Un mouillage historique aux Saintes en février-mars 1900 (première partie)

Au cours d’une campagne qu’il effectua entre octobre 1899 et juillet 1900, sur le navire-école d’application l’Iphigénie, précurseur de la moderne Jeanne d’Arc, l’aspirant Charles MILLOT âgé de 19 ans, a consigné au jour le jour les événements survenus en mer et au cours des différentes étapes de son voyage à travers l’Atlantique. En escale aux Saintes du 16 au 28 février 1900, puis du 8 au 14 mars de cette même année, il a illustré ses observations de photographies, d’aquarelles, de dessins et de croquis, nous transmettant ainsi un précieux patrimoine journalistique et iconographique qui enrichit l’histoire maritime de notre archipel de documents inestimables. Vu la longueur de la relation de ces deux mouillages en rade des Saintes, celle-ci fera l’objet de deux chroniques successives dont je vous livre aujourd’hui la première.

 Départ de Brest

9 octobre 1899
Ce matin, le largage des voiles et ce soir la manœuvre sont exécutés avec entrain qui semble de bon augure au commencement de la campagne…

L’Iphigénie en rade de Funchal (Madère) Octobre 1899

 

Mouillage aux Saintes

(Après une dizaine d’escales qui le mènent de Brest à Fort-de-France, en passant par Madère, Ténériffe, Dakar…, l’Iphigénie mouille en rade des Saintes.)

16 février 1900
Nous avons mouillé aujourd’hui aux Saintes. Cette rade est abritée de presque tous les côtés. C’est une des plus sûres des Antilles. Ses faibles dimensions expliquent qu’on y ait pas placé de point d’appui pour nos forces navales des Antilles. On n’y compte qu’un sinistre. C’est en 1865, année où un petit bâtiment de guerre français (Vautour) s’est jeté à la côte dans un cyclone.

Carte 1

17 février
Très beau temps, presque calme, quelques nuages.
10 h 00 : visite du curé et du maire des Saintes.
3 heures : 2° division à la baignade (chaloupe et canot n° 1).
La soirée d’hier a été consacrée à déverguer nos voiles. Toutes, voiles carrées, focs, goélettes etc., ont été débarquées ce matin à terre où on va procéder à leur nettoyage et leur réparation. Ce jeu de voiles n’est pas le même que celui que nous avions en quittant la France. L’Iphigénie possède en effet deux jeux de voiles, l’un plus solide que l’autre. Les premières nous ont servi et nous serviront dans les régions les plus élevées en latitude de notre campagne, à cause des nombreux grains ou coups de vent que l’on peut y rencontrer. Le second jeu est destiné aux régions tropicales où l’on n’a guère à craindre de mauvais temps…

Marins plage

18 février
Très beau temps, quelques gouttes de pluie dans la matinée.
5 h 50 : youyou aux vivres, 7 h 15 : idem,  8 h 10 : youyou va chercher le pain, 8 h 30 : youyou conduit un fourrier à terre. 0 heure (midi) : équipage aux sacs, jeux. 3 heures : 1° division à la baignade.

19 février
6 h 10 : départ en canot à vapeur des canots 1 et 2 pour l’hydrographie.
Nous avons commencé aujourd’hui les séances d’hydrographie. Nous avons à faire la carte de la baie depuis la pointe de la Baleine jusqu’à la presqu’île du Pain de Sucre, ainsi que l’îlet à cabris. Le 6° poste a établi un signal sur le fort de la Tête Rouge. Cette position est bien placée car de là on aperçoit toute la baie et l’on peut mesurer au théodolite un très grand nombre d’angles. J’ai remarqué que pour placer un signal au pied d’une falaise, il est bien préférable de faire simplement une tache blanche plutôt que de placer un signal pavillon par exemple. Les taches blanches se voient de très loin. Sur un fond clair ou sur une arête où ils se détachent bien, un mât et un pavillon sont très commodes.

Marins plage (2)

20 février
Très beau temps, mer plate.
1 h 30 à 2 h 30 : école de chauffe, exercice d’embarcation.
Dans l’exercice d’embarcation de cette après-midi, nous avions à faire en régate le tour de l’îlet à Cabris. En contournant cet îlet, deux méthodes étaient applicables :
1° : tourner le plus près possible, en ne faisant pas de chemin inutile, mais la brise était plus faible.

Croquis2° : tourner assez loin pour conserver toujours une bonne brise. Cette solution semblait la meilleure, car il est toujours défavorable d’avoir une côte à falaise au vent (à cause des calmes) et même sous le vent. Dans ce dernier cas en effet, le vent allant frapper contre la falaise est réfléchi et revient en sens contraire. Les voiles sont donc en ralingue…
La brise étant assez faible et les roches empêchant d’approcher trop près de l’îlet à Cabris, l’avantage semble avoir été hier aux embarcations qui ont cherché à tourner le plus vite possible.

21 février
5 h 45 : canot à vapeur mouille deux buts.
5 h 50 : la chaloupe conduit à terre la corvée du maître-torpilleur.
6 h 10 : commencé le tir au revolver ;  7 heures : tir au fusil ; 10 heures : fin de tir.
1 heure : départ pour les explosions des torpilles. 5 heures : fin des tirs ;  5 h 50 : retour des aspirants.

22 février 
Très beau temps, ciel couvert se dégage.
6 h 45 : un paquebot français venant de la Basse-Terre fait route au Sud.
7 h 30 : un trois-mâts barque fait route au Nord.
L’équipage aux ordres du maître de manœuvre pour raidir le gréement.
7 h 25 : le cotre postal passe à l’arrière et donne le courrier.

Canots à rames 1

23 février 
Très beau temps, quelques nuages, lavage du linge et des hamacs.
5 h 40 : fait les tentes. 7 heures : disponibles aux ordres du maître canonnier. Visite des chaînes.
11 h 45 : amené le linge, inspection du linge.

24 février
Très beau temps, quelques rafales, ciel clair.
10 heures : préparatifs du lancement d’un cotre ; 12 h 30 : lancement du cotre. (Il s’agissait de mettre à la mer une embarcation saintoise construite sur la plage. NDLR).
Nous avons pu voir depuis le bord le lancement d’un cotre. Cette opération s’effectue d’une façon très rudimentaire. Ce cotre avait été construit sur la plage, parallèlement à elle, et à environ une trentaine de mètres du bord de l’eau. Lorsqu’il s’est agi de le lancer, on a d’abord été forcé de creuser le sol vers la quille, car le bâtiment s’était enfoui dans le sable mou. Puis à l’aide de rouleaux et à bras, toute la population s’en mêlant et poussant de grands cris – le cotre a été porté parallèlement à lui-même jusque vers le bord. Là, au moyen d’une amarre venant de l’avant et frappée sur une ancre mouillée au large, on l’a fait pivoter sur l’arrière et on a achevé le lancement, non sans difficulté. Toute l’opération n’a pas duré moins de une heure et demie.

Croquis du lancement d’une barque saintoise (cotre)

25 février
11 h 00 : arrivée d’une goélette.
1 heure : joutes à la voile, jeux et sacs.
3 heures : baignade (2° division). Aspirants de bâbord à terre.

26 février 
Très beau temps. Quelques nuages. Rafales.
12 h 10 : compagnie de débarquement aux sacs, disponibles aux ordres du maître de manœuvre.
12 h 30 : youyou à la corvée du maître voilier.
16 h : envergué les voiles majeures et les goélettes.
20 h – 21 h : exercice de signaux.

27 février 
10 h 45 : on prend un requin. Longueur du requin : 3 m 25.
1 h 30 : joute à la voile. 3h 30 : le canot 2 va porter le requin à terre.
5 h : joute à l’aviron. 5 h 30 : fin des joutes ; hissé les embarcations, distribution des prix.
5 h 30 : souper.

requin

28 Février 
Les Saintes – Basse-Terre, très beau temps, ciel nuageux.
6 h 45 : disposition d’appareillage. 7 h 57 : poste d’appareillage.
8 h 05 : appareillage. 8 h 20 : établi la voilure.
9 h 15 : cargué partout, serré les voiles.
9 h 54 : poste de mouillage.
10 h 03 : mouillé tribord par 36 m de fond.
Nous avons mouillé aujourd’hui en rade de Basse-Terre, après une traversée des Saintes à Basse-Terre faite en 1 h 45. C’est la plus petite traversée que nous ayons faite de toute la campagne.
Le mouillage de Basse-Terre est, paraît-il, le plus mauvais mouillage que l’on puisse imaginer. Il n’y a pas l’ombre d’une rade. De plus, les fonds descendent très rapidement, ce qui assure une tenue très médiocre…

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Cette relation de campagne est extraite du journal de bord de l’aspirant Charles MILLOT embarqué sur la Frégate-école l’Iphigénie du 9 octobre 1899 au 21 juillet 1900.
Journal de bord reproduit dans un ouvrage rare, paru en 2001 aux Éditions Marcel-Didier Vrac, et que m’a très aimablement offert Igor Schlumberger, que je remercie vivement au nom de tous les Saintois.
Vu la longueur de cette relation de croisière, j’ai scindé en deux 
texte et illustrations afin de ne pas alourdir la transcription. La seconde partie fera l’objet de la prochaine chronique. Je rappelle que toutes les illustrations sont de l’auteur du journal de bord, l’aspirant Charles Millot, âgé alors de 19 ans.

