Aux sources de notre identité

À une époque où tout semble se perdre de notre passé, donc un peu de notre identité, je vous propose cette évocation nostalgique des Saintes d’autrefois, témoignage poétique et culturel de ce qu’ont connu il n’y a pas si longtemps nos compatriotes des générations précédentes. Sans sombrer dans un passéisme stérile ou des considérations d’arrière-garde, ce très beau texte de Félix FOY* se veut avant tout une page de notre histoire. Mais c’est aussi un cri d’alarme et une réflexion sur les ravages du modernisme à tout va, sur le changement radical des mentalités et des comportements induits par la transformation galopante du cadre de vie sur un minuscule territoire insulaire, sensible à toute modification de son écosystème. Souhaitons qu’il contribue à mettre un peu de baume au cœur des anciens et à faire prendre conscience aux plus jeunes qu’il y a encore quelque chose à sauver chez nous.

Raymond Joyeux

 Nostalgie

photo féfé

Félix Foy
Photo R.Joyeux

Il était une fois une île baignée par l’Océan Atlantique, bercée par la Mer des Antilles, caressée par l’alizée, où il faisait bon vivre sous le soleil tamisé par le feuillage des poiriers. Cette île, c’était moi, Terre-de-Haut. Oui, je parle au passé, mes enfants, tellement mon présent est vu à la dérobée et mon avenir dérisoire. Je suis au bout du rouleau, au creux d’une déferlante, je suis submergée, dans le lac,  ou plutôt le bec dans l’eau. Je meurs d’asphyxie, je suffoque : au secours !

Alors que Terre-de-Haut, ce nom qui était le mien pourrait être défini par : Terre Haute, île occupant une position élevée, avec des habitants portant tête haute, voilà que mes filles et mes fils m’ont oubliée. Cela me fait crier aujourd’hui :  » N’y a-t-il pas parmi vous un seul qui veuille me raconter ? Devrais-je le faire moi-même ? « 

Il me reste encore un peu de force, un peu de vie, aussi aimerais-je vous demander simplement de me tenir la tête hors de l’eau, de me laisser souffler un peu et je vous conterai mon histoire :

Vous m’aviez reçue en héritage, moi, une île aux belles eaux, limpides et propres, avec des côtes harmonieusement découpées où plages et rochers se succédaient de manière enchanteresse ; des mornes et des vallées chatoyants où vos parents gambadaient, couraient ou tout bonnement se baladaient sur des sentes agréablement ombragées. Ils se souviennent encore comment il faisait bon d’aller du Mouillage au Marigot, ou du Fond de Curé à l’Anse Rodrigue et à Figuier ; comme il était doux de se coucher sur l’herbe dans Fond (le pré Cassin), se laisser bercer par le roucoulement de mes tourterelles.

Terre-de-Haut vue du Chameau Années 50

Terre-de-Haut vue du Chameau
Années 50

Lagon du Marigot  années 60

Lagon du Marigot
années 60

Être à Marigot après une fine pluie, c’était se retrouver au milieu d’un spectacle mer-veilleux qu’on aimerait sans fin : la savane toute rouge de crabes de terre était un régal. Les enfants s’adonnaient à cœur joie dans une pêche tou-jours fructueuse qui était une occasion de plus pour que les mamans se distinguent à la cuisine en préparant un mets succulent : le matété .

Le tour du lagon offrait à leurs yeux toute la générosité de la nature où éclatait la vie : petits crabes à gros mordants, différentes espèces d’oiseaux. Les poules d’eau, alouettes, bécasses, jambes jaunes, kios… continuaient le spectacle en un concert de battements d’ailes, de cris et de chants.

Il y avait là aussi une véritable frayère. À la saison des pluies le lagon débordait vers la baie, les poissons y venaient pondre, frayer, et repartaient vers la haute mer : les alevins naissaient et se développaient en toute sécurité, car la saison sèche venue, le lagon se refermait. Nouvelle ouverture à l’hivernage suivant, et tout ce petit monde gagnait le large, croisant les gros qui revenaient pour un nouveau frai. Bécunes, grand’écailles, mayols, mulets, poissons chats, dormeurs, crevettes étaient les hôtes les plus nombreux.

Étang Bélénus avant la construction de l'aérodrome

Étang Bélénus avant la construction de l’aérodrome

Les abords de l’Étang Bélénus étaient le passage obligé pour aller à Grand’Anse ou à Rodrigue et, là encore, admirer la flore et la faune était un ravissement. Les follettes et nénuphars, plantes aquatiques à larges feuilles circulaires et à fleurs blanches, embaumaient l’atmos-phère et se mariaient bien avec les « chances » pour couvrir toute la surface de l’eau. Aigrettes, crabiers, hérons, sarcelles, canards sauvages complétaient le tableau, offrant de gracieuses et amoureuses arabesques de leurs danses nuptiales.

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Crabier des Saintes Photo R.Joyeux

La saison des fruits attirait dans mes mornes et mes vallons une ribambelle de gamins qui se gavaient de pommes cannelle, corossols, mangues, muricifs, olives, cerises, merises, cajous ou anacardes, pommes surettes ou jujubes, surelles et icaques qui leur procu-raient une réserve de vitamines pour la morte saison.

Malgré la sécheresse qui souvent sévissait, quelques courageux de mes fils cultivaient la terre. C’est ainsi que de l’Anse Mire au Marigot, et de part et d’autre du sentier conduisant à Pompierre, s’étalaient des champs de maïs, pois de bois ou pois d’Angole, combos et coton. Sous ce couvert végétal poussaient aussi giraumons, patates douces et pois aux yeux noirs. Dans le bourg, toutes les portions non construites produisaient quelque plantation. Du Fond de Curé en passant par la Savane et jusqu’au Pain de Sucre on pouvait admirer ce même spectacle de culture vivrière et d’arbres fruitiers.

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Pleine saison d’hivernage à Terre-de-Haut
Photo Alain Joyeux

Tout autour de moi, le long de mes côtes, le poisson abondait. Les oiseaux marins, frégates, pélicans, gibiers blancs, nègres à Éloi et pailles en queue avertissaient de l’arri-vée des bonites, thons, gros poissons, comme disaient les plus anciens. Pisquettes et cailleux affluaient sur les plages et faisaient le bonheur des pêcheurs à l’épervier. Les coquillages en grand nombre, paisiblement agrémentaient mes fonds et mes rochers.

Frégate royale

Frégate superbe. Photo A.Joyeux

Bercés par le murmure des flots et de la brise, vous viviez en mon sein, malgré le labeur quoti-dien, des journées paradisiaques clôturées par de radieux couchers de soleil. Dans le silence et le calme de mes soirées, vous rêviez en regardant, par nuits noires, le ciel étonnamment étoilé ; par clair de lune, la baie reflétait, et comme un gigantesque miroir vous envoyait mes formes et mes contours, un relief insoupçonné le jour. Des hululements de chouettes ou autres rapaces noc-turnes vous tiraient de votre rêverie, annonçant l’heure du repos.

Un aéroport a remplacé l'Étang Bélénus

Peu exploitée aujourd’hui, une piste bétonnée a remplacé l’Étang Bélénus

Tout cela a bien changé. À qui la faute ?  Je n’incriminerai personne. On ne peut arrêter, paraît-il, un certain progrès. Progrès dévastateur, bien des fois, si l’on n’est pas vigilant. Peut-être qu’une génération a vécu faute d’informations, sans souci de protéger la nature.

