L’Isle fantasmatique

Gorgones, Harpies et autres Chimères…

Par Alain JOYEUX

Alain 1-3Les photographies qui sont à la base de ce montage ont été prises en Guadeloupe, sur l’île de Terre-de-Haut. Les images regroupées ici sont le fruit d’un trucage qui utilise un effet miroir par l’intermédiaire d’un pro-gramme informatique et peuvent être créées à profu-sion. Elles s’inspirent du principe bien connu de la tache d’encre en projection, grâce au papier plié. L’impression monochrome est volontaire afin d’éviter au maximum toute tentation d’esthétisation complaisante qui serait une perversion de mon propos.

Alain 2 amélioréeDu point de vue formel, de l’image produite à partir de la photographie d’origine, polari-sée et juxtaposée, se dégage une troisième réalité unifiant l’ensemble. Celle-ci rayonne, au sens géométrique, depuis la zone de l’axe médian et est extensible à toute l’image finale. Cet espace-frontière apparaît alors comme un seuil bien gardé. Il est en effet difficile de s’empêcher de voir les étranges créatures qui se déploient à partir de l’axe de symétrie. Ces atmosphères surnaturelles peuvent rappeler en architecture sacrée les gargouilles, gardiennes du seuil des églises. Si l’analogie est pertinente, nous nous trouvons alors, face à ces images, encore à l’extérieur du temple.

Alain 4 -3Celui qui n’ose pas se con-fronter au passage, voyage par-delà la peau hérissée de cette figue de barbarie et pourrait bien mourir d’ina-nition à se perdre en la fascination de son aspect extérieur. Là se situe le vertige de l’abîme au seuil du monde spirituel. Par une contem-plation excessive de ces images, les personnes sensi-bles ne pourront se soustraire à un écœurement jusqu’à la nausée – ensorcellement vécu fort désagréable. En l’état exclusif de spectateur, ou pire, dans la complaisance esthétique de ces images, le risque d’un refroidissement ou d’une paralysie de l’âme est grand. La symétrie mécanique, inerte, absente de vie, et donc d’art authentique, est à l’origine du malaise.

Alain 5-2Les êtres emprisonnés dans la vacuité inquiétante de cette zone frontière sont aux aguets pour une opportunité de fuite ; leur meilleur terrain d’escapade sont la psyché humaine, la fasci-nation et la fantaisie de ceux qui s’y absorbent. La question qui se pose alors est : quelle est la nature, la dynamique des êtres que nous laissons s’exprimer en nous ? Avons-nous ou cultivons-nous la force intérieure nécessaire pour maîtriser et transformer ces formes qui, si nous les contemplons, deviennent des pensées actives, des formes-pensées ?

Alain 6.2Il serait prudent de ne pas exposer de telles images dans des lieux de vie ou de passage quotidien. Il faut, si l’on veut les conserver pour quelqu’usage pédagogique, à défaut de les détruire par le feu, ce qui semble le moyen le plus adéquat, au moins les garder en conformité à leur propre nature : c’est-à-dire déshydratée et froide, soit  bien scellées et comprimées tel un herbier dans une bibliothèque, ou alors au congélateur… Elles seront ainsi bien à leur place.

Les quelques farces et attrapes ici proposées ont seulement valeur d’exemple formel et ont pour seule vocation de susciter pour le spectateur le face à face et l’envie d’en découdre avec ses propres Gorgones, Harpies et autres Chimères dont l’apparence hideuse et terrorisante n’a d’égale que leur bienveillance à protéger les trésors de l’esprit et de défier le mérite de ceux qui les convoitent.

Gorgones 

Alain 13 1Trois sœurs, trois monstres, la tête auréolée de serpents en colère, des défenses de sanglier saillant des lèvres, des mains de bronze, des ailes d’or : Méduse, Euryale et Sthéno. Elles sont l’expression de l’ennemi à combattre. Les Gorgones s’animent dans trois pulsions exacerbées de la psyché : sociabilité, sexualité et spiritualité. Euryale est domiciliée et active en la perversion sexuelle, Sténo en la perversion sociale. Méduse détient la clé de la puissance de ses sœurs. Elle est souveraine de la pulsion spirituelle et évolutive, pervertie en stagnation vaniteuse. Méduse agit en l’image déformée de soi par excès de culpabilité ou de suffisance. Qui voit la tête de Méduse en reste pétrifié. ( Sources : Dictionnaire des symboles -Laffont)

Harpies

Alain 7 -1Mauvais génies, monstres ailés à corps d’oiseau et à tête de femme, aux serres aiguës, d’odeur infecte, elles tourmen-tent les âmes qu’elles tracassent par des méchancetés incessantes. Leur nom signifie ravisseuses, non au sens de séductrices mais de captatrices. Le plus souvent elles sont au nombre de trois : Bourrasque, Vole-vite, Obscure, noms qui évoquent les nuées sombres et rapides d’un orage. Elles submergent en passions vicieuses, engendrent des tourments obsédants de désirs pervers ainsi que les remords qui suivent leur assouvissement. Elles sont les auxiliaires diaboliques des puissances cosmiques élémentaires. Seul le vent, souffle de l’esprit, peut les chasser. ( Sources : Dictionnaires des Symboles – Laffont)

Chimères

Alain 14-1Monstre hybride à tête de lion, à corps de chèvre, à queue de dragon et crachant des flammes. La Chimère est née de Typhon et d’Echidné. Sa mère est également sœur des Gorgones, un monstre né des entrailles de la terre. La Chimère, capricieuse comme la chèvre, dévastatrice comme le lion, sinueuse comme le serpent, séduit et perd celui qui se livre à elle, on ne peut la combattre de front. Il faut la pourchasser et la sur-prendre jusque dans ses repaires les plus profonds. Une certaine psychologie reconnaît en la Chimère une déformation psychique caractérisée par une imagination fertile et incontrôlée. Elle exprime le danger d’une exaltation imaginative ; sa queue de dragon correspond à la perversion spirituelle de la vanité ; son corps de chèvre à une sexualité perverse et capricieuse ; sa tête de lion à une tendance dominatrice qui corrompt toute relation sociale.

Alain 15-1La Chimère peut s’incarner aussi bien au niveau de l’individu qu’à l’échelle d’un peuple, impulsion dévastatrice de tout un pays. Elle attise l’inspiration au règne néfaste d’un souverain perverti, tyrannique ou faible. La Chimère fut terrassée par Bellérophon, héros assimilé à l’éclair monté sur le cheval Pégase. (Sources : Dictionnaire des symboles – Laffont)

Erinyes

Alain 11-1Nom grec des Furies, démons chthoniens empruntant les formes de chiens et de serpents. Elles sont les instruments de la vengeance divine, à la suite des fautes des hommes qu’elles poursuivent en semant l’épou-vante dans leur cœur. Dans l’Antiquité on les identifiait à la conscience. Intériorisées, elles symbolisent le remords, le senti-ment de culpabilité, l’autodes-truction de celui qui s’abandonne au sentiment d’une faute considérée comme inexpiable. Comme les Moirai (le destin), elles sont à l’origine gardiennes des lois de la nature et de l’ordre des choses, ce qui fait qu’elles sanctionnent tous ceux qui outrepassent leurs droits aux dépens des autres, chez les dieux comme chez les hommes. Elles deviendront les divinités vengeresses du crime. Les Erinyes peuvent se transformer en Euménides, divinités favorables et bienveillantes, quand la raison (Athéna) ramène la conscience morbide et apaisée à une appréciation plus mesurée des actes humains. (Sources : Dictionnaire des symboles – Laffont)

Euménides

Alain 10 -1Les Euménides sont associées à l’esprit de compréhension, de pardon, de dépassement, de sublimation. Figures légendaires opposées aux Erinyes, elles sont toutes deux polarisés d’une même réalité, tendances opposées de l’âme fautive qui hésite entre le remords et le regret. Les Erinyes attisent la culpabilité dans une expression destructive par le tourment du remords. Les Euménides assument quant à elles cette même culpabilité dans l’aveu devenu sublimement productif : le regret libérateur. (Sources : Dictionnaire des Symboles – Laffont)Alain 9 -4

Les Gorgones orientent des projecteurs inquisiteurs sur ce qui est enfoui, dissimulé inconsciemment ou par trop de honte. Trop de clarté en ces zones obscures provoque l’humiliation d’un dénuement sans protection, vulnérable à toute influence.  La lumière en l’âme est la conscience qui, si elle est excessive, apporte une clairvoyance impudique en des zones habituellement refoulées. Une inertie, une terreur, un vertige insondable provoque alors la paralysie du  pérégrinant, pétrifié d’horreur.

Alain 8 -2Le passage du seuil et la rencontre des Gorgones est un bain corrosif qui met à vif les scories de l’âme afin de la désinfecter ; telle est l’épreuve douloureuse du purgatoire. Son issue glorieuse ou tragique est fonction de la qualité du discer-nement, de la présence d’esprit, de l’humilité et du courage. Méduse se tient donc sur le seuil du monde spirituel.

Gardienne du miroir des perversions, elle est une magicienne qui préside à l’apparition de la sombre caricature. Elle éclaire l’ombre de la honte de celui qui prétend à l’illumination divine ; elle est la Gorgone-gargouille qui « méduse » le pèlerin sur le parvis du temple Sacré.

Alain JOYEUX

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La dissidence saintoise pendant la guerre de 39-45

Le retournement de Sorin

Constant Sorin - Gouverneur de la Guadeloupe

Constant Sorin
Gouverneur de la Guadeloupe 1940-1943  

Le 17 juin 1940, lorsque le Maréchal Pétain demande l’Armistice, Constant Sorin est gouverneur de la Guadeloupe depuis le 30 avril de la même année. Trahissant son premier élan qui fut de s’opposer à toute capitulation de la France, le voilà, à la surprise générale, qui choisit de suivre le Maréchal. Avec l’amiral Robert qui fait de même en Martinique, il reçoit pour mission de maintenir de gré ou de force la colonie antillaise dans le giron de la France de Vichy et de mater toute tentative de rébellion du peuple de Guadeloupe et de ses dépendances.

 L’exemple de Paul Valentino

 Pourtant avant même le célèbre Appel du 18 juin lancé par le Général De Gaulle, et plus encore après, beaucoup de Guadeloupéens, particulièrement chez les élus, à l’exemple du président du Conseil Général, Paul Valentino, s’étaient familiarisés avec l’idée que la seule solution possible pour la Guadeloupe était de se rallier aux forces de la France combattante.

La répression s’organise 

Paul Valentino, arrêté pour rébellion est interné au Fort Napoléon en 1941

Paul Valentino, arrêté pour rébellion est interné au Fort Napoléon en 1941

Ces nombreux résistants ne se doutaient pas que leur volonté patriotique allait être fortement contrecarrée, sinon totalement brisée, par l’arrivée et le positionnement à Pointe-à-Pitre, dès le mois de juillet, du croiseur Jeanne d’Arc dont les officiers et l’équipage, majoritairement du côté du gouvernement « légal », entendaient assurer, si nécessaire par les armes, l’ordre et la discipline. Diverses manifesta-tions, sévèrement réprimées à Pointe-à-Pitre, à Basse-Terre et à Port Louis, se succèdent avant que ne s’organise à partir de septembre 1942 la dissidence active des Guadeloupéens vers la Dominique.

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La Jeanne d’Arc positionnée à Pointe-à-Pitre, plaque tournante de la répression

Plus de 3000 dissidents guadeloupéens

Un réseau est créé en Grande-Terre, destiné à canaliser l’afflux des volontaires et à faciliter leur départ clandestin. C’est ainsi que le nombre de dissidents pour la seule Guadeloupe continentale dépassera les 3000. En 1990, alors rédacteur du journal L’Iguane, j’ai pu recueillir pour les lecteurs de l’époque les témoignages de nos compatriotes Raphaël CASSIN et Eugène HOFF, aujourd’hui tous deux décédés, qui participèrent parmi d’autres à la dissidence saintoise.  Ils restent avec leurs compagnons, pour notre population d’aujourd’hui et de demain, par-delà la mort, un exemple de fidélité à leurs convictions, de courage, de loyauté et d’engagement toujours d’actualité. Ce sont ces témoignages que je vous propose de partager dans la chronique d’aujourd’hui.

La situation aux Saintes

Alors que la Guadeloupe est en effervescence, à Terre-de-Haut, le conseil municipal et son maire Théodore Samson,  légalement élus en 1937,  sont destitués sur ordre du gouverneur et remplacés d’autorité par une assemblée ayant à sa tête un certain De Meynard d’origine martiniquaise. Théodore Samson, partisan actif du Général de Gaulle, maintes fois inquiété, prend le maquis et échappe chaque fois in extremis à l’arrestation. Il n’est pas le seul.

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1ère étape : rejoindre la Dominique

D’autres jeunes Saintois entendent suivre son exemple et n’hésitent pas, au risque de leur liberté et parfois de leur vie, à prendre ouvertement position contre le régime de Pétain, en défiant les ordres de Sorin. À partir de mai 1942, sans organisation ni aide logistique, plus de 25 d’entre eux s’embarquent clandestinement par vagues successives pour rejoindre la Dominique et le bataillon déjà sur place de la France Libre. Avec le secret espoir d’être affectés dans une des unités de combat, formées et entraînées aux États-Unis, dans l’attente du grand départ sur le théâtre des opérations.