Raymond Joyeux

 

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Guerre de 1914-18 : treize soldats saintois morts pour la France

Des noms surgis de l’ombre

Terre-de-Haut étant une des seules et rares communes de France à ne pas posséder de monument aux morts honorant les soldats tombés au cours des deux dernières guerres mondiales, on aurait pu croire que tous les appelés ou engagés de ce lointain territoire avaient par bonheur échappé au sort cruel des millions de jeunes et moins jeunes français et étrangers, toutes origines confondues, morts au combat pour notre liberté… Jusqu’au jour où nous nous sommes rappelé les noms de Masséna Desbonnes et de Cyprien Samson, dont la municipalité vient à juste titre, le 15 août dernier, de célébrer le courage en inaugurant à leur nom la Place des Héros.

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Des critiques inappropriées

Certains, sans aucun respect pour la mémoire et le sacrifice de ces deux valeureux compatriotes, victimes de leur engagement et de la barbarie nazie, ont cru bon, dans un tract courageusement anonyme, d’ironiser sur cette appellation et le choix de la municipalité. Arguant ridiculement du fait que, selon eux, « cette place n’avait de héros que ses joueurs de pétanque et que jamais ni Masséna Desbonnes ni Cyprien Samson n’en avaient foulé le sol » Que dire alors de la Place de la mairie rebaptisée place Hazier du Buisson, et de celle du débarcadère place du Gouverneur du Lion ? Quel rapport ces deux personnages, pour historiques qu’ils soient, ont-ils avec les lieux qui portent leur nom ?

Cyprien Samson, le jour de son arrestation par les Allemands

Masséna Desbonnes à gauche en compagnie de Raphael Cassin

Une publication du Conseil départemental

Mais trêve de polémique. Le sujet est trop grave pour s’arrêter à d’aussi viles et honteuses considérations dictées par la bêtise, le manque d’honneur et de dignité. Polémique d’autant plus stérile que le service éducatif du Conseil général vient de publier des extraits des archives départementales mentionnant, commune par commune, le nom de tous les soldats guadeloupéens morts pour la France au cours de la Guerre de 1914-18. Liste dans laquelle figurent les noms de treize de nos compatriotes saintois, cinq pour Terre-de-Haut, huit pour Terre-de-Bas.

Pour voir la liste des morts de toutes les communes, cliquer sur le lien suivant,
2ème ressource :

https://pedagogie.ac-guadeloupe.fr/histoire_et_geographie/ressources_pour_preparer_commemoration_11_novembre_2018

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Soldats antillais arrivant à Pau en 1917 – Photo Archives départementales

Nos Morts pour la France


Le tribut saintois à la guerre

Ainsi, à notre grande et triste surprise, balayant une idée reçue, nous découvrons que les Saintes ont, elles aussi, payé à leur mesure un lourd tribut à ce premier conflit mondial, et que le souvenir de ces héros aux noms bien connus chez nous, mérite lui aussi d’être honoré. De quelle façon ? ce n’est bien entendu pas à nous d’en décider. Mais sachons qu’à Terre-de-Bas, les autorités municipales n’ont pas attendu cette publication du Conseil général pour ériger une modeste et simple stèle où sont gravés les noms et prénoms des intéressés. Particulièrement bien entretenue, cette stèle se situe dans un enclos fleuri à proximité de la place de la mairie de Petites Anses.

Monuments aux morts de la Guerre 14-18 – Photo Raymond Joyeux

Aux Saintes : un anniversaire sans commémoration officielle

Renseignements pris, il s’avère que ni la municipalité de Terre-de-Bas, ni celle de Terre-de-Haut n’ont commémoré le centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Ainsi, dans nos deux communes saintoises, cet important anniversaire a été purement et simplement passé sous silence et occulté. Certes les maires et conseillers municipaux ont reçu par mail à cette occasion un message du Président de la République et le nom des trois soldats français qui ont perdu la vie en cette année 2018, mais il est pour le moins regrettable qu’aucune cérémonie, si modeste soit-elle, n’ait été programmée aux Saintes, ni d’un côté ni de l’autre. Sans doute l’an prochain, à Terre-de-Haut, puisque nous connaissons désormais leurs noms, nos cinq compatriotes morts pour la France lors de la Grande Guerre, seront honorés comme il se doit pour que personne dans cette commune n’oublie leur sacrifice

Un impérieux devoir de mémoire

Sans être ni militariste ni nationaliste, on peut légitimement estimer qu’honorer à certaines occasions ceux qui se sont sacrifiés pour notre liberté est en effet un devoir collectif de mémoire qu’il faut respecter et accomplir. Devoir de mémoire auquel nous a conviés, par les mots qui suivent, le Président de la République, à la fin de son discours de l’Arc de Triomphe le 18 novembre dernier : « Sur ce sol de France, le monde entier était venu combattre. Des jeunes hommes de toutes les provinces et de l’outre-mer, des jeunes hommes venus d’Afrique, du Pacifique, des Amériques et d’Asie sont venus mourir loin de leur famille dans des villages dont ils ne connaissaient pas même le nom… Souvenons-nous ! N’oublions pas ! Car le souvenir de ces sacrifices nous exhorte à être dignes de ceux qui sont morts pour nous, pour que nous puissions vivre libres ! »

Nov. 11, 2018. (Ludovic Marin/Pool Photo via AP)

Raymond Joyeux

 

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Terre-de-Haut : une vraie folie de chien

Depuis la publication de cette chronique, en novembre 2018, il semblerait que Terre-de-Haut ait enregistré une recrudescence du nombre de chiens sur son petit territoire. Tant mieux pour les heureux propriétaires et pour ce sympathique animal de compagnie. Encore faudrait-il que certaines règles de salubrité publique et de courtoisie soient respectées. Ce qui ne semble pas toujours être le cas, vu les nombreuses plaintes exprimées ici ou là concernant en particulier les déjections abandonnées aussi bien sur les plages que dans les rues et sur les places.
Amis propriétaires, n’attendez pas que les autorités prennent des mesures autoritaires, entre autres celle d’interdire la présence de chiens sur les plages, comme cela se fait partout ailleurs. Ramassez les déjections de votre animal et ne le laissez pas galoper sans frein ni laisse au milieu des serviettes de plage et dans les rues au risque de provoquer un accident fatal pour lui comme pour les conducteurs de motos et autres engins motorisés qui sillonnent notre belle commune.
Sans vous faire l’injure d’une mauvaise interprétation, je rappelle que le texte qui suit est le point de vue d’un chien et qu’il est à prendre au second degré.
Merci pour votre compréhension.
R. Joyeux

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les humains,

Depuis quelque temps, nos amis Saintois – les meilleurs paraît-il à notre égard – se sont pris d’une folie subite et effrénée pour nous les chiens qui subissons, de par notre race supérieure, l’injuste réputation d’être les malvenus en Guadeloupe continentale à cause d’une stupide et ignoble légende aujourd’hui obsolète. Sur notre petite île, en revanche, beaucoup possèdent au moins un ou une de nos congénères, quelquefois deux ou trois – pour faire bonne mesure – et pour la plus grande joie de la famille, sans oublier les enfants, nos presque semblables. Nous sommes de toutes les races, de tous les poils, de toutes les tailles, de tous les crocs…

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Nous ne pouvons que nous réjouir de cette situation privilégiée, car, si vous ne l’avez pas encore observé, à Terre-de-Haut, nous sommes particulièrement aimés, gâtés, dorlotés par nos propriétaires. Des chiens-rois en quelque sorte. Et si on nous affuble d’un collier, ce n’est pas pour y fixer une laisse (le vilain mot), ou par snobisme, mais tout simplement pour arborer notre supériorité, je le dis sans arrogance. Pour marquer notre différence d’avec ces errants SDF, bourrés de puces, mamelles pendantes et squelettiques comme des clous – expression purement saintoise mais qui veut dire ce qu’elle veut dire ! Et aussi surtout pour qu’on nous confonde pas avec l’ordinaire canis vulgus, individu à la dérive, sans pedigree, sans papier, sans matricule, sans famille ni patrie ! Rappelez-vous le beau titre du livre de Gilbert Cesbron : « Chiens perdus sans collier »…

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De plus en plus nombreux, nos compagnons hommes ou femmes de Terre-de-Haut on les appelle à tort nos maîtres ou nos maîtresses nous trimballent partout, sauf peut-être, pour le moment, à la messe et aux enterrements. Il nous arrive néanmoins de les accompagner religieusement à l’église mais c’est seulement en solitaires, lorsqu’il n’y a pas d’office. C’est déjà un début. Et, quand ils ne nous serrent pas avec amour dans leurs bras, comme de fragiles bébés humains nouveau-nés en nous gratouillant la caboche entre les oreilles, ils nous laissent gambader, libres à leurs côtés, ou plus souvent devant eux, nous suivant péniblement à pied, à trottinette ou à vélo, au milieu de la foule et de la tourbillonnante circulation urbaine… Si bien qu’on dirait que ce n’est pas nous, mais eux les vrais toutous. Lorsqu’ils nous font monter enfin fièrement sur leur scooter, la truffe au vent, entre leur conjoint grimaçant et le petit dernier de la famille, il ne nous manque que le casque pour respecter le règlement, mais ça viendra.

