Dépaysement estival en Pologne – 2

En route pour Kraków

Après une bonne nuit de sommeil réparateur, n’ayons pas peur des clichés ! les fatigues du trajet depuis Montceau commencent à s’estomper. L’enthousiasme règne dans le groupe et c’est de bonne grâce, ce mardi 2 août, que tout le monde, requinqué par l’habituel copieux petit déjeuner, obtempère aux injonctions de notre ami Daniel : notre bus est prêt à démarrer. Un ultime comptage, une courte prière en polonais par Tadeusz qui nous recommande aux dieux de la route et nous voilà partis pour une longue journée ensoleillée de visite à Kraków.

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Kraków, Cracovie en français, est la capitale historique du royaume de Pologne.  Supplantée depuis 1596 par Varsovie, l’actuelle capitale située plus au nord, elle ne reste pas moins l’une des villes du pays la plus chargée d’histoire, de monuments prestigieux, tant civils que religieux, de trésors architecturaux les plus célèbres d’Europe … C’est dans cette ville que les rois se faisaient couronner et c’est le siège de l’université Jagellonne qui date du XIVème siècle. Université où ont étudié, à cinq siècles d’intervalle, l’astronome Nicolas Copernic, (1473-1543) et celui qui n’était pas encore canonisé, le futur Pape et Saint, Jean-Paul II, de son vrai nom Karol Wojtyła (1920-2005), dont nous visiterons plus tard la ville natale et la demeure familiale.

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Cour intérieure de l’Université Jagellonne

Le château de WAWEL et sa cathédrale

Outre sa célèbre université, Kraków abrite les prestigieux et incontournables Château de Wawel et sa Cathédrale, édifiés sur une colline fortifiée dominant la Vistule. Un guide, (ou plutôt une) – époustouflant d’érudition, (même si elle hésite à traduire jusqu’au bout les inscriptions et titres latins des tapisseries, extraits de la Bible !) – une guide, disais-je, nous attend pour nous expliquer dans les détails et en français l’historique de chacune des salles avec sa collection de portraits, de tapisseries, de bijoux, d’armures… Nous sommes éblouis par tant de richesses artistiques et de trésors amassés au cours des siècles, dont les joyaux de la couronne, (comme il se doit !), mais aussi par les effets architecturaux, la plupart d’époque, certains, dégradés par les guerres et le temps, ayant été reconstitués à l’identique. Les groupes de visiteurs se croisent avec leur guide entre deux portes monumentales de cette Tour de Babel aux multiples tonalités de langage. C’est l’été, saison touristique par excellence, et la Pologne, l’un des pays les plus visités d’Europe de l’Est, et riche de ses attraits et de son histoire, n’échappe pas à la règle.

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Là-haut sur la colline…

Malheureusement aucune photo n’est permise à l’intérieur, règle compréhensible, surtout à cause des flashes qui altèrent les couleurs, mais règle que certains, en douce, ne se privent pas de contourner allègrement… Nous visitions dans la foulée la cathédrale, de style gothique et ses nombreuses chapelles baroques, ajoutées au fil des siècles. Seule la crypte échappe à nos déambulations : c’est pourtant là que se trouvent les tombeaux des rois de Pologne, mais aussi celui – très controversé – de l’ancien président Lech Kaczyński, décédé en 2010 dans l’accident de son avion à Smoleńsk, et frère de l’actuel président du parti conservateur le PIS.

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Un ensemble architectural unique : le château royal de Wawel et sa cathédrale 

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La cour Renaissance du château et ses colonnades

Visite de la vieille ville et de l’ancien quartier juif de KAZIMIERZ

Après Wawel, nous gagnons au pas de charge, au pied de la colline, la station de départ des voiturettes électriques, que, très inspirés, Daniel et Tadeusz nous ont réservées, comme à Wrocław. Aussi, c’est ensemble mais en trois groupes distincts, et tranquillement installés à l’ombre, que nous nous lançons à la visite guidée de la vieille ville de Cracovie avec sa superbe place médiévale, Rynek Glówny, la plus grande d’Europe, la Basilique Sainte-Marie, appelée aussi Basilique Notre-Dame, érigée en l’honneur de l’Assomption de la Vierge Marie, entre le XIIIème et de début du XVème siècle. Mélange d’architecture gothique et de style Renaissance, cette église est également célèbre pour son monumental retable de Wit Stwosz qui domine le chœur de ses 13 mètres de hauteur sur 11 de large, qu’il est interdit bien entendu de photographier mais que l’on peut retrouver facilement sur Internet.

Basilique Notre Dame à Cracovie

Toujours en voiturettes, nous parcourons l’ancien quartier juif de KAZIMIERZ, centre historique et social des Juifs de la ville jusqu’à la seconde Guerre mondiale. Autonome  à ses débuts mais rattaché à Cracovie en 1872, ce quartier de la ville fut fondé en 1335 par le roi Casimir le grand qui lui donna son nom. Autrefois entouré de murailles, il accueillit pendant plusieurs siècles la communauté juive de la ville mais aussi de nombreux réfugiés israélites venus des pays d’Europe centrale où ils étaient persécutés. La présence d’un ghetto témoigne de l’existence cloîtrée des membres de cette communauté, liquidés par les SS en mars 1943, à l’instar de celui de Varsovie de tragique mémoire.

Synagogues et autres monuments furent alors érigés dont on retrouve aujourd’hui les traces et même l’intégralité, comme l’ancien hôtel de ville transformé en musée ethnographique et 7 synagogues dont encore une est ouverte au culte. Certaines  de ces synagogues sont en rénovation, d’autres servent de salles d’exposition très appréciées des touristes qui parcourent rues, cours et placettes chargées souvent d’une histoire tragique, conséquence directe des atrocités de la guerre. C’est dans cet ancien quartier juif hébergeant une célèbre usine que le réalisateur Steven Spielberg tourna, sur les lieux mêmes des événements relatés,  plusieurs scènes de son film : La Liste de Schindler. 

 Façade de l’usine Schindler et photographies de quelques-uns des employés sauvés par l’industriel. 

Repas et quartier libre l’après-midi

De retour à notre point de départ, nous nous retrouvons tous au restaurant Hawełka situé non loin de la Grand’Place à deux pas de la Basilique Notre-Dame. Le décor est somptueux et la bière frappée à souhait est la bien venue. La soupe froide à la betterave ouvre agréablement le menu « presque trop copieux » … même pour nos trois jeunes végétariens condamnés volontaires aux salades composées et à l’éternel fromage pané. Si la salle est climatisée, la chaleur extérieure se marie parfaitement à la glace-dessert de fin de repas. Un petit café clôt ce moment reposant de convivialité et nous voilà repartis – à pied cette fois et délaissant le groupe –  à la découverte de la ville : l’université, l’intérieur de la Basilique, une ou deux autres églises, la Halle aux draps sont nos principaux points de prédilection. Et, comme le souligne si bien Jean-Christophe Bailly dans ses « Voyages en France » – Éditions du Seuil, avril 2011 – : « Aucun aménagement exagéré, aucun fléchage absurde ne vient perturber ici le mouvement naturellement sans règles de la flânerie… »

La terrasse arborée de notre restaurant

 

Intérieur baroque de l’église Sainte Anne, non loin de l’Université Jagellonne

La célèbre galerie marchande de La Halle aux draps

17 heures : retour à l’hôtel

Mais, avec Daniel et Tadeusz, les deux patients anges gardiens de notre expédition, on ne badine pas avec les horaires. Rassemblés au point de RDV, les cabas pour certaines bien remplis, nous nous apprêtons à regagner notre hôtel loin du centre-ville. Rassurez-vous ce n’est pas dans le carrosse de la photo ci-dessous, si beaux soient les chevaux, que nous nous embarquerons pour le Jurajski. Mais bien, hélas, dans notre bus diesel habituel, dont les chauffeurs nous accueillent toujours avec le sourire et sans réflexions désagréables malgré nos fréquents retards : de vrais princes polonais, discrets, silencieux, courtois et particulièrement prudents !

La super deux-chevaux polonaise, bien trop « classe » pour nous !

Cette journée bien remplie du 2 août n’est pas terminée pour autant… une animation musicale, concoctée par D et T,  est prévue au souper à l’hôtel Jurajski : nous allons de surprise en surprise. Nos organisateurs ont vraiment bien fait les choses, et nous ne sommes qu’au deuxième jour !

Si les danseurs sont encore peu nombreux, les musiciens, eux, au fond, s’en donnent à cœur-joie

Texte et photos : Raymond Joyeux

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Dépaysement estival en Pologne

UnknownAprès la Scandinavie, la Pologne

Notre expédition en Pologne, cet été 2017, diffère de beaucoup de notre escapade de l’an dernier en pays nordiques. Alors que nous n’ étions partis que quatre en voiture pour la Hollande, le Danemark et la Suède, cette année, c’est en voyage organisé avec 36 autres personnes que nous avons parcouru le Sud de la Pologne. Un périple néanmoins inoubliable de 10 jours en dépit de longues heures de bus, à l’aller comme au retour, entrecoupées, heureusement d’arrêts réguliers nous permettant de nous dégourdir les jambes et de nous substanter de modestes repas tirés du sac, le premier et le dernier jour du voyage.

