Alain JOYEUX ou l’inspiration tropicale

LIvre alain retArtiste-peintre, dessinateur et photographe, ayant sélectionné quelques unes de ses œuvres, Alain JOYEUX a publié en décembre 2014 une remarquable monographie intitulée simplement COULEURS.  Publication  limitée en quantité et diffusion, cet ouvrage de 56 pages à la couverture cartonnée ne pourra, pour le moment, toucher un large public. C’est une des raisons pour lesquelles je vous propose de le découvrir en texte et en images, en donnant la parole à l’auteur qui saura mieux que moi se présenter et définir son travail, son parcours et ses motivations artistiques. Je dirai simplement qu’Alain a bien choisi le titre de cet album, illustrant d’emblée la première de couverture d’un tableau emblématique de sa démarche de coloriste. Tout comme sont emblématiques les toiles et dessins choisis qui constituent la teneur de l’ouvrage. Acryliques, aquarelles, dessins, toute la production d’Alain Joyeux, pour partie rassemblée ici, contribue à définir sa personnalité et son œuvre, le plus souvent inspirée de ses origines insulaires et de son séjour sur les hauteurs de l’Habituée de Capesterre-Belle-Eau en Guadeloupe continentale.

Une enfance saintoise

alain Joyeux« Né à Lyon en 1969, petite enfance à Terre-de-Haut des Saintes (archipel de Guadeloupe), je découvre et explore les verts bocages du Charolais-Brionnais le temps de ma scolarité… Me revoici à Lyon pour des études à l’école des Beaux Arts ; une seule idée pour la suite : retourner en Guadeloupe pour y créer mon « œuvre »… Enfin de nouveau aux Antilles au début des années 90, j’enseigne les arts plastiques à Pointe-à-Pitre puis dans l’archipel isolé de mon enfance (l’océan émerge de façon constante dans mes images peintes). Je crée ensuite mon lieu de vie, de jardins et d’art, dans le proche voisinage des célèbres Chutes du Carbet.  Mon « domaine contemplatif » : la forêt tropicale foisonnante, royaume de la pluie compacte et du gigantisme végétal sur les pentes du chaudron volcanique de la Soufrière. La présence des torrents et des cascades dans mes images commémore cette proximité vécue au quotidien, cette immersion quasi osmotique au cœur de « l’île aux belles eaux » pendant plusieurs années, les plus belles peut-être de mon existence. Mais le meilleur n’est-il pas toujours à venir ? l’ambition artistique s’attèle alors à le faire surgir à l’instant même !

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 De la couleur à l’art thérapie

arbre en fleurDe retour en France depuis 1998, je redécouvre l’art et particulièrement la couleur avec un autre regard, grâce à la pédagogie Waldorf dans laquelle je m’engage comme étudiant puis pour enseigner et, à l’issue de la même source et du même élan, à travers l’art thérapie… Je sillonne le pays de long en large, résidant successivement dans le Jura, l’Ariège, l’arrière-pays niçois, le Languedoc, la Mayenne puis, pour quelques années, en Suisse Romande avant de revenir alentour de ma ville natale. Ses effluents industriels me rappellent la nécessité d’une vie en alliance avec les éléments, les espaces ouverts. La pratique artistique, la couleur, me permet alors ce rappel essentiel avant une prochaine immersion qui s’avère indispensable ! Puisse ce modeste ouvrage témoigner de ces quelques réminiscences de la beauté du vivant qui me guide.

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Réminiscences caraïbes, normandes et bourguignonnes

automne'Dès ma prime enfance, la couleur et les beautés de la nature ont inondé ma vie : des flamboyances tropicales de la Caraïbe en passant par la douceur du pays normand, puis par les forêts profondes de la Bourgogne et la pierre dorée de ses monuments sacrés, c’est à la fois tout en contraste et tout en nuances que je décline à présent en couleurs un univers empreint de mes contemplations nomades. Ainsi, les peintures ici présentées sont tour à tour aquarelles ou acryliques, les unes privilégiant les brumes colorées, nuancier d’ambiances, transparences et profondeurs des tons, mystère des apparitions ; les autres se laissant aller à la franchise des à-plats « brut de tube » à la manière des fauves. peinture 007Ce contraste de matières et de formes colorées est présenté sans souci de chronologie, en alternance, image fidèle du vécu artistique : impulsions de peintures tantôt pastelles, tantôt « flashies », qui se succèdent selon l’humeur et les saisons, donnant parfois l’impression, au fil des images, qu’il y a plusieurs peintres à l’œuvre… telle est ma liberté : celle d’adapter mes outils et mon mode d’expression picturale en fonction de ma seule fantaisie du moment, sans concept préalable ni ligne de conduite, sinon celle de « me laisser faire » par la couleur ! Ce strict dilettantisme cache cependant une puissante lame de fond. Si la spontanéité est présente et perceptible dans l’exécution, celle-ci est l’aboutissement d’une gestation lente et tenace. En effet la plupart des œuvres présentées ici sont le fruit d’une longue maturation avant d’émerger sur le papier ou la toile.

La beauté est dans l’œil de celui qui regarde

Dans la fraîcheur du geste, étonnement des retrouvailles avec une ambiance colorée, une image, un thème ou sujet longuement médité puis oublié, qui ressurgit enfin mûr, à point nommé : peinture-interception d’un flux vivant, vital… D’autres couleurs sont par ailleurs le fruit de mes recherches et d’exercices lors de mon apprentissage pour l’art thérapie, à l’atelier Margarethe Hauschka. Dans ce cadre, les peintures sortent du champ de la production d’une œuvre d’art, témoignant seulement, essentiellement, devrais-je dire, de la force de la présence dans l’acte de peindre. »

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Alain Joyeux

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Pour commencer l’année en BEAUTÉ…

Un livre exceptionnel

la beauté 1En ce début de l’année 2015, vous remerciant chaleureusement de vos vœux et de votre fidélité, je me permets de vous conseiller un livre magnifique sur un des aspects les plus prégnants de notre vie quotidienne : la recherche et la contemplation de la Beauté. De la beauté sous toutes ses formes : naturelle, (je veux dire de la nature qui nous entoure), humaine, littéraire, picturale, musicale… Ce concept auquel chacun peut donner sa propre définition, tant il est chargé de subjectivité, est magistralement analysé à partir d’exemples iconographiques abondamment présentés par Umberto ECCO, l’auteur mondialement connu du Nom de la Rose  qui a assuré la direction de l’ouvrage. Publié à Milan en 2004, traduit de l’italien et paru en France chez Flammarion en 2010, on trouve actuellement l’Histoire de la Beauté dans toutes les bonnes librairies, et si vous êtes amateur d’esthétique (qui ne le serait pas ?), soucieux de vous enrichir culturellement, courrez sans tarder vous le procurer.

Umberto ECCO : un auteur de premier ordre

Photo Wikipedia

Photo Wikipedia

« Professeur, essayiste, romancier, sémiologue, linguiste, Umberto ECCO, né en 1932 dans le Piémont (Italie), n’a cessé de tirer son fil rouge : celui du langage, s’imposant comme le maître incontesté de la sémiotique. Parallèlement, son œuvre romanesque, du Nom de la Rose (Grasset 1983) au Cimetière de Prague (Grasset 2011), couronnée par les prix littéraires les plus prestigieux, connaît un succès mondial. » Telle est la présentation succincte de l’auteur en 4ème de couverture de l’Histoire de la Beauté. Nous retiendrons cependant que sa production en qualité d’essayiste dépasse de loin ses œuvres de fiction, généralement basées sur un contexte et des faits historiques, et ne compte pas moins d’un cinquantaine d’ouvrages très savants ayant pour thème principal la sémiotique, c’est-à-dire, pour résumer, l’étude des signes et leur signification.