Bien entendu nous sommes souvent invités au restaurant, privilégiant surtout ceux du littoral. Ou chez des amis du bord de mer. Ce qui nous permet de faire les 400 coups en nous ébattant comme des (chiens) fous sur la plage. À nous la belle vie (de chien) ! Se rouler sans complexe dans le sable et se jeter à l’eau vingt fois, et vingt fois revenir en soupe (encore une expression saintoise !) s’ébrouer hardiment contre les jambes des clients, quel ineffable bonheur ! C’est vrai, y en a qui sont pas contents et qui rouspètent mais nous, on comprend pas pourquoi. Par la chaleur qu’il fait, une bonne petite rincée rafraîchissante sous les tablées, ça devrait au contraire les enchanter et, au lieu de nous lancer des coups de pied rageurs et pousser des cris hargneux, ils devraient nous en remercier. Ce serait la moindre des choses, mais bon !…

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Ce qu’ils n’aiment pas non plus les bizarres humains, ce sont les trous que nous creusons à tout bout de champ dans le sable, à la recherche d’un crabe chevalier – pas errant celui-là. Et pour le trouver, il faut parfois fouiller avec ardeur très en profondeur. Ils prétendent, ces chers humains, que lorsqu’ils déambulent en amoureux sur la plage, les soirs sans lune, ils risquent de se tordre malencontreusement une cheville ou de se briser carrément les deux jambes en basculant paraît-il dans un de ces trous. Tu parles, et alors ? Une petite virée en hélico n’a jamais fait de mal à personne. Et surtout on peut en profiter pour contempler d’en haut sa modeste case du bord de mer ou sa somptueuse villa des mornes, flanquée de sa piscine olympique éblouissante.

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Autre chose : les gens n’aiment pas non plus qu’on fasse nos besoins sur le sable. On se demande bien pourquoi. Y a rien de plus naturel. Autrefois, c’était bien à la mer qu’ils balançaient à la volée le contenu odorant de leurs moyenâgeux seaux hygiéniques, les Saintois chatouilleux ! Hygiéniques, hygiéniques, c’est bien le mot. Et nos déjections à nous, le seraient-elles moins que les leurs à l’époque ? Sauf que les nôtres contiennent, disent-ils, de sympathiques vers microscopiques et autres intéressantes cochonneries qui polluent leur précieux sable et pénètrent leurs chairs lorsqu’ils s’étalent huilés comme des sardines entre deux canots pour faire bronzette à moitié nus. Et que nos parasites seraient dangereux pour leur petite nature. Peut-être. Mais pensent-ils aux médecins qui doivent, les pauvres, gagner eux aussi leur chienne de vie ? !..

https://www.santevet.com/articles/vers-du-chien-quels-risques-pour-l-homme

Sans compter que nous sommes, nous les cabots, beaucoup moins hypocrites que ces matous grassouillets qui font semblant de recouvrir de sable leurs immondes diarrhées, soi-disant parce qu’ils seraient plus civilisés que nous ! Parlons-en de civilité. Ces prétentieux ne daignent même pas bouger le moindre poil de leurs minables oreilles quand on les appelle gentiment par leur nom. Ce sont des mal élevés, oui, fourbes et serviles qui restent le plus souvent à faire le dos rond en ronronnant hypocritement contre les gambettes glabres de leur maîtresse, ou à pioncer, les feignasses, sur une table de cuisine ou dans un couffin miteux sentant la pisse et le ranci. Pour le coup, puisqu’on en parle, bonjour l’hygiène…

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Bon, c’est vrai, il nous arrive comme à tout un chacun de nous défendre lorsque nous sommes pris à partie. Ou lorsqu’on veut faire taire nos saluts amicaux à un congénère de passage, ou nos mélodieux appels à l’amour à l’approche d’une femelle les soirs de pleine lune ! Alors quoi, on n’a plus le droit d’interpeler une avenante demoiselle sous prétexte que ça dérange ces susceptibles messieurs-dames, allergiques à ce qu’ils nomment, offusqués, nos abominables jappements. Dans ce cas, nos canines, les bien nommées, ne sont pas faites pour la galerie, et un beau steak saignant de mollet vaut bien un filet grillé de vivaneau.
http://www-bo.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/faits-divers/le-pitbull-de-son-voisin-s-acharne-sur-elle-510644.php

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Bref, respectez-nous un peu, vous les humains malintentionnés. Vous faites semblant de nous complimenter lorsque nous sommes tranquilles comme des chiens de faïence, mais pour peu que nous donnions libre cours à notre vraie nature, vous nous promettez illico la noyade comme dans la fable, nous accusant jalousement de propager la rage. N’est pas Pasteur qui veut quand même !

Bien sûr, certains de nos congénères attardés se laissent encore mener par le bout du collier, comme si la révolution de 1700 et quelque n’avait pas eu lieu ni l’abolition des privilèges et autres servitudes ! Toujours tenus en laisse, ceux-là ne fréquentent guère les plages, sinon celles isolées où ils peuvent se dégourdir les papattes et se rouler dans le sable sans gêner qui que ce soit. Et leurs maîtresses sont aux petits soins pour leur c…, qu’elles collectent  méticuleusement avec pelle et sachet adéquats. On aura tout vu !

Nous, par contre,  heureusement, nos maîtres ou nos maîtresses, (il faut bien finir par appeler un chat un chat !) nous laissent faire ce qu’on veut. Car, au moins eux, ils sont compréhensifs, nous adorent en toutes circonstances et s’amusent de nos bêtises, c’est le cas de le dire… Sans se soucier de nos échappées clandestines, ni de nos mélodieuses mélopées à la lune, ni de nos ébrouements intempestifs, ni de nos crottes, molles à la Dali ou empilées comme des osselets chinois, ni de nos soi-disant mortels parasites intestinaux, ni enfin, et à plus forte raison, de nos innocents cratères dans le sable des plages qu’ils ont bien raison de ne pas s’abaisser à reboucher ! Eux au moins sont de vrais connaisseurs et amis incontestés de notre race inégalable. Et c’est pour cela que nous leur adressons un joyeux, sincère et enjoué ouaf-ouaf… ce qui signifie en notre langue, vous l’aurez deviné : merci et bravo  !

À bon aboyeur, salut…
Au nom de tous mes semblables,
votre fidèle et dévoué Médor !

PS : pour ne pas m’attirer d’ennuis de la part de mes ennemis, vous comprendrez que je n’ai pas mis mon vrai prénom,
Ouaf-ouaf !…

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PCC Raymond Joyeux

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J’ai lu pour vous la dernière publication de Patrick Péron

Les Éditions Nestor de Gourbeyre viennent de publier à point nommé un nouvel ouvrage de Patrick Péron, instituteur à la retraite et, selon sa propre expression, « mondialement  connu à Terre-de-Haut ». En plus de sa participation à diverses publications collectives entre 1990 et 99, cet auteur nous gratifie régulièrement à peu près à la même période, (l’approche de Noël et des cadeaux !), d’une publication littéraire que ses inconditionnels découvrent toujours avec la même jubilation.

ArcadiaCette année, l’ouvrage proposé, paru en ce mois d’octobre 2018, met en scène, sur fond d’intrigues à rebondissements, certaines composantes habilement choisies de la vie locale que les lecteurs saintois identifieront sans peine tant elles sont en tout point conformes à la réalité. Une réalité pas toujours à l’honneur de nos compatriotes, il faut bien le dire, mais qui existe, qui se perpétue depuis des générations, et que Patrick Péron se plaît à stigmatiser avec parfois un zeste d’ironie, exposant néanmoins les faits sans porter de jugement moral : ni approbation complice donc, ni condamnation péremptoire ou démagogique ! À chacun en conséquence de les apprécier à l’aune de ses propres valeurs, disons  pour être plus précis, de ses propres conception et pratique de la moralité tant individuelle que  publique.