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Une initiative de la Chorale Traditions

C’est L’Amicale des Anciens de la Chorale Traditions de Montceau-les-Mines, sous l’énergique férule du dynamique et sympathique Daniel, secondé par le père Tadeusz de IŁOWA, chez qui nous faisons notre première escale, qui a eu la très bonne idée d’organiser ce mémorable « dépaysement ». Dépaysement au sens étymologique du terme dont l’itinéraire, minutieusement préparé ne nous a réservé que d’agréables surprises, tant pour les incontournables visites programmées que pour le gîte et le couvert dans trois hôtels différents, réputés pour leur accueil toujours cordial et empressé et pour la qualité exceptionnelle de leurs mets le plus souvent traditionnels.

17 heures de route à travers la France et l’Allemagne

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Mulhouse, dernier arrêt avant l’Allemagne

Partis des Gautherets en banlieue montcellienne le 31 juillet à 4 heures du matin, nous prenons la direction de Mulhouse, dernière ville française avant l’Allemagne, dont nous côtoyons sous le soleil, sans nous arrêter, les villes de Karlsruhe, Nuremberg et Dresde. Si les autoroutes allemandes sont gratuites, bien entretenues et sans limitation de vitesse, leurs aires de repos aux toilettes payantes, sans chauvinisme aucun, sont loin de valoir celles de la France. Malheureusement, en bus, notre vitesse à nous est forcément limitée et les innombrables zones de travaux nous ralentissent et nous font prendre un retard de deux heures sur l’horaire prévu. C’est donc à 21 heures, alors qu’il fait encore jour, que nous sommes heureux de mettre pied à terre et de découvrir notre première étape polonaise : IŁOWA, petite ville de 4000 habitants dont nous n’avons pas le temps de voir grand chose, et dont la visite d’ailleurs n’est pas prévue au programme. Accueillis pour le repas à la cure de Tadeusz, nous soupons, à volonté, comme des rois, pressés cependant de gagner nos chambres à l’hôtel Janków après ces 17 heures de route, interrompues seulement de trois courts arrêts plus que  bienvenus, en dépit d’une canicule qui n’a rien d’exceptionnel pour la saison…

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Hôtel Janków, ancienne villa allemande où nous passons notre première nuit.

Mardi 1er août :  BOLESŁAWIEC et WROCŁAW 

Le petit déjeuner à la résidence Janków est à l’image de tous ceux que nous aurons à déguster par la suite : choix de jus frais, fromages, œufs brouillés, charcuteries diverses, fruits de saison, lait, café, thé… petits pains exquis au sésame ou au pavot qu’on peut tartiner à volonté de beurre local, de confiture ou de miel, selon ses goûts et habitudes. Et même si ce n’est pas le cas, personne ne se prive de bien garnir assiette et soucoupe, histoire de faire honneur à la tradition du « buffet suédois » comme est appelé ici ce « p’tit dej » gargantuesque, à la mesure de la générosité légendaire de nos hôtes… Mais Daniel veille, il ne s’agit pas de flâner, le bus nous attend déjà et à 7 heures tout le monde, avec armes et bagages, doit être ceinturé à son siège. Nous n’avons que peu de temps pour faire quelques achats au magasin d’usine de céramique d’art de BOLESŁAWIEC et visiter WROCŁAW en voiturettes électriques… avant de prendre à 15 heures, juste après le déjeuner, la direction de Kraków et de notre prochain hôtel.

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WROCŁAW : Capitale 2016 de la culture européenne

Fondée au 10ème siècle, cette capitale de la Basse-Silésie, est la quatrième ville de Pologne avec plus de 630 000 habitants. La ville est traversée par le fleuve Oder qui se divise en plusieurs bras dont les rives sont reliées par pas moins de 120 ponts. Caractéristique qui a valu à la cité le surnom de « Venise polonaise » ou Venise du Nord. Ville universitaire, WROCŁAW accueille près de 150 000 étudiants de toutes nationalités. De nombreux Prix Nobel y ont étudié et obtenu leur diplôme. Les organisateurs de notre voyage nous ont concocté avec bonheur un tour de ville en voiturettes électriques, particulièrement apprécié et instructif car un guide parlant impeccablement le français nous dévoile, souvent avec humour, les aspects les plus insolites de la ville dont la présence dans presque toutes les rues de lutins en bronze érigés à partir de 2001. On compte actuellement plus de 350 de ces figurines, protégées par le gouvernement et constituant avec nombre de monuments, d’églises, de théâtres, de musées, l’une des attractions principales de la ville…
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Sur l’un des bras de l’Oder nous découvrons avec surprise ce pont aux cadenas d’amour, semblable à ceux de Paris dont les grillages, comme au Pont des Arts, croulaient sous des tonnes de métal, ce qui a nécessité leur récent enlèvement par les autorités de la capitale. Ici, à Wrocław, les fameux cadenas sont encore parfaitement visibles et, pour l’instant, personne ne semble vouloir les enlever. Les amoureux qui les ont avec ferveur accrochés peuvent continuer à dormir tranquilles dans les bras l’un de l’autre, et à s’aimer sans souci !

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Le Pont aux Cadenas d’amour

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 Hôtel de ville gothique construite entre 1242 et le XVI ème siècle, rénové en 1950

À vrai dire, les merveilles architecturales et naturelles de cette magnifique ville avec ses îles sur l’Oder sont si nombreuses, qu’il m’est impossible de vous les présenter toutes, surtout que, délaissant nos voiturettes électriques, nous sommes attendus au restaurant Dwór Polski, non loin de la place principale, pour un repas bien mérité, avant de prendre à 15 heures la route de KRAKÓW. C’est à sa périphérie, à trois heures de route de WROCŁAW, que notre prochain hôtel a été réservé. Pressés par un Tadeusz inflexible sur l’horaire, ceux (surtout celles) qui avaient envisagé de faire du lèche-vitrines en restent pour leurs frais !

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L’Hôtel de ville et son beffroi vu sous un autre angle

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Sur la place chauffée au soleil...

Direction KRAKÓW et l’hôtel JURAJSKI

C’est autour de 19 heures que notre bus climatisé (il fait 35° au dehors) nous dépose à notre second hôtel : le JURAJSKI. Comme l’ascenseur est souvent utilisé, nous nous résignons à monter nos valises au deuxième étage par l’escalier et à prendre possession de nos chambres, toujours accueillantes avec salle de bains et toilettes attenantes. Lits séparés comme il se doit mais couchage moelleux à souhait, comme une invite exclusive au repos, après ces deux premières journées enrichissantes, mais pour le moins rythmées et quelque peu harassantes. Dans la touffeur atténuée du soir, petite promenade autour de l’hôtel après le repas bien arrosé de bière du pays, avant de regagner nos chambres aux lits séparés. Il est 22 heures 30, le ciel est étoilé, demain est un autre jour !…

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Notre hôtel à la périphérie de KRAKÓW : Le Jurajski

Texte et photographies : Raymond Joyeux

 

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Ouragan José aux Saintes

Des photos impressionnantes

des effets de José à Terre-de-Haut

Alain Joyeux

 Vendredi 8 Septembre

La plage de Grande Anse démontée

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La mer envahit la piste d’atterrissage

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Anse Galet

Samedi 9 septembre

Le calme est revenu

 

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Ici, le mer a fait le ménage

Merci Alain pour ces photos uniques

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Cyclone : il est temps de sceller la porte à la rafale…

Un cyclone à Terre-de-Haut

Le mauvais temps commença en douceur, sous un soleil inaccoutumé, par une houle ample et silencieuse, sans le moindre souffle de vent. Ce n’est qu’à la mi-journée que le ciel se voila et que le cyclone s’installa peu à peu par petites risées à peine perceptibles mais régulières. Une certaine excitation animait la population comme toujours à l’approche de ces grandes intempéries où l’homme se sent démuni et confusément dépossédé de ses forces. Cependant, en quelques heures, la solidarité jouant à plein, il ne restait sur la rade moutonneuse que les grosses embarcations impossibles à tirer sur le rivage ou dans les rues.

Partout, avec méthode mais sans affolement, portes et fenêtres étaient consolidées par des pièces de bois clouées de travers. Certaines cases dont les tôles sifflaient déjà au vent, étaient littéralement ficelées comme des paquets fragiles avec de robustes cordes de senne. Le ciel était devenu rapidement une chape de plomb où des vapeurs moites et basses couraient en tous sens. La large houle avait fait place à des rouleaux nerveux et déferlants, attaquant sans ménagement le littoral, léchant dangereusement les premières maisons.

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Passant sans prévenir du nord à l’ouest puis au sud, les rafales s’enflaient pour souffler en saccades précipitées, soulevant sur la crête des lames des jaillissements d’écume tourbillonnante. Des centaines d’oiseaux marins, comme pris dans un piège infernal pour n’avoir pas perçu à temps l’approche de la dépression, mais mus par un mystérieux instinct de survie et de lutte, affrontaient les éléments maintenant déchaînés en un vol immobile au ras de la mer en ébullition. Leurs piaillements désespérés se mêlaient au rugissement des rafales et au grondement sourd des flots qui s’écrasaient sur le sable en gerbes meurtrières.

Çà et là, s’envolaient, dans des craquements sinistres, des branches de poirier et de flamboyant et il devenait imprudent de s’aventurer dans les rues transformées en coupe-gorge par la furie de l’ouragan. Quelques vieux cocotiers au tronc buriné résistaient encore et leurs crinières échevelées semblaient implorer le ciel comme des bras multiples sur des corps désarticulés.

