Terre-de-Haut : déficit budgétaire record

1ère page CRCLa Chambre Régionale des Comptes de Guadeloupe  (CRC)  – organisme d’État chargé de contrôler les budgets des col-lectivités territoriales et l’utili-sation des deniers public  – vient de publier son dernier rapport – suite à la séance du 30 juin 2013 – sur l’état des finances de la commune de Terre-de-Haut.

Le constat est sans appel : cette collectivité saintoise est plus que jamais financièrement dans le rouge et pratiquement, pour employer le termes exacts du rapport, en « cessation de paiement ».

Vingt ans après le déficit histo-rique de 1993,  qui a abouti  à une augmentation sans précé-dent des taxes locales ; puis, en 1999,  à la démission forcée du maire de l’époque, voilà que le même scénario catastrophe se reproduit, sans qu’aucune leçon n’ait été tirée du passé.

Ci-desous reproduite la une du bulletin saintois d’information N°26, L’IGUANE, de novembre-décembre 1993.

Première page du journal L'Iguane relatant le déficit de 1993

Première page du journal L’Iguane relatant le déficit de 1993

Pire : en réalité  le déficit  historique de 1993 n’a jamais été résorbé. En progression constante, il est passé de 312 000 €uros en 2007,  à 1,6 millions d’€uros en 2012 pour dépasser aujour-d’hui les 3,3 millions d’€uros : la somme exacte incluant les budgets de fonctionnement et d’investissement, est la suivante,  selon les prévisions de la CRC :

                    3 347 525 €

Cela signifie en clair qu’il manque 3 millions 350 000 euros dans les caisses de la commune, le double presque exact du déficit de 1993 en monnaie constante.

Cet énorme déséquilibre budgétaire et financier – qui équivaut à une véritable faillite d’entreprise – représente aujour-d’hui pour chacun des habitants de Terre-de-Haut, une dette de 1792,53 €, alors qu’elle n’était que de 84,93 € en 2010.

Cette désastreuse situation génère pour les contribuables, selon les rapporteurs, la pression fiscale directe la plus élevée de toute la Guadeloupe. (Et peut-être même de France, comme en 1993, proportionnellement au nombre d’habitants).

Nous n’allons pas entrer dans les détails techniques du rapport de la Chambre et assommer les lecteurs de chiffres et de tableaux. Ils pourront, s’ils le souhaitent, accéder directement au document en cliquant sur le lien ci-dessous :

JF00135872 (PDF, 87,78 kB)

Pour les éclairer nous nous contenterons simplement des précisions suivantes, les plus « parlantes », entre beaucoup d’autres, tirées mot pour mot des attendus et conclusions des rapporteurs chargés de contrôler les finances des collectivités publiques :

1 – depuis de nombreuses années, le maire de Terre-de-Haut a été mis en garde sur la dérive de la situation budgétaire et financière de la commune sans que cela ait été suivi d’effet.  Une vingtaine d’avis émis par la CRC sont restés lettres mortes.

2 – les budgets de fonctionnement et d’investissement ne répondent pas à une comptabilité claire qui permette une traçabilité des dépenses et le contrôle de leur enregistrement exhaustif. On ne peut donc pas suivre leur déroulement dans les comptes de la commune ! (cela signifie bizarrement, que même les services publics ne peuvent véritablement contrôler où passe l’argent !).

3 – les dépenses relatives aux « fêtes et cérémonies » atteignent un niveau singulièrement élevé pour une si petite commune : elle sont passées de 129 000 € entre 2003 et 2009,  à 303 000 € en 2012.  (L’importance exorbitante de ce poste budgétaire – le champagne a dû couler à flot – est particulièrement dénoncée par la Chambre.)

4 – l’endettement de la commune (remboursement des prêts bancaires consentis) s’est accru de 2,9 M€ en 2012 pour atteindre 3,5 M€ en 2013. Le capital restant dû à ce jour étant de 3 296 454 €, hors intérêts. Dans le même temps, la commune s’apprêtait à solliciter un prêt de 5 000 000 € (vous avez bien lu, 5 Millions !) ! Merci pour les générations futures !

5 – alors que de nombreuses factures antérieures restent à ce jour impayées, (pour un montant total de 2 033 252,33 € ) le pourcentage de réalisation des dépenses prévues aux « autres charges de gestion courante », est de l’ordre de 74%, sauf pour ce qui concerne les frais de représentation du maire, réalisé en totalité, à 100% ! (ce qui signifie que le maire se paie intégralement d’abord avant de payer les autres).

6 – La commune dispose de 53 agents municipaux ce qui représente 1 agent pour 35 habitants. ! ( À cette échelle, imaginez le nombre d’agents à Paris…)

7 – 52 000 €  (20 000 + 32 000 ) sont affectés (hors avantage en nature : logement et bureaux) au salaire et déplacements d’un directeur de l’Office du Tourisme, élevé au grade d’attaché (?), et à celui d’un agent municipal mis à disposition pour l’équivalent de 7 heures de travail par semaine … somme insuffisante pourtant au regard des frais de fonctionnement prévisibles de l’organisme.

8 – La fameuse plage de Fond de Curé qui s’amenuise au fil des eaux a finalement coûté 719 149 € (voir notre article antérieur sur le sujet) et n’a pas encore été payée, alors que dans le même temps la commune envisageait l’acquisition d’un bateau de passagers à énergie solaire pour un montant prévu de 546 829, 13 € et d’une navette à passagers pour 1 327 345 €.  On croit rêver ! (Projets qui, de toute façon, comme de nombreux autres, n’existeront sans doute que sur le papier).

Une plage à plus de 700 000 euros

Toutes ces réalisations prévues sont pour le moment (pour longtemps ?) bloquées, le budget municipal étant passé sous tutelle préfectorale, (ce qui signifie que la commune n’est plus maîtresse ni de ses projets ni de ses investissements).

L'aménagement de la place du plan d'eau reporté sine die ?

L’aménagement de la place du plan d’eau reporté sine die ?

La Chambre Régionale des Comptes conclut en effet son rapport en ces termes :

«  Considérant que le budget s’inscrit dans un système de fuite en avant budgétaire puisque les recettes présentes servent à payer des dépenses passées, ce qui conduit actuellement la commune dans une impasse budgétaire, dont la conséquence la plus visible est une trésorerie durablement négative, rendant impossible, hors paiement des dépenses salariales, le règlement normal de ses fournisseurs et de ses prestataires ; que cette situation s’apparente à une cessation des paiements de la collectivité,  (la CRC) propose à la préfète de la Région Guadeloupe de régler le budget primitif 2013 de la commune de Terre-de-Haut. »

Sous-entendu, à charge pour cette dernière de chercher à rétablir l’équilibre entre recettes et dépenses, – elle aura du mal – ce qui revient à revoir tous les investissements prévus, quitte à supprimer ou reporter tout projet coûteux, donnant la priorité absolue au règlement des salaires et des nombreuses factures en instance. 

