Terre-de-Haut : le dispensaire dégraine !

Une métaphore osée

Deux ouvriers venus de Guadeloupe, sans doute dépêchés par le Conseil Général, se sont affairés ces jours derniers (mi-juin 2017), avant les grosses pluies d’hivernage, à reprendre l’étanchéité de la dalle de toit de notre Dispensaire dont la charpente d’origine et la couverture en tôle n’existent plus depuis longtemps. Est-ce un premier pas vers une rénovation générale de cet établissement qui mérite indiscutablement, ne serait-ce qu’extérieurement, un sacré coup de neuf ? Nous osons l’espérer. Les Saintois doivent en effet se souvenir de l’humoristique mot d’esprit prononcé il y a 22 ans dans un discours par un candidat aux élections cantonales des Saintes de 1995 : « Le Dispensaire dégraine » ! Créolisme imagé qui signifie littéralement, vous l’aurez deviné, « perdre ses graines », c’est-à-dire, pour un homme, sa virilité. Et, dans le cas qui nous intéresse, par extension : tomber en déconfiture, menacer ruine.

Désormais  séparés de quelques mètres, ces deux containers ont longtemps habité côte à côte

Si beaucoup se sont esclaffés d’entendre dans la bouche d’un honorable candidat au Conseil Général une telle expression, il n’est pas moins vrai que le futur élu avait vu juste. Car s’il s’était permis cette métaphore osée, c’est qu’il savait que ce dispensaire, comme tous les autres, était (et est toujours) un établissement public départemental de santé, donc géré et entretenu par les services ad hoc du Conseil Général. Lesquels services auraient été, selon lui, manifestement défaillants et qu’il allait, lui, s’il était élu, taper du poing sur la table et restituer ses « graines » à notre dispensaire ! L’a-t-il fait ?  Là est une autre question. En tous cas, si restauration il y a eu, elle aura été bien éphémère, du moins extérieurement. Car 22 ans après ce fameux discours, nous en sommes toujours au même point. Et le panneau que le maire M. Robert Joyeux avait fait malicieusement accrocher en 1995 au grillage rouillé de la clôture du bâtiment est plus que jamais d’actualité. Il est vrai qu’il était alors à couteaux tirés avec le Président socialiste de l’Assemblée départementale de l’époque, M. Dominique Larifla, par ailleurs cardiologue de son état.

Une date et des fonctions confirmées

Inauguré en février 1951, comme l’a noté mon père, Joubert JOYEUX, dans son carnet de route, cet établissement a été construit au Fond Curé sur un terrain ayant appartenu à M. Jules Corbin, à l’emplacement d’une ancienne prison cantonale dont on a conservé une partie du mur d’enceinte. Ainsi que je l’ai précisé dans une précédente chronique, sa création allait apporter un confort certain et une sécurité non négligeable à la population saintoise en matière de structure sanitaire de proximité. Outre de remplir sa fonction de Protection Maternelle et Infantile, (PMI), il était également, et l’est toujours, centre de soins, de vaccinations pour les scolaires, de consultations et d’obstétrique, autant d’actes médicaux assurés aujourd’hui par un médecin généraliste qui y a établi depuis peu son cabinet.

Sur le carnet retrouvé de mon père Joubert Joyeux – Archives R.Joyeux

Le témoignage du Docteur Yves Espiand

Un témoignage irremplaçable sur le sujet est celui du Docteur Yves Espiand, toujours bon pied bon œil à l’heure où nous publions cette chronique, et qui y avait établi son cabinet dans les années 60. Affecté aux Saintes de novembre 1962 à septembre 1965, le jeune et dynamique docteur a eu tôt fait de prendre la mesure des besoins sanitaires de nos îles. En commençant par l’absence de pharmacie, problème qu’il résolut grâce à sa ténacité et son savoir-faire médical. Dans son livre-souvenirs d’Esculape à Thémis, publié à compte d’auteur en 2014, voici comment le Docteur Espiand évoque sa prise de fonction au dispensaire de Terre-de-Haut : «  Le département avait mis à ma disposition un centre de P.M.I., avec une sage-femme d’origine saintoise : consultations hebdomadaires de nourrissons et femmes enceintes, un cabinet jumelé avec le centre et une chambre à deux lits en arrière de la PMI, mais attenant à elle pour les accouchées en difficulté de logement. J’étais propharmacien, prescrivant bien entendu les médicaments que j’avais dans ma réserve… [en les commandant au besoin] aux laboratoires métropolitains, et en cas d’urgence à mon ami Lamothe, un pharmacien de Basse-Terre. Ils étaient livrés par le bateau qui faisait la ligne dans l’après-midi. » Précisons qu’en ce qui concerne la pharmacie, cette époque lointaine est désormais révolue puisqu’il existe depuis de longues années un pharmacien à temps plein qui s’est installé dans la commune, pour la satisfaction de tous, d’abord au cœur du bourg puis au Mouillage à l’ancienne maison Martin…