Mourir pour Arcadia

Cet ouvrage a pour titre : Mourir pour Arcadia. Titre qui peut paraître énigmatique mais dont on comprendra rapidement la signification dès les premières pages du roman. Car c’est bien d’un roman qu’il s’agit ici, même si la trame se greffe pour la presque totalité du livre sur des événements réels, des situations, des comportements, des lieux et personnages à peine transposés, et pour la plupart pas du tout imaginaires. Événements   et personnages puisés le plus souvent dans le vivier social, passé et présent, de notre département la Guadeloupe et de notre petite île en particulier, Terre-de-Haut. Une île et sa population observées à la loupe, depuis près du demi-siècle que notre auteur s’est immergé dans le microcosme local, dont il fait désormais viscéralement partie, et dont à juste titre, que certains le veuillent ou non, il n’a plus à se revendiquer.

Une satire politico-financière réussie
qui tourne à l’intrigue policière

Un promoteur immobilier peu soucieux de morale

Après avoir rappelé, par la voix de son personnage principal, qu’au début des années 60 des actionnaires « avant-gardistes » avaient obtenu du département de la Guadeloupe un bail emphytéotique pour l’implantation sur l’Îlet à Cabris d’un ensemble hôtelier fait de « cubes de béton disgracieux », et qui, « bien quéquipé de A à Z n’accueillit jamais le premier client », l’auteur imagine que 60 ans plus tard, un promoteur immobilier du nom de Norman Régy, propriétaire d’un hôtel 5 étoiles, le Blue Lagoon à Saint-François, et d’une luxueuse villa à l’Anse Galet, aux Saintes, remet sur le tapis un projet identique autrement plus grandiose que le précédent.

À la tête de sa puissante société la NOREP, ce fringant septuagénaire à qui tout réussit, projette en effet de faire l’acquisition pure et simple de l’îlet afin d’ériger sur « ce caillou de 38 hectares » un « complexe touristique de haut standing et d’y attirer une clientèle friquée, américaine, russe ou chinoise peu importe, pourvu que nous lui donnions l’opportunité d’y dépenser son argent. » C’est en ces termes que Norman Régy présente à ses associés son projet qui s’appellera Arcadia, du nom d’une région du Péloponnèse dans la Grèce antique, synonyme en poésie, est-il précisé, de « pays idyllique ».

Un entourage trié sur le volet à la botte du président-promoteur

Bien entendu, pour mener à bien son fabuleux projet, Norman Régy ne s’entoure pas d’enfants de chœur. C’est une équipe déjà bien rodée dans la conduite de son entreprise immobilière qui va le seconder dans ce nouveau challenge. Un avocat, un banquier, un architecte, un communiquant lettré, un responsable de sécurité, un gestionnaire de casino probablement d’origine corse, un entrepreneur de BTP qui s’était déjà « pincé le nez et bouché les oreilles » lors de la réalisation du Blue Lagoon à Saint François et, plus étonnant, pour finir, comme une « cerise sur le tourment« le Secrétaire Général de la Préfecture en personne dont on imagine l’influence déterminante en cas de difficultés administratives… On n’est jamais trop prudent !

Avec des hommes de main plus ou moins anonymes agissant dans l’ombre, tout ce beau monde est grassement rétribué en espèces comme en nature, selon l’importance des services rendus, et place sa fortune aux Bahamas ou aux Îles Caïmans, qui ne sont pas, loin de là, que des paradis exotiques… À voir Patrick Péron évoluer comme un poisson dans l’eau au milieu d’authentiques requins, certains esprits malicieux pourraient s’interroger sur ses véritables activités !… Je les rassure, qu’ils me croient, il n’y a pas plus honnête homme que notre auteur, adepte de la bicyclette, du Canard enchaîné et des accras pays aux pisquettes délicieusement relevés d’un filet de vinaigre à piment…

Une association écologique farouchement opposée au projet

En parfait instituteur cultivé qu’il a été, en plus d’être honnête, Patrick Péron connaît bien évidemment la structure du conte. Or, si son récit n’en est pas véritablement un (encore que..), il utilise à sa façon les ingrédients de ce genre littéraire qu’il a autrefois enseigné à ses élèves. Dans le rôle du méchant supposé nous trouvons la NOREP, son impitoyable président Norman Régy et ses acolytes, décidés à acquérir contre vents et marées un patrimoine public, l’Îlet à Cabris, afin d’en faire une propriété privée et de l’aménager à leur guise pour un objectif final avoué : se faire du pognon, pour parler comme un certain  E. M., président, semble-t-il, de la République.

Dans le rôle de l’opposant, voici l’APIC (Association pour la Protection de l’Îlet à Cabris) dont le sigle n’est pas sans rappeler celui de l’ASPP (Association Saintoise de Protection du Patrimoine) dont P. Péron fut pendant longtemps le très actif président. À la tête de l’APIC, une énergique trentenaire saintoise, Tessa Morel, titulaire du baccalauréat, obtenu à une époque où « l’on ne distribuait pas [ce diplôme] comme des bonbons, » précise l’auteur. Conseillère municipale écolo, soutenue par le maire en place, Tessa Morel veut que cet îlet soit « accessible à tous et en permanence ; elle souhaite que les vestiges soient mis en valeur et que les plages soient régulièrement entretenues ; sur l’emplacement de l’ancien lazaret, elle imagine l’édification d’un espace muséal dédié à l’histoire remarquable du site où artisans et artistes disposeraient d’un atelier et d’une salle d’exposition permanente… Condamnant par ailleurs « tout projet immobilier fumeux destiné à enrichir les promoteurs qui utilisent la défiscalisation pour se remplir les poches au détriment des intérêts locaux et leurs méthodes pour se débarrasser des gêneurs… » On ne saurait être plus clair !

Un puzzle adroitement agencé

À partir de ces deux pôles antagonistes, – Norman Régy et son projet immobilier, Tessa Morel et son association écolo – , les pièces du puzzle se mettent en place, formant l’architecture complexe du roman jusqu’à son dénouement final. Lequel n’interviendra qu’après que, spécialement venu du Pays Basque, comme dans un précédent ouvrage du même Péron, le commissaire à la retraite Iñaki Cassin eut résolu une énigme policière qui semble directement liée à l’entourage et au projet de la NOREP.

Aidé de son collègue monté en grade, l’inénarrable gendarme local Marcel Chougnard, susceptible et ventripotent, outrageusement caricaturé par l’auteur, Iñaki Cassin va tenter en effet de mener à bien une enquête difficile impliquant deux morts suspectes et des pratiques peu recommandables de destruction de matériel de chantier, d’espionnage, d’écoutes illégales, de trafic de stupéfiants et de perversions sexuelles perpétrées sur des jeunes femmes préalablement droguées au GHB, la fameuse drogue du viol.

Le tout est de savoir si l’aboutissement de cette enquête conduira à la victoire de l’un ou de l’autre camp et si à la fin du roman les « bons » seront récompensés et les « méchants » punis, comme l’exige la finalité du conte, avec ou sans morale à la clé explicitement formulée. Notons au passage l’irrépressible admiration et l’extrême tendresse de Patrick Péron pour le langage, la tenue et les compétences de la maréchaussée ordinaire…

Un regard lucide sur la société saintoise

Comme il est dit plus haut, Patrick Péron, grand connaisseur des mœurs locales, profite de son livre pour stigmatiser certains de nos comportements individuels ou collectifs, en particuliers ceux liés :

– à l’oisiveté : « Aux Saintes, écrit-il, il est inconcevable de travailler bénévolement alors qu’une partie de la jeunesse est payée à ne rien faire. » P.15 – Ou encore, p.16 : » Jean traîne le plus souvent avec ses potes à l’ancien marché où, entre deux bières et un joint, il écoute à fond la caisse de la musique à la mode ou interpelle les filles qui se baladent. Il a le même œil pour ces demoiselles que le pélican pour les poissons imprudents. »

– à la politique : « Les Municipales de Terre-de-Haut : nous devons mettre un homme à nous à la tête de la municipalité, quelqu’un qui rendra nos terrains constructibles. »  Ce qui importe ce n’est pas de permettre l’élection d’un individu X à un poste Y, c’est d’évaluer ce ce que cela va nous rapporter. Voilà le seul critère objectif : qu’avons-nous à y gagner ? » P.108 – « La campagne (électorale) est une vraie foire où les idées n’ont pas cours. Ici, madame, monsieur, on ne vote pas pour une idéologie politique ; un point c’est tout ». P. 123 – « Ici on vote contre le parent, l’ami ou le voisin pour de sombres histoires de familles, de vieilles rancœurs et de solides jalousies, des problèmes de mitoyenneté, des retours de pêche mouvementés. » P. 144 – « Aux municipales, le secret du vote est un secret de polichinelle. Ici on ne prend qu’un bulletin et on ne passe pas par l’isoloir. Mieux, on le brandit, afin que nul ne doute. Honte à celle ou celui – ignoble « bécune » – qui s’avise de se planquer derrière le rideau ! P.145… etc.