Les premiers dissidents

Masséna Desbonnes et Raphaël Cassin à la Dominique en 1942

Masséna Desbonnes et Raphaël Cassin
à la Dominique en 1942

Raphaël CASSIN et Constant BÉLÉNUS sont parmi les premiers à s’embarquer : « Nous sommes partis des Saintes le mercredi 6 mai 1942 à 11 heures du soir, se rappelle Raphaël. Nous avons pris le canot du docteur Monrose et, à la misaine, nous avons traversé le Canal de la Dominique pour arriver à Portsmouth le lendemain à 8 heures du matin. Sitôt à terre, nous nous sommes présentés au poste de police pour faire notre déclaration de dissidents et de partisans du Général De Gaulle. Nous avons été bien reçus et on nous a servi à manger. À 4 heures de l’après-midi on nous a embarqués sur un voilier de type Belle Saintoise, mais en plus grand et sans moteur auxiliaire, le « Lanch ». À cause de l’accalmie, nous sommes arrivés à Roseau le lendemain matin à dix heures. Conduits immédiatement au détachement des dissidents antillais commandé par le colonel Perrel,  nous avons trouvé sur place nos camarades guadeloupéens Théo Georgi, Léon Vassot et Eptus François. Comme nous étions pieds nus, Théo m’a donné une paire de chaussures et Constant a hérité d’une paire de Vassot. Ce fut notre première amitié sur le sol de la Dominique. »

En réalité, il y a déjà à la Dominique un tout premier Saintois, Masséna Desbonnes, mais qui, pour d’obscures raisons n’arrive pas à se faire enrôler au détachement.  » C’est vrai, confirme Raphaël, Masséna était sur place bien avant nous. Mais comme il ne s’était pas présenté à la police à son arrivée et qu’il avait eu des démêlés avec la douane, les autorités ne l’avaient pas inscrit sur leur liste. Il est resté bien deux mois avant que sa situation ne se régularise. Il était désespéré car il n’avait aucune intention de retourner aux Saintes. » 

Plaque mortuaire de Masséna Desbonnes au cimetière de Terre-de-Haut

Plaque mortuaire de Masséna Desbonnes
au cimetière de Terre-de-Haut

Le sort est parfois cruel : Masséna Desbonnes est le premier Saintois à être arrivé à la Dominique pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec la dissidence. Il a des problèmes avec la douane locale alors que son père est lui-même douanier à Terre-de-Haut. Il a du mal à se faire accepter comme dissident pourtant il est l’un des premiers à partir au combat et c’est le seul qui ne reviendra pas vivant. La mort l’ayant fauché en  avril 1945, à 23 ans, à quelques jours de la capitulation allemande.

L’Amérique 

Pour Raphaël, Constant et leurs compagnons, le séjour à la Dominique se termine le 11 octobre 1942, à la faveur de l’arrivée de cinq bateaux américains qui vont embarquer 325 hommes en direction de l’Amérique.  » Je me préparais pour aller à la messe, comme tous les dimanches avec mon camarades Vandal, se souvient Raphaël, lorsqu’à 5 heures du matin le clairon a sonné le rassemblement. On nous avait prévenus le vendredi que ce serait pour bientôt. Nous étions surexcités car il nous fallait subir un examen médical et seuls les BSA – (Bons pour le Service Armé) – étaient pris.

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USS Maryland sur lequel embarqua Raphaël pour les USA

J’embarquai sur le Maryland et le départ a eu lieu à midi. La population de Roseau est venue nous saluer et les filles criaient « Good bye darling ». C’était triste et beau. Après 3 jours de mer nous sommes arrivés à Trinidad pour prendre du ravitaillement. À porto-Rico nous avons récupéré nos tenues d’hiver et changé de bateau. Il nous restait 5 jours de mer avant d’arriver à Baltimore. De là nous sommes montés dans un train et avons roulé 3 jours et 3 nuits en direction de la Nouvelle Orléans où nous sommes restés 2 mois et 10 jours à faire de l’entraînement. Puis nous avons repris le train pour le New Jersey  et le Fort DIX où se trouvait le bataillon français. Nous nous sommes retrouvés à plusieurs Saintois dont Jules Tarquin, Constant Bélénus, Masséna Desbonnes et moi-même. Notre entraînement a duré 12 mois. Puis ce fut la séparation. Constant, Masséna, Loulou Azincourt, son frère Dervil, Werter Cloris, Loulou Molenthiel, Eustase Samson, Serge Léon et Camille Azincourt ont été affectés dans une unité combattante et envoyés en Europe. Inscrit maritime, je devais, quant à moi, gagner la Martinique pour m’engager sur un bateau de guerre. C’est du moins ce qu’on m’avait laissé entendre.  En réalité, de retour en Guadeloupe, j’ai été démobilisé le 8 février 1944, soit près de 2 ans après mon arrivée à la Dominique. Je n’ai plus revu, hélas, mon camarade Masséna Desbonnes qui est mort au combat le 25 avril 1945. » 

Le témoignage d’Eugène Hoff

Eugène Hoff et Werter Cloris au Fort DIX -1942

Eugène Hoff et Werter Cloris au Fort Dix 1944

De son côté, Eugène HOFF, – Tonton Eugène pour ses amis -, nous a apporté en 1990 les précisions suivantes :  » J’avais 24 ans à l’époque et je n‘ai pas eu le même itinéraire que Raphaël Cassin, nous confia-t-il. C’est vrai, je me suis retrouvé au Fort DIX avec lui et nous avons regagné la Guadeloupe et les Saintes en même temps pour être démobilisés. Il y avait avec nous Maurice Bride, Benjamin Samson, et Guy Lebrun. Mais avant de me rendre à la Dominique, j’ai été interné deux mois au Fort Richepance – aujourd’hui Fort Delgrès –  à Basse-Terre, avec Henri Bride et Joseph Ajar. À cette époque, mes deux camarades et moi, nous vendions du poisson salé à l’Ilet à Cabris pour un dénommé Béné, lui-même partisan du Général De Gaulle. Nous avons été dénoncés sous prétexte que nous faisions passer des dissidents en Dominique, ce qui était faux. Un matin, une vedette de la gendarmerie s’arrêta à l’Ilet et nous avons été embarqués pour être conduits au Fort Richepance.  C’est seulement après cet internement que je suis parti clandestinement à la Dominique avec quatre autres camarades, sur le canot Blandin. J’y suis resté seulement 15 jours. Pour nous rendre en Amérique, nous avons pris le bateau français le Sagittaire jusqu’à Porto-Rico, puis un bateau américain jusqu’à Baltimore. Quant aux Saintois qui sont partis avant et après moi, je peux préciser leurs noms »  :Sans titre2

 Une stèle du souvenir à ériger

De tous ces Saintois qui avaient pour la plupart 20 ans en 1942, et qui sont partis en dissidence, un seul, nous l’avons dit, n’est pas revenu. Certains à leur grand regret ne sont pas allés plus loin qu’en Amérique. D’autres, qui ont estimé avoir eu plus de chance, ont été engagés dans des unités de la France combattante à côté des alliés et ont participé à divers faits de guerre dont la fameuse bataille du Monte Cassino en Italie.

À tous ces jeunes compatriotes des Années 40 qui  ont eu le courage de servir la cause de leur lointaine patrie et de la liberté, et qui sont aujourd’hui décédés,  nous devons respect et gratitude. Peut-être pourrions-nous suggérer qu’une modeste stèle soit érigée en leur honneur qui porterait leurs noms et leur état de service. Ce serait, à notre sens, même tardivement, un signe de justice, de témoignage et de reconnaissance publique.

Le Fort DIX aux USA

Le Fort DIX aux USA avec le bataillon des dissidents antillais

Théodore Samson, destitué par Vichy en 1940, retrouve sa place de maire à la Libération et sera réélu jusqu’à sa mort à la Gendarmerie de Terre-de-Haut en 1957.
Le corps de Masséna Desbonnes a été rapatrié à Terre-de-Haut en 1947.
Raphaël Cassin est décédé le 8 août 2005 à Terre-de-Haut,  à l’âge de 85 ans.
Eugène Hoff est décédé à Terre-de-Haut en 2003 à l’âge de 85 ans.
La photo conjointe de Raphaël Cassin et de Masséna Desbonnes nous a été aimablement communiquée par Arsène Cassin, fils de Raphaël. Celle d’Eugène Hoff et de Werter Cloris provient du Journal L’iguane, d’où sa mauvaise qualité dont nous nous excusons.

Raymond Joyeux – 28 Janvier 2014

PS : Aux amis lecteurs qui nous rejoignent sur cette chronique et qui ne se sont pas encore inscrits comme followers, je rappelle, s’ils sont intéressés, qu’ils peuvent suivre la publication des articles dès leur parution, en précisant leur adresse mail à l’emplacement ad hoc, à droite de la page. Il y a actuellement 43 lecteurs qui reçoivent cette info directement par courriel. Nous sommes à ce jour à près de 12 000 visiteurs que je remercie vivement pour leur fidélité. R.J.

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Une balade au Chameau avec Roméo Léon…

Le marcheur inspiré

Roméo LÉON, (chronique du 18 septembre 2013), est un adepte inconditionnel de la marche matinale en solitaire. Trois fois par semaine, le dimanche, le mercredi et le vendredi, depuis plus de 20 ans, il gravit au petit matin les pentes du Chameau et redescend sur Crawen par un sentier abrupt et tortueux qu’il a lui-même aménagé au fil de ses balades. Je le savais car il m’entretient régulièrement de ses activités pédestres lorsque je le rencontre dans le bourg de Terre-de-Haut, sur le coup des 9 heures du matin, revenant, ruisselant de sueur, d’une de ses escapades, sac au dos et bâton ferré de marcheur inspiré à la main.

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Le massif du Chameau et sa Tour – 309 m – Ph R.Joyeux

 

Requête satisfaite

Souhaitant récolter photographies et informations pour cette présente chronique sur le vert massif du Chameau, point culminant de notre relief saintois – 309 mètres – et atout touristique incomparable mais insuffisamment exploité, je l’ai contacté un samedi soir pour tenter diplomatiquement de me faire inviter à sa marche du lendemain aux aurores. Demande amicale acceptée de bonne grâce, quoique «exceptionnelle», me confie Roméo. Et c’est ainsi que le dimanche 29 décembre 2013, ayant mis mon réveil à quatre heures pour un départ à cinq, j’entendis mon ami-guide tambouriner à ma porte, plus ponctuel qu’une horloge suisse !

Astronome amateur

Il fait encore nuit noire et souhaitant respecter le silence que j’imagine forcément habituel de mon ami et son rythme de randonneur aguerri, je ne me hasarde pas trop à engager la conversation.

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Orion et son baudrier

Mais, à ma grande surprise, c’est Roméo qui est intarissable. Il me parle des bienfaits de la marche qu’il pratique sans interruption depuis si longtemps. Bienfaits pour le corps et l’esprit, inconnus, me précise-t-il, des jeunes Saintois d’aujourd’hui, à cheval en continu sur leurs bruyants scooters  ; il m’invite à regarder le ciel et me nomme dans la foulée étoiles et constellations ; il évoque les montées traditionnelles d’autrefois, au petit jour, quand les marcheurs, souvent en famille, signalaient à la population leur arrivée sains et saufs par une branche au sommet de la Tour…

Le réservoir et ses antennes

À 5 H 30 nous atteignons le réservoir circulaire du service des eaux et ses antennes téléphoniques bien utiles mais de si suspecte réputation.  Le ciel encore très étoilé est l’occasion pour Roméo de me dispenser un nouveau cours d’astronomie que j’apprécie au plus haut point : l’Étoile Polaire, la Grande et la Petite Ourse, l’Alpha du Centaure, la Constellation du Lion, le Baudrier d’Orion, Jupiter,  Véga, Sirius… et un peu plus haut sur la route, au détour d’un virage, dans une trouée végétale, La Croix du Sud déclinant imperceptiblement à l’horizon. Je suis fasciné par sa science et ses explications.

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Le réservoir et ses antennes – 24 h d’autonomie – Ph. R. Joyeux

La retenue de la Convalescence

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La Citerne : un site historique à restaurer

Cinq minutes de montée dans la fraîcheur d’un sous-bois et nous arrivons à la Citerne, réservoir naturel, aménagé en contrebas du sentier initial aujourd’hui bétonné. Dénommé aussi la Convalescence, en réminiscence d’un établisse-ment de repos pour les militaires en garnison, ce réservoir, construit en 1868 au pied d’une coulée rocheuse, est protégé par un parapet de pierres volcaniques taillées à angle vif à leur sommet.   Monument que l’on peut considérer comme historique, il est malheureusement laissé à l’abandon, à moitié comblé aujourd’hui de terre et de roches éboulées. Peut-être lors et depuis le séisme mémorable du 21 novembre 2004, un dimanche pluvieux cataclysmique où Roméo alors sur les lieux, a vu la mort manquer par deux fois le surprendre…

 Arrivée sous la bruine

nuit rognéeNous sommes à trois virages du sommet. Le ciel s’est couvert à l’Est. On ne voit plus derrière soi la crête estompée du Fort Napoléon. Une petite bruine sournoise nous oblige à presser le pas, non sans nous laisser le loisir de contempler quelques secondes, sous une chape de nuages, le bourg faiblement illuminé de notre île et sa silhouette alanguie de femme couchée qui émerge peu à peu de la nuit finissante.