Pharmacie actuelle de Terre-de-Haut

 

Une dégradation insoutenable

Si on peut logiquement penser, à l’exemple de la dalle, que les parties intérieures (salles et équipements) de notre dispensaire sont régulièrement entretenues, puisqu’on y pratique des actes médicaux, qu’un médecin y exerce à temps plein et qu’il a toujours existé une employée pour le ménage, il faut hélas reconnaître le parfait état de délabrement de certaines parties extérieures et surtout l’abandon pur et simple d’entretien et d’aménagement des abords et espaces verts. Les photos qui suivent sont la preuve d’une dégradation insoutenable, indigne d’un établissement de ce type, donnant, à l’époque où nous sommes, une piètre image des services sanitaires départementaux. Image négative qui rejaillit forcément sur la commune. D’autant plus que cette dernière non seulement semble inefficace pour obtenir du Conseil Général qu’il assume ses responsabilités, mais ajoute à l’insalubrité et à l’aspect déjà peu amène des lieux, avec l’installation devant le bâtiment, tels des sentinelles de mauvais augure, deux containers de tri qui n’ont pas leur place à proximité immédiate d’un établissement de soins, censé accueillir des nourrissons, des malades, des blessés, des patients fragilisés…

Le dispensaire après le passage du cyclone Cléo en 1964. Capture d’écran video INA 

Quelques détails du délabrement extérieur actuel

Portail et poubelle délabrés – Juin 2017

 

Clim hors service – Juin 2017

Container bondé –  Juin 2017 – souvent malodorant

Végétation sauvage envahissante – Juin 2017

À propos de végétation, rappelons qu’il y aura bientôt quatre ans, en octobre 2013, sous prétexte de procéder à un « grand nettoyage » des abords et du parc attenant, les services de santé du Conseil Général avaient dépêché sur place une équipe armée de tronçonneuses et d’un élévateur afin d’abattre tous les arbres du petit clos entourant le dispensaire. Pour faire passer l’élévateur, il avait fallu pratiquer, côté rue, une brèche dans le mur de clôture. Or, alors que cette brèche a été faite à plusieurs mètres d’un superbe frangipanier décoratif qui ne gênait en rien ni le passage de l’engin ni le travail des agents, celui-ci a été bêtement abattu, comme les flamboyants de l’arrière du bâtiment.

Souche du frangipanier abattu : travail parfait d’un amoureux des arbres !

Le dispensaire et son frangipagnier décoratif en juin 2009

Après le saccage des flamboyants en octobre 2013 

Juin 2017 : derrière la clôture, côté plateau sportif 

Il n’y a plus d’arbres aujourd’hui dans l’enclos. De hautes broussailles les ont remplacés et les détritus s’accumulent derrière les clôtures. Après ce massacre programmé, notre intervention téléphonique en novembre 2013 au Conseil Général pour explications n’avait eu que cette laconique et évasive réponse : « C’était nécessaire ! »…  Peut-être ! En tous cas, quatre ans plus tard, tout est à recommencer. Le soi-disant remède a été pire que le mal et, si l’on excepte l’étanchéité de la dalle régulièrement rénovée, notre dispensaire est à nouveau en plein « dégrainage ». Il a besoin d’un traitement de choc, d’un conseiller départemental actif et d’une municipalité bienveillante, pour retrouver agrément, santé et salubrité. C’est ce que réclament et espèrent aujourd’hui, semble-t-il, tous les Saintois. 