Histoire de la Beauté

La Naissance de Vénus - Botticelli

La Naissance de Vénus – Botticelli

Ce livre de 440 pages commence par une interrogation : la Beauté peut-elle se définir rationnellement ou s’agit-il tout simplement d’une appréciation purement subjective ? Umberto ECCO et ses collaborateurs, pour tenter d’y répondre, nous proposent une étude détaillée des plus grandes œuvres de la culture occidentale, de l’antiquité à nos jours. Nous découvrons ainsi à l’aide de reproductions picturales de haut niveau d’impression et de textes sublimes, les multiples facettes de la Beauté, même celle présente dans les monstres de Jérôme Bosch, car nous dit ECCO, la Laideur est nécessaire à la Beauté. Les rabats de la jaquette de l’ouvrage sont truffés de citations d’auteurs, de Plotin à Victor Hugo en passant par Baudelaire, Sapho, Léonard de Vinci, John Keats… Auteurs qui exposent en quelques mots leur conception de la Beauté, l’assimilant parfois, comme Guillaume de Conches (12 ème siècle) « à tout ce qui apparaît dans les éléments singuliers (du monde), comme les étoiles dans le ciel, les oiseaux dans l’air, les poissons dans l’eau, les hommes sur la terre. »

Portrait présumé de Gabrielle d'Entrées et de sa sœur - Artiste inconnu

Portrait présumé de Gabrielle d’Estrées et de sa sœur – Artiste inconnu

« Représenter la Beauté du corps signifie, pour le peintre, répondre à des exigences tant théoriques – qu’est-ce que la Beauté, à quelles conditions est-elle connaissable , – que pratiques – quels canons, quels goûts, quelles coutumes sociales permettent de dire qu’un corps est « beau » ? Page 193.

Albretch Dürer : Autoportrait à la fourrure -1500

Albretch Dürer : Autoportrait à la fourrure – 1500

« La Beauté classique est sentie comme vide, sans âme. Les maniéristes privilégient les figures en mouvement, et surtout le S, figure serpentine qui ne s’inscrit pas dans un cercle ou un quadrilatère géométrique mais renvoie plutôt à des langues de feu. »  page 220.

La Vénus Médicis

La Vénus Médicis – Sculpteur grec inconnu

« La grâce diffère peu de la beauté et en comporte bien des éléments. Elle concerne la posture et le mouvement et tient à l’absence totale d’embarras, à une légère inflexion du corps, et à une disposition générale des parties qui exclue toute gène réciproque comme tout angle aigu et saillant (…) chacun pourra s’en convaincre en examinant la Vénus Médicis. » Edmund Burke – Page 293.

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Ce mercredi 7 janvier 2015, alors que je termine cette chronique, un attentat, perpétré par des ennemis de la culture et de la liberté d’expression, tue 12 personnes au siège de Charlie Hebdo à Paris.
En solidarité avec tous ceux et toutes celles qui condamnent cet attentat, avec les familles et les proches des victimes, je me permets d’afficher ce slogan repris et arboré par des millions de personnes en France et dans le monde et auquel j’adhère bien évidemment en mon nom personnel :

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Bonne Année

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Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce site a été vu 24 000 fois en 2014. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 9 spectacles pour accueillir tout le monde.

541 images ont été publiées, pratiquement une par jour depuis sa création en juillet 2013.

Ce site a été visité depuis 101 pays différents cette année. La Guadeloupe, la France et le Canada constituent le trio de tête des connexions.

Je tiens à remercier chaleureusement tous les lecteurs, abonnés et commentateurs dont les plus assidus : Atht, Michel Duval, Alain Joyeux, Vonvon … ainsi que tous ceux qui ont pris part de près ou de loin à l’activité et au dynamisme de ce site.

Bonne et heureuse année à tous et à bientôt pour de nouvelles aventures !…

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Raymond Joyeux

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Coup d’œil sur Terre-de-Bas

Une île à part

salaco retouchéUne étudiante en histoire vivant en Métropole, dont la famille est originaire de Terre-de-Bas, a souhaité par contact avoir des informations sur son île d’origine. N’étant ni historien ni géographe, je lui ai transmis une bibliographie succincte où elle pourra, je l’espère, se documenter et trouver de quoi satisfaire son intérêt et sa légitime curiosité. Profitant de cette occasion je vous propose une brève présentation de cette île de notre archipel saintois, touristiquement moins fréquentée que sa jumelle Terre-de-Haut, et injustement laissée à l’écart des livres d’histoire et de vulgarisation. Autant il est facile en effet de trouver pour Terre-de-Haut toute une documentation relatant à profusion le passé de cette commune, autant pour Terre-de-Bas cela est plus difficile. Pourtant l’histoire de cette île n’est pas moins riche et tumultueuse que celle de sa voisine. J’ai ai donc conseillé à cette jeune étudiante (elle prépare une licence) de se mettre à l’ouvrage (c’est le cas de le dire), et d’être la première à publier un livre sur le passé du pays de ses ancêtres.

En attendant cette publication que nous disent les archives ?

De la géographie

terre dbasSelon le médecin militaire Sauzeau de Puybernau qui séjourna aux Saintes au début du siècle dernier et qui publia à Bordeaux en 1901 une brochure  Les Saintes, dépendances de la Guadeloupe, «  Terre d’en Bas est ainsi appelée à cause de sa situation sous le vent de l’archipel, dont elle est l’unité la plus à l’Ouest. Elle diffère essentiellement de Terre d’en Haut, non seulement par sa configuration extérieure, mais encore par sa constitution géologique. Cet ilot semble avoir été plus respecté des soulèvements et des contractions terrestres, et au lieu de débris disséminés de minéralisation volcanique, le sol présente effectivement une plus grande aptitude végétale.pêcheurs au canot ret L’altitude de Terre d’en Bas envisagée dans son ensemble est supérieure à celle de Terre d’en Haut. Elle est bordée de hautes falaises qui ne s’interrompent qu’en quelques points pour former les Petites Anses, double baie très étroite qui sert de débarcadère aux habitants du bourg ; l’Anse Pajot, assez grande mais peu profonde ; l‘Anse à Chaux, en face du Pâté, la Grande Anse, la plus large, la plus sablonneuse, très profonde, rappelant beaucoup son homonyme de Terre d’en Haut ; l’Anse des Mûriers, la seule qui soit constamment à l’abri des mauvais temps, refuge des marins ; la Grande Baie ou Anse Fidelin, relativement calme aussi. Terre d’en bas fait dans la mer un dessin presque hexagonal dont les angles sont représentés par la Pointe à Vaches, la Pointe noire, la Pointe du Fer à Cheval, la Pointe Sud, le Gros Cap et la Pointe du Gouvernail.

pêcheurs tdb retLa superficie de Terre d’en Bas dépasse celle de Terre d’en Haut, car elle mesure 3000 mètres du Nord au Sud et 3000 mètres de l’Est à l’Ouest. Le bourg est bâti à 60 mètres environ au-dessus du niveau de la mer ; on y arrive par un chemin excessivement rapide qui naît de Petites Anses. Terre d’en Haut est distant de Terre d’en Bas de 4650 mètres (distance rectiligne mesurée de l’Anse du Bourg de l’une à la Grande Anse de l’autre); mais il faut compter un trajet triple lorsqu’on veut atterrir aux Petits Anses. Le vent et les courants sont tels que les marins eux-mêmes préfèrent à cette traversée celle du Vieux Fort, et depuis longtemps ils demandent que leur commune relève du Vieux Fort au lieu de Terre d’en Haut (perception, contribution, syndicat maritime, service de santé.) » 