La Tour émerge de la nuit

Les créneaux de la  Tour émergeant de l’ombre – Ph R. Joyeux

À six heures pétantes, nous arrivons devant la Tour Modèle, imposante et massive. À découvert, le vent frais du grain proche nous balaie. Nous nous abritons dans la salle de garde  du rez-de-chaussée protégée par ses murailles aux épaisseurs impressionnantes.

mur rogné

Le Fort Napoléon vu à travers une meurtrière.

 

Roméo change de T. shirt et me prête son coupe-vent. En échange je partage avec lui mes biscuits énergisants aux céréales et de concert nous nous désaltérons. Le temps pour moi de prendre une ou deux mauvaises photos au flash et d’entendre mon ami remercier tous ses organes pour l’avoir conduit en entier jusqu’au sommet : « C’est mon petit rituel  » me confie-t-il – nous voilà prêts à redescendre mais par la voie opposée : un sentier sauvage tracé et balisé à travers le taillis xérophile, fierté justifiée de notre randonneur multi-récidiviste…

Il y a 64 ans

Un visiteur d’il y a 62 ans

Une descente hasardeuse

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Six heures 15 : le jour pointe timidement le bout de son nez. Mais nous n’attendons pas qu’il soit complètement établi pour entamer notre descente. Le ciel tourmenté au-dessus de Marie-Galante ne permettrait pas, de toute façon, les clichés habituels du lever du soleil sur Terre-de-Haut endormie, barrée en son milieu par la vilaine cicatrice blafarde et malvenue de la piste d’atterrissage. L’entrée de l’étroit tracé est avenante et c’est un plaisir reposant d’avancer sans difficulté, pour le moment, sous le couvert des merisiers pays, des gommiers, ti-baumes et autres bois d’Inde. À travers le feuillage, je profite d’une percée pour immortaliser l’apparition des premiers rayons. Et, à mesure que nous dévalons la pente devenue plus abrupte, parsemée de bombes volcaniques, les ilets s’étalent à nos pieds, ourlés d’écume. Voici la Redonde, le Grand Ilet, la Coche, Les Augustins et pour fermer la ronde, Terre-de-Bas, plein Ouest, ses éoliennes et ses minuscules cases blanches ponctuées de rouge.

Le Grand Ilet dans la brume

Le Grand Ilet dans la brume

Sur les rochers et mégalithes jalonnant le sentier, des points jaunes de l’ONF  signalent aux randonneurs non initiés une voie plus facile. Mais Roméo n’en a cure. Aidé de son bâton de marche, il bifurque parfois, prenant par-ci par là un raccourci hasardeux et, plus agile qu’un cabri de morne, mais prudent, il m’encourage à le suivre, m’indiquant où caler le pied. Je savoure ma première descente par ce tracé naturel et ombragé qui contraste avec le béton nu de la montée. Je m’arrête pour m’en mettre plein la vue et tous mes sens, et photographier à l’improviste : ici le tronc caractéristique du Bois d’Inde, là un abreuvoir naturel creusé dans la pierre, ailleurs mon accompagnateur adossé au seul poirier de cette zone forestière peu fréquentée.

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Crawen en vue

Crawen

Plage de Crawen

Après une demi-heure de cette descente ardue mais revigorante dans la fraîcheur matinale, la ligne des rochers du littoral est en vue. Progressivement la végétation s’adapte à la nature du sol et à la proximité de la mer. Et c’est par  un sous-bois de mancenilliers bien connu des campeurs de la Pentecôte et de Pâques, que nous atteignons le sable de Crawen. Roméo fustige les « mal-appris » sans conscience écologique qui abandonnent ici et là leurs déchets et que, découragé, il refuse désormais de ramasser, l’ayant fait maintes fois par le passé. Il laisse à ma discrétion le soin de récupérer les quelques bouteilles et canettes qui traînent et que je fourre dans un sachet en compagnie de ma bouteille d’eau vidée d’une traite en arrivant… Ce qui ne m’empêche pas de gagner la plage, de me défaire de mes chaussures et de tremper comme un enfant enjoué mes pieds dans l’eau fraîche pétillante d’écume, histoire de savourer une victoire acquise sur moi-même et de célébrer, à sept heures du matin, ma première descente par le versant Sud-Ouest de la Vigie, ainsi que l’on nommait autrefois le morne mythique du Chameau des Saintes, Terre-de-Haut…

Retour succinct sur l’Histoire

Date de construction : 1843 - Façade Ouest

Date de construction : 1843 – Façade Ouest

Outré que les Anglais aient profité en 1809 de cette hauteur stratégique pour bombarder les positions françaises établies à Terre-de-Haut et détruire tous les forts existants,  le directeur des fortifications de la Guadeloupe, un dénommé Philibert, prit, en 1818, la décision de faire bâtir au sommet du morne de la Vigie, une tour fortifiée, dans le dessein de renforcer la surveillance et les défenses de l’archipel et de la rade des Saintes. Mais il fallut attendre d’autres rapports circonstanciés pour convaincre l’amirauté française de la nécessité d’une telle entreprise. C’est donc seulement en 1843 que commencèrent et s’achevèrent, en même temps que ceux du Morne Mire, de Morel et de l’Ilet à Cabris,  les travaux colossaux de la construction de la Tour Modèle.

Meurtrières et mâchicoulis  en retrait de la plate-forme

Meurtrières et mâchicoulis de la plate-forme

Comprenant au rez-de-chaussée quatre salles indépendantes voutées, munies de meurtrières ; une grande salle à fenêtres au premier étage  et une plate-forme supérieure protégée par un épais rempart troué sur ses quatre faces de meurtrières et de mâchicoulis, cette tour fortifiée, comme le Fort Napoléon du morne Mire, n’a jamais servi militairement. Une petite éolienne et une batterie d’antennes occupent aujourd’hui la plate-forme supérieure interdite et inaccessible aux visiteurs.

Un atout touristique inexploité

Destination idéale pour randonneurs courageux, la plate-forme supérieure de la Tour Modèle était autrefois le lieu incontournable de rendez-vous de tous les marcheurs de Terre-de-Haut – résidents et touristes – désireux de savourer, après une heure d’efforts et de transpiration, l’incomparable et circulaire panorama que leur offrait à perte de vue son accès désormais interdit.

vue panora modif

Maintenant que les installations de télécommunication pourraient aisément se déplacer pour libérer la plate-forme, il serait souhaitable que des aménagements sécurisés puissent se décider en haut lieu afin de permettre l’accès à la totalité de la tour pour la plus grande satisfaction de tous. C’est le sens de la lettre ci-dessous que Roméo LÉON a adressée à Hilaire Brudey, Conseiller Général et Régional des Saintes, Président du Comité du Tourisme et des Îles de Guadeloupe.

coucher soleil chameau

Souhaitons que faute d’avoir servi à des opérations militaires pour lesquelles ils étaient initialement destinés, le site exceptionnel et la Tour Modèle du Chameau,  apportent un plus au développement touris-tique de Terre-de-Haut et plus globalement à la destination des Saintes. Ce serait pour notre part une satisfaction supplémentaire qui conclurait de façon positive cette balade du 29 décembre au Chameau et la chronique subséquente de ce jour.

Raymond Joyeux

PS : Hormis celle de la constellation, les photos sont de Raymond et d’Alain Joyeux.

La lettre de Roméo à Hilaire Brudey

Lettre Rom

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Le jardin merveilleux de Tonton Fernand

Chers amis lecteurs, permettez-moi avant tout de vous souhaiter une bonne et heureuse année… Et de vous proposer, pour cette première chronique de 2014, un reportage d’Alain JOYEUX, que je vous laisse le plaisir de découvrir. Non sans vous avoir remerciés de votre fidélité et informés de la bonne marche de notre blog. Bonne marche, puisqu’en moins de six mois d’existence, (créé le 13 juillet 2013), il comptabilise à ce jour, grâce à vous, 132 commentaires pour 10509 visites. Les toutes dernières, hormis celles habituelles de Guadeloupe et de France, proviennent du Brésil, du Venezuela, d’Espagne, de Martinique, du Royaume Uni, d’Algérie, de Thaïlande… L’intérêt que vous portez aux sujets traités m’encourage à poursuivre la route avec vous et pour vous, le plus longtemps possible, en espérant ne pas vous décevoir. Bonne année donc de lecture, et de commentaires si vous le souhaitez ; un grand merci à Alain pour cette remarquable  chronique et mon  très amical salut à Fernand Bélénus pour avoir accepté le principe de ce reportage et autorisé sa diffusion.
Raymond Joyeux

Prés Alain gris

UNE OASIS SUR UN CAILLOU ARIDE

Tonton Fernand : un jardinier artiste Fresque réalisée dans son jardin

  Un jardinier artiste : 
Fresque réalisée par Tonton Fernand sur un mur de son jardin biologique

Dans le domaine des recettes écologiques de bonne fame (orthographe exacte de l’expression originale : du latin fama, qui donne fameux en français, famous en anglais, et qui signifie «de bonne réputation ou de bonne notoriété»), voici un témoignage  agroécologique rapporté, contre toute attente, de l’île la moins agricole entre toutes de l’archipel de la Guadeloupe : j’ai nommé la belle Terre-de-Haut des Saintes, réputée pour être le repaire des meilleurs pêcheurs de la Caraïbe et pour ses clichés d’Éden touristique, mais peu connue pour ses quelques jardiniers qui ont le grand mérite de cultiver des fruits et légumes sous un climat de sécheresse plus propice aux cactus qu’aux salades !

Tonton Fernand dans son jardin

Tonton Fernand récoltant du zavé

Rencontre, imprévue donc, avec Tonton Fernand, hôte d’accueil avec son épouse, proposant de ravissants bungalows pour voyageurs curieux, dans un cadre de verdure atypique sur cet îlot aride. Fernand s’est investi dans l’aménagement et la culture d’un jardin créole biologique (fruitiers, potager et basse-cour) sur son petit domaine en bord de mer, entre le cimetière et l’aérodrome local. Ce dernier, construit par l’armée dans les années 1966-67, avait privé l’île d’un biotope unique, celui d’un étang d’eau douce-saumâtre où le bétail pouvait s’abreuver, biotope disparu qui était aussi le refuge d’oiseaux de mer sédentaires et migrateurs. Les oiseaux de fer avaient eu raison de ceux à plumes… Mais les plumes, nous le verrons plus loin, n’avaient pas dit leur dernier mot !

Arrosage fernand 7

Eau d’arrosage de récupération

Premier problème à régler sur ce « caillou aride » : L’EAU. A savoir qu’il n’y a pas de source ni de puits sur l’île. Celle-ci n’est reliée que récemment (1994) à un réseau de conduites sous-marines depuis la Guadeloupe – elle est par conséquent très chère au robinet public. (Relire l’historique de Raymond sur le sujet). L’eau utilisée par Fernand provient de ses citernes domestiques de récupération pluviale (30m³ de réserve, idéal pour tenir le « carême », saison sèche aux Antilles).

Deuxième ressource primordiale : La TERRE. Le sol hérité n’étant constitué principalement que de sable blond marin, silice quasiment pure et sel peu fertiles, un amendement de sables volcaniques noirs importés de Guadeloupe (du Continent comme disent les Saintois !) a été le choix de sol adopté, amendement enrichi ensuite par du compost. Possesseur du seul broyeur de végétaux de l’île, Fernand élabore ainsi son compost à partir de biomasse récupérée dans son jardin (fibre de coco, déchets de cultures…) ou sur la plage atlantique de Grande Anse qui borde son petit domaine (algues).

Culture sous serre avec brumificateur

Culture sous serre avec brumisateur

Pour les semences, en plus des spécialités locales, il ramène des variétés de ses voyages réguliers en Europe et en France qu’il acclimate : tomates, salades, haricots… et des artichauts dont il est fier ! Sa dernière création au jardin : une ombrière avec un système d’arrosage par brumisa-teur pour les salades.

Hormis toutes les bonnes raisons qui précèdent et la cordialité de l’accueil, l’intérêt de cette rencontre pour notre sujet est l’utilisation par Fernand de fertilisants originaux ainsi que de répulsifs à base de plantes locales, plantes spécifiques à ce micro-climat .

Un résultat éloquent

Un résultat éloquent

Les Saintois, population insulaire longtemps isolée (où tout vient de la mer et par la mer), manquant d’eau, ont toujours cultivé l’art de l’économie de ressources et de moyens, art du système D, de la récupération et du recyclage. Il est ainsi naturel que les habitants encore en lien avec la mémoire collective du manque et de l’isolement, gardent une attitude et des gestes d’économie et optimisent au maximum ce qu’ils ont sous la main, car ici tout coûte en effort et en argent pour faire venir par bateau l’indispensable, le nécessaire et le superflu… Cet état d’esprit avisé perdure encore parmi les Saintois(es) même si les temps récents d’abondance et de gaspillage font quelque peu oublier à certains ces sages habitudes.

Plumes fernand

Rien d’utile ne se perd !

Parmi ces recyclages créatifs et fertiles, voici celui à partir du plumage de nos chers volatiles de basse-cour ! Fernand utilise donc les plumes et le duvet de ses volailles (sacrifiées à la gastronomie) qu’il laisse macérer dans l’eau de pluie jusqu’à désagrégation dans un bac hermétique stocké à l’ombre pendant trois semaines… La préparation est filtrée, diluée et ajoutée à l’eau d’arrosage. Fernand a testé une demi parcelle avec cette macération et l’autre sans ; les résultats sont parlants : les cultures en place sur le sol arrosé avec cette préparation furent incomparablement plus vigoureuses et nettement plus productives !

