Enfants de septembre

Pour les amoureux de la poésie (et les autres), je  propose, en ce début septembre, ce très beau poème de Patrice De La Tour du Pin, tiré de l’anthologie Mon beau navire ô ma mémoire : Un siècle de poésie française chez Gallimard 1911-2011.  J’espère qu’il vous plaira et j’attends vos réactions. Régulièrement, je mettrai en ligne, simplement pour le plaisir et l’émotion, des poèmes d’autres auteurs.

R. Joyeux.

Les bois étaient tout recouverts de brumes basses
Déserts, gonflés de pluie et silencieux ;
Longtemps avait soufflé ce vent du Nord où passent
Les Enfants Sauvages, fuyant vers d’autres cieux,
Par grands voiliers, le soir, et très haut dans l’espace

oiseaux

J’avais senti siffler leurs ailes dans la nuit,
Lorsqu’ils avaient baissé pour chercher les ravines
Où tout le jour, peut-être, ils resteront enfouis ;
Et cet appel inconsolé de sauvagine
Triste, sur les marais que les oiseaux ont fuis.

Après avoir surpris le dégel de ma chambre,
A l’aube, je gagnai la lisière des bois ;
Par une bonne lune de brouillard et d’ambre
Je relevai la trace, incertaine parfois,
Sur le bord du layon, d’un enfant de Septembre.

Le pas étaient légers et tendres, mais brouillés,
Ils se croisaient d’abord au milieu des ornières
Où dans l’ombre, tranquille, il avait essayé
De boire, pour reprendre ses jeux solitaires
Très tard, après le long crépuscule mouillé.

Et puis, ils se perdaient plus loin parmi les hêtres
Où son pied ne marquait qu’à peine sur le sol ;
Je me suis dit : il va s’en retourner peut-être
A l’aube, pour chercher ses compagnons de vol,
En tremblant de la peur qu’ils aient pu disparaître.

Il va certainement venir dans ces parages
A la demi-clarté qui monte à l’orient,
Avec les grandes bandes d’oiseaux de passage,
Et les cerfs inquiets qui cherchent dans le vent
L’heure d’abandonner le calme des gagnages.

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Le jour glacial s’était levé sur les marais ;
Je restais accroupi dans l’attente illusoire,
Regardant défiler la faune qui rentrait
Dans l’ombre, les chevreuils peureux qui venaient boire
Et les corbeaux criards, aux cimes des forêts.

Et je me dis : je suis un enfant de Septembre,
Moi-même, par le cœur, la fièvre et l’esprit,
Et la brûlante volupté de tous mes membres,
Et le désir que j’ai de courir dans la nuit
Sauvage, ayant quitté l’étouffement des chambres.

Il va certainement me traiter comme un frère,
Peut-être me donner un nom parmi les siens ;
Mes yeux le combleraient d’amicales lumières
S’il ne prenait pas peur, en me voyant soudain
Les bras ouverts, courir vers lui dans la clairière.

Farouche, il s’enfuira comme un oiseau blessé,
Je le suivrai jusqu’à ce qu’il demande grâce,
Jusqu’à ce qu’il s’arrête en plein ciel, épuisé,
Traqué jusqu’à la mort, vaincu, les ailes basses,
Et les yeux résignés à mourir, abaissés.

Alors, je le prendrai dans mes bras, endormi,
Je le caresserai sur la pente des ailes,
Et je ramènerai son petit corps, parmi
Les roseaux, rêvant à des choses irréelles,
Réchauffé tout le temps par mon sourire ami…

Mais les bois étaient recouverts de brumes basses
Et le vent commençait à remonter au Nord,
Abandonnant tous ceux dont les ailes sont lasses,
Tous ceux qui sont perdus et tous ceux qui sont morts,
Qui vont par d’autres voies en de mêmes espaces !

Et je me suis dit : Ce n’est pas dans ces pauvres landes
Que les enfants de Septembre vont s’arrêter;
Un seul qui se serait écarté de sa bande
Aurait-il, en un soir, compris l’atrocité
De ces marais déserts et privés de légende ?

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Escapade à l’îlet à cabris

« D’où nous vient cette émotion si singulière devant les ruines ? De ce qu’en elles se rencontrent, en équilibre sans cesse menacé, la volonté humaine et le destin, la liberté et le déterminisme, la culture et la nature. »
Michel Lebris

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Les ruines d’une turbine électrique en retrait de la plage sur son affût de béton lézardé et, plus haut sur le plateau dominant la rade, celles de poudrières encore debout proté-gées par leur toit de lauze noire.

Un agrégat compact de ciment durci, pétrifié par l’humidité dans ses sarcophages de papier kraft, bloque l’entrée d’une de ces petites merveilles d’architecture militaire livrées à l’abandon mais qui continuent de narguer le temps.

On trouve encore épars les restes rouillés de tôles ondulées, d’appareils ménagers et d’installations métalliques, sous les hautes murailles intactes du bâtiment principal de cet ensemble fortifié qui servit en son temps de salle de garde puis de réception et de boîte de nuit à la fin des années 60 à un consortium hôtelier de bas standing qui se voulait de luxe.