Les choses ne reviendront plus comme avant, mais tout n’est pas perdu. Il reste encore des choses à sauver. Je vous prie, mes fils, mes filles, regardez, réfléchissez sur l’écologie et sur ma démographie galopante. Sauvez-moi, faites en sorte que vous puissiez à nouveau vous baigner sur mes plages, sans risque de contamination, dans une eau régénérée, et vivre sur votre île sans pollution aucune, dans la merveilleuse fratrie  d’antan.

18 heures surla baie

Mois de septembre : 18 heures sur la baie
Photo Raymond Joyeux

Sauvez votre patrimoine. Sortez-moi de cette déferlante. Vous êtes bons nageurs et pour vous être baignés à Grand’Anse, vous connaissez la technique pour sortir d’une vague dangereuse. Deux méthodes : plonger dessous pour la laisser passer et nager très vite pour retrouver la terre ferme, ou se porter au sommet et se laisser déposer sur le sable, partir pour une nouvelle brasse ou plutôt repartir du bon pied, ce que j’attends de vous.

Toi, mon fils, qui me permets aujourd’hui de m’exprimer ainsi, comment t’appelles-tu déjà ?

Félix FOY*

* L’auteur de ce merveilleux texte, Félix Foy, est né à Terre-de-Haut en 1934. Technicien de France Télécom,  il a commencé sa carrière à Paris et l’a terminée à Basse-Terre en Guadeloupe où il a été muté en 1977. Aujourd’hui retraité, Félix – Féfé pour les amis – est considéré comme un sage, réfléchi et pondéré. Grand amoureux et connaisseur de l’histoire et de la géographie de son île natale, il est père de trois enfants, grand-père et arrière-grand-père. Il a collaboré au journal L’IGUANE de 1990 à 1994. Ses chroniques sur la vie saintoise pendant la seconde guerre mondiale sont restées célèbres. 

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Le lambi : une espèce sous haute surveillance

Photo Raymond Joyeux

Photo Raymond Joyeux

Selon l’article 16 de la règlementation de la pêche en Guadeloupe, la capture du lambi est autorisée dans nos eaux du 1er octobre au 31 janvier. Seuls les pêcheurs professionnels régulièrement inscrits aux affaires maritimes peuvent s’y adonner, à condition toutefois de respecter un certain nombre de contraintes définies par la règlementation.

Un moment menacé de disparition, consé-quence d’une capture et d’une consommation anarchiques excessives, ce mollusque marin, très apprécié des connaisseurs caribéens, a été placé en effet sous haute surveillance, et les contrevenants qui se font prendre encou-rent de lourdes peines dont les médias s’en font chaque année l’écho, rappelant à l’occasion les règles officielles encadrant cette activité :

« – Toute capture, colportage ou vente de lambis ne possédant pas le pavillon formé et n’ayant pas un poids en chair nettoyée de 250 grammes au minimum par individu, est interdit en tout temps, tous lieux.
– Tout colportage ou présentation à la vente en frais de lambis découpés de manière à empêcher l’évaluation du poids en chair nettoyée est interdit en tout temps, tous lieux.
– La pêche du lambi est interdite pour les pêcheurs plaisanciers en tout temps, tous lieux.
– La pêche du lambi est interdite pour les pêcheurs à pied en tout temps, tous lieux.
– La pêche de ce gastéropode est interdite du 1er avril au 31 août inclus dans les îles du nord.
– La pêche de ce gastéropode est interdite du rivage jusqu’au fond de 25 m du 1er janvier au 30 septembre inclus.
– Toute pêche de ce gastéropode est interdite au-delà des fonds de 25 m du 1er février au 30 septembre inclus.
– La vente en frais du lambi pendant les périodes de fermeture est interdite. »

 Un lent processus de développement

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Larve de lambi
Document Lameca

Après avoir été fécondée par un mâle adulte reproducteur, la femelle lambi commence un cycle de ponte qui peut aller jusqu’à 8 fois l’an, à intervalle régulier. Les œufs, entre 300 000 et 400 000 à chaque ponte, invisibles à l’œil nu, sont plus petits qu’un grain de sable. Ils s’agglutinent à un cordon gélatineux enroulé sur lui-même en forme de croissant posé sur le fond. Au bout de 5 jours naissent les bébés lambis, toujours invisibles à l’œil nu. Ils quittent alors le fond sableux pour se mêler au plancton en surface. Portées par le courant, les larves deviennent la proie de nombreux prédateurs. C’est donc une faible quantité de nouveaux nés qui finissent par survivre et se développer.

À 3 semaines, le bébé lambi mesure environ 1 mm et retourne sur le fond, entraîné par sa coquille. Celle-ci va se développer progressivement en même temps que le corps de son hôte, pendant 4 ans, jusqu’à atteindre, à l’âge adulte, 25 centimètres. En vieillissant, la coquille s’épaissit et perd ses belles nuances de nacre rosée.

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Chair du lambi et coquille adulte

C’est seulement lorsque le pavillon du coquillage, appelé aussi strombe, conque ou écale, est bien formé et que la chair du lambi nettoyée pèse au moins 250 grammes que sa capture et sa commercialisation sont autorisées pour les professionnels, mais seulement, comme il est précisé plus haut, pendant les 4 mois définis par la législation.

Les méthodes de pêche

Pendant longtemps, aux Saintes, le lambi au même titre que la langouste, ne constituait pas une activité de pêche très lucrative, ni, comme aujourd’hui, un mets particu-lièrement apprécié des consommateurs. Les premiers pêcheurs de ce gastéropode, appelés plongeurs de lambis, capturaient alors le coquillage en apnée, munis d’un simple masque et d’un sac de jute qu’un matelot resté sur le canot tirait à bord à l’aide d’un filin. Progressivement, au cours de la dernière guerre mondiale, nécessité faisant loi, la consommation s’est accrue et les pêcheurs, confrontés à une plus forte demande, ont confectionné un premier modèle de drague rudimentaire censée leur éviter la fatigue des plongées à répétition. Mais l’engin n’était guère perfectionné, ce qui n’empêchait pas ses possesseurs de garder le secret de sa fabrication et de son fonctionnement… et d’alimenter à chaque sortie leurs « parcs à lambis » en attendant de vendre leurs prises à la population ou aux marchandes de Trois-Rivières. Les recettes se comptaient en sous ou anciens francs de l’époque :  en moyenne 9 francs pour 12 lambis nettoyés, vendus à l’unité. Aujourd’hui le kilo se négocie entre 18 et 20 € !