Face à cette situation dramatique pour la commune, impliquant une nouvelle fois financièrement les contribuables que nous sommes, et en attendant les avis d’impositions qui ne tarderont pas, et les élections municipales de 2014, à chaque Saintois main-tenant de se faire son opinion et d’agir en conséquence le moment venu.

Raymond Joyeux

Ci-dessous, à la page 17 du rapport, le tableau récapitulatif des dépenses et recettes du budget primitif où apparaît le déficit à la rubrique : Résultat global prévisionnel, soit :  – 3 347 525,91 €uros.

En additionnant les résultats en négatifs  (en gras) du premier tableau, on obtient le déficit

le résultat global (en gras) du premier tableau correspond au déficit relevé par la CRC

x

 

Publié dans Actualités saintoises | 9 commentaires

Fortune de mer

En hommage à mon père qui aurait eu 100 ans aujourd’hui

« La configuration de Terre-de-Haut explique en grande partie le modus vivendi de ses habitants. La multitude de baies et anses où peuvent se réfugier les poissons pour frayer favorisent les coups de senne. Toutes ces échancrures de la côte communiquent entre elles par des cols peu élevés et les pêcheurs peuvent se transporter facilement partout où leur présence est nécessaire. » Félix Bréta (Les Saintes : recueil de notes et observa-tions générales – Larose Éditeur 1939, page 79)

 Un témoignage unique : le carnet d’un pêcheur

IMG_4127

Les notes qui suivent, écrites au jour le jour de 1951 à 1955, relatent avec force détails, les actions de pêche à la senne, avec mention des dates, des lieux, des espèces et quantités de poissons pêchés, des conditions météorologiques rencontrées, des hommes ayant participé aux prises et des gains obtenus. Elles sont extraites d’un carnet de senne ayant appartenu à Joubert Césaire Joyeux, (1913-1975), marin pêcheur saintois, maître-senneur et charpentier de marine.

IMG_4129

 En plus de leur valeur historique incon-testable pour notre communauté, elles révèlent la personnalité méticuleuse de leur auteur et témoignent aussi et surtout de la somme de travail quotidiennement effectuée par les professionnels de la mer à une époque où les facilités de navigation et les techniques de pêche, rendues possibles aujourd’hui par la banalisation du moteur hors-bord et l’introduction du filet en nylon, étaient inexistantes.

En reproduire ici quelques-unes, telles quelles, dans leur disposition originelle, c’est rendre hommage non seulement à leur auteur-acteur, mais aussi à ses compagnons de fortune et à leur dur métier de marins-pêcheurs.

Elles font également office de jalons hautement poétiques dans la continuité sociale, environnementale et économique d’une population insulaire confrontée aux aléas halieutiques et météorologiques, aux contraintes de la géographie et du contexte maritime.

IMG_4130

Elles permettent enfin de mesurer les évolutions intervenues. Les laisser dans l’oubli aurait été une perte aussi bien pour l’appropriation de leur histoire collective par les Saintois que pour la mémoire de ceux qui ont contribué à la façonner.

IMG_4131

IMG_4132

Pour finir, voici ci-dessous sur ce même sujet, cet extrait d’une monographie sur les Saintes datant de 1901 que je soumets à vos réflexions et qui vous permettra de faire la comparaison avec le « modus vivendi » d’aujourd’hui.

Raymond Joyeux

« Il semble que le Saintois a reçu en naissant la marque de sa destinée ; à peine a-t-il l’âge de raison qu’il s’arme instinctivement de la ligne de pêche ou rôde autour des filets. Les gamins des écoles se réunissent aux heures de liberté pour pêcher sur le rivage. Ce goût est fatal, atavique. Il se développe avec l’âge d’une façon extra-ordinaire, à tel point que les adolescents et mêmes les hommes mûrs font de la pêche non seulement leur unique objectif sociologique, mais encore leur idéal de rêve… Et pourtant il faut voir au prix de combien de peines et de fatigues, ils pratiquent cette industrie ; on est stupéfait et meurtri de savoir de quelle médiocrité est leur gain ou salaire moyen. » Sauzeau de Puyberneau : Monographie sur les Saintes, dépendances de la Guadeloupe – Bordeaux 1901.

Publié dans Réflexions | Un commentaire

Un trésor religieux méconnu

Salve Regina

Une fresque
aux couleurs de la baie
orne le tympan intérieur
du porche de la petite église. 

Peinte par Charles Triclot en 1947
elle fut offerte comme indiqué sur la toile
par les marins de Terre-de-Haut.

La Vierge bras ouverts
auréolée de rayons d’or apparaît
entre deux mornes
à droite du tableau 

L’inscription
Marie étoile de la mer protégez les marins
Fait office d’ex-voto. 

Charles Triclot est mort
dans un crash aérien le 5 mars 1968
sur les flancs embrumés de la Soufrière.

 Qui aux Saintes le sait ou s’en souvient ?

Fresque de Ch. Triclot 1947 Photo R.Joyeux

Fresque de Ch. Triclot 1947
Photo R.Joyeux

Natif de Terre-de-Haut, d’aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours vu ce tableau signé de l’artiste à la place qu’il occupe actuellement en notre petite église paroissiale. C’était certainement le Père Jean-Marie Offrédo, curé inamovible de 1945 à 1962, qui l’avait commandé.

Mais qui était Charles Triclot ?

On l’appelait, ce me semble, « Père Triclot », ce qui signifie qu’il aurait été lui-même prêtre. Un article, sur le forum de la congrégation religieuse du Saint-Esprit, du Père Alphonse Lagogué, mon ancien professeur de mathématiques au lycée Sainte Marie de Fort de France et supérieur des Spiritains, paraît le confirmer. « Les parents Triclot ont eu dix enfants, écrit-il. Quatre deviendront prêtres, un lazariste et trois spiritains : Michel, René et Charles. »

Or, à ma connaissance, on ne trouve nulle part ailleurs – sur les documents que j’ai consultés en tout cas –  la mention de religieux concernant Charles Triclot. Aurait-il abandonné la prêtrise en cours de route pour s’adonner exclusivement à son activité de peintre et de plasticien ? cela est fort probable.