Cabris sur mornes

Cabris en liberté broutant sur les mornes

Autre préparation fertilisante : son purin d’orties. Non pas de l’ortie du type labiée que nous connaissons en Europe dont il existe une variante tropicale que l’on peut trouver en Guadeloupe, mais de cette ortie dite « zoti » qui est une liane très urticante qu’il ramasse dans les mornes, collines de forêts sèches. Parenthèse utile pour dire que ces forêts arbustives sont d’ailleurs menacées par l’érosion galopante induite par une surpopulation de cabris affamés (cheptel privatif errant) dont la salive corrosive ne laisse aucune chance aux arbustes mutilés et aux jeunes pousses. Cette menace écologique de désertification de l’île n’est pas connue des visiteurs  amateurs de plages et d’eaux turquoises et est absente des préoccupations des élus locaux (jusque à preuve du contraire – nous tendons encore une perche ). Cette commune insulaire touristique joue pourtant la carte de l’écologie dans les documents promotionnels diffusés ; un vœu en partie cependant exaucé si l’on considère par exemple que la décharge municipale située longtemps à l’emplacement d’une réserve de biotope a été supprimée, par une directive européenne, en janvier 2011.

Aloes

L’aloès : une mine de vertus thérapeutiques

Une des plantes utilisée comme répulsif des pucerons et autres insectes indésirables, est l’aloès. Cette plante médicinale aux multiples vertus reconnues depuis l’Antiquité est abondante sur ces îlots rocailleux ; plante de bonne fame s’il en est ! L’amertume caractéristique de l’aloès a donné l’idée à Fernand d’en préparer une macération qu’il pulvérise en traitement foliaire… L’aloès, est notoirement utilisé aux Antilles et réputé pour son efficacité remarquable : multiples usages, en interne (traitement auxiliaire des ulcères, hémorroïdes…) et en externe ( cicatrisant, régénération de la peau – brûlures, coups de soleil…). Il est de plus connu des femmes allaitantes en badigeon sur les seins pour sevrer les bébés). L’enfançon voudra alors trouver meilleur ailleurs… La comparaison est peut-être indélicate mais pertinente : les insectes suceurs délaissent pareillement la sève des plantes ainsi enrobées !

Insecticides naturels à base de végétaux endogènes

Répulsifs et insecticides naturels à base de végétaux 

Pour lutter contre les maladies cryptogamiques, Fernand a remarqué deux plantes (le mangle bord de mer, en créole « mang’ » et le « zavé », arbustes du littoral ) qui, à l’état naturel sont toujours vigoureuses et jamais malades malgré de rudes conditions extérieures (sécheresse, vents salins…). Cette observation lui suffit pour élaborer à partir des feuilles de ces arbustes des macérations qu’il pulvérise à titre préventif et curatif. Les recettes communiquées seront utiles à peu de personnes (hormis, peut-être, celle à base de plumes ) mais l’exemple vaut ici pour illustrer cette capacité d’adaptation à des conditions très localisées, ce qui révèle à la perfection ce que l’on entend par « agroécologie » : c’est-à- dire une authentique intelligence verte, basée sur l’observation, la récupération ou la transformation des déchets organiques, ou considérés comme tels, ainsi que sur l’utilisation créative des ressources minérales, végétales et animales alentour des lieux de cultures.

Calebasse douce tropicale

Calebasse douce tropicale

D’aucuns diront qu’une telle agroécologie n’est possible qu’à l’échelle de jardiniers amateurs sur de petites surfaces sans enjeu économique et non soumise à des contraintes de production. Certes ! Mais les expériences à plus grande échelle ( que nous avons présentées lors de ces journées d’échange en Guadeloupe) existent néanmoins et montrent la pertinence de ces pratiques et leurs possibilités de haut rendement à long terme. Le jardinier n’est pas l’agriculteur, mais un défricheur d’idées et de pratiques, un expérimentateur qui ouvre des chemins possibles pour les professionnels présents et à venir. Alors, à nos jardins, citoyens !

Fernand doigt

Le jardinier écolo : un exemple à suivre

«L’agroécologie : un enjeu global, des actions locales ! » Le local commence par le tout petit, le lopin privé, le jardin créole familial et convivial… Les rencontres que nous avons proposées en Guadeloupe, « Radio-bois-patate » la bien nommée (le bouche à oreille antillais) et,  je l’espère, ce bref  reportage, ont fait et feront leur travail de diffusion nécessaire. Je le souhaite en tout cas.

Alain Joyeux

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L’Étang Bélénus en pleine eau – Année 50

Pour en savoir plus sur Alain JOYEUX, l’auteur de ce reportage :
Bien que né à Lyon et habitant sa banlieue, Alain aspire depuis toujours à s’installer en Guadeloupe et singulièrement aux Saintes. Peintre et photographe, ses tableaux et travaux photographiques sont visibles sur son site que je vous invite très amicalement à consulter à l’adresse suivante : http://alainjoyeux.blogspot.com

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Petite anthologie de la poésie saintoise

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Les nombreux sites Internet, officiels ou privés, traitant de l’actualité saintoise et présentant  occasionnellement aux internautes des « Artistes saintois » circonscrivent étonnamment leur choix aux seuls représentants de la peinture et de l’artisanat. Arts plastiques visuels, intéressants à plus d’un titre, certes, mais à l’exclusion des autres productions comme la musique, la chanson et plus généralement la littérature et la poésie. Or il se trouve que beaucoup de nos compatriotes aiment et pratiquent également à des degrés divers ces dernières formes d’art, sans être reconnus à leur juste valeur. C’est pour notre plaisir et pour les faire connaître du grand public, eux et leurs œuvres, que je vous propose et vous offre aujourd’hui en présent de Noël, cette petite anthologie de la poésie saintoise contemporaine.

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Marie-Luce AZINCOURT

marie luceNée à Terre-de-Haut le 16 juin 1960, Marie-Luce est la fille de Claude Azincourt qui fut, entre 1960 et 70, l’un des créateurs et premier président du club sportif et culturel l’Avenir Saintois.

M.Luce SpiraleAprès avoir géré pendant plusieurs années la Maison des Jeunes et de la Culture de Terre-de-Haut, elle est actuellement responsable de la bibliothèque municipale. En 2008, elle a publié aux Éditions Amalthée un émouvant recueil intitulé Aux racines des heuresM.Luce Le visageEn équilibre entre le sentiment de délaissement et une renaissance espérée, la poésie de Marie-Luce Azincourt évoque en raccourcis significatifs les états d’âme d’une jeune femme à la recherche de stabilité sentimentale et affective. À ce titre, chacun de nous se reconnaîtra dans ces poèmes empreints de sensibilité et de délicatesse dans la mesure où les aléas de la vie bousculent parfois nos certitudes et nous acculent à des phases de dépression et d’exaltation, éléments constitutifs de notre humaine condition en perpétuelle (re)-construction.

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Jean-Antoine BÉLÉNUS

JC BÉLÉNUSTravailleur social près le Tribunal de Basse-Terre, Jean-Antoine BÉLÉNUS, plus connu sous le prénom de « Jean-Claude à Germaine », est né le 17 janvier 1956 à Saint-Claude.

Belenus bâtonTrès engagé par ses écrits dans la vie sociale et politique locale, il est l’auteur d’un site Web : La Cour des Braves, revendiqué à juste titre comme le premier Blog Saintois. Par la pertinence de ses analyses, il pose un regard très critique sur la gestion passée et actuelle de notre île, en particulier sur le comportement, qu’il n’approuve pas toujours, de certains de nos dirigeants.

Belenus qui mal foutiSon projet de création du Parc paysagé de la Grande Ravine à Terre-de-Haut rejoint sa passion pour la poésie qu’il n’a jamais cessé d’affectionner et qu’il publie régulièrement sur son blog. Inspirés de l’histoire et des pratiques culturelles saintoises, les poèmes de Jean-Antoine Bélénus, de par leur sobriété et leur conception minimaliste, traduisent en touches picturales des scènes représentatives de notre réalité insulaire fécondée par les activités séculaires de la pêche et de la vie maritime.

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Christophe CASSIN

christophe cassin 3Sapeur-pompier volontaire, électricien, titulaire d’un Bac-pro en maintenance des systèmes automatisés, Christophe CASSIN est né à Basse-Terre le 16 mars 1974.   Papa d’une petite fille, il s’adonne à l’écriture de la poésie depuis l’âge de 15 ans et c’est un manuscrit d’une quarantaine de textes qu’il espère pro-gressivement étoffer en vue d’une éventuelle publication.  Son inspiration prend racine dans les événements de la vie quotidienne et des sentiments contradictoires qu’ils suscitent : amour, tendresse, étonnement, angoisse, peur de vieillir… mais aussi sérénité face au temps qui passe. Sentiments qu’il sublime en les traduisant en mots et en images subtiles où perce une fibre poétique certaine, comme en témoignent les deux poèmes ci-dessous.

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Joyeux de COCOTIER

cocotier DEfOn ne présente plus Joyeux de COCOTIER, de son vrai nom Éric JOYEUX, dit le Saintois Moyenâgeux, auquel a été consacrée ici même une chronique début décembre. Tout le monde connaît le saltimbanque Cocotier, 66 ans, musicien, compositeur, interprète et animateur de soirées endiablées, mais peu savent qu’Éric est, à ses heures, un authentique poète. C’est donc le poète que je me propose de vous faire découvrir aujourd’hui. Certes, en sa qualité de compositeur, Cocotier écrit la plupart de ses chansons. Mais il lui arrive aussi, sur sa lancée, lorsque l’inspiration lui rend visite, de titiller la muse en oubliant sa guitare et de produire des poèmes évoquant son enfance, son milieu familial, l’ambiance de son île natale. Vous apprécierez, j’en suis sûr, ce beau texte sur la solitude qui n’est pas sans rappeler Jacques Prévert, le populaire auteur de Paroles, de Spectacle et de La pluie et le Beau temps.

Cocotier place

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Steeve MAISONNEUVE

Ponant retouché

Le Ponant en rade des Saintes – Photo R.Joyeux

Un épisode dramatique de la jeune existence de Steeve MAISONNEUVE, mais qui s’est heureusement bien terminé, a fait le tour du monde médiatique, en avril 2008, alors qu’officier sur Le Ponant, son navire avait été pris en otage par des pirates somaliens.

Steeve Il a falluRemis de ses émotions, Steeve est aujourd’hui commandant sur un pétrolier et poursuit  avec bonheur sa carrière d’officier supérieur de la marine marchande. Né le 6 juin 1976 à Basse-Terre, après un brillant succès au Baccalauréat, il intègre l’École Nationale de la Marine Marchande de Nantes et obtient haut la main le diplôme qui lui permet d’exercer sa profession et de gravir sans problème les difficiles échelons qui l’ont conduit à ce jour au grade de commandant. 

Steeve Laisse

Doué avant tout pour les mathématiques, ce sympathique et très discret Saintois de 37 ans n’a cependant pas fait l’impasse sur la littérature, et singulièrement sur la poésie. Art pour lequel il nourrit depuis toujours une passion qu’il exprime dans des textes remplis d’émotion et de sensibilité, inspirés sans doute par les longues absences loin des siens et la contemplation des éléments, lorsque ses lourdes responsabilités lui en laissent le loisir. Je remercie ses parents, Francis et Maguy Maison-neuve de m’avoir communiqué, parmi d’autres, ces deux poèmes de Steeve ici reproduits.

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Patrick PÉRON

PéronBasque d’origine, Patrick Péron est né le 24 mai 1950 à Pont L’Abbé dans le Finistère. Enseignant, grand sportif, membre et supporter du club de rugby l’Aviron Bayonnais, c’est à l’occasion de son service militaire, en qualité de coopérant outre-mer, qu’il est affecté à l’école primaire de Terre-de-Haut en 1971. Depuis cette date, ayant épousé une Saintoise, il n’a jamais quitté les Saintes et profite aujourd’hui d’une retraite bien méritée. Car en plus de ses activités de professeur des écoles, Patrick Péron s’est investi sans se ménager dans diverses actions associatives dont la création en 1974 de l’ASPP (Association Saintoise de Protection du Patrimoine) de laquelle il fut pendant longtemps le Président et l’animateur. Hébergée au Fort Napoléon, cette Association, sous la houlette inspirée de son Président, a contribué à la réalisation dans les locaux du Fort d’un Musée de la Marine, à l’organisation de diverses manifestations culturelles et touristiques et à l’édition de nombreux ouvrages sur l’histoire de Terre-de-Haut, auxquels notre poète a prêté sa plume. Peron bluesFéru en effet de poésie, à l’évidence bien avant son installation aux Saintes, Patrick Péron a publié en 2010, aux Éditions Bénévent, un recueil intitulé Blues, où s’expriment, avec justesse, sincérité et nostalgie, l’amour et l’attachement du Saintois qu’il est depuis 42 ans pour son île d’adoption, devenue naturellement, au fil des ans, sa véritable terre d’élection.

