de peinture, il nous faut, après ce génial bain pictural, nous préoccuper de satisfaire nos misérables appétits alimentaires quelque peu aiguisés par ce trop plein d’émotions. Il est plus de 14 heures et nous devons trouver l’adresse de cette échoppe de hareng débusquée par notre guide inspirée. Une petite marche à travers des ruelles surpeuplées et nous voici enfin assis, rue Zootsteeg, dans la minuscule salle de ce fish-shop original et combien appétissant ! Une seule tournée de sandwich au hareng ne nous suffit pas. Pour terminer notre bière nous commandons un second service en changeant de spécialité, histoire de contenter à satiété nos papilles émoustillées ! Quel pur bonheur que cette dégustation de hareng ! Le patron, prévenant et jovial, nous accueille comme des habitués. Ah ! si nous l’étions il nous verrait souvent à sa boutique…

Devanture de notre fish-shop du 3 août

Devanture de notre fish-shop du 3 août rue Zootsteeg -Ph R.Joyeux

Le Port, Van Gogh et les patates géantes

Étrange amalgame, me direz-vous, que ce sous-titre olé-olé. Et pourtant c’est dans cet ordre que notre dernier jour à Amsterdam se décline. J’ai, bien sûr, faute de place, passé sous silence nos nombreuses et instructives pérégrinations le long des canaux, la visite de quelques boutiques de faïence et de souvenirs, la maison d’Anne Franck, un arrêt fructueux dans une librairie américaine et une promenade dans le béguinage. Autant de merveilleuses étapes qui occupent la fin de notre matinée du jeudi 4 août. Matinée que clôture vers 13 heures une dégustation de frites arrosée d’une bonne bière rafraîchissante, car, figurez-vous, le soleil nous accompagne.

L'enclos du béguinage et ses splendides façades

Le jardin du béguinage et ses splendides façades – Ph. R Joyeux

Et c’est vers 15 heures ce jeudi 4 août, qu’ayant réservé nos billets pour la balade en bateau mouche, que nous prenons place sur l’une de ces innombrables embarcations qui sillonnent les canaux de la ville en passant enfin par le fameux port de la chanson de Brel. Que de merveilles nous éblouissent au cours de cette mini croisière (plus d’une heure cependant) ! Les mots me manquent pour vous les décrire et la place est restreinte pour les illustrations. En plus de nous permettre de reposer un peu nos pieds fatigués par trois fantastiques jours de fructueuses déambulations, cette promenade sur l’eau est pour nous l’occasion de découvrir et d’admirer quelques-uns des 800 monuments qui jalonnent le circuit. Pour les voir tous il nous aurait fallu une journée et le temps nous est compté. Ce moment privilégié de notre périple pourrait être cependant le point culminant de notre séjour à Amsterdam, s’il ne nous restait encore tant de choses à découvrir dont le musée Van Gogh, notre prochaine escale à terre.

Sur l'un des nombreux canaux. _Ph. R. Joyeux

Sur l’un des nombreux canaux. – Ph. R. Joyeux

Nos billets payés d’avance, c’est en évitant l’impressionnante file d’attente que nous entrons au musée Van Gogh, notre dernier bain culturel néerlandais. Il faut y être allé et y être resté des heures pour réaliser ce que représente pour la Hollande et le reste du monde ce temple moderne de la peinture, édifié en 1973 et consacré au prodige enfant du pays, Vincent Van Gogh. Musée qui reçoit chaque année pas moins d’un million de visiteurs enthousiastes.
IMG_7201 - copie 2Heureux de faire partie de ces innombrables privilégiés qui ont pu s’y rendre, nos yeux ne sont pas assez grands, nos sens pas assez en éveil, pour apprécier à leur juste valeur émotionnelle les tableaux du peintre et de ceux qui l’ont inspiré. Pour saisir son évolution et parcourir les nombreuses lettres qu’il a adressées à son frère Théo. Bien sûr, nous n’avons pu admirer que quelques-uns des 500 tableaux et autres reliques de l’artiste exposés par roulement, mais c’est la voix du haut-parleur annonçant la fermeture qui nous tire de notre émerveillement et nous oblige à la sortie tant nous sommes pris par la magie du lieu et des œuvres présentées. J’ai dit plus haut que la balade en bateau mouche pourrait être le point culminant de notre séjour amsterdamois, mais je crois que je me trompe. C’est cette visite à Van Gogh qui en est l’apothéose et ce n’est ni Chantal, ni Anne, ni Alexandre, amateurs invétérés et très éclairés d’art et d’histoire,  qui me contrediront… Du moins je le crois.

Musée Van Gogh

L’audacieuse architecture du Musée Van Gogh sur la place du même nom- Ph. R. Joyeux

Et pout finir…

Avant de nous rendre une ultime fois au centre ville faire du lèche-vitrine et bien nous imprégner de l’ambiance particulière du quartier rouge où se préparent les dernières parades de la Gay Pride, surnommée ici Canal Pride, nous profitons des derniers rayons du soleil encore tiède de ce début août pour aller déguster une spécialité originale à base de pomme de terre hors norme, fourrée et assaisonnée d’un mélange de fines herbes, de salade hachée et de poisson de la Baltique, saumon ou hareng, au choix. Fort de ma première expérience en ce domaine, je vous laisse deviner ma préférence grâce à la photo ci-dessous, si tant est qu’elle vous permette de découvrir quelques indices…

La patate qui fait du bien. Ph. R. Joyeux

La patate fourrée qui fait du bien. Ph. R. Joyeux

C’est la nuit. Au centre ville, les rues et les ponts, décorés aux couleurs de l’arc en ciel, sont bondés, la circulation pédestre difficile, de la musique et des chants joyeux (!), ponctués des scintillements saccadés des spots, résonnent de l’autre côté du canal. C’est un défilé ininterrompu de tenues bigarrées. Des gens s’embrassent librement ou se tiennent par la taille, tous sexes confondus. Pris dans ce tourbillon libertaire unique au monde, nous devons contourner la fête pour gagner la station de bus. Il est minuit, nous sommes de retour à la maison pour une dernière nuit aux Pays-Bas. Demain : direction Copenhague (plus de 9 heures de route dont une de ferry). Si vous le souhaitez, je vous donne rendez-vous ici-même dans quelques jours pour de nouvelles aventures… et les prochaines chroniques. À bientôt… peut-être ! 

Vue de notre gîte à Amsterdam - Ph. R. Joyeux

Vue de notre gîte côté canal à la périphérie d’Amsterdam – Ph. R. Joyeux

Texte et photos : Raymond Joyeux.

Publié dans Voyages voyages... | 3 commentaires

Quelques jours de vacances…

Chers amis lecteurs,

Éloigné jusqu’au 31 août de la Guadeloupe, je reprendrai la rédaction de mes chroniques à la rentrée prochaine, si Dieu le veut. Avec de nouveaux articles qui, je l’espère, vous intéresseront. En attendant, vous remerciant de votre constance et de votre amicale fidélité, je profite pour vous communiquer les statistiques à ce jour, vendredi 22 juillet 2016.

Depuis la création de ce blog en juillet 2013 :

  • 140 articles ont été publiés.
  • Vous avez été 46 833 à les consulter alors que vous n’êtes que 89 abonnés.
  • Pour un total de 102 475 visites (avec un record de 900 visites en une seule journée).
  • Ces articles ont occasionné 661 commentaires.
  • Les visites proviennent de pratiquement tous les pays du monde, avec un pic de consultation pour la France (Guadeloupe et les Saintes comprises).
    Que ce pont soit le symbole de ce qui nous unit - Ph R. Joyeux

    Que ce pont soit le symbole de ce qui nous unit – Ph. R. Joyeux

    Grâce à vous, et fort de ce succès, je me dois de poursuivre l’aventure. Aussi je vous donne rendez-vous en septembre prochain, si tout va bien et vous remercie encore de votre intérêt. D’ici là, je souhaite une bonne fin de vacances à ceux qui y sont encore et du courage à ceux et celles qui sont toujours au travail ou qui ont repris le collier.

