Jérôme HOFF : cinq ans déjà !

Le 10 octobre 2008, voilà cinq ans presque jour pour jour, Jérôme Hoff s’éteignait à Terre-de-Haut à l’âge de 72 ans. Ce sombre anniversaire est pour nous l’occasion de rappeler que cet artiste discret, méconnu de son vivant, ne devrait pas rester plus longtemps dans l’anonymat. Nos jeunes compatriotes Saintois doivent savoir en effet que, malgré le silence qui enveloppe chez nous injustement sa personne et son œuvre, Jérôme Hoff fait partie de notre patrimoine artistique et humain. Puissent l’hommage et le portrait que nous propose aujourd’hui Alain Joyeux à travers l’évocation de sa personnalité et quelques reproductions de ses œuvres contribuer à mieux le faire connaître, à réhabiliter sa mémoire et son importance. 

Rencontre avec Jérôme Hoff

Jérôme devant maison

Jérôme devant sa case
sur la route du Fort Napoléon -Ph R.Joyeux

À chacun de mes passages aux Saintes, je suis presque toujours monté le voir. La trace des crêtes, l’ascension du Chameau et une halte chez Jérôme ont toujours été mes petits pèlerinages. Il ne me reconnaissait jamais et était alors un peu méfiant, comme s’il voyait tous les démons que je trimbalais avec moi. Mais dès que je lui disais que j’étais « le fils de… », j’étais aussitôt accueilli et absout (apparemment) de toute suspicion. « Et comment va Madame Joubert, ta grand-mère ? » disait-il à chaque fois. Il est vrai qu’ils ont nagé longtemps dans le même bénitier.

Lors de mon dernier séjour, en septembre 2007, un an avant son décès, je suis passé à nouveau devant chez lui en allant un matin au Fort.  Il m’a parlé de sa santé vacillante – il attendait assis sur le pas de sa porte une infirmière qui devait lui rendre visite pour des soins – m’a invité à entrer et a commenté quelques-unes de ses dernières réalisations. Je me suis assis et suis resté quelques minutes à contempler, non pas  vraiment tel ou tel tableau, mais l’ensemble, l’ambiance de cet antre d’art sacré. La naïveté décrétée et assumée du style rajoutait au mystère… Enfance de l’art que cet art-là dans son sens de sincérité et de cœur.

Visage de Christ

Visage de Christ

Je pense que si Christian Bobin l’avait rencontré, il aurait été touché comme s’il avait retrouvé un frère longtemps perdu de vue. Oui, lorsqu’on lit ce dernier et que l’on entre chez Jérôme Hoff, on est presque certain que ces deux-là appartiennent à une même famille d’âme.

De cette case-musée (ou devrais-je dire une hutte de chaman ?), où il vivait célibataire, s’est toujours dégagée pour moi cette atmosphère de temps arrêté, odeur d’enfance éternelle, même atmosphère que chez ma grand-mère lorsque j’étais petit. Peut-être est-ce pour retrouver ces reliques insaisissables de mon jeune temps sacré que je venais à chaque fois tel un pèlerin ? Oui, ça doit être cela…

Vierge en prière et Christ à la fleur. Ph.R.Joyeux

Vierge en prière et Christ aux fleurs : œuvres achetées par Alain –  Ph.R.Joyeux

À l’intérieur, au-delà de l’espace dédié à l’œuvre bibliquement engagée, accrochage prenant tous les espaces possibles du sol au plafond, une table simple avec deux chaises, un verre et une bouteille d’eau, très peu d’objets ; décor de vie qui aurait pu être un modèle à peindre, exemple de cette simplicité chère à Vincent Van Gogh, Paul Cézanne ou Georges Rouault, eux-mêmes, comme Jérôme Hoff, artistes ascètes et célibataires, autodidactes mais travailleurs persévérants, amoureux de l’intensité et de la brillance du simple.

Descente de la Croix - Église de Terre-de-Haut  Ph. R.Joyeux

Descente de la Croix – Église de Terre-de-Haut
Ph. R.Joyeux

Avant l’issue de cette dernière visite, je me suis décidé à  lui  acheter  deux  tableaux  accrochant  mon regard : un Christ rouge aux fleurs (dont l’une faite de ficelle collée), et une Vierge blanche en prière, tous deux peints sur du contre-plaqué récu-péré, avec un cadre fixé par des clous qui dépas-sent… L’objet est maigre, inconsistant, presque friable, tellement en dehors de toute valeur qu’il les contient toutes et en devient inestimable.

L’achat que je fais n’est pas par générosité vraie ou fausse, ni même motivé sur le moment par la beauté de ces tableaux. Il m’importait seulement, je le comprends aujourd’hui, d’emporter enfin avec moi un précieux fragment de lumière d’enfance, un éclat de souvenir, une pépite de cette œuvre d’hom-me, de ce musée céleste hors du temps.

Les tableaux que je lui désigne coûtent chacun 40 euros, le prix est encore écrit au marqueur sur le bois vernis du cadre ! Sans discussion ni mar-chandage, Jérôme me cède les deux pour cinquante. Je suis heureux de pouvoir les payer cash, riche que je suis encore de mon héritage helvète. 1

Je le revois en train de me les emballer soigneusement sur la table en bois de la cuisine avec du papier déchiré d’un sac de farine, un de ceux dont se servent les boulangers pour transporter le pain. Eh oui, il y a le bonhomme, sa maison temple d’art, des sculptures, des tableaux, des phrases bibliques à la peinture blanche sur des panneaux de bois ou de vieilles planches et, pour finir, comme une apothéose, du papier farine pour emballer le tableau vendu.

Sculptures sur bois et corail Ph. R. Joyeux

Sculptures sur bois et corail
Ph. R. Joyeux

Juste avant de partir, il m’a montré, remisé dans  un coin, un grand format soigneuse-ment emballé, cette fois dans du papier bulle et plastique zébré de scotch brun, paré à prendre la mer. Très fier, à la façon des humbles – c’est-à-dire avec humour et détachement – il m’a dit que c’était là un tableau acheté par des Russes qui lui avaient rendu visite. Il a ajouté qu’ils avaient payé comptant une somme aussi coquette que ses statuettes,2 (je ne me souviens plus mais c’était assez important ). Il m’a précisé que ces mystérieux acheteurs, férus d’art naïf, pensaient venir prendre « un jour » leur achat.

Jérôme - Marie et Jésus

Visages de la Vierge et du Christ
Ph. R.Joyeux

Il y avait de quoi être fier, non pas d’une bonne affaire, mais de la confiance qui lui était faite. Et c’est cela, je crois, je veux le croire, cette confiance accordée qui illuminait de fierté son visage. Il m’a dit aussi avec une douce désinvolture qu’il avait vendu beaucoup d’œuvres à des amateurs d’art européens et américains. Voilà pour la reconnaissance artistique.

J’ignore si beaucoup de Saintois savent que leur Jérôme   « local », leur chanteur d’église, celui qui parfois essuyait la moquerie des bien-croyants, vendait ses œuvres à des collectionneurs internationaux !

Inscriptions bibliquesPH. R. Joyeux

Inscriptions bibliques devant la case. Ph. R. Joyeux

Je suis finalement sorti, renonçant à mon escapade au Fort, et suis redescendu au bourg avec mon paquet sous le bras, emballé du papier brun encore légèrement blanchi de farine et noué de vieille ficelle, emballage de simplicité pratique, à l’image que j’avais de l’homme et de son œuvre.
                                                                  Alain Joyeux

1 – L’auteur revenait d’un séjour professionnel en Suisse
2 –Allusion à une chanson de Jérôme : « Mes statuettes, elles sont toujours coquettes...»

P.S. En lisant ce bel et sensible hommage d’Alain à Jérôme Hoff, j’ai pensé que ces quelques mots d’Henri Vincenot, écrivain Bourguignon, convenaient parfaitement à notre personnage :
                          « Tous les solitaires possèdent un art. Les uns font des paniers, d’autres font des instruments de musique, d’autres sculptent… Leur tête-à-tête silencieux avec la nature leur fournit des armes contre l’ennui. Leur intelligence avide s’empare du moindre morceau de bois, de la moindre pierre, pour la triturer. Puis le but immédiat se trouve dépassé, et ce qui n’était au début qu’un passe-temps devient une occupation, puis une passion qui les réchauffe de son feu ardent et fait de leur vie un poème inspiré. »

Prélude à l’aventure, ouvrage posthume, Éditions Anne Carrière 2012 – LP 33010)

R.J.

