Un roman de chair et de passion dans l’Inde des années 1990

Roman IndeEn novembre 2011, j’avais présenté sur un site littéraire ami le très beau livre de l’écrivain indien Tarun J. Tejpal : Loin de Chandigarh, paru initialement en septembre 2005 chez Buchet Chastel et publié aujourd’hui en Livre de Poche pour moins de 10 € *. Le caractère unique de ce roman m’incite à le présenter à nouveau pour les lecteurs de ce blog, espérant leur faire partager mon enthousiasme et, peut-être, je le souhaite en tout cas, leur permettre de découvrir un auteur et un roman à mes yeux exceptionnels.

Loin de Chandigarh, c’est l’histoire d’un jeune couple d’intellectuels passionnés d’amour et de sexe dans l’Inde des années 1990 et qui, de péripéties en péripéties nous font partager, sans trivialité ni voyeurisme, les hauts et les bas d’une trajectoire sentimentale et sensuelle pour le moins mouvementée.

« L’amour n’est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C’est le sexe ». Telle est la première phrase du roman qui donne le ton à cette épopée amoureuse et charnelle qui ne se termine pas aussi tristement que pourrait le faire supposer l’adage bien connu des latinistes : Animal triste post coïtum.  Et si le titre français fait exotique, le titre original anglais, plus réaliste : The alchemy of desire,  (l’alchimie du désir), traduit plus adéquatement le contenu et le message du livre.

Tous les ingrédients, en effet, de cette alchimie qui fait que deux êtres se complètent de façon si fusionnelle pour finir par s’éloigner progressivement l’un de l’autre sont exposés et analysés avec une finesse et un brio époustouflants. Sur fond d’histoire, de religion et de culture hindoues – dont il n’approuve pas, loin de là, toutes les facettes -, l’auteur nous transporte du New Delhi d’hier et d’aujourd’hui au Chicago du début du siècle en passant par Londres et le Paris des années 20.

Tout en nous dévoilant la montée en puissance et le déclin progressif de sa propre passion sentimentale et sensuelle, le narrateur, sans nuire à l’unité du récit, reconstitue et met en scène la vie d’autres couples par le truchement des carnets intimes d’une américaine très libérée, venue s’installer en Inde en 1924, et qui s’était éprise d’un prince Hindou, pétri de philosophie occidentale et banni par sa famille…

C’est d’ailleurs la découverte de ces carnets dans une vieille maison à retaper achetée par le narrateur et sa jeune épouse qui marque un tournant dans leurs relations et finit momentanément par les éloigner l’un de l’autre. Mais, à la longue, la solitude et le manque d’amour se faisant sentir, on déduit que cette séparation ne sera que provisoire et que peut-être le couple finira par se reconstituer. La dernière phrase du livre, prenant l’exact contre-pied de la première, nous laisse entrevoir en tout cas la possibilité de retrouvailles imminentes : « Le sexe n’est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C’est l’amour ».

L’auteur, né en 1963, est un journaliste d’investigation très engagé dans son pays contre la corruption des politiciens locaux et les scandales à répétition de la classe dirigeante et fut, comme son compatriote Salman Rushdie, menacé de mort mais pas pour les mêmes raisons !  Son amour de la nature et sa connaissance de la végétation tropicale, des arbres en particulier, n’ont d’égal que l’humour et l’ironie avec lesquels il fustige certains travers de la société indienne. Le portrait du vieux nawab et ses aphorismes qui servent de principes d’éducation au peuple valent leur pesant de roupis.

J’ai beaucoup apprécié et pris de nombreuses notes, pas seulement pour cette chronique. Peut-être en ferez-vous autant pour votre enrichissement personnel, c’est tout le plaisir que je vous souhaite.

Raymond Joyeux

*LdP N°30760. Traduit de l’anglais par Annick le Goyat.

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