Avec mon amical salut de Rocamadour -Photo R. Joyeux

Avec mon amical salut de Rocamadour – Photo R. Joyeux

Publié dans Actualités générales | 5 commentaires

Le Poirier de Jules CORBIN

Les Arbres de la Liberté

Les arbres de la Liberté

Allée de poiriers de la rue principale de TDH

Si les rues de Terre-de-Haut sont (encore) pour la plupart bordées de poiriers-pays, nom vernaculaire du Tabebuia heterophylla, beaucoup de nos compatriotes ignorent peut-être qu’ils ont été plantés en 1848, à la suite de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe, et qu’on les a baptisés pour la circonstance les Arbres de la libertéCette plantation d’arbres emblématiques – qui rappelle celle de 1792 en France hexagonale pour marquer l’avènement de la République – était destinée à mémoriser dans les esprits l’un des événements historiques majeurs du XIX ème siècle : la liberté rendue aux esclaves. Ce qui s’est passé aux Saintes à cette occasion s’est sans doute produit dans la plupart des colonies françaises de l’époque et dans les autres communes de notre département, comme en témoigne ici, pour Vieux-Habitants, un article du journal L’Avenir daté du 16 juin 1848 et rapporté par Adolphe Gatine dans son livre : L’abolition de l’esclavage à la Guadeloupe, (Éditions Karthala 2012) : « Après le repas où n’a cessé de régner la plus franche cordialité, le cortège s’est mis en marche pour l‘église où il a reçu la bénédiction de M. le préfet apostolique. De là nous sommes retournés à la place, en face du salon de verdure, pour planter l’arbre de la liberté. »

Une allée de plus en plus chétive

Les deux rangées de poiriers de la rue centrale de Terre-de-Haut ont certes, avec le temps, subi fatalement les aléas de l’âge et des intempéries. Mais beaucoup de ces arbres magnifiques, faute parfois de soins, soit sont tombés tout seuls, minés par la maladie, soit ont dû être abattus pour permettre ici l’élargissement d’une voie, là le bétonnage d’une place, ailleurs tout simplement l’édification de bâtiments aussi bien publics que privés. C’est ainsi qu’une fontaine municipale au goût plus que douteux, puis des lampadaires ultra modernes ont successivement remplacé le splendide spécimen de la place de la mairie qu’ont immortalisé maintes photographies anciennes, et qu’Alain Joyeux a talentueusement reproduit ici d’après une carte postale du début du XXème siècle :

Poirier Place de la mairie -Dessin A. Joyeux (Collection personnelle)

Poirier Place de la mairie – Dessin d’Alain Joyeux (Collection personnelle)

Un récit émouvant

De son côté, c’est Madame Liliane CORBIN qui, lors d’un voyage aux Saintes sur les traces des ancêtres de son mari, et que nous remercions vivement pour son témoignage, raconte comment elle a eu connaissance de l’existence à Terre-de-Haut d’un poirier qui, bien que disparu aujourd’hui, peut être qualifié d’historique. Resté dans la mémoire collective sous l’appellation de Poirier de Jules CORBIN, cet arbre fut vraisemblablement abattu lors de la construction de l’actuel dispensaire entre 1950 et 1953. Dispensaire construit sur une propriété ayant appartenu justement à M. Jules CORBIN, (voir photo ci-dessous), et où se trouvait implantée, avant la construction du pénitencier de l’Îlet à Cabris en 1852, une importante prison cantonaleVoici ce qu’écrit fort joliment Madame Liliane CORBIN à la suite de son pèlerinage aux Saintes et qu’elle nous a autorisé à reproduire  :

« En attendant l’heure de la visite [du Fort Napoléon], nous bavardons avec la guide, native de Terre-de-Haut. Nous lui expliquons la raison de notre voyage : retrouver les lieux où vécurent les ancêtres. Comme elle nous demande les noms de la famille, nous commençons par lui donner notre patronyme : Corbin. « Ah, Corbin ! répond-elle. Et elle continue : « Ma mère m’a souvent raconté que lorsque ma grand-mère cherchait en vain mon grand-père, elle disait à sa fille qu’il se trouvait sûrement sous le poirier de Jules CORBIN. »

Ainsi, les hommes du coin, des pêcheurs notamment, aimaient se réunir à l’ombre de cet arbre pour raconter leurs exploits. Et je me plais à imaginer que ces personnages au visage buriné par le vent du large et les embruns, comparaient leur pêche du jour et que c’était à qui aurait ramené le poisson le plus beau, le plus rare et surtout le plus gros. Car je reste persuadée que les Marseillais, de même que Tartarin de Tarascon, ne sont pas les seuls à fanfaronner.

Donc, concernant la généalogie, ce Jules CORBIN, à l’ombre du poirier tant appréciée, était le frère de Victor, grand-père de Claude CORBIN, mon mari. Nous avons retrouvé sa propriété, rue du Fond-du-Curé, où est né mon beau-père. Aujourd’hui s’y trouve un dispensaire. Quant au fameux poirier, il a disparu. Peut-être n’a-t-il pas résisté aux nombreux cyclones qui ont souvent ravagé l’île. » 

Ancienne propriété Jules Corbin avec le dispensaire. Capture d'écran video INA 1964

 Ancienne propriété de Jules Corbin avec le dispensaire départemental construit sur les ruines d’une  prison coloniale. Capture d’écran video INA 1964

Un témoignage confirmé

Des anciens, interrogés par nos soins, nous ont confirmé l’existence et l’appellation de ce poirier dit de Jules CORBIN, poirier à l’ombre duquel poussait un joli gazon local propice aux rassemblements, comme l’a si justement souligné l’auteur des lignes précédentes. Mais selon ces mêmes sources, ce poirier n’était pas qu’un simple et paisible arbre à palabres. C’était aussi un lieu de querelles et de pugilats mémorables, de confection de nasses en lamelles de bambou, de scènes burlesques en période de carnaval, de jeu de loto traditionnel sur carton numéroté. Chaque numéro énoncé étant accompagné d’une formule tantôt en français, tantôt en créole du type : « 1, tout ce qu’un p’tit cochon peut dire en naissant » ;  » 8, pituite maladi à vié fanm ! » ; « 13, Marie-Thérèse, la femme scandaleuse qui pleure quand on la baise ! » ;  « 22, les deux p’tits canards de Saint-Malo qui s’ baignent dans la rivière sans s’ mouiller les pattes… » etc.  Phrases imagées de la culture populaire qui devraient faire l’objet d’une recherche avant que le temps ne les efface définitivement de nos mémoires.

Plantation d'un Arbre de la Liberté à Paris en 1782

Plantation d’un Arbre de la Liberté à Paris en 1792

Un héritage à préserver

Si l’on consulte les Bulletins Officiels de la Guadeloupe des Années 1852 et plus, on peut y lire qu’il était interdit d’abattre les Arbres de la Liberté, aux Saintes, comme ailleurs.  « Quant aux Arbres de la Liberté, écrit le Gouverneur Aubry-Bailleul le 18 février 1852, il ne faut pas y toucher puisqu’ils sont pour les nouveaux affranchis un symbole dont la destruction serait exploitée comme une marque anticipée de leur retour à l’esclavage. »  (Cité par Éric Fougère in La prison coloniale en Guadeloupe – Ibis Rouge Éditions 2010). Ce patrimoine végétal et historique, outre l’ombre bienfaisante qu’il génère, devait – et doit – être en effet protégé et entretenu comme mémoire vivante de l’Abolition de l’esclavage. Interdiction qui s’est perpétuée à juste titre jusqu’à nos jours. Mais si les particuliers ne peuvent le faire, la collectivité se doit d’entretenir périodiquement ce patrimoine par un élagage judicieux exécuté dans les normes de l’arboriculture.