La pluie était venue d’un seul coup, accompagnée d’éclairs et d’un tonnerre de tous les diables. Un crépitement de grains serrés et brûlants s’était abattu sur les toits ondulés et martelait rageusement les façades et le béton des chemins dans un fracas d’apocalypse. Des trombes d’eau, charriant dans leur démence aveugle feuilles, branches, ordures, carcasses d’animaux imprudents, ne tardèrent pas à dévaler les mornes, transformant rues et ravines en torrents boueux, s’infiltrant sous les portes, coloriant la rade démontée de l’argile sale des terres arrachées…

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Agenouillés autour de notre mère, au pied de la petite chapelle aux Saints de la chambre parentale, mes deux sœurs et moi guettions avec inquiétude l’arrivée de notre père parti apporter son aide et mettre à l’abri ses propres filets et canots, après avoir consolidé la maison et dicté ses recommandations.

La flamme vacillante de la veilleuse à huile, allumée par ma mère dès l’annonce du cyclone, projetait sur la cloison l’ombre tremblante de nos visages torturés par l’angoisse qu’accentuaient les gémissements de la charpente et les coups de boutoir des lames contre la porte de la cuisine.

Tout en récitant des Je vous salue Marie et des Jésus protégez-nous, je pensais aux deux couples de tourterelles et à leurs trois oisillons déjà presque adultes que, sur le conseil de mon père, j’avais libérés de leur cage et laissés s’envoler le matin, après le passage du garde champêtre. Qu’étaient-ils devenus au milieu de ce malstrom de vent, de pluie et d’orage  et qu’était devenue leur cage grillagée à neuf que je n’avais eu ni le temps ni le courage de démonter ?

En début de nuit, trois coups brefs frappés à la porte latérale de la maison, donnant sur le gros poirier déplumé de la cour, me sortirent de mes pensées. C’était mon père qui revenait.

Me recommandant la plus grande prudence, ma mère me chargea de faire pivoter lentement le barreau de fermeture de la porte tout en maintenant fermement celle-ci vers l’intérieur. Avant qu’une rafale ne me l’arrache des mains, mon père entra prestement et referma la porte derrière lui en rabattant violemment le barreau dans ses encoches.

 -Ne vous en faites pas, nous rassura-t-il, trempé de la tête aux pieds, le vent va bientôt se calmer, nous entrons dans l’œil du cyclone. Mais pour la mer, c’est une autre histoire, sa colère ne retombera qu’en fin de nuit. Tante Irène et tonton sont en lieu sûr, mes sennes et canots à l’abri et la maison ne craint rien, c’est l’essentiel.

Si la présence de mon père ramena un peu de sérénité dans nos esprits, elle ne nous permit pas de trouver totalement le sommeil. Une longue nuit commençait alors, peuplée de bruits insolites, de sifflements, de crépitements saccadés de la pluie sur les tôles. Mais c’était surtout le tumulte incessant de la mer qui nous tenait éveillés. Nous l’imaginions comme un rouleau compresseur aveugle et furieux, s’acharnant à déraciner la maison et à l’anéantir dans les flots.

Néanmoins, les prévisions de mon père s’avérèrent justes. À mesure que les heures s’écoulaient, le vent et les pluies se calmèrent et, vers trois heures du matin, les attaques de la mer se firent moins brutales. Ce répit des éléments, ajouté à la tension et aux péripéties de la journée, eut raison de nos corps fatigués…

Le spectacle de désolation qui s’étalait au petit jour sous nos yeux encore bouffis d’un restant de demi-sommeil ne nous surprit pas. Côté mer, le sable, jonché de détritus, de varech emmêlé, de poissons morts le ventre en l’air, bloquait à mi-hauteur la porte de la cuisine. Il était inutile de chercher à retrouver un quelconque vestige de la cage à tourterelles, emportée sans doute dès les premiers assauts des vagues.

Ce pan de mon enfance, définitivement englouti par la tempête, me fit monter les larmes aux yeux mais l’urgence des tâches à accomplir me ramena vite à la réalité et dissipa ma tristesse : il fallait se retrousser les manches et tous les bras étaient nécessaires.

La conviction que mes dernières tourterelles avaient échappé au mauvais temps me remplit au contraire de courage. Et la pensée qu’elles volaient maintenant libres dans le ciel délavé, se riant peut-être de nos malheurs de terriens, m’obséda toute la journée et m’accompagna jusqu’aux dernières heures de cette fin de vacances agitée…

Texte : Raymond Joyeux – extrait du récit autobiographique
Fragments d’une enfance saintoise
Photos des Saintes :  Alain Joyeux

Épilogue poétique

Lorsque le vent se lève
au Nord de mon pays
s’inscrit la fuite des courants
à la lisière des hauts fonds.

Et le ciel s’écartèle
aux quatre temps de la saison
lorsque septembre en transe
en voile de mariée
gravit les marche du cyclone.

La mer huilée
en tous ses muscles de lutteur
déploie sur toutes rives dévastées
ses grandes rages tapageuses.

Et le soir qui s’essouffle
à cerner l’œil de la tempête
grave l’espoir
au cœur de l’homme.

Raymond Joyeux

Extrait des Poèmes de l’Archipel :
L’œil du cyclone

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Plage de Grande Anse après le passage d’Irma – 7/9/17 – Photos Alain Joyeux

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En préambule à la Pologne, escale ensoleillée au port de Montceau-les-Mines

Bienvenue à la navigation fluviale

Pour les puristes, fluvial est ici sans doute inapproprié car ce n’est pas un fleuve qui traverse Montceau-les-Mines, mais un canal. Le Canal du Centre, pour ne pas le nommer, appelé autrefois Canal du Charolais dont la construction s’échelonna de 1784 à 1791. Longue de 114 km, cette magnifique voie d’eau qui va de Digoin à Chalon-sur-Saône, est jalonnée de 61 écluses, permettant aux plaisanciers de franchir une dénivellation de 121 mètres, passant de 300 m à son apogée à Digoin, à 179 m, sa plus basse altitude à Chalon.

 

Une cité minière devenue ville fleurie et port de plaisance

Petite ville minière de 20 000 habitants, située au cœur de la Bourgogne, Montceau-les-Mines eut son heure de gloire avec l’exploitation charbonnière, dont l’activité s’est achevée en l’an 2000, et l’industrie textile aujourd’hui également en partie éteinte. Privée de sa principale ressource industrielle et de ses mines, la ville a su tirer profit du passage sur son territoire du Canal du Centre que les municipalités successives, anticipant la dureté des temps, aménagèrent, modernisèrent et embellirent progressivement pour le plus grand plaisir des habitants et des amateurs de navigation fluviale.

Anciens bureaux de la mine reconvertis en ateliers culturels

 

Aujourd’hui, Montceau-les-Mines peut se targuer d’être un véritable port de plaisance, accueillant chaque jour nombre de familles de navigateurs en escale longue ou de passage, souhaitant visiter au fil de l’eau les villes et régions traversées… ou aller plus loin et rejoindre agréablement, en flânant au gré des écluses, soit la Méditerranée par la Saône et le couloir rhodanien, soit l’Atlantique par la Loire, soit enfin Paris et la Manche, grâce au Canal de Briare qui relie la Loire à la Seine.

 

Pour certaines localités maritimes de chez nous aux Antilles qui attendent impatiemment leurs installations portuaires, de pêche ou de plaisance, tant de fois promises et jamais réalisées, Montceau pourrait être en ce domaine un modèle de simplicité et d’efficacité par l’aménagement de ses pontons flottants offrant de nombreux emplacements et d’anneaux d’amarrage judicieusement disposés.

 

Ainsi, sans se gêner le moins du monde, les bateaux de faible ou de moyen tonnage trouvent facilement non seulement une place où séjourner, mais un espace suffisamment large pour manœuvrer, qu’ils descendent ou remontent le canal, selon leur destination. Une capitainerie, hébergeant l’Office du tourisme, accueille visiteurs et plaisanciers et assigne à ces derniers, moyennant une modeste contribution, selon la durée de l’escale et le tonnage du navire, un emplacement sécurisé adéquat, disposant du WIFI gratuit et de prises d’eau et d’électricité qui peuvent être utilisées en cas de besoin.

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Quant à nous, c’est par la route, rassurez-vous, que le lundi 31 juillet à quatre heures du matin, nous prendrons de Montceau la direction de la Pologne pour un périple de 10 jours dont, peut-être, je vous ferai part ici même, si les dieux me sont favorables, que la Vierge Noire me l’autorise… et que mon vieil ordi supporte la Zubrowka !

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Le bien nommé Centre des Arts de Montceau, sur la rive gauche du Canal

Pont-levant sur le Canal

 

 

Passerelle piétonnière reliant les deux rives du Canal

Texte et photographies : Raymond Joyeux
Pour en savoir plus, si vous le souhaitez, sur le Canal du Centre, Montceau et sa région,  vous pouvez vous rendre sur les sites suivants :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Canal_du_Centre_(France)
http://www.creusotmontceautourisme.com

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Chronique d’un désastre annoncé ou les racines du mal saintois

Un lourd passé politique encombrant

Le séisme politico-judiciaire qui secoue depuis quelques mois la commune de Terre-de-Haut, contrairement aux tremblements de terre naturels, était prévisible. Prévisible et inévitable. Les signes précurseurs de la catastrophe nous avaient en effet depuis longtemps alertés et le mal qui ronge l’actuelle municipalité saintoise ancre ses racines dans un long passé politique délétère remontant au milieu des années 1970. Soit plus de quarante ans d’administration communale menés par des équipes pratiquement inamovibles, reconduites d’élection en élection par un électorat encadré, conditionné, manipulé, hypnotisé. Électorat sélectif, illégalement surnuméraire par la magie de commissions annuelles partisanes, faisant à leur guise la pluie et le beau temps en matière d’inscriptions et de radiations sur les listes électorales, sans aucun contrôle efficient des instances préfectorales, malgré moult interventions de ce qu’il est convenu d’appeler l’opposition.