De l’histoire

Site de Grand-Anse

Site de Grande-Anse

Découverte par Christophe Colomb en novembre 1493 en même temps que sa voisine, il semblerait que Terre-de-Bas ait été peuplée bien plus tardivement que Terre-de-Haut. Mais bien avant la colonisation européenne qui date de 1660, cette île fut un lieu de passage pour les Amérindiens dont de nombreuses traces ont été mises au jour dans la zone de Grande Anse où un village caraïbe a été établi, daté de la première moitié du 13ème siècle. Quatre siècles plus tard, les premiers colons, originaires pour la plupart de Normandie et de la région charentaise auxquels il faut adjoindre des familles d’origine hollandaise se sont installés, également à Grande-Anse où ils cultivaient pois et maïs. À cette époque, en l’absence de bourg, chaque propriétaire vit sur ses terres. C’est là qu’il travaille et se fait enterrer. Une chapelle est édifiée qui permet au curé de célébrer l’office en présence des habitants estimés alors à 400 individus.

La poterie de Grand Baie

poterie (Copier)Entre 1750 et 1850, une célèbre poterie, implantée sur le site de Grand-Baie, dont la création est attribuée à Pierre Guichard, a changé plusieurs fois de propriétaire. L’un des derniers en date est un dénommé Fidelin qui va lui donner, en plus de son nom, un essor remarqué, employant jusqu’à 150 personnes, soit 1 habitant de l’île sur 4. Cette poterie s’est spécialisée dans la fabrication de formes pour les pains de sucre destinées à approvisionner les nombreuses habitations sucrières réparties dans toute la Caraïbe. Outre les richesses générées par la poterie – les ruines de superbes habitations en pierres des propriétaires en témoignent – , la culture de l’indigo, du café et du cacao est florissante. Le café de Terre-de-Bas est d’ailleurs si renommé que Napoléon 1er et Louis XVIII n’en voulaient, paraît-il, que de cette origine !

emblème terre de bas (Copier)C’est en 1817 que le sieur Sainte-Marie Grizel décide d’édifier à Petites Anses le premier bourg de l’île, faisant construire en même temps la première église, dotant les prêtres de biens fonciers importants destinés à assurer leur subsistance. Ce n’est qu’après l’abolition de l’esclavage (1848) que naît le bourg de Grande-Anse. Les deux bourgs vont se développer parallèlement et leurs habitants, en majorité agriculteurs, se tournent progressivement vers la pêche. Néanmoins, l’exploitation du Bois d’Inde donnera naissance à deux distilleries, l’une à Grand Baie où se trouve la poterie, et l’autre à Petites Anses au lieu-dit Dans Fond. Il faut préciser qu’alors, les deux îles de Terre-de-Haut et de Terre-de-Bas ne forment qu’une seule commune dont Terre-de-Haut est le chef-lieu et que c’est à l’initiative du maire unique, Jean-Pierre LOGNOS, qu’un décret du 9 août 1882 décide de leur séparation en deux communes distinctes. Terre-de-Bas devient alors le chef-lieu des Saintes et c’est là que les jeunes gens doivent se présenter pour leur recrutement au service militaire obligatoire (disparu depuis).

Années 1950 : arrivée du modernisme

PLace du 9 août 1882 et Mairie de Terre-de-Bas Ph. Hélène Rossignol

Au fond, mairie reconstruire après le séisme de 2004

En même temps que sa voisine, les années 1950 à Terre-de-Bas voient l’arrivée de l’électricité, des moteurs marins, des automobiles (en très petit nombre comparé à l’île sœur), et des réfrigérateurs, ce qui modifiera profondément  la vie des habitants. (Environ 1030 aujourd’hui). Le tourisme, peu développé à ce jour, s’installe progressivement dans le respect du cadre de vie et des habitudes de la population. Les visiteurs recherchent surtout le calme et le charme des sentiers pédestres des forêts de Bois d’Inde et autres plantes du passé, qu’ils ne trouvent pas à Terre-de-Haut. Ils apprécient la beauté des paysages encore jalousement protégés, l’authenticité naturelle et culturelle de l’île. En 2004, le 21 novembre, un séisme de magnitude 6,3 frappa la communauté saintoise et plus particulièrement Terre-de-Bas qui subit de lourdes pertes matérielles dont l’effondrement de l’église de 1817, qui a été heureusement reconstruite à l’identique, comme la mairie et autres bâtiments publics et privés. La jetée de Petites Anses, autrefois port de débarquement, plusieurs fois détruite par les cyclones n’existe plus et c’est le site de l’Anse des Mûriers, très bien sécurisé par de récents et importants travaux, qui a pris la relève. C’est là que vous mettrez pied à terre si vous envisagez de débarquer à Terre-de-Bas pour les fêtes de fin d’année que je vous souhaite agréables et joyeuses en attendant la venue de l’an nouveau pour de nouvelles chroniques sur ce blog. Merci de votre fidélité et de vos encouragements.

JOYEUX NOËL À TOUS ET BONNE ANNÉÉ 2015 !

Route menant à la baie de Petites Anses

Route menant à la baie de Petites Anses (1978)

Sources :
– Monographie sur les Saintes – Sauzeau de Puyberneau – Bordeaux 1901
– Guadeloupe – Éditions du Pacifique – Papeete-Tahiti – 1978
– Site Internet : Histoire de Terre-de-Bas
– Sauf pour la carte, les armoiries et la mairie, les photos sont de Bernard Hermann et Michel Folco, extraites du livre Guadeloupe, Éditions du Pacifique, précédemment mentionné.

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Couleurs marines de Claire Jeuffroy

Un superbe album à (s’) offrir pour les fêtes

album jeuffroy retClaire Jeuffroy est monitrice de plongée et photographe au club Pisquettes de Terre-de-Haut. Passionnée depuis toujours par l’élément marin et la vie sous-marine, elle nous offre un album photographique de ses rencontres avec la faune et la flore, trop souvent méconnues, de nos fonds saintois qu’elle parcourt pratiquement tous les jours depuis son installation dans l’archipel. Un ouvrage  passionnant de 60 pages sur papier glacé, merveilleusement illustré de ses étonnantes photographies que l’on peut acquérir au Club Pisquettes des Saintes, non loin de la Maison-Bateau, pour la modique somme de 25 €, et qui constitue un magnifique présent à offrir (ou à s’offrir) à l’occasion des prochaines fêtes de Noël et du jour de l’an. Car en plus de la beauté incomparable des sujets photographiés, et du talent de la photographe qui les met admirablement en valeur et nous les restitue, c’est une leçon de science in vivo que nous propose l’auteur, d’abord à nous insulaires qui sommes loin de soupçonner nos propres richesses, mais également à tous ceux qui apprécient et veulent faire apprécier l’extraordinaire vie sous-marine tropicale, patrimoine naturel inestimable à mieux connaître, à mieux aimer et à mieux protéger.