Photo aujardin.info

Élagage professionnel. Photo aujardin.info

C’est généralement le cas à Terre-de-Haut où à l’approche de la saison cyclonique les employés municipaux s’affairent à tailler et élaguer la plupart des arbres de la commune, non seulement pour éviter les dégâts en cas de vents violents, mais pour permettre à la végétation de se renouveler et de repartir sainement à la saison des pluies. Encore faudrait-il qu’il n’y ait pas, là non plus, de discrimination et que tous les arbres, quel que soit leur emplacement, soient logés à la même enseigne… C’est l’appel amical que nous lançons par le biais de cette chronique aux responsables des services techniques de Terre-de-Haut, comme de toutes les communes de la Guadeloupe, chargés de l’entretien et de la sauvegarde de notre patrimoine végétal. Ci-dessous un exemple de poirier ignoré de nos élagueurs, qui mériterait un « nettoyage » approprié avant que la vieillesse et la maladie ne l’emportent définitivement…

Un élagage régulier pourrait encore sauver ce poirier malade - Ph R.Joyeux

Un élagage urgent pourrait encore sauver ce poirier plus que centenaire – Ph R.Joyeux

PS : Nos remerciements à Alain JOYEUX pour son dessin du Poirier de la Mairie et à Madame Liliane CORBIN pour son récit du Poirier de Jules CORBIN.
À très bientôt pour une prochaine chronique.
Raymond 
Joyeux

Publié dans Histoire locale | 6 commentaires

Bernard BONBON : un Saintois trop discret

Chevalier de l’Ordre National du Mérite

images-2Voilà près d’un an – le 11 juin 2015 exactement – nous publiions ici-même une chronique sur notre éminent compatriote Bernard BONBON. Scientifique de très haut niveau, professeur et auteur de nombreux ouvrages sur la perspective, mondialement connu et reconnu, Bernard vient d’être promu Chevalier dans l’Ordre National du Mérite. Il recevra bientôt la plus haute distinction décernée par la France à ses ressortissants. Une occasion pour nous de féliciter plus que chaleureusement l’un des nôtres et de publier, avec sa permission et n’en déplaise à sa trop grande modestie, la lettre qu’il vient de nous transmettre avec des précisions sur sa carrière, son œuvre et la reconnaissance nationale et mondiale dont il est l’objet.

Très, très cher Raymond,
(…)
pers inclJ’ai été très touché par ton article me concernant, mais incomplet du fait de mon silence. Entre autres, mes ouvrages de recherche sont répertoriés dans le monde, dans plus de 32 pays, dans les plus grandes universités telles Harvard à Cambridge, l’université du Texas, de Géorgie (Ohio), de Wayne State (Michigan), la Librairie des Congrès aux États-Unis, etc. En France : à l’Institut de Recherches Mathématiques, aux Universités Claude Bernard, Pierre et Marie Curie, à École Normale Supérieure de Lyon et bien d’autres Universités de Sciences. À l’École Nationale Supérieure des Mines (Saint-Étienne), à l’Institut National Polytechnique de Grenoble, l’École Supérieure d’Ingénieurs, SUPELEC, etc. Dans les grandes écoles polytechniques d’Espagne, de Suisse et de nombreux autres pays.

17038563171Ces livres sont répertoriés dans 11 des plus grandes bibliothèques du monde classées au Top 20, entre autres à la Bibliothèque Nationale de Russie, de Chine, du Japon, d’Allemagne etc. Dans un nombre considérable d’universités d’Italie, d’Autriche et des pays du Nord. Etc, etc.
Tu pourras le constater sur Google en tapant BONBON Bernard perspective scientifique. Tu iras sur WORLD CAT. IDENTITIES et suivras les indications. Le répertoire mondial comprend plus de 800 fiches d’Universités et de grandes Bibliothèques d’État que je ferai parvenir à la Mairie des Saintes. Un travail de passion que je dédie à tous les habitants de mon île dont je suis fier d’être l’un des leurs, même si les circonstances ne m’ont pas permis d’être plus présent parmi eux comme je l’ai si souvent souhaité.

Reconnaissance mondiale et considération particulière à Marc-André Bonbon

bernard BJe voudrai, si tu me le permets ici, exprimer à Marc André BONBON que tu as cité, toute ma considération. Il est Super. Et son « geste » m’a souvent accompagné au cours de mon travail. Ça, il ne le sait pas. Jusqu’à maintenant je ne m’étais jamais étalé comme cela. Aussi, tant qu’à faire, je vais aller jusqu’au bout et t’annoncer à toi le premier, qu’après cette reconnaissance mondiale je vais recevoir celle au plus haut niveau de l’État de la reconnaissance nationale. En effet je viens d’être nommé au grade de Chevalier dans l’Ordre National du Mérite (l’équivalent dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche, de la Légion d’Honneur pour laquelle j’avais été proposé).

Tu vois, ce que je viens de faire par écrit je ne crois pas que je le ferai aussi facilement de vive voix. Ce n’est pas dans ma nature où la discrétion généralement domine mes sentiments .
J’ai passé un bon moment en me confiant à toi et j’ai revu en image une partie de notre enfance avec un réel plaisir.
À toi un très amical salut.

********

Trop discret Bernard, qui fais la fierté de tes compatriotes et qui mérites un hommage appuyé de notre communauté. Hommage  exprimé pour le moment, en attendant mieux ! par le biais de cette chronique et de ses nombreux lecteurs. Merci au nom de tous les Saintois – et Guadeloupéens – de nous avoir permis de mieux te connaître et t’apprécier.

*******

L’aîné d’une fratrie de 11 enfants, Bernard est né et a passé son enfance à Terre-de-Haut, dans la maison familiale située en plein bourg, dans le quartier dit « de l’Hôpital », non loin de l’ancien immeuble des Douanes. Son père, Henri Bonbon, charpentier de marine et de bâtiment, a réalisé entre autres, la charpente de la grande villa coloniale du Pain de Sucre, entre les deux plages bien connues des touristes. Sa mère, Elvire Molenthiel, était, comme on le disait alors, mère au foyer, mais suffisamment occupée à pourvoir au quotidien et à l’éducation d’une si belle et grande famille. Modeste et fécond foyer saintois auquel nous nous associons pour honorer aujourd’hui un fils tel que Bernard dont les travaux scientifiques et les publications, répétons-le, sont connus, répertoriés et utilisés au plus haut niveau universitaire et artistique, dans le monde entier. 

Maison natale de Bernard Bonbon à Terre-de-Haut

Maison natale de Bernard Bonbon à Terre-de-Haut. Photo R.Joyeux

Publié dans Actualités saintoises | 3 commentaires

Hommage à nos mères

Ô l’amour d’une mère, amour que nul n’oublie !
Pain merveilleux qu’un Dieu partage et multiplie,
Table toujours servie au paternel foyer !
Chacun en a sa part, et tous l’ont tout entier !
Victor Hugo

Chères mamans de Terre-de-Haut, et d’ailleurs,

En ce jour de fête qui vous est consacré, il nous apparaît important, et je dirais même, indispensable, de venir honorer avec nos modestes moyens ce que vous représentez à nos yeux. Bien plus, ce que vous êtes réellement : les piliers vivants de notre communauté, sa clé de voûte, sa pierre angulaire. Votre rôle dans la société des hommes, ici comme ailleurs, n’est plus ni à définir ni à préciser. Vous êtes non seulement l’origine du monde mais sa mémoire vive et son avenir.