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Éclairage sur l’origine du Tourment d’Amour ou la fin d’un mythe tenace

« Il était une fois un petit gâteau saintois  fourré à la confiture de coco appelé Tourment d’Amour… »

Quand la commune de Terre-de-Haut fait protéger officiellement l’appellation, la recette et l’origine d’une pâtisserie traditionnelle saintoise 

Unknown-1Comme n’importe quelle production industrielle origi-nale, le Tourment d’Amour de Terre-de-Haut est devenu depuis mai de cette année 2013, une marque déposée à l’Institut National de la Protection Industrielle (INPI), à Paris, en attendant d’être définitivement recon-nu comme étant « le seul, l’unique, le véritable » à l’INAO, l’Institut National de l’Origine et de la qualité.

Que l’on protège de toute contrefaçon cette pâtisserie locale devenue à la longue traditionnelle et qui a acquis de notoriété publique sa renommée aux Saintes, était certainement une excellente initiative et une nécessité. Nul ne le contestera. Mais de là à affirmer avec la plus parfaite certitude que le Tourment d’Amour est une création gastronomique spécifiquement saintoise, c’est aller, semble-t-il, un peu vite en besogne.

Quand un Saintois expatrié épouse une pâtissière originaire de Baie- Mahault

Dôme du magasin le Bon Marché à Pointe-à-Pitre

Dôme du magasin le Bon Marché à Pointe-à-Pitre

Sans vouloir donner un (petit) coup de pied dans la fourmilière du chauvinisme saintois, il faut remonter au milieu des années 1920 pour connaître l’origine exacte, l’évolution et la vulgarisation de la recette de cette pâtisserie qui fait tourner la tête aux touristes et dont bon nombre de cuisinières-pâtissières saintoises revendiquent aujourd’hui la maternité, avec un peu trop de fierté feinte, selon nous, pour être sincère.

Donc, aux alentours de 1925, un Saintois entreprenant, originaire de Terre-de-Haut, M. Louis Thomas, est directeur de la plus importante mercerie générale de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le Bon Marché. Il a épousé Melle Eugénie Célany, belle et grande « capresse » de Baie-Mahault, pâtissière et cuisinière occasionnelle de son état.

Mme Thomas est sollicitée régulièrement par les grandes familles riches de la Grande-Terre pour organiser banquets et réceptions, et livrer à domicile gâteaux et pâtisseries dans la réalisation desquels elle a forgé sa renommée. Parmi ses nombreuses spécialités, elle réalise depuis fort longtemps à partir d’un moule-plateau artisanal fabriqué localement, un grand gâteau rond ou rectangulaire, à base de génoise posée sur un fond de pâte brisée, fourré à la confiture de noix de coco, qui fait le délice de ses clients et dont elle est sans doute la seule à détenir la recette et peut-être la première à l’avoir expérimentée.

Eugénie Célany  dite Man NINI en 1951 Photo aimablement communiquée par Kelly Cassin

Eugénie Célany dite MAN NINI en 1951

Quand la génoise au coco franchit le Canal des Saintes

À cette époque lointaine, cette pâtisserie originale, qui ne s’appelle pas encore tourment d’amour, est inconnue aux Saintes, alors même que l’archipel regorge de ses propres spécialités comme la doucelette, le pâté-coco, la boboyotte, le « bonbon mou », le sucre d’orge, le berlingot, le suc-à-coco avec ou sans tête rose, le gâteau patate et j’en passe…

Portion de tourment d'amour

Portion de tourment d’amour

En 1928, année du terrible cyclone qui ravagea la Guadeloupe et ses dépendances, M. Louis Thomas tombe gravement malade et regagne Terre-de-Haut avec son épouse pour y mourir. Devenue veuve, Eugénie Célany qui habite la maison de feu son mari, face au Café de la Marine, épouse en secondes noces Jean-Marie Joyeux, lui-même veuf depuis quelques années. Le couple élit domicile dans cette grande demeure du quartier du Mouillage qui se prolonge par une arrière-cour fermée disposant d’un puits, d’une citerne et d’un four à pain.

pièce montéeC’est dans cette maison – qui abritait encore récemment le restaurant Le Mouillage – qu’Eugénie Célany, désormais Mme Jean-Marie Joyeux, appelée familièrement Man NINI, va ouvrir une boulangerie, un restaurant et une    » fabrique  » de pâtisseries diverses :   » bonbons mous », « pyramides décorées » et autres sucreries pour anniversaires, baptêmes, communions et mariages…  Et toujours dans un grand moule, vendue entière et sur commande, la génoise (gâteau fouetté au beurre) fourrée à la confiture de noix de coco qui n’est pas encore connue sous l’appellation Tourment d’Amour.

Estelle Célany, nièce de  Man NINI Ph : Kelly Cassin

Estelle Célany,nièce de Man NINI

Fréquentent alors la maison de Man NINI, sa nièce Estelle Célany, qui deviendra la Grand-mère de notre ami Patrick Rogers et qui reprendra le restaurant et la pâtisserie à la mort de sa tante, Rachel Foy, une des filles de Jean-Marie Joyeux dont le mari est lui-même boulanger, et Irène Joyeux, la maman du célèbre chanteur-troubadour Joyeux de Cocotier. Sous la férule de Man NINI, ces trois jeunes femmes apprennent la pâtisserie, aident la patronne à réaliser ses plats et gâteaux commandés à l’occasion de diverses cérémonies, et reçoivent en héritage la recette de la génoise fourrée.

Quand les petits moules ronds et les premiers fours au gaz arrivent enfin à Terre-de-Haut

 Les petits moules ronds étant introuvables aux Saintes à cette époque et, en l’absence de four individuel, la génoise au coco, qui n’a encore ni le nom, ni la forme, ni la renommée qu’on lui connaît aujourd’hui, est cuite au four à pain dans un grand moule et se vend en portions directement au fournil, sans pour autant bénéficier d’un réel engouement.

 sdc15582C’est seulement au milieu des années 1960, que les petits moules crénelés circulaires faisant leur apparition, deux anciennes aides-pâtissières de Man NINI, Rachel Foy et Irène Joyeux, équipées toutes deux à demeure, l’une du four en dur de son mari, l’autre d’une gazière individuelle, eurent l’idée de les utiliser pour réaliser ces petits gâteaux fourrés qu’elles vendent à l’unité sur le pas de leur porte : le véritable et actuel tourment d’amour était né sous sa forme la plus courante, résultant de la combinaison d’une recette venue de Baie-Mahault, de l’introduction aux Saintes de fours individuels et de l’idée d’utiliser de petits moules.

Quand la  recette et la vente publique du gâteau au coco se popularisent

 Dès lors, avec l’explosion des moyens de transports et une fréquentation de plus en plus accrue de touristes et visiteurs à Terre-de-Haut, beaucoup de ménagères saintoises, douées autant pour la préparation du poisson sous toutes ses formes que pour la pâtisserie, ont tôt fait de s’apercevoir que la vente libre sur la voie publique du tourment d’amour allait mettre un peu (beaucoup) de beurre dans leur court-bouillon.

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Les vendeuses de rue se multiplient alors à l’arrivée et au départ des bateaux, et rares sont les visiteurs qui  reprennent la navette du retour sans leur(s) petit(s) paquet(s) de « tourments », pour le plus grand plaisir de leurs amis, enfants ou parents restés sur « le continent » ! Car si la recette s’est répandue dans toute la Guadeloupe, et que les tourments d’amour se vendent désormais dans les supermarchés de Pointe-à-Pitre ou de Basse-Terre, seuls ceux des Saintes prétendent avoir conservé leur saveur originelle et se prévalent du label « traditionnel », avec tout ce que cela implique de fantasmagorique dans l’imaginaire et le palais des dégustateurs !