Église de Terre-de-Haut Photo Raymond Joyeux

Église de Terre-de-Haut
Photo Raymond Joyeux

Toujours est-il qu’il avait aménagé son atelier au Gosier en Guadeloupe et que l’église de Terre-de-Haut n’est pas la seule à posséder une fresque à son nom. Celle du Prêcheur en Martinique  en avait une qui s’est apparemment dégradée au fil des ans, et le lycée de Massabielle à Pointe-à-Pitre en détient toujours une, comme sans doute d’autres  établissements laïcs ou religieux aux Antilles françaises et ailleurs.

Charles Triclot dans son atelier du Gosier (Document France Antilles)

Charles Triclot dans son atelier du Gosier (Document France Antilles)

 À l’occasion d’expositions et de recherches archéologiques, Charles Triclot  se déplaçait régulièrement en Amérique Latine et dans les îles de la Caraïbe.  C’est à l’occasion d’un de ses périples qui le ramenait du Venezuela à la Guadeloupe qu’il a trouvé la mort dans le crash aérien du 5 mars 1968 qui fit 63 victimes dont une hôtesse et un pilote guadeloupéens et  dix  passa-gers martiniquais.

Le Boeing 707 d’Air France parti ce jour-là dans la soirée de Caracas n’a jamais atterri à Pointe-à-Pitre. Après une 1h30 de vol apparem-ment sans problème, alors que le pilote avait annoncé qu’il était à deux minutes et demie de la piste, son avion s’est écrasé sur les flancs de la Soufrière aux alentours de 21H30 locales.

Les obsèques de Charles Triclot furent célébrées par ses deux frères, prêtres en Martinique (Document France Antilles)

Les obsèques de Charles Triclot furent célébrées par ses deux frères, prêtres en Martinique (Document France Antilles)

Le lendemain 6 mars et les jours qui suivirent l’accident, le quotidien France Antilles a relaté en détail le tragique événement et publié de nom-breuses photos du personnel, de certains passagers et de l’épave de l’appareil.

44 ans plus tard, en hommage aux victimes, une édition spé-ciale martiniquaise de ce même journal daté du 6/3/2012 a repris l’intégralité du dossier de l’époque, en images et en textes.

Ce sont ces documents que je vous invite, si vous le souhaitez,  à retrouver à l’adresse suivante :

http://www.martinique.franceantilles.fr/actualite/societe/il-y-a-44-ans-un-boeing-s-ecrasait-en-guadeloupe-06-03-2012-147578.php?pos=29#diaporama

Signalons par ailleurs que le rapport  définitif  sur le crash a été publié à Paris au Journal Officiel du 3 juin 1969.

Au-delà de ce drame qui endeuilla la Guadeloupe et la Martinique, voilà maintenant 45 ans, et qui vit disparaître tragiquement Charles Triclot, il reste qu’une des œuvres de ce  prestigieux peintre-plasticien, singulièrement méconnu chez nous, figure en bonne place dans l’église de Terre-de-Haut, comme un patrimoine religieux inestimable que les Saintois regarderont désormais, nous l’espérons, d’un autre œil.

Chœur de l'église de Terre-de-Haut : artiste inconnu (Photo R. Joyeux)

Chœur de l’église de Terre-de-Haut : artiste inconnu
(Photo R. Joyeux)

                                                                                             R.J.

Publié dans Uncategorized | 3 commentaires

C’est la rentrée !

Chaque année, la rentrée, comme on dit, est peut-être pour nous l’occasion d’un nouveau départ, celle de rompre les amarres.
C’est le moment approprié pour vous proposer ce poème.


Les bateaux

Comme des fruits trop mûrs
À l’arbre encore soudés
Somnolant sur l’amarre
Qui les retient au quai
Les bateaux résignés attendent le départ
Océane cueillette qui viendrait les livrer
Aux marchands de projets. 

IMG_3409

Ils ont les cales pleines
De fret mystérieux
De lourds secrets enfouis
Au coeur des cargaisons
Et de fûts arrimés sentant l’huile et le rhum
Dont les aigreurs se mêlent
À l’iode des poissons
Des ponts.

IMG_3412

Ils ont la proue ridée
De ces vieux capitaines
Dont les songes jamais n’atteignent l’horizon
Et le corps buriné
De leur coque écaillée
Parle de meurtrissures
Et de migrations.

Dans les langueurs bleutées
Des chauds après-midi
L’étrave frémissante et la quille lascive
Ils succombent à l’ivresse
Des sournoises caresses
Des eaux flasques
Du port.

Comme eux leurs passagers
Rêvent d’ambitions.
Ils ont le front plissé
Et le coeur alourdi
De marchandises usées
Qu’on refuse aux escales.

cropped-img_3396.jpg

Et leur regard glissant le long des bastingages
Est un livre de bord
Où s’inscriront longtemps d’anciennes livraisons
Qu’ils transportent sans fin
De mouillage en voyage
Et de vague en nuage.

Raymond Joyeux
(Poèmes de l’archipel)

Publié dans Littérature | 2 commentaires

40 secondes pour 40 ans de travail

un livre de Léoncie VALA-NADILLE

40-secondes-225x300

Plus malmenée que Terre-de-Haut sa voisine, l’île de Terre-de-Bas a été touchée de plein fouet par le séisme de magnitude 6,3 qui frappa l’archipel des Saintes le 21 novembre 2004 et dont l’impact sur les esprits n’a peut-être pas fini, neuf ans plus tard,  de se faire ressentir. Dégâts matériels importants certes, heureusement sans pertes humaines, mais aussi et surtout, liés au cataclysme, nombreux traumatismes psychosomatiques au caractère quelquefois irréver-sible et pas seulement chez les moins endurcis.

À l’époque des faits, tant sur les ondes, radio et télé, que dans la presse écrite, les témoignages, spontanés ou plus élaborés, n’ont pas manqué de s’exprimer tout au long des jours, des semaines et des mois qui suivirent ce tragique événement. Mais, à notre connaissance, c’est à l’écrivain marie-galantais Max Rippon que l’on doit la première publication non scientifique sur le sujet. Intitulé naturellement Six virgule trois, et édité chez Jasor en novembre 2006, cet ouvrage, quoique bien documenté et intéressant, se veut avant tout, comme indiqué sur la couverture et en pages de garde, un simple « racontage »,  autrement dit une sorte de conte inspiré du séisme mais sorti tout droit de l’imagination de son auteur.

Tel n’est pas du tout le cas du livre de Léoncie VALA-NADILLE, publié aux Éditions Nestor en juillet 2011 et intitulé sans équivoque 40 secondes pour 40 ans de travail.