Photo Marc-André Bonbon

Drague : photo Marc-André Bonbon

À force de tâtonnements, l’ingéniosité naturelle prenant le dessus, un modèle définitif et parfai-tement fonctionnel de drague articulée, en fer de construction voit le jour, adoptée rapidement par tous les pêcheurs de lambis. Ci-contre celle ayant appartenu à M. André Bonbon le plus célèbre pêcheur de lambis des Saintes. Voici le témoignage d’un autre pêcheur rapporté par Jean-Luc Bonniol dans son livre : Terre-de-Haut des Saintes,  (Éditions Caribéennes – 1980 – page 108) : « On pêche à la drague en canot monté par trois hommes dont deux restent dans le canot : l’un manœuvre l’embarcation, l’autre hisse la drague, le troisième se met à l’eau muni d’un masque vitré en caoutchouc, explore le fond et dirige l’engin de façon à l’amener au-dessus des conques. On peut remonter deux à trois lambis à la fois à l’aide de la drague ; une équipe de dragueurs arrive à en pêcher 250 à 300 par jour. Ce rendement était inconnu jusqu’à ce jour. « 

Folle

Folle à lambis armée de ses flotteurs

Au début des années 1990, une autre méthode de pêche apparaît et se répand rapidement : la folle à lambis, sorte de filet à larges mailles tressées, long de 100 à 150 mètres sur une largeur variant de 1,20 à 4 m. Ce filet est monté entre deux ralingues : celle du haut recevant les flotteurs, celle du bas munie de grosses pierres lisses permettant à la folle de se maintenir debout sur le fond. Des bouées à la surface indiquent au pêcheur son emplacement. La folle est tendue sur les herbiers pendant 2 à 7 jours et les lambis en migration viennent s’empêtrer dans les mailles de la partie inférieure touchant le sable.

Un coquillage millénaire aux multiples utilisations

Pututo, Chavin 1000-500 av. J.-C., Lombards Museum

Pututo, Chavin 1000-500 av. J.-C., Lombards Museum

Existant dans la Caraïbe bien avant l’arrivée des premiers hommes, le lambi n’était pas (et n’est pas) pêché que pour sa chair. Les Amérindiens utilisaient la conque pour y tailler des outils et des hameçons, sculpter des œuvres d’art. Les esclaves s’en servaient comme trompe d’appel, de signal d’avertissement et de rassemblement. Aujourd’hui, elle est vendue aux touristes comme coquillage. Aux Saintes comme en Guadeloupe, à Saint-Barth et sans doute dans beau-coup d’autres communes littorales des Antilles, les strombes servent de décoration et d’ornement aussi bien dans les salons qu’autour des monuments mortuaires et des tombes, comme ci-dessous aux Saintes :

allée du cimetière

Entrée du cimetière de Terre-de-Haut

 Un appel à la responsabilité

andré

M. André Bonbon, 86 ans, pêcheur de lambis retraité
Photo Raymond Joyeux

Alors qu’en Guadeloupe, donc aux Saintes, s’ouvre dans quelques jours la saison du lambi, nous ne pouvons que lancer un appel à la responsabilité. Ce coquillage dont les multiples préparations culinaires font le délice des gourmets, mérite toujours d’être protégé. Une pêche intensive ou braconnière mettrait inévitablement en péril sa survie et par le fait même un  pan fragile de notre culture caribéenne. Nous ne sommes plus au temps où ce surprenant gastéropode tapissait nos fonds marins, « comme des vers », selon l’expression du plus célèbre pêcheur saintois de lambis, M. André Bonbon, qui a pratiqué cette pêche pendant plus de 50 ans et qui a toujours bon pied bon œil, en dépit de ses 86 ans !

Pour conclure ce dossier, nous signalons à nos nom-breux lecteurs intéressés par le sujet qu’ils pourront s’ils le souhaitent consulter le site de La Médiathèque Caraïbe (lameca), organisme dépendant du Conseil Général de Guadeloupe en cliquant sur le lien suivant

http://www.lameca.org/dossiers/lambi/index.htm

R.J

Conques avec chair

Lambis et leur chair apparente : photo Raymond joyeux

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Intermède poétique et musical avec Léo Ferré

« Léo Ferré est sans doute le poète le plus important du XX è siècle. »
André Breton

FerreEn cette fin de semaine chargée en informa-tions, et à plus de 2500 visites sur ce blog, grâce à vous en à peine deux mois d’existence, pour vous remercier de votre fidélité, permet-tez-moi de vous proposer une pause en poésie avec une chanson de Léo Ferré. Le même qui écrivait dans une préface à un de ses recueils :  » La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore. Cela arrange bien des esthètes que François Villon ait été un voyou. On ne prend les mots qu’avec des gants : à « menstruel » on préfère « périodique » et l’on va répétant qu’il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires ou du Codex. Le snobisme scolaire qui consiste à n’employer en poésie que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu’ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain. Ce n’est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse. Ce n’est pas le mot qui fait la poésie, c’est la poésie qui illustre le mot. »

Poète… vos papiers !

Bipède volupteur de lyre
Epoux châtré de Polymnie
Vérolé de lune à confire
Grand-Duc bouillon des librairies
Maroufle à pendre à l’hexamètre
Voyou décliné chez les Grecs
Albatros à chaîne et à guêtres
Cigale qui claque du bec

Poète, vos papiers !
Poète, vos papiers !

images

J´ai bu du Waterman et j’ai bouffé Littré
Et je repousse du goulot de la syntaxe
A faire se pâmer les précieux à l´arrêt
La phrase m´a poussé au ventre comme un axe
J´ai fait un bail de trois six neuf aux adjectifs
Qui viennent se dorer le mou à ma lanterne
Et j´ai joué au casino les subjonctifs
La chemise à Claudel et les cons dits  » modernes « 

Syndiqué de la solitude
Museau qui dévore que couic
Sédentaire des longitudes
images-3Phosphaté des dieux chair à flic
Colis en souffrance à la veine
Remords de la Légion d´honneur
Tumeur de la fonction urbaine
Don Quichotte du crève-cœur

Poète, vos papiers !
Poète, vos papiers !

Le dictionnaire et le porto à découvert
Je débourre des mots à longueur de pelure
J´ai des idées au frais de côté pour l´hiver
A rimer le bifteck avec les engelures
Cependant que Tzara enfourche le bidet
A l´auberge dada la crotte est littéraire
Le vers est libre enfin et la rime en congé
On va pouvoir poétiser le prolétaire

Spécialiste de la mistoufle
Émigrant qui pisse aux visas
Aventurier de la pantoufleimages-2
Sous la table du Nirvana
Meurt-de-faim qui plane à la Une
Écrivain public des croquants
Anonyme qui s’entribune
A la barbe des continents

Poète, vos papiers !
Poète, documenti !

Littérature obscène inventée à la nuit
Onanisme torché au papier de Hollande
images-4Il y a partouze à l´hémistiche mes amis
Et que m´importe alors Jean Genet que tu bandes
La poétique libérée c´est du bidon
Poète prends ton vers et fous-lui une trempe
Mets-lui les fers aux pieds et la rime au balcon
Et ta muse sera sapée comme une vamp

Citoyen qui sent de la tête
Papa gâteau de l’alphabet
Maquereau de la clarinette
Graine qui pousse des gibets
Châssis rouillé sous les démences
Corridor pourri de l’ennui
Hygiéniste de la romance
Rédempteur falot des lundis

Poète, vos papiers !
Poète, salti !

images-1

Que l´image soit rogue et l’épithète au poil
La césure sournoise certes mais correcte
Tu peux vêtir ta Muse ou la laisser à poil
L´important est ce que ton ventre lui injecte

Ses seins oblitérés par ton verbe arlequin
Gonfleront goulûment la voile aux devantures
Solidement gainée ta lyrique putain
Tu pourras la sortir dans la Littérature

Ventre affamé qui tend l’oreille
Maraudeur aux bras déployés
Pollen au rabais pour abeille
Tête de mort rasée de frais
Rampant de service aux étoiles
Pouacre qui fait dans le quatrain
Masturbé qui vide sa moelle
A la devanture du coin.