Quand la légende, même non avérée, contribue au charme de la chose et de son appellation

Si nous savons maintenant comment a été introduit, a évolué et s’est popularisé le « Tourment d’amour » à Terre-de-Haut, il n’en va pas de même de l’origine de l’appellation. Bien inspiré en effet celui ou celle qui saurait dire qui le premier a utilisé cette appellation et en quelle circonstance. Une première légende prétend qu’elle serait venue spontanément à l’esprit et aux lèvres d’une épouse se languissant de son mari parti en mer, et réalisant ce gâteau en l’absence de ce dernier, aurait compensé sa frustration d’amoureuse par le moelleux de la génoise et la douceur du coco. Une autre dit que ce serait au contraire pour satisfaire son mari à son retour de la pêche, lequel ayant enduré mille tourments loin de sa bien-aimée, aurait été récompensé de sa patience en dégustant à son retour la savoureuse pâtisserie à la confiture…

Je vous laisse le soin de choisir celle qui vous convient,  ne sachant vous dire laquelle est la vraie ou si elles sont toutes deux également fausses, bien qu’évoquant l’une et l’autre l’amour et ses tourments, au féminin comme au masculin !.. comme je ne saurais vous donner la recette du vrai Tourment d’Amour. Car si j’ai souvent trempé le doigt avec délectation dans la confiture de coco ou autre de ma mère et de mes tantes, je ne me suis jamais hasardé à mettre les mains dans la farine. Par contre ce que je peux vous affirmer à coup sûr c’est que cette histoire m’a été contée, (presque) mot pour mot par un petit-fils de Jean-Marie Joyeux, filleul de Man NINI, âgé aujourd’hui de 79 ans et qui a vécu son enfance et son adolescence dans la maison même où se réalisa le premier tourment d’amour de Terre-de-Haut et sur la façade de laquelle je suggère aux autorités d’apposer une belle plaque commémorative… en forme arrondie de Tourment d’Amour bien entendu… 

Raymond Joyeux

PS. Je remercie Kelly Cassin, la petite fille d’Estelle Célany, pour m’avoir aimablement communiqué les photographies de sa grand-mère et de Man NINI. Par ailleurs tous commentaires, remarques ou précisions concernant cet article seront les bienvenus.

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Insupportable discrimination

Un couple de Saintois indignés écrit au Ministre des Outre-Mer

Ayant reçu ce courrier destiné à Monsieur le Ministre Victorin Lurel, c’est volontiers que nous le publions ici in extenso en lettre ouverte, à la demande de ses auteurs, avec l’espoir, à l’heure où l’informatique facilite les communications, de voir évoluer dans le bon sens les rapports entre les originaires de l’Outre-Mer et les administrations publiques ou privées métropolitaines, et de susciter la réaction de nos lecteurs. Nous avons bien entendu volontairement occulté l’identité des intéressés.

Nous profitons de cette occasion pour demander à tous nos amis qui suivent ce blog de bien vouloir vérifier s’ils continuent à recevoir les articles par mail, sinon ils devraient se réinscrire, car certains nous ont signalé que ce service s’était inopinément déconnecté de leur boîte de réception. Merci d’avance.
                                                                    R. Joyeux

Monsieur et Madame M.D.                          Terre-de-Haut, le 10 septembre 2013
97137 Terre-de-Haut

 Objet : Discriminations

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Monsieur Victorin LUREL
Ministre des Outre-Mer
27 Rue Oudinot

75007 – PARIS

Monsieur le Ministre des Outre-mer,

Ne sachant pas exactement à qui se plaindre ou à quel saint se vouer dans le cas de discriminations multiples vécues honteusement à Paris, capitale de France, pays des droits de l’homme, c’est à vous tout naturellement que nous adressons ce courrier.

Notre fille E.L, de nationalité Française « je le rappelle », ayant cette année obtenu  son  BAC. S,  c’est le 10 août  2013 que nous nous envolions vers Paris, ayant au préalable et pour sa gestion personnelle, pris soin de la doter de deux comptes bancaires, au Crédit Agricole et à la Banque Postale en Guadeloupe. 

Après une journée de repos à l’hôtel préalablement réservé pour un mois, dès le lundi 12 août au matin, nous nous sommes, tous trois présentés à la mairie du 11 ème arrondissement de Paris pour constituer un dossier en vue de la location d’un logement. Après avoir déployé toutes les meilleures politesses et décliné nos identités et nos souhaits, il nous à été remis un formulaire des différentes pièces à fournir et, à notre grande surprise, sur ce document était apposée une croix sur le paragraphe nous réclamant : la carte de séjour.

Mairie du XXI ème arrondissement

Mairie du XXI ème arrondissement

Pendant trois semaines nous avons sillonné la capitale, visitant par jour une dizaine d’agences immobilières, avec toutes en vitrines des annonces de logements vacants. Or, malgré la présentation des nos documents (fiche de pension, fiche de salaire, feuille d’impôts), documents prouvant que la totalité des revenus était souvent de 6 fois supérieure au montant du loyer; malgré nos politesses et notre abaissement au point de parfois supplier ces gens,  nous n’avons à aucun moment pu obtenir gain de  cause, parfois même on nous a claqué la porte au nez.

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Une autre adresse où écrire

Heureusementdans notre désarroi, c’est un compa-triote Guadeloupéen de Saint-Claude, appelé en dernier recours, qui nous a sauvé de ce désastre en nous louant un petit appartement, alors que nous étions sur le point de retourner chez nous avec notre fille, perdant ainsi les frais d’inscription déjà versé à l’Institut Général de Préparation aux études paramédi-cales et médicales où elle était admise.

La galère n’était cependant pas terminée. Quand nous nous sommes présentés chez Orange,  pour l’abonnement d’un portable, nous avons appris que celui de Guadeloupe ne valait plus rien sur le territoire national.  De plus, les deux agences Orange du Centre commercial Porte d’Italie et des Galeries Lafayette Montparnasse nous ont signifié que le RIB de Guadeloupe joint au justificatif de logement n’était pas non plus valable, le code postal 971 n’étant pas reconnu par l’ordinateur de ce géant de la téléphonie ! Pour finir, nous avons essuyé ce dernier propos : « C’est bien la preuve que vous n’êtes pas Français ! »

Le bon sens est plutôt à venir

Disons plutôt est « à venir »

Quant aux deux banques déjà mentionnées, le Crédit Agricole et la Banque Postale, toutes deux nous ont répondu qu’il fallait à nouveau ouvrir un compte chez eux à Paris, et nous en avons la preuve. À notre demande de faire un transfert de compte à compte, nous avons essuyé un refus total. Pourtant lors de notre dernière intervention en Guadeloupe auprès du Crédit Agricole, nous avons suffi-samment répété que ce compte était destiné aux études de notre fille à Paris. Nous sommes d’ailleurs bien décidés à demander des explications aux deux banques concernées.

Face à ces situations plus que désobligeantes, Monsieur le Ministre des Outre-Mer, une réflexion nous vient à l’ esprit dont nous devons absolument vous  faire part à travers ces deux questions :
– Que sommes nous, nous Antillais, dans et pour la France ?
– Ce fléau de discriminations et d’inégalités n’est-il pas la source de la délinquance des jeunes ?

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D’où qu’il vienne

Monsieur le Ministre des Outre-Mer, nous menons depuis bien longtemps à vos cotés ce combat pour l’évolution et l’acceptation des uns et des autres, aussi avec tout le respect que nous vous devons, nous vous informons que ce courrier sera envoyé aux différents presses et médias pour diffusion.  Le malaise national étant en effet trop dévastateur pour nos jeunes expatriés, nous pensons qu’une large diffusion de cette lettre préservera à coup sûr nos futurs étudiants dési-reux d’enrichissements en Métropole.

Dans l’attente d’une réponse claire et précise de votre part, nous vous prions, Monsieur le Ministre des Outre-Mer, d’agréer l’expression de nos sincères et respectueuses considérations.

M. et Mme M.D.

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Aux sources de notre identité

À une époque où tout semble se perdre de notre passé, donc un peu de notre identité, je vous propose cette évocation nostalgique des Saintes d’autrefois, témoignage poétique et culturel de ce qu’ont connu il n’y a pas si longtemps nos compatriotes des générations précédentes. Sans sombrer dans un passéisme stérile ou des considérations d’arrière-garde, ce très beau texte de Félix FOY* se veut avant tout une page de notre histoire. Mais c’est aussi un cri d’alarme et une réflexion sur les ravages du modernisme à tout va, sur le changement radical des mentalités et des comportements induits par la transformation galopante du cadre de vie sur un minuscule territoire insulaire, sensible à toute modification de son écosystème. Souhaitons qu’il contribue à mettre un peu de baume au cœur des anciens et à faire prendre conscience aux plus jeunes qu’il y a encore quelque chose à sauver chez nous.

Raymond Joyeux

 Nostalgie

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Félix Foy
Photo R.Joyeux

Il était une fois une île baignée par l’Océan Atlantique, bercée par la Mer des Antilles, caressée par l’alizée, où il faisait bon vivre sous le soleil tamisé par le feuillage des poiriers. Cette île, c’était moi, Terre-de-Haut. Oui, je parle au passé, mes enfants, tellement mon présent est vu à la dérobée et mon avenir dérisoire. Je suis au bout du rouleau, au creux d’une déferlante, je suis submergée, dans le lac,  ou plutôt le bec dans l’eau. Je meurs d’asphyxie, je suffoque : au secours !