Un processus irréversible amplement engagé

Déficit de 1993 : un lourd héritage

Mais à supposer même que ces élections successives depuis 1977 aient été parfaitement régulières, sans listes truquées, sans procurations abusives, sans clientélisme honteux, sans bureaux de vote non conformes à la légalité, le premier responsable du fiasco saintois actuel, selon nous, n’est pas d’abord un homme, mais une loi électorale aberrante qui a trop longtemps privé les petites communes de moins de deux mille habitants d’une représentation proportionnelle aux différents conseils municipaux. Il aura fallu attendre en effet les élections de mars 2014 pour que cette loi change enfin et que l’opposition ait pleinement sa place au sein de notre assemblée communale, constituant ainsi une force de vigilance, de propositions et de contrôle, agissant comme un frein aux irrégularités de gestion manifestes et à leurs désastreuses conséquences. Malheureusement, il était déjà trop tard. Le processus des malversations présumées, maintes fois pointées du doigt par la CRC (Chambre Régionale des Comptes), et aujourd’hui par la Justice, était depuis très longtemps, à la date de mars 2014, amplement enclenché.

Une opposition honnie systématiquement rejetée

Imaginons néanmoins que cette loi eût instauré la proportionnalité, ne serait-ce que depuis les élections de 2001, les choses se seraient sans doute passées autrement et ceux qui sont pris aujourd’hui dans la tourmente, n’auraient peut-être rien eu à se reprocher. La présence d’une opposition active, même minime, au sein de l’assemblée municipale aurait logiquement permis d’éviter le pire. Aussi bien pour les personnes actuellement incriminées que pour l’intérêt général et le redressement de la commune. Encore aurait-il fallu que les débats au sein du conseil municipal aient été respectueux de l’esprit démocratique de transparence et que les dossiers transmis, comme il se doit, à tous les participants, fussent complets et sincères, et la minorité associée aux décisions. Ce qui a été et est encore loin d’être le cas, chez nous, chacun le sait parfaitement. Aussi, ceux qui depuis des lustres n’ont eu de cesse de fustiger et de rejeter les opposants considérés comme leurs pires ennemis doivent s’en mordre aujourd’hui les doigts.

Un système électoral aberrant

Pour revenir à la loi électorale qui a défavorisé jusqu’en 2014 les petites communes, si elle n’est pas la seule responsable de nos maux actuels, elle y a singulièrement contribué. D’abord, nous l’avons dit, par le principe de la liste bloquée, excluant de l’administration communale les membres de l’opposition, alors même qu’ils ont régulièrement représenté un pourcentage non négligeable de la population. Mais aussi et surtout par la possibilité qu’elle a donnée et donne encore aux mêmes éternels élus de se porter indéfiniment candidats d’une élection à l’autre, accaparant ainsi, sans partage, pendant des décennies, le pouvoir local. Carence aberrante d’un système électoral que la prochaine loi sur la moralisation de la vie publique devrait combler… Mais, hélas, apparemment, encore une fois, pas pour les petites communes dont les élus, considérés à tort comme des modèles d’honnêteté et de vertu démocratique, pourraient continuer à accumuler un nombre indéfini de mandats municipaux, sans être tenus de passer la main.

Un goût immodéré de domination

Cette absence institutionnalisée et pérenne d’alternance électorale a porté un coup fatal au jeu démocratique. Elle a conduit des élus indélicats, à l’appétit insatiable pour le pouvoir (dont on sait que l’abus rend fou)à considérer comme leur bien propre ce qui en fait appartient à la collectivité : personnel communal, bâtiments publics, matériel et surtout gestion budgétaire… Alors qu’ils n’en sont que les dépositaires passagers, censés rendre des comptes aux administrés non seulement à la fin, mais tout au long de leur mandat. L’imbécile et vindicatif slogan, bien connu à Terre-de-Haut, haineusement braillé par la populace après chaque élection municipale : « Mairie-la cé tan nous ; mairie-la cé pas ta yo »1, est symptomatique de cet état d’esprit archaïque, devenu une sorte d’aberrant réflexe conditionné, inculqué à leurs partisans fanatisés par ceux-là mêmes qui ont la responsabilité morale d’élever le niveau civique et démocratique de la population.

Une mairie confisquée : mairie-la cé pas ta yo ! Ph. R.Joyeux

Une conception égocentrique du pouvoir

Comment dès lors s’étonner de la situation dramatique actuelle de Terre-de-Haut ? Elle n’est à l’évidence que l’enfant monstrueux d’une conception hyper personnalisée de l’exercice du pouvoir local, venin mortel qui contamine et paralyse depuis près d’un demi-siècle tous les rouages de notre administration communale. Certes la municipalité actuelle, judiciairement mise en cause, a hérité du lourd fardeau d’un déficit budgétaire colossal, cyniquement élaboré par l’homme en place depuis 1971 et dont l’ombre maléfique hante encore, tel un vautour déplumé, les couloirs, bureaux et officines de la mairie. Mais n’est-ce pas ce même homme qui a réglé monarchiquement sa succession sans jamais se départir de son influence néfaste ? Traçant la voie tortueuse que ses adorateurs zélés ont imprudemment suivie, sans le moindre sursaut de clairvoyance, ce qui les a conduits, la commune et nous avec, au désastre d’aujourd’hui.

Des résolutions sans lendemain

Lorsqu’un an tout juste après sa première élection à la tête de la commune, interrogé par un correspondant local du quotidien France-Antilles daté du 12 juin 2002, le maire actuel de Terre-de-Haut, s’étant un peu trop hâtivement félicité d’avoir réglé le problème du déficit, avait déclaré : « Je souhaite donner une plus grande lisibilité à notre action, plus de démocratie avec des règles qui valent pour tous… Je suis un homme de dialogue, soucieux d’équité et de solidarité… » 2, il aurait été bien inspiré de suivre lui-même ces règles et de mettre en pratique ces belles paroles. Mais le ver était déjà sans doute dans le fruit et nous savons, 15 ans plus tard, ce qu’il est advenu de ces déclarations qui n’étaient en réalité que du vent. Un vent qui aura fini au bout du compte par tout balayer !

Raymond Joyeux
14 juillet 2017

1 – La mairie est à nous. La mairie n’est pas à eux.
2 – Propos recueillis par Philippe Capy – France-Antilles du 12 juin 2002

Une image symbolique : Terre-de-Haut dans la tourmente – Ph. R. Joyeux

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Terre-de-Haut : le dispensaire dégraine !

Une métaphore osée

Deux ouvriers venus de Guadeloupe, sans doute dépêchés par le Conseil Général, se sont affairés ces jours derniers (mi-juin 2017), avant les grosses pluies d’hivernage, à reprendre l’étanchéité de la dalle de toit de notre Dispensaire dont la charpente d’origine et la couverture en tôle n’existent plus depuis longtemps. Est-ce un premier pas vers une rénovation générale de cet établissement qui mérite indiscutablement, ne serait-ce qu’extérieurement, un sacré coup de neuf ? Nous osons l’espérer. Les Saintois doivent en effet se souvenir de l’humoristique mot d’esprit prononcé il y a 22 ans dans un discours par un candidat aux élections cantonales des Saintes de 1995 : « Le Dispensaire dégraine » ! Créolisme imagé qui signifie littéralement, vous l’aurez deviné, « perdre ses graines », c’est-à-dire, pour un homme, sa virilité. Et, dans le cas qui nous intéresse, par extension : tomber en déconfiture, menacer ruine.

Désormais  séparés de quelques mètres, ces deux containers ont longtemps habité côte à côte

Si beaucoup se sont esclaffés d’entendre dans la bouche d’un honorable candidat au Conseil Général une telle expression, il n’est pas moins vrai que le futur élu avait vu juste. Car s’il s’était permis cette métaphore osée, c’est qu’il savait que ce dispensaire, comme tous les autres, était (et est toujours) un établissement public départemental de santé, donc géré et entretenu par les services ad hoc du Conseil Général. Lesquels services auraient été, selon lui, manifestement défaillants et qu’il allait, lui, s’il était élu, taper du poing sur la table et restituer ses « graines » à notre dispensaire ! L’a-t-il fait ?  Là est une autre question. En tous cas, si restauration il y a eu, elle aura été bien éphémère, du moins extérieurement. Car 22 ans après ce fameux discours, nous en sommes toujours au même point. Et le panneau que le maire M. Robert Joyeux avait fait malicieusement accrocher en 1995 au grillage rouillé de la clôture du bâtiment est plus que jamais d’actualité. Il est vrai qu’il était alors à couteaux tirés avec le Président socialiste de l’Assemblée départementale de l’époque, M. Dominique Larifla, par ailleurs cardiologue de son état.

Une date et des fonctions confirmées

Inauguré en février 1951, comme l’a noté mon père, Joubert JOYEUX, dans son carnet de route, cet établissement a été construit au Fond Curé sur un terrain ayant appartenu à M. Jules Corbin, à l’emplacement d’une ancienne prison cantonale dont on a conservé une partie du mur d’enceinte. Ainsi que je l’ai précisé dans une précédente chronique, sa création allait apporter un confort certain et une sécurité non négligeable à la population saintoise en matière de structure sanitaire de proximité. Outre de remplir sa fonction de Protection Maternelle et Infantile, (PMI), il était également, et l’est toujours, centre de soins, de vaccinations pour les scolaires, de consultations et d’obstétrique, autant d’actes médicaux assurés aujourd’hui par un médecin généraliste qui y a établi depuis peu son cabinet.