Peron saintes

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Raymond JOYEUX

Rémon 2 rognéeRédacteur de cette chronique sur la poésie – comme de la plupart des précédents dossiers sur ce site – , j’ai choisi de m’intégrer à cette modeste anthologie, car ne pas le faire eût paru, me semble-t-il, me mettre à l’éRemon solsticecart, et pour certains, qui connaissent mes écrits, ce serait, à leurs yeux, me situer au-dessus du lot. Ce qui ne correspond, bien évidemment, ni à mes intentions ni surtout à la réalité. Mais comme il est difficile de parler de soi sur son propre blog sans paraître prétentieux, je vous renvoie, chers lecteurs, au menu de ce site à la rubrique biographie, vous aurez ainsi toutes (?) les informations me concernant. Un simple mot pour dire que depuis mon adolescence je suis un passionné de poésie et que j’ai commis quelques ouvrages dont beaucoup de mes compatriotes, aux Saintes et au-delà, connaissent au moins l’existence.La fraicheur

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Une absence de taille dans cette présentation : celle de Cédric DÉHER. Auteur de nombreux textes aux accents très personnels, Cédric ne m’a pas fourni ses poèmes comme je le lui ai demandé à plusieurs reprises, sans doute pris par ses occupations. C’est pourtant en l’écoutant déclamer ses productions que l’idée m’est venue de cette anthologie. Sa maîtrise de la langue et de l’écriture poétique n’a d’égale que sa façon de les dire et parfois de les psalmodier à la manière des plus grands slameurs. Grand Corps Malade et Abd al Malik, pour ne citer que ces deux-là, n’auraient pas rougi que Cédric fasse partie de leur cercle restreint de poètes modernes inspirés et d’interprètes. Il arrive, sans conteste, selon moi, et sans forcer son talent, parfaitement à leur hauteur.

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Voilà, chers lecteurs, pour vous remercier de votre fidélité et terminer l’année 2013 sur une note poétique, ces quelques textes qui, je l’espère, vous auront plu. Il me reste à remercier également nos amis poètes pour leur contribution et leur talent, aussi divers qu’original, persuadé que la communauté saintoise, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas réunies, possède en son sein d’autres auteurs qui ne demandent qu’à se faire connaître. S’ils le désirent, ce site leur est ouvert. Je vous souhaite un JOYEUX NOËL, de bonnes fêtes de fin d’année et vous donne rendez-vous en janvier 2014 pour de nouvelles chroniques.

Très cordialement,
Raymond Joyeux

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L’eau aux Saintes : un épineux problème aujourd’hui résolu ?..

Le jeudi 23 novembre 2017 à 13 heures, une rupture de canalisation à Trois-Rivières a privé d’eau Terre-de-Haut et Terre-de-Bas pendant deux jours. Maintenant que la distribution a été rétablie,  nous avons jugé bon de publier à votre intention cette chronique parue en décembre 2013, retraçant l’évolution de l’alimentation en eau de notre archipel. Si  nous avons ajouté un point d’interrogation au titre initial, c’est pour signifier que nous sommes à la merci d’un incident identique à n’importe quel moment et que le problème n’est pas aussi définitivement résolu qu’il y paraît. D’autant que nous sommes tributaires de la petite guerre politique que se livrent à nos dépens la CASBT dirigée par Mme Michaux-Chevry  et le Conseil Général de la Guadeloupe en la personne de Madame Borel-Lincertin. À preuve cette dernière publication de Terre-de-Haut Indiscrétion qui nous apprend que c’est sur l’intervention de Mme Borel que la réparation a pu être réalisée, la présidente de la CASBT refusant de la prendre en charge !.. Voir le lien ci-dessous.

https://www.facebook.com/terredehaut.municipales/?hc_ref=ARQOQ2QX_lxFGP6nJPBLnvDJ8qEnrNWiaEoik5Bmbf4YnAn-EzpamubsB8HhaXLamzE&fref=nf

Chassés par le manque d’eau

voyage labatL’histoire nous apprend que les premiers colons qui abordèrent les côtes saintoises en 1648 durent abandonner rapidement l’archipel à cause du manque d’eau. « Il n’y a qu’une chose désagréable dans ces Isles,  écrit Jean-Baptiste Labat, c’est le défaut d’eau douce. » Ces colons revinrent cependant quelques années plus tard, en 1652, et s’y installèrent définitivement, ayant sans doute trouvé un moyen quelconque (que les archives ne précisent pas), pour récupérer et conserver le précieux liquide.

Réservoirs militaires et communaux

Par la suite, nous savons que lorsque s’édifièrent les fortifications et bâtiments militaires (entre 1809 et 1870), les constructeurs prirent soin de doter la plupart d’entre eux d’immenses citernes, dont certaines souterraines, capables de fournir aux garnisons et à la population de l’époque un approvisionnement régulier en eau. Selon un document manuscrit authentifié en ma possession, voici la liste, le lieu, la date de construction et la contenance de ces citernes :

Citernes Bien

Citerne de la Caserne -1841. Photo R.Joyeux

Citerne de la Caserne -1841. Photo R.Joyeux

Si l’on excepte le réservoir souterrain du Fort Napoléon, la plupart de ces citernes sont aujourd’hui abandonnées ou comblées et certaines d’entre elles totalement détruites. Une réhabili-tation des édifices existants, outre la préservation d’un patrimoine excep-tionnel, serait un hommage rendu à l’histoire et au passé de notre île.

Puis, au fur et à mesure que se cons-truisirent les édifices  publics : église, mairie, écoles, se sont édifiées simultanément des citernes com-munales gérées par les autorités et assurant en saison de sécheresse des ressources complémentaires.

Jarres, fûts et citernes privées

Modèle de jarre utilisée aux Saintes

Modèle de jarre utilisée autrefois aux Saintes

Parallèlement à cet effort public, les particuliers se mirent à constituer leurs réserves personnelles en installant des gouttières autour du toit de leurs maisons pour alimenter jarres et fûts, au contenu éphémère, en attendant d’avoir les moyens de construire des citernes en dur. Certains avaient  creusé dans leur cour ou leurs « terres », des puits ou mares pour subvenir aux besoins en eau du bétail, et éventuellement s’en servir pour le ménage, la vaisselle ou la lessive. La commune elle-même possédait une mare au Marigot, qui existe encore et autour de laquelle se sont affairées pendant des décennies, des générations de femmes saintoises transformées en lavan-dières… quand elles ne se rendaient pas à l’îlet à cabris par canots entiers.

La mare du Marigot

Située au pied des Mornes du même nom et ancrée dans la mémoire collective des Saintois, la Mare du Marigot est régulièrement alimentée par les eaux de ruissellement. Plusieurs fois comblée de terres charriées lors de pluies abondantes, elle a été souvent désensablée, réaménagée et une partie de ses berges renforcée en dur, ce qui a altéré quelque peu son caractère naturel et modifié certainement son biotope originel.

La mare du Marigot aujourd'hui. Photo R. Joyeux

La mare du Marigot aujourd’hui et son tapis de nénuphars. Photo R. Joyeux

L’Étang Bélénus

 Avec la mare du Marigot, le plan d’eau douce le plus célèbre de Terre-de-Haut reste sans conteste l’Étang Bélénus aujourd’hui disparu. Cet étang, peu profond, mais très étendu, situé à l’entrée de la plage de Grand’Anse, constituait un élément exceptionnel et unique du biotope saintois par la présence en ses eaux et aux abords d’espèces animales et végétales d’une extraordinaire variété. Comblé en 1966 par les militaires du SMA (Service Militaire Adapté), à l’occasion des travaux de l’aérodrome, sa disparition prive Terre-de-Haut non seulement d’une appréciable et naturelle réserve d’eau douce, mais d’un patrimoine écologique et paysager irremplaçable.

Étang Bélénus avant sa disparition - Coll. Boisel

Étang Bélénus avant sa disparition : un plan d’eau exceptionnel – Coll. Boisel

Les pompes-fontaines de Théodore Samson

Les plus anciens doivent s’en souvenir : lorsque les carêmes étaient particulièrement rigoureux, tout ce qui vivait aux Saintes, hommes, animaux, végétaux, ressentait douloureusement les effets du manque d’eau. C’est pour cette raison que la municipalité de Théodore SAMSON, dans les années 50, ordonna des forages pour tenter de faire monter l’eau du sous-sol. Des fontaines, actionnées par une pompe à bras, furent installées aux endroits stratégiques de l’île, (carrefour de la mairie, de la Poste, des écoles…), permettant à la population de venir s’approvisionner facilement. Ce fut la première tentative « scientifique » de résolution du problème de l’eau toujours crucial à Terre-de-Haut. Malheureusement, si l’idée était bonne et la technique relativement au point pour l’époque, la proximité de la nappe sous-marine, rendant l’eau saumâtre, donc inutilisable, fit échouer le projet et les pompes qui fonctionnèrent un certain temps, finirent par s’oxyder et disparurent l’une après l’autre.

Les interventions de la Marine nationale

Citerne ronde communale -Photo R.Joyeux

Citerne ronde communale -Photo R.Joyeux

Au cours de la période 1960-1975, sous les municipalités successives de Georges AZINCOURT, d’Eugène SAMSON et de René GERMAIN, la Marine nationale est intervenue à maintes reprises  pour alimenter les Saintes en eau potable. Des navires citernes qui faisaient le plein en Guadeloupe venaient régulièrement en période de dure sécheresse remplir la citerne ronde de la mairie, obligeant malgré tout, sous la surveillance étroite du garde-champêtre Virgile Cloris,  à un rationnement de la population. Rationnement qui suscitait, pour autant que je m’en souvienne, de mémorables bousculades, contestations, altercations et « babillages » aux heures de distribution…

Une technique d’évaporation irréalisable

À la fin des années 60, le conseil municipal sous la conduite d’Eugène Samson, se pencha sérieusement sur une technique, capable, pensait-on, de  solutionner définitivement le problème récurrent de l’eau aux Saintes : un procédé d’évaporation-récupération dont une maquette expérimentale resta un certain temps installée en plein soleil devant la mairie de Terre-de-Haut. Difficilement réalisable à grande échelle, le projet resta à l’état de maquette et c’est une municipalité nouvelle élue en 1971 et dirigée par le Docteur René GERMAIN qui entreprit les travaux d’installation d’une usine de dessalinisation de l’eau de mer.

La dessalinisation ou dessalement de l’eau de mer

Cette technique révolutionnaire à l’époque, qui avait fait ses preuves en Israël, semblait être en effet, en dépit de son coût élevé, la solution de l’avenir. Une première unité de dessalement fut installée en plein bourg, dans le bâtiment désaffecté de l’ancien groupe électrogène. Les conduites d’alimentation de l’usine amenaient l’eau de mer directement de la rade, pompée à quelques encablures au large du débarcadère. Outre les risques de pollution et le bruit occasionné par le fonctionnement des appareils, cette unité de production à faible débit ne servit au début qu’à alimenter les citernes communales, en attendant que se construisent, aux flancs du Chameau et du Morne Mire, les châteaux-d’eau et, dans le bourg, les canalisations urbaines pour le branchement des particuliers.

Unités de dessalement de Morel en 1985 - Photo R.Joyeux

Unités de dessalement de Morel en 1985 – Photo R.Joyeux

Lorsque, après plus de dix longues années de travaux particulièrement incommo-dants, furent achevées et  rendues opérationnelles ces importantes et coûteuses réalisations : (trois réser-voirs en béton d’une capacité totale de 2650 M3, et une grande partie du réseau urbain de canalisations souterraines), il fallut penser à réformer la petite usine du bourg devenue obsolète. La commune disposant d’un vaste emplacement à Morel, c’est l’UCDEM (Unité Caribéenne de Dessalement de l’Eau de Mer), une société spécialisée basée à Saint-Martin, qui se chargea de l’implantation de deux unités performantes de production d’eau douce, d’un débit quotidien de 90 M3.  Mises en service en 1985, elles étaient appelées à assurer désormais à la population une alimentation régulière en eau, à condition qu’elle y mette le prix : jusqu’à 60 F le M3, soit l’équivalent de 9€ 15 actuels. La distribution, gérée par un Syndicat communal des eaux, sous la houlette de la mairie, devint vite objet de pression électoraliste, les autorités municipales détenant seules le droit régalien de raccordement ou non des particuliers.

Vers la solution définitive

Alors qu’il semblait qu’avec cette nouvelle usine le problème de l’eau aux Saintes serait définitivement résolu, des pannes à répétition et des incidents techniques, (mauvais dosage entre autres des apports en sels minéraux), intervenant en pleine sécheresse, causèrent de sérieux inconvénients aux particuliers et aux hôteliers. Il s’est alors avéré que la fiabilité des installations et de leur mise en œuvre était loin d’être assurée à 100%. Incidents  auxquels était venu se greffer un grave contentieux financier entre le Syndicat des eaux et l’UCDEM, laissant les Saintois à la merci d’une pénurie généralisée.

Préparation d'un élément de la canalisation

Préparation d’un élément de la canalisation

C’est alors que les autorités départementales décidèrent de prendre les choses en mains. À l’instar de la Désirade qui venait d’être reliée en eau à la Guadeloupe par des canalisations sous-marines, le Conseil Général entreprit de rassembler les moyens financiers, techniques et humains susceptibles de régler le problème des Saintes une fois pour toutes.

Ce ne sont pas moins de 100 Millions de Francs (l’équivalent de 15 Millions d’Euros) qui allaient être consacrés à la mise en œuvre d’un gigantesque chantier, présenté comme une première mondiale en ce domaine. Une canalisation flexible de 14 kilomètres en continu, réalisée au Danemark et posée entre deux eaux, à des profondeurs atteignant parfois 320 mètres, par une barge spécialisée venue directement de Scandinavie, amènera désormais l’eau aux Saintes depuis la Guadeloupe.