Une série de vidéos sur Youtube en complément

Non contente d’avoir publié « Couleurs marines », Claire Jeuffroy nous propose sur Internet, pour notre plaisir, toute une série de vidéos sur le même sujet que l’on peut consulter en tapant le nom de l’auteur ou en cliquant sur les liens suivants : https://www.facebook.com/C.Jeuffroy/timeline

La préface-présentation de Cathy Voglimacci et de Pierre Séguret

Oursin rectifié rognéMieux qu’un banal commentaire de ma part, je vous propose, pour vous mettre l’eau à la bouche, la belle et didactique préface de l’ouvrage de Claire Jeuffroy que nous livrent Cathy Voglimacci et Pierre Séguret (1), tous deux à l’évidence amoureux eux-mêmes, comme l’auteur, de la mer et des Saintes. Puissent ces précieuses lignes, magnifique-ment écrites, à l’image des photographies évoquées, vous inciter à offrir à vos proches et, pourquoi pas à vous même, cette prestigieuse collection de photographies sous-marines commentées par l’auteur. Vous ne le regretterez pas !

« L’évocation des « dessous » de la mer, de ce monde enfoui, réduit au silence par la formule fameuse de Jacques Cousteau, renvoie encore beaucoup d’entre nous à un univers inconnu, étrange, inquiétant ou pour le dire autrement, inaccessible. Pourtant la distance qui nous sépare de cet univers, berceau de la vie terrestre, n’est construite que du seul et infime espace entre deux éléments : l’air et l’eau. Et sitôt que l’on s’aventure à glisser le regard sous la surface, dès lors que l’on passe cette frontière ténue et finalement si facile à franchir, on se trouve instantanément au contact de la foisonnante matérialité du milieu sous-marin. poisson trompetteC’est le message simple et puissant que Claire Jeuffroy nous délivre au cours de ces pages, l’illustration de la chance inouïe donnée à chacun de pouvoir contempler la vie « intra-marine », parée de mille grâces et couleurs. Avec son œil éclairé de professionnelle de la plongée, avec sa pédagogie de formatrice chevronnée, avec l’amour et la compréhension de la mer qui l’animent, elle nous révèle la stupéfiante beauté de ce biotope, nous livre ces lumineuses photos, fruits d’un persévérant travail et d’une relation privilégiée à ses sujets, ses « stars » d’un monde parallèle où la vie se déploie avec une explosive et féroce vigueur. Photos tissées de patience et prises quelque part entre l’affleurement et la surface et 8 à 10 mètres de profondeur tout au plus. Photos exclusivement cadrées dans la majestueuse enceinte de ce non moins fameux territoire des Antilles françaises au charme sans équivalent : les Saintes, ce grand rocher aussi spectaculaire et réputé au-dessus de la frontière naturelle de laquelle il émerge, qu’il est encore secret et souvent méconnu « en-dessous ». chatrou

Au-delà de l’émerveillement qu’elle nous procure, sonnant comme un appel à l’exploration du monde sous-marin, Claire Jeuffroy prend aussi le soin de nous livrer quelques informations précieuses, efficaces, pour comprendre comment évoluent les êtres bigarrés qui peuplent cet espace à l’organisation multiforme, de sorte qu’on referme le livre, à la fois ébloui et enrichi d’une belle connaissance, avec l’irrépressible envie de se jeter à l’eau pour vérifier que cette magie existe bel et bien pour qui sait l’observer ; prêt à l’envoûtement qui saisit tout visiteur curieux et respectueux de ce monde complexe échappant encore, sinon à la prédation de l’homme, au moins pour partie, à son emprise. »

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1 – Pierre Séguret, originaire de l’Aveyron, est docteur ès lettres et écrivain. Partageant sa vie entre les Antilles et le Midi de la France, il a publié aux Éditions Orphie  L’Île Fauve, Etat brut et Deux ou trois jours aux Saintes, récits qui ont le plus souvent pour cadre la Caraïbe, Montpellier et… les Saintes qui les ont inspirés. –
– Cathy Voglimacci résidant à Terre-de-Haut est gérante de société –
– Les photos sont tirées du livre de Claire Jeuffroy
– Les vidéos ont été réalisées par Éric Verbois et autres plongeurs de passage au club Pisquettes à Terre-de-Haut que nous remercions pour leur contribution.

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La langouste : mieux la connaître pour mieux l’apprécier

Un mets très prisé

Langouste retouÀ l’approche des fêtes de fin d’année, de quelque façon qu’on la prépare ou la présente, la langouste occupe une place de choix aux menus des restaurants et dans les familles. Très peu prisée aux Saintes autrefois, aussi bien sur le plan gustatif que commercial, les pêcheurs se contentaient de l’écraser pour en faire un appât pour leurs nasses, ou la vendaient à bas prix aux navires de guerre français en escale prolongée d’études hydrographiques. Aujourd’hui denrée de luxe, sa pêche est soumise à une règlementation, sans pour autant faire l’objet d’une restriction saisonnière comme le lambi, espèce protégée, en voie de disparition. Voici l’essentiel résumé de cette règlementation : « Une langouste peut être pêchée dès l’instant où elle a pu faire au moins deux pontes, ce qui se traduit par une taille de 21 cm de la tête à la queue pour la royale et de 14 cm pour la brésilienne. En sus, indépendamment de la taille, il est interdit de pêcher des langoustes grainées c’est-à-dire qui portent des œufs sous leur ventre. En conséquence le consommateur ne doit pas acheter ou consommer de langouste avec des œufs ou ayant des tailles inférieures à celles qui sont réglementaires. Tant qu’il y a aura des acheteurs ou des mangeurs il y aura des braconniers. Toutefois, pour les langoustes il n’existe pas d’interdiction saisonnière. C’est-à-dire qu’on peut les pêcher toute l’année en respectant la taille réglementaire ! »

Une leçon de sciences naturelles du Père Robert PINCHON

Pinchon  - copieAmateurs de langoustes, vous qui sans doute prévoyez d’en déguster au moins une fois au cours d’une de ces deux fêtes qui pointent leur nez au calendrier de ce mois de décembre, pour vous faire mieux connaître ce crustacé de nos mers tropicales, je vous propose cette étude du Père Pinchon, extraite de son livre de biologie antillaise, paru une première fois en 1960 et réédité en 1968. Le Père Pinchon a été mon professeur de Sciences Humaines et Naturelles à l’époque où, adolescent Saintois de 16-17 ans, exilé en Martinique, je préparais mon baccalauréat au Lycée Sainte Marie de Fort de France. Aussi c’est avec un soin tout particulier que j’ai conservé précieusement l’édition originale de cet ouvrage, le premier manuel scolaire à proposer aux jeunes Antillais une présentation scientifique de la flore et de la faune de leur milieu naturel, abondamment illustrée de dessins et  schémas de l’auteur et de quelques rares photographies en noir et blanc.