Alors que Terre-de-Haut, ce nom qui était le mien pourrait être défini par : Terre Haute, île occupant une position élevée, avec des habitants portant tête haute, voilà que mes filles et mes fils m’ont oubliée. Cela me fait crier aujourd’hui :  » N’y a-t-il pas parmi vous un seul qui veuille me raconter ? Devrais-je le faire moi-même ? « 

Il me reste encore un peu de force, un peu de vie, aussi aimerais-je vous demander simplement de me tenir la tête hors de l’eau, de me laisser souffler un peu et je vous conterai mon histoire :

Vous m’aviez reçue en héritage, moi, une île aux belles eaux, limpides et propres, avec des côtes harmonieusement découpées où plages et rochers se succédaient de manière enchanteresse ; des mornes et des vallées chatoyants où vos parents gambadaient, couraient ou tout bonnement se baladaient sur des sentes agréablement ombragées. Ils se souviennent encore comment il faisait bon d’aller du Mouillage au Marigot, ou du Fond de Curé à l’Anse Rodrigue et à Figuier ; comme il était doux de se coucher sur l’herbe dans Fond (le pré Cassin), se laisser bercer par le roucoulement de mes tourterelles.

Terre-de-Haut vue du Chameau Années 50

Terre-de-Haut vue du Chameau
Années 50

Lagon du Marigot  années 60

Lagon du Marigot
années 60

Être à Marigot après une fine pluie, c’était se retrouver au milieu d’un spectacle mer-veilleux qu’on aimerait sans fin : la savane toute rouge de crabes de terre était un régal. Les enfants s’adonnaient à cœur joie dans une pêche tou-jours fructueuse qui était une occasion de plus pour que les mamans se distinguent à la cuisine en préparant un mets succulent : le matété .

Le tour du lagon offrait à leurs yeux toute la générosité de la nature où éclatait la vie : petits crabes à gros mordants, différentes espèces d’oiseaux. Les poules d’eau, alouettes, bécasses, jambes jaunes, kios… continuaient le spectacle en un concert de battements d’ailes, de cris et de chants.

Il y avait là aussi une véritable frayère. À la saison des pluies le lagon débordait vers la baie, les poissons y venaient pondre, frayer, et repartaient vers la haute mer : les alevins naissaient et se développaient en toute sécurité, car la saison sèche venue, le lagon se refermait. Nouvelle ouverture à l’hivernage suivant, et tout ce petit monde gagnait le large, croisant les gros qui revenaient pour un nouveau frai. Bécunes, grand’écailles, mayols, mulets, poissons chats, dormeurs, crevettes étaient les hôtes les plus nombreux.

Étang Bélénus avant la construction de l'aérodrome

Étang Bélénus avant la construction de l’aérodrome

Les abords de l’Étang Bélénus étaient le passage obligé pour aller à Grand’Anse ou à Rodrigue et, là encore, admirer la flore et la faune était un ravissement. Les follettes et nénuphars, plantes aquatiques à larges feuilles circulaires et à fleurs blanches, embaumaient l’atmos-phère et se mariaient bien avec les « chances » pour couvrir toute la surface de l’eau. Aigrettes, crabiers, hérons, sarcelles, canards sauvages complétaient le tableau, offrant de gracieuses et amoureuses arabesques de leurs danses nuptiales.

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Crabier des Saintes Photo R.Joyeux

La saison des fruits attirait dans mes mornes et mes vallons une ribambelle de gamins qui se gavaient de pommes cannelle, corossols, mangues, muricifs, olives, cerises, merises, cajous ou anacardes, pommes surettes ou jujubes, surelles et icaques qui leur procu-raient une réserve de vitamines pour la morte saison.

Malgré la sécheresse qui souvent sévissait, quelques courageux de mes fils cultivaient la terre. C’est ainsi que de l’Anse Mire au Marigot, et de part et d’autre du sentier conduisant à Pompierre, s’étalaient des champs de maïs, pois de bois ou pois d’Angole, combos et coton. Sous ce couvert végétal poussaient aussi giraumons, patates douces et pois aux yeux noirs. Dans le bourg, toutes les portions non construites produisaient quelque plantation. Du Fond de Curé en passant par la Savane et jusqu’au Pain de Sucre on pouvait admirer ce même spectacle de culture vivrière et d’arbres fruitiers.

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Pleine saison d’hivernage à Terre-de-Haut
Photo Alain Joyeux

Tout autour de moi, le long de mes côtes, le poisson abondait. Les oiseaux marins, frégates, pélicans, gibiers blancs, nègres à Éloi et pailles en queue avertissaient de l’arri-vée des bonites, thons, gros poissons, comme disaient les plus anciens. Pisquettes et cailleux affluaient sur les plages et faisaient le bonheur des pêcheurs à l’épervier. Les coquillages en grand nombre, paisiblement agrémentaient mes fonds et mes rochers.

Frégate royale

Frégate superbe. Photo A.Joyeux

Bercés par le murmure des flots et de la brise, vous viviez en mon sein, malgré le labeur quoti-dien, des journées paradisiaques clôturées par de radieux couchers de soleil. Dans le silence et le calme de mes soirées, vous rêviez en regardant, par nuits noires, le ciel étonnamment étoilé ; par clair de lune, la baie reflétait, et comme un gigantesque miroir vous envoyait mes formes et mes contours, un relief insoupçonné le jour. Des hululements de chouettes ou autres rapaces noc-turnes vous tiraient de votre rêverie, annonçant l’heure du repos.

Un aéroport a remplacé l'Étang Bélénus

Peu exploitée aujourd’hui, une piste bétonnée a remplacé l’Étang Bélénus

Tout cela a bien changé. À qui la faute ?  Je n’incriminerai personne. On ne peut arrêter, paraît-il, un certain progrès. Progrès dévastateur, bien des fois, si l’on n’est pas vigilant. Peut-être qu’une génération a vécu faute d’informations, sans souci de protéger la nature.

Les choses ne reviendront plus comme avant, mais tout n’est pas perdu. Il reste encore des choses à sauver. Je vous prie, mes fils, mes filles, regardez, réfléchissez sur l’écologie et sur ma démographie galopante. Sauvez-moi, faites en sorte que vous puissiez à nouveau vous baigner sur mes plages, sans risque de contamination, dans une eau régénérée, et vivre sur votre île sans pollution aucune, dans la merveilleuse fratrie  d’antan.

18 heures surla baie

Mois de septembre : 18 heures sur la baie
Photo Raymond Joyeux

Sauvez votre patrimoine. Sortez-moi de cette déferlante. Vous êtes bons nageurs et pour vous être baignés à Grand’Anse, vous connaissez la technique pour sortir d’une vague dangereuse. Deux méthodes : plonger dessous pour la laisser passer et nager très vite pour retrouver la terre ferme, ou se porter au sommet et se laisser déposer sur le sable, partir pour une nouvelle brasse ou plutôt repartir du bon pied, ce que j’attends de vous.

Toi, mon fils, qui me permets aujourd’hui de m’exprimer ainsi, comment t’appelles-tu déjà ?

Félix FOY*

* L’auteur de ce merveilleux texte, Félix Foy, est né à Terre-de-Haut en 1934. Technicien de France Télécom,  il a commencé sa carrière à Paris et l’a terminée à Basse-Terre en Guadeloupe où il a été muté en 1977. Aujourd’hui retraité, Félix – Féfé pour les amis – est considéré comme un sage, réfléchi et pondéré. Grand amoureux et connaisseur de l’histoire et de la géographie de son île natale, il est père de trois enfants, grand-père et arrière-grand-père. Il a collaboré au journal L’IGUANE de 1990 à 1994. Ses chroniques sur la vie saintoise pendant la seconde guerre mondiale sont restées célèbres. 

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Le lambi : une espèce sous haute surveillance

Photo Raymond Joyeux

Photo Raymond Joyeux

Selon l’article 16 de la règlementation de la pêche en Guadeloupe, la capture du lambi est autorisée dans nos eaux du 1er octobre au 31 janvier. Seuls les pêcheurs professionnels régulièrement inscrits aux affaires maritimes peuvent s’y adonner, à condition toutefois de respecter un certain nombre de contraintes définies par la règlementation.