Sur le carnet retrouvé de mon père Joubert Joyeux – Archives R.Joyeux

Le témoignage du Docteur Yves Espiand

Un témoignage irremplaçable sur le sujet est celui du Docteur Yves Espiand, toujours bon pied bon œil à l’heure où nous publions cette chronique, et qui y avait établi son cabinet dans les années 60. Affecté aux Saintes de novembre 1962 à septembre 1965, le jeune et dynamique docteur a eu tôt fait de prendre la mesure des besoins sanitaires de nos îles. En commençant par l’absence de pharmacie, problème qu’il résolut grâce à sa ténacité et son savoir-faire médical. Dans son livre-souvenirs d’Esculape à Thémis, publié à compte d’auteur en 2014, voici comment le Docteur Espiand évoque sa prise de fonction au dispensaire de Terre-de-Haut : «  Le département avait mis à ma disposition un centre de P.M.I., avec une sage-femme d’origine saintoise : consultations hebdomadaires de nourrissons et femmes enceintes, un cabinet jumelé avec le centre et une chambre à deux lits en arrière de la PMI, mais attenant à elle pour les accouchées en difficulté de logement. J’étais propharmacien, prescrivant bien entendu les médicaments que j’avais dans ma réserve… [en les commandant au besoin] aux laboratoires métropolitains, et en cas d’urgence à mon ami Lamothe, un pharmacien de Basse-Terre. Ils étaient livrés par le bateau qui faisait la ligne dans l’après-midi. » Précisons qu’en ce qui concerne la pharmacie, cette époque lointaine est désormais révolue puisqu’il existe depuis de longues années un pharmacien à temps plein qui s’est installé dans la commune, pour la satisfaction de tous, d’abord au cœur du bourg puis au Mouillage à l’ancienne maison Martin…

Pharmacie actuelle de Terre-de-Haut

 

Une dégradation insoutenable

Si on peut logiquement penser, à l’exemple de la dalle, que les parties intérieures (salles et équipements) de notre dispensaire sont régulièrement entretenues, puisqu’on y pratique des actes médicaux, qu’un médecin y exerce à temps plein et qu’il a toujours existé une employée pour le ménage, il faut hélas reconnaître le parfait état de délabrement de certaines parties extérieures et surtout l’abandon pur et simple d’entretien et d’aménagement des abords et espaces verts. Les photos qui suivent sont la preuve d’une dégradation insoutenable, indigne d’un établissement de ce type, donnant, à l’époque où nous sommes, une piètre image des services sanitaires départementaux. Image négative qui rejaillit forcément sur la commune. D’autant plus que cette dernière non seulement semble inefficace pour obtenir du Conseil Général qu’il assume ses responsabilités, mais ajoute à l’insalubrité et à l’aspect déjà peu amène des lieux, avec l’installation devant le bâtiment, tels des sentinelles de mauvais augure, deux containers de tri qui n’ont pas leur place à proximité immédiate d’un établissement de soins, censé accueillir des nourrissons, des malades, des blessés, des patients fragilisés…

Le dispensaire après le passage du cyclone Cléo en 1964. Capture d’écran video INA 

Quelques détails du délabrement extérieur actuel

Portail et poubelle délabrés – Juin 2017

 

Clim hors service – Juin 2017

Container bondé –  Juin 2017 – souvent malodorant

Végétation sauvage envahissante – Juin 2017

À propos de végétation, rappelons qu’il y aura bientôt quatre ans, en octobre 2013, sous prétexte de procéder à un « grand nettoyage » des abords et du parc attenant, les services de santé du Conseil Général avaient dépêché sur place une équipe armée de tronçonneuses et d’un élévateur afin d’abattre tous les arbres du petit clos entourant le dispensaire. Pour faire passer l’élévateur, il avait fallu pratiquer, côté rue, une brèche dans le mur de clôture. Or, alors que cette brèche a été faite à plusieurs mètres d’un superbe frangipanier décoratif qui ne gênait en rien ni le passage de l’engin ni le travail des agents, celui-ci a été bêtement abattu, comme les flamboyants de l’arrière du bâtiment.

Souche du frangipanier abattu : travail parfait d’un amoureux des arbres !

Le dispensaire et son frangipagnier décoratif en juin 2009

Après le saccage des flamboyants en octobre 2013 

Juin 2017 : derrière la clôture, côté plateau sportif 

Il n’y a plus d’arbres aujourd’hui dans l’enclos. De hautes broussailles les ont remplacés et les détritus s’accumulent derrière les clôtures. Après ce massacre programmé, notre intervention téléphonique en novembre 2013 au Conseil Général pour explications n’avait eu que cette laconique et évasive réponse : « C’était nécessaire ! »…  Peut-être ! En tous cas, quatre ans plus tard, tout est à recommencer. Le soi-disant remède a été pire que le mal et, si l’on excepte l’étanchéité de la dalle régulièrement rénovée, notre dispensaire est à nouveau en plein « dégrainage ». Il a besoin d’un traitement de choc, d’un conseiller départemental actif et d’une municipalité bienveillante, pour retrouver agrément, santé et salubrité. C’est ce que réclament et espèrent aujourd’hui, semble-t-il, tous les Saintois. 

Deux containers pas très décoratifs qui n’ont pas leur place ici – Juin 2017

Merci chers amis lecteurs pour votre persévérance à me suivre sur ce blog. Merci pour vos partages, vos likes, vos commentaires.
Cet article est le 171 ème publié depuis juillet 2013, volontairement sans aucune annonce publicitaire. 171 articles illustrés qui ont généré à ce jour – 26 juin 2017 – de votre part 847 commentaires pour 69 247 visiteurs et 143 649 vues.
Les vacances approchent. Je vous les souhaite heureuses et reposantes. J’espère pouvoir vous entretenir bientôt de mes pérégrinations de cet été, et surtout de vous retrouver en pleine forme à la rentrée de septembre…

Je précise que toutes les photos de cette présente chronique sont de votre serviteur,
même celle du panneau « dispensaire abandonné » de 1995 de notre facétieux ancien maire, lui-même Conseiller général entre 94 et 95 !..

Raymond Joyeux

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Terre-de-Haut : la Fête-Dieu noyée sous la dépression…

Une tradition retrouvée

Voilà  plus de quarante ans que s’était perdue à Terre-de-Haut la traditionnelle procession de la Fête-Dieu. C’était l’époque, à la mi-juin, des maisons fleuries et décorées pour le passage du cortège religieux avec dais, ostensoir, bannières et ornements sacrés. L’époque où les pêcheurs exposaient le long des rues leurs filets piqués de pétales multicolores ; leurs casiers ornés de guirlandes et leurs canots, toutes voiles dehors, en vue de recevoir la bénédiction du Saint-Sacrement ; où les enfants habillés en anges, au pied du reposoir, jetaient des brassées de fleurs à l’approche de l’officiant et de la foule ininterrompue des fidèles dont les cantiques à la gloire de la Vierge attestaient d’une piété non dissimulée…

Tout avait bien commencé

Ce dimanche, 18 juin 2017, c’est avec le plus grand enthousiasme que la population saintoise avait retrouvé la ferveur de cette cérémonie chrétienne en renouant avec une tradition qui semblait oubliée. Prouvant s’il en était besoin que le sentiment religieux est encore bien ancré dans notre population et le catholicisme, ses rites et sa liturgie, toujours bien vivant chez nous. Tout avait commencé dans l’effervescence ce dimanche matin ensoleillé, en dépit d’une prévision météorologique des plus incertaines. Et c’est ainsi que tout au long du parcours prévu pour la procession de l’après-midi, chacun s’activait à orner sa maison, non dans un esprit de compétition, mais en y mettant tout son cœur, sa foi et son savoir-faire artistique : palmes de cocotier, fleurs de flamboyant ou de fragipane, filets de pêcheur, portraits ou statues du Sacré-Cœur ou de la Vierge, coquillages, bateaux miniatures… rien n’était trop beau pour honorer le Saint-Sacrement, avec l’espoir et la certitude d’attirer sur sa demeure et ses occupants les faveurs du ciel, de la Sainte Vierge et de Dieu le Père lui-même dont c’était la fête…

Et la pluie arriva…

À 17 heures, sous la conduite et l’impulsion du Père Luigi, en chasuble blanche sous son dais, portant l’ostensoir et la grande hostie consacrée, entouré de la chorale paroissiale, des enfants de chœur en habit de cérémonie, précédé des petits anges ailés en robes immaculées, des hommes portant bannières, encensoir et bénitier, et suivi des fidèles en grand nombre, le cortège s’ébranle, confiant, du parvis de l’église. Le ciel menaçant ne peut que devenir clément en cet après-midi de la Fête-Dieu. C’est en tous cas ce que souhaitent et croient tous les participants à cette tradition joyeusement retrouvée de la procession du Saint-Sacrement.

Malheureusement, la météo n’a que faire de la foi du charbonnier. Et c’est un déluge impressionnant que le ciel délirant déverse imperturbable sur les Saintes. Déluge et bourrasques réunis qui obligent tout le monde à trouver un abri au plus vite, malgré la protection dérisoire des parapluies que les rafales retournent, ballottent en tous sens et rendent inefficaces. Bien entendu, le cortège s’arrête au tiers de son parcours et, hélas, ne repartira plus. Pluie, vent, branches et feuilles qui s’envolent mettent fin à la procession à peine commencée. La foule, trempée, désemparée par le réveil brutal des éléments, attend courageuse l’éclaircie espérée, puis progressivement s’éparpille en silence… Et toutes les décorations, si amoureusement élaborées, soufflées en un instant par l’onde tropicale, finissent dans les rues, emportées par la bourrasque et l’eau ininterrompue qui n’en finit pas de tomber !.. Avec du travail supplémentaire en perspective pour nos sympathiques employés municipaux déjà si  généreusement sollicités !