Poète… circulez !
Circulez poète !…Circulez!

 

R.J

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Roméo LÉON : un génie incontournable du maquettisme naval

Roméo photoFils de charpentier de marine, Roméo Léon, né en 1949 à Terre-de-Haut, a vécu depuis toujours entouré de canots en construction, dans l’odeur caractéristique du bois qu’on taille, scie, rabote et polit.

Écolier, fasciné par les nombreux voiliers et navires de guerre séjournant en rade des Saintes, il aime les contempler au sortir de l’école et commence à en réaliser des modèles réduits au chantier naval de son père, Hector Léon, l’un des plus célèbres constructeurs de boats saintois des années 50-60. Par atavis-me paternel, une singulière passion était née.

À 17 ans, amoureux des bateaux en tout genre, Roméo quitte son île natale pour la Martinique où il suivra une formation maritime avant de s’embarquer comme novice sur un cargo de la Compagnie Générale Transatlantique.

Après son service militaire effectué, comme il se doit, dans la Marine Nationale, il travaille pendant cinq ans en qualité de menuisier spécialisé aux chantiers navals de la Seyne sur Mer près de Toulon.

Le france de Romé

De là, une idée lui trotte dans la tête : réaliser de toutes pièces au 1/200ème une maquette exacte du FRANCE, paquebot emblématique et fleuron de la flotte transatlantique française entre 1962 et 1974,  qui changea deux fois de propriétaire et de nom avant de finir sa vie en 2009, démantelé en Inde, aux chantiers d’Alang.

Le FRANCE, qui va devenir sa maquette fétiche, a nécessité 6 années et demie de travail minutieux, soit 1530 heures d’atelier.

Détails de la structure.  On croirait le vrai !

Détails de la structure.
On croirait le vrai !

Véritable chef-d’œuvre, sans comparaison aucune en ce domaine, le paquebot, dont toutes les pièces ont été façonnées exclusivement à la main, mesure 1575 mm de longueur et a été réalisé, hors éléments métalliques, en balsa et contre-plaqué de 1mm d’épaisseur assemblé à la colle, sans aucun autre moyen de fixation.

Télécommandé, le FRANCE est équipé de 4 hélices actionnées par deux moteurs électriques déployant une autonomie de deux heures en bassin et permettant de faire tourner le radar et d’illuminer les 1041 hublots.

Porte-Hélicoptères Jeanne d'Arc en fin de réalisation

Porte-Hélicoptères Jeanne d’Arc en cours de réalisation

Mais ce fantastique chef-d’œuvre n’est pas la seule maquette de Roméo, loin de là. En respectant à chaque fois scrupuleusement les plans officiels de ses modèles, il a réalisé de nombreuses autres, comme celles du Porte-hélicoptères Jeanne d’Arc, encore inachevée, de l’escorteur Le Corse, du patrouilleur La Fougueuse, parrainé en vrai par la commune de Terre-de-Haut.

Le Corse

Le patrouilleur Le Corse

Parallèlement à sa profession de menuisier-charpentier, sans cesser de peaufiner ses modèles en construction, il entreprend la réalisation de navires locaux : la navette à passagers Fly Cat de la compagnie Brudey, des demi-coques saintoises, des vedettes de pêche en haute mer… Autant de merveilles qui mériteraient d’être exposées dans un musée vivant pour la satisfaction des connaisseurs et du grand public. Malheureusement rien n’est fait aux Saintes pour valoriser et populariser nos artistes et leurs créations, et les précieuses maquettes de Roméo ne sont visibles que chez lui, soigneusement protégées des regards, de la lumière et de la poussière ambiante.

Demi-coque saintoise

Demi-coque saintoise

Navette Fly Cat

Navette Fly Cat toujours en chantier

Vedette de pêche aux gros

Vedette de pêche au gros

Voilier traditionnel saintois

Voilier traditionnel saintois

Si vous avez la chance qu’il vous reçoive pour une visite guidée, il ne manquera sans doute pas de vous montrer en plus, cerise sur le gâteau, son journal qu’il tient avec persé-vérance depuis 1994 ;  son éphéméride où sont consignées quotidiennement les heures de lever et du coucher du soleil et la météo locale ; son registre d’entrées et de sorties des navires de passage ; son fascinant album des maisons de Terre-de-Haut, reproduites en grand format, et celui non moins intéressant de son fils Jean-Philippe sur les magnifiques et luxueux voiliers et vedettes qui fréquentent régulièrement la baie des Saintes, cadre  exceptionnel où s’exposent grandeur nature ces bijoux du génie humain que Roméo reproduit méticuleusement à échelle réduite dans son atelier de maquettiste surdoué.

Devenu adepte de la marche qu’il pratique plusieurs heures, 3 jours par semaine, si vous aimez cette discipline en sa compagnie et partagez avec lui la passion des bateaux, il vous conduira à coup sûr, selon le mot d’Olivier de Kersauson,  » en balbutiant vers l’aventure et vers la mer ».

Mais en attendant de rencontrer, ce que je vous souhaite, cet exceptionnel et très sympathique artiste, Route de la Chapelle à Terre-de-Haut où il habite, vous pourrez admirer toutes les photos de ses maquettes sur son facebook à l’adresse suivante : maquettes LEON Romeo.

Raymond Joyeux

Roméo en exposition

Roméo et ses maquettes en exposition

 

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Déficit budgétaire : retombées médiatiques et enjeu électoral

Le rapport de la Chambre Régionale des Comptes sur la situation financière de la Commune de Terre-de-Haut a fait l’effet d’une bombe. À la suite de sa publication, tous les médias guadeloupéens se sont emparés de l’affaire, ont interrogé, comme il fallait s’y attendre, les principaux intéressés et rendu publiques leurs déclarations. En particulier celles du maire lui-même et de son rival potentiel aux prochaines élections municipales programmées pour mars 2014, suscitant de ci de là les réactions du public.

Dans l’édition du vendredi 13 septembre 2013 du journal France-Antilles, le journaliste Yvor Lapinard,  après avoir résumé succinctement les grandes lignes du rapport, sous le titre « L’île à la dérive financière», publie en parallèle la déclaration de Louis Molinié, maire depuis 1999 :

Louis Molinié« Depuis 3 ou 4 ans, je subis des contrôles sur tous mes marchés. Et le rapport ne révèle rien en ce sens. Pas de malversations ni de détournements. Les magistrats ont débarqué, fin juin, et ont établi leur rapport en 4 jours, sans même attendre mes observations. Ils fouillent dans les dossiers et je me retrouve avec un rapport sur lequel ne figure que des inepties. Face à cette attitude, je ne fais plus confiance aux magistrats. Pourquoi en veut-on à une commune qui investit ? J’avais, en 2010, un taux d’endettement de 80 euros par habitant, je fais un emprunt de 2,5 millions et je passe à un endettement dépassant les 1 500 euros par habitant. C’est normal! Il faut bien payer les entreprises, puisque l’État n’a pas d’argent et que les collectivités ne jouent pas le jeu. La CRC dit que le déficit est colossal. Or, elle trouve que je peux le résorber en 2 ans. Je peux réaliser des excédents dans la section de fonctionnement, et la commune dispose d’une capacité de remboursement. On est en train de faire un coup, 6 mois avant les élections. Je suis dégoûté, d’autant que ce n’est qu’un budget prévisionnel. »