L’origine du monde parce que sans vous l’humanité ne pourrait ni exister ni se perpétuer. La mémoire et l’avenir du monde parce que sans vous toute conscience s’arrêterait et l’homme n’aurait plus qu’à attendre tristement le tarissement et l’extinction de sa race. Mais en plus de ce destin divin de créatrice de vie et de propagatrice de l’espèce, vous symbolisez à la fois pour nous ce qu’il y a de plus fragile et de plus solide.   85422704d5db83710b44XXL

De plus fragile parce que votre cœur de mère, fait pour supporter toutes les joies et toutes les douleurs, pourrait à tout instant se briser comme le plus fin cristal lorsque l’un des vôtres est en danger. Fragile parce que votre âme, soumise à toutes les tensions, tiraillée entre la tendresse infinie et l’inquiétude permanente, pourrait à tout instant éclater lorsque l’un des vôtres : enfants, mari, compagnon ou proche lignée, s’égare dans les méandres de la séparation, de la maladie ou de la disparition…

Mais en même temps, votre solidité, votre résistance instinctive à toutes les épreuves sont la garantie naturelle de l’équilibre et de la survie familiale et sociale.Vous êtes celles sur qui à tout instant l’on peut compter. Celles sur qui on peut s’établir au milieu des tempêtes de la vie, dans la confiance la plus absolue et l’amour partagé.

Vous êtes celles à qui on peut se livrer sans pudeur, se confier sans réticence car vous êtes plus que n’importe qui, avec vos bras toujours ouverts, amour, bienveillance et pardon. Vous êtes dans votre condition maternelle, l’indispensable sève de l’enfant qui naît, l’indispensable soutien de l’enfant qui grandit, l’indispensable refuge de l’enfant qui revient…

images - copieDans toute votre existence de mères attentives, votre souci premier, souvent invisible aux yeux, mais pourtant bien réel et constant, c’est le bonheur toujours plus grand des vôtres, c’est l’amour toujours à dispenser, c’est la tendresse toujours à prodiguer…

Quel est le plus grand malheur pour une mère sinon de perdre son enfant bien aimé ? Quel est le plus grand malheur pour un enfant, même devenu adulte, sinon de perdre ou de renier sa mère ?

Joie de la maternité. Bonheur ineffable face au petit être qui se développe et progresse. Satisfaction toujours plus grande face à la réussite et aux exploits de celle ou de celui qui restera toujours votre fils ou votre fille. Mais soucis constants face aux incertitudes inévitables de la vie : santé, études, mariage, séparation et pourquoi pas, nouvel enfantement ! En vous se résument et se marient les sentiments les plus contradictoires et les plus violents de la nature humaine, liés au parcours souvent chaotique de l’existence…

Mais un jour vous voilà grand-mères. Vous voilà arrière-grand-mères. Votre sang, votre cœur, votre amour ont porté leurs fruits. Et si votre corps a un peu vieilli, si vos jambes sont fatiguées et vos cheveux d’argent, si vos yeux ont faibli et vos pas hésitants perdu leur assurance, vos sentiments, eux, n’ont pas changé. C’est toujours le même amour, toujours le même bonheur mais aussi la même inquiétude que vous éprouvez face à la chair de votre chair. Mais, assurées désormais d’affronter l’éternité, malgré les mésaventures de l’âge, malgré parfois un brin d’injuste solitude, la sérénité de l’esprit est devenue, le plus souvent, heureusement, votre compagne habituelle.            4b1987e6

Car avec vous tout s’est accompli. Votre condition de mères s’est inscrite dans l’histoire et au-delà du temps. Le destin est en marche : donatrices de vie et d’amour, vous avez scellé la pierre blanche d’une nouvelle humanité. Comment alors ne pas vous exprimer en retour notre gratitude ? Comment ne pas vous témoigner, par-delà toutes nos mesquineries, par-delà toutes nos faiblesses, notre reconnaissance filiale et notre affection sans bornes ?

C’est pourquoi, chères mamans, chères grand-mères et arrière-grand-mères, au nom de toute notre communauté dont vous avez été et êtes encore le levain et pour qui vous restez non seulement un exemple de vitalité mais un symbole d’espérance renouvelée et de germination future, en levant tout à l’heure nos verres en votre honneur, en vous offrant la rose de l’espoir, je voudrais rendre hommage à vos vertus de courage, de patience, de compréhension, de force et de persévérance, et vous souhaiter du fond du cœur et le plus sincèrement, une très belle et très heureuse fête des mères.

images

Discours prononcé à Terre-de-Haut, le dimanche 27 mai 2001 à la Salle Paul-Émile.R.J.

 

Publié dans Actualités générales | 6 commentaires

Terre-de-Haut : le cimetière naufragé

Je propose à votre méditation cette chronique d’Alain JOYEUX publiée sur sa page Facebook et reproduite ici avec l’autorisation de l’auteur.

 Une réalité préoccupante pour une population : un cimetière en friche….

13139118_515316631988036_6827036452674727096_nCette attention fleurie en couronnement d’un morceau cassé et profané d’une vierge sur un tas de détritus est pourtant touchante. Elle montre qu’il reste sans doute un peu de foi, de charité et d’espérance chez quelques un(e)s malgré l’asphyxie de tous ces objets superflus qui encombrent nos vies (et nos morts), qui nous submergent jusqu’à la nausée et dont nous ne savons que faire.

Le cimetière, lieu de souvenirs individuels et de mémoire collective, lieu public de recueillement pour chaque membre de la communauté, lieu sacré qui devrait être l’objet d’une attention constante et d’un entretien impeccable, propre à générer un sentiment de sérénité, malgré (et justement) la gravité du face à face avec le mystère de l’existence, quelles que soit les croyances ou les confessions, le cimetière et sa tenue montre ainsi un reflet des vivants et de leur époque.

christ

Pour les historiens et archéologues, les rites, pratiques et monuments funéraires sont, pour chaque culture ou civilisation, les meilleurs témoins de leur spécificité et d’une certaine « qualité de vie ».

Le Cimetière de Terre-de-Haut, jadis célèbre pour ses tombes ornées de conques de lambis, fut empreint pendant longtemps de simplicité et de poésie marine. Cette image est cependant devenue une icône révolue pourtant encore vantée dans les guides touristiques (dont témoignent encore quelques tombes vestiges, « palais d’anolis » ).

herbe tombe

Il est aujourd’hui devenu un lotissement aux concessions accordées – ou pas – à tête du client (il faut être du bon côté de l’urne pour en obtenir une rapidement !), bâti de mausolées à l’architecture cubique, aux carrelages de salle de bain, orné de fleurs de plastique. Ce choix esthétique serait-il une image fidèle de l’époque que nous traversons ?

cubes cimetière

Jusqu’à peu, ce lieu sacré restait en tout temps bien entretenu et pimpant, « propre » au recueillement. Que signifient alors ce délabrement actuel, ces poubelles débordantes et ces murs écroulés, ces bancs défoncés, ces tas d’immondices, ce jardin d’éternité laissé en friche, ces chantiers ni finis, ni nettoyés ?… Serait-il simplement à l’image de ce que vit actuellement cette communauté ?

Cette dernière se serait-elle toute entière orientée à courir sans répit vers le profit à court terme, construisant à la hâte des maisons tape à l’œil, coulées dans le béton et sans souci de finition à l’image de ses tombeaux ?