Ses bungalows, pillés, démembrés, rongés par les termites et les intempéries, défigurent face à l’une des plus belles baies du monde la crête de la falaise et le sous-bois de savonnettes hérissé de raquettes volantes, de corossol à diable et d’aloès Véra.

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Les deux bandes du chemin bétonné qui conduit depuis la plage à ce site défensif injustement oublié sont elles-mêmes effondrées, dévorées par la végétation, les fondrières et les éboulis.

La carcasse délabrée d’une Jeep de guerre américaine, agrippée au flanc d’un talus, tenaillée entre les mancenilliers et les cerisiers royaux, sert de gîte aux scorpions et à une horde de bernard-l’ermite, seuls habitants des lieux avec la couleuvre couresse, une mère poule et un petit troupeau de cabris à demi sauvages.

Hormis leurs robustes rangées de fondations colonisées par les acacias, nulle trace des baraques d’internement des forçats destinés au bagne de Cayenne ni de la prison des femmes ni du lazaret où était assignée en quarantaine la main d’œuvre asiatique appelée à remplacer les esclaves des plantations de la grande île.

Subsistent aussi, dans l’enchevêtrement des racines et des taillis, de nombreux pans de murs disséminés, le socle arrondi d’une batterie, les remparts des fortifications de 1771 par endroits écroulés, et tant bien que mal, trois citernes doubles compartimentées creusées dans la roche à fleur de sol.

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L’une, surmontée d’un toit pentu de pierres de lave, est en parfait état de conservation et sert d’abreuvoir aux cabris en divagation.

L’autre, toujours protégée par sa dalle arquée, semble défier les siècles. Et la troisième, sans protection, offrant sa béance aux oiseaux, est comblée entièrement de cailloux et de terre. Un gâchis au regard des efforts colossaux déployés pour la creuser, une insulte à la mémoire de ses bâtisseurs.

En pénétrant plus en profondeur en direction de l’anse du Petit-Étang, sous une agressive forêt d’ipomées, se dresse entre une mare boueuse et le littoral la pyramide tronquée d’une stèle en pierre chaulée, peu connue des visiteurs et sans doute de la plupart des habitants de l’archipel.

C’est le témoin rebelle, la cicatrice blafarde d’une époque révolue, d’un événement dont nous ignorons la teneur et les détails. Peut-être le mémorial d’un sauvetage en mer.

Précédée d’une poignée de mains stylisée, une première inscription entièrement en majuscules gravée sur une petite plaque de cuivre ovale porte parfaitement lisible la mention suivante :

AMITIÉ
FERGUSON  – TEPPER
CAPITAINE D’ARME DE 1ÈRE CLASSE
NORMANDIE

Et à même la chaux de l’enduit, à demi dévorée par la mousse et la lèpre galopante du temps, une deuxième inscription gravée pour partie en minuscules :

Les marins de la SÉMIRAMIS
À la mémoire de ceux
de la NORMANDIE
1869

 Tel était l’état de ce site historique abandonné de l’Îlet à Cabris, visité en ce mois d’octobre 2012, parcouru et photographié en compagnie d’ Yvon Joyeux, marin-pêcheur, homme d’équipage et guide touristique à l’occasion.

 R. Joyeux

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Une petite île heureuse

51WQqk+D+fL._SY445_Ignorant l’existence de cet auteur  finlandais Lars Sund, né en 1953, c’est le titre de son dernier roman, traduit du suédois et publié au Mercure de France en janvier 2012, qui m’a incité à l’acheter et à le lire d’une traite : Une petite île heureuse…

D’aucuns me reprocheront sans doute de toujours voir midi à ma porte, et je dois avouer en effet que c’est surtout par référence à ma propre origine insulaire que j’ai eu la curiosité d’acquérir sans hésiter cet ouvrage et de le parcourir avec la plus grande attention. Que dis-je ? le parcourir ! le scru-ter plutôt dans ses moindres détails et réflexions, chapitre après chapitre, paragraphe après paragra-phe, rebondissement après rebondissement.

La petite île heureuse en question est une pure invention de l’auteur. Elle se nomme Fagerö et fait partie d’un archipel imaginaire lui aussi, situé au sud-ouest de la Finlande. Comme dans toutes les petites îles, on y vit principalement de pêche, d’un peu d’agriculture familiale, d’élevage et d’artisanat. Tout le monde, évidemment, connaît tout le monde et les cancans vont bon train, comme vous pouvez l’imaginer…

Mais, mis à part la situation géographique et le climat, ce ne sont pas, tant s’en faut, les seules ressemblances avec ma propre île natale, Terre-de-Haut des Saintes, que j’ai retrouvées dans ce livre. Le comportement individuel et collectif des habitants, leurs relations ambivalentes pour ne pas dire ambiguës, l’impact des familles influentes, l’attitude souvent arrogante des autorités et de quelques fonctionnaires, dont un facteur farfelu particulièrement indélicat, la marginalité de certains individus, une solidarité nécessaire apparente et… la propension légendaire à la boisson, m’ont rappelé en permanence la réalité saintoise ordinaire et plus largement celle de la Guadeloupe dite « continentale ».