Mais avant d’aller plus loin dans l’analyse de ce livre que nous considérons pour notre part comme un témoignage capital irremplaçable pour l’histoire de l’archipel saintois et les générations futures, quelle que soit par ailleurs leur origine, il convient d’en présenter brièvement l’auteur et sa famille.

Léoncie VALA-NADILLE, elle ne s’en cache pas, est âgée aujourd’hui de 69 ans. Née à Terre-de-Bas, elle a toujours vécu sur son île où elle a commencé à travailler dès 16 ans dans l’épicerie de ses parents. De son mariage avec Raymond VALA, charpentier-menuisier, elle a sept enfants et de nombreux petits-enfants. Ayant elle-même reçu une solide éducation religieuse, (elle a été enfant de Marie et très engagée comme catholique pratiquante dans la vie paroissiale), c’est dans une foi sans faille en Dieu et selon les préceptes de compassion, d’amour du prochain et de charité chrétienne qu’elle élève à son tour ses enfants.

Le jour du séisme, seuls son mari, reconverti dans la boulangerie, sa mère alors âgée de 89 ans, quatre de ses fils et ses petits enfants vivent avec elle à Terre-de-Bas. Les autres membres de la proche famille sont éparpillés en Guadeloupe continentale ou en Métropole. Son frère Mozart Nadille, bien connu aux Saintes, chargé des recherches bibliographiques et auteur d’une superbe et touchante préface qui nous éclaire sur la personnalité de sa sœur Léoncie, est, quant à lui, au congrès des maires à Paris, représentant Fred Beaujour en cure de repos à Matouba. Les époux VALA-NADILLE ont construit, après 40 ans de dur labeur, une superbe maison à Petites-Anses qui fait, jusqu’à ce terrible cataclysme, leur juste fierté… On comprend mieux dès lors l’intitulé de l’ouvrage, illustré par ailleurs de nombreuses photographies.

seisme_saintes

Cette simplicité ne signifie pas, loin de là, incompréhension du discours, médiocrité ou vulgarité de la part de l’auteur. Le lecteur est surpris au contraire par la clarté de la langue, la profondeur des réflexions qui émaillent en permanence le récit. Juste évocation de la violence des faits, juste expression des sentiments et ressentis. Souffrances physiques et morales, panique, doutes, découragements, inquiétude, impuissance, révolte, intense angoisse paralysante face à la mort entrevue de si près, face au passé détruit, au présent incompréhensible, à l’avenir incertain et compromis, autant de traumatismes qui sont, non pas balayés, mais constamment sublimés par une foi à toute épreuve, c’est le cas de le dire.

Quelle force de caractère, quelle leçon de courage et de vie, quelle volonté de dépasser une réalité difficilement acceptable par le commun des mortels pour finalement l’appréhender comme une bénédiction divine, grâce justement à l’infaillibilité d’une foi lucide et réfléchie, le contraire exact de l’aveuglement et du fanatisme ! Se demandant ce qu’elle lui a fait pour mériter et vivre, elle et ses semblables, pareil sort, Léoncie est sur le point de voir vaciller sa confiance en Dieu. Puis, se reprenant, c’est le retournement logique et implacable du raisonnement : nous sommes vivants alors que nous aurions pu être ensevelis, morts ou blessés sous les décombres : c’est la preuve que Dieu nous a protégés. La maison est détruite, mais j’ai échappé à l’effondrement du mur de la chambre ; mes petits enfants sont sains et saufs alors que l’escalier a explosé ; ma mère, seule chez elle, n’est pas blessée malgré son âge avancé ; mon mari, mes fils et belles-filles, enfin, sont physiquement indemnes… Terre-de-Bas ne compte pas de morts : merci, mon Dieu, tu nous as épargnés. Et se retournant sur sa maison détruite, le cœur brisé, les larmes coulant de ses yeux comme la pluie qui ne cesse ce jour-là de tomber, c’est l’Ecclésiaste qui vient à son secours et lui donne le courage d’affronter l’inacceptable :  « Que revient-il à l’homme de tout son travail et de la préoccupation de son cœur, objet de ses fatigues sous le soleil ? »

Et c’est ainsi dans presque tout le livre : peu de chapitres en effet sans une citation appropriée de l’Évangile ou de l’Ancien Testament. Procédé et références qui, loin de tourner à l’obsession répétitive, témoignent au contraire non seulement d’une parfaite connaissance des Livres Saints, mais aussi et surtout d’une solide éducation et pratique religieuses où fatalisme et abdication sont absents, où la force de la foi, celle en Dieu comme celle en nous-mêmes, apparaît dans tout son efficient pouvoir de réconfort et de sublimation.

Merveilleux livre de sagesse aussi dans lequel chacun d’entre nous peut puiser réflexion et nourriture spirituelle face aux épreuves de la vie. Livre d’action de grâce enfin qui nous invite non pas à accepter la vie telle qu’elle vient en nous repliant sur nous-mêmes, mais à la prendre à bras le corps, avec confiance et lucidité, quelles que soient les circonstances, présentes ou à venir, heureuses ou malheureuses, afin d’accomplir, croyants ou pas, une destinée dégagée autant que faire se peut du matérialisme envahissant et des vanités qui nous rabaissent.

Merci Léoncie VALA-NADILLE pour cet émouvant témoignage. Votre ouvrage, qui a également le mérite de nous présenter en annexe un instructif abrégé de l’historique de votre commune, ainsi que des informations capitales sur les risques naturels encourus chez nous, devrait figurer dans toutes les bibliothèques familiales, saintoises et guadeloupéennes, dans tous les établissements scolaires du département. Nous ferons notre possible en ce qui nous concerne pour le faire connaître autour de nous. Il restera, à n’en pas douter, un livre de référence sur un événement dramatique majeur qui nous a tous marqués et rentrera à ce titre dans l’histoire des soubresauts telluriques et humains qu’a connus notre si joli mais si fragile petit archipel. C’est d’ores et déjà, plus qu’un souhait, une certitude et une réalité.

                                                                                                         Raymond JOYEUX

Publié dans Chronique littéraire, Littérature | Laisser un commentaire

Enfants de septembre

Pour les amoureux de la poésie (et les autres), je  propose, en ce début septembre, ce très beau poème de Patrice De La Tour du Pin, tiré de l’anthologie Mon beau navire ô ma mémoire : Un siècle de poésie française chez Gallimard 1911-2011.  J’espère qu’il vous plaira et j’attends vos réactions. Régulièrement, je mettrai en ligne, simplement pour le plaisir et l’émotion, des poèmes d’autres auteurs.