– à la culture : « À la télé,  » la belle Angelina se dispute avec le beau Ricardo… » Cette telenovela sirupeuse et sans intérêt est suivie avec passion par une bonne partie de la population locale, hommes compris. » P.79 – « La culture peut-être mais pas trop, ni ici, ni maintenant. Le discours grandiloquent du maître lasse ; grossièretés et invectives fusent, accompagnées d’une volée d’œufs et de tomates sélectionnés pour leur état de fraîcheur. » P.128-129.

– à l’incivilité : En parlant du pillage des bâtiments de l’ancienne résidence hôtelière de l’blet à Cabris, Patrick Péron écrit  : « Tandis que les femmes lavaient leur linge avec l’eau de la citerne du Fort Joséphine, les hommes démontaient méthodiquement tout ce qui pouvait être transporté et chargeaient les canots de matelas, de rideaux, de lavabos. Même les carreaux de céramique furent enlevés un à un ! Aujourd’hui, il ne reste plus rien sinon la carcasse des bungalows. » P. 11-12.

On pourrait multiplier les exemples de ce genre sur d’autres sujets (les joyeusetés de la circulation entre autres) éparpillés dans l’ouvrage que je vous laisse le soin de découvrir. Précisons néanmoins qu’à plusieurs reprises, à côté de ces points négatifs, Patrick Péron fait l’éloge de la gastronomie locale, (il a un penchant particulier pour les accras de pisquettes arrosés de vinaigre à piment, nous l’avons dit), et de l’inimitable ti-punch saintois réputé pour la précision de son dosage et son irréprochable saveur. Entre travers collectifs et qualités individuelles, l’équilibre est ainsi (presque) respecté… Merci Patrick…

Fond, style et mise en pages

L’objectif de cette chronique n’est pas, empressons-nous de le dire, de donner des leçons à qui que ce soit. Nous avons aimé ce livre, sinon nous n’en parlerions pas. Et, bien que l’auteur le qualifie lui-même, à tort selon nous, de pochade, promettant d’être plus sérieux la prochaine fois, nous l’avons trouvé fort intéressant, réaliste et instructif, abordant un réel problème qui ne manquera pas de se poser un jour ou l’autre aux Saintes, tant nos précieux « cailloux » suscitent de convoitises. D’ailleurs beaucoup de ce qui est développé dans le livre s’est déjà bel et bien produit, aux dépens d’une population inconsciente peut-être des enjeux et qui mine souvent elle-même, soit dit en passant, volontairement ou par inertie, ses propres intérêts. Sur ce point et sous des abords parfois légers, Patrick Péron lance véritablement un sérieux cri d’alarme.

Un aspect cependant de la mise en pages nous chiffonne quelque peu : la disposition inhabituelle des différents épisodes. En ce qui nous concerne, nous aurions préféré que les chapitres soient mieux marqués, distincts les uns des autres selon le schéma classique traditionnel, et non constitués de longs paragraphes qui se suivent, souvent sans lien entre eux, séparés simplement par le signe §. Cette présentation, trop dense à nos yeux, ne facilite pas la lecture et nuit au souffle intérieur, à la respiration du texte et.. du lecteur. Mais c’est peut-être un parti-pris pour accentuer cette impression d’étouffement qui se dégage de l’ensemble du roman.

Quant au style, en plus de ponctuer son récit de références littéraires et de citations d’auteurs – (le fameux Bon appétit Messieurs de Victor Hugo dans Ruy Blas et autres morales volontairement tronquées de La Fontaine) -, il est clair que Patrick Péron est un fervent amateur de romans policiers, et pas seulement de gare. En particulier, selon nous, de Léo Malet, le père de Nestor Burma, (le détective de choc qui met le mystère KO), et surtout de Frédéric Dard, le bien nommé, génial créateur de San Antonio et de Bérurier, aux trouvailles souvent lestes mais jamais vulgaires. À vous, perspicaces lecteurs, de découvrir dans Arcadia les nombreux indices : jeux de mots foireux à dessein, homophonies approximatives, allusions salaces, faciles pléonasmes, et autres calembours, de la langue colorée, truculente et inventive de ces deux facétieux auteurs !

Un dernier conseil : sauf lorsqu’ils sont expressément nommés comme Eugène Samson, Chloé Déher, Christian Mas et 2 ou 3 autres – ou écrits en verlan comme Quintar – ne vous fatiguez pas le ciboulot à vouloir à tout prix trouver une correspondance improbable entre les personnages du livre et les personnes réelles « mondialement connues » aux Saintes. Ainsi, le « flagorneur et nécessiteux », poète « du terroir » Érick Trappon, aux discours culturels soporifiques, écoulant dans la rue à 10 € ses « écrits vains », mal édité à compte d’auteur sur Internet, et vivant de l’aide publique, n’a rien à voir, par exemple, avec Patrick Péron, talentueux poète lui aussi à ses heures, et dument pensionné de la fonction publique… Tenez-vous le pour dit !

Bonne lecture à tous et franc succès à ce nouveau roman et à son auteur.

L’Îlet à Cabris, objet de toutes les convoitises

Je rappelle les références de l’ouvrage : Mourir pour Arcadia – Patrick Péron – Éditions Nestor – Octobre 2018 – Illustration de couverture Christian Mas, photographe –  20 € en librairie et chez l’auteur à Terre-de-Haut.

Raymond Joyeux

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Portrait d’artistes avec UKA (United Karibean Artists ) – France-Antilles du 15 octobre 2018

Alain Joyeux : « L’art, une voie spirituelle »

Peintre tout en couleur, Alain Joyeux est installé chez sa grand-mère, aux Saintes. En plein coeur du centre-ville, il expose ses oeuvres et propose ses talents de professeur à tout ceux qui ont la chance de se promener dans la superbe île de Terre-de-Haut.

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Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Artiste saintois, je suis issu d’une double culture : caribéenne et européenne. Ma petite enfance dans notre archipel marque à jamais mon lien profond avec nos îles. Diplômé à l’école supérieure des Beaux-Arts de Lyon, professeur d’arts plastiques à Pointe-à-Pitre et à Terre-de-Bas dans les années 90, puis jardinier bio sur les hauteurs de Capesterre-Belle-Eau, j’ai enseigné par la suite dans les écoles Waldorf/ Steiner en France et me suis également formé en Art thérapie. De retour dans mon archipel chéri, les Saintes, depuis août 2017, je crée et expose à Terre-de-Haut, chez « Man’Titine » . J’y propose des ateliers, des cours de dessin et de peinture pour tous. J’organise également en Guadeloupe des journées d’initiation à l’art thérapie qui se déroulent à Bouillante chaque mois.

Quelles sont vos techniques de travail ?

Véritablement « gourmand de couleurs » , Je suis un touche-à-tout concernant les techniques picturales, considérant que chaque outil et support, séparés ou combinés, apporte son originalité quant à la qualité d’expression, aux sujets traités, aux ambiances…

Dans mes créations, je privilégie l’acrylique, sur toile ou sur bois, petit ou grand format, tout autant que l’aquarelle que j’utilise le plus souvent sur papier mouillé. Je décline ses transparences jusqu’à saturation de la couleur, ce qui diffère de l’usage habituel de ce médium. Cette technique, découverte et approfondie à l’Atelier Hauschka lors de ma formation en art thérapie, donne à mes créations une dimension visuelle originale, très puissante en terme d’impression rétinienne.

L’aquarelle ainsi utilisée invite au voyage onirique : la couleur est un véhicule du rêve, véhicule de l’oeuvre, l’image qui apparaît s’invite le plus souvent sans projet de départ.

Mes créations à l’acrylique, figuratives ou abstraites, sont plus « jaillissantes » : j’aime aussi le côté brut de tube et flashy que permet cette technique. Les couleurs de nos archipels m’invitent à ce festival « bariolé » ! Il y a sans doute quelque chose de l’enfance retrouvée dans cette extravagance de couleurs .

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

L’art qui m’inspire prend aussi ses sources dans la multiplicité des cultures du monde. Sensible depuis toujours à sa dimension sacrée, l’art est aussi pour moi une voie spirituelle. Qu’ils soient d’occident, d’orient, d’Océanie, d’Amériques, d’Afrique, d’inspiration chamaniques , toutes ces expressions tiennent une place importante dans mon « réseau d’influences » pour ma propre exploration, notamment l’art inspiré du Taoisme.

Chez les Classiques, les modernes et les contemporains, je peux aussi citer, comme sources d’inspiration quelques noms, mais ils sont si nombreux ! William Turner, David G. Friedrich, Paul Gauguin, Claude Monet, Marc Chagall, Mark Rothko, Gerhardt Richter, Fabienne Verdier, etc. Les artistes m’inspirent ! Une belle exposition ou un livre d’art me donnent tout de suite envie de peindre !

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Pop-Boat Acrylique sur bois – 122 x 70 Cm 2018

Qu’est-ce qu’être un artiste caribéen aujourd’hui ?