Pourtant là ne réside pas l’intérêt principal de ce livre. D’autant qu’à l’évidence la plupart des îles, quels que soient leur latitude ou leurs particularismes, se ressemblent plus ou moins toutes et induisent une microsociété caractérisée pratiquement par les mêmes relations tendues d’alliance ou de rejet ; les mêmes réflexes conditionnés, individuels, claniques ou communautaires ; les mêmes nécessités d’entraide plus ou moins consenties lorsque les contingences naturelles, sanitaires, religieuses ou autres l’exigent.

Ce livre est en réalité une allégorie : les habitants de Fagerö, vivent heureux à leur manière, autant que l’on peut l’être sur un territoire exigu isolé, privé des commodités habituelles des grandes agglomérations continentales, jusqu’au jour où… le cadavre d’un homme non identifié est découvert dans la mer, à proximité d’un îlot, et ramené à terre par deux pêcheurs marginaux qui le déposent dans une cabane, sans prévenir les autorités.

De là, les événements se succèdent et s’enchaînent, révélant au lecteur, au fil de l’intrigue et  des rebondissements, la véritable personnalité des uns et des autres et, plus globalement, de l’ensemble de la communauté insulaire. Car ce cadavre anonyme que l’on enterre en présence de la population au grand complet, avec toute la commisération, le rituel, le respect, les cérémonies et les discours d’usage, n’est que le premier d’une longue série d’hommes, de femmes et d’enfants, noyés inconnus, venus d’on ne sait où, dérivant au gré des courants et s’échouant jour après jour sur les rivages de Fagerö.

Cadavres qui vont finir par perturber l’existence, l’intimité, les activités et l’ordonnancement de cette petite société, pas méchante, mais repliée sur elle-même et qui ne demande qu’à vivre heureuse, sans bouleversement, au rythme des saisons et du bon déroulement de la fête traditionnelle annuelle de la Saint-Jean, point culminant des réjouissances populaires.

Je vous laisse imaginer ce qu’il advient par la suite de tous ces corps étrangers encombrants venus d’ailleurs, porteurs de bactéries, qui envahissent la petite île heureuse, s’invitent dans les rêves des habitants, et qu’ils ne regardent plus de la même façon, qu’ils envisagent même d’exhumer de leur cimetière pour les expédier ailleurs !…

Mais vous avez, sans doute, depuis longtemps, saisi le sens et la portée de l’allégorie ; le sens et la portée de cette longue métaphore macabre, terriblement d’actualité. Aussi, pour terminer, pardonnez-moi, par ces temps agités d’indifférence et d’égoïsme, d’oser soumettre à votre méditation ces deux réflexions apparemment contradictoires et vous laisser, si ce n’est déjà fait, le loisir de vous forger votre propre opinion.

La première de ces réflexions est connue. Elle est bien réelle et de qui vous savez. Elle a fait à l’époque le tour de tous les médias français et étrangers et couler beaucoup d’encre et de commentaires. Elle résume tristement avant la lettre toute l’histoire du livre, là voici :

« Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a plusieurs que..! ».Vous connaissez la suite !

La seconde est celle d’une petite fille, personnage solaire et fictionnelle du roman, à la limite de l’autisme, mais qui pourrait être chacun d’entre nous. Elle tient dans ses bras au bord de la plage, comme elle le ferait d’une poupée pour jouer à la réchauffer, le corps sans vie d’une petite noyée qu’elle a enveloppée dans son châle, et, s’adressant à sa tutrice qui souhaite qu’elle s’en débarrasse au plus vite, la supplie :

« Je veux juste la tenir un moment. Elle est toute seule et toute petiteCar il faut bien que quelqu’un s’en soucie. Tu ne crois pas ?.. » 

Voilà : il ne vous reste plus qu’à vous plonger à votre tour dans cette allégorie passion-nante, réaliste et d’actualité pour affiner votre jugement sur le sujet. 

Retenez bien son titre et le nom de son auteur : Une petite île heureuse de Lars Sund, publié en janvier 2012 au Mercure de France. 343 pages, 24,50 € (prix Métropole). Bonne lecture. Et à la prochaine chronique…

                                                                                                                            Raymond Joyeux

Terre-de-Haut : une petite île heureuse ?

Terre-de-Haut : une petite île heureuse ?

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Micheline Gain : une Savoisienne devenue Saintoise militante

Notre amie Mimi Gain

Notre amie Mimi Gain

Mimi pour les intimes – et ses nombreux amis-, Micheline Gain, toujours souriante et courtoise sous son éternel parasol coloré, ne passe pas inaperçue, c’est le moins que l’on puisse dire, dans les rues ensoleillées du bourg de Terre-de-Haut !

Arrivée dans nos eaux au début de l’année 2000, après un séjour à la Martinique où elle a travaillé dans l’import-export, puis comme secré-taire attitrée de Consulat, elle s’est fait  non seulement un nom, à l’instar du célèbre diminutif du poème bien connu d’Alfred de Musset, Mimi Pinson, mais une place prépondérante au sein de la communauté saintoise.