R. Joyeux.

Les bois étaient tout recouverts de brumes basses
Déserts, gonflés de pluie et silencieux ;
Longtemps avait soufflé ce vent du Nord où passent
Les Enfants Sauvages, fuyant vers d’autres cieux,
Par grands voiliers, le soir, et très haut dans l’espace

oiseaux

J’avais senti siffler leurs ailes dans la nuit,
Lorsqu’ils avaient baissé pour chercher les ravines
Où tout le jour, peut-être, ils resteront enfouis ;
Et cet appel inconsolé de sauvagine
Triste, sur les marais que les oiseaux ont fuis.

Après avoir surpris le dégel de ma chambre,
A l’aube, je gagnai la lisière des bois ;
Par une bonne lune de brouillard et d’ambre
Je relevai la trace, incertaine parfois,
Sur le bord du layon, d’un enfant de Septembre.

Le pas étaient légers et tendres, mais brouillés,
Ils se croisaient d’abord au milieu des ornières
Où dans l’ombre, tranquille, il avait essayé
De boire, pour reprendre ses jeux solitaires
Très tard, après le long crépuscule mouillé.

Et puis, ils se perdaient plus loin parmi les hêtres
Où son pied ne marquait qu’à peine sur le sol ;
Je me suis dit : il va s’en retourner peut-être
A l’aube, pour chercher ses compagnons de vol,
En tremblant de la peur qu’ils aient pu disparaître.

Il va certainement venir dans ces parages
A la demi-clarté qui monte à l’orient,
Avec les grandes bandes d’oiseaux de passage,
Et les cerfs inquiets qui cherchent dans le vent
L’heure d’abandonner le calme des gagnages.

foret

Le jour glacial s’était levé sur les marais ;
Je restais accroupi dans l’attente illusoire,
Regardant défiler la faune qui rentrait
Dans l’ombre, les chevreuils peureux qui venaient boire
Et les corbeaux criards, aux cimes des forêts.

Et je me dis : je suis un enfant de Septembre,
Moi-même, par le cœur, la fièvre et l’esprit,
Et la brûlante volupté de tous mes membres,
Et le désir que j’ai de courir dans la nuit
Sauvage, ayant quitté l’étouffement des chambres.

Il va certainement me traiter comme un frère,
Peut-être me donner un nom parmi les siens ;
Mes yeux le combleraient d’amicales lumières
S’il ne prenait pas peur, en me voyant soudain
Les bras ouverts, courir vers lui dans la clairière.

Farouche, il s’enfuira comme un oiseau blessé,
Je le suivrai jusqu’à ce qu’il demande grâce,
Jusqu’à ce qu’il s’arrête en plein ciel, épuisé,
Traqué jusqu’à la mort, vaincu, les ailes basses,
Et les yeux résignés à mourir, abaissés.

Alors, je le prendrai dans mes bras, endormi,
Je le caresserai sur la pente des ailes,
Et je ramènerai son petit corps, parmi
Les roseaux, rêvant à des choses irréelles,
Réchauffé tout le temps par mon sourire ami…

Mais les bois étaient recouverts de brumes basses
Et le vent commençait à remonter au Nord,
Abandonnant tous ceux dont les ailes sont lasses,
Tous ceux qui sont perdus et tous ceux qui sont morts,
Qui vont par d’autres voies en de mêmes espaces !

Et je me suis dit : Ce n’est pas dans ces pauvres landes
Que les enfants de Septembre vont s’arrêter;
Un seul qui se serait écarté de sa bande
Aurait-il, en un soir, compris l’atrocité
De ces marais déserts et privés de légende ?

foret 2

Publié dans Littérature | Laisser un commentaire

Escapade à l’îlet à cabris

« D’où nous vient cette émotion si singulière devant les ruines ? De ce qu’en elles se rencontrent, en équilibre sans cesse menacé, la volonté humaine et le destin, la liberté et le déterminisme, la culture et la nature. »
Michel Lebris

_t_2008_295

Les ruines d’une turbine électrique en retrait de la plage sur son affût de béton lézardé et, plus haut sur le plateau dominant la rade, celles de poudrières encore debout proté-gées par leur toit de lauze noire.

Un agrégat compact de ciment durci, pétrifié par l’humidité dans ses sarcophages de papier kraft, bloque l’entrée d’une de ces petites merveilles d’architecture militaire livrées à l’abandon mais qui continuent de narguer le temps.

On trouve encore épars les restes rouillés de tôles ondulées, d’appareils ménagers et d’installations métalliques, sous les hautes murailles intactes du bâtiment principal de cet ensemble fortifié qui servit en son temps de salle de garde puis de réception et de boîte de nuit à la fin des années 60 à un consortium hôtelier de bas standing qui se voulait de luxe.

Ses bungalows, pillés, démembrés, rongés par les termites et les intempéries, défigurent face à l’une des plus belles baies du monde la crête de la falaise et le sous-bois de savonnettes hérissé de raquettes volantes, de corossol à diable et d’aloès Véra.

photo

Les deux bandes du chemin bétonné qui conduit depuis la plage à ce site défensif injustement oublié sont elles-mêmes effondrées, dévorées par la végétation, les fondrières et les éboulis.

La carcasse délabrée d’une Jeep de guerre américaine, agrippée au flanc d’un talus, tenaillée entre les mancenilliers et les cerisiers royaux, sert de gîte aux scorpions et à une horde de bernard-l’ermite, seuls habitants des lieux avec la couleuvre couresse, une mère poule et un petit troupeau de cabris à demi sauvages.

Hormis leurs robustes rangées de fondations colonisées par les acacias, nulle trace des baraques d’internement des forçats destinés au bagne de Cayenne ni de la prison des femmes ni du lazaret où était assignée en quarantaine la main d’œuvre asiatique appelée à remplacer les esclaves des plantations de la grande île.

Subsistent aussi, dans l’enchevêtrement des racines et des taillis, de nombreux pans de murs disséminés, le socle arrondi d’une batterie, les remparts des fortifications de 1771 par endroits écroulés, et tant bien que mal, trois citernes doubles compartimentées creusées dans la roche à fleur de sol.

photo

L’une, surmontée d’un toit pentu de pierres de lave, est en parfait état de conservation et sert d’abreuvoir aux cabris en divagation.

L’autre, toujours protégée par sa dalle arquée, semble défier les siècles. Et la troisième, sans protection, offrant sa béance aux oiseaux, est comblée entièrement de cailloux et de terre. Un gâchis au regard des efforts colossaux déployés pour la creuser, une insulte à la mémoire de ses bâtisseurs.