La Caraïbe est un melting-pot. Cette région nous donne le privilège d’être des cosmopolites. Choc de l’histoire et des civilisations et de leur multi-influences. Nous avons en plus la chance de vivre sous un climat où l’on peut rencontrer au quotidien la force des éléments, marcher pieds nus, nager, éprouver l’impact du soleil, flamboyances, lumières incroyables, douceurs et violences tout à la fois : des forêts au coeur de l’océan, le feu du ciel et les magmas souterrain, la caresse et la puissance du vent, la beauté des êtres humains nourris de tout cela avec toute leurs histoires où proximités étonnantes et différences profondes s’entremêlent , hospitalités souriantes, luttes et combats. Nous sommes pétris de cette intensité et de cette beauté. Être en contact, en relation avec tout cela, voici la nourriture de l’artiste caribéen. « Vivre et laisser Vivre »

Cet article a été publié par le quotidien France-Antilles Guadeloupe du lundi 15 octobre 2018 que nous remercions vivement pour ce partage.

PS : Pour plus d’infos sur Alain Joyeux, vous rendre sur le lien :

Alain Joyeux ou l’inspiration tropcale

 

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Terre-de-Haut : bruyante boîte de nuit à ciel ouvert !

De la musique avant toute chose…

Il n’y a pas si longtemps la gendarmerie de Terre-de-Haut intervenait en plein jour pour faire cesser un « concert » inopiné de Gwo ka, habituellement très apprécié, mais qui, ce jour-là, sans discontinuer dès le matin, faisait résonner ses cuirs dans le quartier populaire du « petit marché couvert », bik habituel de jeunes (et moins jeunes) Saintois très sympathiques, discutant sans doute du sens de la vie, de la marche du monde, des derniers coups de senne et de la ligue des champions, sous le feuillage euphorisant des calpatas en fleur…

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Tambours GWO KA – Photo atout-guadeloupe.com

Entre plaisir et agression sonore

Qu’il n’y ait aux Saintes aucune structure adéquate, isolée si possible des habitations, ou insonorisée a minima pour permettre la pratique de tel ou tel type de « musique », on comprend facilement que les amateurs de « son » porté à son plus haut degré de puissance, investissent en plein bourg le peu d’espace qu’ils trouvent pour s’adonner à leur irrépressible passion. Et ce, au grand dam du voisinage, condamné à supporter toute une journée et souvent tard le soir, ce qu’il considère comme une agression sonore propice à l’énervement, aux migraines, à l’insomnie et autres maux indésirables…

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Le petit marché au petit matin, sans ses habituels occupants 

Rien de plus normal qu’en période de fête les manifestations sonores en tous genres envahissent rues et podiums, comme partout ailleurs, pour la satisfaction d’une grande partie de la population. Même si, en ces rares occasions, les débordements, généralement passagers, occasionnent pour certains une gêne non négligeable, surtout lorsque les sonos mal réglées hurlent jusqu’au matin leurs insupportables vociférations et autres rythmes assourdissants.

La nouvelle mode des anniversaires musicaux

Mais le plus inquiétant c’est que Terre-de-Haut semble devenir de plus en plus le lieu de prédilection de « concerts » publics organisés à ciel ouvert – toujours au même endroit – à l’occasion d’anniversaires de DJ en vogue, et qui font venir, pour les accompagner, de puissants hors-bord chargés d’invités et de membres de leur fan club, aussi bruyants que leur « musicale » orgie d’anniversaire… Et qui prennent la relève au petit jour en mettant à fond leur sono embarquée, empêchant ceux qui avaient mal dormi du fait des basses mal réglées, ayant fait vibrer toute la nuit vitres et fenêtres, de se reposer d’une mauvaise nuit particulièrement cauchemardesque et stressante…

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Sans compter que les riverains sont quittes pour se débarrasser le lendemain des inévitables canettes, bouteilles vides ou à moitié pleines, mégots, timbales en plastique et autres déchets innommables éparpillés au cours de la nuit aux abords de leurs habitations… Et pour supporter les relents persistants d’urine, pour ne pas dire plus, aimablement offerts en prime par les fêtards en goguette. Il faut savoir en effet que la commune, pourtant labellisée touristique, ne dispose en tout et pour tout que d’une seule et unique Toilette publique bizarrement fermée dès 16 heures, en semaine comme le week-end, alors qu’elle est située à proximité immédiate des lieux habituels de ces manifestations incongrues !

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S’il n’est pas interdit de s’amuser, même à outrance, mais en respectant la loi, la question se pose néanmoins pour ce genre de manifestations utilisant l’espace public (rue et place du marché en l’occurrence), de savoir si les autorités municipales sont dûment informées à l’avance de leur tenue et si toutes les autorisations sont accordées. Dans les limites légales, bien entendu, pour éviter toute surprise juridique en cas d’accident et surtout pour s’assurer que ces manifestations musicales à haute intensité sonore et leurs inévitables retombées sanitaires incommodent le moins possible la population. En particulier les habitants du voisinage immédiat, cible régulière impuissante, et victimes malgré eux de nuisances à répétition.

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Le petit marché et ses pensionnaires vu du côté mer

De la musique avant toute chose, écrivait Verlaine, sans rien qui pèse ou qui pose. En un mot de la musique qui élève et apaise, non celle qui agresse et incommode… Comme ce fut le cas pour la manifestation de ce samedi 6 octobre à Terre-de-Haut, notre si paisible commune, en passe de devenir certains soirs une bruyante et insupportable boîte de nuit à ciel ouvert.

Raymond Joyeux

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Une brochure scolaire exhumée des archives : Terre-de-Haut hier aujourd’hui demain

Année scolaire 1972/73

Cette année-là, le collège de Terre-de-Haut n’a pas encore 10 ans puisque la première sixième a vu le jour en 1966. (Bernard Tarquin, ex prof des écoles et directeur de Primaire, fait partie des tout premiers élèves !). L’ établissement, sans patronyme à l’époque, est d’abord  municipal et reçoit des élèves de Terre-de-Bas, logés chez l’habitant. Ses locaux sont vétustes : ceux de l’ancienne caserne du Mouillage transformés tant bien que mal en salles de classe aménagées et régulièrement repeintes par les élèves eux-mêmes. Les enseignants de Guadeloupe rechignant à y être affectés, le vice-rectorat fait appel à des professeurs volontaires, le plus souvent des Saintois vivant sur place ou VAT, venus de métropole. Les anciens élèves se souviendront sans doute, parmi d’autres, de Claude REVEST, originaire de Solliès-Pont dans le Var, professeur de mathématiques et de sciences, de Jocelyn BONBON, professeur d’histoire-géo, puis d’anglais, de Christophe QUESTEL, professeur d’anglais, qui prendra la direction en 1974, de M. CÉTOUT, professeur d’espagnol, d’Irénée MOLINIÉ, chargé de la classe de transition, de Raymond JOYEUX, professeur de français, chargé de la direction de 1971 à 1974… Pour compléter leurs horaires, tous acceptent d’enseigner d’autres matières que la leur : musique, dessin, travaux manuels, et même éducation physique et sportive…

De Jean Calot à Archipel des Saintes

Sans vouloir refaire l’historique de cet établissement dont les grandes lignes ont été tracées dans une précédente chronique, (voir lien ci-dessous), il faut rappeler qu’en 1971, l’effectif est de 120 élèves, soit une moyenne de près de 25 par classe en comptant celle de transition. Que le directeur, (le terme de principal n’était pas encore à la mode), ne dispose ni de secrétariat, ni de surveillants, ni de décharge de cours. Tout est à faire par soi-même. Tout est à créer : équipement en matériel pédagogique, (projecteur diapos, microscopes, cartes murales, accessoires de sport…) ;  bibliothèque, association de parents d’élèves, service d’orientation, organisation des examens, en particulier celle du Brevet des Collèges dont les épreuves ont lieu en Guadeloupe jusqu’en 1971… Seule une femme de ménage, Mme Irène JOYEUX, est à la disposition de l’établissement, à la charge de la commune… Puis au fil des années, le collège devient départemental et est baptisé Jean Calot pour devenir par la suite Archipel des Saintes, éclaté en deux ensembles sur les deux communes.

Quel avenir pour le collège des Saintes ?

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Collège Jean Calo  des années 1970 – Photo Raymond Joyeux

Des élèves impliqués et motivés

C’est dans ce contexte quasi-familial, que les élèves de quatrième, sous la conduite de votre serviteur, ont réalisé  en 1972, cette brochure originale que je propose aujourd’hui à votre lecture. Ces élèves devenus adultes se reconnaîtront aisément. Il s’agit de :

– Rosan CASSIN
– Lola DÉHER
– Dario JACQUES
– Franck JACQUES
– Nadine CASSIN
– Jocelyne THOMAS
– Nadine CASSIN
– Rosita JOYEUX
– Guylaine DÉHER
– Max DORRIFOURT
– Willy NESTOR
– Claudie CASSIN
– Rose-Marie SAMSON

La couverture et la mise en pages ont été réalisées par Willy NESTOR. Ce n’est donc pas un hasard si Willy est aujourd’hui un Éditeur de renom dont l’entreprise, implantée à Gourbeyre,  porte le nom : Les Éditions NESTOR que vous pouvez visiter sur le lien suivant :  Éditions Nestor

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Nul doute que les collégiens saintois d’aujourd’hui, amoureux de leur archipel, et sans doute aussi motivés et imaginatifs que leur prédécesseurs, apprécieront ce travail de leurs aînés pour lequel ils se sont investis dans des recherches historiques, sociologiques, statistiques…, même si leurs prévisions (en matière d’évolution de la population par exemple) ne se sont pas toujours avérées justes…

N.B. Pour lire les textes convenablement : si vous ne pouvez pas les agrandir directement sur l’image, arrêtez le diaporama, cliquez sur l’image,  transférez-la sur le bureau de votre ordinateur et agrandissez-la à votre convenance.