Son intégration rapide sur une île qu’elle découvrait à peine témoigne de sa grande détermination et de sa capacité incontestable d’adaptation. Là où d’autres auraient tergiversé avant de s’installer définitivement, Micheline Gain n’a pas hésité à acquérir sans attendre une coquette maison et à trouver peu après, sur place, un compagnon en la personne de notre sympathique compatriote Rodolphe Foy.

Avec son compagnon Rodolphe Foy

Avec son compagnon Rodolphe Foy

Sous le charme, dès le premier jour, des Saintes en général et de Terre-de-Haut en particulier, elle s’enthousiasme : « Je ne serais pas « normale », dit-elle, si je n’étais pas tombée amoureuse de cette île et de son cadre paradisiaque, bien écorné depuis par les scooters et autres véhicules bruyants et polluants. Le vrai bonheur pour moi c’est de passer un moment sur les quais, le matin, avant l’arrivée des bateaux et d’admirer cette baie.  Je me sens revivifiée à chaque fois et, devant la beauté de ce monde, l’après-midi, du côté atlantique, plus calme, plus sauvage, je parfais ma sérénité. Je me plais dans cette ambiance petit village très rassurante car restreinte, c’est facile pour moi qui ne suis pas d’ici … »

D’origine savoyarde en effet, Mimi revendique avec force la nationalité savoisienne dont elle est titulaire : « La France, dit-elle, nous a annexés en 1860 mais à ce jour nous sommes sous protection de l’ONU car les traités sont caducs puisque non renégociés en temps et en heure par la France.  J’en suis très fière et n’ai nullement l’intention de revendiquer une autre nationalité. »

De ses ascendants, résistant depuis toujours à l’oppression d’où qu’elle vienne, elle affirme : « Notre famille, dont je possède l’arbre généalogique depuis 1700, a toujours été du côté de la résistance à l’injustice, c’est dans nos gênes ». Et de son père, elle précise pudiquement avec émotion : « Mon père a reçu la médaille des évadés et celle des blessés de guerre car quand (son sous-marin) a dû rentrer à Toulon sous Pétain, il a participé avec ses compagnons au sabordage de la flotte ».

On comprend dès lors l’engagement naturel, spontané et volontaire de Mimi aux côtés de l’opposition municipale à Terre-de-Haut : « Je suis toujours passionnée par ce qui m’entoure, confie-t-elle,  et, c’est  en écoutant les uns et les autres et en observant, que je me suis aperçue que la beauté de l’île cachait bien des souffrances et des inégalités flagrantes : mes gènes se sont réveillés, l’instinct mercenaire de tout Savoisien : combattre pour aider dès l’instant où ce n’est pas contre notre duché … Et quand Hilaire (le leader de l’opposition locale)  m’a demandé si j’étais prête à me joindre à leur lutte, je n’ai pas hésité une seconde, j’ai été très flattée de cette demande qui me prouvait que, bien que n’étant pas native, je pouvais, pour mon amour de l’île, prendre part à sa « libération ». J’ai été accueillie à bras ouverts par tous les sympathisants et je les remercie de leur amitié. Je resterai fidèle à notre groupe jusqu’au bout,  et tant pis pour ceux qui tentent, par tous les moyens, de m’intimider… »

On l’aura compris aussi, l’engagement manifeste, vécu et revendiqué haut et fort par Mimi, lui procure  bien des ennuis, machiavéliquement orchestrés, le plus souvent, selon elle, par les autorités municipales qui voient sans doute dans sa volonté combattante un danger électoral. Sans plainte ni regret, mais avec un brin d’amertume cependant, elle énumère non sans humour les tracasseries récemment endurées : « Je fais ce que je peux à mon niveau pour aider et ceci malgré toutes les brimades et vexations diverses dont j’ai été victime et qui ne m’ont jamais découragée, bien au contraire ! On a arraché mes arbustes d’ornement pour couler du béton sur le tour de ma propriété ; on a caillassé ma maison la nuit, m’obligeant à refaire ma toiture ; on a fissuré ma citerne en faisant des travaux non pensés, ni votés ni urgents, avec un gros engin vibrant sur la route (…). On me promène de jour en jour pour une signature, ce n’est pas grave, je prends le bateau et vais à Basse-Terre vers une autre autorité. Dernièrement on m’a même expulsée d’une réunion publique en mairie où je représentais un ami empêché : motif ? pas de procuration. Du jamais vu dans une assemblée ouverte à tous !! Et je ne compte pas les procès, certains perdus, certains gagnés, mais payés par moi, la partie adverse pioche dans le budget municipal c’est ce qui lui permet de faire ce qu’elle veut envers et contre tout, au mépris des lois, dans le seul but de nuire, d’écraser, mais avec moi c’est RATÉ, je ne suis épuisée ni mentalement ni financièrement ! »