Le chantier de raccordement

Le chantier de raccordement

Débutés en septembre 1993, les travaux s’achèveront en février 1994 et c’est le Président du Conseil Général, M. Dominique Larifla, qui inaugura le 15 août de la même année cette liaison vitale des communes sain-toises avec la grande île, mettant définitivement, pour de bon cette fois, il faut l’espérer, un point final aux tracasseries de nos popu-lations, privées naturelle-ment sur leur sol de rivières et de sources, leur permettant d’assurer leur autonomie en eau douce, élément indispensable à toute vie sur la planète. Élément rare, précieux et fragile qu’il nous incombe  de préserver et d’économiser… en songeant aux efforts constants consentis par nos prédécesseurs pour nous rendre pratiques et sûres aujourd’hui ses multiples et vitales utilisations.

Mise à l'eau

Mise à l’eau des canalisations rigides qui vont être raccordées au flexible

Raymond Joyeux
Les photos du chantier m’ont été aimablement communiquées à l’époque
par un responsable du projet.

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Souvenirs, souvenirs !..

Félix FOY aujourd'hui

Félix FOY aujourd’hui

Les lecteurs de nos chroniques connaissent déjà notre ami Félix FOY. Sous sa signature, nous avons publié au mois de septembre un magnifique texte empreint de nostalgie : Aux sources de notre identité. Ce texte qui évoquait les Saintes d’autrefois a déjà été lu plus de mille fois. Voici aujourd’hui un nouveau récit de Félix FOY. Nous sommes en 1947,  juste après la Seconde Guerre mondiale, toujours présente dans les esprits. Se souvenant d’une excursion faite avec sa classe de CM2 au Morne à Craie, sous la conduite de son maître, M. Hélissey, Félix nous raconte avec émotion cet épisode de sa vie d’écolier à Terre-de-Haut et voit défiler en pensée des faits en rapport avec la guerre qui ont marqué le jeune préadolescent éveillé qu’il était alors.

Excursion

L’ascension du Morne à Craie

Oublions la guerre et ses misères ; un petit saut en avant dans le temps, nous voici en 1947. La journée est belle, le soleil radieux et nous sommes plus enclins à la rêverie qu’au travail scolaire.  Monsieur Clermont Hélissey, notre maître d’école s’en aperçoit et crie : « Debout, nous partons pour le Morne à Craie ! « 

Terre-de-Huat : CM2 1947  Félix Foy est au 3ème rang, 3ème à partir de la gauche

Terre-de-Haut : classe de CM2 1947 – Félix Foy est au 3ème rang, le 3ème à partir de la gauche

Agitation immédiate dans la classe pour préparer jus de fruit, limonade et goûter ; musettes pour rapporter des échantillons de calcaire. Nous quittons le bourg, traversons la Savane, le Bois d’Inde, et là, Florimont Foy, Stéphane et Yvan Dabriou, prennent la tête, comme des premiers de cordée. Ils connaissent le coin, ils sont nos guides pour l’ascension par La Ravine qui nous conduit au sommet du Morne Carette. De là-haut, nous découvrons les îlots du Sud : La Redonde, le Grand-îlet, la Coche, les Augustins et, en fond de tableau, la Dominique.

Le Grand Îlet vu de l'Anse Rodrigue

Le Grand Îlet vu de l’Anse Rodrigue – Éditions Candalen

Vivre au paradis

La Rade vue du Morne à Craie - Carte postale Boisel

Une partie de la baie et le bourg vus du Morne à Craie – Éditions Boisel

En bordure de la falaise qui surplombe l’Anse Figuier, nous longeons, entre les têtes anglaises et autres raquettes, une trace à cabris qui nous conduit à la « mine » : la carrière où pendant la guerre de grosses quantités de calcaire, de craie, ont été extraites. La Roche à Pain nous domine. Nous sommes éblouis par ce splendide paysage. Un demi-tour et la merveille s’offre à nous : c’est le bourg et la Baie, (ne dit-on pas que nous avons la troisième baie du monde ?) Nous sommes assez fiers d’être et de vivre en ce petit paradis.

 Le retour nous affole un peu. Car revenir par le même chemin est extrêmement difficile et dangereux. Nous décidons donc de dévaler la pente Sud de la colline de Figuier. Branches, souches, lianes brûlantes sont des appuis qui nous assurent la descente. Joyeusement, nous traversons le Pré Cassin pour regagner notre école, bien heureux d’avoir accompli un exploit.

L’entrepôt du débarcadère

Cette promenade a été décidée simplement parce que, pendant la guerre, les militaires entassaient près de l’embarcadère pour une destination et une utilisation inconnues de nous des tonnes de craie qui quittaient les Saintes. Pour en faire de la chaux, peut-être ? Ou, compte-tenu des propriétés chimiques de la craie, vers un éventuel laboratoire…

À droite, emplacement réservé au stockage de la craie

À droite, emplacement réservé au stockage de la craie extraite de la « mine » – Coll Boisel

Le porte-avions Le Béarn

Porte-avions le Béarn en rade de Terre-de-Haut Mai 1941

Porte-avions Le Béarn en rade de Terre-de-Haut en Mai 1941

Difficile donc d’oublier la guerre pas si lointaine. Quand nous étions sur les mornes, au pied de la Roche à Pain, j’ai revu en pensée tous ces bateaux et hydravions qui ont fréquenté notre rade durant les années 1939-45. Ma mémoire s’est arrêtée au BÉARN, un porte-avions !  Une chose que nous ne connaissions qu’en photo. Je revois le Béarn qui approche, la population sur la plage et sur la jetée est en admiration ; des jeunes gens sonnent de la corne de lambi, d’autres crient :  «  Mili, mili .. » (le voici, le voici). Il est énorme et grossit encore, il s’approche toujours, les visages se figent : quand va-t-il stopper ses machines ? Il avance encore ! Manœuvre audacieuse ou erreur de jugement ? Il vire en catastrophe. Trop tard. Le Béarn accroche le fond : accélération, marche arrière. La boue, le sable, les coraux montent à la surface. Nous sommes médusés. Quelques-uns crient :  « Y encayé », d’autres « coulé ! »  Il s’éloigne et mouille enfin. Plus tard, nous apprendrons qu’une des ses pales d’hélice s’est cassée. Avec nos masques taillés dans une chambre à air, nous pouvons l’apercevoir en plongeant près d’une petite « caye » ronde, non loin du rivage, face à la batterie du bourg. Quelques années après, les équipages des « maîtres sennes », Montavel Procida, Norvin Samson et Charles Dorrifourt ont bien du mal à renflouer cette pale. Ils y arrivent. Qu’est-elle devenue ? Vendue ou envoyée aux affaires maritimes ? Je ne sais pas.

Navires de guerre et hydravions 

Navire de combat et hydravion en rade de Terre-de-Haut pendant la guerre

Navire et hydravion militaires en rade de Terre-de-Haut pendant la guerre

Une distraction nouvelle pour les enfants que nous étions : assister aux opérations de remplissage en carburant des réservoirs de nos hydravions. Roulement de fûts depuis la Caserne où se trouve le dépôt de kérosène. Les aéronefs viennent jusqu’à la plage, devant les maisons Pouzol et Bartoche et là, commence le pompage manuel. Quelques vérifications effectuées par les équipages, les hélices tournent et c’est une longue glissade dans la baie qui les conduit jusqu’au Pain de Sucre. Face au vent pour l’envol, ils foncent vers le village et passent à basse altitude, juste au-dessus de nous. À leur retour, mission accomplie, ils nous gratifient de quelques piqués sur l’Îlet à Cabris : un ravissement pour les petits.

L’arrivée du navire-atelier

Un jour, un de ces hydravions abordant la plage, heurte une conque : c’est la voie d’eau. Un colmatage sommaire lui permet d’effectuer sa mission habituelle, mais pendant la nuit, le flotteur est inondé, le vent souffle fort, notre hydravion coule, amarré à sa bouée. Un bateau atelier est dépêché de la Martinique. L’appareil est remis à flot, embarqué pour réparation.

Navire atelier de la Marine nationale

Navire-atelier de la Marine nationale

Durant des mois encore, le lieutenant Agérie poursuit ses vols dans la région, puis s’en va. Avec ses hommes, aux dires de certains, il aurait rejoint les Forces Françaises Libres aux Etats-Unis, dissident à son tour, comme quelques uns de nos compatriotes Saintois de cette époque : Masséna Desbonnes, Eugène Hoff, Raphaël Cassin, et tant d’autres… dont nous relaterons peut-être l’histoire une prochaine fois.

 Une période difficile mais enrichissante

Pêcheurs ravaudant leurs filets - Plage de Petite Anse

Pêcheurs ravaudant leurs filets – Plage de Petite Anse

Entre nous et à la maison, nous parlons souvent de la guerre, mais elle n’est quand même pas, heureusement, à nos portes. Éloignés de tout et privés du superflu, c’est pour nous, somme toute, une période difficile mais enrichissante. Nous découvrons des choses jusque là inconnues de nous. Les enfants que nous sommes profitons des apports extérieurs. Nous jouons à la guerre, aux soldats, aux marins et aviateurs. Notre esprit inventif nous permet de nous amuser en découvrant de nouveaux jeux avec des jouets fabriqués de nos mains. Les femmes de notre île excellent dans la tenue de leur maison, les hommes rivalisent d’ingéniosité dans leur travail et un certain progrès est en marche. À l’école, nous utilisons la craie rapportée par les militaires, ayant au préalable choisi les morceaux les plus tendres.

Chansons, violons et accordéons

Tendres aussi les morceaux de musique interprétés à l’accordéon par « Dodo » Samson qui nous font rêver. Comme nous font chanter et danser les bals animés par Nivard Cassin, Jean Jacques, Octave Samson, Achille Delannay, Joseph et Gaston Vincent : « ban mwen un ti bo, deux ti bo, trois ti bo doudou… »

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Joyeux de Cocotier : l’inclassable troubadour

L’art de se façonner un personnage

JDC Photo Site

JDC – Photo Site

C’est en Métropole, à la télé, au début des années 80, que j’ai vu pour la première fois Éric Joyeux faire son apparition publique en tant qu’artiste. Il venait d’enregistrer son premier disque, Mademoiselle Babette, et s’était rendu à Cannes au MIDEM. (Marché International D’Edition Musicale). Ma surprise avait été grande de le voir arriver dans le hall du Palais des Festivals en marchant sur les mains. À cette époque, il ne s’appelait pas encore Cocotier mais JOYEUX tout court et habitait déjà son personnage.

Une autre fois – et ce fut ma seconde surprise – c’est sur France Inter, dans la célèbre émission de Jean-Louis Foulquier, Pollen, que je l’ai entendu. J’ai oublié ce qu’il disait mais en l’écoutant déclamer un poème de Baudelaire, Le Mort Joyeux, – titre habilement choisi ! –, je me souviens avoir compris que j’avais  affaire à un Saintois pas comme les autres. Et, c’est fort de ces deux images, l’une visuelle, l’autre auditive, qu’en ma qualité de compatriote, je me suis intéressé, d’assez loin cependant, je l’avoue, à sa carrière de chanteur.

 Enfance saintoise et fugue clandestine

Éric Joyeux est né à Terre-de-Haut le 7 mars 1947. À 4 ans près, nous serions de la même génération. Mais comme il habitait le Mouillage et moi le Fond-Curé, deux secteurs extrêmes de notre commune séparés par la petite éminence de l’église, je n’ai pas eu l’occasion de le fréquenter outre mesure lorsque nous étions enfants. Pourtant en 1965, nous faisions partie de la même équipe de football, celle de L’Avenir Saintois, dans laquelle, à cette époque, il n’y avait que des joueurs locaux, je crois l’avoir déjà précisé ici-même.

Éric Joyeux : 2ème rang, 4ème en partant de la gauche. Raymond Joyeux : 1er rang 4ème en partant de la gauche

Éric Joyeux : 2ème rang, 4ème en partant de la gauche –  Raymond Joyeux : 1er rang, 2ème en partant de la droite

Ce qui me fait dire que, contrairement à ce qui est indiqué sur certains sites Internet, – mais il faut bien se construire une légende ! – ce n’est pas à 15 ans qu’il a quitté les Saintes, mais vraisemblablement à 18, alors qu’il n’avait pas encore atteint sa majorité légale, fixée à l’époque à 21 ans. C’est en effet à la suite d’un conflit avec sa mère, et sans perspective d’avenir à Terre-de-Haut, qu’il embarque clandestinement, sans un sou, pour Marseille où il se fait embaucher comme mousse sur un cargo.

 Une rencontre décisive : Élisabeth Meissirel

À nous deux Marseille !

À nous deux Marseille !

Manifestement, bien que Saintois et fils de marin, la navigation hauturière n’emballe pas très longtemps notre homme. Mais comme il faut bien vivre, débarqué, il entreprend une formation d’artisan, et c’est en qualité de peintre-décorateur en bâtiment qu’il tente de gagner sa vie après son service militaire. Alors que sa femme légitime et sa fille  (car il est bel et bien marié et père de famille), rejoignent sans lui Terre-de-Haut pour s’y installer définitivement, Éric se retrouve seul et célibataire, libéré des contraintes familiales. Indépendant et fantasque, amoureux de la nuit, de la danse et de la musique qui bouge, c’est au cours de ses nombreuses virées nocturnes, avec un groupe de musiciens et danseurs dont il est le leader, qu’il rencontre régulièrement parmi d’autres, une jeune noctambule, habituée des discothèques provençales, danseuse elle aussi, férue de peinture, de littérature et de poésie, Élisabeth Meissirel. Cette jeune artiste, ex-étudiante en médecine, en rupture de ban avec son milieu petit bourgeois bien rangé, (son père est policier), devient sa nouvelle compagne, sa partenaire, son pygmalion et son égérie. Dès lors la vie du Saintois exilé devenu Marseillais change radicalement de cap.