Où sont passées les belles maisons saintoises pimpantes et riantes de couleurs, fleuries et accueillantes ?… Il y a en a encore une ici ou là ! Remercions ces résistants de la vie belle ! Ce souci de la beauté encore préservée par quelques un(e)s est un véritable acte de charité et de générosité pour notre humanité blessée.

maison fleurie 2

maison fleurie

 

 

 

L’on peut se désoler de voir laissé ce cimetière au naufrage de son époque, abandonné, mais peut-il en être autrement lorsque l’on regarde les vivants ?

Qu’ avons nous abandonné de si important ?

Encore heureux que, parmi les vivants, quelques « bien-veillants » discrets aillent encore porter dans ce jardin de mémoires, notre cimetière communal, quelques fleurs vivantes en couronnement d’une divinité sacrifiée…

Ernesto Che Guevara a dit : « En terre opprimée, même les morts ne trouvent pas le repos »… De quelle oppression s’agit-il ici ?

Citer quelques vers empruntés à Raymond Joyeux est ici à propos pour terminer cette chronique :

CIMETIÈRE

Là tes fils sont couchés
On dirait qu’une lame
Immense depuis l’Est
Les a tous alignés
On dirait qu’une étrange
Et pâle solitude
Du profond de la mer
Les a tous enivrés

Comme un blême linceul
Le sable les recouvre
Et l’ombre de leur croix
À jamais dessinée
S’ouvre éternellement
Impuissante et sublime
Et c’est pour chaque tombe
Un mât déguenilléIMG_4255 (1) - copie

Et les fleurs par instant
Rappellent encor au vent
Que leurs tiges brûlées
Que leurs pétales en deuil
Ont un jour parfumé
Au retour de la pêche
leurs cheveux aujourd’hui
À la terre mêlés.

Là tes fils sont couchés
Et leurs belles joyeuses
Au bras d’un fiancé
Ne vont plus le dimanche
Sur leur bouche fanée
Recueillir un baiser.

Elles ne pleurent plus
Comme à l’enterrement

Tombe ancienne d'enfant au cimetière de Terre-de-Haut : lieu de mémoire collective.

Pierre tombale ancienne au cimetière de Terre-de-Haut : lieu de souvenirs individuels et de  mémoire collective.

Pour mémoire : ce texte d’Alain JOYEUX et le poème cité ont été publiés sur son Facebook le 9 mai 2016. Les photos sont de l’auteur.

Publié dans Actualités saintoises | 8 commentaires

Pentecôte 2016, les Saintois privés de Fête de la pêche

Au départ une Association reconnue par tous

Panneau pêcheLes communes insulaires de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas sont par définition les localités les plus maritimes de toute la Guadeloupe, et ce, de par leurs dimensions réduites, davantage que les autres îles de notre archipel : Marie-Galante, Saint-Barthelemy ou Saint-Martin. Seule la Désirade de même configuration géographique pourrait rivaliser avec elles en ce domaine. Mais les Désiradiens sont plus imprégnés de ruralité que des métiers de la mer. Or qui dit mer de toutes parts, dit forcément marins et par obligation de survie, marins-pêcheurs. C’est donc logiquement aux Saintes qu’on trouve le plus grand nombre d’inscrits maritimes du département, en tout cas de professionnels de la mer. Et tout aussi logiquement, ces derniers, au cours des ans, n’ont eu de cesse, pour s’entraider et défendre leurs intérêts communs, que de se regrouper en syndicats ou associations.

Livret de 1934 ayant appartenu à P.E. Joyeux

Livret syndical de 1934 ayant appartenu à Paul-É Joyeux

Un dossier sur le sujet a été réalisé ici-même au mois de février 2015 que vous pouvez retrouver sur le lien : Un document historique exceptionnel : le manuscrit du premier syndicat saintois. Dans la lignée de ce premier syndicat, datant de 1905, puis de celui de 1934, baptisé L’Union fraternelle, les marins-pêcheurs actuels des deux îles ont créé en 2002, à l’initiative de Georges PINEAU, l’Association des Marins-Pêcheurs Saintois (AMPS), regroupant les adhérents des deux communes, sans discrimination ni exclusion. Depuis sa création, sans discontinuer jusqu’en 2015, cette association, reconnue par tous à ses débuts et fonctionnant à merveille sans accro depuis 14 ans, nous gratifiait chaque année, sur trois jours à la Pentecôte, d’une Fête de la Pêche et des Pêcheurs, seule manifestation locale mettant en valeur l’activité traditionnelle par excellence de nos deux communautés, attirant par un riche programme culturel, musical, gastronomique et festif, (concours de pêche, conférences, bal public, repas convivial aux poissons et fruits de mer, jeux divers, tombola…) un public toujours plus nombreux venu non seulement des Saintes, mais de toute la Guadeloupe et au-delà.

Fête de la pêche 2015 à Terre-de-Bas

Fête de la pêche 2015 à Terre-de-Bas – Photo Raymond Joyeux

Quand la politique mal comprise s’en mêle

Or il se trouve qu’après les élections municipales de 2008, un différend entre le Président de l’AMPS et le maire de Terre-de-Haut, incite ce dernier à couper les vivres à l’association existante, et, sonnant le rappel de ses partisans pêcheurs, à créer, dit-on,  « sa » propre association, celle des marins-pêcheurs de Terre-de-Haut, (l’AMPTH). Association regroupant, comme l’indique son appellation, les seuls professionnels volontaires de cette commune à l’exclusion de ceux de Terre-de-Bas. Dès lors, issues d’une division artificielle, deux associations de marins-pêcheurs vont coexister aux Saintes, organisant chacune séparément en deux lieux différents, mais aux mêmes dates, – chaque année à la Pentecôte – leur Fête de la Pêche. Situation absurde que n’ont pas manqué de relever nombre d’observateurs. La logique n’a pas tardé cependant à reprendre ses droits puisque depuis deux ans (2014 et 2015) l’AMPTH, décapitée et inexistante, n’assure plus de manifestation, en dépit du soutien financier et logistique de la commune de Terre-de-Haut et autres instances officielles, alors que l’AMPS, avec Georges PINEAU et son équipe, a continué vaille que vaille sur sa lancée, jusqu’en 2015, soutenue uniquement par ses adhérents, la commune de Terre-de-Bas, les sponsors, les nombreux bénévoles n’hésitant pas à mettre la main à la pâte, et, bien entendu, la Région Guadeloupe… jusqu’aux dernières élections territoriales !

2016 : année noire pour l’Association de Georges PINEAU

Georges PINEAU Président de l'AMPS

G.Pineau, président de l’AMPS

Malheureusement, le « nerf de la guerre » faisant défaut, Georges PINEAU, interrogé par nos soins, a confirmé la suspension pour cette année 2016 de la Fête de la Pêche que son Association avait jusqu’ici organisée contre vents et marées depuis 2002, avec l’indéniable succès que l’on sait. Les raisons de cette annulation, (provisoire a-t-il insisté), sont nombreuses mais la première d’entre elles est la suppression par la Région Guadeloupe de la subvention octroyée chaque année en vue de cette manifestation (demande faite précise Georges Pineau, en février dernier). À ce manque d’appui financier incompréhensible et inopiné s’ajoute le non renouvellement des cadres, quelque peu découragés par l’absence de relève au sein de l’Association. Et surtout par le refus d’implication manifeste de la commune de Terre-de-Haut ajouté aux choix régionaux de privilégier au détriment de la Manifestation annuelle de la Pêche aux Saintes, la Fête du Cabri à la Désirade, la Fête du Crabe à Morne-à-l’eau, la Fête de la MusiqueTerre-de-Blues, à Marie-Galante. Autant et Entre autres manifestations traditionnelles dont personne ne conteste ici ni l’importance culturelle et festive, ni la nécessaire légitimité.