Bonne lecture à tous et merci à ces anciens élèves de nous plonger par leurs écrits dans cette sympathique ambiance scolaire de l’année 1972, soit 46 ans en arrière !…

Raymond Joyeux 

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Le bien-être par la peinture

Un stage d’initiation à la couleur proposé et animé
par Alain Joyeux

40778406_926735727512789_3158285406336712704_nArt-thérapeute, photographe, coloriste reconnu et apprécié, Alain JOYEUX est en résidence actuellement à Terre-de-Haut, aux Saintes. En plus d’une exposition permanente qu’il anime à l’ancienne maison de sa grand-mère, Man Titine, non loin de la poissonnerie, il reçoit un petit nombre de jeunes et d’ adultes de la commune auxquels il transmet cet art délicat et subtil des couleurs et du dessin. Pour la plus grande satisfaction manuelle et mentale de ses « élèves » qui ont eu la très agréable surprise de voir exposer leurs œuvres, voilà quelques semaines en l’atelier du peintre.

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Des élèves d’Alain Joyeux admirant leurs productions

Avoir part à la beauté

« Nous ne sommes pas tous artistes ; dit François Cheng *, mais tous nous avons part à la beauté. » Je pense, quant à moi, que, davantage que de vouloir en faire des artistes au sens habituel du terme, c’est cette part de beauté présente en chacun de nous qu’Alain Joyeux cherche à révéler à ses élèves en les initiant – en leur permettant surtout de s’adonner librement mais aussi par ses conseils – aux jeux et à la combinaison des couleurs et des formes dans la quête de la beauté et des émotions qu’elle procure. « En effet, dit encore François Cheng, la beauté a le don de provoquer en nous les ressentis les plus forts et les plus immédiats, des ressentis aussi bien charnels qu’émotionnels. Imprégné des sensations nées de ces ressentis, notre être se sent attiré par la présence de cette beauté et d’instinct va vers elle. » Et pour rester dans le registre des citations, c’est Christian Bobin qui écrit dans son livre La Présence pure (Éditions Poésie/Gallimard – 2016 ) : «  Le rouge des pavots monte à mon cœur comme une flamme ». 

* François Cheng : Œil ouvert et cœur battant  – Éditions Desclée de Brouwer – Paris 2011

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La flamme de la découverte et de l’émerveillement

C’est pour animer ou réanimer cette flamme en nous de la couleur et de la beauté qu’Alain Joyeux  nous propose ce stage qu’il animera en Guadeloupe continentale le samedi 29 septembre 2018 selon les modalités suivantes :

29 SEPT 2018 ART THERAPIE BOIS DE ROSE COULEUR OUVERTURE

Pour tous renseignements complémentaires concernant ce stage, s’adresser à Alain Joyeux, visible tous les jours aux heures d’ouverture chez Man Titine ou par téléphone
au 0690 40 49 45
ou 0590 92 87 84

Les photographies et tableaux sont de Alain Joyeux

Mercredi 19 septembre 2018 – Raymond Joyeux – Chronique à partager librement.

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Terre-de-Haut : le discret départ d’un juste

 Chers lecteurs, 

Alors que je m’apprêtais à mettre en ligne le témoignage ci-dessous consacré à Éric Bourguit, brusquement décédé le 4 septembre dernier, notre ami Claude Décator nous faussait compagnie, m’obligeant à différer ma publication pour suivre au plus près cette triste actualité. L’annonce et le passage avorté du cyclone Isaac a de plus perturbé la programmation des chroniques du blog. Aussi vous demanderais-je de bien vouloir excuser ce décalage indépendant de ma volonté. J’ai par ailleurs évoqué une triste actualité touchant ces derniers mois la communauté saintoise de Terre-de-Haut. En effet, et tout le monde en parle aux Saintes, pas moins de 17 membres de notre petite collectivité nous ont quittés depuis le début de cette années 2018, sans compter deux personnes étrangères à la commune qui ont été retrouvées noyées cet été, l’une à l’îlet à cabris, l’autre à Pompierre. Un pourcentage de décès inhabituel, et inquiétant selon certains, qui n’hésitent pas à parler sinon de malédiction, du moins d’étrangeté…

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Une communauté unie dans le recueillement

Ce samedi 8 septembre 2018, la population de Terre-de-Haut, en communion avec la famille, accompagnait en sa dernière demeure Éric BOURGUIT, responsable depuis peu des services techniques municipaux, subitement et prématurément décédé quelques jours auparavant à l’âge de 57 ans. Dans l’église paroissiale trop petite pour la circonstance, la ferveur et le recueillement étaient de mise au cours d’une cérémonie des plus sobres, à l’image du disparu, ponctuée seulement des chants prenants de la chorale, de l’homélie de M. le Curé et de deux témoignages d’une exceptionnelle teneur…

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Celui de son fils Tony d’abord *, sublime poème d’amour et de respect à l’adresse de son père dont il rappelle avec beaucoup d’émotion contenue, les qualités et les vertus, sans jamais tomber ni dans la résignation ni dans le mélo. Celui du maire ensuite, M. Louly Bonbon, sur un texte d’Olivier Déher, qui a rendu un hommage appuyé aux 25 années d’engagement d’Éric au service de la collectivité, associant la communauté saintoise en son ensemble à la douleur et au deuil de la famille. Ce sont ces deux témoignages empreints de dignité que je vous propose aujourd’hui de lire et de méditer, en remerciant leurs auteurs de me les avoir aimablement transmis. Puissent-ils permettre à chacun d’entre nous de mieux connaître, par-delà l’absence, notre ami Éric Bourguit toujours égal à lui-même et dont la discrétion souriante le disputait au désintéressement et à l’aptitude à rendre service en toutes circonstances. À l’occasion de cette chronique, nos pensées vont à son épouse Marie-Chantal, à ses enfants et à ses proches à qui nous souhaitons courage et sérénité dans l’épreuve qui les frappe aujourd’hui.

*Tony Bourguit

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Témoignage de Tony Bourguit

Mon père n’aime pas trop les grands discours
n’est pas du genre à se répandre.

C’est un taiseux
Il est comme une statue, une stèle.

Puissant mais inerte
Eloquent et silencieux
Robuste mais sensible
Parti mais bien présent

Oui, mon père se raconte en paradoxes.
Comme les légendes
comme les héros

Mon père se raconte au présent.
Il ne se raconte pas sur le ton du manque
que son absence provoque.
Il ne se raconte pas sur le ton du vide
qui le remplace.

Il se raconte sur le ton d’une éternité.
Et c’est bien pour cela que je parle de lui au présent.

Nous ne pleurons pas les personnes disparues.
Nous pleurons notre brutale incapacité à les voir,
à les toucher à les sentir.

Nous pleurons la privation de nos sens.

Mais nous gagnons le droit de les ressentir.
Nous gagnons la responsabilité de les faire vivre.
En se remémorant.
En parlant d’eux.
En les aimant à la mesure de notre chagrin.

Puisque l’on pleure tous à la naissance,
il est normal que l’on pleure tous quand la mort arrive.
Si la naissance est le fruit de l’amour, je ne vois pas pourquoi cela serait différent après cette vie.

Papa.
Tu vas nous manquer.
Et nous t’aimons.

Nous essaierons d’être le moins triste possible même si c’est dur.
Et nous réussirons.

Nous essaierons d’être le plus digne possible même si c’est dur.
Et nous réussirons.

Mais nous ne t’oublierons jamais car ça c’est impossible.
Et la difficulté n’est rien face à l’impossible.

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Hommage du conseiller municipal Olivier Déher
lu par le maire Louly Bonbon

« Nul homme qui aime son pays ne peut l’aider à progresser s’il ose négliger le moindre de ses compatriotes. »  disait Ghandi.

Cette citation, Eric, tu n’en fis pas simplement le cœur de ton engagement ce jour d’avril 1994 où tu te mis au service de la collectivité. Tu l’as incarnée. Tu lui as offert ton visage, ta voix, ton sourire, tes vertus, ta personnalité toute entière qu’aucun de ceux ici présent pour te rendre hommage, ton épouse, tes enfants, ta famille, tes amis, tes collègues mais aussi chaque habitant de notre commune pour qui tu as consacré tant d’années de dévouement à te lever aux aurores, ne pourra oublier.