Ce qui est extraordinaire pourtant chez cette femme de caractère, bourrée de gentillesse et de générosité, c’est que malgré les attaques dont elle est la cible, jamais elle ne stigmatise la population, ni tel ou tel en particulier, sachant exactement d’où vient le mal qu’on s’acharne à lui faire, par méchanceté gratuite ou par calcul, dans le vain espoir de l’anéantir : « La population est, en majorité, d’une grande gentillesse, je m’en aperçois tous les jours. Quand je décourage un peu, je vais faire un tour. Au troisième « bonjour » échangé, le moral revient et ceci en un temps record. Je dirais que les « moins gentils » ce n’est pas de leur faute. On leur jette une rognure de temps en temps pour qu’ils ne se posent pas de question et restent dans l’ignorance. Sur une si petite île, conclut-elle, la vie pourrait être meilleure, plus sereine. Même si de temps en temps il y a des querelles, il faudrait que ça reste bénin, sans haine tenace, sans manipulation politicienne. C’est faisable j’en suis persuadée. »

En séance de travail avec le Ministre des Outre-Mers, M. Victorin Lurel

En séance de travail avec le Ministre des Outre-Mers, M. Victorin Lurel

De sa Savoie natale à Terre-de-Haut où elle a élu domicile depuis 13 ans,  en passant par la Martinique, férue d’export-import, ex-secrétaire de Consul, mais surtout descendante d’une lignée de résistants et de marins, dont un frère mort en service commandé, Micheline Gain, dite « Mimi », n’est pas du genre à se laisser abattre.

Bien sûr, elle aurait pu mener tranquillement une petite existence sans histoire avec son compagnon saintois, sans se mêler, comme la plupart des arrivants, à la population et aux affaires du pays. Mais, plus forts qu’elle, ses gênes, comme elle dit, et son tempérament de battante ont fait d’elle une vraie Saintoise, militante de surcroît, attachée au sort de ceux qu’on écrase injustement pour leurs idées ou leur engagement.

N’ayant nulle intention, à l’exemple de Bayard, de renier la cause qu’elle a choisi de défendre, elle rappelle avec à propos la réponse que le célèbre Chevalier sans peur et sans reproche a faite à François 1er qui lui demandait pourquoi il n’avait que des Savoisiens dans son armée : « Sire, répondit Bayard, ce sont les seuls qui ne tournent pas le dos à l’ennemi. »

Plage de Grande Anse

Plage de Grande Anse

Voilà la devise, le mot d’ordre ancestral, qui anime Mimi, la Savoisienne devenue Saintoise.  Et l’opposition municipale qu’elle a ralliée naturellement peut compter en toute confiance sur cette nouvelle Dame de fer, insensible aux menaces et prête à s’exposer pour plus de justice et d’égalité sur une petite île perdue qui pourtant au départ n’était pas la sienne.

Texte et propos recueillis par Raymond Joyeux

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Terre-de-Haut en attente du 15 Août

Terre de haut en fêteDu 13 au 16 août, Terre-de-Haut s’apprête à célébrer sa traditionnelle fête patronale. À cette occasion, comme chaque année, la municipalité a publié le programme des manifestations que vous pouvez consulter en cliquant ici.

En remplacement de la simple feuille volante distribuée autrefois à la population, le premier programme imprimé de la fête patronale du 15 août, sous forme de bulletin broché illustré, est apparu en 1972, à l’initiative d’une nouvelle équipe municipale élue en mars 71 et dirigée alors par le docteur René Germain.

Outre la liste détaillée des manifestations officielles et populaires, ce bulletin, strictement informatif, présentait l’historique de la commune, ses fortifications et ses caractéristiques culturelles, culinaires et géographiques, inaugurant ainsi une formule plus moderne et plus complète que le traditionnel feuillet.

Par la suite, ce sont les textes et le principe apolitique de ce bulletin qui servirent de modèle aux programmes successifs imprimés de la fête patronale…

Jusqu’à ce qu’un édile, ancien militaire, quelque peu en délicatesse avec la neutralité qui s’impose à ce type de publication, s’en serve, 20 ans durant, comme organe politique personnel et partisan. L’opposition y était alors régulièrement la cible d’attaques dans de mémorables « Mots du Maire » présentés dans un bulletin de fête communale financé par les deniers des contribuables, toutes tendances confondues, et faisant des dépenses pour fêtes et cérémonies le premier poste budgétaire de la commune.

Il semblerait qu’aujourd’hui nous soyons revenus à plus d’impartialité et d’objectivité dans les nombreux et différents articles proposés dans la nouvelle et luxueuse formule du programme de la fête du 15 Août,  programme, soulignons-le, destiné à l’ensemble de la population et des visiteurs sans couleur politique.

Mais s’il faut se réjouir de ce changement formel attendu, on peut toutefois regretter que la fête patronale saintoise ait perdu son caractère paisiblement populaire et familial, et génère encore aujourd’hui des dépenses outrepassant les capacités financières d’une commune déjà fortement endettée.  Publicité à outrance et notoriété obligent, on comprend malgré tout que cette manifestation festive, étalée sur plusieurs jours, draine un public extérieur chaque année plus nombreux.

Malheureusement des éléments perturbateurs incontrôlables s’infiltrent inévitablement dans la foule des visiteurs et les Saintois, particuliers et commerçants, ont eu à déplorer à plusieurs reprises par le passé l’incivilité, (pour ne pas dire davantage), de voyous venus spécialement perpétrer leurs exactions, le plus souvent sous l’emprise de l’alcool et autres substances peu recommandables…

Espérons que cette année, les autorités, averties des débordements possibles, aient pris toutes les mesures pour les épargner autant que faire se peut à la population locale et aux visiteurs.