public 3Néanmoins, par décision délibérée du Conseil Régional, assemblée au sein de laquelle le maire de Terre-de-Haut, nouvellement élu, est paradoxalement responsable du tourisme, les Saintois seront privés cette année de cette belle manifestation qu’était la Fête de la Pêche. Manifestation attendue de toute la Guadeloupe et devenue au fil des ans non seulement un attrait touristique indéniable  mais aussi et surtout un des rares événements communautaires d’amitié et de joyeuse convivialité pour nos compatriotes et leurs nombreux amis visiteurs. Un espoir cependant : Georges Pineau indique que son Association, l’AMPS, n’est qu’en stand-by, et que selon lui, 2017 verra le retour aux Saintes de la traditionnelle Fête de la Pêche, au même titre, précise-t-il, que Terre de Blues à Marie-Galante et les autres manifestations traditionnelles guadeloupéennes. À cette bonne nouvelle relative, il convient d’ajouter le retour en baie de Terre-de-Haut de l’étoile de mer, merveille naturelle qui avait pratiquement disparu de nos eaux depuis quelques années, preuve d’une meilleure qualité du milieu. Une belle raison de nous consoler de la disparition (provisoire, espérons-le) de notre traditionnelle fête de la pêche.

Le retour de la merveille. Ph. Raymond Joyeux - Mai 2016

Le retour de la merveille. Photo R. Joyeux – Mai 2016

Publié dans Actualités saintoises | 8 commentaires

Florilège de poésie haïtienne

anthologie-de-poesie (1)Alors que le mois d’avril a généré 4168 visites et que vous avez été 603 à ce jour à vous rendre sur le dernier article de Félix Foy, je profite de la sortie d’une anthologie de la poésie haïtienne contemporaine présentée par James Noël (Collection Points P4217 – novembre 2015) pour vous proposer quelques-uns des textes de ce beau recueil. Cette anthologie a pris le parti de ne s’intéresser qu’aux poètes vivants de ce pays Haïti, terreau fertile d’artistes en tout genre aussi bien en littérature (poésie et roman), qu’en peinture et musique. Voici un extrait de ce qu’écrit James Noël dans sa préface :  » À l’heure où la planète cherche à tout prix sa fiction, dans un contexte de changement et de tremblement, il ne serait pas exagéré de se demander si Haïti ne se trouve pas à l’épicentre d’une poétique nouvelle du monde. Soixante-treize poètes présentés dans cette anthologie de poésie haïtienne contemporaine. Un brassage de tempéraments passionnants qui rassemble quatre générations ouvertes et poreuses aux grands flux de l’Histoire, de l’amour, du pays, du jeu, de la colère, du monde, du sexe, de la mer, de la joie… »

René DEPESTRE

Souvenirs d’enfance

depestre_gysselsQuand il était adolescent
il vivait dans une ville
qui était une légende
au bord de la mer caraïbe.
Si on voulait on pouvait
se changer en n’importe quoi,
on pouvait être un arbre
qui marche et boit du rhum,
un bœuf qui joue de l’orgue
le dimanche à l’église,
un lion qui rend cocus
tous les notaires de la ville.
Lui, un soir de son adolescence
il était devenu un cheval de course,
il traversait au galop Jacmel
il hennissait et invitait les gens
à venir gambader avec lui dans la rue.
Mais portes et fenêtres étaient fermées.

Soudain une jeune fille est sortie
d’une maison de la place d’Armes :
c’était l’un des trésors de la ville,
elle était en chemise de nuit

Aquarelle d'Alain Joyeux

Aquarelle d’Alain Joyeux

et sourit à l’adolescent-cheval.
Quand il arriva près d’elle
la jeune fille quitta sa chemise
et sauta sur son dos : il galopa
galopa sans fin dans la nuit
en faisant plusieurs fois le tour de Jamel.
Il sentait Hadriana toute nue sur son dos
comme  le ciel nocturne sent les étoffes
ou comme la terre sent l’herbe du matin
il sentait sa saveur de jeune fille.

Il galopa galopa dans la nuit
avec l’étoile de Jamel sur son dos,
avec la joie  de la ville et toute la douleur
de la ville sur son dos…
Avec ses peurs et
ses haines sur son dos,
il galopa galopa dans la nuit
avec les baisers
et tous les rêves de Jamel sur son dos.

Au petit matin il allèrent à la mer
où ils se rafraîchirent longuement
ensuite ils allèrent à la rivière
pour se quitter le sel du corps.
Plus tard il la déposa chez elle
sous les arbres éberlués de la place.
Quand il reprit sa forme de garçon
il avait les flancs ensanglantés,
il avait d’atroces douleurs aux épaules,
il avait très mal au cuir chevelu,
il resta deux semaines au lit
à regarder s’éloigner son adolescence
avec la plus belle fille de sa vie !

Jean ARMOCE DUGÉ

Le soleil est trop seul

Il y a
la mer à consoler
les grains de sable à comptabiliserduge2
l’avenir à apprivoiser

Il y a
les sources à recréer
les rivières à ressusciter
les enfants à qui demander pardon
la vérité à leur apprendre
les souffrances à dissiper
les hommes à réconcilier
les richesses à rendre utiles
le bonheur à propager
la paix à construire
l’amour à réhabiliter
la mort à mettre à pied

il y a l’île et la vie à rendre belles.

André FOUAD

Quand la poésie m’emporte

Quand la poésie m’emporte
le soleil se jette dans les bras de la mer
étend ses draps sur les toits de la ville

pweziQuand la poésie m’emporte
je pense à toi
je pense à toi
je pense à toi mon amour
ce soir
plus fort que jamais

quand la poésie m’emporte
je parle et déparle
parle et déparle

quand la poésie m’emporte
je monte et descends
remonte et redescends

Acrylique d'Alain Joyeux

Acrylique d’Alain Joyeux

quand la poésie m’emporte
je ne sais plus où me mettre
m’asseoir ou me lever
me lever ou m’asseoir

je ne sais pas
je ne sais plus

Quand la poésie m’emporte
je n’ai plus peur
des monstres du mardi gras
toutes les pluies se lèvent et saluent mon passage

quand la poésie m’emporte
je perds mes boussoles
le nord et le sud se confondent
l’est et l’ouest se rejoignent

quand la poésie m’emporte
toutes les fleurs se font femmes
femme bûcheuses de vie
quand la poésie m’emporte
toutes les fleurs se font belles
belles femmes de mon pays…

Kerline DEVISE

slam-deviseMa nudité

Ma nudité
On me dit qu’on la voit parfois assise
Au pied d’un arbre fredonnant un air étrange
On me dit qu’on la voit parfois assise
Au pied d’un arbre portant une grande fissure
D’où coule un marécage de serpents et de cris
Elle ne reconnaît plus les maisons et les villes

Acrylique d'Alain Joyeux

Acrylique d’Alain Joyeux

Ne se souvient ni de noms ni d’adresses
Elle coule
Elle s’en va sans retour vers cette porte toujours ouverte
Cette porte qui, elle aussi, ne fait que couler
Elle coule
Elle s’en va sans retour vers ces fleurs cueillies pour toi
Ces fleurs poussées sur ma langue
Ma nudité
Mes yeux
On me dit qu’on les voit éternellement
Sur la route qui mène à ton amour

Gary KLANG

Ex-îleGary-Klang-portrait-575x431

Me manquent
Les bruits du soir et les senteurs
Le coq qui chante à la mi-nuit
Les chiens en rut sous la fenêtre