Un moment menacé de disparition, consé-quence d’une capture et d’une consommation anarchiques excessives, ce mollusque marin, très apprécié des connaisseurs caribéens, a été placé en effet sous haute surveillance, et les contrevenants qui se font prendre encou-rent de lourdes peines dont les médias s’en font chaque année l’écho, rappelant à l’occasion les règles officielles encadrant cette activité :

« – Toute capture, colportage ou vente de lambis ne possédant pas le pavillon formé et n’ayant pas un poids en chair nettoyée de 250 grammes au minimum par individu, est interdit en tout temps, tous lieux.
– Tout colportage ou présentation à la vente en frais de lambis découpés de manière à empêcher l’évaluation du poids en chair nettoyée est interdit en tout temps, tous lieux.
– La pêche du lambi est interdite pour les pêcheurs plaisanciers en tout temps, tous lieux.
– La pêche du lambi est interdite pour les pêcheurs à pied en tout temps, tous lieux.
– La pêche de ce gastéropode est interdite du 1er avril au 31 août inclus dans les îles du nord.
– La pêche de ce gastéropode est interdite du rivage jusqu’au fond de 25 m du 1er janvier au 30 septembre inclus.
– Toute pêche de ce gastéropode est interdite au-delà des fonds de 25 m du 1er février au 30 septembre inclus.
– La vente en frais du lambi pendant les périodes de fermeture est interdite. »

 Un lent processus de développement

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Larve de lambi
Document Lameca

Après avoir été fécondée par un mâle adulte reproducteur, la femelle lambi commence un cycle de ponte qui peut aller jusqu’à 8 fois l’an, à intervalle régulier. Les œufs, entre 300 000 et 400 000 à chaque ponte, invisibles à l’œil nu, sont plus petits qu’un grain de sable. Ils s’agglutinent à un cordon gélatineux enroulé sur lui-même en forme de croissant posé sur le fond. Au bout de 5 jours naissent les bébés lambis, toujours invisibles à l’œil nu. Ils quittent alors le fond sableux pour se mêler au plancton en surface. Portées par le courant, les larves deviennent la proie de nombreux prédateurs. C’est donc une faible quantité de nouveaux nés qui finissent par survivre et se développer.

À 3 semaines, le bébé lambi mesure environ 1 mm et retourne sur le fond, entraîné par sa coquille. Celle-ci va se développer progressivement en même temps que le corps de son hôte, pendant 4 ans, jusqu’à atteindre, à l’âge adulte, 25 centimètres. En vieillissant, la coquille s’épaissit et perd ses belles nuances de nacre rosée.

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Chair du lambi et coquille adulte

C’est seulement lorsque le pavillon du coquillage, appelé aussi strombe, conque ou écale, est bien formé et que la chair du lambi nettoyée pèse au moins 250 grammes que sa capture et sa commercialisation sont autorisées pour les professionnels, mais seulement, comme il est précisé plus haut, pendant les 4 mois définis par la législation.

Les méthodes de pêche

Pendant longtemps, aux Saintes, le lambi au même titre que la langouste, ne constituait pas une activité de pêche très lucrative, ni, comme aujourd’hui, un mets particu-lièrement apprécié des consommateurs. Les premiers pêcheurs de ce gastéropode, appelés plongeurs de lambis, capturaient alors le coquillage en apnée, munis d’un simple masque et d’un sac de jute qu’un matelot resté sur le canot tirait à bord à l’aide d’un filin. Progressivement, au cours de la dernière guerre mondiale, nécessité faisant loi, la consommation s’est accrue et les pêcheurs, confrontés à une plus forte demande, ont confectionné un premier modèle de drague rudimentaire censée leur éviter la fatigue des plongées à répétition. Mais l’engin n’était guère perfectionné, ce qui n’empêchait pas ses possesseurs de garder le secret de sa fabrication et de son fonctionnement… et d’alimenter à chaque sortie leurs « parcs à lambis » en attendant de vendre leurs prises à la population ou aux marchandes de Trois-Rivières. Les recettes se comptaient en sous ou anciens francs de l’époque :  en moyenne 9 francs pour 12 lambis nettoyés, vendus à l’unité. Aujourd’hui le kilo se négocie entre 18 et 20 € !

Photo Marc-André Bonbon

Drague : photo Marc-André Bonbon

À force de tâtonnements, l’ingéniosité naturelle prenant le dessus, un modèle définitif et parfai-tement fonctionnel de drague articulée, en fer de construction voit le jour, adoptée rapidement par tous les pêcheurs de lambis. Ci-contre celle ayant appartenu à M. André Bonbon le plus célèbre pêcheur de lambis des Saintes. Voici le témoignage d’un autre pêcheur rapporté par Jean-Luc Bonniol dans son livre : Terre-de-Haut des Saintes,  (Éditions Caribéennes – 1980 – page 108) : « On pêche à la drague en canot monté par trois hommes dont deux restent dans le canot : l’un manœuvre l’embarcation, l’autre hisse la drague, le troisième se met à l’eau muni d’un masque vitré en caoutchouc, explore le fond et dirige l’engin de façon à l’amener au-dessus des conques. On peut remonter deux à trois lambis à la fois à l’aide de la drague ; une équipe de dragueurs arrive à en pêcher 250 à 300 par jour. Ce rendement était inconnu jusqu’à ce jour. « 

Folle

Folle à lambis armée de ses flotteurs

Au début des années 1990, une autre méthode de pêche apparaît et se répand rapidement : la folle à lambis, sorte de filet à larges mailles tressées, long de 100 à 150 mètres sur une largeur variant de 1,20 à 4 m. Ce filet est monté entre deux ralingues : celle du haut recevant les flotteurs, celle du bas munie de grosses pierres lisses permettant à la folle de se maintenir debout sur le fond. Des bouées à la surface indiquent au pêcheur son emplacement. La folle est tendue sur les herbiers pendant 2 à 7 jours et les lambis en migration viennent s’empêtrer dans les mailles de la partie inférieure touchant le sable.

Un coquillage millénaire aux multiples utilisations

Pututo, Chavin 1000-500 av. J.-C., Lombards Museum

Pututo, Chavin 1000-500 av. J.-C., Lombards Museum

Existant dans la Caraïbe bien avant l’arrivée des premiers hommes, le lambi n’était pas (et n’est pas) pêché que pour sa chair. Les Amérindiens utilisaient la conque pour y tailler des outils et des hameçons, sculpter des œuvres d’art. Les esclaves s’en servaient comme trompe d’appel, de signal d’avertissement et de rassemblement. Aujourd’hui, elle est vendue aux touristes comme coquillage. Aux Saintes comme en Guadeloupe, à Saint-Barth et sans doute dans beau-coup d’autres communes littorales des Antilles, les strombes servent de décoration et d’ornement aussi bien dans les salons qu’autour des monuments mortuaires et des tombes, comme ci-dessous aux Saintes :

allée du cimetière

Entrée du cimetière de Terre-de-Haut

 Un appel à la responsabilité

andré

M. André Bonbon, 86 ans, pêcheur de lambis retraité
Photo Raymond Joyeux

Alors qu’en Guadeloupe, donc aux Saintes, s’ouvre dans quelques jours la saison du lambi, nous ne pouvons que lancer un appel à la responsabilité. Ce coquillage dont les multiples préparations culinaires font le délice des gourmets, mérite toujours d’être protégé. Une pêche intensive ou braconnière mettrait inévitablement en péril sa survie et par le fait même un  pan fragile de notre culture caribéenne. Nous ne sommes plus au temps où ce surprenant gastéropode tapissait nos fonds marins, « comme des vers », selon l’expression du plus célèbre pêcheur saintois de lambis, M. André Bonbon, qui a pratiqué cette pêche pendant plus de 50 ans et qui a toujours bon pied bon œil, en dépit de ses 86 ans !

Pour conclure ce dossier, nous signalons à nos nom-breux lecteurs intéressés par le sujet qu’ils pourront s’ils le souhaitent consulter le site de La Médiathèque Caraïbe (lameca), organisme dépendant du Conseil Général de Guadeloupe en cliquant sur le lien suivant

http://www.lameca.org/dossiers/lambi/index.htm

R.J

Conques avec chair

Lambis et leur chair apparente : photo Raymond joyeux

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Intermède poétique et musical avec Léo Ferré

« Léo Ferré est sans doute le poète le plus important du XX è siècle. »
André Breton

FerreEn cette fin de semaine chargée en informa-tions, et à plus de 2500 visites sur ce blog, grâce à vous en à peine deux mois d’existence, pour vous remercier de votre fidélité, permet-tez-moi de vous proposer une pause en poésie avec une chanson de Léo Ferré. Le même qui écrivait dans une préface à un de ses recueils :  » La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore. Cela arrange bien des esthètes que François Villon ait été un voyou. On ne prend les mots qu’avec des gants : à « menstruel » on préfère « périodique » et l’on va répétant qu’il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires ou du Codex. Le snobisme scolaire qui consiste à n’employer en poésie que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu’ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain. Ce n’est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse. Ce n’est pas le mot qui fait la poésie, c’est la poésie qui illustre le mot. »

Poète… vos papiers !