En pénétrant plus en profondeur en direction de l’anse du Petit-Étang, sous une agressive forêt d’ipomées, se dresse entre une mare boueuse et le littoral la pyramide tronquée d’une stèle en pierre chaulée, peu connue des visiteurs et sans doute de la plupart des habitants de l’archipel.

C’est le témoin rebelle, la cicatrice blafarde d’une époque révolue, d’un événement dont nous ignorons la teneur et les détails. Peut-être le mémorial d’un sauvetage en mer.

Précédée d’une poignée de mains stylisée, une première inscription entièrement en majuscules gravée sur une petite plaque de cuivre ovale porte parfaitement lisible la mention suivante :

AMITIÉ
FERGUSON  – TEPPER
CAPITAINE D’ARME DE 1ÈRE CLASSE
NORMANDIE

Et à même la chaux de l’enduit, à demi dévorée par la mousse et la lèpre galopante du temps, une deuxième inscription gravée pour partie en minuscules :

Les marins de la SÉMIRAMIS
À la mémoire de ceux
de la NORMANDIE
1869

 Tel était l’état de ce site historique abandonné de l’Îlet à Cabris, visité en ce mois d’octobre 2012, parcouru et photographié en compagnie d’ Yvon Joyeux, marin-pêcheur, homme d’équipage et guide touristique à l’occasion.

 R. Joyeux

photo

Publié dans Billet humeur | 2 commentaires

Une petite île heureuse

51WQqk+D+fL._SY445_Ignorant l’existence de cet auteur  finlandais Lars Sund, né en 1953, c’est le titre de son dernier roman, traduit du suédois et publié au Mercure de France en janvier 2012, qui m’a incité à l’acheter et à le lire d’une traite : Une petite île heureuse…

D’aucuns me reprocheront sans doute de toujours voir midi à ma porte, et je dois avouer en effet que c’est surtout par référence à ma propre origine insulaire que j’ai eu la curiosité d’acquérir sans hésiter cet ouvrage et de le parcourir avec la plus grande attention. Que dis-je ? le parcourir ! le scru-ter plutôt dans ses moindres détails et réflexions, chapitre après chapitre, paragraphe après paragra-phe, rebondissement après rebondissement.

La petite île heureuse en question est une pure invention de l’auteur. Elle se nomme Fagerö et fait partie d’un archipel imaginaire lui aussi, situé au sud-ouest de la Finlande. Comme dans toutes les petites îles, on y vit principalement de pêche, d’un peu d’agriculture familiale, d’élevage et d’artisanat. Tout le monde, évidemment, connaît tout le monde et les cancans vont bon train, comme vous pouvez l’imaginer…

Mais, mis à part la situation géographique et le climat, ce ne sont pas, tant s’en faut, les seules ressemblances avec ma propre île natale, Terre-de-Haut des Saintes, que j’ai retrouvées dans ce livre. Le comportement individuel et collectif des habitants, leurs relations ambivalentes pour ne pas dire ambiguës, l’impact des familles influentes, l’attitude souvent arrogante des autorités et de quelques fonctionnaires, dont un facteur farfelu particulièrement indélicat, la marginalité de certains individus, une solidarité nécessaire apparente et… la propension légendaire à la boisson, m’ont rappelé en permanence la réalité saintoise ordinaire et plus largement celle de la Guadeloupe dite « continentale ».

Pourtant là ne réside pas l’intérêt principal de ce livre. D’autant qu’à l’évidence la plupart des îles, quels que soient leur latitude ou leurs particularismes, se ressemblent plus ou moins toutes et induisent une microsociété caractérisée pratiquement par les mêmes relations tendues d’alliance ou de rejet ; les mêmes réflexes conditionnés, individuels, claniques ou communautaires ; les mêmes nécessités d’entraide plus ou moins consenties lorsque les contingences naturelles, sanitaires, religieuses ou autres l’exigent.

Ce livre est en réalité une allégorie : les habitants de Fagerö, vivent heureux à leur manière, autant que l’on peut l’être sur un territoire exigu isolé, privé des commodités habituelles des grandes agglomérations continentales, jusqu’au jour où… le cadavre d’un homme non identifié est découvert dans la mer, à proximité d’un îlot, et ramené à terre par deux pêcheurs marginaux qui le déposent dans une cabane, sans prévenir les autorités.

De là, les événements se succèdent et s’enchaînent, révélant au lecteur, au fil de l’intrigue et  des rebondissements, la véritable personnalité des uns et des autres et, plus globalement, de l’ensemble de la communauté insulaire. Car ce cadavre anonyme que l’on enterre en présence de la population au grand complet, avec toute la commisération, le rituel, le respect, les cérémonies et les discours d’usage, n’est que le premier d’une longue série d’hommes, de femmes et d’enfants, noyés inconnus, venus d’on ne sait où, dérivant au gré des courants et s’échouant jour après jour sur les rivages de Fagerö.

Cadavres qui vont finir par perturber l’existence, l’intimité, les activités et l’ordonnancement de cette petite société, pas méchante, mais repliée sur elle-même et qui ne demande qu’à vivre heureuse, sans bouleversement, au rythme des saisons et du bon déroulement de la fête traditionnelle annuelle de la Saint-Jean, point culminant des réjouissances populaires.

Je vous laisse imaginer ce qu’il advient par la suite de tous ces corps étrangers encombrants venus d’ailleurs, porteurs de bactéries, qui envahissent la petite île heureuse, s’invitent dans les rêves des habitants, et qu’ils ne regardent plus de la même façon, qu’ils envisagent même d’exhumer de leur cimetière pour les expédier ailleurs !…

Mais vous avez, sans doute, depuis longtemps, saisi le sens et la portée de l’allégorie ; le sens et la portée de cette longue métaphore macabre, terriblement d’actualité. Aussi, pour terminer, pardonnez-moi, par ces temps agités d’indifférence et d’égoïsme, d’oser soumettre à votre méditation ces deux réflexions apparemment contradictoires et vous laisser, si ce n’est déjà fait, le loisir de vous forger votre propre opinion.

La première de ces réflexions est connue. Elle est bien réelle et de qui vous savez. Elle a fait à l’époque le tour de tous les médias français et étrangers et couler beaucoup d’encre et de commentaires. Elle résume tristement avant la lettre toute l’histoire du livre, là voici :

« Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a plusieurs que..! ».Vous connaissez la suite !