Me hantent
Le bruit sourd
Du tambour
Au creux du soir

Et cet homme
Qui fait rire les petits
En portant sur sa tête un amas de bouteilles

Il y avait aussi
Tous ces bruits des tropiques
Les lucioles ou que sais-je
Aux cris ponctuant la nuit
Comme en un concert d’ombres

Acrylique d'Alain Joyeux

Acrylique d’Alain Joyeux

Il y avait

Mais faudra-t-il que j’énumère
Tout ce qu’il y avait
C’était à n’y pas croire

C’était
L’âme de l’île
Qui vit et bouge
Avec
L’odeur pour moi unique
D’ilang-ilang

Il y avait des soirs et des matins de rêve
Il y avait il y avait il y avait

Mais il n’y a plus
Que le souvenir

James NOËL

Un jour les muses poseront nuesUnknown
pour les poètes

Un jour la poésie sortira du marché de la poésie
la poésie sortira de sa tanière
et prendra la route toute seule
comme une grande
ce sera un jour de fresque
un jour peint
sans chevalet
avec des nuances hautes en couleur

ce jour se boira clair comme une source
se mangera par grappes
mûres de fruits
de beaux fruits qui exploseront de rire
dans le jus de la bouche

l’horizon se donne couché
en toute déraison devant la phrase

un jour viendra
où les muses poseront nues pour les poètes

Alain

Acrylique d’Alain Joyeux – d’après Joung Tree de Giovanni Maki

Choix de textes : Raymond Joyeux
Un grand merci à Alain Joyeux pour sa contribution iconographique.

Si vous êtes passionnés de poésie, pour plus d’informations sur les auteurs choisis et sur les autres poètes et leurs textes présentés dans l’anthologie de James NOËL, je ne saurais trop vous conseiller de faire l’acquisition de cet ouvrage, présent dans toutes les librairies et paru dans la collection Poésie Points. N° P4217
Concernant Alain JOYEUX vous pouvez consulter son site en cliquant sur :
http://alainjoyeux.blogspot.fr

Publié dans Littérature | 7 commentaires

La guerre aux Saintes : une page d’histoire

FEFEDécédé en août 2015 à l’âge de 81 ans, notre ami Félix FOY nous a laissé de précieux et émouvants témoignages sur l’histoire de notre commune, Terre-de-Haut. Passionnément amoureux de son île natale à laquelle il était indéfectiblement attaché, il s’est souvenu de l’époque où, écolier, il avait vécu des épisodes de la seconde guerre mondiale qu’il a rapportés dans des récits parus dans le journal L’IGUANE, entre 1990 et 1994. C’est l’un de ces nombreux récits que je vous propose aujourd’hui pour compléter la série de ses articles déjà publiés ici-même sur la période de la guerre et de l’après-guerre, telle qu’elle était vécue aux Saintes dans les années 1940-47. Je vous laisse apprécier, outre la prodigieuse mémoire de l’auteur, son style attachant et précis, non dénué de pittoresque et d’une pointe d’humour, caractéristique du personnage qui, de son vivant, était particulièrement apprécié de ses proches, de ses amis et pour tout dire de l’ensemble de la communauté saintoise qui gardera de lui l’image d’un sage érudit, attentif et bienveillant.

Vent d’noroît et courant d’bas

Le réveil est précipité et tout le monde se dirige vers la mer. En ce samedi matin, la tempête fait rage, le ciel est bas, la Chameau fume sa pipe, les nuages s’y accrochent annonçant la pluie, la Bombarde gronde et la Passe de la Baleine est bouclée.

Par temps de pluie, on dit aux Saintes que Le Chameau fume sa pipe.

Par temps de pluie, on dit aux Saintes que « Le Chameau fume sa pipe ». Ph. R. Joyeux

C’est jour de marché à Trois-Rivières, mais les anciens disent que c’est risqué de prendre la mer aujourd’hui. Nous irons la semaine prochaine et devrons nous serrer la ceinture.  Il faut dire que de Trois-Rivières nous ramenons des bananes, des fruits à pain, racines et autres légumes : cela complète bien ce que nous recevons des États-Unis.

Savez-vous qu’à Terre-de-Haut nous ne mangions les bananes que lorsqu’elles étaient mûres ?  Mais avec la guerre, les Saintois apprennent à les consommer vertes, en légume : les « poyos » que nous appelions encore les « petits sorins », les « vermicelles à grandes feuilles » ou les « petits bandits ».

Les « boats » de Sainte-Marie, de Bananier et de Saint-Sauveur (1) nous arrivent avec leur chargement de vivres et repartent avec du poisson et des lambis, (souvenez-vous de Mme ORVILLE). Les barges de Marie-Galante nous approvisionnent en charbon de bois, farine de manioc, pois de bois ou pois d’Angole, gros sirop ou sirop de batterie. La nourriture n’est peut-être pas à notre goût mais la quantité est suffisante. Notre goûter après l’école, des restes du midi : poyos, fruit à pain, racines (igname, madère, malanga...) ou encore farine de manioc et sucre, farine et gros sirop, farine et banane. Essayez, ce n’est pas mauvais !
(1)  : Sainte-Marie, Bananier et Saint-Sauveur sont trois localités agricoles de la côte Sud-Est de la Guadeloupe dépendant de la commune de Capesterre-Belle-Eau.

Arrivée de passagers et de ravitaillement aux Saintes pendant la guerre

Arrivée de passagers et de ravitaillement aux Saintes pendant la guerre

Des Allemands internés au Fort Napoléon

Le Fort Napoléon et sa prison au premier plan

Le Fort Napoléon et sa prison au premier plan

L’heure avance et nous ne cessons de regarder la mer déchaînée ; puis chacun retourne à ses occupations.
– Où cours-tu, Gérard ? (Mon ami Gérard PROCIDA).
– Je vais au Fort Napoléon chercher STEINHAUSER pour qu’il répare notre pendule.
– Attends-moi, je viens avec toi. La machine à coudre de ma mère fonctionne mal. Peut-être que WILLENDORF pourra s’en occuper.
Qui sont ces personnes ? Des Allemands internés au Fort. Ils sont libres de circuler le jour et ainsi effectuent au village quelques menus travaux de mécanique. Ils restent sous la responsabilité des familles qui les emploient et retrouvent leur prison le soir venu. La population ne nourrit aucun grief à l’égard de ces hommes qui sont très gentils…

Roger Collomb : un bienfaiteur guadeloupéen ami des Saintes

Où Courrez-vous ainsi mesdames ? – Nous rentrons à la maison car M. COLLOMB est arrivé et nous aurons de la visite. Qui est ce monsieur ? Vous connaissez au moins son petit-fils, notre ami Roger, un amoureux des Saintes. Il tient cela certainement de son grand-père et porte comme lui le même prénom. Un homme bâti comme un roc, à l’allure « far west », énergique, actif, un rude gaillard et grand navigateur. Il fait l’acquisition de la barge « Sorin » et la rebaptise GÉE. Avec ce bateau il parcourt la Caraïbe et nous ramène des produits manufacturés et des vivres : vêtements, matériel de pêche, vaisselle et, bien sûr, alcool et tabac, chocolat et autres friandises…

Une aubaine venue du large

Décidément, tout le monde court aujourd’hui. Qu’y a-t-il ? Il se passe quelque chose à Grande-Anse. Un container, (nous disions radeau) vient d’échouer. C’est la ruée. Notre engin est vite éventré et son contenu emporté : rations de guerre, cigarettes, conserves, légumes secs.. C’est la joie dans la population. Grande-Anse est le lieu d’autres échouages : blocs de crêpe, blocs de paraffine, fûts d’huile-moteur, fûts de pétrole et nombreux autres objets provenant de navires coulés, sans parler des habituelles noix de coco de la Dominique.