Bipède volupteur de lyre
Epoux châtré de Polymnie
Vérolé de lune à confire
Grand-Duc bouillon des librairies
Maroufle à pendre à l’hexamètre
Voyou décliné chez les Grecs
Albatros à chaîne et à guêtres
Cigale qui claque du bec

Poète, vos papiers !
Poète, vos papiers !

images

J´ai bu du Waterman et j’ai bouffé Littré
Et je repousse du goulot de la syntaxe
A faire se pâmer les précieux à l´arrêt
La phrase m´a poussé au ventre comme un axe
J´ai fait un bail de trois six neuf aux adjectifs
Qui viennent se dorer le mou à ma lanterne
Et j´ai joué au casino les subjonctifs
La chemise à Claudel et les cons dits  » modernes « 

Syndiqué de la solitude
Museau qui dévore que couic
Sédentaire des longitudes
images-3Phosphaté des dieux chair à flic
Colis en souffrance à la veine
Remords de la Légion d´honneur
Tumeur de la fonction urbaine
Don Quichotte du crève-cœur

Poète, vos papiers !
Poète, vos papiers !

Le dictionnaire et le porto à découvert
Je débourre des mots à longueur de pelure
J´ai des idées au frais de côté pour l´hiver
A rimer le bifteck avec les engelures
Cependant que Tzara enfourche le bidet
A l´auberge dada la crotte est littéraire
Le vers est libre enfin et la rime en congé
On va pouvoir poétiser le prolétaire

Spécialiste de la mistoufle
Émigrant qui pisse aux visas
Aventurier de la pantoufleimages-2
Sous la table du Nirvana
Meurt-de-faim qui plane à la Une
Écrivain public des croquants
Anonyme qui s’entribune
A la barbe des continents

Poète, vos papiers !
Poète, documenti !

Littérature obscène inventée à la nuit
Onanisme torché au papier de Hollande
images-4Il y a partouze à l´hémistiche mes amis
Et que m´importe alors Jean Genet que tu bandes
La poétique libérée c´est du bidon
Poète prends ton vers et fous-lui une trempe
Mets-lui les fers aux pieds et la rime au balcon
Et ta muse sera sapée comme une vamp

Citoyen qui sent de la tête
Papa gâteau de l’alphabet
Maquereau de la clarinette
Graine qui pousse des gibets
Châssis rouillé sous les démences
Corridor pourri de l’ennui
Hygiéniste de la romance
Rédempteur falot des lundis

Poète, vos papiers !
Poète, salti !

images-1

Que l´image soit rogue et l’épithète au poil
La césure sournoise certes mais correcte
Tu peux vêtir ta Muse ou la laisser à poil
L´important est ce que ton ventre lui injecte

Ses seins oblitérés par ton verbe arlequin
Gonfleront goulûment la voile aux devantures
Solidement gainée ta lyrique putain
Tu pourras la sortir dans la Littérature

Ventre affamé qui tend l’oreille
Maraudeur aux bras déployés
Pollen au rabais pour abeille
Tête de mort rasée de frais
Rampant de service aux étoiles
Pouacre qui fait dans le quatrain
Masturbé qui vide sa moelle
A la devanture du coin.

Poète… circulez !
Circulez poète !…Circulez!

 

R.J

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Roméo LÉON : un génie incontournable du maquettisme naval

Roméo photoFils de charpentier de marine, Roméo Léon, né en 1949 à Terre-de-Haut, a vécu depuis toujours entouré de canots en construction, dans l’odeur caractéristique du bois qu’on taille, scie, rabote et polit.

Écolier, fasciné par les nombreux voiliers et navires de guerre séjournant en rade des Saintes, il aime les contempler au sortir de l’école et commence à en réaliser des modèles réduits au chantier naval de son père, Hector Léon, l’un des plus célèbres constructeurs de boats saintois des années 50-60. Par atavis-me paternel, une singulière passion était née.

À 17 ans, amoureux des bateaux en tout genre, Roméo quitte son île natale pour la Martinique où il suivra une formation maritime avant de s’embarquer comme novice sur un cargo de la Compagnie Générale Transatlantique.

Après son service militaire effectué, comme il se doit, dans la Marine Nationale, il travaille pendant cinq ans en qualité de menuisier spécialisé aux chantiers navals de la Seyne sur Mer près de Toulon.

Le france de Romé

De là, une idée lui trotte dans la tête : réaliser de toutes pièces au 1/200ème une maquette exacte du FRANCE, paquebot emblématique et fleuron de la flotte transatlantique française entre 1962 et 1974,  qui changea deux fois de propriétaire et de nom avant de finir sa vie en 2009, démantelé en Inde, aux chantiers d’Alang.

Le FRANCE, qui va devenir sa maquette fétiche, a nécessité 6 années et demie de travail minutieux, soit 1530 heures d’atelier.

Détails de la structure.  On croirait le vrai !

Détails de la structure.
On croirait le vrai !

Véritable chef-d’œuvre, sans comparaison aucune en ce domaine, le paquebot, dont toutes les pièces ont été façonnées exclusivement à la main, mesure 1575 mm de longueur et a été réalisé, hors éléments métalliques, en balsa et contre-plaqué de 1mm d’épaisseur assemblé à la colle, sans aucun autre moyen de fixation.

Télécommandé, le FRANCE est équipé de 4 hélices actionnées par deux moteurs électriques déployant une autonomie de deux heures en bassin et permettant de faire tourner le radar et d’illuminer les 1041 hublots.

Porte-Hélicoptères Jeanne d'Arc en fin de réalisation

Porte-Hélicoptères Jeanne d’Arc en cours de réalisation

Mais ce fantastique chef-d’œuvre n’est pas la seule maquette de Roméo, loin de là. En respectant à chaque fois scrupuleusement les plans officiels de ses modèles, il a réalisé de nombreuses autres, comme celles du Porte-hélicoptères Jeanne d’Arc, encore inachevée, de l’escorteur Le Corse, du patrouilleur La Fougueuse, parrainé en vrai par la commune de Terre-de-Haut.

Le Corse

Le patrouilleur Le Corse

Parallèlement à sa profession de menuisier-charpentier, sans cesser de peaufiner ses modèles en construction, il entreprend la réalisation de navires locaux : la navette à passagers Fly Cat de la compagnie Brudey, des demi-coques saintoises, des vedettes de pêche en haute mer… Autant de merveilles qui mériteraient d’être exposées dans un musée vivant pour la satisfaction des connaisseurs et du grand public. Malheureusement rien n’est fait aux Saintes pour valoriser et populariser nos artistes et leurs créations, et les précieuses maquettes de Roméo ne sont visibles que chez lui, soigneusement protégées des regards, de la lumière et de la poussière ambiante.

Demi-coque saintoise

Demi-coque saintoise

Navette Fly Cat

Navette Fly Cat toujours en chantier

Vedette de pêche aux gros

Vedette de pêche au gros

Voilier traditionnel saintois

Voilier traditionnel saintois

Si vous avez la chance qu’il vous reçoive pour une visite guidée, il ne manquera sans doute pas de vous montrer en plus, cerise sur le gâteau, son journal qu’il tient avec persé-vérance depuis 1994 ;  son éphéméride où sont consignées quotidiennement les heures de lever et du coucher du soleil et la météo locale ; son registre d’entrées et de sorties des navires de passage ; son fascinant album des maisons de Terre-de-Haut, reproduites en grand format, et celui non moins intéressant de son fils Jean-Philippe sur les magnifiques et luxueux voiliers et vedettes qui fréquentent régulièrement la baie des Saintes, cadre  exceptionnel où s’exposent grandeur nature ces bijoux du génie humain que Roméo reproduit méticuleusement à échelle réduite dans son atelier de maquettiste surdoué.

Devenu adepte de la marche qu’il pratique plusieurs heures, 3 jours par semaine, si vous aimez cette discipline en sa compagnie et partagez avec lui la passion des bateaux, il vous conduira à coup sûr, selon le mot d’Olivier de Kersauson,  » en balbutiant vers l’aventure et vers la mer ».

Mais en attendant de rencontrer, ce que je vous souhaite, cet exceptionnel et très sympathique artiste, Route de la Chapelle à Terre-de-Haut où il habite, vous pourrez admirer toutes les photos de ses maquettes sur son facebook à l’adresse suivante : maquettes LEON Romeo.