 D’une boutique de disquaire à la scène de La Payotte

Le premier disque

Le premier disque

En association avec Mademoiselle Babette, sujet et titre de son premier 45 tours, Éric ouvre   dans un premier temps une boutique de disques au cœur de Marseille, puis crée un restaurant-cabaret, rue Chateauredon, La Payotte, où, sous les pseudos de Vanille et COCOTIER, le couple se produit chaque soir, drainant dans son sillage nombre de jeunes artistes dont Kamel et Élie Kakou qui deviendront célèbres. Se succèdent alors de mémorables tournées en Europe, en Afrique, à la Réunion, au Brésil, à Maurice, et… à Ibiza,  escale  incontournable et point de chute régulier de leur périple d’artistes accomplis de music-hall à travers le monde. De son côté, avec ses arrangeurs et musiciens, et parallèlement à ses activités polyvalentes de cuisinier-peintre-danseur-chanteur-animateur, Cocotier entreprend l’enregistrement de ses autres titres : Reggae Family, Pina Colada, la Banane, et, entre autres, Ma cousine, ce célèbre et sulfureux CD produit en 1995 par Debs Music à Pointe-à-Pitre. Du CD au clip il n’y a qu’un pas (de danse) que notre infatigable et moderne troubadour franchit allègrement, illustrant la plupart de ses interprétations par des clips endiablés visibles sur le Web à son adresse.

Un provocateur fantasque au cœur sensible

images-1Il ne se cache pas pour le dire et le répéter, ayant beau avoir  le rythme dans la peau, avant de connaître Élisabeth Meissirel, Cocotier était, en matière littéraire et artistique, un inculte invétéré. Un Saintois moyenâgeux, comme il se plaît à se définir lui-même, mais à l’esprit ouvert. C’est donc au contact de sa complice lettrée qu’il découvre Léo Ferré, Jacques Brel, Brassens, Bernard Lavilliers et tant d’autres poètes et auteurs français et étrangers : Baudelaire, Boris Vian, Prévert, Éluard, Garcia Lorca… Doté d’une capacité de mémorisation exceptionnelle et d’une sensibilité poétique évidente, il apprend par cœur des textes de ces auteurs qui l’influencent dans son comportement, ses écrits et ses interprétations. Alliant son naturel provocateur et marginal à l’aura de ses géniaux inspirateurs, il se construit sa propre complexion d’artiste, sans renier ses racines musicales antillaises et caribéennes qu’il saura parfaitement exploiter.

La liaison avec Madame Vous  et la Maison du bonheur

Le 1er tome du récit d'É. Meissirel

Le 1er volet du récit d’É.Meissirel

Femme de spectacle, danseuse, meneuse de revue, poétesse, peintre et écrivain, Élisabeth Meissirel a publié en deux volets le récit de sa rencontre, de sa complicité, de ses rapports tumultueux et de ses ruptures sentimentales, toujours houleuses mais jamais définitives, avec Joyeux de Cocotier. La lecture de ces deux ouvrages (1) est passionnante et très instructive pour ceux qui désirent approfondir leurs connaissances de la vie nocturne  marseillaise de l’époque, mais aussi et surtout de la personnalité extravagante de notre personnage, de ses frasques, de sa double vie, sans oublier pour autant ses indéniables talents de chanteur et de show-man.  Désabusée, elle raconte comment lors d’un séjour aux Saintes, son associé et partenaire de toujours rencontre et séduit sous ses yeux la belle et blonde propriétaire d’une boutique de mode tropicale, l’avenante Auvergnate  Christine Chazeau.

La "Maison du Bonheur"

1999 : La « Maison du Bonheur »  – Ph. R. Joyeux

En philosophe compréhensive – sinon consentante – Babette, de son nom de scène Vanille, habituée à ces infidélités à répé-tition, encaisse cette énième liaison qui la blesse, mais laisse son compagnon décider seul du cours de sa vie, sans le contraindre à rester avec elle à Marseille où le couple est de retour. Revenu rapidement aux Saintes retrouver sa nouvelle fiancée Christine C., indéfectible adepte de la cigarette et du vouvoiement, et Princesse aux pieds nus, comme il la surnomme, Joyeux de Cocotier monte avec elle, de ses mains, à la fin des années 90, sur un terrain du Mouillage prêté par un ami d’enfance, une petite boutique de disques, de T-shirts et bibelots à son effigie : « La Maison du bonheur »… sans obtenir de son cousin maire, l’autorisation des branchements d’eau et d’électricité, équipements indispensables à ses activités commerciales. Ce fâcheux contretemps l’oblige à fermer plus tôt que prévu son entreprise et à restituer le terrain à son propriétaire, non sans un arrière goût de révolte et de hargne contre l’arbitraire et les discriminations politiques.

 Le citoyen révolté, l’homme meurtri

Une virulente charge contre le maire

Une virulente charge contre l’arbitraire – Archives R.Joyeux

Déjà en conflit avec ce maire qu’il accuse de l’avoir illégalement dépossédé de sa filiation maternelle, pour une sombre et trouble affaire d’héritage, il entre en guerre ouverte avec le représentant de l’autorité municipale et publie contre lui des tracts et des tags vengeurs qui en disent long, s’il en était besoin, sur son tempérament naturel de provocateur sans complexe et d’anarchiste engagé. Cet épisode politico-familial ne l’empê-chera pas de continuer à aimer la poésie et la scène, et de se produire dans diverses manifestations aussi bien aux Saintes qu’en Guadeloupe. Ayant élu domicile à Sainte-Anne, en Grande-Terre, il anime en soirée les restaurants de la place, secondé  par sa compagne du moment, Princesse Christine, promue conseillère artistique et commerciale. Laquelle, grande fumeuse, souffrant en silence d’une affection maligne de la gorge, décédera prématurément, le laissant sincèrement meurtri et désemparé. Très affecté par le décès de sa Princesse, Cocotier quitte alors la Guadeloupe et les Saintes pour ne plus y revenir qu’épisodiquement.

Sur les murs de Terre-de-Haut : slogans vengeurs et…

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Services publics d’électricité et d’eau soumis à TDH au diktat du maire  – Photo R. Joyeux

 … poésie populaire

Photo R. Joyeux

 Un extrait de « La Baie des Saintes » signé Cocotier – Photo R. Joyeux

Une valeur sûre, injustement mal aimée du milieu musical antillais

Saint-Venlentin 2013 au Coq d'Or - Ph. R. Joyeux

Saint-Venlentin 2013 au Coq d’Or – Ph. R. Joyeux

Aussi bien aux Saintes qu’en Guadeloupe continentale, Joyeux de Cocotier n’a jamais eu le succès et la cote qu’il mérite. Son indéniable tempérament de provocateur et de « grande gueule » incontrôlable ne plaît manifestement pas à tout le monde et l’éloigne des médias traditionnels et des radios musicales. En dehors de Ma Cousine interprétée avec ou sans Franky Vincent, ses titres passent rarement sur les ondes locales. C’est dommage car, à mon sens, Cocotier est un artiste complet, doublé d’un peintre talentueux, même si son personnage imprévisible ne fait pas l’unanimité.  Ayant eu l’occasion de le voir dans ses œuvres, plusieurs soirs aux Saintes et de l’entendre en live, j’ai apprécié son côté tour à tour, charmeur, facétieux, provocateur, romantique ou zoukeur-rocker endiablé. J’ai constaté que,  grâce à ses qualités innées de danseur-animateur et d’interprète, il savait gratifier son public de toutes les facettes d’un métier difficile, appris sur le tas, par la seule force d’une persévérance et d’une volonté surdimensionnées – à l’égal de son égo, prétendent ses détracteurs…

 Un professionnel avisé et exigeant

COCO Fringale

Au restaurant L’Insolente, mai 2011 – Ph. R. Joyeux

Il avait ces soirs-là, chaudement envoûté un public nombreux,  subjugué, pris par l’ambiance, séduit par son talent, sa prestance, son professionnalisme et la maîtrise de son sujet. Amoureux du blues, du rythme et de la poésie, outre ses propres textes et compositions, dont les célèbres et inévitables Morne à l’eau, Ma Cousine, La banane, La baie de Terre-de-Haut et le fameux Nou ké bwè nou ké sou, il avait su déclamer avec justesse et sensibilité des poèmes de Boris Vian et de Léo Ferré… Et pour finir, accompagné de sa guitare électrique et de son pianiste Dominique, il avait, de sa voix tantôt rugueuse, tantôt douce ou gouailleuse, magistralement interprété Black and White et Kingston de Bernard Lavilliers, l’une de ses idoles.

Avec Cocotier, ambiance assurée - Mai 2011 - Ph. R. Joyeux

Avec Cocotier, ambiance assurée – L’Insolente,  mai 2011 – Ph. R. Joyeux

Un CD dédier à Christine Chazeaux, "Madame Vous

Un CD dédié à la mémoire de Christine Chazeau

À l’issue de ces spectacles parfois improvisés, à l’ambiance toujours très animée, je me suis plu à souhaiter d’autres temps forts de ce type, dans son île natale, où un auditoire encore plus nombreux viendrait découvrir et apprécier les prestations de notre Cocotier saintois, troubadour multiforme et talentueux qu’un jour, qui sait ? la Guadeloupe entière nous enviera.

Raymond Joyeux

1 – Élisabeth Meissirel : Mademoiselle Babette – Récit  – Éditions Passeport pour la poésie – Marseille 2008. (Tome 1)
Il était une fois la Payotte – Mémoire d’une Marseillaise – Éditions Passeport pour la poésie (2ème édition) – Marseille 2010. (Tome 2)

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Évolution des services de santé aux Saintes de 1853 à nos jours

Aux temps (pas toujours bénis) des Colonies

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Un document exceptionnel

Dans un rapport sur l’état de la paroisse de Terre-de-Haut, datant de 1853 et reproduit intégralement par le Père Camille FABRE dans une brochure parue en 1979, intitulée de clochers en clochers, il est indiqué que  « le bourg ressemble à une petite ville et constitue toute la paroisse. Il y a environ six cents habitants. L’esprit religieux y est assez mauvais. Le prêtre y a peu de consolations. Cependant il y a une école tenue par les frères de Ploërmel et un hôpital tenu par les Sœurs de Saint-Paul « . (1) C’est, à ma connais-sance, la première mention de l’existence de ce type d’établissement aux Saintes auquel survécut, pendant un certain temps, une petite infirmerie où tous les Saintois et Saintoises de ma génération et moi-même avons été vaccinés lorsque nous étions écoliers.

De son côté, dans une monographie sur l’archipel publiée à Bordeaux en 1901, le docteur Sauzeau de Puyberneau (2), affecté aux Saintes, précise : « En face de la caserne se trouve l’hôpital, qui serait en mesure de redevenir hospitalier s’il lui était accordé les quelques réparations nécessaires. Par un décret spécial, le Médecin des Colonies chargé du service aux Saintes est autorisé à habiter le pavillon des officiers. » Lequel médecin, payé, selon Félix Bréta (3), par le budget local, a été supprimé en 1903.

Les services de Santé du navire-école Jeanne d’Arc

La Jeanne d'Arc en rade des Saintes - 1960 Carte postale Catan

La Jeanne d’Arc en rade des Saintes – 1960. Carte postale Catan

À partir de cette date et jusqu’au milieu du siècle dernier, Terre-de-Haut, privée de la présence sur son sol de médecin résident et de service hospitalier, dut se contenter de la seule assistance de deux sages-femmes qui pratiquaient les accouchements à domicile. L’une originaire de la commune, Mme Jacques-Quintard Éléonore, l’autre, épouse d’un médecin guadeloupéen, Mme Monrose. Un docteur généraliste, venant de Trois-Rivières, une ou deux fois par semaine, assurait les consultations et les soins qui ne nécessitaient pas un transfert des patients en Guadeloupe. En cas d’urgence, ce transfert s’effectuait par les moyens de l’époque, c’est-à-dire en canot à voile, quels que fussent l’heure et le temps. Dans ces conditions, beaucoup de Saintois se contentaient d’attendre le passage annuel du navire-école Jeanne-d’Arc, à bord duquel consultations, radiographies, bilan de santé, soins dentaires et parfois opérations chirurgicales se faisaient gratuitement.

 Le Bateau des Îles : « maison du docteur »

"Maison du docteur" - Ph. R.Joyeux

« Maison du docteur » – Ph. R.Joyeux

Pour pallier les réticences compréhensibles du corps médical à venir s’installer aux Saintes, un photographe de Basse-Terre, M. Adolphe CATAN, propriétaire de la célèbre maison Bateau, céda ou vendit, selon les sources, son bien à la commune de Terre-de-Haut en 1949. À charge pour cette dernière d’y loger gratuitement les docteurs successifs qui voudraient y venir exercer, et à celle du Département d’octroyer une subvention aux volontaires. À ma connaissance, le premier qui bénéficia de ces deux opportunités, fut le docteur Hourtiguet, un breton, amateur de navigation, qui, logé et subventionné, assura la desserte des deux îles jusqu’en 1957-58. Aujourd’hui, cette « maison du docteur », comme on la nomme aux Saintes, est occupée en permanence depuis de nombreuses années par la même praticienne qui y a également installé son cabinet médical.