Pour que toutes et tous, entre amis,  en famille ou individuellement, animés du seul désir de se divertir paisiblement, puissent profiter des nombreuses manifestations annoncées et gardent de cette fête patronale du 15 août 2013 à Terre-de-Haut un impérissable souvenir d’accueil et de convivialité. C’est tout simplement ce que nous souhaitons !

Remon le moustachu

Fini le temps où la fête patronale du 15 Août à Terre-de-Haut était animée par un conseiller municipal.
Ici Raymond Joyeux en 1972.

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Un roman de chair et de passion dans l’Inde des années 1990

Roman IndeEn novembre 2011, j’avais présenté sur un site littéraire ami le très beau livre de l’écrivain indien Tarun J. Tejpal : Loin de Chandigarh, paru initialement en septembre 2005 chez Buchet Chastel et publié aujourd’hui en Livre de Poche pour moins de 10 € *. Le caractère unique de ce roman m’incite à le présenter à nouveau pour les lecteurs de ce blog, espérant leur faire partager mon enthousiasme et, peut-être, je le souhaite en tout cas, leur permettre de découvrir un auteur et un roman à mes yeux exceptionnels.

Loin de Chandigarh, c’est l’histoire d’un jeune couple d’intellectuels passionnés d’amour et de sexe dans l’Inde des années 1990 et qui, de péripéties en péripéties nous font partager, sans trivialité ni voyeurisme, les hauts et les bas d’une trajectoire sentimentale et sensuelle pour le moins mouvementée.

« L’amour n’est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C’est le sexe ». Telle est la première phrase du roman qui donne le ton à cette épopée amoureuse et charnelle qui ne se termine pas aussi tristement que pourrait le faire supposer l’adage bien connu des latinistes : Animal triste post coïtum.  Et si le titre français fait exotique, le titre original anglais, plus réaliste : The alchemy of desire,  (l’alchimie du désir), traduit plus adéquatement le contenu et le message du livre.

Tous les ingrédients, en effet, de cette alchimie qui fait que deux êtres se complètent de façon si fusionnelle pour finir par s’éloigner progressivement l’un de l’autre sont exposés et analysés avec une finesse et un brio époustouflants. Sur fond d’histoire, de religion et de culture hindoues – dont il n’approuve pas, loin de là, toutes les facettes -, l’auteur nous transporte du New Delhi d’hier et d’aujourd’hui au Chicago du début du siècle en passant par Londres et le Paris des années 20.

Tout en nous dévoilant la montée en puissance et le déclin progressif de sa propre passion sentimentale et sensuelle, le narrateur, sans nuire à l’unité du récit, reconstitue et met en scène la vie d’autres couples par le truchement des carnets intimes d’une américaine très libérée, venue s’installer en Inde en 1924, et qui s’était éprise d’un prince Hindou, pétri de philosophie occidentale et banni par sa famille…

C’est d’ailleurs la découverte de ces carnets dans une vieille maison à retaper achetée par le narrateur et sa jeune épouse qui marque un tournant dans leurs relations et finit momentanément par les éloigner l’un de l’autre. Mais, à la longue, la solitude et le manque d’amour se faisant sentir, on déduit que cette séparation ne sera que provisoire et que peut-être le couple finira par se reconstituer. La dernière phrase du livre, prenant l’exact contre-pied de la première, nous laisse entrevoir en tout cas la possibilité de retrouvailles imminentes : « Le sexe n’est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C’est l’amour ».

L’auteur, né en 1963, est un journaliste d’investigation très engagé dans son pays contre la corruption des politiciens locaux et les scandales à répétition de la classe dirigeante et fut, comme son compatriote Salman Rushdie, menacé de mort mais pas pour les mêmes raisons !  Son amour de la nature et sa connaissance de la végétation tropicale, des arbres en particulier, n’ont d’égal que l’humour et l’ironie avec lesquels il fustige certains travers de la société indienne. Le portrait du vieux nawab et ses aphorismes qui servent de principes d’éducation au peuple valent leur pesant de roupis.

J’ai beaucoup apprécié et pris de nombreuses notes, pas seulement pour cette chronique. Peut-être en ferez-vous autant pour votre enrichissement personnel, c’est tout le plaisir que je vous souhaite.

Raymond Joyeux

*LdP N°30760. Traduit de l’anglais par Annick le Goyat.

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Georges Garçon : cuisinier et restaurateur hors pair, patron de 1 TI BO DOUDOU

ImageLe parcours professionnel de Georges Garçon est particulièrement atypique pour mériter d’être signalé. Fils d’un des premiers mareyeurs saintois des années 60-70, titulaire d’un brevet supérieur d’électricien, rien ne destinait en effet ce talen-tueux touche-à-tout au métier de restaurateur.

C’est pourtant cette profession qu’il exerce à Terre-de-Haut depuis des années. Passant d’un établissement à l’autre, que ce soit ceux qu’il a créés de ses  deniers et qu’il a dirigés de main de maître, que ceux où il fut employé comme chef cuisinier, c’est toujours la même réputation élogieuse qui le suit ou le précède, celle d’un organisateur né, d’un cordon bleu inventif, reconnu et apprécié de la clientèle aussi bien de passage que résidente.