Un mal pour un bien !

Bien entendu, même si chacun, transi, regagne ses pénates sans un mot, la déception est immense. Toute cette préparation de l’âme, ce travail méticuleux de décoration, ce soin dans l’habillement, cette ambiance religieuse et festive entretenue depuis des jours,  malencontreusement interrompus, n’auront-ils donc servi à rien ?

Servi à rien ? Non. C’est en tous cas ce que pensent beaucoup malgré la déception, et que dira certainement le Père Luigi à son prochain sermon. Surtout lorsqu’on apprendra que le podium dressé pour servir de reposoir s’est effondré sous la bourrasque ! Imaginons que la procession était arrivée à son terme et que l’onde tropicale si mal venue n’avait débuté que lorsque les enfants de chœur, la chorale, les petits anges innocents et l’officiant s’étaient retrouvés avec l’ostensoir au milieu du reposoir. Quelle catastrophe c’aurait été ! Il suffit de voir les photos ci-dessous pour le comprendre. Dieu finalement fait bien les choses. C’est ce qui se dit après le drame évité de justesse, et qui se dira certainement dimanche prochain à l’église…

 

La pluie et le vent qui se sont abattus prématurément sur le cortège et sa ferveur retrouvée auront permis miraculeusement que le podium s’effondre sans qu’il y ait personne dessous. C’est sans doute cela, la foi qui sauve et vivifie. Et l’année prochaine le ciel sera certainement plus clément. La tradition retrouvée de la Fête-Dieu, espérons-le, quelles que soient les circonstances, se poursuivra avec la bonne volonté de tous et de chacun, et avec le souvenir contrarié mais pieusement accepté de cette année 2017, sans aucun sentiment de regret ou d’injustice… Car même si le vent l’emporte prématurément, rien n’est inutile pour l’âme lorsqu’il est fait avec foi, jubilation et générosité !

Image d’une catastrophe miraculeusement évitée…

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Rues, ruelles, places et impasses de Terre-de-Haut (2ème partie)

Un intérêt populaire évident

Après la présentation, en première partie, des cinq maires qui ont donné leur nom à cinq des rues de notre commune – évocation qui a eu un franc succès, puisqu’à ce jour, elle a fait l’objet de plus de 50 partages et environ 600 internautes ont consulté la page – voici en seconde partie les cinq personnalités historiques qui complètent la panoplie des noms des rues du réseau routier communal.

2 – Les personnages historiques

Rue Jean Calot

Cette rue qui débute face à l’église où se trouve le N°1, c’est, après Benoît Cassin, dont elle est le prolongement, la deuxième plus grande rue de Terre-de-Haut. En partie piétonne, elle couvre le secteur Nord de la D. 214, traverse la place du débarcadère en passant devant l’ancienne Gendarmerie devenue Office Municipal du Tourisme, et s’achève au pied du morne Mire, à l’intersection des routes du Fort Napoléon et de la Maison Blanche. Le nom de cette rue n’a pas été choisi au hasard puisque, selon de nombreuses sources, notre personnage, pilote et aubergiste, aurait vécu dans l’actuel Café de la Marine, célèbre établissement que fréquentait également, dit-on, à la même époque Christophe de Fréminville lequel a lui-même donné son nom à une plus petite rue de la commune, dans le quartier dit de l’Hôpital. (Voir plus loin).

Jean Calot (ou Calo) était né à Hennebon dans le Morbihan en 1767. Il participa comme très jeune marin à la Bataille des Saintes de 1782 avant de devenir, vingt ans plus tard, aubergiste, propriétaire et capitaine d’un caboteur marchand qui faisait la navette entre Basse-Terre et les Saintes. En 1803, alors âgé de 36 ans, il épousa à Terre-de-Haut Luce-Adélaïde Lorgé de 12 ans sa cadette. Une de leurs petites filles, Marie Julienne Lucette, Calo épousa en 1859 un certain Pierre-Léonce Cassin, marin de son état. C’est de ce couple que naquit en 1865 Benoît-Georges Cassin, le maire dont nous avons parlé dans la précédente chronique.

Outre le fait d’être pour moitié à l’origine d’une des plus longues lignées de descendants à Terre-de-Haut, les Cassin, Jean Calot est surtout célèbre chez nous pour son exploit accompli le 14 avril 1809 dans les eaux de la baie des Saintes. En plein conflit franco-britannique, aidé de deux comparses, Charles Cointre et Solitaire dont les noms ne sont injustement jamais mis en valeur, il réussit à faire sortir de nuit trois navires français de la division Troude (Le Courageux, le D’Hautpoul et La Félicité), bloqués dans la rade par les Anglais. Si les historiens se chamaillent à propos des détails de cet exploit, il n’en est pas moins authentique en dépit des divergences qui l’émaillent.

Le Café de la Marine : auberge où aurait vécu Jean Calot en 1809

Rue de la Rabès 

Avant d’être celui d’une rue, (La) Rabès était – et est toujours – le nom d’un petit quartier tranquille du Mouillage situé hors du centre-bourg, entre l’école primaire et la Caserne. Ce quartier englobe la propriété Bertille baptisée autrefois Mon Paradis et que clôt, côté verger, un long mur de pierre. C’est d’ailleurs pour cette raison que cette petite rue, qui longe ladite propriété et débouche sur la mer face à l’école, s’appelle aujourd’hui Rue de La Rabès.

Célèbre surtout pour sa citerne de 55 M3 édifiée par les Anglais entre 1809 et 1814, (certaines sources donnent la date de 1803), ce quartier et cette rue doivent leur nom à un certain RABÈS Guillaume, propriétaire des lieux, qui fut commandant ou capitaine, affecté au magasin du roi, mais qu’on signale par ailleurs avoir été « maître de canot en Guadeloupe de 1788 à 1792 ».

Début de la Rue de La Rabès face à la Caserne – Sans plaque lisible

En 1792, à la création des municipalités par la Révolution Française, Guillaume Rabès fut l’adjoint de M. Sainte-Marie GRIZEL nommé premier maire des Saintes Terre-de-Haut et Terre-de-Bas réunies en une seule commune. On retrouve son nom comme parrain en 1773 de Cassin Sébastien, 5ème enfant de Cassin Étienne et de Dufait Catherine. Ce même Guillaume Rabès a eu une fille, Marie-Antoinette, née en 1783 à Terre-de-Haut et qui épousa un dénommé Charles Duvivier. Leur fille Sophie Duvivier, petite fille donc de Guillaume Rabès, épousera elle-même à Saint-Thomas, le 17 février 1817, son cousin M. Benoît Bouge originaire du Loir et Cher. On peut donc déduire, vu les liens de parenté de ces deux époux, que Guillaume Rabès était lui-même originaire du Loir et Cher.

Citerne abandonnée de La Rabès construite par les Anglais en 1809

Deux mystères demeurent cependant : pourquoi Rabès est-il devenu La Rabès ? Et pourquoi la citerne de ce quartier, considérée comme la première construite à Terre-de-Haut, n’est-elle pas restaurée et davantage mise en valeur alors qu’en toute logique elle aurait dû être préservée et entretenue comme monument historique ?

Rue Félix Bréta

Cette petite rue transversale relie la rue Jean Calot, au niveau du restaurant Le Génois, à celle de Théodore Samson. Elle passe naturellement devant l’ancienne maison Bréta en longeant le pignon de l’épicerie-bistrot du maire feu M. Eugène Samson appelée autrefois Au Cœur Marin. Comme tant d’autres, la plaque de cette rue a elle aussi malheureusement disparu. Bien entendu, tous les Saintois connaissent le nom de Félix Bréta mais combien savent qui il était vraiment ? Car si c’est son livre sur les Saintes, publié aux Éditions Larose et aujourd’hui épuisé, qui l’a rendu célèbre chez nous, il ne faut pas oublier qu’il fut avant tout une personnalité influente et remarquée en Guadeloupe continentale, à Baie-Mahault où il était né le 19 avril 1872, et à Pointe-à-Pitre où il a vécu jusqu’à sa retraite en 1934.

Licencié en sciences naturelles, Félix Bréta a été professeur au Lycée Carnot de Pointe-à-Pitre avant d’en devenir le Proviseur, fonction qui ne l’empêcha pas de s’adonner à des recherches géologiques à la suite desquelles il présenta à l’administration coloniale une carte géologique de la Guadeloupe. Nommé peu après chargé de mission dans les ports de pêche de la Colonie et directeur d’un laboratoire des produits maritimes, il rédigea en 1929 une importante étude sur la ciguatera, assortie des noms, dessins et caractéristiques des poissons vénéneux incriminés.