En gros, lorsque les magistrats (de la CRC) ne trouvent rien d’anormal, (pas de malversations ni de détournements, dixit le maire ) ils font du bon boulot et je suis d’accord avec eux… Par contre lorsqu’ils repèrent des anomalies et le disent,  » ce sont des inepties et je ne leur fais plus confiance. » Refrain connu, car c’est ce que déclarent la plupart des élus communaux dans les mêmes situations, selon qu’ils sont épinglés ou non dans leur gestion municipale…

À cette déclaration du maire, des lecteurs du journal ont réagi, toujours dans l’édition du 13 septembre. Voici deux commentaires sélectionnés par France-Antilles :

Vin9cent : « Les difficultés de Terre-de-Haut à régler ses prestataires, notamment pour la prestigieuse fête patronale, ne datent pas d’hier. Le premier magistrat a toujours refusé de voir la réalité des chiffres en face et continue à l’image d’un Balkany qui se déclare l’homme le plus honnête de France. Nous verrons si les Saintois sauront sanctionner une incompétence avérée, ou au contraire la légitimer lors des prochaines élections. »

Azouren :  » Total des recettes = 3 404 000 euros. Charges de personnel = 1 855 000 euros. Soit 54,5% consommés pour payer les seuls employés municipaux ! À mon avis, ceux-là travaillent la nuit car durant la journée on n’en voit pas beaucoup… L’endettement par habitant (80 euros en 2010) dépasse aujourd’hui les 1 500 euros. M. Molinié, cessez de nous prendre pour des couillons… »

De son côté, invité par la chaîne télé locale Canal 10, le même vendredi 13 septembre, Hilaire Brudey, Conseiller général et régional, apparemment futur adversaire de Louis Molinié aux prochaines municipales déclarait ceci :

images« Le budget primitif dit prévisionnel, contrairement à ce que prétend le maire, tient compte des données chiffrées de la situation financière réelle de la commune au moment du contrôle. C’est ce budget qu’ont voté les conseillers muni-cipaux. Si ce budget n’est pas sincère et présente un équilibre fictif entre, parmi d’autres, les dépenses générées par les charges salariales et des réalisations déjà effec-tuées, mais non réglées aux prestataires, d’une part, et les recettes  prévues pour payer les dettes anciennes et les réalisations programmées d’autre part, la Chambre est bien obligée de le souligner. La preuve qu’on peut faire confiance aux conclusions des magistrats, c’est que la commune s’apprêtait à solliciter un prêt de cinq millions d’euros. Je ne vois pas en quoi ce prêt aurait été nécessaire si le déficit n’existait pas. Le maire prétend le contraire mais se contredit en disant qu’il peut le résorber en deux ans… c’est donc qu’il existe, ce déficit !… Je souligne entre parenthèses que si ce prêt s’était réalisé, il aurait contribué à alourdir la dette donc à aggraver le déficit.»

 Quoi qu’il en soit, sur fond de polémique budgétaire, la bataille des municipales semble bel et bien lancée à Terre-de-Haut, six mois avant les échéances officielles. De toute façon, celui (ou celle) à qui reviendront les clés de la mairie, se retrouvera, qu’il le veuille ou non, avec son équipe, dans une situation plombée, sans marge de manœuvre véritable, sinon celle de devoir à tout prix rétablir l’équilibre financier pour repartir sur des bases budgétaires saines et sincères. C’est d’ailleurs ce que préconise la CRC avant tout nouveau projet d’investissement ou d’embauche.

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La bataille est engagée pour la conquête de la mairie. Mais que pourra faire le futur maire avec un budget plombé d’avance ?

En définitive ce sont les citoyens qui seront les arbitres de la situation en accomplissant en toute conscience le moment venu leur devoir électoral. Encore faudrait-il pour cela qu’ils soient inscrits sur les listes électorales. Si ce n’est le cas, nous leur rappelons que le dernier délai pour se faire inscrire est fixé au 31 décembre 2013 et les incitons fortement à accomplir cette démarche capitale s’ils veulent influer durablement, dans le bon sens, sur le destin de leur commune.

                                                                                                                          R.J.

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Terre-de-Haut : déficit budgétaire record

1ère page CRCLa Chambre Régionale des Comptes de Guadeloupe  (CRC)  – organisme d’État chargé de contrôler les budgets des col-lectivités territoriales et l’utili-sation des deniers public  – vient de publier son dernier rapport – suite à la séance du 30 juin 2013 – sur l’état des finances de la commune de Terre-de-Haut.

Le constat est sans appel : cette collectivité saintoise est plus que jamais financièrement dans le rouge et pratiquement, pour employer le termes exacts du rapport, en « cessation de paiement ».

Vingt ans après le déficit histo-rique de 1993,  qui a abouti  à une augmentation sans précé-dent des taxes locales ; puis, en 1999,  à la démission forcée du maire de l’époque, voilà que le même scénario catastrophe se reproduit, sans qu’aucune leçon n’ait été tirée du passé.

Ci-desous reproduite la une du bulletin saintois d’information N°26, L’IGUANE, de novembre-décembre 1993.

Première page du journal L'Iguane relatant le déficit de 1993

Première page du journal L’Iguane relatant le déficit de 1993

Pire : en réalité  le déficit  historique de 1993 n’a jamais été résorbé. En progression constante, il est passé de 312 000 €uros en 2007,  à 1,6 millions d’€uros en 2012 pour dépasser aujour-d’hui les 3,3 millions d’€uros : la somme exacte incluant les budgets de fonctionnement et d’investissement, est la suivante,  selon les prévisions de la CRC :

                    3 347 525 €

Cela signifie en clair qu’il manque 3 millions 350 000 euros dans les caisses de la commune, le double presque exact du déficit de 1993 en monnaie constante.

Cet énorme déséquilibre budgétaire et financier – qui équivaut à une véritable faillite d’entreprise – représente aujour-d’hui pour chacun des habitants de Terre-de-Haut, une dette de 1792,53 €, alors qu’elle n’était que de 84,93 € en 2010.

Cette désastreuse situation génère pour les contribuables, selon les rapporteurs, la pression fiscale directe la plus élevée de toute la Guadeloupe. (Et peut-être même de France, comme en 1993, proportionnellement au nombre d’habitants).

Nous n’allons pas entrer dans les détails techniques du rapport de la Chambre et assommer les lecteurs de chiffres et de tableaux. Ils pourront, s’ils le souhaitent, accéder directement au document en cliquant sur le lien ci-dessous :

JF00135872 (PDF, 87,78 kB)

Pour les éclairer nous nous contenterons simplement des précisions suivantes, les plus « parlantes », entre beaucoup d’autres, tirées mot pour mot des attendus et conclusions des rapporteurs chargés de contrôler les finances des collectivités publiques :

1 – depuis de nombreuses années, le maire de Terre-de-Haut a été mis en garde sur la dérive de la situation budgétaire et financière de la commune sans que cela ait été suivi d’effet.  Une vingtaine d’avis émis par la CRC sont restés lettres mortes.

2 – les budgets de fonctionnement et d’investissement ne répondent pas à une comptabilité claire qui permette une traçabilité des dépenses et le contrôle de leur enregistrement exhaustif. On ne peut donc pas suivre leur déroulement dans les comptes de la commune ! (cela signifie bizarrement, que même les services publics ne peuvent véritablement contrôler où passe l’argent !).