La seconde est celle d’une petite fille, personnage solaire et fictionnelle du roman, à la limite de l’autisme, mais qui pourrait être chacun d’entre nous. Elle tient dans ses bras au bord de la plage, comme elle le ferait d’une poupée pour jouer à la réchauffer, le corps sans vie d’une petite noyée qu’elle a enveloppée dans son châle, et, s’adressant à sa tutrice qui souhaite qu’elle s’en débarrasse au plus vite, la supplie :

« Je veux juste la tenir un moment. Elle est toute seule et toute petiteCar il faut bien que quelqu’un s’en soucie. Tu ne crois pas ?.. » 

Voilà : il ne vous reste plus qu’à vous plonger à votre tour dans cette allégorie passion-nante, réaliste et d’actualité pour affiner votre jugement sur le sujet. 

Retenez bien son titre et le nom de son auteur : Une petite île heureuse de Lars Sund, publié en janvier 2012 au Mercure de France. 343 pages, 24,50 € (prix Métropole). Bonne lecture. Et à la prochaine chronique…

                                                                                                                            Raymond Joyeux

Terre-de-Haut : une petite île heureuse ?

Terre-de-Haut : une petite île heureuse ?

Publié dans Chronique littéraire, Littérature | Laisser un commentaire

Micheline Gain : une Savoisienne devenue Saintoise militante

Notre amie Mimi Gain

Notre amie Mimi Gain

Mimi pour les intimes – et ses nombreux amis-, Micheline Gain, toujours souriante et courtoise sous son éternel parasol coloré, ne passe pas inaperçue, c’est le moins que l’on puisse dire, dans les rues ensoleillées du bourg de Terre-de-Haut !

Arrivée dans nos eaux au début de l’année 2000, après un séjour à la Martinique où elle a travaillé dans l’import-export, puis comme secré-taire attitrée de Consulat, elle s’est fait  non seulement un nom, à l’instar du célèbre diminutif du poème bien connu d’Alfred de Musset, Mimi Pinson, mais une place prépondérante au sein de la communauté saintoise.

Son intégration rapide sur une île qu’elle découvrait à peine témoigne de sa grande détermination et de sa capacité incontestable d’adaptation. Là où d’autres auraient tergiversé avant de s’installer définitivement, Micheline Gain n’a pas hésité à acquérir sans attendre une coquette maison et à trouver peu après, sur place, un compagnon en la personne de notre sympathique compatriote Rodolphe Foy.

Avec son compagnon Rodolphe Foy

Avec son compagnon Rodolphe Foy

Sous le charme, dès le premier jour, des Saintes en général et de Terre-de-Haut en particulier, elle s’enthousiasme : « Je ne serais pas « normale », dit-elle, si je n’étais pas tombée amoureuse de cette île et de son cadre paradisiaque, bien écorné depuis par les scooters et autres véhicules bruyants et polluants. Le vrai bonheur pour moi c’est de passer un moment sur les quais, le matin, avant l’arrivée des bateaux et d’admirer cette baie.  Je me sens revivifiée à chaque fois et, devant la beauté de ce monde, l’après-midi, du côté atlantique, plus calme, plus sauvage, je parfais ma sérénité. Je me plais dans cette ambiance petit village très rassurante car restreinte, c’est facile pour moi qui ne suis pas d’ici … »

D’origine savoyarde en effet, Mimi revendique avec force la nationalité savoisienne dont elle est titulaire : « La France, dit-elle, nous a annexés en 1860 mais à ce jour nous sommes sous protection de l’ONU car les traités sont caducs puisque non renégociés en temps et en heure par la France.  J’en suis très fière et n’ai nullement l’intention de revendiquer une autre nationalité. »

De ses ascendants, résistant depuis toujours à l’oppression d’où qu’elle vienne, elle affirme : « Notre famille, dont je possède l’arbre généalogique depuis 1700, a toujours été du côté de la résistance à l’injustice, c’est dans nos gênes ». Et de son père, elle précise pudiquement avec émotion : « Mon père a reçu la médaille des évadés et celle des blessés de guerre car quand (son sous-marin) a dû rentrer à Toulon sous Pétain, il a participé avec ses compagnons au sabordage de la flotte ».

On comprend dès lors l’engagement naturel, spontané et volontaire de Mimi aux côtés de l’opposition municipale à Terre-de-Haut : « Je suis toujours passionnée par ce qui m’entoure, confie-t-elle,  et, c’est  en écoutant les uns et les autres et en observant, que je me suis aperçue que la beauté de l’île cachait bien des souffrances et des inégalités flagrantes : mes gènes se sont réveillés, l’instinct mercenaire de tout Savoisien : combattre pour aider dès l’instant où ce n’est pas contre notre duché … Et quand Hilaire (le leader de l’opposition locale)  m’a demandé si j’étais prête à me joindre à leur lutte, je n’ai pas hésité une seconde, j’ai été très flattée de cette demande qui me prouvait que, bien que n’étant pas native, je pouvais, pour mon amour de l’île, prendre part à sa « libération ». J’ai été accueillie à bras ouverts par tous les sympathisants et je les remercie de leur amitié. Je resterai fidèle à notre groupe jusqu’au bout,  et tant pis pour ceux qui tentent, par tous les moyens, de m’intimider… »

On l’aura compris aussi, l’engagement manifeste, vécu et revendiqué haut et fort par Mimi, lui procure  bien des ennuis, machiavéliquement orchestrés, le plus souvent, selon elle, par les autorités municipales qui voient sans doute dans sa volonté combattante un danger électoral. Sans plainte ni regret, mais avec un brin d’amertume cependant, elle énumère non sans humour les tracasseries récemment endurées : « Je fais ce que je peux à mon niveau pour aider et ceci malgré toutes les brimades et vexations diverses dont j’ai été victime et qui ne m’ont jamais découragée, bien au contraire ! On a arraché mes arbustes d’ornement pour couler du béton sur le tour de ma propriété ; on a caillassé ma maison la nuit, m’obligeant à refaire ma toiture ; on a fissuré ma citerne en faisant des travaux non pensés, ni votés ni urgents, avec un gros engin vibrant sur la route (…). On me promène de jour en jour pour une signature, ce n’est pas grave, je prends le bateau et vais à Basse-Terre vers une autre autorité. Dernièrement on m’a même expulsée d’une réunion publique en mairie où je représentais un ami empêché : motif ? pas de procuration. Du jamais vu dans une assemblée ouverte à tous !! Et je ne compte pas les procès, certains perdus, certains gagnés, mais payés par moi, la partie adverse pioche dans le budget municipal c’est ce qui lui permet de faire ce qu’elle veut envers et contre tout, au mépris des lois, dans le seul but de nuire, d’écraser, mais avec moi c’est RATÉ, je ne suis épuisée ni mentalement ni financièrement ! »