Rue Félix Bréta

Ses compétences dans de nombreux autres domaines, sa grande disponibilité de cœur et son esprit ouvert l’ont amené à assumer diverses responsabilités telles que chef d’orchestre, Secrétaire de la Chambre d’Agriculture, Président de l’Association des anciens élèves du Lycée Carnot, Commissaire régional des Éclaireurs de France, entre autres… À sa retraite en 1934, promu Chevalier de la Légion d’Honneur, il se retira à Terre-de-Haut où il possédait une maison de vacances et créa le premier Syndicat d’Initiative de la commune. Authentique amoureux de notre archipel au point d’en connaître parfaitement l’histoire, la culture et la géologie, il rédigea son livre intitulé : Les Saintes (Dépendances de la Guadeloupe) – Recueil de notes et observations générales- qui fait référence. Il mourut à Paris d’une crise cardiaque le 27 mai 1938, et c’est son épouse, Évélie Bréta, qui se chargea de la publication posthume de son livre en octobre 1939. Rappelons que le fils adoptif d’Évélie Bréta-Rosier, Jean Bréta, fut élève à l’école primaire de Terre-de-Haut dans les années 1950, dont certains de ma génération doivent se souvenir…

Maison de Félix Bréta à Terre-de-Haut en 1920

La Rue Fréminville

La Rue Fréminville forme une petite boucle qui a son point de départ Rue Théodore Samson, à proximité de l’ancienne centrale électrique, longe l’ex-bâtiment des Douanes, traverse le quartier dit de l’Hôpital et rejoint plus haut l’extrémité de la même Rue Théodore Samson. Elle constitue en quelque sorte une déviation en arc de cercle de cette dernière et ne mesure pas plus de 150 m. Les deux plaques situées à l’entrée et à la sortie de cette rue sont effacées si bien qu’il faut se renseigner auprès des riverains pour s’assurer de son appellation.

Mais qui était Fréminville ? Christophe-Paulin de la Poix, dit le Chevalier de Fréminville doit sa renommée aux Saintes à l’histoire d’amour contrariée qu’il aurait vécue en 1822 à Terre-de-Haut avec une certaine Caroline C. fille d’une famille créole propriétaire au morne Morel d’une habitation dont les ruines sont encore visibles de nos jours, à l’extrémité Est de notre île, au lieu-dit, justement, Fort Caroline. Trop longue pour être rapportée ici dans les détails, je vous renvoie à la chronique que j’ai consacrée à cette histoire le 10 avril 2014 que vous pourrez lire, si vous le souhaitez, en cliquant sur le lien suivant :
https://raymondjoyeux.com/2014/04/10/amour-tragique-aux-saintes-en-1822/. Chronique qui a suscité à l’époque 43 commentaires, certains mettant en doute, arguments à l’appui, l’authenticité de cet événement.

Rue Fréminville – Plaque effacée

En résumé, né le 23 janvier 1787 à Ivry-sur-Seine d’une famille Bourguignonne établie à Paris, Christophe-Paulin de la Poix de Fréminville quitta très tôt la Capitale pour la Bretagne. À peine âgé de 14 ans, il s’engagea dans la marine pour un long et tumultueux périple à travers l’Atlantique qui le mènera de l’Afrique aux Antilles. Et c’est en escale aux Saintes en 1822 sur son navire La Néréide, qu’ à la suite d’un accident, où il faillit être emporté par une vague, il rencontra la belle Caroline dont il tomba éperdument amoureux. Devant repartir précipitamment pour Saint-Christophe, il promit à cette dernière de revenir aux Saintes afin de poursuivre et consolider leur idylle. Malheureusement, cette promesse tardant à se réaliser, Caroline se sentant trahie, se serait précipitée d’une falaise à l’endroit même où son amant avait failli périr quelques semaines plus tôt.

Tombe de Caroline au cimetière de Terre-de-Haut d’après un dessin de Fréminville

À son retour aux Saintes, Fréminville n’aura plus qu’à constater le décès de sa bien-aimée, à la suite de quoi, revenu en Bretagne, il devint à moitié fou, s’habillait en femme, avec, selon la légende, les habits de Caroline qu’il aurait récupérés. Il décédera le 12 janvier 1848 à Saint-Malo où l’on peut voir sa tombe. Vérité historique ou romance inventée par Fréminville ? Les avis sont partagés. Vous pouvez lire ou relire les commentaires sur le sujet en cliquant sur le lien donné plus haut et éventuellement en vous référant au livre de Jean Merrien, petit neveu de notre héros : Un certain Chevalier de Fréminville, paru aux éditions Maritimes et d’Outre-Mer en 1970. 

La Rue du Gouverneur Houël

Dernière voie communale dévolue à un personnage historique, la Rue du Gouverneur Houël se situe dans le secteur de La Savane. Elle commence par une montée en sens unique, perpendiculaire à la rue Benoît Cassin, et s’achève à plat, à l’intersection de celle de La Savane. Elle doit son nom à Charles Houël qui joua un rôle important dans l’histoire de la colonisation par la France des Isles d’Amérique.

Début Rue du Gouverneur Houël

Né en 1616 et décédé le 22 avril 1682, Charles Houël fut Gouverneur de la Guadeloupe de 1643 à 1664. À la suite de la dissolution de la Compagnie des Isles d’Amérique, devenu propriétaire des Saintes, il en prend possession le 18 octobre 1648. Ce jour-là, sous le commandement de DU MÉ, ce sont trente colons qui y débarquèrent une première fois mais sans succès puisqu’à peine installés, le manque d’eau les obligea à regagner la Guadeloupe. En 1652, conduite par Hazier Du Buisson, qui donnera son nom à la place de la mairie, une seconde tentative réussit cette fois, mais non sans tracas car une attaque des Caraïbes de la Dominique oblige Houël à intervenir par l’envoi du navire L’Étoile.

 Charles Houël – 1616- 1682 – propriétaire des Saintes en 1648.

En 1663, rappelé en France par le Roi, Charles Houël cède sa place de Gouverneur de la Guadeloupe à Prouville de Tracy, surnommé Dulion. C’est ce nouveau Gouverneur qui chassera une première fois les Anglais des Saintes en août 1666, à la faveur d’un ouragan qui détruisit une bonne partie de la flotte ennemie. Pour célébrer cette « victoire », Dulion, dont la Place du débarcadère porte le nom, accoste à Terre-de-Haut le 14 août et fait chanter le lendemain, 15 août, un Te Deum en l’église paroissiale, instituant ainsi, semble-t-il, la première fête patronale de Terre-de-Haut.

Place de la Mairie – Hazier Du Buisson.

Sources :
Félix Bréta : Les Saintes 1939 et Rosier Web : MyHeritage pour les photos du visage et de la maison de F. Bréta – Patrick Péron : Petite Histoire de Terre-de-Haut 2003 – Colons et engagés aux Saintes 2016 – Jean Merrien : Un certain Chevalier de Fréminville 1970 –  Photos des rues, places et plaques  : Raymond Joyeux 2017. 

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Rues, ruelles, places et impasses de Terre-de-Haut (1ère partie)

Le nom des rues : une nécessité primordiale

Jusqu’à la fin des années 1990, le réseau routier et de voirie de Terre-de-Haut était totalement anonyme. La population, alors moins nombreuse, s’était depuis toujours accommodée de cette réalité, se contentant de savoir sans l’aide d’indication écrite, où se situaient la Place de la Mairie, celle du Débarcadère, la Rue de La Poste, ainsi que les différents quartiers du Mouillage, du Fond Curé, de la Rabès, du Marigot, de l’Anse-Mire… C’est la direction des Postes de la Guadeloupe qui mit fin à cette situation en exigeant que tous les maires du département nomment clairement rues, ruelles, places et impasses de leur commune afin de faciliter, entre autres, la distribution du courrier. Une nécessité d’autant plus impérieuse pour nous que le bourg ne cessait de se développer et que de nouveaux arrivants ou foyers s’installaient au gré des constructions neuves ou de locations éparpillées hors du centre. Sans compter que les homonymies n’étant pas rares dans les petites localités, une adresse incomplète ou inexacte est toujours susceptible de créer des confusions patronymiques avec tous les inconvénients liés pour les intéressés aux erreurs de destination.

Le choix des appellations

C’est ainsi qu’un groupe de réflexion s’est constitué sous la houlette du maire Robert JOYEUX, dit Louly, pour établir une liste de noms à affecter à chacune des voies de la commune, et que l’on a vu apparaître les fameuses plaques bleues que nous connaissons aujourd’hui… Malheureusement, au fil des ans, intempéries et ultra-violets ayant fait leur œuvre sur du matériel probablement de mauvaise qualité, la plupart des noms figurant sur ces plaques ont disparu. Du coup, pour les préposés à la distribution du courrier et les arrivants à la recherche d’une adresse, Terre-de-Haut, à de rares exceptions près, est redevenue comme avant les années 90, une commune sans nom de rues !

Grandeur et décadence des services de voirie 

Priorité aux personnages historiques et anciens maires 

À l’époque, c’est tout naturellement aux personnages historiques et anciens maires que les services municipaux ont arrêté leur choix pour nommer les principales voies de la commune. Sur les 21 rues qui sillonnent notre île, 5 sont dévolues aux maires, 5 à des personnages célèbres, 10 désignent la direction d’un secteur géographique, 1 celle d’un monument incontournable, en l’occurrence le Fort Napoléon.

1 – Les anciens maires :

Rue Benoît Cassin

Elle prend naissance au niveau de la poissonnerie et se déroule jusqu’au-delà du ponton du Morne Rouge jouxtant la plage de l’Anse à Gilot. Elle traverse ainsi la plus grande partie du bourg et passe devant le dispensaire en suivant le littoral. C’est la  plus longue rue de Terre-de-Haut, couvrant les 3/4 de la Départementale 214. Elle doit son appellation à Georges-Benoît Cassin né en 1865. Ayant accompli un premier mandat de 1902 à 1908, il fut réélu pour un second de 1929 à 1935. Propriétaire terrien, Benoît Cassin a donné son nom à un vaste secteur foncier au lieu dit Dans Fond, s’étendant des flancs du massif du Chameau à la plage de l’Anse Figuier, dénommé Les Prés Cassin. Son mariage avec une caraïbe dominiquaise, Edrode Edrozia, lui assurera une importante descendance et son patronyme reste aujourd’hui l’un des plus répandus à Terre-de-Haut. La plaque et son support qui portaient son nom ont carrément disparu et rien n’indique matériellement aujourd’hui à la population et aux visiteurs où se situe cette  importante rue.