3 – les dépenses relatives aux « fêtes et cérémonies » atteignent un niveau singulièrement élevé pour une si petite commune : elle sont passées de 129 000 € entre 2003 et 2009,  à 303 000 € en 2012.  (L’importance exorbitante de ce poste budgétaire – le champagne a dû couler à flot – est particulièrement dénoncée par la Chambre.)

4 – l’endettement de la commune (remboursement des prêts bancaires consentis) s’est accru de 2,9 M€ en 2012 pour atteindre 3,5 M€ en 2013. Le capital restant dû à ce jour étant de 3 296 454 €, hors intérêts. Dans le même temps, la commune s’apprêtait à solliciter un prêt de 5 000 000 € (vous avez bien lu, 5 Millions !) ! Merci pour les générations futures !

5 – alors que de nombreuses factures antérieures restent à ce jour impayées, (pour un montant total de 2 033 252,33 € ) le pourcentage de réalisation des dépenses prévues aux « autres charges de gestion courante », est de l’ordre de 74%, sauf pour ce qui concerne les frais de représentation du maire, réalisé en totalité, à 100% ! (ce qui signifie que le maire se paie intégralement d’abord avant de payer les autres).

6 – La commune dispose de 53 agents municipaux ce qui représente 1 agent pour 35 habitants. ! ( À cette échelle, imaginez le nombre d’agents à Paris…)

7 – 52 000 €  (20 000 + 32 000 ) sont affectés (hors avantage en nature : logement et bureaux) au salaire et déplacements d’un directeur de l’Office du Tourisme, élevé au grade d’attaché (?), et à celui d’un agent municipal mis à disposition pour l’équivalent de 7 heures de travail par semaine … somme insuffisante pourtant au regard des frais de fonctionnement prévisibles de l’organisme.

8 – La fameuse plage de Fond de Curé qui s’amenuise au fil des eaux a finalement coûté 719 149 € (voir notre article antérieur sur le sujet) et n’a pas encore été payée, alors que dans le même temps la commune envisageait l’acquisition d’un bateau de passagers à énergie solaire pour un montant prévu de 546 829, 13 € et d’une navette à passagers pour 1 327 345 €.  On croit rêver ! (Projets qui, de toute façon, comme de nombreux autres, n’existeront sans doute que sur le papier).

Une plage à plus de 700 000 euros

Toutes ces réalisations prévues sont pour le moment (pour longtemps ?) bloquées, le budget municipal étant passé sous tutelle préfectorale, (ce qui signifie que la commune n’est plus maîtresse ni de ses projets ni de ses investissements).

L'aménagement de la place du plan d'eau reporté sine die ?

L’aménagement de la place du plan d’eau reporté sine die ?

La Chambre Régionale des Comptes conclut en effet son rapport en ces termes :

«  Considérant que le budget s’inscrit dans un système de fuite en avant budgétaire puisque les recettes présentes servent à payer des dépenses passées, ce qui conduit actuellement la commune dans une impasse budgétaire, dont la conséquence la plus visible est une trésorerie durablement négative, rendant impossible, hors paiement des dépenses salariales, le règlement normal de ses fournisseurs et de ses prestataires ; que cette situation s’apparente à une cessation des paiements de la collectivité,  (la CRC) propose à la préfète de la Région Guadeloupe de régler le budget primitif 2013 de la commune de Terre-de-Haut. »

Sous-entendu, à charge pour cette dernière de chercher à rétablir l’équilibre entre recettes et dépenses, – elle aura du mal – ce qui revient à revoir tous les investissements prévus, quitte à supprimer ou reporter tout projet coûteux, donnant la priorité absolue au règlement des salaires et des nombreuses factures en instance. 

Face à cette situation dramatique pour la commune, impliquant une nouvelle fois financièrement les contribuables que nous sommes, et en attendant les avis d’impositions qui ne tarderont pas, et les élections municipales de 2014, à chaque Saintois main-tenant de se faire son opinion et d’agir en conséquence le moment venu.

Raymond Joyeux

Ci-dessous, à la page 17 du rapport, le tableau récapitulatif des dépenses et recettes du budget primitif où apparaît le déficit à la rubrique : Résultat global prévisionnel, soit :  – 3 347 525,91 €uros.

En additionnant les résultats en négatifs  (en gras) du premier tableau, on obtient le déficit

le résultat global (en gras) du premier tableau correspond au déficit relevé par la CRC

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Fortune de mer

En hommage à mon père qui aurait eu 100 ans aujourd’hui

« La configuration de Terre-de-Haut explique en grande partie le modus vivendi de ses habitants. La multitude de baies et anses où peuvent se réfugier les poissons pour frayer favorisent les coups de senne. Toutes ces échancrures de la côte communiquent entre elles par des cols peu élevés et les pêcheurs peuvent se transporter facilement partout où leur présence est nécessaire. » Félix Bréta (Les Saintes : recueil de notes et observa-tions générales – Larose Éditeur 1939, page 79)

 Un témoignage unique : le carnet d’un pêcheur

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Les notes qui suivent, écrites au jour le jour de 1951 à 1955, relatent avec force détails, les actions de pêche à la senne, avec mention des dates, des lieux, des espèces et quantités de poissons pêchés, des conditions météorologiques rencontrées, des hommes ayant participé aux prises et des gains obtenus. Elles sont extraites d’un carnet de senne ayant appartenu à Joubert Césaire Joyeux, (1913-1975), marin pêcheur saintois, maître-senneur et charpentier de marine.

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 En plus de leur valeur historique incon-testable pour notre communauté, elles révèlent la personnalité méticuleuse de leur auteur et témoignent aussi et surtout de la somme de travail quotidiennement effectuée par les professionnels de la mer à une époque où les facilités de navigation et les techniques de pêche, rendues possibles aujourd’hui par la banalisation du moteur hors-bord et l’introduction du filet en nylon, étaient inexistantes.

En reproduire ici quelques-unes, telles quelles, dans leur disposition originelle, c’est rendre hommage non seulement à leur auteur-acteur, mais aussi à ses compagnons de fortune et à leur dur métier de marins-pêcheurs.

Elles font également office de jalons hautement poétiques dans la continuité sociale, environnementale et économique d’une population insulaire confrontée aux aléas halieutiques et météorologiques, aux contraintes de la géographie et du contexte maritime.

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Elles permettent enfin de mesurer les évolutions intervenues. Les laisser dans l’oubli aurait été une perte aussi bien pour l’appropriation de leur histoire collective par les Saintois que pour la mémoire de ceux qui ont contribué à la façonner.

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Pour finir, voici ci-dessous sur ce même sujet, cet extrait d’une monographie sur les Saintes datant de 1901 que je soumets à vos réflexions et qui vous permettra de faire la comparaison avec le « modus vivendi » d’aujourd’hui.

Raymond Joyeux

« Il semble que le Saintois a reçu en naissant la marque de sa destinée ; à peine a-t-il l’âge de raison qu’il s’arme instinctivement de la ligne de pêche ou rôde autour des filets. Les gamins des écoles se réunissent aux heures de liberté pour pêcher sur le rivage. Ce goût est fatal, atavique. Il se développe avec l’âge d’une façon extra-ordinaire, à tel point que les adolescents et mêmes les hommes mûrs font de la pêche non seulement leur unique objectif sociologique, mais encore leur idéal de rêve… Et pourtant il faut voir au prix de combien de peines et de fatigues, ils pratiquent cette industrie ; on est stupéfait et meurtri de savoir de quelle médiocrité est leur gain ou salaire moyen. » Sauzeau de Puyberneau : Monographie sur les Saintes, dépendances de la Guadeloupe – Bordeaux 1901.