Raymond Joyeux

Roméo en exposition

Roméo et ses maquettes en exposition

 

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Déficit budgétaire : retombées médiatiques et enjeu électoral

Le rapport de la Chambre Régionale des Comptes sur la situation financière de la Commune de Terre-de-Haut a fait l’effet d’une bombe. À la suite de sa publication, tous les médias guadeloupéens se sont emparés de l’affaire, ont interrogé, comme il fallait s’y attendre, les principaux intéressés et rendu publiques leurs déclarations. En particulier celles du maire lui-même et de son rival potentiel aux prochaines élections municipales programmées pour mars 2014, suscitant de ci de là les réactions du public.

Dans l’édition du vendredi 13 septembre 2013 du journal France-Antilles, le journaliste Yvor Lapinard,  après avoir résumé succinctement les grandes lignes du rapport, sous le titre « L’île à la dérive financière», publie en parallèle la déclaration de Louis Molinié, maire depuis 1999 :

Louis Molinié« Depuis 3 ou 4 ans, je subis des contrôles sur tous mes marchés. Et le rapport ne révèle rien en ce sens. Pas de malversations ni de détournements. Les magistrats ont débarqué, fin juin, et ont établi leur rapport en 4 jours, sans même attendre mes observations. Ils fouillent dans les dossiers et je me retrouve avec un rapport sur lequel ne figure que des inepties. Face à cette attitude, je ne fais plus confiance aux magistrats. Pourquoi en veut-on à une commune qui investit ? J’avais, en 2010, un taux d’endettement de 80 euros par habitant, je fais un emprunt de 2,5 millions et je passe à un endettement dépassant les 1 500 euros par habitant. C’est normal! Il faut bien payer les entreprises, puisque l’État n’a pas d’argent et que les collectivités ne jouent pas le jeu. La CRC dit que le déficit est colossal. Or, elle trouve que je peux le résorber en 2 ans. Je peux réaliser des excédents dans la section de fonctionnement, et la commune dispose d’une capacité de remboursement. On est en train de faire un coup, 6 mois avant les élections. Je suis dégoûté, d’autant que ce n’est qu’un budget prévisionnel. »

En gros, lorsque les magistrats (de la CRC) ne trouvent rien d’anormal, (pas de malversations ni de détournements, dixit le maire ) ils font du bon boulot et je suis d’accord avec eux… Par contre lorsqu’ils repèrent des anomalies et le disent,  » ce sont des inepties et je ne leur fais plus confiance. » Refrain connu, car c’est ce que déclarent la plupart des élus communaux dans les mêmes situations, selon qu’ils sont épinglés ou non dans leur gestion municipale…

À cette déclaration du maire, des lecteurs du journal ont réagi, toujours dans l’édition du 13 septembre. Voici deux commentaires sélectionnés par France-Antilles :

Vin9cent : « Les difficultés de Terre-de-Haut à régler ses prestataires, notamment pour la prestigieuse fête patronale, ne datent pas d’hier. Le premier magistrat a toujours refusé de voir la réalité des chiffres en face et continue à l’image d’un Balkany qui se déclare l’homme le plus honnête de France. Nous verrons si les Saintois sauront sanctionner une incompétence avérée, ou au contraire la légitimer lors des prochaines élections. »

Azouren :  » Total des recettes = 3 404 000 euros. Charges de personnel = 1 855 000 euros. Soit 54,5% consommés pour payer les seuls employés municipaux ! À mon avis, ceux-là travaillent la nuit car durant la journée on n’en voit pas beaucoup… L’endettement par habitant (80 euros en 2010) dépasse aujourd’hui les 1 500 euros. M. Molinié, cessez de nous prendre pour des couillons… »

De son côté, invité par la chaîne télé locale Canal 10, le même vendredi 13 septembre, Hilaire Brudey, Conseiller général et régional, apparemment futur adversaire de Louis Molinié aux prochaines municipales déclarait ceci :

images« Le budget primitif dit prévisionnel, contrairement à ce que prétend le maire, tient compte des données chiffrées de la situation financière réelle de la commune au moment du contrôle. C’est ce budget qu’ont voté les conseillers muni-cipaux. Si ce budget n’est pas sincère et présente un équilibre fictif entre, parmi d’autres, les dépenses générées par les charges salariales et des réalisations déjà effec-tuées, mais non réglées aux prestataires, d’une part, et les recettes  prévues pour payer les dettes anciennes et les réalisations programmées d’autre part, la Chambre est bien obligée de le souligner. La preuve qu’on peut faire confiance aux conclusions des magistrats, c’est que la commune s’apprêtait à solliciter un prêt de cinq millions d’euros. Je ne vois pas en quoi ce prêt aurait été nécessaire si le déficit n’existait pas. Le maire prétend le contraire mais se contredit en disant qu’il peut le résorber en deux ans… c’est donc qu’il existe, ce déficit !… Je souligne entre parenthèses que si ce prêt s’était réalisé, il aurait contribué à alourdir la dette donc à aggraver le déficit.»

 Quoi qu’il en soit, sur fond de polémique budgétaire, la bataille des municipales semble bel et bien lancée à Terre-de-Haut, six mois avant les échéances officielles. De toute façon, celui (ou celle) à qui reviendront les clés de la mairie, se retrouvera, qu’il le veuille ou non, avec son équipe, dans une situation plombée, sans marge de manœuvre véritable, sinon celle de devoir à tout prix rétablir l’équilibre financier pour repartir sur des bases budgétaires saines et sincères. C’est d’ailleurs ce que préconise la CRC avant tout nouveau projet d’investissement ou d’embauche.

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La bataille est engagée pour la conquête de la mairie. Mais que pourra faire le futur maire avec un budget plombé d’avance ?

En définitive ce sont les citoyens qui seront les arbitres de la situation en accomplissant en toute conscience le moment venu leur devoir électoral. Encore faudrait-il pour cela qu’ils soient inscrits sur les listes électorales. Si ce n’est le cas, nous leur rappelons que le dernier délai pour se faire inscrire est fixé au 31 décembre 2013 et les incitons fortement à accomplir cette démarche capitale s’ils veulent influer durablement, dans le bon sens, sur le destin de leur commune.

                                                                                                                          R.J.

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Terre-de-Haut : déficit budgétaire record

1ère page CRCLa Chambre Régionale des Comptes de Guadeloupe  (CRC)  – organisme d’État chargé de contrôler les budgets des col-lectivités territoriales et l’utili-sation des deniers public  – vient de publier son dernier rapport – suite à la séance du 30 juin 2013 – sur l’état des finances de la commune de Terre-de-Haut.

Le constat est sans appel : cette collectivité saintoise est plus que jamais financièrement dans le rouge et pratiquement, pour employer le termes exacts du rapport, en « cessation de paiement ».

Vingt ans après le déficit histo-rique de 1993,  qui a abouti  à une augmentation sans précé-dent des taxes locales ; puis, en 1999,  à la démission forcée du maire de l’époque, voilà que le même scénario catastrophe se reproduit, sans qu’aucune leçon n’ait été tirée du passé.

Ci-desous reproduite la une du bulletin saintois d’information N°26, L’IGUANE, de novembre-décembre 1993.

Première page du journal L'Iguane relatant le déficit de 1993

Première page du journal L’Iguane relatant le déficit de 1993

Pire : en réalité  le déficit  historique de 1993 n’a jamais été résorbé. En progression constante, il est passé de 312 000 €uros en 2007,  à 1,6 millions d’€uros en 2012 pour dépasser aujour-d’hui les 3,3 millions d’€uros : la somme exacte incluant les budgets de fonctionnement et d’investissement, est la suivante,  selon les prévisions de la CRC :

                    3 347 525 €

Cela signifie en clair qu’il manque 3 millions 350 000 euros dans les caisses de la commune, le double presque exact du déficit de 1993 en monnaie constante.

Cet énorme déséquilibre budgétaire et financier – qui équivaut à une véritable faillite d’entreprise – représente aujour-d’hui pour chacun des habitants de Terre-de-Haut, une dette de 1792,53 €, alors qu’elle n’était que de 84,93 € en 2010.

Cette désastreuse situation génère pour les contribuables, selon les rapporteurs, la pression fiscale directe la plus élevée de toute la Guadeloupe. (Et peut-être même de France, comme en 1993, proportionnellement au nombre d’habitants).