Tu étais attaché aux valeurs du travail, la clef de la réussite. Tu croyais en ses fruits, aux lendemains qu’il promettait et au progrès qu’il amenait. Tu apportais une qualité toute particulière à l’accomplissement des tâches avec rigueur et abnégation.

Exemplarité, excellence, sens du devoir, courage, bonté, don de soi au service des autres et honnêteté, tu en faisais un honneur et y mettais toute ta motivation, au point d’être devenu une personnalité charismatique de la vie saintoise en toute humilité et discrétion.

Investi et volontaire, tout le monde t’accordait son entière confiance et tu ne manquais pas une seule fois de l’honorer.

C’est en vertu de ces qualités que tu avais été en juillet dernier nommé au poste de responsable des services techniques. Une promotion à laquelle tu t’étais vite familiarisé mais où hélas tu n’auras pas eu le temps de t’épanouir.

Tu aimais tes concitoyens. Tu les aimais parce que profondément tu les respectais.

Aujourd’hui il nous est difficile de réaliser que tu nous as laissé. Avec ta disparition, Terre-de-Haut, ton île d’adoption ne perd pas seulement un agent public, elle perd l’un de ses fils.

A ta femme Marie-Chantal, à tes enfants, Tony, Mélissa et Jean- Samuel qui te pleurent, je veux dire la peine et la tristesse de tous ceux qui t’ont aimé.

Leur douleur est la nôtre.

Qu’il me soit permis de leur exprimer toute ma compassion et mon amitié.

Alors laisse-moi te dire, Eric, une dernière fois, devant ton cercueil recouvert, ces quelques mots au nom de tous.

Tu vas nous manquer.
Tu manqueras à chacun d’entre nous.

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.À Dieu, Éric. La population de Terre-de-Haut qui t’a accompagné à l’église et au cimetière en cette matinée ensoleillée du samedi 8 septembre se souviendra longtemps de ta serviabilité et de ta discrétion.
Repose en paix, et que la force soit avec ta famille et tes proches à qui nous adressons nos plus sincères condoléances et notre entière sympathie.

La photo  de présentation m’a été aimablement communiquée par son fils Tony que je remercie vivement

R.J.

PS. À l’heure où nous publions cette chronique, lundi 17 septembre, nous apprenons le décès de Madame Hermence Maisonneuve née Pineau, 86 ans.
À sa famille dans la peine nous présentons nos plus sincères condoléances..

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Terre-de-Haut : Claude Décator nous a quittés…

Professeur, concertiste et musicien hors pair

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C’est avec une très grande émotion et une profonde tristesse que nous avons appris, ce jeudi 13 septembre, le décès de notre ami Claude DÉCATOR, professeur de musique et d’arts plastiques au collège des Saintes. Fonctions qu’il a exercées avec bonheur pendant plus de 40 ans, jusqu’à son hospitalisation voilà un an et demi, à la suite d’une terrible maladie qui s’est avérée incurable, en dépit des soins prodigués aussi bien en métropole qu’en Guadeloupe.

Dans sa 61ème année, à la veille de prendre sa retraite d’enseignant, notre ami Claude s’en est allé silencieusement, entouré des siens, empêché ces dernières semaines de s’exprimer aussi bien par la voix que par la musique, lui qui aimait tant discuter et qui faisait corps avec sa guitare au point de ne jamais s’en éloigner. Ses funérailles auront lieu le samedi 15 septembre à 10 heures en l’église de Terre-de-Haut. Un bateau est prévu à Trois-Rivières ce même jour à 8 heures précises pour un retour après la cérémonie.

À son épouse Yolaine, à sa fille Rachel, à sa famille et à ses proches nous adressons nos plus vives condoléances.

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Pour rendre hommage à Claude, je vous propose la chronique d’un des derniers concerts qu’il a donné aux Saintes au restaurant 1 Ti bo Doudou en janvier 2017 en compagnie de son ami guitariste Jérôme Pigeard.

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Chronique du 24 janvier 2017

Ambiance festive au Ti BO DOUDOU avec Claude Décator

Jamais à court de bonnes idées, Georges Garçon, le patron du restaurant 1 Ti Bo Doudou à Terre-de-Haut, a régalé ses fervents convives de cinq mini festivals de guitare et de chants particulièrement appréciés en ces jours d’exceptionnel beau temps sur les Saintes, dans la semaine du 16 au 21 janvier 2017. Certes l’expérience n’est pas nouvelle puisque par le passé d’autres restaurateurs avaient déjà expérimenté le concept. Mais le fait est suffisamment rare chez nous pour mériter d’être signalé. Ce qui différencie cependant Georges Garçon de ses confrères c’est que son restaurant, implanté – non sans mal, on le sait –  directement sur la plage, offre un plus d’importance : la mer à deux pas, les pieds dans le sable, la rade illuminée de pavois nautiques, le paysage unique de la baie et le flamboyant décor des couchers de soleil à vous couper le souffle.

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Côté musique, le régal fut assuré par deux professionnels d’immense talent : à la basse, notre célèbre compatriote Claude Décator, concertiste et professeur de musique au collège Archipel des Saintes ; à la guitare et au chant, Jérôme Pigeard, venu spécialement d’Aix en Provence, amoureux depuis toujours parmi d’autres de Chopin et de Wess Montgomery, et mariant pour notre plaisir jazz, rythm’n’blues et musique brésilienne. Que du bonheur !

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Un menu abordable mais de circonstance

Bien entendu, menu, vins, décor et présentation étaient comme jamais à la hauteur de l’événement. Et si le Ti Bo Doudou pour ses prestations habituelles flirte déjà avec le haut du pavé en matière de raffinement gastronomique, son chef n’a pas hésité à cette occasion à se surpasser en mettant comme on dit les p’tits plats dans les grands pour satisfaire une assistance littéralement comblée, autant par l’ambiance musicale et festive que par la variété et la saveur des mets. C’est peu de dire que les nombreux et heureux commensaux qui ont eu la chance de trouver une place libre durant ces cinq jours privilégiés au Ti Bo Doudou ont quitté a regret le sable du Fond Curé et n’ont eu qu’une envie : celle de revenir bénéficier à nouveau de cette belle initiative.

Un petit retour en arrière : l’aventure du COFS

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Le COFS – Créé par Claude Décator

Puisque nous parlons musique, c’est l’occasion ou jamais de rappeler que notre ami Claude Décator avait pris l’initiative de créer à Terre-de-Haut en juillet 2002 une Association dénommée le COFS (Comité d’Organisation du Festival des Saintes).

Dans l’esprit de ses animateurs, cette Association visait un triple objectif :

  • promouvoir la culture en donnant une priorité aux musiques métisses
  • répondre à une attente du public d’accéder à la culture musicale, théâtrale et picturale
  • dynamiser par le biais d’un festival annuel de musique instrumentale et vocale le potentiel touristique de la commune.

Après moins d’une année d’existence, le COFS avait pu organiser cinq concerts en plein air, généralement le premier samedi de chaque mois, de 21 heures à 23 heures. Les établissements hôteliers de l’île sollicités avaient accepté d’être les partenaires de l’Association et de mettre gracieusement à sa disposition leur cadre naturel pour accueillir un public enthousiaste toujours plus nombreux. Comme en a témoigné la presse locale de l’époque, chacun des concerts organisés a eu sa part de succès, tant par la nouveauté de ce type de manifestation que par l’originalité et la qualité des prestations proposées…

Une existence éphémère

Malheureusement, et il fallait s’y attendre, ce succès populaire et musical n’a pas eu l’heur de plaire à tout le monde. Et c’est en butte aux innombrables autant qu’inexplicables tracasseries administratives et politiciennes, que les responsables de l’association ont dû se résoudre à mettre la clé sous la porte et à ajourner, faute d’autorisation officielle, le festival final prévu en août 2003. Comme quoi la musique, loin d’adoucir les mœurs de certains, exaspère les rancœurs, mettant en évidence un manque consternant de tolérance, de culture et de convivialité… Souhaitons que l’expérience musicale du restaurant 1 Ti Bo Doudou de ce mois de janvier 2017 fasse néanmoins des émules, et que le plus souvent possible aux Saintes, habitants et visiteurs profitent de ce type d’initiative éminemment positive et… tant pis pour les esprits grincheux et chagrins qui, dénués de sensibilité, la rejettent ou la condamnent.

Nous disons, quant à nous, au nom de tous les satisfaits, un grand merci à Georges Garçon et à son personnel du Ti Bo Doudou ; un grand bravo aux deux musiciens talentueux que sont Claude Décator et Jérôme Pigeard qui nous ont régalés pendant 5 jours de musique instrumentale et vocale d’une qualité exceptionnelle.

Raymond Joyeux
PS. La photo de présentation nous a été communiquée par la famille de Claude Décator

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