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Un trésor religieux méconnu

Salve Regina

Une fresque
aux couleurs de la baie
orne le tympan intérieur
du porche de la petite église. 

Peinte par Charles Triclot en 1947
elle fut offerte comme indiqué sur la toile
par les marins de Terre-de-Haut.

La Vierge bras ouverts
auréolée de rayons d’or apparaît
entre deux mornes
à droite du tableau 

L’inscription
Marie étoile de la mer protégez les marins
Fait office d’ex-voto. 

Charles Triclot est mort
dans un crash aérien le 5 mars 1968
sur les flancs embrumés de la Soufrière.

 Qui aux Saintes le sait ou s’en souvient ?

Fresque de Ch. Triclot 1947 Photo R.Joyeux

Fresque de Ch. Triclot 1947
Photo R.Joyeux

Natif de Terre-de-Haut, d’aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours vu ce tableau signé de l’artiste à la place qu’il occupe actuellement en notre petite église paroissiale. C’était certainement le Père Jean-Marie Offrédo, curé inamovible de 1945 à 1962, qui l’avait commandé.

Mais qui était Charles Triclot ?

On l’appelait, ce me semble, « Père Triclot », ce qui signifie qu’il aurait été lui-même prêtre. Un article, sur le forum de la congrégation religieuse du Saint-Esprit, du Père Alphonse Lagogué, mon ancien professeur de mathématiques au lycée Sainte Marie de Fort de France et supérieur des Spiritains, paraît le confirmer. « Les parents Triclot ont eu dix enfants, écrit-il. Quatre deviendront prêtres, un lazariste et trois spiritains : Michel, René et Charles. »

Or, à ma connaissance, on ne trouve nulle part ailleurs – sur les documents que j’ai consultés en tout cas –  la mention de religieux concernant Charles Triclot. Aurait-il abandonné la prêtrise en cours de route pour s’adonner exclusivement à son activité de peintre et de plasticien ? cela est fort probable.

Église de Terre-de-Haut Photo Raymond Joyeux

Église de Terre-de-Haut
Photo Raymond Joyeux

Toujours est-il qu’il avait aménagé son atelier au Gosier en Guadeloupe et que l’église de Terre-de-Haut n’est pas la seule à posséder une fresque à son nom. Celle du Prêcheur en Martinique  en avait une qui s’est apparemment dégradée au fil des ans, et le lycée de Massabielle à Pointe-à-Pitre en détient toujours une, comme sans doute d’autres  établissements laïcs ou religieux aux Antilles françaises et ailleurs.

Charles Triclot dans son atelier du Gosier (Document France Antilles)

Charles Triclot dans son atelier du Gosier (Document France Antilles)

 À l’occasion d’expositions et de recherches archéologiques, Charles Triclot  se déplaçait régulièrement en Amérique Latine et dans les îles de la Caraïbe.  C’est à l’occasion d’un de ses périples qui le ramenait du Venezuela à la Guadeloupe qu’il a trouvé la mort dans le crash aérien du 5 mars 1968 qui fit 63 victimes dont une hôtesse et un pilote guadeloupéens et  dix  passa-gers martiniquais.

Le Boeing 707 d’Air France parti ce jour-là dans la soirée de Caracas n’a jamais atterri à Pointe-à-Pitre. Après une 1h30 de vol apparem-ment sans problème, alors que le pilote avait annoncé qu’il était à deux minutes et demie de la piste, son avion s’est écrasé sur les flancs de la Soufrière aux alentours de 21H30 locales.

Les obsèques de Charles Triclot furent célébrées par ses deux frères, prêtres en Martinique (Document France Antilles)

Les obsèques de Charles Triclot furent célébrées par ses deux frères, prêtres en Martinique (Document France Antilles)

Le lendemain 6 mars et les jours qui suivirent l’accident, le quotidien France Antilles a relaté en détail le tragique événement et publié de nom-breuses photos du personnel, de certains passagers et de l’épave de l’appareil.

44 ans plus tard, en hommage aux victimes, une édition spé-ciale martiniquaise de ce même journal daté du 6/3/2012 a repris l’intégralité du dossier de l’époque, en images et en textes.

Ce sont ces documents que je vous invite, si vous le souhaitez,  à retrouver à l’adresse suivante :

http://www.martinique.franceantilles.fr/actualite/societe/il-y-a-44-ans-un-boeing-s-ecrasait-en-guadeloupe-06-03-2012-147578.php?pos=29#diaporama

Signalons par ailleurs que le rapport  définitif  sur le crash a été publié à Paris au Journal Officiel du 3 juin 1969.

Au-delà de ce drame qui endeuilla la Guadeloupe et la Martinique, voilà maintenant 45 ans, et qui vit disparaître tragiquement Charles Triclot, il reste qu’une des œuvres de ce  prestigieux peintre-plasticien, singulièrement méconnu chez nous, figure en bonne place dans l’église de Terre-de-Haut, comme un patrimoine religieux inestimable que les Saintois regarderont désormais, nous l’espérons, d’un autre œil.

Chœur de l'église de Terre-de-Haut : artiste inconnu (Photo R. Joyeux)

Chœur de l’église de Terre-de-Haut : artiste inconnu
(Photo R. Joyeux)

                                                                                             R.J.

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C’est la rentrée !

Chaque année, la rentrée, comme on dit, est peut-être pour nous l’occasion d’un nouveau départ, celle de rompre les amarres.
C’est le moment approprié pour vous proposer ce poème.


Les bateaux

Comme des fruits trop mûrs
À l’arbre encore soudés
Somnolant sur l’amarre
Qui les retient au quai
Les bateaux résignés attendent le départ
Océane cueillette qui viendrait les livrer
Aux marchands de projets. 

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Ils ont les cales pleines
De fret mystérieux
De lourds secrets enfouis
Au coeur des cargaisons
Et de fûts arrimés sentant l’huile et le rhum
Dont les aigreurs se mêlent
À l’iode des poissons
Des ponts.

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Ils ont la proue ridée
De ces vieux capitaines
Dont les songes jamais n’atteignent l’horizon
Et le corps buriné
De leur coque écaillée
Parle de meurtrissures
Et de migrations.

Dans les langueurs bleutées
Des chauds après-midi
L’étrave frémissante et la quille lascive
Ils succombent à l’ivresse
Des sournoises caresses
Des eaux flasques
Du port.

Comme eux leurs passagers
Rêvent d’ambitions.
Ils ont le front plissé
Et le coeur alourdi
De marchandises usées
Qu’on refuse aux escales.

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Et leur regard glissant le long des bastingages
Est un livre de bord
Où s’inscriront longtemps d’anciennes livraisons
Qu’ils transportent sans fin
De mouillage en voyage
Et de vague en nuage.