Description de la langouste 

langouste 1 ret 2« La langouste, qui est connue aux Antilles sous le nom impropre de « homard », constitue le type le plus caractéristique des crustacés. Il en existe plusieurs espèces différentes, mais la plus connue et la plus appréciée du point de vue gastronomique est la grosse langouste qui atteint jusqu’à 8 kilogrammes : elle est caractérisée par la double série de taches jaune-crème, disposées symétriquement de chaque côté des anneaux qui sont appelés vulgairement la queue, mais qui constituent en réalité l’abdomen. Son corps se divise en deux parties : le céphalothorax qui provient comme chez les Arachnides de la fusion intime de la tête et du thorax, auquel fait suite un abdomen bien développé. Le céphalothorax est protégé sur le dos et les flancs par une carapace d’un seul morceau, hérissée d’un grand nombre d’épines aiguës, obliques, dirigées vers l’avant, plus développées du côté de la tête ; entre les yeux pointent deux d’entre elles particulièrement longues et acérées constituant les cornes frontales. La dureté de la carapace est due à la présence de chaux et de chitine qui revêtent le corps d’une véritable croûte d’où son nom de crustacé.

langouste 2 ret - copieLa partie antérieure qui correspond à la tête porte les organes sensoriels et la bouche. Les yeux globuleux, montés sur un court pédoncule articulé, font saillie de chaque côté des cornes frontales ; par devant et en dessous se détachent les bases larges et épineuses des longues antennes qui chacune se termine par un fouet très mince et très souple. Elles paraissent être d’usage surtout tactile. Entre elles et au dessous naissent les antennules, lisses, plus fines et beaucoup plus courtes et qui présentent la particularité de se bifurquer chacune en deux fouets ; elles semblent avoir un rôle spécial pour la perception des odeurs… La bouche s’ouvre à la face inférieure et est composée d’un certain nombre de pièces dures qui permettent à l’animal de broyer sa nourriture… La bouche elle-même comprend une paire de mandibules très fortes terminées par une tête broyeuse et deux paires de mâchoires aplaties et coupantes. À la face inférieure du céphalothorax se détachent les cinq paires de pattes, longues et fines, ornées de quelques rares épines aux articulations et de poils vers leur extrémité ; elles se terminent toutes par une sorte de petite griffe. Ce sont les organes de la marche qui permettent à la langouste de se promener sur les fonds rocheux marins où elles vivent d’ordinaire. La langouste respire l’oxygène dissous dans l’eau au moyen de branchies… L’abdomen est formé de segments recouverts par une carapace chitineuse et calcaire sur le dos et se terminent latéralement par une série de pointes acérées. Ces segments sont mobiles, étant reliés entre eux par une peau souple… Le dernier segment de l’abdomen porte cinq palettes formant éventail : à la base de celle du milieu s’ouvre l’anus.

Reproduction et développement

Photo Ifremer

Photo Ifremer

La langouste se reproduit par œufs, mais avant d’atteindre sa forme adulte, elle passe par toute une série de métamorphoses très compliquées. Vers le mois de juillet, on trouve fréquemment des femelles dont le dessous de l’abdomen est garni d’une masse d’œufs. Celles de taille moyenne en portent environ 500 000 ; orange ou jaunâtre, ces œufs se présentent comme de petits grains de 3/4 de millimètre de diamètre.  Au bout de quelques semaines éclosent de jeunes larves nageuses, au corps transparent muni de longues pattes. Attirées par la lumière et nageant à la surface de la mer, les larves constituent des proies fort appréciées des carnivores. Heureusement, grâce à leur multitude, certaines ont la chance d’échapper à leurs ennemis. Ne mesurant guère plus de 2 mm à leur naissance, elles subissent des mues et à chaque fois se transforment quelque peu. À mesure que leur taille augmente, les larves ont tendance à descendre vers les profondeurs… Bientôt elles se réfugient entre les rochers du fond et leur carapace s’élargit et devient épineuse, leur abdomen se développe, les pattes et surtout les antennes grandissent… Il leur faut près d’un an pour atteindre le stade harmonieux d’adulte et pour pouvoir mener une vie un peu mieux à l’abri des attaques de toute la gente féroce de la mer… »

R.P. Robert Pinchon - 1913-1980

R.P. Robert Pinchon – 1913-1980

Robert Pinchon est né à Provins le 10.09.1913. Après son ordination chez les Spiritains, il fait des études de Sciences à l’université, couronnées par un Doctorat. Il est nommé professeur au Collège diocésain de Fort de France, à la Martinique.
Il est tout heureux de cette nomination et ajoute sur sa feuille d’affectation,  » que ce soit pour toujours », ce qui sera le cas, puisque toute sa vie, il la passera dans ce collège où il arrive le 15.04.1945.
L’île est propice aux recherches. Pratiquement rien n’a été fait comme étude dans le domaine de la flore et de la faune, avant son arrivée. Les vacances scolaires, il va les occuper à fouiller de fond en comble l’ile et les îles voisines.
Le 15.04.1960, il commence à faire connaître ses découvertes. Il publie d’abord « Les Sciences d’Observation aux Antilles », livre qui sera utilisé dans l’enseignement privé comme dans l’enseignement public pendant de nombreuses années, comme livre de Sciences Naturelles. En 1963, paraitra « La Faune des Antilles françaises, Tome 1: les oiseaux » qui sera suivi en 1969 par un tome 2: « Les papillons ». En 1967, il aura édité  » Quelques aspects de la Culture aux Antilles », continué en 1971 par « D’autres aspects de la Culture aux Antilles ». Il publie aussi « Nature antillaise », puis en 1976, « Le Dynaste Hercule dans les petites Antilles ». De nombreux articles paraissent aussi dans les « Annales des Antilles » et la « Revue de la Société d’Histoire naturelle ». Il sera même membre correspondant du Muséum d’histoire naturelle de Paris.
L’étude de la biologie l’amène à réaliser de remarquables collections de papillons, de poissons, de crustacés, de scorpions, de serpents que les Martiniquais et les touristes peuvent visiter. Sa passion pour cette île de la Martinique et ses habitants le pousse à se lancer dans des recherches archéologiques. Il fouille en particulier le site de Marigot Sainte Marie, dans la commune de Vauclin. Il met à jour des poteries Caraïbes et Arawacks, populations qui ont disparu aux temps de l’arrivée des Européens, à la fin du XVème siècle.

Un petit musée permet encore de voir les résultats du travail d’archéologue du père Pinchon qui décède le 16. 04.1980, et est inhumé dans son île d’adoption.

(Sources : les archives spiritaines)

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ROUTE DU RHUM

Arrivée de Nicolas Thomas

La joie de l'arrivant - Ph. RCI

La joie du navigateur à l’arrivée – Ph. RCI

Le jeune skipper saintois de la Route du Rhum, Nicolas Thomas, est arrivé à Pointe-à-Pitre après 23 jours, 18 heures et 32 minutes de navigation houleuse. S’il n’avait pas eu l’obligation de faire une escale technique à la Corogne suite à une avarie, 48 heures après le départ, il aurait gagné 4 jours et se serait classé mieux que 28è de sa catégorie. Ce mercredi 26 novembre 2014, après avoir franchi la ligne d’arrivée à 3 h 32, il accostait au ponton d’honneur de la Darse de Pointe-à-Pitre vers 4 heures du matin, acclamé par plus d’une centaine de ses compatriotes des Saintes venus le recevoir et le féliciter comme il se doit. Exemple de compétence, d’endurance et de détermination pour la jeunesse saintoise, Nicolas Thomas a droit à nos remerciements et à toute notre admiration. Nous l’avons suivi jour après jour depuis son départ de Saint-Malo et vous proposons aujourd’hui les photos de son arrivée en collaboration avec RCI Guadeloupe. Nos remerciements vont aussi à Guadeloupe Grand Large qui l’a formé, au Conseil Régional de Guadeloupe et à 1001 Piles Batteries qui l’ont sponsorisé et à tous ses amis Saintois, Guadeloupéens et Métropolitains d’ici et d’ailleurs qui l’ont soutenu et encouragé. Cette participation à la Route du Rhum de Nicolas Thomas restera un moment fort, une date à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire maritime et sportive de notre petit archipel.