Deux containers pas très décoratifs qui n’ont pas leur place ici – Juin 2017

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Les vacances approchent. Je vous les souhaite heureuses et reposantes. J’espère pouvoir vous entretenir bientôt de mes pérégrinations de cet été, et surtout de vous retrouver en pleine forme à la rentrée de septembre…

Je précise que toutes les photos de cette présente chronique sont de votre serviteur,
même celle du panneau « dispensaire abandonné » de 1995 de notre facétieux ancien maire, lui-même Conseiller général entre 94 et 95 !..

Raymond Joyeux

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7 commentaires pour Terre-de-Haut : le dispensaire dégraine !

  1. CATHERINE VOGLIMACCI dit :

    Il y a hélas plus que le dispensaire qui est malade … il est emblématique de l’état de Terre de Haut actuellement. Commune, région, département ??? Toujours est-il que tout va à vau-l’eau

  2. Dolly dit :

    Bonjour Raymond, sans faire de politique je constate que notre petite île est en déconfiture, tous les patrimoines sont à l’abandon, pourquoi ne pas créer un centre pluridisciplinaire qui regroupe plusieurs corps médical, au lieu d’être dispersée comme ils le sont actuellement, cela redonnerait de la vie à ce bâtiment qui a du potentiel et de plus bien situé.
    Je sais que cela n’est pas facile avec la mentalité qui règne.
    (un notre exemple le presbytère)
    Bien cordialement

  3. vonvon dit :

    on peut citer aussi la bibliothèque, magnifique bâtiment, la maison bologne qui n’est plus que ruine, en fait tout ce qui appartient à la commune…le problème de la commune ce sont ses 2 derniers maires et nous en arrivons à 6 millions de déficit avec une commune en ruine physiquement, dans son patrimoine, et moralement dans sa population: les ravages de 2 gestions calamiteuses et mégalomanes.

    • Dolly dit :

      merci j’avais oublié la caserne ou se trouve actuellement la bibliothèque, la maison qui surplombe la baie toute délabrée, la maison bateau, et l’ancienne prison avec sa grande citerne.

      • raymondjoyeux dit :

        Dolly, la salle de garde et l’ancienne prison de la Cour des Braves (Prison des femmes) se sont entièrement écroulées lors du tremblement de terre du 21 novembre 2004. Les gravats ont été évacués, il ne reste que le sol. De la citerne qui leur était contiguë, (131 M3), il ne reste que les murs, apparemment en bon état. Charpente et toit ont été enlevés. L’intérieur sert de dépotoir et les plantes poussent par les fissures du sol. Mais selon ce que j’ai vu et photographié récemment, une réhabilitation serait parfaitement possible. Seulement nous sommes en déficit et la commune, comme tu le sais, n’a plus un sou pour quoi que ce soit. Ailleurs, en France, des Associations de bénévoles, subventionnées, s’occupent de ce genre de monuments et les restaurent parfaitement. Nous n’avons pas ici, aux Saintes, cet esprit de solidarité et d’amour de notre histoire passée. C’est bien dommage. Car il y aurait à faire ! Le bâtiment qui domine la baie, (maison soi-disant hantée) et qui menaçait ruine, a été semble-t-il acheté par un particulier qui a commencé des travaux de rénovation. Mais je n’en sais pas plus. A la maison-bateau, il n’y a plus de médecin. La commune avait un projet de musée !!! Quant à la maison Boulogne sur la route de Grand’Anse, c’est un véritable scandale qu’on l’ait laissée pourrir. IL faudrait la démolir entièrement et reconstruire autre chose.

  4. Dolly dit :

    merci pour les infos Raymond bonne journée à toi, je fais le constat que notre île est complètement pillée et vendue en pièces détachées.

  5. Dario dit :

    Bonjour à tous, il n’y a pas qu’aux saintes que le Patrimoine dépérit il suffit de voir l’état des communes en Guadeloupe.
    La 1ère chose à faire est une évolution du statut des Saintes en COM « Collectivité d’Outre Mer »
    La 2ème faire comprendre aux Saintois que le Patrimoine est leur bien commun et donc qu’ils doivent l’entretenir
    La 3ème c’est de changer l’état d’Esprit et de sortir de l’assistanat d’un département qui est en ruine lui même et prendre exemple sur St Martin et St Barthélemy.
    Ou trouver l’argent? Que fait le département avec les rentrées financières du Tourisme Saintois (On nous chante à longueur du temps que cet archipel accueille entre 300 à 500 000 touriste par an). Avec 1 euro par touriste on a déjà 500 K€ !! Alors au travail tous

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