 Années 48-50 : création d’un dispensaire

Le dispensaire et son frangipagnier

Le dispensaire et son légendaire frangipagnier- Ph R. Joyeux

Selon un petit carnet retrouvé de mon père, déjà évoqué sur ce blog, c’est à la fin de février 1951, que fut inauguré le Dispensaire public du Fond-Curé. Cet établissement,  propriété du Département et géré par la  Direction de l’Action Sani-taire et Sociale de Basse-Terre, a été édifié à l’emplacement de l’ancienne Prison cantonale, (4) sur un terrain ayant appartenu, semble-t-il, à un certain Jules Corbin. Sa création allait apporter un confort certain et une sécurité non négligeable  à la population saintoise en matière de structure sanitaire de proximité. Outre de remplir sa fonction de Protection Maternelle et Infantile, (PMI), il était également, et est encore aujourd’hui, centre de soins, de vaccinations pour les scolaires,  de consultations et d’obstétrique, autant d’actes médicaux spécialisés assurés par des professionnels venant à intervalle régulier de Guadeloupe, sous l’égide du Conseil Général.

Entre 1964 et 67, Yves Espiand, jeune docteur originaire de Pointe-à-Pitre, a été le premier à aménager son cabinet de consultations dans une des salles de ce dispensaire et avoir été autorisé à y ouvrir une officine de propharmacie, avec les médicaments de première nécessité. Par la suite plusieurs dentistes s’y sont succédé sans lendemain, jusqu’à l’arrivée de leurs confrères installés aujourd’hui dans le bourg. L’officine pro-pharmaceutique a également disparu au profit d’une véritable pharmacie indépendante, qui a ouvert ses portes en 1979.

Étonnante destruction du frangipagnier et aux autres flambloyants

Il ne reste que des souches - Ph. R. Joyeux

Il ne reste que des souches – Ph. R. Joyeux

Concernant la gestion et l’entretien de ce Dispensaire départemental dont tout le monde reconnaît unanimement la nécessité et l’importance pour une petite commune insulaire, on peut s’étonner que les responsables, sous couvert de nettoyage, aient autorisé récemment (octobre 2013) l’abattage de tous les flamboyants de l’arrière-cour et surtout d’un magnifique frangipanier donnant sur la rue (voir photo précédente). Tous les arbres existants ont été scrupuleusement coupés, mais à ce jour, le grand nettoyage-prétexte reste encore à intervenir !

Des containers de tri ont remplacé le frangipagnier- Ph. R. Joyeux

Containers de tri et palettes ont remplacé le frangipagnier

Quant aux autorités municipales, nous ne doutons pas qu’elles ne tarderont pas à trouver de leur côté un emplacement plus adéquat pour entreposer des containers de tri qui, en plus d’enlaidir le site, n’ont pas du tout leur place à proximité immédiate d’un établissement public d’accueil et de soins.

Et aujourd’hui ?

Tout compte fait, aujourd’hui, et depuis bon nombre d’années, les Saintes, et Terre-de-Haut en particulier, sont globalement bien desservies en matière de structures et de personnels médico-sanitaires. Sont en effet à la disposition de la population : deux cabinets médicaux, un couple de chirurgiens-dentistes, plusieurs kinésithérapeutes, une pharmacie, un véhicule du SAMU, un hélicoptère d’évacuation sanitaire, et depuis 2007, pour les personnes âgées dépendantes, un service d’infirmières et d’aides médicales d’hospitalisation à domicile (HAD), qui font à leur niveau un remarquable travail d’assistance et de soins, et qui méritent, avec tous les autres praticiens, d’être salués !

Un progrès considérable

L’implantation d’une pharmacie : un progrès considérable

Que demander de plus ? sinon peut-être l’aménagement des caniveaux à ciel ouvert pour éviter qu’ils déversent à la mer leur bouillon de culture infesté de bactéries fécales et de staphylocoques ; l’installation de sanisettes modernes et gratuites pour éradiquer définitivement les habitudes moyenâgeuses de mictions et défécations humaines intempestives  en milieu naturel ; un  suivi plus sérieux enfin, et une fréquence régulière des campagnes de démoustication et de dératisation pour mettre la population à l’abri de la leptospirose et de la dengue hémorragique, deux affections parfois mortelles dont la Guadeloupe et ses îles ne sont pas du tout exemptes…

510HKCV1XPL._SY445_Mises à part ces dernières suggestions qui restent à réaliser et qui sont à nos yeux d’importance,  nous sommes en définitive, aujourd’hui, concernant l’état sanitaire de la population saintoise et les équipements médicaux, bien loin, heureusement, des observations apocalyptiques, (qualifiées à juste titre par Jean-Luc Bonniol de hautement fantaisistes) (5), observations grotesques, à la limite du comique s’il ne s’agissait pas d’êtres humains, faites par l’écrivain-voyageur britannique Patrick Leigh Fermor (6), qui dresse dans son livre Vents alizés, paru en 1950, le terrifiant tableau ci-dessous, que je vous laisse néanmoins le soin d’apprécier avec toute la distance nécessaire :

v.alizés

Raymond Joyeux

Bibliographie :
Biblio 2

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Paul Melki : un jeune auteur prodige à découvrir

Paul Melki  Écrivain

Paul Melki plurihandicapé
Écrivain

Une méthode d’écriture révolutionnaire

Fils de Jane Watts, ancienne danseuse du Royal Opéra de Londres et de Lucien Melki, comédien et metteur en scène, Paul Melki est né plurihandicapé IMC, (infirme moteur cérébral), le 14 octobre 1986 à Paris.

Extrait de sa biographie

Suite à son handicap,  » Paul Melki ne peut ni marcher, ni parler et voit très peu. En 1998, ses parents découvrent la communication facilitée. Une méthode orthophonique qui consiste à l’assister en tenant sa main au-dessus d’un clavier. Paul se met aussitôt à écrire. C’est ce qu’il appelle sa seconde naissance. « Ce jour-là, j’avais 12 ans, écrit-il, où mes mots sont sortis de mon doigt, seul capable de taper sur le clavier. Ma tombe s’ouvrait et ce fut la grossesse la plus longue jamais connue, douze années »

Aidé de son père, Paul répond aux question d'un journaliste de magazine

Aidé de son père, Paul répond aux questions d’une journaliste d’un magazine

Assumant cette difficile situation, « ses parents œuvrent pour lui donner une éducation motrice et intellectuelle. Ils voyagent avec lui au Danemark, en Angleterre, en Hongrie, à la recherche de pédagogies adaptées. Très rapidement l’intelligence de Paul se manifeste par la compréhension des langues des pays traversés. Notamment une compréhension parfaite de l’anglais et du français. Paul passe plusieurs années dans des institutions spécialisées : de 1991 à 2000. (2 ans à la Croix Faubin à Paris et 7 ans aux Papillons-Blancs de Paray-le-Monial). »

Bénéficiant d’un enseignement primaire à l’école du village de Suin en Bourgogne, il passe sans transition, en raison du niveau de ses écrits,  au Lycée de Charolles, en septembre 2002, en qualité d’auditeur libre. Il participe comme lycéen au concours de nouvelles du Festival des Étonnants voyageurs de Saint-Malo et remporte le premier prix pour son texte : L’oiseau volcan, qui sera publié peu après dans un ouvrage collectif.

Les premières vraies publications

Son premier livre : Le Cheval de mer - Poésie

Son premier livre de poésie :
Le Cheval de mer

Mais c’est en juin 2003 que Paul Melki publie aux Éditions Les pas perdus son véritable premier livre, un recueil de poèmes  intitulé Le Cheval de mer. Suivront, en septembre 2004,  à la suite d’un voyage en Guadeloupe et aux Saintes, le Journal de bord d’un détraqué moteur, aux Éditions Calmann-Lévy ; puis, en avril 2007, un second ouvrage : C’est la nuit de ma vie où je réalise ce que le jour m’interdit, et, enfin, en août 2008, un roman, Au paradis de Candide, chez le même éditeur.

 J’ai lu d’une traite Au paradis de Candide 

Son premier roman

Son premier roman

D’abord l’apparence : j’aime la présentation  sobre et élégante du livre, sans outrageuse prétention. L’illustrateur, Jean-Claude Lavaud, artiste bien connu en Bourgogne, semble avoir saisi et traduit la fausse naïveté du personnage. Sa petite tête ébouriffée et ses yeux espiègles, mais perçants, derrière ses boucles fantasques, traduisent parfaitement l’étonnement et la vivacité qui constituent, entre autres, l’éclairage, la légèreté – en même temps que la densité – du récit et la quintessence du personnage. J’aime les couleurs douces et le style d’illustration choisis. L’ouvrage est agréable à voir et à manipuler. Il n’est pas à remiser sur un vulgaire rayon poussiéreux, mais à laisser en évidence sur une table de lecture ou à offrir…

Paul Melki et ses parents à la Pointe des Châteaux Photo R.Joyeux 1999

Paul Melki et ses parents
à la Pointe des Châteaux en mai 1999
Photo R.Joyeux

Ensuite  le contenu : à mon sens, l’avant-propos est inutile. Le récit et son incipit sont tellement évidents qu’aucune présentation, à la limite, ne se justifiait. Mais peut-être était-il (l’avant-propos) nécessaire pour honorer la contribution de Voltaire et permettre aux non initiés de faire le lien avec le personnage littéraire extravagant et son génial créateur. J’aurais pour ma part préféré le saut direct dans le récit et l’histoire. (C’est un simple point de vue qui n’engage que moi).

La construction du récit de P. Melki procède d’une remarquable trouvaille : se servir du célèbre personnage du Candide voltairien et des 36 stratagèmes militaires chinois comme fil conducteur et lien pour unifier le tout : épatant. Excellente subtilité qui permet de porter regard et jugement sur notre société actuelle en général, française en particulier. Etonnement et pessimisme face à certaines constatations ; conviction, générosité et optimisme dans les solutions proposées, (comme une prise en charge intime – mais aussi distante – par l’auteur du trait caractéristique du personnage de Voltaire : l’optimisme à tout prix). Eloge pertinent du métissage social, culturel et religieux, de la fraternité et de la tolérance, point de vue (ou message) volontairement humaniste qui risque de déplaire aux puristes ou fondamentalistes de tout bord. Aucune condamnation sinon humoristique et en filigrane (pratiques policières et médicales aberrantes), ou tout à fait véhémente et implacable de certaines perversités : (attrait maladif des richesses, d’où assassinat justifié du personnage du docteur dans la lignée des précédents meurtres tout aussi justifiés de Candide).

Paul Melki et le professeur Jacquard

Paul Melki et le professeur Jacquard

Le chapitre L, qui résume pour le lecteur les événements antérieurs et fait le lien avec l’actualité du récit, est très utile pour ceux qui auraient laissé leur lecture en plan à la page 87. Bonne idée qui permet de souffler et de faire le point. Procédé didactique intéressant. Maîtrise parfaite et restitution, sans outrance ni trahison, du style persifleur de Voltaire, du regard, des réflexions et commentaires du personnage. Aucun coup de gueule vengeur excessif. Ni moralisme ni apitoiement. Autant de particularités, d’ingrédients narratifs qui s’intègrent parfaitement à l’ensemble, évitant subtilement le piège du hiatus littéraire et philosophique qui aurait déconcerté le lecteur et abouti à une dichotomie détruisant l’unité de l’expression et de l’œuvre.

L'art de la guerrerognée

Les 36 stratagèmes de SUN TZU

J’ai moins aimé, (bien que j’en comprenne le pourquoi), le parler verlan de la « racaille ». Mais c’est un parti pris. Comme je n’aime pas les créolismes à tout va et les tournures « couleur locale » systématiques de nos auteurs antillais d’aujourd’hui. Ça m’agace. Le résumé des chapitres de Candide de Voltaire en fin d’ouvrage ne s’imposait pas particulièrement. À mon sens, c’est au lecteur, s’il est conséquent et curieux, d’aller réveiller le grand philosophe et son œuvre. L’énumération des 36 stratagèmes chinois en revanche était nécessaire et incite à la découverte ou la relecture de L’art de la guerre de Sun Tzu. Le dernier chapitre du livre de Paul Melki qui renvoie subtilement au premier clôt l’ensemble. La boucle est bouclée, sans pour autant que soit fermée la porte de l’imagination et de la réflexion.

En bref, je n’ai pas (encore) lu toutes les « critiques littéraires journalistiques et professionnelles » concernant l’ouvrage. Et ne suis guère apte moi-même à porter un jugement objectif définitif de haut niveau académique. Je peux simplement, et subjectivement, dire que le livre m’a séduit et que je ne l’ai pas lâché une seconde. Densité et légèreté. Je suis époustouflé par la facilité stylistique naturelle de l’auteur, par son intelligence des descriptions et situations, sa dérision à propos de sa propre situation de détraqué moteur – ( 1 ), sa grande culture « historico-socio-psychologico-médico-littéraire », par la pertinence de l’expression, encore une fois, la finesse de l’humour, la tournure et la profondeur des analyses, de certains points de vue et réflexions. Par sa connaissance de Paris, des problèmes et mœurs des banlieues (lieux bannis) et autres… Mille fois merci, Paul Melki, pour ce « petit » chef d’œuvre, selon moi, d’un « grand » écrivain. (2).

Raymond Joyeux

1 – Voir Journal d’un détraqué moteur de l’ auteur chez Calmann-Lévy
2 – Je ne pense pas qu’on puisse trouver ici, en Guadeloupe, les ouvrages de Paul Melki. Si on est intéressé, il suffit de les  commander par l’intermédiaire de son libraire, en précisant les références exactes.

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