Raymond Joyeux
(Poèmes de l’archipel)

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40 secondes pour 40 ans de travail

un livre de Léoncie VALA-NADILLE

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Plus malmenée que Terre-de-Haut sa voisine, l’île de Terre-de-Bas a été touchée de plein fouet par le séisme de magnitude 6,3 qui frappa l’archipel des Saintes le 21 novembre 2004 et dont l’impact sur les esprits n’a peut-être pas fini, neuf ans plus tard,  de se faire ressentir. Dégâts matériels importants certes, heureusement sans pertes humaines, mais aussi et surtout, liés au cataclysme, nombreux traumatismes psychosomatiques au caractère quelquefois irréver-sible et pas seulement chez les moins endurcis.

À l’époque des faits, tant sur les ondes, radio et télé, que dans la presse écrite, les témoignages, spontanés ou plus élaborés, n’ont pas manqué de s’exprimer tout au long des jours, des semaines et des mois qui suivirent ce tragique événement. Mais, à notre connaissance, c’est à l’écrivain marie-galantais Max Rippon que l’on doit la première publication non scientifique sur le sujet. Intitulé naturellement Six virgule trois, et édité chez Jasor en novembre 2006, cet ouvrage, quoique bien documenté et intéressant, se veut avant tout, comme indiqué sur la couverture et en pages de garde, un simple « racontage »,  autrement dit une sorte de conte inspiré du séisme mais sorti tout droit de l’imagination de son auteur.

Tel n’est pas du tout le cas du livre de Léoncie VALA-NADILLE, publié aux Éditions Nestor en juillet 2011 et intitulé sans équivoque 40 secondes pour 40 ans de travail.

Mais avant d’aller plus loin dans l’analyse de ce livre que nous considérons pour notre part comme un témoignage capital irremplaçable pour l’histoire de l’archipel saintois et les générations futures, quelle que soit par ailleurs leur origine, il convient d’en présenter brièvement l’auteur et sa famille.

Léoncie VALA-NADILLE, elle ne s’en cache pas, est âgée aujourd’hui de 69 ans. Née à Terre-de-Bas, elle a toujours vécu sur son île où elle a commencé à travailler dès 16 ans dans l’épicerie de ses parents. De son mariage avec Raymond VALA, charpentier-menuisier, elle a sept enfants et de nombreux petits-enfants. Ayant elle-même reçu une solide éducation religieuse, (elle a été enfant de Marie et très engagée comme catholique pratiquante dans la vie paroissiale), c’est dans une foi sans faille en Dieu et selon les préceptes de compassion, d’amour du prochain et de charité chrétienne qu’elle élève à son tour ses enfants.

Le jour du séisme, seuls son mari, reconverti dans la boulangerie, sa mère alors âgée de 89 ans, quatre de ses fils et ses petits enfants vivent avec elle à Terre-de-Bas. Les autres membres de la proche famille sont éparpillés en Guadeloupe continentale ou en Métropole. Son frère Mozart Nadille, bien connu aux Saintes, chargé des recherches bibliographiques et auteur d’une superbe et touchante préface qui nous éclaire sur la personnalité de sa sœur Léoncie, est, quant à lui, au congrès des maires à Paris, représentant Fred Beaujour en cure de repos à Matouba. Les époux VALA-NADILLE ont construit, après 40 ans de dur labeur, une superbe maison à Petites-Anses qui fait, jusqu’à ce terrible cataclysme, leur juste fierté… On comprend mieux dès lors l’intitulé de l’ouvrage, illustré par ailleurs de nombreuses photographies.

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Cette simplicité ne signifie pas, loin de là, incompréhension du discours, médiocrité ou vulgarité de la part de l’auteur. Le lecteur est surpris au contraire par la clarté de la langue, la profondeur des réflexions qui émaillent en permanence le récit. Juste évocation de la violence des faits, juste expression des sentiments et ressentis. Souffrances physiques et morales, panique, doutes, découragements, inquiétude, impuissance, révolte, intense angoisse paralysante face à la mort entrevue de si près, face au passé détruit, au présent incompréhensible, à l’avenir incertain et compromis, autant de traumatismes qui sont, non pas balayés, mais constamment sublimés par une foi à toute épreuve, c’est le cas de le dire.

Quelle force de caractère, quelle leçon de courage et de vie, quelle volonté de dépasser une réalité difficilement acceptable par le commun des mortels pour finalement l’appréhender comme une bénédiction divine, grâce justement à l’infaillibilité d’une foi lucide et réfléchie, le contraire exact de l’aveuglement et du fanatisme ! Se demandant ce qu’elle lui a fait pour mériter et vivre, elle et ses semblables, pareil sort, Léoncie est sur le point de voir vaciller sa confiance en Dieu. Puis, se reprenant, c’est le retournement logique et implacable du raisonnement : nous sommes vivants alors que nous aurions pu être ensevelis, morts ou blessés sous les décombres : c’est la preuve que Dieu nous a protégés. La maison est détruite, mais j’ai échappé à l’effondrement du mur de la chambre ; mes petits enfants sont sains et saufs alors que l’escalier a explosé ; ma mère, seule chez elle, n’est pas blessée malgré son âge avancé ; mon mari, mes fils et belles-filles, enfin, sont physiquement indemnes… Terre-de-Bas ne compte pas de morts : merci, mon Dieu, tu nous as épargnés. Et se retournant sur sa maison détruite, le cœur brisé, les larmes coulant de ses yeux comme la pluie qui ne cesse ce jour-là de tomber, c’est l’Ecclésiaste qui vient à son secours et lui donne le courage d’affronter l’inacceptable :  « Que revient-il à l’homme de tout son travail et de la préoccupation de son cœur, objet de ses fatigues sous le soleil ? »

Et c’est ainsi dans presque tout le livre : peu de chapitres en effet sans une citation appropriée de l’Évangile ou de l’Ancien Testament. Procédé et références qui, loin de tourner à l’obsession répétitive, témoignent au contraire non seulement d’une parfaite connaissance des Livres Saints, mais aussi et surtout d’une solide éducation et pratique religieuses où fatalisme et abdication sont absents, où la force de la foi, celle en Dieu comme celle en nous-mêmes, apparaît dans tout son efficient pouvoir de réconfort et de sublimation.

Merveilleux livre de sagesse aussi dans lequel chacun d’entre nous peut puiser réflexion et nourriture spirituelle face aux épreuves de la vie. Livre d’action de grâce enfin qui nous invite non pas à accepter la vie telle qu’elle vient en nous repliant sur nous-mêmes, mais à la prendre à bras le corps, avec confiance et lucidité, quelles que soient les circonstances, présentes ou à venir, heureuses ou malheureuses, afin d’accomplir, croyants ou pas, une destinée dégagée autant que faire se peut du matérialisme envahissant et des vanités qui nous rabaissent.

Merci Léoncie VALA-NADILLE pour cet émouvant témoignage. Votre ouvrage, qui a également le mérite de nous présenter en annexe un instructif abrégé de l’historique de votre commune, ainsi que des informations capitales sur les risques naturels encourus chez nous, devrait figurer dans toutes les bibliothèques familiales, saintoises et guadeloupéennes, dans tous les établissements scolaires du département. Nous ferons notre possible en ce qui nous concerne pour le faire connaître autour de nous. Il restera, à n’en pas douter, un livre de référence sur un événement dramatique majeur qui nous a tous marqués et rentrera à ce titre dans l’histoire des soubresauts telluriques et humains qu’a connus notre si joli mais si fragile petit archipel. C’est d’ores et déjà, plus qu’un souhait, une certitude et une réalité.

                                                                                                         Raymond JOYEUX

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