Après Chicken Georges, Les 3-boats et Le Palmier, entre autres, c’est un tout nouveau restaurant que dirige ce garçon aux Saintes : 1 TI-BÔ DOUDOU, situé 58 Rue Benoît Cassin, à même la plage, juste en face du Dispensaire départemental du Fond Curé.

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Dans la perspective de l’ouverture de son établissement, ne laissant rien au hasard afin de mettre toutes les chances de son côté et satisfaire une clientèle exigeante, Georges a suivi une formation poussée de gestionnaire et de cuisinier-restaurateur qui est venue compléter sa longue expérience de professionnel averti.

Jouant à fond la carte du développement touristique, de la qualité culinaire et de l’accueil bien compris, il s’investit alors, avec un ami, dans l’aménagement d’une salle d’une trentaine de couverts, adossée à une cuisine intégrée dernier cri, d’une parfaite fonctionnalité.

Faisant front aux harcèlements gratuits orchestrés pour d’obscures raisons par les autorités locales, (retards abusifs et volontaires dans les formalités administratives, obstruction à l’ouverture, élagage d’un superbe calpata bord de mer par les services municipaux pour le priver d’ombre sur la plage), Georges, tenace et patient, a fini par surmonter  obstacles et malveillances et a réussi magistralement son pari, nanti de toutes les autorisations officielles aussi bien de salubrité que de sécurité.

 Aujourd’hui, efficacement secondé par son épouse Pierrette et ses deux souriantes serveuses, Romy et Marie, il récolte les fruits de sa persévérance et de son talent puisque son établissement, régulièrement complet, est classé premier sur les 14 restaurants visités à Terre-de-Haut par les voyageurs de TripAdvisor.

Vous trouverez également sur ce site, en plus de nombreuses photos, les appréciations élogieuses des clients de ce restaurant hors du commun. Elles vous donneront un avant-goût des menus et saveurs dispensés par le savoir-faire de Georges et de sa sympathique et chaleureuse équipe. Menus où poissons et fruits de mer règnent inévitablement en maîtres, selon la pêche du jour, accompagnés de portions de légumes pays accommodés selon l’inspiration toujours originale et subtile du chef, fin connaisseur de l’alchimie des épices et ingrédients locaux.

À recommander les yeux fermés à vos parents, amis et connaissances qui ne seront pas déçus : accueil, gentillesse, originalité et qualité garantis. Réservation fortement conseillée au 05 90 98 56 67. Fermé le dimanche soir et le lundi.

R. J.

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Pour interdire à Georges de permettre à ses clients de profiter de l’ombre sur la plage, la municipalité de Terre-de-Haut a fait stupidement mutiler le calpata bord de mer jouxtant l’établissement.

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L’Anse à Gillot à Terre-de-Haut : la plage la plus polluée de Guadeloupe

Plage polluée de L'Anse à Gillot

Plage polluée de L’Anse à Gillot

RFO télé l’a révélé dans son émission d’information du vendredi 26 juillet : suite aux prélèvements et analyses effectués par les services de l’ARS (Agence Régionale de Santé), la qualité des eaux de baignade de la plage de l’Anse à Gillot à Terre-de-Haut laisserait fortement à désirer. Elle serait même la plage la plus polluée de l’archipel.

Rien d’étonnant à cela lorsqu’on sait que cette plage est située à proximité de la plate-forme de conditionnement des ordures ménagères et autres déchets. De plus, par temps de pluie, l’engorgement des canalisations collectives qui longent le site provoque le soulèvement des regards des égouts dont les effluents ruissellent régulièrement jusqu’à la plage, auxquels il faut ajouter les eaux de nettoyage de la benne à ordure qui vont directement dans la mer.

Située de l’autre côté du quai de stockage et de la mise en bennes des déchets, la plage artificielle qui a fait l’objet d’un précédent article n’est sans doute pas mieux lotie. Défigurée par la présence en son milieu d’une fosse septique, nettement visible depuis qu’une grande partie du sable s’est retirée, la qualité de ses eaux ne devrait pas être meilleure que celles de l’Anse à Gillot. D’où les démangeaisons et rougeurs signalées par les baigneurs.

Selon les responsables de l’ARS, d’autres analyses sont en cours qui permettront de déterminer rapidement le degré de salubrité des autres plages de la Guadeloupe et des Saintes.

En attendant la publication de ces analyses, outre ces deux anses qu’il est fortement déconseillé de fréquenter actuellement, il vaut mieux en règle générale s’abstenir de se baigner dans les eaux du bourg après la pluie, de nombreux caniveaux y drainent de multiples bactéries pas toujours inoffensives, dont le redoutable staphylocoque détecté à plusieurs reprises à proximité du plan d’eau de Petite Anse.

Ces précautions prises, il ne reste pas moins que Terre-de-Haut offre aux visiteurs une large palette de plages parfaitement saines aux eaux cristallines et revigorantes que tout un chacun peut fréquenter sans crainte, pour son plaisir et son bien-être.

