Gorgones, Harpies et autres Chimères…
Par Alain JOYEUX
Les photographies qui sont à la base de ce montage ont été prises en Guadeloupe, sur l’île de Terre-de-Haut. Les images regroupées ici sont le fruit d’un trucage qui utilise un effet miroir par l’intermédiaire d’un pro-gramme informatique et peuvent être créées à profu-sion. Elles s’inspirent du principe bien connu de la tache d’encre en projection, grâce au papier plié. L’impression monochrome est volontaire afin d’éviter au maximum toute tentation d’esthétisation complaisante qui serait une perversion de mon propos.
Du point de vue formel, de l’image produite à partir de la photographie d’origine, polari-sée et juxtaposée, se dégage une troisième réalité unifiant l’ensemble. Celle-ci rayonne, au sens géométrique, depuis la zone de l’axe médian et est extensible à toute l’image finale. Cet espace-frontière apparaît alors comme un seuil bien gardé. Il est en effet difficile de s’empêcher de voir les étranges créatures qui se déploient à partir de l’axe de symétrie. Ces atmosphères surnaturelles peuvent rappeler en architecture sacrée les gargouilles, gardiennes du seuil des églises. Si l’analogie est pertinente, nous nous trouvons alors, face à ces images, encore à l’extérieur du temple.
Celui qui n’ose pas se con-fronter au passage, voyage par-delà la peau hérissée de cette figue de barbarie et pourrait bien mourir d’ina-nition à se perdre en la fascination de son aspect extérieur. Là se situe le vertige de l’abîme au seuil du monde spirituel. Par une contem-plation excessive de ces images, les personnes sensi-bles ne pourront se soustraire à un écœurement jusqu’à la nausée – ensorcellement vécu fort désagréable. En l’état exclusif de spectateur, ou pire, dans la complaisance esthétique de ces images, le risque d’un refroidissement ou d’une paralysie de l’âme est grand. La symétrie mécanique, inerte, absente de vie, et donc d’art authentique, est à l’origine du malaise.
Les êtres emprisonnés dans la vacuité inquiétante de cette zone frontière sont aux aguets pour une opportunité de fuite ; leur meilleur terrain d’escapade sont la psyché humaine, la fasci-nation et la fantaisie de ceux qui s’y absorbent. La question qui se pose alors est : quelle est la nature, la dynamique des êtres que nous laissons s’exprimer en nous ? Avons-nous ou cultivons-nous la force intérieure nécessaire pour maîtriser et transformer ces formes qui, si nous les contemplons, deviennent des pensées actives, des formes-pensées ?
Il serait prudent de ne pas exposer de telles images dans des lieux de vie ou de passage quotidien. Il faut, si l’on veut les conserver pour quelqu’usage pédagogique, à défaut de les détruire par le feu, ce qui semble le moyen le plus adéquat, au moins les garder en conformité à leur propre nature : c’est-à-dire déshydratée et froide, soit bien scellées et comprimées tel un herbier dans une bibliothèque, ou alors au congélateur… Elles seront ainsi bien à leur place.
Les quelques farces et attrapes ici proposées ont seulement valeur d’exemple formel et ont pour seule vocation de susciter pour le spectateur le face à face et l’envie d’en découdre avec ses propres Gorgones, Harpies et autres Chimères dont l’apparence hideuse et terrorisante n’a d’égale que leur bienveillance à protéger les trésors de l’esprit et de défier le mérite de ceux qui les convoitent.
Gorgones
Trois sœurs, trois monstres, la tête auréolée de serpents en colère, des défenses de sanglier saillant des lèvres, des mains de bronze, des ailes d’or : Méduse, Euryale et Sthéno. Elles sont l’expression de l’ennemi à combattre. Les Gorgones s’animent dans trois pulsions exacerbées de la psyché : sociabilité, sexualité et spiritualité. Euryale est domiciliée et active en la perversion sexuelle, Sténo en la perversion sociale. Méduse détient la clé de la puissance de ses sœurs. Elle est souveraine de la pulsion spirituelle et évolutive, pervertie en stagnation vaniteuse. Méduse agit en l’image déformée de soi par excès de culpabilité ou de suffisance. Qui voit la tête de Méduse en reste pétrifié. ( Sources : Dictionnaire des symboles -Laffont)
Harpies
Mauvais génies, monstres ailés à corps d’oiseau et à tête de femme, aux serres aiguës, d’odeur infecte, elles tourmen-tent les âmes qu’elles tracassent par des méchancetés incessantes. Leur nom signifie ravisseuses, non au sens de séductrices mais de captatrices. Le plus souvent elles sont au nombre de trois : Bourrasque, Vole-vite, Obscure, noms qui évoquent les nuées sombres et rapides d’un orage. Elles submergent en passions vicieuses, engendrent des tourments obsédants de désirs pervers ainsi que les remords qui suivent leur assouvissement. Elles sont les auxiliaires diaboliques des puissances cosmiques élémentaires. Seul le vent, souffle de l’esprit, peut les chasser. ( Sources : Dictionnaires des Symboles – Laffont)
Chimères
Monstre hybride à tête de lion, à corps de chèvre, à queue de dragon et crachant des flammes. La Chimère est née de Typhon et d’Echidné. Sa mère est également sœur des Gorgones, un monstre né des entrailles de la terre. La Chimère, capricieuse comme la chèvre, dévastatrice comme le lion, sinueuse comme le serpent, séduit et perd celui qui se livre à elle, on ne peut la combattre de front. Il faut la pourchasser et la sur-prendre jusque dans ses repaires les plus profonds. Une certaine psychologie reconnaît en la Chimère une déformation psychique caractérisée par une imagination fertile et incontrôlée. Elle exprime le danger d’une exaltation imaginative ; sa queue de dragon correspond à la perversion spirituelle de la vanité ; son corps de chèvre à une sexualité perverse et capricieuse ; sa tête de lion à une tendance dominatrice qui corrompt toute relation sociale.