Ce qui est extraordinaire pourtant chez cette femme de caractère, bourrée de gentillesse et de générosité, c’est que malgré les attaques dont elle est la cible, jamais elle ne stigmatise la population, ni tel ou tel en particulier, sachant exactement d’où vient le mal qu’on s’acharne à lui faire, par méchanceté gratuite ou par calcul, dans le vain espoir de l’anéantir : « La population est, en majorité, d’une grande gentillesse, je m’en aperçois tous les jours. Quand je décourage un peu, je vais faire un tour. Au troisième « bonjour » échangé, le moral revient et ceci en un temps record. Je dirais que les « moins gentils » ce n’est pas de leur faute. On leur jette une rognure de temps en temps pour qu’ils ne se posent pas de question et restent dans l’ignorance. Sur une si petite île, conclut-elle, la vie pourrait être meilleure, plus sereine. Même si de temps en temps il y a des querelles, il faudrait que ça reste bénin, sans haine tenace, sans manipulation politicienne. C’est faisable j’en suis persuadée. »

En séance de travail avec le Ministre des Outre-Mers, M. Victorin Lurel

En séance de travail avec le Ministre des Outre-Mers, M. Victorin Lurel

De sa Savoie natale à Terre-de-Haut où elle a élu domicile depuis 13 ans,  en passant par la Martinique, férue d’export-import, ex-secrétaire de Consul, mais surtout descendante d’une lignée de résistants et de marins, dont un frère mort en service commandé, Micheline Gain, dite « Mimi », n’est pas du genre à se laisser abattre.

Bien sûr, elle aurait pu mener tranquillement une petite existence sans histoire avec son compagnon saintois, sans se mêler, comme la plupart des arrivants, à la population et aux affaires du pays. Mais, plus forts qu’elle, ses gênes, comme elle dit, et son tempérament de battante ont fait d’elle une vraie Saintoise, militante de surcroît, attachée au sort de ceux qu’on écrase injustement pour leurs idées ou leur engagement.

N’ayant nulle intention, à l’exemple de Bayard, de renier la cause qu’elle a choisi de défendre, elle rappelle avec à propos la réponse que le célèbre Chevalier sans peur et sans reproche a faite à François 1er qui lui demandait pourquoi il n’avait que des Savoisiens dans son armée : « Sire, répondit Bayard, ce sont les seuls qui ne tournent pas le dos à l’ennemi. »

Plage de Grande Anse

Plage de Grande Anse

Voilà la devise, le mot d’ordre ancestral, qui anime Mimi, la Savoisienne devenue Saintoise.  Et l’opposition municipale qu’elle a ralliée naturellement peut compter en toute confiance sur cette nouvelle Dame de fer, insensible aux menaces et prête à s’exposer pour plus de justice et d’égalité sur une petite île perdue qui pourtant au départ n’était pas la sienne.

Texte et propos recueillis par Raymond Joyeux

Publié dans Actualités saintoises | 13 commentaires

Terre-de-Haut en attente du 15 Août

Terre de haut en fêteDu 13 au 16 août, Terre-de-Haut s’apprête à célébrer sa traditionnelle fête patronale. À cette occasion, comme chaque année, la municipalité a publié le programme des manifestations que vous pouvez consulter en cliquant ici.

En remplacement de la simple feuille volante distribuée autrefois à la population, le premier programme imprimé de la fête patronale du 15 août, sous forme de bulletin broché illustré, est apparu en 1972, à l’initiative d’une nouvelle équipe municipale élue en mars 71 et dirigée alors par le docteur René Germain.

Outre la liste détaillée des manifestations officielles et populaires, ce bulletin, strictement informatif, présentait l’historique de la commune, ses fortifications et ses caractéristiques culturelles, culinaires et géographiques, inaugurant ainsi une formule plus moderne et plus complète que le traditionnel feuillet.

Par la suite, ce sont les textes et le principe apolitique de ce bulletin qui servirent de modèle aux programmes successifs imprimés de la fête patronale…

Jusqu’à ce qu’un édile, ancien militaire, quelque peu en délicatesse avec la neutralité qui s’impose à ce type de publication, s’en serve, 20 ans durant, comme organe politique personnel et partisan. L’opposition y était alors régulièrement la cible d’attaques dans de mémorables « Mots du Maire » présentés dans un bulletin de fête communale financé par les deniers des contribuables, toutes tendances confondues, et faisant des dépenses pour fêtes et cérémonies le premier poste budgétaire de la commune.

Il semblerait qu’aujourd’hui nous soyons revenus à plus d’impartialité et d’objectivité dans les nombreux et différents articles proposés dans la nouvelle et luxueuse formule du programme de la fête du 15 Août,  programme, soulignons-le, destiné à l’ensemble de la population et des visiteurs sans couleur politique.

Mais s’il faut se réjouir de ce changement formel attendu, on peut toutefois regretter que la fête patronale saintoise ait perdu son caractère paisiblement populaire et familial, et génère encore aujourd’hui des dépenses outrepassant les capacités financières d’une commune déjà fortement endettée.  Publicité à outrance et notoriété obligent, on comprend malgré tout que cette manifestation festive, étalée sur plusieurs jours, draine un public extérieur chaque année plus nombreux.

Malheureusement des éléments perturbateurs incontrôlables s’infiltrent inévitablement dans la foule des visiteurs et les Saintois, particuliers et commerçants, ont eu à déplorer à plusieurs reprises par le passé l’incivilité, (pour ne pas dire davantage), de voyous venus spécialement perpétrer leurs exactions, le plus souvent sous l’emprise de l’alcool et autres substances peu recommandables…

Espérons que cette année, les autorités, averties des débordements possibles, aient pris toutes les mesures pour les épargner autant que faire se peut à la population locale et aux visiteurs.

Pour que toutes et tous, entre amis,  en famille ou individuellement, animés du seul désir de se divertir paisiblement, puissent profiter des nombreuses manifestations annoncées et gardent de cette fête patronale du 15 août 2013 à Terre-de-Haut un impérissable souvenir d’accueil et de convivialité. C’est tout simplement ce que nous souhaitons !

Remon le moustachu

Fini le temps où la fête patronale du 15 Août à Terre-de-Haut était animée par un conseiller municipal.
Ici Raymond Joyeux en 1972.

Publié dans Actualités saintoises | 2 commentaires