Grand'anse - copie

Des hydravions en patrouille

Un énorme vrombissement déchire le ciel et nous courons encore. Nous n’en croyons pas nos oreilles et nos yeux ; la peur s’empare de nous, puis l’étonnement et enfin c’est la joie, la fête. Jamais vu pareil spectacle ! Les enfants intenables nagent déjà à la rencontre de trois hydravions qui viennent d’amerrir dans notre rade. Ils s’amarrent à des bouées mouillées à moins d’une encablure de la plage. C’est l’escadrille commandée par le lieutenant AGÉRIE qui nous vient du porte-avions BÉARN ancré en baie de Fort-de-France. Comme le croiseur JEANNE D’ARC en Guadeloupe, le BÉARN en Martinique est le garant des lois et ordres établis par Vichy. Les esprits se calment et la question se pose : Que viennent-ils faire ? Nous protéger contre un éventuel envahisseur ou occuper l’espace aérien pour mieux traquer nos dissidents ?

Hydravion en rade des Saintes pendant la guerre

Hydravion en rade des Saintes pendant la guerre

Tant pis ! Car vaille que vaille
Au cœur de la bataille
Par vent d’nordet ou vent d’suroît
Vent d’Est ou vent d’En bas
De Terre-de-Haut ou Terre-de-Bas
Tiennent bon tous les Saintois.

Félix FOY
1934-2015

Porte-avion le BÉARN à Terre-de-Haut

Porte-avions le BÉARN à Terre-de-Haut à l’époque du récit

Publié dans Histoire locale | 7 commentaires

Enseignement : La Maîtrise de Massabielle, premier lycée de France

sigleLe journal Le Parisien, en fonction des paramètres fournis par le Ministère de l’Éducation Nationale, classe en première position – sur le plan de la qualité de l’enseignement et de la réussite des élèves – le lycée général et technologique de Massabielle de Pointe-à-Pitre. Cet établissement d’enseignement privé de la Guadeloupe est régulièrement cité chaque année comme l’un des meilleurs  lycées de France hexagonale et d’Outre-Mer de même catégorie, privés et publics confondus. La Maîtrise de Massabielle (lycée et collège) est un établissement d’obédience catholique, lié par contrat d’association au service public de l’Éducation Nationale. Selon l’introduction de son projet éducatif, il se veut être « un lieu de formation globale de l’individu, favorisant l’épanouissement complet et harmonieux de toutes ses aptitudes, qu’elles soient intellectuelles, humaines ou spirituelles. Il a pour mission d’aider le jeune, tout au long de sa scolarité, à découvrir et à construire son projet personnel ».

Le projet éducatif

Pour mieux faire connaissance avec cet établissement, voici le texte exhaustif de son projet éducatif paru dans la brochure de présentation éditée par les services de l’enseignement catholique de Guadeloupe :

La communauté décline son identité

Massabielle doit être :

  • Une communauté pluri-culturelle ouverte à tous, sans distinction de classe sociale ni  financière, respectueuse des convictions et croyances de chacun.
  • Une communauté de personnes responsables, où la liberté de chacun est respectée.
  • Une communauté où chacun travaille, uni dans un esprit convivial, pour un même objectif : l’épanouissement de tous.
  • Une communauté dont l’attitude intègre les valeurs spirituelles de l’école catholique, respectant la conscience de chacun.
    Numériser 3

    Façade du Lycée-Collège de Massabielle – Pointe-à-Pitre

    Objectifs humains

Pour permettre à chacun de donner un sens à sa vie et ainsi de mieux la réussir, Massabielle doit tendre à être : 

  • Un lieu où il fait bon travailler.
  • Un lieu d’éducation dont le rôle est d’apprendre au jeune à vivre en société en se respectant soi-même par l’honnêteté et le développement de ses « talents » et en respectant l’autre par l’écoute, la bienveillance et le partage.
  • Un lieu qui cherche constamment à éveiller et à promouvoir des personnes progressivement autonomes, capables de discernement et d’esprit critique.
  • Un lieu qui veut développer chez le jeune la créativité et la pratique d’activités sportives, culturelles et artistiques.
  • Un lieu qui veut favoriser l’éducation à l’universel et veut apprendre au jeune une solidarité responsable, une liberté pleinement utilisée l’incitant à s’engager au service de l’autre.
  • Un lieu où la personne est distincte de la fonction.
  • Un lieu qui tienne compte de la pluri-ethnicité et du milieu environnant.
  • Un lieu qui articule les cultures : locale, régionale et universelle.

Objectifs sur le plan spirituel et pastoral

Pour être capable de dire Dieu aujourd’hui, Massabielle doit tendre à être :

  • Un lieu qui, soucieux de la diversité des attentes des jeunes, propose un enseignement religieux qui réponde à leurs préoccupations, qu’il s’agisse de culture religieuse, de la connaissance de l’Évangile, de la célébration de la foi, d’une réflexion sur la vie quotidienne, de temps forts ou d’engagements.
  • Un lieu qui se donne pour impératifs la formation des consciences dans le respect de la personne, le témoignage de la communauté scolaire dans son ensemble par son engagement, l’insertion dans une pastorale d’ensemble de l’Église.
  • Un lieu où, pour chacun, jeune et adulte, la rencontre personnelle et communautaire de Jésus-Christ est possible.
  • Un lieu où chacun peut accéder à une dimension spirituelle.
Une classe de 1ère du Lycée de Massabielle

Une classe de 1ère du Lycée de Massabielle

Objectifs sur le plan pédagogique

Pour accomplir sa mission première, à savoir la découverte, la transmission et l’organisation des savoirs, Massabielle doit tendre à être :

  • lycee-prive-catholique-maitrise-de-massabielleUn lieu de travail qui cherche à donner aux jeunes l’envie de réussir, le sens et le plaisir de découvrir et qui valorise leur participation et la prise de responsabilités.
  • Un lieu d’apprentissage dont le rôle est de transmettre des méthodes de travail, « d’apprendre à apprendre ».
  • Un lieu qui n’hésite pas à prendre toute initiative permettant de remédier aux problèmes d’élèves en difficultés.
  • Un lieu qui favorise l’auto-évaluation et une évaluation régulière, appréciant le travail fourni, les progrès réalisés et le niveau acquis, avec l’objectif constant d’encourager et donner confiance.
  • Un lieu où la communauté éducative prend le temps d’une collaboration approfondie et d’une formation régulière.

Conclusion

La communauté s’est ici présentée. Se réclamer de cette communauté, à quelque titre que ce soit (élèves, parents, membre de l’OGEC, enseignants, non-enseignants) n’implique pas seulement de respecter ce qu’elle veut être, elle implique surtout de l’aider, chacun pour sa part, à sa place et selon ses moyens, à l’être davantage.

Sortie pédagogique d'une classe du lycée

Sortie pédagogique d’une classe du lycée

Pour toutes informations sur le Collège-Lycée de Massabielle, (adresse, direction, enseignements et filières…) cliquer sur le lien ci-dessous : http://www.journaldesfemmes.com/maman/ecole/lycee-maitrise-de-massabielle/etablissement-9710054G

PS : Précisons que le quotidien national Le Monde désigne le Lycée Professionnel public de Pointe-Noire (toujours en Guadeloupe) comme le meilleur de France dans sa catégorie. Toutes les informations concernant le classement de ces deux lycées ont été publiées dans le journal France-Antilles Guadeloupe du 1er avril 2016. 

 

Publié dans Actualités générales | 2 commentaires