Plaque effacée de la rue Emmanuel Laurent

Rue Emmanuel Laurent

Cette rue, parallèle à la précédente, mais moins longue, va de l’église au dispensaire en passant devant la mairie et la poste. Emmanuel Laurent était né la même année que Benoît Cassin, en 1865. Fils de Charles Laurent, Saintois blanc de Terre-de-Haut et d’Angelina Mathias, métisse de Terre-de-Bas, il poursuit ses études secondaires à Basse-Terre et devient bachelier puis instituteur. Envoyé à l’École Coloniale d’Intendance à Fort-de-France, il obtient un diplôme d’administrateur des Colonies, ce qui lui vaut de faire carrière en Indochine, au Sénégal, au Congo et à Madagascar où est né son fils Raymond, personnage haut en couleur bien connu des Saintois, aujourd’hui disparu. Revenu aux Saintes à sa retraite en 1915, Emmanuel Laurent est élu maire de Terre-de-Haut en 1919 et habite avec sa famille la villa l’Ermitage, face au petit marché du Fond Curé. En 1923, c’est lui qui fait installer une horloge sur la façade de l’église qu’il inaugure le 19 août en présence de Mgr Genoud évêque de la Guadeloupe. En fin de mandat, en 1928, il a la lourde tâche en sa qualité de maire, de faire face aux dégâts occasionnés par le fameux cyclone de sinistre mémoire qui dévasta cette année-là la Guadeloupe et les Saintes. Par miracle, l’une des seules maisons qui résista à la tempête fut la sienne, ce qui lui permit d’organiser secours et ravitaillement et de se consacrer sans relâche à la reconstruction de Terre-de-Haut avec une énergie et un dévouement illimités. Ne dormant plus que deux heures par jour, il mourut, selon Laurent Farrugia, d’épuisement dans le respect de tous.

L’Ermitage : maison Emmanuel Laurent à Terre de Haut- Ph. R. Joyeux

Une des rares plaques encore lisible

Rue Charles Foy 

Elle débute à la jonction de la Rue Jean Calot proche de la pharmacie, longe l’école maternelle et coupe la rue de La Rabès au niveau de la Caserne. Elle débouche sur la rue Théodore Samson au pied des marches qui mènent au Marigot. On imagine que c’est dans ce quartier que Charles Foy aurait été domicilié et aurait vécu. Malheureusement nous n’avons que peu d’informations le concernant. Un document en notre possession, datant du 17 mai 1924, indique simplement qu’un certain Charles Foy, né et domicilié à Terre-de-Hautétait maître charpentier de marine. Était-ce le même qui avait rempli par deux fois les fonctions de maire, la première de 1882 à 1884, la seconde, de 1892 à 1902 ? Nous savons néanmoins de façon certaine que c’est lui qui succéda à Jean-Pierre Lognos, le dernier maire des Saintes, lorsque Terre-de-Haut et Terre-de-Bas se sont constituées en communes séparées par un décret de Jules Grévy. À ce titre, il fut le premier maire de Terre-de-Haut et méritait bien une rue dans sa commune. C’est ici pour nous l’occasion d’exprimer notre étonnement de constater que rien à Terre-de-Haut ne rappelle la mémoire de Jean-Pierre Lognos qui fut à l’origine de la création de nos deux communes saintoises, même si nous comprenons qu’il fallait faire un choix. Par contre, mieux que nous, Terre-de-Bas a su immortaliser la mémoire de cet événement majeur en baptisant sa place de la Mairie Place du 9 Août 1882, date du décret de Jules Grévy. Pour revenir à Charles Foy, dont le patronyme constitue la quatrième en nombre des familles saintoises, sa présence est attestée lors de la bénédiction d’une cloche de l’église en 1884, baptisée Maria Antonia, en compagnie de l’abbé Ruffin, curé de la paroisse. Nous savons par ailleurs que c’est sous son mandat, en 1902, que le Pénitencier de l’îlet à Cabris a été supprimé après que la garnison militaire eut quitté les Saintes en 1889 et la compagnie de discipline en 1890, sous le mandat de Bernard Azincourt.

Rue Bernard Azincourt.

Comme pour Charles Foy auquel il succéda après le premier mandat de ce dernier, nous avons peu d’informations sur ce maire qui exerça ses fonctions de 1884 à 1892. Il semblerait qu’il aurait été instituteur, directeur d’école, et aurait vécu au Fond Curé dans le secteur qui porte son nom. Sa rue, dont la plaque est inexistante fait la jonction entre les rues Benoît Cassin et Emmanuel Laurent en longeant l’arrière de l’épicerie Carrefour Market. En 1881, avant son élection à la tête de la commune et sous la mandature de Jean-Pierre Lognos, Bernard Azincourt sera nommé président du Conseil de Fabrique, association laïque chargée à l’époque de la gestion paroissiale. La loi de la séparation de l’Église et de l’État n’intervenant qu’en 1905. Le nom de Bernard Azincourt apparaît également, en qualité de maire cette fois, lors de plusieurs cérémonies religieuses, en particulier celle du 10 juillet 1887 à l’occasion de la bénédiction d’une cloche de l’église paroissiale baptisée Marie-Jeanne-Jacques-Victoire ! Ne pas confondre Bernard Azincourt avec Georges Azincourt, lui aussi maire de Terre-de-Haut de 1959 à 1963, et qui fut le premier a instaurer un service communal de ramassage des ordures. À signaler qu’avant l’appellation officielle des rues et places, les Saintois avaient spontanément donné le nom de Georges Azincourt à la Place de la Mairie. Appellation qui parlait davantage aux habitants, en tout cas à la plupart d’entre eux, que le parfait inconnu Hazier du Buisson, nom actuel de cette place !

Rue Théodore Samson

S’il est une personnalité qui méritait à elle seule sa rue à Terre-de-Haut, c’est bien Théodore Samson. Né le 14 septembre 1892 et décédé mystérieusement à 67 ans, le 1er mars 1959 dans les locaux de la Gendarmerie nationale à Terre-de-Haut, en pleine campagne électorale – ce qui provoqua une véritable émeute populaire et de nombreuses arrestations – Théodore Samson a laissé dans la conscience collective saintoise le souvenir d’un maire populaire, adulé et compréhensif. Marin au long cours puis charpentier de marine, il possédait le chantier naval de Coquelet où sont sortis nombre de goélettes et caboteurs reliant à l’époque les Saintes à la Guadeloupe.

Plaque de la rue Théodore Samson, en face de la Caserne

Élu maire en 1936, succédant ainsi à Benoît Cassin à l’issue du second mandat de ce dernier, il fut destitué par le régime de Vichy en 1941 pour son ralliement au Général de Gaulle et à la France Libre. Recherché par la gendarmerie comme résistant et possible dissident, il prit le maquis dans les collines des Saintes jusqu’en 1944, date à laquelle il retrouvera son poste d’élu. Maire ouvert, proche et à l’écoute de la population, toujours disponible, sans préjugé discriminatoire ou partisan, Théodore Samson était un vrai démocrate qui a toujours considéré sa fonction comme un service dû aux administrés et non comme un piédestal pour exercer on ne sait quel pouvoir discrétionnaire incontrôlé. C’est sous son mandat que Terre-de-Haut a entamé sa modernisation. À commencer par la construction d’une nouvelle mairie en même temps que celle d’un appontement en dur, digne de ce nom, en remplacement des vieux quais en bois inadaptés et dangereux ; par l’arrivée de l’électricité ; la construction d’un dispensaire et d’un groupe scolaire ; par le bétonnage des rues ; l’extension de l’église et la construction d’un nouveau clocher sous le ministère du Père Jean-Marie Offrédo. Autant de réalisations effectuées dans le souci de l’équilibre financier en dépit d’un budget municipal autrement moins conséquent que celui d’aujourd’hui. La rue qui lui est dédiée débute au carrefour de l’église, côtoie l’ancienne caserne, passe devant son domicile et rejoint la rue Charles Foy. C’est l’une des rues les plus délabrées de Terre-de-Haut et les deux plaques à son nom sont bien entendu effacées. Pour un ancien maire tel que Théodore Samson, ne serait-ce que les plaques à son nom  mériteraient pour le moins une urgente rénovation. C’est une simple question de respect, de reconnaissance et de dignité.

Ceint de  l’écharpe, Théodore Samson et quelques-uns de ses conseillers. Ph. A-M Monpoix

Ainsi se termine cette première chronique consacrée aux rues de Terre-de-Haut portant le nom de cinq anciens maires de la commune. La prochaine chronique évoquera les personnages historiques choisis par le comité d’appellation : Jean Calot, Fréminville, La Rabès, Charles Houel, Hazier Dubuisson, Félix Bréta, Gouverneur Du Lion…

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Sources : Patrick Péron : Une petite histoire de Terre-de-Haut – Félix Bréta : Les Saintes. Laurent Farrugia : Emmanuel Laurent – Camille Fabre : De clocher en clocher.
Un grand merci à Anne-Marie Monpoix pour la photo de son grand-père Théodore Samson et à vous tous pour votre fidélité.

Raymond Joyeux

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