Avec son père Jean-Paul- Ph. RCI

Avec son père Jean-Paul Thomas – Ph. RCI

Avec Hilaire Brudey à droite

Avec Hilaire Brudey à droite, Président du CTIG – Ph RCI

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21 Novembre 2004 : il y a 10 ans, la terre a tremblé aux Saintes

Le plus gros séisme depuis un siècle en Guadeloupe

route casséeVoilà dix ans, le dimanche 21 novembre 2004, à 7 heures 41 locales, un séisme de magnitude 6,3 ébranlait la Basse-Terre et réveillait brutalement toutes les Saintes. Appelé dès lors Séisme des Saintes, son épicentre se situait entre le Sud du petit archipel et le Nord de la Dominique (voir illustration ci-dessous). Semant la panique parmi les populations, il a provoqué la mort d’une personne à Trois-Rivières et fait d’importants dégâts à Terre-de-Haut, mais davantage encore à Terre-de-Bas, l’île voisine. Ce fut le plus gros séisme enregistré en Guadeloupe depuis plus d’un siècle. Outre la destruction de nombreux bâtiments et la peur de leur vie pour les habitants, en moins de 10 secondes, la secousse a généré un creux à la surface de l’océan, provoquant un tsunami à certains endroits des côtes saintoises, particulièrement au Marigot et à l’Anse Figuier pour ne parler que de Terre-de-Haut. Des débris laissés par la vague ont montré que la mer était montée sur plusieurs mètres à ces endroits. Toute la journée de ce triste dimanche pluvieux, et les jours qui suivirent, de nombreuses secousses ont été ressenties, obligeant les autorités à installer un village de toile pour les personnes sinistrées et pour ceux qui craignaient de regagner leur maison par peur des  incessantes répliques, plus ou moins importantes.

Livres et témoignages

40-secondesInutile de dire que cet événement dramatique a suscité nombre de commentaires officiels et populaires, ainsi que des témoignages poignants, aussi bien dans la presse écrite qu’à la télé et sur les radios locales. Des livres ont été édités par la suite qui racontent par le menu les conséquences matérielles du tremblement de terre et le ressenti psychosomatique de leurs auteurs et de leur entourage au cours et après le phénomène. Nous pensons particulièrement au très bel ouvrage de Madame Léoncie Vala-Nadille de Terre-de-Bas, paru chez Nestor en 2012 : 40 secondes pour 40 ans de travail, livre dont nous avons rendu compte ici-même, dans notre chronique du 3 septembre 2013 : raymondjoyeux.com/2013/09/03/40-secondes-pour-40-ans-de-travail/. De son côté, le poète et conteur marie-galantais, Max Ripon, publiait un petit livre fort intéressant dont le titre reprend tout simplement les termes de la magnitude du séisme : Six virgule trois. À la différence près que ce dernier ouvrage se veut une œuvre de pure fiction alors que le livre de Mme Léoncie Vala-Nadille est un témoignage vécu d’une bouleversante authenticité.

Sur le vif : le récit d’A…

Les enfants aussi ont été fortement marqués par la violence du séisme. D’autant plus que l’école primaire de Terre-de-Haut  a subi de gros dégâts, laissant imaginer le pire si la terre avait tremblé un jour de classe. C’est pourquoi, au lieu de vous exposer les savantes explications scientifiques et géologiques, fort instructives mais quelque peu rébarbatives pour les non initiés, explications que l’on peut par ailleurs trouver facilement sur Internet en tapant Séisme des Saintes, je vous propose le témoignage d’A…, collégien de 13 ans à l’époque, qui, dans le cadre d’une rédaction faite en classe, peu après l’événement, a simplement intitulé son récit :

 » Un dimanche à Terre-de-Haut « 

 « Atmosphère paisible, rêves charmants, sommeil calme, nombreuses sont les impressions que pendant cette nuit du 20 au 21 novembre je ressens. Je ne peux imaginer meilleur repos. Tout d’un coup, sur le matin, je suis secoué une première fois brutalement, sèchement. Je pense alors : “Quel chauffard peut conduire aussi mal ? !” Il est vrai que la petite maison, une façade sur mer, l’autre sur rue, est en position favorable en cas de dérapage. Mais malgré cela, La Lucarne (c’est comme cela qu’on l’appelle) est à mes yeux la demeure la plus belle des Saintes. Puis je pense à autre chose, beaucoup plus surprenante et inattendue : un tremblement de terre. Je suis alors parcouru d’un frisson d’effroi : la maison, moitié bois, moitié béton, ne tiendrait pas longtemps. Aussi n’écoutant que mon instinct de survie, je m’empresse d’ouvrir les yeux et de me sortir du lit.

Dans les ténèbres de ma chambre, je me retrouve debout, lorsqu’une seconde secousse plus forte et plus longue me projette au sol. Abasourdi, à quatre pattes, je suis surpris de voir, du moins d’entendre avec quelle facilité les bibelots et autres livres tombent et se fracassent en s’éparpillant sur le carrelage en même temps que mon armoire. À l’estime, cette secousse dure une quinzaine de secondes. Désorienté, le temps de me remettre, je le vois enfin, ce filet de lumière salvateur qui filtre au bas de la porte. Je bondis hors de ma chambre et m’empresse de m’extirper de la maison.

Une fois dehors, je vois toutes les Saintes dans la rue, toutes classes d’âge confondues. Devant moi passe une vieille dame en pleine crise de nerfs. Plus loin, un groupe de personnes entoure un pan de mur effondré. Puis j’aperçois mon père, une baguette de pain à la main. Il accourt :
– Tout va bien, fiston ? Rien de cassé ?                                                
– Pour moi, tout va bien. Mais à l’intérieur !…
– Si tu es sain et sauf, c’est l’essentiel, dit-il, les dégâts matériels, ce n’est rien. J’ai bien cru qu’un Boeing nous tombait dessus ! Mais où est ta mère ?
– Où est maman ? répété-je, inquiet. Ah oui, je sais, chez le coiffeur !.. Et je la vois accourir vers nous, essoufflée, le visage décomposé.
– Ça va, mes chéris ? crie-t-elle.
– Ça va, répond mon père. 
– C’est horrible, mais je suis OK, répliqué-je à mon tour.
– Tant mieux, moi aussi, dit ma mère. Mais, mon Dieu, quelle frayeur ! Nous…

Elle n’a pas le temps de finir sa phrase qu’une nouvelle secousse fait vibrer la petite île qui tangue fortement. Partout, des voix de femmes s’élèvent. Certaines prient, les yeux au ciel. Je vois même les pires mécréants s’agenouiller en implorant miséricorde… 
Et la matinée se passe dans le stress et l’attente, la pluie incessante renforçant l’atmosphère d’apocalypse.
L’après-midi, après des secousses toutes les dix minutes environ, et une forte réplique vers 15 heures, nous nous décidons à pénétrer dans la maison, avec précaution, nous précipitant dehors à chaque alerte. En réalité, chez nous, peu de dégâts, quelques verres et assiettes brisés ainsi que l’armoire de ma chambre à terre. Un rapide coup de balai pour éliminer les tessons mais pas question de remettre quoi que ce soit sur les étagères…

Le repas du soir est frugal : sandwich et eau claire autour d’une lampe de fortune. La journée a été partagée entre secousses, rumeurs, visites et coups de téléphone. Lorsque le crépuscule commence de s’établir, mon père annonce :
– Ce soir, mon cousin Jean viendra passer la nuit chez nous.
– Pourquoi, dit ma mère, il est sinistré ?
– Sa maison n’est absolument pas praticable. Je l’ai visitée dans la journée, elle est fendillée de partout et menace de s’écrouler. Ici, il sera en sécurité.
– De toute façon, ajoute ma mère, personne ne pourra dormir avec les secousses et l’in-quiétude, alors tu fais bien de le faire venir.