Nous n’allons pas entrer dans les détails techniques du rapport de la Chambre et assommer les lecteurs de chiffres et de tableaux. Ils pourront, s’ils le souhaitent, accéder directement au document en cliquant sur le lien ci-dessous :

JF00135872 (PDF, 87,78 kB)

Pour les éclairer nous nous contenterons simplement des précisions suivantes, les plus « parlantes », entre beaucoup d’autres, tirées mot pour mot des attendus et conclusions des rapporteurs chargés de contrôler les finances des collectivités publiques :

1 – depuis de nombreuses années, le maire de Terre-de-Haut a été mis en garde sur la dérive de la situation budgétaire et financière de la commune sans que cela ait été suivi d’effet.  Une vingtaine d’avis émis par la CRC sont restés lettres mortes.

2 – les budgets de fonctionnement et d’investissement ne répondent pas à une comptabilité claire qui permette une traçabilité des dépenses et le contrôle de leur enregistrement exhaustif. On ne peut donc pas suivre leur déroulement dans les comptes de la commune ! (cela signifie bizarrement, que même les services publics ne peuvent véritablement contrôler où passe l’argent !).

3 – les dépenses relatives aux « fêtes et cérémonies » atteignent un niveau singulièrement élevé pour une si petite commune : elle sont passées de 129 000 € entre 2003 et 2009,  à 303 000 € en 2012.  (L’importance exorbitante de ce poste budgétaire – le champagne a dû couler à flot – est particulièrement dénoncée par la Chambre.)

4 – l’endettement de la commune (remboursement des prêts bancaires consentis) s’est accru de 2,9 M€ en 2012 pour atteindre 3,5 M€ en 2013. Le capital restant dû à ce jour étant de 3 296 454 €, hors intérêts. Dans le même temps, la commune s’apprêtait à solliciter un prêt de 5 000 000 € (vous avez bien lu, 5 Millions !) ! Merci pour les générations futures !

5 – alors que de nombreuses factures antérieures restent à ce jour impayées, (pour un montant total de 2 033 252,33 € ) le pourcentage de réalisation des dépenses prévues aux « autres charges de gestion courante », est de l’ordre de 74%, sauf pour ce qui concerne les frais de représentation du maire, réalisé en totalité, à 100% ! (ce qui signifie que le maire se paie intégralement d’abord avant de payer les autres).

6 – La commune dispose de 53 agents municipaux ce qui représente 1 agent pour 35 habitants. ! ( À cette échelle, imaginez le nombre d’agents à Paris…)

7 – 52 000 €  (20 000 + 32 000 ) sont affectés (hors avantage en nature : logement et bureaux) au salaire et déplacements d’un directeur de l’Office du Tourisme, élevé au grade d’attaché (?), et à celui d’un agent municipal mis à disposition pour l’équivalent de 7 heures de travail par semaine … somme insuffisante pourtant au regard des frais de fonctionnement prévisibles de l’organisme.

8 – La fameuse plage de Fond de Curé qui s’amenuise au fil des eaux a finalement coûté 719 149 € (voir notre article antérieur sur le sujet) et n’a pas encore été payée, alors que dans le même temps la commune envisageait l’acquisition d’un bateau de passagers à énergie solaire pour un montant prévu de 546 829, 13 € et d’une navette à passagers pour 1 327 345 €.  On croit rêver ! (Projets qui, de toute façon, comme de nombreux autres, n’existeront sans doute que sur le papier).

Une plage à plus de 700 000 euros

Toutes ces réalisations prévues sont pour le moment (pour longtemps ?) bloquées, le budget municipal étant passé sous tutelle préfectorale, (ce qui signifie que la commune n’est plus maîtresse ni de ses projets ni de ses investissements).

L'aménagement de la place du plan d'eau reporté sine die ?

L’aménagement de la place du plan d’eau reporté sine die ?

La Chambre Régionale des Comptes conclut en effet son rapport en ces termes :

«  Considérant que le budget s’inscrit dans un système de fuite en avant budgétaire puisque les recettes présentes servent à payer des dépenses passées, ce qui conduit actuellement la commune dans une impasse budgétaire, dont la conséquence la plus visible est une trésorerie durablement négative, rendant impossible, hors paiement des dépenses salariales, le règlement normal de ses fournisseurs et de ses prestataires ; que cette situation s’apparente à une cessation des paiements de la collectivité,  (la CRC) propose à la préfète de la Région Guadeloupe de régler le budget primitif 2013 de la commune de Terre-de-Haut. »

Sous-entendu, à charge pour cette dernière de chercher à rétablir l’équilibre entre recettes et dépenses, – elle aura du mal – ce qui revient à revoir tous les investissements prévus, quitte à supprimer ou reporter tout projet coûteux, donnant la priorité absolue au règlement des salaires et des nombreuses factures en instance. 

Face à cette situation dramatique pour la commune, impliquant une nouvelle fois financièrement les contribuables que nous sommes, et en attendant les avis d’impositions qui ne tarderont pas, et les élections municipales de 2014, à chaque Saintois main-tenant de se faire son opinion et d’agir en conséquence le moment venu.

Raymond Joyeux

Ci-dessous, à la page 17 du rapport, le tableau récapitulatif des dépenses et recettes du budget primitif où apparaît le déficit à la rubrique : Résultat global prévisionnel, soit :  – 3 347 525,91 €uros.

En additionnant les résultats en négatifs  (en gras) du premier tableau, on obtient le déficit

le résultat global (en gras) du premier tableau correspond au déficit relevé par la CRC

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Fortune de mer

En hommage à mon père qui aurait eu 100 ans aujourd’hui

« La configuration de Terre-de-Haut explique en grande partie le modus vivendi de ses habitants. La multitude de baies et anses où peuvent se réfugier les poissons pour frayer favorisent les coups de senne. Toutes ces échancrures de la côte communiquent entre elles par des cols peu élevés et les pêcheurs peuvent se transporter facilement partout où leur présence est nécessaire. » Félix Bréta (Les Saintes : recueil de notes et observa-tions générales – Larose Éditeur 1939, page 79)

 Un témoignage unique : le carnet d’un pêcheur

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Les notes qui suivent, écrites au jour le jour de 1951 à 1955, relatent avec force détails, les actions de pêche à la senne, avec mention des dates, des lieux, des espèces et quantités de poissons pêchés, des conditions météorologiques rencontrées, des hommes ayant participé aux prises et des gains obtenus. Elles sont extraites d’un carnet de senne ayant appartenu à Joubert Césaire Joyeux, (1913-1975), marin pêcheur saintois, maître-senneur et charpentier de marine.

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 En plus de leur valeur historique incon-testable pour notre communauté, elles révèlent la personnalité méticuleuse de leur auteur et témoignent aussi et surtout de la somme de travail quotidiennement effectuée par les professionnels de la mer à une époque où les facilités de navigation et les techniques de pêche, rendues possibles aujourd’hui par la banalisation du moteur hors-bord et l’introduction du filet en nylon, étaient inexistantes.

En reproduire ici quelques-unes, telles quelles, dans leur disposition originelle, c’est rendre hommage non seulement à leur auteur-acteur, mais aussi à ses compagnons de fortune et à leur dur métier de marins-pêcheurs.

Elles font également office de jalons hautement poétiques dans la continuité sociale, environnementale et économique d’une population insulaire confrontée aux aléas halieutiques et météorologiques, aux contraintes de la géographie et du contexte maritime.

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Elles permettent enfin de mesurer les évolutions intervenues. Les laisser dans l’oubli aurait été une perte aussi bien pour l’appropriation de leur histoire collective par les Saintois que pour la mémoire de ceux qui ont contribué à la façonner.

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Pour finir, voici ci-dessous sur ce même sujet, cet extrait d’une monographie sur les Saintes datant de 1901 que je soumets à vos réflexions et qui vous permettra de faire la comparaison avec le « modus vivendi » d’aujourd’hui.

Raymond Joyeux

« Il semble que le Saintois a reçu en naissant la marque de sa destinée ; à peine a-t-il l’âge de raison qu’il s’arme instinctivement de la ligne de pêche ou rôde autour des filets. Les gamins des écoles se réunissent aux heures de liberté pour pêcher sur le rivage. Ce goût est fatal, atavique. Il se développe avec l’âge d’une façon extra-ordinaire, à tel point que les adolescents et mêmes les hommes mûrs font de la pêche non seulement leur unique objectif sociologique, mais encore leur idéal de rêve… Et pourtant il faut voir au prix de combien de peines et de fatigues, ils pratiquent cette industrie ; on est stupéfait et meurtri de savoir de quelle médiocrité est leur gain ou salaire moyen. » Sauzeau de Puyberneau : Monographie sur les Saintes, dépendances de la Guadeloupe – Bordeaux 1901.

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