La Chimère peut s’incarner aussi bien au niveau de l’individu qu’à l’échelle d’un peuple, impulsion dévastatrice de tout un pays. Elle attise l’inspiration au règne néfaste d’un souverain perverti, tyrannique ou faible. La Chimère fut terrassée par Bellérophon, héros assimilé à l’éclair monté sur le cheval Pégase. (Sources : Dictionnaire des symboles – Laffont)
Erinyes
Nom grec des Furies, démons chthoniens empruntant les formes de chiens et de serpents. Elles sont les instruments de la vengeance divine, à la suite des fautes des hommes qu’elles poursuivent en semant l’épou-vante dans leur cœur. Dans l’Antiquité on les identifiait à la conscience. Intériorisées, elles symbolisent le remords, le senti-ment de culpabilité, l’autodes-truction de celui qui s’abandonne au sentiment d’une faute considérée comme inexpiable. Comme les Moirai (le destin), elles sont à l’origine gardiennes des lois de la nature et de l’ordre des choses, ce qui fait qu’elles sanctionnent tous ceux qui outrepassent leurs droits aux dépens des autres, chez les dieux comme chez les hommes. Elles deviendront les divinités vengeresses du crime. Les Erinyes peuvent se transformer en Euménides, divinités favorables et bienveillantes, quand la raison (Athéna) ramène la conscience morbide et apaisée à une appréciation plus mesurée des actes humains. (Sources : Dictionnaire des symboles – Laffont)
Euménides
Les Euménides sont associées à l’esprit de compréhension, de pardon, de dépassement, de sublimation. Figures légendaires opposées aux Erinyes, elles sont toutes deux polarisés d’une même réalité, tendances opposées de l’âme fautive qui hésite entre le remords et le regret. Les Erinyes attisent la culpabilité dans une expression destructive par le tourment du remords. Les Euménides assument quant à elles cette même culpabilité dans l’aveu devenu sublimement productif : le regret libérateur. (Sources : Dictionnaire des Symboles – Laffont)
Les Gorgones orientent des projecteurs inquisiteurs sur ce qui est enfoui, dissimulé inconsciemment ou par trop de honte. Trop de clarté en ces zones obscures provoque l’humiliation d’un dénuement sans protection, vulnérable à toute influence. La lumière en l’âme est la conscience qui, si elle est excessive, apporte une clairvoyance impudique en des zones habituellement refoulées. Une inertie, une terreur, un vertige insondable provoque alors la paralysie du pérégrinant, pétrifié d’horreur.
Le passage du seuil et la rencontre des Gorgones est un bain corrosif qui met à vif les scories de l’âme afin de la désinfecter ; telle est l’épreuve douloureuse du purgatoire. Son issue glorieuse ou tragique est fonction de la qualité du discer-nement, de la présence d’esprit, de l’humilité et du courage. Méduse se tient donc sur le seuil du monde spirituel.
Gardienne du miroir des perversions, elle est une magicienne qui préside à l’apparition de la sombre caricature. Elle éclaire l’ombre de la honte de celui qui prétend à l’illumination divine ; elle est la Gorgone-gargouille qui « méduse » le pèlerin sur le parvis du temple Sacré.
Alain JOYEUX





















































Remis de ses émotions, Steeve est aujourd’hui commandant sur un pétrolier et poursuit avec bonheur sa carrière d’officier supérieur de la marine marchande. Né le 6 juin 1976 à Basse-Terre, après un brillant succès au Baccalauréat, il intègre l’École Nationale de la Marine Marchande de Nantes et obtient haut la main le diplôme qui lui permet d’exercer sa profession et de gravir sans problème les difficiles échelons qui l’ont conduit à ce jour au grade de commandant. 



























