C’est ainsi que regroupés sur la terrasse du bord de mer nous passons la nuit tous les quatre à épier les répliques, un œil à demi fermé, l’autre bien ouvert au cas où, nous précipitant sans réfléchir à l’extérieur chaque fois que le sol semble se dérober sous nos pieds… »

Locali séisme

Dans la vidéo suivante, mise en ligne sur youtube par la Région Guadeloupe, photos à l’appui, le maire de Terre-de-Bas évoque la reconstruction de sa commune après le séisme de 2004 :

 https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=eqonLqkL2-M

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La mer qui guérit

Un message de solidarité

JOUVANCEPour rester dans l’actualité maritime, qu’elle soit heureuse ou malheureuse,  (Sargasses aux Saintes, Route du Rhum à Pointe-à-Pitre), sujets des deux précédentes chroniques, je vous propose un texte de Daniel JOUVANCE, extrait de son livre Au nom de la mer, paru aux éditions Robert Laffont il y a déjà quelques années mais qui, lui, restera toujours d’actualité. En quatrième de couverture de cet ouvrage que, parmi d’autres, tout amoureux de la mer devrait lire et posséder, l’auteur écrit :  » On peut tout attendre de la mer. Elle a le pouvoir de guérir et d’apporter aux hommes un nouveau plaisir de vivre… Le message de la mer est de solidarité, de courage et de loyauté. La mer rapproche les hommes. Au tournant des temps que nous atteignons, il est indispensable de prêter attention à son message. »

Photo Alexandre J.

Photo Alexandre Joyeux

Message de solidarité plus que jamais nécessaire à entendre en effet et à mettre en pratique chez nous comme ailleurs. On le constate aujourd’hui concrètement à l’occasion du nettoyage des plages et des fonds marins entrepris par des bénévoles aussi bien aux Saintes qu’en Guadeloupe. Nettoyage qui permet de sauvegarder au mieux ce précieux élément que nous, insulaires, avons la chance et le privilège d’avoir à portée de main. Car c’est seulement en en prenant le plus grand soin que nous pourrons en retour profiter de tous ses bienfaits. Comme nous le rappelle Daniel JOUVANCE dans son historique de l’hydrothérapie marine.

Depuis l’Antiquité

Hippocrate : fondateur de la thalasso

Hippocrate : fondateur de la thalassothérapie

« La première allusion au pouvoir guérisseur de la mer remonte à Platon – quatre siècles avant notre ère. Le philosophe, malade, suivit une cure d’eau de mer conseillée par des prêtres égyptiens. Il guérit. Ce qui permet de penser que les vertus de l’eau de mer étaient connues dans le delta du Nil au temps des Pharaons. Hippocrate, père de la médecine, recommandait de chauffer l’eau de mer. On peut le considérer comme le fondateur de la thalassothérapie. Ce n’est que 21 siècles plus tard, en 1750, que l’on enregistra un regain d’intérêt pour l’eau de mer. Responsable : le médecin anglais Richard Russell. On pensait alors surtout aux vertus du climat littoral. À Berck, en 1850, fut fondé le premier hôpital pour enfants « rachitiques et scrofuleux »

La base de la vie

En 1906, René Quinton publia L’Eau de mer, milieu organique, et présenta sa théorie, solennellement, à l’Institut : la vie de la cellule n’est possible que dans certaines conditions qui sont l’existence d’un milieu aquatique marin, la concentration saline de ce milieu. Il posa les bases de la « loi de constance marine ». Il fut acquis désormais que l’eau de mer était à la base de la vie – et pouvait aider la vie. À Roscoff, au début du siècle, le Dr Louis BAGOT créa un établissement d’hydrothérapie marine, où il soignait les rhumatismes, certaines maladies de la femme, l’anémie, etc. avec de l’eau de mer. Des établissements analogues s’ouvrirent au bord de la Mer du Nord et de la Baltique. En Allemagne, on donnait de l’eau de mer à boire à certains malades. Bientôt apparurent les aérosols (pulvérisations) qui soignent les voies respiratoires.

Plage de Grand'Anse à Terre-de-Haut- Photo Alain Joyeux

Mer de Grand’Anse à Terre-de-Haut- Photo Alain Joyeux

La parenthèse des deux guerres mondiales

Mer aux SaintesEntre les deux guerres mondiales, l’intérêt pour les cures marines faiblit – bien que les travaux de Quinton aient inspiré de nombreux chercheurs. C’est une période où triomphèrent les chimiothérapies. Pendant la dernière guerre, l’institut de Roscoff fut transformé en dépôt de munitions. Après la Libération, il accueillit des malades ou des accidentés, parmi lesquels le populaire champion cycliste Louison BOBET, dont la rééducation fut si brillante qu’il décida de créer son propre institut. Ce fut l’occasion de médiatiser la thalassothérapie qui, avec ses nouvelles méthodes de soin, mérite tous les jours ses lettres de noblesse. L’eau de mer, les algues, le plancton, le phytoplancton, etc., font aujourd’hui l’objet d’analyses très pointues et on découvre, non sans un certain émerveillement, l’étendue de leur pouvoir thérapeutique.

La recherche continue

On en est à la troisième génération des centres de cure marine. Les traitements sont de plus en plus spécifiques, les méthodes de soins ne cessent de se perfectionner. La connaissance des végétaux et actifs marins a enrichi l’arsenal des thalassothérapeutes, ouvrant même des perspectives médicales nouvelles en dermatologie, dans le traitement des insuffisances organiques, des maladies nerveuses, respiratoires, la prévention des accidents cardiaques, etc. Les molécules marines s’avèrent des alliées précieuses et efficaces dans le domaine de la beauté. La recherche continue : en matière de santé et de beauté, la mer a encore beaucoup à nous offrir.

Vague - Ph. Henri Migdal

Vague – Ph. Henri Migdal

La transminéralisation

Photo Ch. Joyeux

Photo Ch. Joyeux

Comme disent les dermatologues, la peau a de multiples fonctions organiques. Elle est une ombrelle pour s’opposer aux effets néfastes du soleil ; elle est également un parapluie pour nous rendre imperméables. Elle est cette interface entre nous et le monde extérieur et est plus tolérante qu’on ne veut le penser… En réalité la peau est perméable, même si elle assure notre isolement corporel fondamental. C’est un véritable filtre. Un filtre « intelligent » même, puisqu’il sélectionne les substances dont le corps a besoin. Le professeur Daniel (USA) a démontré que la peau était capable de recharger de façon sélective l’organisme en sels minéraux et particulièrement en oligoéléments. L’immersion marine est l’occasion pour le corps de capturer les éléments dissous dans l’océan. La thalassothérapie n’est pas seulement l’occasion d’une simple baignade, avec le plaisir ludique que cela représente ; il s’agit de se ressourcer, de raviver sa « mer intérieure »… Un bain de mer, un enveloppement d’algues, une eau marinisée, un cosmétique riche d’océan ressourcent naturellement nos cellules, notre sang, notre vie qui, rappelons-le cent fois, est née de la mer. Il ne faut pas l’oublier. Notre corps et sa peau, eux, savent naturellement se souvenir de notre maternité marine. »

Pour finir en poésie avec Saint-John Perse

Ainsi louée, serez-vous ceinte ô Mer, d’une louange sans offense.
Ainsi conviée serez-vous l’hôte dont il convient de taire le mérite.
Et de la Mer elle-même il ne sera question, mais de son règne 
au cœur de l’homme :
Comme il est bien, dans la requête du Prince, d’interposer
l’ivoire ou bien le jade
Entre la face suzeraine et la louange courtisane.