Citons, entre autres, celles du Pain de Sucre, de Rodrigue, de Pompierre, de Crawen… et, pour ceux qui disposent d’une embarcation, celles de l’îlet à cabris. Car venir aux Saintes sans profiter  en toute sécurité de la mer et de ses bienfaits serait une hérésie !..

 Raymond Joyeux

 

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Une Saintoise Miss Guadeloupe 2013

Après Rébecca Érivan en 2009, une Saintoise remporte pour la seconde fois le titre de Miss Guadeloupe. Élue le samedi 27 juillet 2013 plus belle fille du département, Chloé Déher, 17 ans, représentera en effet  la Guadeloupe en novembre à Dijon au concours de Miss France 2013-2014.

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Chloé entourée de ses deux dauphines

Fille de Willy Déher et d’Annie Maisonneuve, ce sympathique couple bien connu à Terre-de-Haut, Chloé, qui vient d’obtenir son baccalauréat avec mention bien, allie intelligence, culture, grâce et beauté, pour la plus grande satisfaction de ses parents et de tous les Saintois enthousiastes.

Rappelons que Aude Bélénus et Maëlle Colomb, toutes deux Saintoises elles aussi, avaient été élues premières dauphines respectivement en 2011 et 2012.  Avec ce nouveau titre de Miss, Terre-de-Haut peut se targuer d’être une pépinière incontestable de jeunes beautés.

Nous présentons toutes nos félicitations à Chloé et lui souhaitons le meilleur pour la suite.

R.J.

 

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Pour Jean-Louis CASSIN disparu 32 jours en mer : retour imminent aux Saintes

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La dramatique épopée de Jean-Louis Cassin est sur le point de s’achever pour lui de façon heureuse par son retour imminent à Terre-de-Haut.

Selon nos informations, ce sympathique et attachant loueur de vélos de 54 ans, père d’un garçon de 12 ans, parti des Saintes en voilier pour Saint-Barthélemy le dimanche 9 juin, n’était jamais parvenu à destination.  En bonne voie de rétablissement au Venezuela, où il a été recueilli, il est sur le point de regagner la Guadeloupe.

Son compagnon de navigation, Daniel Judes, 61 ans, n’a malheureusement pas eu la chance de survivre. Son corps a été découvert dans la cabine du voilier à côté de Jean-Louis inconscient, fortement déshydraté.

Les deux hommes, ayant certainement perdu le cap assez rapidement par mauvais temps dès le premier jour, ont dérivé plus d’un mois, sans eau ni nourriture suffisante, avant que leur voilier de 11 mètres ne soit repéré par un avion au large du Venezuela le mercredi 11 juillet et récupéré le lendemain par un navire dépêché sur les lieux.

Transporté à l’hôpital militaire de Caracas dans un état comateux, Jean-Louis a reçu les premiers secours et après une douzaine de jours de soins intensifs est maintenant définitivement hors de danger, ayant perdu cependant dans cette tragique aventure pas moins de 23 kilos qu’il récupère progressivement.

Le Conseil Régional de la Guadeloupe, alerté par le Conseiller Régional Hilaire Brudey, a organisé et permis l’envoi sur place de trois émissaires pour rencontrer le rescapé, accomplir les formalités de rapatriement et éventuellement le ramener aux Saintes. Il s’agit de M. Brudey lui-même, d’un frère de Jean-Louis, Gilbert, et d’un interprète.

Ces trois personnes, s’étant envolées le mardi 16 juillet pour Caracas ont regagné Pointe-à-Pitre le samedi 20, mais sans Jean-Louis, ce dernier, encore faible et faisant l’objet d’une enquête, a dû rester quelques jours de plus au Venezuela.

Nous apprenons aujourd’hui, 25 juillet, par Hilaire Brudey contacté par téléphone, que les autorités vénézuéliennes ont donné le feu vert au navigateur pour un retour imminent en Guadeloupe, le temps de lui trouver une place dans un avion et une personne accompagnatrice.

Quant au corps de Daniel Judes, il est question de l’incinérer sur place. Son fils, résidant à Saint-Barthélemy, s’apprêterait à se rendre à Caracas pour les formalités de reconnaissance et d’incinération. Il pourrait recueillir les cendres de son père et les ramener sans doute aux Saintes où elles seront probablement inhumées.

Tragique pour Daniel et sa famille, plus heureuse en son dénouement pour Jean-Louis et les siens, cette fortune de mer vient à propos nous rappeler en ces temps de vacances qu’une expédition maritime, de quelque importance qu’elle soit, nécessite préparation et anticipation. Habitués au cabotage dans les eaux calmes  et sûres de l’archipel guadeloupéen, nos deux amis n’ont peut-être pas suffisamment tenu compte de l’un et de l’autre de ces paramètres pour une course au large de plusieurs jours. Puisse cette mésaventure servir de leçon aux plaisanciers et autres inconditionnels de la navigation.

En attendant de vous informer du retour effectif aux Saintes de Jean-Louis Cassin, nous lui adressons nos souhaits de prompt rétablissement, et à la famille de Daniel Judes nous exprimons nos plus sincères condoléances.

Raymond Joyeux

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