Et de salutation telle serez-vous saluée
Ô Mer, qu’on s’en souvienne pour longtemps
Comme d’une récréation du cœur.
(Amers, page 133)

"La Mer, en nous, portant son bruit soyeux du large..."  Photo R. Joyeux

« La Mer, en nous, portant son bruit soyeux du large… » S J Perse – Photo R. Joyeux

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Route du Rhum : un Saintois dans la course

Un Saintois au Rhum, enfin, c’est arrivé !

Nicolas Thomas - Photo Courcoux

Nicolas Thomas de Terre-de-Haut – Photo Alexis Courcoux pour Guadeloupe Grand Large

Depuis sa première édition en 1978 remportée par le Canadien Mike Birch sur son trimaran Olympus, en 23 jours et 6 heures, jusqu’à celle de cette année, les Saintois attendaient avec impatience qu’un des leurs participe enfin à la Route du Rhum, cette compétition hors normes qu’est la traversée de l’Atlantique en solitaire, de Saint-Malo à Pointe-à-Pitre. C’est aujourd’hui chose faite avec la présence au départ de notre compatriote Nicolas Thomas, 24 ans, le fils de Jean-Paul, taximan bien connu à Terre-de-Haut.  Plus jeune participant à cette course (il est né en 1990),  passionné de voile et très motivé, Nicolas est titulaire d’un bac professionnel de génie électronique. Il a fait ses classes de navigateur pendant deux ans au centre de formation de Guadeloupe Grand Large en vue d’apprendre le métier de skipper et de préparateur de bateau, dans la perspective de participer à des courses au large. C’est bien sûr sa première participation dans cette épreuve de haut niveau qui, tous les Saintois l’espèrent et le souhaitent, ne sera sans doute pas la dernière… avec si possible une victoire dans les prochaines années.

Dans l’œil de Jeanne Grégoire

Je remercie chaleureusement la responsable de communication à Guadeloupe Grand Large, Laure De Hercé, de m’avoir autorisé à vous proposer l’interview de Jeanne Grégoire réalisée le 31 octobre à propos de Nicolas, avant le départ du « Rhum ».

Jeanne Grégoire, coach de Nicolas Thomas - Ph Alexis Courcoux

Jeanne Grégoire, coach de Nicolas Thomas – Ph Alexis Courcoux

« Coach sportif de Nicolas Thomas sur la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, Jeanne Grégoire est bien connue des pontons métropolitains pour avoir navigué sur les circuits Mini 6,50 et Figaro Bénéteau. Ancienne adversaire du Saintois sur la dernière Transat AG2R, la jeune femme est passée de l’autre côté de la bôme pour partager son expérience et ses conseils en course au large. Surnommée la fée coachette par l’équipe de Guadeloupe Grand Large – 1001 Piles Batteries, elle nous parle de Nicolas Thomas.

Jeanne Grégoire, pouvez-nous nous présenter le skipper Nicolas Thomas ?
Nicolas est un jeune homme de 24 ans, bien de son époque avec tous les avantages et les inconvénients de la jeunesse. Sa principale qualité est de savoir enregistrer les choses techniques et réussir à les retranscrire avec ses mots à lui. Ce qui donne quelque chose d’intelligent et qui reste bien gravé dans sa tête. Il porte bien son surnom de « Nico le gros cerveau ». A l’opposé, il est un peu laxiste et se laisse facilement porter. A 24 ans, il faut qu’il sache se prendre en main, faut qu’il passe le cap de l’adolescence. Après c’est aussi une qualité car ça lui permet de prendre du recul sur pas mal d’aspects, de savoir prendre son temps pour bien faire les choses. Mais à certains moments, il faut aussi savoir foncer et entrer dans l’action. Michel Desjoyeaux disait que les navigateurs intelligents sont forcément un peu fainéant mais c’est souvent parce qu’en amont de la course, ils se sont activés. Donc il ne faut pas sauter cette étape.

Nicolas interviewé Ph.

Nicolas interviewé – Ph. Michel Salbot

Quel regard portez-vous sur le Mach 40 Guadeloupe Grand Large – 1001 Piles Batteries ?
Le projet monté par Guadeloupe Grand Large est un projet intelligent et bien structuré. Le premier message que l’on m’a donné quand j’ai rejoint l’aventure était de ne pas réinventer la voile mais de mettre le maximum de chance de notre côté pour bien faire les choses. Pour ce faire et à mon sens, ils ont loué le meilleur Class40 pour courir cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Il doit y avoir 35 skippers à St Malo à envier Nicolas d’avoir un tel bateau pour sa première traversée en solo. Ensuite le bateau est performant et avec sa vitesse, il pardonne rapidement le manque d’expérience de Nicolas. Quand il met un peu de temps à faire une manœuvre ou à prendre une décision, « Guadeloupe Grand Large – 1001 Piles Batteries » compense en vitesse ce retard. Après, le point le plus délicat pour Nicolas sera de bien rester à l’écoute de son bateau. Pour les navigateurs ayant plus d’expérience que le jeune Saintois, le moindre bruit ou le moindre changement de gite les font sortir sur le pont et entrer dans l’action. Pour l’instant, Nicolas est encore peu réactif à ces changements. Une réactivité qui risque de décroître avec la fatigue. C’est le gros point sur lequel il doit travailler.

Quelle est la faiblesse du bateau ?
Le bateau a très peu de faiblesse. J’ai juste une appréhension sur les girouettes. J’espère qu’elles resteront en place lors des possibles coups de vent et en dépit des nombreuses fixations.

Objectivement, à quel résultat Nicolas peut-il prétendre pour sa première Transatlantique en solitaire?
Il peut sans problème terminer dans le top dix. Nicolas a un petit talent. Pour l’instant, il navigue de façon très académique et a encore du mal à réagir aux sensations du bateau. Par contre ce qui est bluffant c’est qu’il sait très bien lire un fichier de vent. Pour gagner quelques places au classement général il devra absolument adapter son rythme à celui de son bateau et rester à son écoute. C’est mon plus grand conseil. »

Nicolas sur son bateau - Ph Guadeloupe Grand Large

Nicolas sur son bateau – Ph Guadeloupe Grand Large

Le 5 novembre, suite à une avarie de safran, Nicolas a dû faire une escale forcée à la Corogne pour réparer. À l’heure où nous mettons en ligne, – le vendredi 7 novembre à zéro heure locale – nous espérons qu’il aura repris la route et que tout se passera bien pour lui désormais. C’est en tout cas ce que nous souhaitons tous aux Saintes et en Guadeloupe. Bon courage Nicolas, nous sommes tous derrière toi ! L’important c’est d’arriver en bon état à Pointe-à-Pitre.

                                                      Les 5 autres Guadeloupéens

Nicolas Thomas n’est pas le seul navigateur à représenter la Guadeloupe dans cette Route du Rhum 2014. Avec les photos d’ Outre-Mer Première, découvrez les autres concurrents. À tous nous souhaitons bonne route et bon vent sur la route de Pointe-à-Pitre  !

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